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  • Wi-Fi. La SNCF lance son service TGV Connect

    Wi-Fi. La SNCF lance son service TGV Connect

    Ouf ! A l’heure du tout connecté, la SNCF propose enfin à ses voyageurs du Wi-Fi à bord des TGV, gratuitement. Ça a démarré officiellement le 15 décembre, en commençant par la ligne Paris – Lyon, mais une démonstration a été faite à la presse deux jours auparavant.

    « Le besoin de connexion en mobilité c’est la première demande qui s’exprime dans les enquêtes clients [plus de 80 % le réclament, NDLR], a rappelé Guillaume Pepy, président de SNCF Mobilités. Il s’agit de l’un de nos projets les plus spectaculaires. La promesse c’est que d’ici 2020, 90 % des voyages en train en France seront connectés. Soit au travers de la 3G-4G pour les trains à vitesse classique, soit avec un équipement Wi-Fi à bord qui traite le signal pour les TGV. » Principe du service : un accès Web plus un portail du voyage où gérer son accès Internet, son voyage, ses réservations, son arrivée, trouver les plans nécessaires et des services fournis à bord.
    Ce lancement en grande pompe intervient tout de même 10 ans après les premières expérimentations sur Thalys, qui proposait du Wi-Fi payant depuis 2008 et même, depuis avril dernier, un nouveau service gratuit et plus performant. Mais aussi six ans après la tentative coûteuse et infructueuse de « TGV Box » dans le TGV Est. Enfin, un peu plus de deux ans après le tweet de la secrétaire d’Etat au Numérique d’alors, Axelle Lemaire, qui avait fait couler tant d’encre : « Toc toc toc, la SNCF : on peut se voir pour discuter Wi-Fi dans le train ? Merci d’avance ! 😉 ». C’est d’ailleurs ce tweet qui avait déclenché le plan Orsec à la SNCF et motivé en partie le lancement d’un appel d’offres remporté par Orange Business Services pour la connectivité, associé à Engie Ineo et 21.Net, spécialiste de la connexion à très grande vitesse pour toute la partie embarquée (voir encadré « L’équipement d’une rame »). Les équipements sont bien sûr invisibles, à l’abri derrière les luminaires de chaque voiture.
    A l’été 2015, Guillaume Pepy promettait alors qu’on allait pouvoir surfer sur Internet dans tous les trains à la fin de 2016. La promesse est donc décalée de 4 ans. Et les premiers servis seront les TGV, ceux qui embarquent notamment la clientèle d’affaires qui a besoin de connexion pour travailler. Avec un objectif d’équiper les 300 rames du réseau avant la fin 2017, les TGV Armorique et Océane dès le 2 juillet, jour de leur inauguration et avec « dans l’ordre, les axes Bordeaux, Strasbourg, Lille, Rennes et Marseille », a détaillé Rachel Picard, la directrice générale de Voyages SNCF. Coût de l’opération : 100 millions d’euros, « investissement qui n’a pas de rentabilité immédiate puisque le Wi-Fi à bord est gratuit ».
    Pour Orange, qui investit 15 milliards d’euros dans le très haut débit fixe et mobile entre 2015 et 2018, la prouesse technologique est grande également. Elle consiste à installer le long des voies ferrées, tous les 3 km, une borne avec un réglage très précis. Car « à 300 km/h, on passe d’une cellule à l’autre toutes les 15 secondes environ. Le dialogue entre le réseau et les terminaux doit être optimisé et près de 200 relais peuvent être accrochés sur les 430 km d’un Paris – Lyon », précise Luc Barnaud, directeur Opérateurs et partenaires mobiles chez Orange. Mais cette fois, le service avec la 4G est « robuste », contrairement aux précédents qui fonctionnaient avec le satellite et souffraient de fréquentes coupures. « En travaillant main dans la main avec les opérateurs et l’Arcep, ça a avancé beaucoup plus vite en 18 mois que ça n’avait avancé en 10 ans », a d’ailleurs reconnu Guillaume Pepy. La SNCF a notamment fait les mesures de couverture, partagé les données, facilité l’accès aux emprises et les travaux…
    Et les trains du quotidien ne sont pas oubliés puisque par exemple sur le RER C, la SNCF promet qu’au début 2017, les tunnels seront connectés. Benoît Tiers, directeur général Digital et Systèmes d’information de la SNCF relève aussi le travail effectué sur « l’endroit le plus complexe de France sur le plan de l’irrigation des télécoms : les 30 premiers km entre Montparnasse et Massy, dont 11 de tunnel seront équipés fin 2017 ». Le nouveau DG Digital du groupe annonce aussi qu’après les deux saisons du digital, lancées ces dernières années, autour de l’open data et du big data puis de l’Internet des objets, la saison 3 s’ouvrira au premier trimestre 2017. Toutes les initiatives ont un socle commun, ajoute-t-il : « La connectivité de nos trains, qui permet d’améliorer la maintenance et la régularité ». De plus, 345 gares seront 100 % connectées fin 2017.
    L’Internet à bord, à 300 km/h, n’est donc que la partie émergée de l’iceberg. Mais elle est aussi, selon son président, « symptomatique du fait qu’on ne gère plus des flux, mais des personnes : chaque jour, 350 000 clients différents qui utilisent le TGV avec des besoins, notamment de connexion, différents. »
    Cécile NANGERONI

  • 25e Palmarès des mobilités

    25e Palmarès des mobilités

    Voilà un chiffre qui conforte les autorités organisatrices et les exploitants de transport dans leurs efforts en faveur de la mobilité : plus des deux tiers des Français qui habitent dans les grandes agglomérations utilisent régulièrement les transports publics. Une part en hausse de six points entre 2014 et 2016, indique l’UTP dans…

    l’observatoire de la mobilité qu’elle présente chaque année. Cette progression s’explique à la fois par l’extension de l’offre et par les efforts réalisés en matière de services proposés aux voyageurs.

    C’est aussi évidemment ce qui explique les résultats de notre Palmarès des mobilités 2016 : Grenoble sur la première marche du podium bénéficie d’un engagement jamais démenti en faveur des transports publics.

    Lorsque nous avons lancé notre palmarès pour la première fois en 1992, Grenoble avait déjà reçu le Ticket d’or.

    Cette année encore, elle se place largement en tête grâce notamment à la restructuration et au maillage de son réseau. Elle se voit d’ailleurs aussi récompensée par le Pass thématique Mobilité durable/Nouvelles mobilités pour avoir imposé aux véhicules, depuis janvier dernier, de ne pas dépasser les 30 km/h sur 80 % de sa voirie. Un modèle à suivre ?

    Modèle également, Montpellier, qui obtient le Pass d’argent, a innové en mettant un service le premier tram circulaire de France et cherché à favoriser la multimodalité.

    Notons enfin le grand retour de Bordeaux sur la troisième marche de notre podium. En plus de l’allongement du réseau, la capitale girondine mise sur un plan ambitieux pour favoriser le report modal et l’accès aux nouvelles mobilités.

    Et, – ce n’est pas un hasard –, Bordeaux est également récompensé par le Pass thématique Modernisation pour la mise en place de services partiels de tram en centre-ville. Une innovation qui lui permet de proposer plus de fréquences avec le même nombre de matériel et de conducteurs.

    En plus des deux Pass thématiques attribués à Grenoble et Bordeaux, quatre autres ont été décernés dans les domaines de l’intermodalité, l’innovation, la mobilité numérique et l’automobile dans la ville connectée.

    Le septième, le Grand prix européen de la mobilité, récompense la ville de Sion pour sa capacité à imaginer et tester des solutions innovantes.

    Ces prix ont été attribués par notre jury (constitué cette année de douze participants, voir p. 20) qui s’est réuni en octobre pour en débattre.

    Rappelons enfin que, comme chaque année, le classement de notre palmarès s’appuie sur les chiffres clés 2015 recueillis par l’UTP auprès des grands réseaux de France. Nos résultats se basent ainsi sur une quinzaine de critères, dont disposait alors l’UTP au moment où nous avons préparé ce numéro. Ils portent notamment sur l’évolution de l’offre, du trafic, des voyages par km, des voyages par habitant, du taux de couverture ou encore de la vitesse d’exploitation des bus. Nous remercions vivement l’UTP pour la mise à disposition de ces chiffres.

    Marie-Hélène POINGT


    Notre jury

    Pour sa 25e édition, Ville, Rail & Transports a réuni un jury de spécialistes comprenant des experts et des représentants d’élus, de transporteurs et d’associations d’usagers ou de défense de l’environnement ainsi que des membres de la rédaction. Cette année, le jury était placé sous la présidence de Gabriel Plassat, ingénieur Energie et Prospectives, Transports et Mobilités à l’Ademe.

    Le 19 octobre, notre jury s’est réuni dans les locaux de VR&T pour une matinée d’échanges qui a donné lieu à l’attribution de nos prix thématiques.

