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  • Le tour du monde des métros automatiques

    Le tour du monde des métros automatiques

    Portés par la croissance urbaine et la nécessité d’un développement plus durable, les métros automatiques connaissent une expansion sans précédent. De la Chine au Moyen-Orient, en passant par l’Europe, plus de 60 villes dans le monde exploitent désormais des lignes automatiques, symboles de fiabilité et de modernité.

    L’automatisation des réseaux de métro a franchi une nouvelle étape au début de cette décennie. Selon le rapport Global Metro Figures 2024 publié cette année par l’UITP, plus de 60 agglomérations urbaines dans le monde exploitent aujourd’hui au moins une ligne entièrement automatique de niveau GoA4 (données 2023). C’est une progression spectaculaire comparée aux treize villes qui en disposaient en 2000.

    La croissance s’est fortement accélérée depuis 2020 : la longueur totale des lignes GoA4 a en effet bondi de 75 % en trois ans pour atteindre 2279 km à la fin de 2023, soit environ 11 % de la longueur mondiale des réseaux de métro.

    L’Asie-Pacifique concentre les projets

    L’automatisation des métros remonte à 1981 à Kobe au Japon, suivi en 1983 par le VAL de Lille. Mais c’est au cours de la décennie 2013-2023 qu’une accélération sans précédent a été observée, portée par l’Asie-Pacifique (+171 % en termes de longueur de réseau). Cette région est aujourd’hui le véritable centre de gravité des métros automatiques, concentrant 57 % des lignes automatisées mondiales et 67 % de la longueur totale du réseau. La Chine occupe la première place mondiale en termes de kilomètres de réseau automatisé. En 2012, seules 2 % des villes chinoises disposaient d’une ligne GoA4. En 2023, ce chiffre atteint 24 %.

    Ligne 4 à Mumbaien Inde.
    Ligne 4 à Mumbai
    en Inde.© Alstom SA 2025 – Advanced & Creative Design | Mumbai L4 Metropolis (TM)

    « Le nombre de kilomètres traduit l’implication des gouvernements mais cela ne reflète pas automatiquement une part de marché accessible pour les industriels », nuance François Destribois, CEO de Hitachi Rail Systems France. Pour l’industrie européenne, de nouvelles opportunités se présentent heureusement sur d’autres marchés Asie-Pacifique, comme le marché indien, avec des projets majeurs comme le Mumbai Metro Link 4 ou Chennai. « Les dimensions des nouvelles lignes sont plus importantes qu’en Europe. Un appel d’offre récent portait sur 52 km pour une seule ligne », note François Destribois.

    L’Europe modernise son réseau

    L’Europe reste la deuxième région la plus représentée, avec 23 % des lignes automatisées mondiales, mais seulement 15 % de la longueur totale. Cette différence tient à l’âge et à la densité des réseaux européens, où les lignes plus courtes offrent une fréquence élevée, tandis qu’en Asie et au Moyen-Orient, elles s’étendent davantage : 25 km en moyenne contre moins de 15 km en Europe.

    Cette dichotomie s’explique également par la nature même des projets. « L’Europe, au sens général, est plutôt considérée comme une région de brownfield, quand l’Asie est plutôt une zone de greenfield », résume François Destribois. Un point de vue partagé par Khédidja Zitouni, directrice Transports et développement urbains chez Egis : « En Europe, des projets de brownfield visent à prolonger la durée de vie des infrastructures et à améliorer la performance des systèmes ». C’est le cas des lignes A et D à Lyon, mais aussi des lignes M1 et M2 à Copenhague et bientôt de la ligne 6 à Madrid.

    « L’obsolescence des systèmes pousse à moderniser, mais la vraie raison, c’est l’augmentation du trafic », observe Arezki Touat, Senior Vice President Design & Build International chez Systra. Dans les métropoles denses, où doubler une ligne est impossible, l’automatisation permet d’accroître la fréquence sans infrastructure supplémentaire. Mais quelques grands chantiers greenfield subsistent : le Grand Paris Express (200 km), le métro de Cluj en Roumanie (2031), le MetroLink de Dublin (19 km, prévu pour 2035) ou la Ligne Jaune de Stockholm (2034).

    Greenfield ou brownfield ?

    Le terme greenfield est utilisé lorsqu’il s’agit de la réalisation d’un nouveau système de métro s’inscrivant dans un environnement totalement neuf, tandis qu’un projet brownfield fait référence à la mise à niveau ou la modernisation d’un système existant avec des infrastructures héritées du passé.

    La région MENA monte en puissance

    Très dynamique, la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord, 7 % des lignes) confirme sa montée en puissance avec des projets emblématiques de type greenfield aux Émirats arabes unis, au Qatar et en Arabie saoudite, où Riyad a mis en service près de 200 km de lignes automatiques en moins de dix ans. En comparaison, l’Amérique latine (3 % des lignes), suit une dynamique similaire à la zone Europe, marquée par la modernisation des réseaux existants et la création de nouvelles lignes.

    À Mexico, la ligne 3 fait l’objet d’une rénovation importante, Lima et Bogota connaissent également des programmes de modernisation significatifs tandis que de nouvelles lignes voient le jour à São Paulo.

    En Amérique du Nord (5 % des lignes), la situation est légèrement différente. « Les projets de nouvelles lignes sont plus rares, les réseaux existants étant relativement étendus, mais les initiatives de modernisation et d’automatisation sont en plein essor », analyse Khédidja Zitouni. Qu’ils soient brownfield ou greenfield, ces projets répondent tous à une même urgence : accompagner la croissance urbaine mondiale. « Aujourd’hui, la moitié de l’humanité vit en ville. D’ici à 2050, ce sera plus de 70 %. Les besoins en transports collectifs vont mécaniquement exploser », conclut Arezki Touat. Pour lui, le métro automatique s’impose comme la solution d’avenir : « moins d’émissions, moins d’accidents et une efficacité énergétique inégalée. » Et moins de postes de conducteurs, permettant des circulations en toutes circonstances.

    Les métros automatiques en France

    Avec plus de 250 km de lignes automatiques en service et 200 km supplémentaires en construction, la France s’affirme comme l’un des leaders mondiaux de l’automatisation urbaine.

    Lille, berceau du métro automatique depuis 1983 avec la technologie VAL, modernise aujourd’hui ses deux lignes de 45 km avec le doublement des rames. De quoi augmenter la capacité de transport de 50 % même si la modernisation de la ligne 1, prévue pour 2016 et lancée fin 2024, a subi de sérieux retards et dysfonctionnements.

    Métro automatique sur la ligne B à Rennes.
    Métro automatique sur la ligne B à Rennes. © Siemens

    À Paris, la ligne 14, inaugurée en 1998, fut la première ligne sans conducteur. Son succès a conduit à l’automatisation des lignes 1 et 4, tandis que le Grand Paris Express prévoit 200 km de nouvelles lignes GoA4. L’automatisation de la ligne 13 est prévue pour 2032.

    À Lyon, La ligne D, inaugurée en 1991, hérita du premier métro automatique sur fer en France fonctionnant en GoA4. Aujourd’hui, la ligne B suit le même chemin (depuis 2022), puis ce sera au tour de la ligne A en 2035.

    Rennes, plus petite métropole équipée de deux lignes automatiques, possède sa première ligne depuis 2002, complétée par la ligne B en 2022, longue de 13 km. Toulouse exploite depuis 1993 un métro VAL comportant deux lignes (A et B) totalisant 28 km et a lancé en 2023 la construction d’une troisième ligne GoA4 prévue pour 2029. Marseille, enfin, prépare la conversion de ses lignes 1 et 2 d’ici 2030, avec un renouvellement total du matériel roulant (38 nouvelles rames). Mais le projet connaît des retards.

