Le RER s’exporte en régions

Pour désaturer les nœuds ferroviaires, à l’origine d’embouteillages de trains autour des grandes métropoles, la ministre des Transports a demandé à SNCF Réseau de proposer un schéma national directeur des RER pour la fin décembre. Cela nécessitera, à terme, de réaliser des travaux d’infrastructure permettant la circulation de trains fréquents et cadencés sur le modèle des RER franciliens.

 

Augmenter la part du ferroviaire dans les zones denses, c’est l’un des objectifs de la loi d’orientation des mobilités (LOM) actuellement en discussion devant l’Assemblée nationale. D’où l’idée de créer des RER sur le modèle francilien dans toutes les grandes métropoles pour désaturer les nœuds ferroviaires, où d’impressionnants embouteillages de trains ont lieu au quotidien.

A Bordeaux, où SNCF Réseau a organisé le 28 mai un colloque sur le sujet, Elisabeth Borne est intervenue pour demander au gestionnaire des infrastructures de lui présenter d’ici la fin de l’année un schéma directeur national des RER métropolitains. Estimant que « le ferroviaire ne joue pas encore son rôle dans les métropoles régionales, que ce soit à Bordeaux, Toulouse, Marseille, Strasbourg ou encore à Lyon », la ministre des Transports a annoncé vouloir mettre sur la table 2,6 milliards d’euros sur 10 ans, dont la moitié apportée par l’Etat. « Cela vaudra aussi pour les grands corridors transfrontaliers », a-t-elle ajouté.

Cadencé, fréquent, connecté…

Pour dessiner cette carte de France des nouveaux services ferroviaires, SNCF Réseau va faire le tour des régions. A Bordeaux, où la région et la métropole ont voté une résolution et demandé à Réseau d’activer des RER métropolitains, il a été décidé de créer d’ici juillet un « plateau de projet » réunissant les équipes de Réseau, de Mobilités, de la région et de la métropole pour définir les services à mettre en place. Un chef de projet devrait être désigné très rapidement côté SNCF Réseau, qui pilotera le groupe de travail.

Si Bordeaux pourrait être l’exemple à suivre, d’autres grandes métropoles avancent aussi sur la question (voir articles pages suivantes). « Une fois que les services seront définis, nous pourrons décider des infrastructures à réaliser », poursuit le PDG de SNCF Réseau, en précisant que les RER métropolitains doivent remplir plusieurs conditions : être cadencés, fréquents, desservir des gares pas trop éloignées les unes des autres, avec une forte amplitude horaire et être connectés aux autres modes de transport. En effet, comme le rapporte Renaud Lagrave, le vice-président chargé des Transports en Nouvelle-Aquitaine, dans sa région, sur 2,5 millions d’actifs, seuls 200 000 bénéficient d’une gare à la fois sur leur lieu d’habitation et leur lieu de travail. « Cela doit nous faire réfléchir. Si on n’a pas de bus interurbains pour compléter les dessertes, on passe à côté de l’histoire… », souligne l’élu.

Le patron de SNCF Réseau estime que des améliorations pourront être apportées étape par étape. « Chaque établissement de circulation cherche déjà à optimiser les circulations dans les nœuds ferroviaires. Dans un second temps, pour gagner encore en efficacité, de petits investissements peuvent permettre de faire sauter des verrous en attendant de programmer de grands travaux », explique-t-il encore.

… mais loin d’être financé

Ces étapes passées, viendra le plus difficile : financer les projets. Car si les RER métropolitains semblent particulièrement pertinents pour la desserte des grandes agglomérations, ils nécessitent aussi de lourds investissements, rappelle Patrick Jeantet. « Il faudra les amortir en attirant de nombreux voyageurs ».
Selon lui, chaque métropole et chaque région devra choisir la vitesse avec laquelle elle souhaite avancer. « C’est d’abord un sujet métropolitain. Les collectivités doivent définir les services qu’elles souhaitent. A partir de cela, Réseau peut apporter des solutions, souligne-t-il. Dans un réseau en étoile ferroviaire, où passent des TGV, des TER, du fret, et demain des RER, il faudra faire des choix et prioriser les circulations », ajoute-t-il.

A Bordeaux, Patrick Bobet, le président de la métropole, évoque la somme de 200 millions d’euros pour lancer les RER métropolitains et de 600 millions d’euros pour les aménagements à réaliser au sud de la capitale girondine, travaux liés au projet GPSO. Des chiffres indicatifs en attendant d’affiner le projet, souligne-t-on du côté de SNCF Réseau. Ce dernier rappelle que le pacte ferroviaire ayant décidé que le gestionnaire des infrastructures ferroviaires ne financerait plus à l’avenir les projets de développement, ce sera aux collectivités de s’entendre pour compléter le tour de table. Un sujet difficile à l’heure où les ressources budgétaires sont plus que tendues.

Marie-Hélène POINGT