    Y ont participé : Guy Le Bras(directeur général du Gart), Anne Meyer(directrice du département Affaires économiques et techniques de l’UTP), Christian Broucaret(président de la représentation Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin de la Fnaut), Ingrid Mareschal(déléguée générale de la FNTV), Jean Thevenon(responsable Transports et mobilité durables à France Nature Environnement), Arnaud Rabier(secrétaire général d’Agir), Grégoire Carrier(chef du département Déplacements durables du Cerema) et Olivier Schneider(président de la FUB), Marie-Hélène Poingt(rédactrice en chef de VR&T) Cécile Nangeroni (VR&T), Marion Bonnet(VR&T).

    Un grand merci à eux pour leur participation, leurs remarques éclairées et constructives et bien sûr leurs votes Nous remercions aussi tout particulièrement l’UTP et Anne Meyer pour la mise à disposition des chiffres de l’année qui nous ont permis d’établir notre palmarès des mobilités.


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  • 25 ans de transport public et de nouvelles mobilités

    25 ans de transport public et de nouvelles mobilités

    A l’occasion de la 25e édition du Palmarès des mobilités, Ville, Rail & Transports mesure le chemin parcouru par les acteurs du transport public en France sur un peu plus de deux décennies…

    Que ce soit du point de vue du matériel, de l’offre de transport ou des services, les progrès sont conséquents et les fréquentations en hausse. « La hausse de fréquentation concerne les réseaux de toutes tailles. Elle est liée au développement de l’offre qui a augmenté de 60 % en 20 ans, du fait notamment de l’extension des territoires desservis, commente Marc Delayer, un des vice-présidents de l’UTP. D’un point de vue qualitatif, les progrès sont énormes ainsi que la façon de “packager” des offres de mobilité, que ce soit dans le domaine de la billettique, des applications, des solutions intermodales… Aujourd’hui, 70 % des réseaux sont équipés en systèmes billettiques et la totalité proposent des services numériques, sites web, applications… »

    Et demain ? Les mesures antidiesel aidant, on nous promet des véhicules plus « propres », on nous parle d’électromobilité. Quant à la voiture, elle gardera un rôle central, prédisent les experts que nous avons interrogés. Mais son usage ne sera plus le même et s’intégrera dans les politiques de mobilité. Ajoutons le conseil de l’économiste Yves Crozet : les élus, qui n’ont pas vu venir la révolution du smartphone ou celle du low cost, auraient désormais intérêt à développer le covoiturage urbain.

     

    Le Palmarès des Palmarès

    Strasbourg remporte notre Palmarès des Palmarès. Depuis 1992, cette collectivité  s’est vu décerner 14 pass au total (dont six d’or, un record !). Viennent ensuite Nantes avec 12 pass puis Lyon qui en a gagné 11.

    https://vrt.europechina.net/sites/default/files/Tableau%20Palmare%CC%80s%20des%20Palmare%CC%80s.png


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  • Les 1 000 des mobilités

    Les 1 000 des mobilités

    En 25 ans, ils ont changé et continuent de changer la mobilité en France…

    Ils sont transporteurs, designers, industriels, ingénieurs, politiques, syndicalistes, architectes, urbanistes, musiciens, cuisiniers, promoteurs… Pour dresser cette liste, nous nous sommes un peu fondés sur des organigrammes, et beaucoup sur des rencontres, d’aujourd’hui ou d’hier.

    Il en résulte une liste sans doute arbitraire, et qui se joue un peu des hiérarchies. On y trouvera de rares (et à nos yeux pertinents) anachronismes et quelques (indispensables) touches venues de l’étranger. On y relèvera des omissions, forcément impardonnables, et pour lesquelles nous demandons d’entrée de jeu l’indulgence amusée des lecteurs.

    Et, même si nous ne les citons pas, nous n’oublions pas les dizaines

    de milliers de conducteurs, contrôleurs, régulateurs, vendeurs, techniciens anonymes qui tous les jours assurent la mobilité. Malgré les imperfections, cette nuée de microportraits fait assez fidèlement apparaître à nos yeux

    le visage de la nouvelle mobilité française.

    Précisons enfin, pour les lecteurs pointilleux qui voudraient s’assurer que nous avons atteint l’objectif que nous nous sommes fixé, que le compte

    n’est pas tout à fait bon. Il n’y a pas mille personnes dans les pages qui suivent. Il y en a un peu plus. Il aurait pu y en avoir beaucoup plus.

     

    A lire : les 1000 de A à Z.

  • Alstom, SNCF Pourquoi ça rame

    Alstom, SNCF Pourquoi ça rame

    L'affaire de Belfort a été provisoirement résolue par le gouvernement. Née surtout d'une divergence sur les TGV, elle illustre le désamour entre SNCF et Alstom. Et souligne la divergence d'intérêts entre les deux acteurs essentiels du ferroviaire en France, que l'absence affligeante de vision de l’Etat ne fait qu'accentuer. L’affaire n’est pas d’hier…

     

    Novembre 2000. François Lacôte quitte la SNCF pour Alstom, dont il devient Senior vice président et directeur Technique. François Lacôte, directeur du Matériel de la SNCF, est entré en TGV avec les rames Atlantique. C’est à lui qu’on doit d’être passé à 300 km/h au lieu de 270. Il est l’homme du record de 1990, à 515,3 km/h. Et c’est lui qui, avec Louis-Marie Cléon, a mis au point le TGV Duplex. Le transfert de Lacôte est un symbole. Les TGV ont été conçus par la SNCF. On considérait alors les industriels comme des manufacturiers spécialisés (mécanique, traction), qui réalisent ce qui a été conçu dans les bureaux d'études de l'entreprise historique, leader de la filière. Les contrats étaient alors passés avec des groupements. Le schéma a fait ses preuves. Système vertueux, souligne un spécialiste, et les constructeurs et l’exploitant travaillaient alors en confiance. Mais il ne répond plus aux normes européennes ou aux mœurs industrielles.
    On entre dans un autre monde. Des industriels concurrents, devenus multispécialistes, vont proposer des solutions à des appels d’offres fonctionnels. Louis Gallois, nommé président de la SNCF en 1997, connaît la musique. Il vient de l'aéronautique, où c'est la règle. Les compagnies aériennes, répète-t-il, ne conçoivent pas les avions ! Il faut changer la nature et les missions de la toute puissante direction du Matériel. Pas simple. Si la SNCF est un Etat dans l'Etat, la direction du Matériel de la rue Traversière, à Paris, est un Etat dans cet Etat. Désormais, elle n’aura plus pour tâche de concevoir les matériels, mais de formuler les besoins et d’acheter les solutions. Gallois tente de convaincre les ingénieurs : ce n'est pas une perte de savoir-faire, c'est une métamorphose. Savoir acheter, savoir faire faire, c'est tout un art.
    Soit dit en passant, quinze ans plus tard, la métamorphose est loin d'être achevée. L'appel d'offres, en cours de jugement, pour le RER 2N NG comporte plus de 4 000 conditions obligatoires, dites F0 (flexibilité zéro), assignées par la SNCF. Et, comme nous le dit un connaisseur, il y a, aujourd’hui encore, plus de « sachants au CIM que chez Alstom », le CIM étant le Centre d’ingénierie du matériel, composante essentielle, délocalisée au Mans, de l’ancienne grande direction. Certes, on promet maintenant, benoîtement, des appels d’offres tenant en deux pages, pour le TGV du futur. C'est, paraît-il, le partenariat d'innovation Alstom-SNCF qui permettra de le faire, la conception étant faite en amont. C'est ce qu'on annonçait il y a plus de quinze ans. On comptait alors y parvenir grâce à la séparation stricte des fonctions… Deuxième remarque, en passant toujours, ce qu'on a connu il y a quinze ans au Matériel est ce qui se produit aujourd’hui à SNCF Réseau, et les résistances d'IG, l'ingénierie de la SNCF, à l'arrivée des industriels et à leur savoir-faire, font écho à celles du Matériel.
    Revenons au tournant des années 2000. Ce qui va de pair avec le changement de mission du Matériel, c’est l’obligation nouvelle de recourir à des appels d’offres. Quoi ! Alstom mis en concurrence ! Quelle idée ! C’est une autre révolution. Cela dit, pendant la période de transition, on pourra toujours s'accommoder. Un haut responsable de la SNCF, quand on lui demande comment cela va se passer, sourit : « Nous ferons en sorte qu'Alstom soit bien placé… » Après tout, la SNCF n'a pas trop à se plaindre de son constructeur national, ni de tous ceux qui gravitent autour et qui seront pour une bonne part au fil des ans repris dans le groupe.


