Archives : Dossiers

  • Sûreté. Les transports en mode état d’urgence

    Sûreté. Les transports en mode état d’urgence

    La France, qui n’avait pas beaucoup dormi, s’est réveillée en état d’urgence le 14 novembre au lendemain des attentats de Paris. Décrétée aussitôt, la mesure, créée en 1955 et inédite en France sur tout le territoire national métropolitain et en Corse, a été reconduite pour trois mois en urgence aussi par le Parlement. Avec un impact instantané sur l’un des secteurs cibles de la menace terroriste : les transports. Et particulièrement en Ile-de-France où le dispositif Vigipirate en alerte maximum, déjà en vigueur depuis les attentats de Charlie Hebdo il y a près d’un an, est encore monté de plusieurs crans. Autant pour assurer au mieux la sécurité des millions de voyageurs qui circulent chaque jour sur les réseaux que pour les rassurer.
    Les rassurer, c’est à quoi se sont employés Stif, SNCF et RATP qui tenaient conférence de presse commune le 17 novembre dernier. Pour détailler l’ensemble des moyens déployés.
    Dès le lendemain des attentats, la préfecture de police multipliait par deux les effectifs en tenue avec 600 agents sur le réseau, le renfort de trois unités de gardes mobiles, 123 agents de police sur les sites sensibles dont les gares, 9 équipes de 27 gendarmes, 80 CRS et enfin 1 000 militaires dans le cadre de la mission Sentinelle qui s’ajoutent aux 3 000 déjà présents sur les pôles multimodaux d’Ile-de-France. Des personnels armés qui viennent appuyer les 1 200 agents de la Suge en place, les 1 000 agents du GPSR, le service de sécurité de la RATP et 500 médiateurs.
    Un déploiement humain que Jean-Paul Huchon, le président du Stif, estimait « à son niveau maximum », assurant, confiant, qu’on allait « pouvoir rapidement juger de son efficacité. »
    « Chacun est à son travail. Chacun est à sa mission. On est en guerre mais pendant la guerre on vit aussi », ajoutait de son côté Jean-François Carenco, le préfet de région, se voulant tout aussi rassurant.
    Et pour ce qui est de l’interface entre pouvoirs publics et SNCF, elle est assurée par Christian Lambert, l’ancien patron du Raid devenu celui de la sûreté de l’entreprise, rappelait Guillaume Pepy.
    Le président de la SNCF attendait impatiemment que soit voté le projet de loi du député (PS) Savary (voir Lettre confidentielle n°93). De quoi « permettre aux agents de la Suge déjà armés d’exercer en civil, de contrôler les bagages et de fouiller les personnes. » Du côté des renforts encore, le nouveau contrat que la SNCF vient de signer pour 2016-2020 avec le Stif prévoyait par ailleurs, on le sait, la création de 250 postes supplémentaires d’agents de présence et de sécurité et 50 médiateurs de plus. Guillaume Pepy a annoncé, qu’en raison des circonstances, leur recrutement « parmi le vivier de candidatures dont dispose la SNCF » allait être accéléré avant la fin de l’année et leur indispensable formation à la sécurité spécifique des transports également.
    Il rappelait aussi le déploiement, dès le lendemain des attentats, d’Unir, une Unité nationale d’intervention rapide mobilisant spécifiquement 80 agents de la Suge.
    « Les gares sont aujourd’hui toutes équipées de caméras de vidéosurveillance et l’équipement des trains continue », détaillait-il encore. Et certaines grandes gares parisiennes expérimentent des « vidéos patrouilles, des patrouilles déclenchées pour pister aussitôt tel ou tel individu dont les caméras ont permis de repérer le comportement suspect. »
    Une mobilisation qui ne doit pas faire oublier que la sécurité est l’affaire de tous les citoyens. Annonces d’information réitérées en boucle, consignes multipliées aux voyageurs : toutes les 10 minutes en banlieue, ils doivent entendre l’un de ces rappels. Dans les trains, sur les quais, partout les voyageurs sont invités à ouvrir l’œil.
    A la suite du drame évité du Thalys, la SNCF avait relancé et généralisé à tout le territoire son numéro d’appel d’urgence, le 3117 que le voyageur témoin du moindre problème ou saisi du moindre doute est invité à appeler 24 heures sur 24 pour le signaler. Elle y ajoute à partir du 14 décembre un numéro d’alerte par SMS le 31177. Les deux numéros assurent en permanence le relais vers les services de secours : pompiers, police, Samu, démineurs… En temps réel. Grâce à la géolocalisation de l’appel et en fournissant la connaissance des gares et de la circulation des trains aux services d’intervention. Les opérateurs qui sont au bout de fil ont suivi une formation spéciale « alerte attentats ». Quant à généraliser les portiques de contrôle pour filtrer tout le monde, comme le réclamait au même moment Ségolène Royal sur iTélé, Jean-Paul Huchon précisait que la préfecture de police estime que « ce serait dangereux ». En créant des poches de rétention de voyageurs, ces barrages empêcheraient au contraire le trafic qui, pour se faire en toute sécurité, doit s’écouler régulièrement.
    Reste qu’effet pervers de toutes ces mesures, les fausses alertes aussi se multiplient, compliquant encore la tâche des forces mobilisées et s’ajoutant pour les Franciliens aux difficultés habituelles. En état d’urgence, c’est sûr la vie continue mais elle se complique.
    Chantal BLANDIN


    Des cloches pour enfermer les colis suspects, des logiciels qui traquent les comportements inquiétants

    Ce ne sont encore que des moyens expérimentaux. Mais sous l’autorité de l’Etat, la SNCF étudie actuellement avec la préfecture de police l’utilité de nouveaux outils. Notamment, explique Guillaume Pepy, le président de la SNCF : « une machine qui renifle les colis suspects pour détecter un éventuel contenu dangereux. » Mais aussi « des cloches, déjà utilisées dans d’autres pays et permettant d’enfermer ces colis pour circonscrire les dégâts en cas d’explosion avant l’arrivée des démineurs. »
    Enfin, à l’étude aussi, le recours possible à des logiciels d’analyse comportementale automatique pouvant équiper les caméras de surveillance, qui se développent actuellement aux Etats-Unis.


     

    Portiques « Royal » pour Thalys

    Onze jours après les attentats, la ministre de l’Ecologie a fait une série d’annonces pour améliorer la sécurité dans les gares, notamment celle d’équiper de portiques les gares desservies par Thalys, y compris hors de France ! Il semble toutefois que l’installation commencera par les gares de Paris-Nord et Lille, seules mentionnées pour la France.

    Portiques de sécurité pour les Thalys, barrages filtrants et billets nominatifs pour les trains internationaux, contrôles aléatoires pour les autres trains. Ségolène Royal a annoncé, le 24 novembre sur France-Inter, une série de mesures pour les trains. Et notamment que des portiques de sécurité seront installés à Paris et à Lille, avant le 20 décembre, pour contrôler l’accès aux Thalys.
    Cette décision, prise la veille, a expliqué Ségolène Royal, avec le Premier ministre, le ministre de la Défense et le secrétaire d’Etat aux Transports, s’est appuyée sur un rapport remis le 19 novembre au soir, par la SNCF, comme l’avait indiqué Guillaume Pepy dès le lendemain.  Ségolène Royal a avancé que des portiques devraient aussi être installés en Belgique, tout comme aux Pays-Bas et en Allemagne. « Au besoin, on pose les portiques avec leur accord, et ensuite ils s’arrangent financièrement pour rembourser les choses, a indiqué la ministre. On peut très bien coordonner, prendre en charge le pilotage des opérations. Je pense que la SNCF va prendre contact avec ses homologues, il faut que les choses se passent simplement », a-t-elle précisé. L’installation de portiques de sécurité ne vaut que si toutes les gares desservies par les Thalys sont également sécurisées. Soit un total de 18 gares hors de France (Belgique, Pays-Bas, et Allemagne).
    Mais côté belge on a fait aussitôt valoir que ce type de mesure devait être « concerté avec les différents pays et opérateurs nationaux », a indiqué le gouvernement. « Pour l’instant, nous avons un accès limité pour les trains internationaux, nous avons mis des barrières pour permettre des contrôles des titres de transport et d’identité en coopération avec la police », a indiqué une porte-parole de la SNCB, ajoutant que c’était « une mesure provisoire ».
    Mais quid des gares françaises, autres que Paris et Lille, qui sont desservies par quelques Thalys : Aix-en-Provence, Avignon, Marseille, Valence ? Ségolène Royal n’en a pas fait mention. Pour les autres gares françaises qui reçoivent des trains internationaux, « la gare de l’Est notamment, l’on va regarder très rapidement la faisabilité des contrôles d’accès aux trains », a détaillé Ségolène Royal qui veut aussi « regarder comment diffuser des billets nominatifs comme cela se fait dans les avions ».
    Pour l’ensemble des gares, la ministre veut aussi développer les « barrages filtrants », qui permettraient de fouiller les bagages et de vérifier que seuls les voyageurs munis de billets aient accès aux quais où est stationné leur train. Ces contrôles aléatoires se feraient « en s’appuyant sur les moyens de la SNCF qui peut aussi s’adjoindre des agents assermentés d’entreprises [extérieures] », a dit la ministre. La SNCF compte 1 200 agents au sein de la Surveillance générale (Suge), dont une partie seulement est assermentée et armée. Par ailleurs, en Ile-de-France, le nouveau contrat passé entre la SNCF et le Stif prévoit de déployer 240 agents SNCF en plus, ainsi que 50 médiateurs, pour augmenter la présence humaine et le niveau de sécurité sur l’ensemble du réseau.
    Ségolène Royal a également évoqué le déploiement de scanners mobiles, dans les gares, et non plus seulement sur les quais, afin d’absorber les flux de voyageurs sans gêner l’accès à un seul train, sans préciser dans quelles gares ces portiques mobiles seraient installés. Reste beaucoup de flou autour de ces mesures extrêmement compliquées à mettre en œuvre dans des délais aussi courts. La ministre de l’Ecologie n’a pas précisé si les autres propositions de la SNCF, comme les caméras de surveillance révélant les mouvements anormaux ou la présence d’agents SNCF armés à bord des trains, seraient retenues, ni la façon dont seraient financés ces dispositifs forcément très coûteux.    Yann GOUBIN


     

    Les entreprises face aux atteintes à la laïcité


    La RATP est confrontée à une montée du radicalisme religieux de certains salariés qui restent, certes, très minoritaires, mais qui posent de réels problèmes dans quelques services.

    Très rapidement après les attentats du 13 novembre, on a appris que l’un des kamikazes avait été machiniste à la RATP pendant 15 mois entre 2011 et 2012 sur la ligne n° 148 qui rallie Bobigny à Aulnay-sous-Bois. Très rapidement aussi, on a évoqué une montée du radicalisme religieux dans certaines entreprises, et tout particulièrement à la RATP qui serait ainsi devenue une des entreprises qui emploierait le plus de personnes faisant l’objet d’une fiche S de surveillance, selon Le Parisien du 17 novembre.
    Refus de serrer la main des femmes, de prendre le volant et de s’asseoir sur le même siège qu’aurait occupé une conductrice, et même d’obéir à une femme si elle occupe une position hiérarchique supérieure, ce sont quelques-uns des faits dénoncés par des conductrices de bus de la région parisienne depuis plusieurs années auprès de la direction de la RATP. Mais sans que des sanctions tombent dans les dépôts de bus concernés, notamment à Nanterre-Charlebourg et Pavillons-sous-Bois.
    « Ces femmes ont vécu des situations dramatiques. Certaines ont eu du cran, comme Ghislaine Dumesnil qui a alerté sa hiérarchie. Ça a commencé fin 2012. Mais leurs propos ont été très vite récupérés par le site Riposte Laïque, ce qui les a décrédibilisées, rappelle Christophe Salmon, le secrétaire général de la CFDT-RATP. Pourtant, c’est une réalité dans l’entreprise. Il y a des comportements, des attitudes qui ne respectent pas la laïcité. Certains agents ne saluent plus les femmes, c’est devenu une habitude et cela ne semble même plus choquer. »
    Certains syndicats présents dans ces dépôts de bus ont été noyautés par des intégristes islamistes. « Que ce soit SUD, la CGT, ou même FO qu’on appelait à un moment, à Nanterre, Force Orientale, des syndicats sont rentrés dans le communautarisme : pour gagner les voix de communautés, il y a eu une surenchère de promesses électoralistes sur les salles de prière, les douches pour faire les ablutions… », raconte une autre source syndicale.
    Et dans les métros ? « Les salafistes veulent être visibles, ils veulent le contact avec le public. C’est pour cela que travailler dans le métro les intéresse moins que de conduire des bus », explique une source policière.
    Il y a plusieurs années, la RATP, comme de nombreuses autres entreprises, a diversifié ses recrutements, en allant notamment dans les quartiers difficiles pour que l’entreprise ressemble davantage à notre société. Parfois avec des choix « discutables », à en croire Le Parisien du 17 novembre qui ajoute : « Pour éviter le caillassage des bus dans certains quartiers, elle a embauché des “grands frères” au profil peu recommandable. »
    Selon le journal, la RATP serait ainsi devenue une des entreprises qui emploieraient le plus de personnes faisant l’objet d’une fiche S de surveillance. La RATP a très vite publié une mise au point, rappelant que « les principes de neutralité et de laïcité sont appliqués à l’ensemble de ses agents ».
    Puis elle a fini par reconnaître qu’il « y a eu des faits contraires à la clause de laïcité qui est contenue dans les contrats de travail depuis 2005 », a fini par reconnaître la RATP le 18 novembre. Il y a deux ans, la RATP a en plus adopté un guide de la laïcité pour aider les managers à gérer les situations difficiles, ce qui semble démontrer la reconnaissance d’un problème. « Cette charte de la laïcité a une valeur de règlement avec sanctions à la clé. Les sanctions peuvent aller jusqu’au licenciement », avait expliqué en janvier dernier à notre rédaction Pierre Mongin, qui était alors président de la RATP. Nous l’avions interrogé en aparté, à l’occasion de ses vœux à la presse, sur ces faits dénoncés par des conductrices de bus : « Ce sont juste des vidéos relayés par le FN qui circulent sur Internet. Jamais nous n’avons entendu parler de ce type de faits qui sont inacceptables », nous avait-il alors déclaré. Pourtant, en 2014, Pierre Mongin avait-il fini par prendre la mesure du problème ? Au début de cette année-là, il avait réclamé une réunion sur cette question avec le préfet de police de Paris. Par ailleurs, en octobre 2014, un fonctionnaire de police a été détaché et installé à la RATP. Aujourd’hui, Elisabeth Borne rappelle « qu’elle fera preuve de la plus grande fermeté sur ce sujet ». Tout récemment, deux agents du Groupe de protection et de sécurisation des réseaux (GPRS) se seraient vu retirer leur autorisation de port d’arme. Ils feraient eux aussi l’objet d’une fiche S, selon Le Parisien.
    Confrontée à cette multiplication des révélations, la RATP cherche la meilleure réponse. Le 26 novembre, l’entreprise a annoncé la création d’une délégation générale à l’éthique, directement rattachée à Elisabeth Borne et dont la direction est confiée à Patrice Obert, « citoyen engagé dans la réinsertion des jeunes ». Cette délégation aura notamment pour mission de « veiller à ce que l’ensemble des faits contraires aux principes de non-discrimination, de laïcité et de neutralité soit systématiquement signalé et sanctionné ».
    Marie-Hélène POINGT


    Faut-il mettre en cause le recrutement ?


    Les grandes entreprises cherchent à diversifier leurs recrutements. Notamment à la SNCF. « Cette démarche a été lancée après la crise des banlieues en novembre 2005. Louis Gallois, alors président de la SNCF, a jugé qu’on ne pouvait pas rester les bras croisés. Selon lui, il fallait aller dans les quartiers et recruter les talents. Ce n’était pas une démarche de charité. C’était une politique d’ouverture qui s’appuyait sur les compétences. Nous avons lancé les journées Egalité Compétences car il est normal que l’entreprise soit aux mêmes couleurs que la France », raconte Karim Zéribi, qui a participé à cette politique à partir de 2006 et pendant trois ans. Et il ajoute : « Quand on fait le bilan, on constate que l’entreprise ne s’est pas plus trompée en recrutant des jeunes des quartiers que lorsqu’elle procède à des recrutements classiques. Le taux d’erreur est le même. Dans les relations avec les clients, les jeunes des banlieues apportent même un plus. Globalement, c’est une réussite. »


    « Au fil du temps, on s’est résigné jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus »

    Ghislaine Dumesnil, qui a préféré quitter son emploi après avoir été conductrice de bus pendant 16 ans, nous livre son témoignage.

    « Au dépôt de Nanterre, il n’y a qu’une trentaine de femmes machinistes sur un total de 650 et elles étaient une vingtaine à se plaindre dès 2012. Il y en a beaucoup qui ont peur donc ne disent rien. […] Depuis la mise en place d’une politique de discrimination positive à l’embauche, les rapports entre collègues ont beaucoup changé, il n’y a plus l’ambiance grande famille d’autrefois, il n’y a plus de solidarité. On en voit qui font la prière sur le lieu de travail, qui ne saluent plus les femmes. » Elle dénonce aussi une forme de prosélytisme envers tous les collègues musulmans.
    Au début des années 2000, la RATP a recruté massivement des « grands frères » issus des cités. Aveuglément ? « On m’a rapporté qu’un conducteur a vu un jour arriver un nouveau collègue et a reconnu en lui la personne qui l’avait agressé…, raconte-t-elle. La violence contre les machinistes n’a pas régressé, mais elle est venue dans nos dépôts. » Cette ancienne militante et DP CGT a quitté le syndicat qui ne l’a pas soutenue, quand elle a voulu, mi-2012, dénoncer ces faits de « racisme antifemme » : « J’ai eu comme réponse “tu vas réveiller les fachos” et “la laïcité a été instaurée par les bourgeois” ! »
    « On m’a traitée de raciste immédiatement et j’ai reçu des menaces. Les personnes que j’accusais ont fait passer un message de représailles : “plus personne ne lui parle”, relayé par les syndicats dans lesquels ils ont pris plusieurs postes et sont devenus leaders. […] Ma direction m’a dit clairement de ne pas faire de vagues au nom de la paix sociale, mais je ne peux pas accepter ça. On m’accuse de mettre le feu. »
    « A partir du moment où j’ai été soutenue par Risposte Laïque [un site Internet étiqueté d’extrême droite alors que la conductrice se dit « foncièrement de gauche », NDLR], ils m’ont décrédibilisée et m’ont attribué des actes dont je ne suis pas l’auteur. […] Soudain, j’ai été régulièrement convoquée par mon supérieur à qui on avait rapporté mes fautes, la dernière étant de ne pas avoir fait ma relève, or ce jour-là, je n’avais pas de relève. J’ai été sanctionnée de 5 jours de mise à pied. J’ai contesté la sanction, que je trouvais exagérée, puis j’ai pris un avocat et j’attends les prud’hommes ».
    « A l’été, quand il a été annoncé que la RATP allait afficher la campagne contre le sexisme dans les transports, j’ai écrit à tous les ministres concernés – Affaires sociales, Droit des femmes, Transports, et Intérieur avec copie à Elisabeth Borne – pour expliquer que la RATP autorisait le sexisme. […] Au fil du temps, c’est pas qu’on s’est habitué, mais on s’est résigné… Jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus. » Finalement, Ghislaine Dumesnil préférera faire valoir ses doits à la retraite anticipée, auxquels elle peut prétendre après 16 ans de service et cinq enfants. Elle a conduit son dernier bus fin novembre 2015.    

    C. N.
     


    Les réseaux urbains de province touchés également par des cas de prosélytisme

    La RATP n’est pas la seule touchée par ce phénomène de radicalisation. Keolis et Transdev aussi ont ce type de problèmes difficiles à gérer dans des réseaux comme Nantes, Lille, Strasbourg ou encore Aix-en-Provence.

    Après la révélation d’une montée du communautarisme islamiste au sein de certains dépôts de bus RATP, et d’attitudes sexistes à l’encontre de machinistes femmes, les langues se délient. Des conductrices du réseau de bus nantais, la TAN, ont fait part de comportements qu’elles jugent inacceptables au quotidien Presse Océan le 19 novembre. Sous couvert de l’anonymat, elles dénoncent les mêmes faits que les machinistes féminines de la RATP : le refus de leur serrer la main, de les saluer, de les croiser. A Nantes, « un noyau d’une vingtaine de femmes à la Semitan est extrêmement remonté », rapporte une conductrice, affirmant qu’« il y a quatre hommes, musulmans, qui refusent de serrer la main aux conductrices et qui les évitent ».
    Encadrer le fait religieux au travail reste une problématique pour les réseaux. Ainsi Alain Boeswillwald, directeur général de la Semitan, met en place des tables rondes sur le thème « Travailler dans la diversité », explique-t-il au quotidien régional. Et précise : « Nous ne voulons pas aborder le sujet sur le seul angle de la religion mais plus globalement. Ce sujet n’est pas tabou, la meilleure façon est de l’aborder directement dans l’entreprise. »
    Pour Laurence Broseta, la directrice générale France de Transdev, « notre personnel est le reflet de notre société. Il rassemble des personnes de toutes origines. Il y a aussi des gens dont nous favorisons l’insertion. Mais le sujet de la laïcité et des comportements est difficile à maîtriser pour les managers ». Et elle précise : « Ne pas serrer la main n’est pas une faute professionnelle. En revanche, ne pas vouloir parler à une femme parce qu’elle est une supérieure hiérarchique n’est pas accepté dans nos entreprises. »
    Selon nos informations, des réseaux Keolis ont eu également à faire face ces dernières années à des comportements communautaristes, notamment à Lille, Strasbourg ou encore dans le Pays d’Aix. Aix-en-Bus aurait notamment découvert fin 2014 qu’un local était transformé en salle de prière, mais ne l’aurait pas sanctionné dans un souci d’apaisement. Ce réseau compterait une vingtaine de chauffeurs « porteurs de signes ostentatoires de leur appartenance religieuse, tels que cheveux rasés, barbe longue et pantalon porté le plus court possible », selon une source bien informée. A Aix-en-Provence aussi, des responsables féminines se sont plaintes de comportements inadaptés à leur égard.
    Des situations qui rendent les rappels au principe de laïcité de plus en plus fréquents, et des réponses au cas par cas, dans le respect du code du travail, mais donnent rarement lieu à de fortes sanctions disciplinaires. Pour le patron de Keolis, Jean-Pierre Farandou, il faut « inciter les réseaux à établir des chartes de la laïcité, qui expliquent ce qui est possible de faire et ce qui ne l’est pas. C’est un sujet compliqué mais je souhaite que le principe de laïcité soit appliqué dans toutes nos entreprises ».
    Le prosélytisme religieux sur le lieu de travail n’est pas à traiter à la légère. A en croire Eric Denécé, directeur du think tank Centre français de recherche sur le renseignement, ce serait une première étape visant à « une prise de contrôle ». Cet ancien officier analyste des services de renseignement français décrit « le risque islamiste dans les entreprises » en trois étapes : « D’abord le prosélytisme religieux ; puis la prise de contrôle de la communauté musulmane au sein de l’entreprise ; enfin la remise en question des règles de fonctionnement de celle-ci pour imposer les valeurs islamiques. » Il cite notamment « le refus de certains salariés musulmans de reconnaître l’autorité de cadres quand il s’agit de femmes ». Avant de conclure que les entreprises devraient réagir comme elles le font contre le risque sectaire.
    Cécile NANGERONI
     


    Bientôt le « criblage » des salariés ?

    Impossible pour un employeur de savoir si un de ses salariés est fiché S (pour atteinte à la sûreté de l’Etat), rappellent en chœur les entreprises. « On part de loin. Aujourd’hui, l’entreprise n’a même pas les moyens de savoir si ses conducteurs sont toujours détenteurs de leur permis de conduire ! », s’exclame Jean-Pierre Farandou, le président de Keolis. L’entreprise n’a en effet pas la possibilité juridique de vérifier que tous les points d’un permis ont été perdus par exemple. Or, des cas de conducteurs sans permis sont relevés deux fois par mois en moyenne.
    Cette vérification devrait être possible à l’avenir, si cette disposition prévue dans le projet de loi sur la sûreté dans les transports est votée.
    L’Union des transports publics (UTP) discute aussi depuis plusieurs mois avec les pouvoirs publics sur l’établissement d’une liste de métiers soumis à une habilitation administrative préalable. « Jusqu’où faut-il aller dans nos vérifications ? Jusqu’aux personnels de ménage d’une entreprise sous-traitante qui interviendrait dans l’enceinte du métro, ou encore aux sous-traitants qui interviennent sur les infrastructures ? », s’interroge-t-on côté UTP.
    La réflexion a été lancée depuis plusieurs mois, notamment dans le cadre de la réunion préparatoire sur la sécurité dans les transports. Mais comme elle touche aux libertés individuelles, elle n’est pas simple à mettre en œuvre. « Il ne faut pas mettre en place de telles mesures dans la précipitation », prévient l’UTP. Surtout que le transport public concerne de nombreux emplois : il représente 260 000 salariés. Si on prend en compte la sous-traitance, il faut ajouter plusieurs dizaines de milliers de personnes.
    En attendant cet éventuel « criblage » des salariés (pour reprendre le jargon policier), les réactions se font au cas par cas. Ainsi, à la SNCF, « quand les services de lutte contre le terrorisme nous informent que telle ou telle personne doit faire l’objet d’une mesure particulière, nous ne la licencions pas, mais en fonction de son poste, nous pouvons la déplacer », a expliqué Guillaume Pepy, le président du directoire, qui était interrogé sur ce thème par BFM le 20 novembre. Pas possible selon lui de laisser ces personnes occuper des « postes d’aiguillage, de conducteur, de fonction armée dans un service de sûreté… », a-t-il énuméré. Avant de lancer cette demande : « Mais ce serait mieux si un petit article de loi édictait des règles pour que ce soit blindé. »  

    M.-H. P.



     

     

     

     

     

     

     


  • Bretagne – Pays de la Loire. Un rythme de 1,5 km par jour

    Le planning de pose des voies sur la ligne BPL est tenu. Ces voies ont atteint début septembre la proximité de Rennes. Depuis, le train SMD 80 de la société Eiffage Rail, qui assure leur mise en place, est reparti dans l’autre sens pour poursuivre son activité vers l’est. L’arrivée à Connerré, lieu qui marque la fin de la ligne Atlantique et donc le début de BPL, est programmée pour mars 2016, les voies devant être à leur niveau définitif en mai. Après les travaux de finitions, les voies seront prêtes pour le démarrage de la campagne d’essais dynamiques avec circulations de TGV. En service depuis 1993, le SMD 80, construit par Plasser & Theurer, appartenait à l’origine à la société allemande Heitkamp, Eiffage Rail Deutschland désormais, qui l’utilisait pour de grosses opérations de renouvellements de voies. Pour les besoins de BPL, il a été intégralement reconditionné et simplifié dans un atelier Eiffage Rail en Allemagne. Les équipements qui n’étaient pas indispensables à la pose de voies nouvelles, tel celui servant au retrait de traverses anciennes lors de renouvellements, ont été retirés. Un système de clipsage des fixations Fastclip des rails sur les traverses a été adapté. Les alimentations électriques et hydrauliques ont été renouvelées.
     

    Le challenge de l’organisation logistique

    Une vingtaine d’experts allemands et français travaillent sur le train dont l’avancement moyen atteint les 1 500 m/jour, avec parfois des pointes dépassant les 2 000 m, mais parfois moins en cas de problème. « Notre grand challenge, c’est l’organisation de la logistique, explique Gerd Kurzrock, directeur du lot voies chez Wittfeld, société en groupement sur le chantier avec Eiffage Rail France et Eiffage Rail Deutschland. Le problème augmente avec les grandes distances et les temps d’acheminement qui pouvaient atteindre jusqu’à six heures entre la base-travaux et le chantier, et autant pour le retour ! »
    Hormis la réalisation de raccordements LGV avec le réseau classique, la pose des voies sur la plate-forme nouvelle, qui mobilise environ 150 personnes, avait véritablement démarré courant janvier 2015 en direction de l’ouest depuis la base-travaux d’Auvers-le-Hamon, au nord de Sablé-sur-Sarthe. En juin, la seconde base située à Saint-Berthevin, à proximité de Laval, a pris le relais.


    1,6 million de tonnes de ballast pour le projet

    Réaliser les 214 km du projet nécessite 1,6 million de tonnes de ballast. Près de la moitié (700 000 t) de ce matériau a été répartie au préalable sur 26 sites aménagés tout au long du linéaire de la future ligne. La toute première phase du processus consiste à effectuer à l’aide de deux finishers routiers, alimentés par des camions tombereaux, un préballastage haut d’une vingtaine de centimètres et comportant un décrochement au milieu pour assurer aux traverses monoblocs en béton une bonne stabilité et éviter un risque de cassure. « Avant l’arrivée du train, nous devons disposer les rails sur ce préballastage. Le soir un bulldozer tire dix longueurs de rails, soit un linéaire de 1 080 m, mais seulement huit ou neuf dans les rampes. Le matin, le train arrive avec les matériaux et nous entamons alors la pose », poursuit Gerd Kurzrock. Tout se passe à l’avant du train qui se déplace à l’aide de grosses chenilles avançant doucement sur ce préballastage. Tout d’abord, mise en place des traverses espacées de 60 cm avec une tolérance de plus ou moins 1 cm, soit 1 666 par kilomètre. Ensuite, pose des rails dessus, puis solidarisation de ces éléments par les attaches. « La tolérance en alignement étant limitée à 20 mm, c’est assez compliqué pour un train tracté par des chenilles. Nous avons commencé avec un système de satellites GPS. Mais au niveau des ponts, des talus ou en cas de changement de satellites, le train peut faire une erreur. Depuis, nous sommes donc passés à la méthode du tachymètre en connexion avec les goujons installés sur les poteaux caténaires. »
     

    Un convoi long de 600 mètres

    Outre cette fonction de pose proprement dite, le convoi, long au total de 600 m et pesant 2 000 t, comporte à l’arrière sa « réserve » journalière. C’est-à-dire 20 wagons chargés chacun de 180 traverses acheminées vers l’avant par lot de vingt unités à l’aide de chariots-transporteurs roulant au-dessus du train. Et six wagons avec 40 longs rails soudés de 108 m qui sont poussés vers la tête par un système de galets et guides. Les opérations ne sont pas pour autant achevées une fois la voie posée. Il s’agit ensuite de relever l’ensemble de 30 cm à 40 cm par ajouts progressifs de ballast. A l’arrière, un premier train de 24 ballastières vient déposer une couche de cailloux, qui va être peu à peu mise en place sous et autour des traverses par une bourreuse. La tenue de l’ensemble est ensuite assurée par le passage d’un stabilisateur. Puis une régaleuse donne au ballast le profil définitif.

