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  • A quand les gares routières ?

    A quand les gares routières ?

    L’explosion du trafic acheminé par les cars Macron rend de plus en plus criant le manque d’infrastructures pour accueillir les voyageurs. Pourtant, le système D pallie les insuffisances et peu à peu des règles sont en train de se mettre en place. Sous la houlette de l’Arafer, l’autorité de régulation du secteur.
    Pas de banc, pas de toilettes, parfois même pas de panneaux qui indiquent qu’on se trouve dans une gare routière… Quand ils prennent un car pour se déplacer, les voyageurs n’ont pas toujours droit au strict minimum que devrait leur offrir toute gare digne de ce nom. Et cela alors même que le transport longue distance par autocar explose. En onze mois, les autocars Macron ont transporté 3,4 millions de personnes, selon le dernier bilan établi mi-septembre par l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). De trimestre en trimestre, le trafic fait des bonds de 40 %, parfois presque de 50 %. « Le territoire est de plus en plus maillé : selon le dernier bilan de notre Observatoire portant sur l’activité du marché au deuxième trimestre 2016, le nombre de villes desservies par des autocars Macron a progressé de près de 30 %, soit près de 200 villes à fin juin 2016. Le marché est naissant mais l’offre se multiplie avec un millier de liaisons régulières selon notre dernier recensement, de sorte qu’il est difficile de dire si elle est limitée par l’absence de gares routières, à ce stade des connaissances sur ces infrastructures », commente Anne Yvrande-Billon, la vice-présidente de l’Arafer.
    « Dans certains points d’arrêts, il n’y a même pas de totem servant de repère à nos clients, avec ne serait-ce qu’une fiche “horaires”, regrette en revanche Sonia Arhainx, directrice d’isilines. Cela signifie que ce qui est devenu indispensable dans les transports urbains et interurbains n’est pas considéré comme essentiel pour les cars Macron… »
    Depuis quelques mois toutefois, on commence à y voir un – tout – petit peu plus clair dans la façon dont demain les gares routières pourraient être organisées. Une ordonnance du 29 janvier est d’abord venue moderniser le cadre juridique relatif aux gares routières et autres aménagements où s’arrêtent les autocars, qui étaient jusqu’alors régis par une ordonnance de 1945 et des dispositions de 1926 à 1977. A l’avenir, les régions devraient prendre la main et via des schémas régionaux remettre de la cohérence dans les équipements.
    En attendant, l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières veille. L’ordonnance du 29 janvier a en effet défini des principes d’accès aux gares routières et confié à l’Arafer le soin de préciser et de contrôler le respect de ces règles, de gérer les différends entre transporteurs et exploitants de ces aménagements routiers, et de prononcer des sanctions en cas d’irrégularités. Et depuis mai dernier, l’Arafer tient un registre et publie une carte des gares routières. Fin août, 156 gares routières avaient ainsi été déclarées au registre. « Ces aménagements hors voirie recouvrent des réalités diverses : ils vont de la gare au parking, en passant par le simple abribus, précise Anne Yvrande-Billon. On a en outre identifié 50 à 60 gares hors voirie non déclarées. Sur ce total, une dizaine est utilisée par des cars Macron. Les autres par des transports collectifs conventionnés », ajoute-t-elle. L’Arafer a fixé une date limite pour les déclarer : jusqu’à la fin octobre.
    D’autres gares existent aussi sur voirie mais elles ne sont pas soumises pour le moment à une déclaration auprès de l’Arafer. « Ces aménagements ne font pas l’objet d’un arrêté d’interdiction de desserte et/ou de stationnement, le gestionnaire de la voirie les réservant aux seuls transports collectifs. On estime qu’il y en a potentiellement entre 10 000 et 100 000. Nous nous occuperons de ces aménagements ultérieurement », poursuit Anne Yvrande-Billon.
    Selon l’Arafer, au total, 235 points d’arrêt (dont 80 hors voirie) sont utilisés sur tout le territoire.
    « A ce stade, nous cherchons à défricher le terrain, à connaître l’état du marché. Nous sommes aussi dans un travail de pédagogie. Nous comprenons toute la difficulté de partir de rien », explique la vice-présidente de l’Arafer. L’Arafer demande aussi aux exploitants de parkings d’établir des règles d’accès. « Nous sommes aussi en phase de collecte sur les règles d’accès. Il est donc intéressant de disposer une plate-forme où sont enregistrées toutes ces informations », poursuit-elle.
    Parmi les exploitants de gares ferroviaires, on trouve SNCF Gares & Connexions qui souhaite exploiter 33 gares routières à proximité de ses gares ferroviaires (voir page 58). On trouve aussi des opérateurs de cars ou des exploitants de cars conventionnés.
    « Fin 2016, l’Arafer devra identifier les gares routières exploitées par un opérateur qui exerce une “influence significative” sur un autre marché de transport. C’est ce que l’on appelle de la régulation asymétrique : nous pouvons imposer à cet opérateur influent des obligations d’accès particulières aux gares routières qu’il exploite », indique l’Arafer. L’autorité est désormais dans l’attente du décret d’application de l’ordonnance qui devrait définir plus précisément le niveau de services et d’installations.
    Restera aussi à l’avenir à examiner la question des redevances. D’une façon ou d’une autre, les investissements réalisés dans les infrastructures seront refacturés aux opérateurs. La plupart d’entre eux ont déjà prévenu qu’ils ne pourraient pas acquitter de redevances trop coûteuses…
    Pour de nombreux professionnels, mieux vaut commencer par utiliser l’existant avant d’investir. Il faudra aussi identifier les besoins réels de façon pragmatique « car il n’y aura pas de solution unique ». Pour Ingrid Mareschal, la secrétaire générale de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV), « il ne faut pas commencer à construire des cathédrales car le marché est en plein développement, des lignes peuvent exister aujourd’hui et être supprimées demain. Il faut attendre que le secteur se stabilise ».
    A terme, les gares routières trouveront leur place, soulignent les opérateurs. « Quand le marché sera arrivé à maturité comme en Espagne et en Grande-Bretagne, avec plus de 30 millions de passagers annuels, on pourra développer plus de services », estime Sonia Arhainx. Selon elle, ces gares peuvent devenir demain des pôles d’attractivité, des lieux de rendez-vous y compris pour les riverains.

    Marie-Hélène Poingt
    avec Cécile Nangeroni


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  • Alstom. Les dessous d’une affaire d’Etat

    Alstom. Les dessous d’une affaire d’Etat

    L’annonce par Alstom de la fin prochaine de la production à Belfort, berceau du groupe, a fait l’effet d’une bombe. Alors qu’approche l’élection présidentielle, François Hollande et le gouvernement veulent à tout prix repousser la perspective de la fermeture. Pour sa part, Alstom espère sans doute, vu l’impact politique et social, que la très grosse commande en cours d’examen pour le RER 2N NG n’échappera pas au consortium qu’il a formé avec Bombardier.