    L’affaire s’engage mal avec les déboires du X 72500

    Quoique. Déjà, une affaire d’automoteur, les Z2, s’était mal passée, Alstom ayant, aux yeux de la SNCF, proposé bien trop cher le passage de l’électromécanique à l’électronique de puissance. Mais le premier vrai problème est venu avec le nouvel automoteur régional, qu'on a promis sous le nom ronflant d'automoteur du futur. C’est
    l’X 72500, lointain prédécesseur des Régiolis ou des Regio 2N. Les premières rames arrivent dans la région Centre en 1997. Le matériel est conçu pour revitaliser le transport régional qui a bien failli disparaître mais a été sauvé par la réforme Haenel et le transfert aux régions. Or, le matériel qui doit être le symbole de ce renouveau fonctionne mal. La liste des problèmes est trop longue pour qu'on s’amuse à la dresser. Les présidents de région fulminent. A la SNCF, on parle d'accident industriel. Louis Gallois fait part de sa déception à Pierre Bilger, alors PDG d’Alstom. Et lui dit, lors d’une conversation téléphonique rapportée par un témoin : « Si ça continue, la prochaine fois, nous n’achèterons plus Alstom. » Ce à quoi Pierre Bilger aurait répondu : « Bientôt, vous ne pèserez plus que 10 % de notre chiffre d'affaires »… Gallois ne décolère pas.
    Le TER du futur est victime de cet entre-deux, ce moment où l'on passe de la conception par la SNCF à celle par Alstom. En fait, c'est encore plus compliqué. Un troisième acteur est entré dans la danse. Le cahier des charges a été défini, conformément à l’esprit de la régionalisation, avec une dizaine de conseils régionaux emmenés par le président du Centre, Maurice Dousset. Sans oublier le designer, intervenu cette fois très en amont, ce qui ne fut pas sans conséquences, pas toujours heureuses, sur l’architecture du matériel. Quatre intervenants pour une usine à gaz ? Les matériels auront beau repasser en usine, être rétrofités à deux reprises, rien ne pourra réparer les erreurs de conception.


    Les nouveaux péages ruinent le modèle TGV

    Le transport régional n’a alors pas l’importance qu’il a acquise aujourd’hui. Le fleuron de la SNCF, c’est le TGV. Les dirigeants le disent : c’est le TGV qui fait vivre la boîte. Jusqu’à ce que tout se renverse. Et que, de ce fait, les intérêts d’Alstom et de la SNCF, qui allaient à peu près de pair, se mettent à diverger. En mars 2008, à Amsterdam, se tient le congrès de la grande vitesse EurailSpeed. La délégation française arrive. SNCF et Alstom ensemble. Les visages fermés. Les Français montent à la tribune. François Lacôte en tête. Interviennent. Repartent aussitôt. Les visages encore plus fermés. On sait les Français arrogants, mais manifestement cette fois, l'heure est très grave. Que se passe-t-il ? C'est simple, nous dit-on. La Grande vitesse est morte. RFF a remporté d'importants arbitrages. On s'apprête à adopter un nouveau mode de calcul pour l’usage des infrastructures. En gros, au lieu de payer au train et au type d'infrastructure (les TGV payant de toute façon plus cher), on va payer, de plus, à la capacité d'emport. La SNCF a tout misé sur le TGV Duplex, compte tenu justement des péages, et pour en amoindrir l'effet. Le modèle économique s'effondre.
    Est-ce vraiment ce jour-là que tout a changé ? Pas sûr. Mais c’est ainsi perçu. Et, de fait, le discours de la SNCF va changer du tout au tout. Chaque année devant la presse, lors d’un séminaire qu’avait voulu Louis Gallois, les grands dirigeants du groupe annoncent le lancement prochain de l'appel d'offres du siècle. Attention ! dit-on, les premiers TGV auront bientôt trente ans. Il va falloir les renouveler. De plus, de nouvelles LGV vont arriver, qui vont nécessiter de nouveaux trains… On va voir ce qu'on va voir. Guillaume Pepy porte ce discours quand il est numéro 2 de la SNCF, sous Gallois, sous Idrac. Mireille Faugère aussi en tant que directrice de SNCF Voyages. Et puis tout change. David Azéma devient numéro 2 de la SNCF en juin 2008, au début de la présidence Pepy. Mireille Faugère est débarquée en décembre 2009. Un visiteur sort du bureau d’Azéma admiratif et éberlué. « Vision d'avenir ! Stratosphérique ! » Le stratège et financier lui décrit des TGV réduits aux LGV, des grandes gares hubs, et puis des autocars partout, des avions régionaux ! « C’est la fin du train ! », conclut le visiteur. Une expression faisait florès à la SNCF : l'effet réseau. Le TGV irrigue le réseau national, assure en direct des dessertes terminales, c’était le gage du succès. Plus question d'effet réseau. On va rêver d’effet noyau.
    A la fédération des industries ferroviaires, on prend très au sérieux le risque de réduction des TGV au réseau noyau. Et l'on fait un parallèle avec le fret… On redoute l'attrition. Pour Alstom, c'est la catastrophe. Pas d'appel d'offres du siècle ! Il avait toutes les chances de le remporter. Il est le seul à faire de la grande vitesse Duplex, et la SNCF ne veut que du Duplex. Mais la SNCF ne veut plus rien. Et c'est d'autant plus dur qu'Alstom a mis le paquet sur le train à deux niveaux pour les besoins de son principal client, et que cela le met à mal sur les marchés mondiaux. Car le Duplex, on n'en veut pas ailleurs qu'en France, sinon au Maroc. L’Asie donne le ton, et, en Asie, on tient à d’autres dispositions : gabarit large pour la capacité, quai haut pour l’accessibilité. Alstom, constructeur mondial, observe le développement de la grande vitesse dans le monde et veut sa part. Aussi conçoit-il son propre train, sur fonds propres. En tentant de convaincre la SNCF de s'y intéresser. Un train qui concilie motorisation répartie (comme les Allemands le font depuis les années 90 et les Japonais depuis toujours) et rame articulée (comme le TGV). Ce à quoi la SNCF, du temps déjà de Gallois, quand Alstom planche sur le projet répond : « pourquoi pas ? mais à la condition que vous nous proposiez une version Duplex. » Si ce n’est incompatible, c’est très compliqué. En février 2008, Nicolas Sarkozy président de la République, inaugure l’AGV. Rame articulée, motorisation répartie, un niveau. Le sublime train à la face noire ne connaîtra pas d’autres versions. Et, neuf ans après, seules 25 rames ont été vendues, à NTV, nouvel entrant italien.
    Alors que les trains à grande vitesse produits par Siemens sont grosso modo les mêmes, qu'ils circulent en Allemagne, en Chine ou en Russie, les trains à grande vitesse d'Alstom diffèrent radicalement, selon qu’ils sont produits pour le marché intérieur historiquement, ou proposés pour le marché étranger. Proposés. Mais, comme l’AGV, pas toujours vendus.


    Pas facile de se mettre à l’écoute du marché

    Et là, on met le doigt sur un autre souci, qui ne tient pas cette fois aux bisbilles entre SNCF et Alstom. Quelque chose qui les rassemble plutôt. Est-ce le fait d'un pays d'ingénieurs ? D'un appareil d'Etat omniprésent dans l'économie ? Des grands corps ? Du colbertisme ? De l’hégémonie ? Bref, Alstom a parfois du mal à se mettre à l'écoute du marché.
    En France, par exemple, Besançon veut un tram court, de 23 mètres. Alstom répond : nous avons un excellent tram, de 32 mètres. Résultat, CAF l'emporte. En Algérie, les dimensions du métro d'Alger sont d'autant mieux connues que le génie civil de la première ligne est réalisé depuis des années. Quand l'Algérie reprend le projet, Alstom répond. Avec sa gamme de métro, sans se soucier de l'adapter aux longueurs de quai. Les Algériens, furieux, donnent le marché à un groupement emmené par Siemens TS, et comprenant CAF, qui réalise les caisses. En septembre dernier encore, lors de son audition par des députés, Henri Poupart-Lafarge parle de sa locomotive Prima 2, objet de grande fierté… mais que personne n'a achetée. Il est vrai que c'est une locomotive de fret et que l'état de Fret SNCF ne lui permet pas de commander beaucoup de locomotives.
    L’hégémonie ne fait pas que du bien. D'où sont venues en France les idées nouvelles qui ont marqué le ferroviaire, lourd ou urbain ? Le renouveau du tramway est venu du design de Philippe Neerman pour l’Eurotram de Strasbourg, réalisé par l'italien Socimi, intégré depuis dans Bombardier. Immenses baies vitrées, ouvrant le tram à la ville et la ville au tram. Conception, nous dit un ingénieur, qui a eu des conséquences tout à fait néfastes pour l’exploitation, du fait de la largeur des portes louvoyantes-coulissantes d’un seul tenant. Mais qui a forcé à repenser le tram. Des années plus tard, le renouveau du train francilien est venu du Francilien, la NAT de Bombardier, train magnifique et spacieux, qui plus est fiable… après une mise au point pénible. Quant à la technologie du métro automatique de Météor, elle a été développée par Matra, devenu depuis Siemens…
    Pour les tramways, Alstom a su réagir. Aiguillonné par la concurrence, il est passé du Tramway français standard, qui n’a convaincu qu'une poignée de réseaux français, au Citadis, qui sera un succès mondial. Avec, cette fois, une continuité de gamme entre ce qu'on propose en France et ce qu'on vend ailleurs. Continuité plus facile à garantir dans l’urbain que dans le ferroviaire…
    Pour les trams-trains, la réaction dans l’Hexagone est plus radicale. L’Avanto a été commandé du temps de Louis Gallois à Siemens, qui a remporté l’appel d’offres lancé en 2001 pour un tram-train entre Aulnay et Bondy. A part d’autres Avanto pour le tram-train de Mulhouse, la brèche sera vite refermée. Les Citadis Dualis d'Alstom font l'objet d'un contrat-cadre et équiperont l'ensemble des services tram-train sur le réseau national.
    Dans le fret, à l’occasion des dernières grandes commandes, désormais lointaines, la SNCF ouvre les marchés. Des locomotives fret sont d’abord commandées à Vossloh. Puis d'autres à Siemens et Alstom à la fois : les deux groupes, invités à s'entendre, fournissent alors des locos motorisées par l'Allemand et assemblées par le Français à Belfort. Alstom ne fait pas la mauvaise tête.