  • Spécial RNTP: Le transport public dans tous ses états

    Spécial RNTP: Le transport public dans tous ses états

    8000 participants sont attendus aux Rencontres nationales du transport public, qui se tiendront, du 4 au 6 novembre, au Parc des Expositions CO’Met à Orléans. Deux ans après les RNTP de Clermont-Ferrand, autorités organisatrices et opérateurs plaideront de nouveau pour un choc d’offre et pour plus de financements. L’expertise et l’innovation tiennent aussi une place majeure pour le secteur, comme le montre cette nouvelle édition.

    Beaucoup d’espérances nées de la conférence sur le financement du transport public ont été douchées, à la rentrée, face à l’instabilité politique du pays. En particulier l’espoir d’obtenir, enfin, une loi cadre « historique » votée au Parlement. En jeu, 1,5 milliard d’euros d’ici à 2028 pour régénérer le réseau ferré vieillissant… En attendant, l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF) a tenu, début octobre, sa traditionnelle conférence de rentrée pour répéter ses demandes aux pouvoirs publiques. Elles devraient être réitérées au cours des RNTP par l’organisation professionnelle qui regroupe les principaux opérateurs de transport (SNCF, RATP, Transdev, Keolis, etc.) et gestionnaires d’infrastructures, Comme compte le faire le Gart qui demande aussi davantage de moyens, ainsi que l’équité avec l’Île-de-France où le plafond du versement mobilité est plus élevé (lire encadré)

    Déplafonner le versement mobilité

    Face au nouveau gouvernement, l’UTPF maintient son cap et appuie la demande des collectivités locales, notamment le Groupement des autorités responsables de transport (Gart), de se voir attribuer de nouvelles sources de financement afin de développer l’offre de transport.

    La manne du marché carbone

    Autre demande du secteur : affecter aux transports ferroviaire et urbain une plus grosse fraction du produit du marché carbone. En 2024, les quotas d’émission de gaz à effet de serre mis aux enchères (ETS1) ont rapporté 2,4 milliards d’euros à la France, ils devraient générer sensiblement la même somme en 2025. Seuls 50 millions d’euros ont été fléchés vers les transports urbains cette année, déplore l’UTPF qui voit dans le marché carbone « une manne ». Six cent millions issus des ETS1 pourraient ainsi tomber dans les caisses de l’Agence de financement des infrastructures, l’Afit-France. A condition que l’Agence soit maintenue en vie.

    Plus-value foncière et taxe de séjour

    Parmi les autres pistes que l’organisation professionnelle voudrait voir adopter, le moment venu : pérenniser la prise en charge des abonnements de transport public jusqu’à 75 % par les employeurs (avec exonération des cotisations et contributions sociales afférentes), capter une partie des plus-values foncières dès lors que de nouvelles infrastructures de transport public ou ferroviaires revalorisent les biens immobiliers.

    Autre proposition : augmenter le taux plafond de la taxe de séjour comme c’est déjà le cas en Île-de-France : cinq euros par nuit et par personne dans les palaces ; deux euros dans les hôtels trois étoiles. Et affecter cette surtaxe aux AOM pour financer le développement de l’offre de transports collectifs.
    Ou bien encore, instaurer une surtaxe aux péages d’autoroute pour les poids lourds, sur les tronçons où il existe une alternative de fret ferroviaire.

    Dans le viseur, les camions de marchandises sous pavillon étranger qui traversent la France. « La directive Eurovignette permet une augmentation ciblée des péages autoroutiers sur des tronçons saturés », assure Florence Sautejeau. Une hausse de 15 % ciblée rapporterait 400 millions d’euros par an, selon les calculs de l’UTPF dont Thierry Mallet, patron de Transdev, a repris les commandes en juin. Plus acceptable que l’écotaxe?

    Les demandes des élus pour le budget 2026

    Louis Nègre président du Gart
    Louis Nègre président du Gart

    Les conclusions d’Ambition France Transports n’ont pas apporté de solutions concrètes à la question cruciale du financement des autorités organisatrices de la mobilité (AOM) locales et régionales, estime le Groupement des autorités responsables de transport (Gart). « Pour rétablir l’équité territoriale et faire face au mur d’investissements et de fonctionnement qui se dressent devant les collectivités locales », l’association d’élus appelle donc le gouvernement à inscrire dans le projet de loi de finances 2026, l’augmentation des taux plafonds du versement mobilité (+ 0,5 point) pour les AOM de province.

    Comme c’est déjà autorisé en Île-de-France où il est à 3,2 %. Elle demande aussi que le versement mobilité régional et rural soit étendu aux outre-mer et que les syndicats mixtes soient autorisés à le percevoir.

    Comme l’Union des transports publics et ferroviaires, le Gart est favorable à ce que la loi pérennise définitivement l’exonération de charges sociales pour la prise en charge de l’abonnement transport à hauteur de 75 % par l’employeur.

  • Décarbonation : où en est le programme bus 2025 en Île-de-France

    Décarbonation : où en est le programme bus 2025 en Île-de-France

    Ne plus faire rouler un seul bus diesel d’ici à la fin de l’année à Paris et en petite couronne, puis en 2030 dans toute la région capitale. Soit 10 500 bus décarbonés. C’est la promesse d’Île-de-France Mobilités et de sa dirigeante Valérie Pécresse. À trois mois de l’échéance, où en est la RATP qui a piloté le programme ? Quels sont les derniers obstacles à lever ? En quoi l’assouplissement des règles européennes pourrait permettre d’atteindre les objectifs ?

    Le chantier était titanesque : remplacer les 4 750 autobus diesel de la RATP par des véhicules zéro émission (électriques à batterie ou à hydrogène) et à faibles émissions (biogaz). Un pari fou lancé en 2015 par l’ancien dirigeant du groupe, Pierre Mongin, au moment de la COP21 à Paris. Le programme bus2025 est aujourd’hui porté par Île-de-France Mobilités (IDFM) qui depuis, a mis en concurrence le réseau d’autobus, achète directement les véhicules, mais laisse la RATP continuer à piloter les travaux de conversion énergétique de ses dépôts, les centres opérationnels bus (Cob) et veut en faire des bâtiments bas carbone, certifiés haute qualité environnementale (HQE).

    Valérie Pécresse et ses équipes martèlent les objectifs : retirer de la circulation tous les bus diesel à Paris et en proche banlieue d’ici à la fin de cette année puis, progressivement sur les 1 900 lignes de bus franciliennes (5 200 véhicules au total) d’ici au 1er janvier 2030, comme l’exigent les règles européennes de décarbonation des véhicules lourds. IDFM a déjà engagé 1,5 milliard d’euros pour le nouveau matériel roulant propre, 3,5 autres milliards sont programmés. L’Union européenne lui a accordé une subvention de 55 millions d’euros.

    Rechargement d'un busélectrique de la RATP.
    Rechargement d’un bus électrique de la RATP. © RATP Xavier Chibout

    Nouveau mix énergétique

    Si l’électrique tenait le haut de l’affiche il y a encore quelques années, le principe de réalité a rattrapé l’autorité francilienne des transports, « et aujourd’hui, le choix d’un mix composé à 70 % de biométhane et 30 % d’électrique vise à garantir une meilleure souveraineté énergétique », justifiait Valérie Pécresse au début de l’été, lors des Assises de la décarbonation organisées par IDFM. « Un bus au biométhane dispose d’une forte autonomie, identique à celle d’un diesel, permettant d’effectuer un service complet sans recharge », argumente la présidente de l’autorité organisatrice des transports franciliens. Et puis, il coûte 380 000 euros, contre 500 000 euros pour un électrique.