    Un niveau de précision extrême

    Ces opérations lourdes seront reconduites à quatre reprises : la grande vitesse exige un niveau de précision extrême, inférieur à 2 mm pour le désaxement central ! Pour rattraper un peu de retard pris au niveau du bourrage, il a été décidé de séparer ces phases sur les parties à l’est et à l’ouest. Une condition indispensable pour être prêt à accueillir le train international Speno, dont la campagne de meulage des rails est d’ores et déjà programmée en juin et juillet 2016. Puis les trains d’essais qui, sensiblement dans le même temps, devront aussi se partager avec la ligne Sud Europe Atlantique. Chez Eiffage Rail, tout le monde a en tête la date du 15 mai 2017, délai contractuel pour la livraison de la ligne BPL à SNCF Réseau.
    Michel BARBERON


    La ligne BPL en chiffres

    214 km de ligne nouvelle, dont 32 km de raccordements aux lignes existantes
    26 millions de m3 de matériaux terrassés
    225 ouvrages d’art courants
    13 viaducs, dont 4 franchissements autoroutiers
    6 tranchées couvertes
    7 sauts-de-mouton
    1,6 million de tonnes de ballast
    820 km de rails
    680 000 traverses
    8 500 poteaux caténaires
    2 sous-stations : Juigné-sur-Sarthe (72) et Le Pertre (35)
    320 km/h vitesse des TGV
    200 km/h pour les TER GV, via la Virgule de Sablé-sur-Sarthe
    25 km au nord du Mans mixte fret – voyageurs
    3,4 milliards d’euros : le coût global, dont 3 milliards le montant
    du contrat de partenariat


    La provenance des matériaux

    Le ballast, apte aux caractéristiques rigoureuses d’une ligne à grande vitesse, est fourni par les carrières du Valet à Iffendic (Ille-et-Vilaine) et de Vignats (Calvados). Une fois les rails posés, les phases suivantes de ballastage sont menées avec un matériau provenant toujours de Vignats, mais aussi des carrières de Thouars (Deux-Sèvres) et de Corbigny (Nièvre). Les traverses monoblocs en béton sont produites à l’usine Sateba de La Riche, près de Tours. L’acier importé est transformé dans l’usine Tata Steel à Hayange (Lorraine) en longs rails soudés de 108 m (UIC60 de 60 kg/m) acheminés directement sur les bases-travaux. Dans leur majorité, les appareils de voie viennent de chez Vossloh Cogifer de Reichshoffen, en Alsace.    

    M. B.


    Une caténaire conçue pour les 350 km/h

    Comme pour ses homologues récentes ou actuellement en construction, la caténaire de la ligne Bretagne – Pays de la Loire est conçue pour supporter le 350 km/h. Une vitesse de circulation qui ne sera cependant pas pratiquée au quotidien par les rames TGV commerciales limitées à 320 km/h, mais qui sera atteinte lors des phases obligatoires de tests dynamiques qui précéderont la mise en service. Les équipes de Colas Rail, l’entreprise en charge de ce chantier, ont démarré en juillet dernier depuis la base-travaux d’Auvers-le-Hamon. Un engin apte à circuler sur les voies et doté de mâts télescopiques déroule le fil de contact d’une section de 150 mm² et son câble support en bronze par « tirs » d’une longueur moyenne de 1 200 m. Les appareils tendeurs avec contrepoids seront réglés ensuite à des tensions atteignant les 2,6 tonnes. Le déroulage des « ficelles » doit s’achever au cours de l’été 2016. Leur alimentation en 25 kV sera assurée par deux sous-stations, Molière à Juigné-sur-Sarthe, Le Pertre en Ille-et-Vilaine, et quinze postes électriques « autotransformateurs » répartis tout au long de la ligne.    M. B.


    Enretien

    Loïc Dorbec, directeur opérationnel Eiffage Rail Express (ERE)
    « Les essais prévus à l’automne 2016 dureront six mois »

    Ville, Rail & Transports. Le génie civil de la ligne Bretagne – Pays de la Loire (BPL) est désormais achevé. Quelles ont été les difficultés du chantier ?
    Loïc Dorbec.
    La crainte des intempéries. Le printemps 2013 a été particulièrement pluvieux, mais l’été et l’automne chaud et sec suivants nous ont permis de battre un record en terrassement avec 19 millions de m3 réalisés dans l’année. Nous avons aussi accéléré le phasage des travaux de génie civil, ouvrages et terrassement, au nord de Laval. Ceci afin de permettre au train de pose des voies, parti début 2015 de Sablé-sur-Sarthe, de travailler en continu, sans interruption dans ce secteur. C’était un point dur dans la planification et notre organisation. Mais les équipes se sont mobilisées pour livrer la plateforme dans les délais impartis. Enfin, du côté de la Sarthe, des zones compressibles ont nécessité au préalable de compacter les terrains.

    VR&T. En pointe, quels ont été les effectifs et à combien estimez-vous le total des heures de formation ?
    L. D.
    Au plus fort du génie civil, à l’été 2013, nous étions plus de 4 500, avec un peu plus d’un millier de machines mobilisées en terrassement. Entre les heures travaillées en génie civil et l’activité ferroviaire, nous avons recruté et formé plus d’un millier de personnes aux métiers des travaux publics, ce qui représente 140 000 heures de formation sur le chantier. C’est une grande satisfaction, car au-delà du respect de nos engagements contractuels, nous avons permis à des personnes de retrouver un emploi par des formations diplômantes. Nous avons aussi dépassé nos objectifs sur le recrutement des personnes en insertion professionnelle : 13 % atteints au lieu des 8 % portés dans notre contrat, c’est plus d’un million d’heures travaillées en insertion qui ont permis à des personnes éloignées du monde du travail de retrouver une activité.

    VR&T. Les personnes ayant participé au génie civil pouvaient-elles prétendre approcher des métiers touchant à la superstructure ?
    L. D.
    Nous essayons de créer des passerelles et de proposer aux personnes embauchées pour le génie civil de continuer sur les activités ferroviaires. Ce sont des compétences et des métiers différents et les besoins sont moins importants. Nous sommes encore un peu plus de 2 000. Au total 250 personnes recrutées en génie civil continuent sur le chantier en pose de voie ou équipement après une formation complémentaire. Nous proposons à celles n’ayant pu continuer sur le chantier ou dans nos agences travaux, des entretiens individuels et de les accompagner en complément de Pôle emploi dans leur nouvelle recherche. Actuellement, plus d’une personne sur deux a retrouvé un emploi après BPL, malgré le contexte difficile dans nos métiers aujourd’hui.

    VR&T. L’année 2015 est consacrée à la superstructure, les voies, la caténaire, la signalisation. C’est un nouveau challenge pour ERE ?
    L. D.
    Nous sommes à un peu plus de la mi-parcours, avec encore beaucoup de jalons à franchir. La pose de voie LGV avec un train spécifique est une première et une période de rodage a été nécessaire pour arriver aux cadences de production de 1 500 m/jour. Aujourd’hui ce train fonctionne très bien et nous avons pu atteindre plus de 2 200 m de pose en une journée, notre record. C’est aussi la première fois que trois signalisations, l’ERTMS niveau 1 et 2 et la TVM 300, seront installées sur une LGV. Enfin, dernier challenge mais pas le moindre, organiser les essais avant la livraison comme convenu de l’infrastructure à SNCF Réseau, le 15 mai 2017.

    VR&T. Un train nouveau, des équipes mixtes franco-allemandes. Cela a demandé une certaine organisation, des adaptations ?
    L. D.
    Quelques adaptations ont été effectivement nécessaires, notamment une mise aux normes françaises pour le train et un apprentissage des règles de sécurité ou du rythme de travail français pour les équipes allemandes. Aujourd’hui, les équipes travaillent bien ensemble et nous avons un outil affûté pour la fin du chantier en Sarthe et, j’espère de prochains gros chantiers avec la SNCF, probablement plutôt en renouvellement dans les années à venir. Le train est déjà reparti sur notre base-travaux ferroviaires de Sablé-sur-Sarthe pour poser la voie côté est du tracé, entre Sablé et Connerré.

    VR&T. L’année 2016 va marquer les premiers tests dynamiques avec circulation de rames TGV. A partir de quand et comment cela va-t-il se passer ?
    L. D.
    Les essais statiques de tous les sous-systèmes indépendamment sont déjà commencés. Ensuite il y aura l’intégration des systèmes entre eux et avec l’infrastructure existante. Les premiers trains de mesures circuleront début 2016, puis viendront les essais dynamiques de montée en vitesse avec circulation des premiers TGV. Ces essais débuteront à l’automne 2016 et dureront six mois. La montée en vitesse sera progressive, elle commencera à 80 km/h – vitesse à laquelle les trains circuleront avant la mi-octobre 2016 – pour atteindre les 352 km/h pour les plus rapides. Les sillons pour ces essais sont déjà réservés. A leur issue, il nous faudra obtenir l’Amec (autorisation de mise en circulation) délivrée par l’EPSF pour une mise en circulation de la ligne à 320 km/h.

    VR&T. Le retour d’expérience d’Eiffage sur la LGV Perpignan – Figueras s’est avéré particulièrement utile. Des processus ont-ils été changés, améliorés ?
    L. D.
    Pose de voie, signalisation… les techniques et les process ne sont pas les mêmes, mais le retour d’expérience est décisif sur ces projets clés en main pour faire travailler les équipes ensemble, dans les délais et les budgets impartis. Perpignan – Figueras et l’autoroute A65 entre Pau et Langon entre autres nous ont permis de maîtriser les organisations permettant de traiter dans les temps des sujets très sensibles comme la concertation, la loi sur l’eau, les acquisitions foncières, la compensation environnementale…
        Propos recueillis par
        Michel BARBERON

     


     

    La maintenance s’organise
     

    A partir de mi-2017, une centaine de personnes sera chargée d’assurer le parfait fonctionnement des installations de la LGV Bretagne – Pays de la Loire. L’opérateur
    de la maintenance de la ligne Eiffage Rail Express, Opere, organise ses structures, prépare ses formations et a déjà commandé le matériel de maintenance.

     

    Engagée voici environ un an, la mise en œuvre des éléments de superstructure, voies, signalisation, caténaire, télécommunications, sur la ligne nouvelle Bretagne – Pays de la Loire, doit se poursuivre encore sur plusieurs mois. Mais au sein de Opere, l’opérateur de la maintenance de la ligne Eiffage Rail Express, filiale d’Eiffage, on cogite depuis longtemps sur la suite. « En 2015, nous sommes dans la phase constitution de l’équipe d’encadrement qui va bientôt atteindre près d’une trentaine de personnes. Elle a pour tâche de préparer la maintenance de la LGV dès sa mise en service mi-2017 », explique Jean-Matthieu de Laferrière, directeur d’Opere. C’est-à-dire définir les procédures de maintenance, de sécurité, les cahiers des charges, trouver les organismes de formation, préparer avec l’établissement public de sécurité ferroviaire (EPSF) le dossier d’agrément de sécurité de gestionnaire d’infrastructure. En parallèle, il s’agit aussi de lancer le recrutement des opérateurs, ouvriers et agents de maîtrise. En phase opérationnelle complète, tout compris, Opere ce sera un peu plus d’une centaine de personnes répartie entre les opérateurs caténaire, sous-stations et postes d’alimentation (une dizaine), les agents de signalisation-télécommunications (une vingtaine) et les agents voie qui s’occuperont aussi du génie civil. Ces équipes de production se répartiront sur les bases d’Auvers-le-Hamon au nord de Sablé-sur-Sarthe, et de Saint-Berthevin, près de Laval. Deux sites qui servent encore actuellement de bases-travaux ferroviaires pour le stockage des matériaux de superstructure et la formation des trains de chantier. Si le futur bâtiment « maintenance » d’Auvers-le-Hamon doit être réceptionné en janvier, une partie de l’encadrement de Opere a déjà intégré ses locaux définitifs à Saint-Berthevin, « ce qui permet d’être au plus près du terrain et en interaction avec les équipes qui construisent », poursuit Jean-Matthieu de Laferrière. Le temps est compté. « Il s’agit de constituer les équipes pour janvier 2016 et d’engager les formations, de trois à neuf mois selon les métiers, courant février, de façon à ce que les premières spécialités soient opérationnelles à partir de l’été et puissent venir en appui pendant les essais à titre de formation-entraînement. » Saint-Berthevin abritera aussi un centre de supervision chargé d’assurer la télésurveillance du bon fonctionnement des installations et de réagir dès qu’une panne est détectée. Deux opérateurs y seront présents en 2×8 heures, cinq jours sur sept. Le troisième poste sera dédié aux travaux et à la programmation des chantiers nocturnes. Ce sera en quelque sorte la tour de contrôle Maintenance. La tour de contrôle Exploitation, sous la responsabilité de SNCF Réseau, se situera pour sa part au poste de commande à distance (PCD) de Rennes.
    Autre tâche en cours, l’organisation des interfaces avec SNCF Réseau. Un travail de connaissance des équipes a été engagé, « de part et d’autre, nous sommes dans une volonté de collaboration intelligente au bénéfice de tout le monde, dans un vrai esprit de partenariat. Il y a un endroit où au mètre près notre territoire s’arrête, mais sans véritable rupture technique : la caténaire se prolonge, la voie aussi. Sur certaines zones une partie des installations est à nous et l’autre à la SNCF. Nous devons donc nous transmettre des infos techniques, voir comment travailler, comment programmer pour ne pas être au même endroit au même moment ».
    Au niveau des huit raccordements cette problématique d’interface se retrouve aussi avec des établissements différents. Trois Infrapôles (LGV A, Pays de Loire, Bretagne), deux établissements infra circulation (les exploitants Bretagne et Pays de la Loire), trois Infralogs (logistique, mainteneur sous-stations et télécom). Le directeur de la maintenance se montre plutôt confiant. En principe, des installations neuves exigent peu de maintenance. Passé la phase de déverminage, la signalisation ne devrait pas provoquer de grosses surprises.
    Au niveau de la voie, il pourrait éventuellement y avoir plus d’interventions parce que la ligne supportera plusieurs types de trafics, des TGV et des TER sur la virgule de Sablé et jusqu’à Rennes pour les liaisons rapides Angers – Laval – Rennes par rames Z TER. Du fret sur les 25 km du contournement du Mans où vont se côtoyer des TGV à 320 km/h et du fret à 100 km/h. Comment va réagir la voie ? Tout dépendra en partie du niveau de circulation de ce dernier. « Hormis la LGV Est-européenne phase 1 qui sert de référence à BPL, il y a encore peu de retour d’expérience sur une ligne circulée à 320 km/h. Donc nous allons aussi apprendre au fur et à mesure comment se comporte une infrastructure longue de 180 km, dont 100 km avec sous-couche en grave-bitume. La voie est une installation vivante et c’est sans doute sur elle que nous devrons nous concentrer le plus au cours des premières années. »
    Michel BARBERON


    Le matériel lourd de maintenance est commandé


    La commande de l’indispensable matériel lourd destiné à la maintenance de la ligne vient d’être passée. Deux locomotives déjà présentes sur le chantier, des G1206 de Vossloh, sont destinées à tracter des trains-travaux, mais aussi à assurer le secours en ligne aux TGV en cas d’avarie (une dizaine de conducteurs expérimentés et débutants seront recrutés). Il y aura deux draisines Plasser & Theurer, l’une pour la voie dotée d’une grue et d’une capacité de transport de rails, l’autre pour la caténaire avec plate-forme élévatrice. Le parc comprendra aussi deux lorrys de tournée et un lorry caténaire fabriqués par Fassetta. Une bourreuse ZCA 2000 de Framafer, également stabilisatrice et redresseuse de rails, sera livrée début 2017.     

    M. B.
     


    915 ha de compensations environnementales


    « Eviter, réduire, compenser », un triptyque grandeur nature mis au point par Eiffage Rail Express (ERE) dès le démarrage du projet de LGV. Un projet dont le tracé, dessiné à l’origine par RFF, avait déjà soigneusement évité de traverser des zones Natura 2000 à la grande valeur patrimoniale et ne touchait qu’une seule Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) sur la commune de Louverné, en Mayenne. Pendant les travaux, de nombreuses mesures ont été prises pour limiter au mieux les impacts sur les zones humides. Les déboisements indispensables ont été proscrits en périodes de nidification des oiseaux et des chauves-souris. Des larves de scarabées pique-prune, espèce protégée, trouvées dans des arbres voués à disparaître ont été « déménagées » vers d’autres hors de l’emprise. Sur les trois départements traversés, Sarthe, Mayenne, Ille-et-Vilaine, au total 915 hectares ont fait l’objet de mesures compensatoires. Ils se répartissent en 450 ha pour la biodiversité, 250 ha pour les zones humides et 215 ha en faveur des boisements sur des terrains de faible valeur agricole. Sur un simple boisement compensateur, ERE prend en charge les travaux de plantation et d’entretien durant cinq années. Mais si celui-ci est associé à la biodiversité, les interventions assurées par des petites PME chargées de la mise en œuvre des mesures, de l’animation agricole et du suivi scientifique, vont s’étendre alors jusqu’en 2036 !    

    M. B.


    Entretien

    Xavier Mony, directeur du pôle Spécialités de la branche Infrastructures d’Eiffage
    « BPL sera notre référence à l’international »

    Ville Rail & Transports. Eiffage Rail a été créée en 2010. Qu’en est-il aujourd’hui de son développement ?
    Xavier Mony.
    L’activité Rail au sein d’Eiffage compte désormais deux filiales. Eiffage Rail et Pichenot, que le groupe vient de racheter. L’ensemble est placé sous la direction d’Enzo Zanato. Il est rattaché au pôle Spécialités de la branche Infrastructures qui englobe également les activités de pipelines, de travaux hydrauliques et de réparation d’ouvrages.

    VR&T. Reprendre Pichenot, c’est une volonté d’élargir, d’acquérir de nouvelles compétences ferroviaires pour Eiffage ?
    X. M.
    Cette acquisition est le fruit d’une longue réflexion. La finalité visait à « nous muscler » pour accélérer notre développement dans ce domaine. Nous cherchions une société pas trop grosse et performante, à même de compléter nos savoir-faire pour nous accompagner sur les projets sur le réseau ferré national, mais aussi adapter nos moyens de production pour suivre les investissements de notre client SNCF, en particulier en Ile-de-France. Pichenot regroupait ces critères.

    VR&T. L’activité Rail d’Eiffage représente combien de personnes ?
    X. M.
    Au sein d’Eiffage Rail, les effectifs atteignent plus de 250 personnes dont une majorité, environ 150, travaille actuellement sur la LGV Bretagne – Pays de la Loire (BPL), les autres étant basées dans le nord de la France à Marly, près de Valenciennes, et en Ile-de-France. S’y ajoutent désormais les 137 personnes de la société Pichenot.

    VR&T. A combien s’élève le chiffre d’affaires annuel ?
    X. M.
    Pour Eiffage Rail, l’activité en 2014 et 2015 a représenté une centaine de millions d’euros, dont 80 % réalisés sur le chantier de la LGV BPL. Le chiffre d’affaires 2016 avec Pichenot sera du même ordre. A partir de 2017, il n’y aura plus les travaux de construction de LGV, et les investissements de notre client SNCF seront importants dans le domaine des appareils de voie et de la maintenance. C’est sur ces créneaux, qui sont le cœur de métier de Pichenot, que nous souhaitons nous développer.

    VR&T. Les chantiers de superstructure sur la LGV BPL sont à leur apogée. Mais que va être l’après BPL ?
    X. M.
    Nous attendons un gros volume en Ile-de-France sur l’entretien de réseau, mais aussi sur les projets du Grand Paris (Eole…). Les premiers marchés commencent à être attribués sur les parties en exploitation, sur les modifications de réseau, sur les raccordements à créer. Et nous allons en parallèle continuer de nous positionner, notamment au travers de notre agence Nord sur le marché des installations terminales embranchées et des tramways.

    VR&T. Une agence Eiffage Rail créée assez récemment dans le sud de la France a été fermée. Pourquoi ?
    X. M.
    Cette entité a été ouverte fin 2013. Le seuil de rentabilité souhaité n’a pas été atteint. Par ailleurs, nous avons une vraie volonté de concentrer notre activité sur l’Ile-de-France compte tenu des investissements à venir. Nous avons fait évoluer notre organisation pour la rendre plus compacte. Depuis des dizaines d’années Pichenot rayonne sur l’ensemble du territoire national et sait se déplacer depuis Trappes, réalisant plus de 40 % de son CA en province.

    VR&T. Eiffage vise-t-elle des projets ferroviaires à l’export ?
    X. M.
    En termes de grands projets, hormis certaines opérations Franciliennes, le relais de BPL passera évidemment par l’international. Nous suivons quelques projets notamment en Afrique et en Angleterre et accompagnerons le groupe à l’international sur des projets d’envergure multimétier. Pour Eiffage, BPL est LE chantier et probablement demain LA référence qui nous permettra de nous déployer à l’international, grâce à notre méthodologie d’approche des projets clés en main.

    VR&T. Eiffage ne s’est pas présenté sur le prochain marché de suites rapides ?
    X. M.
    SNCF a lancé le marché des suites rapides au printemps 2015. Notre volonté est d’être très sélectif sur les affaires suivies. Nous avons considéré que les suites rapides n’étaient pas encore des typologies de travaux sur lesquelles nous pouvions marquer notre différence. Pichenot ne s’est pas non plus déployé sur ce type de marché. Nous n’avons donc pas répondu, estimant plus raisonnable de nous concentrer sur d’autres marchés tout aussi sensibles, et plus en adéquation avec les savoir-faire, tant des équipes d’Eiffage Rail que de Pichenot.    

    Propos recueillis par M. B.



    Huit jonctions pour relier la LGV aux lignes existantes

    Huit jonctions ont été créées pour raccorder la nouvelle LGV aux lignes ferroviaires classiques. SNCF Réseau devait garantir l’organisation et la sécurité de ces raccordements réalisés sous circulations ferroviaires.

    Raccorder la LGV BPL aux lignes ferroviaires classiques, Le Mans – Rennes, Le Mans – Nantes, Chartres – Le Mans et Paris – Le Mans, a nécessité la création de huit jonctions. Elles se situent à Rennes, Laval-Ouest, Laval-Est, Sablé-sur-Sarthe, La Milesse-voyageurs, Connerré-LGV. Prévue mixte fret/voyageurs, la section LGV au nord du Mans, longue de 25 km, comporte en outre deux jonctions à voie unique : La Milesse-fret et Connerré-fret. Ces mises en œuvre de raccordements étant réalisés sous circulations ferroviaires, SNCF Réseau devait en garantir la sécurité et la régularité. Elle a donc assuré la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d'œuvre de ces chantiers représentant un montant de 400 millions sur les 1,5 milliard d’euros payés par le propriétaire et gestionnaire du réseau (3,4 milliards d’euros de coût global). « C’est moins spectaculaire en termes de travaux que ce qui est réalisé sur la LGV proprement dite. Mais ce sont des opérations commandos principalement réalisées de nuit qui sont très complexes en termes d’organisation et de mobilisation collective de plusieurs centaines de personnes », explique Patrick Leweurs, directeur du projet au sein de SNCF Réseau, chargé de piloter ces chantiers. Une telle programmation exige en effet au minimum deux ans d’anticipation pour être intégrée dans les grilles horaires, organiser des détournements de trains allongeant les temps de parcours, qui entraînent parfois la suppression de TER et leur remplacement par des bus ou une fermeture temporaire totale de ligne pendant le week-end. « Ces grandes opérations nécessitent des ressources difficiles à mobiliser parce que ce sont des experts en signalisation, en sécurité ferroviaire, très sollicités sur tous les grands chantiers actuels menés sur le réseau. Quand un week-end est programmé aussi longtemps à l’avance, que tout le monde est prévu, que les usagers sont prévenus, on ne peut pas se permettre de déplacer la date. »
    Les appareils des raccordements réseau classique-LGV sont aujourd’hui posés, mais pas encore opérationnels. Le dernier poste de signalisation de Connerré-fret le sera en avril 2016. SNCF Réseau va mettre ensuite en service le « cerveau », le poste de commande à distance (PCD) basé à Rennes (voir Ville Rail & Transports n° 579), qui va piloter les dix postes informatisés de commande des appareils de voie permettant aux trains d’entrer ou de sortir de la LGV. En parallèle, la société planche sur la maintenance future avec les trois entités Infrapôles responsables de la maintenance en région Bretagne, Pays de la Loire et LGV Atlantique. « Au niveau de ces raccordements, nous sommes bien sûr en relation très étroite avec Opere, le mainteneur d’Eiffage, sur les organisations, les limites, les modes opératoires, les consignes pour que tout soit le plus fluide possible. Il y a en ce moment un gros travail en cours d’écriture et nous sommes en flux tendus. C’est un moment de vérité à la fois sur la maintenance et sur un nouveau système ferroviaire avec toute la complexité qui est liée notamment à une signalisation haut de gamme de conception nécessitant des investigations complexes », ajoute Patrick Leweurs. SNCF Réseau délivrera aussi un avis d’acceptabilité d’exploitation de la ligne qui vérifie sa conformité par rapport au contrat du point de vue du respect des règles nationales et, notamment vis-à-vis de l’interopérabilité pour l’ensemble des transporteurs. Une étape indispensable, tout comme celle de l’obtention de l’autorisation de mise en exploitation commerciale qui sera délivrée par l’Etablissement public de sécurité ferroviaire (EPSF), préalable à la mise en service en 2017 de ces 182 km de LGV.     

    M. B.
     

  • Design. Le nouveau siège TGV sous toutes ses coutures

    Design. Le nouveau siège TGV sous toutes ses coutures

    Design. Le nouveau siège TGV sous toutes ses coutures

     

    Le futur siège TGV de première classe a été présenté fin septembre par la SNCF, au cours d’une exposition au palais de Tokyo. Sa conception a nécessité l’intervention de multiples acteurs pendant pas moins de sept ans.

     

    Le voyageur n’imagine pas le travail de recherche qu’a demandé le siège sur lequel il s’apprête à passer quelques heures. La conception du futur siège TGV de première classe a nécessité plusieurs années de travaux et l’intervention d’industriels, de designers, d’ergonomes et autres chargés de marketing. Ce travail a fait l’objet d’une exposition au palais de Tokyo du 24 au 27 septembre, qui a permis de dévoiler toutes les étapes suivies pour développer ce siège.
    La réflexion est lancée en 2008. Au tout début, on imagine créer une sorte de bureau fixé au siège (un secrétaire), qui serve à la fois pour les loisirs mais aussi et surtout pour le travail. L’idée de ce secrétaire est symbolisée par une tablette en bois qui, en s’abaissant, offre un éventail de fonctionnalités et de rangements : une prise de courant individuelle, une prise USB et deux sangles derrière lesquelles glisser des dossiers, livres ou magazines. On envisage même d’installer un écran en arrière-plan. Une idée finalement abandonnée, pour des questions de maintenance mais aussi parce qu’aujourd’hui le taux d’équipement personnel en ordinateur, smartphone ou tablette est tel qu’il est inutile de le proposer. En revanche, ce qui est devenu indispensable, c’est de recharger ces appareils. Du coup, la SNCF a équipé les sièges de première classe de deux prises : une prise électrique classique (230 V) et une pour clés USB (uniquement pour la charge).
    Ces arbitrages sont aussi la conséquence des résultats d’enquêtes menées par la SNCF auprès de ses clients. Les réponses sont décortiquées sur le fond mais aussi dans leurs formes en faisant appel à des psychologues qui analysent les mots utilisés pour répondre.
    Plus original, une enquête a également été menée in situ, dans les trains. Ainsi, plus de 1 000 voyageurs ont été observés au cours de leurs voyages. Pour savoir, par exemple, comment ils s’assoient, parfaitement au centre de l’assise, au fond du fauteuil ou sur le devant, un peu sur le côté, ou en s’appuyant contre la paroi ou la vitre. Et s’ils bougent un peu, beaucoup, ou quasiment jamais, avec l’idée que plus ils bougent, plus cela traduit leur inconfort. Les chercheurs de la SNCF ont aussi analysé les comportements à bord : lecture, repos, travail, musique, film…
    De toutes ces informations, ils tirent une sorte de portrait du voyageur type qui tient compte des évolutions de morphologie. Tout en sachant qu’il sera évidemment impossible de satisfaire tous les voyageurs, en s’adaptant à chacun d’eux, quelles que soient leur taille ou leurs habitudes. On ne verra donc pas de siège qui s’allonge pour ceux qui veulent dormir, ni d’espaces de 70 centimètres pour les jambes des plus grands. Tout est affaire de compromis.
    Dans le futur TGV NG, il faut intégrer la largeur intérieure du train, en l’occurrence 2,85 m, elle-même imposée par le gabarit extérieur (2,95 m). A cela s’ajoutent des contraintes d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR), pour lesquelles les normes imposent une largeur minimale pour le couloir.
    La masse aussi est limitée : il ne faut pas dépasser les 17,5 t à l’essieu. Or, le TGV Duplex, pour lequel ce nouveau siège est destiné, comprend plus d’équipements qu’un TGV actuel, et un plancher de plus. Le siège a donc pris du poids : 13,5 kg de plus, notamment du fait d’une disposition permettant de les faire tourner (voir encadré). Résultat, le double siège pèse au total 77 kg.
    Pour assurer plus de confort et de fermeté, plusieurs couches de mousses ont été incorporées au siège. Ces densités différentes permettent de durer dans le temps : un siège doit avoir une durée de vie de 30 ans, incluant une opération de réfection à mi-vie pour changer les éléments qui auraient le plus souffert.
    Tout cela avec des contraintes de résistance au feu des tissus et des mousses, qui, si elles prenaient feu, ne devraient pas dégager de fumées, sinon après une longue exposition. La liste de ces matériaux est connue mais rien ne vaut quelques allers-retours entre le fabricant de sièges Compin-Fainsa, Alstom et la SNCF, pour approuver telle laine mélangée dans tel coloris, ou tel cuir reconstitué, qui a notamment été choisi pour couvrir les appuie-tête.
    Reste enfin à passer l’épreuve des vibrations. Pour cela, un exemplaire du siège a été envoyé dans le seul laboratoire proposant ce type de test en Europe – un autre se trouve au Japon – : l’Institute of sound and vibration research (ISVR) installé à Southampton, au Royaume-Uni. C’est là que le futur siège de première classe de l’Euro Duplex y a été « torturé » sur un plateau vibrant, à différentes températures, et finalement adoubé. Les vibrations sont en effet très présentes dans le transport ferroviaire, même si elles ne sont pas toutes ressenties de la même manière par les voyageurs, selon leurs fréquences et leurs amplitudes.
    Après la présentation, en grande pompe, du modèle de première classe, le siège de seconde classe devrait être dévoilé en mai ou juin 2016. Il se murmure qu’on pourrait aussi le voir dans une voiture d’Euro Duplex, à InnoTrans en septembre prochain.
    Yann GOUBIN


    Des sièges dans le sens de la marche

    C’est l’un des souhaits exprimés par les voyageurs lors des enquêtes menées par la SNCF : voyager dans le sens de la marche. Plus de la moitié des voyageurs le réclame, invoquant la nécessité de combattre des problèmes d’ouïe, de vision, ou d’équilibre. Pourtant le véritable de mal des transports ne touche que 5 % d’entre eux. La SNCF a donc décidé de revenir aux sièges pivotants, qui existaient notamment dans des trains avant guerre en France. Mais la mise en œuvre de ces sièges reste compliquée, surtout quand ils sont dotés d’équipements (liseuses, prises électriques). Pour une question de sécurité, ils sont équipés d’un système pneumatique qui les maintient en place.
    De plus, l’opération de retournement sera confiée à l’opérateur, pas aux voyageurs. En effet, les sièges n’ont pas la place suffisante pour tourner sur eux-mêmes. Il faut commencer par un bout de la voiture, où les banquettes se font face – les sièges d’extrémités resteront fixes –, pour pouvoir changer le sens de tous les sièges, en cascade. Reste à savoir qui, des agents d’accompagnement ou d’un prestataire, comme les employés chargés du nettoyage, se chargeront de faire tourner les sièges pour le meilleur confort des voyageurs.


