Archives : Dossiers

  • Volvo révolutionne  les cars Macron

    Volvo révolutionne les cars Macron

    Voulue par l’Europe, la libéralisation des marchés intérieurs du transport de voyageurs provoque un engouement sans précédent en faveur de l’autocar. Le constructeur Volvo l’a bien compris, qui dévoile aujourd’hui six véhicules susceptibles de révolutionner confort et sécurité.

    Sur les longues et moyennes distances, l’autocar est en passe de devenir terriblement tendance. Profitant de la politique de déréglementation des transports de voyageurs récemment instaurée dans l’Union européenne, il chasse clairement, désormais, sur des terres autrefois réservées au chemin de fer. Le constructeur suédois Volvo ne s’y est pas trompé, lui qui, aujourd’hui, dévoile une toute nouvelle famille d’autocars assez révolutionnaires, alors que certains de ses concurrents auraient plutôt, jusqu’ici, privilégié une stratégie d’amélioration continuelle de leurs produits.

    Une enquête auprès des voyageurs et des conducteurs

    Jusqu’à 61 passagers peuvent prendre place à bord du Volvo 9700 de 13,9 m, le plus capacitif de la gamme !
    Le FIP (Front impact protection) absorbe 50 % d’énergie supplémentaire en cas de choc.

    A n’en pas douter, Volvo a déjà dû être conforté dans sa démarche novatrice par la constatation que, dans son propre pays, les passagers se déclarent désormais plus satisfaits quand ils voyagent en car que quand ils voyagent en train. Au cours de l’hiver dernier, le constructeur a fait réaliser par un institut de sondage une enquête menée dans les six pays les plus représentatifs de l’Union européenne (Allemagne, Italie, Espagne, France, Suède et Royaume-Uni) auprès de 6 000 passagers et d’un millier de conducteurs d’autocars. Les conducteurs français se sont d’ailleurs montrés parmi les plus intéressés à apporter leur contribution.
    Il ressort de cette enquête que, dans un trajet en autocar, les trois facteurs déterminants pour le voyageur, par ordre décroissant d’importance, sont le pas entre sièges et leur confort, le professionnalisme du conducteur, et l’efficacité de la climatisation. Si l’on interroge maintenant les conducteurs pour savoir quelle est, selon eux, la partie la plus noble de leur travail, la réponse qui sort en premier est « rendre les voyageurs heureux ». Plus intéressant encore, ils déclarent à 58 % que leur vrai critère pour choisir un employeur est le véhicule qui va leur être confié.
    Dans le contexte actuel de sévère pénurie en personnel de conduite affectant toute l’Europe occidentale, ces résultats n’ont pas échappé à Volvo, qui en a aisément déduit qu’en soignant à l’extrême confort et ergonomie, on ferait des conducteurs heureux qui, par voie de conséquence, rendraient les voyageurs heureux. L’enquête révèle aussi que le plus important, pour un conducteur, est d’abord la sécurité du véhicule, puis sa manœuvrabilité, et enfin la visibilité dont il dispose depuis le poste de conduite. Lorsque les derniers résultats de cette enquête inédite ont finalement été communiqués, les travaux de développement de la toute nouvelle gamme d’autocars 9000 étaient, bien sûr, quasi achevés.

    Des véhicules plus imposants

    Version « Grand tourisme » de la nouvelle famille d’autocars Volvo, le 9900 se reconnaît immédiatementà sa découpe latérale en forme de « Z » aux longues branches contrastantes, qui surligne le plancher « cinéma ».

    Pour autant, Volvo a fait mouche en concevant cette offre qui n’a rien d’un « face-lift » à partir d’une plateforme préexistante. Déjà, la nouvelle génération se distingue de la précédente par l’allure imposante des véhicules, conséquence d’une hauteur totale de 3,65 m sur le 9700 et 3,85 m sur le 9900, soit une majoration de 12 cm. C’est la garantie de davantage d’espace, en particulier pour les bagages. Le 9900, plutôt dédié au grand tourisme, dispose d’un plancher « cinéma », en plan incliné, dont Volvo s’est fait une spécialité. Cette technique permet d’offrir à tous les passagers une parfaite visibilité. On peut ainsi faire profiter un maximum d’entre eux d’une vue vers l’avant suffisamment dégagée. A la base des vitrages de faces latérales, une découpe en forme de « Z » aux branches déployées souligne cette inclinaison du plancher, et fait office, pour le véhicule, de signature immédiatement reconnaissable.
    La nouvelle gamme 9000 se distingue aussi par son exceptionnelle versatilité. Le luxueux 9900 est proposé en trois longueurs : 12,4 m sur deux essieux, ainsi que 13,1 m et 13,9 m sur trois essieux. Il en va de même pour le polyvalent 9700 mais, cette fois, selon les architectures suivantes : 12,4 m et 13,1 m sur deux essieux, et 13,9 m sur trois essieux. Deux niveaux différents d’équipements figurent au catalogue : « Select », plutôt conçu pour une utilisation en car de ligne sur moyennes et longues distances, et « Superior », visant le haut de gamme en grand tourisme et les voyages charter.
    L’un des atouts majeurs de la famille 9000 est, à l’évidence, sa toute nouvelle structure intégrale. Cette structure a déjà le mérite d’absorber extrêmement efficacement toutes les vibrations, qu’elles trouvent leur origine dans l’interaction entre la chaussée et les roues lorsque le véhicule circule, ou bien qu’elles proviennent du fonctionnement de certains équipements embarqués, comme le compresseur.

    Une température uniforme de -36 °C à +40 °C

    Le constructeura réalisé des simulateurs
    qui permettent aux conducteurs d’appréhender immédiatementla différence de ressenti entre une direction classique et la direction VDS qui diminuede 30 % la fatigueau volant.

    Le confort climatique exceptionnel, qui caractérise aussi la nouvelle famille 9000, révolutionne l’état de l’art sur les autocars. Finis, les gradients thermiques à l’intérieur du véhicule ! Désormais, la température demeure partout rigoureusement uniforme, quelle que soit la place occupée par le passager. De même, la ventilation se trouve idéalement répartie, de l’avant à l’arrière. L’efficacité de la nouvelle climatisation a pu être démontrée dans les conditions les plus extrêmes, depuis les -36 °C de température extérieure rencontrés lors d’essais dans la région de Kiruna, au nord du cercle Arctique, jusqu’aux +40 °C testés en Andalousie, au sud de l’Espagne.
    Le pavillon des 9700 et 9900 apparaît également révolutionnaire dans sa construction. Il se trouve désormais entièrement constitué d’une seule et même pièce, sous la forme d’un sandwich en matériau composite. Par rapport à un pavillon classique en acier, le gain de masse obtenu s’élève à 230 kg. Il en résulte, pour le véhicule, un abaissement du centre de gravité, qui se traduit par un meilleur comportement dynamique sur la route, et un accroissement corrélatif du confort pour les passagers. La réduction de la masse totale, grâce à l’usage des nouveaux matériaux, atteint les 350 kg.

     

     

    Un confort de voyage et de conduite

    Des trois longueurs disponibles en version 9700, seule celle de 13,9 m est montée sur trois essieux. Cette ouverture vitrée, en partie basse de la porte avant, permet au conducteur d’apercevoir immédiatement un piéton ou un cycliste.

    Les sièges, bénéficiant d’un appuie-tête réglable, ont été conçus en interne chez Volvo. L’éclairage intérieur par LED, de type indirect, confère une ambiance « cosy » assez inattendue. Cet éclairage a aussi été conçu pour supprimer toute réflexion gênante sur le pare-brise.
    Le conducteur dispose d’un tableau de bord entièrement revisité, avec un nouveau volant. En exclusivité chez le constructeur suédois, la direction VDS (Volvo dynamic steering) parvient à diminuer de 30 % la fatigue au volant, pourcentage qui peut grimper à 70 % lors de la négociation de ronds-points. 2000 fois par seconde, ce système rectifie automatiquement la trajectoire du véhicule, en compensant de lui-même les écarts involontaires dus aux irrégularités de la chaussée, ou encore aux rafales de vent latéral. De plus, il supprime réellement tout effort, confère à la direction une précision assez étonnante, et présente l’avantage de ramener automatiquement et efficacement le volant en position centrale après tout braquage. Un tour aux commandes du 9700 de 13,1 m, sur le circuit d’essai privé du constructeur, à Göteborg, permettait d’apprécier l’évidente plus-value qu’apporte le système VDS en termes d’efficacité et de maniabilité.
    De plus, une version dite « F » de la boîte de vitesses automatique I-Shift (autrement dit, la sixième génération déjà !) a été développée pour équiper les 9700 et 9900, et c’est elle qui se trouve donc montée en sortie d’arbre du moteur Volvo D11 Euro VI, taré à 430/460 ch, pour constituer la chaîne cinématique des nouveaux véhicules. Outre qu’elle apporte la garantie d’une fiabilité maximale après avoir été perfectionnée à cinq reprises, cette boîte I-Shift, très souple, participe également, de façon certaine, au confort de conduite.
    A une époque où le recrutement de conducteurs s’avère de plus en plus difficile, et où ceux-ci privilégient ouvertement, comme premier critère de choix d’une entreprise, le véhicule sur lequel ils vont être appelés à travailler, VDS et I-Shift pourraient se révéler des arguments imparables…

    Des économies pour les exploitants

    Le tableau de bord a été entièrement revisité, avec un nouveau volant.

    Les exploitants, eux, devraient d’abord être sensibles aux économies de carburant, qui ont d’ores et déjà été mesurées, et atteignent les 4 % par rapport à la génération précédente. Ce pourcentage pourrait a priori sembler modeste, mais il faut garder à l’esprit que les économies engendrées sont substantielles dans le cas de véhicules parcourant couramment 100 000 à 300 000 km par an. La nouvelle chaîne cinématique n’est certes pas étrangère à ce bon résultat.
    Toutefois, c’est bien le travail considérable réalisé sur l’aérodynamisme des véhicules qui fait la différence. La face avant, grâce à la courbure optimisée de son pare-brise, facilite grandement la pénétration dans l’air. A l’arrière, le dessin des surfaces de raccordement a permis d’éliminer presque totalement les vortex (phénomènes d’écoulements turbulents qui apparaissent normalement dans le sillage du véhicule) avec, pour conséquences, une moindre dissipation d’énergie et une plus grande stabilité dans le comportement routier. Proposé en option, l’abaissement automatique de quelques centimètres du châssis dès la vitesse de 80 km/h améliore encore l’aérodynamisme.
    Enfin, le système I-See, également en option, peut apporter une diminution supplémentaire de la consommation de 2,5 %. Ce système pilote le fonctionnement de la chaîne cinématique à partir d’une mémorisation des caractéristiques topographiques du parcours. Grâce à lui, le véhicule adopte, à tout instant, le bon rapport de boîte, en fonction de la longueur et du pourcentage des déclivités.

    Des innovations sur la sécurité

    Le nouveau Volvo 9700 de 13,1 m sur le circuit d’essai du constructeur, à Göteborg (Suède),
    le 25 mai dernier.

    Sur le plan de la sécurité, les nouveaux autocars se distinguent d’emblée par un dispositif dénommé « FIP » (Front impact protection, protection contre l’impact frontal), qui absorbe 50 % d’énergie supplémentaire en cas de choc et évite, dans le même temps, la pénétration d’éléments d’une voiture accidentée sous le châssis de l’autocar. Il s’agit ici de se prémunir du risque de voir des câbles électriques déplacés et endommagés lors de l’impact, et qui seraient alors mis en court-circuit à proximité immédiate du réservoir de carburant.
    Volvo a également inventé un système inédit appelé « Safety zones » (zones de sécurité). L’exploitant programme à l’avance une ou plusieurs zones géographiques dans lesquelles il ne veut pas voir son véhicule dépasser une vitesse donnée. Lorsque ledit véhicule entrera dans la zone correspondante, son conducteur recevra automatiquement, sur son tableau de bord, l’information de la vitesse ainsi limitée, et qu’il ne pourra plus ensuite dépasser, quelle que soit la pression sur l’accélérateur, jusqu’au moment où il en sera ressorti.
    Enfin, le constructeur joue à fond la carte de la digitalisation, et offre désormais à l’exploitant, à la faveur de la sortie de ses nouveaux 9700 et 9900, un véritable bouquet de services connectés. Les opérateurs pourront désormais suivre à tout instant, en temps réel, et où qu’ils se trouvent, les paramètres de conduite et de maintenance de n’importe lequel de leurs autocars. Et ils n’auront pour cela qu’à sortir leur smartphone de leur poche !

    Philippe HÉRISSÉ

  • Scania mesure la pollution de ses cars en conditions réelles

    Scania mesure la pollution de ses cars en conditions réelles

    Jamais encore un constructeur d’autobus et d’autocars n’avait cherché à mesurer, en temps réel et au beau milieu de la circulation, les émissions polluantes de ses véhicules. Les résultats de cette campagne d’essais réalisée à l’initiative de Scania en partenariat avec l’Ademe, l’hiver dernier, ont réservé des surprises.