    Le choix de l’énergie, c’est une chose, la conversion énergétique des dépôts, où sont entretenus et rechargés les bus électriques et au biogaz, en est une autre. « Le vrai sujet, c’est bien la transformation des centres bus », confirme l’élue régionale. Le troisième défi est humain, avec des milliers de conducteurs (15 000 pour la seule RATP) et d’agents de maintenance à former à la transition énergétique. À quelques mois de la première échéance, celle de la sortie du diesel dans Paris et en première couronne, le programme bus2025, qui dans les faits a vraiment démarré en 2018, est bien avancé.

    Même s’il reste des zones blanches sur la carte de l’Île-de-France, en grande couronne notamment, là où il faut construire de toutes pièces de nouveaux centres bus et acquérir du foncier malgré les réticences de certains maires qui rechignent à voir des installations classées ICPE fleurir sur leurs territoires. « En grande couronne, nous avons dû partir d’une page blanche. Aujourd’hui, nous avons déjà 65 centres bus déjà convertis dans toute la région [sur 120], et 20 sont en conversion ou en construction. Il ne reste que trois ou quatre sites à trouver », calcule Jérémy Olivier, chef du département transition énergétique chez IDFM.

    Autobus au biométhane,ici au centre bus de Mantes-la-Jolie (Yvelines) Le région Île-de-France défend la technologie et la filière biogaz et a payé l'installation de méthaniseurs sur son territoire.
    Autobus au biométhane, ici au centre bus de Mantes-la-Jolie (Yvelines). LA région Île-de-France défend la technologie et la filière biogaz et a payé l’installation de méthaniseurs sur son territoire. © Paul Parikhah- IDFM

    Le tabou du diesel, même Euro 6

    À Paris et en petite couronne, le défi était de transformer de fond en comble les infrastructures existantes pour les convertir à la recharge électrique avec des raccordements haute tension réalisés par Enedis, ou à l’alimentation au biométhane. Et l’exercice n’a pas toujours été de tout repos puisque dans le même temps, il fallait continuer à exploiter les lignes. « Pendant les travaux, la vente continue », imageait Jean Castex, PDG de la RATP, au moment de la réception symbolique du millième bus électrique, en février dernier au dépôt du Point du Jour, porte de Saint-Cloud.

    Dans le tissu urbain parisien, il a aussi fallu convaincre les riverains et les élus d’arrondissement que ces installations, collées aux immeubles d’habitations, n’étaient pas dangereuses, que le risque incendie était maîtrisé. À ce jour, la RATP déplore deux départs de feu sur des bus électriques, en août 2023 et 2025, dans deux dépôts mais les sprinklers ont bien fonctionné et l’incendie a été rapidement maîtrisé par les pompiers.

    La véritable inconnue qui risque de compromettre le calendrier (serré) imposé par l’Europe pour l’électrification des flottes de transports en commun, c’est la bonne santé de la filière industrielle française et européenne sur un marché de la construction en pleine restructuration : « Les délais de livraison s’allongent, ils sont passés de six à neuf mois », constate Jérémy Olivier. Iveco, qui fournit 80 % des bus franciliens, a été racheté l’été dernier par l’indien Tata Motors, Safra par le chinois Wanrun en mai 2025.

    « Sur certains secteurs comme Saclay [Yvelines] et Évry [Essonne], on ne manque plus de conducteurs de bus mais de bus en état de rouler », témoigne Marc Pélissier. Le parc roulant est vieillissant, parfois hors d’âge, IDFM refusant aujourd’hui d’acheter des bus neufs diesel, même de norme Euro 6 », critique le président de l’Association des usagers des transports en Île-de-France. « Vieillissant ne veut pas dire vétuste », se défend IDFM qui admet toutefois quelques tensions à Brunoy et en vallée de la Seine.

    Carte des énergies dans les centres bus du réseau francilien
    Carte des énergies dans les centres bus du réseau francilien

    D’où la décision des décideurs des transports franciliens, en Conseil communautaire début février, de recourir à un contrat de location de 200 bus et cars, dont une partie diesel. Pour éviter d’en acheter à combustion thermique. Ils ont aussi accepté de mettre dans les réservoirs du carburant HVO, huile végétale hydrogénée qui réduit les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole.

    À la RATP, « les objectifs de réduction des émissions de CO2 sont en passe d’être atteints », se félicite François Warnier de Wailly, directeur du programme bus2025, à la tête d’une équipe de 60 personnes dédiées au projet. Mi-septembre 2025, le transporteur revendiquait une diminution de moitié des émissions de CO2 dans Paris, avec 1 100 bus électriques, près de 1 500 au biométhane, et encore un millier d’hybrides qui combinent moteur diesel et batteries électriques, et sont appelés à disparaître. « Fin 2025, 100 % du parc roulant francilien sera zéro carbone avec une majorité de bus électriques et quelques autres au biogaz à Paris, du biogaz et des biocarburants en grande couronne », promet Valérie Pécresse.

    Mais le changement d’orientation au niveau européen remet en question la pérennité de la solution biogaz.

    Les règles européennes et l’avance chinoise

    Le transport étant l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre, une directive européenne adoptée en 2019 impose aux États membres de faire circuler au minimum 43 % de bus et cars propres d’ici à fin 2025 et 61 % en 2030 (électriques à batterie, à hydrogène ou biométhane). Et surtout, à partir de 2035, les constructeurs ne pourront plus vendre un seul véhicule à moteur thermique, donc diesel. Sous peine de sanction. Concrètement, tous les bus urbains neufs commercialisés à compter de cette date devront être à émission nulle, donc électrique ou à hydrogène.

    Initialement fixée à 2030, la date butoir avait été reportée cinq ans plus tard, sous l’impulsion de la France. La reculer encore, pour laisser le temps aux constructeurs et à la filière bus de s’électrifier, et aux collectivités locales qui ont investi massivement dans le biométhane, le temps de se retourner ? C’est l’ambition d’IDFM, des constructeurs et de France Gaz (le syndicat professionnel de l’industrie gazière), à la faveur de la révision du fameux règlement européen normalement prévue en 2027.

    Car si l’interdiction d’acheter des bus au biogaz devait in fine s’imposer, elle mettrait clairement à mal le choix du mix énergétique. « On se tire une balle dans le pied ! », décrit Valérie Pécresse. « Le 100 % électrique n’est pas forcément la meilleure solution, la Région a payé pour l’installation de méthaniseurs, et la situation est tout aussi pénible pour Iveco qui a investi dans le biogaz », ajoute-t-elle.

    Centre opérationnelbus de Mantes-la-Jolie, converti au biogaz.
    Centre opérationnel bus de Mantes-la-Jolie, converti au biogaz. © Paul Parikhah- IDFM

    Clause de revoyure

    Face aux défis de l’électrification, des tensions sur les droits de douane et de la concurrence avec la Chine, qui inonde le marché de ses véhicules électriques peu chers, tout le secteur fait pression pour que l’Union européenne revoie sa feuille de route au plus vite. Dans son discours sur l’état de l’Union, le 10 septembre dernier, Ursula von der Leyen a évoqué la possibilité d’assouplir le phasage pour 2035, « tout en respectant le principe de neutralité carbone ».

    « Quand Bruxelles sort une réglementation mal calibrée, basée sur des émissions au pot d’échappement et non pas sur le cycle de vie des véhicules, ça sabote toute l’organisation d’un réseau de transport de la taille du nôtre, la filière industrielle et tout l’écosystème », critique la patronne de l’Île-de-France qui réclame une exemption pour les transports franciliens. À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne semble ouvrir la possibilité de réviser plus tôt que prévu le règlement européen sur les émissions de CO2 des véhicules neufs. « Quoi qu’il arrive, l’avenir est électrique », insiste-t-elle néanmoins. Un avenir un petit peu moins proche ?