    «Le président de la République nous a fixé un objectif, celui de faire en sorte qu’à Belfort les activités ferroviaires d’Alstom soient maintenues », a déclaré le ministre de l’Economie Michel Sapin sur le perron de l’Elysée le lundi 12 septembre. La réunion interministérielle présidée par François Hollande a été le climax de la nouvelle affaire Alstom. Affaire déclenchée mercredi 7 avec l’annonce de la fin, après 2018, de l’ingénierie et de la production dans l’usine de Belfort, berceau du groupe. Y a-t-il eu politisation du dossier ? Mais le dossier a toujours été politique et, alors que les candidats possibles ou déclarés s’échauffent pour la course à la présidentielle, le retentissement était garanti.
    C’est lors de l’European Works Forum (EWF), instance réunissant les salariés européens du groupe, qui se tenait le 7 septembre à Reichshoffen, que l’information concernant Belfort a été communiquée. Alain Courau, directeur de Belfort, a ensuite réuni les OS du site. Ont suivi sans tarder des lettres de Fabienne Keller (sénatrice du Bas-Rhin) et de 12 autres élus, ou de Louis Nègre (président de la FIF). Et une demande d’explication de Bercy dès le lendemain de l’annonce.
    Mais, tout de suite, on a changé de dimension. Nicolas Sarkozy a accusé Emmanuel Macron de n’avoir « rien fait » pour Alstom, Emmanuel Macron considéré que « la décision qui a été prise et le calendrier ne sont pas acceptables », Arnaud Montebourg dénoncé une mesure « inacceptable », fruit du « laisser-faire ». Manuel Valls, lui aussi, a jugé la « méthode inacceptable » et déclare : « nous avons déjà sauvé Alstom et nous pouvons encore sauver Alstom, à condition que les dirigeants jouent pleinement leur rôle ».
    S’agit-il de sauver Alstom ? Mais Alstom aujourd’hui ne se porte pas mal. Selon les chiffres donnés le 20 septembre par Henri Poupart-Lafarge, PDG d’Alstom : 6,9 milliards de CA (exercice 2015-2016), une marge opérationnelle de 5,3 % jugée raisonnable, 10,6 milliards de commandes décrochées lors de l’exercice. Depuis la cession de l’énergie à General Electric, le groupe est désendetté. Certes, de bons connaisseurs de l’industrie doutent de la viabilité à terme de ce « pure player », et voient dans le démantèlement du conglomérat l’annonce du début de la fin. Mais, pour l’heure, Alstom globalement se porte bien, et les difficultés sont d’abord hexagonales. Le problème, c’est la situation des 12 sites nationaux. En France, Alstom réalise 20 % de son activité par destination, 30 % par origine. Et, en France, comme à peu près partout, l’activité dépend essentiellement des commandes publiques. Or celles-ci déclinent. On connaît l’histoire : fin du « tout-TGV », déclin du fret, fossé considérable entre la commande cadre des Régiolis (comme des Regio 2N de Bombardier) et les commandes réellement passées, remise en question du modèle TET. S’agissant de Belfort, spécialisé dans les motrices de TGV et les locomotives, le peu d’empressement de la SNCF à commander la nouvelle génération de TGV fragilise depuis longtemps le site. Le coup de grâce serait venu de la commande passée cet été par Akiem, filiale de la SNCF et de la Deutsche Bank, à Vossloh (avec le français Socofer), et non à Alstom, de 44 locomotives thermiques pour les besoins de SNCF Réseau. 44 locomotives qui auraient redonné de la visibilité au site pour plus d’un an. Mais Vossloh était moins cher de 15 %.
    Devant la brutalité de l’annonce, l’Etat s’offusque. Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’Industrie, s’étonne de ne pas avoir reçu de coup de téléphone. Selon Le Monde, ce n’est que l’avant-veille qu’un représentant de l’Etat au CA a été informé de la volonté de fermer le site. Alain Vidalies assurait le 13 septembre devant la presse : « On nous dit qu’on nous a alertés. Toutes les questions portaient en réalité sur Reichshoffen. Mais de l’avenir de Belfort, il n’en était pas question. Ou seulement lorsque Alstom a perdu le marché d’Akiem. » Etonnant tout de même. En octobre 2014, Patrick Kron, alors PDG du groupe, avait parlé de menaces pesant sur Belfort et concernant 400 emplois. La Fédération des industries ferroviaires n’a cessé depuis d’alerter sur la situation difficile de plusieurs sites d’Alstom, notamment Belfort, Reichshoffen et Ornans. L’Etat, qui a 20 % des droits de vote et a deux représentants au CA d’Alstom est parfaitement informé de la situation du groupe. « Que font les ministres ? », s’étonne Arnaud Montebourg.
    Que peuvent-ils faire ? L’essentiel du CA est réalisé hors de France. La demande de « contenu local » dans les commandes est devenue quasi générale. C’est le cas aux Etats-Unis, pour la commande qui vient d’être remportée par Alstom de trains à grande vitesse (voir p. 80). Ça l’est aussi pour les locomotives en Inde (commande remportée en 2015) ou les trains de voyageurs en Afrique du Sud (2014), comme pour la commande cadre des tramways d’Algérie. De même, c’est grâce à l’accord avec Transmassholding (TMH) que le groupe est présent sur les marchés russe et de la CEI.
    Il y a un peu de marge. Si les commandes doivent être pour l’essentiel produites localement, ce n’est en général pas le cas des premiers éléments. Et, c’est vrai, Alstom a fait le choix de fabriquer dans son site de Lapa, au Brésil, les 20 premiers trains X’Trapolis sur un total de 600 commandés par Prasa (Afrique du Sud), commande de 4 milliards d’euros de 2014. Il a même décidé de construire intégralement la commande récemment remportée de 79 trains destinés aux NS (800 millions d’euros, Pays-Bas) à Katowice (en Pologne), site où sont aussi construits la part des métros de Riyad commandés à Alstom.
    D’autres choix de fabrication auraient pu réduire l’impact du fléchissement ferroviaire hexagonal. Pas le compenser intégralement. Et la marge est réduite. Les coûts de Katowice ne sont pas ceux de Valenciennes. Pas facile de passer à l’international avec les coûts de production français. Dans un proche avenir, cependant, des commandes françaises peuvent être espérées pour les sites français. Le gouvernement vient de confirmer celle de 30 Coradia 160 pour les TET, annoncée en février par Alain Vidalies. On attend la décision, en 2017, sur les premières rames du métro du Grand Paris : Alstom est candidat. Quant aux premiers trains de la nouvelle génération de TGV, annoncée le 7 septembre aussi, ils arriveront en 2022 (voir pages suivantes). C’est le fleuron de Belfort. Mais 2022, c’est bien tard pour le site historique. Alain Vidalies a fait le décompte de ce que peut apporter la commande publique à Alstom pour franchir le « gap » entre fin 2018 et 2022 (voir encadré). Après, si l’on voulait vraiment maintenir la production ferroviaire à Belfort, il faudrait moderniser l’usine et la restructurer. Elle est aujourd’hui enclavée au sein du site devenu General Electric.
    En fait, la prochaine grande échéance, pour Alstom en France, c’est le RER 2N NG, qui doit être attribué à la fin de l’année. La commande, de 71 rames ferme, soit environ 1,4 milliard d’euros, et pouvant porter jusqu’à 200 rames, soit environ 4 milliards, est en cours de jugement. Elle doit revenir soit à CAF, qu’on dit bien placé, soit au consortium Alstom-Bombardier. L’avenir de Petite Forêt, pour Alstom, et de Crespin, pour Bombardier, dépend en grande partie de la décision. Soit dit en passant, celui de Bagnères-de-Bigorre, pour CAF, aussi. Henri-Poupart Lafarge, devant la presse, à Berlin, en marge d’Innotrans, l’assure : « Il n’y a pas d’arrière-pensée, sur le timing ou sur les annonces », et dit que cela le « chagrine un peu qu’on puisse supposer qu’on joue avec de telles annonces ». Francis Nakache, directeur général de CAF France, se demande pourtant, à propos de prochains marchés dont le RER 2N NG « s’il ne va pas y avoir des pressions sur la RATP ou la SNCF » et demande que les décisions soient prises « dans le respect des procédures publiques ». Car, même s’il n’y a eu aucune intention de la part d’Alstom dans l’annonce concernant Belfort, le sort du berceau du groupe et des autres sites pourrait peser très lourd sur des prochains choix.

    F. D.<

  • Crossrail. Et maintenant, les trains !

    Crossrail. Et maintenant, les trains !

    Presque deux ans et demi après avoir remporté le marché du matériel roulant pour la future ligne est – ouest du RER londonien Crossrail, alias Elizabeth Line, Bombardier présente les toutes premières rames dans son usine anglaise de Derby. Avec un aménagement qui tient plus du « supermétro », que du train de banlieue.

    Le 29 juillet, les dirigeants de Transport for London (TfL) se sont rendus à l’usine Bombardier de Derby, au cœur de l’Angleterre, pour un parcours sur voie d’essais à bord de la première des 66 rames Class 345 destinées à la première ligne Crossrail. Récemment baptisée Elizabeth Line, appellation qui doit entrer en vigueur en décembre 2018 pour l’ouverture au trafic de la traversée souterraine du centre-ville et des Docklands, cette première ligne du « RER londonien » devrait relier l’est et l’ouest de l’agglomération fin 2019.
    Sans attendre cette échéance, 15 des nouvelles rames à intercirculation pour Crossrail devront avoir été mises en service dès mai 2017 sur la desserte TfL Rail entre la gare londonienne de Liverpool Street et Shenfield, dans la grande banlieue nord-est. Une desserte dont l’exploitation a été reprise par MTR dans le cadre du contrat Crossrail, les trains vers Shenfield étant destinés à être intégrés à l’Elizabeth Line en 2019.
    Les 15 rames pour Shenfield ne comprendront que sept caisses (160 m) à cause de la longueur limitée des quais de la gare de Liverpool Street. Elles seront basées au dépôt d’Ilford, à l’est de Londres, jusqu’à l’intégration de la desserte de Shenfield à l’Elizabeth Line. C’est alors qu’elles seront allongées à neuf caisses (200 m) et rejoindront le nouveau dépôt d’Old Oak Common, dans l’ouest de Londres. Ce dépôt, qui doit être livré en 2017, aura de son côté reçu les premières rames de neuf caisses, destinées dans un premier temps (mai 2018) à la desserte Paddington – Heathrow, en remplacement des dessertes actuelles Heathrow Connect.

    Comme un métro, mais conforme aux STI

    Ce nouveau matériel roulant, qui est également le premier de la nouvelle plate-forme Aventra de Bombardier, impressionne par l’impression d’espace qui y règne. C’est ce qu’ont eu tout loisir de voir les invités à la présentation du 29 juillet, une fois à bord de la deuxième rame. Celle-ci était garée sur une des quatre voies du nouveau bâtiment V de Derby, long de 240 m et large de 40 m. Ce bâtiment a été spécialement construit pour le projet Crossrail, qui doit également créer 760 emplois au Royaume-Uni, plus 80 postes d’apprentis.
    Dans ce nouveau bâtiment, la rame Crossrail avait pour voisines des automotrices Electrostar, la précédente génération produite à Derby, depuis bientôt 20 ans. Egalement toutes neuves, ces rames sont destinées à c2c (ligne à l’est de Londres) et GWR (trains au départ de Paddington). La présence simultanée des deux générations sous le même toit a permis de les comparer : non seulement les caisses en aluminium des Class 345 sont plus longues que celles des Electrostar – on passe de 20 à 22 m, voire 23 pour les voitures d’extrémité – mais elles présentent trois paires de portes louvoyantes-coulissantes de chaque côté, au lieu de deux paires de portes coulissantes pour les versions destinées à la proche banlieue. Ces trois ouvertures par caisse, dont l’ouverture est de 1 450 mm, devraient contribuer à réduire les temps d’échanges lors des arrêts et distinguent les Class 345 des futures rames Class 710 destinées à l’Overground, qui même si elles sont aussi des Aventra ne présenteront que deux ouvertures, sur des caisses plus courtes.
    Ces différences entre deux matériels de la même plate-forme montrent à quel point TfL a imprimé sa marque aux rames Crossrail : responsable du design pour l’autorité organisatrice des transports de Londres, Jon Hunter estime d’ailleurs que le train Crossrail est « à 95 % du design TfL ». Pour autant, Bombardier et TfL ont été assistés par l’agence Barber & Osgerby sur les questions de design.
    Résultat : l’aménagement des rames Class 345 est bien plus proche du métro que du train régional ou de banlieue. Symboliquement, le côté « métro » du matériel Crossrail se retrouve dans le design de la face avant, dont le masque noir du pare-brise, sur fond blanc, rappelle le matériel automatique de Copenhague. Ce détail signifie implicitement que les deux extrémités de la rame ne sont pas de couleur jaune : une première pour un matériel roulant ferroviaire britannique depuis un demi-siècle ! En effet, les faces jaunes destinées à augmenter la visibilité du train pour les éventuelles personnes travaillant sur la voie sont ici remplacées par deux feux de grande puissance installés derrière une grille sous le pare-brise. Une transposition de la Spécification technique d’interopérabilité (STI) « Matériel roulant » de l’UE, adoptée ici même si le matériel Class 345 n’est pas destiné à quitter sa ligne londonienne (et a fortiori le réseau britannique !)
    En bas de la structure anticollision de la face avant, un attelage Dellner a été installé entre les tampons à dispositif antichevauchement. Même s’il n’est pas prévu que les rames soient exploitées en unités multiples. Egalement conforme à la STI Matériel roulant, la cabine de conduite est accessible de chaque côté par une porte pivotante s’ouvrant vers l’intérieur. Ces portes sont dotées de poignées extérieures à deux hauteurs différentes, au milieu et en bas, ce qui en permet l’ouverture du niveau de la voie ou du quai. Relativement compacte et assez simple, la cabine est dotée d’un siège central pour le conducteur et d’un strapontin à droite (la conduite des trains est à gauche sur tous les réseaux britanniques). Alors que les emplacements des boutons ont été fixés après consultation des futurs conducteurs.
    Même si le parc est appelé à évoluer dans ses missions et ses compositions au cours des toutes premières années, tous les trains pourront indifféremment assurer toutes les missions à partir de 2019. Dès lors, « pas de parcs dédiés ! », assure Howard Smith, directeur de l’exploitation de la future ligne. C’est pourquoi tous les trains devront pouvoir circuler aussi bien sur les tronçons à l’ouest de Paddington, équipés du système de sécurité européen ERTMS niveau 2, que sur la traversée souterraine de Londres, en conduite automatique gérée par CBTC, tout en restant compatibles avec le système de protection britannique TPWS en vigueur sur la branche de Shenfield. Désignée par l’ancien acronyme ATO (Automatic train operation) sur le pupitre, la conduite automatique CBTC de niveau 2 en vigueur dans la traversée souterraine implique la présence du conducteur, de toute façon indispensable hors du centre de Londres.
    Par chance, tous les tronçons de l’Elizabeth Line sont alimentés en 25 kV 50 Hz. Mais en cas de prolongement au sud de la Tamise, l’option « 750 V courant continu par troisième rail » devra être levée.