     

    Du sur-mesure pour la grande vitesse européenne

     

    Thalys La référence depuis 2008

    Installé depuis la rénovation de 2008, le siège Comfort 1 de Thalys était considéré par la SNCF comme « la » référence, jusqu’au nouveau siège TGV présenté en septembre dernier. Dix ans déjà que Thalys a choisi l’association entre le cabinet belge Enthoven et le designer lyonnais Avant-Première pour rénover les intérieurs de ses rames en service depuis 1996. C’est Avant-Première qui est responsable des sièges (construits en Italie par Clerprem), de même que des plafonds, des porte-bagages, des éclairages, de la scénographie et du concept coloriel.
    L’idée de base du fauteuil Thalys est l’augmentation du confort à la place. Une première piste a été de réduire l’épaisseur du dossier des sièges, de manière à gagner de la distance aux genoux. Mais c’est la suppression de l’intrusion à l’arrière du dossier en position « relax » qui s’est finalement avérée beaucoup plus payante, la cote étant répartie dans la salle, permettant de gagner à peu près 50 mm aux genoux pour chaque voyageur.
    Les tablettes sont un élément critique du confort : en lieu et place du modèle « guillotine » typique des TGV, Avant-Première a choisi des tablettes pivotantes. Puis le cabinet a travaillé sur les têtières, volontairement symétriques, alors que les têtières asymétriques étaient plutôt à la mode au cours de la décennie précédente. Même souci d’égalité avec le traitement du confort à la place en Comfort 1 et 2, les deux classes offrant par exemple une prise de courant à chaque place. Toutefois, les voyageurs en Comfort 1 bénéficient d’une tablette plus grande, pour accueillir le plateau-repas servi à la place. De plus, Avant-Première a étudié un porte-revues en polycarbonate au dos du siège de devant, dans lequel il est possible de glisser son ordinateur portable ou sa tablette quand le repas arrive, ainsi qu’un élastique plat et adaptable qui permet de ranger son smartphone sans empiéter dans la surface de travail, mais aussi son journal, son billet…
    En revanche, l’usage des poubelles est univoque. Ces dernières ont été systématiquement implantées en face des usagers, soit dans le pied du siège de devant quand on est en file, soit intégrée dans les pieds de table pour les places en vis-à-vis. Faciles à trouver pour les voyageurs, ces poubelles ont été également conçues en prenant en compte les attentes de la maintenance.

    P. L.

     

    Eurostar e320 Le challenger transmanche

    Les nouvelles rames produites par Siemens pour Eurostar (dites e320 comme la vitesse qu’elles pourront atteindre en service) vont accueillir leurs premiers voyageurs les dernières semaines de 2015. Avec des aménagements intérieurs totalement renouvelés, signés Pininfarina, surtout dans les voitures Business Premier et Standard Premier. Deux classes entre lesquelles la différence est plus une question de service que d’aménagement, en 2+1 sièges de front dans les deux cas.
    Produits par le spécialiste bavarois Grammer, ces sièges confortables à coussins extensibles font alterner des nuances de beige et de brun pour « casser » l’effet tunnel que pourrait procurer le couloir central. Une liseuse individuelle est incorporée dans ce siège, alors que, sous les accoudoirs, des prises de courant britanniques et continentales sont installées, ainsi que des ports USB. Aux places assises avec tablette rabattable et porte-gobelet, les dossiers des sièges comprennent un petit miroir et une pochette de rangement. Et contrairement à ce qui se passe en avion, l’inclinaison du dossier ne gêne pas le voisin de derrière ! Pour ce qui est des sièges en vis-à-vis, des tables extensibles agrémentent l’aménagement.
    D’autres nouveautés, du moins pour Eurostar, œuvrent à la simplification des sièges : l’occupation des places assises (et le cas échéant entre quelles gares) est indiquée sur des afficheurs incorporés aux généreux porte-bagages installés au-dessus des places en question. Et, comme c’est souvent le cas outre-Manche, c’est entre certains sièges que se trouvent les poubelles, volumineuses, qui remplacent avantageusement les petites poubelles individuelles, trop souvent envahissantes…    

    P. L.

     

    Frecciarossa 1000 Classicisme en classe Business

    Depuis juin dernier, la nouvelle star de la grande vitesse ferroviaire italienne est la Frecciarossa 1000, une rame automotrice coproduite par Bombardier et AnsaldoBreda pour assurer les principales relations Trenitalia sur la « dorsale » entre Turin, Milan, Rome et Naples. Outre une livrée extérieure rouge à l’origine de leur nom, les trains à grande vitesse de Trenitalia ont pour particularité de proposer pas moins de quatre différents « niveaux de service », avec des aménagements en conséquence : Standard et Premium à 2+2 sièges par rangée, Business à 2+1 sièges de front et Executive à seulement 1+1 siège dans la largeur de la caisse ! Question aménagement, l’équivalent de la première classe est donc le niveau Business.
    Différence culturelle ? Toujours est-il que la proportion entre sièges en vis-à-vis et sièges à tablettes est inversée entre l’Italie (trois quarts pour les premiers contre un quart pour les autres) et la France, où le fait que des sièges soient en vis-à-vis (« duo » s’ils sont par deux ou « carré » par quatre) est en soi une exception suffisamment remarquable pour être signalée lors des réservations.
    Construit par Fisa, l’équivalent à tablette du nouveau siège de première classe TGV est donc plutôt l’exception que la norme pour le niveau de service Business des rames Frecciarossa 1000. Et le moins que l’on puisse dire, c’est justement… qu’il n’y a rien de très spécial ! Il est vrai que le design intérieur du nouveau train à grande vitesse italien est signé Bertone, qui a localement la réputation de « faire l’équilibre entre le design industriel et le "design" ». Ce qui se retrouve dans le siège à tablette, beau et confortable, même au bout de trois heures de trajet, avec une assise de 64 cm de large, un repose-tête réglable et un dossier inclinable jusqu’à 115°. L’inévitable prise de courant est combinée à la poubelle sur ce siège un peu trop classique.
    Surtout qu’à titre de comparaison, les sièges en vis-à-vis sont bien plus intelligents, avec leur poubelle (un trou dont le loquet, une fois rabattu, sert de porte-verre !) et leurs prises incorporées. Il y a encore mieux : le niveau de service Executive, avec seulement 10 sièges par voiture (tous individuels) et une petite salle de réunion. Dans cet aménagement, qui n’est pas sans rappeler une étude faite par Starck pour Eurostar il y a une douzaine d’années, les sièges sont vraiment différents de tout ce qui existe ailleurs : l’inclinaison du dossier atteint 122°, les commandes et la prise de courant sont intégrées à l’accoudoir et un pose-jambes inclinable à 45° s’ajoute à la panoplie !

    P. L.

  • Bus électrique. Est-ce la bonne idée ?

    Bus électrique. Est-ce la bonne idée ?

    La décision prise par le Stif, en décembre 2013, de passer au plus vite au bus électrique (et, de façon complémentaire, au GNV biogaz) en a surpris plus d'un. Etait-ce une lubie politique, une utopie verte ? Une méconnaissance de la réalité industrielle ? On a remarqué quelques moues dubitatives de constructeurs, entendu un murmure. Et ce murmure en substance disait : nous venons de passer à la norme Euro VI, plus propre que propre ! Mieux encore, nous proposons des bus hybrides… Quelle drôle d'idée de se mettre au tout-électrique alors que personne n'est prêt…
    La décision du Stif concerne toute l'Ile-de-France. Elle très est ambitieuse. Car il s'agit en un premier temps de réduire de moitié les émissions de particules fines du parc de bus en deux ans, en s'appuyant en partie sur les bus hybrides… Rendez-vous pour ce premier résultat à la mi-2016…
    Mais ce n'est qu'une étape et, au-delà, il s'agit donc de passer essentiellement au bus électrique. En Ile-de-France, la moitié du parc de bus (environ 4 500) est exploitée par la RATP. L'autre moitié l'est par les entreprises réunies dans Optile, où se côtoient des géants du transport comme Keolis et Transdev, et des entreprises familiales. Optile ne s'est guère manifesté. Même ses grands adhérents font un peu profil bas. Le poids limité de Keolis ou de Transdev en Ile-de-France ne leur donne pas la masse critique pour enclencher le processus. Ces grands groupes mondiaux peuvent certes échanger en interne sur les bonnes pratiques, confronter les retours d'expérience. Mais, en matière de bus électrique, à une exception notable près sur laquelle on reviendra, l'expérience internationale est assez faible. En France elle est inexistante.
    C'est donc assez naturellement que l'Union des transports publics a adopté une position prudente le 8 janvier 2015, pour ne pas dire en retrait, ménageant la chèvre et le chou, ce qui est le lot des fédérations professionnelles. Et défendant avant tout le bilan environnemental des bus Euro VI. Position qui est aussi celle du groupement Réunir. Position que l'on peut comprendre en prenant en compte les investissements consentis pour passer à l'Euro VI.
    Autant dire qu'en France, le passage au bus électrique sera lié à la stratégie de la RATP, qui apparaît comme la seule en mesure d'effectuer ce basculement. C'est naturel, dira-t-on, vu son poids, ses ingénieurs, son énorme savoir-faire industriel. Naturel ? Certes, mais il y a bien des années le retour du tramway est venu par la province, et que l'Ile-de-France a mis du temps à emboîter le pas, la RATP ne voulant alors entendre parler que de métro. Pierre Mongin, en sortant son plan Bus 2025, a relevé le défi du Stif. Il aurait pu traîner des pieds. Il a au contraire poussé des équipes qu'on disait récalcitrantes. Le PDG de la RATP souhaitait ainsi favoriser l'émergence d'une filière industrielle.
    Car, en Europe, s'agissant des bus, l'électromobilité est encore balbutiante. Serait-ce dû au lobbying des constructeurs de bus ? A une simple inertie ? En tout cas, rares sont ceux qui mesurent l'énorme avance chinoise dans le domaine. On passe beaucoup de temps à nous dire en Europe que la technologie n'est pas mûre. Et à laisser entendre que les bus chinois ne sont pas à nos exigeants standards. Peut-être. Mais, à l'autre bout de l'Eurasie, ce ne sont pas comme de ce côté-ci quelques unités de bus électriques qui sillonnent les grandes villes. Ce sont des milliers. L'arrivée de BYD à Londres, la percée de Yutong et de Golden Dragon en France sont la sanction de cette avance technologique, voulue, programmée, soutenue par l'Etat chinois. Et d'une habileté politique qui se manifeste par des partenariats avec des Européens. Peut-on résister à la force de l'industrie chinoise ? Sans doute est-il encore temps, mais si l'on y parvient ce sera in extremis. Ce sera en grande partie le fruit d'une alliance inattendue entre un élu Europe Ecologie Les Verts et l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, Pierre Serne et Pierre Mongin. Ce sera peut-être aussi grâce à de nouveaux acteurs, comme Bolloré, venu au bus par la batterie. Ou à des constructeurs ferroviaires, Alstom, Bombardier ou Siemens, qui ont mis au point des procédures de rechargement issues de leur savoir-faire d'électricien comme de techniques utilisées pour les tramways. Ce sera sans doute aussi grâce au réveil des constructeurs traditionnels qui, volens nolens, se mettent à la technologie nouvelle, comme le montre Volvo à Göteborg (voir articles ci-dessous), ou comme on a pu le voir au grand salon Busworld, à Courtrai (voir articles ci-dessous). Mais on commence à mesurer à quel point le lobbying industriel des vieilles filières du diesel a freiné l'innovation en Europe… et affecté la santé de millions de gens. On le sait pour la voiture, et l'affaire Volkswagen restera dans l'histoire. Pour les bus, la question est posée.
    L'électricité est-elle pour autant la solution ? Pas si simple. Ne fait-on pas passer un peu vite à la trappe l’hybride ? Donne-t-on au GNV biogaz toutes ses chances ? On n’aura de réponses à ces questions qu’après de longs tests qui ne font que commencer à la RATP. Ce qui semble acquis, avec l’électromobilité, c’est que la question des particules est résolue. Mais va se poser en aval la question du recyclage des batteries. Et surtout, en amont, celle de la production de l'électricité. Soit par les énergies fossiles, ce qui décale la question du CO2. Soit par le nucléaire, qui ne va ni sans risque, ni sans coûts. Soit par les énergies renouvelables. On les a longtemps moquées. Mais leurs coûts, selon des études concordantes, deviennent comparables à ceux du nucléaire, longtemps vanté comme peu cher. La route revêtue de panneaux solaires, dernièrement présentée par Colas, montre que l'innovation n'est pas morte en Europe. Et qu'on peut espérer une production « propre » de l'énergie nécessaire aux véhicules « propres ».    

    F. D.

     

    Quelles sont les villes pionnières en Europe ?

    Pendant longtemps, la masse des batteries a restreint l’intérêt de la solution électrique aux seuls midibus. Sur un bus standard de 12 m, elles auraient occupé tant d’espace et pesé si lourd qu’il aurait fallu réduire significativement le nombre de voyageurs transportés. Aujourd’hui la donne, grâce aux progrès de la technologie, a radicalement changé. Les constructeurs commencent désormais à proposer des standards de 12 m, des articulés de 18 m, et même un véhicule à étage conçu pour le marché britannique. Ce sont des premiers matériels, voire des prototypes. Pourtant, des modèles circulent déjà. En particulier à Londres qui devrait devenir sans conteste, avant la fin de l’été prochain, la capitale européenne de l’électromobilité, puisqu’elle disposera du plus grand parc d’autobus à propulsion 100 % électrique. Après dix-huit mois de test de deux bus électriques BYD, TfL vient en effet de se déclarer officiellement très satisfait de cette exploitation, disant avoir apprécié à la fois le relationnel avec l’industriel chinois et son approche technique, essentiellement son choix de batteries du type fer-phosphate, considéré par TfL comme le plus pertinent. Le 29 juillet, l’autorité organisatrice londonienne a donc passé commande de 51 bus qui devraient être mis en service à partir du 27 août 2016, par l’opérateur London General (groupe Go-Ahead). 51 « single-deckers » (pour un montant global de 19 millions de livres) circuleront sur les deux lignes 507 Waterloo – Victoria et 521 Waterloo – London Bridge, héritières du célèbre réseau Red Arrow initié du temps de l’ancien London Transport. Les nouveaux autobus marieront un châssis et des équipements électriques de l’industriel chinois BYD (Build Your Dreams) à une carrosserie du constructeur britannique Alexander Dennis. Récemment, BYD aurait déclaré vouloir reproduire ce type de partenariat industriel pour de futures commandes sur le marché européen. Les deux véhicules intégraux qu’il avait fournis avec succès pour les dix-huit mois d’exploitation commerciale probatoire à Londres devraient donc demeurer l’exception. La carrosserie des 51 autobus appartiendra au type Enviro200 de dernière génération, récemment commercialisé par Alexander Dennis. Le constructeur, qui produit notamment le même véhicule en version intégrale avec motorisation Cummins, doit assurer la maintenance et les réparations sur site des futurs autobus 100 % électriques. Aptes à transporter 90 voyageurs, ces véhicules n’auront plus que deux packs de batteries fer-phosphate au lieu des trois mis en œuvre sur les exemplaires probatoires. Londres a d’ores et déjà décidé qu’en 2020 les quelque 300 « single-deckers » entrant dans la zone à zéro émission devraient tous être 100 % électriques. Il devrait donc rester environ 250 véhicules de ce type à fournir aux différents opérateurs londoniens.
    A côté de Londres, on peut mentionner certaines villes européennes comme Vienne, Berlin, Brunswick, Göteborg, où l'électromobilité commence à percer. Des expérimentations sont lancées à Barcelone, Stokholm, Varsovie… Mais cela n'empêche pas d'avoir le sentiment d'une certaine frilosité européenne sur le sujet. Londres et Paris jouent leur rôle de métropoles mondiales. Londres est vraiment pionnière et Paris, avec la commande massive que préparent le Stif et la RATP, annonce un véritable changement de dimension.
    Philippe HÉRISSÉ

     

    Faut-il avoir peur des Chinois ?

    La grande crainte, c'est que l'industrie chinoise ne s'impose sur le marché du bus électrique, avant que les Européens n'aient eu le temps de développer leur filière. Crainte fondée. Car si l'industrie du bus en Europe est naissante, en Chine elle est adolescente. C'est l'une des raisons de la stratégie arrêtée par Pierre Mongin, le précédent PDG de la RATP, conformément au vœu du Stif : lancer vite son entreprise dans l'aventure du bus électrique, dans l'espoir de permettre pendant qu'il est temps l'émergence par une grande commande publique d'une filière européenne capable de résister à l'industrie chinoise sur un marché ouvert. Les chinois sont déjà sur les marchés européens. On vient de le voir à Londres, avec la commande de 51 bus électriques à BYD allié à un carrossier britannique. En France, rappelons que deux constructeurs chinois ont déjà proposé leurs véhicules, qui seront testés par la RATP. Golden Dragon, associé au néerlandais Ebusco, propose un bus disposant, assure-t-il d'une autonomie de 300 km et capable de transporter 90 passagers.
    Yutong, le géant mondial du bus, s'est pour sa part allié avec un industriel alsacien, Dietrich Carebus Group (DCG), pour proposer le ou les véhicules qui seront testés. Le Français assemblera les véhicules et il assurera leur maintenance. Les partenaires comptent bénéficier du retour d'expérience des 8 000 bus full électriques Yutong de 12 m qui roulent déjà en Chine, tout en proposant un véhicule répondant en tout point aux normes européennes (plancher bas intégral, ergonomie du poste de conduite sur spécifications françaises…), doté de batteries françaises (neuf packs de batteries sur le toit du bus) et assemblé en Alsace. Pour les batteries lithium-Ion, DCG a signé le 30 septembre un contrat de partenariat avec l'entreprise française Forsee Power dont le siège est en Seine-et-Marne. « Ce sont eux qui ont fourni les batteries à Heuliez, et EDF fait partie de leur actionnariat », fait valoir Laurent Gugumus, directeur général de DCG. Dès 2016, nos véhicules franco-chinois seront assemblés en Alsace et nous avons déjà des demandes pour une vingtaine de véhicules de la part d'autorités organisatrices françaises », poursuit-il.
    Si les chinois sont déjà en Europe c'est parce qu'ils sont très fortement présents en Chine. Emmanuel Vivant, PDG de RATP Dev Transdev Asia, en témoigne : « Beijing, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen, Nanjing, Hefei, Dalian… toutes les grandes villes chinoises sont en train d'introduire les bus électriques car il y a une demande, et un soutien par l’Etat avec des politiques de subventions qui varient en fonction des provinces. »
    Plus d’une dizaine de constructeurs répondent à la demande. Les plus grands sont Yutong, Golden Dragon, BYD, Sunwin (Volvo Shanghai), Ankai. Plusieurs types de technologies ont été adoptés par les constructeurs, y compris la batterie de Lithium-ion (dont BYD est le leader mondial) ou le super capacitor. Trois types de rechargement sont très fréquemment mis en œuvre : le rechargement par borne au dépôt, le chargement rapide des batteries au terminus, le rechargement à l’arrêt par pantographe et borne aérienne. Les techniques sont assez éprouvées, et Emmanuel Vivant se souvient qu'en 2007, déjà, la JV chinoise de Volvo testait la solution du pantographe en station, considérée comme « futuriste » en Europe. Cela dit, l'appétit pour les technologies nouvelles n'empêche pas de conserver une technique éprouvée : les trolleybus sont restés très présents en Chine.
    Quant aux bus électriques, ils s'imposent en masse. Yutong – de très loin le leader – a vendu en 2014 1 487 bus électriques sur le marché domestique chinois (21,8 % de ce marché). Si on compte les bus hybrides, le chiffre est de 6 823 (33,6 % de ce marché). Et le mouvement est en très forte croissance. Rien qu'en 2015, jusqu’à fin août, Yutong a vendu 21 583 bus de nouvelle énergie (électriques, hybrides) dont 7 295 sont des bus purement électriques.
    Les autres sont plus faibles, mais loin d'être négligeables. En 2014 Golden Dragon a vendu entre 800 et 850 bus électriques en Chine, et BYD entre 600 et 650. Les autres constructeurs en ont chacun vendu entre 200 et 400 sur le marché domestique, toujours selon des chiffres communiqués par Emmanuel Vivant.
    RATP Dev Transdev Asia exploite d'ailleurs un parc non négligeable en JV avec un partenaire chinois : 2 000 bus, dont une centaine électrique, dans la région de Nanjing.
    Cet aspect massif du marché chinois donne un avantage aux industries d'Extrême-Orient. Alors qu'en Europe les constructeurs attendent de l'industrie automobile qu'elle effectue les grands progrès sur les batteries, en Chine, les constructeurs de bus ont la taille critique pour assurer eux-mêmes la R&D. Le seul Yutong dit Emmanuel Vivant, « a l'échelle pour gérer l'innovation et l'expérimentation ». Et l'un des constructeurs est particulièrement bien placé pour innover sur les batteries. BYD. Car c'est par la batterie que BYD est venu au véhicule électrique et au bus… Un modèle qui est en Europe celui du groupe Bolloré.    

    F. D. et C. N.

     

    Comment recharger les batteries ?

    Recharge aérienne ou au sol ? Avec un pantographe s’élevant du véhicule ou descendant d’un mât ? En transmettant l’énergie par conduction ou bien par induction ? Petite promenade parmi les différentes solutions.
    Sur un autobus 100 % électrique ou électrique-hybride, l’opération de « charge rapide » consiste à transférer, en un minimum de temps, une quantité d’énergie suffisante depuis l’extérieur vers le véhicule, en profitant du temps de stationnement aux terminus (par ailleurs « graphiqué » pour le repos du conducteur et la remise à l’heure en cas de retard antérieur), ou éventuellement lors d’un arrêt intermédiaire au milieu du parcours.
    Les différents modes de charge rapide se différencient essentiellement par la localisation dans l’espace des installations fixes (aériennes ou au sol) et la nature de la transmission d’énergie (par conduction ou par induction). Historiquement, ce sont les installations aériennes, développées à l’origine sur des applications chinoises et américaines, qui sont apparues les premières. Elles n’ont d’intérêt que pour la transmission par conduction, qui représente, jusqu’ici, la part prépondérante des réalisations.
    En Europe, la toute première charge rapide aérienne a été conçue pour Vienne. Dans la capitale autrichienne, Siemens a opté pour une courte section de ligne bifilaire, analogue à celle d’un trolleybus. Les véhicules sont équipés d’un pantographe unijambiste de type ferroviaire, dont les barres de frottement sur l’archet ont simplement été remplacées par un système à deux contacts. Les réalisations suivantes ne devaient pas reconduire cette approche linéaire, lui préférant un système de contacts pseudo-ponctuels montés sur un mât. Shanghai avait déjà expérimenté à grande échelle un tel système, mettant en œuvre deux rails courts, lors de l’exposition universelle de 2010. Là encore, le véhicule était équipé d’un pantographe qui montait pour venir au contact des deux rails.
    Puis l’idée est venue, comme à Göteborg dans sa version actuelle, de faire migrer le pantographe des véhicules vers les stations. Cette conception, où le pantographe descend désormais du mât pour rejoindre des contacts sur la toiture, a le mérite d’alléger le matériel roulant. Ce qui augmente de facto son autonomie en diminuant sa consommation. Les parties mobiles se trouvent alors concentrées aux seules stations de charge, comme dans le système de tête chercheuse qu’avait développé, avant tout le monde, l’Américain Proterra pour un réseau périphérique de Los Angeles.
    Quant aux installations fixes implantées au sol, elles sont directement dérivées d’applications ferroviaires. Le premier, Bombardier a proposé son système révolutionnaire Primove, qu’il avait d’abord développé pour l’alimentation continue des tramways en équipant, à titre expérimental, un tronçon de la ligne 3 du réseau d’Augsbourg. Et déjà l’industriel envisageait une version purement routière. Basée sur le principe du transfert d’énergie électrique par induction, la technologie Primove permet à des véhicules de se recharger quand ils sont en mouvement (recharge dynamique), ou bien lorsqu’ils marquent l’arrêt (recharge statique).
    Pour des autobus, qui ne requièrent par définition que des puissances assez faibles et qui, de surcroît, ne sauraient respecter, en l’absence de guidage, une trajectoire stricte, c’est la recharge statique, avec stockage d’énergie à bord, qui s’impose. Quand un véhicule s’arrête au-dessus d’une station de charge dont la boucle inductive se trouve au demeurant noyée dans la chaussée, la bobine réceptrice installée sous le véhicule s'abaisse sans pour autant venir en contact avec le sol, et la transmission d'énergie par induction peut commencer. Le champ électromagnétique ainsi généré reste inoffensif pour le conducteur, les voyageurs et les passants. De fait, grâce à l'optimisation des fréquences de transmission utilisées et les protections mises en œuvre, les effets de ce champ demeurent très inférieurs aux valeurs limites établies par les normes européennes. Des autobus équipés de Primove circulent à Brunswick, et maintenant à Berlin. L’impact visuel en voirie est inexistant, mis à part une éventuelle armoire d’appareillage logeable dans le mobilier urbain, comme pour toutes les autres stations de charge.
    L’autre système au sol, proposé par Alstom, se base sur la conduction. Dénommé SRS (Système de recharge statique par le sol), il dérive de l’APS (Alimentation par le sol). En terminus ou aux arrêts, le SRS se caractérise par la présence de plots sur chaussée, assimilables à de courts tronçons du rail de contact APS déjà utilisé à Bordeaux, Reims, Angers et Orléans. Un seul plot va suffire avec un véhicule ferroviaire, pour lequel le retour du courant s’effectue par les rails de roulement, mais il en faudra deux, bien sûr, avec un autobus. Le SRS utilise la même logique sécuritaire – aujourd’hui largement éprouvée – que l’APS pour vérifier la présence du véhicule. Une charge rapide en station dure vingt secondes. Le stockage de l’énergie à bord s’effectue dans des supercapacités. Les arguments d’Alstom pour avoir choisi le système par conduction résident dans la non-limitation de la puissance échangée, l’absence de refroidissement des équipements pour la conversion de puissance et la facilitation d’un bon fonctionnement de la climatisation. Le constructeur raconte avoir exploré, dans un premier temps, la voie concurrente de l’induction, mais pour finalement l’abandonner. Elle n’aurait, selon lui, pas permis de « passer », en statique, des intensités de 1 500 A sous la tension de 750 V (dont est capable le système SRS par contact), et qui sont requises pour des puissances supérieures à 1 MW en tramway. En revanche, pour un autobus, 350 kW devraient bien sûr suffire. Reste à savoir lequel de tous ces systèmes sera promis au plus bel avenir…    

    Ph. H.

     

    Le bus électrique revient-il plus cher ?

    Acheter un bus électrique revient très cher. Selon les constructeurs, il faut compter entre 500 000 et 600 000 euros contre 250 000 euros pour un diesel. Exemple : le contrat signé par l'opérateur londonien London General (groupe GoAhead) pour 51 bus électriques avec le chinois BYD, allié au carrossier britannique Alexander Dennis, s'élève à 19 millions de livres, soit 26 millions d'euros, à peine plus que 500 000 euros l'unité. Pour compléter le tableau, il faut savoir qu’un hybride coûte un peu moins de 400 000 euros, un bus au gaz environ 300 000 euros et un bus à hydrogène près de 800 000 euros.
    Mais pour pouvoir établir des comparaisons, il faut prendre en compte le coût de possession, qui couvre toute la durée de vie du matériel et comprend les coûts d’exploitation et d’amortissement. Aujourd’hui, il est très difficile de l'évaluer. La technologie démarre. Les nombres d’exemplaires produits demeurent encore très réduits, du moins en Europe. Un tout récent exemple montrerait sur l'ensemble de la durée de vie un rapport de 1 à 4 entre diesel et électrique sur la base du même véhicule de 12 m, en coup de possession. Mais l’industrialisation de la fabrication et l’arrivée de commandes conséquentes diminueront significativement ces écarts. Certes, les constructeurs chinois produisent déjà à l'échelle industrielle. Mais peut-on s'inspirer pleinement de leur expérience ? Laurent Gugumus, DG de Dietrich Carebus Group (DCG), distributeur des bus électriques Yutong en France suite à l'accord industriel signé au printemps, le confirme : « On a besoin de faire des tests supplémentaires pour connaître le TCO [ou coût de possession, NDLR], car les bus qui roulent en Chine ne sont pas comparables. Les Chinois n'ont pas la même culture de l'entretien que les Européens et font rouler les bus jusqu'à 250 000 ou 300 000 km par an, contre 50 000 en France. »
    Ce sont surtout les futurs progrès sur les batteries qui devraient contribuer à l’abaissement des prix. En particulier tous les efforts qui pourront être faits pour améliorer leur autonomie. Il se dit que les bus de Montmartre reviennent quatre fois plus cher à l'achat depuis qu’on est passé à l’électrique : deux fois le coût à l’achat par bus, et deux fois plus de bus pour des questions d’autonomie. Le sujet de l'autonomie rejoint celui de la masse des batteries. Il faut alléger celles-ci et éviter de transporter plus de poids de batterie que de voyageurs, ce qui a aussi une incidence sur la consommation en énergie. Autre sujet majeur, leur durée de vie. De nombreux constructeurs nous disent qu’il ne faudrait pas changer de batterie plus d’une fois au cours de la vie d’un bus, qui dure en moyenne quinze ans, ce qui ne semble pas acquis. On attend beaucoup, pour parvenir à ces résultats sur les batteries de l'industrie automobile. « Ce sont les progrès qui seront réalisés sur les voitures électriques qui vont faire progresser les batteries en termes d'autonomie et de coûts », affirment de concert les industriels.
    Toutes ces incertitudes n’empêchent pas Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus à la RATP de se dire « sûre que l'exploitation électrique sera moins chère ». Elle estime que la maintenance sera 20 % moins onéreuse « car il y aura moins d'entretien sur la mécanique, la boite de vitesse… ». Et pas de vidange, pas de pot, pas de filtre ! Mais quel sera le coût de maintenance des batteries ? Et celui de leur recyclage ?
    Enfin, poursuit Marie-Claude Dupuis, « le coût de l'énergie électrique est moins élevé ». Une conviction « partagée » affirme-t-elle au sein de l'UITP. Et d’ajouter : « C'est pour cela que les hybrides ne peuvent représenter qu’une solution transitoire car avec deux moteurs, leur exploitation est beaucoup plus élevée du fait des coûts de maintenance. »
    Mais les gains en coûts d'exploitation seront peut-être moins sensibles qu'on ne l'escompte aujourd'hui. Car la RATP n'est pas inerte avec son parc diesel. Elle estime avoir déjà réalisé d’importantes économies avec l’arrivée dans sa flotte des Euros IV : Marie-Claude Dupuis estime avoir gagné 25 à 30 % en coûts d'exploitation. « Avec Euro VI, nous bénéficierons de nouveaux gains, l'avenir dira à quelle hauteur », indique-t-elle. Une hauteur qui influera sur les bilans économiques comparés entre bus électrique et bus diesel.    

    Marie-Hélène Poingt

     

    Est-il plus facile à exploiter ?