     

    Le constructeur suédois n’abandonne pas le diesel, proposant cet Interlink HD de 14 m sur trois essieux, équipé d’un moteur Euro VI à six cylindres de 450 ch.

    Dès l’été 2016, le constructeur Scania avait annoncé sa volonté de devenir très rapidement le leader mondial sur toutes les énergies dites alternatives, à commencer par le GNV (gaz naturel pour véhicules), l’éthanol et les carburants synthétiques. Pareille stratégie peut aisément s’expliquer. Malgré les grands progrès réalisés, le diesel est pourtant devenu un véritable « gros mot » aux yeux de nombreux élus. « La norme Euro VI, à elle seule, ne constitue plus un argument suffisant pour convaincre les AO (autorités organisatrices de transport) de la propreté des véhicules qui sortent actuellement de construction », note Gilles Baustert, directeur Marketing, Communication et Affaires publiques de Scania. D’où l’idée de mettre, une fois pour toutes, « cartes sur table », en faisant mesurer, par un organisme totalement indépendant, les émissions polluantes de véhicules qui seraient non plus testés ponctuellement, en statique, au banc d’essai, mais conduits, sur une période significative, au milieu de la circulation générale.

    Autrement dit, il s’agissait là de travailler en temps réel et dans des conditions aussi proches que possible de l’exploitation. Pour mener à bien cette étude inédite, Scania s’est adjoint les services de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), dont la légitimité, en ce domaine, est unanimement reconnue. C’était aussi l’occasion rêvée, pour le constructeur, de pouvoir comparer très efficacement les performances environnementales de filières énergétiques différentes, à savoir le diesel, le gaz naturel, et l’éthanol, chacun des moteurs testés respectant la norme européenne Euro VI. Pour l’exécution pratique des essais, l’Ademe a fait appel à un laboratoire indépendant spécialisé en ce domaine : le CRMT (Centre de recherche en machines thermiques) installé à Lyon. Dès 2005, ce laboratoire avait été le tout premier en Europe à entreprendre des mesures embarquées pour évaluer les quantités de polluants effectivement rejetées par les véhicules routiers.

    L’Interlink LD au biogaz de 12,20 m possède un moteur à cinq cylindres qui entraîne une boîte à 12 vitesses de type « Opticruise », optimisée pour les services interurbains.

    Les essais commandités par Scania ont été effectués sur trois autocars de ligne du type Interlink LD (Low Decker). Le premier (11 m, 320 ch, boîte automatique) était alimenté au gazole, le deuxième (12 m, 320 ch, boîte robotisée) l’était au gaz, enfin le troisième (12 m, 280 ch, boîte automatique) l’était à l’éthanol. Le dispositif expérimental mis en place a consisté à embarquer, sur chaque véhicule, des analyseurs de gaz d’une précision comparable à ceux utilisés pour les essais statiques au banc, afin de pouvoir quantifier, en temps réel, les émissions à la sortie du pot d’échappement. Il s’agissait de mesurer, en continu, les rejets de CO2 (gaz carbonique), CO (monoxyde de carbone), HC (hydrocarbures imbrûlés), NO (monoxyde d’azote), NOx (oxydes d’azote, dont le dioxyde en particulier), ainsi que la consommation de carburant. L’impasse a dû être faite sur les particules, pour la simple raison qu’eu égard aux très faibles quantités rejetées dans l’atmosphère par les moteurs Euro VI, il n’existe aucun appareil suffisamment sensible pour pouvoir les mesurer en circulation. Les essais, menés selon le protocole ISC (In service Conformity), se sont déroulés du 5 au 21 décembre. Chaque véhicule a ainsi parcouru le même circuit de 800 km, constitué de zone urbaine pour 45 % du temps, de route pour 25 %, et d’autoroute pour 30 %. Les trois autocars ont roulé dans des horaires rigoureusement identiques.

    Les résultats obtenus après dépouillement sont, pour le moins, spectaculaires. Force est déjà de constater que, quelle

    Le moteur Scania de 280 ch fonctionnant au bioéthanol peut développer un couple
    de 1250 N.m entre 1000 et 1350 tours/min.

    que soit la filière (diesel, gaz ou éthanol) les niveaux de polluants mesurés se situent tous très en deçà des seuils définis pour Euro VI. Par exemple, les émissions de NOx sont de 2,5 à 11,5 fois plus faibles que celles autorisées par la norme. Pour les HC et le CO, les écarts respectifs s’établissent entre 12 et 24 fois, et entre 27 et 120 fois ! Le véhicule à l’éthanol émet environ la moitié des émissions de NOx de son homologue diesel, et le véhicule au GNV, seulement le quart ! « Nous avons été frappés par les excellents niveaux de propreté du moteur gaz, de loin les meilleurs par rapport aux autres concurrents présents sur le marché, dont les moteurs ont déjà tous été testés par le laboratoire », affirme Richard Lecoupeau, directeur commercial du laboratoire CRMT.

    Mais pour Gilles Baustert, le vrai débat concerne aujourd’hui le CO2 : « Il fallait donner aux élus une vision objective de la situation dans laquelle aujourd’hui nous nous trouvons. » Or, sur ce dernier polluant, il se trouve que la vérité des chiffres propulse la filière éthanol en pôle position. La pertinence de ce carburant se renforce d’autant qu’il peut être aisément élaboré, sous la forme de bioéthanol, par simple valorisation de déchets organiques. En comparaison avec le gazole, la diminution des émissions de CO2 alors obtenue, si on la mesure maintenant « du puits à la roue », autrement dit de l’extraction à la consommation, atteint aux essais les 88 % !

    Au terme des essais, le niveau de propreté
    du moteur gaz de l’Interlink LD est apparu comme le meilleur du marché.

    Or c’est seulement en 2016, au terme d’un long travail avec l’administration française, que Scania avait réussi in fine à ce qu’en France ce carburant, dont Scania s’est, de longue date, fait une spécialité, puisse être homologué. L’autorisation, publiée au Journal officiel du 4 février 2016, permet donc au constructeur de commercialiser désormais de tels véhicules dans l’Hexagone. Le bioéthanol est un carburant liquide, facile à manipuler et à stocker. Pas besoin de station de compression comme pour le GNV ! De plus, il bénéficie d’une fiscalité avantageuse. On peut le fabriquer près de son lieu d’utilisation, à partir de matières amylacées, comme le maïs et le blé, ou sucrières telle la betterave et la canne, ou encore en utilisant des résidus, tels les marcs de raisin, la mélasse ou tout autre déchet fermentescible en général.

    Les seules contraintes résident en une consommation 1,5 fois supérieure à rendement égal et, comme pour la motorisation gaz, dans une maintenance un peu plus rapprochée. Il reste toutefois à démontrer, à grande échelle, que la filière reste valide et pérenne. Aujourd’hui, Scania est le seul constructeur à commercialiser des autocars et autobus roulant à l’éthanol. Là se trouve la pierre d’achoppement, car il ne peut donc entrer dans un appel d’offres que si celui-ci est ouvert à tout type de carburant. Dans la mouvance actuelle où les décideurs ont pour l’électromobilité « les yeux de Chimène », la route pour l’éthanol risque d’être longue.

    Mais en attendant, outre le « coup de pub » pour la propreté attestée par les essais des véhicules Euro VI de Scania, la démonstration semble faite que moteurs à combustion, aujourd’hui, ne riment plus avec pollution.

    Philippe HÉRISSÉ

  • Mobilité. Le nouveau paradigme des régions

    Mobilité. Le nouveau paradigme des régions

    En ouverture de la cérémonie des Grands Prix VR&T des régions se tenait une conférence intitulée : « Nouveaux territoires, nouvelles compétences », destinée à dresser un état des lieux de la réorganisation de la mobilité dans les régions, suite à la réforme territoriale.

     

    En 2002, les régions devenaient autorités organisatrices des transports. En 2016, la réforme territoriale réduisait leur nombre de 26 à 13.
    Comment se sont passées les fusions et comment les TER ont-ils été réorganisés ?

    Michel Neugnot, vice-président chargé des Transports de la région Bourgogne-Franche-Comté.

    Michel Neugnot, vice-président chargé des Transports de la région Bourgogne-Franche-Comté et son homologue en Occitanie, Jean-Luc Gibelin, ont apporté leur témoignage. Ces deux régions étaient favorables à la fusion. « Peuplée de 2,8 millions d’habitants, la Bourgogne-Franche-Comté a autant de trains/km que l’Occitanie qui a plus de six millions d’habitants », indique Michel Neugnot. La ligne Paris – Dijon – Lyon qui représente plus de 50 % de l’activité est un maillon clé du réseau. Avant la fusion, le coût moyen payé par l’usager était plus élevé de 10 % en Bourgogne qu’en Franche-Comté. Unir ces deux régions a permis de mettre en place une politique de solidarité plus forte. Une fois ces deux territoires regroupés, il a fallu

    Jacques Blain, directeur commercial de Bombardier Transport France.

    renégocier une convention unique avec la SNCF, pour n’en avoir plus qu’une. Un gros travail de coconstruction et de cogestion avec l’opérateur historique a été fait. « Ce n’est pas facile de sortir de 16 ans d’histoire, mais sur le long terme fusionner a été une chance, car cela nous a obligés à confronter des pratiques différentes, à nous poser des questions, raconte l’élu. Nous sommes parvenus à une convention intermédiaire entre les conventions auxquelles nous étions habitués. Nous y avons intégré des engagements de la SNCF sur les recettes, avec une courbe sur huit ans, pour lui permettre de se préparer à l’ouverture à la concurrence, tout en nous laissant le temps d’acquérir de nouvelles compétences », poursuit Michel Neugnot. Il rappelle que « dans les DSP, l’autorité organisatrice fixe les tarifs et la qualité de service, tandis que l’opérateur historique doit avoir la même politique tarifaire et de qualité sur tout le territoire. Nous nous sommes donné des objectifs communs pour les réaliser ensemble », ajoute-t-il.
    Des objectifs ambitieux qui prévoient une augmentation du trafic de 22 % d’ici à 2025. Pour y parvenir, une nouvelle politique tarifaire, plus simple, a été mise en place. Appliquée depuis fin août, elle a déjà permis une hausse de 13 % des voyageurs/km occasionnels et de 40 % des jeunes. « Nous pensions afficher un déficit financier. Nous avons enregistré 3,5 % de recettes en plus sur les occasionnels et 13 % supplémentaires sur les jeunes », se félicite Michel Neugnot.
    Pour réduire les coûts, la région prévoit de supprimer 20 gares sur 43. « Nous anticipons le fait que bientôt on n’achètera plus son billet aux guichets. Mais nous voulons aussi faire des gares des lieux de vie, y remettre du personnel, éviter qu’elles ne deviennent des espaces déserts. »
    Contrairement aux régions de Bourgogne et de Franche-Comté, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ne souhaitaient pas s’unir, rappelle Jean-Luc Gibelin, vice-président en charge des Mobilités et Infrastructures d’Occitanie. « Nous sommes tout de même parvenus à une union, dans une démarche de construction, même si au départ c’était compliqué. Pour les TER, nous sommes partis de deux conventions construites sur des logiques différentes, pour arriver à en proposer une commune. » La concertation menée durant les Etats généraux de la mobilité a permis de rencontrer les usagers et de connaître leurs attentes et besoins.
    L’Occitanie qui ne souhaite pas être un terrain d’expérimentation de la concurrence, s’est engagée dans une convention de huit ans avec la SNCF, afin de lui laisser développer l’offre ferroviaire. Cette convention, qui fixe des objectifs d’amélioration et d’augmentation, a été l’occasion de rediscuter le montant de la contribution avec l’opérateur. « Ce qui a donné lieu à des négociations longues et difficiles. Nous nous sommes fixé comme objectif de parvenir à 11 % de km/voyageurs de plus et 40 % d’emport supplémentaire d’ici trois ans », souligne Jean-Luc Gibelin.
    L’Occitanie a mis en place une gamme tarifaire avec des tarifs sociaux, une politique offensive d’abonnements, notamment en direction des jeunes, avec une baisse des tarifs de 35 % sur trois ans, et des petits prix pour les occasionnels, afin d’être moins cher que le covoiturage. La région mène aussi des discussions avec la SNCF sur la question des horaires des gares et des guichets. « 50 % des transactions se font déjà de manière virtuelle, mais nous voulons garder les bâtiments ouverts et en faire des lieux de vie servant au maillage territorial », précise l’élu.

    Montée en compétence des équipes

    Delphine Sené, associée chez Alenium Consultant.

