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Archives : Dossiers

Courtrai. Priorité à l’électromobilité
A Paris, le 30 novembre prochain, s’ouvre la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques dite COP21. Elle arrive à point nommé : cette année, la planète aura connu les températures les plus élevées jamais encore enregistrées ! Assez naturellement, les problématiques de pollution urbaine s’invitent au cœur des débats, et il ne faut donc plus s’étonner qu’un vent se soit levé, notamment chez les élus des grandes métropoles d’Europe occidentale, pour que l’« après-pétrole » et le « zéro émission » dans les transports urbains deviennent très vite réalités. Aussi, malgré les efforts considérables qu’ils avaient déjà déployés afin d’honorer le délicat rendez-vous d’Euro 6, les constructeurs européens ont-ils dû se lancer, sans doute plus rapidement qu’ils ne l’auraient souhaité, dans l’étude de véhicules 100 % électriques (ou hybrides à traction majoritairement électrique), emboîtant le pas des BYD (Build Your Dreams) et autres industriels chinois sortis les premiers du bois. En juin dernier, au 61e congrès UITP (Union internationale des transports publics) à Milan, l’électromobilité dominait ainsi très nettement l’offre présentée. Busworld 2015 à Courtrai n’infirmera pas cette tendance de fond. Mieux encore, les constructeurs d’autobus se rapprochent davantage aujourd’hui des fournisseurs d’équipements électriques pour que soient jetées les bases d’une vraie standardisation des futures installations de charge, afin d’éviter d’emblée le piège potentiel des « systèmes propriétaires ». Un exemple en est donné par la coopération entre Volvo et Siemens, où l’électricien allemand souligne que les équipements qu’il fournit sont compatibles avec les développements de n’importe quel autre constructeur. Depuis l’été dernier, la ligne 55 de Göteborg, en Suède, sur les traces de la 109 de Hambourg et de la 73 de Stockholm, est devenue la vitrine des dernières expérimentations high-tech de l’industriel suédois en hybride « plug-in » de 12 m et, surtout, en midi « 100 % électrique » à charge rapide. Nous y reviendrons dans un prochain numéro. A Courtrai, Volvo présente, en première mondiale, son standard 7900 électrique. Le groupe Bombardier se veut, lui aussi, ouvert à la coopération avec tous les constructeurs d’autobus dans le cadre de son système original Primove de charge par induction, qui évite tout contact physique entre le véhicule et les installations à terre. Courant septembre, quatre Urbino de 12 m à batteries de type lithium-ion fabriqués par le polonais Solaris, avec des équipements électriques de Vossloh-Kiepe intégrant Primove, doivent entrer en service sur la ligne 204 de Berlin. Pour l’heure, chacun coûterait encore presque quatre fois le prix de la version diesel. Un véhicule semblable doit justement être présenté à la COP21, et essayé par la RATP sur les lignes 21 et 147. Le nouveau Solaris Urbino électrique sera, au demeurant, l’une des grandes premières mondiales de Courtrai. Le constructeur néerlandais VDL se veut également particulièrement combatif sur ce marché prometteur du zéro émission en s’attaquant, cette fois, à l’articulé de 18 m à vocation BHNS. Lui a opté pour la recharge par conduction avec pantographe sur la toiture. Huit de ces BHNS Citea de nouvelle génération entreront en service, l’an prochain, sur la ligne 133 de Cologne. Dans cette course à l’électromobilité, l’une des surprises les plus inattendues est l’arrivée sur le marché d’outsiders auxquels personne n’aurait a priori songé. Ainsi l’espagnol Irizar qui, dans un passé récent, n’avait pour seule activité que la carrosserie d’autocar (on lui doit le célébrissime Century sur châssis Scania !), en a étonné plus d’un en développant ex nihilo son propre autobus intégral i2e de 12 m. Pour le stockage d’énergie, Irizar a choisi l’association de supercondensateurs et de batteries de type sodium-chlorure de nickel. La charge s’effectue à partir d’un câble de raccordement depuis des colonnes qu’il a spécialement conçues. Les trois prototypes et véhicules de présérie ont apparemment convaincu la puissante autorité organisatrice TfL (Transport for London) à Londres, et la RTM (Régie des transports de Marseille), qui ont décidé d’acquérir les tout premiers i2e de série. Fidèle à ses habitudes, TfL préfère toutefois les autobus dont au minimum la caisse, à défaut du soubassement, demeure produite par l’industrie du Royaume-Uni. C’est ainsi que le britannique Alexander Dennis va carrosser pas moins de 51 « single-deckers » sur châssis chinois BYD, propulsant ainsi Londres très loin devant toutes les autres capitales européennes ! Ces véhicules rouleront sur les lignes 507 (Waterloo – Victoria) et 521 (Waterloo – London Bridge) héritières du célèbre réseau Red Arrow. Deux autobus intégraux BYD avaient déjà roulé dix-huit mois, à titre probatoire, dans les rues de Londres, et TfL a fait part, à cette occasion, de sa grande satisfaction, tant à l’égard de l’industriel chinois que de la technologie qu’il a privilégiée, à savoir les batteries de type fer-phosphate. Dans la foulée, le nouveau partenaire d’Alexander Dennis devrait aussi présenter le tout premier autobus intégral à étage zéro émission spécifiquement développé pour le marché londonien ! L’empire du Milieu n’a jamais été aussi so british… Autre surprise, l’arrivée de Bozankaya, un industriel turc qui possède une implantation à Salzgitter, en Allemagne, dévolue à la R&D ainsi qu’à l’assemblage final. Presque inconnu il y a encore quelques mois, ce sous-traitant de MAN est parvenu, sans faire aucun bruit, à forger, une fois encore ex nihilo, une véritable gamme d’autobus électriques qu’il commercialise désormais sous la marque Sileo. L’an prochain, Bonn met en service six exemplaires de son articulé 100 % électrique à moteurs de roue sur les essieux 2 et 3 : une particularité qui va conférer à ce véhicule une adhérence exceptionnelle et une propension élevée à récupérer l’énergie au freinage. S’il progresse donc à pas de géant, l’autobus électrique ne saurait toutefois apporter, dès aujourd’hui, la seule réponse viable aux dernières préoccupations environnementales. En France notamment, le GNV (Gaz naturel pour véhicule) reste plus que jamais d’actualité. Aussi, le révolutionnaire Citaro NGT, autre première mondiale de Courtrai, arrive-t-il à point nommé sur le marché. Son constructeur Mercedes s’est également lancé, depuis quelque temps, sur la piste du 100 % électrique, en parallèle avec la pile à combustible dont il détient le leadership. On murmure que le constructeur à l’étoile y travaillerait même d’arrache-pied. Mais à la différence de ses concurrents, lui a décidé de ne rien présenter avant de n’être parvenu au stade de la production d’un véhicule de série qu’il considère idéal en termes de coûts, de performances et de fiabilité. C’est le cas du nouveau Citaro NGT. Grâce à son moteur ultracompact M936G de 7,7 l de cylindrée, actuellement de loin le plus innovant du marché, la consommation a pu encore être réduite de 20 % par rapport à celle de son prédécesseur, le Citaro CNG. Par ailleurs, si l’on prend en compte l’intégralité du cycle depuis la production du carburant diesel jusqu’à sa combustion en passant par son acheminement, le gaz s’avère au minimum 10 % plus performant en termes de réduction des émissions de CO2, chiffre qui passe tout de suite à 80 % dès lors qu’il s’agit de biogaz ! Voilà qui peut aussi faire réfléchir quant à la pertinence réelle des solutions complexes de type « classique hybride diesel »… Enfin, le véhicule à étage réapparaît – même en Europe continentale – sous les feux de la rampe. Côté autobus, Berlin essaie deux prototypes très innovants de Scania et VDL. Et côté autocars, le constructeur néerlandais présente, en première mondiale à Courtrai, son Futura FDD2 capable d’emporter 96 voyageurs. L’immense pare-brise aérodynamique du FDD2 (heureusement divisé en plusieurs parties pour limiter les coûts de remplacement !) met en valeur sa hauteur impressionnante de 4 m. L’une des cibles du nouveau produit est à l’évidence le marché « intercity », actuellement en plein essor avec la libéralisation du transport par autocar.
Philippe Hérissé

Les Grands Prix de la région capitale 2015
On ne va pas commencer par le plus facile. De tous les prix que nous remettons, la catégorie Logistique urbaine est l’une des plus difficiles à appréhender. Pourquoi s’en étonner ? On ne voit pas pourquoi la malédiction qui porte sur le transport de marchandises serait levée quand on parle de la mobilité urbaine. En Ile-de-France, les projets phares, et à bon droit, ont nom Eole ou Grand Paris Express. Projets pour les voyageurs. Rien d’aussi conséquent, loin de là, pour l’approvisionnement de la capitale. La logistique urbaine ne mobilise pas les attentions. Cela n’ôte rien au mérite des initiatives que nous présentons et l'enseigne spécialiste des points-relais, Pickup Store, du groupe La Poste accompagne bien le renouvellement de la distribution qu’apporte Internet. Tant mieux. Mais on aimerait observer sur un sujet crucial un foisonnement de solutions. Une bonne nouvelle, tout de même : la Mairie de Paris, vient de sélectionner, fin septembre, 22 projets de logistique urbaine durable dans le cadre d’un appel à expérimentation. Espérons que l’initiative va aider à renouveler le genre.
Notre catégorie Innovation est un sympathique fourre-tout. Pourquoi pas ? L’innovation est transverse et peut concerner aussi bien la technique que l’organisation de la société. Nous primons cette année l’expérimentation d’étalement des pointes en Seine-Saint-Denis, portée par Plaine Commune Promotion, association d’entreprises, petites et grandes, parmi lesquelles… la SNCF, dont le siège est à Plaine Commune. Le transporteur a saisi qu’on s’épuise à force de courir après la croissance continue des déplacements franciliens, et qu’il faut aussi, en amont du métier de transporteur, infléchir la demande.
Mais où vais-je garer mon vélib’ ? La question à première vue simple, la réponse ne l’est pas toujours. D’où la mise en place du service prédictif Cycl’ou qui a bien mérité du prix Smart City.
En Ile-de-France, le défi des bus électriques a été lancé par le Stif et relevé par la RATP. Les enjeux sont énormes, et l’expérimentation que conduit l’opérateur historique parisien sous la gouverne de l’autorité organisatrice aura des conséquences majeures, si elle est réussie, sur la santé des Parisiens et, parallèlement, sur la constitution d’une filière industrielle d’avenir. L’ensemble du dispositif – test de bus achetés à Bolloré, test de véhicules prêtés par des constructeurs, tout cela avant la commande industrielle – mérite bien d’être primé au titre de la Gestion de projet.
Cela fait longtemps que la RATP réfléchit à l’implantation et à la transformation de ses sites industriels. La création de logements sur de telles installations ne va pas de soi. Mais elle est l’un des signes d’une recomposition urbaine, du retour à une mixité fonctionnelle, à une ville qui ne crée pas de besoins excessifs de déplacements. Enjeux immenses du prix Aménagement urbain. A suivre.
Le prix Modernisation nous fait aller sur les voies ferroviaires. Le choix d’un outil industriel de pose d’aiguillages est une façon, outre les mérites propres de l’engin, de souligner l’ampleur de l’effort de modernisation effectué aujourd’hui par SNCF Réseau. Maître mot : la massification. La grue Kirow, que nous primons, en est un beau symbole.
L’Intermodalité est l’un des grands défis que pose le Grand Paris. Elle n’est pas simple à construire, et l’effort de Rueil-Malmaison, est poursuivi avec une belle constance. Cette année, c’est une gare routière qui est venue ajouter une pièce essentielle au « work in progress » qu’est le Mobipôle
Les questions spécifiques que pose le transport en grande couronne ou dans le Périurbain rencontrent l’exigence générale d’intermodalité. Le Stif a mis au point un outil d’aménagement important : les Véligo, consignes à vélo sécurisées dans les gares. En fait, la plupart des prix que nous décernons n’ont de sens que par l’activité de l’autorité organisatrice. Mais, les consignes à vélo Véligo sont l’un des dossiers que le Stif suit avec une attention particulièrement soutenue.Le Palmarès :
Logistique urbaine – Innovation – Smart Cities – Gestion de projets – Aménagements urbains – Modernisation – Intermodalité – Périurbain
Notre jury
Pour la troisième édition de ses Grands Prix de la Région Capitale, Ville, Rail & Transports a réuni un jury de spécialistes, placé sous la présidence de Pierre Serne (représenté par Christophe Ribet), vice-président chargé des Transports et des mobilités au conseil régional d’Ile-de-France, avec François Dumont, directeur de la rédaction. Trois membres du Club en faisaient partie : Elisabeth Gouvernal, directrice du département Mobilité et Transports de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme-Idf (IAU), Eric André, directeur-conseil chez Sennse, agence dédiée aux enjeux urbains, et Rémi Cunin, directeur général délégué d’Egis. Ont également répondu présent : Brigitte Rabaud, directrice du Développement commercial pour l’Ile-de-France chez Keolis, Stéphane Lapujoulade, directeur de Projets de Transdev et Marc Pelissier, président de la Fnaut Ile-de-France. La rédaction de VR&T était par ailleurs représentée par Cécile Nangeroni, tandis que François Jalbert (VR&T Evénements) a veillé au bon déroulement de la réunion du jury. Un grand merci à chacun pour sa participation active, ses remarques et ses votes.Logistique urbaine
Le prix récompense les meilleures initiatives et réalisations en matière de transport de marchandises en ville. (Parrainé par Ifrac.)
Le réseau Pickup Store pour sa troisième boutique gare Saint-Lazare
Dans sa quête permanente d’optimisation de son temps, le Francilien peut depuis quelques mois récupérer des achats d’e-commerce en attendant son train, tout en achetant du café dans une ambiance conviviale ! Après les Pickup Store des gares d’Ermont-Eaubonne, et d’Evry, la Poste – via sa branche GeoPost – a en effet ouvert, le 10 février, à la gare de Paris-Saint-Lazare, sa troisième boutique permettant aux voyageurs de retirer des colis et de faire quelques achats. Le concept bien connu du point relais est ainsi décliné avec un maximum de services. Ouvert de 7h30 à 21h, le magasin se veut un espace de vie avec un lounge. Il intéresse potentiellement quelque 450 000 voyageurs qui transitent quotidiennement dans la gare parisienne.
Mais c’est aussi un petit magasin puisqu’il intègre une zone commerciale (vente de vin, café, thé et de chocolats) et propose également des services tels que pressing, clé minute et cordonnerie. Concernant le retrait de colis, le client n’a qu’à scanner le QR code reçu sur le mail de livraison sur une borne et d’attendre que son colis prêt s’affiche sur l’écran.
On dénombre en outre 110 Pickup Station, des consignes automatiques pour le retrait de colis, installées dans les gares Franciliennes. En l’espace de trois mois, plus de 4 000 colis y avaient été récupérés. Le groupe La Poste, qui veut diversifier ses activités, prévoyait d’en installer 500 dans les grandes villes de France cette année, et 1 000 d'ici à fin 2016. En attendant, le groupage de colis dans ces relais de dernière génération, c’est autant de trafic routier en moins et donc d’émission de gaz à effet de serre.
Le challenger
Utilib' : les véhicules utilitaires en autopartage
Devant le succès d’Autolib’, l’initiative a été annoncée fin 2014 par Anne Hidalgo. En décembre, les trente premiers véhicules utilitaires électriques de Bolloré – sur une centaine en tout – ont été mis à disposition des Parisiens. Véhicule compact (3,65 m de long), la Blueutility est rouge et s’appelle Utilib’. Elle s’adresse aux artisans, commerçants et particuliers voulant transporter des petites marchandises jusqu'à 230 kg, grâce à un coffre de 900 litres séparé par une grille des deux places avant. Il en coûte 6 euros par mois et autant par heure de location, mais elle est désormais comprise dans l’abonnement Autolib’.
Innovation
Ce prix distingue les nouvelles idées ou réalisations et s’intéresse à tous les secteurs des transports,qu’il s’agisse de technologies de pointe, de services inédits ou de mesures concernant la politique desdéplacements. (Parrainé par ETF.)
L’étalement des pointes en Seine-Saint-Denis
A défaut de jouer sur l’offre, pourquoi ne pas jouer sur la demande. C’est l’idée qui avait été lancée par Transilien y a deux ans : modifier les horaires de travail pour lisser la demande de transport, en particulier le matin. En Ile-de-France, le taux d’occupation aux heures de pointe peut en effet atteindre 250 % sur certains axes, alors qu’il avoisine 40 % en moyenne le reste du temps.
En décembre 2014, une expérimentation a été mise en place avec Plaine Commune : Plaine Commune Promotion (regroupant une dizaine d’entreprises dont Generali, Orange ou SFR, mais aussi la SNCF avec son siège de 3 500 salariés). Un Epci qui avec ses neuf communes et ses 13 000 entreprises, draine chaque jour près de 195 000 employés, dont 10 % sur le territoire de la Plaine-Saint-Denis (RER B et D Stade-de-France).
Avec l’objectif de réduire la demande de 10 % à la pointe du matin, une commission 3T (trajets, trafic, temporalité) organise l’expérience. « Il est difficile de modifier les heures des salariés d’un plateau téléphonique, mais pour des ingénieurs aux activités nomades, ça ne pose pas de problème », assurait alors Christine Martin d’Orange et à la tête de 3T.
Cette commission a commencé par étudier les pratiques des voyageurs avec Ipsos. « Nous avons eu un taux de retour de 30 % qui prouve un réel intérêt pour le sujet, explique Alexis Bernard, responsable du projet Désaturation chez Transilien SNCF. Nous lancerons en novembre un challenge incitatif avec des points à gagner et des lots à la clé. » Même si le lieu est plutôt en contrepointe, il s’agit aussi d’anticiper l’arrivée de 15 000 salariés supplémentaires dans les cinq ans.
C. N.
Les challengers
Le plan Hidalgo-Najdovski antipollution
Le plan de la mairie de Paris contre la pollution automobile a été adopté en février. Il prévoit des interdictions progressives, afin de faire disparaître les véhicules diesels les plus polluants. Il est entré en vigueur le 1er juillet avec une première mesure : l’interdiction entre 8h et 20h des cars et poids lourds immatriculés avant octobre 2001. La verbalisation a commencé au 1er septembre. Prochaine étape : 1er juillet 2016, avec l’interdiction des véhicules de classe 1 étoile, dont font partie les voitures particulières antérieures à 1997. Le plan prévoit d’autre part des incitations pour que les Parisiens renoncent à leurs véhicules polluants : un an de passe Navigo, abonnement à Vélib’, offre découverte Autolib’.
Le lancement de Cityscoot
Ces scooters électriques en libre service sont proposés aux Parisiens depuis juin 2015. Une soixantaine de scooters sont testés pendant six mois. A la différence d’Autolib’ ou de Velib’, Cityscoot est une initiative privée dont l’objectif est d’arriver à 1 000 scooters. Organisée en zones de free-floating, l’offre permet d’emprunter et de restituer les deux-roues n’importe où.
Le tram T8, un Y pour Plaine Commune
Avec cette nouvelle ligne, inaugurée le 16 septembre, 20 rames de tramway Alstom Citadis doivent transporter 60 000 voyageurs chaque jour. Un tram qui concerne 77 000 habitants, 12 000 étudiants. Intéressant, la façon dont Plaine Commune, de part en part traversée, et quasiment de façon exclusive (à l’exception de la station Rosa-Parks), s’est approprié le tram Saint-Denis – Epinay-Orgemont – Villetaneuse-Université, sous le nom de Tram’Y, du fait d’un parcours en fourche.