    (1) Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE)

     

  • Le DesignLab, laboratoire de la signalétique de la RATP

    Le DesignLab, laboratoire de la signalétique de la RATP

    Au cœur des orientations stratégiques de la RATP, l’information voyageurs est une discipline à part entière. Elle constitue un vrai savoir-faire, que le groupe met à la disposition des autorités organisatrices de mobilités en France et dans le monde.

    Chaque année, près de 4 milliards de voyageurs empruntent les différents réseaux de transports urbains et suburbains qu’exploite, à travers le monde, le groupe RATP. Pas étonnant, dans pareil contexte, que ce groupe cherche à acquérir une expertise sur la gestion des flux de passagers. Ses collaborateurs ont ainsi acquis la conviction que l’information voyageurs (IV) et, plus généralement, la relation à l’usager, constituaient des éléments essentiels pour offrir la meilleure « expérience voyageurs » possible. Et ils ont contribué, dans un récent passé, à développer des dispositifs d’information voyageurs robustes, lors de grands événements comme la Coupe du monde au Qatar, en 2022, ou encore les Jeux olympiques Paris 2024.

    Pour rendre compte de son expertise et de ses convictions en la matière, le groupe RATP a donc décidé de publier un « Manifeste de l’IV » destiné à mettre en exergue son savoir-faire ainsi que son aptitude à traiter une quantité très importante d’informations complexes, pour le compte des clients finaux et des autorités organisatrices. Ce document s’articule autour de trois leviers majeurs : le digital, les supports physiques et, bien sûr, le volet humain, par l’entremise des agents en contact avec la clientèle, et qui jouent un rôle essentiel. Ces leviers servent à proposer aux voyageurs la bonne info, au bon endroit, et au bon moment, afin de répondre aux attentes des autorités organisatrices de mobilités.

    « C’est un savoir-faire qui pourrait paraître assez simple mais, en réalité, le sujet est éminemment complexe, et il se trouve étroitement corrélé à l’ensemble de nos différents domaines d’activité, qu’il s’agisse de l’ingénierie, des infrastructures, ou encore du transport », assure Hannah Murphy, directrice du programme IV au sein du groupe RATP. « Nous accompagnons les autorités organisatrices de mobilité, et intervenons quelles que soient leurs demandes, en utilisant nos retours d’expérience sur la base des remontées de nos clients, dans le but d’améliorer continûment l’offre et d’être en mesure d’innover en permanence. »

    Magali Slanka, responsable de l’entité Design de l’IV au sein du groupe RATP et Guillaume Gendrillon, designer de l’équipe, insistent plus particulièrement sur le champ extrêmement large de leurs activités, qui va de la prise de parole des agents, pour venir directement en aide aux voyageurs, jusqu’aux outils numériques, tels les applications et les réseaux sociaux, en passant par tous les panneaux de signalétique implantés sur les quais ou dans les couloirs des stations. « Nous effectuons un gros travail de design visuel, pour créer un système graphique permettant aux voyageurs de s’orienter le plus facilement possible, à l’aide des écrans en gare, de ceux embarqués à bord des rames, ou encore des caissons lumineux implantés sur les quais. »

    Du show-room au laboratoire

    Parmi les objetsprésents au DesignLab, ces éléments de signalétique, qui y auront été testés depuis leur représentation la plus primitive (souvent, une simple impression sur papier) jusqu’à leur maquettage prototype.
    Parmi les objets présents au DesignLab, ces éléments de signalétique, qui y auront été testés depuis leur représentation la plus primitive (souvent, une simple impression sur papier) jusqu’à leur maquettage prototype. © RATP

    Pour tester tous les supports d’information voyageurs avant leur déploiement sur les réseaux de la RATP, le groupe a créé un « DesignLab », installé sur son site de Val Bienvenüe, à Fontenay-sous-Bois. « Dans ce lieu, nous pouvons tester, entre autres, tous nos objets de signalétique en vraie grandeur, tout en essayant de nous approcher le plus possible des conditions de leur environnement réel », explique Guillaume Gendrillon.

    « La signalétique s’apparente un peu à une langue écrite : ainsi, nous utilisons tous le même nombre de lettres de l’alphabet, mais nous ne serons jamais tous Victor Hugo ! De même, la signalétique reste un art éminemment technique. Et grâce au DesignLab, nous avons la possibilité de simuler un quai de métro ou de RER, des éléments de façade en station, voire même le passage d’un train… »

    Le DesignLab existe depuis l’an 2000. Il était apparu dans le cadre de l’opération « Renouveau du métro ». Il s’apparentait alors plutôt à un show-room. Mais au fil des années, il s’est transformé en un véritable laboratoire, dans lequel on peut tester un objet de signalétique depuis sa représentation la plus primitive – une simple impression sur papier que l’on colle au mur – jusqu’à un maquettage très voisin des futurs prototypes, en passant par des approches en volume ou même déjà sous la forme d’écrans.

    Avec des dimensions généreuses, les installations du DesignLab permettent aussi de scénariser entre elles toutes les expérimentations. Ainsi peut-on essayer ensemble des éléments de signalétique et des luminaires, en combinaison les uns avec les autres, en faisant varier à l’infini leurs hauteurs d’implantation respectives.

    Au DesignLab ont été testés des produits comme Syspad (Système de panneaux d’affichage des dessertes), étudié dès 2014 et déployé à partir de la fin 2018 sur le RER A, et Panam (Panneaux d’affichage du métro), apparu sur les quais parisiens peu avant les Jeux olympiques à Paris, à l’issue de deux ans de conception et d’étude. Ces deux produits ont été subventionnés par Île-de-France Mobilités. Toutefois, le périmètre d’intervention des équipes de l’IV s’étend aussi à l’ensemble du groupe RATP, au travers de ses différentes filiales présentes dans le monde.

    Solutions « clés en main » pour chaque réseau

    Si le DesignLab est un lieu d’échanges autour des dernières innovations, c’est aussi un lieu de prise de décision. La RATP y convie volontiers tous les acteurs et interlocuteurs concernés, à commencer par les autorités organisatrices, les opérateurs ou encore les associations d’usagers. « Nous voulons susciter un véritable partage d’expérience, pour parvenir à une conception juste et adaptée », assure Guillaume Gendrillon.

    Au travers des différentes réalisations qui y auront été développées, le LabDesign illustre combien la signalétique reste un art éminemment technique
    Au travers des différentes réalisations qui y auront été développées, le LabDesign illustre combien la signalétique reste un art éminemment technique © RATP

    Un autre aspect de l’activité concerne les missions d’audit sur des signalétiques existantes, ou encore les missions de conseil auprès d’autorités organisatrices, dans le cadre de réponses à appels d’offres. « Notre force est d’être tous des designers et, dans le même temps, de tous nous retrouver immergés en permanence dans le monde de l’exploitation, au sein des différents métiers de la RATP, et avec le vécu des contraintes de la maintenance », poursuit Guillaume Gendrillon. « Et c’est précisément cette particularité qui nous différencie des agences… »

    Un autre aspect important réside dans la nécessaire cohérence à rechercher entre tous les composants de l’information voyageurs, à commencer par les écrans, les prises de parole et autres annonces. Il s’agit là de parvenir à conférer une réelle identité et une image propre à un réseau, qui ne seront pas les mêmes si l’on est à Paris, à Lyon, ou à Marseille.