    Quel rapport entre le mode de traction d’un bus et sa vitesse commerciale ? En principe – et on le voit sur les métros à pneus – l’application de la traction électrique à des véhicules roulant sur pneumatiques leur donne des performances inégalables en termes d’accélération. Ces performances sont d’autant plus intéressantes que la ligne où circulent les véhicules présente de fortes déclivités. D’où une augmentation possible de la vitesse commerciale, avec pour conséquence une diminution des temps de trajet et du parc nécessaire…
    « Effectivement, avant, c’était vrai », rappelle Pierre Debano, consultant spécialisé dans les transports publics : lors de l’arrivée du trolleybus bimode à Nancy, au début des années 1980, « on a pu constater que le mode électrique disposait d’une puissance installée instantanée plus importante qu’un bus diesel ». La comparaison était spectaculaire sur rampe de 8 %, que le trolley bimode avalait à 45 km/h en mode électrique, contre seulement 20 km/h pour les bus diesel !
    « Mais depuis, il y a eu augmentation de la puissance des moteurs diesel », ajoute le spécialiste des transports. Même si « en théorie, on pourrait toujours obtenir une vitesse beaucoup plus importante en mode électrique, mais on dépasserait alors l’accélération de confort ! » A moins de faire tomber tous les voyageurs, les simulations indiquent que « l’on est dans un mouchoir de poche ». Et sur le terrain, que ce soit à Zurich ou sur les lignes majeures (indice C) de Lyon, les trolleybus sont exploités avec les mêmes vitesses commerciales que les bus diesels actuels.    

    Patrick LAVAL.

     

     

    Quelles sont les autres technologies d’avenir ?

    Depuis des décennies, la filière hydrogène est présentée comme la technologie d'avenir, et à chaque fois on l'annonce « pour dans dix ans »… Le bus fonctionnant avec la pile à combustible est en effet considéré comme le « zéro émission » par excellence, puisqu'à la sortie de son pot s'échappe de la vapeur d'eau ! Seulement voilà, pas si simple de l'industrialiser, ni de stocker l'hydrogène en toute sécurité. Si bien que depuis le premier prototype canadien en 1994 (un moteur thermique alimenté par de l'hydrogène liquide), suivi du modèle MAN deux ans plus tard, conçu de manière hybride avec de l'essence et qui a circulé jusqu'en 1998 à Erlangen et Munich, il n'y a eu en réalité que des expérimentations.
    La société canadienne Ballard a ainsi livré un modèle à motorisation électrique doté de la pile à combustible de type PEM à Vancouver fin 1992. Ce sont les industriels allemands, Daimler et MAN, qui ont été les plus actifs dans le domaine. Pour autant, les américains, les japonais – Toyota en tête – et les chinois se sont lancés dans l'aventure au début des années 2000. Le programme Althytude du Predit a également permis la mise en service en 2010 d'un modèle à l'hythane à Dunkerque. Selon l'association Afhypac de promotion de la filière hydrogène, « le bus à pile à combustible a aujourd'hui atteint sa maturité : en 2013, quinze pays, dont la France ne fait pas partie, l'exploitent malgré son coût encore élevé mais toutefois en décroissance régulière ». L'Afhypac lui prédit un développement rapide au vu de son impact environnemental nul.
    Par ailleurs, dans le cadre du projet européen CHIC (Clean Hydrogen in European Cities), 56 bus à pile à combustible, principalement Evobus et Van Hool, circulent dans neuf pays (à Londres, Oslo, Milan ou Bolzano notamment), dont le Canada. En France, Cherbourg a prévu d'en faire rouler cinq en 2016. D'ores et déjà, les résultats sont jugés encourageants car on obtient la même flexibilité d'exploitation qu'avec un bus diesel, avec une autonomie de 400 km ou 18 heures moyennant une recharge effectuée en moins de 10 minutes. La consommation moyenne des bus étant de 8 kg d'hydrogène par 100 km.
    Lors des dernières journées hydrogène dans les territoires – à Cherbourg en juin dernier – Nicolas Brahy, responsable du projet FCH JU (Fuel cells hydrogen Joint undertaking), assurait que « le prix des véhicules a chuté de 75 % en vingt ans, mais les prix actuels restent un obstacle à la commercialisation. Pour débloquer la situation, il faut atteindre 1 000 bus à hydrogène ». Pour l'heure, cinq industriels se sont engagés à produire des centaines de bus (Van Hool, Solaris, Evobus, Man-Skoda et APTS-VDL) en décembre 2014. 30 villes y ont répondu en signant une lettre d'accord officiellement remise à Violeta Bulc, la commissaire européenne aux Transports en juin 2015. Serait-ce l'amorce du décollage de la filière ?
    Reste à garantir le ravitaillement d'une flotte de bus. Pour ce faire, le projet NewBusFuel a débuté cet été. Paradoxalement, les questions de sécurité liées au stockage sous forme gazeuse à 350 bars ne sont pas soulevées, ni par les conducteurs de bus ni par les voyageurs interrogés. En revanche, la majorité souhaite l'utilisation d'hydrogène vert, issu des énergies solaire ou éolienne. Les promoteurs de la filière soulignent toutefois que même quand l'hydrogène est produit par SMR, pour « steam-methane reforming », le bus permet d'éviter l'émission de grandes quantités de CO2.
    A noter que le bus, tout comme son homologue au gaz naturel pour véhicule (GNV) stocke son énergie dans des bonbonnes en toiture. Le GNV reste par ailleurs une des filières propres, vu les derniers progrès des motorisations, et surtout s'il s'agit de biogaz. C'est bien pourquoi le Stif et la RATP misent aussi sur cette technologie, avec l'installation prévue de plusieurs sites de méthanisation en grande couronne, sachant qu'aujourd'hui, l'Ile-de-France compte trois sites d‘injection de biométhane (Chaumes-en-Brie, Ussy-sur-Marne et Sourdun).
    En mai 2014, la RATP signait avec GDF Suez (devenu Engie) un accord de trois ans pour la mise en place de solutions d'avitaillement en GNV et BioGNV (issu de la méthanisation des déchets) à proximité des centres bus. Première mission : identifier les sites pour ces nouvelles installations. La RATP a prévu que le premier centre bus équipé soit celui de Créteil puisqu'il compte déjà un parc de 90 bus au gaz.    

    C. N.
     

     

    Au fait, la filière électrique est-elle vraiment propre ?

    Zéro émission, certes. Mais quel est le bilan environnemental du bus électrique si l'on va en amont ? Si on ne s'en tient pas à la consommation de l'énergie électrique par les véhicules et qu'on regarde la production d'électricité ? Car comme le dit Michel Dubromel, de France Nature Environnement (FNE), « l'électricité n'est pas une énergie, c'est un vecteur ». Qui peut renvoyer aux sources d'énergie fossiles comme à l'énergie nucléaire ou aux énergies renouvelables.
    On pourrait donc dire : le bus électrique est propre en Suède, où la moitié de l'électricité produite provient d'énergie renouvelable, mais beaucoup moins en Grande-Bretagne, où le thermique est prépondérant. Certes, où qu'il soit, le bus est à zéro émission et présente un avantage décisif par rapport à un bus diesel, pour le Nox et donc la santé de millions de gens. Mais il n'en va pas forcément de même pour l'émission de CO2. En France, en tout cas, vu la part prépondérante de l'électricité nucléaire, la contribution au CO2 est négligeable.
    Mais le nucléaire n'est pas une mince affaire. Depuis Tchernobyl, Three Misles Island et Fukushima, on ne peut plus prétendre que le nucléaire est anodin. De plus, le vieillissement des centrales en France nécessite de forts investissements si l'on veut maintenir l'électricité d'origine nucléaire, coûts que les déboires de l'EPR de Flamanville conduisent à revoir spectaculairement à la hausse. Ce qui rend la production d'électricité renouvelable (solaire ou éolienne) compétitive par rapport au nucléaire. Et l'on n'est pas au bout des innovations. La route solaire présentée dernièrement par Colas (revêtement applicable sur les routes existantes composé de cellules photovoltaïques protégées par une résine) le montre spectaculairement. Les infrastructures nécessaires aux automobiles – et aux bus – peuvent contribuer significativement à la production nationale d'électricité…
    Mais il n'y a pas que la production qui pose problème et il y a un sujet pour lequel l'innovation est attendue. Pour l'instant on n'a pas de solution et cela risque de devenir un sérieux problème : le recyclage des batteries des véhicules.    

    F. D.
     

    Mix électrique : la désunion européenne

    Mix électrique en France en 2013

    Nucléaire : 73,3 %
    Hydraulique : 13,8 %
    Energies fossiles : 8,1 %
    Energies renouvelables (hors hydraulique) : 4,8 %


    Mix électrique au Royaume-Uni en 2013

    Energies fossiles : 75,7 %
    Nucléaire : 16,3 % de la production
    Energies renouvelables : 7,5 %


    Mix électrique en Allemagne en 2013

    Charbon : 45 %
    Gaz : 15 %
    Nucléaire : 15 %
    Biomasse : 8 %
    Hydraulique : 3 %
    Autres énergies renouvelables : 12 %

    Mix électrique en Suède en 2010

    Energies renouvelables : 55,3 %
    Nucléaire : 38,9 %
    Thermique : 5,8 %

     


    Les arguments de la RATP en faveur de la recharge lente

    La RATP a clairement fait le choix de la recharge lente de nuit pour les batteries qui équiperont à l'avenir ses bus électriques. La recharge s'effectuera donc dans les dépôts de bus. Plusieurs raisons sont avancées. D'une part, il serait très compliqué, explique la RATP, d'installer un réseau de fils électriques pour alimenter les stations et les bus dans la ville-musée qu'est Paris. Seconde justification : la RATP veut garder de la flexibilité. Or, un système de recharge en station serait trop rigide et ne permettrait pas de détourner une ligne en cas de travaux dans une rue par exemple.
    « Nous avons entamé des discussions avec EDF pour raccorder nos dépôts au réseau électrique. EDF nous a clairement dit qu’ils sont totalement d’accord avec notre choix, souligne Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus de la RATP. Nos dépôts sont souvent des installations classées : il faudra au moins deux ou trois ans pour réaliser les infrastructures nécessaires. Nous aurons une idée sur le calendrier et les coûts vers la fin de l’année », ajoute-t-elle.
    Pour permettre ces raccordements, il faudra aussi faire évoluer la réglementation et les normes de sécurité. « L’administration voit le plan bus de la RATP comme une opportunité pour faire évoluer la réglementation et aller vers la transition énergétique », estime-t-on côté RATP.
    Selon de bons observateurs, qui ne sont pas convaincus par ces seuls arguments, la RATP pourrait avoir d'autres raisons moins avouables d'être aussi attachée à une recharge la nuit dans ses dépôts de bus. La Régie est la seule à disposer de dépôts de bus dans la capitale, rappellent-ils. Développer un système de recharge dans les dépôts serait un moyen de gêner la concurrence dans les bus lorsqu'elle sera possible en 2019… Mais si les dépôts sont considérés comme des « facilités essentielles », la RATP serait tenue de les ouvrir à la concurrence.
    Si la RATP envisage de compléter au besoin les installations électriques en terminus de ligne, ce sera uniquement en grande banlieue « pour des lignes spécifiques qui ont besoin de rouler sur grandes distances ». Le biberonnage sera aussi testé, a indiqué Elisabeth Borne, la présidente de la RATP, lors des RNTP début octobre à Lyon. Mais pas à Paris ni en petite couronne.
    Pour un constructeur comme Iveco, « on ne peut pas se contenter du principe de recharge en dépôt. Cela reste une demande de la RATP. Beaucoup d’autres opérateurs demandent une recharge en bout de ligne ». Philippe Grand, directeur des Relations institutionnelles chez ce constructeur français, estime qu’il faut « privilégier les bouts de ligne car on peut toujours trouver de la place. Personne n’est encore suffisamment avancé pour savoir quel sera le standard demain ».    M.-H. P.
     


    Un danger pour les piétons ?

    Parce qu’il ne fait presque aucun bruit, le déplacement d’un bus électrique n’attire pas forcément l’attention des personnes
    aux alentours. Les premiers retours d’expérience montrent qu’il y a bien danger potentiel. Le phénomène existait déjà quelque peu pour les tramways, mais il est plus manifeste encore pour
    le bus dont la masse, bien inférieure, roule sur pneus. Mis à part
    le classique « gong », on réfléchit aussi, comme d’ailleurs pour
    les trams, à des systèmes électroniques d’aide à la conduite
    qui pourront, par algorithmes d’analyse d’images, détecter des
    situations à risque susceptibles de conduire à un heurt d’obstacle, puis alerter le conducteur ou freiner automatiquement en urgence le véhicule.
     


    ZeEUS : un programme européen pour développer les bus électriques

    Démarré en novembre 2013, le programme européen ZeEUS doit se poursuivre jusqu'en avril 2017. Soutenu par la DG Move (direction générale de la mobilité et des transports, à la Commission européenne) à hauteur de 13,5 millions d'euros, son budget total atteint 22,5 millions apportés par les membres (40 partenaires dont Transport for London, Stockholm, Varsovie, Barcelone ou encore Paris qui vient de rejoindre le consortium). « ZeEUS est la suite logique de European bus of the future, qui était le premier projet à réunir les cinq grands constructeurs de bus européens [Daimler, Iveco, MAN, Scania, Volvo, NDLR], raconte Pauline Bruge, coordinatrice du projet ZeEUS pour l'Union internationale des transports publics (UITP). Pour la première fois, nous avons réussi à mettre tous les acteurs du secteur autour de la table afin d'établir des priorités de recherche et développer des projets dans différentes villes européennes », poursuit-elle.
    Un état des lieux sur la flotte de bus en Europe a été dressé. Le résultat n'est pas brillant : 45 % des bus sont à la norme Euro III ou sont encore plus âgés. Dans le cadre de ZeEUS il a été demandé aux autorités organisatrices des transports comment elles voient l'évolution de la composition de leurs parcs. Selon elles, à l’avenir, le diesel ne représentera plus que 34 % et l'électricité 41,5 % (dont des hybrides).
    Mais avant de renouveler le parc pour disposer de matériels plus performants et plus « propres », il y a encore du chemin à parcourir, tant il y a de questions à résoudre sur les technologies possibles. Les expérimentations de bus électriques ont commencé (à Barcelone avec les bus Irizar, Stockholm avec Volvo, Varsovie avec Solaris, Pilsen en République Tchèque avec Skoda), et d’autres seront menées dans une dizaine de villes européennes pour tester différentes technologies. Des expérimentations sont notamment prévues à Cagliari en Sardaigne, à Londres début décembre, puis à Paris (avec Bolloré), Varsovie, ou Bonn. « Nous avons voulu que les tests se déroulent dans des lieux géographiques différents, avec des conditions climatiques variées », indique-t-on côté UITP.
    187 indicateurs de performances ont été identifiés. Ils aideront à établir les comparaisons. L'idée est d'élaborer une sorte de catalogue qui recensera les performances des différentes technologies de bus électriques, proposera une standardisation et pourra servir d'outil d'aide à la décision.
    Par ailleurs, un observatoire a aussi été créé cet été pour prendre en compte les expérimentations menées par les villes qui testent aussi le bus électrique mais ne sont pas parties prenantes au programme ZeEus. De son côté, la Commission européenne a mandaté le CEN/Cenelec pour disposer d'une standardisation européenne en 2019.     M.-H. P.

     


     

    N’oublions pas le trolleybus !

    Le trolleybus a une image « datée », celle des années de guerre ou d’après-guerre, lorsque ce bus électrique, doté de perches pour s’alimenter par une double ligne aérienne de contact, a complété ou remplacé le tram. Parfois, le trolley a survécu jusqu’à nos jours, comme en France sur les réseaux de Lyon et Limoges, où sa modernisation se poursuit (le premier rouvrant ou prolongeant les lignes électrifiées, le second achetant des véhicules articulés). Et à l’étranger, de nouveaux réseaux se créent toujours.
    Le principal reproche que l’on puisse faire au trolleybus est la présence de ses lignes aériennes, deux fois plus « envahissantes » que celles du tram. Mais des solutions visuellement légères existent, tel le système Malico proposé par l’entreprise SM-CI, basée près de Grenoble, qui met en œuvre des câbles transversaux en matière synthétique. Et si l’on veut se passer de lignes aériennes sur quelques kilomètres, le trolleybus IMC (In Motion Charging, soit « charge en mouvement ») offre une solution non propriétaire de bus électrique, à charge lente et en temps masqué !
    Inversement, on pourrait même considérer que le « marquage de territoire » de la ligne aérienne rassure le public, presque au même titre que les rails du tramway, matérialisant le passage du trolleybus, voire sa pérennité (en principe !) Et par rapport au tram, on gagne même un degré de flexibilité : tout en restant en contact avec son alimentation, le trolleybus peut s’écarter de sa trajectoire pour contourner un obstacle. Enfin, sur une ligne de bus électrique à haut niveau de service, cette alimentation filaire a toute sa place puisqu’en exploitation, le véhicule n’est pas censé s’écarter de son site propre. Le bus étant ainsi alimenté en permanence, le stockage d’énergie à bord est moins prépondérant que sur un bus électrique à batteries et la masse ainsi gagnée permet de prendre plus de voyageurs à bord.
    Bref, le trolleybus reste le mode de traction électrique « zéro émission » le plus pertinent – physiquement, économiquement et écologiquement.    

    P. L.
     

  • A Göteborg, Volvo fait des étincelles

    A Göteborg, Volvo fait des étincelles

    En 2008, Volvo prend une étonnante décision de pure stratégie industrielle. Le constructeur suédois décide carrément d’abandonner la production d’autobus à moteur diesel conventionnel pour se lancer dans le développement d’une gamme de véhicules de type hybride. Il devient ainsi le premier – et le seul ! – grand constructeur européen à renoncer au déploiement d’une offre Euro VI, tout en visant plus particulièrement l’« électrique-hybride », variante dans laquelle le moteur diesel ne vient plus qu’en appoint, ainsi que le tout-électrique, où toute forme de propulsion thermique disparaît en totalité. Il est vrai que la Suède présente la singularité de produire davantage d’énergie renouvelable – essentiellement d’origine hydraulique – qu’elle n’en consomme. Profitant de cet environnement favorable, Volvo entend se positionner comme le leader mondial, dans son champ d’action, du développement durable. Dès le lancement de sa série d’autobus hybrides 7900H en 2010, le constructeur avait fait le choix original de la technologie « hybride-parallèle », dans laquelle le moteur diesel reste mécaniquement lié au pont arrière par l’intermédiaire d’une boîte de vitesse conventionnelle et d’un arbre de transmission. Il y est resté fidèle pour la sortie de son électrique-hybride en 2014. La grande majorité des constructeurs d’autobus ont préféré, quant à eux, la solution « hybride-série », où il n’existe plus aucune liaison mécanique entre la propulsion thermique et les roues motrices du véhicule. Longtemps d’aucuns ont considéré cette dernière option comme plus satisfaisante pour l’esprit, car d’apparence plus simple dans son principe : entre stockage d’énergie et moteur de traction ne subsistaient plus, en effet, que de simples fils électriques. Cependant, les très bons résultats obtenus avec la technologie « hybride-parallèle » en ont surpris plus d’un. Les économies de carburant réalisées atteignent 30 à 40 % par rapport aux véhicules diesels traditionnels. De plus, cette approche ménage un avenir dans lequel le moteur thermique ne viendra effectivement plus qu’en appoint de la traction 100 % électrique, puisqu’il sera automatiquement inactivé, par l’entremise du GPS embarqué, lors de la traversée de certaines sections des lignes parcourues (centre-ville, zones vertes, proximité d’écoles, etc.). C’est précisément ce qu’on appelle l’électrique-hybride (autobus hybride-parallèle où la part tout-électrique de la traction devient désormais prépondérante), concept auquel croit de plus en plus Volvo, et qui conduit assez naturellement au bus tout-électrique à mesure que le recours au moteur diesel s’amenuise pour tendre vers zéro, si bien qu’à la limite on pourra définitivement se passer de ce dernier. Voilà qui rejoint l’une des résolutions du G7 réuni à Elmau (Allemagne) en juin dernier, qui visait à tourner résolument le dos à tout carburant fossile d’ici 2050…
    En attendant, Volvo a déjà vendu 2 000 autobus hybrides dans le monde. Son premier marché reste la Grande-Bretagne, et plus spécialement les opérateurs œuvrant pour TfL (Transport for London, l’autorité organisatrice des transports londoniens), pour lesquels le constructeur fournit son châssis B5LH carrossé à l’origine par Wright, qui allait bientôt être rejoint par Alexander Dennis à la demande de Stagecoach. Derrière la Grande-Bretagne, la Colombie occupe le deuxième rang des ventes d’hybrides Volvo, avec le célèbre BRT (Bus Rapid Transit) de Bogota, qui transporte, à lui seul, davantage de voyageurs que le métro londonien ! Fort de l’expérience ainsi engrangée, le constructeur suédois franchit une étape d’importance, le 15 juin dernier, en mettant en service chez lui, à Göteborg, trois midibus tout-électriques assez révolutionnaires. Ils se partagent l’exploitation de la ligne 55 avec sept électriques-hybrides de 12 m de facture similaire, tous en livrée vert pâle qui contraste avec le bleu des tramways et autobus locaux. La ligne, longue d’environ 10 km, relie deux sites de la grande école d’ingénieurs Chalmers, l’un situé à Johanneberg au sud-est, et l’autre à Lindholmen au nord-ouest, en traversant le centre-ville de Göteborg. Elle est exploitée par le français Keolis de 6h à 19h, avec un engagement simultané de sept véhicules en heure de pointe. Les trois midibus utilisés sont, en réalité, de véritables « concept-bus ». Longs de 10,70 m et au gabarit maximal européen de 2,55 m, ils se distinguent déjà par leur empattement de 7 m et leur porte-à-faux avant réduit à seulement 1,20 m ! Ainsi le conducteur se retrouve-t-il littéralement assis sur les roues avant, dans une cabine fermée et parfaitement séparée des voyageurs. De plus, son poste de conduite est de type « centré ». Cette disposition atypique, figurant au demeurant dans les recommandations de l’étude « European Bus of the Future », et pour laquelle visiblement, ces dernières années, les designers qui travaillent sur des concept-bus ont eu les yeux de Chimène, ne semble pourtant pas emporter l’adhésion des conducteurs, pour qui elle complique plutôt qu’elle ne facilite l’appréciation du gabarit. La réduction à l’extrême du porte-à-faux à l’avant facilite, en revanche, l’obtention d’un plancher très bas et totalement plat, qui débute juste derrière le poste de conduite pour se prolonger un peu en arrière de l’accès, où une première marche, puis une seconde se révèlent nécessaires. Ce midibus ne comporte, en effet, qu’un seul accès à double vantail, en position médiane, mais qui se distingue par sa largeur tout à fait exceptionnelle de 2,40 m. A Göteborg, aucun titre de transport ne peut être acheté auprès du conducteur, aussi un accès à l’avant n’était-il pas indispensable. Le midibus peut emporter 86 voyageurs et dispose de 29 sièges. Neuf des 13 sièges situés dans l’espace à plancher surbaissé sont des strapontins qui peuvent être verrouillés à distance en position haute, par le conducteur, aux heures de pointe. Les voyageurs disposent à bord du Wi-Fi et de prises USB pour recharger leurs téléphones. Côté technique, le stockage de l’énergie électrique s’effectue dans quatre packs de batteries du type lithium-ion refroidis par eau à une température stabilisée entre 20 et 24 °C, de capacité 4×19 kW à 640 V, et montés en toiture. La masse totale des batteries s’élève à 1 408 kg. A pleine charge, celles-ci confèrent au véhicule une autonomie d’au moins 20 km. Compte-tenu de la longueur de la ligne 55, il serait donc théoriquement possible de ne les recharger qu’à l’un des terminus, alors que les deux se trouvent, en réalité, équipés. Conçues par l’allemand Siemens, les stations de charge rapide des deux terminus sont prévues pour une alimentation des véhicules en mode aérien. Le choix a été fait de ne plus doter chaque midibus de son pantographe, comme lors des premières réalisations, mais d’intégrer cet appareil à la station. L’intérêt réside dans le gain de poids que l’on réalise ainsi sur le véhicule lui-même, qui rejaillit favorablement sur son autonomie, ainsi que dans l’accroissement global de la sécurité obtenu en reportant toutes les parties en mouvement sur les deux seules installations au sol. A chaque terminus, c’est donc le pantographe Stemman-Technik de la station de charge rapide qui descend automatiquement pour venir rejoindre les rails de contact électriques en toiture (placés à 1,20 m derrière l’essieu avant), après que le système a vérifié l’isolation effective du véhicule. Son conducteur dispose d’une tolérance de l’ordre de 40 cm pour se positionner correctement sous le pantographe. Le temps de charge, avec une puissance de 300 kW sous une tension de 750 V et des intensités appelées de 200 à 400 A, avoisine les six minutes pour un rayon d’action supérieur à 10 km. Quant à la charge lente dite « de maintenance », elle est fixée à quatre heures par 24 heures. L’avantage du rechargement aux terminus, le jour, versus celui uniquement opéré lors du remisage pendant la nuit, apparaît double : la masse (comme le volume) des batteries à embarquer est bien sûr moindre, et il n’y a pas à dimensionner les installations du dépôt pour les énormes puissances nécessaires à une charge lente et prolongée de tous les autobus en même temps. De plus, en garantissant en permanence un bon niveau de charge dans les batteries, les stations en terminus devraient concourir à en augmenter la longévité. Chaque véhicule est propulsé par un moteur de traction de 155 kW monté à l’arrière, qui entraîne une boîte très particulière, à deux vitesses, dont la seconde s’enclenche automatiquement à 40 km/h. La consommation d’énergie de ce midibus 100 % électrique s’avère inférieure d’environ 80 % à celle d’un véhicule diesel équivalent ! Et il a même été calculé que si tous les autobus circulant à Göteborg étaient de ce type, cela générerait, à terme, quelque 11 millions d’euros d’économies par an ! La conduite des midibus est confiée à 19 agents spécialement formés, et leur maintenance reste assurée par le constructeur dans ses propres ateliers. On nous promet maintenant l’autobus standard de 12 m, cette fois avec poste de conduite classiquement décentré, pour 2017…
    En vérité, beaucoup plus qu’un véhicule révolutionnaire développé par Volvo, ElectriCity se veut aussi un vaste projet collaboratif entre la recherche, le secteur industriel et la société civile locale. L’objectif visé est l’introduction et l’évaluation de solutions innovantes en faveur d’un futur système de transport public durable, évidemment basé sur l’exploitation d’autobus 100 % électriques. Aux côtés de Volvo, on trouve donc la région de Västra Götaland, l’autorité organisatrice des transports Västtrafik, l’opérateur Keolis, la ville de Göteborg, la grande école d’ingénieurs Chalmers, de nombreux universitaires, ou encore l’agence suédoise de l’énergie. L’une des pistes explorée est la recherche systématique d’une meilleure intégration de l’autobus à la ville, justement favorisée par son caractère 100 % électrique. Ainsi est venue l’idée de concevoir des arrêts d’autobus entièrement fermés, sortes de grands garages vitrés parfaitement étanches dans lesquels le véhicule entre par une porte automatique qui se referme aussitôt derrière lui, et en ressortira dans un deuxième temps par une autre qui va s’ouvrir devant lui. Ces arrêts, dont l’avantage premier est de permettre aux voyageurs d’attendre en étant totalement à l’abri du froid ou de la pluie, peuvent alors devenir de véritables lieux de vie, implantés en bordure, voire au cœur même de bâtiments à usage de bureaux ou d’habitation. On ne se contente plus d’y attendre son bus, on y boit son café, et l’on y rencontre ses amis. Ces arrêts d’un nouveau genre posent toutefois de redoutables « colles » en termes de génie climatique, puisque température et hygrométrie doivent être constamment régulées dans ces lieux normalement fermés, mais où, tout à coup, de grandes portes s’entrouvrent quelques secondes, pouvant laisser entrer un vent glacial et un autobus ruisselant de pluie ! Dans le cadre de l’arrivée en juin dernier, au port de Göteborg, de la Volvo Ocean Race, course à la voile de neuf mois autour du monde, la ligne 55 a même desservi une bibliothèque installée à Frihammen. Les midibus et les électriques-hybrides de 12 m (bien sûr en mode électrique) passaient au milieu des lecteurs et du personnel, sans presque se faire remarquer. Il est vrai qu’ils sont incroyablement silencieux. Il faut croire que Volvo a particulièrement travaillé ces questions, puisque même le murmure des auxiliaires, par intermittence, ne parvient que difficilement à se détacher sur le quasi nul bruit de fond lié à la traction…    