    Associée au sein du cabinet Alenium, où elle est en charge des Transports et des Collectivités, Delphine Sené constate que toutes les régions n’ont pas la même attitude à l’égard de l’ouverture à la concurrence et que pour l’heure cela n’a eu que peu d’impact sur l’opérateur historique. « Certaines ont repoussé l’échéance avec des contrats venant à terme en 2020, 2022, 2023 voire 2025. » Mais la fusion les a toutes obligées à réorganiser leurs équipes. « Des services ont été désorganisés et ont dû se réapproprier les métiers, renouer des relations avec la SNCF, car les méthodes de travail n’étaient pas les mêmes partout. Il y a eu un travail d’acculturation des nouveaux périmètres, une mise en place de nouvelles façons de travailler avec les opérateurs. Il a fallu faire un gros travail de RH », raconte-t-elle. Il a donc fallu un temps d’adaptation, « la nécessité de monter en compétences pour pouvoir challenger les propositions de la SNCF. Certaines régions se sont dotées de nouvelles compétences juridiques, d’autres ont eu recours à des bureaux d’études pour les accompagner », précise encore Delphine Sené.

    Se préparer à la concurrence…

    Frank Lacroix, directeur général TER du groupe SNCF.

    Côté SNCF aussi, il a fallu s’adapter. « Nous étions organisés en miroir de l’organisation des régions. Lors de leur regroupement, nous avons fusionné nos directions régionales, pour n’en garder que 11 », explique Frank Lacroix, directeur général TER du groupe SNCF. « Cela a été source de difficultés, mais cela nous a aussi permis de nous améliorer, de concentrer les compétences et de progresser », rappelle-t-il. Et il poursuit : « La transformation des mobilités du quotidien et l’ouverture à la concurrence nous obligent à nous remettre en cause. On passe d’opérateur en situation de monopole, à partenaire. On espère rester le partenaire préféré des régions afin qu’elles nous choisissent. Notre responsabilité sera de les aider à transformer le paysage des mobilités du quotidien pour satisfaire des voyageurs qui n’ont pas envie d’attendre qu’on passe à un autre opérateur pour avoir une meilleure qualité de service. »
    La SNCF a mis en place un plan CAP TER 2020 qui prévoit de proposer des offres attractives et adaptées aux besoins, à en baisser le coût pour les autorités organisatrices, tout en conquérant de nouveaux clients. « Nous allons mener cette transformation industrielle et culturelle autour de quatre valeurs : agilité, simplicité, proximité et excellence », détaille Frank Lacroix. La SNCF a déjà renégocié sept conventions régionales. La Bretagne, l’Aquitaine et les Hauts-de-France ont décidé de se donner du temps avant de renégocier. Quant à la région Paca, elle entretient des relations plus compliquées avec l’opérateur historique et souhaite jouer les pionnières en expérimentant dès que possible l’ouverture à la concurrence des TER.

    … et travailler différemment

    Anne de Bagneux, directrice adjointe de Transdev France.

    Une perspective qui intéresse bien sûr Transdev. Anne de Bagneux, directrice adjointe de Transdev France, confirme la volonté de son entreprise d’en tirer parti. « Le transport est en pleine mutation. Les voyageurs veulent voyager librement, simplement, en utilisant leurs smartphones pour consommer la mobilité. Nous avons su y répondre pour le TRV, un mode de transport revalorisé par l’arrivée des cars Macron et des cars à haut niveau de service. Mais nous nous sentons bien armés également pour faire face à la transformation du secteur ferroviaire », assure-t-elle. Transdev peut s’appuyer sur son expérience ferroviaire en Allemagne et en Suède. « Nous allons nous positionner et apporter de l’efficacité opérationnelle, de nouvelles idées organisationnelles, plus de polyvalence, de l’efficacité économique et des solutions multimodales. Les DSP on connaît, on a l’habitude de rendre des comptes de façon régulière. En matière sociale, pour être plus efficace, nous allons utiliser le levier d’organisation, la polyvalence, travailler différemment… Ce qu’on fait déjà », rappelle Anne de Bagneux.

    Une spécificité française à conserver

    Olivier Delecroix, directeur Vente et Marketing d’Alstom France.
    Jacques Blain, directeur commercial de Bombardier Transport France.

     

     

     

     

     

     

     

    Quelles ont été les conséquences de la réforme territoriale pour les constructeurs ? « Il n’y en a pas eu sur l’organisation commerciale », assure Olivier Delecroix, directeur Vente et Marketing chez Alstom. « Avec 12 sites dans huit régions, Alstom est un acteur économique local. » Le constructeur propose une large palette de matériels dans laquelle les régions peuvent piocher pour leurs TER ou TET. « Le Régiolis offre un large spectre d’exploitation possible, et nous proposons aussi le tram-train, plus frugal, pour les petites lignes électrifiées. Pour celles qui ne le sont pas, Alstom travaille sur des solutions hybrides ou hydrogènes. Doter un train diesel d’une batterie permet de moins consommer. Pour l’hydrogène, on est au début de la réflexion. Mais cela existe déjà en Allemagne, il n’y a pas de raison que cela ne se fasse pas en France. Nous avons la volonté de faire émarger des TER à hydrogène zéro émission et des solutions pour les petites lignes non électrifiées », indique Olivier Delecroix.
    En matière de maintenance et de propriété du matériel, y a-t-il des modèles plus pertinents que d’autres dont on pourrait s’inspirer en France ? Bombardier s’appuie sur son expérience en Europe pour évaluer les différents  systèmes pratiqués en fonction des territoires. « La propriété est souvent confiée à l’exploitant. Mais c’est une contrainte à l’échelle du temps, car une convention est conclue pour huit ans, tandis que l’investissement en matériel engage sur 20 ans. Ce qui peut être un frein pour les petits exploitants, constate Jacques Blain, directeur commercial de Bombardier Transport France. C’est pourquoi en Allemagne, l’Etat de Basse Saxe a décidé, en tant qu’autorité organisatrice, d’acheter le matériel en lançant des appels d’offres en direct. Dans d’autres Länder on a vu arriver des intermédiaires, des Rosco qui achètent le matériel roulant et font du leasing opérationnel ou financier. En Suède, on a un Rosco dont 20 régions sont membres et qui sert de pool d’achats. Chacun de ces schémas a ses avantages et ses inconvénients », précise Jacques Blain. Le représentant de Bombardier rappelle qu’en France la SNCF joue un rôle de premier plan pour l’achat de matériel. « Le fait qu’elle soit mandatée pour acheter le matériel permet une massification du parc. C’est une force pour l’acquisition, mais aussi pour l’entretien de ce matériel. Le fait d’avoir un parc unifié sur tout le territoire permet d’avoir une efficacité du système de transport et d’assurer son efficacité économique. C’est très envié. C’est une vraie particularité française, qu’il serait peut-être bon d’essayer de conserver », suggère-t-il. A bon entendeur…

    Valérie Chrzavzez

  • Demain la ville

    Demain la ville

     

    Digitalisation, nouveaux usages, changement climatique… Ces nouveaux défis incitent les métropoles à rivaliser d’idées pour se réinventer. Les idées les plus futuristes soulèvent de nombreuses questions, tandis que les politiques réduisant la part de l’automobile au bénéfice des piétons et des cyclistes ont toujours de l’avenir, comme celles lancées il y a déjà des décennies par des pays d’Europe du Nord.

    Alors qu’Amazon espère dans un futur proche livrer des colis avec des drones et explique sur son site qu’un jour, « voir des engins Prime Air sera aussi normal que de voir des fourgons postaux sur les routes », d’autres entreprises et start-up (Starship, Marble…) testent des robots livreurs dans les rues de plusieurs villes américaines. Pas toujours sans obstacles : le 5 décembre, le conseil municipal de San Francisco a banni les robots livreurs de ses trottoirs en raison des risques qu’ils pourraient faire courir aux piétons, particulièrement les plus fragiles d’entre eux, enfants, personnes âgées, handicapées ou malvoyantes. Les élus voulaient aussi défendre les emplois menacés par la robotisation.

    L’affaire illustre les débats – et les craintes – suscités par l’intelligence artificielle appliquée dans la vie de tous les jours. Mais dans ce domaine, les réactions sont très différentes d’une cité à l’autre, et presque étonnantes pour une ville comme San Francisco située en plein cœur de la Silicon Valley. En Europe, Londres et Hambourg ne sont pas effarouchées et tendent les bras à ces start-up high-tech. Ailleurs, de multiples expérimentations sont menées par tous les grands acteurs de l’e-commerce, des logisticiens ou par La Poste qui exploite déjà dans le Var une ligne quotidienne par drone pour livrer des colis et teste dans plusieurs communes des chariots autonomes qui suivent le facteur dans ses tournées.

     

    Gyroroue solowheel
    Les nouvelles mobilités peuvent faciliter
    la vie en ville mais gare
    à ses effets pervers !

    Dans un autre registre tout aussi futuriste, de nombreuses grandes villes travaillent sur les objets connectés qui doivent leur permettre de mieux gérer leurs équipements collectifs. C’est le cas de Copenhague qui se veut un laboratoire de la ville intelligente adaptée au changement climatique, de Barcelone qui développe de multiples services connectés (éclairage, publicité, stationnement, déchets…) intégrant capteurs intelligents et analyses de big data et impliquant ses citoyens, ou encore de Singapour qui combine collecte massive de données à l’intelligence prédictive du big data.

     

    En France, Dijon a voulu se positionner comme une pionnière dans ce domaine. La métropole a signé en septembre dernier un contrat de gestion connectée de l’espace public pilotée par un consortium mené par Bouygues Energies & Services et Citelum (groupe EDF), accompagnés de Capgemini et Suez. L’objectif est de gérer à distance, de coordonner et d’entretenir les équipements urbains de la métropole en temps réel : services de voirie, feux de circulation, éclairage, vidéoprotection…

    Côté Grand Lyon, qui veut aussi se positionner comme une smart city, la collectivité multiplie les initiatives pour favoriser la mobilité de demain dans les domaines les plus variés : calculs d’itinéraires, gestion des feux en fonction de la circulation, mutualisation des livraisons ou encore vélos en libre service connectés et demain électriques. Une voie sur laquelle s’engagent de plus en plus de villes qui parient sur les nouveaux comportements basés sur la collaboration et la digitalisation.

    Dans les nouvelles métropoles en gestation, les espaces sont donc redessinés, donnant plus de place aux modes dits doux, bannissant parfois la circulation des voitures en centre-ville. C’est Nantes, Rennes ou Bordeaux qui réaménagent leurs voies pour créer des axes structurants favorisant les déplacements à bicyclette. C’est Boulogne-sur-Mer qui tourne le dos à son passé industriel et au tout-voiture pour tenter de reconquérir les piétons.

    En Europe du nord, on est déjà un cran bien au dessus. Le Danemark et les Pays-Bas sont, selon les associations de cyclistes, des modèles à suivre : leurs politiques cyclables reposent sur des investissements conséquents et cohérents, lancées dès les années 70, avec une vraie volonté d’améliorer la sécurité routière et de développer la marche et la bicyclette. Et de faire des villes des lieux de vie, et non de circulation, en donnant de l’espace aux piétons et en connectant les quartiers entre eux. Des voies express à vélos, voire des autoroutes cyclables, sont désormais lancées, comme au Danemark, en Allemagne ou aux Pays-Bas où il y en a un peu partout.

    Les zones à circulation restreinte (ZCR) ont aussi fait leurs preuves à l’étranger, s’accompagnant de la baisse de la pollution. Des zones à circulation apaisée se développent en Italie, et voient le jour en France, à Nantes ou à Grenoble qui a opté pour la zone à 30 km/h. Demain, on peut aussi imaginer que les lignes de bus seront mobiles, s’adaptant à la demande, que les véhicules autonomes réduiront les accidents et qu’en un seul clic, on pourra organiser ses déplacements (et les payer).

    Un monde idéal ? Mais certainement pas sans questions. L’automatisation prend de la place et… des emplois. La multiplication de véhicules partagés, électriques, et sans station (free floating) a l’avantage de réduire les nuisances sonores et polluantes mais elle peut aussi s’avérer gênante. On pense aux vélos sans attache qui envahissent la voirie obligeant les élus à se poser des questions sur l’occupation de l’espace public et sur la nécessité de réguler sans entraver l’innovation.

    Faudra-t-il aussi décider demain que les piétons roulants que l’on voit apparaître sur nos trottoirs sont gênants ? Sur leurs trottinettes, hoverboards et autres gyropodes, qui leur permettent de tripler leur vitesse de déplacement et donc leur rayon d’action, ils déboulent…

    Nouveaux usages, nouvelles technologies et contraintes climatiques poussent donc les métropoles à rivaliser d’idées pour se réinventer. A envisager de nouveaux modes de construction plus durables, à limiter l’étalement urbain en exploitant mieux les espaces disponibles. En hauteur, on peut utiliser les toits pour de nouveaux usages, en créant par exemple des potagers, et en sous-sol, pour donner une nouvelle vie à des lieux désaffectés, trouver de nouveaux usages nocturnes, récréatifs ou logistiques. Paris en a d’ailleurs fait le thème d’un de ses concours intitulé « Réinventer Paris » qui s’adresse aux architectes et urbanistes. L’imagination est au pouvoir.

