Jeux olympiques 2024 : le défi des transports

Jeux olympiques 2024

Les plans de transport sont fin prêts sur le papier, mais les infrastructures ne sont pas toutes achevées et il manque encore des personnels pour acheminer les millions de spectateurs, athlètes et officiels attendus pendant les Jeux olympiques 2024 de Paris.

Tout va bien se passer ! Malgré la pénurie de conducteurs, les incertitudes sociales et la crainte de retards dans la mise en service des nouvelles lignes, le petit monde des transports publics franciliens affiche son optimisme, à moins d’un an des Jeux olympiques. Île-de-France Mobilités (IDFM) dit avoir bouclé son plan de transport depuis longtemps. « Maintenant, on travaille sur les modes dégradés », le peaufinage des plans B, explique-t-on au siège de l’autorité régionale chargée de régler cette énorme machine. Il s’agira, pendant les JO, en plein été, d’assurer autant de déplacements qu’un jour ouvrable en hiver, avec des flux très concentrés en fonction du calendrier sportif. Les organisateurs attendent, entre le 26 juillet et le 11  août 2024, sept millions de spectateurs qu’il faudra conduire aux 25 sites olympiques (13 à Paris, 12 en banlieue) et ramener après les épreuves, sachant qu’il pourra y avoir des retards ou des reports. S’ajoutent quelque 250 000 personnes accréditées (athlètes, entraîneurs, officiels, organisateurs, journalistes…) qui auront leur propre réseau d’autobus, aussi grand que celui de Lyon. Ces « happy few » bénéficieront d’ailleurs de 185 km de voies réservées sur les deux tiers du boulevard périphérique, des autoroutes et de quelques axes routiers, qui seront bien sûr ouvertes aux bus. 

Même si le vélo est encouragé par certains élus, 100 % des spectateurs doivent pouvoir utiliser les transports publics. IDFM attend des pics spectaculaires à Saint-Denis, avec 1 000 personnes par minute. Les sites doivent évidemment être desservis par les lignes passant à proximité, à ceci près que les contraintes de capacité vont parfois obliger à décourager l’usage de telle ou telle gare ou station. Il faudra donc souvent marcher un peu. Et pour certains sites éloignés, il faudra carrément oublier le plan actuel. Pas question, par exemple, de prendre le tram T13 pour aller assister aux épreuves d’équitation à l’Étoile royale, au bout du parc de Versailles. Il ploierait sous la charge ! Il faudra donc monter dans un bus devant l’une des trois gares de Versailles.

 

Des travauxbien engagés à Paris

Sur les 60 km de voies cyclables prévus à Paris pour rejoindre les sites de compétition olympiques, Il en manquait encore dix en septembre. « On est dans les temps pour les JO, ces aménagements cyclables seront pérennisés » garantit la Ville de Paris qui promet 10 000 places de stationnement temporaires. La « voie olympique » sur les trois-quart du tracé du boulevard périphérique qui, à l’été 2024, permettra aux athlètes, secours et officiels de se rendre des sites d’hébergement à ceux de compétition de manière sûre et rapide pendant les JO, sera ensuite réservée au covoiturage et aux transports en commun. Enfin, le tronçon manquant de la ligne du tramway des Maréchaux entre porte d’Asnières et porte Dauphine, devrait entrer en service en avril 2024, les essais devant démarrer dans les prochaines semaines, jusqu’en mars.

 

Répartition des sites dans Paris.

Guidage en temps réel

Les spectateurs seront priés de charger sur leur smartphone une application mobile qui les guidera en temps réel, et proposera des plans d’accès aux différents sites. Les applications de transport habituelles doivent aussi être mises au parfum, tandis qu’une armée de 5 000 agents et une signalétique dédiée compléteront le dispositif sur le terrain. IDFM veut, quand c’est possible, pouvoir dispatcher les flux sur plusieurs axes pour assurer la capacité nécessaire, des lignes un peu plus éloignées des sites devant aussi accueillir les voyageurs en cas de problème. Le réseau francilien devra être ultraperformant pendant les JO – IDFM cite particulièrement les lignes 8, 9, 10, 12, 13 et 14 du métro, le tramway T3a/T3b, les RER B, C et D et les trains de banlieue J, L, N, P et U –, avec évidemment une pause sur les travaux d’été. Il faudra croiser les doigts pour que les RER B et D, les deux lignes les plus problématiques d’Île-de-France, ne flanchent pas. Le B, notamment, jouera un rôle majeur dans les relations entre Paris, les sites de Seine-Saint-Denis et l’aéroport de Roissy. Une panne, et la pagaille serait assurée !

Les organisateurs ont dû faire avec les retards de livraison des différentes infrastructures évoquées dans le dossier de candidature de Paris 2024, qui concernaient particulièrement le nord de Paris : inachevé, le CDG Express qui doit relier rapidement Roissy à la gare de l’Est ; inachevées, les lignes 16 et 17 du Grand Paris Express qui doivent irriguer la Seine-Saint-Denis et auraient dû relier directement le village olympique et le stade de Saint-Denis au centre des médias du Bourget et à Roissy… Quant à la « gare olympique » annoncée par l’ancien patron de la SNCF, Guillaume Pepy, pour doubler la surface de la gare du Nord à Paris, elle ne sera pas réalisée. Les regards se portent actuellement sur les prolongements de la ligne 14, jugée cruciale pour les JO. Il s’agit, au sud, de rallier l’aéroport d’Orly et, au nord, d’atteindre Saint-Denis Pleyel, à deux pas du village olympique et pas très loin du stade de France (via une passerelle lancée au-dessus des voies ferrées du faisceau Nord, elle aussi en construction). Aux dernières nouvelles, tout sera prêt à temps. Juste à temps.

Devrait aussi être ouvert, d’ici les Jeux, un premier prolongement du RER E entre Saint-Lazare, La Défense et Nanterre-La Folie, avec des horaires réduits pour commencer, ainsi que le prolongement du tram T3b à l’ouest de Paris. D’autres inaugurations, attendues d’ici le printemps prochain, ne concerneront pas les Jeux, comme celles du T12 entre Massy-Palaiseau et Evry-Courcouronnes ou du prolongement de la ligne 11 du métro jusqu’à Rosny-sous-Bois. Ces inaugurations n’auront d’ailleurs pas lieu si la présidente d’IDFM, Valérie Pécresse, met à exécution sa menace de ne pas ouvrir les lignes nouvelles si elle ne parvient pas à un accord avec l’État sur le financement des transports publics de la région en général, et du surcoût des JO en particulier. Au-delà de la crainte de retards dans les derniers chantiers, la grande préoccupation va être, d’ici les Jeux olympiques, de refaire fonctionner à plein, trains, RER, métros, trams et bus, et de recruter suffisamment de chauffeurs, agents de maintenance et personnels en station pour assurer le plan de transport.  « On aura 19 000 salariés mobilisés », explique-t-on à la RATP, où des négociations doivent s’engager à l’automne avec les syndicats pour parler primes et organisation du travail. La menace d’un mouvement social plane toujours sur les Jeux, même Valérie Pécresse a accepté de retarder un peu l’ouverture à la concurrence des bus parisiens, un sujet qui fâche. Le PDG de la Régie, Jean Castex, est attendu au tournant. Quant aux Franciliens qui ne seront pas en vacances et que les JO n’intéressent pas, ils seront invités à télétravailler le plus possible ! 

François ENVER