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  • Le métro automatique confirme sa percée mondiale

    Le métro automatique confirme sa percée mondiale

    La ligne 14 a 20 ans depuis le 15 octobre. La RATP a, depuis, automatisé la ligne 1 et elle est en train d’automatiser la ligne 4. L’aventure parisienne est remarquable. Mais c’est le monde entier qui s’y met. En 2018, le cap des 1 000 km de métros automatiques dans le monde a été franchi.

     

    La ligne 14 a fêté ce 15 octobre ses vingt ans. Paris, avec la RATP, a un parcours remarquable dans le domaine des métros automatiques. Une première ligne en 1998, suivie de l’automatisation complète de la ligne 1 de 2011 à 2013. En 2022 s’ajoutera l’automatisation complète de la ligne 4, aujourd’hui en cours. Puis, en 2024 – si tout va pour le mieux – le prolongement de la ligne 14 dont les travaux sont en cours et qui va tripler de longueur. Soit, pour la seule RATP, un prochain réseau automatique de 47 km, pour 25,5 aujourd’hui exploités (compte non tenu des 7,5 km d’Orlyval). Réseau auquel s’ajoutera le Grand Paris Express entièrement automatique qu’édifie la SGP.

    Saluer la performance et les perspectives n’empêche pas de regarder au-delà de la capitale. L’appel à candidature pour la conception et la réalisation du système de transport de la ligne 3 du métro de Toulouse, lancé le 16 octobre, vient opportunément nous y inciter.

    Les villes pionnières en France, c’est bien connu mais il est bon de le rappeler, ont été Lille et Lyon. Lille, avec son Val, dont la première ligne est ouverte en 1983. Certes, un métro de petit gabarit (2,06 puis 2,08 m), composé de deux voitures qui pourront à terme circuler par deux. Et, quoi qu’il en soit, un métro automatique sans conducteur. Une technologie développée par Matra (aujourd’hui dans Siemens Mobility) sur la base des travaux de l’Université des sciences et technologies de Lille. Depuis, le Val a conquis Toulouse et Rennes où, bientôt, sur la ligne nouvelle, circulera le Cityval à plus grand gabarit, dont les tests de roulage ont commencé en septembre.

    Pour sa part, Lyon a automatisé en 1992 sa ligne D, longue de 12,6 kilomètres. Maggaly, c’était son nom, a précédé Météor de 6 ans. Système sans porte palière mis au point là encore par Matra. Et pour un métro à grand gabarit. L’automatisation de la B, aujourd’hui en cours, doit être achevée en 2020.

    Paris versus la Province ? On retrouve là le fondement de la petite bataille de références que se livrent RATP et Keolis. Keolis, exploitant de Lille, Lyon et Rennes, est vainqueur en longueur de lignes (65 km en service). La RATP, elle, l’emporte en nombre de passagers transportés. Les deux lignes automatiques parisiennes de la RATP cumulent aujourd’hui, en effet, 1,3 million de passagers quotidiens. Le réseau de Lille en a 438 000, la ligne D de Lyon 295 000, Rennes 130 000. Loin d’être négligeable.

    Dans le monde, Keolis l’emporte, comme le montre l’étude Wavestone de 2017. Avec les Docklands, Hyderabad, Shanghai. Pour sa part le groupe RATP exploite, en partenariat avec Transdev, la ligne 9 du métro de Séoul et la ligne unique du métro de Mumbai. Et s’apprête à exploiter les lignes 1 et 2 du futur métro de Riyad et, en partenariat avec Keolis, le réseau de Doha, dont la première mise en service devait avoir lieu le 31 octobre dernier.

    Car le monde entier s’y est mis. En mars 2018, 37 ans après l’ouverture de la première ligne entièrement automatique, à Kobé, en 1981, l’UITP a noté que les réseaux automatiques de métro à grand gabarit venaient de dépasser le cap des 1 000 km. 1 003 précisément, grâce à la mise en service de la ligne de Pujiang, à Shanghai, (exploitée par Keolis). Avant celle-ci, les dernières venues sur la liste ont ouvert à Beijing, Santiago, Istanbul, Séoul, Kuala Lumpur, Singapour.

    Actuellement, selon les comptes de l’UITP, 63 lignes de métro automatiques sont en service sur 42 réseaux dans 19  pays. Il avait fallu 29 ans (1981-2010) pour atteindre les 500 km. Huit ans ont suffi pour ouvrir les 500 km suivants. Les trois plus longs réseaux automatiques sont actuellement Singapour (116 km), Kuala Lumpur (97 km) et Dubai (80 km).

    Pour autant, le métro automatique ne domine pas dans le monde. Selon les chiffres de l’an dernier, 1 270 km de nouvelles infrastructures ferroviaires urbaines ont ouvert en 2017 : 969 km de métros à grand gabarit et 301 km de LRT (Light rail transit), correspondant à la mise en service de 120 projets. Année marquée par un grand essor aussi bien des LRT (+27 %) que des métros (+33 %) par rapport à 2016.

    La domination de la zone Asie-Pacifique, déjà colossale dans le métro à grand gabarit, s’est accentuée l’an dernier, avec un total de 836,4 km sur les 970 ouverts. Cependant, les métros entièrement automatiques ne représentent que 15 % du kilométrage des nouveaux métros à grand gabarit. C’est le fait de la Chine, jusqu’alors à la traîne et qui pèse d’un poids énorme sur les statistiques mondiales : elle a ouvert en 2017 près de la moitié des infrastructures ferroviaires urbaines du monde… Mais si l’on considère les infrastructures nouvelles des cinq pays les plus dynamiques en mettant la Chine entre parenthèses, comme le fait l’UITP, le kilométrage des métros automatiques atteint 45 % du total. La puissance chinoise franchit tout juste le pas de l’automatisme intégral. Rappelons qu’il y a une résistance culturelle forte à l’absence de présence humaine. alors que la doxa occidentale voit dans le manless le comble du progrès. On peut se demander si les pannes qu’ont connues cet été les lignes 1 et 14 de la RATP ne montrent pas les limites de ce choix dans la gestion des incidents. Quoi qu’il en soit, et que les villes décident in fine d’exploiter les métros simplement driverless ou d’aller jusqu’au manless, la Chine se met aux automatismes les plus élaborés. A la RATP, on a bien relevé que les technologies occidentales éprouvées, qu’elle connaît bien et intègre dans ses réalisations, vont avoir à faire à une technologie nouvelle et naturellement conquérante. Avec la démesure propre à l’empire qui se dit du Milieu.
    F. D.

  • InnoTrans. Un renouvellement permanent

    InnoTrans. Un renouvellement permanent

    L’édition 2018 du premier salon ferroviaire mondial a encore battu des records de fréquentation. A part les trains à grande vitesse, tous les matériels roulants étaient représentés cette année sur les voies d’exposition, où CRRC a fait une arrivée remarquée.

     

    Quatre jours, du 17 au 21 septembre cette année, ne suffisaient pas pour effectuer une visite exhaustive des stands de 3 062 exposants présents dans les 41 halls et voir les quelque 145 matériels roulants garés le long de 3,5 km de voies ferrées, sans oublier dix bus électriques exposés au Jardin d’été du Parc des expositions de Berlin. Pour sa douzième édition, le salon ferroviaire mondial était plus riche et fréquenté que jamais, avec 161 157 visiteurs professionnels, contre 144 470 il y a deux ans. S’y sont ajoutés, le week-end suivant, quelque 12 000 visiteurs « grand public » venus voir le matériel roulant exposé, ce qui est moins qu’à l’accoutumée. La faute au mauvais temps, peut-être, alors que les professionnels ont bénéficié d’un temps estival, sauf le dernier après-midi.

    Certaines tendances observées lors de la précédente édition ont été confirmées, en particulier la faible visibilité d’Alstom et Bombardier sur les voies d’exposition, contrebalancée par la présence massive de Siemens et de Stadler, avec des matériels innovants et d’une grande variété.

    Nouveauté de l’édition 2016, l’exposition de bus électriques (voir p. 60-61) a pris de l’ampleur en 2018, offrant même aux visiteurs la possibilité de parcourir quelques centaines de mètres à leur bord.

    D’autres absents des voies avaient des excuses valables, comme le polonais Pesa, qui étalait les multiples facettes de son savoir-faire jusqu’à l’édition 2016, avant de frôler la faillite. Autre habitué polonais, Solaris n’avait pas de tramway à montrer, tout en étant bien présent côté bus électriques. Nouvelle maison mère de Solaris, CAF avait, comme à l’accoutumée, concentré ses efforts sur son stand pour présenter ses récents succès (tram de Luxembourg, automotrice pour le nord de l’Angleterre) sous forme de maquettes.

    CRRC particulièrement visible

    Le constructeur chinois CRRC était présent au point de passage le plus fréquenté de l’exposition avec sa voiture de métro Cetrovo en PRFC et une locomotive hybride pour le S-Bahn de Hambourg. Deux catégories de matériel roulant très tendance cette année !

    Pour autant, l’édition 2018 d’InnoTrans s’est distinguée des précédentes. Avant même de franchir l’entrée principale sud, les visiteurs pouvaient voir sur la rotonde de cette dernière la grande publicité achetée par le constructeur chinois CRRC. Et découvrir quelques minutes plus tard, à l’emplacement de choix où l’axe principal entre les halls croise les voies d’exposition, deux matériels roulants innovants siglés CRRC. En apparence, « cette fois ça y est, les Chinois sont là ». En fait, ces matériels avaient chacun un lien avec l’Allemagne. Le premier, une voiture de métro à caisse et châssis de bogie en PRFC (polymère renforcé de fibres de carbone), dont les vitres étaient aussi des écrans tactiles, a été coproduit avec la joint-venture sino-allemande CG Rail. Quant au second, il s’agissait d’une locomotive hybride de 750 kW (batteries au lithium et diesel) commandée par la DB pour le réseau S-Bahn de Hambourg, dite Kleinstlok HH (« toute petite locomotive, Hambourg »).

    D’une certaine façon, les deux matériels exposés par CRRC traduisaient deux tendances nettement observables cette année : la multiplication des locomotives hybrides et le retour en grâce du métro.

    Autre différence cette année : l’absence de trains à grande vitesse sur les voies, mais pas dans les stands, en ces temps de transition qui ont vu l’annonce du TGV du futur et du Velaro Novo de Siemens. Ce dernier présentait une reproduction grandeur nature du nez de son futur train à grande vitesse, tandis que JR East étalait ses Shinkansen sous forme de modèles réduits et qu’une maquette de « train à grande vitesse à 350 km/h » trônait au centre du stand géant CRRC, non loin de « rames intercités universalisables ».

    Du matériel voyageurs très varié

    La rame réversible Skoda à deux niveaux.

    Les autres matériels roulants exposés brillaient comme toujours par leur variété : tramways (moins nombreux qu’à l’accoutumée), trains de banlieue ou régionaux, trains grandes lignes automoteurs ou remorqués, wagons innovants pour toutes les catégories de fret et engins d’inspection ou de travaux. Et comme on a pu le revoir cette année, le matériel remorqué pour le transport de voyageurs n’est pas totalement has been en Allemagne ou en Europe centrale. Ce que les visiteurs ont pu voir avec la rame réversible à deux niveaux NIM (Nuremberg – Ingolstadt – Munich) de Škoda pour la Bavière, à accès de plain-pied de quais de 760 mm et aménagements très étriqués. Ou encore avec les voitures « classiques » encore produites ou rénovées, avec la climatisation ou de nouveaux aménagements, comme de vastes compartiments pour vélos, par MÁV Start (Hongrie), ZOS Vrútky (Slovaquie) ou encore H. Cegielsky (Pologne). Comme en 2016, Alstom a plus misé sur son stand que sur le

    Les deux matériels roulants ferroviaires Alstom exposés cette année : une locomotive hybride H4 pour CFF Infra…
    … et une rame régionale Coradia Stream (de face) exposée par FS Trenitalia à droite de l’automotrice « Rock » à deux niveaux d’Hitachi.

    matériel exposé, tout en mettant l’accent la toute récente mise en service en Basse-Saxe de son « train à hydrogène » iLint, présenté il y a deux ans. Cette année, le constructeur aura déplacé à Berlin une des 47 locomotives hybrides H4 destinées à CFF Infra, en version alimentée par caténaire ou diesel-électrique, et le troisième prototype du bus électrique Aptis. S’y ajoute une rame régionale Coradia Stream, produite en Italie par Alstom pour FS Trenitalia… qui l’a rebaptisée « Pop » et l’a présentée en compagnie d’une autre automotrice, à deux niveaux cette fois, elle aussi produite en Italie, par Hitachi (ex. AnsaldoBreda) et baptisée « Rock ». Deux matériels ayant en commun un aménagement intérieur coloré par des nuances vives de bleu et de jaune, tout en proposant d’innovante des prises pour la recharge de vélos à assistance électrique.

    De son côté, Bombardier n’a dû sa présence sur les voies d’InnoTrans qu’au fait que son client ÖBB voulait exposer la toute nouvelle automotrice Talent 3, annoncé lors de la précédente édition. Jusqu’à 300 de ces unités pourront être livrées aux Chemins de fer fédéraux autrichiens en vertu d’un contrat-cadre. A ses invités, Bombardier présentait à l’usine de Hennigsdorf une autre rame Talent 3, à batteries et destinée aux lignes régionales partiellement électrifiées du sud du Bade-Wurtemberg. Nous reviendrons sur ce matériel dans le prochain numéro, de même que sur une autre automotrice dotée de batteries, le prototype Desiro ML ÖBB cityjet eco de Siemens, dans le cadre d’un dossier sur les solutions présentées à InnoTrans pour disposer de trains régionaux plus « verts ».

    Siemens omniprésent

    La prochaine génération de matériel pour
    le réseau S-Bahn de Berlin sera coproduite par Stadler et Siemens sous forme
    d’automotrices de deux longueurs différentes (deux ou quatre caisses).

    De même que Stadler, Siemens a répondu massivement présent. Les deux constructeurs ont réalisé en commun l’un des matériels les plus attendus par les usagers berlinois : la prochaine génération de rames de S-Bahn BR 484, alimentées en courant continu par troisième rail. Au total, ce sont 21 éléments à intercirculation de deux caisses et 85 de quatre caisses qui doivent être livrés par l’usine Stadler de Pankow, implantée dans le nord de Berlin, la première ligne à équiper étant la Petite Ceinture (Ringbahn, lignes S41 et 42). Large (3,14 m) et faisant alterner des groupes de 2+2 sièges de front avec des espaces à strapontins pour vélos et PMR, ce matériel est climatisé, ce qui est une première dans le S-Bahn de Berlin. Le système dynamique d’information voyageurs n’est pas en reste et indique entre autres l’heure d’arrivée à chaque gare.

    Les rames Desiro HC construites par Siemens pour le réseau RRX (Rhin-Ruhr Express) présentent des voitures d’extrémité à un niveau et des voitures intermédiaires à deux.

    Outre le prototype à batteries Desiro ML ÖBB cityjet eco, d’aspect standard, Siemens exposait deux déclinaisons très particulières de sa gamme Desiro. L’une était la rame Desiro HC destinée au RER Rhin-Ruhr (RRX), en Rhénanie du Nord-Westphalie, à un niveau pour les voitures d’extrémité et deux niveaux pour les voitures intermédiaires. Une configuration qui n’est pas sans rappeler le RER NG… L’autre était la version « Moorgate » (Class 717) du Desiro City développé pour les trains de banlieue de Londres. Cette nouvelle version est destinée au réseau de Kings Cross et à la ligne souterraine de Moorgate, ce qui a impliqué l’ajout d’une issue de secours sur la face avant du train.