    Marie-Hélène POINGT

  • La Chine prend le monde entier de vitesse

    La Chine prend le monde entier de vitesse

    Début mai s’est tenu à Ankara le congrès mondial de la grande vitesse UIC Highspeed. Dans un climat marqué par l’extraordinaire poussée de la Chine. Ce qui n’empêche pas des acteurs industriels européens de croire en leurs chances, en misant sur une bonne combinaison de la performance technique et de la pertinence économique. Exemples, dans ce numéro, d’Alstom et de CAF.

     

    La grande vitesse est passée de mode en France. Le discours d’Emmanuel Macron le 1er juillet a sonné le glas. Au Japon, il y a trente ans la dette due aux investissements dans le Shinkansen a conduit à un démantèlement de Japanese National Railways. En France, ça ne va pas si loin, mais la remise en cause est profonde. Bizarrement, l’Espagne semble y échapper. Le réseau à grande vitesse espagnol atteint 3 200 km, contre 2 000 en France, mais le trafic est dérisoire : 20 millions de passagers annuels, soit quatre fois et demie moins que la SNCF, sans compter Thalys ni Eurostar. Quoi qu’il en soit, dans les grands pays pionniers, l’élan semble un peu coupé. Dans le monde entier cependant, la grande vitesse avance. Un peu partout, assez lentement, assez sûrement. Sauf dans un pays où ça va très vite…

    Les deux tiers du réseau mondial à grande vitesse sont chinois
    Seul un pays va à pas de géant. La Chine. Et encore, ça ne va pas aussi vite qu’elle le voudrait. Cette année, elle ne devrait ouvrir qu’à peine plus de 1 000 km. Les premiers trains à grande vitesse chinois – décalqués des Velaro de Siemens – ont commencé à circuler il y a dix ans pour les Jeux olympiques, entre Pékin et Tianjin. Depuis ses débuts dans la grande vitesse ferroviaire, la Chine a construit environ 2 000 km de LGV par an. Elle dispose aujourd’hui d’un réseau de 25 000 km de lignes à grande vitesse, environ les deux tiers du total mondial. Un tiers du réseau chinois à grande vitesse est conçu pour les 350 km/h. Un expert français résume : « La Chine est en train de griller tout le monde. On peut dire qu’ils n’ont pas encore notre retour d’expérience, qu’ils veulent encore apprendre… Certes. Mais il n’y a aujourd’hui dans le monde rien de comparable à ce qui se passe en Chine ».

    Les points forts ? Les trains Fuxing, nouvelle génération de trains à grande vitesse entièrement chinois, mis en service en juin 2017, circulent à une vitesse commerciale de 350 km/h. Cela ne se fait nulle part ailleurs.
    Les Chinois ont un projet de train à grande vitesse automatique pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2022. Les marches à blanc vont commencer dès septembre 2019.

    Ils ne vont pas s’en tenir là. Ils préparent une nouvelle génération de Fuxing à 400 km/h. Des expérimentations de Maglev ont été couronnées de succès, pour un Pékin – banlieue, type RER. Et, pour les longues distances, un Maglev à 600 km/h devrait être prêt d’ici 2030. Ce train à sustentation magnétique serait comme un Concorde pour les cadres supérieurs. Le train à grande vitesse, lui, est destiné au plus grand nombre et fait l’objet d’un grand engouement populaire.

    Le rétablissement a été parfaitement réussi, depuis l’accident de Wenzhou, en 2011 (40 morts). Jean-François Doulet, spécialiste à la fois de la Chine et des questions d’urbanisme et de transports, nous disait alors : les Chinois vont faire une pause ; l’accident va leur faire perdre quelques années ; mais ils ne changeront pas de cap et ils deviendront les leaders mondiaux de la grande vitesse.
    Après la catastrophe de Wenzhou, ils ont limité la ­vitesse à 300 km/h sur tout le ­réseau. Le 21 septembre 2017, le train Fuxing, mis en service trois mois plus tôt entre Pékin et Shanghai, a vu sa vitesse relevée à 350 km/h.

    Après la période des transferts de technologie auprès de Siemens, Kawasaki, Alstom ou Bombardier, les Chinois font aujourd’hui tout tout seuls. Plus de 1 500 ingénieurs travaillent dans la construction des trains à grande vitesse. L’influence de la Chine dans les normes internationales ferroviaires est de plus en plus forte. Le projet de LGV Bandung – Djakarta comme celui d’une ligne Chine – Thaïlande sont conçus selon les principes chinois. Hors des frontières toujours, ils étudient en ce moment un système d’essieux à écartement variables, permettant aux trains à grande vitesse de poursuivre leur route en Russie.

    On les voit sur l’appel d’offres pour la LGV Kuala Lumpur – Singapour, ou sur Delhi – Chandigarh. Comme disait en mars Lu Dongfu, directeur général de China Railway Corp, « le pays va donner une portée mondiale à ses standards technologiques dans la grande vitesse, afin de “booster“ le potentiel des trains Fuxing sur le marché mondial ». A suivre. Si on y arrive…

    Record d’accord, économie d’abord
    La grande vitesse chinoise ? Même pas peur, dit-on chez Alstom. Les trains à grande vitesse chinois vont à 350 km/ h ? Alstom rappelle qu’il fait toujours la course en tête. Ce n’est tout de même pas pour rien qu’avec la SNCF et, à l’époque, RFF, le constructeur a établi en 2007 un record du monde à 574,8 km/h.

    Certes, le record n’est pas l’exploitation. Mais, « 360 km/h en exploitation, cela ne présente pas de difficulté. C’est la demande des Britanniques pour HS2. Et nous avons été préqualifiés », rappelle Laurent Jarsalé, vice-président de la plateforme Grande vitesse d’Alstom.

    Cela dit, Alstom poursuit une réflexion stratégique un peu différente. « Nous avons exploré les limites techniques et nous les avons confrontées au modèle économique », dit Laurent Jarsalé. Cette réflexion se poursuit selon deux axes. La compétitivité, pas seulement à l’acquisition, mais en maintenance et consommation d’énergie. Ce qui nécessite d’importants efforts en R&D. Et a des effets de coût rapporté à la place. Du fait du coût des sillons, « le total cost ownership est regardé de très près par les clients ».

    Sur l’HS2, la ligne à grande vitesse vers le nord de l’Angleterre, les Britanniques souhaitent une vitesse d’exploitation de 360 km/h.

    Et c’est d’autant plus important que le train est en concurrence avec d’autres modes de transport alternatif, car-sharing, bus. Dans ce contexte, la qualité de service devient déterminante. La connectivité qui l’assure est sous-tendue par la flexibilité dans la conception des trains. « Nos clients ont de plus en plus besoin d’un train évolutif », dit Laurent Jarsalé. L’autre axe c’est donc la modularité technique. Il faut être réactif dans l’adaptabilité de la solution technique.
    Le TGV 2020, que s’apprête à commander la SNCF, est aux yeux d’Alstom exemplaire de cette stratégie produit, sur ces deux points, économie et flexibilité.

    Dans le monde, Alstom « suit toutes les opportunités, à court, moyen et long terme ». Cela dit, il n’y a pas énormément ­d’appels d’offres. On a dit deux mots de HS2. L’Egypte est sur le point de lancer la grande ­vitesse, 500 km entre Assouan et la future capitale, près du Caire, à 250 km/h. En turnkey. Neuf ou dix consortiums sont sur les rangs. Alstom discute avec la Turquie, qui a un vrai besoin d’extension de son réseau à 250/­300 km/h (voir pages 60-62). Et le constructeur est candidat à Singapour – Kuala Lumpur, dont l’appel d’offres est lancé, pour des trains exploités à 320 km/h. Les Indiens, eux, sont plutôt dans une phase de discussion stratégique sur leur réseau voyageurs. Plutôt grande vitesse, plutôt très grande vitesse ? Alstom est partie prenante de cette discussion. Tout comme la SNCF, qui se présente en Inde comme un champion de la semi grande vitesse. Comme nous le disait récemment Guillaume Pepy « la France a été choisie pour un corridor dit “semi grande vitesse“, Delhi – Chandigarh. C’est un des corridors où on va continuer à exploiter les trains tout en faisant des travaux pour relever la vitesse à 200 km/h. »

    Les trains commandés à Alstom par Amtrak sont présentés par le constructeur comme la première concrétisation de sa nouvelle plateforme à grande vitesse.

    C’est la plateforme Avelia qui regroupe l’ensemble de l’offre grande vitesse d’Alstom. Avec trois grosses briques : la motrice, le train control monitory system, les voitures, à 1 ou 2 niveaux. Avec l’Ademe, dans la coentreprise SpeedInnov, Alstom développe ces briques, pour les proposer en France ou ailleurs. Aux Etats-Unis, Amtrak a commandé en 2016, 28 trains à grande vitesse à motorisation concentrée, conçus pour 300 km/h, dotés d’un système de pendulation. Ils sont présentés par Alstom comme la première concrétisation de sa nouvelle plateforme à grande vitesse. « Nous commençons notre fabrication sur notre site aux Etats-Unis ce mois-ci », précise Laurent Jarsalé.

    A partir de ces briques, Alstom met au point une politique de plateforme, offrant des solutions communes d’un train à un autre. Ce qui permet de répondre aux attentes des clients, qui souhaitent avoir « des trains in­novants avec des ­solutions éprouvées ».
    A côté de la gamme à très grande vitesse, pour le segment entre 200 et 250 km, Alstom présente le Pendolino : motorisation distribuée, composition standard avec deux bogies par voiture, trains à un niveau et naturellement pendulation. Une nouvelle génération de Pendolino a été mise en service à la fin de l’an dernier en Italie.

    Vitesse sans précipitation
    On oppose le plus souvent grande vitesse et très grande vitesse. Francis Nakache, directeur général de CAF France, préfère mettre l’accent sur la continuité.
    Il s’appuie sur l’exemple allemand et s’étonne de l’approche française classiquement et exclusivement « très grande vitesse ». Aux Etats-Unis, rappelle-t-il, on considère comme trains à grande vitesse des trains allant à 220, 230 km/h. Ankara prévoit des trains à 250 km/h. L’Espagne voit cohabiter les deux, dans un marché d’ailleurs assez ouvert. Bref, il voit un marché avec de la place pour « toute la gamme de vitesse ».

    Il faut y réfléchir, juge-t-il car le « coût de construction des infrastructures est moindre, parce qu’il est moins coûteux d’upgrader une ligne pour atteindre 220 ou 250 km/h que 350, et qu’on peut acquérir des trains aptes à 250 km/h, même quand les lignes ne sont pas ­encore upgradées ». Ainsi les trains qu’a livrés CAF pour la desserte de l’aéroport d’Oslo.

    L’exemple chinois lui semble surtout… chinois. Difficile de comparer Chine et pays d’Europe, les distances à franchir n’étant pas les mêmes. Il trouve intéressante, en Europe au moins, une mixité des trafics. Et imagine, en France, que cohabitent sur LGV des trains à 250 km/h et des trains à 300 km/h. Après tout, l’Allemagne le fait, pourquoi ne le ferait-on pas ? Et de prendre, l’exemple de Limoges, « frustrée de la très grande vitesse » et qui le restera… alors qu’une solution de relèvement de vitesse aurait été pertinente.

    A la recherche du temps perçu
    En mai dernier, à Ankara, l’UIC organisait avec les chemins de fer turcs son congrès Highspeed. Par rapport au congrès précédent, Jean-Pierre Loubinoux, directeur général de l’UIC, parle d’un « positionnement différent ». Il ne s’agit pas tant de repousser les limites techniques de la vitesse ou de la capacité, dit-il, que de faire du train à grande vitesse la « colonne vertébrale de la mobilité ». Un positionnement bien perçu, selon lui, « dans les pays qui développent déjà la grande vitesse comme dans les pays qui s’y mettent ». Dans ce contexte, des sujets comme les gares, le réaménagement des plans de mobilité, l’interface avec les autres modes de transport deviennent des questions centrales. Afin que le bénéfice de la grande vitesse « ne s’évapore pas ». Et, selon cette logique, l’accent est mis aussi sur les services à bord. Le train doit rester connecté. Afin d’ajouter au temps gagné dans la réalité un temps gagné en temps perçu.

    Tout ceci peut donner à la grande vitesse une nouvelle dynamique, à la fois en développement et en rénovation. « On sort de la niche, sans devenir un mass market », résume Jean-Pierre Loubinoux. Si la bataille du temps ne se confond pas avec la course à la vitesse, c’est tout de même chez le champion de la vitesse qu’aura lieu le prochain congrès UIC Highspeed. Un champion qui a d’ailleurs parfaitement compris les enjeux autres que ceux de la vitesse pure, propose le Wi-Fi à bord des trains à grande vitesse, travaille sur des programmes d’intelligence artificielle pour divers services à bord. La Chine, évidemment.

