Ile-de-France : La relance des grands chantiers

Tunnelier

Avec la crise sanitaire, les nombreux grands chantiers franciliens ont connu un coup d’arrêt. Impossible, en effet, de respecter les gestes barrière et la distanciation physique dans la plupart des cas. A cela se sont ajoutées les ruptures d’approvisionnement. Seules les opérations de maintenance indispensables et de sécurité ont été maintenues. Fin mars, une nouvelle organisation des chantiers a été décidée, permettant la relance progressive des chantiers du Grand Paris. De son côté, la région Ile-de-France a listé les travaux qui lui semblent prioritaires, comme le prolongement de la ligne 14 du métro, celui d’Eole, les tramways et les travaux sur le faisceau nord des RER B et D. Etat des lieux de quelques grands chantiers qui vont subir retards de réalisation et surcoûts qui restent à évaluer.

Carte GPE 2018

Le stop and go du Grand Paris Express

Trois semaines avant le début du déconfinement, au nez et sous la protection de Sainte-Barbe, la patronne des mineurs et autres travailleurs souterrains, les tunneliers qui creusent les futures lignes du Grand Paris Express (GPE) ont repris très progressivement leur ballet depuis le 20 avril. D’abord sur la ligne 15 sud (sur le secteur Arcueil-Cachan vers l’institut Gustave Roussy), des tronçons de la 16 en Seine-Saint-Denis, puis la 17. Le 11 mai, premier jour du déconfinement, 77 chantiers sur 150 avaient repris.

Les travaux pour construire ces 200 km de métro automatique de la grande couronne parisienne avaient pu reprendre peu après la mi-avril sur la base d’un guide sanitaire élaboré par les entreprises du BTP et les services de l’Etat. Un protocole pour protéger les « compagnons » (ouvriers qualifiés) sur le terrain, mais aussi réduire les nuisances sonores pour les riverains encore confinés chez eux.

Stoppés net et mis en sécurité le 17 mars depuis l’instauration du confinement pour lutter contre l‘épidémie, les 7 000 compagnons de ce chantier titanesque (4 000 travaillent pour les groupements attributaires de marchés), les tunneliers, les engins d’injection et de terrassement ont recommencé peu après la mi-avril à s’activer au fond des cratères béants. Mais pas tout à fait dans les mêmes conditions, ni au même rythme qu’avant leur interruption.

Reprise des travaux à la gare d’Arcueil-Cachan dans le strict respect des mesures sanitaires mises au point dans le cadre de la crise.

Par groupes de quatre maximum

Les règles d’organisation, d’hygiène et de distanciation physique sur les bases de vie, dans les « ascenseurs » pour descendre au fond des puits de creusement, dans les salles de repos, ont été revues. Cela passe, par exemple, par le transport par petits groupes de quatre maximum, avec des cheminements précis pour éviter de se croiser. Les ouvriers sont équipés de masques (fournis par les entreprises de travaux) et les pauses déjeuners se font à plus d’un mètre les uns des autres dans les salles communes.

Quant au calendrier du GPE, il reste hasardeux, par la force des choses. On savait depuis plus d’un an qu’il ne serait pas au rendez-vous des Jeux Olympiques 2024, quand le sera-t-il ? Interrogée, la Société du Grand Paris (SGP) ne veut pas se prononcer sur l’ampleur du retard et attend l’été pour avancer de nouvelles dates. Difficile aussi d’évaluer les surcoûts engendrés par l’arrêt puis le redémarrage des chantiers (lire l’interview ci-dessous de Bernard Cathelain). Pendant les trois semaines d’interruption, la SGP, elle, a continué à tourner avec ses 550 salariés en télétravail pour poursuivre les études, les appels d’offres ou notifier les marchés.

Nathalie Arensonas


Trois questions à Bernard Cathelain, membre du directoire de la Société du Grand Paris

Ville, Rail & Transports. Comment s’organise la reprise de chantiers aussi titanesques que ceux du Grand Paris Express, stoppés net le 17 mars ?

Bernard Cathelain. Depuis le 20 avril, la reprise progressive de l’activité commence par la réorganisation des bases de vie pour permettre le respect des gestes barrières (lavage des mains, distanciation physique, mise en place de sens de circulation, etc.) et l’organisation même des chantiers pour s’adapter à une remontée progressive des effectifs (à peine 20 % des effectifs présents sur les chantiers lors du redémarrage). À ce jour (11 mai, NDLR), plus de la moitié des chantiers du Grand Paris Express ont redémarré sur les lignes 15 sud, 16 et 17 et les redémarrages se poursuivent.

VRT. Quelles seront les conséquences sur le calendrier général du projet ?

B. C. Pour les délais, et sous réserve que le déconfinement se poursuive progressivement au-delà du 11 mai et que la pandémie ne reparte pas, on devrait pouvoir obtenir au cours de l’été une première évaluation sur l’impact délais. Pour l’impact financier, ce sera un peu plus long car cela nécessite des investigations plus poussées. Les retours d’expérience des entreprises concernant la nouvelle organisation des chantiers et la mise en place des nouvelles règles sanitaires seront essentiels pour analyser les conséquences de la crise sanitaire sur le projet. Aujourd’hui, toutes nos équipes sont concentrées sur la reprise effective de tous les chantiers pour pouvoir atteindre notre rythme de croisière au plus vite.

VRT.Quelles sont les incidences financières de ce stop and go ?

J. H. Il n’est pas possible de répondre à cette question aujourd’hui, nous avons besoin de temps pour analyser l’impact financier de l’arrêt des chantiers et de leur reprise progressive.

Propos recueillis par Nathalie Arensonas