    Non loin des rames Desiro, le Cityval Rennes B était en vedette. Décrite dans

    Produit par Siemens sur un design signé RCP, le Cityval pour la 2e ligne (B) de métro de Rennes procure une réelle sensation d’espace dans ses caisses de 2,65 m de large.

    notre n° 599 (mai 2017), cette nouvelle génération de VAL automatique à roulement « pneu » est destinée à la deuxième ligne B de métro de Rennes. Pour la réaliser, Siemens a dû incorporer le design ambitieux développé par l’agence RCP, qui procure une réelle sensation d’espace. Composée de deux caisses, chaque rame à intercirculation large pourra recevoir une caisse supplémentaire.

    Plus classique que le Cityval était le métro Inspiro pour Sofia, coproduit avec le polonais Newag. Vingt rames, plus dix en option, ont été commandées pour la ligne 3, à alimentation par pantographe (1,5 kV continu). L’intérieur est très dépouillé, avec un large couloir, des aménagements PMR de type bus (plus ceinture de sécurité) et la climatisation.

    Pour ce qui est du tram, Siemens présentait son Avenio M pour Ulm à système anticollision Siemens Tram Assistant. Par rapport aux versions de l’Avenio présentées lors des éditions précédentes d’InnoTrans, celui de cette année se distinguait par son architecture à cinq modules (pour 31,47 m) sur trois bogies, dont deux motorisés sous les modules d’extrémité. Le plancher bas n’est pas tout à fait plat (305 mm au niveau des accès, 380 mm au-dessus des bogies) mais les pentes sont assez faibles. Unidirectionnel, ce modèle offre un nombre assez élevé de places assises (69 sièges) et un large passage, en combinant les sièges transversaux d’un côté et longitudinaux de l’autre.

    Enfin, Siemens développe toujours sa gamme de locomotives et a présenté pour la première fois la Smartron, nouvelle version « low cost » standardisée (allemande) de la Vectron, dont la 500e était également sur les voies de Berlin.

     

    Conçue par Stadler pour la franchise britannique Greater Anglia, cette version bimode du Flirt comprend un module moteur en milieu de rame.

    L’adaptabilité selon Stadler

    Non loin de ces deux engins, Stadler faisait une fois de plus la preuve de son adaptabilité avec une rame pour le Subway de Glasgow, aux dimensions inhabituelles (écartement de 1 220 mm, largeur de 2,34 m, hauteur de 2,65 m avec une hauteur de plancher de 695 mm). Longue de 39,24 m et présentant six portes à deux vantaux par côté, elle offre 104 places assises sous les baies vitrées (plus six strapontins) et 199 personnes (à six par m2) peuvent s’y tenir debout. Aussi étonnant que cela puisse paraître, même les plus grandes personnes sont à l’aise dans le couloir central ; en revanche, elles doivent faire très attention en rentrant ou en sortant de la rame ! Les 17 rames commandées par SPT (Strathclyde Partnership for Transport) ont des postes de conduite avec équipements Ansaldo STS permettant un passage ultérieur au mode automatique.

    Autre matériel Stadler adapté pour le marché britannique, cette fois pour le réseau ferré national, le Flirt bimode pour la franchise Greater Anglia (Class 755) peut aussi bien être alimenté par caténaire 25 kV 50 Hz que par les groupes diesels du module moteur au centre de la rame. Cette nouvelle version au gabarit britannique se caractérise aussi par son accès de plain-pied des quais hauts autorisés par ce gabarit.

    La rame réalisée par Stadler pour le Subway de Glasgow affiche des dimensions inhabituellement petites, y compris pour
    les aménagements intérieurs. Si les plus grands doivent baisser la tête pour y entrer,
    ils devraient quand même pouvoir voyager debout dans le couloir central. Le passage
    au mode automatique est prévu.

    Plus classique d’apparence, mais toute aussi innovante, était la nouvelle version intercités Traverso (160 km/h) des rames Flirt, à plancher bas et nouveaux bogies moteurs. Sous sa livrée cuivrée du « privé » suisse SOB (Südostbahn), l’élément exposé présentait des aménagements intérieurs variés. Destinée aux relations Mälartåg d’une à deux heures autour de Stockholm, à la limite entre train régional et intercités, l’automotrice Dosto à deux niveaux de Stadler a été très remarquée pour son aménagement intérieur spacieux et élégant à 2+2 sièges de front. Apte à 200 km/h, ce matériel exploite le large gabarit suédois, offrant ainsi en 2e classe des sièges aux dimensions de la 1re classe, que certains ont jugés un peu durs. Mais c’était à la demande du client…

    Sur mesure et « pleine d’idées », l’automotrice quadricaisse Worbla de Stadler pour le réseau métrique suisse Berne – Soleure (RBS, Regionalverkehr Bern – Solothurn) tire son nom du terminus de Worb, sur la ligne S7 du RER de Berne. L’accent a été mis sur la facilité des échanges aux arrêts, avec huit portes sur une longueur de 60 m, et l’accessibilité pour les voyageurs avec bagages ou poussettes, ainsi que les PMR. L’arrivée du Worbla s’effectue dans le cadre d’un renforcement de la fréquence, avec un intervalle minimum de 7 min 30 s.

    Depuis la reprise de l’usine Vossloh de Valence, Stadler produit aussi des locomotives bimodes comme l’Eurodual, qui peut non seulement être utilisée à pleine puissance (7 MW) en mode électrique (15 kV 16,7 Hz et 25 kV 50 Hz), mais aussi à une puissance très honorable en mode diesel-électrique (moteur Caterpillar 2,8 MW).

    Des locos innovantes

    Vossloh continue de produire des locomotives à Kiel, parmi lesquels les deux modèles classiques exposés cette année, la G 6 diesel-hydraulique et la DE 18 diesel-électrique. Dès 2020, cette dernière pourra être reconditionnée en SmartHybrid par l’adjonction de batteries, permettant de conduire cette machine sans polluer dans des espaces clos (bâtiments, tunnels, etc.). De plus, Vossloh a présenté son projet DM 20 de locomotive bimode à alimentation par caténaire ou diesel-électrique, qui sera produite si « un client ou un groupe de clients » se manifestent. En outre, Vossloh avait un des stands les plus imposants des deux halls spécialisés dans l’infrastructure, présentant de nombreuses innovations, la plus spectaculaire étant la fraiseuse compacte mobile MPM (Multi purpose milling) de 16 tonnes, réalisant ses fraisages (passages de 2 mm) dans le sens opposé à l’avancement.

    Potentiellement bimode, mais avec un moteur diesel de puissance limitée pour le « dernier kilomètre », la Dragon 2, nouvelle version interopérable de la locomotive produite en Pologne par Newag, côtoyait la nouvelle version Impuls 2 de l’automotrice produite par ce constructeur, ici pour le RER de l’agglomération de Łódź.

    Autre habitué d’InnoTrans, le constructeur turc Tülomsas exposait une locomotive HSL 700 hybride réalisée en équipant de batteries lithium-ion un engin de manœuvre diesel-électrique DE11000 des Chemins de fer turcs (TCDD).

    Encore un engin hybride : la DE75 BB de Gmeinder, qui propose des combinaisons entre presque tous les modes imaginables (diesel-électrique et batteries lithium-ion, avec ou sans alimentation par caténaire, voire par troisième rail). Une autre caractéristique de cet engin est le pilotage indépendant des quatre moteurs de traction (un par essieu), qu’elle partage avec l’EffiShunter 1000 de CZ Loco, exposée était aux couleurs de FS Mercitalia et disponible pour la voie normale comme pour l’écartement russe.

    Côté chemin de fer « lourd », Škoda était revenu avec la locomotive électrique Emil Zátopek (BR 102, déjà vue il y a deux ans) et sa rame réversible à deux niveaux NIM (voir plus haut).

    Des trams inédits

    Et côté tramway, le constructeur tchèque présentait l’un des 14 ForCity Classic commandés par la CVAG (transports de Chemnitz). Bidirectionnel, ce tram de cinq modules (31,39 m) repose sur trois bogies moteurs. Son plancher bas est plat, mais légèrement plus élevé (350 mm) que les accès (290 mm). Dans une largeur de 2,65 m aménagée avec 2+2 sièges de front, cette version offre 56+8 places assises et quatre espaces pour les PMR ou les vélos.

    Le Lev (« lion ») de PKTS/PC Transport, tramway russe de trois modules au look occidental.

    Deux autres tramways étaient présentés par un nouvel exposant, PKTS, alias PC Transport Systems : le Lev (Lion), de trois modules (34,7 m) sur quatre bogies motorisés, et le Lvionok (Lionceau) de 16,7 m sur deux bogies motorisés. De 70 et 34 places assises respectivement, ces trams ont un aspect plutôt « occidental », avec des cabines en matériaux composites, un plancher bas et plat, des aménagements pour PMR, des écrans d’information et un aménagement intérieur coloré. La conception modulaire de ces tramways de 2,5 m de large permet de choisir entre des versions uni ou bidirectionnelles. Transportant 111 voyageurs (à cinq par m2), le Lvionok représente dans le fond un retour à la formule très classique de la motrice de tramway, plus courte et presque aussi capacitaire que le tram compact « à la française » de Besançon ou Aubagne…

    Terminons le tour des tramways par un fidèle visiteur d’InnoTrans, le « ver à soie » (Silkworm) de Durmazlar, cette année sous un pelliculage présentant les réseaux ayant choisi les modèles du constructeur turc, pour la plupart en Turquie sauf Olsztyn (Pologne).

    Des wagons à profusion

    Les wagons étaient particulièrement nombreux et variés à InnoTrans cette année : wagons-citernes, wagons fermés, wagons pour le transport de conteneurs, coils, remorques routières ou automobiles… Leurs constructeurs sont principalement basés en Europe centrale ou orientale : en République tchèque (Legios Loco), en Slovaquie (Tatravagónka), en Pologne et en Roumanie (Greenbrier), en Croatie (Duro Dakovic) ou en Russie (United Wagon Company). Mais la France était également représentée, par Inveho (anciens Ateliers d’Orval) et Lohr.

    Sous des apparences très classiques, les wagons continuent d’innover, comme l’ont montré les exemples exposés par le programme « Innovativer Güterwagen », qui associe le ministère fédéral allemand des Transports et des Infrastructures numériques, la DB et VTG : porte-conteneurs de 80 pieds (25,9 m), wagon plat à bogies à trois essieux pouvant transporter 100 tonnes de marchandises, wagon-citerne « court » de 14,4 m (même capacité qu’un wagon de 16,5 m) avec bogies à essieux orientables, wagon porte-autos de 33 m adaptable à la taille des véhicules transportés…

    Un autre exemple innovant était le conteneur de 45 pieds développé par Rail Cargo Group (RCG), filiale des ÖBB, avec Voestalpine dans le cadre du concept TransANT « moins de poids, plus de fret ».

    Nous aurons l’occasion de revenir sur les trains de fret « intelligents » présentés par la SNCF et Traxens dans le numéro de décembre.

    Mélangeant professionnalisme et passion, InnoTrans recevait une fois de plus la locomotive à vapeur Emma, sous pression même pendant les journées professionnelles. Dommage toutefois que lors de la dernière de ces journées, de nombreux exposants se soient montrés si pressés de remballer leur stand dès l’heure du déjeuner…

    Patrick LAVAL

  • Au rendez-vous des bus du futur

    Au rendez-vous des bus du futur

    Du 20 au 27 septembre, la Foire de Hanovre a accueilli la 67e édition de l’IAA (Internationale Automobil Ausstellung, exposition automobile internationale) consacrée aux véhicules utilitaires. Cette manifestation, qui se déroule tous les deux ans, en alternance avec le célèbre salon automobile de Francfort, a rassemblé, cette année, 250 000 visiteurs du monde entier. Les constructeurs d’autobus et d’autocars y présentaient leurs dernières nouveautés. Dossier réalisé par Philippe Hérissé.

     

    Un nouveau système de construction modulaire pour BYD

    Ce véhicule est le tout premier dont la structure a été réalisée à partir d’un nouveau système de construction modulaire, qui augmente de 80 % la rigidité en torsion.

    Dans ses nouvelles usines ultramodernes de Shanwei, à l’est de Shenzhen, le constructeur chinois BYD, leader mondial de l’électromobilité, est désormais en capacité de produire 32 autobus 100 % électriques par jour, soit quelque 7 500 unités par an ! A Hanovre, il dévoilait un nouveau système de construction modulaire où les faces latérales et le pavillon sont séparément terminés avant de rejoindre les chaînes de montage pour être assemblés à un châssis. Ce système est réputé accélérer encore le rythme de production, diminuer de 4 % la masse du véhicule, et augmenter de 80 % la rigidité de sa structure à la torsion ! Une telle modularité offre également l’avantage de réduire les temps de développement ainsi que le nombre de pièces et composants de rechange. Sur le stand de BYD, on découvrait le premier standard de 12 m conçu selon ce système, et assemblé à l’usine hongroise de Komarom. Il était accompagné par un articulé de 18 m équipé pour le rechargement de ses batteries par pantographe, et dont l’assemblage a été réalisé sur le site français d’Allonne, près de Beauvais. Cet autobus était en essai, depuis décembre dernier, sur le réseau d’Oslo. La capitale norvégienne, satisfaite des résultats obtenus, en a commandé une quarantaine.

     

    Une forme inédite d’hybridation signée Daimler

    Longtemps attendu, l’eCitaro de Mercedes
    a emmené ses tout premiers voyageurs
    dans les faubourgs de Hanovre pour une démonstration probante de ses performances,
    à la veille de l’ouverture de l’IAA.

    Comme à l’accoutumée, c’était le stand le plus impressionnant. Il est vrai que le groupe rassemble plusieurs entités assez différenciées, du japonais Fuso au nord-américain Thomas Built Buses, en passant naturellement par les allemands Mercedes et Setra. Le nouvel autobus eCitaro 100 % électrique du constructeur Mercedes, déjà décrit dans nos colonnes (voir VR&T n° 610), avait naturellement fait le voyage de Hanovre. Juste en amont de l’ouverture du salon, il a été possible, pour la première fois, de rouler dans ce véhicule de présérie, sur un parcours urbain et suburbain. Jusqu’ici, nous n’avions testé qu’un prototype sur le circuit d’essai de Stuttgart. Là encore, l’accélération au démarrage nous a surpris : elle reste exceptionnelle, même si l’électronique de commande la bride volontairement afin d’éviter tout risque de chute pour les voyageurs debout. En réalité, la réserve de puissance est telle qu’avec 88 voyageurs à son bord le véhicule conserve exactement les mêmes performances en accélération que celles qu’il développe à vide !

    Autre spécificité, la fonction « coasting », équivalent à la marche sur l’erre pour les engins moteurs ferroviaires, permet au eCitaro de rouler sur son inertie, en étant alors capable de parcourir une distance de 400 m environ sans perdre significativement de vitesse, après que le conducteur a relâché totalement la pression sur la pédale d’accélérateur. Le parcours proposé à Hanovre incluait une courte portion de route au revêtement en mauvais état, qui a permis de constater que la suspension avait été volontairement un peu durcie. De fait, la présence de batteries en toiture élève le centre de gravité et rend, par voie de conséquence, le véhicule plus sensible au phénomène de roulis. A Stuttgart, les virages du circuit étaient relevés, mais ils ne le sont plus, bien évidemment, dans la vraie vie ! C’est à l’évidence un léger inconvénient que d’avoir ce confort dynamique en vertical qui devient un peu « brutal » en certaines circonstances, mais il faut toutefois reconnaître que, sur tout le reste du parcours, le durcissement nécessaire de la suspension est resté, fort heureusement, totalement inaperçu.