    F. D.

  • Setra lance un gros-porteur très à la hauteur

    Setra lance un gros-porteur très à la hauteur

    Avec 91 places assises dans sa version « ligne », le futur autocar à étage S 531 DT sera le « gros-porteur » des Intercités routiers. Son constructeur Setra l’a doté de deux nouveaux systèmes radars de sécurité active absolument uniques au monde.

    L’allemand Setra occupe une place très particulière sur l’échiquier européen des constructeurs d’autocars et d’autobus. Depuis déjà plusieurs décennies, il se revendique, en effet, comme marque « premium ». Certes, ses véhicules ont coutume d’être plus onéreux à l’achat que leurs concurrents, mais ils jouissent, sur le plan technique, d’une indéfectible réputation, et ils se revendent à bon prix sur les marchés d’occasion.
    C’est ainsi qu’il y a, en France aussi, des opérateurs et entrepreneurs qui, de génération en génération, ne souhaitent s’équiper qu’en Setra. Et d’autres qui, après avoir commis, un jour, une infidélité à la marque, y sont vite revenus. L’intégration du constructeur dans EvoBus, au sein du groupe Daimler, a sécurisé pour lui la fourniture des motorisations auprès de Mercedes-Benz, lui a donné accès à un gigantesque potentiel de recherche et développement, lui a même permis de standardiser certains composants, mais n’a finalement rien altéré de sa singularité.

    Conscient de sa force, qui pourrait aussi, très vite, se révéler une faiblesse dans un environnement économique particulièrement difficile, Setra a visiblement choisi de cultiver son excellence sur des marchés de niche. L’entreprise avait été fondée en 1893 par Karl Kässbohrer, la marque Setra étant créée par Otto Kässbohrer à Ulm, sur les rives du Danube, où se trouve toujours le site de production. Longtemps, elle s’est appelée Kässbohrer-Setra, le second terme de sa raison sociale étant l’acronyme formé à partir du mot allemand selbsttragend, qui signifie « autoportant ». Effectivement, dès l’origine, Setra fut le grand développeur des structures dites « en caisse-poutre », qui reprennent une part des contraintes et participent à la résistance mécanique de l’ensemble, par opposition à la solution classique avec carrosserie et châssis séparés. De telles structures concourent à alléger de manière significative les véhicules ainsi construits, ce qui s’avère particulièrement intéressant sur les autocars à deux niveaux dont Setra s’est fait, par ailleurs, une spécialité. Tout a commencé en 1981, avec le S 228 DT. Lui succédèrent, en 1993, le S 328 DT et, en 2002, le S 431 DT qui reste le vaisseau amiral de la marque, avec quelque 2 300 exemplaires vendus à ce jour.

    Un car à deux niveaux 10 % moins gourmand

    Aujourd’hui, le constructeur introduit sa quatrième génération d’autocars à deux niveaux, dénommée S 531 DT, sous la forme de deux prototypes révolutionnaires. Le premier, de couleur pourpre, préfigure la version « grand tourisme », tandis que le second, dans une livrée orangée, est représentatif de la future version « ligne ». Cette dernière a, bien sûr, pour objectif de rencontrer les nouvelles attentes des transporteurs, dans la mouvance actuelle qui favorise, en Europe, le déploiement de relations régulières Intercités par autocar. Sans généralement exprimer, bien sûr, autant d’exigences particulières que dans le cadre de la passation d’un marché d’autobus urbains, les opérateurs qui achètent des autocars de ligne veulent souvent une « customisation » importante de leurs véhicules, en particulier sur le plan des aménagements. « Justement, l’individualisation de nos produits est la caractéristique même de Setra », insiste Christoph Glöggler, l’ingénieur-chef de projet qui a présidé au développement du S 531 DT. « Notre nouveau modèle pourra ainsi se prêter à tous les types d’exploitation. »

    Dans le cockpit supérieur du S 531 DT en version « ligne », on remarque le « STOP » du dispositif d’arrêt demandé, et l’essuie-glace
    en position verticale, emprunté aux voitures
    de course, en vue de faciliter la pénétration dans l’air.

    Il faut savoir que la conception d’un autocar à étage représente toujours un vrai challenge. La première difficulté est d’ordre aérodynamique. A cause de sa hauteur de 4 m, un tel véhicule peut offrir une prise au vent considérable. Or les concepteurs du S 531 DT sont parvenus à réduire le Cx (coefficient de traînée) à 0,35 : c’est une valeur record dans l’univers des autocars à étage ! Au demeurant, Setra avait déjà réussi une excellente prestation en réalisant un Cx de 0,33 sur ses autocars de grand tourisme à un seul niveau ComfortClass 500 et TopClass 500. L’excellente pénétration dans l’air du nouveau S 531 DT se traduit par une efficacité énergétique exceptionnelle, puisque l’économie de carburant réalisée parvient à atteindre les 10 % par rapport à la génération précédente S 431 DT.

    Ainsi, pour un parcours annuel de 100 000 km, le gain peut se chiffrer à quelque 3 000 l ! A l’étage, aux places situées à l’avant, on ne perçoit aucun sifflement d’origine aérodynamique. Pour parvenir à un tel

    Egalement pour l’aérodynamisme, les montants d’angle en forme d’ailettes, ici à l’arrière de la version « grand tourisme », diminuent la formation de turbulences.

    résultat, des dispositions constructives assez originales ont été mises en œuvre. Les pare-brise inférieur et supérieur sont assemblés sans joint proéminent, et leur galbe est nettement plus prononcé, entraînant un allongement du porte-à-faux avant de 85 mm. Les rayons de courbure aux angles de raccordement entre surfaces ont été majorés pour faciliter l’écoulement des flux d’air. La girouette LED, pour la version « autocar de ligne », est fixée derrière le pare-brise inférieur, et n’interrompt en aucune manière la continuité de la face avant. En position de fermeture, les portes s’effacent dans le plan de la face latérale droite, là aussi sans joints proéminents. La forme des bras des rétroviseurs extérieurs a été optimisée pour offrir le moins de résistance possible à l’avancement. Les essuie-glaces qui, par nature, représentent une inévitable protubérance en avant de la surface vitrée, ont fait l’objet des soins les plus attentifs, afin de minorer la

    La girouette de la version « ligne » est placée derrière le pare-brise inférieur, dont le joint avec le pare-brise supérieur (en clair, sur la photo) a été conçu pour éviter toute aspérité sur la face avant.

    génération d’écoulements tourbillonnaires.

    Ainsi, pour le pare-brise inférieur, les concepteurs ont opté en faveur d’essuie-glaces Aquablade semblables à ceux des derniers autocars Setra de la série 500, avec balai plat intégrant la rampe de distribution. Et pour le pare-brise supérieur, ils ont renoncé aux deux essuie-glaces traditionnels au profit d’un seul, également à balai plat, qui se trouve fixé à mi-largeur du pavillon. Disposition tout à fait inhabituelle, la position de repos de cet essuie-glace unique est verticale, selon une pratique en vigueur dans la course automobile, qui a pour effet, là encore, de favoriser l’aérodynamisme. La surface du champ balayé reste équivalente à celle d’une configuration à deux essuie-glaces, mais sa position centrée favorise plutôt la visibilité vers l’avant des voyageurs installés à partir de la deuxième rangée de sièges.

    Les gouttières surplombant les portes ne se déploient qu’à l’ouverture, s’escamotant lors de leur fermeture, afin que la face latérale droite reste parfaitement lisse.
    Enfin, sous la calandre, un carénage en partie basse favorise un écoulement laminaire entre la surface de la route et le châssis. Le traitement aérodynamique a également concerné la face arrière. De nouveaux montants d’angle en forme d’ailettes, remarquables par leurs imposantes arêtes, s’opposent à la formation naturelle de turbulences (toujours gourmandes en énergie) juste derrière le véhicule, et évitent, dans le même temps, une salissure exagérée des surfaces considérées. Le « prix à payer » reste minime, puisque ces dispositions constructives n’augmentent, en réalité, que de 25 mm le porte-à-faux arrière. Ultime raffinement, l’assiette du S 531 DT s’abaisse automatiquement de 20 mm dès que celui-ci dépasse une vitesse de 95 km/h. Il en résulte une diminution de la section transversale d’attaque, qui pourrait sembler parfaitement négligeable sur une hauteur de véhicule de 4 m, mais qui, en réalité, améliore encore la pénétration dans l’air.

    L’aménagement intérieur de la version « grand tourisme », ici au niveau supérieur, fait appel à des sièges particulièrement confortables, conçus par le constructeur lui-même.

    Un aménagement modulable

    S’il a ainsi toujours constitué un challenge en matière d’aérodynamisme, l’autocar à étage présente, en revanche, l’intérêt d’offrir une excellente vue sur les paysages traversés à ceux de ses voyageurs qui auront pu prendre place au niveau supérieur. Du coup, il est particulièrement indiqué pour une utilisation en grand tourisme.
    Mais dans le rôle, cette fois, d’un autocar pour dessertes régulières en service interurbain et Intercités, sa très grande capacité se révèle être alors son atout déterminant. En aménagement sans kitchenette et sans toilettes, la version « ligne » du S 531 DT peut offrir jusqu’à 91 places assises ! Pour un autocar à étage, le niveau inférieur de ladite version n’a jamais été aussi modulable. Trois largeurs d’ouverture existent pour la porte médiane. Sur le côté droit du véhicule dans le sens de marche, entre les portes avant et médiane, il

    Sur le côté droit du niveau inférieur de la version « ligne », des sièges sans podeste peuvent glisser sur deux rails longitudinaux pour dégager l’espace nécessaire aux fauteuils roulants ou poussettes.

    est désormais possible de n’avoir plus aucun podeste ! Les sièges, fixés

    sur des glissières prenant la forme de deux rails longitudinaux, peuvent être facilement repoussés vers l’avant, d’un simple geste de la main, en vue de dégager l’espace nécessaire pour des poussettes ou des fauteuils roulants. Afin de faciliter l’accès des personnes à mobilité réduite, la porte médiane est équipée d’une rampe de type rabattable ou bien pliable.

    Sur le S 531 DT, la modularité existe même pour les escaliers. Si celui situé à l’arrière demeure classiquement implanté au-delà de la porte médiane, par contre les opérateurs ont désormais le choix du côté d’implantation de celui situé à l’avant. En utilisation « grand tourisme », ils plébiscitent généralement l’implantation à gauche dans le sens de marche, juste derrière le poste de conduite. Par contre, en

    Deux postes de conduite sont disponibles : le TopClass 500, enveloppant et luxueux, s’adresse plutôt à la version grand tourisme…

    utilisation « ligne », leur préférence se porte sur l’escalier implanté à droite, directement à côté de la porte avant, afin que puissent se partager, dès l’entrée, les flux entre niveaux inférieur et supérieur, dans le but d’accélérer la montée des voyageurs.

    Les nouveaux escaliers sont à la fois spacieux et lumineux. Ils ont été conçus pour offrir une sécurité maximale à la montée comme à la descente. Un éclairage des nez de marche est proposé en option. Egalement en option, le S 531 DT peut aussi être équipé d’un générateur de parfum, qui va automatiquement diffuser une fragrance déterminée dans tout l’espace autour de l’accès avant, dès que le conducteur a mis le contact et ouvert la porte correspondante.

    … tandis que le ComfortClass 500, avec réservations pour le montage d’un distributeur de titres de transport et d’un monnayeur,
    est dédié à la version « ligne ».

    Six fragrances différentes sont proposées, qui vont de notes olfactives fraîches et sportives à des effluves plus consistantes, évoquant l’odeur du cuir. Ce parfum, voulu discret, a été dosé pour s’estomper assez vite sans modifier durablement l’odeur régnant à bord, ni imprégner

    les surfaces textiles du véhicule ou les vêtements des voyageurs… Le S 531 DT est aussi le premier autocar à étage à proposer deux postes de conduite différents. « Si le conducteur se sent bien, il restera à chaque instant vigilan

    , explique Christoph Glöggler. De série, le S 531 DT est équipé de tout nouveaux projecteurs LED, choisis pour prodiguer un éclairage proche de la lumière diurne, de manière à réduire la fatigue oculaire du conducteur, par rapport aux ampoules à halogène ou au xénon. Ces projecteurs ont, en outre, une longévité égale à celle du véhicule.

     

    Des radars pour protéger les cyclistes et les piétons

    Accaparée par son portable, la piétonne traverse devant l’autocar arrivant à vive allure, mais très vite l’ABA 4 va réagir en freinant vigoureusement pour éviter de l’écraser.