    Philippe Hérissé

  • Busworld 2015 : un festival  de premières mondiales

    Busworld 2015 : un festival de premières mondiales

    L’automne venu, la petite ville de Courtrai, en Belgique, est un rendez-vous incontournable sur la planète des autobus et autocars. Pour la 23e édition de Busworld, une soixantaine de constructeurs et quelque 350 équipementiers venus du monde entier y ont accueilli sur leurs stands, du 16 au 21 octobre, plus de 30 000 visiteurs professionnels en provenance d’une centaine de pays. Comme déjà annoncé, Courtrai devait, cette année, faire la part belle à l’électromobilité. Le constructeur chinois BYD dévoilait son autobus à étage tout électrique, qui respecte en totalité les spécifications particulièrement draconiennes de TfL (Transport for London, l’autorité organisatrice des transports londoniens). Ce véhicule « so british » a été intégralement construit dans l’Empire du milieu, à la différence des futurs 51 autobus tout électriques à un seul niveau, qui seront carrossés par le constructeur britannique Alexander Dennis. Cet autobus à étage, développé en deux ans seulement, fait partie d’une commande de cinq pour l’opérateur Metroline, qui doit les affecter à son dépôt de Willesden. Long de 10,2 m, il est équipé de batteries fer-phosphate d’une capacité de 345 kWh – une technologie très prisée par TfL et qui maximise la longévité des batteries – ainsi que de moteurs-roues de toute dernière génération, du type synchrone à aimants permanents. L’autobus possède un freinage électrique par récupération, et son autonomie sur une seule charge varie de 240 à 300 km. A la faveur d’un entretien exclusif avec Isbrand Ho, directeur de BYD pour l’Europe, nous avons appris qu’à la différence de la stratégie d’alliance avec Alexander Dennis sur le très spécifique marché britannique, l’approche du constructeur chinois pour l’Europe continentale passerait par la création ex nihilo d’un site de production ou bien le rachat d’une marque existante. « Pour cette implantation, je pense à la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne, voire la Hongrie, confie Isbrand Ho. Nous allons nous décider avant la fin de l’année, après avoir noté ces pays sur une série de critères comme la logistique, la fiscalité, le niveau des salaires, la supply chain (quel industriel, sur place, pourra nous fournir l’aluminium pour les structures de caisses, les sièges, ou encore les pneus…), la qualité de la main-d’œuvre locale, le niveau des salaires, l’environnement politique et la volonté ou non des gouvernants de progresser dans l’électromobilité. Ce marché est exponentiel, avec le Royaume-Uni actuellement en tête. Mais la volonté existe aux Pays-Bas, et aussi en France, qui nous semble arriver en troisième place, et qui présente pour nous une opportunité en accueillant la COP21 en fin d’année. En tout cas, nous n’irons pas en Slovaquie : la main-d’œuvre n’y est pas chère, mais la langue trop compliquée ! » Et à Courtrai, BYD ne se contentait pas de présenter une seule grande première, mais trois : l’autobus à étage, un articulé de 18 m et un midibus de 8 m.
    Autre grande première mondiale, cette fois chez le constructeur suédois Volvo, la version standard de 12 m de son autobus tout électrique qui n’existait encore qu’en midibus. Environ 80 % plus économe en énergie qu’un diesel classique, le nouveau 7900 Electrique utilise des batteries lithium-ion rechargées par l’énergie récupérée au freinage ainsi que par les stations de charge rapide aux terminus. De telles charges rapides nécessitent trois à six minutes, une seule minute donnant déjà une autonomie de conduite de cinq à dix minutes. Le 7900 Electrique est donc prioritairement conçu pour des parcours de 10 à 20 km. Dès l’an prochain, il sera commercialisé comme solution « clé en main », y compris le financement, la maintenance du véhicule et l’entretien des batteries. Volvo fournira également l’infrastructure nécessaire pour la charge rapide, grâce à sa coopération avec Siemens et ABB.
    Troisième première mondiale à Courtrai dans la catégorie des autobus tout électrique, le nouvel Urbino 12 du polonais Solaris était également très attendu. Ce standard de 12 m s’inscrit dans la lignée des nouvelles versions diesel de 12 et 18 m apparues l’an dernier dans un design totalement repensé. Il se distingue par son essieu arrière AVE 130 de troisième génération, fourni par l’équipementier ZF, et qui incorpore deux puissants moteurs-roues. Ses batteries, d’une capacité de 240 kWh, sont rechargées par pantographe sur la toiture. Autre sujet d’intérêt sur le stand du Polonais, son concept-bus dans un format midibus de 8,2 m, également présenté en première mondiale, et qui vise surtout les marchés extra-européens favorisant des véhicules diesels simples, robustes sinon rustiques, et surtout très économiques.
    Pour clore le chapitre de l’électromobilité, signalons encore l’articulé de 18 m S18 de Sileo, marque du groupe germano-turc Bozankaya. Il présente la singularité de disposer de deux essieux motorisés (arrière et médian), chacun à l’aide de deux moteurs de 120 kW, ce qui lui confère une confortable puissance électrique totale de 480 kW. Du coup, le S18 se montre particulièrement agile, avec des valeurs élevées d’accélération, un comportement dynamique plus sûr au contact des chaussées glissantes que les habituels articulés-pousseurs où seul l’essieu arrière est motorisé, et la possibilité de récupérer davantage d’énergie au freinage puisque le frein électrique intéresse quatre roues au lieu de deux. Ses batteries lithium-phosphate de fer, d’une capacité de 300 kWh, lui permettent de parcourir plus de 300 km après une recharge lente de cinq heures avec chargeur de 64 kW. Enfin, l’espagnol Irizar exposait son i2e tout électrique au rayon d’action compris entre 200 et 250 km avec un seul rechargement en fin de journée. Une telle charge lente effectuée sur un temps de seulement six heures lui garantit déjà entre 14 et 16 heures d’autonomie en trafic dense urbain ou interurbain.
    Dans le segment connexe de l’électrique-hybride « plug-in », le chinois King Long avait apporté son nouvel autobus E12 de 12 m à batteries lithium, aux lignes très fluides, et qui peut atteindre les 50 km/h en seulement quinze secondes départ arrêté…
    L’actuelle offensive sur le tout électrique ne signifie pas pour autant, bien entendu, l’abandon des recherches d’améliorations sur d’autres modes de propulsion. Ainsi, chez Scania, spécialiste historique des carburants alternatifs contribuant au développement durable, l’accent était mis sur l’offre étonnement complète en moteurs Euro VI adaptés au bioéthanol, au biodiesel d’origine végétale, au méthyl-ester ou encore au biogaz. Le constructeur suédois croit en un essor prochain des solutions gaz au niveau planétaire, et présentait donc à Courtrai son Citywide LF Euro VI au GNV (Gaz Naturel pour Véhicule), ainsi que deux moteurs, l’un pour l’éthanol et l’autre pour le gaz. Scania exposait aussi son Citywide hybride apte à fonctionner à 100 % au biodiesel ou bien à l’huile végétale hydrotraitée (HVH), qui incorpore une batterie lithium-ion intégrée dans la structure avant de la toiture, avec le convertisseur et l’unité de refroidissement. Une version du Citywide existe désormais en classe II, pour les déplacements suburbains jusqu’à la vitesse maximale de 100 km/h.
    En première mondiale « officielle » (le voile ayant été levé quelques semaines auparavant), l’allemand Mercedes montrait, quant à lui, son tout nouveau Citaro NGT conçu pour rouler au GNV. Ainsi les clients « gaz » fidèles à l’ancienne plate-forme C 1 vont-ils désormais pouvoir retrouver le véhicule qu’ils cherchent, et qui faisait jusqu’ici défaut dans l’actuelle plateforme C 2. On estime le marché européen du gaz à un millier d’unités vendues chaque année. Le Citaro NGT est mû par le révolutionnaire moteur OM 936 g de 7,7 l de cylindrée, qui développe une puissance de 222 kW.
    Sur le stand d’Iveco, on découvrait l’Urbanway de 12 m dans une splendide version BHNS (Bus à Haut Niveau de Service), qui inclut un éclairage intérieur LED, des vitrages latéraux descendant partiellement sous la ceinture de caisse, une porte médiane avec vantaux coulissants à débattement vers l’extérieur, une climatisation à hautes performances, et des aménagements intérieurs raffinés. Comme sur toute la gamme Urbanway, le poste de conduite a été rehaussé significativement par rapport aux générations antérieures Citelis et Agora. Il est accessible par deux marches de 230 mm, et confère ainsi au conducteur une excellente visibilité vers l’extérieur, tout en le replaçant en situation d’égalité avec le voyageur debout qui lui achète un titre de transport.
    Chez MAN, le Lion’s City 2015 semblait de prime abord encore très proche esthétiquement des versions antérieures, mis à part le « relookage » de la calandre intervenu récemment. En réalité, s’il a conservé quasiment intacte sa silhouette d’origine, fort réussie, cet autobus a fait l’objet, ces trois dernières années, d’améliorations substantielles concernant la consommation de carburant, les capacités en voyageurs offertes, la répartition des masses ou encore la facilité de maintenance. Le conducteur dispose désormais d’un siège de toute nouvelle génération, réglable dans toutes les positions et climatisé. Le Lion’s Intercity, lui, faisait sa première sortie officielle sur un grand salon professionnel.
    Du côté du néerlandais VDL, les regards se focalisaient sur le tout nouvel autocar à étage Futura FDD2, à trois essieux, qui sera disponible en deux longueurs (13 m pour 84 sièges ou 14 m pour 96). Equipé d’un moteur DAF à 6 cylindres de 12,9 l, il existera en version Intercity, marché qui devrait connaître une expansion rapide. Côté autobus, VDL montrait un SLF Electric de 12 m avec chaîne de traction Siemens et pantographe. Le suisse Hess, bien connu pour ses « Swisstrolleys », présentait en première mondiale son « Swissdiesel » de 12 m avec la nouvelle face frontale. Cet autobus est aussi conçu comme véhicule tracteur pour remorque voyageurs. Sa construction en aluminium selon la technologie Co-Bolt habituelle chez Hess, est un gage de qualité. Enfin, on remarquait, sur le stand de l’allemand Voith, la nouvelle boîte automatique à six vitesses Diwa 6, qui économise à elle seule 5 % de combustible, évitant notamment le démarrage si le frein est activé. Son programme Senso Top prend en compte les déclivités du parcours et, grâce à sa fonction ANS (Automatic Neutral Shift) optimisée, la transmission peut rester découplée du moteur plus longtemps, ce qui économise d’autant le carburant. Qu’il s’agisse décidément des véhicules ou des équipements, Busworld restera le festival des premières mondiales.
    Philippe Hérissé

     

    En avant-première, le S 415 LE dans les rues de Paris

    Tandis que les livraisons en Allemagne et en France de l’autocar interurbain Setra S 415 LE « Business » de Mercedes viennent à peine de commencer, nous avons pu rouler, en avant-première, sur un véhicule de démonstration du constructeur. C’est un « Low Entry », formule très prisée sur les marchés scandinaves (surtout en format rigide de 15 m), aussi fort répandue sur les marchés germaniques, mais curieusement trop méconnue dans l’Hexagone. Pourtant, ce collage virtuel de la partie avant (jusqu’à la porte médiane) d’un véhicule à plancher bas de type « bus » avec la partie arrière d’un véhicule à plancher haut de type « car » présente bien des avantages. L’absence d’emmarchement, avec un seuil de porte avant à 305 ou 345 mm sur le S 415 LE (selon la monte en pneumatiques), résout d’emblée tous les problèmes d’accessibilité, et évite notamment les élévateurs PMR, tandis que l’espace disponible sous plancher, derrière le deuxième essieu, permet de loger aisément moteur, boîte et transmission, sans devoir recourir à des cinématiques compliquées, avec renvoi d’angle, toujours génératrices de surconsommation. C’est une combinaison particulièrement économique à l’achat comme en exploitation, le Low Entry étant simple, robuste et facile à entretenir. Le véhicule de démonstration, de longueur 12,3 m (47+4 voyageurs assis), était équipé du moteur à six cylindres en ligne OM 936 de 260 kW, et de la boîte automatique à six vitesses Ecolife AP de ZF, particulièrement souple. Selon la règle, il était lesté pour l’essai. Le circuit improvisé, dans Paris intra-muros, a révélé le confort dynamique du véhicule, sa maniabilité dans une circulation particulièrement dense, et le très faible niveau de bruit perçu à l’intérieur. Ce Low Entry existe aussi en 13 m (51+4 voyageurs assis). La porte médiane de 1 150 mm à un vantail peut être remplacée, en option, par une porte de 1 380 mm à deux vantaux. On retrouve là toute la qualité Setra, mais cette fois sur un produit d’appel, voulu très standardisé pour le rendre compétitif sur ce marché.    

    Ph .H.

     

  • Etat, collectivités, entreprises. Les flottes automobiles se réinventent

    Etat, collectivités, entreprises. Les flottes automobiles se réinventent

    Le marché automobile français a été « atone » en 2014, estime l’Observatoire des véhicules d’entreprise (OVE) dans son bilan annuel publié en mai. Mais si les ventes aux particuliers ont encore baissé l’année dernière, ne représentant plus que 54 % du marché français (contre 57 % en 2012), les ventes aux entreprises continuent de progresser. « Les entreprises ont acheté ou loué 21,6 % des véhicules particuliers en 2014 contre 20 % en 2013. […] Même si le canal des entreprises est moins rémunérateur pour eux, les constructeurs ont mis en place ou renforcé des organisations de ventes spécifiques et la plupart proposent des gammes “business” enrichies », ajoute l’OVE.
    Autre tendance pointée par l’OVE, le crédit-bail et la location en longue durée représentent des formules qui connaissent un véritable succès en France. Ainsi, le parc de véhicules en location longue durée est passé de 190 000 en 1990 à plus de 1,2 million en 2014. Plus de la moitié des parcs d’entreprise sont désormais gérés par les loueurs longue durée. Le taux monte à plus de 80 % pour les plus grandes entreprises.
    Crise des finances oblige, les gestionnaires de flotte automobile sont en effet obligés de revoir depuis quelques années leur modèle économique. Qu’ils interviennent au sein d’entreprises ou de collectivités publiques, un nombre croissant cherche à rationaliser la gestion du parc, ce qui passe souvent aussi par une réduction du nombre de véhicules utilisés. Avec à la clé des incidences budgétaires conséquentes.
    L’Etat, premier propriétaire de véhicules de France, s’est d’ailleurs s’engagé dans cette voie depuis 2010. Il a externalisé la gestion de son parc et fait désormais appel à l’Ugap (Union des groupements d’achats publics). Dans le même temps, il a réduit de quelque 20 000 unités son parc automobile en moins de cinq ans.
    A Paris, l’heure est aux économies mais aussi au comportement exemplaire. La Ville s’est engagée dans un ambitieux programme d’éradication du diesel. Dans cette perspective, elle est en train de revoir la composition de sa flotte et elle teste tous les types de motorisation possible.
    C’est d’ailleurs une tendance de fond : le diesel est en recul, particulièrement dans les parcs des collectivités publiques. D’autant que la législation se durcit et impose des quotas de véhicules dits « propres » aux collectivités publiques. Et le scandale Volkswagen pourrait avoir un impact sur les ventes du diesel. On constate une percée des modèles hybrides qui suscitent un fort intérêt chez les gestionnaires d’automobile. En revanche, les véhicules électriques, même s’ils bénéficient comme les véhicules hybrides d’un bonus à l’achat (mais celui-ci devrait diminuer), ont plus de peine à décoller. Le surcoût à l’achat, la question de leur autonomie et la nécessité de disposer d’équipement en bornes de recharge sont autant d’obstacles sur sa route.
    La Poste est un cas à part. L’entreprise a fait résolument le choix de l’électricité qui représente aujourd’hui une trentaine de pour-cent de son parc. Elle l’explique ce choix sociétal par plusieurs raisons : en plus d’être vertueux, les différents véhicules électriques sont plus aisés à utiliser pour le transport du courrier et des colis en centre-ville. Ils seraient aussi moins accidentogènes, et permettent d’anticiper les interdictions de circulation à venir dans les villes. Enfin, elle affirme que si on prend en compte tous les coûts tout au long de sa vie, le véhicule électrique est finalement moins onéreux qu’un véhicule thermique.
    Le tableau ne serait pas complet s’il s’arrêtait à une simple comptabilité des véhicules. Les entreprises comme les collectivités expérimentent de plus en plus de nouvelles pratiques comme le covoiturage, l’autopartage ou encore le télétravail. L’autopartage notamment se développe à l’image de ces start-up qui frappent de plus en plus à la porte des entreprises pour leur proposer des prestations. Les parcs des deux-roues sont aussi en train de s’imposer.
    Le mouvement est lancé. Le métier de gestionnaires des flottes est à la fois en train de se professionnaliser et de s’ouvrir de à nouveaux horizons.
    Marie-Hélène Poingt
     

     

    Régime minceur pour l’Etat

    A la tête du plus grand parc automobile du pays, l’Etat a confié sa gestion à la centrale d’achat Ugap. Le nombre de véhicules a déjà été réduit de plus de 20 % et les achats doivent désormais répondre aux quotas de véhicules dits propres.

    A la tête de quelque 60 000 véhicules, l’Etat possède la plus vaste flotte du pays. Elle confie sa gestion à l’Union des groupements d'achats publics (Ugap). Un choix relativement récent puisque pendant longtemps, chaque ministère achetait et gérait son propre parc. « A partir de 2010, l’Etat a cherché à rationaliser son parc avec le souci de faire des économies, raconte Jean-Pierre Sivignon, directeur du Développement et des Partenariats à l’Ugap. La première étape, mise en œuvre entre 2010 et 2015, a consisté à réduire de 10 000 en trois ans le parc estimé à environ 80 000 véhicules (on ne connaissait pas le chiffre exact). Finalement, 17 000 véhicules ont été sortis. »
    Deuxième étape du plan gouvernemental : standardiser le parc dans le but de réduire les émissions de CO2 et d’atteindre des quotas prédéfinis de véhicules moins polluants. « Depuis 2012, l’Etat a l’obligation d’acheter au moins 25 % de véhicules électriques et hybrides. Ce taux est monté à 30 % en 2013, indique Jean-Pierre Sivignon. Dans le nouveau plan gouvernemental, il y aura 33 % de véhicules électriques et hybrides dès 2015, dont la moitié en électrique (et 33 % minimum d’essence, 33 % maximum de diesel). »
    Aujourd’hui, en plus, l’Etat va devoir prendre en compte les ambitions de la loi sur la transition énergétique qui impose à l’Etat et aux établissements publics de s’équiper à hauteur de 50 % de véhicules dits « propres » lors de leurs achats. Un décret doit en préciser les caractéristiques. La question du choix des modèles risque alors de se poser. L’Etat, traditionnellement soucieux de choisir des marques françaises, pourrait être obligé de se tourner vers d’autres constructeurs, notamment asiatiques, s’il ne trouve pas les modèles électriques en adéquation avec ses besoins.
    « Nous sommes l’opérateur de l’Etat pour la standardisation. C’est-à-dire que nous proposons un catalogue spécifique : telles catégories de véhicules avec telles options pour tel budget en fonction du cahier des charges défini par l’Etat. Nous mettons en phase notre catalogue avec ce cahier des charges », explique Jean-Pierre Sivignon.
    La politique de réduction du parc est également poursuivie : tous les véhicules de plus de sept ans sont sortis et on en remplace un sur deux. Il est ainsi prévu d’abaisser le nombre de véhicules de 10 % en trois ans en jouant sur le levier de la mutualisation des parcs entre services. L’Etat veut également abaisser de 15 % la consommation en carburant. Ce qui passe aussi par la définition de nouveaux plans de déplacement reposant sur de nouveaux modes.
    L’Ugap, qui est l’opérateur retenu pour toute la partie achats, s’occupe aussi de l’entretien puisque l’Etat a aussi fait le choix d’externaliser cette fonction et donc de mettre fin aux garages qui existaient auparavant au sein des ministères. Selon ce même principe de rationalisation, l’Ugap est également chargé de gérer les assurances. Ce sont en quelque sorte des offres « packagées » qui sont ainsi proposées à l’Etat, financièrement intéressantes et complètes puisqu’elles incluent aussi des formations comme par exemple l’écoconduite.     

    M.-H. P.


    La force de frappe de l’Ugap

    L’Ugap est une centrale d’achats qui intervient dans tous les domaines, tout particulièrement sur les marchés de l’informatique et des véhicules. Réalisant un chiffre d’affaires de plus de 2,8 milliards d’euros l’an dernier, la centrale permet de passer des marchés avec les grands constructeurs à des tarifs imbattables. Lorsqu’elle travaille pour l’Etat, les marques françaises et européennes sont en bonne place, et dans ses choix finaux, l’Etat marque, représentation nationale oblige, sa préférence pour des marques hexagonales.
    En 2014, la centrale a acheté pour le compte de l’Etat 7 431 véhicules légers (dont 203 véhicules électriques, 591 hybrides, 3 008 thermiques et des 4×4, véhicules spécifiques et motos). Ce qui représente 113 millions d’euros. Pour les opérateurs entrant dans la sphère de l’Etat, elle a commandé 1 415 véhicules achetés dont 89 véhicules électriques, 142 hybrides, 1 066 thermiques et pour le reste des 4×4, véhicules spécifiques et motos. Pour les collectivités, elle a acheté 7 592 véhicules légers (répartis entre 551 véhicules électriques, 121 hybrides, 5 994 thermiques, le reste en 4×4, véhicules spécifiques et motos). Ce qui représente 108 millions d’euros pour les véhicules légers.
    En 2014, on note toutefois un recul dans les achats de véhicules électriques et hybrides comparé à 2013 : -6,3 % sur l’électrique, -15,8 % sur l’hybride. « Une conséquence directe de la baisse du montant du bonus écologique », note l’Ugap.


     

    Presque plus de diesel à la Mairie de Paris

     

    Même si la Mairie de Paris a éradiqué une bonne partie des voitures de fonction, il reste tout de même 2 600 véhicules qu’elle doit gérer au mieux avec l’objectif de réduire au maximum la pollution émise par son parc.

    Le véhicule de fonction fait partie des vieux souvenirs à la Mairie de Paris. A l’exception d’Anne Hidalgo, qui possède une Zoé, et des maires d’arrondissement, plus personne n’en bénéficie en effet depuis 2010. Il reste tout de même une flotte conséquente de véhicules de services, qui sont symboliquement attribués à une personne dans un service, histoire d’identifier un responsable unique en cas de pépin, mais qui profitent à un maximum de collaborateurs. « Le parc est constitué aux deux tiers de véhicules utilitaires, du deux-roues au camion, souligne Hervé Foucard, responsable des Services techniques des transports automobiles municipaux. Certaines tournent 24 h/24 en deux ou trois postes sur une même journée… »
    Depuis plusieurs années, l’heure est donc aux économies à Paris sur ce poste réputé pour être budgétivore. Et la municipalité qui se permet d’être exigeante avec les habitants, à qui elle refusera bientôt de rouler en vieux diesels, se doit aussi d’être exemplaire en la matière. Sa flotte comprend quelque 2 600 véhicules : 80 berlines – dont 70 Prius, l’hybride de Toyota – 450 citadines (principalement C Zéro et Twingo), 1 330 fourgonnettes et utilitaires moyens, 340 porteurs Piaggio, 40 poids lourds et cars, enfin 360 deux-roues motorisés (dont deux scooters électriques, un marché en cours de déploiement). Ce à quoi il convient d’ajouter 250 vélos et depuis un an, 50 vélos à assistance électrique, appelés à se développer pour la mobilité des services. « Nous sommes une des rares collectivités à posséder les quatre générations de Prius, ajoute-t-il. Et nous avons aussi quelques Yaris hybrides. »
    Le service dirigé par Hervé Foucard fonctionne en autarcie, achète ses véhicules, qu’il loue ensuite aux différents services, possède ses propres garages et ses stations-service. Depuis la fin 2014, plus aucune berline ni citadine ne roule au gazole, ses services ont cessé d’en acheter en 2010. A son arrivée, Anne Hidalgo a en effet demandé qu’on éradique le diesel.
    Les fourgonnettes sont désormais dans le viseur, le tiers du parc (près de 300) étant encore diesel. « Au plus tard au premier trimestre 2016, il n’y en aura plus. L’étape suivante touchera les utilitaires moyens, d’ici à 2020, mais c‘est plus compliqué par manque d’offre des constructeurs », souligne Hervé Foucard.
    La Ville a testé le GNV (Iveco) mais regrette les problèmes d’avitaillement, lorgne sur les Gruau Electron, mais pense que « dans un premier temps, il faudra peut-être passer par des modèles essence ». Tous véhicules confondus, la Mairie possède aussi quelque 300 modèles au GPL.
    Sur 50 000 agents de la Ville, 20 % environ sont appelés à se déplacer régulièrement. Ils disposent également, depuis 2008, d’un service d’autopartage, auquel 800 fonctionnaires sont désormais inscrits. Il comprend une cinquantaine de véhicules électriques (C Zéro et Kangoo ZE) et tout de même une voiture thermique pour les trajets de plus de 150 km. « On considère qu’une voiture partagée en remplace trois, nous avons ainsi pu rationaliser le parc en supprimant 150 véhicules de service », explique le responsable. La baisse est continue. Depuis 2001, le parc de berlines aurait diminué de 73 %, celui des citadines de 34 %. Les baisses futures ne pourront se faire qu’à la marge, juge Hervé Foucard, qui souligne que les utilitaires sont des outils métier pour les artisans intervenant dans les bâtiments publics, agents des parcs et jardins, etc.
    Cécile Nangeroni


    Une politique d’achat très classique

    Suivant un plan quadriennal, la politique d’achat est classique : des véhicules neufs via des marchés publics, revendus aux enchères dès leur amortissement, soit 5 à 7 ans plus tard, avec environ 70 000 km au compteur, sachant que la loi de roulage est de 8 000 à 8 500 km par an. « Nous fonctionnons avec les mêmes règles de bonne gestion que tous les loueurs et avons d’ailleurs des coûts globaux de possession proches des loueurs longue durée », indique Hervé Foucard.
    Les voitures étant utilisées à 99,99 % du temps en zone urbaine dense, elles ont aussi droit à un entretien de type « utilisation sévère », soit une révision tous les ans ou tous les 15 000 km. Cela coûte bon an mal an quelque sept millions d’euros par an en investissement (comprenant la rénovation des garages). Quant au fonctionnement, les chiffres ne sont pas publics. Cependant, le responsable estime qu’en conjuguant les effets de la diminution du parc, de l’autopartage, de la fiabilité des véhicules et de l’économique entretien des hybrides, le poste de dépenses a baissé de 50 %.
    « Nos modalités de gestion sont régulièrement inspectées par la Chambre régionale des comptes, nos coûts sont comparables à ceux du privé, même parfois en dessous », souligne Hervé Foucard. Un compliment qui ne pourrait sans doute pas concerner le pool de chauffeurs destiné aux déplacements des élus et hauts fonctionnaires. A noter que sauf pour la maire de Paris, les chauffeurs en pied ont disparu. Le pool est donc utilisé comme un service de taxi. Ce service avait pourtant été épinglé par un rapport de l'inspection générale de la Ville de Paris en 2011, qui signalait une utilisation par des personnels ne figurant pas dans la liste des 120 ayants droit et le fait que certains élus y faisaient appel pour parcourir 300 mètres…
    Des pratiques contraires au plan de déplacement de l’administration parisienne (PDAP) d’il y a quatre ans, qui stipule que chaque trajet doit être rationalisé en fonction du meilleur rapport temps passé et pollution émise. Autre précepte : « Le meilleur déplacement est celui qu’on ne fait pas ! »    

    C. N.


     

    Vers une mutualisation du parc à Toulouse
     

    La mairie de Toulouse et Toulouse Métropole gèrent en commun leur parc sous forme
    de régie. 170 agents gèrent l’entretien, les réparations, la comptabilité et les achats. Les deux collectivités n’excluent toutefois pas d’autres solutions pour les véhicules électriques.

     

    La flotte de la mairie de Toulouse et de Toulouse Métropole approche les 2 400 véhicules motorisés, véhicules légers (environ 300 par collectivité), fourgonnettes (respectivement 170 et 216), fourgons (145 et 248) ou véhicules plus spécifiques partagés selon les compétences (140 balayeuses à moteurs et 205 bennes à ordure à la métropole qui a la compétence propreté, 28 nacelles surélévatrices, une dizaine de véhicules aménagés pour l’élagage et 17 fourgons frigorifiques pour la mairie qui a la compétence éclairage, élagage et restauration). Plus étonnant, la mairie de Toulouse possède aussi près de 100 tracteurs – c’est même le premier agriculteur de Haute-Garonne avec le domaine de Candie. Les deux collectivités possèdent la quasi-totalité de leur parc de véhicules en propre et l’administrent en régie, de façon mutualisée. Plus de 170 agents en gèrent l’entretien, les réparations, la compatibilité et les achats.
    La réduction des coûts est bien sûr à l’ordre du jour et un « cost killer » a été nommé à l’arrivée de l’équipe Moudenc à la mairie en 2014. « André Thomas, délégué général à la Modernisation de l'administration, a tout analysé pour optimiser les dispositifs », explique Jean-Michel Lattes, élu en charge des Déplacements à la mairie et à la métropole. Mais la compression du parc par la généralisation de la mutualisation, le développement d'une centrale de prêt pour le matériel technique et la réaffectation des véhicules moins utilisés a débuté dès 2012. « On a évalué avec la direction des ressources humaines les réels besoins en déplacement des agents, explique l’élu. Les véhicules ne sont plus attribués en fonction du niveau hiérarchique (ce qui a fait un peu grincer des dents au début), mais de la fonction, avec des flottes plus collectives. Les agents sont invités à prendre le métro ou le vélo. J’ai moi-même un vélo de fonction avec lequel je me déplace. » Des billets de métro et des cartes de location de vélos sont à disposition dans les services. Le covoiturage est encouragé pour les réunions en première et deuxième couronne.
    La composition du parc évolue au fil des renouvellements, avec une augmentation des carburations hybrides et électriques, conformément au plan climat territorial, même si le diesel domine encore. De 76 en 2010, les véhicules électriques sont passés à 116 en 2012 et près de 200 en 2015 (dont 40 fourgonnettes et 33 triporteurs). « Les véhicules de nettoyage en centre-ville sont de plus en plus souvent électriques », souligne Jean-Michel Lattes. La loi de transition énergétique imposera bientôt une part de 20 % de véhicules propres lors des renouvellements du parc. Un groupe de travail se penche actuellement à Toulouse Métropole sur les stratégies futures pour déterminer s’il faut poursuivre la tradition d’achat et de maintenance en interne ou développer des formules de location longue durée avec un opérateur pour ce nouveau type de véhicule.

    Catherine Sanson-Stern


     

     

    La Poste exploite la première flotte électrique du monde

     

    La Poste affirme qu’elle a le premier parc électrique du monde avec 20 500 véhicules.
    Elle poursuit ce développement pour anticiper les contraintes de circulation de plus en plus nombreuses dans les centres-villes mais aussi pour le confort d’usage et la sécurité
    de ses agents.