    Sur le stand de Daimler, on trouvait également le nouveau Citaro Hybrid, qui venait d’être couronné « Bus of the year 2019 » (autobus de l’année 2019). Le jury a visiblement été convaincu par cette forme inédite d’hybridation, qui arrive à se dispenser de tout réseau haute-tension. De fait, il s’agit du premier autobus hybride dont la partie électrique fonctionne sous 48 V : plus besoin, en conséquence, d’habilitation particulière pour les techniciens de maintenance ! Le stockage d’énergie utilise des condensateurs du type « supercap ». La masse de l’équipement additionnel nécessaire à l’hybridation n’excède pas les 156 kg. Cela permet de ne perdre aucun siège à l’intérieur, tandis que le véhicule peut transporter, au total, jusqu’à 105 voyageurs. Quant à l’économie de carburant réalisée avec cette technique particulière d’hybridation associée à la nouvelle direction électro-hydraulique que propose Mercedes, elle peut atteindre les 8,5 % par rapport à un Citaro diesel conventionnel. Dès le printemps prochain, l’usine française de Ligny-en-Barrois produira le Citaro Hybrid qui devrait se révéler un succès…

    Autre distinction remportée cette année par Daimler, celle de l’IBC (International Bus & Coach Competition, compétition internationale autobus et autocars), qui a été décernée au nouveau Tourismo. Avec un score de 1 685 points attribué par le jury de l’IBC, l’autocar de Mercedes a devancé tous ses concurrents de plus de cent points. Il a particulièrement impressionné les jurés au niveau de la sécurité, étant à la fois équipé de l’« Active Brake Assist 4 », système automatique de freinage d’urgence capable de réagir à l’irruption intempestive d’un piéton sur sa trajectoire, et du « Sideguard Assist », qui alerte son conducteur s’apprêtant à tourner à droite de l’éventuelle présence d’un cycliste dans l’angle mort…

    Enfin, à l’entrée de son stand, Daimler présentait le tout premier prototype d’un concept futuriste de mobilité connectée, qu’il a baptisé « Vision Urbanetic ». Ce concept abandonne, en particulier, la distinction traditionnelle entre transport de personnes et transport de marchandises. Il s’agit d’une plate-forme à traction 100 % électrique, se déplaçant en conduite autonome, et qui pourrait indifféremment recevoir diverses carrosseries de minibus ou d’utilitaires légers. Pour développer le projet, Daimler s’est associé à l’industriel allemand BASF, ainsi qu’à la start-up nord-américaine Via.

    Dans la course à l’électromobilité, où de plus en plus de constructeurs se retrouvent aujourd’hui engagés, le groupe a finalement décidé de révéler, à Hanovre, sa « feuille de route » pour les prochaines années. Elle prévoit notamment une amélioration continue des performances pour les batteries Lithium-ion NMC (nickel-manganèse-cobalt), puis une migration vers des batteries à électrolyte solide, qui permettront d’augmenter très significativement l’autonomie. « Après en avoir longuement discuté entre nous, c’est un risque que nous prenons, puisque nous dévoilons ainsi à nos concurrents tous nos plans », concède Ulrich Bastert, responsable Vente, Après-vente et Marketing Monde de Daimler-Buses. Le leader mondial de l’autobus et de l’autocar a pourtant décidé de jouer la carte de la plus parfaite transparence, sans doute pour que ses clients puissent mieux anticiper l’avenir excitant qu’il leur promet. Ainsi Daimler est-il en mesure d’affirmer aujourd’hui que sa stratégie de développement en matière de batteries permettra à l’eCitaro de couvrir, dès 2020, 50 % des services actuellement « graphiqués » en diesel chez les opérateurs de transports urbains sans qu’ils n’aient à envisager la moindre adaptation, et que ce taux atteindra 70 % en 2022, voire 100 % avec dispositif d’extension d’autonomie. En 2030, les trois-quarts des ventes d’autobus chez Mercedes ne devraient plus concerner que des véhicules 100 % électriques. D’ici là, la part relative de l’eCitaro va grandir, et celle du Citaro Hybrid rétrécir. Mais cela ne se fera pas en un jour. « Pour nous, l’autobus hybride a encore de l’avenir, car il constitue la meilleure solution, à titre transitoire, pour réduire les coûts », commente Gustav Tuschen, responsable Recherche et Développement Monde de Daimler-Buses. D’autant que l’électromobilité, selon les pays, reste très diversement subventionnée.

    Une autre solution d’avenir, qu’Ulrich Bastert se déclare « bien content » d’avoir largement développée, est le GNV (gaz naturel pour véhicules), « dont le bilan CO2 est excellent. » Quant au diesel, il ne faudrait pas le jeter aux oubliettes. « Nous essayons d’insister auprès des autorités organisatrices sur tout le bien qu’elles pourraient faire à leurs villes en seulement trois mois, simplement en décidant d’acheter des autobus Euro VI pour remplacer les Euro III encore en circulation, indique le responsable Vente, Après-vente et Marketing Monde. Bien souvent, elles ne réalisent absolument pas combien cela pourrait contribuer à diminuer la pollution. »

     

    Le trolleybus qui prend son autonomie chez Iveco

    Nouveauté particulièrement remarquée au salon de Hanovre, le premier trolleybus IMC (ici réalisé sur base Crealis de 18 m) qui soit labellisé « Origine France garantie »

    Une indiscrétion nous l’a d’abord appris sur le salon. Très vite, la nouvelle était officielle. Limoges aussi est intéressé par l’IMC. Mieux encore, la Communauté d’agglomération devient la première autorité organisatrice, en France, à passer commande du Crealis IMC, alors que ce tout nouveau véhicule, hasard du calendrier, venait tout juste d’être élu « Sustainable Bus of the Year 2019 » (autobus durable de l’année 2019). Les trois initiales IMC sont celles de « In motion charging » (recharge en mouvement), un concept révolutionnaire qui est en passe de faire du trolleybus, considéré parfois à tort en France comme ringard, le véhicule sans doute le plus pertinent de toute la galaxie « électromobilité ».

    On l’oublie parfois, mais le trolleybus est, depuis des décennies, l’autobus 100 % électrique par excellence. Jusqu’ici, il restait toutefois tributaire, sur l’essentiel de son parcours, de l’existence d’une ligne bifilaire. L’idée a donc été de lui adjoindre des batteries, propres à lui conférer une certaine autonomie, qui sera fonction du volume et de la capacité de celles-ci. De la sorte, le trolleybus pourrait s’affranchir de ligne bifilaire sur une partie plus ou moins longue de son parcours.

    En France, nombre de municipalités sont enclines à vouloir rejeter la présence des fils au centre-ville, qui ne semblent, au demeurant, nullement traumatiser les milliers de visiteurs français et autres, qui lèvent les yeux, chaque année, sur les merveilles architecturales de la cité de Salzbourg, en Autriche, ou d’autres grandes métropoles européennes ayant adopté de longue date ce mode de transport… L’IMC est donc « la » solution pour faire du trolleybus sans fils, partout où l’on ne les souhaite pas. C’est aussi le moyen d’éviter ou de supprimer des aiguilles et croisements compliqués, comme Zurich l’a récemment pratiqué sur certains carrefours. Les techniques d’emperchage automatique le permettent aujourd’hui.

    Dans le cas du Crealis IMC, Iveco semble, pour le moment, avoir délibérément choisi de n’embarquer qu’un minimum de batterie. Choix dicté par un souci d’économie ? Ainsi équipé d’une batterie LTO (Lithium-oxyde de titane), ce véhicule peut néanmoins rouler déjà sur 25 à 40 % de son parcours en autonomie, ce qui est considérable. D’autres constructeurs exploreraient actuellement des pourcentages encore plus importants. Le profil en long des lignes parcourues joue beaucoup dans ce réglage, car les déclivités sont très favorables à l’IMC. Cela dit, le trait de génie de ce concept réside dans le fait que les batteries se rechargent non pas à l’arrêt, aux terminus ou pendant la nuit au dépôt, mais pendant que le véhicule circule sous ligne bifilaire. L’IMC, outre le fait qu’il permet de recharger « en temps masqué », donc sans aucune perte de temps, assure d’abord au processus de charge le meilleur rendement énergétique qui soit.

    A Hanovre, Iveco présentait, en avant-première, son trolleybus articulé Crealis IMC de présérie. Le constructeur a pris la résolution de proposer également le concept IMC sur base Urbanway et, pour chacun des deux modèles, dans les deux configurations standard (12 m) et articulée (18 m). Il a aussi, semble-t-il, fait le choix raisonné du moteur asynchrone unique, d’une puissance de 250 kW, et qui développe un couple de 3 300 N.m. C’est l’industriel Skoda qui fournit la partie électrique.

    Autre curiosité chez Iveco, le concept Easy Bus, pour lequel un prototype sur base Crossway LE était, pour la première fois, présenté. Il s’agit d’un projet mené conjointement avec les Chemins de fer allemands (DB) et une grande école d’outre-Rhin (Fresenius), dont l’objet est d’adapter les véhicules de transport public aux capacités fonctionnelles des personnes âgées. Le professeur Christian Haas, de Fresenius, liste les difficultés auxquelles lesdites personnes sont confrontées : « A cause des sièges trop bas, elles ont du mal à s’asseoir, et plus encore à se relever ; elles ne peuvent pas monter par l’avant avec leur déambulateur, sous la protection du conducteur, car la rampe se situe souvent au niveau de la porte médiane ; elles identifient difficilement les places qui leur sont réservées ; elles mettent du temps à embarquer et à s’installer, ralentissant le flux des autres voyageurs, et risquant de tomber quand le véhicule démarre ». Du coup, les personnes âgées appréhendent de voyager. « Un quart d’entre elles disent renoncer à consulter leur médecin à cause du transport, ce qui coûte des millions d’euros à notre système de santé, assure le Professeur Haas, sans parler des milliers d’heures qui seraient annuellement économisées sur la durée des stationnements aux arrêts si elles pouvaient monter et trouver leur place plus rapidement ». Sur le prototype, on trouve une rampe à l’avant ; le couloir laisse passer un déambulateur ; le cheminement à suivre vers les places réservées est balisé au sol par des bandes jaunes ; les sièges réservés ont un revêtement différent ; et leur assise a été relevée de 16 cm. Mis en exploitation probatoire dans l’agglomération de Munich, ce prototype Easy Bus a déjà permis de raccourcir les temps d’embarquement et débarquement de 20 % !

     

    Une gamme entièrement renouvelée chez MAN

    Dévoilé à l’occasion du Salon, le Lion’s City 12E, premier autobus 100 % électrique de MAN, y a fait sensation pour son esthétique très réussie, avec une ceinture de caisse extrêmement basse.

    Incroyable, ce que MAN a réussi à boucler dans un laps de temps à peine supérieur à deux années ! Toutes les gammes de produits ont été renouvelées, du grand tourisme à l’urbain en passant par l’intercités, et toutes les solutions propres ont été explorées, du diesel au gaz et à l’électricité. Après avoir fait déjà sensation à Nuremberg (Allemagne) en y présentant, en mars dernier, son tout nouveau Lion’s City diesel (voir VR&T n° 610), dont la réduction de masse de 800 kg se traduit par une diminution substantielle de la consommation en carburant, MAN avait choisi Hanovre pour dévoiler son tout premier autobus 100 % électrique, en version standard de 12 m.

    Dénommé Lion’s City 12E, il accueille toutes ses batteries en toiture, grâce à la structure spécialement renforcée de son pavillon. On nous assure toutefois que cette charge de quelque 500 kg, en partie haute du véhicule, n’altère pas son comportement routier, et ne génère, en particulier, aucun réel phénomène de roulis. Ce positionnement des batteries libère l’habituel compartiment moteur de l’autobus diesel, et permet ainsi de tirer le meilleur parti du porte-à-faux arrière au profit des aménagements voyageurs. Le constructeur a opté pour une motorisation centrale, écartant par la même occasion le petit moteur logé à chacune des extrémités de pont, à proximité immédiate des roues. « Ces moteurs de roue nous paraissent être une solution trop compliquée, et nous préférons, de loin, devoir gérer un seul risque plutôt que deux ou quatre ! », s’amuse Uwe Jurgeleit, responsable Flottes International bus et car. L’unique gros moteur, d’une puissance (pour le standard de 12 m) de 160 kW en régime continu, mais apte à développer jusqu’à 270 kW en crête, offre tout au contraire simplicité et robustesse. Les batteries Lithium-ion qui l’alimentent ont une capacité de 480 kWh.

    Pour la délicate question des modalités de leur rechargement, le constructeur a vite tranché : « Nous savons que 90 % des opérateurs préfèrent la charge lente, de nuit, au dépôt, raison pour laquelle nous avons décidé de ne proposer que cela », explique Jean-Yves Kerbrat, président de MAN Truck & Bus France. Cependant, le plus surprenant est l’autonomie annoncée. « Nous garantissons les 200 km, qui ont été scrupuleusement vérifiés, insiste Uwe Jurgeleit. C’est effectivement un résultat exceptionnel, mais nous avons pris le temps du développement, et sommes sûrs de ce que nous annonçons. » Dont acte.

    Le Lion’s City 12E peut transporter 29 voyageurs assis, 61 debout, ainsi qu’une personne en fauteuil roulant. Il est équipé des sièges cantilevers spécialement conçus par MAN pour sa nouvelle génération d’autobus, et qui se distinguent par leur ergonomie et leur confort. Les véhicules de présérie mis en exploitation probatoire sur les réseaux urbains de Nuremberg et Munich donneraient déjà pleine et entière satisfaction à leurs opérateurs. Hambourg doit prendre le relais dans le courant de l’année prochaine. Le démarrage de la série est programmé pour fin 2019. La production devrait ensuite monter graduellement en puissance au cours de l’année 2020, d’autant que nombre de nouveaux opérateurs potentiels, déjà clients ou non de MAN, ont manifesté leur intérêt.

    Par ailleurs, le constructeur entend bien répondre au prochain appel d’offres RATP concernant l’électromobilité. Il a d’ailleurs fêté, l’an dernier, le millième autobus livré à la Régie. Cependant, l’histoire de la coopération entre l’industriel allemand et l’opérateur parisien remonte à bien plus longtemps encore. En effet, c’est MAN qui avait fourni tous les moteurs des autobus alors officiellement dénommés « Standard » de la RATP, apparus à partir de 1965. Ces tout premiers véhicules de 11 m (longueur maximale autorisée à l’époque) avaient été définis selon un exigeant cahier des charges rédigé conjointement par la RATP et l’UTPUR (Union des transports publics urbains et régionaux). Ils étaient construits par Saviem (SC 10) et Berliet (PCM). Leur moteur à six cylindres D 0836, monté à plat dans le porte-à-faux avant gauche, sous le poste de conduite, développait une puissance de 150 ch…

    Par ailleurs, soucieux d’améliorer toujours davantage la qualité de service pour ses clients, MAN France met en place, depuis trois ans, des équipes hautement professionnalisées dans le bus et le car, qui se répartissent aujourd’hui sur une trentaine de points géographiques. Dans l’Hexagone, le constructeur ne cesse d’accroître sa part de marché, avec 7,9 % l’an passé et 9,7 % actuellement.