    Grande capacité, échanges rapides

    Ouvrons d’un coup de grande poignée la porte blindée installée dans l’ouverture de la cloison derrière la cabine, renforcée au kevlar, et gagnons l’espace dévolu aux voyageurs. L’impression d’espace qui y domine est tout simplement frappante, malgré la proverbiale étroitesse du gabarit britannique. Ceci vaut surtout pour les voitures d’extrémité, dans lesquelles les sièges sont implantés longitudinalement et permettent d’accueillir une bonne centaine de voyageurs debout par caisse. Alors que dans les voitures intermédiaires de la rame, le long alignement des sièges est brisé net par des groupes de 2+2 de front implantés en vis-à-vis et tournant littéralement le dos au reste de la salle ! Et en voiture centrale, au niveau des espaces UFR, des strapontins remplacent les sièges fixes. Petit détail : la moquette des sièges que les visiteurs ont vue fin juillet « n’est pas encore la bonne ».
    Cet aménagement est une traduction du cahier des charges : en heure de pointe, les rames Crossrail devront transporter 1 500 voyageurs, dont 450 assis, sur des trajets de moins d’une demi-heure la plupart du temps, mais pouvant dépasser une heure et demie dans quelques cas extrêmes. Ce dernier point explique l’implantation des groupes de sièges en vis-à-vis censés rendre le voyage plus convivial. Pour les autres voyages, TfL a choisi de s’en tenir à un « supermétro », sans première classe, sans tables ni tablette… et sans toilettes. Soit tout le contraire des rames Class 700 de Siemens, un autre matériel tout récent pour un autre « RER » londonien, Thameslink. Car sur ce dernier, il n’est pas rare de passer plus d’une heure à bord, voire plus de deux heures. D’où un compromis entre les aménagements de type banlieue et les éléments de confort repris aux trains régionaux (toilettes, tables en 1re classe, espaces bagages…) côté Thameslink.
    Pour autant, l’intérieur des rames Crossrail fait l’objet de multiples attentions. Parmi les détails signés TfL, notons que l’éclairage associe une ambiance indirecte en toiture, s’adaptant à celui des gares pour ne pas créer de contraste entre intérieur et extérieur de la rame. Absent sous les emplacements des pantographes à cause du manque de volume disponible, cet éclairage d’ambiance est complété par des spots montés au plafond sur de petits modules, associés à un haut-parleur. Le fonctionnement des blocs assurant la climatisation, la ventilation et le chauffage s’adapte également, en fonction du remplissage du train. Et comme dans tout train moderne qui se respecte, la vidéosurveillance, les écrans d’information en temps réel sur les correspondances ou le trafic sur les autres lignes, ainsi que le Wi-Fi seront présents. Autre « plus » présent depuis une quinzaine d’années dans les rames à grande capacité, les intercirculations permettant le passage d’une voiture à l’autre seront à peine moins larges que la distance entre les sièges longitudinaux.
    Un élément clé du succès de Crossrail sera de permettre un maximum de montées et de descentes en un minimum de temps. Pour y contribuer, le plancher du train sera exactement au niveau des quais dans les futures gares du tronçon central de l’Elizabeth Line. En revanche, dans les gares de banlieue appelées à être desservies par Crossrail, il pourra arriver que les quais soient un peu plus bas que le plancher des rames… L’ouverture des portes sera-t-elle automatique ? Oui, dans la partie centrale de la ligne, en conduite automatique et dont les quais seront dotés de portes palières. Mais pour l’heure, la question reste ouverte en ce qui concerne les gares aériennes en banlieue. C’est pourquoi des boutons standards d’ouverture ont été installés à proximité des portes.
    Après les trois premiers trains, la production en série des rames Crossrail doit être lancée en octobre, avec un rythme pouvant atteindre une rame par semaine. Entre-temps, le premier train est parti en août pour la voie d’essais RIDC (Rail Innovation and Development Centres) d’Old Dalby, à 180 km au nord de Londres. Sur cette voie de 21 km, la rame, préalablement lestée à plus de 100 tonnes, peut ainsi effectuer une montée en vitesse jusqu’aux 90 mph (144 km/h) autorisés sur Crossrail, avant d’entamer une campagne d’essais sur le réseau ferré national britannique avant la fin de l’année.
    Patrick LAVAL

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  • Moyen-Orient/Afrique du Nord. Les révolutions du transport

    Moyen-Orient/Afrique du Nord. Les révolutions du transport

    Après le métro automatique de Dubai, s’annoncent ceux de Riyad et de Doha. Les tramways aussi s’imposent, du Maghreb à la péninsule arabe. Dans une zone qui a vécu de l’économie du pétrole, et qui connaît aussi la guerre et les destructions, de nombreux pays se transforment, bâtissent de grandes infrastructures, métamorphosent leur économie, repensent les villes à l’aide du transport public moderne. Les grands groupes mondiaux industriels ou de services sont présents. Les Français ne sont pas les derniers. Et pas les seuls.

    Le 9 septembre 2009, Dubai inaugurait sa première ligne de métro automatique. Un système conçu par l’ingénierie française Systra, construit par un groupement japonais mené par Mitsubishi, exploité par le britannique Serco. Une réalisation décisive. On s’est dit : maintenant que Dubai s’est lancé dans le métro automatique, toute la zone va être tentée de basculer. Dans le métro automatique, ou au moins dans le transport public moderne.
    Et c’est en cours. L’Arabie saoudite se dote d’un réseau de bus à Riyad et y construit son métro automatique, le Qatar construit le sien à Doha, Dubai prolonge sa ligne pionnière. Les tramways aussi partent à la conquête de la zone. Tramway de Dubai encore, déjà en service, ou de Doha, en construction, et, à l’ouest, tramways d’Algérie ou du Maroc dont une bonne partie circule déjà… La région, appelée par convention Mena, qui s’étend du Maghreb à l’Iran, change. Pas aussi vite qu’on l’escomptait. Certains projets sont suspendus ou retardés. Mais rapidement tout de même. Et en profondeur. Comme dit Denis Laroche, directeur Commercial activité Transport de Thales : « Il y a deux ou trois ans, on s’attendait à une croissance très forte. Elle n’aura pas lieu à la vitesse qu’on imaginait, mais les projets prévus dans la région se réaliseront. Notre conviction, c’est que cela ne va pas s’arrêter. »
    Ce n’était pas simple. Les prix de l’essence, très faibles dans la plupart des pays de la zone, n’incitent pas les habitants au report modal. Et la faiblesse des cours du pétrole ne permet pas de dégager les financements. Le constat est simple. Le baril était à 100 dollars en 2014, après avoir plafonné à 110 les trois années précédentes, à 50 dollars en 2015, et à 40 au moment où nous écrivons. Or, c’est une source essentielle de financement.