    « Nous avons, certes, des standards communs, mais nous avons aussi la capacité de proposer des solutions « clés en main », adaptables à n’importe quel réseau », insiste Hannah Murphy. « Le design va de pair avec la définition des bons contenus, en tenant toujours compte des retours de nos autorités organisatrices et de leurs voyageurs. »

    Ainsi l’équipe se souvient-elle avoir rencontré, il y a deux ans, des difficultés en Île-de-France, car les termes utilisés lors des annonces de perturbations étaient jugés trop génériques. « Nous avons une contrainte au niveau de l’outil : il nous faut toujours qualifier le message », explique Hannah Murphy. « Nous avons donc mené une étude avec un docteur en sciences cognitives, expert des questions de sémantique, pour retravailler l’ensemble des motifs de perturbations, afin qu’ils soient davantage le reflet de la réalité opérationnelle. Mais nous n’avons pas pu, pour autant, retirer le terme générique d’incident technique. Autrement, nous n’aurions su couvrir l’exhaustivité des cas… »

    Il est vrai, également, que dans la qualification d’une perturbation, il y a aussi, très souvent, le temps incompressible du diagnostic. Au tout début d’un incident, les opérationnels ne savent pas forcément de quoi il peut s’agir précisément. Sur l’information voyageurs comme ailleurs, on ne saurait aller plus vite que la musique…

  • Grands Prix de la Région Capitale 2025 : les candidatures

    Grands Prix de la Région Capitale 2025 : les candidatures

    De multiples nouvelles initiatives ont été relevées ces derniers mois dans les transports publics franciliens. Ce sont parfois des idées simples mais efficaces pour rendre plus confortables les transports et faciliter la mobilité. Ou bien des actions plus conséquentes pour améliorer le matériel ou moderniser le réseau. Souvent accompagnées par la technologie numérique qui prend toujours plus de place. Ces Grands Prix sont un état des lieux de ce qui se fait de mieux aujourd’hui dans les transports en Île-de-France.

    Le jury n’a pas eu la tâche facile quand il a dû trancher entre les différentes candidatures, ce qui a donné lieu à d’intéressants échanges. Il était constitué non seulement de la rédaction de Ville, Rail & Transports mais aussi des journalistes Sébastian Compagnon (Le Parisien) et Olivier Chicheportiche (BFM TV Eco) ainsi que de fins connaisseurs des transports franciliens (Marc Pélissier, président de la Fnaut-Île-de-France et Arnaud Bertrand, président de Plus de Trains). Nous les remercions chaleureusement pour leur précieuse expertise.

  • IA et cybersécurité: Des opportunités et des enjeux de sécurité

    IA et cybersécurité: Des opportunités et des enjeux de sécurité

    Les entreprises de transport se sont saisies depuis des années des multiples possibilités offertes par l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer leurs performances. Notamment pour capter des données, comptabiliser les flux de voyageurs, surveiller l’état des infrastructures et des matériels et prévenir les pannes.

    Depuis environ trois ans, la diffusion de l’IA générative dans le grand public, avec ChatGPT, a complètement changé la donne. A un rythme accéléré.

    De leur côté, les entreprises se mettent à développer des outils internes qui permettent à leurs salariés d’utiliser l’IA comme un assistant dans leurs tâches quotidiennes. C’est le cas de la SNCF par exemple qui a lancé, en janvier 2024, Groupe SNCF GPT actuellement utilisé par 100 000 collaborateurs.

    La SNCF vient de franchir un nouveau cap en annonçant le 12 juin un partenariat avec Mistral AI pour tester et intégrer progressivement les modèles de la start-up française. Il s’agit de « continuer d’enrichir l’usage de l’IA générative au sein du groupe », souligne le groupe ferroviaire dans un communiqué. « Les développeurs du groupe pourront par ailleurs bénéficier de Codestral, la solution d’assistance IA de Mistral AI, afin de les aider dans leurs missions de développement ».

    La SNCF veut aussi l’utiliser pour la maintenance prédictive, l’optimisation de l’information voyageurs ou encore pour des plans de transports. Citons aussi Keolis qui a développé Keolis GPT, et utilise l’IA générative dans des domaines tels que la prédiction d’affluence, l’information voyageurs et la sécurité, expliquait fin 2024 Arnaud Julien, directeur de l’innovation, lors d’une conférence sur le sujet organisée par Ville, Rail & Transports. Transdev et la RATP suivent aussi cette voie, entre lancement de nouveaux services et expérimentations pour trouver les usages de demain.

    La diffusion de l’IA permet de gagner en productivité. Mais elle n’est pas sans risque. Outre son impact environnemental (Il faudra des data centers toujours plus gros avec des systèmes de refroidissement spécifiques pour répondre à la demande), l’IA fournit aussi des armes aux cybercriminels. Or, les transports sont une cible très prisée car ils véhiculent de nombreuses données personnelles et financières. Le rôle stratégique des opérateurs de transport public les place donc en première ligne dans tous les domaines. Les professionnels de la cybersécurité ont de beaux jours devant eux.

  • Les transports publics à l’épreuve du dérèglement climatique

    Les transports publics à l’épreuve du dérèglement climatique

    Canicules longues, incendies, inondations, éboulements… Les aléas climatiques se multiplient, les opérateurs de transport cherchent les parades et apprennent à s’adapter.

    Incroyable ! La mezzanine de la gare de Nantes a été fermée le 30 juin dernier pour cause de canicule, alors qu’elle a été livrée il y a cinq ans seulement. En début d’été, la Loire-Atlantique était placée en vigilance orange canicule et la température dépassait les 40 degrés sur la mezzanine.

    Toute de baies vitrées, cette mezzanine qui permet de relier les gares Nord et Sud, conçue par l’architecte Rudy Ricciotti pour la bagatelle de 37 millions d’euros, était pourtant présentée comme pensée pour protéger des rayons du soleil et de la chaleur, rapporte le site Batiactu. Un rappel à la réalité qui a incité le gestionnaire des gares, SNCF Gares & Connexions, à lancer des études pour tenter de rectifier le tir.

    La prise de conscience n’est donc pas totalement de rigueur, malgré les discours. Et pourtant, le dérèglement climatique est de plus en plus criant, avec les canicules qui se multiplient, les incendies, les inondations, les affaissements de terrain, de talus….

    En mars 2022, dans son rapport sur l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique, la Cour des comptes estimait que les intempéries avaient été à l’origine de 19 % du temps des minutes perdues imputables à SNCF Réseau, le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire. Les rails peuvent en effet se déformer sous l’effet de fortes chaleurs, les caténaires se détendre, voire s’arracher au passage d’une rame. La SNCF peut alors être obligée de ralentir la vitesse de ses trains.

    Quand la chaleur devient suffocante, la climatisation peut tomber, et la SNCF décider de supprimer purement et simplement des circulations, comme elle l’a fait sur le réseau Intercités lors de l’épisode caniculaire du mois d’août. Il s’agit de limiter les risques de panne, notamment de climatisation. « La conception ancienne des Corails n’assure pas la même robustesse que des rames plus récentes », a notamment expliqué SNCF Voyageurs.

    Fontaine à eau, gare du Nord, à Paris.
    Fontaine à eau,
    gare du Nord, à Paris. © SNCF

    Les pouvoirs publics s’emparent aussi de ce sujet brûlant. Le gouvernement a ainsi présenté en mars dernier un nouveau Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), prévoyant une cinquantaine de mesures et 200 actions pour préparer la France, tous secteurs d’activité confondus, à vivre avec le dérèglement climatique.

    S’agissant des infrastructures de transport, l’objectif est notamment de les rendre plus résilientes en cas d’événements climatiques extrêmes telles que les vagues de chaleur ou les inondations. Des plans d’adaptation sont attendus et le risque environnemental doit être pris en compte dès la conception d’un projet. Faute de quoi, et c’est une vraie épée de Damoclès, les assureurs pourraient ne plus intervenir. « Mais le texte reste un peu flou sur les responsabilités de chacun », juge Clotilde Charaix, directrice Stratégie environnement et climat chez Transdev.