Le tram T6, sur pneu mais à grande capacité
Mis en service le 13 décembre 2014, le T6 est équipé d’un nouveau type de tram sur pneu, STE6, de NTL, à grande capacité. Il relie Châtillon-Montrouge (Châtillon) à Robert-Wagner (Vélizy-Villacoublay). Innovation : le moteur-roue, issu du mode routier, pour faire face à des rampes fortes. Singularité, quand la ligne fonctionnera dans son intégralité, elle comprendra un segment en tunnel.
Smart Cities
Ce sont les initiatives en matière de gestion intelligente des ressources de la ville, en lien avec les transports qui sont ici primées. (Parrainé par Groupe RATP.)
Cycl’ou : l’application Vélib’ prédictive
Le souci est bien connu des utilisateurs de vélib’. « Qui n'a jamais rencontré de problème soit de places libres soit à l'inverse de vélo non disponible à une station ? »,questionne l’un des développeurs de Cycl’ou, Arnaud Renwick, chargé d'études en économie des Transports chez Systra. Avec Pysae, une start-up montée par deux anciens du groupe, Systra a développé un service prédictif qui se connecte en open data sur les API de JCDecaux et de la région Ile-de-France.
Sur cyclou.mobi – en attendant la sortie d’une application en tant que telle – grâce à un code couleur éloquent pour tous – vert, orange, rouge – il est possible de savoir à l'avance quels sont les vélos à proximité et les places disponibles aux stations. Bien sûr, avec la géolocalisation, c’est un jeu d’enfant. De plus, les développeurs envisagent déjà d’enrichir l’appli des données météos afin d’affiner les prévisions.
Cycl’ou calcule aussi le temps de parcours jusqu’à la destination, et informe sur la probabilité de disponibilité des stations à l’arrivée. Pratique pour éviter de pédaler sur la Butte Montmartre sans pouvoir déposer son Vélib’ !
Les challengers
Les gares Transilien entièrement cartographiées
La totalité des 381 gares d’Ile-de-France et leurs équipements (escaliers, ascenseurs, parkings, guichets accessibles, commerces, services…) sont désormais cartographiés par OpenStreetMap – dont le but est de créer une carte libre du monde. Après un test en 2013 sur la ligne C, OpenStreetMap est partenaire de Transilien SNCF dans le cadre de sa démarche d’open data, qui vise à améliorer, par l’intelligence collective, les services, la sécurité, et l’accès aux gares. Actuellement enrichies et fiabilisées, les données cartographiques sont utilisables par tous.
La RATP passe au NFC pour l’info-voyageurs
La RATP propose aux utilisateurs du bus et du tram d’avoir l’info-voyageurs en un éclair. Un smartphone NFC (Near field communication) qu’on approche de l’étiquette, dans les abris de la ligne 24 et du T2 où s’est déroulé le test, et le tour est joué ! Immédiatement, l’écran affiche les temps d’attente à l’arrêt pour les deux prochains bus ou tram, l’ensemble du parcours de la ligne et un plan de quartier interactif. Il peut aussi faire une recherche d’itinéraire. Développé par la filiale Ixxi, le dispositif vient compléter les canaux d’information existants sous abri, QR Code ou envoi de SMS. Il devrait être généralisé aux 13 500 arrêts du réseau de surface.
Gestion de projets
Le prix couronne un projet exemplaire pour sa conduite. (Parrainé par SNCF.)
L’expérimentation des bus électriques
Après les premières livraisons de bus hybrides – standard et articulés –, la filière bus électriques a entamé son développement en Ile-de-France, avec une première commande de véhicules standard de 12 mètres de long. La RATP a retenu Bluebus, société du groupe Bolloré, comme titulaire de ce marché, pour un montant de 10 à 40 millions d’euros, cofinancé par le Stif et la RATP. C’est le premier marché de cette importance en Europe.
Cet autobus électrique, le premier pour l’Ile-de-France, aura une capacité équivalente aux bus actuels et une autonomie pouvant aller jusqu’à 180 km sans recharge intermédiaire et davantage avec recharge en terminus. Cette commande permet en outre de garantir un confort des voyageurs optimal : pas de perte de capacité liée à l’encombrement des batteries (90 passagers minimum), respect des normes en matière d’accessibilité et d’information voyageurs.
Parallèlement à l’expérimentation de ces bus, qui se fera sur la ligne 341, l’exploitant francilien testera en fin d’année des bus prêtés par trois industriels : le groupe hollandais Ebusco (le châssis de son bus est chinois), le constructeur chinois Yutong qui s’est associé avec l’entreprise alsacienne Dietrich Carebus Group, et le polonais Solaris.
Les challengers
L’opération Castor + du RER C
Le programme Castor accélère et prend un « + » signifiant la massification et la concentration des opérations de maintenance de la voie et de la caténaire sur le RER C. Il s’est déroulé sur une période plus longue à l’été 2015, mais aussi, en tirant profit des derniers longs week-ends de mai. Une trentaine de chantiers ont été menés du 15 juillet au 22 août entre les gares de Paris-Austerlitz à l’est, de Javel à l’ouest et de Avenue-Henri-Martin au nord pour 15 millions d'euros, près du triple du chantier Castor de 2014.
L’exposition au Mac Val à Vitry
« Les passagers du Grand Paris Express », l’exposition du Mac Val, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne, a permis de découvrir pour la première fois la conception de ce grand projet de transport, marquée par l’invitation à des dizaines d’architectes de créer des gares singulières, qui offriront, outre un espace de transport, un lieu de vie, de services, de culture… Scénographiée par Ruedi Baur, chargé de l’identité visuelle et de la signalétique du futur métro, elle a présenté, de mi-juin à mi-septembre, les maquettes au 1/200e des 16 premières gares du Grand Paris Express et des deux ateliers.
Aménagement urbain
Le prix distingue les meilleures initiatives autour de deux notions indissociables que sont le transport et l'urbanisme. (Parrainé par VR&T.)
La création de logements sur les sites industriels de la RATP
Dans le cadre de la restructuration de ses sites industriels, la RATP a signé le 18 décembre 2014, avec la Ville de Paris, un protocole d’accord pour la création de 2 000 nouveaux logements à Paris, dont au moins 50 % de logements sociaux. Huit sites répartis dans six arrondissements ont été identifiés*, mais en tout une vingtaine d'opérations immobilières sont prévues par la RATP durant les prochaines années. Elles consistent en général à « enterrer » les bus, puis à construire au-dessus des anciens sites. Le plus souvent des logements, parfois des bureaux comme rue des Pyrénées où la mairie souhaitait un rééquilibrage de l'emploi à l'est. Dans cet esprit, le projet de métamorphose du centre bus Lagny, primé en octobre 2014 par les Brownie Awards du Canadian Urban Institute de Toronto, consiste à enterrer le centre bus, qui sera surmonté, en 2017, de 30 000 m2 de bureaux, d’un collège et d’une crèche.
« Nous menons avant tout une politique industrielle, et non pas une politique de logements,rappelle quand même Rémi Feredj, le directeur du département de la valorisation immobilière à la RATP. Je réponds à la demande de mes collègues qui me demandent plus de place pour les bus .».A la clé toutefois un avantage pour le transporteur : ces réalisations immobilières permettent de payer les modernisations des sites. Du moins à Paris où le prix du foncier est élevé. En banlieue, où il y a plus d’espace, et où 2 000 logements sont également prévus dans les cinq ans, l'équation économique diffère.
*Le centre bus du bd Jourdan (XIVe), les ateliers ferrés de Vaugirard (XVe), Italie (XIIIe) et de Saint-Fargeau (XXe), le centre de contrôle technique de la porte de la Villette (XIXe) ainsi que les sites occupés par le CE à la porte de Choisy (XIIIe) et rue du Docteur-Arnold-Netter (XIIe), et enfin le centre bus de la Croix-Nivert (XVe), en relation avec le Stif.
Les challengers
Les nouveaux abribus de la mairie de Paris
Ils sont beaux, numériques et design ! Bien que critiqués en matière de protection contre le vent et la pluie, les 2 000 Abribus tout récemment déployés par JCDecaux représentent un net progrès en matière de design, d’accessibilité et de service, ne serait-ce qu’avec leurs totems bien visibles affichant les numéros de ligne.
L’accord entre la Ville de Paris et la SNCF pour reconquérir la Petite Ceinture
La Mairie de Paris et la SNCF sont parvenues le 7 avril à un protocole d’accord de dix ans pour rouvrir au public la Petite Ceinture. L’idée ? Offrir de nouveaux lieux de respiration, tout en garantissant la réversibilité des aménagements, dans l'hypothèse d'un renouveau ferroviaire de cet anneau de 32 km. Un « plan-programme » pluriannuel identifiera les activités à développer : promenade, activités sportives, jardins partagés, restauration, voire cinéma…
Le premier contrat aménagement-transport pour la ligne 11
Avec ses cinq nouvelles stations, le prolongement de la ligne 11 du métro, de Mairie-des-Lilas à Rosny-Bois-Perrier permettra la desserte de près de 235 000 habitants de Seine-Saint-Denis et près de 85 000 emplois. L’Ile-de-France s’est associée avec les collectivités locales – un contrat a été signé en janvier – pour intégrer cette nouvelle offre dans une « ville de proximité » avec des quartiers mixtes, accueillant logements, commerces, services, équipements publics, activités économiques et espaces verts.
Des tiers-lieux dans les gares d’Ile-de-France
Pour préparer la transformation d’espaces dépendant des gares en lieux de coworking, la SNCF Transilien veut passer à un stade industriel, construire des bureaux au-dessus des gares ou des parkings, et contribuer, même si c’est marginal, à la démobilité. Un appel à manifestation d’intérêt avait en tout cas été lancé en 2014 par Gares & Connexions.
Modernisation
Le prix récompense les initiatives de modernisation des gares ou des réseaux de transport existants,routiers ou ferroviaires. (Parrainé par Keolis.)
La grue Kirow pour massifier les poses d’aiguillage
Le renouvellement de sept appareils de voies à Paris-Est, entre février et avril 2015, a donné l’occasion de mettre en œuvre, à titre expérimental, la pose par une grue Kirow. Munie d’un bras de 25 m de long et acheminée par voie ferrée, cette grue peut soulever horizontalement un aiguillage (soit 14 t), acheminé sur le lieu du chantier, en un ou plusieurs panneaux prémontés, sur wagons-pupitres.
En cours de généralisation pour les renouvellements d’appareils de voie sur plusieurs réseaux européens (pays nordiques, Suisse, Grande-Bretagne, Allemagne, Autriche, Espagne…) l’emploi de la grue Kirow et des wagons-pupitres présente de nombreux avantages, tant du point de vue de la productivité (logistique, économies) que du temps, de la qualité et de la sécurité du travail. Ainsi, les voies sont plus vite rendues à la circulation, ce qui en fait une solution idéale pour la massification des travaux en Ile-de-France.
En effet, l’essentiel du travail est ici effectué en atelier, et non sur le chantier, l’appareil de voie restant monté pendant son acheminement sur wagons-pupitres. Ces derniers permettent en effet le transport d’aiguillages beaucoup plus larges que la voie en utilisant le gabarit de façon optimisée (inclinaison des panneaux transportés, d’où le nom de « pupitre »). Quant à la grue Kirow, elle permet la manutention d’appareils de voie sous caténaire, préalablement mise hors tension, et en milieu contraint, tout en respectant le gabarit des voies adjacentes.
P. L.
Les challengers
Le renfort d’offre sur la ligne 14 avec le MP 05
Le nouveau matériel roulant, identique à celui de la ligne 1 automatisée, permet de gagner de la capacité sur la ligne 14, en réduisant l’intervalle des trains de 95 à 85 secondes durant l’heure de pointe du matin. Ce lancement s’est accompagné d’une campagne humoristique du Stif et de la RATP, sous forme d’un problème de maths : « Sachant que 38 métros passent dans chaque direction aux heures de pointe et que chaque métro peut accueillir 722 voyageurs… » La réponse était « plus de confort ».
Le PC unique sur la ligne B du RER
Après 34 ans de gestion bicéphale, une des artères majeures du réseau francilien est enfin gérée de façon unifiée. Lancée en novembre 2013, la mise en place du centre de commandement unique (CCU) a pris toute sa dimension à la mi-avril 2015 avec l’arrivée des régulateurs de la partie SNCF dans les locaux de Denfert-Rochereau. Désormais le CCU gère non seulement les parties SNCF et RATP de la deuxième ligne la plus fréquentée d’Europe – 870 000 voyageurs/jour – mais aussi la ligne classique Paris – Crépy-en-Valois. Résultat : de 2013 à 2014, la régularité du RER B est passée de 83 à 88 %, et la tendance se poursuit en 2015.
Intermodalité
Les meilleures initiatives en matière de liaison entre les modes de transport sont ici mises à l’honneur. (Parrainé par Alstom.)
Le Mobipôle de Rueil-Malmaison
Ou comment la gare devient un espace accueillant et fonctionnel, plutôt qu’un simple lieu de passage… Siles travaux de finition sont encore en cours, le pôle multimodal de Rueil-Malmaison se constitue progressivement, depuis l’été 2012 autour de la gare du RER A. Le Mobipôle, comme il a été baptisé, est destiné à accueillir à terme quelque 14 millions de voyageurs par an. La toute nouvelle gare routière a ouvert en avril dernier et c’est la RATP qui s’est vu confier son exploitation pour une durée de six ans. Elle est chargée de l’entretien des infrastructures, et de la régulation des 8 lignes d’autobus et 18 quais, pour le compte de la communauté d’agglomération du Mont-Valérien.
Le programme Mobipôle est complété par une galerie commerciale, un hôtel, une résidence étudiante et un parc. La collectivité y aménage enfin un parking souterrain de 200 places, dans lequel sont réservées 50 places de stationnement pour les deux-roues motorisés, une station de 450 places de vélos (confiée à Promométro, filiale du groupe RATP), et deux halls d’accès au RER. Les taxis auront aussi leur station près des bus et de la sortie des quais du RER. Enfin, cerise sur le gâteau, on pourra aussi y recharger les batteries des vélos électriques.
C. N.
Les challengers
Le service iDVroom pour l’Ile-de-France
Lancé en décembre 2014, pour stimuler le covoiturage au quotidien et satisfaire une demande pour les trajets réguliers, le service iDVroom a été mis au point après les reprises successives par la SNCF des sociétés 123envoiture.com et Easycovoiturage. Pratique et économique, il fonctionne sur le principe de communautés de mobilité et vise quatre marchés : faciliter l’accès aux gares, covoiturer là où il y a des travaux sur les voies de Transilien (en particulier le RER C après Les Ardoines), desservir une quinzaine de bassins d’emplois peu reliés aux transports publics, ainsi qu’une quinzaine de centres commerciaux.
La Sharette de la RATP
La start-up spécialisée dans le covoiturage courte distance s’est récemment alliée à la RATP qui a pu articuler son offre de transport public avec du covoiturage du 25 juillet au 23 août pendant les travaux de renouvellement de la voie et du ballast sur la ligne A du RER entre La Défense et Auber. Pour cette expérimentation, la RATP a intégré Sharette à son service de recherche d'itinéraire en ligne. Le trajet est facturé deux euros, plus 36 centimes de réservation sur l’application, quel que soit le trajet effectué. Le partenariat court jusqu'à la fin de l'année. Après, tout dépendra du bilan qui sera tiré. Mais n’oublions pas qu'il est prévu de fermer le RER A tous les étés jusqu'en 2021…
Périurbain
Ce nouveau prix salue une réalisation de la grande couronne favorisant la mobilité durable. (Parrainé par Transdev.)
Les consignes Véligo
Afin d’inciter à l’utilisation du vélo pour rejoindre les transports en commun, le Stif encourage depuis 2012 le développement de consignes à vélo sécurisées dans les gares (cofinancement Stif, région, SNCF). Ce stationnement collectif, qui est présent aux abords de certaines gares franciliennes, a pris cette année davantage d’ampleur avec l’objectif de proposer 20 000 places en 2020. Réservés aux clients du transport public, les abris Véligo sont accessibles 24h/24 et 7j/7 avec la carte Navigo, moyennant une inscription annuelle de 10 à 30 euros, sachant que la place de stationnement est garantie à l’abonné.
En grande couronne, on trouve actuellement environ un millier de places : plus de 500 en Seine-et-Marne (à Chelles, Fontainebleau, Villeparisis, récemment Torcy…), près de 200 dans les Yvelines (Rambouillet, Sartrouville, Trappes), autant dans le Val-d’Oise (Argenteuil, Cergy, etc.), et une centaine dans l’Essonne (Athis-Mons, Corbeil-Essonnes, Boussy-Saint-Antoine). « En 2014, alors qu’il existait 14 Véligo en service, nous comptions 75 % d’abonnés avec un taux de satisfaction de 92 % », se félicite-t-on au Stif. Il faut dire que selon les études, plus de la moitié des voyageurs affirment pouvoir « certainement » venir à la gare en vélo si un abri vélo sécurisé est proposé. Le dispositif est prometteur…
C. N.
Les challengers
Les bluecar de Rambouillet
La communauté de communes Rambouillet Territoires (Yvelines), qui dispose de cinq Bluecar – les mêmes que les Autolib’ – pour l’usage de ses agents territoriaux, envisage d’étendre son expérimentation. Avec le groupe Bolloré, elle cherche à mesurer la pertinence de développer une offre de transport électrique individuel en zone rurale, sachant que les transports publics y sont peu efficaces hors heures de pointe. Intéressée par le faible coût de revient des voitures électriques – de l’ordre de 2 euros pour 200 km –, la collectivité locale envisage l’achat de 6 à 10 autres véhicules afin de répondre à deux problématiques différentes : les personnes connaissant des problèmes de mobilité (personnes âgées, chômeurs, jeunes…) et l’action sociale ou associative.
Les PDIE de Saint-Quentin-en-Yvelines
De grandes ou de très grandes entreprises sont installées à Saint-Quentin-en-Yvelines, comme Renault, Bouygues, Thales, Egis. La communauté d’agglomération (Casqy) s’est appuyée sur ces groupes et a associé les entreprises de taille plus modeste, pour mettre au point cinq plans de déplacements interentreprises. Une bonne partie du travail a consisté à revoir les horaires et les trajets de bus, mais aussi à mettre en place un système de covoiturage. Un bus est particulièrement cher à la Casqy : le 475, opéré par Sqybus, qui, suite à cette refonte, a vu sa fréquentation augmenter de 83 % en deux ans, assure-t-on à la Casqy. Le Stif, qui souhaitait interrompre cette ligne qui va jusqu’à la porte d’Orléans, du fait de la mise en service du T7, a été convaincu. Le bus 475 continue de rouler.

Saint-Quentin-en-Yvelines relève le défi du Grand Paris
L’attractivité du territoire passe par la stratégie dans les déplacements », estime Michel Laugier, président de la Communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines (Casqy). Signe de cette priorité : la Casqy a été la première communauté d’agglomération d’Ilede- France à adopter son nouveau Plan local de déplacements (PLD) révisé, en novembre 2014. Mais la stratégie n’est pas toujours facile à mettre en oeuvre… Le premier projet de métro automatique du Grand Paris, rappelle Michel Laugier, ignorait les Yvelines ! Après une forte mobilisation des élus et des acteurs économiques, la ligne 18 a été inscrite dans le projet de la Société du Grand Paris (SGP). Elle relie Saint- Quentin-en-Yvelines, d’un côté à Orly via le plateau de Saclay, et de l’autre à Versailles. Le président de la Casqy s’étonne de cet oubli initial. « On s’est occupé des territoires en devenir, mais nous sommes également un territoire actuel… et nous avons été oubliés. Et pourtant nous avons attiré des habitants, des entreprises ! Nous….

