Les loueurs de matériels roulants montent en puissance

matériels roulants

Pour compléter leur parc ou pour des besoins limités dans le temps, les opérateurs ferroviaires se tournent vers la location. De leur côté, les loueurs, qui ont acquis une forte expérience pour sélectionner et financer du matériel roulant, développent de nouveaux services, en particulier la maintenance.

Le contexte est porteur pour le ferroviaire, les perspectives pour les loueurs de matériels roulants sont sur la même ligne. Du côté des wagons, on recense sur le marché en Europe plus de 200 000 wagons de fret (wagons-trémies, wagons frigorifiques, wagons couverts, plats…). Côté locomotives, on en compte environ 30 200, dont 10 000 sont des shunters (machines de manœuvre) et plus de 18 000 tractent des trains de voyageurs et de fret (6 000 locomotives pour les passagers, plus de 12 000 pour le fret). « Le quart des locomotives de fret en circulation est loué », précise Fabien Rochefort, qui porte une double casquette, celle de président du loueur Akiem et celle de président de l’AERRL (Association of European Rail Rolling Stock Lessors). De 2019 à 2023, 2 000 locomotives ont été livrées en Europe, ajoute-t-il. Dont 42 % chez des loueurs. « Depuis dix ans, entre 42 % et 45 % des locomotives sont acquises par des loueurs. Le métier de la location est en forte hausse », poursuit le président de l’AERRL.

Lancée il y a trois ans, cette association basée à Bruxelles, compte une dizaine de membres qui, avec plus de 3 200 locomotives, représentent 70 % des activités de leasing de locomotives en Europe. Sur ce créneau, les loueurs de locomotives, mais aussi de trains de voyageurs et de wagons de fret ont développé une forte compétence en matière d’achat pour sélectionner les matériels, discuter les conditions contractuelles et apporter une structure de financement. « Avec des taux de financement plus faibles que ceux auxquels accèdent les opérateurs ferroviaires, affirme Fabien Rochefort. Nous sommes capables d’évaluer les volumes nécessaires aux marchés. Quand nous passons des commandes, nous n’avons pas les clients en face. Il faut savoir gérer des stocks, être agile… », souligne le dirigeant.  Les membres de l’AERRL ont ainsi commandé 800 locomotives, sachant qu’il leur faudra attendre la livraison entre 18 et 30 mois, une fois la commande passée. Les compagnies ferroviaires clientes peuvent ainsi faire face plus rapidement à leurs besoins en matériel roulant (ou à des besoins limités dans le temps) dans un contexte où les délais de livraison proposés par les constructeurs s’allongent.

Une offre multiservice 

Les loueurs, qui portent une forte capacité d’investissement, font évoluer leur modèle. Pour être sûrs de la fiabilité de leurs matériels et mieux maîtriser leurs coûts, ils développent leurs compétences et leurs prestations dans le domaine de la maintenance. Le métier ne consiste plus seulement à mettre du matériel à disposition, mais à assurer plus de services. « Le métier de loueur, qui était traditionnellement éminemment financier (plus proche du “lease financier“ que du “lease opérationnel“), avec des acteurs financiers comme la Royal Bank of Scotland par exemple, est en train d’évoluer. Aujourd’hui, notre métier, c’est de mettre à disposition la locomotive et le service », explique Fabien Rochefort.

Au fil du temps, avec l’ouverture à la concurrence, de nouvelles perspectives se sont ouvertes. En particulier en Allemagne, où la compétition sur les lignes voyageurs, possible depuis les années 1990 impose souvent aux compagnies de fournir les trains pour les lignes qu’elles exploitent. Pour éviter d’engager un capital trop important, ces opérateurs peuvent avoir intérêt à se tourner vers un loueur. Alpha Trains, par exemple, très présent outre-Rhin, loue auprès d’opérateurs publics et privés près de 500 locomotives en Europe et gère un parc de quelque 500 rames automotrices ou d’autorails. En espérant un jour pouvoir faire la même chose en France pour le marché voyageurs. Pour se placer également sur ce marché, Akiem a lancé, au printemps 2022, avec la Banque des territoires, le consortium TerriTrains pour proposer des solutions de financement, d’acquisition et de gestion de flottes de trains de voyageurs.  Un travail est encore en cours, notamment avec les régions, pour trouver le bon modèle, explique un de ses promoteurs. Les nouveaux entrepreneurs ferroviaires, comme Le Train, Kevin Speed ou autres Midnight Trains, sont aussi demandeurs de matériels et de nouvelles solutions. Les constructeurs ont un rôle à jouer, surtout s’ils développent des plateformes standardisées pour produire des trains interopérables, et pas uniquement fondés sur les cahiers des charges précis des opérateurs historiques. Les loueurs n’attendent que ça. 

Marie-Hélène Poingt