    L’Eurostar de la discorde

    Mais ce qui ne passe pas, et ce sera la deuxième grande crise après l’X72500, c’est la commande en 2006 de la NAT à Bombardier. Alstom se serait montré fort mauvais perdant. Anne-Marie Idrac, présidente de la SNCF, ne se laisse pas faire. Quant à Bombardier, il a su jouer finement son affaire, s’imposant au fil du temps, soit comme challenger, soit comme allié d’Alstom, de toute façon incontournable. En témoignent le Transilien et le Regio 2N dont les commandes ne sont pas anecdotiques.
    Le troisième épisode de la discorde, en 2010, va envenimer les relations très difficiles entre Guillaume Pepy et le PDG d’Alstom, Patrick Kron. On parle d’une réunion particulièrement houleuse au Maroc, où le constructeur et l’exploitant se disputent la maintenance des futures rames à grande vitesse. Contrat finalement assuré par Masteris, la filiale de la SNCF. Mais ce n'était pas l'objet principal de la fureur de Patrick Kron. C’était la commande par Eurostar à Siemens des nouvelles rames transmanche e320 qui ne passait pas.
    Eurostar est le troisième épisode. Pas le dernier. Arnaud Montebourg se targue d’avoir « tordu le bras à Guillaume Pepy » pour qu'il achète en 2003 40 TGV EuroDuplex. Le président de la SNCF a dû s'exécuter, mais la SNCF a terriblement tiré les prix à la baisse. L'un forcé d'acheter, l'autre contraint de vendre à bas coût. Les deux parties en sont sorties amères… Et le jour de la signature, au ministère des Transports, Pepy et Kron se sont serré la main dans une atmosphère glaciale, Guillaume Pepy détournant ostensiblement le visage.


    Les élus aident Alstom… jusqu’à un certain point

    On ne va pas caricaturer Alstom. Les énormes commandes décrochées récemment en Afrique du Sud, en Inde, aux Etats-Unis, les métros ou composants de métro vendus en Chine, les accords noués avec le russe TMH, montrent une grande boîte, affrontant avec succès les concurrents sur les marchés mondiaux. Mais il y a en France de vieux démons. Un jeu trouble avec la SNCF. Et le groupe n'est sans doute pas au bout de ses difficultés sur le marché français. La mobilisation brouillonne et tardive du gouvernement sur Belfort retarde les échéances. Elle ne prépare pas l’avenir. Les usines françaises d'Alstom ont un trou de 30 % dans leur plan des charges. Les demandes de localisation sur le marché mondial, font qu’il n'est pas si simple de combler les faiblesses françaises par des commandes étrangères. Par exemple l’Avelia Liberty, le train à grande vitesse vendu en août à Amtrak : il était contractuellement possible de fabriquer une partie de la commande en France. Alstom fera tout aux Etats-Unis. Décision qui d’un point de vue industriel s’impose. L'ensemble des composants doivent venir des Etats-Unis. Aberrant, dans ces conditions, d’acheminer les composants en France pour les assembler et de renvoyer le tout aux Etats-Unis, où Alstom a une usine de grande qualité qui de toute façon devra réaliser l'essentiel de la commande.
    Compliqué, donc pour Alstom. Les publicités du groupe le montrent britannique en Grande Bretagne, Indien en Inde, Américain en Amérique… Peut-il être international en France ? Certes, la communication y insiste aujourd'hui, les sites français d'Alstom travaillent à 40 % pour le marché mondial. Ornans, Tarbes, Le Creusot, etc., fournissent des composants, au-delà de la France. Et leur activité fait vivre tout un ensemble de sous-traitants.
    Pour défendre ces sites, Alstom a toujours su mobiliser de nombreux élus, sensibles à l'argument de l'emploi. Mais cet appui pourrait se retourner et finir par le gêner. La mobilisation pour Belfort est à double tranchant. Alstom décroche des commandes inespérées. Mais le groupe est obligé de maintenir un site qu'il entendait fermer.
    Aujourd'hui, le groupe a douze sites en France. Quasiment un par région, remarquait Henri Poupart-Lafarge devant les députés. Comme pour indiquer que c’est vraiment beaucoup. Pour le lobbying, jusqu’à présent, c’est mieux. Dans une logique de production industrielle, pas sûr que ce soit le cas. L'organisation d'Alstom repose sur une spécialisation forte des sites. Et qui ne bouge pas beaucoup. Les TGV par exemple : on fait, aujourd’hui comme aux débuts de la grande vitesse, les motrices à Belfort, la R4 à Reichshoffen et les autres remorques à Aytré. Alstom s’apprêtait forcément à revoir la production en fermant Belfort. Comment ? On ne le sait pas. Mais, en visitant l’usine allemande de Salzgitter – le premier site industriel d’Alstom au monde – on voit que le constructeur peut s'affranchir de schémas anciens de production. L'usine du futur, ou usine 4.0, fortement robotisée, pourrait aider à construire autrement. A Salzgitter, déjà, on ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas faire, sur une même ligne de production un tramway, suivi d'un métro, puis d'un train à grande vitesse… De nouvelles façons de produire qui amèneraient à une réduction des sites en France ? Cette fois, les intérêts de l’industriel ne rencontreraient pas celui des élus.
    Or, il lui faut peut-être revoir ses modèles de production. Une étude présentée lors d’un colloque organisé en octobre à Dijon par le réseau de chercheurs Ferinter, a montré que sur quatre nouveaux entrants ferroviaires en Europe, trois ont choisi de commander du matériel à Stadler. L’entreprise familiale suisse qui monte, sait faire du train en quelque sorte sur mesure… et le vendre, grâce aussi, nous dit-on, à de conséquentes aides à l’exportation de la Suisse. Alstom est pris en étau. Il est dimensionné, en France, pour répondre à un marché qui fléchit. Sa logique de grand groupe lui fait souhaiter de grands marchés uniformes et des commandes cadres. Mais la réalité européenne du marché ferroviaire, marqué par le chauvinisme des réseaux, reste très éclatée… Et la surprise vient d’industriels, comme Stadler (mais il n'est pas le seul) qui savent tirer leur épingle du jeu.
    La faiblesse du marché ferroviaire français n'aide pas Alstom à faire du pays la vitrine de son savoir-faire. Fret ? De plan de relance en plan de relance, il dégringole. Grande vitesse ? Les grandes heures sont passées. TET ? Alstom ne veut pas se lancer dans un nouveau train pour un si faible marché. Les trams et les métros, ça va plutôt, mais dans quels secteurs du ferroviaire lourd le groupe peut-il compter pour avoir une belle vitrine française de son savoir-faire ? Sans doute les RER. De quoi rendre terrible la bataille qui se dénoue actuellement entre CAF et le consortium Alstom-Bombardier pour le RER 2N NG.
    On ne va pas faire le numéro classique, déplorer « l'exception française » et dire qu'en Allemagne tout va mieux. Une énorme affaire de pénalités à plusieurs centaines de millions d'euros a dernièrement opposé DB à Siemens, pour les derniers ICE, livrés en retard… Mais un bon connaisseur de l'industrie des deux pays l'assure : « En Allemagne, les parties prenantes se respectent et travaillent ensemble. En France c'est beaucoup plus difficile. » C’est vrai, les relations de Guillaume Pepy avec Henri Poupart-Lafarge sont meilleures qu’avec Patrick Kron. C’est vrai aussi, une sorte de charte de bonnes pratiques entre la SNCF et les industriels pour l’acquisition du matériel roulant a été signée en juillet, et devait l’être de nouveau, en octobre, en présence des pouvoirs publics. Le travail sur un plateau commun de la SNCF et d’Alstom pour le TGV du futur pourrait aider à nouer des relations de confiance. Tant mieux. Mais ce n’est pas cela qui va faire redémarrer un secteur devenu atone. Le désintérêt profond de l’Etat pour le ferroviaire, doublé d’un interventionnisme calamiteux, n’éclaircit pas l’horizon.
        François DUMONT
        avec Patrick LAVAL

  • La bataille du véhicule autonome

    La bataille du véhicule autonome

    Les véhicules autonomes font leur percée dans tous les domaines. Après la Google car
    et autres voitures autonomes, c’est au tour des transports collectifs de multiplier les expérimentations. Le transport public pourrait être un des premiers secteurs où les véhicules autonomes se développeront à l’avenir. Avantages : ils peuvent circuler sur des axes bien balisés et compléter utilement les autres modes sur les parcours du dernier kilomètre.