    Inventer une économie post-pétrole

    Malgré la difficulté, bon nombre de pays « pétroliers » font le choix d’investir dans le transport. Les grandes villes sont victimes de la congestion automobile. Et un pays comme l’Arabie saoudite, dont la population est en forte croissance (30 millions d’habitants dont 20 millions de nationaux), doit impérativement inventer une économie post-pétrole, pour ne pas se trouver un jour avec des centaines de milliers de chômeurs que la rente de l’or noir ne suffira plus à aider. D’où le plan Vision 2030, arrêté cette année par le roi Salmane. Le royaume veut développer une knowledge economy. Elle va tout de même nécessiter des infrastructures de transport. Urbaines, ferroviaires aussi, notamment de fret.
    Pour les grands fournisseurs de systèmes de transport, européens ou asiatiques, ou pour les grandes entreprises américaines, c’est une aubaine. Les ingénieries sont très présentes. Egis, compte tenu de l’acquisition de Projacs en 2015, emploie désormais 1 400 personnes au Moyen-Orient. Systra, implanté depuis plus de 40 ans, y compte plus de 500 collaborateurs. Pour la production industrielle, il n’en va pas de même. Les commanditaires de la péninsule arabique, à la différence de la plupart des pays, particulièrement les Brics, ne souhaitent pas trop se doter de sites de production. Comme le dit en substance un industriel, à propos de la partie orientale de Mena : « Il n’y a pas dans cette zone de contrainte de localisation. Or, cette localisation est consommatrice de capitaux. Nous pouvons utiliser nos capacités existantes. » Du moins pour l’instant. Un jour, la question pourra se poser, par exemple en Arabie saoudite. Là, « si le volume de métros le nécessite, il y aura localisation de l’assemblage de la production, selon le vœu des autorités. Cela ne va pas se faire tout de suite. Mais Alstom est prêt à le faire », dit Gian Luca Erbacci, senior vice-president d’Alstom au Moyen-Orient et en Afrique.
    A l’ouest de la zone, c’est déjà le cas, et Alstom a inauguré en 2015 en Algérie, près d’Annaba, une usine en JV. La coentreprise Cital, détenue à 49 % par Alstom, 41 % par Ferrovial et 10 % par EMA, l’Entreprise du métro d’Alger, est d’abord conçue pour le programme d’équipement en tramway du pays. Quatre trams par mois y sont assemblés. Sans s’y limiter : les compétences du site ont été étendues cette année aux trains régionaux et intercités.
    Il y a une tendance de fond. Il y a aussi des occasions à ne pas manquer. En ligne de mire de deux émirats du Golfe : 2020, l’Exposition universelle à Dubai et 2022, la Coupe du monde de football au Qatar. Même si ce dernier événement, du fait des conditions de travail de la population immigrée – ce sont eux qui font les infrastructures – assimilées par des ONG à de l’esclavage, ne met pas l’Emirat en lumière comme il le souhaitait… De même, d’ailleurs, que les questions de transport en Arabie saoudite soulignent la condition de femmes qui ne sont pas autorisées à conduire.
    De l’autre côté du Golfe, l’Iran peut désormais sortir de son isolement. Puissance rivale de l’Arabie saoudite dans la région, longtemps frappée par un embargo, l’Iran a signé à Vienne un accord sur le nucléaire en juillet 2015. Les grandes tournées politico-économiques à Téhéran ont commencé. Le président de la République islamique, Hassan Rohani, est venu en visite en France fin janvier 2016. Alstom a signé un protocole d’accord pour le développement des transports urbains et de grandes lignes dans le pays. Avant même la visite, Arep, la filiale urbanisme et architecture de la SNCF au sein de Gares & Connexions, était chargée de revisiter trois grandes gares iraniennes, à commencer par Téhéran. Selon Diego Diaz, patron de SNCF International, qui a rencontré le ministre des Transports iranien, les priorités du pays sont « le transport urbain, la planification urbaine et l’intermodalité ». L’Iran a des villes multimillionnaires. Aussi, souligne Adil Guissi, directeur régional Moyen-Orient d’Egis « les sujets de métro sont à suivre », par exemple à Tabriz, Mechhed, Ahvaz, « car, au-delà d’un certain nombre d’habitants, la loi iranienne oblige à construire des métros ».
    Mais le temps des grands contrats n’est pas encore venu. Il y a les cours du pétrole. Il faut aussi que les banques puissent travailler. La plupart des banques européennes y regardent à deux fois, du fait des sanctions énormes infligées par les Américains à la BNP, accusée d’avoir tourné l’embargo. Les Etats-Unis contrôlent le rythme de sortie de l’embargo. Et en profitent pour réserver à leurs entreprises la première place sur les futurs marchés. PSA a été délogé par General Motors, et Airbus est entravé.

    Des tramways, des métros, des LGV

    En Algérie – où les Français ont moins de mal – la grande difficulté, c’est le financement. Le plongeon des cours est terrible pour le pays. Certes, le métro d’Alger a été inauguré en 2011 et les tramways se succèdent depuis cette même année : premier tronçon du tramway d’Alger en 2011, d’Oran et de Constantine en 2013. Quatre autres vont suivre. François-Xavier Perin, président du directoire de RATP Dev, souligne « un effort remarquable d’équipement, avec sept tramways en cinq ans, sans compter les extensions du métro d’Alger ! » Mais, pour la suite des opérations, Systra constate que le programme est interrompu. Et la coentreprise qui devait être créée entre l’EMA et Systra n’a pas vu le jour.
    Au Maroc, la capitale économique, Casablanca, se transforme avec la ligne 1 du tramway, inaugurée le 12-12-12. Ce n’est que le début d’un vaste programme. La gare de Casa-Porta a été entièrement repensée par Arep. Et la ligne à grande vitesse, Tanger – Kénitra, arrivera jusqu’à Casablanca par un prolongement sur ligne classique. Le TGV est attendu maintenant pour 2018, le génie civil se termine et Alstom devait livrer la dernière des 12 rames cet été.
    La grande vitesse, sujet qui a tendance à attirer moins l’attention aujourd’hui qu’il y a quelques années, quand on parlait de contrat du siècle (encore un !) à propos de la LGV en Arabie saoudite. On en parle moins… en France du moins, puisque les Espagnols l’ont emporté avec, semble-t-il des prix cassés. En tout cas le contrat ne va pas comme sur des roulettes. Un de nos interlocuteurs parle même de « cauchemar espagnol ».
    Le fret fait peu parler de lui. Et pourtant, il ne faut pas oublier la réalisation de la ligne North South Railway en Arabie saoudite. Il y a bien aussi un projet de ligne pour relier tous les pays de la péninsule, qui serait au moins partiellement à vocation fret, dans le cadre du GCC, le Gulf Cooperation Council, qui réunit l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Qatar, Koweït, Oman et Bahreïn. Mais les Etats n’ont pas les mêmes priorités, les tronçons envisagés n’ont pas les mêmes caractéristiques. Pour l’instant, du fait de difficultés de financement mais aussi politiques, le projet avance très lentement. Même si la première partie d’une des lignes du projet, Etihad 1, projet émirati, a été réalisée. Pour la suite, vu le poids de l’Arabie saoudite, le royaume servira de catalyseur dans ce réseau de la péninsule.
    On a mentionné divers pays. Pas tous. Car c’est une zone en développement, mais une zone qui a connu les « révolutions arabes » et qui connaît les guerres. Il serait vain et indécent de parler aujourd’hui de projets d’infrastructures en Syrie, en Libye ou au Yémen, où les populations sont confrontées à des questions autrement plus terribles. En Irak, on pensait il y a quelque temps que la phase de reconstruction allait commencer. Les projets sont suspendus, voire enterrés. Systra avait remporté un contrat avec la municipalité de Bagdad pour les études d’un métro. Tout s’est bien passé. Tout est arrêté. On ne parle plus trop non plus du métro aérien, toujours pour Bagdad, dont Alstom avait remporté l’ingénierie. Cela finira par revenir et Eric Cazeaux, directeur général de Siemens SAS se dit convaincu que « les moyens de transport urbain sont un système de pacification. Quand un gouvernement apporte un système à la collectivité, cela change la vie et rend des services incalculables ».
    Oman ou Koweït nourrissent des projets qui pour l’instant ne semblent pas mûrs. Au sein des Emirats arabes unis, c’est surtout Dubai qui bouge. Le transport public n’est pas pour l’instant la première priorité d’Abu Dhabi, qui préfère se concentrer sur la construction d’un nouveau terminal de l’aéroport international. Même si un appel d’offres est en cours pour l’exploitation d’un réseau de bus, pour lequel Keolis est préqualifié.
    Au milieu de la zone, entre Maghreb d’un côté, Machreq et Golfe de l’autre, l’Egypte. La ligne 3 du métro du Caire se poursuit, d’autres lignes sont en vue. Un secteur dans lequel les Français sont présents depuis longtemps, le métro du Caire faisant partie avec celui de Téhéran, Montréal ou de Mexico, des systèmes conçus il y a longtemps par la RATP. Et malgré les terribles événements que le pays a connus, il est en mesure de conduire de grands projets, comme en témoigne la réalisation, en un an seulement, d’août 2014 à août 2015, de l’élargissement du canal de Suez.
    Si les Français sont très présents, en Egypte comme dans l’ensemble de la zone, ils ne sont pas les seuls. Loin de là ! Et, dans le climat complexe des affaires, on ne les entend pas dire qu’il faut selon la vieille expression « chasser en meute ». Chacun a dû apprendre à travailler avec tout le monde. Pour Arnaud Valranges, senior vice-president Development & Strategy de Systra, filiale de SNCF et de RATP, « notre savoir-faire, c’est la spécialisation dans l’ingénierie ferroviaire. Cela met en confiance. Nous cultivons notre indépendance, et nous travaillons avec toutes les techniques industrielles du monde ». Comme sur les autres marchés, Systra est parfois en concurrence parfois en coopération, avec d’autres grands de l’ingénierie, comme Egis ou Setec Et tout le monde s’appuie sur le savoir-faire dans la supervision des travaux des grands groupes anglo-saxons ; incontournables dans la région. Quant à un grand de la signalisation, du contrôle-commande et de la billettique, Thales, il a noué des relations étroites avec les Japonais.

