Le téléphérique urbain prend son envol en France

Televal Cable A

Si la France a longtemps paru à la traîne, elle rattrape désormais son retard grâce à plusieurs projets, achevés, en construction ou en d’appel d’offres. Notamment en Ile-de-France où le contrat du Câble A vient d’être signé et à Toulouse où Téléo est attendu d’ici la fin de l’année.

L’accident du téléphérique italien fin mai a endeuillé le monde du transport par câble. L’enquête en cours déterminera les raisons de la défaillance, mais d’ores et déjà, les professionnels affirment, dans une belle unanimité, qu’en France, les normes de sécurité sont telles qu’un accident de cette sorte (rupture de câble provoquant la chute de la cabine) ne pourrait pas arriver. Des propos qui se veulent rassurants, à l’heure où l’Ile-de-France vient de signer son premier contrat de transport urbain par câble, et où la cartographie des transports urbains par câble s’enrichit. Après le lancement du téléphérique de Brest fin 2016 – le premier téléphérique urbain français intégré à l’offre existante de transports en commun -les collectivités territoriales s’intéressent de plus en plus à ce type de mobilité. La loi de 2015 relative à la transition pour la croissance verte, a encouragé celle-ci en accordant une place importante au développement des transports propres et notamment en prévoyant de faciliter les projets de transport urbain par câble aérien. « Si au niveau mondial, la France peut paraître en retard, en Europe, c’est l’un des pays les plus en avance », confirme Jean Souchal, président du Directoire de POMA. La Paz, en Bolivie, possède en effet le réseau urbain par câble le plus important du monde ; Medellín (Colombie) inaugure la 7e ligne de son Metrocable ; l’Algérie est le premier pays au monde du transport urbain à câble, avec des installations à Alger, Constantine, Tlemcen, Bab El Oued, Tizi Ouzou… En France, « On observe un regain d’intérêt des grandes métropoles mais aussi des villes de taille moyenne », remarque Martin Francou, directeur Stratégie et Marketing chez MND. « D’une idée, nous sommes désormais passés à différents projets. » A Toulouse, les câbles de Téléo ont été posés et la mise en service est attendue avant la fin de l’année. A Saint-Denis de La Réunion, la première télécabine urbaine est en cours de construction depuis 2019, et l’édification d’une deuxième ligne a été validée. En Ile-de-France, le contrat pour la création du Câble A a été signé en mai 2021. A Grenoble, les travaux débuteront l’an prochain pour une mise en service prévue en 2024. A Ajaccio, un appel d’offres est en cours, dont les résultats sont attendus d’un jour à l’autre. A Lyon, un téléphérique reliant Lyon à Francheville est envisagé pour 2025. Bordeaux s’interroge depuis 2018 sur le franchissement de la Garonne via les airs, sans réussir à prendre une décision… Il arrive aussi que les élus aient du mal à se mettre d’accord, comme à Orléans où le projet a été enterré en septembre dernier, faute de consensus. Enfin, à Brest, le téléphérique a connu bien des déboires depuis son inauguration. A l’arrêt depuis mai 2020, il a brièvement repris du service avant de s’arrêter à nouveau pour maintenance en mai 2021.

Si les téléphériques et autres funiculaires existent dans les villes françaises depuis la fin du XIXe siècle, la nouveauté de ces différents projets réside dans leur intégration au réseau de transports en commun existant. C’est là où le terme de mobilité prend tout son sens : le système câble n’est pas la solution universelle, mais une solution complémentaire. Intermodalité, panoplie de solution et complémentarité sont les maîtres mots d’une problématique globale de mobilité dans laquelle il s’intègre. « La ville durable est un vrai enjeu. Elle doit être belle, accessible, performante et écologique, estime Martin Francou. Le transport par câble s’insère parfaitement dans le cahier des charges ». Econome en énergie, limitant les émissions de gaz à effet de serre, relativement silencieux et construit en site propre, le câble apparaît comme un système d’autant plus vertueux que les constructeurs prêtent une grande attention à son adaptation aux exigences urbaines. « Nous travaillons autour de trois axes : la diminution des émissions sonores, l’impact visuel des cabines, des gares et des pylônes, et la covisibilité, c’est-à-dire l’attention portée à la perte d’intimité liée au survol de zone habitée », détaille Bernard Teiller, président de Doppelmayr France. Jean Souchal, lui, parle « d’amélioration du confort des passagers, sous tous ses aspects – wifi, éclairage, ventilation, climatisation – et d’intégration dans l’environnement pour améliorer l’acceptance des populations : esthétique, bruit, architecture. Le téléphérique urbain, ce n’est pas la station de ski qui se déplace en ville ! » Un parti pris d’innovation tous azimuts qui contribue à redorer l’image du câble et à renforcer l’activité des constructeurs en milieu urbain.

Véronique Pierré