     

    Un site à Angers pour les finitions avant livraison chez Scania

    Le Citywide LE (Low Entry) en version suburbaine, avec sa transmission hybride économisant jusqu’à 25 % de carburant, peut fonctionner au biodiesel ou à l’huile végétale hydrogénée.

    Deux véhicules se trouvaient exposés sur le stand du constructeur suédois. Le premier était un Citywide LE (Low Entry) en version suburbaine, avec une transmission hybride capable d’économiser jusqu’à 25 % de carburant par rapport au diesel traditionnel, et également compatible avec l’utilisation de biodiesel ou de HVO (huile végétale hydrogénée). Il se trouve que la gamme Citywide remporte en France un succès grandissant.

    Ainsi Scania a récemment vendu, à Grenoble, 35 véhicules LF (Low Floor) de 12 m fonctionnant au GNV (gaz naturel pour véhicules) pour le SMTC (Syndicat mixte des transports en commun), ainsi que 13 LE pour la Semitag (Société d’économie mixte des transports de l’agglomération grenobloise), dont les quatre derniers exemplaires viennent juste d’être livrés. Ce double achat (48 véhicules au total) reste d’autant plus significatif que Grenoble n’avait jamais eu, jusqu’ici, d’autobus Scania.

    L’opération a été considérablement facilitée par la coopération parfaite entre Scania Rhône-Alpes et le CAPS d’Angers (Centre d’adaptation et de préparation Scania). En charge de l’ensemble des finitions sur les véhicules, le CAPS présente deux avantages : il permet d’adapter très précisément les véhicules aux desiderata des exploitants avec le niveau de qualité et de fiabilité Scania, et il permet aussi aux clients de venir suivre, à Angers, les ultimes travaux juste avant livraison. Cette formule marche si bien que Scania, après avoir loué des locaux, s’est résolu à construire un bâtiment entièrement dédié à cette activité, sur son site français d’Angers, qui verra le jour en 2020. « La culture Cars et Bus prend vraiment de l’ampleur chez nous», note Vanessa Cerceau, responsable Communication de Scania France.

    Un autre succès emblématique du Citywide GNV, cette fois en version articulée de 18 m, concerne les derniers marchés RATP. Sur le marché 2015, la tête de série a d’ores et déjà été réceptionnée, et la livraison d’une tranche de 18 véhicules interviendra dès la fin de l’été prochain. Sur le marché 2018, la tête de série doit arriver en avril.

    Quant au second véhicule Scania exposé à Hanovre, il s’agissait du tout nouvel Interlink GNL (gaz naturel liquéfié), le premier à recourir à ce combustible particulier qui le dote d’une autonomie de 1000 km. Une quinzaine d’Interlink Gaz ont justement été livrés dans les jours précédant le salon, destinés à la STAO basée au Mans (Société des transports automobiles de l’Ouest, groupe Transdev), à la région Bretagne, ainsi qu’à la SAT (Savoie Autocars Transports). Enfin, dans la continuité des expérimentations initiales sur le réseau Citram Aquitaine, Scania a reçu la commande de neuf Interlink fonctionnant à l’éthanol pour la desserte de l’Ile de Ré (Ocecar). C’est assurément une grande première en France !

     

    Une structure et des coûts allégés chez SOR

    En plein essor, le constructeur tchèque SOR avait apporté à Hanovre son nouveau bus électrique NS 12 motorisé par Pragoimex.

    Ce constructeur tchèque, jeune encore dans le métier puisque fondé en 1991, et qui est aujourd’hui représenté en Allemagne, Suisse et Autriche, s’est spécialisé, dès le début, dans la production d’autobus caractérisés par un rapport qualité/prix avantageux, assorti d’un faible coût de possession, en partie grâce à un allègement des ossatures avec recours à l’aluminium et aux composites. Outre, naturellement, son marché national, il vend aussi en Slovaquie, Pologne, Allemagne, aux Pays-Bas, en Serbie, au Luxembourg, en Russie, au Danemark, aux pays Baltes, en Ukraine, Croatie, Belgique, Bulgarie et même aux îles Féroé. Le constructeur a connu, en 2015, une année record, avec 757 véhicules livrés. Parmi ses clients importants, on recense les opérateurs des transports urbains de Prague (DPP) ainsi que de Bratislava (DPB). A Hanovre, SOR avait apporté son autobus 100 % électrique NS 12 de 12 m, mû par un moteur électrique triphasé-asynchrone fourni par Pragoimex, refroidi par eau, et susceptible de développer une puissance maximale de 160 kW. Ce moteur est alimenté par des batteries de type NMC, d’une capacité de 225 kWh, qui sont montées en toiture.

     

    Des ventes qui s’envolent grâce à la nouvelle gamme de Volvo

    L’excellence Volvo en matière d’électromobilité était représentée par l’autobus 7900 Electric Hybrid à charge par pantographe descendant.

    Le constructeur de Göteborg (Suède) exposait à Hanovre ses trois derniers fleurons : les tout nouveaux autocars 9700 et 9900, ainsi que l’autobus 7900 Electric Hybrid de 12 m. La sortie de ces trois produits semble avoir aujourd’hui une incidence évidente sur la progression des ventes. Parallèlement, en France, Volvo est en passe de carrément doubler le rythme de ses immatriculations. L’envolée des entrées de commandes résulte, en premier lieu, de la nouvelle gamme d’autocars. « Elle a été fort bien perçue, si bien que nous enregistrons actuellement un grand nombre de commandes, qui émanent autant de clients historiques que de nouveaux venus », commente Philippe Glarner, directeur général de Volvo Bus France. Surtout, l’arrivée du 9700 en 13 m sur deux essieux, véhicule dont nous ne disposions pas, est le parfait complément de gamme dont nous avions besoin, puisque ce segment, boosté par le récent développement des cars autoroutiers intercités, représente aujourd’hui, dans notre pays, plus de 40 % du marché ! »

    Côté autobus, le constructeur s’apprête à livrer une trentaine d’hybrides répartis entre Ile-de-France Mobilités et, surtout, Tadao (Artois-Gohelle). « Notre solution hybride avec récupération d’énergie au freinage, associée à une offre croissante en carburants alternatifs, constitue la meilleure transition vers le tout-électrique », assure également Philippe Glarner.

    Le constructeur Volvo, dans le cadre de son programme ElectriCity 2, propose désormais, sur ses autobus 100 % électriques, l’ensemble des modes de recharge existants : ligne, dépôt, ou combinaison des deux. Et le directeur général de Volvo Bus France de préciser qu’en dépôt les batteries embarquées sur les véhicules de la marque peuvent être entièrement rechargées en seulement une heure, soit l’équivalent de la pause de midi pour le conducteur…

    En France, Volvo restructure également son réseau. La nouvelle organisation résulte de l’idée que tous les établissements doivent désormais être en mesure d’intervenir sur la chaîne cinématique d’un bus ou d’un car, après que leurs techniciens ont reçu la nécessaire formation de base, même si la vocation de l’établissement était, à l’origine, le camion. Cette organisation repose donc sur trois niveaux : les anciens « points trucks » assurant le service 24/24, qui sont maintenant aptes à également réaliser des opérations de maintenance et réparation sur les châssis et la partie mécanique des bus et cars ; les « points bus », qui traitent indifféremment leur carrosserie et leur châssis ; et les « points bus experts », qui assurent la préparation des véhicules en ayant aussi une vocation d’appui aux autres points. Les « points experts » disposent, en outre, d’un service mobile susceptible de se rendre directement chez les clients. Grâce à cette nouvelle organisation, le réseau bus et car compte désormais 113 points au total, dont 34 « points bus » stricto sensu, parmi lesquels sept sont « experts ». Cette activation de l’ensemble des établissements sur le bus et le car se trouve grandement facilitée par la standardisation des composants constitutifs des châssis de véhicules Volvo.

    Par ailleurs, un outil de télédiagnostic a été mis au point, qui permettra aux techniciens de maintenance d’être connectés à distance, depuis leur ordinateur et à l’aide de lunettes 3D, avec des experts pouvant, à tout moment, les aider. Le constructeur est ainsi entré de plain-pied dans l’ère du digital, soucieux de s’orienter vers la pratique d’un entretien de plus en plus préventif, facteur essentiel de la qualité de service.
    Philippe Hérissé

  • Le train face à tous ses futurs

    Le train face à tous ses futurs

    Les projets d’Hyperloop avancent, l’aérotrain tente un retour, tandis que les compagnies ferroviaires croient en de nouveaux progrès du rail-roue sous la bannière de l’autonomie. On ne sait pas de quoi l’avenir du transport terrestre guidé sera fait. Et les questions d’économie et d’écologie pourraient bien faire un tri sévère. Il n’empêche que ce foisonnement est en soi une bonne nouvelle : la recherche et le développement sont au rendez-vous, à la croisée des trains.

     

    Les puristes vont nous étriller. S’étonner que l’on puisse, dans un même dossier, mêler Hyperloop, le regain de l’aérotrain de l’ingénieur Bertin, et le programme de la SNCF sur les trains autonomes.

    Cela a au moins un mérite. Rappeler que, face à l’avion, le transport terrestre guidé n’a pas dit son dernier mot. Important de le rappeler, alors que le trafic aérien, avec le développement des compagnies low cost, explose depuis des années. Il a atteint 4,1 milliards de passagers aériens en 2017. Et l’on en attend 7,8 milliards en 2036. Pas loin du doublement si l’on ne réagit pas. Or l’ampleur maintenant irrécusable de la crise écologique devrait enjoindre d’actionner le freinage d’urgence. Il pourrait être intéressant, dans ces conditions (si l’on reste intoxiqué à la vitesse), de développer une offre terrestre à 1 000 km/h, qu’on annonce écologiquement moins suicidaire. Intéressant, parallèlement, de disposer d’une offre moins ambitieuse mais dont les termes sont bien connus : services à grande vitesse, grâce aux automatismes, au moins aussi sûrs que ceux d’aujourd’hui, plus réguliers et plus fréquents.

    L’annonce faite par la SNCF de la création de deux consortiums pour le train autonome ouvre la voie. Il n’est pour l’instant pas question de grande vitesse. Il s’agit de mettre au point un prototype de train régional d’un côté, d’un train de fret de l’autre. Mais elle est à l’horizon. La Chine, d’ailleurs, a annoncé s’être lancée dans un programme de trains à grande vitesse automatiques.

    Quoi qu’il en soit, en France, le train autonome rappelle que la technique ferroviaire a de la marge. Et elle s’inscrit parfaitement dans la ligne désormais arrêtée par les pouvoirs publics de priorité à la modernisation. La communication de la SNCF sur des consortiums formés en janvier dernier a eu lieu le lendemain des annonces gouvernementales sur les infrastructures. C’est peut-être le fait du hasard, mais cela tombe à pic. Une démarche écologiquement et économiquement sobre, cela sera décisif dans les décennies à venir.

    Côté Hyperloop, on n’en est pas là. Les chiffres parfois avancés laissent un peu rêveur. On annonce souvent des coûts de construction faibles Mais on se demande pourquoi le génie civil serait moins coûteux que celui d’un train à grande vitesse. Le coût de fonctionnement est très difficile à évaluer. Combien de navettes ? Combien de personnes par navette ? A quel intervalle ? Et comment assure-t-on l’évacuation en cas de panne ou d’accident ? Comment des êtres humains vont-ils supporter un éventuel freinage d’urgence en partant de très hautes vitesses ? Dernière question régulièrement soulevée par de bons connaisseurs, qui voient un possible avenir à ce système pour le transport de marchandises, mais pas de voyageurs.

    Enfin, la question largement débattue lors de la naissance de la grande vitesse en France pourrait bien se reposer, peut-être pas dans les pays qu’on dit neufs, mais au moins dans la vieille Europe : comment fait-on pour entrer dans les cœurs de ville ? Ce fut l’un des gros obstacles au développement de l’aérotrain de Bertin. Il nécessitait la construction d’infrastructures de transport et de nouvelles gares forcément très coûteuses en ville, alors que le TGV, compatible avec les installations existantes, permettait de fortes économies. Une quarantaine d’années après ces débats, de mêmes raisons amènent à regarder avec circonspection hyperloop ou un aérotrain revisité.

    Comme le résume Jean-Marc Tessier, directeur du programme TGV 2020 : « Quand on regarde les enjeux de concurrence, on voit que le train est encore pertinent. Hyperloop n’est pas aussi capacitaire ; une capsule ne pourra pas transporter 600 personnes. Le projet pose aussi des questions en termes de sécurité. Enfin, qui voudra supporter les coûts d’infrastructure ? »

    La SNCF participe à l’une des sociétés développant Hyperloop. Systra aussi. Ce n’est pas un aveuglement de leur part. Cela relève plutôt de la veille stratégique et d’une forme d’honnêteté intellectuelle. Si finalement, Hyperloop était viable, ce serait trop bête d’être passé à côté. Et, en attendant un éventuel grand départ, cela permet aussi de suivre la formation de certaines briques du système, réutilisables ailleurs et autrement. Selon le principe de sérendipité, d’être là où on a des chances de trouver quelque chose qu’on ne cherche pas. Ou, par exemple – on sait que c’est l’un des objectifs, cette fois de méthode – de suivre comment l’on conduit une recherche ouverte, collaborative, plus horizontale que hiérarchique, avec des ingénieurs dans le monde entier, autour d’un concept qui n’est pas développé par son fantasque initiateur.

    F. D.

  • La data au cœur de la stratégie de la SNCF

    La data au cœur de la stratégie de la SNCF

    Après avoir ouvert sa cinquième « maison digitale » à Hellemmes, la SNCF a présenté une nouvelle étape de sa stratégie numérique utilisant massivement la data. Quelques jours plus tard, SNCF Réseau a détaillé sa nouvelle organisation « Nouvel’R » – avec pour ambition de construire un réseau haute performance, de mieux répondre aux attentes des clients et de préparer l’ouverture à la concurrence sur le trafic voyageurs – et son kit méthodologique, reposant lui aussi en partie sur le numérique.

     

    La SNCF vient de créer à Lille sa cinquième plateforme d’accélération numérique, après celles de Saint-Denis, Toulouse, Nantes et Lyon. Implantée dans le technicentre industriel d’Hellemmes, la nouvelle « maison digitale » qui porte, comme les autres, le nom de « 574 », réunit des équipes d’experts et des start-up travaillant sur les métiers ferroviaires et les technologies du futur. Elle travaillera notamment sur « les opérations de type maintenance et l’usine du futur », souligne Benoît Thiers, le directeur général Digital et Systèmes d’information de la SNCF, en expliquant que l’entreprise est en train de devenir un groupe numérique grâce à la donnée. « La data renforce notre performance industrielle. Elle nous permet d’offrir une information personnalisée à chaque client et de faciliter la multimodalité », affirme-t-il.

    Chaque jour, la SNCF reçoit 400 millions de données issues des voyageurs et de l’activité ferroviaire sous toutes ses formes. Ce qui permet de générer en retour quotidiennement 4 000 indicateurs de toutes sortes, certains de nature à améliorer les performances du groupe. Que ce soit dans le domaine de la maintenance, de la gestion des circulations ou de l’information voyageur. Avec, à la clé, des gisements de productivité. « Le digital est le levier de transformation globale du groupe », résume le directeur général de e.SNCF.

    Un exemple : le projet Data.flux voyageurs utilise des algorithmes pour traiter les informations sur la façon dont les voyageurs combinent les modes de transport pour aller de leur point de départ à leur destination. 620 000 voyageurs ont déjà donné leur accord pour être géolocalisés. Le système permet de plus de voir comment les voyageurs se répartissent ensuite dans les communes alentour. « Nous pourrons identifier les services à mettre en place pour faciliter les pré et post-acheminements. Ainsi, nous produisons une nouvelle information à valeur ajoutée », explique un des concepteurs du projet.