Les huit paris d’Eole
1 – Désaturer le RER A
2 – Soulager le pôle Châtelet- Les Halles
3 – Redonner de l’air à la gare Saint-Lazare
4 – Connecter le Mantois au Grand Paris
5 – Assurer une liaison directe entre l’Est et La Défense
6 – Créer de nouvelles connexions parisiennes
7 – Réaliser des nouvellesgares
8 – Inventer à Paris le RER des métropoles de demain

Voyageurs occasionnels. Comment les gagner, comment les garder
Serait-ce la nouvelle frontière du transport public ? Les voyageurs occasionnels représentent une réserve colossale de clientèle. Et qu’on le veuille ou non, il va falloir les accueillir, si l’on prend au sérieux les grandes recommandations sur le climat, si le réaménagement des grandes villes s’accentue et si l’on se sert de moins en moins de la voiture individuelle. Or, le transport public n’a pas été fait pour eux. Il est souvent conçu pour le déplacement domicile – travail ou école et lié à l’idée de trajets réguliers.
Il y a bien des années, le designer Roger Tallon était très fier d’avoir trouvé pour les RER des combinaisons de quatre lettres permettant de désigner les missions des trains. Aujourd’hui encore, le voyageur du RER C au départ de Paris sait que le BALI va l’emmener à Saint-Michel-sur-Orge, cette gare n’étant desservie que par certains trains. Mais tout ce qui est commode pour le voyageur du quotidien est plutôt facteur d’angoisse pour les autres, qui voient, au premier coup d’œil, que ce moyen de transport n’a pas été conçu pour eux.
Depuis la trouvaille de Tallon, le modèle de la société a bien changé. Le métro-boulot-dodo ne peut plus la résumer, ni même la caricaturer. L’emploi salarié à plein-temps n’apparaît plus comme la norme. Le temps partiel a pris de l’ampleur, et la précarité s’est installée. Aux trajets domicile – travail s’ajoutent ou se substituent d’autres motifs de déplacement. De plus, les touristes sont une partie des voyageurs occasionnels, et comme le tourisme est appelé à croître et embellir…
Si l’on sort des considérations générales et qu’on se penche d’un peu plus près sur le sujet, on en voit la complexité. Pas facile d’ailleurs de voir qui l’on met dans chaque catégorie. Chez Keolis, on fait remarquer que le voyageur qui n’est pas abonné n’est pas forcément un occasionnel, mais peut être un utilisateur régulier… Inversement, un tiers des abonnés n’utilisent le système de transport tous les jours ouvrés. Si globalement un petit tiers est constitué de clients très réguliers, à peu près 20 % utilisent le transport public très exceptionnellement parce que la voiture est en panne, parce qu’il y a une grosse manif… Entre les deux, Keolis distingue les « réguliers hebdo » qui ne le prennent pas au quotidien mais tout de même une fois par semaine pour se rendre en ville (environ 40 %) et les « occasionnels au mois », tous deux cibles privilégiées du post-paiement. On en vient donc à des perceptions complexes. Plutôt que de s’en tenir à des oppositions massives, mieux vaudrait envisager quasiment un marketing au cas par cas.
En même temps, fait-on observer chez Transdev, il y a tout un ensemble de fondamentaux qu’il convient de respecter quel que soit le type de clientèle. Ce qui n’empêche pas une différenciation fine, mais reposant sur un assez large socle commun. Dans l’ensemble, ce qui est bon pour le client traditionnel le sera pour l’occasionnel. Proposer un réseau structuré et performant lors des déplacements « obligés » est un prérequis pour escompter les fidéliser lors de leurs déplacements non obligés, explique ainsi le directeur du marketing de la filiale de la Caisse de dépôts.
C’est un peu ce que l’on constate dans les réflexions en cours à la SGP, et avec le Stif, pour concevoir certaines options d’aménagement des gares. On prévoit que l’accueil s’adressera à chacun comme s’il était de passage : panneaux de taille « architecturale » pour que l’ensemble des informations soit accessible à tous ; présence d’informations en six langues ce qui s’adresse certes aux touristes mais aux résidents du Grand Paris de langue étrangère aussi (lire aussi les propos tenus lors de notre Club VR&T sur le Grand Paris comme si vous y étiez, p. 74).
Tout montre qu’il est en fait de plus en plus question de s’adresser à chacun plutôt qu’à tous, à une multiplicité de chacun plutôt qu’à quelques totalités. On a beaucoup trop longtemps raisonné de manière globale et par oppositions, avec d’un côté les abonnés, parfois même confondus avec les clients, de l’autre, tous les autres, vus comme quantités négligeables. Car « on a longtemps confondu le poids du trafic réalisé par les abonnés, environ 80 %, avec le poids des vrais individus, qui n’est que de 35 % », souligne Eric Chareyron, le directeur Prospectives, modes de vie et mobilité dans les territoires chez Keolis.
En termes de recettes, les conséquences sont éloquentes : ce sont surtout les occasionnels qui rapportent de l’argent. Dans sa publication Tarification des réseaux de TU, état des lieux 2013 et rétrospective 2003-2013, l’Union patronale se fie aux titres vendus, considérant que le ticket à l’unité, en carnet et le titre journée sont dédiés au voyageur occasionnel. Résultat, ces voyageurs non habitués représentent quelque 30 % des voyages mais 51 % des recettes. Reste quand même qu’il faut prendre quelques mesures spécifiques pour attirer ces voyageurs occasionnels et que le geste est souvent financier. Par exemple, dit Pierre Serne, les occasionnels représentent en Ile-de-France 20 % du trafic, mais 35 % des recettes. Sans aller jusqu’à ramener la proportion des recettes à celle du trafic, faire un geste aura un coût. Mais comment ne pas le faire ? Aujourd’hui, regrette Pierre Serne le ticket T+ ne permet pas de passer du réseau lourd (métro/RER) au réseau de surface (bus/tram). Pourquoi ne pas avoir de vrai ticket intermodal, comme le pratiquent de nombreux réseaux de province, permettant pendant une durée limitée d’utiliser plusieurs modes ? Ce ne serait que justice, dit Pierre Serne, pour qui la mesure va être portée politiquement lors des prochaines élections régionales.
Question importante, pas seulement électoralement. Car, si les « occasionnels » sont un réservoir de clientèle pour le transport public, ils sont aussi une clientèle par définition déjà présente… et qui peut faire un autre choix. Alain Le Vern, en présentant les derniers chiffres du TER, a constaté un léger tassement de l’ensemble du trafic, de l’ordre de 1 à 2 % sur les premiers mois de 2015. Et que cette baisse était encore plus marquée sur les étudiants et sur les fameux « occasionnels ». Sur ces derniers, la SNCF accuserait une baisse de 2 à 3 % de fréquentation. Et « c’est plutôt embêtant car ce sont ceux qui paient plein pot », a ajouté Alain le Vern.
Par exemple, en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, selon Jean-Yves Petit, vice-président chargé des Transports au conseil régional, ils pèsent 60 % des recettes sur les lignes TER.
« Le voyageur occasionnel, ce n’est pas anecdotique, résume malicieusement Bruno Gazeau, le président de la Fnaut. Parce que l’abonné vient au réseau, tandis que l’occasionnel il faut aller le chercher… »
Cécile Nangeroni
et François Dumont
Keolis. Raisonner en visiteur unique
Simplifier et rendre lisible les lignes de transport collectif comme le territoire urbain, améliorer les cheminements piétons, proposer des gammes tarifaires personnalisées et du post-paiement sont quelques-uns des défis à relever pour favoriser l’afflux des clients occasionnels et augmenter les recettes.
Dans un restaurant, le client qui vient une fois par semaine est un habitué, dans les transports publics, il est vu comme un occasionnel ! Ce paradoxe, Keolis s’emploie à l’éradiquer. La fréquence d’utilisation ne doit pas être le seul critère. Pas plus que le fait de détenir ou non un abonnement au réseau. « Je reprends souvent les responsables dans les réseaux du groupe quand ils me disent "on a le fichier de nos clients“. Je leur dis “non, vous avez le fichier des abonnés" », raconte Eric Chareyron, directeur Prospectives, modes de vie et mobilité dans les territoires. Cette illustration par une anecdote montre à quel point il n’est pas aisé de réviser les schémas de pensée dans le but de proposer une offre et un marketing adaptés à chaque besoin. « On a longtemps confondu le poids du trafic réalisé par les abonnés, environ 80 %, avec le poids des vrais individus, qui n’est que de 35 %, poursuit-il. C’est pourquoi nous raisonnons désormais, comme pour Internet, en visiteur unique. »
Keolis, qui amasse les enquêtes et études de mobilités dans les nombreuses les agglomérations où le groupe gère les transports, s’efforce de faire augmenter la consommation de transport public de ces deux tiers de voyageurs qui les prennent a minima. La question : comment augmenter de 20, 30 voire 50 % leur fréquentation, sans les obliger à s’abonner, étant donné que l’abonnement ne serait pas rentable pour eux. Au passage notons qu’une récente enquête lyonnaise a révélé qu’un tiers des abonnements ne sont pas utilisés tous les jours de la semaine. Encore de quoi tordre le cou aux idées reçues. « Nous avons deux efforts considérables à faire : sur l’information voyageurs et la signalétique afin qu’ils fournissent une vraie aide à la compréhension des réseaux et des territoires, estime Eric Chareyron. Dans nos suivis de parcours client, ils sont 70 % à se dire en difficulté dès qu’il s’agit d’un trajet effectué pour la première fois. Or, ils sont dans une ville qu’ils connaissent, alors imaginez pour un visiteur de passage ! »
En cause, la conception des lignes mais aussi de la signalétique, par et pour des spécialistes… Keolis entend y remédier en proposant une info exhaustive sous chaque abri de bus avec un code transport compréhensible pour un occasionnel, comme par exemple des arrêts numérotés, jugés plus explicites que « terminus tartempion ». « Le chiffre c’est une culture universelle », rappelle le directeur, qui souligne aussi qu’« une personne sur deux ne sait pas lire les codes du paysager urbain ». Autre essai : des stickers directement sur les bus portant un message clair, comme « le centre-ville en bus, c’est par ici ». Des moyens soutenus et renforcés par de l’info-voyageurs numérique, à laquelle le groupe croit beaucoup à condition d’améliorer constamment l’ergonomie des applis. Les améliorations recherchées sont souvent de simple bon sens. Ainsi un bon moteur de recherche doit fournir une réponse à la requête « Auchan », parce que le client lambda, il va à Auchan et pas à la ZAC machin… « C’est sans doute le plus compliqué à réussir mais c’est ce qui peut rapporter le plus », estime-t-il. En particulier pour attirer le client de passage sachant qu’arrivant dans une métropole à peine 30 % des visiteurs ont spontanément le réflexe transports publics… Mais le taux de pénétration double pour ceux qui arrivent en train, d’où l’intérêt de proposer des offres combinées.
Pour avoir une idée de la quantité potentielle de clients, Keolis s’appuie sur l’enquête TNS Sofres pour la direction de la compétitivité, de l’industrie et des services, selon laquelle 225 millions de séjours sont réalisés chaque année par les Français hors de leur domicile. Encore faut-il préciser qu’il ne s’agit que des voyages à plus de 100 km de son domicile. Or les déplacements de proximité représentent aussi un volume très important de client à capter. Vue l’importance croissante des déplacements de proximité, il faut compléter les gammes tarifaires par des titres combinés entre réseaux proches (et pas seulement train+urbain).
Et que ne sont pas comptés non plus les allers-retours dans une seule journée, de plus en plus fréquents grâce au TGV notamment. C’est ainsi qu’en s’appuyant sur les traces mobiles et six semaines d’enquête, le groupe a dénombré chaque semaine à Rennes 430 000 visiteurs uniques, dont 70 000 pour un motif professionnel, majoritairement en provenance d’Ille-et-Vilaine et des départements proches. C’est autant que la population totale de Rennes Métropole ! En admettant que 30 % d’entre eux empruntent le réseau Star, il reste tout de même un gros gisement à capter, avec 70 %, soit plus de 300 000 personnes.
« On s’est trompés sur les raisons de venir à Rennes, révèle le directeur Prospectives. On pense toujours aux touristes – estivants, vacanciers urbains, tourisme d’affaire – mais on oublie la moitié des séjours qui se font chez les amis et dans la famille. Cela signifie aussi que chaque habitant de Rennes Métropole doit devenir un ambassadeur du réseau de transport public. » Pour capter ces clients-là, Keolis s’efforce aussi de travailler sur l’accueil en gare, « où tout se joue sur l’information préalable », et la tarification, en créant des passes 1 jour, 2 jours, 3 jours, etc. « On va créer des nouveaux titres et paradoxalement, ça sera plus simple pour les occasionnels », ajoute-t-il. Avec cette manne de visiteurs extérieurs, Keolis voit un gisement de recettes non négligeable. En attirant toute cette clientèle, le groupe pronostique a minima 2 % de recettes supplémentaires, et plutôt 10 %, le tout avec seulement 5 % de trafic supplémentaire, donc facile à absorber sans ajouter d’offre de transport.
Mais le groupe n’oublie pas pour autant les résidents. A Rennes, Dijon ou Tours, on leur propose le post-paiement, le ticket royal pour se déplacer en toute liberté d’esprit. Enfin, une autre enquête, à Lille cette fois, montre que 31 % des clients Transpole ont renoncé à se déplacer en TC car ils n’ont pas trouvé comment faire ou parce qu’ils ont une trop grande inquiétude sur la fin du trajet qui doit se faire à pied. « Nous avons un beau challenge à relever sur le porte-à-porte, en travaillant sur les cheminements piétons », en déduit Eric Chareyron.C. N.
Transdev. Convaincre par le marketing ciblé
Le credo chez Transdev, c’est convertir l’utilisateur occasionnel en client régulier. On déploie, pour ce faire, une palette d’actions allant du pack envoyé à domicile au ticket événement, en passant par le kiosque éphémère avec promotion sur l’abonnement…«Les nouvelles technologies sont une nouvelle porte d’accès aux transports publics, analyse Paul de Rosen, directeur Commercial et développement chez Transdev. La liberté de choix du mode est amplifiée par l’accès rapide à l’information et à la réservation qu’elles procurent. Ainsi grâce à Waze par exemple, l’utilisateur fait le choix du mode le plus rapide et du meilleur rapport qualité-prix sans être prisonnier de stéréotypes. » A le croire, les clients seraient plus flexibles, prêts à passer selon les jours de la voiture au transport partagé voire au bus, au VTC ou au covoiturage… Dans ce contexte, le voyage à l’unité dans les réseaux de transport public ne peut que se développer, si toutefois on fait l’effort de proposer des solutions tarifaires personnalisées et de simplifier les fonctions de réservation et d’achat grâce au digital.
Plus prosaïquement, le groupe qui distingue trois types de clientèles – les réguliers qui représentent 30 % des déplacements dans une agglo mais peuvent se transformer en occasionnels sur certains trajets le soir ou le week-end notamment ; les voyageurs irréguliers qui se déplacent moins d’une fois par mois en transport public et les extérieurs (tourisme et affaires) – tente de les séduire en s’adressant à chacun de manière différenciée. « Nous voulons rendre régulier le client pour ses trajets non obligés, conquérir sur le long terme les moins fidèles, résume Franck Michel, directeur marketing et territoires France. Quant au visiteur, on essaie de le séduire en amont, le capter à son arrivée et le captiver durant son séjour ! »
Mais il y a une règle assez intangible : ce qui est bon pour le client traditionnel est bon pour l’occasionnel. Ainsi le groupe espère que sa méthode qualité appliquée à tous ses réseaux – être clair, lisible et efficace – lui permettra de séduire les occasionnels. « Proposer un réseau structuré et performant lors des déplacements obligés du domicile – travail est un prérequis pour escompter les fidéliser lors de leurs trajets occasionnels notamment de loisirs », poursuit-il. Dans cette stratégie de fidélisation, la desserte des pôles gros générateurs de trafic que sont les centres commerciaux, hôpitaux ou pôles administratifs par des lignes structurantes ayant une fréquence de 15 minutes minimum et plutôt 10 ou 12 dans l’idéal, est un aspect essentiel. « Parce que le meilleur horaire, c’est pas d’horaire ou plutôt pas d’attente », poursuit-il.
S’y ajoutent des méthodes de marketing ciblé avec notamment le programme Fidelio destiné à garantir que les transitions de vie ne seront pas l’occasion d’abandonner le bus. A 18 ans parce qu’on passe son permis, à l’occasion d’un mariage, d’une naissance, d’un déménagement, au moment du départ à la retraite, etc. Transdev dégaine alors une offre en pack (généralement des informations détaillées et réductions) comme à Montauban à tout nouvel arrivant, à Rochefort pour aller faire ses courses en bus, à Vitrolles pour les jeunes retraités, etc. « Le but ultime, c’est qu’ils se séparent de leur deuxième voiture », avoue-t-il. Par ailleurs, « séduire lors des événements comme un marché de Noël, une feria, un concert, c’est une expérience “one shot“ qui peut conduire à renouveler l’expérience », estime Franck Michel.
Transdev noue aussi des partenariats avec les centres commerciaux pour y poser ses stands de ventes flash d’abonnement à prix canon
– comme à Valence régulièrement – et installe des agences éphémères en gares pour aller à la rencontre des visiteurs extérieurs à la ville. « Ce sont des opérations commerciales qui marchent très bien, en utilisant les mêmes recettes que le mois du blanc avec le quart d’heure super braderie, estime le directeur marketing. Car l’incitation financière est un levier d’action fort sur le voyageur occasionnel. » Avec toutefois un bémol : il faut veiller à rester cohérent avec sa gamme tarifaire car « fidéliser à outrance peut conduire à une perte de recettes importantes », prévient le responsable. Un numéro d’équilibrisme permanent…C. N.
RATP. Ce qui est bon pour les touristes, l’est pour tout le monde
Le touriste est le voyageur occasionnel favori de la RATP qui lui consacre même une nouvelle signalétique « hypersigne » et aimerait lui dédier des comptoirs d’information dans les aéroports. Elle part du principe que le touriste tire la qualité de service vers le haut.
L’exploitant francilien a un adage : le touriste permet de tirer vers le haut la qualité de service. « Tout comme pour l’accès aux personnes à mobilité réduite qui profite au confort de tous, ce qu’on fait de bien pour les touristes, étrangers notamment, ce sera bien pour tout le monde », résume Franck Avice, directeur Service, relation clients et espaces à la RATP. A leur intention, la régie déploie notamment une nouvelle signalétique dite « hypersigne » – il s’agit de grands panneaux verticaux visibles de loin. Les grands écrans « Image » également, sont plus particulièrement destinés aux clients qui ne sont pas des habitués du réseau, partant du principe, que ceux-là auront sans doute l’information voyageurs en direct sur leur smartphone. 3 000 écrans doivent être installés d’ici à fin 2016.
Sur les lignes RATP, un voyageur sur deux sera considéré comme occasionnel parce qu’il empruntera le réseau seulement deux fois par mois. Plus précisément, 58 % sont dits fréquents, il s’agit de ceux qui utilisent bus, tram, métro ou RER plus de 3 ou 4 fois par semaine. « Il y a bien un gisement de clients car ce ne sont pas forcément ceux qui empruntent les transports aux heures de pointe », poursuit Franck Avice. Et pour les faire venir, l’essentiel repose sur « la facilité d’usage, la capacité à prouver que le voyage est agréable, le temps plus utile qu’en voiture individuelle, les espaces propres et sécurisés », liste-t-il. L’ambiance, et notamment l’absence de vendeurs à la sauvette et de pickpockets, serait un facteur décisif pour amener les touristes au métro et au RER, ne serait-ce que la ligne A vers Eurodisney.