    « La Poste a toujours voulu développer une offre responsable car elle est le premier logisticien de France, rappelle Frédéric Delaval, directeur technique à La Poste. Nous avons pris conscience très tôt qu’il fallait chercher à réduire les rejets de CO2 et de toutes les autres particules. Et donc qu’il nous fallait avoir des véhicules respectueux de l’environnement. Autrement, nous risquerions d’être confrontés à des évolutions sociétales alors que nous pouvons les anticiper. »
    Conséquence de cette démarche, La Poste affirme posséder la première flotte électrique du monde : rien que pour le transport du courrier et des colis, elle dispose de 80 000 véhicules, dont une trentaine de pour-cent de véhicules électriques, soit plus de 20 000. Des fourgonnettes électriques, mais aussi des vélos à assistance électriques, quads et autres chariots électriques, (voir encadré ci-dessous). Un parc qu’elle souhaite écologique et qu’elle veut continuer à développer.
    Selon Frédéric Delaval, le développement « massif » de la flotte électrique s’explique non seulement par des considérations environnementales, aussi par l’accueil très favorable des agents postaux. « Le confort est très important. Les véhicules électriques ne font pas de bruit, ils sont plus dynamiques que les véhicules thermiques. Comme on ne passe pas de vitesses, les TMS (troubles musculo-squelettiques) diminuent. Ce sont des éléments importants dans un contexte où la tendance est de repousser l’âge du départ à la retraite. »
    Autre raison à cette évolution du parc : la sécurité routière. « Nous avions jusqu’alors une flotte de deux-roues motorisés mais ils sont très accidentogènes. Il nous en reste 6 000 sur tout le territoire. Nous sommes en train de les remplacer par des trois-roues électriques. Ils permettent de faire reculer l’accidentologie », affirme Frédéric Delaval. Qui ajoute : « Nous n’en aurons plus fin 2016. » A la place, le Staby, sorte de tricycle électrique, est utilisé pour la distribution et la collecte de courrier et des petites marchandises aussi bien en centre-ville qu’en zone périurbaine ou rurale. L’objectif est d’utiliser 3 000 Staby fin 2016.
    Enfin, la nécessité d’anticiper les besoins de la logistique dans le futur a joué dans les choix. La Poste fait aussi face à un changement de son modèle économique. Le volume de courrier baisse de 5 à 6 % par an depuis plus de cinq ans, tandis que l’e-commerce se développe. Les comportements changent, l’urbanisme aussi. Avec l’étalement urbain, les distances des tournées s’allongent. « Avant, il n’y avait pas de tournées allant au-delà de 100 kilomètres. Aujourd’hui, 2 % des tournées peuvent aller jusqu’à 120 km. Nous devons nous adapter. Nous transportons aussi de plus en plus de charges lourdes », poursuit Frédéric Delaval.
    « Avec le développement de l’e-commerce, les clients veulent de plus en plus de services à domicile. Cela ne pourra se faire que si les postiers respectent les contraintes de circulation. qui seront fixées par les collectivités. On le voit à Paris, à Bordeaux ou encore à Toulouse, des quartiers se ferment aux véhicules polluants », résume le directeur technique de La Poste.
    Des évolutions progressives qui se font sans surcoûts, assure-t-il. « Car nous transformons aussi notre façon de travailler. Avant chaque facteur avait son véhicule. Désormais, un véhicule électrique va être utilisé 2 à 3 fois sur différentes tournées sans être spécifiquement dédié à un facteur. Les logiques d’exploitation sont différentes pour atteindre le point d’équilibre économique. »
    Ainsi, avec les Kangoo ZE, ce point d’équilibre est atteint si le véhicule parcourt 50 km par jour. « Si le véhicule roule 50 km par jour, six jours sur sept pendant six ans, les coûts d’un véhicule électrique de ce type sont équivalents à ceux d’un véhicule thermique », affirme Frédéric Delaval. Bien sûr, le véhicule électrique est plus cher à l’achat. Il faut compter environ 27 000 euros l’unité (moins cher en cas d’achats groupés). Auquel il faut déduire la subvention de l’Etat de plusieurs milliers d’euros. A comparer aux 10 000 ou 12 000 euros nécessaires à l’achat d’un Kangoo thermique. Il faut aussi disposer d’un équipement en bornes électriques. « Mais à l’inverse, le facteur ne se déplace pas pour faire le plein et le coût de l’électricité est plus faible, de même que la maintenance. L’accidentologie est plus faible, et le confort plus important… », énumère-t-on à La Poste. Tout bénéfique !
    C’est la filiale VéhiPoste qui gère la flotte pour tout le groupe. Et qui les loue à La Poste. Ce qui permet d’assurer un renouvellement fréquent, en général tous les six ans. Un sixième de la flotte est renouvelé chaque année. Pour la maintenance, Véhiposte fait appel à des gestionnaires de flotte d’entreprise comme par exemple ALD.
    Il y a toutefois un frein au développement d’une flotte à 100 % « propre ». Pour assurer les gros emports, La Poste recourt encore aux véhicules thermiques. « Nous allons continuer à promouvoir l’électromobilité pour assurer les livraisons en centre-ville tant que les modèles le permettent. Notre limite tient au business model. Nous disposons de quelques véhicules électriques de fort emport mais nous ne les généralisons pas au-delà de 4 m3 car ils sont très coûteux », explique Frédéric Delaval. Second frein, les modèles sur le marché sont limités. « Les constructeurs qui pourraient nous les fournir n’ont pas forcément une surface nationale. Comme nos véhicules parcourent des centaines de kilomètres sur tout le territoire, il faut que les constructeurs aient un réseau de maintenance très fort. Il faut qu’ils puissent entretenir les véhicules sur tout le territoire. »
    Pour rester à l’avant-garde, La Poste teste toutefois énormément de véhicules. « De nombreux constructeurs nous sollicitent. » Car comme l’explique le directeur technique, La Poste est un fabuleux laboratoire pour qui veut soumettre ses voitures à rude épreuve : « Un facteur s’arrête et repart 400 fois par jour… Quand un constructeur passe ses tests avec succès avec La Poste, c’est que son véhicule est solide. Nous prêtons en quelque sorte notre activité opérationnelle. »
    Marie-Hélène Poingt


    La Poste croit dans l’hydrogène

    La Poste affirme avoir été la première entreprise à développer en France des tournées avec des véhicules à hydrogène. Dans le cadre de son projet Mobypost, elle a testé des véhicules abrités de panneaux photovoltaïques produisant de l’électricité, celle-ci alimentant un système d’électrolyse qui génère de l’hydrogène (et c’est cet hydrogène sous pression qui vient alimenter le moteur du véhicule). Se rechargeant la nuit, le véhicule peut effectuer des tournées de 30 à 35 km.
    Seconde expérience, le projet MobilHytest concerne des fourgons électriques dotés d’un prolongateur d’autonomie : une petite pile à combustible fournit de l’énergie électrique. Ce qui permet une autonomie de 300 km.
    Mais pour passer à grande échelle, il faudra encore attendre pour que se développent les filières de production et de distribution. « Il faut attendre que le marché “mûrisse”. Mais nous pensons que l’hydrogène, c’est l’avenir. Peut-être à l’horizon 2025-2030… », souligne Frédéric Delaval.

     

    Un panel de véhicules électriques


    5 000 Kangoo ZE, fourgonnettes électriques, sont utilisées par La Poste, 6 000 sont attendus à la fin de l’année. Pour s’équiper, La Poste avait lancé en 2010 un appel d’offres mené par le groupement national de commandes de véhicules électriques, sous la coordination de l’Ugap (Union des Groupements d’Achats Publics).

    200 Staby sont en circulation. Il en est prévu 3 000 fin 2016. Ce tricycle électrique qui doit remplacer le deux-roues dispose d’une autonomie de 35 km en usage postal et permet de transporter près de deux fois plus de courrier que le scooter.

    Des milliers de VAE. La Poste a équipé ses facteurs de plus de 18 000 vélos à assistance électrique (VAE). Le VAE dispose de 20 km d’autonomie et permet de remplacer les deux-roues motorisés. L’assistance électrique peut prendre en charge plus de 80 % de l’effort à fournir.

    1 000 chariots à assistance électrique facilitent la vie des facteurs en centre-ville, où la plupart d’entre eux effectuent leur tournée à pied. Ces tournées piétonnes permettent notamment de distribuer le courrier dans les zones inaccessibles avec des véhicules.

    17 Quadeos électriques sont en service. Plus de 1 300 sont prévus, ayant vocation à remplacer des deux-roues moteur ou, dans certains cas, des quatre-roues thermiques. Il est notamment prévu pour les zones urbaines et suburbaines et les zones piétonnes interdites aux véhicules thermiques. L'autonomie du véhicule est de l'ordre de 25 km et il peut transporter jusqu’à 150 kg de courrier.


     

     

    Une flotte 100 % hybride pour Boiron

    L’entreprise lyonnaise abandonne sa flotte diesel pour le « tout-hybride » avec 265 véhicules d’ici fin 2016 en France, et plus de 500 dans le monde à terme. L’un des plus gros contrats hybrides signés par Toyota.

    En adoptant dès septembre 2014 une flotte hybride à 100 %*, le leader mondial de l’homéopathie (3 600 salariés) a souhaité mettre en adéquation son parc automobile avec l’image et les valeurs de santé de l’entreprise (une médecine préventive douce et « alternative » pour résumer), et avec les préoccupations environnementales sur la réduction des gaz à effet de serre. Valérie Poinsot, directrice générale de Boiron, y ajoute une raison propre à sa boîte et à un certain éloge de la lenteur : « je préfère des commerciaux zen plutôt que speedés ». Un effet apaisant, selon elle, procuré par la conduite d’un véhicule hybride et, au bout du compte, des contacts avec les clients pharmaciens ou médecins plus détendus.
    Enfin, le modèle économique de l’opération tablait sur un surcoût de 200 000 euros par an pendant au moins trois ans. Bonne surprise, le budget est resté stable, comme l’a montré, au bout d’un an, un premier bilan de « l’hybridation » de la flotte portant sur 121 véhicules. Un bémol : si tous les collaborateurs ont été accompagnés à « l’écoconduite hybride », la baisse de consommation de carburant n’est pas au niveau attendu (+2 %), et l’amplitude des consommations reste importante (de 4,2 l à 7 l/100 km !). « Nous organisons un stage avec dix personnes pour mieux mesurer l’impact et les mesures d’une conduite adaptée », précise Eloise Manfredi, responsable achat parc auto de Boiron.
    Pour le reste, les indicateurs sont au vert pour l’impact environnemental – « on réduit l’émission de CO2 de 107 g/km à 85 ou 90 g/km selon les modèles » – et grâce aux économies du prix du carburant sur une consommation de 590 000 l/an. Ce facteur conjoncturel renforce le bénéfice de l’exonération de la taxe sur les véhicules de sociétés pendant huit trimestres pour les hybrides, en partie amputé par la fin de la récupération de la TVA du fait du passage du diesel à l’essence-hybride. Enfin, Boiron a bénéficié de bonnes conditions commerciales de la part de de Toyota « qui a soutenu l’entreprise ». Les loueurs Parcours et Alphabet ont aussi « joué le jeu » en évaluant les prix de revente des véhicules à des niveaux permettant de « bien positionner les loyers financiers de Boiron », indique Eloise Manfredi. De même, le taux de sinistralité à la baisse – à confirmer – pourrait avoir un impact significatif sur les primes d’assurance.
    Claude Ferrero
    *Toyota Yaris, Auris, Auris TSH, Prius, Prius+, Lexus CT200h et GS300h.
     

     

    Vélogik, spécialiste de la mobilité cyclable

    L’entreprise créée en 2008 propose son expertise pour promouvoir les services relatifs à la mobilité cyclable. Elle gère aujourd’hui un parc de 1 600 vélos.

    La petite société lyonnaise a bien roulé depuis sa création en 2008 par ses deux cofondateurs, dirigeants et premiers employés Franck Brédy et Gwendal Caraboeuf. Aujourd’hui, Vélogik compte 22 salariés et affiche un chiffre d’affaires de 1,1 million d’euros attendus pour 2015, en hausse de 20 %. Une activité réalisée grâce à la gestion d’un parc de 1 600 vélos, dont plus de 1 000 vélos à assistance électrique. « On est sur une taille intermédiaire, mais leaders grâce à notre parc VAE », précise Gwendal Caraboeuf.
    2015 est une année faste : Vélogik a mis en route l’important contrat remporté pour la maintenance des vélos de La Poste dans le Rhône (800 vélos). Elle s’est renforcée cet été à Clermont-Ferrand où, après deux ans de présence, elle vient de déployer pour le SMTC une flotte de 200 nouveaux vélos (+50 %) pour passer au total à 600 VLS classiques/VAE et location longue durée. Lancée sur le créneau de la mobilité cyclable grâce au Grenelle de l’environnement et aux Agendas 21, la PME voit son activité se rééquilibrer entre sa clientèle collectivités (60 %) et entreprises (40 %). Pourtant, dans le mouvement de fond de la mobilité durable, Vélogik ne devrait bénéficier qu’à la marge de la nouvelle étape importante de l’indemnité kilométrique vélo car son activité se déploie essentiellement sur sites (80 % en gestion/exploitation) et en ventes/formation (20 %). Même si ses conseils aux collaborateurs d’entreprises sur la pratique du vélo concernent indirectement les déplacements domicile – travail.
    Pour l’heure, Vélogik attend les résultats de deux appels d’offres importants à Grenoble (5 000 vélos) face à Transdev, et sur le Sud-Est pour le groupe La Poste (1 600 vélos environ).    

    C. F.
     

    La location, outil privilégié de la SNCF

    77 % du parc de la SNCF est aujourd’hui en location longue durée. Côté motorisation,
    les véhicules électriques restent marginaux étant mal adaptés aux interventions souvent éloignées de SNCF Réseau, principal utilisateur des 18 000 véhicules du groupe.

     

    Sur les 18 000 véhicules de l’entreprise, 14 000 sont utilisés par SNCF Réseau. Pour ces véhicules, destinés à transporter de l’outillage, la motorisation diesel est la plus adaptée Sur l’ensemble de ses véhicules routiers de la SNCF, seul 0,5 % est électrique. Une petite centaine. Autant dire une goutte d’eau. Qui s'explique par les contraintes liées aux infrastructures de recharge, à l’autonomie des batteries, et à la fonction des véhicules. Car la très grande majorité (80 %) des véhicules de service de la SNCF sont des utilitaires de petites tailles, des fourgonnettes comme des Kangoo ou des Berlingo et des camionnettes comme des Jumper. Ils servent pour la plupart à transporter agents et petits matériels sur les lieux de chantier de voie. En effet, les lieux d’intervention sont en général éloignés d’une borne de recharge. Il n’est pas rare que les équipes parcourent 150 km dans la journée, ou plus souvent dans la nuit d’ailleurs, pour se rendre sur les lieux de travaux. Or, si installer un point de charge sur un site ferroviaire est aisé, il est impossible de le faire sur le lieu des travaux.
    La SNCF rencontre les mêmes difficultés avec ses anciens véhicules aux GNV (ils représentent également 0,5 % du parc et ont en moyenne entre 8 et 12 ans), qui pâtissent d’un réseau très faible de station de recharge. Si bien que ces véhicules, bicarburation, ne fonctionnent plus qu’à l’essence, annulant le bénéfice de pouvoir circuler au GNV. La SNCF est en train de les sortir progressivement de son parc.
    Cependant, si l’électrique est pour l’heure mal adapté à ses missions d’entretien du réseau, l'entreprise les introduit toutefois peu à peu parmi les véhicules légers (15 % de la flotte). Ces voitures sont généralement utilisées par les agents de conduite et les contrôleurs pour se rendre d’une gare à une autre ou vers un technicentre. Autrement dit, ils sont utilisés pour des parcours urbains ou semi-urbains, notamment en Ile-de-France.
    Quant aux véhicules attribués en nom propre, ils sont finalement assez rares, assure-t-on à la SNCF. Quelques cadres dirigeants de l’entreprise en bénéficient, se borne-t-elle à indiquer. Les directeurs d'établissement par exemple partagent leur voiture avec d’autres agents. Ils ont droit à une Renault Mégane, une Peugeot 306 ou une Citroën C4.
    Enfin, si le diesel reste la norme obligée, la SNCF travaille à un renouvellement plus rapide de ses véhicules afin de rajeunir son parc et avec lui les motorisations aux normes Euro 6. Avec un taux de renouvellement de 97 %, l’âge moyen des véhicules a été abaissé à trois ans et quatre mois depuis dix ans. A partir de trois à quatre ans d’âge, les véhicules commencent à coûter plus cher en entretien et en consommation. Et plus il est ancien, plus il est difficile à vendre et moins il a de valeur. Si bien que la SNCF opte de plus en plus pour la location longue durée. Aujourd’hui, cela concerne 77 % du parc. La SNCF a l’ambition de porter cette proportion à 90 %, avec l'objectif de faire baisser l’âge moyen à deux ans et demi. Le reste du parc (33 %), pour le moment acheté en propre, concerne principalement des poids lourds à l’équipement particulier, dont le marché d’occasion est quasiment inexistant et qui ne parcourent pas plus de 25 000 km. Quant aux quelques voitures particulières que la SNCF possède encore, elles seront progressivement remplacées par des véhicules loués, à mesure de leur radiation.
    Yann Goubin


    La location longue durée se développe

    Les professionnels de la location de voitures en longue durée gèrent 1,5 million de véhicules. Pendant longtemps, la croissance du secteur était à deux chiffres. Depuis quelques années, elle s’élève à 2 à 3 % par an. « La location longue durée a continué à croître quand le marché automobile a été en baisse », relativise François-Xavier Castille, président du Syndicat national des loueurs de voitures en longue durée (SNLVLD), qui est également directeur général d’Arval France.
    Selon lui, alors que les grandes entreprises ont longtemps été les clients privilégiés des loueurs, les autres entreprises, qu’elles soient de taille moyenne ou petite, s’y mettent aussi, ainsi que les administrations et même les associations.
    Autres tendances fortes, la location de moyenne durée se développe (de 3 mois à 24 mois) et les loueurs proposent désormais un service d’autopartage. « Nos prestations comprennent aussi de la formation, notamment à l’écoconduite, et plus de télématique et d’offre digitale », souligne François-Xavier Castille.
    Enfin l’offre de véhicules « verts », se développe, poursuit-il, « même s’il n’y a pas le boom attendu : nos clients sont de gros utilisateurs de la voiture, ils roulent en moyenne de 25 000 à 30 000 km par an. Ce qui ne correspond pas à l’utilisation de véhicules électriques ».
    Les véhicules « propres » représentent entre 2 et 3 % de la flotte, selon le SNLVLD. Et le parc est renouvelé régulièrement, tous les 3-4 ans,
    les véhicules les plus anciens ayant 4 ou 5 ans au plus.    

    M.-H. P.



    Les sociétés d’autopartage multiplient les offres

    La gestion des parcs évolue aujourd’hui grâce aux sociétés d’autopartage qui proposent souvent des solutions qui permettent aux entreprises de réduire leur budget sans pour autant bousculer les habitudes des salariés.

    Touche pas à ma voiture de fonction ! Ce pourrait être le cri de guerre de certains cadres dirigeants habitués à cet avantage souvent accordé sans barguigner par les grandes entreprises, sans qu’il soit forcément indispensable à la fonction. « Les gestionnaires de parcs ont l’impression qu’on leur enlève du pouvoir quand on leur enlève des voitures », explique ainsi un responsable d’une société d’autopartage. « Le véhicule de fonction est attaché à un statut que les cadres ont beaucoup de mal à abandonner, même s’ils n’ont pas l’utilité du véhicule dans leur travail », raconte un autre. Et pourtant, plusieurs sociétés d’autopartage sont en train de révolutionner ce fonctionnement. Peut-être pas encore jusqu’à le rendre archaïque, mais tout de même. « Depuis deux ans, la demande augmente fortement. Il y a une prise de conscience sur le fait qu’avoir un véhicule attitré à l’arrêt 95 % du temps n’a pas de sens », estime Alexandre Fournier, de Mobility Tech Green.
    Les sociétés d’autopartage ont au moins réussi le pari de faire admettre aux entreprises et aux salariés qu’un véhicule partagé présente des avantages pour tout le monde. Et petit à petit elles font leur trou, le plus souvent avec des offres packagées. Revue de détail.

    Vulog, simple comme un smartphone

    Créée il y a huit ans par deux chercheurs de l’Inria qui travaillaient sur la voiture connectée, Vulog a pris son essor avec l’arrivée de la géolocalisation et du smartphone. L’entreprise niçoise propose des services d’autopartage exclusivement aux flottes d’entreprises ou de collectivités locales, grâce à son boîtier qui s’installe en un tournemain dans le tableau de bord de pratiquement n’importe quel véhicule pour gérer l’ouverture des portières, le démarrage, l’authentification du conducteur… Une box qui réalise aussi la synchronisation avec les serveurs de Vulog via le réseau GSM. L’équipement comprend aussi un micro pour que l’utilisateur puisse communiquer avec le support de Vulog, et un GPS. Concrètement, un smartphone ou un badge – typiquement le badge de l’entreprise – qui permet d’utiliser un véhicule après l’avoir préréservé environ 30 minutes avant. Une dizaine d’entreprises se sont laissées séduire à ce jour, parmi lesquelles TF1 – pour 25 véhicules destinés aux journalistes – Veolia, Transdev, PSA et tout récemment la Mairie de Paris pour près d’une centaine de véhicules.
    Au total près de 2 000 voitures sont équipées de la technologie Vulog, « ce qui représente plus de 100 000 utilisateurs dans le monde, estime Christophe Amalric, le directeur marketing. Sachant qu’on a déjà enregistré chez Evo à Vancouver qui possède 500 voitures autopartagées, jusqu’à 24 utilisateurs sur un seul véhicule en 24 heures… » La promesse : en moyenne 30 % d’économies sur le budget annuel de gestion d’un parc automobile. L’entreprise est en pleine croissance. A telle enseigne que Vulog vient d’annoncer une levée de fonds de 8,4 millions d’euros auprès du fonds Ecotechnologies, géré par BPI France, et de Environmental Technologies Fund. Vulog ambitionne d’atteindre 3 500 véhicules en 2016, correspondant à un nouveau client chaque mois… La clé du succès selon Christophe Amalric ? « On ne change pas les habitudes des gens, on s’inclut dans leur routine. »

    Citiz, pour les habitants et les agents de la métropole marseillaise

    L’antenne provençale du réseau national créé en 2002, Citiz Provence, a pour client Marseille Provence Métropole depuis cinq ans, avec 80 utilisateurs réguliers. Particularité du système prévu dans l’appel d’offres : les véhicules partagés le jour par les agents, le sont les soirs et week-ends par les particuliers. « Plus que supprimer des véhicules de fonction, l’idée c’est d’abord d’arrêter d’en acheter de nouveaux », décrit Yvon Roche, le directeur de Citiz Provence. L’opération avait au préalable fait l’objet d’une expérimentation sur la base du volontariat. Le parc de voitures partagées touche à ce jour quelque 2 000 conducteurs dans la région, avec notamment 50 agents de la CCI qui viennent juste d’adhérer à Citiz. Tous peuvent au choix conduire une des 30 Renault Twizy, une hybride (20 modèles), ou bien l’une des 50 citadines essence ou diesel. Des véhicules qui réalisent 21 000 km par an.

    Mobility Tech Green, même à partir d’un seul véhicule

    Cette start-up rennaise issue, en 2009, de la création d’un service d’autopartage dans la ville dès 2002, puis de City Roul’, la voiture en libre service 24/24, 7 j/7 quatre ans plus tard, décline plusieurs offres à destination des gestionnaires de parc. La solution e-Colibri destinée aux grands comptes qui souhaitent du sur-mesure (équipements embarqués, software hébergé et pack de services de communication) ; adoptée par Orange (100 véhicules, des Twizy, des hybrides et des thermiques pour répondre à tous types de déplacements), Bouygues immobilier, Alstom. « L’optimisation du parc permet généralement de réduire le parc automobile de l’entreprise de 30 % et les dépenses d’autant », assure Alexandre Fournier, directeur Marketing de Mobility Tech Green. Les PME peuvent opter pour Mobilycar, une offre clé en main, voiture comprise, développée en partenariat avec Europcar Atlantique, accessible dès un seul véhicule. Enfin, carsharing ready, lancée il y a quelques mois à la demande d’entreprises. C’est une offre packagée mensualisée, à partir de 60 euros par mois et par voiture, qui comprend le hardware et le software avec un call center pour les utilisateurs.

    Ubeeqo invente les crédits mobilité pour remplacer la berline de fonction

    Vieille de huit ans, l’entreprise qui s’appelait alors Carbox est née de l’idée de mettre en réseau les véhicules des collaborateurs dans les entreprises. Ses premières références ? Airbus, Danone, LVMH, la Snecma (groupe Safran) ou encore Michelin. Elle compte aujourd’hui une trentaine de salariés dans une dizaine de pays et l’arrivée d’Europcar qui a pris 70 % des parts fin 2014 en injectant quatre millions d’euros au capital marque sa volonté de s’internationaliser. « Notre approche est désormais de fournir des solutions de mobilité courte distance aux entreprises, et de devenir des fleet managers », décrit Emmanuel Nedelec, DG France et Benelux d’Ubeeqo. C’est ainsi qu’au-delà d’un pool de voiture à partager, Ubeeqo propose des « crédits mobilité ». Le cadre qui renonce à sa berline de fonction peut ainsi cumuler une Smart ou l’accès aux véhicules partagés et un compte virtuel de crédits mobilité, utilisables à tout moment pour se déplacer en train, VTC ou taxi. Aux entreprises, comme L’Oréal qui a fait ce choix, qui souhaitent externaliser la problématique complexe et coûteuse de la gestion de flotte, Ubeeqo promet des économies de l’ordre de 20 à 40 % en fonction de la taille de la flotte (de 50 à 2 000). « C’est efficace pour les collaborateurs et les comptes de l’entreprise, poursuit-il. Or dans les très grandes entreprises, la gestion des véhicules peut représenter le deuxième centre de coût. » La politique impacte en effet les taxes sur les véhicules de sociétés ou la consommation de carburant. L’entreprise compte une quarantaine de clients, grands groupes comme Veolia, ou PME comme Crèche Attitude, une filiale de Sodexo. Le directeur assure que 18 000 collaborateurs utilisent régulièrement l’interface de réservation de véhicules partagés. Ubeeqo a entrepris de se développer en Allemagne il y a un an, depuis peu en Belgique et prochainement au Royaume-Uni.
    Cécile NANGERONI
     

  • Elections régionales. Les grands enjeux du transport

    Dans les deux, cas il faut améliorer les relations entre les grands pôles urbains. Amiens et Lille au nord, Charleville-Mézières, Metz, Nancy et Strasbourg à l'est. Villes qui sont parfois plus tournées vers Paris que vers leurs voisines. Une véritable réorientation des territoires s'impose, qui ne va pas de soi et qui prendra des décennies avant d'entrer dans les faits. Pas de changement en Paca, mais la région souffre particulièrement de la faiblesse endémique de son système de TER, que n'arrange pas la restriction générale des crédits. En Ile-de-France enfin, la grande affaire est de ne pas accentuer la coupure régionale : la petite couronne est plutôt bien dotée et le sera encore mieux avec le métro du Grand Paris alors que les habitants de la grande couronne souffrent de l'état des RER. Les principaux candidats promettent des investissements massifs…

     

    Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

    Le bien-fondé de la fusion diversement apprécié

    « C'est une aberration économique et sociale », avait fustigé Martine Aubry l’été dernier à l’annonce de la fusion des deux régions. « Deux régions pauvres n’ont jamais fait une région riche », avait-elle ajouté… La maire de Lille s’est ainsi opposée avec des mots fermes à cette fusion prévue au 1er janvier 2016. Ses craintes peuvent s’entendre : le Nord-Pas-de-Calais est la troisième région la plus pauvre de France, avec près de 20 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. La Picardie, sans être au niveau de sa voisine du Nord, se situe également au-dessus de la moyenne nationale, avec 13 % des habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Pourtant, avec un PIB de plus de 150 milliards d’euros, elle sera la quatrième région la plus riche de France.
    La position de la maire de Lille est plutôt représentative du scepticisme des habitants. Selon un sondage réalisé par La Voix du Nord en juin dernier, plus de la moitié des Picards (53 %) ne sont pas favorables à cette fusion. Les Nordistes eux sont plus optimistes, puisque 58 % d’entre eux y sont favorables. Il faut donc encore convaincre les habitants du bien-fondé de cette fusion, et pour cela la question de la mobilité est essentielle.
    Il existe, malgré ces craintes et ces réticences, d’importantes similarités entre les deux régions dans l’organisation du territoire. Elles sont par exemple toutes deux organisées autour des villes : selon l’Insee, 89 % des habitants des deux régions sont sous l’influence des grandes aires urbaines (les pôles de plus de 10 000 emplois). Elles sont un peu plus espacées en Picardie qu’en Nord-Pas-de-Calais, mais le fait est que sur ces deux territoires, l’influence des villes sur le territoire est considérable.
    La première nécessité est donc d’améliorer les échanges entre les grandes agglomérations du territoire. Certes les deux régions disposent d’un réseau routier et autoroutier dense, mais celui-ci est souvent saturé. Et « les liaisons ferroviaires entre les deux régions sont encore trop faibles », selon Raymond Annaloro, président de la commission transport au Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) du Nord-Pas-de-Calais. « Ces liaisons efficaces entre les deux régions, il n’y en a quasiment pas… », assène-t-il. Un exemple : il faut une heure en train pour relier Lille à Paris, mais il en faut plus d’une heure vingt pour relier Amiens et Lille… « Il faut prolonger certaines lignes pour qu’elles aillent d’une région à l’autre », affirme-t-il. Par exemple, le Ceser milite pour que le projet de RER Grand Lille (reliant Lille au bassin minier) soit prolongé jusqu’à Amiens. Mais le projet fait encore débat, du fait de son coût : plus de deux milliards et demi d’euros.
    Les deux régions se distinguent également par un réseau fluvial important : ensemble, les deux régions représentent environ 18 % du réseau navigable national. Mais « les échanges fluviaux entre les deux régions sont faibles à cause du tonnage limité des canaux », explique le responsable du Ceser. Alors la région, avec l’aide de l’Union européenne, a entrepris la construction d’un grand canal reliant la Seine (et le port du Havre) au Benelux, traversant la future grande région de haut en bas.
    Pour faire en sorte que les deux régions regardent dans le même sens, leurs Ceser travaillent depuis plus d’un an pour harmoniser ce grand Nord. Et alimenter de propositions la campagne des régionales : le canal Seine – Nord, le doublement de la RN25 pour soulager l’A1, une billetterie SNCF unique pour les deux régions, etc. « Il faut que le centre d’intérêt de la Picardie se tourne davantage vers le Nord que vers l’Ile-de-France », ajoute Raymond Annaloro. Assurément le sujet des transports tiendra une place prépondérante dans l’élection, pour construire la future grande région.
    Théo HETSCH

     

    Pierre de Saintignon (PS, majorité sortante) : la SNCF dans le viseur

    Le candidat socialiste veut renégocier le plus vite possible les conventions avec la SNCF : « En Picardie les trains sont bondés et souvent en retard, déplore le premier adjoint de Martine Aubry, il faut tout remettre à plat. » Autre motif de colère : l’écotaxe, qu’il voudrait voir appliquée à l’échelle régionale. Son colistier dans le Pas-de-Calais, l’ancien ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, avait suggéré cette idée afin que la région profite de sa situation de carrefour européen, mais il a reçu un refus clair du gouvernement. « Nous remettrons le sujet sur la table, persiste-t-il, aux heures de pointe il y a des longues files de camion qui entravent la circulation. » Parmi ses autres propositions : concrétiser le projet d’autoroute ferroviaire entre le Pas-de-Calais et les Landes – lui aussi retoqué par le gouvernement – ou encore valoriser le covoiturage : « il faut une voie spéciale sur certaines routes pour les voitures transportant plusieurs personnes en covoiturage », propose-t-il.

     

    Xavier Bertrand (LR) : des projets ambitieux mais coûteux

    Fin septembre, le candidat Les Républicains s’est rendu à l’aéroport de Lille-Lesquin, qui avec 1,6 million de passagers par an, peine à décoller, notamment en raison de sa situation : il est coincé entre l’aéroport de Charleroi, à une centaine de kilomètres, et celui de Beauvais, à 150 km. Xavier Bertrand souhaite dynamiser l’aéroport, « il faut qu’il soit mieux desservi avec une vraie gare », déclare-t-il. Le Picard veut aussi améliorer la sécurité : s’il est élu, il promet la création d’une police régionale des transports et l’équipement en caméras de surveillance de certaines lignes de train. Pour désengorger la métropole lilloise, il veut ressortir des cartons le contournement sud-est, vieux serpent de mer de la politique régionale depuis les années 1980. Ce projet autoroutier avait été enterré par le rapport Duron en raison de son coût : plus de 350 000 millions d’euros. Autre investissement important : le RER Lille – Lens (plus de deux milliards d’euros), qu’il souhaite relier à la Picardie.


    Marine Le Pen (FN) : relier les « oubliés »

    Le FN du Nord fustige régulièrement la congestion automobile autour de Lille. Pour Philippe Eymery, tête de liste dans le Nord, « il faut relocaliser davantage d’activités vers les zones rurales ». Fervent partisan du projet de Réseau Express Grand Lille, un projet de RER entre Lille et le bassin minier, le FN veut « fluidifier le trafic entre Lens et Lille », explique Philippe Eymery, « il y a 28 passages à niveau entre les deux villes, ce n’est pas possible ! »
    Marine Le Pen, qui a lancé sa campagne fin septembre sur une péniche, croit aussi au développement du réseau fluvial, avec l’apport considérable du canal Seine – Nord. « Mais il faut qu’il y ait un lien entre la façade maritime et le canal Seine – Nord », ajoute Philippe Eymery.
    Mais le grand credo du parti d’extrême droite est la sécurité. Marqué par la tentative d’attentat du Thalys en gare d’Arras, le FN veut entamer une réflexion sur des portiques de détection, « un peu comme pour accéder au métro, car l’accès au train est trop aisé ».  

     

    Sandrine Rousseau (EELV) : vers une mobilité zéro carbone

    L’écologiste est la seule des principaux candidats à vouloir renégocier le projet de canal Seine – Nord : « trop coûteux, pas compétitif en raison de la longueur du temps de trajet », avance-t-elle avec un exemple : « Même avec le canal, il faudra cinq jours pour relier Paris et Rotterdam, contre cinq heures en camion, par la route. » Elle souhaiterait davantage investir dans le fret ferroviaire et la rénovation des lignes TER de la région : « Avec 1,5 milliard d’euros, on peut rénover l’ensemble des lignes TER et proposer une haute qualité de service. » Sandrine Rousseau a un objectif majeur : « aller vers une mobilité zéro carbone » dans cette région qui s’est construite sur le charbon. Pour cela, elle veut dynamiser le covoiturage, l’autopartage, le télétravail et veut expérimenter l’écotaxe au niveau régional. « Il faut interdire à certains véhicules de circuler lors des pics de pollution », assène l’élue, qui rappelle que la région compte le plus fort taux d’asthmatiques en France.

