Le fournisseur de batteries Forsee Power vise l’équilibre en 2024

Forsee power

Fabrication, financement, formation, location, gestion de flottes : le fabricant français Forsee Power de pack de batteries développe une gamme de solutions pour répondre à la demande mondiale d’électromobilité en forte croissante.

Avec un chiffre d’affaires en hausse de 54 % en 2023, les perspectives de Forsee Power sont au beau fixe dans un contexte de forte croissance du marché de l’électromobilité. L’usine de Poitiers qui produisait 1 gigawattheure en 2022, en a produit deux cette année, et prévoit d’en atteindre quatre en 2028. Les packs de batteries produits par l’équipementier poitevin sont destinés aux constructeurs de bus, tramways, trains et camions. « Nous sommes sur des marchés spécifiques où la batterie fabriquée sur mesure a une très forte valeur ajoutée », note Christophe Gurtner, fondateur et dirigeant de Forsee Power. Une spécialisation pour le transport lourd qui permet de mieux répondre aux enjeux spécifiques d’un marché complexe, où les demandes des clients sont très différentes les unes des autres, selon qu’il s’agit d’électrifier un autobus, un tramway ou un train. Le groupe créé en 2011 s’est positionné sur la fourniture de batteries destinées à un usage intensif avec une longévité garantie. « On propose des solutions clé en main à nos clients, depuis la conception, la formation et la gestion de flotte », poursuit Christophe Gurtner.

Une offre complète allant jusqu’à des solutions de financement ou de location, proposées par sa filiale NeoT, dédiée aux produits financiers. Forsee fabrique ses packs de batteries à partir de cellules électrochimiques produites par des fournisseurs externes. A ceux qui pourraient s’en étonner, Christophe Gurtner explique qu’il s’agit d’un autre métier. Cinq sites de production dans le monde l’équipementier s’appuie sur ses cinq unités de production réparties à travers le monde. En Asie, il est présent en Inde ainsi qu’en Chine. Sur le continent nord-américain, la société va s’implanter dans l’Ohio, sur un site de 15 000 m2 en cours de reconversion. En 2025, 120 personnes y seront employées sur cinq lignes d’assemblage. En Europe de l’Est, Forsee dispose d’une usine en Pologne qui fabrique essentiellement des batteries de petites tailles destinées au domaine médical.

Une production de haute technologie demandant de nombreuses certifications. Mais c’est en France près de Poitiers, qu’est situé le navire amiral de la firme : un site de production flambant neuf sur 15 000 m2, fortement robotisé et installé après d’importants travaux dans les locaux d’une ancienne usine de pistons de moteurs diesel. Tout un symbole. En parcourant les allées, le regard est vite attiré par le ballet de bras mécaniques répétant des opérations de précision, même si une cinquantaine d’ouvriers interviennent sur le site et assurent des opérations d’assemblage manuel pour répondre à des commandes spécifiques : « Nos concurrents américains qui ont tout robotisé ont du mal à produire autre chose que ce qui est déjà calibré sur les machines », explique le PDG. Ici, toutes sortes de batteries sont produites, d’une grande variété de formats et de technologies : de haute densité d’énergie pour la charge au dépôt ou de haute puissance pour la charge rapide et l’hydrogène. Techniquement, il n’y a pas de limites aux capacités des batteries, qui peuvent parfaitement équiper des engins d’un poids important demandant une très forte puissance ». Forsee a développé une gamme de produits répondant à des usages et des puissances adaptés à toutes les formes d’électromobilité : les systèmes de la famille GO portables et compacts, pour les véhicules légers, scooters ou motos, le modèle Spike à ultra haute puissance dédié au ferroviaire, ou les séries Zen, Flex et Pulse pour les bus et les camions.

A chaque fois, l’objectif est d’optimiser l’encombrement, rapporté à la puissance et à l’usage désirés. L’équipementier s’appuie sur son service recherche et développement international, collaboratif entre ses différents sites. En plus des deux centres de recherches implantés à Zhonshan en Chine, il dispose de trois laboratoires, à Paris et Poitiers pour les véhicules lourds, à Lyon pour le matériel ferroviaire et la conversion d’énergie. Dans le carnet de commandes de l’entreprise, on trouve Iveco avec la marque Heuliez qui produit des bus électriques de 12 mètres et qui circulent un peu partout en France. Plus loin, les robots assemblent des packs de batteries pour le constructeur Van Hool et ses Equi-City 24 destinés à la nouvelle ligne de tramway TZen 4 de la RATP entre Viry-Châtillon et Corbeil-Essonnes. Le tribunal de commerce de Malines, en Belgique, a toutefois prononcé début avril la faillite de Van Hool. Endetté, le constructeur flamand n’a pas réussi à réunir les 45 millions d’euros nécessaires à son sauvetage.

Ile-de-France Mobilités (IDFM) qui a commandé 56 de ces bus électriques biarticulés de 24 mètres, devrait toutefois voir la majorité de sa commande honorée. Egalement sur les lignes de production, des batteries pour rétrofiter des TER diesel Regiolis d’Alstom ou encore le train à batteries de Skoda testé pour le marché tchèque (il circule déjà à Nice). Peugeot, Kawasaki, Bluebus, Toyota, Bosch figurent aussi sur la liste des clients, avec des packs de batteries conçues sur mesure pour trouver leur place dans l’espace disponible à bord des véhicules. C’est particulièrement vrai pour les autobus où l’installation des batteries vient directement concurrencer les espaces destinés aux voyageurs. Les études pour trouver le meilleur agencement peuvent prendre entre un an et demi et deux ans, explique l’équipementier. La production nécessite environ neuf mois de travail. Pour les plus gros clients – notamment les constructeurs de bus – Forsee dépêche ses collaborateurs sur les lieux de production pour faciliter l’intégration des batteries à bord.

Quatre gigawatts par an L’entreprise produit environ quatre gigawatts par an dont la moitié provient de l’usine de Chasseneuil-du-Poitou, au sud du Futuroscope. L’entreprise n’a toutefois pas encore atteint le seuil de rentabilité, le volume d’affaires étant insuffisant pour un secteur toujours en phase de développement. Les choses sont en train de changer, assure son PDG, avec des marchés cibles dans l’électromobilité en plein essor. L’équilibre est attendu pour 2024, estime Christophe Gurtner. Philippe-Enrico Attal