Paradoxalement, peu d’accords sont formalisés avec l’office de tourisme de Paris, qui devrait pourtant bientôt proposer un city pass comprenant le ticket « Paris Visite ». Quelques tour-opérateurs préachètent ces titres destinés aux touristes et l’on peut aussi se les procurer dans les trains et bus qui viennent de Beauvais, où se situe l’aéroport des compagnies aériennes low cost. Et si Orlybus et Roissybus « marchent bien » du point de vue l’opérateur, le succès est tout relatif : en 2014, un million de voyageurs sont montés à bord du Roissybus, ce qui, rapporté au trafic passagers de l’année dernière (63,8 millions), ne fait guère que 1,5 %.
Ce qu’aimerait la RATP – qui n’a pas de contraintes concernant le voyageur occasionnel dans son contrat avec le Stif – c’est un comptoir d’information aux aéroports dans la zone de contrôle, quand le client attend ses bagages. Las ! Les discussions avec ADP ont tourné court pour des questions de sécurité. A défaut, la RATP pourrait miser sur la technologie, avec des titres totalement dématérialisés sur smartphone. Avec le NFC c’est techniquement au point. Encore faut-il prévoir les accords avec les opérateurs de téléphonie étrangers. Il ne faudrait évidemment pas que le chargement d’un ticket à 1,80 euro lui coûte en sus 3 euros de connexion Internet !C. N.
SNCF. Welcome, l’accueil anglophone de Roissy-CDG
La SNCF expérimente jusqu’à fin décembre le dispositif Welcome qui déploie dix agents anglophones pour guider les voyageurs étrangers dans les deux gares de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.
Le train est le mode de transport choisi par 30 % des voyageurs pour quitter, ou rejoindre, la plateforme aéroportuaire de Roissy-Charles-de-Gaulle. Ce qui fait de CDG 2, la gare la plus importante d'Ile-de-France pour la vente de titres occasionnels.
90 % des voyageurs qui la fréquentent sont occasionnels contre 10 % d’abonnés. Alors qu’à Aulnay, à quelques arrêts de là, ce sont les abonnés qui représentent 90 % des voyageurs.
Les voyageurs occasionnels de Roissy sont des touristes, le plus souvent étrangers, un peu perdus en descendant de l’avion. Pour les renseigner, les guider et les aider, notamment dans leurs démarches d’achat de titres, SNCF Transilien a créé le dispositif « Welcome ». Financé par le Stif, il permet de déployer une équipe de dix agents parlant au moins l’anglais. Ils sont six à CDG 2 et quatre à CDG 1, tous les jours de 7 à 22 h pour accueillir les touristes, aussi bien dans la gare que sur les quais.
Sans attendre ce projet Welcome et le financement du Stif, depuis un an et demi, Transilien avait déjà apporté quelques améliorations dans la gare de CDG 2 notamment, en utilisant un vocabulaire plus anglo-saxon dans sa signalétique : Paris by train, plutôt que RER B, SNCF ou Transilien qui n’évoquaient pas grand-chose aux voyageurs étrangers. Les aménagements dans la gare elle-même ont aussi été revus : d’un côté les automates de ventes Grandes lignes, de l’autre les Transilien. Autrefois côte à côte, il n’était pas rare que les voyageurs étrangers confondent les deux types de machines, tentant vainement d’acheter un titre d’Ile-de-France sur un automate Grande lignes.
Quant à l’un des deux monnayeurs de la gare, il a été rapproché de ces distributeurs de billets Transilien. Pour éviter les transactions avortées faute de pièces. Reste encore des améliorations à faire sur l’affichage des
écrans de destinations. Il est pour l’instant impossible d’afficher Paris sur tous les arrêts desservant la capitale, ni autre chose que le terminus de la ligne. Robinson ou Saint-Rémy-lès-Chevreuse restent des noms inconnus pour les voyageurs venant de l’étranger. La présence humaine des agents du dispositif Welcome reste encore le seul moyen de guider les touristes.
Pour l’instant expérimental, Welcome va se prolonger jusqu’au 31 décembre. Mais la SNCF a bon espoir de voir perdurer le dispositif. Elle remettra les premiers résultats au Stif en septembre. En espérant que Welcome sera prolongé et étendu à d’autres gares du RER B, qui desservent des lieux accueillant de grandes manifestations, comme le Stade de France, Le Bourget, ou le Parc des Expositions à Villepinte.
Yann Goubin
Londres. L’occasionnel, un abonné comme les autres
L’utilisateur ponctuel des transports londoniens a lui aussi sa « Oyster Card ». Un passe sans contact qui permet de voyager au meilleur tarif même pour une courte durée.
Depuis 2006, la capitale british permet aux utilisateurs ponctuels de ses transports publics – du touriste au businessman en déplacement dans la City – d’être logés à la même enseigne qu’un vrai Londonien ! Pour cela, TfL, gestionnaire du réseau, vend sur un site dédié à ces voyageurs la « Visitor Oyster Card ». Il s'agit d'une déclinaison de l’indispensable Oyster Card, THE carte de transport sans contact dont raffolent les Londoniens car elle leur permet de contracter des abonnements mais aussi de la recharger ponctuellement (formule « Pay as you go ») dans les stations ou cornershops pour bénéficier de tarifs avantageux, comme 2,20 livres (3,30 euros) un trajet de métro de base contre 4,80 livres (6,89 euros) sans ce sésame. L'Oyster se transforme aussi en une sorte de carte illimitée à la journée une fois un cap atteint – 6,40 livres (9,17 euros) par exemple dans les zones centrales en métro, 4,40 livres (6,30 euros) en bus. La version visiteur, qui offre en plus des réductions dans des restaurants, théâtres et magasins, fonctionne uniquement sur ce mode Pay as you go. Présentée par TfL comme la solution – il existe sinon des travelcards à la journée (12 livres/17,20 euros) ou à la semaine (32,10 livres/46 euros) – elle est aussi vendue dans l'Eurostar, certains aéroports, ainsi que sur le site visitbritainshop.com. L'avantage d'un achat virtuel ? La carte, qui coûte 3 livres (4,30 euros), est expédiée à domicile dans le monde entier. Depuis 2013, plus de 1,3 million de Visitor Oyster Cards ont été vendues. Et si la ville se félicite d’offrir à tous le meilleur tarif, TfL ne cache pas que cette option lui permet surtout d'éviter les queues en station. C’est avec ce même objectif que l'Oyster Card avait d’ailleurs été créée en 2003 et que le réseau se concentre depuis 2014 sur le paiement sans contact en utilisant sa carte bancaire directement aux bornes tout en bénéficiant du même tarif qu'avec une Oyster. Les voyageurs ponctuels peuvent aussi choisir cette nouvelle solution mais les étrangers devront d’abord vérifier que leur banque ne pratique pas de commission.
Eleonor KERN-GORSE
Bruxelles. Les billets combinés pour convaincre les visiteurs
Bien desservi en transport en commun, l’hypercentre de Bruxelles permet à la Stib de multiplier les opérations pour séduire ses occasionnels. Touristes bien sûr mais aussi visiteurs des nombreux salons et fonctionnaires des institutions européennes.
A Bruxelles, environ 20 % des clients de la Stib, l’opérateur principal de transport public (tram, bus, métro), sont des occasionnels qui empruntent les transports en commun moins d’une fois par semaine. Des touristes bien sûr, mais aussi des professionnels – Bruxelles est une ville de foires internationales – et tous ces Bruxellois qui, ponctuellement, décident de laisser la voiture au garage.
Premier constat : avec un billet unique à 2,10 euros, Bruxelles ne figure pas vraiment parmi les villes bon marché pour les transports en commun. Si des formules 5 ou 10 voyages plus économiques existent pour les utilisateurs occasionnels, la ville, comme toutes les capitales, a développé des formules forfaitaires rapidement avantageuses pour les touristes – les traditionnels passes journaliers de 24/48/72 heures. « La majorité des visiteurs préparent leur voyage via des sites touristiques qui font pratiquement tous le lien avec notre site », indique Françoise Ledune, porte-parole de la Stib. Résultats à la clef : « La version anglaise de notre site comptabilise 550 000 visites annuelles, pour la plupart des touristes ».
« Mais de manière générale, les clients occasionnels viennent par le biais des loisirs, constate par ailleurs Henri Devreux, directeur des Ventes à la Stib. On est assez actif dans le domaine des partenariats avec les organisateurs d’événements comme les concerts, festivals ou autres grands rendez-vous. » La formule pour convaincre d’abandonner l’auto ? Le billet combiné entrée+transport qui permet aux participants de venir en transport en commun. « C’est très important d’essayer de capter par ce biais-là en espérant que cela incite à continuer à utiliser les transports publics à d’autres occasions. On répète l’opération depuis maintenant plusieurs années. » Avec succès. « De plus en plus, les clients occasionnels se rendent à des événements occasionnels en transport public. » Une formule qui vaut d’ailleurs aussi pour les foires internationales qui rassemblent à Bruxelles chaque année des dizaines de milliers de personnes d’Europe et d’ailleurs.
Et puis, à Bruxelles, il y a les institutions européennes. « Dans l’hypercentre, une zone particulièrement bien desservie par les transports publics, avec dès lors une alternative très crédible à la voiture », souligne Françoise Ledune. Visiteurs et fonctionnaires européens constituent une cible stratégique, un public à convertir. Une liaison express entre l’aéroport de Bruxelles-National et le quartier européen a été mise en place, une alternative financière intéressante par rapport au taxi, et qui permet de recourir à la formule de l’abonnement mensuel. Quant aux fonctionnaires basés à Bruxelles, « un public traditionnellement moins attaché à la voiture, dans une logique d’expatriés » – ils se voient régulièrement proposer des formules d’essai sous forme de titres de transport gratuits. Un « try pass » que la Stib met par ailleurs en place avec une série d’autres institutions ou entreprises et qui permet d’« essayer » les transports en commun. De vraies opérations séduction, dont le return reste cependant incertain dans le cas d’un public d’entreprise habitué à l’auto. « Ce sont vraiment des opérations qu’il faut répéter très régulièrement pour convaincre », concède Henri Devreux.
Isabelle Smets
Berlin. Service minimum
Les voyageurs occasionnels représentent à Berlin un enjeu important. Si toute une gamme de carte à la journée ou la semaine a été développée, le sujet n’a pas vraiment suscité de dispositifs innovants.
Troisième ville la plus visitée d’Europe, après Paris et Londres, Berlin dispose-t-elle d’une offre tarifaire en matière de transport public attractive pour ses visiteurs ? La question des voyageurs occasionnels y est, comme ailleurs en Allemagne, étudiée de près. En 2012, déjà, le VDV (Association des entreprises de transport allemandes, qui représente plus de 600 entreprises de transport public et de transport de marchandises) préconisait, dans un rapport, de « réorienter la dimension technique classique de la distribution de tickets vers une activité économique à part entière ».
Un rappel utile, alors que, comme le souligne Lars Wagner, porte-parole du VDV, « les clients occasionnels représentent dans les transports publics de proximité environ 20 % des voyageurs ; 80 % sont des abonnés ». A Berlin, précise Elke Krokowski, porte-parole du VBB, qui regroupe 43 entreprises de transport opérant dans la capitale allemande (dont le BVG, exploitant du métro berlinois) et l’Etat-région du Brandebourg, « la part des clients occasionnels dans les recettes du VBB s’élève à 24 % ». Selon elle, « les tarifs unitaires au sein de notre réseau donnent accès, avec un seul ticket, à tous les moyens de transport – bus, métro, tramway ou réseau de transport régional : pas besoin de racheter un ticket en changeant de mode de déplacement. C’est apprécié par les touristes ».
Toute une gamme de cartes à la journée ou à la semaine a été développée à leur intention. Mais à la différence d’autres villes allemandes moins touristiques, Berlin ne possède pas réellement de dispositif innovant. A Brême, par exemple, dans le nord-ouest de l’Allemagne, il existe une carte baptisée BOB (pour bequem ohne Bargeld, que l’on peut traduire par « tranquille sans liquide ») : cette carte magnétique enregistre chaque voyage et envoie à la fin du mois au client occasionnel la facture à payer pour les trajets effectués.
L’argumentaire du VBB ne convainc pas Jens Wieseke, représentant de l’association d’usagers des transports berlinois IGEB. Ce dernier considère que « les développements promis en matière tarifaire n’ont pas vu le jour. […] Les prix augmentent simplement d’année en année, pour les usagers occasionnels comme les abonnés. »
Pour comprendre la situation des voyageurs occasionnels, il faut selon Lars Wagner, garder à l’esprit que « les entreprises allemandes de transport public poursuivent depuis des années une stricte politique d’abonnement ». Il ajoute : « On peut dire que c’est dans les transports urbains qu’a été découvert dès la fin des années 1980 le “flatrate” qui existe aujourd’hui pratiquement partout dans le secteur des services : payer une fois par mois pour pouvoir voyager aussi longtemps qu’on le souhaite. Cela offre aux entreprises une meilleure visibilité. » Pas sûr que cela suffise dans un contexte où, regrette Jens Wieseke, de l’association d’usagers IGEB, « Berlin connaît un afflux croissant de touristes, mais aussi un nombre d’habitants en hausse continue […] Les entreprises de transport public à Berlin ne sont plus capables de proposer des services supplémentaires. »
Gilles Bouvaist,
à Berlin
Anne Gérard : « Le problème, c’est que les réseaux ont été construits pour ceux qui les connaissent déjà »
La vice-présidente chargée des Transports, des Déplacements et de la Voirie au Grand Poitiers, Anne Gérard (PS), codirige pour le Gart une étude sur le modèle économique et l’offre des réseaux dans les agglomérations de 50 000 à 200 000 habitants. Elle sera présentée lors des prochaines Rencontres nationales du transport public et devrait comporter un volet sur l’aspect fidélisation du voyageur qui n’est pas un habitué du réseau.
Ville, Rail & Transports. Dans le contexte actuel de crise des financements, ne serait-il pas judicieux de mieux prendre en compte le voyageur occasionnel, qui représente souvent une forte proportion des recettes ?
Anne Gérard. En effet, d’après les statistiques du Gart portant sur quelque 300 agglomérations, l’occasionnel représente 30 % des voyages et 51 % des recettes. Ces moyennes cachent de fortes disparités entre les grandes métropoles qui auront souvent peu de public captif et les petites villes dans lesquelles il y aura une forte proportion d’abonnés. On constate que souvent, les opérations commerciales – typiquement l’offre « un mois gratuit pour le salarié » afin de le convertir au transport public – ne vont pas suffisamment loin. L’idée est de faire de tous les nouveaux clients potentiels des utilisateurs réguliers voire des abonnés. C’est ainsi qu’ont été pensées les politiques de transport. Cela doit devenir un objectif à la fois pour des questions financières – on diversifie les usages et les recettes – et pour assurer au mieux la transition énergétique.VR&T. On a longtemps pensé que le client habituel devait être chouchouté dans le cadre d’une offre d’abonnement au tarif attractif, mais que peut-on proposer au client de passage pour l’inciter à prendre les TC ?
A. G. Il faut trouver de nouvelles solutions. Il y a notamment des questions à se poser concernant le prix du billet. On constate que quoiqu’il arrive, les hausses n’ont pas d’incidence. Par exemple à Nantes, on a augmenté le ticket acheté à bord à 2 euros, sans incidence sur la fréquentation. A Poitiers aussi d’ailleurs. Ce qui reste déterminant, c’est la question de la simplification de l’offre et de sa présentation. On a des réseaux historiquement conçus pour répondre aux besoins des scolaires ou des personnes qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture. Ils sont construits pour les gens qui les connaissent déjà ! Il faudrait qu’à chaque arrêt, on ait une lisibilité complète du réseau et des fréquences. Cela va jusqu’aux dénominations des arrêts : « Hôtel-de-Ville » par exemple plutôt que le nom d’une rue. Il faut enfin que l’achat du titre soit simplifié, non seulement aux arrêts mais idéalement à l’échelle nationale grâce aux formules sur smartphone qui le permettent, mais sont encore peu développées.VR&T. Et pour le fidéliser ?
A. G. C’est sans doute par le biais de la multimodalité – même si l’expression est un peu galvaudée – qu’on y parviendra. Le passe multimodal sur lequel on a son abonnement aux vélos à louer, à l’autopartage, au bus, aux parkings, etc. C’est peut-être ce qui permettra de faire basculer l’utilisateur d’un jour parce qu’il aura un problème avec sa voiture du côté du voyageur régulier.VR&T. Avez-vous un ou deux exemples de collectivités qui ont bien pris en compte cette question ?
A. G. Les premières qui me viennent à l’esprit sont Nantes, qui développe bien son offre en pensant à toutes les cibles, et Rennes, qui propose le post-paiement.VR&T. Pensez-vous que les opérateurs fassent le nécessaire ?
A. G. Ils ne sont pas forcément assez innovants car ont tendance à rester sur les modèles connus qui fonctionnent dans les métropoles en répondant au cadre budgétaire qu’on leur donne. Il y a le besoin d’accélérer.VR&T. Pourquoi l’outil du post-paiement n’est-il pas davantage mis en œuvre ?
A. G. C’est une bonne solution pour faciliter l’accès au réseau : les gens ne se posent plus de question. Il peut être lié au passe multimodal justement. Je pense que c’est l’avenir. Cependant, seulement le tiers des réseaux posssède de la billettique. Le coûteux déploiement de nouvelles infrastructures lourdes n’étant plus à l’ordre du jour par manque de moyens, cela devrait faire émerger des solutions innovantes. Il faut être malin et passer du hard au soft !
Propos recueillis par C.N.
Strasbourg pousse vers les tickets dématérialisés
En augmentant de 10 centimes le prix du ticket à l'unité (1,70 euro), sans toucher aux tarifs pratiqués sur les titres de transport dématérialisés, l'Eurométropole de Strasbourg a fait un pas vers le retrait du support papier prévu dans trois ans. « En 2018, nous passerons à la billettique 100 % sans contact, y compris pour la billetterie occasionnelle, annonce Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS. Les voyageurs occasionnels qui résident en périphérie de l'agglomération seront gagnants avec la nouvelle politique tarifaire, parce qu'ils pourront recharger les titres à l'unité sur leur carte Badgeo depuis leur ordinateur personnel, explique Jean-Philippe Lally. Pour les Strasbourgeois qui utilisent leur smartphone avec l'application Ugo, c'est encore plus simple. Ils pourront se constituer un portefeuille de titres, valable pour un groupe jusqu'à sept personnes. » L'application Ugo, qui n'a été téléchargée que par 2 000 voyageurs, pourrait connaître un regain d'intérêt avec la nouvelle tarification, dès septembre 2015.
A la CTS, où les titres à l'unité représentent moins de 5 % du trafic, on se défend de vouloir exploiter les données des voyageurs occasionnels, protégées par la Cnil. La dématérialisation vise un autre objectif : fluidifier le trafic du réseau de bus, sur lequel les conducteurs doivent encore assurer la vente des titres occasionnels. Sur la ligne G du réseau strasbourgeois, exploitée en BHNS avec bornes et valideurs à quai, la vitesse commerciale constatée se rapproche de celle du tramway. « On ne s'interdit pas d'installer des distributeurs de titres aux arrêts de bus très fréquentés sur tout le réseau, sous réserve qu'ils soient compacts. Mais la distribution des titres en station coûte très cher à installer et à maintenir », reconnaît Jean-Philippe Lally.
