Les transports face au dérèglement climatique

Inondation 2021 Belgique

Les infrastructures de transport sont directement affectées par les changements climatiques. Les industriels et les transporteurs prennent les premières mesures. Mais il y a encore fort à faire et des investissements astronomiques sont à prévoir si on veut vraiment prendre les devants. Les résultats de la COP26 ne sont pas à la hauteur.

Dossier réalisé par Alexandre Duyck

Des températures caniculaires à répétition ; des trombes d’eau qui s’abattent sur une ville ou une région, comme cette année à New York, en Chine, en Belgique et en Allemagne, tuant des dizaines de personnes et ravageant tout sur leur passage… En France, en septembre dernier, un nouvel épisode cévenol frappe les alentours de Nîmes. La circulation des trains est coupée, des voitures et des camions déportés par les flots au milieu de l’autoroute A9. Le dérèglement climatique provoque bien des drames, des catastrophes à travers le monde. Si l’on en juge par les rapports du GIEC, le pire est à venir et nous oblige à tout repenser, y compris nos façons de nous déplacer.

On ne parle pas seulement de moins (ou de ne plus du tout) prendre l’avion pour moins polluer. On ne parle pas seulement d’émettre moins d’émissions de CO2, même si cela est vital. On parle des conséquences que le dérèglement climatique est en train de provoquer sur nos façons de nous déplacer, par la route ou le ferroviaire. Rails ne supportant pas des chaleurs extrêmes, climatisation à renforcer, ponts, tunnels, ouvrages d’art à protéger des crues soudaines et des inondations ; tracés à revoir face à l’inévitable montée du niveau de la mer… Comment faire quand, comme aux Pays-Bas, un tiers du pays est situé sous le niveau de la mer et que les prévisions prévoient une hausse du niveau des eaux d’au moins un mètre ? Comment protéger Copenhague, Londres, Stockholm ou Hambourg ?

Une vague de chaleur dont la fréquence était d’une fois tous les 50 ans surviendra beaucoup plus souvent (14 fois pour un réchauffement de 2°C, 40 fois pour un réchauffement de 4°C) et la température sera de 2,7°C et de 5,3°C plus élevée par rapport à il y a 50 ans. Pour la France, cela signifie des canicules à 50°C, sur une vaste partie du territoire.

Les infrastructures de transport sont directement affectées et fragilisées. Comme l’écrit sur le site Reporterre Jean Sivardière, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, « la menace est spécialement grave pour les voies ferrées, car le trafic s’est peu à peu massifié sur un petit nombre de lignes et le réseau ferré classique est aujourd’hui faiblement maillé : de nombreux itinéraires de détournement possible des trains ont disparu. Quant aux flux routiers, ils se concentrent sur un nombre limité d’axes routiers ou autoroutiers, souvent situés dans des zones à risques, telles que les vallées alpines. » Sur l’eau, la navigation sur le Rhin, essentielle à l’économie européenne et à la production industrielle rhénane, est menacée par la sécheresse. Même le transport aérien est affecté par les fortes chaleurs : quand l’air se dilate, la portance des avions diminue. En juillet 2019, le nombre des annulations de vols a augmenté de 54 % en Europe.

Partout, des mesures sont déjà prises. En cas de canicule, les TGV roulent moins vite pour contrer l’effet de la dilatation des rails. Les systèmes de climatisation des trains, des transports en commun sont renforcés, avec l’objectif qu’ils polluent moins. Mais la SNCF ne pourra pas éternellement recommander aux voyageurs de reporter ou d’annuler leurs déplacements ou de ralentir les TGV. Les revêtements routiers ne pourront subir des températures extrêmes et répétées sans de colossaux travaux d’entretien. En zone de montagne, les coulées de boue ou les écroulements, toujours plus fréquents et violents, vont entraîner la consolidation ou la construction d’ouvrages d’art. Des digues seront érigées comme aux Pays-Bas ou au Danemark.

Des innovations se mettent en place. Au sein du groupe allemand Vossloh, un des acteurs de l’infrastructure ferroviaire, on se prépare au défi de faire circuler beaucoup plus de trains sur les réseaux existants qui seront eux-mêmes davantage sollicités par les fortes chaleurs ou les précipitations accrues. « Nos éléments possèdent une durée de vie de plusieurs décennies et l’auront même avec un climat qui change, assure Pierre-Henri Bougeant, directeur de la Transformation chez Vossloh. L’industrie ferroviaire a toujours été très résiliente avec des coefficients de sécurité extrêmes. Mais la clé du succès de demain c’est de faire travailler ensemble tous les acteurs du rail. Quant à la révolution qui va arriver dans les prochaines années, elle concerne le monitoring », outil fondamental dont l’utilisation peut permettre de réduire l’empreinte carbone et rendre les infrastructures plus résilientes.

Partout, l’idée est de prendre les devants sans quoi, on le sait, l’addition de la réaction au changement climatique sera terriblement salée. « Or les finances publiques, notamment locales sont très limitées, souligne Yves Crozet, spécialiste de l’économie des transports. Deux incertitudes planent, climatique et financière mais quels arbitrages faut-il prendre ? On préfère culpabiliser les gens par rapport à l’avion alors qu’au quotidien, il y a des mesures à prendre rapidement. On n’anticipe pas les travaux qui vont arriver pour le ferroviaire, en préférant braquer les projecteurs et dépenser des milliards sur de nouvelles lignes à grande vitesse. »