    T. H.

     

     

    Grand Est. Des logiques territoriales différentes

    «Je continuerai de me battre pour l'aéroport de Vatry, troisième plate-forme du Bassin parisien. » La promesse de Jean-Paul Bachy, président sortant (divers gauche) du conseil régional de Champagne-Ardenne, en dit long sur la nécessaire mise en cohésion des infrastructures de transport dans le « Grand Est ». Favorable à un rapprochement avec la Picardie et regardant naturellement vers l'Ile-de-France pour les échanges économiques, l'assemblée régionale champardennaise s'est soumise à contrecœur à l'idée d'un ancrage à l'Est. Le Lorrain Jean-Pierre Masseret (PS) et Philippe Richert, président sortant (LR) du conseil régional d'Alsace, n'appelaient pas non plus de leurs vœux cette fusion avec la voisine de l'Ouest. Un an après l'adoption de la carte de la réforme territoriale par l'Assemblée nationale, la polémique n'est pas retombée. « La fusion a été décidée de manière très artificielle. Champagne-Ardenne a été collée à l'ensemble constitué par la Lorraine et l'Alsace, parce que les socialistes de l'Assemblée nationale ne savaient pas qu'en faire », résume Roger Cayzelle, président du Comité économique, social et environnemental (Cese) de Lorraine.
    Avec cinq aéroports à vocation internationale (Vatry, Metz-Nancy-Lorraine, Mirecourt, Strasbourg, Bâle-Mulhouse) sur son territoire et une zone de chalandise étendue à la Belgique (Chaleroi), au Luxembourg, à l'Allemagne (Sarrebruck, Francfort, Baden-Baden), le conseil régional issu des urnes le 13 décembre devra contrer des logiques territoriales crispées sur les infrastructures existantes. « Il va se créer des habitudes de travail en commun, elles vont s'imposer d'elles-mêmes », tempère Jean-Paul Bachy, soutien du socialiste Jean-Pierre Masseret dans une campagne régionale qui a peiné à monter en puissance, depuis la fin de l'été. Les Alsaciens exigeront le maintien de la priorité à l'Euroairport, qui vient de passer la barre des six millions de passagers grâce aux clientèles suisse et allemande, friandes de low cost. Les Lorrains vont chercher, à tout prix, une meilleure coordination entre l'aéroport de Metz-Nancy, en perte de vitesse, et la plate-forme luxembourgeoise du Findel où l'opérateur national, Luxair, pourrait rechercher de nouveaux partenariats.
    Dans le ferroviaire, comme pour les flux économiques sur l'axe Strasbourg – Châlons en Champagne, d'inédites relations est – ouest sont à réinventer. « Nous demandons des liaisons interrégionales directes et refusons le maintien d'une situation ridicule où il faut passer en train par Paris », prévient François Giordani, président de la Fnaut Alsace. « Les liens est – ouest sont plus faibles que ceux nord – sud internes à la région, et également plus faibles que les solides liens transfrontaliers avec nos voisins de France et d’Europe », ont confirmé les agences d'urbanisme de la région dans leur étude commune publiée en septembre 2015. Avant la mise en service commercial de la deuxième phase du TGV-Est, en avril 2016, la SNCF proposera dès décembre 2015 deux aller-retours le week-end sur l'ancienne ligne Strasbourg – Paris, via Nancy. « C'est un bon début », reconnaît François Giordani. La rupture de charge à Sarrebourg qui apparaît à la même date sur les liaisons Strasbourg – Metz, en dehors des heures de pointe, marque déjà un recul dans la cohésion recherchée sur l'axe est – ouest. « Nous allons nous battre pour rétablir les trains directs à l'horaire d'hiver », promet François Giordano.     

    Olivier MIRGUET

     

    Jean-Pierre Masseret (président sortant du conseil régional de Lorraine, PS) : respecter les engagements

    « Il faut respecter les engagements contractualisés dans les contrats de plan Etat-région. L'électrification de la ligne Paris – Troyes est une revendication ancienne de Champagne-Ardenne, elle doit se faire. La question de la prolongation de cette ligne vers Belfort se posera, plus tard. Plus au nord, la rénovation de la ligne Charleville-Mézières – Givet est indispensable. En Alsace, les opérations inscrites au niveau de l'étoile ferroviaire de Mulhouse et à l'entrée de Strasbourg sont prévues, elles se feront. La grande question de la gare TGV de Vandières est en suspens : après le référendum fin 2014, j'ai décidé de respecter la voix populaire, malgré la faible participation de la population. Je reste favorable à la construction de cette gare d'interconnexion fer-fer, qui s'impose entre Strasbourg et Reims. »
     

    Philippe Richert (président sortant du conseil régional d’Alsace, LR) : résoudre les problèmes routiers

    « L'Alsace souffre du report de trafic poids lourds généré par la “Maut” allemande, avec une dégradation plus rapide des infrastructures et des engorgements supplémentaires. Nous avons réfléchi à un certain nombre de mesures pour faire en sorte que ce trafic de transit soit taxé. La question se pose de l'organisation des responsabilités de transport dans tout le pays. L'Alsace a été en pointe dans la régionalisation du ferroviaire. Heureusement qu'on l'a fait. Demain, il faut réfléchir aussi dans le domaine routier. Il faut donner les compétences pour le faire. On peut réfléchir à une expérimentation. En termes routiers, c'est difficile de faire un listing de projets prioritaires. Il ne s'agit pas de faire des listes pléthoriques. On connaît les difficultés : en Alsace, le contournement de Châtenois est une évidence. La construction d’une liaison sud au niveau de Strasbourg, entre le Rhin et Entzheim, doit démarrer. Le retard pris par le Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO) est scandaleux. A plus long terme, la situation de la RN66 est insupportable au niveau de Thann. Le problème, ce sont à chaque fois les moyens. »

     

    Florian Philippot (FN) : entre enjeux locaux et programme national

    La tête de liste pour le Front national, n'avait pas encore, au moment où nous blouclions, décliné en région le programme national de son parti, dont il devrait reprendre l'essentiel. La principale annonce locale concerne l'installation du siège du futur conseil à Metz, plutôt qu'à Strasbourg. La sortie du système Schengen, que le FN appelle de ses vœux, serait-elle acceptable pour les travailleurs frontaliers, ralentis par des contrôles douaniers rétablis au passage des anciens postes de frontière vers la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne ? Le désengorgement des axes routiers (A31 au nord de Thionville, ponts sur le Rhin) figure parmi les préoccupations principales des associations de frontaliers. Sollicitée sur ce point précis, l'équipe régionale du FN n'a pas donné suite aux interrogations de Ville, Rail & Transports.

     

    Sandrine Bélier (EELV) : en lutte contre le Grand contournement ouest

    L'ancienne députée européenne Sandrine Bélier (EELV), partie en campagne en dehors de toute alliance, a élaboré douze priorités pour les régionales en Alsace-Lorraine-Champagne, orientées sur la vie quotidienne des habitants (alimentation, transport). Les écologistes s'opposent notamment à la construction, en partenariat public-privé, du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, une autoroute 2×2 voies sur 28 kilomètres qui doit délester l'A35 dans sa partie urbaine. Faute d'accord préélectoral, la liste EELV n'est pas donnée parmi les listes susceptibles d'accéder au deuxième tour.

     

     

    Paca. Un TER à remettre à niveau

    Le premier défi pour le futur exécutif régional sera d’améliorer la qualité de service des TER. En 2014, le taux de train en retard a été de 18,6 % (8,5 % en moyenne au plan national) et celui des suppressions de 6,5 % (2,4 % au plan national). Les plus mauvais résultats, de loin, des régions françaises. En renégociant la convention avec la SNCF, qui arrive à échéance en 2016 et dont la durée de dix ans veut être réduite par les candidats, ceux-ci entendent exercer une pression plus forte sur l’opérateur ferroviaire pour améliorer le service. Un autre « levier » sera celui des investissements. Le contrat de plan Etat-région 2015-2020 a inscrit 398 millions d’euros (dont 217 millions par la région) pour la modernisation et l’augmentation des capacités des lignes. Le projet de ligne nouvelle entre Marseille et Nice, comprenant le traitement des nœuds ferroviaires de Marseille et de Nice, vise également l’amélioration des « trains du quotidien ».
    La région devra par ailleurs « travailler sur un schéma régional de l’intermodalité », estime Jean-Yves Petit, actuel vice-président délégué aux Transports, et candidat EELV. Il s’agira notamment de favoriser le développement de pôles d’échanges multimodaux et la capacité des gares mais aussi d’harmoniser les tarifications entre les offres régionales, départementales et urbaines. Le tout dans un contexte de baisse globale des dotations d’Etat, de concurrence pour les TER et LER par les liaisons interurbaines privées en car, et « sans ressources dédiées pour le transport public régional », souligne le vice-président sortant.
    Enfin, le développement du fret ferroviaire, la création de la métropole Aix-Marseille, le 1er janvier 2016, et l’implication financière des collectivités et AOT dans le réseau régional, seront aussi des enjeux importants pour la politique régionale des transports.
    José SOTO


    Christophe Castaner (PS, majorité sortante) : améliorer la qualité de l’offre

    Christophe Castaner, candidat PS de la majorité sortante, reconnaît « un niveau de qualité insuffisant » des TER malgré le développement de l’offre et veut « passer du plus de trains au mieux de trains. […] Ma volonté est de gagner en fiabilité en posant comme principe la consolidation de la qualité », affirme le candidat tête de liste du PS, député des Alpes-de-Haute-Provence. « La convention avec la SNCF va être renégociée en 2016 et elle doit permettre de rebattre les cartes, sur une convention d’une durée de six ans, et non plus dix, mobilisée sur la qualité du train », insiste-t-il. Christophe Castaner veut aussi étendre la gratuité de l’abonnement aux collégiens et aux étudiants.
    Côté investissements, outre les 485 millions inscrits dans le CPER 2015-2020, le candidat PS pense pouvoir « dégager des marges de manœuvre » par la renégociation avec la SNCF sur l’exploitation des TER.
    Quant à la métropole Aix-Marseille créée le 1er janvier 2016, il « faudra que le volet transport soit au cœur de la négociation entre la région et [elle] » pour « éviter les doublons et renforcer les conditions du transport collectif ». Enfin, Christophe Castaner considère le fret ferroviaire comme un « sujet majeur » pour la région Paca, et veut « garantir » l’ouverture du port de Marseille-Fos vers l’Italie et le centre de l’Europe en soutenant le projet de tunnel ferroviaire du Montgenèvre.
     

    Christian Estrosi (LR) : faciliter les déplacements

    Christian Estrosi, tête de la liste Les Républicains, estime que « depuis 18 ans nos territoires sont toujours autant enclavés, les matériels se sont dégradés et l’insécurité a progressé. Cette situation affecte les usagers dans leur quotidien ». Le candidat à la présidence de la région Paca veut « faciliter les déplacements en améliorant la qualité du service ferroviaire, construisant des infrastructures pour améliorer notre accessibilité et en installant des dispositifs pour lutter contre la fraude et l'insécurité. Nous ferons des transports une de nos priorités ! »
    Pour lui, l’enjeu de la politique régionale en matière de transports ferroviaires est notamment de proposer « des trains plus nombreux et plus fiables aux heures de pointe ».
    La renégociation de la convention avec la SNCF sur l’exploitation des TER devrait être au cœur de cet enjeu avant l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs en 2019.
    Christian Estrosi veut par ailleurs instaurer la carte unique de transports, « décentraliser » la maintenance des matériels et mettre à la disposition des usagers des agents de la région pour les accompagner dans leurs démarches dans les gares.
    Il pourrait aussi adopter une proposition faite par les usagers : le remboursement partiel de l’abonnement et l’indemnisation des voyageurs en cas d’annulation de TER.

     

    Marion Maréchal-Le Pen (FN) : plus de régularité et de sécurité

    Tête de liste du Front national, Marion Maréchal-Le Pen pointe du doigt « les graves dysfonctionnements sur la gestion des transports en Paca et particulièrement celle des TER ». Elle souligne « l’impact » des « retards récurrents, la dégradation des rames et du service, les incivilités, sur le quotidien des 100 000 usagers ».
    A l’occasion de la renégociation de la convention SNCF-Région, la tête de liste du FN exigerait « la mise en place d’un contrat financier ferme lié à la régularité des trains, la surveillance par un organisme indépendant de la SNCF de la qualité de service, et la sécurité. Cette convention ne doit pas être prise sur dix ans mais tenir compte de l'ouverture à la concurrence en 2019 ». Elle veut en outre associer des représentants des usagers à l’élaboration de la nouvelle convention.
    La candidate prévoit aussi « la mise en place d’une police régionale des transports dans les TER, l’introduction de critères de sécurisation des lignes dans la renégociation, en exigeant davantage de qualité de service » et le développement « des lignes de bus alternatives pour les secteurs mal desservis par le train ».
    Marion Maréchal-Le Pen souhaite enfin que soit menée « une réflexion sur la possibilité de mettre en place des TER couvrant un segment plus court, mais avec une plus grande fréquence, sur les tronçons de ligne les plus fréquentés ».
     

    Sophie Camard (EELV) et Jean-Marc Coppola (FG) : simplicité et fiabilité

    « Simplicité et fiabilité » sont les objectifs de la liste commune EELV-FG conduite par Sophie Camard (EELV) et Jean-Marc Coppola (FG) pour qui la mobilité des personnes et des marchandises est « un des enjeux majeurs de notre société ».
    « Les compétences de la région vont être renforcées, avec la gestion des TER mais aussi des transports interurbains et scolaires. La région sera l’organisatrice de la mobilité dans tous les départements », notent-ils. Ils comptent donc proposer la création d’un passe unique dans chaque département, constituant « un pas supplémentaire vers la gratuité pour les scolaires et les fragiles ».
    Pour les candidats EELV-FG, l’amélioration du service ferroviaire passe par « un pilotage renforcé et décentralisé des transports, avec un nouveau contrat avec la SNCF dès 2016 », dont l’enjeu principal est « la fiabilité des trains et une garantie pour les voyageurs, avec remboursement en cas de suppressions et retards de train, et l’accès à tous les trains, TER, TET, Thello, TGV, avec un billet régional ».
    L’enjeu est aussi « la poursuite du développement des infrastructures et des services pour rapprocher le transport public des habitants, des emplois, de la culture, à dix minutes maximum. » Enfin, ils entendent encourager l’utilisation du vélo pour les déplacements de proximité, mais également l’autopartage et le covoiturage.

    J. S.

    Ile-de-France. Bartolone et Pécresse sur les pas de Jean-Paul Huchon

    La candidate Les Républicains promet la révolution et la tête de liste socialiste annonce une accélération. Mais tous deux se placent en fait dans la continuité du président sortant. Le FN veut abandonner le Grand Paris Express, EELV refuse d’entrer dans la course à l’acquisition de matériel et le Front de gauche met l’accent sur les embauches.
     

    Jean-Claude Delarue, l'animateur de l'association SOS Usagers l'avait annoncé. Il irait jusqu'au bout. Il a pourtant jeté l'éponge. En septembre il s'est rallié à Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat souverainiste a un triple message pour cette campagne. Il veut des RER tout neufs, refuse le Grand Paris Express, « pharaonique ». Surtout, à en croire ses affiches, il veut qu'on arrête d'embêter les automobilistes.
    Pas de Grand Paris Express, tout pour le RER, l'idée a des partisans tout à fait sérieux et elle a été formulée de façon moins radicale et plus subtile par des grands sages du Cercle des transports. Le couplage avec la défense des automobilistes est plus surprenant. Mais, maire de Yerres, ville de l'Essonne, Nicolas Dupont-Aignan est assez naturellement porté à demander le meilleur accès à Paris par les RER, et à défendre pour le reste le mode de déplacement qui reste le plus évident quand on n'est pas en zone dense. Quant à Delarue, il devient tête de liste en Seine-et-Marne de la liste Debout la France, qui devient un peu un « Debout les damnés du RER », « Debout les forçats des vieux trains ! » Mâtiné d'un « Touche pas à ma bagnole ».
    Ce mélange un peu déroutant, on s'attendrait à le trouver à l'extrême droite, souvent prompte à prendre le parti des automobilistes en colère. Les positions du Front national sont à prendre avec d'autant plus de sérieux que la liste, emmenée par Wallerand de Saint-Just, peu connu, est tout de même donnée autour de 20 % à un mois et demi du premier tour et donc largement en position de se maintenir au second tour . Les gisements de voix du FN sont jugés les plus importants en deuxième couronne.
    Claude Bartolone et Valérie Pécresse, les deux candidats qui selon les sondages ont le plus de chances de l'emporter, candidats de gouvernement en quelque sorte, se doivent de parer le coup. Car il y a danger, pour les listes #avecbarto ou #jaichoisivalerie à laisser le parti d'extrême droite engranger des voix sur le thème : dans les transports, comme ailleurs, nous seuls représentons les vrais pauvres et les exclus.
    Aussi trouve-t-on dans les programmes de ces deux candidats une approche assez soignée de la grande couronne, qui contribue à donner à la campagne un vrai tour régional. Rien à voir avec la campagne très bobo-vélo de Hidalgo vs NKM à Paris. Pas de zone à circulation restreinte, pas de zone 30. On veut du lourd ! Des trains à deux niveaux ! Malgré Volkswagen, malgré COP21, la question du diesel ou de l'électromobilité ressort peu. La pollution n'est pas absente mais n'est pas la question comme elle l'était dans la campagne parisienne. La grande affaire des transports aux régionales, c'est la vie de millions de personnes qui viennent travailler dans des trains bondés ou sont bloquées dans les bouchons.
    L'urgence, les deux candidats de gouvernement l'affirment en termes vigoureux. « J'accélère ! », dit Claude Bartolone, quand Valérie Pécresse n'hésite pas à promettre la « Révolution des transports ». Le premier ne peut que reprendre l'héritage Huchon. La seconde se doit de tout changer. Mais quand on oublie les postures et qu'on regarde les mesures, les différences ne sautent pas aux yeux. Si bien qu'on en vient (parfois) à se dire : #avecvalerie #jaichoisibarto.

    #avecbarto #j'aichoisivalerie pas sur le même tempo

    Sur la forme, les différences sont flagrantes. Valérie Pécresse, chef de l'opposition régionale UMP puis Les Républicains depuis 2010, est la candidate naturelle de la droite. A gauche, cela n'a pas été aussi simple. Jean-Paul Huchon se serait bien représenté pour un quatrième mandat, Marie-Pierre de la Gontrie a voulu secouer le cocotier et le président de l'Assemblée nationale, poussé à se présenter, a dit non en avril avant de dire oui en mai.
    Résultat, la droite a un temps d'avance. Elle déroule. Un témoin proche des industriels se souvient d'avoir été contacté au tout début de 2015 par l'équipe de la candidate qui souhaitait comprendre le fonctionnement de l'industrie ferroviaire, notamment les contraintes de production. Valérie Pécresse siège au Stif depuis plusieurs années, est entourée de personnes qui connaissent le transport. Particulièrement Gaëtan Grandin, chargé depuis 2010 des transports et des finances à son cabinet, récemment élu premier adjoint au maire de Gagny, puis conseiller départemental de Seine-Saint-Denis. Aussi la candidate a-t-elle donné très tôt une interview au JDD, poursuivi son chemin avec Le Parisien. En délivrant à chaque fois un message choc : j'achète 700 RER, j'achète 1 000 bus. Et, le mercredi 7 octobre a-t-elle tenu une conférence de presse et présenté un document de 19 pages très argumenté, qu'accompagnèrent les jours suivants les déclinaisons départementales du programme, cartes à l'appui…
    Rien de tel chez Claude Bartolone, qui a commencé par donner une interview sur les transports assez générale à la lettre professionnelle Mobilettre le matin de la conférence de presse de Valérie Pécresse, a donné une interview au Parisien sur l'ensemble du programme en douze engagements le jeudi 15 octobre. Et devait tenir une conférence de presse, elle aussi générale le jeudi 22 octobre. On ne s'inquiète pas pour « Barto ». Ancien président du conseil général de Seine-Saint-Denis, le président de l'Assemblée nationale connaît parfaitement l'Ile-de-France et devrait pouvoir accélérer sans difficulté. Il sait s'entourer et l'on prête un grand rôle dans la définition de son programme transport à Pascal Auzannet, aujourd'hui président d'Ixxi, la filiale ITS de la RATP. Pascal Auzannet, l'un des grands artisans du projet de métro du Grand Paris, avait d'ailleurs contribué à la campagne de François Hollande sur les transports. Interrogé, il ne dément pas son engagement mais ne fait « pas de communication particulière » à ce sujet.
    « Valérie » est donc partie très tôt, « Barto » démarre un peu tard. A cette distinction près, on l'a dit, l'approche du dossier est plus consensuelle qu'il n'y paraît. Pas surprenant. Les transports ne sont pas l'objet d'un vrai clivage et Valérie Pécresse, au conseil du Stif, a voté nombre de projets avec la majorité sortante… Cela dit, que promettent-ils ?


    Les RER se commandent à la pelle

    Valérie Pécresse achète 700 RER sur le mandat, soit 407 de plus que ce qui est prévu. Elle a été la première à dégainer sur le sujet. Claude Bartolone explique lui aussi que « la meilleure façon de montrer aux usagers qu'il se passe quelque chose, c'est de changer tous les trains ». Thème éminemment sympathique et porteur. Marre des vieux trains ! Est-il si légitime ? Pas sûr. D'une part il suppose que l'industrie puisse fournir. Pas de problème, dit-on chez Valérie Pécresse. La candidate a consulté les constructeurs, qui le lui ont confirmé. Reste que le rythme de livraison supposé est terriblement rapide – 140 par an ! – et excède ce qu'on peut faire avec les lignes de production et les moyens humains actuels. Même si les constructeurs, par la commande alléchés, se gardent de le faire remarquer.
    L'autre point, c'est le financement. Valérie Pécresse a une réponse toute trouvée. Le crédit-bail. Pas si nouveau que cela. Le Stif y a recours depuis 2011. Certes, c'était pour 107 tramways, soit 378 millions d'euros seulement, si l'on peut dire. Cette fois, l'ordre de grandeur est de plus de 7 milliards… 20 fois plus ! Est-il raisonnable d'endetter la région pour de très fortes sommes sur une durée de trente ans ?
    Mais la question majeure, ce n'est ni le rythme de production, ni le coût de l'opération. C'est sa légitimité. Un achat rapide et massif de matériel conduirait à radier des rames certes vieillies, mais tout à fait en état de marche, et qu'une opération de rénovation à mi-vie peut profondément moderniser, sans dépenser trop d'argent public. Ce qu'il faut viser, selon des spécialistes, pour un matériel d'une durée de vie de 40 ans, c'est un âge moyen de 20 ans. Et un âge moyen de l'aménagement intérieur de 10 ans. Il serait inutile et coûteux de vouloir aller au-delà. Et, en fait, on n'est pas en si mauvais chemin que cela, puisque, fin 2016, l'ensemble du parc aura été remplacé ou modernisé…
    Signalons aussi que les deux candidats veulent largement recourir au pilotage automatique pour les RER, excellente idée qui a fait son chemin.

    Réseau : on modernise

    Si les trains sont souvent en rade, ce n'est pas tant le matériel qui est en cause que l'infra. Valérie Pécresse veut consacrer à la modernisation 100 millions de plus qu'aujourd'hui, soit pas loin de 700 millions. Claude Bartolone fait plus : 800 millions. On ne saurait lui donner tort. Cela ne sert pas à grand-chose d'avoir des trains flambant neufs si, parallèlement, l'infrastructure est pourrie. Le problème c'est que, malgré l'augmentation depuis les dernières années de 2 000 postes à SNCF Réseau en Ile-de-France, les moyens de production du gestionnaire d'infrastructure sont saturés, et que l'accélération des travaux ne peut pas être assurée simplement avec des moyens financiers supplémentaires.


    Pour les bus, c’est toujours plus

    Valérie Pécresse veut commander un millier de bus supplémentaires, avant tout destinés à la grande couronne. Le système est cohérent. Il correspond d'ailleurs à ce qu'on a pu entendre dire de la part de professionnels. Quand on compare les systèmes de l’Ile-de-France et du Grand Londres, on se dit qu'un renforcement des bus pour des radiales ou des rocades, serait le bienvenu. Mille bus en plus sortiraient de la galère une bonne partie des Franciliens. Assez logiquement, Valérie Pécresse demande que l'on adapte les infrastructures routières au nouveau dispositif. Et compte sur les bus pour prolonger les services de nuit dans l'ensemble du territoire. Les services de nuit, Claude Bartolone pour sa part les confie plutôt aux trains ou aux métros, et va même jusqu'à vouloir aller à des services 24h/24.


    Passe Navigo : le passe unique préservé… et augmenté

    Affaire étrange, le principe d'une tarification unique était soutenu par Roger Karoutchi, le prédécesseur de Valérie Pécresse à la tête de l'UMP régionale. Jean-Paul Huchon qui n'en voulait pas avait dû l'accepter, prix de son accord avec les écologistes. Il a tenu parole en fin de mandat. Quasi impossible, quand une telle mesure est votée, de revenir en arrière. Valérie Pécresse l'a tout de suite reconnu. La gauche Huchon était contre, la droite Pécresse aussi et c'est une victoire d'EELV d'avoir réussi à faire passer la mesure. Pierre Serne, vice-président Transport et Déplacements du conseil régional doit d'autant plus la savourer qu'aujourd'hui, les candidats, non seulement la gardent mais en plus veulent l'étendre et en faire le support de toute une gamme de services…


    Sécurité priorité

    On s'en doute, le sujet sécurité est affirmé de façon plus directe par Valérie Pécresse qui réitère sa demande que l'on soit tenu de présenter une pièce d'identité. Contexte sécuritaire de lutte contre le terrorisme, mais aussi de lutte contre la fraude, dont les opérateurs font un de leurs principaux objectifs. Pour Valérie Pécresse, 10 % seulement des PV sont payés, contre 70 % des PV des automobilistes. Claude Bartolone ne se dit pas convaincu par l'idée et rappelle que la possession d'une carte d'identité n'est pas obligatoire. Il souhaite plutôt modifier les conditions de délit de fraude d'habitude. Approche qui est celle du gouvernement et que doit traduite une prochaine proposition de loi qui sera présentée par Gilles Savary. Claude Bartolone souhaite d'autre part aller vers un corps unique regroupant tous les agents de sûreté.

    Le FN ne veut pas du métro du Grand Paris

    Le FN, est-ce l'effet de la dédiabolisation, est assez sage et prudent dans les propositions transport. Le candidat se félicite du passe unique, demande la mise en œuvre des schémas directeurs des RER, le passage au pilotage automatique des RER et de la plupart des lignes du Transilien, le prolongement d'Eole à l'ouest. La grande affaire pour le FN c'est la sécurité et c'est dans le chapitre consacré à cet aspect du programme qu'est traité le sujet. Tout de même, une proposition radicale. L'abandon du « pharaonique » Grand Paris Express. Ce qui permet au FN d'économiser une trentaine de milliards et de financer sans difficulté les mesures qu'il évalue entre 10 à 12 milliards. Dont l'une est particulièrement coûteuse ; le doublement du tunnel Châtelet – Gare du Nord.

    Le Front de gauche embauche

    Mesure phare du Front de gauche, emmené par Pierre Laurent : l'embauche de 10 000 personnes dans les transports (2 000 pour la maintenance, 3 000 pour l'humanisation, 5 000 pour l'offre). Le Front de gauche propose aussi un passe Navigo à 35 euros mensuel pour les retraitées, la gratuité des transports pour les moins de 18 ans, le quadruplement des investissements pour les vélos afin d'augmenter sensiblement sa part modale grâce à l'effacement des coupures urbaines, et la réalisation d'un plan d'urgence pour les RER, allant bien au-delà du plan de mobilisation de la région. Il demande pour ce faire que soit lancée une procédure de débat public semblable à ce qui avait été fait pour Arc Express. A ceux qui pourraient juger que tout cela est bien dispendieux, le Front de gauche estime qu'il est bien plus raisonnable que Valérie Pécresse en ce qui concerne le matériel roulant qu'il souhaite en grande partie rénover. Et que la plupart des mesures seraient financées par des ressources affectées, par exemple des taxes sur des parkings. Enfin, remarquons une attention particulière portée par le Front de gauche au développement d'espaces logistiques urbains, préoccupation quasiment absente de la campagne.


    EELV n’est pas dans la course à l’échalote

    Au moment où nous bouclions ces pages, EELV, emmené par Emmanuelle Cosse, venait tout juste d'arrêter les éléments clés de son programme. On sentait EELV un peu pris de court par ce qui lui semblait une surenchère des deux principaux candidats. Tout n'était pas fixé, mais on voit bien que EELV s'apprêtait à se centrer sur les usages, sur les parcours, pour permettre au bout du compte aux usagers, qui passent en moyenne 1 heure 40 dans les transports en Ile-de-France, de gagner un temps significatif, jouant sur les meilleures correspondances entre les modes, ou bien sur le transport à la demande, etc. Problème : ces mesures sont sans doute efficaces et payantes, et plus réalistes que des mesures flamboyantes. Mais elles parlent moins à l'électeur…
    EELV s'apprêtait aussi à remettre en chantier un véritable ticket T, ticket qui, sur le modèle de nombreuses villes, ait une validité d'environ une heure trente et permette les changements de mode. Autre axe, sur lequel EELV avait déjà communiqué : la prolongation des services de nuit le week-end, jusqu'à 3h du matin, pas seulement pour les métros mais aussi pour les RER ou les tramways… ce qui suppose d'ailleurs, correspondance oblige, à faire en sorte que les bus soient au rendez-vous. Ce qui nécessite aussi un renforcement de la présence humaine, dans les rames et dans les bus, au-delà de ce qu'ont prévu les contrats du Stif avec les opérateurs.    