Le débat sur la revalorisation des recettes commerciales de la CTS, le 26 juin en conseil d'Eurométropole, a donné lieu à un vif affrontement entre Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, partisan d'une hausse modérée (+1,79 % en moyenne) et l'opposition. « Le ticket simple a augmenté de 30 % depuis 2008, a calculé Jean-Philippe Robert (Républicains). L'arrivée du sans-contact est annoncée avec un maintien provisoire du tarif de 2014. Vous devriez plutôt arrêter de construire des lignes de tramways qui s'annoncent fortement déficitaires, vers Kehl et Illkirch », a-t-il encore attaqué. A la CTS, le taux de couverture moyen des dépenses par les recettes de billetterie se situe autour de 40 %.
Olivier Mirguet
A Grenoble, on teste le paiement par CB sans contact
Cet été, une ligne de bus du réseau TAG de la métropole grenobloise a été équipée à titre expérimental d’un système permettant de payer son trajet directement avec une carte Visa sans contact. L’expérimentation de ce mode de paiement innovant, qui vise à faciliter l’accès au réseau notamment aux passagers occasionnels, sera lancée sur la ligne Chrono C1 le 19 septembre. Déjà en place dans les bus et le métro londoniens, la solution est expérimentée pour la première fois en France sous le pilotage de Transdev, en partenariat avec l’exploitant (Semitag), l’AO (SMTC), la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes, Visa et la société grenobloise Actoll. Cette solution offre aussi un précieux gain de temps en supprimant la vente à bord et complète le système billettique existant. Ses promoteurs estiment même qu’elle pourrait particulièrement intéresser les réseaux qui ne sont pas encore équipés de système de télébillettique.
Nantes Des formules tarifaires à la carte
Avec 540 000 touristes l’an dernier et la tenue de quinze grands congrès annuels sous le label « Just Imagine », Nantes semble bien décidé à peser sur les modes de déplacements de ces visiteurs occasionnels, touristes et congressistes. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne.
« La clientèle d’affaire a trois fois plus d’impact sur l’économie locale que le touriste particulier », explique Pascale Guilbaud, directrice commerciale de la TAN, la Société des transports nantais. Des tarifs spéciaux sont proposés aux organisateurs de congrès, dès que le seuil de 50 participants est atteint. La Cité des congrès en particulier, qui veille sur tous les salons professionnels, tenus en ville ou au parc des expositions de la Beaujoire, terminal de la ligne 1 de tramway, s’entend avec le réseau de transport public pour proposer aux congressistes un package de services attractifs. Les organisateurs prennent généralement en charge le coût du transport pour l’offrir à leurs congressistes. « La recette est faible : 0,60 euro par voyage. Elle n’est là que pour couvrir les frais. Les congrès représentent 2 % de la recette du réseau », indique Pascale Guilbaud.
Côté offres destinées aux touristes, les nouvelles formules se multiplient. Il est ainsi possible d’acheter un « Pass Nantes », qui inclut non seulement les entrées à prix réduits dans les musées et autres hauts lieux du Nantes touristique mais aussi les déplacements en transport public. Là encore le niveau de recettes pour le transport public n’est pas élevé. « Mais c’est payant en termes d’image », estime Pascale Guilbaud. L’an dernier, 10 000 détenteurs du « Pass Nantes » ont ainsi été recensés.
Un ticket valable 24 heures, à 5 euros, a également été proposé jusqu’au 30 août dernier en accord avec le Voyage à Nantes, dans le cadre d’un parcours autour de l’art contemporain concocté désormais chaque été par l’office du tourisme. A comparer au prix du ticket unitaire vendu à 1,60 euro et à celui pris auprès du conducteur (2 euros). Pour en faciliter l’accès, depuis deux ans, ces tickets peuvent être achetés sur smartphones, à l’aide d’un numéro de carte bleue. Ils sont de plus en plus utilisés. « Il suffit de cinq minutes pour cela, c’est presque plus rapide que le distributeur », indique Pascale Guilbaud. 300 000 mTickets ont été vendus l’an dernier, représentant 8,5 millions de voyages dans l’année sur 130 millions au total dans le réseau. Ce genre d’outils, espère la TAN, va convaincre ceux qui voyagent autrement, à vélo ou à pied de « se mettre » aux transports publics. D’autant que ces titres occasionnels ont l’avantage de générer une excellente recette moyenne de 1,53 euro.Hubert Heulot

Rennes. Un central ultra-moderne pour contrôler le Grand Ouest
Le futur « cœur » des LGV Bretagne – Pays de la Loire (BPL) et Sud Europe Atlantique (SEA), qui ouvriront au service commercial mi-2017, a déjà son écrin. Situé au milieu de la ZAC EuroRennes, sur le site dit des « petits ateliers » dans le quartier Saint-Hélier, un peu avant la gare de Rennes côté Paris, ce bâtiment flambant neuf, d’une surface de 2 400 m², ne passe pas inaperçu. Il est entièrement ceinturé de hautes parois à l’aspect « rouille », censées matérialiser la couleur du rail, et ajourées d’orifices en formes de galets évoquant les cailloux du ballast… Il a été inauguré le mardi 23 juin par Jacques Rapoport, PDG de SNCF Réseau en présence notamment de Pierrick Massiot, président du conseil régional de Bretagne et de Patrick Strzoda, préfet de la région Bretagne et préfet d’Ille-et-Vilaine.
Dans moins de deux ans, lorsque cette véritable tour de contrôle ferroviaire sera opérationnelle à 100 %, une quarantaine d’opérateurs se relaieront à tour de rôle 24 h/24, sept jours sur sept dans ce bâtiment où tout se situe à l’étage. Une grande salle, significative avec ses deux immenses tableaux de contrôle optique, matérialisant l’un les LGV, l’autre les lignes classiques de l’Ouest, devant lesquels se trouvent les postes de régulateurs, est dédiée à la fonction de Central sous-station (CSS). Ce CSS Centre-Ouest sera chargé de la télécommande des alimentations des installations fixes de traction électrique, c’est-à-dire les sous-stations et les caténaires. Avec la décision de regrouper ici les trois anciens centres de commande de Rennes, Tours et Paris-Rive-Gauche – aux installations devenues obsolètes –, des basculages ont déjà été effectués. Début mars, l’ancien CSS de Rennes cessait ses fonctions, le 11 juin c’était celui de Tours. Lorsqu’il sera totalement en service, le nouveau CSS gérera ainsi 2 300 km de lignes électrifiées, soit près de 1/6 des installations électriques ferroviaires du territoire national (16 000 km de lignes électrifiées, 500 sous-stations), y compris l’intégralité de l’alimentation des LGV BPL et SEA. « La mise en service du central sous-station de Rennes représente un jalon important qui symbolise la dimension interrégionale du projet Atlantique 2017, explique Serge Michel, le directeur de ce projet à SNCF Réseau. Ce CSS représente une belle illustration de la complémentarité entre lignes nouvelles et réseau classique, les LGV ayant été un levier pour le renouvellement des installations de commande des lignes électrifiées du réseau existant. »
Toujours à l’étage, mais à l’autre extrémité du bâtiment, se trouve la salle du futur poste de commande à distance (PCD) qui pilotera l’ensemble des dix postes de signalisation de la LGV Bretagne – Pays de la Loire et celui de la bifurcation « du Parc » situé à l’interface avec la LGV Atlantique (à l’est du Mans), permettant la circulation des TGV à 320 km/h, des TER GV à 200 km/h et des trains de fret sur la section nord du Mans. Ce PCD s’inscrit en complément du poste de Paris-Montparnasse qui commande la LGV Atlantique entre Paris et Connerré. Les fonctions du nouveau PCD seront élargies à la gare de Rennes et à une partie de la ligne Rennes – Redon. Les agents de circulation qui y travailleront disposeront des outils de gestion de la circulation les plus modernes : Mistral (système de télécommande des appareils de voie à distance), Oleron (ordonnancement de la circulation en gare), Galite (organisation la circulation des trains en ligne et anticipation des conflits potentiels liés aux trains circulant à des vitesses différentes sur la même voie). Et le nouveau « cœur » ferroviaire de Rennes est appelé à grossir encore. A l’horizon 2030, une extension du bâtiment sur 2 400 m² supplémentaires est envisagée pour accueillir la commande centralisée du réseau (CCR) de l’ensemble des appareils de voie des régions Bretagne et Pays de la Loire.
Michel BARBERON
LGV SEA, deux postes d’aiguillage mis en service sur Poitiers – La Rochelle
Même effervescence au niveau de la ligne à grande vitesse Tours – Bordeaux (SEA) avec cette opération « coup-de-poing » menée de vendredi soir 19 juin au dimanche matin 21 juin. Plus d’une centaine de personnes, principalement des techniciens et des ingénieurs experts en programmation, se sont mobilisées pour mettre en service deux postes d’aiguillages au sud-ouest de Poitiers, sur la ligne Poitiers – La Rochelle, et mener les essais techniques. Ces installations, permettant le raccordement entre la ligne nouvelle et les lignes classiques, vont commander deux jonctions. Celle sur la liaison directe entre Paris et La Rochelle via la LGV SEA sans passer par Poitiers. Et la jonction entre la gare de Poitiers et le tronçon de la LGV situé au sud de cette ville. Ce même week-end et le précédent, d’autres opérations importantes ont été effectuées près de Tours avec la mise en service d’un poste d’aiguillage et d’un poste de commande à distance et le changement d’électrification du contournement de Tours. La moitié des jonctions entre SEA et les lignes classiques existantes est désormais opérationnelle.
M. B.
Un « cœur » ferroviaire à 37 millions d’euros
Le projet de construction du bâtiment de gestion centralisée des équipements ferroviaires regroupant les fonctionnalités des CSS existants, ainsi que les commandes des deux nouvelles LGV, a démarré en 2009. La maîtrise d’ouvrage de la construction du bâtiment a été assurée par SNCF Réseau, la maîtrise d’ouvrage mandatée par SCET/SEM Territoires et Développement, la maîtrise d’œuvre par Alain Le Houedec Architecture, associé au bureau d’études générales SIO. L’installation et la mise en œuvre des équipements techniques (signalisation et alimentation électrique) se déroulent depuis l’automne 2014 jusqu’en 2016, sous maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre de SNCF Réseau. La gestion de la salle d’exploitation de la circulation est assurée par les équipes de l’Etablissement infra circulation (EIC) Bretagne, dépendant de la Direction de la circulation ferroviaire (DCF) de SNCF Réseau. La gestion centralisée des installations d’alimentation électrique est assurée par les agents SNCF Réseau/Etablissement Infra Logistique Bretagne, en relation permanente avec les agents de maintenance sur le terrain. Le coût du bâtiment proprement dit atteint sept millions d’euros. Le poste de commande à distance (PCD) 16 millions d’euros, le central sous-station (CSS) 14 millions d’euros. Dans les 3,4 milliards d’euros représentant le montant global de la LGV BPL, les 600 millions d’euros intégrant les huit jonctions de la LGV, le PCD et le CSS sont intégralement financés par SNCF Réseau.M. B.

La deuxième vie des matériels roulants
…On voyait, il n’y a pas si longtemps encore, d’anciens bus RATP dans les rues de Bucarest ou d’anciens bus des transports publics flamands De Lijn – même pas repeints – sur les lignes de Vilnius. Mais avec les nouvelles normes antipollution et les questions d’accessibilité, le marché du bus d’occasion n’est plus ce qu’il était. A la différence des autobus, dont l’espérance de vie ne dépasse généralement pas une quinzaine d’années, les métros, tramways ou trains de banlieue peuvent largement rouler une trentaine ou une quarantaine d’années. Mais ici encore, l’évolution récente
des techniques et des exigences en matière d’accessibilité ou de confort implique désormais des modernisations du matériel roulant, que ce soit pour quelques années de plus sur le réseau d’origine ou pour une deuxième vie ailleurs.Bus et cars
Enchères et (bonnes) occasionsRevente sur le marché d’occasion, dons et ferraille. Ce sont aujourd’hui les trois chemins pris par les bus et cars lorsqu’ils abordent leur seconde vie. Avant peut-être de connaître demain une troisième vie, quand on maîtrisera le marché du recyclage de leurs pièces.
Dans le transport public urbain et interurbain, ce sont les collectivités locales qui décident, dans les contrats, de l’âge que les bus ou les cars ne doivent pas dépasser. Les opérateurs de transport reclassent donc leurs véhicules à l’intérieur du groupe, (du moins ceux qui leur appartiennent) en fonction des contrats. C’est le cas chez Keolis et Transdev. « Quand un bus ou un car ne peut plus rouler dans une collectivité alors qu’il a encore du potentiel, on l’utilise dans une autre filiale. Nous cherchons ainsi à optimiser son utilisation pendant toute sa durée de vie », explique Jacques Le Vezouet, directeur Maintenance et Parc bus et cars chez Keolis.
En revanche, les rénovations de bus et de cars sont rares. « On le fait si un matériel a vraiment du potentiel. Mais nous ne menons pas de politique systématique de rénovation à mi-vie », précise Jacques Le Vezouet.
Quand ils ne peuvent plus être utilisés, les bus et cars sont proposés à la vente. Depuis 2011, Keolis utilise systématiquement la plateforme de vente aux enchères en ligne Agorastore (voir encadré page suivante). La filiale de la SNCF organise ainsi une vente par mois. En 2014, Keolis a vendu plus de 300 véhicules via cette plateforme.
Côté Transdev, les reventes sont principalement gérées par l’opérateur de transport public, soit directement, soit en passant par des négociants, même s’il a désormais tendance à faire de plus en plus appel à Agorastore en raison des très bonnes conditions de vente permises par la plateforme en ligne.
Quand un véhicule ne trouve pas acquéreur au bout de deux ou trois fois ou s’il n’est vraiment pas vendable (après un accident par exemple), il part à la ferraille. Ou bien, cas exceptionnel, il peut faire l’objet d’un don quand une association le demande. Les opérateurs l’acceptent avec prudence, au cas par cas, et lorsque le car ou le bus est sûr.
Peu de véhicules partent finalement à la casse. Transdev est en train de travailler, avec un groupement d’entreprises et un bureau d’ingénierie (Cider Engineering), sur la déconstruction des véhicules. « Nous avons engagé ce travail depuis quelques mois. Nous souhaitons favoriser le recyclage pour récupérer des pièces, explique Alain Pittavino, le directeur Métiers de Transdev. Même si pour le moment, cette activité peine à trouver son modèle économique, je suis persuadée qu’elle a un avenir. » En effet, selon lui, les contraintes réglementaires et normes qui pèsent sur l’activité (loi sur l’obligation des ceintures de sécurité pour les cars neufs depuis 1999, et pour tous dès septembre 2015, loi sur l’accessibilité, et demain loi sur la transition énergétique qui imposera des quotas de véhicules dits propres dans les flottes), ont déjà fait bouger le marché de l’occasion et pourraient demain totalement le bouleverser. « A l’avenir, les véhicules n’auront plus de valeur du tout sur le marché français. C’est pourquoi il faut préparer des filières qui permettent de recycler les pièces des véhicules », estime Alain Pittavino. Les pièces détachées, un marché pour le futur ?M.-H. P.
Arnaud Rabier, secrétaire général d’Agir : « Le passage aux bus électriques va pénaliser le marché de l’occasion »
« La revente est notamment liée aux normes. Elle est donc liée aux discussions actuelles autour des véhicules propres. Si la loi oblige les opérateurs de transport à respecter certains quotas dans leurs achats de renouvellement de flottes, le marché de l’occasion va devenir très compliqué. Cela pèsera sur la revente des petits véhicules (autour d’une vingtaine de places), alors qu’il y a aujourd’hui un vrai marché de l’occasion en France.
Les autres catégories de véhicules avaient avant une seconde vie en Afrique. Puis ils en ont connu une en Europe de l’Est. Maintenant, les pays de l’Est commencent à avoir des normes encore plus contraignantes que les nôtres. Le marché de l’occasion risque de devenir très incertain et d’atteindre ses limites. Il est en effet difficile d’envoyer plus loin dans le monde les véhicules d’occasion en raison des coûts de transport trop importants.
La volonté française de passer rapidement aux bus électriques va pénaliser le marché de l’occasion. Le gouvernement veut imposer de nouvelles dépenses aux collectivités alors que dans le même temps, il baisse les dotations, notamment parce qu’il va peut-être demain limiter l’assiette du versement transport. Et cela, sans prendre en considération les capacités des constructeurs qui ne sont pas prêts sur le bus électrique. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un message fort au gouvernement en lui disant : regardez, avec le Gart, nous sommes en train de nous organiser dans le cadre de la filière pour évaluer nos besoins. C’est ainsi que la filière, qui doit aussi entendre notre message, pourra évoluer. »Agorastore, la plateforme en ligne qui monte
Lancée en 2005, Agorastore est peut-être en train de vivre une vraie success story. Cette société propose une plateforme en ligne pour vendre tous types de matériels (agricole, de voirie, de bureau et des véhicules de transport). Elle a noué début 2014 un partenariat avec la Centrale d’achat du transport public (CATP) afin de permettre aux collectivités locales qui le souhaitent de mieux revendre leurs matériels roulants. Jusqu’alors, celles-ci ne se posaient cette question qu’au moment où elles renouvelaient leur matériel. Du coup, leur choix était plus que limité : soit la ferraille soit, coup de chance, reprise par un petit repreneur local intéressé.
Pour trouver de nouveaux débouchés et optimiser la valeur des matériels, une plateforme de vente au nom de la CATP a été créée sur le site d’Agorastore, permettant de regrouper les ventes de plusieurs collectivités et de proposer un volume suffisamment intéressant pour les repreneurs potentiels. Les vendeurs de véhicules d’occasions disposent de statistiques pour fixer leurs prix. Selon Jacques Le Vezouet, directeur Maintenance et Parc bus et cars chez Keolis, l’enchère peut permettre de valoriser le prix de départ de près de 60 %.
« Nous connaissons une montée en puissance en termes de volume. L’an dernier, nous avons vendu quelque 800 véhicules via la plateforme. Le car se vend mieux car sa valeur in fine est plus forte, souligne Olivier Nataf, le directeur général d’Agorastore. Nous sommes devenus le plus gros revendeur en termes d’unités, de loin en France, et peut-être même d’Europe occidentale », affirme-t-il.
La société dispose d’un portefeuille de 800 à 900 clients. Côté opérateurs, les seuls avec qui elle travaille sont Keolis et Transdev. « Nous avons réalisé une vente pour la RATP. Mais ce n’est pas récurrent », précise encore Olivier Nataf en mettant en avant la transparence des ventes qui s’effectuent sur son site. Parmi les acheteurs de matériels d’occasion, beaucoup de sociétés étrangères, qui achètent pour revendre en Europe de l’Est et en Afrique.
« Cette année, Agorastore devrait commencer à vendre des matériels pour des opérateurs étrangers, notamment en Allemagne et en Belgique », précise Olivier Nataf. En 2014, le site a généré 10 millions d’euros de ventes. Cette année, il s’attend à réaliser entre 10 et 15 millions d’euros.
L’optimisme est de rigueur pour l’avenir, même si les normes évoluent. « Les marchés s’adaptent. Les pièces détachées peuvent être récupérées par exemple. Et de vieux véhicules peuvent retrouver de l’intérêt pour les acheteurs en fonction de leur prix. »
Et comme tout s’achète, tout se vend, Demain, Agorastore pourrait s’intéresser à d’autres matériels, comme les trams et les trains. Mais pas tout de suite. « Quel est le volume ? Y aura-t-il des acheteurs intéressés ? Quelles sont les normes ? », s’interroge Olivier Nataf. Avant d’ajouter : « Nous devons d’abord comprendre ces marchés. »M.-H. P.