    Quant à la motorisation, elle met en œuvre le fameux « six cylindres en ligne » OM 471 de 12,8 l de cylindrée, d’une puissance de 375 kW, et capable de développer un couple de 2 500 Nm. Ce moteur attaque une boîte de vitesses à huit rapports entièrement automatisée GO 250-8 PowerShift.
    Le diamètre de braquage de cet autocar de 14 m, avec troisième essieu à direction active, n’excède pas 23,1 m. Sur route, et ce quelles que soient l’allure et le revêtement, le réglage de la suspension se révèle être excellent, ménageant toute la souplesse nécessaire sans jamais induire, à l’étage, des valeurs de déplacements nuisibles au confort.

    Mais c’est, sans nul doute, au chapitre des systèmes d’aide à la conduite renforçant la sécurité active que le nouveau S 531 DT crée véritablement l’évènement. Il est ainsi le premier autocar au monde à être équipé du tout nouvel ABA 4 (Active brake assist, aide active au

    Cette cycliste risque d’être renversée par l’autocar qui veut maintenant tourner à droite, mais le Sideguard Assist va tout de suite alerter son conducteur du danger de la manœuvre.

    freinage d’urgence, de quatrième génération), qui alerte le conducteur en cas de heurt prévisible avec un piéton en mouvement, et qui initie simultanément, de façon entièrement automatique, un freinage partiel. Le conducteur peut alors réagir en freinant à fond ou en effectuant une manœuvre d’évitement. L’ABA 4 met en jeu deux radars. Le premier, de longue portée mais avec un angle de balayage du faisceau limité à 18°, détecte les obstacles qui se situent directement devant l’autocar, jusqu’à une distance de 250 m pour les véhicules, 160 m pour les cyclistes, et 80 m pour les piétons. Le second, de portée limitée à 70 m mais avec un angle élargi à 120°, peut aussi « voir » un véhicule ou un piéton qui évoluerait sur les côtés, en dehors de la trajectoire de l’autocar.

    Même un piéton surgissant derrière un obstacle fixe va être pris en compte. Si le conducteur ne freine pas de manière suffisamment

    Les deux radars superposés du Sideguard Assist, au niveau du passage de roue avant droit.

    énergique, c’est l’intensité de freinage calculée par l’ABA 4 pour éviter la collision qui sera alors automatiquement mise en œuvre. La reconnaissance des véhicules ou des piétons en mouvement est effectuée de façon instantanée à partir du traitement de leur signature radar, là où l’œil humain mettrait au moins une seconde à simplement appréhender la dangerosité potentielle de la situation.

    Setra est aussi le premier au monde à proposer sur un autocar un système d’aide à la conduite sous la forme d’un assistant de changement de direction baptisé « Sideguard Assist ». Deux capteurs radars, au droit du passage de roue avant droite, surveillent la zone latérale large de 3,75 m, et qui couvre la longueur du véhicule, augmentée de deux mètres en avant et autant en arrière. Au-delà de 36 km/h, cette zone est repoussée jusqu’à cinq mètres vers l’avant et quinze vers l’arrière. Quand un objet mobile (cycliste, piéton) est détecté dans cette zone, un triangle de couleur jaune s’allume dans le rétroviseur côté droit. Si le système envisage un risque de collision, le triangle devient rouge et s’accompagne d’un avertissement tactile sous la forme de vibrations dans le siège du conducteur.
    Pour la première fois, une démonstration de ces deux systèmes d’aide à la conduite a été tentée, en conditions réelles, devant quelques journalistes spécialisés réunis à Valence, en Espagne, le 16 mars dernier. A plusieurs reprises, une collaboratrice du constructeur a circulé à vélo à la droite de l’autocar, ou a traversé à pied devant lui. A chaque fois, le système l’a détectée avant même qu’elle ne pénètre sur sa trajectoire. Il a reconnu la signature radar correspondante comme étant celle d’un cycliste ou d’un piéton. Dans le cas du cycliste, l’existence d’un danger potentiel a bien été matérialisée par l’allumage du triangle jaune. Dès que le conducteur a mis son clignotant à droite pour tourner, le triangle est aussitôt passé au rouge, pour visualiser le danger à entreprendre une telle manœuvre. L’alerte s’est aussi manifestée par la vibration du siège. Lorsque la collaboratrice, cette fois à pied, a pénétré dans la trajectoire de l’autocar à quelques mètres devant lui, l’allumage au rouge du triangle et la vibration du siège se sont accompagnés d’un déclenchement automatique du freinage, que le système a calculé pour que l’autocar puisse s’arrêter avant l’obstacle.

    Si ces systèmes d’aide à la conduite sont normalement réputés sûrs à 100 %, il faut néanmoins préciser qu’une telle démonstration, qui les sollicite jusqu’à leurs limites, avait requis une habilitation spéciale du conducteur d’essai, afin qu’il puisse être en mesure de maîtriser totalement la situation dans l’hypothèse, même très improbable, d’un quelconque dysfonctionnement. Ces technologies doivent être bientôt disponibles. « Les premiers véhicules de série sortiront dès cet été et, en France, nous devrions recevoir un véhicule de présentation pour le dernier trimestre 2018, assure Matthias Kussmaul, responsable national des Ventes Setra. Il s’agira d’un véhicule “grand tourisme“ – notre cible principale –, mais la version “ligne“ de nos autocars à étage intéresse aussi les opérateurs français. A preuve, les 21 S 431 DT déjà en circulation depuis deux ans sur la ligne reliant Nice à la technopole de Sophia-Antipolis. » La nouvelle génération est attendue avec impatience…

    Philippe HÉRISSÉ

  • RATP. Quand le bus se gare tout seul

    RATP. Quand le bus se gare tout seul

    L’intelligence artificielle arrive dans les centres bus. La RATP vient de tester la conduite autonome permettant à un bus de se garer automatiquement. Intérêt du dispositif : gagner de la place dans un environnement contraint.

     

    C’est une première en Europe : lors d’une démonstration au centre de Lagny, le 30 mars, un véhicule a rejoint tout seul sa place de remisage dans le centre bus de Lagny (XXe arrondissement de Paris), et il s’est ensuite garé, sans que le conducteur n’intervienne un seul instant.
    Ce centre bus, qui avait été inauguré en mars 2016, est appelé à devenir le tout premier centre « 100 % électrique » de la RATP à partir de 2019. Construit sur les emprises de l’ancien dépôt d’autobus éponyme, il se présente désormais sous la forme d’une construction semi-enterrée sur trois niveaux, avec un atelier de maintenance au rez-de-chaussée surmonté de six étages de bureaux, dont l’essentiel est occupé par le ministère de l’Intérieur, un collège et une crèche.
    Pour la première fois, une opération de modernisation d’infrastructures de remisage et d’entretien du réseau routier de la RATP a été associée à une valorisation immobilière du site. Dans le même temps, la capacité de remisage du centre bus a pu être portée de 110 à 184 voitures.
    Cette nouvelle approche qui, dans l’intervalle, a été reconduite pour le nouveau centre bus de Montrouge inauguré en novembre dernier, permet à la régie de garder ses implantations dans Paris, ce qui lui évite de longs parcours haut-le-pied pour ses lignes intra-muros ou de proche banlieue.

    Des mètres carrés qui vallent de l’or
    La reconstruction en souterrain, sur plusieurs niveaux, lui permet aussi d’augmenter, dans une certaine mesure, les capacités de remisage. Toutefois, compte tenu du coût foncier des terrains dans Paris, il faut innover davantage encore. Tout mètre carré économisé y vaut de l’or. C’est justement le premier enjeu majeur du projet de garage et de dégarage des autobus en conduite autonome, qui vient d’aboutir à l’équipement expérimental d’un Urbanway hybride de 12 m du constructeur Iveco. En effet, l’automatisation de la manœuvre nécessaire pour ranger un véhicule sur sa place de remisage permet de gagner 15 cm sur la distance le séparant de ses voisins. Si tous les véhicules du centre bus étaient ainsi équipés, ce gain se traduirait par une augmentation de la capacité de remisage de 5 % !
    Le second enjeu majeur qui sous-tend ce projet est l’assistance aux machinistes-receveurs sur une tâche qui n’est pas la plus valorisante de leur métier que la régie voudrait plutôt tourné vers le service aux voyageurs. Par ailleurs, la maîtrise de telles technologies peut aussi ouvrir de vastes perspectives. Sur la ligne 21 (Gare-Saint-Lazare – Stade-Charléty), des éléments du système utilisé pour le garage et le dégarage en conduite autonome ont été récemment testés dans une application visant à détecter piétons et cyclistes qui pourraient interférer avec la trajectoire du véhicule malgré toute la vigilance du conducteur.
    Plus globalement, le groupe RATP s’est engagé, au sein d’un projet partenarial, dans une démarche de recherche et développement sur la thématique du « véhicule autonome ». L’expérimentation actuelle de navettes dans le Bois de Vincennes et sur le site CEA de Saclay en est l’une des illustrations. La régie travaille également à la préparation d’un essai de conduite autonome sur une ligne d’autobus en configuration BHNS (bus à haut niveau de service). Elle a d’ores et déjà envoyé une lettre d’intention aux constructeurs, avec pour objectif de commencer les tests peut-être avant la fin de l’année, ou plus sûrement dans le courant de 2019.

    Pour la détection des obstacles, cinq Lidar sont montés sur le véhicule de telle manière qu’il ne subsiste aucun angle mort : un à l’arrière, un sur chaque face latérale, et deux à l’avant (ci-dessus), l’un au-dessus de l’autre, le plus haut sur la calandre étant le seul du type « multinappe ».

     

    Une cartographie en 3D en temps réel
    Concernant le garage et le dégarage des autobus en conduite autonome, la difficulté se situait à la fois dans le gabarit du véhicule, bien supérieur à celui d’une navette, et dans l’absence de réseau cellulaire à l’intérieur des espaces souterrains, empêchant toute mise à profit du GPS.
    Le système finalement adopté repose donc, en premier lieu, sur des logiciels d’apprentissage de l’environnement en temps réel. A chaque instant, le véhicule reconstruit la cartographie 3D de son environnement. En réalité, après avoir effectué, une première fois, un passage initial où il est conduit manuellement, ce véhicule va réactualiser, à chaque nouveau passage en conduite autonome, ladite cartographie qu’il a mémorisée.
    Le deuxième volet du système concerne la perception précise de l’environnement avec, entre autres, la détection des différents obstacles que peuvent constituer les murs d’enceinte, les autres autobus déjà remisés, en manœuvre ou en évolution, voire encore les piétons.
    Quant au troisième volet, il intéresse le contrôle en temps réel de la trajectoire avec une précision égale au centimètre, un module de contrôle-commande assurant son respect. Sur l’Urbanway modifié pour les essais à Lagny, on remarque d’emblée les différents capteurs utilisés : il faut préciser qu’il s’agit, bien sûr, d’un démonstrateur, et non encore d’un système industrialisé. A l’avant, il y a ainsi deux radars « Lidar » (light detection and ranging, détection et estimation de la distance par faisceau laser), l’un de type « multinappe », sur la calandre, et l’autre de type « mononappe », en partie basse. Sur chacune des faces latérales ainsi qu’à l’arrière, toujours en partie basse, se trouve également un Lidar mononappe. Venant compléter ces cinq faisceaux Lidar qui, en tournant, ne laissent subsister aucun angle mort, quatre caméras sont fixées à l’arrière, en partie haute du véhicule. Une centrale inertielle embarquée permet au système d’appréhender, à tout instant, la position exacte.
    La zone d’arrêt d’urgence pour détection d’obstacle s’étend deux mètres en avant. En quelque sorte, le véhicule « pousse » devant lui une portion d’espace dont l’axe épouse la trajectoire et dont la longueur dépend de la vitesse. Toute éventuelle reprise en main par le conducteur – qu’il s’agisse d’une action sur le volant ou sur les pédales – arrêterait aussitôt le déroulement du processus automatique.

    Des manœuvres plus lentes mais plus précises

    A l’intérieur de l’Urbanway hybride d’Iveco transformé en laboratoire, le responsable d’essai surveille le bon déroulement d’une manœuvre
    de garage réalisée en conduite autonome sans aucune intervention du conducteur.

    La progression du véhicule en conduite autonome s’effectue à la vitesse maximale de 8 km/h (limite autorisée pour l’ensemble des véhicules à l’intérieur du centre bus), et les manœuvres de remisage en marche arrière à 2 km/h. Un conducteur expérimenté reculerait, certes, plus rapidement mais, à l’évidence, avec moins de précision sur le positionnement. Dans le système mis en œuvre, la trajectoire est totalement prédéterminée, et le véhicule se contente, en réalité, de suivre celle-ci au centimètre près. Par exemple, la présence d’un autre véhicule arrêté sur sa trajectoire, devant lui, n’entraînerait pas, de sa part, une quelconque manœuvre de contournement, mais juste l’arrêt.
    L’autobus connaît la position géographique précise de son point-but, qui lui a été transmise en Wi-Fi interne via des applications de supervision de flotte ou de GMAO (gestion de la maintenance assistée par ordinateur). S’il doit manœuvrer pour se ranger sur une place de remisage, il en connaît donc à l’avance le numéro.
    Parmi les quatre caméras fixées à l’arrière du véhicule, deux d’entre elles « regardent » en permanence vers le sol, et elles « lisent » alors ce numéro au travers d’un logiciel de traitement d’image, tout en détectant également les lignes de marquage. En résumé, l’autobus sait, dès le départ, et toujours au centimètre près (!), où se garer, et la « lecture » du numéro de la place par ses caméras le confirme simplement dans l’opportunité de sa manœuvre pour s’y ranger.