    Des contrats qui attirent tous les exploitants

    Dans l’exploitation des services de transport des alliances se forment ou des rivalités se confirment au gré des appels d’offres. Keolis affronte RATP Dev pour l’exploitation du métro de Riyad. Au Qatar, ils sont alliés pour l’exploitation du métro et du tram de Doha, où ils seront concurrencés par Transdev. Les appels d’offres sont en cours. Toute la planète transport a rendez-vous. Avec 211 km pour le futur réseau de Doha, 176 km pour celui de Riyad, c’est à chaque fois l’équivalent d’un Grand Paris Express qui est en jeu. Certes, les réseaux ne sont pas encore construits. Mais il est vraisemblable qu’ils seront achevés plus vite que le Grand Paris.
    Si on excepte le tram de Rabat exploité par Transdev, le seul exploitant français implanté dans la zone est RATP Dev. Au Maghreb bien sûr mais aussi dans la péninsule, avec le futur réseau de bus de Riyad. Transdev et Keolis, eux, cherchent à se faire connaître. Comme dit Karim Chaiblaine, DG Moyen-Orient de Keolis, « nous bâtissons des partenariats dans les pays cibles, Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis. Nous avons conclu un partenariat majoritaire avec Emirates Transport en 2015 pour les Emirats, un partenariat majoritaire avec une entreprise familiale saoudienne, Nesma, pour l’Arabie saoudite et, au Qatar, où nous nous présentons avec RATP Dev, nous avons un partenaire local. Nous avons des équipes sur chacune des villes avec des projets majeurs, aux Emirats (à Abu Dhabi, à Dubai), en Arabie saoudite (à Djedda, à Riyad) et au Qatar à Doha. Comme le timing des projets est incertain et peut se déclencher très vite, nous avons une forte capacité à mobiliser des ressources rapidement. Et c’est une façon de montrer notre engagement à long terme ». Même approche chez Transdev, où Richard Dujardin considère aussi que les trois pays cibles sont les mêmes. Directeur général Asie Pacifique, Sud Europe et Europe du Nord du groupe avant de prendre la tête de la France, il décrit lui aussi une phase où « on se mobilise, on rencontre des responsables pour comprendre le marché ». Le groupe a fait l’impasse sur le métro de Riyad, le lancement de la procédure s’étant fait au moment où « Transdev était tout à son redressement ». Il a répondu au Qatar, pour l’instant seul, « le client voulant avant tout un expert international », mais prêt évidemment à « qatariser son offre ».
    Si les contrats sont prometteurs et attirent la terre entière, un seul métro moderne automatique est aujourd’hui en exploitation, c’est à Dubai et c’est le britannique Serco qui a le contrat, comme d’ailleurs celui du tram. Et c’est aussi Serco qui a remporté le contrat pour l’exploitation des futurs services de passager sur la ligne saoudienne North South Railway.
    Quand on parle exploitation, on pense au service de transport. Mais un nouveau métier est en train d’apparaître. Celui d’exploitant de gares, ferroviaires ou de transport urbain, de même qu’est apparu le métier d’exploitant d’aéroports. Selon Patrick Ropert, DG de SNCF Gares & Connexions, « dans ce domaine, Gares & Connexions a une alchimie particulière. Nous sommes les seuls à avoir une expertise des flux, un savoir-faire en urbanisme, architecture, design, exploitation et financement ». Gares & Connexion est en pleine croissance à l’international. Son CA international était « de 4 à 5 millions d’euros dans les années 2012, 2013, 2014. Il est passé à 20 millions en 2015 et sera à 30 en 2016. Porté surtout par le dynamisme moyen oriental ». Et Gares & Connexions regarde maintenant de près l’Iran et, non loin de la zone, l’Inde.
    Ce nouveau métier des gares est porté par ce qu’il est convenu d’appeler la conception TOD de l’urbanisme (Transport oriented design). C’est l’une des trois caractéristiques que relève Etienne Tricaud, président du directoire d’Arep, pour décrire ce qui se passe dans la zone. Les pays « sortent de la culture du tout-voiture », pour plusieurs raisons. « D’abord, une congestion urbaine incroyable : on en arrive à créer des embouteillages en plein désert ! Et puis, une réelle sensibilité aux problèmes environnementaux et de pollution. » En réaction, le phénomène le plus marquant est la multiplication des projets de métro, dans de nombreuses villes. Le deuxième phénomène, c’est l’apparition de tramways qu’on peut dire à l’européenne, c’est-à-dire provoquant rénovation ou transformation de l’espace public ; et troisièmement, donc, le TOD, selon lequel « le quartier attenant à la gare se doit d’être un lieu d’intensité urbaine, un booster économique et social ». Trois phénomènes qui conduisent à penser des villes plus durables.
    On ne peut oublier les grands sujets de la mobilité du futur. La voiture autonome, la smart city ou de nouveaux moyens de transport ultrarapides. Une fois encore, Dubai pourrait être pionnier. L’Emirat a inauguré en juillet 2016 ce qu’il présente comme la première « smart street solution » du Moyen-Orient, dont la batterie de capteurs et de caméras a été réalisée avec le chinois Huawei. Et Systra a conclu un partenariat avec Hyperloop One pour des études de faisabilité, notamment au Moyen-Orient. La mise en place d’un tel système de transport souterrain ultrarapide aurait du sens aux Emirats. Par exemple pour aller en cinq minutes d’Abu Dhabi à Dubai…
    François DUMONT

  • La gare du Vert-de-Maisons a-t-elle tout d’une grande ?

    La gare du Vert-de-Maisons a-t-elle tout d’une grande ?

    Difficile équation pour la future gare de la ligne 15 Sud du Grand Paris Express qui va devoir accueillir des flux presque 15 fois plus importants qu’aujourd’hui tout en étant très contrainte par les lignes existantes et le manque d’espace alentour.

