Les nouveaux aventuriers du rail

Train quai gare

Ils s’appellent eux-mêmes « les aventuriers du rail ». Ce sont de nouveaux entrepreneurs français qui envisagent de lancer leur société ferroviaire souvent là où la SNCF a abandonné le terrain. Principale difficulté : convaincre les acteurs financiers de les accompagner dans leur aventure. Tous ne partent pas avec les mêmes chances de succès.

Inattendu ! Pendant longtemps, on s’est imaginé que l’ouverture à la concurrence du marché ferroviaire allait avant tout attirer les grandes compagnies européennes. On s’aperçoit qu’il y aura aussi de tout nouveaux acteurs, plus ou moins sérieux, parfois en pleine éclosion, qui osent s’aventurer sur un terrain réputé particulièrement ardu. L’un d’entre eux, Alain Gertraud, le président-fondateur de la société Le Train, estime même que « le new deal du ferroviaire ne pourra se faire qu’avec tous », tous ceux qu’il appelle «les aventuriers du rail ».

En plus du Train (qui vise la grande vitesse dans le Grand Ouest), ce sont les Railcoop (société coopérative sortie la première du bois pour proposer la relance d’une ligne délaissée, Bordeaux-Lyon), les Midnight Trains (qui veut réinventer les trains de nuit) ou encore les Kevin Speed (qui envisage un TGV du quotidien reliant Paris à des villes situées à moins de deux heures de la capitale).  

« C’est bien une aventure pour les nouveaux venus mais aussi pour tous les acteurs en place, opérateurs, et services chargés d’accompagner le cadre français d’ouverture, en particulier sur l’open access », a ainsi souligné Alain Getraud, lors d’un colloque organisé à Bordeaux le 18 novembre sur le sujet. Ces nouveaux venus se disent en effet persuadés que plus d’opérateurs, c’est plus d’offre, et plus de revenus pour le rail. « Il ne s’agit pas de remplacer la SNCF. Elle est irremplaçable », a poursuivi Alajn Gertraud, mais il faut « accélérer le mouvement ».

Principal écueil, le financement. « Aujourd’hui, investir dans le ferroviaire, tout le monde en parle. Mais sur le service librement organisé, tout le monde se regarde encore. Il n’y a pas de modèle pré-établi en France, comme c’est le cas par exemple en Italie », ont regretté les participants au colloque. Surtout quand il s’agit d’entrer dans le dur avec l’acquisition des premiers matériels roulants.

Tous ne partent sans doute pas avec les mêmes chances de succès, notamment pour ceux qui n’ont pas à leur côté d’établissements financiers réellement impliqués. Ainsi, Railcoop, qui apparaît plus comme un projet sociétal, affiche des difficultés à boucler son tour de table. La coopérative devra certainement repréciser son projet en se posant notamment la question de savoir comment être recapitalisée en cas de problème.  

« Expliquer qu’on va lancer un TGV régional c’est une révolution copernicienne ; affirmer que les trains de nuit sont rentables, c’était pour moi un quasi-non sens », a commenté de son côté Jacques Rapoport, ex-patron de SNCF Réseau, après avoir entendu les entrepreneurs présents le 17 novembre décliner, chacun à leur tour, leurs projets. Optimiste, il s’est dit « convaincu » par les arguments des uns et des autres. Avec un bémol : il faudra investir dans les infrastructures. Et accélérer les délais généralement longs dans le ferroviaire, notamment du côté de SNCF Réseau. Reste que les projets de ces aventuriers du rail visent principalement des marchés de niche. D’où la question de l’économiste Yves Crozet : sauront-ils les rentabiliser ?

Marie Hélène Poingt