    F. D.
     

     

     

     

     

     

  • Le gouvernement reste sourd aux demandes du transport public

    Le gouvernement reste sourd aux demandes du transport public

    C’était une première dans les annales des Rencontres nationales du transport public, mais la venue du Premier ministre à Lyon la semaine dernière est finalement restée de l’ordre du symbole : au cours de son discours, le 1er octobre, Manuel Valls s’est borné à indiquer quelques grands principes : le gouvernement souhaite le développement de la part des transports publics, la priorité va aux transports du quotidien et il faut faire « avancer » le réseau de trains d’équilibre du territoire (TET) pour lequel sera engagé « dans les prochains mois le renouvellement des trains ». Et si Manuel Valls a rappelé qu’il faut se préparer à l’ouverture à la concurrence, il n’a dit ni quand, ni comment. Enfin, à propos des nouvelles compétences des régions qui doivent s’élargir aux transports interurbains et scolaires, décidées dans le cadre de la loi Notre, il a affirmé que « les régions bénéficieront de ressources nouvelles pour assurer ces nouvelles missions ». Mais sans plus de précisions alors que pour le moment les collectivités voient leurs dotations fortement diminuer.
    Seule confirmation pour ne pas obérer encore plus les moyens du transport public : la diminution de l’assiette du versement transport qui s’impose désormais aux employeurs de plus de 11 salariés (9 salariés auparavant), et qui va se traduire par une diminution des recettes, sera sans effet sur le secteur puisqu’elle « sera intégralement compensée », a promis le Premier ministre.
    Autant dire que les demandes de la profession, exprimées le matin même notamment par Jean-Pierre Farandou, le président de l’Union des transports publics (UTP), n'ont pas été entendues. Il y a pourtant péril en la demeure si on l’en croit. Selon le patron de Keolis, le secteur est en effet « au début d’une spirale » : l’UTP a observé que, pour la première fois depuis longtemps, l’offre kilométrique a reculé de 2,4 % sur les cinq premiers mois de l’année. Ce qui induit un tassement du trafic : alors que le trafic augmentait en moyenne de 3 % les précédentes années, c’était le cas en 2012, il est resté quasiment stable (+0,2 %) l’année dernière. « Quand il y a une baisse de l’offre, le trafic baisse, et du coup on se pose des questions sur la pertinence de l’offre. Et c’est ainsi que la spirale s’enclenche », explique Jean-Pierre Farandou, qui appelle à stopper au plus vite cette mécanique.
    Le président de l’UTP a fait ses calculs. Il affirme qu’en cumulant quelques mesures, on pourrait rapidement injecter quelque deux milliards d’euros dans le système.
    Premier axe de travail, les opérateurs pourraient agir sur leurs charges (achats, consommation de carburant, masse salariale…) qui représentent un total de 4,2 milliards d’euros pour l’ensemble de la profession. « Je pense qu’on peut viser une productivité de 5 % à un rythme de 1 à 1,5 % par an », estime Jean-Pierre Farandou. Cette mesure aboutirait, selon lui, à une économie de 200 millions d’euros réalisée par les opérateurs « pour abonder l’économie du système ».
    La lutte contre la fraude pourrait aussi apporter de nouvelles recettes : au minimum 200 millions. Des outils plus efficaces pour assurer le recouvrement des amendes pourraient notamment y contribuer.
    Les autorités organisatrices des transports ont aussi un rôle à jouer. Jean-Pierre Farandou estime qu’elles pourraient revoir la tarification (entendez en l’augmentant) pour revenir à un ratio recettes sur dépenses plus raisonnable, autour de 50 % (contre 30 % en moyenne nationale actuellement). Ce réajustement progressif permettrait de gagner 800 millions d’euros.
    Par ailleurs, en favorisant la circulation des bus en site propre, la vitesse commerciale pourrait être relevée. Un bus roule en moyenne à 17 km/h quand il est dans la circulation, mais à 22 km/h quand il circule en site propre. Une telle pratique permettrait une meilleure rotation des véhicules, avec à la clé des économies (moins de bus sont nécessaires) et une productivité accrue des conducteurs. Ces améliorations pourraient se traduire par 100 à 200 millions d’euros de gains.
    Se tournant vers les pouvoirs publics, Jean-Pierre Farandou réclame enfin la fin de « cette cascade de mauvaises nouvelles : TVA relevée à 10 %, VT réduit, écotaxe écartée, et baisse des dotations en général… » Et de marteler : « Il ne faut plus en rajouter. » Il estime que la hausse de la TVA a coûté 300 millions aux transports publics. D’où cette demande d’une étude d’impact avant toute nouvelle prise de décision.
    Si Manuel Valls n’a rien annoncé, il a cependant confirmé une autre mauvaise nouvelle : alors que la loi prévoit la dépénalisation du stationnement qui permettra aux collectivités de gérer le produit des amendes, le gouvernement a encore une fois retardé sa mise en œuvre. Elle devait s’appliquer le 1er octobre 2016 (après avoir été prévue pour le 1er janvier prochain). Elle est désormais reculée à avril 2017. Or, toujours selon les calculs de l’UTP, elle permettrait d’injecter 400 millions d’euros dans les transports publics. Ce qui, mis bout à bout, aboutit à la somme de deux milliards d’euros évoqués par Jean-Pierre Farandou et permettrait d’aller de l’avant.
    Marie-Hélène POINGT

     

    Les grandes tendances 2015

    Comme tous les deux ans, une exposition a été organisée dans le cadre des Rencontres nationales des transports publics, qui se sont tenues cette année à Lyon. Les bus, surtout électriques, tenaient la vedette

    Le marché français des transports publics, ce sont des autobus, des Abribus, des systèmes d’information voyageurs, de la billetterie… et, dans une moindre mesure, des moyens de transport guidés, sur fer ou par câbles. C’est du moins ce qui ressort d’une visite à l’exposition des Rencontres nationales des transports publics, dont l’édition 2015 s’est tenue à Lyon (Eurexpo) du 30 septembre au 2 octobre.
    Les bus, c’est décidé, devront montrer l’exemple de la propreté, quitte à laisser tomber le diesel, aussi « propre » soit-il. De ce fait, afficher sur son stand un bus aux normes Euro VI, les dernières en date, n’était visiblement plus considéré comme aussi « vendeur » par les exposants de bus qu’il y a deux ans, lors de la précédente édition des RNTP, en novembre 2013, à Bordeaux. Et ce sans même qu’il faille y voir un effet de la suspicion née de l’affaire Volkswagen, vu qu’une exposition consacrée aux transports publics ne se prépare pas en à peine une semaine. Preuve qu’il s’agit donc d’une tendance lourde, du moins en matière de communication, de la part des constructeurs de bus, à l’heure où planent les menaces d’interdiction du diesel à moyen terme. En réalité, ne serait-ce que pour les bus hybrides, le diesel reste indispensable – et se doit d’être aussi propre que possible actuellement, donc conforme aux normes Euro VI. A moins de passer au bus électrique ou au gaz de ville…
    Bus diesel ou non, si l’intérêt de l’exposition des RNTP 2015 était indéniable, cette manifestation nationale a quand même souffert de la proximité, sur le calendrier, de l’exposition du congrès de l’UITP à Milan en juin et du salon Busworld de Courtrai, qui s’est tenu du 16 au 21 octobre. Deux événements de portée mondiale auxquels les constructeurs préfèrent réserver leurs principales nouveautés. Côté ferroviaire, à l’exception du nouveau tram de Saint-Etienne signé CAF, la disette en nouveautés était encore plus criante. Quoique choisi une semaine auparavant pour équiper de son système de guidage Optiboard le BHNS T4 de Rouen, Siemens n’avait même pas fait le voyage à Lyon. Chez Alstom, les maquettes avaient un air de déjà-vu, mais le stand avait tout de même joué la diversification avec une présentation des aides à la formation que fournissent les applications informatiques et la réalité augmentée ou avec une visite virtuelle en 3D du Coradia Liner, dont Manuel Valls a également pu profiter lors de sa visite.

     

    PVI. La nouvelle génération électrique à Montmartre

    Le midibus électrique de 9,3 m présenté cette année aux RNTP était l’Oreos 4X Nouvelle génération destiné à renouveler le parc électrique de la ligne Montmartrobus. Reconnaissable à sa livrée Stif/RATP, ce bus offre 25 places assises. Avec une énergie embarquée (lithium-ion) de 170 kWh et une motorisation électrique de 103 kW, ce véhicule présente une autonomie de 140 km et sa charge prend de 6 à 8 heures.

     

    Doppelmayr et Poma. Le téléphérique, ce n’est pas que pour les skieurs…

    Le message semble avoir le plus de mal à passer sur le continent européen. Tous deux présents une fois de plus aux RNTP, les deux chefs de file des transports par câbles, le français Poma et l’autrichien Doppelmayr, insistent sur le fait que le téléphérique de transport public urbain est une solution relativement bon marché et rapide à installer, capacitaire (par le nombre ou par la taille des cabines) et évolutif. Alors qu’en Afrique du Nord, en Asie ou en Amérique du Sud, une trentaine de réseaux de transports publics par téléphérique sont créés, ce moyen de transport guidé garde en Europe une connotation « sports d’hiver » en dépit de réalisations récentes comme le franchissement de la Tamise dans l’est de Londres ou du confluent du Rhin et de la Moselle à Coblence.
    Doppelmayr, le réalisateur de ces deux téléphériques urbains, présentait une cabine aménagée pour dix voyageurs assis longitudinalement et quelques voyageurs debout.
    Chez le concurrent Poma, la nouvelle cabine Symphony Urban n’a été dévoilée que quelques heures après l’ouverture de l’exposition. Le véhicule, clairement conçu pour les transports urbains, présente un design attractif, évoquant un bus volant aux larges baies vitrées. Si en soi, ni une cabine de téléphérique grande capacité ni des sièges en vis-à-vis n’ont quoi que ce soit de révolutionnaire, l’alliance des deux avait indéniablement provoqué quelque chose de nouveau !

     

    Iveco Bus. Trois gammes pour trois motorisations

    Stratégiquement placé juste à droite de l’entrée, Iveco Bus était venu en voisin d’Annonay pour présenter une sélection de ses trois gammes.
    Reconnaissable à sa livrée jaune du réseau TAG (Transports de l’agglomération grenobloise), le premier était un Urbanway Full Hybrid. Commandé à 54 unités, ce véhicule de 12 m est doté d’une chaîne cinématique hybride série avec mode électrique « Arrive & Go » associant un moteur thermique Tector 7 (Euro VI) de 210 kW, à technologie exclusive HI-SCR, avec une génératrice de 140 kW et un moteur électrique de 175 kW. Ce bus offre 24 sièges + deux espaces pour fauteuil roulant et une porte centrale coulissante.
    Présenté en première mondiale, le Crealis articulé
    de 18 m aux couleurs « Tempo » du Mans Métropole
    est doté du moteur Iveco Cursor 8 GNV (Euro VI) développant 243 kW et produit à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire).
    Enfin, le Crossway LE (Low Entry, accès surbaissé) de 12 m, en version Autobus, fait partie d’une commande de cinq unités aux couleurs du réseau Ondéa d’Aix-les-Bains. Equipé du Cursor 9 (Euro VI) développant 265 kW, ce véhicule de 12 m dispose de 33 places assises + un espace fauteuil roulant avec rampe électrique et d’un poste de conduite VDV. De petites baies vitrées, quasi invisibles de l’extérieur sous le pelliculage, offrent une vue extérieure à tous, même aux places assises les plus basses.

     

    Mercedes. Le GNV pour des bus plus propres

    Mercedes n’est pas encore passé à l’électrique pour sa gamme de bus assemblés à Ligny-en-Barrois (Meuse). En revanche, le constructeur a enrichi sa gamme du Citaro NGT (c’est-à-dire au gaz naturel pour véhicules, GNV). Une motorisation plus propre et silencieuse que le diesel, mais qui nécessite en plus, par rapport à ce dernier, d’avoir recours à des bougies. Avec ce bus, Mercedes promet un coût total de possession inférieur à celui des bus diesels. Et question aménagement intérieur, il présente un grand confort avec deux sièges de front d’un côté est un siège large de l’autre, du moins dans le modèle présenté à l’exposition.

     

    Volvo. Le diesel seul, c’est fini

    Représentée aux RNTP par un bus hybride, la gamme 7900 de Volvo ne comprend pas de bus « simplement » diesel. Lancée en 2012, la version hybride a été complétée depuis par un hybride électrique avec recharge en fin de ligne par pantographes (2014) et par un 100 % électrique lancé en 2015. L’hybride exposé ici était un bus plutôt classique de 12 m, présentant 27 places assises et un espace pour un fauteuil roulant. Son diesel 5 litres (Euro VI) développe 177 kW, contre 120 kW pour son moteur de traction électrique. Sa chaîne cinématique et de type hybride parallèle et les batteries lithium-ion de 4 kWh sont rechargées par l’énergie générée lorsque le véhicule utilise le frein moteur. Enfin, ce véhicule qui existe aussi en version articulée de 18 m, présente un « plus » qui n’a pas grand-chose à voir avec la technique routière : son système SelectaDNA, qui projette de l’ADN synthétique invisible et indélébile sur les individus pour protéger chauffeur et voyageurs contre les agressions…

     

    Heuliez. Deux modèles hybrides, un 12 m et un 18 m articulé

    Le constructeur de Rorthais, qui a déjà livré à la RATP des bus hybrides GX 437 pour la ligne 91, poursuit le renouvellement du parc parisien avec le GX 337 qui était présenté à Lyon. Avec ses 12 m et ses deux portes latérales, ce bus devrait s’insérer facilement dans le paysage parisien. Ce véhicule, qui existe également en version à trois portes latérales, associe un moteur thermique Tector à filtre à particules, des batteries lithium-ion de 11 kWh, une génératrice de 140 kW et une motorisation électrique de 120 kW.
    La version articulée GX 437 était représentée par un véhicule de 18 m destiné au réseau Strav (Transdev) en Ile-de-France. Mis à part sa longueur et son nombre de portes (trois ou quatre) ses caractéristiques techniques sont similaires à celles du bus de 12 m.

     

    CAF. Premier aperçu du tramway de Saint-Etienne

    Alors qu’aux RNTP de 2011, une maquette grandeur nature du tramway de Besançon avait été transportée à Strasbourg vers le stand de CAF, son constructeur, c’est une maquette à échelle bien plus réduite qui a matérialisé cette année le nouveau tramway de Saint-Etienne. Mais la petite taille de la maquette était largement compensée par des vidéos très réalistes qui tournaient en boucle sur les écrans du stand CAF.
    Seule nouveauté ferroviaire aux RNTP 2015, ce tramway présente comme particularités d’être à voix métrique et d’avoir une largeur de caisse de 2,15 m seulement, afin de s’adapter aux caractéristiques du réseau stéphanois. Mais par rapport au matériel existant sur ce réseau, le tramway CAF innove en étant bidirectionnel, ce qui pourrait s’avérer utile en cas d’ouverture de prolongements dépourvus de terminus en boucle. Long de 33 m, ce véhicule est composé de cinq modules articulés sur deux bogies moteur est un bogie porteur sous le module central. Accessible par six portes latérales dont quatre doubles, ce véhicule à plancher bas intégral présente deux espaces pour fauteuil roulant. Dernier détail, dont on parle peu en France mais qui commence à être la norme chez nos voisins : une connexion Wi-Fi sera offerte aux voyageurs, qui pourront être jusqu’à 238 dont 34 assis.
    Tout comme les tramways livrés par CAF à Nantes et Besançon, l’Urbos 100 pour Saint-Etienne a un design signé Avant Première et sera assemblé à Bagnères-de-Bigorre.

     

    Isuzu. Le japonais présente son midibus électrique version trois portes

    Le constructeur japonais a profité des RNTP 2015 pour présenter au marché français son midibus Citibus de 9,5 m, en version trois portes à 25 places assises (existe également en version deux portes à 24 places assises).

     

    Yutong. Un chinois en Europe

    Le constructeur chinois, qui était venu l’an dernier à Paris présenter quatre roues en demandant aux visiteurs d’imaginer le reste, présentait cette fois un vrai bus urbain sur le stand partagé avec Dietrich Carebus. Logiquement appelé E12, ce bus 100 % électrique de 12 m a été créé « pour satisfaire aux nouvelles exigences des villes d’Europe ». Offrant 27 places assises, 64 places debout et une place fauteuil roulant, le E12 était présenté en version deux portes, mais une troisième est tout à fait envisageable à l’arrière. Son moteur Yutong développe une puissance maximale de 200 kW. Au total, 16 batteries lithium-ion (neuf à l’arrière et sept en toiture) donnent à ce bus une capacité de 295 kWh et une autonomie de 320 km. Son temps de charge (60 kW) est de 5 à 6 heures. L’aménagement intérieur du véhicule présenté à Lyon, avec ses sièges bleus (électrique !) et ses barres de maintien métalliques, avait à côté très allemand, mais on peut faire confiance au constructeur pour développer des versions plus proches des goûts des différents marchés européens !

     

    Safra. Le concept innovant du Businova

    Le Businova exposé sur le stand Safra était aux couleurs de la Métropole de Marseille, puisque le véhicule électrique hybride plug-in en version 12 mètres va y être testé pendant plusieurs mois. Homologué en novembre 2014, le Businova est également testé à Gaillac et va prochainement entamer des marches à blanc à Albi et Toulouse. L’architecture du véhicule est très particulière. Les batteries (conçues pour n’être changées qu’une seule fois au cours de la vie du bus) sont placées à l’arrière, dans une sorte de remorque sous la plateforme voyageurs pour laisser plus de place.

     

    JCDecaux. Vélos à assistance électrique et réalité augmentée

    Terminons ce tour des nouveautés les plus marquantes par une visite au stand JCDecaux, dont les innovations s’ajoutent par petites touches. Le vélo en libre service a maintenant reçu une assistance électrique et le plan affiché au dos de l’abribus s’anime en indiquant la position en temps réel des bus à qui visera avec son smartphone ce plan si banal en apparence. Où s’arrêtera donc la réalité augmentée ?

     

  • Transports intelligents : Japonais et Français en force à Bordeaux

    Transports intelligents : Japonais et Français en force à Bordeaux

    L’occasion de découvrir ce que les entreprises étrangères proposent dans ce domaine. Des entreprises japonaises comme Honda, Toyota, Denso ou Aisin pour les stands les plus importants, mais aussi Fujitsu, Hitachi, Mitsubishi Electric, Mitsubishi Heavy Industries, NEC, Sumitomo Electric Industries, Toshiba, Zenrin. Sans oublier les autorités publiques (gouvernement, ministères) et des associations, autour de la promotion des ITS, de la cartographie numérique, de l’information routière, des autoroutes. La taille du stand d’ITS Japan, près de 300 m², soit plus que celui d’ITS Europe et ITS France réunis, laisse imaginer l’intérêt que portent les Japonais aux transports intelligents. D’ailleurs, les représentants des entreprises n’étaient pas moins de 800. Voici quelques exemples dont pourraient s'inspirer les transports demain.


    Une voiture qui se gare seule

    Aisin Group avait choisi de présenter son système capable de garer sur le côté de la route un véhicule dont le conducteur s’est endormi ou a fait un malaise, tout en émettant une alerte aussi bien à l’intérieur du véhicule qu’à l’intention des autres usagers de la route. Le japonais présentait également des équipements liés à la route intelligente, permettant de diriger les conducteurs vers d’autres voies, en amont d’un accident, ou de travaux. Peut-être moins indispensable, mais néanmoins spectaculaire, le système d’Aisin qui permet de garer sa voiture automatiquement, à l’aide d’une télécommande, dans son garage !

     

    Une route au nombre de voies variable

    Côté Amérique du Nord, pas l'ombre d'une Google Car, la voiture autonome du géant informatique, ni de sa concurrente du projet Titan d'Apple. Les Etats-Unis étaient notamment représentés, notamment, par une entreprise beaucoup plus « vieille économie », Lindsay et son Road Zipper System, un étrange camion, capable de déplacer, en continu, une ligne de barrières en béton – 1 à 1,2 t chacune –, offrant une voie de plus ou de moins, dans un sens ou dans l’autre de la circulation. Le système est évidemment couplé à des annonces sur panneaux variables, pour créer une route flexible et intelligente.

     

    Des vélos pistés en cas de vol

    C’est une jeune pousse, installée dans la pépinière d’entreprise de Dax, qui propose une sorte d’antivol électronique pour vélo. Le NigiBike fonctionne à l’aide d’un petit circuit imprimé, dissimulé dans le vélo – les modèles électriques se prêtent mieux à l’installation, grâce à un cadre plus gros abritant batterie et moteur – qui communique à la demande la localisation de l’engin en cas de vol pour aider les recherches. Les informations sont transmises par GSM ou par le réseau propriétaire de Sigfox, un opérateur qui mise sur l’essor des objets connectés. Certes, ce type d’antivol, reste encore onéreux (399 euros pour un particulier avec un abonnement à vie), mais son prix pourrait baisser avec des achats en nombre, pour des flottes de bicyclettes en libre service par exemple. Le système pourrait d’ailleurs servir à d’autres véhicules partagés, comme des voitures en libre service.

     

    Un site de covoiturage urbain et périurbain

    Encore un site de covoiturage ? Oui et non. Car Coovia s’intéresse non seulement au covoiturage longue distance, mais surtout, et c’est plus original, au covoiturage urbain et périurbain, qui représente les trajets les plus nombreux. Pour optimiser les trajets du conducteur Coovia propose d’éviter les détours jusqu’au domicile du passager, les remplaçants par des points de rencontres à des arrêts. A Toulouse, où le système fonctionne déjà, un accord a été passé avec Tisséo pour utiliser les arrêts des transports publics de l’agglomération (sept pour l’instant). Ainsi, les feuilles de route proposées par le site – qui détaille les étapes, de l’adresse de départ à celle d’arrivée – peuvent plus facilement mélanger différents modes de transports. Et toujours proposer, si elle existe, une alternative en transports en communs, faisant du covoiturage un mode comme un autre.
    Coovia a aussi décliné son site pour les entreprises, avec l’objectif de s’intégrer aux Plan de déplacements d’entreprises (PDE). Le fondateur de cette jeune pousse, David Larcher, un ancien de chez Airbus, veut ainsi capitaliser sur la confiance accordée à des collègues de la même entreprise ou du même groupe pour rassurer les covoitureurs. Néanmoins, tous les usagers du service Coovia disposent, avant d’entrer en contact, des renseignements sur leur covoitureurs : nom, prénom, nombre d’étoiles (satisfaction), taux de réponse et type de véhicule. Le site compte aussi sur des tarifs attractifs, légèrement en dessous ou alignés sur ceux de Blablacar, pour séduire les utilisateurs. Et sur des abonnements pour réunir les micropaiements. Quant aux conducteurs, Coovia leur promet de gagner 100 euros par mois (deux trajets de 12,5 km par jour, avec deux passagers pendant un mois). Pour rendre l’argument plus palpable, une liasse de (faux) billets de 500 euros trônait sur le stand. « Nous avons imprimé un million », plaisantait David Larcher.

     

    Qucit tire le meilleur parti des données pour les transports

    Avec Qucit, on entre dans l’univers des données informatiques. L’open data qu’on va comparer, triturer, découper pour en tirer le meilleur. Qucit a, par exemple, travaillé sur les données des VCub, les vélos en libre service des TBC, les transports de l’agglomération bordelaise. L’objectif ? Annoncer combien de vélos sont disponibles à la station (et éventuellement leur nombre dans 10 min) et combien il restera de places dans 20 min (ou plus), lorsque l’utilisateur arrivera à destination. Pour établir ces pronostics, pas de boule de cristal, mais un très sérieux logiciel VCub Predict, qui va exploiter plus de 1 000 variables (météorologiques, commerciales, touristiques, etc.), sur plusieurs années, ne retenir que les 80 plus pertinentes, pour aboutir à des constatations inattendues comme celle-ci : les vélos sont moins empruntés les jours où le vent vient d’ouest à Bordeaux ! Même si les esprits malins auraient pu le deviner par déduction, les chiffres le mettent clairement en évidence. Et vont influer sur les stations les plus exposées au vent, les plus près des berges, etc.
    L’application, intégrée sur le site VCub, peut ainsi suggérer une autre station de destination, pas forcément plus lointaine, où les places disponibles seront plus probables, évitant au cycliste de chercher une place et de perdre son temps. Mais au-delà de l’usager, cet outil prédictif pourrait servir aux agents chargés d’équilibrer l’approvisionnement des stations en vélos, en optimisant leur tournée. On peut aussi imaginer son intérêt pour implanter de nouvelles stations dans une ville de façon la plus pertinente, en fonction des utilisateurs, de la topographie… Raphaël Cherrier, le fondateur de Qucit, rappelle qu’« en multipliant la taille d’un réseau de VLS simplement par deux, on multiplie les usages par trois ». Ce sont les chiffres qui le disent. Le directeur de Qucit assure aussi que la « data » peut servir pour d’autres moyens de transports plus classiques comme les bus, ou les tramways. Et avec des résultats encore plus affinés, « grâce à la loi des grands nombres » !

     

    Optimiser le parking en ville avec Parking facile

    Le marché du parking partagé semble déjà pas mal occupé. La jeune pousse installée à Bordeaux, Parking Facile, compte déjà quelques concurrents, parmi lesquels ZenPark, Moby Park, Monsieur Parking, Shared parking, ou Parkadom. Mais tous ne sont pas exactement sur le même créneau, ni tous présents sur le territoire national. Les deux fondateurs de Parking Facile, Tom Camin et Nicolas Masson pensent avoir quelques atouts pour se démarquer. Leur modèle s’appuie sur les places de parking disponibles dans les immeubles des bailleurs sociaux. Trois d’entre eux, disposant de 130 places dans 13 parkings, ont ainsi déjà été convaincus. Tout comme une clinique qui a accepté de louer son parking le soir et la nuit, lorsqu’elle est fermée. La plus grande difficulté étant de faire correspondre l’offre et la demande dans un même quartier où souvent l’une est forte et l’autre est faible.
    Autre atout, de taille : garantir la transaction, pour rassurer le propriétaire qu’il sera payé. Côté automobilistes, Parking Facile simplifie la transaction, en transformant leurs téléphones en bipper de parking. Une fois devant la porte, il suffit de déclencher l’ouverture en appuyant sur le bouton qui s’affiche sur l’application. Et c’est aussi à ce moment-là que débute le décompte de temps d’occupation, permettant un paiement à la minute. Avec des tarifs entre 0,80 et 1 euro de l’heure, « 40 % moins chers que les parcmètres », disent les fondateurs. Pour l’instant, Parking Facile annonce avoir fidélisé 500 utilisateurs à Bordeaux. La start-up espère se développer dans d’autres villes.

     

    Le vélo Alpha à hydrogène de Pragma Industries

    Le succès de la Toyota Miraï au Japon, une voiture à hydrogène, vendue à plus de 1 500 exemplaires un mois après son lancement, en novembre 2014, a sans doute inspiré à Pragma Industries. Cette entreprise installée à Biarritz a eu l’envie de créer un vélo fonctionnant à l’hydrogène. Ce démonstrateur est en effet un moyen concret pour l’entreprise de montrer ce à quoi peuvent servir les piles à combustible qu’elle conçoit.
    Car pour l’instant Pragma Industries fournit surtout des piles à combustible pour l’enseignement. Des modèles de tailles modestes, autours de 50 W, loin des unités de 200 à 400 W qu’on trouve sur une voiture.
    Autre utilisation, la fourniture d’électricité pour sécuriser des chantiers, loin du réseau électrique classique. Reste qu’il faut pouvoir recharger en hydrogène, notamment pour les vélos, dont l’autonomie avoisine les 80 à 100 km. L’entreprise s’appuie alors sur Atawey, pour la station de recharge, de la taille d’une grosse armoire électrique.
    Sur la dangerosité des réservoirs, Pragma Industries, met en avant les bouteilles de gaz encore largement présentes dans les maisons. Quant à la production du gaz accusé d’être énergivore, l’entreprise répond qu’elle pourrait être récupérée au sein de l’industrie, notamment les fabricants d’eau de javel dont c’est un sous-produit, voire un déchet.
    Reste qu’il faudra sans doute attendre pour voir une flotte de VLS fonctionnant à l’hydrogène. Avec un prix cible de 4 000 à 5 000 euros, on est loin des modèles électriques dont le prix se situe entre 1 500 et 2 000 euros.

     

    Un siège de train « intelligent »

    Un siège capable de dire au contrôleur, à l’autre bout de la rame, s’il est occupé ou libre, de faire la différence entre un sac ou un voyageur, et si ce dernier a payé sa place. Futuriste ? Pas vraiment. Certes, il n’est pas encore dans un train, mais l’ESN Sopra Steria en a réalisé le prototype et l’a présenté sur son stand au congrès ITS de Bordeaux. Ces informations sont ensuite collectées par une application installée dans le smartphone ou la tablette du contrôleur qui sait qu’elles sont les places libres en première pour proposer un surclassement ou orienter un client PMR vers des places adaptées disponibles. Le dispositif de présence peut aussi aider le contrôleur à cibler le contrôle vers des places occupées, alors qu’aucun titre n’a été vendu pour ces sièges.
    Sopra Steria s’est aussi intéressé à la dématérialisation des titres de transports à travers le Pass Urbain. L’entreprise s’est donc associé au projet U’Go des CTS de Strasbourg. Les billets, qui peuvent être achetés en ligne, sont stockés sur la carte SIM du smartphone du voyageur qui le présente devant une puce NFC installés sur le valideur. C’est aussi la puce NFC, mais celle du téléphone cette fois, qui permettra en cas de batterie déchargée, de contrôler l’usager.
    Côté gestion de réseaux, Sopra Steria avance Smart Rail, une architecture ouverte pour les PCC, plus souple et plus rapide dans les mises à jour ou l’ajout d’équipements (caméras de comptage, capteurs), passant de plusieurs mois à quelques heures seulement. Cette technologie, qui peut être installée aussi bien sur des lignes nouvelles que plus anciennes, doit d’ailleurs être installée sur une ligne de métro d’un grand réseau français.
    De façon plus globale, Sopra Steria travaille sur l’analyse de grandes quantités de données, collectées dans le domaine du transport mais aussi venant de la météo. Grâce à l’utilisation d’algorithmes spécifiques les ingénieurs de Sopra mettent en évidence des corrélations d’événements. L’analyse des données permet de faire émerger des relations que l’homme n’aurait pu imaginer. Et, dans tous les cas, elle en dessine un modèle mathématique qui peut permettre d’éviter des problèmes récurrents.

     

    Les navettes autonomes ou l’avenir du transport public

    C’était sans doute les véhicules les plus impressionnants du Congrès ITS du point de vue des transports publics. Au moins trois constructeurs, présentaient des navettes électriques autonomes, capables, sans conducteur, de circuler sur un trajet reconnu à l’avance. Si on les imagine circulant dans nos villes, elles sont néanmoins interdites par la législation. Quant à la technique, elle peut encore progresser. Pour preuve, un freinage brutal et intempestif, sans raison apparente, probablement dû à une erreur de capteur, mais qui a le mérite de montrer la réactivité de l’engin face à l’imprévu. Mais globalement, cela fonctionne. D’ailleurs, la navette EZ10 d’EasyMile, une filiale de Robosoft et de Ligier, a été vendue à un client californien, le Bishop ranch à San Ramon, et pourrait aussi trouver preneur pour un jardin dans la ville Etat de Singapour. Un marché sur lequel lorgne également son concurrent Navya, et son Arma, une navette à la capacité légèrement plus importante, 15 passagers au lieu de 12 pour l’EZ10. Navya évoque aussi la signature prochaine de clients français, sans pouvoir donner de nom ni de date précise. Quoi qu’il en soit, ce sera toujours en circuit fermé, comme un parc de loisirs, un centre de production, ou entre les terminaux d’un aéroport. Des lieux laissant moins de surprises que les rues d’une ville, et toujours à vitesse réduite, autour de 20 km/h.
    Dernier exemple de véhicules autonomes, le projet Link & Go et Link & City d’Akka Technologies en partenariat avec Dassault Systems. Cette fois, nous somme dans la catégorie luxe, avec sièges avant pivotant par deux et permettant de passer en mode lounge ou réunion avec les passagers arrières, et pourquoi pas en visioconférence, puisque le véhicule grâce à l’écran grand format à la place des fenêtres latérales droites et à la connexion (Wi-Fi et 4G). D’ailleurs cette connexion permettra également de facilité le covoiturage. Une version plus évoluée, Link & Go 2, imagine un véhicule autonome non seulement pour la conduite mais aussi pour le service. Il sera capable d’aller se charger à une borne, se nettoyer seul, et se placer dans une zone de demande de déplacements, comme un taxi. Mais pour tout cela il faudra attendre encore quelques années.
     

    Yann GOUBIN