    « Les lois de la physique ne sont pas solubles dans la rhétorique ou la communication politique ! » Cette réflexion désabusée d’un cadre de la SNCF résume assez bien la problématique de la future gare Le Vert-de-Maisons, l’une des 16 premières gares de la ligne 15 Sud du Grand Paris Express (GPE) à être construite : pousser les murs dans un environnement urbanisé très contraint pour ne pas dire exigu. Il lui faudra absorber un flux de voyageurs nettement plus important que les quelque 6 500 voyageurs entrants quotidiens actuels qui transitent par cette gare secondaire du Val-de-Marne, située sur la ligne D du RER. La Société du Grand Paris (SGP) y prévoit en effet à terme un trafic quotidien de l’ordre de 90 000 voyageurs… Des clients se trouvant naturellement parmi les 26 000 habitants dans un rayon d’un kilomètre autour de la gare de Vert-de-Maisons, qui est située à la limite des communes de Maisons-Alfort et d’Alfortville, mais pas seulement.
    Il s’agit en effet d’une gare d’interconnexion avec la ligne D, une ligne SNCF du réseau Transilien, qui va jusqu’à Melun en Seine-et-Marne. C’est aussi une gare de passage non seulement pour tous les TGV et Intercités de la gare de Paris-Lyon – inutile de préciser que cela ajoute à la complexité de l’agrandissement prévu – ainsi que pour la ligne R en provenance de Montereau, des Seine-et-Marnais qui aimeraient aussi profiter du modernisme du GPE. Alors que les travaux de dévoiement des réseaux ont commencé début juin, nombreuses sont les parties prenantes au projet à se demander encore comment cette réalisation ambitieuse sera possible.
    « Les projections actuelles prévoient des flux de correspondances de l’ordre de 10 000 personnes par heure de pointe, rappelle Pierre Messulam, directeur général adjoint de Transilien et Monsieur Grand Paris à la SNCF. Donc beaucoup beaucoup plus de monde que dans la gare actuelle. Le Vert-de-Maisons est à cet égard très emblématique de ce qui va se passer dans toutes les gares d’interconnexion du Grand Paris où la notion de pôle d’échanges prend tout son sens. »
    En gros, deux types d’installations sont directement impactées par ces flux : les sorties pour se rendre dans les quartiers et les accès routiers pour les bus de rabattement. Et dans le cas présent, « il n’est pas simple de rapprocher une gare routière de la future gare en raison des contraintes de voirie et de bâti », remarque-t-il poliment. Actuellement, les usagers disposent de deux lignes de bus RATP, la 181 en provenance de Créteil, la 103 (côté Alfortville) qui arrive de Rungis, et toutes deux terminus à l’Ecole vétérinaire. « Déjà la 181 il faut aller la chercher sur la nationale à Maisons-Alfort à environ 400 mètres du RER », fait remarquer Marc Pélissier, président de la Fnaut Ile-de-France. Et « pour créer une gare routière, il faudrait raser une bonne partie du quartier ! » Du côté de l’ancienne gare, à l’ouverture de la ligne 15 Sud et de la gare du GPE, « on aura peu ou prou les mêmes installations qu’aujourd’hui », explique encore Pierre Messulam. Mais que s’est-il passé pour qu’on en arrive à un tel blocage ?
    En janvier 2012, Pierre Serne, nouvellement chargé des Transports à la région Ile-de-France, se dit qu’il n’est peut-être pas trop tard pour rattraper le coup. Après tout, le chantier n’est pas lancé. D’autant que peu après, avec le Nouveau Grand Paris, la région et le Stif feront de l’intermodalité des gares du Grand Paris l’une des priorités du projet. « Dès le départ la SNCF a expliqué – dit et écrit – qu’il serait impossible d’assurer une correspondance digne de ce nom », se remémore l’élu qui s’était rendu sur les lieux pour constater de visu. « Il nous restait quelques mois pendant lesquels c’était encore récupérable… » L’élu de la majorité régionale d’alors prend donc son bâton de pèlerin pour porter politiquement cette question. Il comprend alors que le fonctionnement bilatéral de la SGP avec les collectivités locales concernées par les tracés est intangible. « Le Stif s’est trouvé de fait exclu de son rôle de supervision du complexe système de transport francilien », regrette encore l’élu EELV.
    Or, les deux maires, le Socialiste Luc Carvounas à Alfortville et le Républicain, Michel Herbillon à Maisons-Alfort, une fois n’est pas coutume, se sont ligués pour tenir un seul discours en leitmotiv : contre vents et marées, il faudra garder deux gares à la jonction des communes. Comme elles sont distantes de seulement quelque 2 km, déplacer le Vert-de-Maisons faisait immédiatement perdre son intérêt à la gare de Maisons-Alfort-Alfortville plus au nord. Avec le risque de la voir disparaître à plus ou moins brève échéance. « Les élus craignaient que la création d’une gare intermédiaire engendre la disparition d’une des gares actuelles, voire des deux. Impensable pour une ville de 45 000 habitants déjà coincée entre la Seine et la voie ferrée », confirme Jean Mayet, maire adjoint, chargé des Transports à Alfortville. Quant à agrandir l’existant, cela aurait impliqué l’expropriation d’une vingtaine de jolis pavillons à Alfortville… Toujours est-il que Pierre Serne devra jeter l’éponge devant l’accueil glacial d’un parterre de maires et d’élus du conseil départemental du Val-de-Marne hostiles. « Pour eux, avec mon idée de revoir le projet à la marge, j’ouvrais la boîte de Pandore, alors que les choses étaient figées, gravées dans le marbre. J’ai même entendu un chantage au calendrier… » Il se contentera de faire entériner son mécontentement par un refus de vote au conseil du Stif lors de l’avis préalable à l’enquête publique de la ligne 15 Sud, qui restera « officiel » puisque noté au PV. Mais il lui reste aussi le goût amer du sentiment de n’avoir pu éviter « un énorme gâchis »…
    Bien sûr au moment du choix, en 2010, la SNCF avait donné son avis, fait part de ses inquiétudes et suggéré que l’on déplaçât la gare de quelques centaines de mètres. Elle avait justement une halle de marchandises à cheval sur Maisons-Alfort et Alfortville qui pouvait être réutilisée et qui jouxtait un ancien terrain de ferrailleurs, donc du foncier utilisable. Il lui a plus ou moins été répondu que « qui paye décide ». Il faut donc faire avec ! La plus grosse contrainte résultant de la difficulté à écouler des flots importants de voyageurs par l’unique rampe d’escalier du quai, la première réponse évidente sera de faire stopper tous les trains de la ligne D dans la gare au lieu d’un sur quatre : il y en aura donc 16 au lieu de 4 par heure. « A ce stade, répartir le nombre de montées et descentes des passagers sur un plus grand nombre de trains qui s’arrêtent en gare permet une meilleure fluidité que d’imaginer un escalier plus large, un quai plus large, un nouveau passage souterrain, une nouvelle sortie… Toutes choses qui ne résoudraient que partiellement le sujet », commente Pierre Messulam. Et toutes choses par ailleurs, pas forcément techniquement réalisables dans cet espace trop contraint. « C’est un paradoxe, résume de son côté Marc Pélissier. Car pour d’autres arrêts GPE, qui auraient pu s’adapter à l’interconnexion du RER, on fait l’inverse : on construit d’énormes et coûteuses gares dont on aurait pu se passer – comme Bry-Villiers-Champigny – dans l’idée d’urbaniser le secteur… Et à Vert-de-Maisons, on réalise un truc au chausse-pied ! »
    Quant aux trains de la ligne R, le problème reste à ce jour insoluble. « Et pourtant le deal final sur le tracé, signé avec l’appui de Vincent Eblé, représentant de la Seine-et-Marne au CA du Stif s’est fait à la condition expresse que toutes les lignes Transilien soient bien connectées avec le GPE quelle que soit la solution retenue », rappelle Pierre Serne. Ce sont des trains qui passent actuellement par des voies extérieures dotées de quais étroits, de dépannage et non accessibles aux voyageurs. « Actuellement, j’avoue que dans l’état actuel des installations, on ne sait pas assurer le service voyageur dans les conditions souhaitées », confie le DGA de Transilien. Et en particulier dans des conditions de sécurité normales, ce qui est évidemment plus qu’ennuyeux… « Au moment où l’on travaillait sur le projet de gare du GPE, il n’était pas du tout question d’interconnexion avec les Seine-et-Marnais, qui eux-mêmes pétitionnaient pour que les trains soient directs gare de Lyon afin de ne pas perdre 3 minutes ! » rappelle de son côté Jean Mayet. D’ailleurs, sous l’égide du Stif, il avait été formellement entériné qu’il n’y aurait pas de stop à Vert-de-Maisons pour les trains de la ligne R. Sauf que tout récemment, le conseil d’administration du Stif, qui compte naturellement, rappelons-le, des membres de la grande couronne francilienne, après lui avoir dans un premier temps dit qu’il était inutile de perdre son temps avec ça, a voté un vœu demandant précisément à la SNCF d’étudier la possibilité de les arrêter. « Nous allons lancer cette étude », confirme le responsable SNCF. Qui sait déjà que la complexité sera XXL, dans un secteur qui fait partie de ceux du réseau ferré qui voient passer le plus de trains à l’heure. Ne serait-ce qu’en raison de la présence de sauts-de-mouton au sud de la gare, dont la sortie de la LGV Paris-Lyon, ainsi que d’une palanquée d’aiguillages pour rejoindre Villeneuve-Saint-Georges qui contraignent sérieusement la pose de nouveaux aiguillages. Sans parler du franchissement de l’A86 et du carrefour Pompadour… « Il faut se poser la question du retournement des trains au Vert-de-Maisons », suggère l’élu d’Alfortville, dont l’inquiétude actuelle est que la montée en puissance progressive de 4 à 16 RER D à l’heure ne se fasse pas assez rapidement.
    Fort heureusement, et paradoxalement par rapport aux habitudes ancestrales, ce sont peut-être plus les trains de contre-pointe qui pourraient voir leur trafic enfler : un habitant d’Arcueil ou de Clamart souhaitant se rendre à Evry par exemple transitera par cette gare reliée par souterrain à la nouvelle gare du GPE. La SNCF n’a pas fini de regretter que cette gare n’ait pas été déplacée de quelques centaines de mètres. Et les Franciliens ? Ils pourront toujours se consoler en sachant que, depuis la nouvelle gare, ils rejoindront Châtillon-Montrouge en 15 minutes au lieu d’une heure aujourd’hui…

    Cécile NANGERONI

     

     

  • Eurostar. Nouvelle rame, nouveaux services

    Eurostar. Nouvelle rame, nouveaux services

    Révolution silencieuse dans le transport transmanche : mis en service le 20 novembre dernier, le nouveau train à grande vitesse e320 construit par Siemens pour Eurostar assure désormais la majorité des relations entre Paris et Londres.

    Si vous n’avez pas voyagé par Eurostar entre Paris et Londres ces derniers mois, il y a de fortes chances que vous ayez une surprise lors de votre prochain embarquement. Car la majorité des dessertes entre ces deux capitales est désormais assurée par le nouveau train e320. Un nom qui symbolise sa vitesse maximale, légèrement plus élevée que les 300 km/h des rames TMST (Trans Manche Super Train) de 1994 – des rames dérivées du TGV consstruites alors par par GEC Alsthom, ANF, BN, ACEC, Brush et De Dietrich. Et, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, le changement est total.
    Autant que l’arrivée de ce tout nouveau type de train, c’est la rapidité de sa généralisation qui a été spectaculaire. Après une révision du calendrier, il est vrai : en 2010, lors de la signature de la commande passée à Siemens, Eurostar visait une mise en service en 2014. Une année dont le mois de novembre aura vu la présentation médiatisée d’une première rame à Londres. Mais il faudra attendre une année de plus avant la discrète arrivée du premier train régulier à Paris, le 20 novembre dernier. C’est ensuite que le changement s’est accéléré : désormais, sur Paris – Londres, quatre trains sur cinq sont des e320. Et de dix rames initialement, le contrat avec Siemens a été porté en 2014 à 17 unités.
    Dans le monde des trains à grande vitesse, le service transmanche Eurostar occupe une place à part : en gare avec les contrôles préalables et des espaces dédiés, à bord avec un personnel libéré des tâches de contrôle des billets et sous la Manche avec une vingtaine de minutes en tunnel. Par ces côtés, on n’est pas loin d’un service de type aérien, en plus souple toutefois (par exemple, dans les aéroports britanniques, un contrôle d’identité est pratiqué à l’arrivée, ce qui n’est pas le cas à la gare londonienne de Saint-Pancras). Ceci oblige à maintenir une qualité de service comparable à celle de l’aérien. « L’image d’Eurostar est belle et il faut répondre aux exigences de la clientèle », résume Philippe Dabancourt, directeur des Services ferroviaires (director of Train Services) d’Eurostar. Basé à la control room de Lille, il suit en direct le bon déroulé des circulations entre Londres et Bruxelles ou Paris, voire plus loin sur le continent. Des circulations sur lesquelles la fréquentation se maintient depuis 2014 à plus de dix millions de voyageurs transmanche annuels (c’est-à-dire sans compter les voyageurs fréquents « intra-Schengen » entre Bruxelles et Lille). « Le but est de continuer d’augmenter », ajoute Philippe Dabancourt et le nouveau train e320, qui offre davantage de places que les rames TMST, « est un modèle d’expansion ». Cet été, neuf des dix rames e320 sont en service entre Paris et Londres, la dixième effectuant depuis ce printemps des essais aux Pays-Bas. Les sept rames restantes sont attendues pour fin 2017, échéance à laquelle doit ouvrir la liaison entre Londres, Bruxelles et Amsterdam, avec arrêt à l’aéroport de Schiphol entre autres.
    De nouveaux trains plus capacitifs, avec près de 900 places assises au lieu de 750, ce sont davantage de voyageurs à gérer lors de chaque embarquement. Au point que la demi-heure d’avance demandée à l’enregistrement se révèle parfois très « juste » pour garantir que tous soient installés dans le train à l’heure prévue pour le départ ! « La fréquentation que l’on constatait les jours de pointe, dans les 39 000 – 40 000 clients par jour, est maintenant devenue la norme et est bien gérée », rassure Philippe Dabancourt : « Maintenant, un jour de pointe, c’est jusqu’à 42 000 – 43 000 clients. » C’est pourquoi « un programme a débuté pour la rénovation des terminaux, avec Gares & Connexions et Network Rail [le gestionnaire d’infrastructures britannique], afin d’améliorer la gestion des flux et d’augmenter la capacité de ces terminaux ».
    Sur les voies 3 à 6 de la gare de Paris-Nord comme sous la verrière de Saint-Pancras, le nouveau train a pris ses marques. Du moins au sens figuré. Car au sens propre, sur les quais, les marques signalant aux voyageurs les accès aux 18 voitures des rames TMST ne correspondent évidemment pas aux portes des 16 voitures que comptent les rames e320. « Nous nous sommes posé la question des marquages au sol, mais nous avions surestimé le problème : il y a déjà des affichages bien lisibles aux entrées des différentes voitures », répond Philippe Dabancourt. Autre détail concernant les accès : en bout de quai à la Gare du Nord, « pour le confort client », les voyageurs ayant une place réservée en voiture 1 doivent monter… en voiture 2, dotée de deux portes. Il est vrai qu’avec les TMST, les voyageurs n’avaient pas besoin d’aller en bout de quai, la première voiture accessible se trouvant derrière une motrice occupant les 23 premiers mètres ! D’ailleurs, la plus grande longueur des rames e320 (398,9 m contre 393,7 m pour les TMST) a entraîné des modifications dans la gare parisienne, tel l’ajout de miroirs en bout de voie « pour que les conducteurs s’arrêtent au plus près du heurtoir » ou la nouvelle position des signaux de sortie en voie 3.
    Des modifications ont également été nécessaires au technicentre de Temple Mills International, côté britannique, ainsi qu’aux autres sites concernés par l’arrivée de ces rames de composition totalement différente (16 voitures sur deux bogies chacune au lieu de deux demi-rames articulées type TGV). Y compris aux portes de Paris : « avec les nouvelles rames, le site du Landy va monter en puissance », annonce Philippe Dabancourt.
    Parallèlement aux modifications sur les installations, les rames elles-mêmes étaient livrées par l’usine Siemens de Krefeld. « En ferroviaire, aucune mise en service n’est un long fleuve tranquille », rappelle le directeur des Services ferroviaires d’Eurostar. Immanquablement, des incidents se sont produits durant les premiers mois de service des e320, entraînant des retards, voire des remplacements par des rames TMST. « Mais ce sont des rames bien nées. On passe d’une conception encore très électrotechnique à de l’informatique. Les équipages s’y sont rapidement habitués et les conducteurs préfèrent maintenant les e320. Les chefs de bord sont à l’aise. Et comme il y a beaucoup de redondances, la fiabilité est bonne. On est dans le système industriel. »
    Surtout, le changement a été exceptionnellement rapide : « Le centre de gravité a basculé fin janvier », estime Philippe Dabancourt. Pour cela, « nous avons calé l’offre : nous n’avions pas les dix rames livrées en novembre, alors que nous avions encore besoin de rames pour assurer la formation des conducteurs et des dépôts de maintenance ». C’est sur cette formation qu’Eurostar « a beaucoup misé depuis 2015 », tout en prenant garde à « ne pas former trop tôt le personnel » ! Par exemple, « la formation des conducteurs n’a commencé qu’en septembre 2015, afin qu’ils n’oublient pas tout pendant les vacances ! » Maintenant, tous les personnels – sauf belges – sont aptes aux deux types de rames. Toutefois, les roulements des rames et des agents « restent variés pour ne pas perdre la compétence ». D’autant plus que si le parc de rames TMST est appelé à être réduit, il ne va pas disparaître pour autant : dix de ces rames mises en service en 1994 et déjà modernisées au milieu de la décennie précédente commencent à entamer une deuxième vie (voir encadré p. 72) sous l’appellation e300.