La deuxième vie sur rail
Comment mettre en place un marché ferroviaire de l’occasion ? Les obstacles sont nombreux mais il est possible de les contourner, surtout quand les matériels sont très standardisés. C’est le cas pour les tramways allemands construits ces soixante dernières années qui peuvent connaître une seconde carrière en Europe centrale et orientale, voire en Turquie. Autre solution, la rénovation.
Les habitués des rames TGV PSE – les anciens « TGV orange » – l’auront remarqué. Il suffit de quelques détails d’aménagement intérieur ou de design pour se sentir dans un « nouveau » train… Pourtant les rames sont en service depuis 34 ans, les motrices sont techniquement identiques et les dimensions des caisses inchangées. Cette sensation est particulièrement forte dans les rames « rénov 3 », dont l’ambiance lumineuse n’a plus rien à voir avec celle des rames à leurs origines. Mais cette rénovation est réservée à des rames qui resteront au parc SNCF. Pas question d’en faire profiter la concurrence !
Il y a donc bel et bien un marché de la deuxième, voire de la troisième vie du matériel roulant. Pas étonnant, au vu de la durée de vie supposée élevée de ces matériels roulants, de 30 à 40 ans environ. Mais y a-t-il un marché de l’occasion, et donc de la cession à d’autres opérateurs, pour les trains ou les autres matériels roulants ferroviaires, métros ou tramways ?
Oui… et non. Pour reprendre l’exemple extrême des trains à grande vitesse, la réponse est clairement négative au Japon. Au début des années 1990, y est arrivée la première génération de trains « jetables » au bout d’une vingtaine d’années d’usage intensif. Une stratégie qui élimine, par une durée de vie limitée, le problème de l’obsolescence technique.
En Europe, le principal élément qui permettrait de répondre par l’affirmative serait l’existence de normes communes entre vendeurs et acheteurs du matériel d’occasion. Pas si évident a priori, les différents pays ou réseaux ayant entretenu ou entretenant encore un certain nationalisme technique.
Toutefois, il est arrivé dans certaines circonstances historiques que les obstacles insurmontables – tels les différences d’écartement ou de gabarit – soient contournés. Après 1945, les Soviétiques ont respectivement équipé de rames de S-Bahn ou de U-Bahn prises à Berlin leurs propres trains de banlieue et le métro de Moscou, quitte à modifier profondément leurs prises de guerre ! Mais il est plus simple d’apporter le moins de modifications possible, et c’est ainsi que les tramways allemands produits ces soixante dernières années, très standardisés, sont toujours très demandés pour une deuxième ou troisième carrière, en particulier en Europe centrale et orientale, voire en Turquie (voir p. 56).
Mais les temps changent, que les matériels soient destinés à rester dans leur parc d’origine ou à être revendus. Longtemps, en plus des indispensables inspections ou remplacements périodiques d’organes de sécurité, de conduites ou de câbles, on s’est contenté d’apporter d’éventuelles touches « cosmétiques » au matériel roulant lorsque celui-ci atteignait l’âge de passer en grande révision générale, à mi-vie : nouvelle livrée extérieure, réfection des sols et parois intérieures, voire nouveaux sièges. Mais l’évolution s’est accélérée depuis deux décennies, tant en matière d’électronique de puissance que de niveau de confort ou de sécurité exigé par les usagers des transports publics. Même si, à la différence des véhicules diesels, les rames électriques et les trams ne sont pas concernés par l’évolution des normes d’émission, l’évolution de l’électronique de puissance permet d’envisager des économies d’énergie, donc de coût de possession. Parallèlement, même si leur application est sans cesse repoussée en France, les nouvelles exigences des normes d’accessibilité impliquent des entrées et sorties de plain-pied. Pour la plupart des tramways, cela nécessite des accès surbaissés et un plancher le plus bas ou le plus plan possible. Question information, il est de plus en plus souhaitable de disposer d’annonces sonores et visuelles des prochains arrêts. Question confort, un matériel sans climatisation sera de moins en moins acceptable, à mesure que les voitures particulières en seront équipées. Et question sécurité, la vidéosurveillance se généralise…
Autant d’impératifs ou de demandes plus faciles à fournir d’emblée dans des matériels neufs que dans des matériels transformés. Mais, si les modifications mécaniques et électroniques sont parfois lourdes, elles sont tout de même deux à trois fois moins chères que l’achat d’un matériel neuf. Ce qui peut se révéler intéressant pour prolonger de 10 à 15 ans la vie d’un matériel conçu pour 30 ans.
Au vu des commandes passées en France ces quinze dernières années, on peut penser qu’un marché de la deuxième vie existe pour les RER, métros et trams destinés à rester dans le même parc. Que la modernisation soit effectuée dans les propres ateliers du propriétaire du parc ou en faisant appel à un prestataire externe, même pour des acteurs aussi importants que la RATP ou la SNCF. Ainsi, pour la modernisation d’une partie des rames MS 61 du RER A dans la deuxième moitié de la décennie précédente ou des rames MI 79 du RER B depuis cinq ans, les ateliers ACC Ingénierie & Maintenance de Clermont-Ferrand ont largement été mis à contribution, même si la RATP a également traité elle-même un tiers de ses MS 61 modernisés. Et pour ce qui est des rames du métro parisien, les premières MF 77 modernisées de la ligne 13 ont effectué un séjour sous le soleil de Cannes-La-Bocca durant les dernières années (mouvementées) de l’atelier du même nom, ancien grand de la rénovation ferroviaire en France.
Hors de l’Ile-de-France, le développement des nouveaux réseaux de métros – et surtout de tramways – depuis trois décennies va forcément impliquer, dans les prochaines années, soit un remplacement des parcs les plus anciens, soit un prolongement de leur durée de vie. Or avec les restrictions budgétaires qui touchent nombre de collectivités, la deuxième solution devrait être privilégiée. Et les exemples ne manquent pas à l’heure actuelle.
Le cas du tramway français standard (TFS) mis en service par les réseaux renaissants de tram dans l’Hexagone entre 1985 et 1997 est significatif. Nantes, premier réseau équipé en 1985, a dans un premier temps fait rallonger ses rames à plancher haut avec un module à accès surbaissé, satisfaisant aux nouvelles normes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Aujourd’hui, 20 de ces 46 TFS rallongés font l’objet d’une modernisation de plus chez Safra à Albi. Grenoble, qui a inauguré la version du TFS à accès surbaissé en 1987, s’est lancé à son tour dans une profonde entreprise de modernisation de 38 trams TFS, effectuée par Bombardier et ACC à Clermont-Ferrand. Comme nous l’avons vu dans notre n° 576 (juin 2015), Bombardier mise sur la rénovation en s’associant à des entreprises spécialisées : citons également Hovart pour la rénovation en cours des 24 rames du Mongy livrées par Breda à Transpole en 1994.
Mais « aucun appel d’offres n’est sorti pour plus de rénovations à ce jour », soulignait fin avril Pierre Michard, directeur Pièces et CRO – Europe de l’Ouest à Bombardier Transport. Ceci alors que le matériel Eurotram de Strasbourg (1994) accumule les années de service et que les premiers Citadis de Montpellier et d’Orléans (2000) sont fatigués en comparaison avec ceux des lignes ouvertes depuis… Un spécialiste de l’industrie ferroviaire, plus sceptique encore, ne juge « pas évident » que la rénovation soit une tendance en France, soulignant « une perte de technicité chez les entreprises ferroviaires, qui sont aujourd’hui aux mains de commerciaux et de juristes qui préfèrent acheter du neuf ». Et d’illustrer son propos par la vente, à la ville turque de Gaziantep, des 28 rames du TFS de Rouen, pourtant plus récentes (1994) que celles de Nantes ou de Grenoble. Une vente qui a rapporté quelque 5,2 millions d’euros, soit le prix qu’aurait coûté la rénovation de sept des TFS concernés… ou l’achat de deux à trois trams neufs.
Grenoble et Rouen, deux villes, deux TFS aux destins différents. Mais un point commun : qu’ils restent en France ou partent en Turquie, les TFS poursuivront leur carrière avec la clim !
Patrick Laval
Trois acteurs français de la rénovation ferroviaire
Les trois industriels que nous avons retenus ne sont pas les seuls sur l’Hexagone. Outre Hovart, avec qui Bombardier travaille à Villeneuve-d’Ascq sur le Mongy, citons la jeune entreprise lilloise Arterail. Après s’être spécialisée dans la révision d’organes de matériels roulants ferroviaires, cette entreprise nordiste a été retenue par la communauté urbaine de Nancy pour réaliser les révisions des dessus et intérieurs de caisse de son parc de tramways sur pneus (que les puristes se refuseront à considérer comme un matériel ferroviaire !). Focus sur ACC Ingénierie & Maintenance, CAF France et Safra.
ACC Ingénierie & Maintenance
Aller et retour à Clermont-Ferrand pour le RER RATPImplanté à deux pas de la gare SNCF de Clermont-Ferrand, ACC Ingénierie & Maintenance (32 millions d’euros de chiffre d’affaires) est un habitué des rames de RER du parc RATP. Fondés en 1919, les Ateliers de Construction du Centre – aujourd’hui ACC –, se sont spécialisés dans la maintenance et la rénovation ferroviaire. Si les voitures Corail ont donné beaucoup de travail dans la deuxième moitié des années 1990, les travaux sur le matériel « grandes lignes » se résument aujourd’hui pour l’essentiel à la restauration des voitures des années 20 du VSOE, avec des ébénistes d’art. Face à la baisse d’activité sur les Corail, un premier relais de croissance est venu il y a un quart de siècle avec les rames de métro de la RATP, auxquelles ont succédé celles du RER, avant un deuxième relais symbolisé par les TFS de Grenoble en cours de rénovation avec Bombardier (voir notre n° 575 de mai 2015). Des changements qui ont imposé des reconversions au sein des 320 salariés : d’anciens spécialistes de la sellerie et des machines à coudre travaillent désormais avec d’autres fils, sur des câblages électroniques…
Depuis 2009, ACC assure l’essentiel de la rénovation des rames MI 79 du parc RATP, au rythme d’une douzaine par an (côté SNCF, le travail a est confié aux Technicentres de Rennes et Nevers). Ceci après avoir modernisé en profondeur les deux tiers des rames de MS 61 auxquelles la RATP avait donné une dizaine d’années de vie en plus entre 2004 et 2009 (par la suite est intervenue la commande de MI 09, qui devrait envoyer ce matériel rénové à la casse d’ici 2017, mais ceci est une autre histoire).
En cet été 2015, la rénovation des MI 79 de la RATP s’achève et une prolongation de cette activité par un lancement de la rénovation des MI 84, très similaires, serait la bienvenue pour le maintien de l’emploi à ACC…CAF France
Une cure de jeunesse à Bagnères pour le métro de LyonConstructeur de matériel roulant ferroviaire, le site de CAF France à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), connu depuis plus d’un siècle sous le nom de Soulé avant de devenir CFD Bagnères, est également un spécialiste de la rénovation, par exemple celle des rames MF 67 du métro RATP il y a une dizaine d’années. Ceci lui permet de maintenir un certain niveau d’activité entre les commandes de matériel neuf. C’est ainsi que, parallèlement au lancement de la construction du nouveau tramway de Saint-Etienne, qui succède à ceux de Nantes et Besançon, l’atelier de Bagnères travaille depuis janvier 2015 sur la rénovation de 36 rames MPL 85 de la ligne D du métro de Lyon. Un contrat de près de 23 millions d’euros portant sur la rénovation intérieure (revêtements de sols) et extérieure (nouvelle livrée blanche, grise et rouge) des deux caisses de chaque rame, ainsi que la révision des équipements mécaniques, électriques et de câblage sur ce matériel automatique « lourd ». Bref, une rénovation plus qu’une modernisation pour ce matériel qui garde, un quart de siècle après sa mise en service, son aspect futuriste. Après six mois de travaux, la première rame rénovée a été officiellement remise en service le 10 juillet dernier ; pour la rentrée, trois rames rénovées devraient ainsi circuler sur la ligne D. Il est prévu que la dernière des 36 rames modernisées quitte Bagnères à la mi-2018.
Safra
Jeune dans le métier et déjà polyvalentQuestion véhicules neufs, le carrossier albigeois Safra se fait surtout remarquer par son bus « écologique » Businova dans les salons consacrés aux transports publics. Plus discrètement, depuis 2004, l’industriel a également rénové des tramways et métros pour les réseaux français, mais aussi réparé des matériels ferroviaires suite à des accidents.
Côté tram, Safra est devenu le spécialiste du TFS version métrique (Alsthom-Vevey) de Saint-Etienne, dont il a rénové en 2004-2005 les 15 rames de 1991-92, suivies, depuis 2014, des 20 rames de 1998, marché évalué à 6 millions d’euros. Au programme : rénovation électrique, reprises de carrosserie et réaménagements extérieurs et intérieurs (éclairage, peinture, sols, emplacement des sièges…).
Côté métro, Safra fréquente aussi bien les matériels « lourds » (ligne C de Lyon à crémaillère, Marseille) que les rames de type VAL. Après celui de Lille, l’Albigeois s’est attaqué en 2012 à un matériel plus proche géographiquement, le VAL 206 de Toulouse, traité en profondeur.
De « vieux » tramways allemands partout…
Les tramways allemands se revendent très bien, que ce soit en Allemagne ou à l’étranger. Ceci grâce à une normalisation, très poussée au niveau fédéral, qui permet de savoir
à l’avance ce que l’on rachète.Très standardisés, les tramways allemands d’occasion ont beaucoup de succès dans d’autres villes d’outre-Rhin, mais aussi dans l’ancienne Europe de l’Est ou en Turquie. De telles exportations de tramways d’occasion n’ont rien de très nouveau. Les anciens matériels des réseaux vicinaux belges (SNCV), massivement fermés dans les années 1960, ont ensuite connu une deuxième vie sur les réseaux métriques espagnols. Les tramways de Milan ou Melbourne, qui ont gardé leurs matériels d’avant-guerre jusqu’à l’époque actuelle, sont en mesure d’en fournir aux réseaux qui veulent se donner un air « rétro » ! Mais tous les trams d’occasion n’ont pas 75 ans. Certains en ont à peine plus de 20, tels les anciens tramways de Rouen qui, une fois sur le réseau de la ville turque de Gaziantep, ont rejoint d’autres véhicules venus de l’autre côté du Bosphore, en l’occurrence d’anciens métros légers Düwag Ptb mis en service entre 1972 et 1978 à Francfort.
Les liens traditionnels entretenus entre l’Allemagne la Turquie expliquent en partie pourquoi plusieurs réseaux de ce dernier pays font rouler du matériel originaire de différentes villes allemandes. Mais la Turquie n’est pas la seule à donner une deuxième vie aux tramways allemands.
Pour commencer, en Allemagne même, des réseaux peu « riches » récupèrent, souvent à mi-vie, des tramways qui, une quinzaine ou une vingtaine d’années auparavant, étaient du dernier cri. Avantage : on est censé savoir d’avance ce que l’on achète, grâce à la normalisation en vigueur dans l’ancienne RFA, puis étendue à toute l’Allemagne depuis la réunification. C’est en effet au niveau fédéral que les normes régissant les tramways allemands, qu’ils soient à voie normale ou métrique, ont été fixées dans le document connu sous l’acronyme BOStrab (que l’on peut développer et traduire comme « ordonnance sur la construction et l’exploitation des tramways »).
En fait, c’est plutôt après une vie ou deux demi-vies bien remplies que les tramways allemands passent les frontières vers des pays plus ou moins éloignés. La première génération à connaître un tel succès à grande échelle a été celle des Düwag articulés des années 1956-67, en service jusque dans les années 1990-2000 dans des réseaux allemands. Comme pour les trams ex-SNCV, ce sont les fermetures de réseaux équipés par Düwag qui ont lancé le mouvement : c’est ainsi que les trams de Copenhague (fermé en 1972) se sont retrouvés à Alexandrie.
Plus près dans le temps et l’espace, la période de transition entre la disparition des vieilles motrices 500 (années 1980) et l’arrivée des nouveaux trams Breda (1994) a été assurée sur le réseau métrique du Mongy, entre Lille, Roubaix et Tourcoing, grâce à d’anciens Düwag rachetés aux réseaux de Recklinghausen (fermé en 1982) et Bochum-Gelsenkirchen, complétés par d’autres, construits pour Mönchengladbach (réseau fermé en 1969) et rachetés entre-temps par les réseaux d’Aix-la-Chapelle (fermé en 1974), puis de Genève, ou bien passés par le réseau de Recklinghausen.
Les « vieux » trams allemands passent si souvent d’un réseau à l’autre qu’il serait impossible de dresser une liste exhaustive de ces transferts. Ce qui est significatif, c’est que l’éloignement géographique croît avec le temps, surtout depuis la fin du « rideau de fer ». En Pologne, Lódz a récupéré les vieux Düwag de Bielefeld, Fribourg, Ludwigshafen et Mannheim, alors que Gorzów a repris ceux de Kassel. En Roumanie, Arad s’est équipé à Bochum-Gelsenkirchen, Essen, Ludwigshafen et Mannheim. Cette dernière ville a également revendu ses Düwag à Zagreb et Osijek (Croatie), ainsi qu’à Grudziadz (Pologne), Kaliningrad (oblast russe) et Helsinki (Finlande). Dans cette liste non exhaustive, citons également le réseau suédois de Norrköping, qui a trouvé à Dessau (ex-RDA) d’anciens trams de Duisbourg et le réseau Konya (Turquie), qui s’est équipé directement à Cologne à la fin des années 1990.
Jusque dans ces années-là, les tramways allemands partaient généralement pour une deuxième vie dans l’état où ils étaient sur leur ancien réseau, à charge du nouvel exploitant d’acclimater le matériel aux conditions locales. L’évolution technique n’était pas toujours souhaitée par le nouvel acquéreur et l’absence de climatisation ou d’accès surbaissé n’était (alors) pas rédhibitoire. Du moment que le matériel arrivait en bon état ! C’est ainsi que les trams Tatra des villes d’ex-RDA, construits en Tchécoslovaquie jusqu’en 1989, avaient dans les années suivantes une bonne cote dans les autres pays équipés de ce matériel.
Quinze ans plus tard, l’heure est venue pour les réseaux allemands de réformer leurs rames de métro léger type Stadtbahn M (métrique) ou N (voie normale) construites entre 1975 et 1994 (certaines de ces rames, destinées à des réseaux sans quais hauts, ont bénéficié d’un ajout de module intermédiaire à entrée surbaissée, avant ou après leur revente). Les villes polonaises sont très demandeuses, en commençant par Gdansk (rames de Dortmund en 2007), suivie en 2013 par Elblag (rames d’Augsbourg), Lódz (rames de Bochum-Gelsenkirchen), Poznan (rames de Kassel) ou Cracovie (rames de Nuremberg). D’autres reventes vers Budapest (Hongrie) sont passées par les Pays-Bas, alors que les classiques rames de Stadtbahn type B (1973-99), omniprésentes dans les vallées du Rhin et la Ruhr se revendent entre réseaux voisins. Ceci a inspiré à Vossloh la modernisation présentée en septembre 2014 à Innotrans : une rame Stadtbahn type B de Bonn (SWB), construite 40 ans auparavant et dont la durée de vie résiduelle de la structure était estimée 25 ans. En revanche, la partie électrique de ce matériel était jugée un peu datée, de même que son aménagement intérieur. Hormis un rajeunissement de ce dernier, la modernisation entreprise par Vossloh comprend l’installation de hacheurs (pour récupérer l’énergie de freinage à la ligne aérienne de contact) et de la climatisation… mais en cabine de conduite seulement ! Côté accessibilité, pas de problème : on est ici sur du métro léger à plancher haut. Encore un avantage de la normalisation à l’allemande…P. L.