    En attendant, les opérateurs de transport qui n’ont pas forcément la main sur l’infrastructure doivent apprendre à gérer les aléas qui peuvent survenir à n’importe quel endroit de la planète et à n’importe quel moment. Et protéger leurs salariés ainsi que leurs passagers.
    Des obligations s’imposent à eux, renforcées par un décret du 27 mai dernier qui a introduit de nouvelles mesures, applicables depuis le 1er juillet, afin qu’ils protègent davantage la santé de leurs salariés en cas de forte chaleur. Plusieurs seuils sont prévus, de vigilance verte à vigilance rouge, avec différentes mesures (eau fraîche, équipements de protection, formation…) allant jusqu’à l’indemnisation d’arrêts de travail dans le secteur du BTP. En attendant mieux, restent les parades et la gestion de crise…

  • Quand les influenceurs prennent le train

    Quand les influenceurs prennent le train

    Près de 40 % des Français seraient influencés par les réseaux sociaux pour leurs choix de vacances : le plus souvent des destinations lointaines, en avion. Mais avec la montée des préoccupations environnementales, de nouveaux discours se font entendre sur Instagram, YouTube, X, TitkTok, Bluesky pour promouvoir les destinations en train et de nouvelles façons de voyager. La SNCF s’en saisit.

    A quand un influenceur aux millions d’abonnés prenant la pose à la montée du TGV avant de poster une « story » ou un « reel » sur son compte Instagram, TikTok, X, Facebook ou sa chaîne YouTube ? On a cherché, on n’a pas trouvé la version ferroviaire d’une Jazz Correia, star française de la téléréalité avec quatre millions de followers sur son compte jazztvshow, immortalisée au pied d’un jet privé pour vendre du rêve par procuration.

    Le genre de publications qui hérisse le poil de Paye Ton Influence, collectif qui appelle les influenceurs à prendre leurs responsabilités en matière environnementale. Ne désespérons pas. En quelques années, les contenus liés aux voyages en train, avec photos esthétisantes et bons plans, fleurissent sur les réseaux sociaux.

    Les sites Internet, les newsletters et les podcasts en forme de déclaration d’amour au train ont éclos depuis la sortie du Covid. Ils représentent encore une minorité mais tentent de faire évoluer les pratiques touristiques en se servant des réseaux sociaux. Des sites de passionnés ou de militants, « lobbystes optimistes » comme se définissent certains. Ou de professionnels du tourisme qui ont décidé de promouvoir le rail, allant jusqu’à bannir de leur catalogue les « city breaks » en avion. Comme Evaneos, agence de voyages récemment associée à Rail Europe, l’un des concurrents de Trainline et qui fournit du contenu ferroviaire.

    Le YouTuber Tolt (alias Benjamin Martinie) publie ses voyages en train sur sa chaîne «Tolt en voyage». Un repenti de l’avion.
    Le YouTuber Tolt (alias Benjamin Martinie) publie ses voyages en train sur sa chaîne «Tolt en voyage». Un repenti de l’avion. © Itinéraires Bis

    Potentiel instagrammable

    Si le secteur du voyage a connu un incroyable rebond depuis la fin de la crise sanitaire, les influenceurs du rail influencent-ils vraiment ? Combien de personnes choisissent leur destination en fonction de son potentiel «instagramable» (tiktokable, youtubable, face-bookable…) ? Un Français sur huit, selon une enquête du comparateur de vols Jetcost, qui date de 2019.

    Depuis, la tendance s’amplifie. Selon une étude de 2023  du consultant britannique Schofields, 40% des Millenials (personnes nées entre 1980  et 2000) choisiraient leurs prochaines destinations à l’aide d’Instagram. La plupart des influenceurs inspirent 39 % des Français dans leurs choix de voyages, estime de son côté Greenpeace France dans un rapport consacré au sujet . Et « gomment les conséquences climatiques de la consommation touristique et du déplacement en avion », complète Alexis Chailloux, anciennement chargé de promouvoir le train dans cette ONG, aujourd’hui responsable aérien et ferroviaire chez Réseau Action Climat (RAC).

    Dans ce but, il a notamment lancé des campagnes de communication, publié des rapports ou des guides, et mis au point des actions de terrain. Parfois cocasses, comme acclamer des voyageurs à leur arrivée en gare : les vidéos sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux. L’activiste vient de signer pour RAC un rapport sur les trains de nuit (dont le succès se confirme avec 100 millions de passagers en 2024, mais est freiné par le manque de trains disponibles).

    Slow travel

    Lobbysts, influenceurs, bloggeurs, agences de voyages, prescripteurs en tous genres…, leur point commun est de réinvestir l’imaginaire associé au train, de défendre son caractère plus écolo que la voiture et l’avion, et pour certains, de dénicher et mettre en avant des bons plans (prix, destinations). C’est la promotion du « slow travel », le voyage lent et non plus de la destination.

    Un voyage en soi. Le site Internet Mollow lancé début 2023 par deux jeunes ingénieures, Chiara Pellas et Alizée Pierrot, est l’un des exemples les plus aboutis. Les deux fondatrices ont décidé de consacrer leur vie professionnelle au train et concoctent des itinéraires ferroviaires en Europe.

    Hourrail est une autre plateforme française créée par un « repenti », Tolt (alias Benjamin Martinie), qui réalisait et publiait des vidéos de voyage sur YouTube et Instagram : « Tolt en voyage ». Une activité dont il vivait pleinement, la moitié de ses revenus étant issus de partenariats avec des compagnies aériennes. A l’été 2019, il a décidé d’arrêter de prendre l’avion pour cesser d’« alimenter un imaginaire qui pousse à croire qu’il faut parcourir des milliers de kilomètres – qui plus est en avion – pour profiter de ses vacances », confiait-il alors aux Echos.

    Réalisant que le contenu qu’il publiait sur les réseaux allait à rebours de ses convictions. C’est la fameuse « dissonance cognitive», décrite par Garance Bazin, doctorante à l’université de Paris-Nanterre, sur les contradictions des jeunes citadins entre leurs idéaux écologiques et leurs pratiques de consommation polluantes, avec l’exemple des voyages de loisirs. « Les jeunes urbains ont beau hiérarchiser leurs efforts en faveur de la protection de l’environnement, l’avion fait l’exception ».

    Autrement dit, ils trient leurs déchets, ne mangent plus de viande et font du vélo pour se déplacer, mais utilisent à gogo leurs smartphones, et prennent le premier avion pour s’envoler le week-end vers une capitale européenne, constate la chercheuse.

    Once upton a train membres
    Des membres de Once Upon a Train (Ouat) dans un train touristique d’Auvergne. Au premier plan à droite, Margaux Walck, confondatrice avec Samuela Burzio de ce site dédié à la défense des voyages en train. Toutes deux sont d’anciennes collaboratrices de la SNCF. © © Once Upon A Train

    Nouvel imaginaire

    Sur le même principe que Mollow, Hourrail publie des contenus sur le voyage en train (récits vidéo de voyageurs, actualités sur le train, bons plans, etc.), sur son site, sa newsletter (plus de 60 000 abonnés sur les réseaux sociaux).

    Avec une promesse : « Trouve ta prochaine aventure sans avion et sans voiture ! ». L’objectif, c’est de « faire évoluer les mentalités, les imaginaires, montrer que le trajet n’est pas une perte de temps, que ça peut être une vraie expérience pour rencontrer des gens, contempler les paysages qui défilent… ».

    Parmi les itinéraires proposés, une boucle Marseille-Laponie pour admirer les aurores boréales. Le périple ferroviaire passe par Hambourg, Copenhague, Oslo, Narvik, Stockholm, Abisko en Laponie suédoise. «Le trajet était un voyage en lui-même ! », raconte la youtubeuse MarieBucketlist sur le podcast « Je t’offre un rail ? » (sur YouTube et en streaming) dans lequel des voyageurs partagent leurs récits de voyages bas carbone.