    Coup d’accélérateur pour les véhicules autonomes. Trois ans après la commercialisation aux Etats-Unis de la Tesla Model S, berline électrique dotée du mode de conduite semi-autonome Autopilot, les véhicules autonomes se montrent partout. Au Salon de l’automobile, qui s’est tenu du 1er au 16 octobre à Paris, entre la Trezor, concept car de Renault, et l’ID, celui de Volkswagen, ils tenaient la vedette, au côté des voitures électriques.
    C’était aussi le cas lors du Salon des transports publics, qui a eu lieu à l’automne 2015 et mis sur le devant de la scène les navettes autonomes. Depuis, les annonces d’expérimentations se multiplient et chaque opérateur de transport public, Transdev, Keolis, RATP et autres CarPostal, présente la sienne. Enfin, et c’est une première, depuis septembre, un « vrai » autobus de 12 mètres circule de façon autonome aux Pays-Bas sur un tronçon de 20 km en site propre entre à Amsterdam et Haarlem.
    Pourtant, le sujet n’est pas si nouveau. « Il y a 15 ans, la France était leader mondial dans le domaine des véhicules autonomes publics urbains. Mais sous la pression des constructeurs automobiles, le gouvernement a stoppé son soutien », raconte Arnaud de la Fortelle, directeur du Centre de robotique Mines ParisTech. Reste que cette avance se fait encore sentir puisque les navettes mises en place notamment en France et en Suisse sont fabriquées par les sociétés françaises Navya et EasyMile.
    Désormais, le marché est en pleine effervescence et l’engouement est mondial. « Mercedes y a mis beaucoup d’argent. Les constructeurs de camions comme Volvo Scania s’y intéressent aussi. Aujourd’hui PSA et Renault s’y mettent et sont dans la course », assure Arnaud de la Fortelle.
    « Les constructeurs français avaient pris du retard par rapport à leurs concurrents américains ou japonais », souligne Abdelmename Hedhli, chargé de mission sur le transport intelligent à l’Ifsttar. « Mais ils se sont mobilisés. Et le fait que le véhicule autonome fasse l’objet d’un plan dans la Nouvelle France Industrielle, (ce qui a conduit à la création de l’institut Vedecom) est une bonne nouvelle », ajoute-t-il. Le responsable de l’Ifsttar rappelle que « PSA annonce qu’il aura son véhicule full autonome en 2020. Renault aussi. Quant aux équipementiers, comme Valeo, ils occupent une place prédominante ». Et il note que de nombreux brevets sont déposés par les constructeurs dans ce domaine.
    Mais les constructeurs classiques ne sont pas les seuls sur le créneau. Les géants du Net y voient un nouvel eldorado à conquérir. Uber a signé un partenariat avec Volvo et compte investir plus de 300 millions de dollars (275 millions d’euros) pour développer des véhicules totalement autonomes d’ici à 2021. Fin août, la société américaine a lancé son service de voitures autonomes dans la ville de Pittsburgh aux Etats-Unis. Une ville où elle a ouvert un centre de recherches dédié à ce thème.
    De son côté, Google s’est lancé dans l’expérimentation il y a plus de sept ans. La firme américaine a d’abord utilisé des Toyota et des Lexus, équipés de radars et de caméras permettant de cartographier et de détecter son environnement (autres voitures, piétons, passages cloutés…), avant de lancer sa propre voiture autonome, la Google Car. Pour respecter la législation, un chauffeur est à bord, pouvant reprendre à tout moment le contrôle du véhicule. Pour de nombreux experts, l’expertise de Google dans le domaine de la high-tech et du partage de données peut lui donner un vrai avantage dans la compétition.
    Mais le chemin à parcourir s’annonce encore long et sinueux. L’accident mortel en mai dernier, impliquant une Tesla a provoqué un choc. D’autres incidents plus mineurs sont aussi enregistrés. Google a récemment reconnu une douzaine d’accrochages lors de ses expérimentations. Citons encore un accrochage à Sion, ou encore la collision toute récente avec un camion d’un taxi sans chauffeur roulant à Singapour où la start-up nuTonomy a déployé une flotte.
    « Il faut expérimenter davantage. Il faut confronter les véhicules aux situations les plus complexes, notamment celles dont la probabilité d’occurrence bien que faible pourrait conduire à des accidents graves. Il y aura un long apprentissage pour progresser », estime Abdelmename Hedhli.
    Reste un travers possible : l’excès de prudence peut aussi mener à des situations inextricables. « Aujourd’hui, le véhicule autonome opte pour la solution la plus prudente. Or, on a vu des Google Car rester bloquées car elles n’arrivaient pas à s’insérer dans la circulation parce qu’elles respectaient trop les règles », poursuit l’expert.
    Le développement du véhicule autonome devrait probablement se faire par étape. « Les constructeurs vont d’abord travailler sur le système d’aide à la conduite, puis progressivement vont arriver à l’automatisation de la conduite », estime Arnaud de la Fortelle.
    Le transport public devrait être l’un des premiers utilisateurs à grande échelle. « Avec le transport public, on peut baliser le terrain. Comme on a des couloirs de bus, on peut demain créer des couloirs spécifiques pour ces navettes. Cela facilitera le développement car on est dans un environnement maîtrisé », estime-t-il.
    Autre évolution, des constructeurs classiques commencent à s’intéresser au concept du service rendu par le véhicule et font alliance avec des start-up. « On passe de la propriété à l’usage, le constructeur devient fournisseur de services de mobilité », commente Arnaud de la Fontelle. Selon lui, « il faut mettre en service les véhicules autonomes en ville, là où il y a du monde. Et regarder à qui ça sert ».
    La voiture prend la voie de l’Uberisation, selon  Arnaud de la Fortelle, qui poursuit : « Tout le monde peut y trouver un intérêt. Ainsi, à San Francisco, les chauffeurs de taxi ont perdu 20 % de parts de marché du fait du développement d’Uber. Mais en même temps, le nombre de courses a été multiplié par 3. Donc les taxis ne sont pas morts. On peut envisager la voiture comme un élément de mobilité. Je peux prendre ma voiture, puis les transports publics, puis un vélo. »
    Avant de conclure : « Ce qui est important, c’est d’avoir une bonne intelligence du mode de déplacement. Et de disposer de modes de transport offrant de la souplesse. »
    Marie-Hélène Poingt

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  • InnoTrans 2016. Moins de trains, plus de digital

    InnoTrans 2016. Moins de trains, plus de digital

    Toujours plus de visiteurs et d’exposants. Mais moins de trains au salon ferroviaire mondial
    de Berlin. Et une part croissante des services, qui font de plus en plus appel au numérique.
    Avec cette année une mini-exposition de bus électriques.