    Pour améliorer l’information voyageurs, la SNCF s’est aussi donné l’objectif d’afficher 85 % des voies 20 minutes avant le départ d’un train. Le projet Data IV analyse les données d’informations de la gare pour créer des indicateurs gare par gare. En février 2018, on comptait une trentaine de gares équipées de ce système. En juin, il y en avait 91 nouvelles, ce qui a permis d’améliorer le taux d’affichage pour les deux tiers d’entre elles.

    Autre projet, Vibrato est une appli équipant les smartphones de conducteurs et permettant d’enregistrer les vibrations aux passages des trains. Les informations sont croisées avec celles d’autres trains passés aux mêmes endroits. Si une vibration anomale est détectée, une équipe est envoyée sur place pour vérification. Ce projet est actuellement testé par 40 conducteurs de TER et de Transilien basés en gare de Paris-Est.

    Infra SNCF Réseau 1
    Avec le système Lidar, des capteurs placés sous les trains pourront scanner en 3D l’intégralité du réseau en une heure seulement.

    Même démarche avec les Lidars qui scannent l’intégralité des voies en 3D, grâce à des capteurs placés sur les trains de surveillance du réseau. La supervision du réseau est effectuée avec une très grande précision (de l’ordre de quelques millimètres) et beaucoup plus rapidement qu’avec le dispositif traditionnel : des équipes de trois à quatre personnes marchant le long des voies pour inspecter visuellement les voies, ce qui peut leur prendre six semaines pour inspecter une cinquantaine de kilomètres (contre une heure avec le système Lidar). La maintenance devient prédictive. « Les bénéfices en termes de productivité et de sécurité sont conséquents : nous pouvons intervenir avant qu’un incident n’arrive », souligne la SNCF.

    Plus globalement, la SNCF est en train de construire un jumeau numérique du réseau. « Il comprend trois couches : la description physique du réseau, la description des composants, et la description du fonctionnement », précise Claude Solard. « Il va changer l’exercice des métiers de SNCF Réseau, va réduire les coûts et augmenter l’efficacité », précise le directeur général délégué Sécurité Innovation et Performance industrielle. Selon lui, il va non seulement favoriser la maintenance prédictive mais aussi permettre de simuler des situations perturbées pour s’exercer à réagir en conséquence.

    Autre avancée, la signalisation numérique. « On va passer d’une logique de signalisation physique à une logique de signalisation numérique qui s’adresse directement aux trains », poursuit Claude Solard. Traduction concrète : on pourra augmenter la capacité d’une ligne en diminuant la distance entre les trains. Ainsi, une ligne très chargée comme Paris – Lyon, actuellement empruntée par un maximum de 13 trains par heure, pourrait passer à 16 par heure.

    Toujours au chapitre de la gestion des circulations, la SNCF planche sur la gestion en temps réel. « Demain, il sera possible de replanifier l’ensemble des circulations en temps réel en cas d’incident », annonce Patrick Jeantet, le PDG de SNCF Réseau.

    Pour Benoît Thiers, la SNCF est donc en train de changer d’échelle. « On passe de données captées et traitées en quelques mois, à des données captées et traitées en quelques heures. » Les gains de productivité attendus sont importants : il serait possible, selon lui, d’abaisser les coûts de 20 %. Tout cela incite la SNCF à investir fortement dans le numérique : 300 millions d’euros vont de nouveau être investis cette année, comme cela a déjà été le cas en 2017, après 200 millions en 2016 et 150 millions en 2015.

    Marie-Hélène POINGT

  • VDL. Un regard sur l’avenir  de l’autocar

    VDL. Un regard sur l’avenir de l’autocar

    Jamais en Europe le transport par autocar n’aura eu autant le vent en poupe. Ce marché suscite l’intérêt grandissant des constructeurs, tel le groupe néerlandais VDL qui a choisi de s’associer au motoriste DAF ainsi qu’au spécialiste des transmissions ZF pour définir l’autocar de l’avenir. C’est le Futura de nouvelle génération, qui fait aujourd’hui son apparition.

     

    C’est dans le parc du château de Saint-Gerlach, à Maastricht (Pays-Bas), que VDL avait choisi de dévoiler l’autocar Futura FHD2 de nouvelle génération.

    C’est étonnamment le leader européen de l’autobus électrique, avec bientôt plus de 380 véhicules en exploitation sur 14 réseaux, dont cent tout récemment livrés à Amsterdam, qui, aujourd’hui, le clame : « La transition énergétique porte bien son nom, car elle ne signifie en rien la nécessité d’un basculement brutal. » Certes, pour Henk Coppens, le charismatique président-directeur général du constructeur néerlandais VDL Bus & Coach, il est désormais tout à fait clair que la propulsion, dans le futur, sera électrique, et que cette technique ne s’appliquera pas seulement aux autobus. Les autocars, les camions et les utilitaires légers seront tout aussi concernés. A l’évidence, les transports publics doivent être le moteur de cette transition. Toutefois, Henk Coppens entend bien continuer à investir dans la propulsion diesel, qui n’a décidément pas dit son dernier mot. Aujourd’hui, le groupe VDL compte 97 sociétés, dont 70 aux Pays-Bas.

    Fort de son chiffre d’affaires de cinq milliards d’euros et de ses quelque 17 000 collaborateurs, il œuvre dans de nombreux secteurs de pointe, et ses travaux de recherche et développement s’étendent même jusqu’à la physique fondamentale avec, entre autres, les accélérateurs de particules. « En fait, VDL fonctionne comme un pool de connaissances, qui peuvent être mutualisées partout à l’intérieur du groupe, explique Henk Coppens. Mais dans le même temps, nous sommes indépendants, et nous pouvons donc, à la fois, choisir nos investissements et intégrer les meilleures technologies du moment, car nous sommes libres ! »

    Vue côté « offside », la silhouette du véhicule apparaît plus fluide encore.

    Cette approche singulière, entièrement tournée vers l’expertise, caractérise bien l’activité Bus et car du groupe, qui dispose de six sites industriels en Belgique et aux Pays-Bas, emploie 2 300 collaborateurs, et produit 1 500 véhicules par an. Devenu leader européen de l’autobus électrique par la force des choses, VDL n’en a pas, pour autant, oublié que, selon le mot de Henk Coppens, « il a toujours eu la passion du car ». C’est pourquoi le constructeur néerlandais a décidé de marquer d’une pierre blanche l’histoire de ce mode de transport, dont la part modale ne cesse d’augmenter actuellement dans les pays européens, en créant son Futura de nouvelle génération.

    Libre de ses choix en matière d’investissements, VDL a voulu jouer la carte de la perfectibilité du diesel, même s’il assure qu’il travaille d’arrache-pied sur des versions d’autocars hybrides et 100 % électriques qui pourraient, selon ses dires, créer la surprise d’ici peu. Et libre de ses choix en matière de partenariats, le constructeur s’est associé avec DAF et ZF pour concevoir son tout nouveau Futura. En réalité, il s’agit là d’une politique d’investissement à long terme menée conjointement avec ces deux industriels.

    Le poste de conduite du Futura à étage FDD2 dont le tableau de bord, largement dimensionné, s’inscrit dans le plus pur style VDL.

    On remarque que le nom de « Futura » n’est pas nouveau en soi. A l’image de nombre d’autres constructeurs (Mercedes avec le Citaro, MAN avec le Lion’s City, etc.), VDL réutilise, de génération en génération, ce qui est vite devenu une marque générique. Ainsi, le premier Futura était apparu en 2010. Plus de 3 500 véhicules portant ce nom ont été produits à ce jour. Grâce à eux, le constructeur occupe une position stable dans le domaine de l’autocar en Europe occidentale avec, en moyenne, 8,6 % de parts de marché. Selon Pieter Gerdingh, directeur commercial Autocars de VDL, « le constructeur possède une clientèle fidèle, qui apprécie notamment la stratégie consistant à offrir une gamme très large, et donc apte à couvrir toutes les demandes ».

    Pour concevoir son nouveau Futura, VDL a étudié, avec beaucoup d’attention, les nouveaux challenges du transport par autocar en Europe. Au rang de ces principaux challenges, on trouve, en premier lieu, la pénurie croissante en conducteurs qui, cette année, a pris, dans certains pays, des dimensions jamais égalées, obligeant parfois à des revalorisations salariales. Il y a aussi l’émergence d’opérateurs de plus en plus gros, souvent nés de l’acquisition de plus petits exploitants qui, s’ils veulent survivre en indépendants, doivent serrer toujours davantage leurs marges. Ces nouveaux arrivants se professionnalisent très rapidement, et bousculent totalement le marché de l’intercités « longue distance », en se positionnant désormais comme des concurrents frontaux du transport ferroviaire. Il y a enfin l’augmentation du prix du gazole. Du coup, le TCO (Total cost of ownership, ou coût total de possession) devient, plus que jamais, l’un des paramètres les plus prégnants.

    Une régulation prédictive de la puissance

    « Nous avons interrogé des centaines de clients pour pouvoir mieux comprendre comment il nous fallait changer les dispositions constructives de nos autocars, aux seules fins de parvenir à une diminution réellement importante des frais de maintenance », témoigne Pieter Gerdingh. La réponse s’est concrétisée dans le Futura de nouvelle génération, avec un bouquet de solutions qui sont autant d’innovations. Ainsi, le développement d’une toute nouvelle chaîne cinématique réduit déjà, à elle seule, de 3 % la consommation de carburant.

    Sur la base d’un parcours annuel moyen de 120 000 km, cette réduction se traduit déjà par quelque 1 000 euros économisés, chaque année, par le transporteur ! En option, l’adjonction du nouveau système PPC (Predictive powertrain control, ou régulation prédictive de la puissance) permet une économie supplémentaire de 2,5 %, soit au total une diminution de 5,5 % de la consommation. C’est-là un pourcentage tout à fait considérable dans le bilan d’utilisation d’un autocar.

    Le PPC se révèle surtout intéressant en terrain vallonné et, plus encore, en montagne. Pour son fonctionnement, il se sert du GPS couplé à une base de données sur la topographie et le profil en long des routes empruntées. Grâce à lui, à chaque instant le véhicule sait précisément où il se trouve par rapport à une côte ou une descente qu’il doit aborder ou qu’il parcoure déjà, et il en connaît la longueur et la déclivité. A l’approche d’une côte, le PPC va automatiquement choisir le bon rapport de boîte, puis il va gravir cette montée sur le rapport calculé comme le plus économique. Ensuite, peu avant d’atteindre le sommet, le système sélectionne la position neutre de la boîte, afin que le véhicule puisse pleinement profiter de l’énergie cinétique qu’il a acquise en se lançant dans la montée, et qu’il achève ainsi de la gravir sur sa seule inertie (autrement dit « sur l’erre ») sans rien consommer. Dans la pente qui suit, la position neutre demeure active jusqu’au bas de la descente où, à nouveau, le rapport de boîte le mieux adapté va se trouver automatiquement sélectionné. Le paramétrage préalable s’effectue simplement en entrant trois valeurs de vitesse : l’allure de croisière souhaitée, ainsi que les limitations supérieure et inférieure. Le supplément facturé pour acquérir l’option PPC devrait se situer aux alentours de 2 500 euros. Ce surcoût à l’achat pourrait paraître élevé, mais le jeu en vaut largement la chandelle dès lors que le car est appelé à circuler régulièrement dans des zones présentant de fréquentes déclivités…

    La ZF Traxon automatisée devient la boîte standard

    Avec le Futura de nouvelle génération, la boîte ZF Traxon à 12 vitesses devient le standard sur les autocars. On l’aura compris : il s’agit bien d’une boîte automatisée. Et l’on remarque à l’occasion que si, jusqu’à une époque récente, la transmission manuelle avait gardé la faveur des autocaristes, la tendance s’est aujourd’hui totalement inversée. Les performances de la nouvelle ZF Traxon ne pourront d’ailleurs que conforter la popularité de telles boîtes sur les autocars. Comme aime à le préciser Ralf Weber, directeur Qualité chez l’industriel ZF, la Traxon a été conçue « en partant d’une feuille blanche ».

    Et elle se caractérise déjà par un temps très court pour les changements de rapport, qui minore significativement l’interruption de l’effort. Un ensemble de capteurs surveille les divers paramètres cinématiques pour que ce changement s’effectue toujours en souplesse, exactement à la bonne vitesse, et tout en garantissant une accélération globale optimale. Une fonction « Hill Start » aide même au démarrage en côte, en calculant, à partir de la masse du véhicule et de la valeur de la déclivité, l’effort de traction requis pour un départ rapide et confortable. L’efficacité mécanique de la boîte, au demeurant d’un fonctionnement très silencieux (35 % d’émissions sonores en moins, soit -6 dB !), a pu être améliorée de 5 % par rapport à la génération précédente AS Tronic. Cette nouvelle boîte offre le meilleur ratio « couple/masse » du marché, avec 8,24 Nm/kg, valeur calculée en incluant, en outre, le ralentisseur dont la puissance peut atteindre les 600 kW (selon le système de refroidissement du véhicule).

    Enfin elle est conçue pour pouvoir supporter 66 % de changements de rapport et 50 % de cycles d’embrayage supplémentaires par rapport à l’AS Tronic, ce qui en dit déjà long sur sa fiabilité et sa longévité ! Le constructeur VDL fait, au demeurant, figure de pionnier dans l’expérimentation de cette toute nouvelle transmission. Toutefois, pour des applications très particulières (lignes régulières, itinéraires très accidentés en montagne, utilisation importante en haute altitude ou en trafic urbain dense), la boîte ZF Ecolife « autocar », entièrement automatique, reste disponible sur tous les modèles, car elle est alors pleinement adaptée.

    Egalement au chapitre de la profitabilité, il convient de noter l’allongement des intervalles de révision des motorisations à 100 000 km (voire 200 000 km pour les kilométrages annuels élevés), ainsi que de ceux des vidanges jusqu’à 200 000 km. Toujours pour un véhicule censé parcourir annuellement 120 000 km, ces allongements d’intervalles peuvent faire économiser au transporteur, chaque année, quelque 500 euros supplémentaires. L’optimisation de l’environnement du moteur se traduit aussi par une facilitation de l’entretien courant, et les coûts de maintenance et réparation chutent de 6 %. Grâce à la nouvelle chaîne cinématique, la masse du véhicule diminue de 100 kg, ce qui a permis, dans la foulée, de rationaliser la répartition spatiale de cette masse au profit du comportement dynamique et de la tenue de route. Enfin, VDL offre trois ans et 300 000 km de garantie totale.

    Cette offre alléchante résulte directement, selon le constructeur, de sa décision de ne produire qu’en Europe : « Ce serait si facile d’aller voir ailleurs pour s’approvisionner, s’amuse Henk Coppens, sauf que la création d’emplois aux Pays-Bas et en Belgique reste, plus que jamais, notre priorité. »

    Des moteurs DAF qui permettent le « downspeeding »…

    En partie grâce à la compacité de la motorisation, l’utilisation de l’espace au-dessus
    du porte-à-faux arrière constitue un parfait exemple d’optimisation

    Sur le Futura de nouvelle génération, la boîte ZF (automatisée ou automatique) est couplée au moteur DAF MX-11, disponible lui-même en trois puissances : 270 kW, 300 kW et 330 kW. La version à étage (deux niveaux) reçoit le moteur MX-13 de 390 kW en équipement standard, le MX-11 pouvant néanmoins être monté en option. Avec sa gamme MX Euro VI, le constructeur DAF a réussi à développer un tout nouveau concept de moteur diesel qui, comme se plaît à le souligner VDL, « tire le maximum d’énergie de chaque goutte de carburant ».