    En l’occurrence « trois fois moins d’empreinte carbone qu’en voiture », pour ce voyage aller-retour de trois jours, lit-on sur le site. Ou encore LouanneManShow, une jeune artiste qui « si [elle] n’est pas là, c’est qu’elle est dans le train », décrit sur Instagram son trajet France-Maroc en train (une heure de ferry entre le détroit de Gibraltar et le royaume chérifien). Un « kif écolo », jure-t-elle.

    « Trainifier le monde »

    Les réseaux sociaux abritent bien d’autres défenseurs du rail, comme Thibault Constant, fils et frère de cheminot, qui a lancé sa chaîne Simply Railway sur YouTube en 2018, et s’est fait connaître en documentant son voyage en Optima Express entre l’Autriche, les Balkans et la Turquie (1,6 million de vues sur YouTube). Samuela Burzio et Margaux Walck, deux anciennes de la SNCF, ont cofondé en 2019 Once Upon a Train (Ouat), un site Internet et une newsletter où elles projetaient de raconter un voyage en train jusqu’au Japon.

    La crise du Covid a eu raison de leur utopie ferroviaire mais elles ont organisé un festival en ville (« Des rails & vous » au Ground Control, à Paris) et aux champs (« Rurail » en Allier) et se démènent sur les réseaux sociaux et sur leur blog pour « trainifier le monde ». Elles conçoivent des séjours et des itinéraires personnalisés en train, travaillent avec la communauté enseignante et organisent des voyages scolaires en train, plutôt qu’en autocar. Dernier fait d’armes : la sortie d’un livre, Microaventure en train – 20 voyages extraordinaires sur les petites lignes mythiques.

    Le site Mollow prône les mérites de la lenteur pour les voyages. Le train y trouve évidemment sa place.
    Le site Mollow prône les mérites de la lenteur pour les voyages. Le train y trouve évidemment sa place.

    Affaire conclue

    Et puisque le prix des billets est décrié, quand persistent des trajets en avion low cost à des tarifs imbattables, le bloggeur voyages Bruno Maltor livre à ses abonnés des astuces pour voyager moins cher, en train. Sur Instagram, l’un des ses récents posts est sponsorisé par la plateforme européenne @voyagespirates, pour faire la publicité d’Eurostar Snap, un site qui permet de trouver des billets pour Londres ou Amsterdam à partir de 35 euros l’aller simple, à condition de ne pas être certain de son heure de départ 48h à l’avance.

    La SNCF a repéré le blogueur voyage qui capitalise des centaines de milliers d’abonnés sur Instagram, TiKTok et YouTube. Et signé un contrat de collaboration commerciale avec cet autre repenti de l’avion qui signe des reportages mettant à l’honneur les voyages en train. L’affaire est aussi conclue entre la compagnie ferroviaire et l’instagrameuse Sabinevnq, amoureuse des « balades autour de Paris et ailleurs » qui livre sur les réseaux sociaux ses escapades ferroviaires en périphérie des agglomérations.

    En TGV Inoui vers le festival de BD d’’Angoulème par exemple. Pour imprimer sa marque sur les réseaux sociaux, taper plus fort, SNCF Voyageurs n’a pas résisté à signer avec des stars du web aux millions d’abonnés : LogFive, Cesar cultureg, EnModeMel. « Nous sélectionnons les influenceurs les plus proches du public que nous ciblons, entrons en contact avec ceux qui ont un réel intérêt pour le message que nous leur proposons de véhiculer », résume François Vogel, directeur digital de SNCF Voyageurs.

    Une stratégie très ciblée. Invitée par la SNCF à bord du futur TGV M, en avril dernier à la gare de Lyon, l’influenceuse franco-suisse spécialisée en mode et beauté, EnjoyPhoenix, en a fait une visite guidée pour ses 677 000 abonnés TikTok. « Le TGV Inoui, c’est ma deuxième maison », vantait-elle.

    D’autres influenceurs du rail

    seatsixtyone : un fan de train, The man in Seat Sixty-One (l’homme assis à la place 61) met en ligne des escapades ferroviaires en Grande-Bretagne.

    TrainMotionSafety : cheminot, Julien Perez réalise des vidéos sur la sécurité des trains pour sensibiliser sur les questions de sécurité ferroviaire.

    Geoff Marshall : YouTuber britannique renommé pour ses vidéos sur les transports publics, notamment sa série All The Stations où il fait visiter à ses abonnés toutes les gares du Royaume-Uni. Arun –

    @rail_insta : créateur de contenu sur Instagram, il partage des photos et vidéos de ses voyages en train à travers l’Inde.

    @conducteurter : Alias LeMécano sur TikTok, ce conducteur de train partage des vidéos quotidiennes, offrant un aperçu de son métier et de la vie à bord des TER. (liste non exhaustive)

     

  • Victime des coupes budgétaires, le vélo rétropédale

    Victime des coupes budgétaires, le vélo rétropédale

    Des deux milliards d’euros promis par l’Etat pour le Plan vélo jusqu’à la fin du quinquennat, il n’en reste plus que 500 millions, sauvés in extremis dans le budget 2025. La suite est incertaine et les collectivités locales commencent à mettre la pédale douce sur les aménagements cyclables.

    Rétropédalage sur le plan vélo à deux milliards d’euros [250 M€ par an jusqu’en 2027] lancé en 2023 par le gouvernement d’Elisabeth Borne. Au total, grâce à la participation des collectivités locales, six milliards d’euros devaient être mobilisés d’ici à la fin du quinquennat pour atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas carbone : porter la part du vélo dans les déplacements de 4 % à 12 % d’ici à 2030.

    Les subventions pluriannuelles du Plan vélo permettaient de donner de la visibilité aux collectivités locales, c’était la promesse de doubler le réseau cyclable à 100 000 km. En aidant les territoires les moins bien dotés en infrastructures cyclables, notamment dans le périurbain et le rural. Cette ambition venue du sommet de l’État avait dépassé tous les espoirs des défenseurs de la petite reine. Elle a finalement été désavouée deux ans plus tard dans le budget 2025.

    Compromettant le financement de projets lancés un peu partout en France. Quant à l’aide à l’achat de vélos, elle dépend désormais du quotient familial ; seules les aides des collectivités locales sont maintenues, sans conditions de revenus.

    « Ce sont les missions des mairies que de s’occuper des pistes cyclables. On peut dire que l’État s’est décentré de son rôle principal », a justifié le gouvernement, par la voix de Sébastien Lecornu. Interviewé au printemps dernier sur France Inter au sujet des leviers mobilisables pour renforcer le budget de la défense nationale, le ministre des Armées avait répondu que « sans faire la tran- sition écologique versus la défense, au moment où on doit faire des choix, il faut être capable de recentrer l’État sur ces missions régaliennes ».

    Pas une mission régalienne

    Depuis, Françoise Rossignol, co-présidente du Réseau vélo & marche ne décolère pas: « Le Plan vélo a été tué en plein vol. C’est un recul de la parole de l’État, nous espérons qu’il va se ressaisir ». « Pédaler un kilomètre évite un euro de coûts sociaux de santé, selon une étude du CNRS de 2024 », enchaîne Catherine Pillon, directrice de l’association qui réunit le Club des villes cyclables et Vélo & territoires.

    Ce sont justement les territoires, et non pas les grandes villes déjà lancées dans des politiques pro-vélo, qui risquent de souffrir le plus de l’arrêt des subsides de l’Etat pour doper le vélo sur les trajets du quotidien, en lieu et place de la voiture. Ces villes, « petites, moyennes ou rurales », où la pratique reste la plus dangereuse – sont aujourd’hui « mal ou insuffisamment sou- tenues », reconnaissait Clément Beaune, alors ministre des Transports, lors du lancement du Plan vélo en 2023.