    Onzième édition du premier salon ferroviaire mondial, qui attire toujours plus de visiteurs, mais moins de matériel roulant que d’habitude. Car l’industrie ferroviaire, c’est aussi
    – et de plus en plus – de la maintenance, alors que le numérique s’invite dans tous les domaines.
    Une édition satisfaisante, mais qui aurait pu être plus riche. Pour ce qui est du nombre de visiteurs, InnoTrans a encore progressé. Mais relativement peu, passant en deux ans de 138 872 à 144 470 visiteurs professionnels. On était habitué à des progressions plus importantes, de l’ordre de 10 à 15 000 visiteurs en plus d’une édition à l’autre.
    Mais InnoTrans, c’est plus que la manifestation professionnelle, qui s’est déroulée cette année du 20 au 23 septembre. Se sont ajoutés aux « pros » quelque 16 000 passionnés (soit un millier de plus qu’en 2014), qui ont pu voir le matériel roulant exposé sur les 3,5 km de voies posées en plein air dans le parc des expositions de Berlin. Comme d’habitude, le grand public a eu droit à deux journées portes ouvertes pendant le week-end suivant le salon.
    Pour ce qui est du matériel roulant, InnoTrans 2016 marque nettement le pas, avec 127 véhicules exposés contre 145 en 2014. Cette année, l’absence de Bombardier et la faible présence d’Alstom sur les voies se sont fait sentir. Alors que d’habitude, les constructeurs (à l’exception de CAF, qui n’a pas pour habitude de montrer son matériel), voire les exploitants ou les loueurs, occupent le moindre mètre… Bombardier n’est pas venu les mains vides pour autant, avec l’annonce de la troisième génération du Talent, attendue d’ici deux ans. Un matériel qui comprendra une version à stockage d’énergie électrique à charge rapide pour desservir les antennes non électrifiées. Dans ce domaine, Alstom présentait du concret : l’autorail Coradia iLint à pile à combustible, développé avec quatre Länder allemands.
    A propos de véhicules électriques, InnoTrans innovait cette année avec une mini-exposition réunissant quatre bus électriques, confirmant la volonté des organisateurs de s’imposer également dans le domaine des transports publics.
    Tous les exposants ne pouvaient pas faire venir du matériel roulant. Pour des raisons d’ordre géographique, par exemple. Et c’est dans les halls que les exposants chinois ont le plus impressionné les visiteurs. En particulier sur le stand de CRRC, d’où le visiteur sortait convaincu que « décidément, ils savent tout faire », du transport public guidé aux trains de fret ou à grande vitesse… De grandes maquettes de train à grande vitesse, de Maglev urbain, de train « intercontinental » à très longue distance pour voyageurs et fret, voire de locomotives diesels ou électriques de grande puissance et de wagons de fret partageaient le stand géant avec la réalité virtuelle et les super-condensateurs. Un stand qui se terminait par un mur de maquettes échelle H0 de plusieurs mètres de haut. Ecrasant ! « La Chine est un marché clé pour Bombardier », a d’ailleurs rappelé Laurent Troger, président de Bombardier Transport sur le salon, peu de temps avant la signature d’un accord stratégique avec CRRC. Ce dernier a également signé un accord commercial avec Thales sur la signalisation, qui a par la suite fait beaucoup de bruit…
    Malgré un carnet de commandes bien rempli, CAF n’était donc pas sur les voies, mais présentait sa production sur son stand, en particulier les trains « push-pull » à 200 km/h pour l’Arabie saoudite. Une autre entreprise « qui monte », Stadler, était quant à elle un peu partout sur les voies. Depuis sa reprise de l’usine espagnole de Vossloh, « Stadler sait tout faire », impression confirmée sur son stand géant. Tout sauf les wagons de fret, jusqu’à nouvel ordre.

    Les rames à 160 km/h en nombre

    Comme la Nature a horreur du vide, Stadler et Siemens, tout comme les exposants venus d’Europe de l’Est, voire de Turquie, ont occupé sur les voies une partie des emplacements laissés vacants par Alstom et surtout Bombardier.
    En extrémité du grand faisceau de voies, les visiteurs ont pu constater la présence en nombre des rames automotrices articulées pour dessertes régionales ou intercités à 160 km/h et à plancher surbaissé, sauf aux extrémités.
    Au premier rang, l’automotrice tricaisse Impuls du constructeur polonais Newag pour la région d’Opole avait tout ce qu’il faut question conformité aux STI, confort et accessibilité aux PMR, sauf aux extrémités, séparées du reste du train par deux marches. Il en était de même pour la rame diesel-électrique tricaisse du constructeur croate Koncar pour son compatriote HZPP.
    Retour en Pologne avec Pesa et ses rames au nez de requin. La plus remarquée était l’automotrice Dart, au design récompensé par le prix iF 2016. Ce matériel pour dessertes intercités à 160 km/h pourrait être poussé à 250 km/h en option. A l’intérieur, la table-écran tactile attirait toute l’attention des visiteurs. Pesa était également représenté par l’autorail Link bicaisse pour la société d’exploitation NEB, autorisé sur les réseaux allemand et polonais.
    Siemens présentait deux automotrices Desiro cette année : la ML aux couleurs ÖBB cityjet, destinée aux dessertes S-Bahn de Vienne ou régionales, et la version britannique Desiro City à deux bogies par caisse et plancher haut. Désignée Class 707, cette série de 30 rames est destinée aux dessertes SWT de la banlieue ouest de Londres. Par rapport à la rame Desiro City Thameslink (Class 700) à l’honneur il y a deux ans, l’aménagement a été très simplifié, sans tablettes ni toilettes, mais avec le Wi-Fi !
    Enfin, pour les transports régionaux, Stadler avait fait venir son automotrice Flirt quadricaisse pour les NS, qui se distinguait pour son aménagement intérieur inspiré par Mondrian.

    Grande vitesse, de la Suisse à la Turquie

    La rame Flirt avait pour voisine une autre production Stadler : l’EC 250 « Giruno » commandée par les CFF pour les relations transalpines via le nouveau tunnel de base du Gothard. On peut ici parler de train à grande vitesse, cette rame articulée de cinq caisses étant apte à 250 km/h. Elle présentait des aménagements en apparence très classiques mais riches en petites innovations (porte-skis, toilettes…)
    Passons à la gamme des 300 km/h avec le Velaro de Siemens pour le YHT (train à grande vitesse) des TCDD. Cette version turque de la rame à motorisation répartie (une voiture sur deux) de 200 m, présente jusqu’à 519 places assises à bord de ses huit voitures. Du très classique pour un Velaro, appelé comme l’EC 250 suisse à fonctionner d’emblée sous ERTMS, niveaux 1 et 2.

    Une voiture-lits somptueuse…

    Malgré la multiplication des rames automotrices, les voitures pour voyageurs n’ont pas disparu pour autant. Côté matériel neuf, la palme revient à la somptueuse voiture-lits de 26 m construite à 30 unités par Stadler pour les Chemins de fer d’Azerbaïdjan et conçue pour la relation Bakou – Istanbul. Pour cette voiture tout confort (douche dans chaque compartiment en 1re classe), Stadler a développé un bogie à essieux à écartement variable, le parcours se faisant sur voie large russe de 1 520 mm et sur voie normale de 1 435 mm, à 160 km/h maximum.
    Une autre voiture remarquée était celle de 26 m, rénovée pour le nouvel entrant allemand Locomore, à 12 compartiments de six places assises. La livrée orange de cette voiture autorisée à 200 km/h rappelait plutôt celle d’un véhicule d’inspection !

     

    … et des wagons variés

    Côté matériel remorqué, jusqu’aux emplacements d’honneur sur les voies, le fret était mieux représenté que lors des éditions précédentes, avec des wagons, dont deux produits en France par les Ateliers d’Orval. La catégorie la plus représentée était les wagons-citernes, y compris à voie large russe, mais les wagons-trémies et ceux pour le transport de coils chauds, d’automobiles, de conteneurs ou de grumes étaient également présents. Côté innovations, Lohr était venu avec son nouveau wagon Modalohr pour autoroute ferroviaire. Et les visiteurs les plus observateurs auront remarqué qu’un wagon était équipé, sur une boîte de roulement, d’un dispositif de localisation WaggonTracker produit en Autriche par PJM.

    Locomotives pour fret et voyageurs

    Fret toujours – mais pas seulement – côté locomotives. Vossloh, qui souhaite officiellement sortir de cette activité pour laquelle une nouvelle usine a été construite à Kiel, présentait à Berlin avec la « locomotive du scandale » DE 18. C’est là l’engin commandé par Akiem dans le cadre de l’appel d’offres récemment perdu par Alstom. La locomotive était décorée en conséquence, même si l’unité présentée ne faisait pas partie de celles destinées au loueur.
    Depuis la dernière édition d’InnoTrans, l’usine Vossloh de Valence a été reprise par Stadler, qui a donc présenté l’Eurodual UK (Class 88). Une locomotive bimode pour la Grande-Bretagne, fonctionnant aussi bien sous caténaire 25 kV à pleine puissance (4 MW) qu’en mode diesel à puissance réduite (708 kW). Cet engin dérivé de la Class 68 diesel-électrique présentée il y a deux ans a été commandé à 10 unités par DRS pour les trains de fret ou de voyageurs.
    Egalement bimode, mais bien plus impressionnante, la CoCo Dragon de Newag était présentée en livrée Freightliner. Développant quelque 5 MW sous trois tensions (3 kV continu, 15 kV 16,7 Hz et 25 kV 50 Hz), cet engin pour trains de fret lourd est doté d’un diesel d’appoint de 520 kW.
    Chez Siemens, la gamme des locomotives Vectron s’est enrichie d’une version électrique 25 kV pour voie large de 1 520 mm, qui était présentée cette année en livrée des Chemins de fer finlandais (VR). Cette locomotive faisait également la promotion de ses attelages SA3 produits par Vossloh.
    Bien visible dans sa livrée DB rouge, la locomotive BR 102 de Skoda mettait quant à elle ses 6,4 MW au profit de la traction d’express régionaux à travers la Bavière à 200 km/h. Des rames à deux niveaux dont les voitures seront aussi produites par Skoda. Comme quoi, le protectionnisme allemand a vécu…
    A propos de locomotives, pas d’InnoTrans sans son engin à vapeur ! Cette année, c’était une fois de plus « Emma », une petite 020T construite à Hanovre en 1924, qui contribuait à l’atmosphère festive d’InnoTrans.