    Bloc moteur, pistons, admission ou encore refroidissement ont été entièrement repensés. Un soin tout particulier a été apporté à la réduction des frottements entre les différentes pièces en mouvement, toujours générateurs de dissipation d’énergie par échauffement. Les auxiliaires, telles les pompes, sont désormais commandés pour ne fonctionner que lorsque leur action s’avère réellement nécessaire.

    Autre particularité des nouveaux moteurs MX, ils sont capables de développer leur puissance maximale dès qu’ils atteignent les 900 tours par minute. Selon les versions proposées, ces moteurs disposent également d’un couple supplémentaire qui varie de 50 à 300 Nm. Grâce à la combinaison des douze vitesses de la boîte automatisée

    La nouvelle famille des moteurs MX, développée
    par le constructeur DAF, a été conçue pour tirer
    le maximum d’énergie de chaque goutte de carburant.

    ZF Traxon et du rapport de réduction à 1/2,71 du nouvel essieu arrière, on obtient une diminution du régime moteur de 100 tours par minute à la vitesse de croisière de 100 km/h. Cette technique dite du « downspeeding » contribue, pour beaucoup, aux économies de carburant précitées.

    Livrable en option pour le véhicule à un seul niveau sur deux essieux, et en tant que monte standard sur son équivalent à trois essieux, le MX-11 de 300 kW est apte à développer son couple maximal de 2 100 Nm dans l’entièreté de la plage des 900 à 1 100 tours par minute. Cette aptitude remarquable confère au Futura une grande souplesse de conduite. Par ailleurs, sur l’autocar à deux niveaux, VDL a choisi de proposer, en option, le MX-11 de 330 kW couplé à la boîte automatique ZF Ecolife, afin d’en faire alors un véhicule capable d’être extrêmement à son aise sur les lignes régulières ainsi que sur les parcours urbains en circulation dense. Nul doute que l’essor actuel du trafic intercités par autocar, en Europe occidentale, aura joué son rôle dans ce choix stratégique pour le constructeur… S’il étonne par sa vélocité, avec des accélérations toutes en souplesse et sans jamais de « trou » au passage des vitesses, le Futura de nouvelle génération surprend aussi par ses capacités de freinage. A 100 km/h, la superposition des efforts de retenue du ralentisseur et du frein moteur suffit à provoquer une décélération supérieure à 1 m/s2 là où, sur les anciennes générations (avec le seul ralentisseur), on plafonnait à 0,8 m/s2. Plus spectaculaire encore, à 30 km/h on dépasse maintenant les 1,4 m/s2, contre seulement 0,8 m/s2 antérieurement. Il s’agit d’un frein moteur par compression, dénommé DEB (DAF engine brake), qui peut être mis en action par une commande à main droite sur la colonne de direction. La vitesse peut ainsi être significativement réduite sans recours au frein de service, ce qui entraîne, là encore, une contribution positive à la diminution des frais de maintenance. Le DEB a également un impact favorable sur le fonctionnement de la boîte de vitesse qui peut réagir plus rapidement grâce à l’accélération de la réduction du régime moteur qui s’ensuit.

    Les soutes à bagages, généreusement dimensionnées, présentent une très bonne accessibilité.

    Une réduction de la masse et un meilleur dynamisme

    La véritable « chasse aux kilos », à laquelle VDL s’est livré sur son Futura de nouvelle génération (100 kg gagnés sur la masse totale du véhicule), s’est accompagnée de la redistribution des équipements, qui a débouché in fine sur une considérable économie d’espace. Ainsi, le système de traitement des gaz d’échappement a perdu quelque 50 kg et, par la même occasion, pas moins de 40 % de son volume ! Voilà qui se révèle d’autant plus intéressant pour l’autocar à deux niveaux, où le dimensionnement des différents espaces reste toujours particulièrement contraint à cause du gabarit, puisqu’on a pu, dans ce cas précis, améliorer considérablement l’accessibilité des soutes à bagages. De même, la masse de la nouvelle boîte automatisée ZF Traxon, au carter en aluminium, est inférieure de 20 kg par rapport à celle de la génération précédente. Il convient de noter que la réduction de masse concerne, presque exclusivement, la région au-dessus du porte-à-faux arrière du véhicule. C’est pourquoi elle se révèle particulièrement vertueuse pour le

    Les aménagements intérieurs de la version
    à étage FDD2.

    comportement dynamique du véhicule. Le radiateur du système de refroidissement a été déplacé vers la gauche, et le nouvel agencement du compartiment moteur, réalisé à l’occasion, économise grandement l’espace tout en op

    timisant l’accessibilité aux différents organes mécaniques. Ce ne sont pas les techniciens de la maintenance qui s’en plaindront ! Enfin, les nouveaux moteurs DAF Euro VI peuvent également fonctionner en brûlant du carburant HVO (Hydrotreated vegetable oil, huile végétale hydrotraitée). Avec un tel carburant, le Futura de nouvelle génération rejettera 80 % de dioxyde de carbone (CO2) en moins, comparé au diesel traditionnel. De quoi patienter dans l’attentedes prochaines versions hybride et électrique sur lesquelles le constructeur doit présentement phosphorer…

     

    Philippe Hérissé

    Les places tout à l’avant profitent de la vue frontale dégagée.
  • Les Grands Prix de la Région Capitale 2018

    Les Grands Prix de la Région Capitale 2018

    C’est la sixième édition de nos Grands prix annuels de la région capitale. C’est vrai, la vie des transports, n’est pas toujours rose. Et, à lire la presse, généraliste ou professionnelle, on entend beaucoup plus parler de difficultés que de solutions. Ces solutions, elles existent et elles sont mises en œuvre. Et nous nous sommes efforcés de les repérer et de les récompenser.

     

    Décerner des Grands prix du transport dans la région capitale n’est pas simple. On ne va pas se le cacher : du point de vue des utilisateurs du transport public, en Ile-de-France, la période est rude. On s’y attendait. On l’avait dit. On y est. Les grands travaux de modernisation sont gênants, et la période récente a été marquée par des grandes pannes (dans le métro, ou à la gare Montparnasse), ou par l’annonce officielle de retards dans la réalisation des grands projets . Sans oublier le fiasco des nouveaux vélib’ dans Paris ou la liquidation d’Autolib’…

    Période rude. Et pourtant, nous mesurons les efforts quotidiens de l’autorité organisatrice, des collectivités territoriales, et des opérateurs de transport. Et nous apprécions aussi, les idées avancées et dont les résultats ne se feront parfois pleinement sentir qu’après des années.

    Car nous pouvons nous réjouir d’avoir vu d’excellentes idées mises en œuvre, de bonnes solutions se présenter. C’est l’arrivée du Regio 2N, train régional dont le déploiement, pour commencer sur la ligne R du Transilien, devrait apporter plus de confort et plus de régularité. C’est le service Flexigo dans les Yvelines qui revoit le transport à la demande, outil de plus en plus sollicité. Des passages piétons en trompe-l’œil qui, mine de rien, concourent à la sécurité des piétons. La refonte d’ateliers de bus à la RATP, conformément au programme annoncé de mixité urbaine. La mise en place d’une appli, d’abord à Rueil-Malmaison, permettant aux parents de mutualiser les trajets scolaires ou de loisirs des enfants. Le ripage des Ardoines, qui s’est déroulé sans encombre et a créé un couloir de correspondance entre le RER C et la future ligne 15 Sud du Grand Paris. La voie réservée aux bus sur l’A10, qui vient couronner des efforts entrepris de longue date par tous les acteurs pour créer un vrai système de transport public sur autoroute. L’Hôtel logistique Chapelle International, a ouvert des portes. Nous sommes heureux de le récompenser, même s’il ne fonctionne pas encore à plein régime. Avouons-le, les belles idées en logistique urbaine ne sont pas légion. Ou peut-être ne nous remontent-elles pas bien ? A nous de mieux y veiller, car il y a là un enjeu énorme, rarement mesuré.

    Toutes ces pistes, des plus modestes (une simple appli, un coup de peinture malin) au plus lourdes (des centaines de tonnes de béton qu’on fait riper, un nouveau train qui est livré) promettent un avenir peut-être pas radieux (on a appris à se méfier des trop belles perspectives), mais moins rugueux.

    Mettre les bonnes idées dans les bonnes rubriques c’est tout un art. Le jury s’y est efforcé. Au passage, il a observé, malgré toute sa bonne volonté, que des bonnes idées que nous avions repérées ne rentraient pas bien dans les cases proposées. Et qu’à notre système de rubrique manquaient deux entrées. Les enjeux en sont énormes : l’accessibilité concerne énormément de monde (et l’on a vu, justement, d’importantes réalisations sur la ligne 1 du métro pour tous les handicaps, nous avons aussi remarqué un programme pour les sourds et malentendants). Et manque singulier dans nos rubriques, la transition énergétique. Tout le programme de mesure de la pollution des bus en Ile-de-France aurait pu parfaitement l’illustrer. Des sujets qui mériteraient, l’an prochain, d’avoir chacun son prix.

  • Les Français en force sur le marché mondial du transport public

    Les Français en force sur le marché mondial du transport public

    Dans un contexte où la population urbaine mondiale devrait passer de 3,7 à 6,2 milliards d’ici 2050, le transport public s’impose comme une obligation pour de nombreuses villes. Et les Français, dont la réputation n’est plus à faire dans ce domaine, sont présents dans tous les domaines. Parfois alliés, parfois concurrents.

     

    Le constat est connu. Rappelons-le : on compte 53 % de citadins aujourd’hui sur sept milliards de terriens. On en attend 65 % en 2050 sur une population totale de 9,5 milliards. En un peu plus de 30 ans, la population urbaine devrait donc passer de 3,7 à 6,2 milliards. Environ 500 villes dépassent le million d’habitants. Le constat sur la croissance de l’urbanisation n’est pas d’hier mais, le phénomène s’étant emballé, il est de plus en plus scruté. Il y a vingt ans, tout le monde n’était pas aussi attentif au sujet que Jean-Paul Bailly, alors PDG de la RATP et président de l’UITP. On dénombrait alors une cinquantaine de villes chinoises millionnaires. Elles sont aujourd’hui 100.

    Le réchauffement climatique était alors moins ancré dans les esprits. Quelques benêts qui se croyaient malins se moquaient des « réchauffistes ». On les entend moins. Effet de serre, mais aussi congestion, pollution : pour ces raisons, dans les grandes villes, le transport public n’est pas une option, mais une obligation.

    Ce n’est pas la seule solution. Le vélo a enrayé sa chute et c’est tant mieux. Enfin, on peut nourrir des espoirs (mais aussi des craintes) sur les bouleversements qu’annonce le véhicule électrique et autonome ou le développement des technologies nouvelles. Prise entre le retour du deux-roues et un avenir sans volant, la voiture aurait-elle fait son temps ? Il n’est pas temps de chanter victoire. En 2007, le parc automobile mondial franchissait le cap du milliard. Un site en donne une estimation en temps réel. Le 13 août 2018 à 11h31 il atteignait 1 837 898 845 véhicules. En route vers le doublement.

    Rien n’est joué. Reste que le transport public est nécessaire, et que, pour les professionnels, l’activité est prometteuse. Or, dans ce domaine, les Français ne sont pas mauvais. On se risquera même à dire qu’ils sont bons. Cela commence par l’ingénierie. Dans les pages qui suivent, nous présentons quelques réalisations emblématiques des deux « grands », Egis et Systra. C’est indispensable mais partiel, car ces deux groupes ne doivent pas faire oublier les Setec, Artelia, Ingérop, Arcadis et autres qui concourent aussi à la force des ingénieurs français. Les trois majors du BTP sont bien présents sur ce marché et nous ne les oublions pas. Alstom, même seul (ce qui ne devrait plus durer) est un champion mondial. Dans le secteur ferroviaire, où parler de série est abusif, la vente de 2 500 Citadis à plus d’une cinquantaine de villes fait de ce tramway un best-seller.

    Une spécialité s’impose d’année en année : la signalisation ou le contrôle-commande dont les progrès (CBTC, ERTMS) permettent, à infrastructure constante, de faire passer un plus grand nombre de trains. Alstom y est présent mais est loin d’être le seul. On y trouve Thales bien sûr, et des spécialistes dont les capitaux ne sont pas français, mais dont le savoir-faire l’est en grande partie : Ansaldo STS ou la division Mobility de Siemens France. Ces entreprises sont aussi des champions mondiaux sur le marché en pleine expansion des métros automatiques.

    Ces métros, ces tramways, ces trains, il faut les faire circuler et, là encore, les trois grands champions nationaux sont fort bien placés. Transdev d’abord, Keolis pas loin derrière et le groupe RATP, plus modeste si l’on retranche de son chiffre les quatre cinquièmes qui viennent de son contrat avec Ile-de-France Mobilités. Un classement établi par SIA Partners en 2015 mettait les trois groupes français parmi les premiers opérateurs multimodaux mondiaux. Avec, à l’époque et dans l’ordre, sur sept grands opérateurs cumulant 30 milliards d’euros de CA : Transdev, Keolis, First Group, RATP, Arriva, MTR, Comfort Delgro.

    Enfin, que l’on se tourne vers les nouvelles technologies et l’on croise, sur un segment particulier il est vrai, deux entreprises championnes des navettes autonomes. Que l’on regarde l’interface entre la mobilité et la ville, et l’on rencontre, un peu partout dans le monde, JCDecaux.

    La chaîne compte-t-elle bien tous les maillons ? Pas tout à fait. Il faudrait faire un état de l’électromobilité, et particulièrement du bus électrique. Dernier sujet sur lequel nous ne faisons pas l’impasse : la lecture, chaque mois, de Ville Rail & Transports en témoigne. Mais le salon ferroviaire InnoTrans, qui nous donne l’occasion de présenter ce dossier, n’est pas le moment le plus propice pour zoomer sur les autobus. Et, puis, il n’est pas stupide d’attendre les résultats de l’appel d’offres lancé par Ile-de-France Mobilités et la RATP, l’un des plus importants au monde, pour voir comment, dans ce secteur neuf du bus électrique, la situation industrielle va se présenter. Même s’il est déjà avéré qu’avec Bolloré la France a un champion des batteries.

    Tout va-t-il pour le mieux ? Il y a quelques points sur lesquels le pays peut progresser. Le premier, c’est le déséquilibre dans le monde industriel ferroviaire entre, d’un côté, un très grand constructeur, de l’autre la presque absence des ITE, ou la faiblesse des PME qui ont du mal, malgré les efforts de la filière, à aller à l’international. Le second, rituellement évoqué dans les colloques, est la relative faiblesse de l’aide au financement. On a coutume de regretter que les Chinois ou les Japonais, se présentent sur les marchés avec des solutions de financement bien commodes pour vendre leurs solutions. Sur ce point, depuis le temps que le signal d’alarme est tiré, on observe des progrès.

    Assez souvent d’ailleurs, ce premier regret est accompagné d’un refrain lassant. Les Allemands ou les Japonais, « chasseraient en meute », alors que les Français avanceraient en ordre dispersé. Diego Diaz, directeur général de la direction Internationale Groupe et président de SNCF International, est plus positif.