    Sur les écrans du poste de travail du responsable d’essai, la visualisation du véhicule sous la forme d’un rectangle vert, et celle de sa trajectoire avec l’espace en instance d’être balayé qui
    se trouve matérialisé en blanc (ci-dessus), ainsi qu’une représentation vidéo (ci-dessous)
    en provenance des quatre caméras d’arrière couplées au logiciel de traitement d’image.

    Avec ce système, la RATP ambitionne de passer, à terme, en conduite autonome pour le circuit de rentrée des voitures et leur sortie. Lors de la rentrée, chaque voiture passe au poste de charge en carburant. C’est à partir de cet endroit, et une fois que le mode de conduite autonome aura été activé, que le véhicule devrait, de lui-même, se diriger vers le remisage en sous-sol, puis se garer tout seul en reculant sur la place qui lui a été attribuée.
    Inversement, à l’heure de la sortie, le véhicule démarrera en conduite autonome, quittera sa place de remisage, et remontera ainsi au rez-de-chaussée jusqu’à la sortie.
    Le 30 mars dernier, la RATP effectuait, en première européenne, une démonstration de ce système au centre bus de Lagny. Force a été de constater que la précision dans la réalisation des manœuvres de garage en conduite autonome ou encore la fiabilité dans la détection d’obstacles mouvants ou statiques est, en tout point, remarquable. Seuls les arrêts se révèlent plutôt brutaux, mais il est vrai que l’autobus n’est pas censé transporter des

    voyageurs à ce moment-là… Pour l’heure, le conducteur reste présent au poste de conduite, mais ne touche à rien.

    Un partenariat entre la RATP, le CEA-List et Iveco Bus
    Le développement de ce projet a été mené sous la forme d’un partenariat entre le groupe RATP, le CEA-List et Iveco Bus. Le projet se situe, bien évidemment, au cœur des compétences du List (Laboratoire d’intégration des systèmes et technologies), qui est la composante de CEA Tech (pôle de recherche technologique du CEA) justement en charge des études sur les systèmes numériques intelligents. La prochaine étape du projet consistera en la certification du système, notamment au plan de la cybersécurité, en vue de son industrialisation. C’est un domaine dans lequel le CEA peut apporter toute sa connaissance. Le constructeur Iveco, lui, avait modifié l’un des nouveaux Urbanway hybrides de la RATP (direction électrique, caméras et capteurs Lidar, intelligence artificielle) afin qu’il puisse évoluer, en toute sécurité, en conduite autonome avec le moteur diesel arrêté.
    Réalisé sous l’égide du programme EBSF 2 (European bus system of the future) dont la coordination est assurée par l’UITP (Union internationale des transports publics), ce projet avait été lancé en 2015, avec un début des essais en 2017. Il aurait coûté environ 2,5 millions d’euros, en partie financés par l’Union européenne, avec une participation de la RATP de l’ordre d’un million d’euros.
    On attend maintenant la prochaine étape, non plus en centre-bus, mais sur une ligne en site propre.
    Mais là, il ne s’agira plus vraiment d’une première européenne puisqu’au moins une réalisation de ce type existe déjà aux Pays-Bas…

    Philippe Hérissé

  • Les Grands prix des régions 2018

    Les Grands prix des régions 2018

    Les régions vivent d’intenses bouleversements. La réforme territoriale a abouti à fondre d’environ un tiers le nombre des régions, qui outre la Collectivité de Corse ne sont plus que 12 en France métropolitaine, dont 11 sont autorités organisatrices des TER. Certains territoires s’en sont retrouvés considérablement agrandis. Les régions qui ont fusionné cherchent désormais à harmoniser leurs politiques tout particulièrement pour leurs TER.

    La loi a aussi donné de nouvelles responsabilités aux régions : depuis janvier 2017, la loi Notre leur a transféré la compétence des départements sur les lignes régulières. Depuis septembre 2017, elles sont devenues responsables du transport scolaire. Et la loi Maptam les oblige à élaborer un schéma directeur de l’intermodalité.

    Ce n’est pas fini. Avec la future LOM (Loi d’orientation sur les mobilités), les régions devraient être confortées dans leur rôle d’autorité organisatrice de la mobilité pour couvrir l’ensemble du territoire.

    Ces nouveautés expliquent la particularité de nos Grands prix des régions cette année. Pour la première fois, il n’y aura pas de comparaison des données générales d’une année sur l’autre, vu que les plus récentes concernent 2016, première année d’existence des nouvelles régions.

    Cette année, nous remettons le Grand prix TER à la région Occitanie qui a vu le trafic de ses TER augmenter de 5,1 % en 2017 et a travaillé pendant des mois pour aboutir à une convention exigeante qui se met en place cette année et prévoit une forte croissance de l’offre.

    Nos prix thématiques récompensent des initiatives intéressantes dans le domaine de l’innovation tarifaire, de politiques volontaristes pour redynamiser le trafic ou promouvoir des destinations. Pour la première fois, nous attribuons le prix de la plus belle gare de France, qui met en valeur tout le travail accompli pour moderniser et rendre accessible une gare historique à l’architecture remarquable.

    Vous trouverez en pdf les chiffres et données qui nous ont aidés à établir notre palmarès 2018, et un graphique sur l’état des conventions TER signées avec la SNCF et les grands choix des régions.

    Bonne lecture !

    Dossier réalisé par Patrick LAVAL

     

  • ERTMS. Espéranto du rail  ou dialectes européens ?

    ERTMS. Espéranto du rail ou dialectes européens ?

    La première Conférence mondiale UIC sur la signalisation ferroviaire, qui s’est tenue fin mars à Milan, a essentiellement traité de l’ERTMS. Le standard européen de gestion des circulations ferroviaires a beau fonctionner et progresser à travers le monde, c’est sur son continent d’origine, où il était censé unifier les réseaux ferrés, qu’il continue de buter sur les questions d’interopérabilité.

     

    Le standard européen de gestion des circulations ferroviaires fonctionne et progresse à travers le monde. Mais, sur son continent d’origine, où ERTMS était censé unifier les réseaux ferrés, il continue de buter sur les questions d’interopérabilité. La première Conférence mondiale UIC sur la signalisation ferroviaire, qui s’est tenue les 26 et 27 mars à Milan, a pris la mesure des avancées d’ERTMS. Et de la convergence avec les systèmes cousins.
    « La signalisation ne devrait plus constituer un obstacle entre les régions, pays ou continents et ne devrait plus être aussi lourde financièrement. » Bel espoir de Jean-Pierre Loubinoux, directeur général de l’UIC. Et l’on dispose pour le réaliser d’un outil : « ERTMS constitue une référence à l’échelle mondiale », souligne-t-il, et « on pourrait le comparer à une sorte d’espéranto […] malgré des disparités régionales, d’ailleurs peut-être plus perceptibles dans la partie européenne ». Hors de son continent d’origine, ERTMS s’est développé et a servi de base au standard chinois CTCS. D’autres systèmes ont vu le jour dans le monde, « comme le PTC (Etats-Unis), l’ATACS (Japon) et KLUB (Russie) pour ne citer que les plus importants », selon le dirigeant de l’UIC, qui rappelle que ce dernier « a été la rampe de lancement du GSM-R », et « jette maintenant les bases nécessaires au développement du futur système de communication mobile ferroviaire FRMCS ».
    Plus de 51 pays utilisent actuellement ERTMS. A travers le monde, 95 500 km de lignes, 12 600 locomotives ou rames, font l’objet de contrats d’équipement recensés par l’Unife. Philippe Citroën, son directeur général, précise (voir infographies pages suivantes) que l’Europe est redevenue le premier marché pour ERTMS en kilomètres de lignes et plus encore pour le matériel roulant. Une réalité, même si le continent où est né ERTMS ne constitue pas un espace unifié par un standard.
    L’Asie, un temps dopée par la Chine et sa version CTCS (Chinese Train Control System), passe au deuxième rang malgré les nouvelles installations sur les réseaux autour du Golfe persique. Notamment la généralisation en Arabie saoudite sur 3 737 km de lignes nouvelles, dont 2 493 km en service.
    L’Afrique entre en scène. En particulier le Maroc, avec la LGV Tanger – Kenitra et des lignes classiques au nord de Casablanca, et l’Algérie, où une quinzaine de projets sont en cours. Sur les autres continents, les applications sont plus à l’échelle de réseaux locaux, parmi lesquels on peut distinguer Sydney (Australie), avec 1 200 km et 164 engins à équiper.

    « E » comme… « Europe »


    « On n’en est pas vraiment là où on voulait arriver en Europe, mais en dehors, ça se développe vite. En fait, l’Europe est le banc d’essais le plus difficile. Toutefois, 90 % des principes définis dans les années 1990 restent en vigueur, ce qui prouve que le système avait été bien pensé. Le vrai concept disruptif d’ERTMS, c’est d’abandonner les systèmes nationaux. » C’est en ces termes que Pier Guido, responsable ERTMS à l’Agence de l’Union européenne pour les Chemins de fer, résume la situation sur le continent. Si « ERTMS constitue la référence mondiale », comme le rappelle Josef Doppelbauer, directeur exécutif de l’Agence de l’Union européenne pour les Chemins de fer, « il y a encore plus de 20 systèmes de signalisation en Europe et nous n’avons toujours pas déployé un système ERTMS interopérable ». Or, « la compatibilité est un impératif », souligne-t-il.
    Avant même de parler compatibilité, la migration reste un défi et « ne va pas assez vite », pour Karel Vinck, coordonnateur de l’Union européenne pour le programme global ERTMS. D’une part, les blocages sont techniques, « mais il est tout aussi important de faire évoluer les mentalités et démontrer plus de flexibilité face au changement ». D’autre part, la question financière pourrait être résolue, « compte tenu du volume des moyens financiers disponibles ». Les pays européens sont en train de déployer ERTMS sur l’ensemble du réseau transeuropéen de transport (RTE-T). Pour arriver à l’objectif d’avoir équipé 40 % de ce réseau structurant européen en 2023 et son ensemble pour la deuxième moitié de la prochaine décennie, il faudrait investir 15 à 20 milliards d’euros. Les responsables du Groupe FS n’excluent pas d’avoir recours, outre à l’argent public de l’UE ou des pays membres, à la BEI, la Banque mondiale, voire « la Banque chinoise d’investissement et d’autres institutions désireuses de stimuler les transports ferroviaires », comme des compagnies d’assurances. « On ne peut pas continuer au rythme actuel, sinon ça va prendre 200 ans ! », prévient Alberto Mazzola, vice-président du Groupe FS responsable du RTE-T.
    « Mais ERTMS reste trop cher, il faut que l’Union européenne et tous les acteurs du ferroviaire fassent des efforts pour promouvoir la recherche », rappelle Massimiliano Salini, député européen (commission Transports), pour qui « ERTMS en tant que standard mondial unique donnerait un avantage aux acteurs européens. » Voire. Déjà, au sein de l’Europe, les avis restent partagés sur les bénéfices à en attendre. Les gestionnaires d’infrastructure (en particulier ceux dont la signalisation est en voie d’obsolescence) sont généralement plus convaincus que les entreprises ferroviaires. « A chaque fois que l’on reprend le sujet, les opérateurs fret disent qu’on leur demande de gaspiller de l’argent ; tant qu’il n’y a pas de réseau structurant européen équipé ERTMS, il n’y a rien à gagner pour eux », rapporte Alberto Mazzola. Côté voyageurs, les opérateurs internationaux comme Thalys sont naturellement plus intéressés, mais peuvent rencontrer des problèmes faute de compatibilité entre versions, dans l’espace comme dans le temps.
    Libor Lochman, directeur exécutif de la Communauté européenne du rail (CER), souligne le qualificatif « européen » du système et rappelle qu’en 2012, « au congrès ERTMS de Stockholm, on parlait déjà de passer à la baseline 3 ; or on n’y est toujours pas ». La baseline 2.3.0 d reste souvent le plus petit commun dénominateur d’un pays à l’autre. « Des résultats ont été obtenus et nous sommes sur la bonne piste », tempère toutefois le dirigeant de la CER, citant entre autres l’initiative européenne Shift2rail, qui « devrait encourager la recherche », et soulignant la nécessité de coordonner le programme de déploiement d’ERTMS dans l’Union européenne et de disposer d’un programme de financement clair. La Commission européenne ne dit pas le contraire en indiquant que le financement par l’Union européenne devrait se concentrer en priorité sur un déploiement permettant d’accélérer l’interopérabilité en s’attaquant aux goulots d’étranglement.