    Du matériel léger pour les transports publics

    Tout ce matériel « lourd » cohabitait sur les voies, parfois nez à nez, avec des véhicules bien plus légers, destinés aux transports publics. Globalement, les tramways et métros étaient moins nombreux que les années précédentes, mais restaient intéressants.
    Dans ce domaine encore, Siemens avait fait fort avec ses deux matériels destinés à la péninsule arabe. Garée sur une des places d’honneur entre les halls, la somptueuse rame Inspiro automatique pour Riyad, au design signé Avant Première, était le seul matériel de type métro présenté cette année. De son côté, le tram Avenio QEC pour la cité universitaire du Qatar (Qatar Education City) se distinguait par son fonctionnement sans fil, mettant en œuvre une combinaison de batteries et de super-condensateurs dont le rechargement est assuré par de petits pantographes aux extrémités du véhicule. Variété également chez Stadler, avec un tram à plancher bas Variobahn pour le futur métro léger (Letbane) d’Aarhus (Danemark) et un tram train Citylink hybride (électrique 600/750 V continu et diesel) pour la desserte de la ville saxonne de Chemnitz par son réseau de tram et ses environs sur voie ferrée. Ce dernier était à l’origine développé par Vossloh, avant la reprise de son usine espagnole de Valence par Stadler.
    Du côté Vossloh Kiepe, l’heure était venue de présenter le bogie destiné aux nouvelles motrices du monorail suspendu de Wuppertal.
    Les deux constructeurs polonais Pesa et Solaris avaient fait le déplacement, mais avec un seul tram chacun. Solaris, qui fêtait à l’occasion ses 20 ans était également présent avec un bus électrique pour Hambourg. Et le tchèque Skoda présentait pour la cinquième fois son tram ForCity, cette fois pour la capitale slovaque Bratislava.
    Enfin, le constructeur turc Durmazlar présentait son intéressant tramway à plancher bas « Panorama », qui pourrait bien devenir un sérieux concurrent.

    Davantage de maintenance et de services

    Enfin, comme à chaque édition, le matériel roulant pour la construction, l’inspection et la maintenance de voies ferrées était bien représenté, du rail-route à la grue, en passant par les meuleuses ou les wagons-pupitres pour le transport d’appareils de voie. Peut-être ce matériel généralement caractérisé par sa livrée jaune l’était-il plus que d’habitude selon certains. Ces derniers pensent que maintenant que l’argent a été placé dans l’achat de nouveau matériel roulant, il serait peut-être temps de s’occuper des voies sur lesquelles ces matériels sont appelés à circuler…
    Car il n’y a pas que le matériel roulant. Henri Poupart-Lafarge rappelait que cette activité ne représente que 46 % du chiffre d’affaires d’Alstom : il y a aussi les services, la signalisation et les systèmes. De même, Laurent Troger évoquait côté Bombardier la digitalisation des transports, permettant de tirer un meilleur profit des équipements disponibles pour les rendre plus performants. Tout en prenant garde à protéger les systèmes informatiques des attaques… La digitalisation, c’est également l’affaire de spécialistes comme Thales, mais aussi de la SNCF et de la DB, qui ont signé à Berlin une alliance dans ce domaine.
    Cette signature était du reste la seule manifestation visible de la SNCF à InnoTrans cette année. Fini les stands géants et les matériels roulants acheminés par trains entiers. La France n’était pas absente pour autant, avec deux grands stands stratégiquement placés. Il semblerait même que parmi les 2 955 exposants, la France était deuxième par sa participation sur les 60 pays représentés. C’est du moins ce qu’a annoncé l’Ambassadeur de France à Berlin le premier soir de l’exposition. Pourtant, un fin observateur français de l’industrie ferroviaire a été impressionné par la multiplication des innovations et des pays exposants à InnoTrans. Et conclut, par contraste, que « quand on met toutes les innovations bout à bout, il y a un gap, avec ce qu’on voit en France… »    

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  • Les prix de l’ingénierie distinguent le transport urbain

    Les prix de l’ingénierie distinguent le transport urbain

    Le syndicat professionnel Syntec Ingénierie a décerné pour la dixième année les prix
    de l’ingénierie. Ils ont distingué, d’une part un banc d’essais dynamiques à poste fixe conçu par Artelia pour le métro de Lille, d’autre part un pont, conçu par Egis et destiné au tramway de Strasbourg, combinant arc supérieur rectiligne et tablier courbe. Des solutions élégantes et innovantes répondant à des problèmes complexes.

    Cette année, dixième édition des prix décernés par Syntec Ingénierie, syndicat professionnel, présidé par Nicolas Jachiet, ce sont deux projets de transport urbain qui ont reçu, le 20 octobre, des mains de Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, à l’hôtel de Roquelaure, l’un le Prix de l’industrie et l’autre le Grand prix national de l’ingénierie.
    Le Prix de l’industrie est allé au banc de test dynamique mis au point par Artelia pour la Métropole européenne de Lille (MEL). Les deux métros automatiques de Lille voient passer sur leurs 45 km 345 000 voyageurs par jour. Et le trafic croît. La capacité de transport doit elle aussi croître, de plus de 30 %, grâce à de nouveaux matériels et une meilleure rotation des rames. Ce qui suppose aussi une reconfiguration des garages-ateliers de la ligne 2. Pas si simple. D’une part il n’est pas question d’interrompre l’exploitation. D’autre part, la métropole ne dispose pas de réserve foncière permettant d’agrandir les sites. Aussi la métropole a-t-elle demandé à Artelia, maître d’œuvre pour la création d’un centre de maintenance sur le site de Grand But, de pallier l’absence de voie d’essai, selon une solution applicable aussi au site de maintenance de Dron.
    D’où une innovation présentée comme une première mondiale. Ce qui est effectivement le cas pour un matériel automatique sur pneus. A l’issue de la phase d’étude, précise Luc Tabary, directeur de projet pour Artelia, « notre solution présentée et retenue par la MEL correspond à la mise en œuvre d'un banc de tests dynamiques permettant de reproduire la marche d'une rame de métro de type VAL à poste fixe dans l'atelier de Grand But. Les fonctionnalités de ce banc de tests dynamiques permettent, en particulier, de reproduire l'ensemble des tests normalement effectués en voie d'essai ».
    Au lieu que ce soit la rame qui procède aux essais sur des centaines de mètres, voire des kilomètres de voie d’essai, c’est la voie qui défile sous la rame. Celle-ci est placée sur un tapis de roulement. L’innovation trouvée pour le métro léger pourrait s’appliquer à n’importe quel type de matériel roulant, et pour tous les types d’essais ferroviaires. D’où une clause permettant, avec l’accord de la métropole de Lille, une large commercialisation du système, moyennant une licence d’exploitation. L’innovation, en cours de développement depuis juillet 2015, doit être finalisée l’an prochain.

    C’est d’autre part une équipe d’Egis qui a remporté le Grand prix national de l’ingénierie, pour le pont Citadelle à Strasbourg. Un pont construit dans le cadre du prolongement de la ligne D jusqu’à la ville allemande de Kehl. Et qui pour cela franchit le bassin Vauban, sans engager le gabarit navigable. L’ouvrage était particulièrement difficile à dessiner et calculer. L’équipe d’Egis – réunissant notamment l’ingénieure Claude Le Quéré et l’architecte Bernard Nappi – a conçu une solution élégante : un pont métallique à arc supérieur supportant un tablier suspendu courbe, d’une portée de 163 mètres.
    « L’ouvrage est le fruit d’une conception très intégrée entre architecte et ingénieurs », souligne Claude Le Quéré, ingénieure Ouvrage d’Art à Egis, en charge de la conception. Tandis que Jean-Bernard Nappi, architecte DPLG interne à Egis, responsable du traitement architectural de l’ouvrage, souligne : « Toute l’innovation du pont réside dans la recherche d’une géométrie optimale du point de vue de l’équilibre des efforts. »
    Le pont Citadelle a été entièrement conçu en maquette numérique, ce qui a permis de trouver à la fois la bonne géométrie et la bonne esthétique.
    Il a été réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), par le groupement GTM Hallé/Eiffage Construction Métallique. Il a été livré à la fin de l’été, et sa mise en service prévue en avril 2017. Il doit permettre au tramway et aux modes doux d’irriguer la future ZAC Deux Rives qui se dressera sur les anciennes parcelles du Port autonome de Strasbourg, et dont le programme d’aménagement est actuellement à l’étude.    

    F. D.

  • Volvo 8600. Un car pour conquérir la France

    Volvo 8600. Un car pour conquérir la France

    Dévoilé à l’occasion du salon Autocar Expo de Lyon, du 12 au 15 octobre, le tout nouvel autocar interurbain et scolaire Volvo 8600 a été spécialement conçu pour le marché français. En avant-première, nous avons pu le découvrir, quelques semaines plus tôt, lors d’un essai chez son constructeur.

