Votre panier est actuellement vide !
A la recherche d’un modèle économique
Écrit par
dans
Qui paye quoi, à qui, sous quelle forme ? Ce sont les questions cruciales sur lesquelles les partenaires des technologies NFC vont devoir se mettre d’accord. Une entente devra de toute façon intervenir avant que l’expérience Nice sans contact débute, au début 2010 (voir p. 25). Mais, pour l’heure, c’est la cacophonie. Les opérateurs de téléphonie mobile ont beau s’époumoner sur le thème « c’est un service génial qu’on veut offrir à nos clients », ils n’ont rien d’entreprises philanthropiques et il va de soi qu’ils en attendent des retombées sonnantes et trébuchantes. S’il est entendu que la prestation doit être facturée, on ne sait pas sous quelle forme – un pourcentage sur les ventes ? les volumes ? – ni à qui, plutôt gênant. Le rôle des opérateurs télécoms n’est pas très clair : sont-ils considérés comme des canaux de distribution ? Difficile à concevoir pour les transporteurs comme pour les autorités organisatrices (AO).
Responsables et payeurs de tout ce qui touche à la billetterie, les AO sont légitimement très attentives au business model qui devrait émerger. « Les opérateurs misent sur le concept du mobile “couteau suisse” avec bouquet de services, très bien ! analyse Réginald Babin, responsable du pôle systèmes de transports du Gart et du groupe de travail télébillettique. Mais ils se voyaient gérer l’abonnement de transport. C’est hors de question ! A un moment, ils vont forcément glisser des frais, or ce ne sont pas les AO qui les paieront, ni les clients du transport. Ils ne nous donnent jamais de réponse claire sur cet aspect. » Chez Orange, le sujet semble un peu tabou. « Nous attendons des revenus de la part du monde du transport, admet toutefois Mung-Ki Woo, directeur des paiements et transactions électroniques. Nous allons supporter une partie des coûts mais la carte de transport, aujourd’hui, quelqu’un la paye bien, non ? » Comme en écho, Laurent Jullien, directeur des services sans contacts de Bouygues Telecom, rebondit : « A notre charge le surcoût lié au mobile NFC et à son SAV, mais il faut bien que les transporteurs nous rémunèrent pour l’application qu’ils proposeront à leurs clients via notre offre de téléphonie mobile. Charge à eux de se retourner s’ils le veulent vers leurs AO ou leurs voyageurs… »
Les partenaires ont pourtant besoin d’une visibilité plus précise. « Franchement, on n’est pas loin de tomber d’accord, les discussions sont bien avancées et les écarts ne sont pas dramatiques », assure Laurent Jullien. « La solution est viable économiquement », estime de son côté Dominique Descolas, directeur de programme billettique et services sur mobile chez Veolia Transport. « Il faut que ce nouveau canal de vente trouve son modèle économique par lui-même. Pour un transporteur, diffuser un titre coûte de l’ordre de 10 % du prix de vente. Si ce canal a des coûts inférieurs et qu’il devient important, nous diminuerons nos frais de distribution. »
La technologie NFC, comme la télébillettique sur carte sans contact d’ailleurs, réduit aussi la fraude, d’où d’autres économies. Bref, chacun pourrait y tirer avantage. « Amélioration du service au voyageur pour le transporteur et atout supplémentaire pour l’opérateur télécoms dont les services deviennent indispensables dans la vie quotidienne », résume Jean-François Janin, chef de la mission transports intelligents au ministère de l’Ecologie (Meeddat). Il rappelle par ailleurs qu’étant donné qu’« une grosse partie du coût du transport public est payée par le contribuable via l’AO et l’Etat, le client final n’a pas à payer davantage. »
Pragmatique, le délégué général de l’AFSCM, Pierre Noizat, est confiant. « Cela se passera comme avec Internet, il n’y a pas un modèle économique, mais une multitude en fonction des métiers. Nul doute que celui du transport se mettra en place entre les opérateurs, AO, transporteurs. Penser le contraire ne sert qu’à retarder le développement ! » Pourtant, encore aujourd’hui, les camps s’affrontent. Les opérateurs télécoms reprochent aux AO de freiner le processus de lancement de la nouvelle technologie. Ces dernières les soupçonnent de cacher leurs véritables intentions mercantiles. Et puis, « si ça leur coûte si cher à Orange, SFR et Bouygues, rappelons que personne ne les oblige à vendre des téléphones NFC », provoque Jean-François Janin. Un observateur averti du secteur estime quant à lui que s’agissant des services publics qui sont réglementés, tel celui des transports, « le service ne devrait pas être très rémunérateur pour les opérateurs de téléphonie ». Dans ce cas, pourquoi tant d’hostilités ?
Cécile NANGERONI