    « On sait s’associer, remarque-t-il, comme Keolis et RATP Dev l’ont montré récemment au Qatar sur le métro de Doha. On sait aussi se faire la courte échelle, en partageant par exemple la connaissance d’un pays comme Thales l’a fait avec SNCF sur l’Arabie saoudite. Collaborer avec d’autres industriels et acteurs institutionnels français permet de gagner du temps et de construire des stratégies ensemble. Cela est facilité, entre autres, par les services de l’Etat en France et à l’étranger, le Medef International, Business France, le réseau très efficace des conseillers du Commerce extérieur. »

    Et puis, la force d’un industriel est de savoir s’allier à d’autres que des nationaux. Parfois par nécessité. Pour une ingénierie spécialiste des études techniques, passer en maîtrise d’œuvre d’un très grand projet suppose une grande assise financière, ce qui a conduit à des alliances avec les géants anglo-saxons. « La stratégie d’alliance et les consortiums qui se mettent finalement en place doivent être guidés par la compréhension du besoin du client et du contexte local. » Comme le fait remarquer Diego Diaz, « les solutions figées à l’avance ne fonctionnent que rarement ; tout le monde ne veut pas entrée, plat, fromage et dessert ».

    Doté d’un système de contrôle automatique fourni par Thales, le métro d’Hyderabad, en Inde, a commencé à circuler fin novembre 2017, exploité par Keolis.

    Surtout, la montée en puissance énorme, au cours des vingt dernières années, de la Chine, à laquelle l’Inde emboîte aujourd’hui le pas impose de la finesse, des alliances, des transferts de technologie et une réelle implantation sur des marchés qui depuis longtemps ne se réduisent pas à l’exportation. La formule « make in India » est devenue célèbre en peu d’années. Même si, pour l’instant du moins, le Moyen-Orient fait exception, le verbe se conjugue avec de nombreux compléments de lieux.

    De ce fait, les groupes hexagonaux sont vraiment globalisés. Vingt trains de présérie, produits par Alstom au Brésil, ont rejoint l’Afrique du Sud où le gros du contrat (580 trains sur une commande de 600) sera fabriqué. En ingénierie, un Systra fait faire toute une partie de ses études pour le marché mondial par ses bureaux en Inde. Et, en exploitation, comme le dit Bernard Tabary, CEO International de Keolis, « l’international nourrit l’international. Nous avons eu Doha [avec RATP Dev, NDLR] parce qu’à Doha, on savait que nous avions pu ouvrir le métro d’Hyderabad. Nous avons eu le tramway d’Aarhus, au Danemark, parce que nous opérons celui de Bergen en Norvège ». Il n’empêche, poursuit-il, que le marché français reste très important. Et particulièrement celui du Grand Paris.

    Sur ce marché, Alstom, avec ses dernières commandes franciliennes (nouveau RER, en consortium avec Bombardier, et métro du Grand Paris Express), comme avec celle du TGV du futur, s’en sort bien. Ce n’est jamais assez pour ses douze sites mais la taille du marché français fait qu’il est difficile d’espérer mieux. Après avoir eu des inquiétudes, les grandes ingénieries sont toutes présentes sur le projet de Grand Paris Express. Sur le même projet, les opérateurs français comptent bien que la RATP, exploitant historique et gestionnaire d’infrastructure, n’en sera pas le seul bénéficiaire. Tout le monde veut être dans la vitrine et y être bien placé. Car c’est une vitrine mondiale.

    Une forte présence internationale, une formidable vitrine française. Cette industrie n’a à rougir ni de son organisation ni de ses réalisations. Les ombres au tableau viennent d’ailleurs. L’une menace le modèle économique, et pas seulement dans l’Hexagone. Les opérateurs font tout pour être les assembleurs de la mobilité et pour rester au plus haut niveau de la chaîne de valeur, face à une menace identifiée : celle des Gafa ou Gafam, comme on voudra. De grandes batailles s’annoncent.

    Il est un autre sujet de doute, encore plus général. Mieux vaut, bien sûr que Doha roule en métro plutôt qu’en auto. Mais on n’oubliera pas que le désormais fameux jour du dépassement (1er août cette année selon le calcul de Global Footprint Network) pour la planète, interviendrait le 9 février si tout le monde vivait comme au Qatar. Le 100 % écologique dont se targue parfois le transport public mérite d’être tempéré.

    Mais il est des pays où l’on n’a guère le choix. La croissance des grandes villes d’Afrique subsaharienne s’annonce phénoménale. Et c’est là où le transport public est le moins présent. La SNCF compte bien accompagner l’énorme développement des villes. A Dakar, SNCF et Keolis vont exploiter le Train express régional. A Abidjan, Keolis exploitera un projet de train urbain, le métro d’Abidjan Ligne 1. Ce n’est qu’une partie de la solution à un problème énorme. La part des citadins dans la population africaine est passée de 14 % en 1950 à 40 % actuellement. Deux fois plus vite que ne l’a fait l’Europe. Les services publics n’ont pas du tout suivi. Selon les démographes, la croissance ne fait que commencer.

    F. D.

  • La SNCF conjugue le TGV au futur

    La SNCF conjugue le TGV au futur

    En commandant 100 rames du TGV du futur à Alstom, la SNCF assure à la grande vitesse un avenir. SNCF Mobilités a attendu pour passer commande que le gouvernement, dans la foulée de la réforme ferroviaire, stabilise les péages de la grande vitesse. Les premières rames du nouveau train devraient circuler en 2023. Un TGV emportant 10 % de passagers en plus et que la SNCF compte exploiter et maintenir à coûts réduits.

     

    Cette fois, c’est la bonne. Le conseil d’administration de SNCF Mobilités a passé commande à Alstom le 26 juillet de 100 rames de TGV dit du futur, appelé par Alstom Avelia Horizon. Commande ferme, sans tranches optionnelles. Rappelons les grands chiffres. 25 millions la rame au lieu de 30 ou 31. C’est conforme à ce qu’avait fixé Barbara Dalibard, alors à la tête de Voyages SNCF : plus question d’acheter des rames à 30 millions pièce pour 500 voyageurs. Soit une commande revenant à trois milliards d’euros pour la SNCF, sur fonds propre, les 500 millions d’écart s’expliquant des coûts d’homologation et, selon le communiqué d’Alstom, par des « options et services » pour 190 millions d’euros. Ces 100 rames, plus capacitaires, mieux exploitées, en remplaceront 150.

    Moins cher, plus capacitaire : cela a l’air de s’imposer, et pourtant, cela a mis le temps. On se souvient d’une réunion du Comité stratégique de filière ferroviaire, à Valenciennes, au cours de laquelle le ministre de l’Industrie d’alors, Arnaud Montebourg, avait fixé comme objectif 2017 pour la première rame… Ce train ne venant toujours pas a ensuite porté le nom de code de TGV 2020 qui, prononcé vingt-vingt, fixait en mémoire certains objectifs de réduction de coûts (20 % de moins à l’acquisition, 20 % de moins en possession, 20 % d’énergie consommée en moins), tout en donnant comme horizon 2020 aux premières circulations.

    Elles sont désormais attendues pour 2023. On sait ce qui a bloqué : la mise à mal du modèle TGV par l’augmentation continue des péages. Le problème a été largement soulevé par le débat autour de la réforme ferroviaire. Jean-Cyril Spinetta, dans son rapport a considéré que le TGV, pour continuer à assurer l’ensemble de ses missions, devait bénéficier d’une baisse des péages ou, plus précisément, se voir exonéré des hausses envisagées. Le gouvernement a donc décidé une stabilisation des péages pendant dix ans et la SNCF considère qu’elle doit une fière chandelle à Elisabeth Borne, qui connaît par cœur le sujet et a su en montrer l’importance. Donc, l’obstacle majeur est levé. Comme, de plus, la SNCF, depuis des années, a retravaillé l’exploitation des rames à grande vitesse, notamment à l’occasion de son offre low cost Ouigo, elle a aussi largement progressé sur les aspects industriels du modèle économique. Décision de l’Etat sur les péages, effort continu de la SNCF : la commande tant attendue devenait possible. Illustration du changement de donne, selon la SNCF : les études faites il y a encore un an faisaient apparaître un taux de rentabilité de 3 % pour l’exploitation des trains à grande vitesse. Compte tenu de la décision gouvernementale, il bondit à 8 %. Dans le premier cas, dit Guillaume Pepy, « la commande était impossible ». Elle devient « possible » au contraire dans la nouvelle situation.

    Mieux vaut qu’elle soit possible… car elle est indispensable si on veut assurer un avenir à la grande vitesse. Certaines rames orange circulent encore, certes revisitées, mais qui sont tout de même des trains de la première génération, celle qui remonte à 1981…

    Beaucoup d’options restent ouvertes pour le train tant attendu. Si l’on demande par exemple au directeur de programme, Pascal Desaunay, dans quel matériau il sera construit, il répond que la décision n’est pas définitivement prise. C’est loin d’être le seul cas. La seule décision serait-elle la commande ? Pas tout à fait. Des options fortes donnent une direction d’ensemble. Le train, d’abord, comportera dans sa composition la plus fréquente neuf voitures encadrées par deux motrices, et sera apte à 320 km/h en service commercial. Et la rame sera articulée. En deux mots, le TGV du futur… est un TGV. L’option de la motorisation répartie, tentée par Alstom avec un AGV resté sans lendemain, a été remisée au placard.

    Cela dit, ce TGV est modifié dans certains de ces éléments. Si la longueur du train est inchangée, à 200 mètres, les progrès dans la motorisation permettent, pour la première fois, des motrices plus courtes. On gagne environ cinq mètres sur chacune des deux motrices. Des motrices déjà bien étudiées et en cours de fabrication, puisque ce sont celles de l’Avelia Liberty, le train à grande vitesse commandé aux Etats-Unis par Amtrak à Alstom. Autant d’espace que récupèrent les voitures, mais celles-ci, étant au nombre de neuf au lieu de huit, sont légèrement plus courtes aussi. Au total, le train peut emporter nettement plus de voyageurs. D’autant que certains espaces techniques placés sous la voiture bar du Duplex ont été déplacés vers les motrices. Selon les comptes de la SNCF, là où on a 556 places dans le dernier né de la gamme, L’Océane, on en compte 600 dans le TGV du futur. Avec le même confort pour le voyageur. Et 740 places dans la version Ouigo, dont la voiture bar va totalement disparaître, du fait du déplacement des espaces techniques.

    Autre option, qu’on a déjà remarquée à propos du futur RER d’Ile-de-France : la fluidité devient un impératif. Une architecture boa assure, à l’étage, une véritable intercirculation d’un bout à l’autre de la rame. Comme dans le nouveau RER, construit lui aussi par Alstom (avec Bombardier). C’est donc la fin des espaces réservés à l’intercirculation et de leurs portes délimitant les salles voyageurs. Et c’est grâce à cette fluidité qu’on espère « en même temps » respecter la bulle de chacun et permettre la circulation, la rencontre, le papotage ou le coworking. Il va revenir à l’équipe constituée par Arep (filiale de la SNCF) et par le designer japonais Nendo, qui a remporté l’appel d’offres pour les aménagements intérieurs lancé par SNCF Mobilités, de concevoir cette alliance de l’ouverture aux autres et du quant-à-soi. Il paraît qu’Oki Sato, patron-fondateur de Nendo, promet « des petits moments waouh dans la vie de tous les jours ». A suivre.

    Fluidité au sein de la rame, et relation plus douce entre le dedans et le dehors, c’est ce que symbolisent les baies vitrées plus grandes, de 10 %, et donc des trumeaux plus étroits. Là encore, on retrouve une tendance forte, déjà présente dans les trains avec le Francilien de Bombardier, réaffirmée par le dernier RER NG. Le train entre dans la ville et la ville entre dans le train. Il en ira de même entre le TGV et les territoires. Longtemps obnubilé par sa rivalité mimétique avec l’avion, le TGV a d’abord vécu sa fenêtre comme un hublot. La voici devenue baie. Florence Rousseau, responsable du développement du matériel TGV à la SNCF et porte-parole des clients au sein de l’équipe projet, y a particulièrement veillé. L’option semble aller aujourd’hui de soi, mais les contraintes s’exerçant sur un train roulant à 320 km/h rendent l’affaire plus complexe que pour un RER…

    Autre grande option, la modularité. Selon les besoins, en atelier de maintenance, les voitures de seconde pourront devenir voitures de première. Et cela, assure Rachel Picard, directrice générale de Voyages SNCF en une demi-journée seulement. On pourra aussi se passer de la voiture bar. Cette adaptabilité n’était jusqu’à présent pas possible.

    On ne peut tout dire du futur matériel. Mentionnons un soin particulier porté à l’isolement sonore. La fin de la climatisation sous les vitres. Le train évidemment Wi-Fi, forcément connecté et prêt pour la maintenance prédictive. L’annonce d’un train recyclable à 97 %. Attendons maintenant de voir comment les grandes options vont se concrétiser. On entre dans une année de conception entre les sites de Belfort (motrices), ou La Rochelle (voitures). Le partenariat pour l’innovation qui a présidé à ce nouveau TGV ne s’arrête pas avec la commande. Reste des choix à confirmer, entre Alstom et SNCF Mobilités. Et, pour la SNCF, à revoir sa maintenance pour accueillir le nouveau train. Sauf sur la façade Atlantique, où la commande des rames L’Océane est toute fraîche, le TGV du futur est appelé à circuler sur tout le réseau à grande vitesse français, voire celui des pays voisins.

    F. D. et P. L.

  • Daimler dévoile son premier bus électrique

    Daimler dévoile son premier bus électrique

    Le 10 juillet à Mayence (Allemagne), Daimler dévoilait son premier autobus 100 % électrique. Le même jour, on apprenait que le groupe allemand venait de conclure un accord avec l’industriel français Bolloré pour la fourniture de batteries de nouvelle génération qui devraient ultérieurement équiper le nouvel autobus.

     

    Enfin le voici ! Impatiemment attendu depuis plusieurs années, le premier autobus 100 % électrique de la marque Mercedes arrive sur le marché. Il s’appelle « eCitaro », et il a été dévoilé par Daimler, en première mondiale, le 10 juillet dernier, dans une zone industrielle de Mayence (Allemagne), en même temps que le Sprinter City 75, fer de lance d’une nouvelle génération de minibus. Pourtant, ce n’est pas d’aujourd’hui que le groupe allemand s’intéresse à ce mode de propulsion. En ouverture de la manifestation, Martin Daum, membre du conseil d’administration de Daimler et responsable des divisions Camions et Bus, tenait à rappeler que, dès 2010, le constructeur de camions et autobus japonais Fuso, qui fait partie intégrante du groupe, avait déjà présenté un premier prototype électrique, à une époque où personne ne croyait alors un seul instant à l’essor possible de l’électromobilité.