    Patrick Laval

     

     

  • Stationnement. Les stratégies payantes

    Stationnement. Les stratégies payantes

    L’arrivée de start-up aux méthodes nouvelles est en train de bouleverser le marché
    du stationnement. De leurs côtés, les collectivités qui veulent revoir la place de la voiture
    en ville réduisent les places en voirie. Tout cela pousse les exploitants de parkings à repenser leurs modèles.

    Le marché du stationnement est soumis à un double mouvement inverse. D’un côté, les villes, qui souhaitent reconquérir leur centre et faciliter l’arrivée de nouvelles solutions de mobilité, ont tendance à supprimer des places en voirie. C’est le cas tout particulièrement de Paris, où le nombre de places de parking est passé de 235 000 en 2001 à 142 000 en 2014. Ou encore de Toulouse, dont le plan de déplacements prévoit progressivement la suppression de plus de 3 500 places en surface.
    De l’autre côté, de multiples start-up émergent sur le marché, proposant aux propriétaires de parkings de partager leurs places lorsqu’ils n’en ont pas l’utilité avec d’autres automobilistes. Ce qui conduit à réalimenter le système.
    Face à ces nouvelles venues, les acteurs traditionnels que sont tout particulièrement Indigo (ex-Vinci Park) et Effia réagissent depuis plusieurs années. Affichant un intérêt accru pour les parkings partagés, ils se définissent comme des acteurs à part entière de la mobilité. En ce début d’année, Effia, filiale de Keolis, a annoncé un partenariat avec OnePark, spécialiste de la réservation en ligne de parkings, tandis qu’Indigo nouait des accords avec des propriétaires immobiliers pour partager des places de parkings, rachetait les activités d’un loueur de véhicules électriques (Wattmobile) et lançait sa propre plate-forme de services en ligne. « Dans un parking, on ne doit plus uniquement offrir du stationnement », expliquait en début d’année Serge Clémente, le PDG d’Indigo, qui estime que les nouveaux services qu’offriront de plus en plus à l’avenir les exploitants de parkings (location de vélos ou de voitures électriques, nettoyage du véhicule pendant son stationnement…) contribueront aussi à rationaliser les déplacements dans les centres-villes et à lutter contre les embouteillages.
    Pour Sébastien Fraisse, le directeur France d’Indigo, « l’évolution du secteur est inéluctable. Et elle n’en est qu’à ses débuts ». Selon d’autres, l’offre est encore sous-dimensionnée par rapport à la demande. « Le modèle de parking public tel qu’il existe aujourd’hui est le plus mauvais qui soit, juge William Rosenfeld, le PDG et cofondateur de Zenpark, opérateur de parking partagé. Notamment parce que l’utilisateur n’est pas placé au centre des préoccupations quand les collectivités définissent leurs tarifs. Il faut choisir l’une de ces deux solutions : soit une offre simplissime et unifiée, un peu comme Free l’a fait dans la téléphonie ; soit du yield management. Les opérateurs traditionnels sont au milieu avec des tarifs “yieldés” vers le haut et pas du tout uniformes… » Zenpark, qui a expérimenté en décembre 2015, un tarif unifié dans tous ses parkings, à un euro l’heure et neuf euros la journée, a vu sa croissance passer de 15 à 40 %, permettant, malgré ces bas prix « un très net rattrapage du chiffre d’affaires ». Et si le patron ne sait pas dire laquelle de ces deux options est préférable, il est certain d’une chose : à terme l’une ou l’autre sera privilégiée.
    Autre évolution « naturelle » selon lui : le parking mutualisé. C’est ainsi que dans le cadre de Smarseille, l’écoquartier de Marseille, un vaste chantier qui sort de terre sous le pilotage d’Eiffage dans les quartiers nord de la cité phocéenne, Zenpark a été choisi pour gérer l’un des premiers parcs de stationnement mutualisés, qui devrait être 100 % opérationnel en septembre 2017. Comme tout le reste du projet, le parking offrira un concentré de technologies (lecture automatique des plaques, capteurs, conciergerie…). « Le service proposé, c’est l’assurance de toujours trouver une place pour se garer, raconte le patron de Zenpark. Avec son appartement, on achète un droit de jouissance et non pas un emplacement de stationnement. »
    A l’en croire, le système aurait le vent en poupe : « Nous sommes impliqués dans 76 projets de smart city autour du parking mutualisé, continue William Rosenfeld. A Toulouse, Montpellier, en région parisienne, à Strasbourg, Lille ou Nantes… Globalement, ce sont 30 % des consultations de promotion immobilière qui prévoient des places de stationnement mutualisées. » Des implantations futures qui pourront venir compléter le réseau actuel de parkings partagés.
    L’avenir, c’est aussi l’information prédictive sur les places de stationnement à l’arrivée. Le service « Path to Park » lancé en 2015 par Parkeon (grâce aux horodateurs connectés des places sur voirie) en est une illustration. Omniprésent, Google serait dans les starting-blocks, sans communiquer, comme à son habitude. « Sur la dernière version de Google Maps, on décèle de façon claire plusieurs lignes de code qui définissent une information de probabilité de trouver une place de stationnement dans une zone », fait remarquer le patron de la jeune pousse.
    L’avenir, ce sera enfin et bien sûr, les services dédiés aux véhicules spécifiques (électriques, autonomes…) et les espaces de logistique urbaine. Car ces espaces en souterrain pourraient accueillir une multitude de services, et pas seulement de la réparation mécanique ! Surtout au prix du foncier dans les grandes villes, les espaces souterrains devront être rentabilisés…
    Cécile Nangeroni et
    Marie-Hélène Poingt

     

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  • Ces réseaux qui ont fait le choix du gaz

    Ces réseaux qui ont fait le choix du gaz

    Si les bus électriques suscitent l’intérêt des collectivités et les convoitises des constructeurs, les bus roulant au gaz font moins parler d’eux. Pourtant ils progressent au sein des réseaux, ainsi que dans les intentions d’achat des élus convaincus par leurs performances économiques et écologiques.