Entretien. Jacques Rapoport : « 93 % de nos chantiers sont remis à temps »
Un système auquel la réforme ferroviaire vient de mettre fin. La SNCF, selon Jacques Rapoport, doit renforcer le partenariat avec ses sous-traitants mais ne doit plus déléguer la maîtrise d’ouvrage des projets. SNCF Réseau procède à un état des lieux des projets lancés par RFF en maîtrise d’ouvrage délégué.
Ville, Rail & Transports. La compétence de la SNCF a été mise en cause lorsque les élus se sont indignés des retards pris par les travaux effectués sur les lignes Nantes – Pornic et Nantes – Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Que s’est-il réellement passé ?
Jacques Rapoport. Nous avons maintenant une compréhension complète de ce qui s’est passé. Un audit a été réalisé et publié. Dès que j’ai appris le vendredi 19 juin que nous n’arriverions pas à tenir les délais et qu’on a évoqué la fin des travaux pour octobre, j’ai jugé cela insupportable et dit qu’il fallait en parler aux élus. Avant le 19 juin, je savais que la situation était tendue mais les situations tendues, nous en connaissons sur beaucoup de chantiers. Et c’est bien naturel.
Sans délais, j’ai décidé de lancer un audit flash. Christian Cochet, le directeur général Audit et risques s’est rendu immédiatement sur place assisté d’un cabinet spécialisé en gestion de projet industriel. L’audit, réalisé en trois jours, a mis en évidence deux dysfonctionnements. Le premier est classique. Dans un projet qui tend à dériver, un phénomène psychologique se produit : les acteurs concernés se persuadent qu’ils vont y arriver. On n’accepte l’évidence qu’une fois au pied du mur.VR&T. Qui sont les acteurs concernés ?
J. R. Il y a RFF car quand le projet a été lancé, c’était encore dans le cadre ancien de la séparation néfaste entre GI et GID, modèle organisationnel en vigueur jusqu’au 30 juin dernier. RFF a délégué la maîtrise d’ouvrage à Systra. Le maître d’œuvre est Setec et l’entreprise sous-traitante est Ineo, filiale d’Engie. On voit ici que SNCF Réseau n’avait pas assez le contrôle du suivi du projet.VR&T. Quelle est la seconde raison des dysfonctionnements ?
J. R. La seconde raison tient à la séparation institutionnelle que je viens d’évoquer : RFF d’un côté, SNCF Infra de l’autre, séparés voire opposés. RFF a sous-traité la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, les travaux. Assurer la maîtrise d’ouvrage d’un projet aussi complexe exige des ressources en qualité et quantité qui dépassent ce dont disposait une direction régionale de RFF.
Les acteurs concernés de RFF comme de SNCF Infra ne sont évidemment pas en cause : c’est un système d’organisation inefficace, voire nuisible qui l’est. Il est heureusement abandonné depuis le 1er juillet 2015, grâce à la loi ferroviaire du 4 août 2014. Cette coupure SNCF-RFF a conduit à un cloisonnement des acteurs sans pilotage intégré du projet suffisant.
VR&T. Comprenez-vous que les élus aient parlé de désinvolture ?
J. R. Les élus sont légitimement très remontés, et même, à juste titre, hostiles. Je comprends et partage leur sentiment. D’une part, les élus ont malheureusement observé que nous n’aurions pas tiré les leçons des retards lors de la mise en service du tram-train Nantes – Châteaubriand. D’autre part, alors qu’ils avaient accepté que les travaux se fassent sur une ligne fermée, ce qui constitue je le sais de leur part une décision courageuse et difficile, puisqu’il s’agit de priver de trains les voyageurs pendant 10 mois, avec une importante participation financière de leur part, ils ont appris au dernier moment notre incapacité à être dans les temps impartis. C’est évidemment très dommageable pour cette région touristique. Notre réaction a été immédiate : nous avons audité et assumé toutes les conséquences. Et, bien sûr, nous faisons tout le nécessaire pour redresser. C’est un chemin difficile à emprunter, mais simple à définir : nous faisons confiance aux cheminots qualifiés pour ce faire et auxquels nous conférons tous les leviers de la réussite.VR&T. Comment avez-vous redressé la situation ?
J. R. Nous avons procédé de façon classique en nommant un patron de projet incontestable, Thérèse Boussard, qui a tous les pouvoirs. Elle a immédiatement mis en place un plateau- projet. Je suis confiant dans la date que nous avons retenue : celle du samedi 29 août, pour assurer la rentrée scolaire dans de bonnes conditions. Concernant le service aux voyageurs, pendant tout l’été, SNCF a bâti un service routier assurant à la fois les correspondances avec les trains et la desserte régionale qui est proposée à un tarif unique de 2 euros par trajet.VR&T. Y a-t-il d’autres chantiers aussi mal engagés qui pourraient donner lieu à de tels retards ?
J. R. J’ai demandé à Bernard Schaer, directeur Ingénierie et Projets de SNCF Réseau de vérifier l’état de chaque projet engagé sous le régime de la séparation entre RFF et SNCF Infra et sous maîtrise d’ouvrage déléguée. Il y en a une demi-douzaine. L’état des lieux sera rapidement disponible.
Mais tous les projets engagés par RFF ne l’ont pas été sous le régime de la délégation de maîtrise d’ouvrage. Et heureusement, l’immense majorité des projets que nous menons sont conformes en fonctionnalité, coûts et délais. S’agissant de la LGV Est par exemple, où nous sommes en maîtrise d’ouvrage directe, nous sommes dans les délais et nous pourrons peut-être même reverser un reliquat financier. Même chose sur le Sillon alpin sud où nous avons aussi reversé un reliquat. Certains projets ont pris du retard comme le RER B Nord +, mais, in fine, le succès est au rendez-vous avec un gain de cinq points de régularité.
Au total, 93 % de nos chantiers sont remis à temps. Il y a donc des retards dans 7 % des cas.VR&T. Comment garantir qu’une telle situation ne pourra plus se reproduire à l’avenir ?
J. R. Cette défaillance est le fruit d’un système pernicieux, unanimement dénoncé, où les fonctions Infra et Réseau étaient coupées en deux. Avec la création au 1er juillet 2015 du groupe public ferroviaire intégré, et en son sein de SNCF Réseau, gestionnaire d’infrastructure unifié, nous disposons d’une vraie capacité de pilotage des projets qui n’existait pas auparavant. Dans ce système enfin intégré, un tel événement ne se reproduira pas. Trois grandes orientations pour ce faire : d’abord, renforcer la maîtrise d’ouvrage, gage de précision aussi bien dans la définition des projets que dans la conduite de leur réalisation. La maîtrise d’ouvrage, activité stratégique, ne se délègue donc pas et relève ainsi des seuls cheminots dont le professionnalisme est reconnu et sur lequel je ne saurai trop insister.
Ensuite transformer les relations que nous entretenons avec nos prestataires : d’exécutant de tâches à responsables de prestations. Enfin, assurer une parfaite transparence avec les financeurs sur les risques projet : c’est le gage d’une confiance retrouvée.VR&T. Comptez-vous faire évoluer les relations avec vos sous-traitants ?
J. R. Nous nous orientons vers une logique de partenariat avec l’industrie pour trois raisons : augmenter notre capacité de production pour faire face à un plan de charge sans précédent ; contribuer à notre efficacité en apportant une capacité supplémentaire d’innovation ; et enfin, challenger nos méthodes pour toujours nous améliorer.
Par exemple, nous avons passé un contrat global conception-réalisation avec Thales pour la refonte du poste de signalisation de Vitry, à la suite d’un grave incendie il y a un an. Ou encore, nous allégeons la période d’exécution de nos marchés afin d’accroître les quantités. Comme c’est le cas sur un marché d’acquisition de rails. En nous engageant sur des volumes, nous garantissons des plans de charge, ce qui sécurise l’industrie. En contrepartie, celle-ci est invitée à innover et à investir pour élever ses savoir-faire et réduire ses prix. C’est intéressant pour les deux parties.
De telles évolutions sont nécessairement progressives. Et nous devons agir avec nos fournisseurs pour qu’ils développent du savoir-faire qui complète et conforte celui des cheminots qui est, je le répète, la maîtrise complète du réseau sous tous ces aspects.
C’est pourquoi, nous ne sous-traiterons plus la maîtrise d’ouvrage, pas plus que la surveillance. C’est le cœur indispensable pour garantir la maîtrise du réseau, de sa complexité, de ses nombreuses et diverses technicités. C’est la valeur ajoutée de SNCF Réseau et de ses 52 000 cheminots. Et je sais bien que cela implique de pouvoir maîtriser et donc exercer toutes les activités de la chaîne de production.VR&T. Quelles seront les conséquences sur les métiers des cheminots ?
J. R. C’est un enrichissement des métiers, et donc des perspectives de développement professionnel des cheminots de l’infrastructure en ajoutant le « savoir faire-faire » au savoir-faire. Pour être un bon maître d’ouvrage, il faut savoir réaliser. Il n’est donc pas question d’abandonner en totalité la maîtrise d’œuvre.VR&T. Comment vont évoluer vos investissements ?
J. R. Notre ambition est de faire face à un plan de charge sur réseau exploité qu’il est indispensable de faire croître. Aujourd’hui, nous réalisons, hors PPP, près de cinq milliards d’euros d’investissements annuels. Nous proposons, compte tenu du recul mécanique des grands projets en 2016 et 2017 du fait de la fin de la construction des quatre LGV nouvelles en cours, qu’une partie des financements ainsi dégagée soit reportée pour augmenter l’effort sur le renouvellement du réseau. Nous connaissons la contrainte qui pèse sur les finances publiques et nous devons proposer des orientations économiquement responsables.VR&T. Quel montant demandez-vous ?
J. R. Cela fait partie de nos discussions avec l’Etat dans le cadre de la préparation des contrats de performance prévus par la Loi ferroviaire. De 2012 à 2014, nos dépenses d’investissements atteignaient sept milliards d’euros par an. En 2015, nous sommes à six milliards.
Ce que je peux dire, c’est que la France consacre 2,5 milliards d’euros au renouvellement des infrastructures du réseau classique, la Grande-Bretagne 3,5 milliards, et l’Allemagne 4 milliards. Du fait de la fin prochaine des quatre LGV, le renouvellement pourrait s’accroître à budget global d’investissement ferroviaire décroissant.
Propos recueillis par
Marie-Hélène POINGT
Quand Bordeaux change d’époque
«Le bonheur est à… Bordeaux », titrait récemment Le Parisien. Le journal rendait publics les résultats d’une enquête de l’institut CSA sur la ville dans laquelle une majorité de Français aimeraient vivre. En tête du classement, la cité girondine. Comment imaginer un tel engouement quand, il y a encore vingt ans, on ne parlait d’elle que comme d’une « belle endormie ». Et encore, c’était pour être aimable car, entre le trafic automobile et les façades grisâtres du centre-ville, il fallait avoir de la mémoire ou de l’imagination…
Bordeaux, qui a toujours joui d’une localisation entre terre et mer exceptionnelle, présente aujourd’hui un visage totalement métamorphosé. Cette transformation, saluée par les enquêtes d’opinion, Bordeaux la doit à l’inhabituelle coopération entre les élus de droite et de gauche. Bien sûr Alain Juppé est aujourd’hui le premier des rénovateurs mais avec lui, il y a eu, il y a encore Alain Rousset (PS), président de la Région Aquitaine et Vincent Feltesse (PS) qui furent tous deux présidents de la CUB – devenue Bordeaux Métropole en janvier dernier.
Les projets foisonnent. Que l’on en juge sur seulement deux années. Entre 2013 et 2015, mise en service du pont Jacques-Chaban-Delmas, le plus haut pont levant d’Europe, mise en service d’une première partie de la troisième phase des lignes A et C du tramway, ouverture du nouveau stade de plus de 40 000 places, livraison des premiers programmes immobiliers sur d’anciennes friches ferroviaires, etc. La métropole s’est donnée pour objectif de construire 50 000 logements le long des axes de transports pour atteindre à horizon 2030 le seuil symbolique du million d’habitants, contre 730 000 aujourd’hui.
D’autres réalisations sont attendues. La Cité des civilisations du vin est prévue en 2016, le pont Jean-Jacques-Bosc entre Bordeaux et Floirac en 2018… et bien sûr la LGV en 2017. Une LGV qui va s’accompagner d’un nouveau quartier. Là aussi, la ville et l’Etat ont investi massivement. Sur un territoire de 738 ha au sud de l’agglomération, Bordeaux Euratlantique, Opération d’intérêt national (OIN), est l’un des plus grands projets urbains en France (voir encadré p. 40). Avec comme pierre angulaire la gare Saint-Jean, cette cité dans la cité se déploiera sur les deux rives de la Garonne, via le futur pont Jean-Jacques-Bosc : logements, centre d’affaire, bureau, espaces verts, culture avec l’emblématique Meca (Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine).
Saint-Jean Belcier ne sera donc plus un quartier de gare (synonyme, jusqu’il y a peu, de lieu interlope) mais un écrin flambant neuf pour la nouvelle LGV. Avec son carré VIP, comme il se doit. Mais VIP au sens actuel, c’est-à-dire, le luxe de vivre mieux en ville, lenteur et volupté au pied de la grande vitesse (voir encadré p. 38 et interview p. 41).
Les politiques de déplacements ont été au cœur de la transformation de la ville. Juppé dès son arrivée abandonne les projets de métro de son prédécesseur et opte pour le tram. La réflexion sur la mobilité se poursuit à mesure que la ville se rénove. En 2012, Vincent Feltesse lance un Grenelle des mobilités et fait plancher pendant six mois les principaux acteurs institutionnels sur les problèmes de congestion. Il en résulte la signature, le 6 février dernier par l'ensemble des entités (Bordeaux Métropole, le département, la région, le conseil général, la CCI, La Poste, EDF, Keolis, l’aéroport, au total 22 acteurs) d’une charte des mobilités de l’agglomération bordelaise. Celle-ci comprend 20 principes d’actions « pour une mobilité fluide, raisonnée et régulée ». 17 mesures sont prises dont le déploiement de « contrats employeurs-salariés-collectivités » pour la mise en place de Plans de déplacements entreprise (PDE), un plan coordonné de covoiturage, une nouvelle politique de stationnement ou un plan coordonné vélos.
L’arrivée de la LGV s’inscrit dans cette politique de déplacements dont elle constitue en quelque sorte le couronnement. Le fait que Bordeaux soit dans moins de deux ans à deux heures de Paris donne une dimension supplémentaire à la transformation de la cité girondine à laquelle l’ensemble des acteurs se sont préparés et crée des attentes nouvelles. « Le marché de l’immobilier est relativement stable depuis une dizaine d’années, avec 75 % de transactions inférieurs à 500 m2, il est porté principalement par des transactions sur les PME, Constate Pierre Coumat, président de l’Observatoire de l’immobilier d’entreprises de Bordeaux (OIEB), avec l’arrivée de la LGV, nous disposons aujourd’hui des outils pour faire des opérations de taille plus importante pour accueillir les entreprises qui souhaite bénéficier d’un phénomène vitrine à Bordeaux. »
Pour autant, les Bordelais sont conscients que la LGV ne fait pas tout. « Elle n’est en fait qu’un accélérateur, un amplificateur des tendances préexistantes », comme aime à le rappeler Jean-Marc Offner, directeur général de l’a-urba, l’agence d’urbanisme de Bordeaux. Auteur, il y a vingt ans, d’un article sur le mythe des effets structurants du transport, il a jeté un vrai pavé dans la mare à une période d’euphorie générale concernant la grande vitesse. « Mais aujourd’hui, pour Bordeaux, les indicateurs sont au vert tant en termes d’attractivité pressentie qu’effective si l’on en juge par son dynamisme économique et démographique et par les hausses de fréquentation touristique. » Bordeaux d’ailleurs vient d’être élue « Meilleure destination européenne », devant Lisbonne et Athènes par le site de l’association European Best Destination. « La LGV arrive au bon moment », souligne Jean-Marc Offner.
Alain Juppé, maire de la ville et président de Bordeaux Métropole, partage cet optimisme : « Il s’agit vraiment d’un saut qualitatif pour la clientèle d’affaires comme pour celle du tourisme de court séjour. Le nombre de voyageurs devrait doubler », estime-t-il (lire l’interview p. 36). Mais le succès tiendra aussi au nombre de dessertes quotidiennes et au maillage régional. Or, cette question n’était pas réglée à l’heure où nous mettions sous presse. Elle a fait l’objet d’une forte polémique entre SNCF, les collectivités et Lisea, le concessionnaire de la LGV. La première craint de perdre beaucoup d’argent en exploitant cette LGV en raison des péages élevés demandés par Lisea tandis que les collectivités qui ont participé à son financement réclament en contrepartie un nombre conséquent d’arrêts. Alain Juppé, lui, demande une vraie navette avec Paris, comme en bénéficient Lille ou Lyon. Et attend le prolongement de la ligne vers Toulouse. Pour lui « Bordeaux a vocation à être le carrefour ferroviaire du Sud-Ouest européen ». Et de fait, la ville n’a de cesse que de travailler son attractivité en jouant la carte régionale. « La grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes va créer de nouvelles interdépendances », ajoute Jean-Marc Offner.
Bordeaux cultive l’image d’une métropole ouverte qui veut prendre sa place dans le sud-ouest de l’Europe en promouvant un nouvel art de vivre dans la ville, une ville tournée vers la mise en valeur du patrimoine et de la nature. La cité girondine a par ailleurs des ambitions en matière numérique. Elle a été récemment été labellisée Métropole French Tech, ce dispositif lancé par le gouvernement en 2013 visant à accélérer la croissance des start-up et des entreprises numériques dans les territoires qui leur sont les plus fertiles, et à appuyer leur développement à l’international. Là encore, Bordeaux Euratlantique a joué un rôle majeur puisque la Cité numérique, vitrine des savoir-faire du numérique en Aquitaine et à Bordeaux Métropole se trouve dans son giron. En somme, il souffle en ce moment sur la cité girondine un petit vent Californien fort agréable. Avec la LGV, comme cerise sur le gâteau.
Delphine Roseau—————
« Nous demandons une vraie navette TGV, similaire à la desserte de Lyon ou Lille »
Entretien avec Alain Juppé, maire de BordeauxAlors que Bordeaux se prépare à devenir une métropole d’un million d’habitants et qu’elle a investi dans de nombreux projets, son maire, Alain Juppé, regrette que la proposition de desserte TGV ne soit pas à la hauteur des attentes et des ambitions de la ville.
Ville, Rail & Transports. La première arrivée du TGV à Bordeaux date de 1990, en quoi le fait de réduire le trajet d’une heure va-t-il selon vous changer la donne ? Est-ce que l’on peut véritablement parler d’un bouleversement ?
Alain Juppé. Depuis 1990, le TGV roule à grande vitesse sur une partie seulement du trajet, entre Paris et Tours. Avec les travaux réalisés depuis plusieurs années sur la voie, le temps de trajet est de 3 heures 15 au minimum, soit aux limites supérieures du champ de pertinence du TGV. La mise en service de la ligne nouvelle mettra Bordeaux à 2 heures de Paris. Elle permettra de faire aisément l’aller-retour dans la journée, voire de travailler une partie de la journée à son bureau, tout en pouvant assister à une réunion à Paris ou Bordeaux. Il s’agit vraiment d’un saut qualitatif pour la clientèle d’affaires comme pour celle du tourisme de court séjour. Le nombre de voyageurs en gare de Bordeaux devrait doubler.VR&T. On constate qu’un foisonnement d’initiatives sont mises en place autour de différents quartiers que ce soit Bordeaux Euratlantique, l’écoquartier Ginko, le bassin à flots avec la Cité des civilisations du vin et bien d’autres. Quelles sont les synergies attendues entre ces aménagements et réalisations et l’arrivée du TGV ? Qu’en attendez-vous ?
