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Networking au féminin dans les transports

La proportion d’hommes aux manettes dans les transports est écrasante… sauf à la RATP qui affiche une belle parité. Peu à peu, les barrières tombent. Des associations et des réseaux de femmes veulent y contribuer.
Les habitudes ont la vie dure. Les études le montrent, dans notre éducation, on continue à valoriser, côté féminin, l’attention aux autres, côté masculin, l’esprit de compétition et la mise en avant.
Lors des colloques, combien de fois n’a-t-on vu sur le plateau que des têtes masculines, souvent les mêmes d’ailleurs, qui grisonnent au fil du temps ? Ville, Rail & Transports prend sa part de critiques, lorsque notre magazine organise des tables rondes qui manquent de mixité.
Une situation qui reflète la réalité des entreprises du secteur, où les chiffres sont souvent sans appel : sur les quelque 150 000 personnes qui travaillent à la SNCF, la proportion hommes-femmes est de 80 %-20 %. Au Comex, centre névralgique de décision, on ne compte qu’une femme (Agnès Ogier tout récemment nommée) sur les 12 membres de l’Epic de tête (mais un peu plus à SNCF Mobilités et à SNCF Réseau).
Keolis ou Transdev ne font pas mieux : deux femmes seulement sur neuf membres siègent au Comex de la filiale de transport public de la SNCF, une seule sur dix au Comex de son concurrent. Dans cet univers uniformément masculin, une entreprise sort du lot : la RATP, présidée par Catherine Guillouard, affiche une belle parité dans son équipe dirigeante.
La technicité des métiers longtemps qualifiés de « métiers d’hommes » qui forment le gros des troupes dans les transports, tels que les mainteneurs, les aiguilleurs ou les conducteurs (qui travaillent avec des horaires décalés) est souvent évoquée pour expliquer cette domination masculine. On sait qu’il faudra du temps pour corriger ce déséquilibre.
Le mouvement vers la féminisation a toutefois largement progressé dans les fonctions administratives et d’encadrement. Mais il reste encore à briser le plafond de verre.
Comment ? Les associations et réseaux de femmes peuvent y aider, répond Marie-Xavière Wauquiez qui a lancé en 2015 l’association Femmes en mouvement car elle en avait « marre » d’aller à des conférences où seuls les hommes avaient la parole. Son organisation serait, selon elle, la seule association de femmes dans les transports. Malgré ses moyens modestes, elle affiche de beaux succès en organisant des rencontres professionnelles qui se terminent parfois par des embauches.
Depuis quelques années, les entreprises aussi ont décidé de faire progresser la mixité dans leurs rangs via des réseaux d’entreprise. Tout particulièrement les plus grandes entreprises, les EDF, Orange, BNP ou la Société Générale, qui ont compris tout l’intérêt d’agir pour féminiser leurs troupes… et leur image. Ces initiatives font désormais partie des dispositifs responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en faveur du développement de l’égalité professionnelle.
« Ces réseaux ont explosé parce que les grosses entreprises se rendent compte que la mixité est un critère de performance. Avoir très peu de femmes en poste de direction peut leur être préjudiciable », expliquait en janvier 2018, au magazine Marie-Claire, Emmanuelle Gagliardi, directrice associée du cabinet Connecting Women qui a écrit un livre sur le sujet et recensé plus de 500 réseaux professionnels féminins en France.
Le réseau d’Engie est le plus ancien, rappelle Francesca Aceto, qui préside aujourd’hui le plus grand réseau féminin d’entreprise, SNCF au Féminin et ses 7 000 membres. De son côté, Transdev réfléchit depuis quelque temps à lancer un réseau tandis que la RATP agit dans le cadre d’un programme visant à faciliter la carrière des femmes.
Cette vague du networking au féminin fait partager les expériences professionnelles et les bonnes pratiques tout en levant les freins (y compris intériorisés) qui bloquent les progressions de carrières. Ce nouvel écosystème fonctionne autour d’apéritifs, de dîners, de sorties informelles ou de séances de coaching, au cours desquels on peut échanger sans a priori et progresser. Bienveillance et solidarité en sont les mots-clés. On en ressort prêtes à gravir les échelons et à aider ses semblables, assurent celles qui s’y sont livrées.
Est-ce que ça marche vraiment ? Les enquêtes réalisées sur la question ne donnent pas une réponse tranchée. Les plus critiques pointent le risque de « l’entre-soi » : les cercles sont généralement investis par les femmes qui ont « les codes ». D’où la question de savoir si, avec la multiplication des réseaux féminins et l’arrivée de plus en plus de femmes aux postes clés, ces réseaux réseaux féminins ne devront pas bientôt trouver un nouveau positionnement stratégique.
Marie-Hélène POINGT