     

     

    ERTMS pour la conduite automatique
    Développé en premier lieu pour les réseaux ferrés nationaux, ERTMS peut aussi être considéré comme une forme de CBTC, c’est-à-dire un contrôle de trains basé sur la communication. Le CBTC étant utilisé pour mettre en œuvre différents niveaux de conduite automatique pour les métros et trains de banlieue, du GoA2 avec conducteur au GoA4 sans personnel à bord, pourquoi ne pas faire de même avec ERTMS niveau 2 ? L’idée est née dans le cadre du plan de modernisation de Thameslink, le réseau de trains de banlieue reliant le nord au sud du bassin de Londres en traversant son centre-ville en tronc commun, entre Saint-Pancras et Blackfriars. Après plus de deux ans d’essais, une avancée décisive vient d’être annoncée : le 17 mars, un train régulier a circulé en conduite automatique sur le tronc commun de Thameslink. C’est une première sur le réseau ferré britannique. Cette nouveauté, qui devrait permettre de faire passer 22 trains par heure sur le tronc commun fin 2018, contre 12 actuellement, est également une première mondiale en service régulier, alors que d’autres essais (niveau GoA2) ont lieu sur Betuweroute néerlandaise, pour le fret cette fois, dans le cadre de Shift2rail. Cette initiative européenne comprend un projet intitulé ATO over ETCS up to GoA4, dans le cadre duquel un essai pilote doit avoir lieu en Grande-Bretagne début 2019.
    Sans pour autant mettre en œuvre ERTMS, d’autres projets d’automatisation sur réseau ferré national (niveaux GoA2 à 4) retiennent l’attention.
    En Russie, explique Pavel Popov, un triage est doté de trois locomotives (GoA4) de manœuvres équipées de caméras, radar et lidar. Le GoA2 (voire 3 à terme)  a été mis en œuvre sur la ceinture de Moscou récemment rouverte au public.
    Luc Laroche, directeur du projet Train automatique à la SNCF, indique que deux prototypes de train sans conducteur (GoA4) sont prévus en 2022, l’un pour la banlieue (GoA3 et 4), l’autre pour le fret (GoA4). Deux autres pistes sont explorées, tant dans la télécommande (garage) que la grande vitesse (TGV Paris – Lyon en GoA2). L’idée de la SNCF est de développer une conduite automatique basée aussi bien sur ERTMS que sur la signalisation latérale en l’attente d’ERTMS. De plus, « la conduite automatique prépare le déploiement d’ERTMS niveau 3 », selon Luc Laroche.
    Le satellite pour dématérialiser la signalisation
    Un niveau 3 qui est encore dans une « phase conceptuelle », selon l’Unife. Les niveaux 1 et 2 d’ERTMS et leurs équipements respectifs sont, eux, bien définis depuis les années 1990. En principe, le niveau 3 vise à dématérialiser la signalisation et la localisation des trains, mais aucune solution standard n’a encore été fixée. Ce qui pourrait se révéler un avantage, le niveau 3 n’ayant ainsi pas adopté des solutions techniques qui auraient eu le temps de devenir obsolètes, depuis que l’on en parle ! Qui dit dématérialisation de la signalisation dit allègement des coûts liés aux installations fixes. C’est pourquoi le niveau 3 pourrait bien être une piste d’avenir pour équiper à faible coût les lignes à faible trafic, tout en tirant profit des recherches menées dans le cadre du programme Shift2Rail. Il pourrait également s’appliquer à des trains de banlieue, à grande vitesse ou de fret, d’où l’importance du contrôle d’intégrité.
    Beaucoup de questions fondamentales restent ouvertes pour développer le niveau 3. Très tôt, l’idée d’un canton mobile et déformable, entourant le train comme une bulle, a été évoquée, mais la piste d’un cantonnement fixe à balises virtuelles est également suivie. Quid de la communication avec le train ? Par GSM-R, par le futur FRMCS ou un autre type de radiocommunication ? Et par quels moyens sera assurée la localisation du train ? Par balises virtuelles, capteurs ou satellite… voire une combinaison de ces solutions ? Le développement de la navigation par satellite plaide en faveur de cette dernière piste. En faisant toutefois attention aux secteurs non couverts (tunnels…) qui impliquent une localisation complémentaire à l’aide de données « sol » (balises et odométrie). En Australie, par exemple, des applications satellitaires associées à l’ERTMS sont entrées en service l’an dernier. En Europe, plusieurs essais concluants ont été menés au niveau 2 sur des lignes régionales, comme Satloc en Roumanie et Ersat par RFI (avec Galileo), à titre expérimental en Sardaigne (Cagliari – San Gavino), puis au sud-ouest de Turin, sur la ligne de Pignerol à la bifurcation du Sangone (30 km), au niveau 2 dès l’an prochain et au niveau 3 en 2022.
    « Le niveau 2 a un coût, le niveau 3 est un rêve », constatent les participants à l’initiative collaborative ERTMS Hybrid Level 3 associant le néerlandais ProRail et le britannique Network Rail. Au bord de la saturation, ces deux réseaux souhaitent améliorer la capacité des voies en place, ce qui pourrait être réalisé par le niveau 3. En attendant que ce dernier existe, un « niveau 3 hybride » a été étudié, qui se rapproche des performances du niveau 3 avec les moyens du niveau 2. Du moins si l’on dispose d’un contrôle d’intégrité des trains. Le cas contraire étant envisageable, le projet se base sur des scénarios dans lesquels les cantons peuvent présenter quatre états : « libre » (pas de train), « occupé » (train avec contrôle d’intégrité positif), « ambigu » (train dont on ne sait rien) et « inconnu » (rien n’indique que la voie soit libre). Une première démonstration de cet Hybrid Level 3 a été effectuée par Network Rail sur les 7 km des voies d’essais ENIF (ETCS National Integration Facility) en décembre 2017.
    La radiocommunication du GSM-R vers le FRMCS
    Adopté en 1994 pour les transmissions de données impliquées par le niveau 2 d’ERTMS, le GSM-R (avec un « R » comme Railway) est considéré comme un succès, ne serait-ce que parce qu’il a réussi à devenir un standard, remplaçant un très grand nombre de systèmes de radiocommunications ferroviaires. Et pas seulement pour ERTMS ! Mais près de 20 ans après les premiers déploiements, alors que trois générations de téléphonie mobile se sont succédé, la version ferroviaire du GSM commence à accuser son âge : « La digitalisation des chemins de fer demande des capacités bien plus grandes que le GSM-R », souligne Renato Mazzoncini en tant que président de l’UIC. D’autant plus que « le GSM-R fait partie des points faibles en matière de cyber-sécurité », remarque Miki Shifman, vice-président de l’entreprise Cylus, spécialisée dans la cyber-sécurité ferroviaire. La cyber-sécurité devient un sujet en soi à l’heure de la digitalisation du rail, avec des cas réels d’infiltrations, en 2012 aux Etats-Unis (réduction des limites de vitesse par des hackers) comme en 2017 en Allemagne (réseau informatique de la DB attaqué par WannaCry). Toujours est-il que le GSM-R a sans doute duré plus longtemps que prévu et que la question de son remplacement se pose depuis 2012.
    Philippe Citroën rappelle la mise en place récente du comité Unitel au sein de l’Unife qui, en tant que plateforme des principaux fournisseurs européens de GSM-R, « apportera son appui aux activités futures concernant l’ERTMS et les télécommunications ferroviaires, notamment pour la transition qui s’annonce entre le GSM-R et le système ­FRMCS », acronyme de Future Railway Mobile Communication System. Tout en étant « à l’épreuve du futur » – mais à quelle échéance, sachant que les fournisseurs se sont engagés à apporter un soutien au GSM-R jusqu’en 2030 au moins ? – FRMCS se devra d’être « au moins aussi bien que GSM-R » et surtout de garder la fréquence de 5 MHz dédiée aux communications ferroviaires. De plus, même si l’usage des communications vocales est en baisse, cette fonction restera indispensable pour les situations de crise et devra être intégrée dans le nouveau système. Concrètement, on parle de « migration vers FRMCS » plutôt que de « remplacement du GSM-R ». Car d’autres marchés que ce remplacement sont visés, comme l’équipement des métros (pour le CBTC). Et plus le marché est grand…

    Patrick LAVAL

  • Grand Paris Express La moitié de la vérité

    Grand Paris Express La moitié de la vérité

    Le gouvernement a annoncé le 22 février dernier le nouveau calendrier pour la réalisation des lignes du Grand Paris Express. Avec le décalage de toute une partie de 2022 à 2024, d’une autre de 2024 à 2027, et le reste à 2030. Un calendrier dont on doute qu’il puisse être tenu tant le défi reste considérable.

     

    « Depuis le lancement de ce projet magnifique en 2009, on a beaucoup promis, je ne suis pas sûr qu’on ait toujours dit la vérité. » Le 22 février, le Premier ministre a voulu au contraire tenir un « langage de vérité » sur le Grand Paris Express (GPE). Il était temps. Et, c’est vrai, il s’est engagé sur ce chemin. Mais il n’est pas allé au bout.

    Edouard Philippe a rappelé que les neuf kilomètres de la ligne 14 ont été réalisés en neuf ans, alors qu’on veut aujourd’hui réaliser 200 km en 20 ans… Le métro parisien, de plus, est assez peu profond : entre 10 et 25 m. Pour le GPE, on sera plutôt entre 30 ou 40 m. Parfois même à 50. Plus compliqué. Plus long. Plus cher.

    Un kilomètre par an, c’est ce qu’on a fait récemment. Dix kilomètres par an, c’est ce qu’on veut faire. A Shanghai ce ne serait pas un problème : on y a construit 588 km en moins de 30 ans. Riyad ou Doha pourraient relever ce défi. Paris au début du siècle dernier n’en était pas loin. La première ligne a été inaugurée en 1900, comme il se doit pour les jeux Olympiques. En 1913, à la veille de la guerre, le réseau comptait huit lignes, totalisant 91 km, réalisés en quinze ans. Six kilomètres par an.
    Dans le Grand Paris d’aujourd’hui, qui peut y croire ? La promesse est énorme. Elle est maintenue. Elle ne sera pas tenue. Certes, le Premier ministre a usé dans son discours d’une commodité éprouvée : « à l’horizon 2030 ». Elisabeth Borne, la ministre des Transports, en précisant le calendrier n’y a pas eu recours. Le calendrier décidé le 22 février consiste donc à décaler, au sein d’une plage de temps officiellement inchangée, toute une masse de 2022 à 2024, une autre de 2024 à 2027, et le reste à 2030.

    En 2024, du fait de ce décalage, sur un total d’environ 200 km, ce ne sont plus, selon nos estimations à la louche, 120 km qui devraient être ouverts aux voyageurs en 2024, mais 70 km. Cela paraît plus raisonnable. Tout de même, 70 km à finir dans les six ans qui viennent alors que le premier tunnelier n’a pas encore commencé à creuser… Et 130 km dans les six ans qui suivent…
    En fait, comme on ne peut pas aller plus vite que la musique, après 2024, il risque de rester bien plus de 130 km à réaliser. Ce qui rend l’objectif 2030 encore plus farfelu. Le calendrier avancé le 22 février est, selon le Premier ministre, « extrêmement tendu, réaliste, tenable mais déjà tendu ». Tenable ? Non.

    La vérité du 22 février n’est pas la vérité vraie, que permettent de cerner les financements disponibles, les marchés passés, les capacités du BTP ou l’avancement des chantiers en cours. C’est la vérité recevable. Celle qui ne fait pas trop perdre la face aux maires qui vont retourner devant les électeurs en 2020. Ou aux présidents de conseil départementaux dont le sort est lié aux élections de 2021. Ou à l’Etat, qui est après tout la source du projet et des promesses inconsidérées. Et pourtant, cette demi-vérité, les élus la reçoivent très mal. Déjà, en 2012, quand il avait énoncé des choses semblables dans un rapport remis au gouvernement, Pascal Auzannet avait eu droit « au goudron et aux plumes ». Il l’a rappelé le 9 mars devant le Club VR&T (voir aussi p. 58). Même bronca cette année. Au lendemain du 22 février, les présidents de conseil départementaux, de gauche, de droite, et Valérie Pécresse ont dénoncé dans un communiqué commun un « scandale d’Etat ». Les communiqués propres à chacun sont moins violents. Mais tous ensemble, les grands élus sont intenables. Si scandale d’Etat il y a, il n’est pas d’aujourd’hui, où l’on commence à raconter moins de calembredaines. Mais d’hier, quand l’Etat et la région ont tout promis et que tout le monde a fait semblant d’y croire ou s’est pris au jeu. Ils n’ont pas eu tort. On était dans une logique performative : énoncer le projet, c’était le rendre irréversible. Mais on est allé trop loin dans les promesses. D’où la difficulté d’atterrir.

    F. D.