    Lancé depuis plusieurs mois dans une démarche volontariste de reconquête du marché français des autobus et autocars, le constructeur suédois Volvo vient de franchir, pour la rentrée, une étape décisive. Le 12 septembre, dans son fief de Göteborg, il présentait un tout nouveau véhicule développé ex nihilo pour les lignes interurbaines et le transport scolaire, qui a été spécifiquement conçu en vue de répondre aux attentes des opérateurs français, tout en étant également bien adapté à celles de leurs homologues espagnols. Appelé 8600, ce véhicule est le fruit d’une collaboration technique sans précédent entre Volvo France, au plus près de ses clients nationaux, et la direction du groupe, qui a généralement pour réputation d’agir avec pragmatisme. « Nous devons, en permanence, décider vers où concentrer nos efforts, ce qui nous conduit à prioriser certains segments de marché, explique Niklas Orre, vice-président en charge du management Stratégie et Produits pour l’Europe. L’un des segments que nous avons ainsi identifiés, et qui se caractérise par la perspective de volumes stables sur plusieurs années, est justement l’interurbain de grande capacité, à plancher mi-haut et à deux essieux, pour lequel existent des clients potentiels majeurs en France comme en Espagne. » Sur le seul marché français, ce segment représente 2 500 à 3 000 véhicules par an. Selon Niklas Orre, le « top five » des attentes qui auraient été formulées par les clients concernés privilégie la profitabilité (avec, en priorité, les économies de carburant), devant la disponibilité, le confort de conduite, le recours aux technologies nouvelles et la satisfaction des passagers. Ces attentes ont servi au constructeur suédois à sérier les objectifs à atteindre pour le tout nouveau 8600. En particulier, l’accent a été porté sur la fiabilité (avec le recours à une motorisation et à une chaîne cinématique déjà connues des clients Volvo et parfaitement éprouvées) ; sur la capacité (avec un maximum de 63 sièges et de vastes soutes à bagages permises par le choix d’un plancher plat mi-haut) ; enfin, sur le confort du conducteur (avec une ergonomie de poste convenant aux plus grands comme aux plus petits), ainsi que sur celui des passagers (avec la chasse systématique aux sources potentielles de vibrations que peuvent constituer, dans le temps, toutes les fixations des différents constituants de l’aménagement intérieur, et qui sont génératrices de bruits au fur et à mesure que le véhicule vieillit). Quant à la sécurité, elle demeure, bien évidemment, au cœur des préoccupations du constructeur qui en a fait, depuis longtemps, sa marque de fabrique…

    Un assemblage réalisé en Inde

    Les 8600 sont assemblés en Inde, dans l’usine Volvo de Bangalore, qui disposait de réserves en capacité de production encore inutilisées à ce jour. C’est la toute première fois qu’un autobus ou autocar de marque européenne destiné à un marché européen est ainsi produit dans un pays aussi éloigné de celui dans lequel il sera utilisé ! Le site indien carrosse les châssis produits à Boras, en Suède. Deux longueurs sont offertes : 12,50 m et 13,20 m. Le moteur Volvo 8 litres Euro VI de type D8K est fabriqué en France, à Vénissieux, dans la région lyonnaise. Il est disponible en deux puissances : 320 ch ou 350 ch. Ce moteur entraîne une boîte robotisée I-Shift à douze rapports, avec ralentisseur intégré, qui optimise la consommation du véhicule et participe au confort et à l’agrément de conduite. Le Volvo 8600 est équipé de l’EBS, système électronique de freinage, et de l’ESP, contrôle électronique de la stabilité. En revanche, il conserve une direction assistée classique de type hydraulique, le tout nouveau système VDS (Volvo Dynamic Steering), mis au point par le constructeur pour diminuer la fatigue physique du conducteur, n’étant pas monté de série…

    L’objectif : doubler les ventes chaque année

    Le premier prototype est arrivé en Europe dès septembre 2015. Préférentiellement destiné au marché français, même s’il doit aussi venir compléter, en Espagne, la gamme des cars Volvo déjà commercialisés, le nouveau 8600 a été présenté en France à l’occasion d’Autocars Expo, à Lyon, du 12 au 15 octobre. Actuellement, l’industrialisation et la production montent en puissance à l’usine de Bangalore. Une équipe d’une quinzaine de spécialistes venus des sites suédois et polonais de Volvo est à pied d’œuvre en Inde. Les livraisons devraient commencer au cours du premier trimestre 2017. « Nous ne voulions pas lancer le véhicule avant que nous ne soyons totalement prêts », explique Patrick Damian, le directeur général de Volvo Bus France, arrivé en mai 2015, et qui a dû, en l’espace de quelques mois, constituer une nouvelle équipe tout en développant, dans le même temps, une véritable stratégie de reconquête du marché français. L’un des atouts majeurs de Volvo est aujourd’hui sa maîtrise de la vente et de l’après-vente, grâce à un réseau essentiellement constitué de filiales du groupe. « Notre objectif est de doubler nos ventes chaque année, en vue d’atteindre, à terme, 10 % du marché français, poursuit Patrick Damian. Pour cela, nous comptons développer en France trois familles de produits : l’électromobilité et l’hybride ; le car scolaire et de ligne ; et le grand tourisme haut de gamme, avec une offre de personnalisation très poussée selon les demandes des clients. Volvo est l’une des deux seules marques d’autobus et autocars à être connue dans le monde entier. Et elle y est appréciée à l’aune de valeurs très contemporaines qui ont, en vérité, toujours été les siennes : la protection de l’environnement, la qualité, la sécurité, ou encore la prise en compte systématique de la dimension humaine dans tous les projets. Notre faiblesse actuelle en France constitue, en fait, une vraie chance pour tout y reconstruire… »

    Des tests sur un tracé sinueux et des portions dégradées

    En avant-première, nous avons pu tester le 8600 au centre d’essai Volvo de Hällered, en Suède. Ce complexe implanté dès 1973 en pleine nature, à quelque 80 km de Göteborg, sur une superficie totale de 700 ha, emploie environ 300 collaborateurs et ne compte pas moins de quinze circuits indépendants ! Certains accumulent les pires trous et bosses que l’on puisse imaginer. Ils sont inlassablement parcourus, jour et nuit, par des véhicules prototypes ou de série. En l’espace de quelques semaines, les longues années de la vie entière d’un véhicule peuvent ainsi être simulées. Le circuit le plus long – 6,2 km – présente des virages fortement relevés, et il sert essentiellement aux essais de vitesse des voitures de tourisme jusqu’à 220 km/h. Pour le test du 8600, c’est le deuxième plus long circuit du centre d’essai – 3,1 km –, de type routier à deux voies, avec un tracé sinueux, quelques déclivités et des portions de chaussées en revêtement dégradé, qui a été utilisé. Dès le premier contact, le véhicule séduit par la qualité de sa réalisation et le soin apporté aux finitions, ce qui n’est franchement pas toujours le cas sur ce segment particulier du marché. En revanche, la recherche d’un grand volume de soute visiblement associée au souci légitime de ne pas vouloir trop majorer la hauteur totale du véhicule conduit à une impression de « plafond bas », sans doute accentuée par la longueur même du véhicule. Sur les 3,1 km de circuit, le 8600 a un comportement dynamique et affiche la souplesse de sa suspension pneumatique à commande électronique. On en oublierait presque la présence de l’essieu rigide à l’avant – ici de type Volvo RFS – solution à laquelle le constructeur reste encore fidèle. La circulation sur revêtement dégradé ne provoque aucun bruit de carrosserie perceptible. Enfin, la boîte robotisée se révèle d’une grande souplesse, réagissant aux sollicitations sur l’accélérateur en fonction des déclivités. Compte tenu de l’actuel différentiel entre les coûts de main-d’œuvre en Inde et en Europe, on est en droit d’imaginer qu’il sera proposé à un prix attractif.
        Philippe Hérissé

  • Le 100e Regio 2N, Livré aux Hauts-de-France

    Le 100e Regio 2N, Livré aux Hauts-de-France

    Le 17 octobre, quasiment deux ans jour pour jour après l’inauguration de la mise en service commercial du premier Regio 2N, en Bretagne, le centième de ces trains à grande capacité est remis à Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France. Une région où Bombardier a conçu et fabriqué, dans son usine de Crespin, ce matériel innovant par son architecture, qui fait alterner les voitures courtes à un niveau, spécialisées dans les montées et descentes des voyageurs, et celles à deux niveaux, où se trouvent la plupart des places assises.

    Ce matériel est un représentant de la plateforme OMNEO, qui peut se décliner selon les spécificités des clients et celles des dessertes ferroviaires de grande capacité, du périurbain à l’intercités en passant par les TER. Outre le franchissement de la barre symbolique de la centième rame, ces derniers mois ont été riches pour la plateforme OMNEO : marches d’essais à Velim (République tchèque) de la version à 200 km/h du Regio 2N pour les Pays de la Loire, dite V200 ; débuts des essais de la première rame en version Ile-de-France ; essais de la version extralongue, dite XL, pour les Hauts-de-France… Mais aussi travaux préliminaires, en vue du développement d’une version pour les TET en Normandie, de l’OMNEO Premium. Après avoir été « l’A380 du TER », en reprenant les termes de Guillaume Pepy, président de la SNCF, la plateforme de Bombardier s’apprête à améliorer les dessertes du bassin parisien, tout en visant le remplacement des trains Corail les plus fréquentés.