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La région Auvergne réduite à lancer un ultimatum
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Le président de région, le socialiste René Souchon, n’hésite pas à brandir les menaces quand il juge la situation « dramatique », comme c’est justement le cas de l’état du réseau ferré régional. Et la réussite de sa dernière initiative, une grande opération de lobbying en faveur du TGV auvergnat, saluée par CB News qui vient de lui décerner le prix du “meilleur marketing politique”, lui redonne confiance : aux dernières nouvelles, Paris – Clermont faisait partie des LGV à envisager dans la seconde vague de 2 500 km du Grenelle. René Souchon vient de lancer un ultimatum à RFF et à l’Etat pour obtenir des engagements financiers sur un “plan spécial rail” qu’il réclame depuis plus d’un an. Il submerge aussi les bureaux du gouvernement et de Matignon de courriers où il expose le vieillissement du rail en Auvergne. Dans le dernier, daté de juillet, il informait de sa « volonté de lancer une grande campagne de mobilisation et de sensibilisation citoyenne informant sur les responsabilités des parties concernées dans le cas où aucune disposition ne serait prise ». « Ils ont la trouille ! s’amuse-t-il, auréolé de sa récente distinction. Ils savent que je suis capable de mobiliser l’opinion quand je suis déterminé à avancer… » Et déterminé, il l’est. Combatif, aussi. « Il faut que les discussions avec le préfet de région débutent avant la fin septembre. Il vient de recevoir une lettre de mission, mais il manque le principal : le montant… » La situation est en effet « l’une des plus catastrophiques de France : l’Auvergne est sur le point de perdre toutes ses liaisons vers le Sud ». Prochaine sur la liste des suspensions programmées, la ligne des Cévennes, plus précisément la section entre Saint-Georges-d’Aurac et Langogne. Le coût d’une véritable remise à niveau du réseau est évalué à 590 millions d’euros. Une somme colossale pour une région qui ne roule pas sur l’or. C’est la troisième de France la plus endettée, elle ne dispose pas des marges de manœuvre de sa voisine Midi-Pyrénées, qui, avec son plan rail, s’endette pour 40 ou 50 ans. Mais son président n’est pas à court d’idée. Il avait même suggéré au gouvernement une solution : la suspension de tout ou partie des péages versés à RFF, soit 14 millions d’euros par an pour l’Auvergne, en échange d’un investissement régional dans la rénovation des infrastructures. Les simulations du service transport de la région aboutissaient à une enveloppe de 250 millions d’euros, la collectivité locale en aurait pris la moitié à sa charge, financée par le biais d’un emprunt sur trente ans. En avril dernier, refus catégorique de François Fillon, qui met en avant la situation financière de RFF. René Souchon trouve pourtant sa proposition « intellectuellement très pertinente : RFF n’investit pas, mais prélève des péages. Si nous investissons à sa place et que nous payons quand même des péages sur la ligne modernisée à nos frais, c’est la double peine ! » La région va donc devoir se résoudre à s’endetter jusqu’à « l’extrême limite acceptable, soit huit ans de désendettement », alors qu’elle est déjà à un peu plus de quatre ans. Guère réjouissant. Cependant, de nouveaux calculs sont effectués. Postulat de départ : rien n’est envisageable sans un engagement « fort et supplémentaire de la part de l’Etat et de RFF ». Partant du principe que l’Etat promet une enveloppe supplémentaire de 400 millions d’euros par an à l’article 10 du projet de loi issu du Grenelle de l’environnement. Que l’Auvergne subit 10 % des ralentissements, « 10 % de l’enveloppe devraient lui revenir », poursuit-il. Soit 40 millions d’euros sur une période de cinq ans, soit 200 millions d’euros au total. Le compte y serait car sans ristourne sur les péages, le conseil régional ne pourra guère aller au-delà de 60 millions d’euros d’investissement jusqu’en 2013. Ajoutés aux 47 millions d’euros prévus au contrat de projet, la facture pour la région s’établirait autour de 117 millions d’euros. Et avec un tel budget (317 millions d’euros), le réseau ferré irait déjà bien mieux. De toute façon, « on ne fait rien d’efficace pour le pérenniser à moins de 250 millions d’euros », estime René Souchon. Tout en sachant que c’est plus du double qu’il faudrait d’ici à 2013, mais que c’est irréaliste… La région espère donc aboutir très vite à la signature d’un premier avenant à son contrat de projet, qui porterait sur la même période, jusqu’en 2013. Elle le fait cependant contrainte et forcée. Pour répondre aux attentes de ses électeurs et administrés. Ce n’est pas de sa compétence légale ? L’opinion publique l’ignore. « Quand elle entend dire que “la région n’a qu’à payer un plan rail” comme en Midi-Pyrénées, elle en conclut que c’est la région qui n’est pas d’accord. Il faut y aller, on n’a pas le choix… », soupire le président. Avec tout de même le pénible sentiment de « subventionner un Etat qui fait la manche ». Il vient d’ailleurs d’inventer un nouveau concept économique : la “région-providence”.
Cécile NANGERONI