    Douche froide

    La bicyclette, un effet de mode qui aurait eu son heure de gloire, aujourd’hui stoppée dans son élan ? Pour les acteurs de la filière, c’est la douche froide. L’Alliance pour le vélo, Vélo et marche, la FUB, l’Apic, l’union Sports et cycles, réunis au sein de France Vélo, estiment à 500 millions d’euros l’enveloppe budgétaire nécessaire pour atteindre les objectifs de la stratégie bas carbone.

    La décision du gouvernement tombe au plus mauvais moment si l’on en juge par les derniers indicateurs : en France, l’usage du vélo a plus que doublé en dix ans, avec une part modale qui s’établit à 4 %. Encore loin derrière nos voisins belges et allemands (12 %), ou néerlandais (près de 30 %) et avec des disparités régionales (17 % à Strasbourg, 2 % à Marseille, par exemple). Mais les dotations du Plan vélo pluriannuel permettaient de donner de la visibilité aux collectivités locales et d’aider les territoires ruraux les moins bien équipés en infrastructures cyclables.

    Les 50 millions annuels sauvés in extremis et pris sur le Fonds vert, lui-même raboté (un milliard d’euros en 2025, contre le triple les années précédentes), « ne sont pas pérennes et ne permettront pas de boucler les projets déposés par les collectivités locales dans l’appel à candidature de l’État », souligne Françoise Rossignol, par ailleurs maire de Dainville, près d’Arras. Aux yeux de l’élue, le «gain principal de ce plan, c’était son côté pluriannuel, les collectivités ont besoin de visibilité ». Elles sont aujourd’hui dans le brouillard.

    « Il reste 400 millions à verser »

    « Le coup d’arrêt n’est pas brutal, les contrats de plan Etat-Région, dotés de 185 millions d’euros, continuent pour gérer des projets communs de vélos-routes, itinéraires de loisirs, qui servent aussi aux déplacements du quotidien », assurait Thierry du Crest, invité du Club Ville, Rail & Transports fin 2024, au moment de l’annonce du coup de rabot annoncé par le gouvernement. « Ce sont les nouvelles subventions et les nouveaux appels à projets qui sont stoppés.

    Mais sur les 640 millions d’euros affectés aux pistes cyclables depuis 2019, il reste 400 millions à verser », a voulu rassurer le coordinateur interministériel pour le développement du vélo. «On ne sait pas comment seront examinés les centaines de dossiers déposés fin 2023 par les collectivités dans le cadre de l’appel à projets mobilités actives, et qui attendent toujours une réponse, répond Françoise Rossignol.

    Les grandes métropoles ont les moyens de leur politique cyclable, les petites communes moins, et pourtant ce sont elles qui en ont le plus besoin. « Des villes comme Paris ou Lyon qui ont réalisé des aménagements assez incroyables vont continuer à le faire, quoi qu’il en coûte », selon Vincent Dulong, délégué général de la Fédération des usagers de la bicyclette, la FUB (voir interview).

    « Des projets s’arrêtent, conséquence des économies globales demandées aux collectivités locales qui sont soumises au yoyo budgétaire de l’Etat », constate Florence Gall, déléguéegénérale de France Vélo. Un certain nombre de métropoles comme Nantes et Nice, optent pour la privatisation des services de vélos en libre-service (VLS), ou en location longue durée (VLD).

    parking velo
    Nantes a décidé de confier les vélos en libreservice à un opérateur privé « pas pour faire des économies, mais pour porter le nombre de vélos électriques en location longue durée à 5 000 : plus efficaces que les vélos musculaires si l’on veut augmenter la part des déplacements en vélo ». A Nantes, la part du vélo est passée de 3 à 10 % sur la durée du mandat, selon Nicolas Martin, vice-président de la métropole, chargé des modes actifs © Rodolphe Delaroque

    « Cette tendance n’est pas liée à l’arrêt du Plan vélo, mais c’est un signe que les villes sont dans l’incertitude et ne savent plus à quels saints se vouer », note Amira Haberah, co-fondatrice de Fifteen, opérateur de services de vélos en libre-service. Paradoxalement, le loueur signe une belle année avec une dizaine de nouveaux services, mais voit des collectivités reporter ou annuler leurs projets. C’est le cas des Pays de la Loire, où la région a mis en stand-by un projet en gare.

    Certes, le Plan vélo n’était pas destiné à financer les VLS ou VLD, mais seulement les aménagements cyclables,. Mais qui dit vélo – partagé ou non –, dit pistes cyclables pour pédaler en sécurité.

    Et il s’en est construit 12 000 km en quatre ans, loin de l’objectif des 72 000 km fixés dans le Plan vélo. « Les engagements sont loin d’être tenus par le gouvernement », dénonce David Lisnard., président de l’Association des maires de France (AMF); et maire de Cannes.

    Les collectifs de cyclistes, la filière économique du vélo et les collectivités locales ne cachent pas leur inquiétude, et ce n’est pas la conférence sur le financement des transports, Ambition France Transports, dont les conclusions sont attendues cet été, qui va les rassurer. Le sujet vélo n’est pas à l’ordre du jour des semaines de discussions. « Une conférence en catimini », taclaient Réseau Action Climat, UFC Que Choisir et le Secours populaire début mai, à la veille du lancement des groupes de travail auxquels aucun représentant de la petite reine n’était invité à participer.

     . « On a signé avec l’Etat juste à temps »

    piste cyclable
    © Communauté de communes Edre et Gesvres

    Nous avons eu la chance d’avoir signé une convention de financement avec l’État début 2024 juste à temps», se félicite Wilfried Braud, responsable transport et mobilité à la communauté de communes d’Erdre et Gesvres, en Loire-Atlantique. D’autres collectivités locales n’ont pas eu cette chancelà. Sur les 400 dossiers déposés dans le cadre du plan mobilités actives, seule une petite trentaine ont eu le temps de signer avec l’Etat pour obtenir des financements.

    Le vélo, Erdre et Gesvres en a fait sa priorité. Et la collectivité locale voit grand avec un objectif de 190 kilomètres de voies cyclables. Elle propose aussi une flotte de 350 vélos à assistance électrique à la location et 300 places de stationnement sécurisé. Ce territoire de douze communes rurales et périurbaines (près de 70 000 hab), coincé entre Nantes et Rennes. y investit 20 millions d’euros. Pris en charge pour moitié par l’Etat, le reste par la région, le département et l’intercommunalité. « Trente-cinq kilomètres de voies sont déjà réalisées, pour la suite, on se pose des questions », admet Wilfried Braud. Ce sera un sujet pour le prochain mandat municipal, après mars 2026.

  • La Grande Vitesse dans le monde : L’Asie et l’Europe en première ligne

    La Grande Vitesse dans le monde : L’Asie et l’Europe en première ligne

    Alors que le Congrès mondial de l’Union internationale des chemins de fer se tient du 8 au 11 juillet en Chine, nous avons entrepris de lister les projets de lignes à grande vitesse, pays par pays. Ce recensement n’est sans doute pas exhaustif, certains projets étant plus ou moins flous ! Nous avons essentiellement retenu la définition première de la grande vitesse ferroviaire par l’UIC, qui vise les lignes dédiées à des trains circulant à plus de 250 km/h. Mais il était impossible de faire l’impasse sur certaines lignes nouvelles conçues pour des trains un peu moins rapides, comme en Egypte ou dans les Pays baltes – une particularité que reconnaît d’ailleurs l’UIC.

    Pour mémoire, les pays ayant actuellement de « vrais » trains à grande vitesse sont, outre la France, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, la Belgique, la Chine, la Corée du Sud, l’Espagne, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, le Maroc, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, Taïwan et la Turquie.