Logistique. Les entrepôts relais à la conquête de la ville

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Plus de 500 millions de colis sont livrés chaque année en France, un nombre directement lié au volume d’affaires de l’e-commerce, en progression constante depuis des années. Avec la montée de l’e-commerce, mieux organiser la logistique urbaine devient un enjeu majeur pour les villes, qui sont de plus en plus nombreuses à signer des chartes de bonne conduite avec les professionnels. De leur côté, les grands groupes de transport et de logistique s’organisent pour faire face à une compétition accrue et pour mieux répondre à la problématique du dernier kilomètre. Avec un enjeu majeur : faire les bons choix en matière d’immobilier logistique.

Dossier réalisé par Olivier Mirguet

Quel avenir pour la logistique urbaine ? Le 14 janvier, le gouvernement a confié à Anne-Marie Idrac, présidente de l’association France Logistique, Jean-Jacques Bolzan, adjoint au maire de Toulouse et Anne-Marie Jean, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg une « mission sur la logistique urbaine durable ».

Objectifs : identifier les bonnes pratiques et les nœuds législatifs et réglementaires qui caractérisent les nouvelles pratiques de la logistique urbaine. « Il apparaît que des barrières subsistent, qui empêchent l’optimisation des flux de marchandises dans nos villes ou n’apportent pas aux acteurs privés la visibilité pour investir dans des véhicules plus propres ou maintenir la viabilité économique du foncier dédié aux activités logistiques en zone urbaine », indiquent les ministres signataires de la lettre de mission ; Agnès Pannier-Runacher, chargé de l’Industrie, Alain Griset, en charge des petites et moyennes entreprises et Jean-Baptiste Djebbari, aux Transports. L’étude doit leur être retournée le 15 juin. Elle visera à recenser tout ce qui « fait obstacle » à l’acheminement du dernier kilomètre.

40 MILLIONS DE FRANÇAIS ACHÈTENT SUR INTERNET.

« La logistique urbaine se situe au croisement de plusieurs politiques publiques, la réglementation de la voirie, l’urbanisme et l’immobilier, l’économie et les énergies. Le sujet a besoin d’une coordination renforcée », observe déjà la Strasbourgeoise Anne-Marie Jean. Cette activité en plein essor évolue au rythme du commerce en ligne. Selon la Fevad, organisation représentative des entreprises du e-commerce en France, le secteur (produits et services) a atteint 112 milliards d’euros en 2020, soit une hausse de 8,5 % sur un an. « Au cours des 12 derniers mois, les sites de vente sur internet ont enregistré plus de 1,84 milliard de transactions, soit une hausse annuelle de 5,8 % », relève la Fevad dans sa dernière étude périodique.

Dans le même temps, la fédération du commerce spécialisé, Procos, observe un recul de 18 % de l’activité dans les magasins, hors restauration. « La vacance commerciale va se développer dans de nombreux lieux de commerce aussi bien dans les grandes villes que les petites », prévient le spécialiste.

Ces menaces sur le commerce de détail accélèrent la prise de conscience des acteurs de la logistique urbaine : la crise entraîne un bouleversement des flux de marchandises. Les citoyens achètent en ligne et veulent être livrés rapidement. Dans le même temps, ils exigent des conditions de circulation apaisées dans les villes et les agglomérations.

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Chiffres d’affaires e-commerce 2020.

« Les taux de retour augmentent pour s’établir, d’après les estimations, à 20 %. Les clients commandent le même article en plusieurs tailles. Ce phénomène nécessite une augmentation de la surface d’entreposage, une multiplication de la main-d’œuvre et un renforcement de la chaîne logistique », constate déjà le logisticien FedEx, dont le chiffre d’affaires (20,6 milliards de dollars, soit 17,1 milliards d’euros) a augmenté de 19 % au dernier trimestre en 2020. L’interpénétration des canaux de distribution (multicanal) a poussé Geodis à mettre en place des tournées dédiées aux commerces physiques dans plusieurs villes-tests françaises (Valenciennes, Rodez) pendant le confinement. Cette période a entraîné fin 2020 la fermeture, en France, des commerces dits « non-essentiels ». D’où la progression du marché de la logistique urbaine : DHL, qui revendique 37 % de parts de marché dans le transport express international, a traité 23 % de colis en plus en décembre 2020 par rapport à 2019. L’entreprise, qui investit 12 millions d’euros dans ses infrastructures en France, attend 45 millions de colis en 2021, soit 7,5 % de plus qu’en 2020.

En bout de chaîne, les opérateurs de logistique repositionnent leurs infrastructures et leurs moyens sur le dernier kilomètre. L’ouverture de dépôts urbains ou espaces logistiques urbains (ELU), au plus près des clients finaux, magasins ou consommateurs particuliers, répond à cette nouvelle stratégie. Elle entraîne et facilite la mise en place de véhicules électriques qui peuvent assurer la livraison du dernier kilomètre.

59 € : MONTANT MOYEN D’UNE TRANSACTION EN LIGNE.

L’immobilier logistique s’en trouve lui aussi affecté. « Les nouvelles stratégies de supply chain et les recherches de flexibilité et d’agilité génèrent de nouveaux besoins », relève le spécialiste de l’immobilier d’entreprise BNP Paribas Real Estate. Les opérateurs sont à la recherche d’entrepôts, sur un marché tendu. « Le marché a fait preuve d’une bonne dynamique en 2020 malgré le contexte sanitaire et économique, avec un volume de transactions de près de 3,6 millions de mètres carrés, en baisse seulement de 8 % », calcule BNP Paribas Real Estate. Cushman Wakefield, qui gère 2,5 millions de mètres carrés d’actifs logistiques en France, observe une hausse de 26 % des surfaces d’entrepôts placées chez des logisticiens en 2020 et prévoit « un renforcement, chez les expressistes, de la logistique urbaine ».

Reste la question délicate de la qualité du service au client, exacerbée par la progression du commerce en ligne. Les opérateurs en France observent certaines bonnes pratiques qui se sont imposées aux Etats-Unis. Amazon et FedEx ont mis un terme en 2019 à leur collaboration, le géant du e-commerce ayant décidé de favoriser son propre réseau de centres de livraisons, de véhicules et même d’avions.

La progression du commerce en ligne entraîne une augmentation des retours. Amazon permet à ses clients de l’effectuer sans boîte ni étiquette chez certains fournisseurs aux Etats-Unis.

FedEx a répliqué à cette offre en offrant des remboursements instantanés au moment du dépôt des articles. La logistique urbaine durable est aussi une question d’image.


La logistique en France c’est…

  • la 6e place mondiale sur le marché de la logistique
  • la 5e activité économique en France avec près de 150 000 entreprises
  • 1,9 million d’emplois soit 6 % du total de la population active
  • 20 % de femmes
  • 16 % de jeunes de moins de 25 ans et 70 % avec un CDI
  • 78 millions de mètres carrés d’entrepôts sur le territoire français
  • 500 000 postes à pourvoir à l’horizon 2025