    Alors pourquoi tant de temps s’est-il écoulé avant que Mercedes ne se lance finalement à la conquête de ce nouveau marché ? « Notre stratégie a toujours été très claire, réaffirme aujourd’hui Martin Daum. Nous ne proposons que des produits de haute fiabilité, ce qui suppose du temps pour pouvoir les développer et les tester. Il ne s’agissait pas d’être le plus rapide, mais il s’agissait bien d’être le meilleur, afin de devenir, demain, leader mondial de l’électromobilité. »

    Lors de la présentation du eCitaro, le nouveau patron de la division Bus, Till Oberwörder, réaffirmait à son tour qu’il n’aurait pas été envisageable, pour Mercedes, de

    Nouveau plafond, décloisonnement des espaces, boutons bleus « arrêt demandé », créent l’ambiance particulière émanant des aménagements intérieurs.

    commercialiser un véhicule 100 % électrique tant que ses qualités et sa fiabilité n’étaient pas jugées optimales. « Les opérateurs se posent quantité de questions sur la manière dont les bus électriques pourraient assurer les services couverts jusqu’ici en diesel, ou sur les meilleurs protocoles de recharge des batteries, poursuit Till Oberwörder. Il faut qu’ils sachent qu’en choisissant l’eCitaro, ils investissent sur le long terme. On ne les laissera pas seuls mais, tout au contraire, notre équipe “eMobility Consulting“ va les accompagner, pas à pas, dans la durée, pour faciliter au maximum la transition vers l’électromobilité. » Avant même que l’opérateur n’achète un seul véhicule, des experts de l’équipe eMobility Consulting vont analyser avec lui chacune des lignes qu’il exploite. Utilisant des programmes de simulation à base de modèles mathématiques, ils vont pouvoir déterminer très précisément les besoins en énergie pour un passage à l’électromobilité. Les programmes informatiques spécialement mis au point aideront, en particulier, au calcul des futures énergies consommées, au dimensionnement des installations de rechargement, à l’évaluation des puissances d’alimentation requises pour les dépôts, ainsi qu’à l’élaboration de recommandations en vue d’optimiser les stratégies de charge des véhicules. Daimler proposera aussi un « eMobility service » pour la formation des agents de l’opérateur et la maintenance de ses véhicules.

    Un design prévu pour durer

    En découvrant maintenant l’eCitaro, on reconnaît d’emblée son appartenance stylistique à la grande famille des Citaro lancée au congrès UITP (Union internationale des transports publics) de Stuttgart en 1997, il y a vingt ans déjà ! Bien sûr, le Citaro a connu, depuis cette date, plusieurs évolutions d’ordre esthétique. Toutefois, pour l’eCitaro, il convenait d’aller plus loin, car la présence d’équipements en toiture allait requérir la mise en œuvre de carénages pour les dissimuler, qui risquaient fort de ruiner l’équilibre général du design originel. « En réalité, les choses ne devraient pas être esthétisées, il suffit de les laisser parler », entend ici démontrer Stefan Handt, chef-designer chez Daimler Buses, qui a présidé à la définition des lignes de l’eCitaro. Selon lui, un autobus doit avoir un design apte à survivre vingt ans sans vieillir. Pour dessiner le nouveau véhicule, il a emprunté certains éléments au Future Bus, ce « concept-bus » dont un prototype en version diesel de 12 m a été réalisé par le constructeur, utilisé pour les premiers essais de conduite autonome dans la région d’Amsterdam (Pays-Bas), puis présenté lors de l’exposition IAA de Hanovre (Allemagne), il y a deux ans. La face avant de l’eCitaro, en particulier, s’inspire étroitement de celle du Future Bus. On retrouve ainsi la calandre entièrement noire, qui vient « tirer » le pare-brise très bas vers le sol, donnant l’illusion d’une seule et même surface vitrée, surlignée par deux bandes chromées, de part et d’autre de l’étoile. C’est la promesse, pour le voyageur qui attend son bus, d’une montée dans une nouvelle technologie. L’essentiel du travail de design a toutefois consisté à retrouver des proportions propres à éviter l’écueil d’un pavillon facilement enclin à apparaître lourd et massif, à cause des équipements qu’il renferme. La nouvelle forme de la casquette de pavillon, qui plonge maintenant vers la girouette avant, l’arrondi des acrotères latéraux, et le nouveau dessin des surfaces noires englobant les vitrages latéraux « font le job », sans pour autant compromettre la reprise de l’allure de ceinture de caisse, très caractéristique, qui est la signature de l’actuelle génération des Citaro.

    A l’intérieur de l’eCitaro, on remarque d’emblée le tout nouveau plafond, un certain décloisonnement des espaces voyageurs, et ces curieux boutons bleus pour l’« arrêt demandé ». Quant au poste de conduite, il a d’abord été pensé « pour que les conducteurs habitués aux véhicules diesel puissent se sentir tout de suite à la maison ». Le tableau de bord cultive au maximum l’analogie avec celui d’un Citaro à moteur thermique, tout en incluant toutes les informations nécessaires au contrôle du fonctionnement d’un véhicule électrique.

    Un stockage d’énergie  modulable

    Dans sa partie mécanique, l’eCitaro s’apparente, bien entendu, à la grande famille des Citaro dont cinquante mille unités ont, à ce jour, déjà été fabriquées. Sa chaîne de traction fait appel au pont arrière AVE 130, qui inclue deux petits moteurs électriques de 125 kW en puissance de crête, logés à proximité immédiate et dans l’axe, chacun, de l’une des roues. Le pont, de type « portique », a été développé par l’équipementier ZF. Les deux moteurs sont capables de développer, au total, un couple égal à 2 x 485 Nm disponible dès le démarrage. Cette solution technologique a toujours eu les faveurs de Mercedes pour ses réalisations antérieures, notamment en matière d’autobus à transmission hybride-série. Elle présente l’avantage de dégager l’espace entre les roues pour permettre la continuité d’un plancher surbaissé et plat jusqu’à l’arrière du véhicule. L’autre solution, dite central drive, aurait consisté à mettre en œuvre une motorisation centrale ou unilatérale, avec un unique gros moteur et une transmission vers un pont classique. Cette dernière solution, peut-être moins sophistiquée, est souvent choisie par les constructeurs qui veulent pouvoir directement dériver leurs autobus 100 % électriques des versions diesel ou gaz, sans avoir à modifier la partie basse de la structure arrière. On lui voit aussi parfois un avantage en termes de coût de possession, puisque le moteur unique pourra aussi être celui des camions que produisent les mêmes constructeurs, autorisant davantage de standardisation. L’inverse, autrement dit l’usage universel du pont-portique, n’a évidemment pas de sens pour le camion. En revanche, sur le plan de la robustesse, il ne semble pas, contrairement à ce que l’on pourrait intuitivement supposer, qu’il n’y ait de différence significative.

    Cette vue de trois-quart arrière de l’eCitaro démontre puissamment l’efficacité du seul
    design à « gommer » l’importante surélévation du pavillon due à la présence des équipements techniques en toiture.

    Pour l’alimentation de sa chaîne de traction, l’eCitaro recourt actuellement à des batteries lithium-ion. Elles se distribuent de façon modulaire, en priorité à l’arrière, puis sur la partie médiane de la toiture. A l’arrière, elles viennent en lieu et place du moteur thermique et de la boîte de vitesses des autobus diesel, à gauche dans le sens de marche. Le nombre maximum des modules de batteries, d’une capacité unitaire de 25 kWh, est fixé à dix. De série, le véhicule est équipé de deux modules sur le toit et quatre à l’arrière, tous refroidis par liquide. En option, deux ou quatre modules supplémentaires peuvent être montés sur la toiture qui est capable, au maximum, d’en accueillir six. Chacun de ces modules se compose de quinze sous-modules et d’une électronique de commande chargée de piloter et d’équilibrer leur recharge. Chaque sous-module est lui-même constitué de douze cellules élémentaires, de forme prismatique, bien protégées dans leur boîtier.

    L’opérateur peut donc choisir, à la carte, le nombre de modules qui correspond le mieux à ses attentes. Avec seulement six modules, il économise sur le prix d’achat du véhicule qui, de surcroît, se retrouvera plus capacitif en voyageurs, puisque moins lourd à vide. En revanche, il lui faudra alors probablement opter pour l’opportunity charging, faute de pouvoir disposer d’une autonomie suffisante pour envisager une exploitation avec la seule recharge de nuit au dépôt. En embarquant dix modules, soit le volume maximum de batteries envisageable, la masse à vide de l’eCitaro n’excède pas les 13,44 t. Avec un poids total autorisé en charge de 19,5 t, le véhicule de 12 m peut ainsi transporter une charge utile dépassant les six tonnes, qui correspond, sans difficulté, à l’emport de 88 voyageurs. Au tout début, seule la recharge par prise au standard Combo 2 reste prévue. Sur le véhicule, cette prise est montée au-dessus du passage de roue avant droit, là où se situe la tubulure de remplissage en gazole du Citaro diesel. L’opération peut s’effectuer à partir d’un chargeur mobile de 80 kW, ou de chargeurs statiques jusqu’à 150 kW.

    En option (et même s’il n’y voit qu’une solution de transition dans l’attente de batteries plus performantes), le constructeur prévoit néanmoins de proposer, un peu plus tard, l’opportunity charging : d’abord par pantographe ascendant, monté en toiture, puis par pantographe descendant, solidaire de l’installation de recharge. Sur le véhicule, qu’il s’agisse du pantographe ascendant ou bien des rails de contact, les équipements nécessaires à l’opportunity charging éliront domicile au-dessus de l’essieu avant. Outre l’adaptation aux besoins de l’opérateur, cette modularité totale voulue dans la conception du stockage d’énergie a également pour avantage de préserver l’avenir, puisqu’il sera alors beaucoup plus facile d’intégrer les futures évolutions prévisibles en matière de technologie des batteries, qui doivent surtout permettre, graduellement, d’augmenter l’autonomie.

    Une pompe à chaleur pour le confort climatique

    Le rayon d’action d’un autobus 100 % électrique se trouve considérablement impacté par les conditions climatiques qu’il va rencontrer. Le chauffage sous une température extérieure de -10 °C multiplie facilement la consommation d’énergie par deux, autrement dit réduit l’autonomie de moitié ! C’est l’énergie globale consommée qui, dans la pratique, va donc dimensionner le rayon d’action. Or le rendement d’un moteur électrique avoisine les 80 %, tandis que celui d’un moteur diesel ne dépasse pas les 30 %. C’est un avantage considérable de la traction électrique, mais qui se retourne contre elle dès qu’on aborde la problématique du confort climatique. En effet, un moteur électrique, du fait de son rendement élevé, fonctionne sans dégager une quantité de chaleur suffisante, à elle seule, pour chauffer le véhicule, à la différence du moteur diesel, dont le rendement, plutôt médiocre, se traduit par une importante dissipation calorifique.

    Du coup, dès qu’il s’agit de chauffer un autobus électrique, il faut aller puiser l’énergie nécessaire dans ses batteries, ou prévoir un système auxiliaire brûlant du fuel, ce qui ne saurait évidemment constituer la meilleure solution si l’on vise le « zéro émission » ! Daimler Buses l’a bien compris, qui a focalisé quantité d’efforts sur la « thermogestion », autrement dit la gestion thermique de son eCitaro. Le résultat est spectaculaire. Par rapport au Citaro diesel, la quantité d’énergie nécessaire au chauffage, à la ventilation et à la climatisation a pu être réduite de 40 % ! L’une des clés de ce résultat est le recours à une pompe à chaleur pour climatiser l’habitacle. Afin d’éviter l’apparition de gradients thermiques à l’intérieur du véhicule, l’eCitaro est équipé de radiateurs latéraux classiques avec soufflante. Aussi n’y a-t-il plus vraiment que dans le cas d’une exploitation sous des conditions climatiques extrêmes, ou bien dans celui où l’opérateur prioriserait la recherche de l’autonomie maximale imaginable, qu’un chauffage additionnel, utilisant un carburant fossile (prévu en option) pourrait réellement s’avérer nécessaire.

    Pour le fonctionnement de sa pompe à chaleur, Daimler Buses a fait le choix, plutôt inédit dans le domaine des autobus et autocars, du dioxyde de carbone comme fluide caloporteur. Ce fluide présente l’avantage de préserver l’efficacité du fonctionnement de la pompe, y compris pour des températures extérieures s’abaissant à -10 °C. De plus, en cas de fuite accidentelle sur le circuit, l’éventuel rejet de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne présente pas de risque, puisque ce gaz est ininflammable et non-toxique.

    Dans le cadre de la thermogestion, la puissance du chauffage ou de la climatisation est modulée, à chaque instant, selon le nombre de voyageurs effectivement présents à bord. Des capteurs de charge à l’essieu facilitent l’acquisition, en temps réel, de cette information. Bien sûr, la climatisation du poste de conduite est régulée de manière indépendante, afin de pouvoir y maintenir une température de 24 °C sous les conditions extérieures les plus extrêmes.

    La thermogestion est également mise en œuvre dans le refroidissement des batteries, dont les cycles de charge et décharge provoquent inévitablement la dissipation de calories. Grâce à un système dédié, également logé en toiture, les batteries sont maintenues à une température idéale d’environ 25 °C, afin d’optimiser leurs performances et, surtout, d’accroître leur longévité. Dans l’hypothèse de conditions « tropicales », il est même prévu que la climatisation de l’habitacle vienne en renfort pour refroidir ces batteries.

    La pompe à chaleur et ses équipements annexes sont montés en toiture, à l’arrière des modules de stockage d’énergie. Dans la thermogestion, une flexibilité supplémentaire peut même être introduite en jouant sur la profondeur de décharge des batteries, bien que ce soit alors au détriment de l’autonomie et de la longévité desdites batteries.

    Une autonomie vouée à évoluer

    Pour calculer le rayon d’action de son eCitaro dans les conditions climatiques estivales les plus défavorables, Mercedes est parti, de surcroît, d’un scénario d’exploitation basé sur le cycle urbain normalisé dit « SORT 2 », qui est, en lui-même, extrêmement contraignant. En cumulant ces deux facteurs très pénalisants, le véhicule, pour autant qu’il soit équipé du nombre maximal de modules, s’en sort encore avec une autonomie de 150 km. Dans des conditions idéales, cette autonomie monte à 250 km. Sans opportunity charging, l’eCitaro de 2018 avec ses dix modules de batteries, qui correspondent à une capacité maximale de 243 kWh, couvre déjà plus de 30 % de tous les besoins actuels des opérateurs. Pour Gustav Tuschen, directeur Recherche et Développement chez Daimler Buses, l’amélioration des performances va désormais s’accélérer.

    Dès 2020, on atteindra les 50 % avec la nouvelle génération NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt), garantissant une autonomie au moins égale à 200 km, toujours sans aucun recours à l’opportunity charging. La version articulée en 18 m de l’eCitaro pourrait alors apparaître, à ce stade, comme pertinente. L’étape suivante verra la mise en œuvre de la génération des batteries LMP (Lithium-Metal-Polymère), avec une capacité de 400 kWh pour le standard de 12 m, plus encore pour l’articulé, couvrant alors 70 % de tous les besoins des opérateurs avec la seule charge lente, de nuit, au dépôt ! Signe des temps, le groupe Daimler vient d’ailleurs de conclure un accord avec le Français Bolloré pour équiper, dans un futur proche, ses eCitaro avec cette nouvelle technologie de batteries produites par sa filiale Blue Solutions.

    En attendant, les premiers eCitaro de série seront livrés dès la fin de l’année à l’opérateur allemand RNV (Rhein-Neckar-Verkehr), qui exploite les transports urbains de la conurbation Ludwigshafen-Mannheim-Heidelberg. Les opérateurs de Hambourg (HHA, Hamburger Hochbahn AG) et de Berlin (BVG, Berliner Vekehrsbetriebe) ont d’ores et déjà passé commande pour un total de 35 véhicules. Dans un avenir un peu plus lointain, Daimler compte, plus que jamais, utiliser la pile à combustible dont il s’est fait, depuis de longues années, une spécialité, afin d’accroître encore l’autonomie de l’eCitaro qui, en termes d’utilisation, sera alors virtuellement identique à n’importe quel autobus actuel à moteur thermique.

    Philippe Hérissé