    Bus électrique ou bus au gaz ? On ne peut pas vraiment encore parler de match, l’un n’existe pas – encore – vraiment, quand l’autre cumule les kilomètres depuis sa première apparition en France à la fin des années 90. Mais les bus au gaz semblent marquer des points auprès des réseaux utilisateurs qui louent leurs performances économiques et écologiques. Ce qui incite d’autres réseaux à leur emboîter le pas.
    Ainsi, le Grand Poitiers, l’un des précurseurs dans le GNV, qui était revenu aux bus diesel après avoir été échaudé par des problèmes techniques rencontrés avec des bus au gaz, a décidé au début de l’année de renouer avec ce carburant. « Ce ne sont pas des choix que l’on fait tout seul dans son coin. C’est l’orientation qui est suivie par d’autres grandes collectivités, la région Ile-de-France, l’agglo de Nantes, etc. », avait alors expliqué en avril, au quotidien Centre Presse, Anne Gérard, l’élue chargée des Transports au Grand Poitiers. « Ça nous conforte dans notre choix parce que c’est celui de la transition énergétique. Et désormais, on a l’assurance que la technologie est de plus en plus fiable. »
    Au 1er janvier 2015, 11 % du parc français circulait ainsi au GNV, ce qui représente 2 381 véhicules (et 30 réseaux), les plus grosses flottes se situant à Lille, Bordeaux, Nantes et Toulouse. Et dans leur enquête réalisée auprès des collectivités locales, le Gart et Agir ont montré que si 60 % des collectivités locales qui se sont manifestées souhaiteraient à l’avenir faire passer leur flotte à l’électricité, 30 % opteraient pour le gaz.
    Il est vrai qu’avec la nouvelle loi sur la transition énergétique, les élus vont avoir de moins en moins le choix. Le législateur impose que 50 % des achats de bus devront être constitués de véhicules à faibles émissions en 2020, puis 100 % en 2025 pour les flottes comptant plus de 20 véhicules de transport public. Un décret reste à écrire pour préciser ce que le législateur entend par « véhicules à faibles émissions ». Si l’on en croit une étude présentée en juin par la CATP, la centrale d’achat de transport public d’Agir, l’utilisation du gaz permet une forte diminution des rejets d’oxyde d’azote et de particules.
    De même si le coût d’achat d’un bus au gaz est plus élevé (il serait de 10 % comparé à un diesel Euro VI), ses coûts d’exploitation sont bien inférieurs (-36 %).
    Dans ce domaine, il bat à plate couture – pour le moment – son concurrent, le bus électrique qui affiche un surcoût d’au moins 105 % sur une durée de vie de 12 ans…
    Marie-Hélène Poingt

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  • Contournement Nîmes – Montpellier Les contraintes d’une ligne mixte

    Contournement Nîmes – Montpellier Les contraintes d’une ligne mixte

    Octobre 2016, c’est l’objectif de fin de la pose des voies sur les 60 km de ligne en construction entre Manduel, à l’est de Nîmes, et Lattes, à l’ouest de Montpellier. Une LGV « mixte » sur laquelle à partir d’octobre 2017 les TGV qui circuleront à 220 km/h côtoieront des trains de fret roulant à 100 km/h.

    Au linéaire proprement dit des 60 km du contournement ferroviaire de Nîmes -Montpellier en construction, communément appelé CNM, s’ajoutent 20 km de raccordements au réseau existant : 10 km de liaisons sur la rive droite du Rhône et 10 km vers Jonquières, Lattes et Manduel. Cette ligne constitue d’un côté le prolongement naturel de la LGV Méditerranée et de l’autre un maillon du futur axe à grande vitesse en projet entre Montpellier et Perpignan. Elle offrira des gains de temps d’une vingtaine de minutes, Montpellier se trouvant alors à 3 heures de Paris. Elle libérera au profit des TER des sillons sur l’axe classique aujourd’hui proche de la saturation avec quelque 230 trains au quotidien. Enfin, un report du fret de la route vers le rail est espéré, avec une estimation de 10 millions de tonnes par an, soit l’équivalent de 3 000 poids lourds en moins chaque jour sur l’autoroute.
    L’infrastructure est désormais bien ancrée dans les paysages du sud de la France. Essentiellement en remblai cumulant plus de 9 millions de m3 de matériaux, elle a d’emblée été étudiée et construite relativement à plat dans la plaine pour limiter les déclivités vis-à-vis des trains de fret.
    Cette future cohabitation TGV/convois de marchandises a aussi dicté un entraxe entre voies atteignant 4,80 m, soit 30 cm de plus que d’ordinaire. Et, fait inhabituel sur une LGV, des signaux de block automatique lumineux (BAL) sont implantés le long de la voie, complétés d’un contrôle de vitesse des trains par balises (KVB).
    A cette signalisation de ligne classique se superpose le système d’interopérabilité European Train Control System (ETCS1) qui consiste à remonter au conducteur en cabine les informations transmises par Eurobalises. La ligne se caractérise par une forte densité d’ouvrages, tous dimensionnés pour supporter les trains lourds de fret. Ils sont au nombre de 176 dits « courants », dont six de franchissements de voies ferrées, soit quasiment un tous les 450 m. Presque le double comparé à ceux de la ligne Sud Europe Atlantique (SEA) en construction entre Tours et Bordeaux et pas loin du triple sur Bretagne – Pays de la Loire (BPL) entre Le Mans et Rennes. Par exemple, les canaux d’irrigation Bas-Rhône -Languedoc amenant l’eau du Rhône vers le sud du département du Gard et l’est de l’Hérault croisent la ligne pas moins de 200 fois ! On compte aussi une tranchée de 1 217 m à Manduel qui sert de raccordement pour que les trains de fret puissent passer de la ligne nouvelle au réseau classique ou inversement. Enfin onze grands viaducs, des ouvrages d’art « non courants », comportent des structures très différentes tel ce pont à poutres latérales sur l’A54, un pont de la famille Warren sur le Vidourle, ou encore ce bowstring biais sur le Lez et la Lironde. Des viaducs principaux encadrés d’ouvrages dits de « décharges » ou de longues estacades dont le dimensionnement a été calculé pour assurer une transparence hydraulique totale dans les plaines inondables. Des précautions prises dès l’origine et indispensables pour les 31 communes traversées de façon à ce que l’infrastructure ferroviaire ne constitue pas une barrière artificielle lors des violentes crues dues aux épisodes cévenols qui se caractérisent par de très fortes pluies sur de courtes périodes.
    Les ouvrages ont été dessinés par l’architecte Alain Spielmann qui a souhaité « donner une ligne à la ligne » pour qu’elle soit reconnaissable d’une extrémité à l’autre, tout en affirmant malgré tout une identité propre aux sites traversés. Ainsi, les parapets des ouvrages du Gard arborent-ils un jaune clair vif pour évoquer la couleur de la terre, ceux de l’Hérault un bleu rappelant les dominantes du ciel et de la mer. Pour sa part, l’agglomération de Montpellier a retenu le blanc pour sa traversée. A signaler qu’aucun ouvrage n’atteint une portée supérieure à 90 m, ce qui a dispensé la pose d’appareils de dilatation en voie dont la tenue et la maintenance s’avèrent toujours délicates.

    Michel Barberon

     

  • Ile-de-France. Travaux d’été et communication commune RATP-SNCF

    Ile-de-France. Travaux d’été et communication commune RATP-SNCF

    Pour le deuxième été consécutif, la section centrale du RER A est coupée pour travaux et, comme tous les ans, il en est de même pour la traversée parisienne du RER C. Cette fois, RATP et SNCF, qui exploitent ces deux lignes, vont plus loin dans la mise en commun de leur communication vis-à-vis des usagers.

    C’est un mal nécessaire, inséparable du retour de l’été en Île-de-France. « Nous avons bien conscience que nous allons perturber la vie des Parisiens et des touristes », a reconnu Didier Bense, directeur général SNCF Réseau Île-de-France, lors de la conférence de presse commune RATP-SNCF sur les travaux d’été. Ce mal nécessaire, ce sont les travaux sur les réseaux ferrés RATP et SNCF, avec leurs interruptions de service pouvant aller jusqu’à plusieurs semaines. Or « 30 % des irrégularités en Île-de-France sont dues à l’état vieillissant du réseau », a rappelé Alain Krakovitch, directeur général Transilien SNCF. L’Île-de-France est une priorité pour SNCF Réseau, qui consacre à cette région 1,3 milliard d’euros sur les 4,9 milliards d’euros investis en 2016 pour moderniser son infrastructure au niveau national, montant auquel s’ajoutent 400 millions d’euros au titre de l’entretien. Parallèlement, la RATP investit 1,6 milliard d’euros cette année pour la modernisation et l’entretien de son réseau, dont 590 millions d’euros « pour garantir une sécurité, une fiabilité et une disponibilité optimales des infrastructures ». En accord avec le Stif, les deux entreprises réalisent une majeure partie des travaux d’envergure en plein été, profitant de la baisse de fréquentation, de l’ordre de 30 %, statistiquement constatée sur les transports publics franciliens entre le 14 juillet et le 25 août environ.
    « La planification des travaux se fait sur les cinq années à venir, de façon que ces travaux ne tombent pas tous en même temps », précise Philippe Martin, directeur général adjoint en charge des opérations de transport et de maintenance à la RATP. C’est ainsi que, comme chaque année, des interventions plus ou moins limitées dans le temps et l’espace s’ajoutent aux travaux déjà entamés les mois précédents, ainsi qu’aux opérations estivales récurrentes sur la traversée parisienne du RER C – Castor, pour les intimes – et, pour la deuxième fois, sur la section centrale du RER A. Cette année, RATP et SNCF ont présenté ensemble leur programme de travaux et leurs solutions de substitution (financées pour près de 6 millions d’euros par le Stif) et moyens d’information établis conjointement. Les agents des deux entreprises sont une fois de plus mobilisés pour informer les voyageurs, en particulier touristes et occasionnels en cette saison.
    Ces fermetures ont enfin donné l’occasion à la start-up Padam Daily, dont les minibus partagés sont dédiés aux trajets domicile – travail, de proposer de nouvelles zones de départ et d’arrivée à partir du 25 juillet. Un concurrent pour le service iDvroom de la SNCF, qui propose déjà une offre spéciale aux abonnés Navigo pendant les travaux ?
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