A. J. Le projet urbain de Bordeaux Métropole prend largement en compte l’arrivée de la grande vitesse. C’est le cas, en particulier, de l’opération d’intérêt national Euratlantique, qui, avec 738 hectares s’étendant de Bègles à Floirac, constitue la plus vaste opération d’aménagement au plan national, et vise notamment à restructurer le quartier de la gare. Avec un centre d’affaires, 480 000 m2 de bureaux, 50 000 m2 de commerces, 160 000 m2 de locaux d’activités, 70 000 m2 de capacité hôtelière, 16 000 logements et des équipements publics, ce projet a l’ambition non seulement de créer un quartier d’affaires, à l’instar de Lyon-Part-Dieu ou d’Euralille, mais également de créer une nouvelle centralité et un quartier à haute qualité de vie, exemplaire de la ville du XXIe siècle, respectueuse de l’environnement et de la nature, connectée et caractérisée par la mixité fonctionnelle et sociale.
Plus globalement, Bordeaux se prépare à devenir une métropole d’un million d’habitants et les mises en chantier se multiplient. Le nouveau stade, qui accueillera l’Euro 2016, la Cité des civilisations du vin, la grande salle de spectacles, la modernisation du parc des expositions, la cité numérique, mais aussi un nouveau pont et la poursuite de la densification du réseau de tramway, sont autant de réalisations qui contribuent à renforcer l’attractivité de la métropole.VR&T. Quel sera impact de l’arrivée du TGV sur l’immobilier à Bordeaux ?
A. J. L’impact est d’ores et déjà perceptible. Le dynamisme de l’immobilier à Bordeaux porte la filière qui souffre au niveau national. L’une des conséquences peut être une pression à la hausse des prix. C’est pourquoi nous portons l’effort sur la réalisation de logements sociaux locatifs ou en accession sociale et sur des offres de logements à prix abordable où, par exemple, l’acquéreur se charge des finitions. Dans les zones d’aménagement en cours et en projet, 35 % des logements sont des logements sociaux.VR&T. Bordeaux a été récemment classée ville préférée des Français après Paris, et l’arrivée du TGV va encore renforcer son image au niveau national et international. Comment souhaitez-vous positionner Bordeaux par rapport aux autres villes françaises et européennes ? Avez-vous envisagé une spécialisation de la ville autour de certains secteurs économiques comme le vin ou le tourisme d’affaires ou encore le numérique ?
A. J. Bordeaux bénéficie d’une notoriété internationale grâce au vin et au classement de la ville historique au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette image d’excellence et d’art de vivre est un atout considérable qui nous permet de mettre en valeur nos autres forces : le numérique, dont le dynamisme a été reconnu par le label French Tech, l’aéronautique et l’espace avec le pôle de compétitivité Aerospace Valley, la filière bois avec le pôle de compétitivité Xylofutur, les lasers avec le pôle de compétitivité Route des lasers, la construction nautique, et bien sûr le tourisme, d’affaires et de loisirs. Bordeaux a reçu le label de meilleure destination européenne 2015. Le tertiaire supérieur est également un axe majeur pour une capitale régionale dont l’accessibilité sera encore accrue avec l’arrivée du TGV.
VR&T. Dans l'espace mondialisé, avec l'importance croissante du phénomène de « métropolisation », la compétition entre les villes se développe et certaines d’entre elles ont mis en place des campagnes de marketing urbain comme Lyon, Londres ou encore Amsterdam (OnlyLyon, Visit London, I love New York…), avez-vous envisagé la création d’un slogan et d’une campagne correspondante à destination des investisseurs ?
A. J. Bordeaux a lancé une marque « Osez Bordeaux », qui est notamment portée par des ambassadeurs issus du monde économique. Dans la compétition des grandes villes, il s’agit de faire connaître nos atouts qui sont nombreux : situation géographique, qualité de vie, patrimoine architectural, classé par l’Unesco, mais aussi viticole et gastronomique, dynamisme économique avec un taux de création d’entreprises figurant parmi les plus importants au plan national et des filières phares que j’ai déjà évoquées.VR&T. Au mois d’avril, a été créé le Club TGV destiné à optimiser les retombées économiques de la nouvelle desserte, qu’en attendez-vous ?
A. J. J’en attends une mobilisation de tous les acteurs, publics et privés, en vue de maximiser les retombées économiques du TGV. Si les acteurs publics et les grands investisseurs ont depuis dix ans anticipé l’arrivée du TGV, il reste aujourd’hui à mobiliser les énergies pour créer de nouvelles opportunités d’affaires et de développement pour les entreprises. Je pense en particulier à la filière du tourisme, mais aussi aux activités tertiaires supérieures.VR&T. Y a-t-il une ville qui a, selon vous, particulièrement bien tiré parti de l’arrivée du TGV et qui pourrait vous inspirer ?
A. J. Lille est exemplaire, comme Aix en Provence. Il ne s’agit pas pour nous de dupliquer un modèle, mais de trouver notre propre voie, tirant parti de nos atouts spécifiques comme des mutations actuelles qui transforment nos modes de vie et de travail. Il nous appartient de bâtir un modèle qui réponde à la recherche par nos concitoyens d’une meilleure qualité de vie, à une mobilité toujours plus importante et aux nouveaux modes de travail.
VR&T. Les récentes propositions de dessertes faites par la SNCF se traduiraient par un passage de 20 à 17 du nombre de liaisons quotidiennes mais avec une augmentation des TGV directs, que pensez-vous de cette proposition, quel dispositif souhaiteriez-vous pour Bordeaux et pour quel impact ?
A. J. La proposition de desserte de la SNCF est très en deçà des ambitions que les collectivités, qui contribuent pour 1,8 milliard d’euros au financement de la LGV SEA, peuvent légitimement avoir. Nous demandons une vraie navette, avec un train à la demi-heure en heures de pointe et à l’heure en heures creuses, similaire à la desserte de Lyon ou Lille. C’est la condition du basculement modal massif de l’avion vers le train et donc de la réussite du TGV. Par ailleurs la SNCF ne prend pas suffisamment en compte les villes intermédiaires, Poitiers, Angoulême, Libourne, dont les conditions de desserte sont dégradées. Je plaide pour la mise en service de TGV avec un seul arrêt, deux au maximum, permettant de conserver le bénéfice de la grande vitesse pour tous et de relier Bordeaux, futur siège de la grande région, aux principales villes.VR&T. La commission d’enquête a récemment rendu un avis négatif pour la prolongation de la LGV vers Toulouse et vers la Côte basque, quel pourrait être l’impact pour Bordeaux de ces ambitions régionales à la baisse en matière de grande vitesse ?
A. J. Le ministre, que j’ai rencontré avec les présidents des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées, doit rendre sa décision prochainement. Je ne veux pas imaginer que l’Etat ne tienne pas ses engagements. Le Sud-Ouest est en retard en matière d’infrastructures à grande vitesse par rapport à la Bretagne ou à l’Est. Toulouse, la quatrième ville de France, n’est pas reliée à Paris par TGV. L’arrêt des Grands projets du Sud-Ouest, au sud de Bordeaux, aurait évidemment des conséquences pour Bordeaux qui a vocation à être le carrefour ferroviaire du Sud-Ouest européen, à la croisée du corridor atlantique vers l’Espagne (Bilbao à 1 heure 50) et de la liaison transversale vers Toulouse, Narbonne et le Sud-Est.
Propos recueillis par D. R.————————-
Métamorphose urbaine autour de la gare
C’est une véritable métamorphose urbanistique à laquelle se prépare Bordeaux pour accueillir la LGV Sud Europe Atlantique en 2017. Particulièrement pour le quartier de la gare, Belcier, qui va bénéficier le plus de cette transformation urbaine.
Loin de se limiter aux abords de la gare, l’opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique concerne 738 hectares situés à cheval sur Bordeaux, Floirac et Bègles. D’ici 20 ans, 25 000 habitants s’installeront dans 17 000 nouveaux logements tandis que des immeubles de bureaux modernes accueilleront 25 000 emplois au sein de quatre projets urbains distincts : Saint-Jean Belcier, Garonne Eiffel Bordeaux/Floirac (de l’autre côté de la Garonne), Bègles Faisceau et Bègles Garonne. Cinq milliards d’investissements publics et privés sont prévus. Des moyens à la hauteur de l’ambition d’une agglomération qui souhaite compter sur la scène européenne et se mobilise pour conjuguer sa qualité de vie avec une modernité faite d’innovation et de développement durable.
La mobilité est au cœur du projet. Pour absorber une augmentation prévue du nombre de passagers fréquentant la gare de Bordeaux de 10 à 18 millions à l’horizon 2020, Euratlantique créera un hub multimodal. Il articulera les déplacements européens et nationaux de la LGV, régionaux des TER (qui seront cadencés et plus fiables grâce à des lignes dédiées), métropolitains (outre le tramway, plusieurs lignes de transport en commun en site propre seront créées) et locaux grâce au « VIP » (vélo intermodalité piétons), un anneau d’espaces publics sans voitures reliant la gare aux quais. « Le VIP est la manière choisie par Bernard Reichen, urbaniste de réputation mondiale, pour accompagner le passage des 300 km/h de la LGV à la ville à 10 km/h des piétons et des vélos », explique Frédéric Brouard, responsable de la Communication chez Euratlantique.
Ce VIP structure le projet urbain Saint-Jean Belcier, le quartier le plus proche de la gare, qui mêlera un quartier d’affaires dédié au tertiaire supérieur (finance, assurances) et au numérique (voir l’entretien avec d’André Delpont p. 40) dont les premiers bureaux seront livrés en 2017, avec des logements (à partir de 2018). Ce quartier est emblématique de la manière de procéder d’Euratlantique, basée sur la concertation, la mixité des espaces et la conservation du patrimoine. « Dans les années 60, on détruisait et on faisait des grands ensembles avec une nouvelle architecture. En 2015, on fait dans la dentelle », témoigne Frédéric Brouard, qui consacre beaucoup de son temps à la concertation. « Ce projet est un nouveau morceau de ville. » Jusqu’à présent, le quartier Belcier était isolé du reste de la ville, entre voies ferrées, friches ferroviaires, le MIN (Marché d’intérêt national) et le quai de Paludate avec son ancien abattoir. Quartier de la gare avec ses SDF, ses prostituées et ses boîtes de nuit, Belcier a longtemps été mis de côté. « Quand Euratlantique a été lancé avec son projet de ramener du monde, des commerces, des services, les habitants l’ont vu comme leur salut », affirme Frédéric Brouard. Le cœur du quartier avec ses petites maisons sera donc conservé en l’état et préservé de la circulation automobile. La métamorphose se fera en essayant de conserver le patrimoine de valeur : la gare de Brienne, le centre du tri postal, la halle des abattoirs… Le MIN restera sur place, mais s’ouvrira davantage sur le quartier. Le totem du quartier Belcier sera la Meca (Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine), un bâtiment à l’architecture remarquable qui ouvrira ses portes en 2017 en bord de Garonne. Sur 145 hectares, on y trouvera 3 700 logements, 285 000 m² de bureaux (parmi lesquels le siège de la direction régionale de la Caisse d’Epargne Aquitaine-Poitou-Charentes dont la première pierre a été posée récemment), 45 000 m² d’hôtels, 90 000 m² d’équipements et de services (dont une piscine en bord de Garonne), 15 000 m² de commerces de proximité et 12 hectares d’espaces verts. « Le but est de reconstruire l’anarchie urbaine, de donner envie aux gens d’y vivre et de s’y promener la semaine comme le week-end, indique André Delpont, expert conseil Economie chez Euratlantique. C’est pourquoi nous avons fait le choix de la mixité bureaux/logements partout, y compris au sein de chaque immeuble. »
Parmi la myriade de projets portés par Euratlantique, on peut évoquer, sur la zone Bègles Faisceau, la Cité numérique qui concentrera sur les 27 000 m² rénovés d’un ancien tri postal de très nombreuses start-up du numérique à partir de 2016. Ou Newton, un cluster économique autour de la croissante verte qui ouvre cette année sur une ancienne friche de 4,5 hectares en cœur de ville. Et le pont Jean-Jacques Bos, un audacieux projet conçu par Rem Koolhaas avec un espace équitablement partagé entre piétons, vélos, transports en commun et automobiles, transformable en lieu de vie entre Belcier et Floirac. Une chose est sûre, la perspective de l’arrivée de la LGV à Bordeaux a créé un dynamisme urbain qui n’est pas prêt de s’arrêter !
Catherine Sanson-Stern
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Dédoublement de la gare Saint-Jean pour accueillir la LGV
La gare Saint-Jean se prépare à l’arrivée de la LGV dans deux ans. 14 chantiers sont en cours, le plus impressionnant étant celui de la rénovation de la grande halle de 17 400 m2.
A deux ans de l’arrivée de la LGV à Bordeaux, qui devrait faire exploser le nombre de voyageurs de 10 à 18 millions par an, c’est l’effervescence à la gare Saint-Jean. Pas moins de 14 chantiers sont en cours pour un coût total de 200 millions d’euros ! « C’est un des plus gros chantiers de France actuellement », souligne Stéphane Bousquet, directeur du projet d’extension de la gare pour SNCF Gares & Connexions.
Le plus visible et impressionnant est sans doute la rénovation de la grande halle voyageurs, une des plus grandes d’Europe avec ses 17 400 m². Une forêt d’échafaudages d’une dizaine de mètres de haut masque aux voyageurs ce superbe témoin de la révolution industrielle datant de 1898. Inscrite aux monuments historiques, la halle n’a jamais été refaite et nécessite une rénovation complète d’une durée de 20 mois, qui sera achevée au deuxième trimestre 2016. Le coût de 46 millions d’euros est financé à 96 % par RFF et à 4 % par le ministère de la Culture au titre des monuments historiques.
Mais le projet qui changera le plus profondément la perception de la gare de Bordeaux est son extension, et par là même son ouverture, sur sa partie arrière et le quartier Belcier, la transformant en gare double face. La gare bis a été confiée à Jean-Marie Duthilleul. Elle doit être achevée pour l'arrivée de la LGV. Au sud de la gare Saint-Jean, un pont enjambant les voies, conçu par Marc Mimram, sera livré en 2018.
Le nouveau parvis (aménagé par Euratlantique) sera accessible aux piétons, aux vélos, aux taxis et aux transports en commun et une nouvelle halle voyageurs de 2 500 m², comparable à celle de la gare Saint-Jean, proposera 1 800 m² de services et de commerces. « Nous apporterons aux voyageurs des services et des espaces supplémentaires, en lien avec les aménagements urbains, explique Stéphane Bousquet. Nous répondrons notamment aux besoins de stationnement car la LGV drainera des passagers de toute la région qui viendront essentiellement en voiture, même si beaucoup sera fait pour développer les transports en commun. » Deux parkings de 1 600 places s’ajouteront aux 500 places existantes : dès 2017, un parking de 860 places sera créé sur sept niveaux (dont un au sous-sol réservé à la dépose-minute) avec une vélostation sécurisée de 370 places suivie, en 2019, par un parking de 750 places autos et 150 places vélos. L’investissement se monte à 73 millions d’euros dont 53 % pris en charge par Vinci Park, futur gestionnaire des parkings, et 27 % par Gares & Connexions.
Les autres chantiers sont notamment la création d’une station de maintenance TGV de 600 m², avec deux voies sur pilotis de 500 m (31 millions d’euros, livré fin 2015) et d’un atelier de maintenance des TER de 2 000 m² pour accueillir les nouveaux matériels Régiolis et Regio 2N (24 millions, livré début 2016). Mais aussi la construction de deux nouvelles voies au nord de la gare Saint-Jean pour supprimer le « bouchon ferroviaire de Bordeaux » (245 millions, livrées fin 2016), le renouvellement de sept voies (11 millions, achevé) et la mise en accessibilité des quais (15 millions, achevée mi-2017).
Catherine Sanson-Stern
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Bernard Reichen :
« La voiture ne dessine plus la ville »L’agence Reichen et Robert & associés est l’architecte en chef du quartier Bordeaux-Saint-Jean/Belcier, qui occupe environ 170 ha de l’ensemble du périmètre de l’OIN Euratlantique. Un nouveau quartier dans lequel va prendre place la gare bis, le nouvel accès à Bordeaux-Saint-Jean, de l’autre côté des voies. Quartier délaissé, Belcier se métamorphose pour une part en quartier « VIP ». Une appellation que décode pour nous Bernard Reichen.
Ville, Rail & Transports. Toute une partie de Belcier devient un quartier VIP. Qu’entendez-vous par là ?
Bernard Reichen. Nous avons voulu donner un nom ronflant à quelque chose qui est l’antithèse de la grande vitesse. Nous avons réalisé une boucle de 3 kilomètres, que délimite le dernier kilomètre du quai de la Garonne, un kilomètre longeant les voies, où sera la nouvelle gare, et une rue/jardin. Ce triangle, nous l’avons appelé espace VIP… ce qui veut dire tout simplement « vélo intermodalité piéton ». Nous nous sommes dit : quand on arrive à Bordeaux, dans les quartiers historiques, et presque au cœur historique, il n’y a aucune raison de ne pas entériner la rupture entre la grande vitesse et une ville qui a choisi le tramway, la marche à pied. L’échelle de temporalité que l’on a dans la ville, on doit la comprendre sur le champ.VR&T. Comment le situer dans le nouveau Bordeaux ?
B. R. C’est un site rêvé. Autour de la gare ancienne, il y a tout un territoire industriel qui ne demande qu’à être transformé. Ce n’est pas la gare seule qui fait le développement, c’est la réorganisation de l’endroit où elle se trouve. Le travail qui a été fait depuis des années avec les Bassins à flot et le dessin des quais par Corajoud arrive maintenant à sa concrétisation. On est dans le dernier kilomètre de cette magnifique courbe de la Garonne.
D’habitude, on réalise deux ponts par siècle. Bordeaux fait deux ponts en une génération. D’un côté le nouveau pont [le pont levant Chaban-Delmas, NDLR], de l’autre un grand pont fait par OMA qui va être très spectaculaire, extrêmement intéressant. Ces deux ponts représentent un bornage de la ville dans ses deux extrémités.VR&T. A propos de l’ancien quartier Belcier vous parlez de « back-office ». Qu’est-ce à dire ?
B. R. Les grandes villes avaient concentré plus ou moins dans le secteur ferroviaire leur principe de logistique. On assiste aujourd’hui à une mutation du foncier autour du domaine ferroviaire. Dans ce quartier Belcier, nous avions le Marché d’intérêt national (MIN), les abattoirs, un centre de traitement de déchets, le tri postal, des chais… Tout est imbriqué. Ce sont des territoires issus du monde ferroviaire du début du XXe siècle. Le tri postal va s’en aller ailleurs, les abattoirs sont partis. Le MIN va rester. On pourrait dire qu’il n’a rien à faire là, mais il a sa propre économie, personne n’a pris la responsabilité de le faire partir. Tant mieux. C’est un fantastique espace de 20 ha près de l’eau.
Chaque domaine va se moderniser pour lui-même. Chaque domaine va devoir apporter à son environnement des façades urbaines. L’ensemble de ces domaines sont reliés par un domaine public relativement autonome, qui n’est pas la résultante du plan de circulation ni du bâti. Cela fait une forme urbaine particulière.VR&T. Quel en est la particularité ?
B. R. Notre VIP, c’est un tracé, mais ce n’est pas un tracé comme on le faisait avant. Ce n’est pas un axe. Il est déconnecté de la voiture. On part du principe que la voiture ne dessine plus la ville. Dans ce quartier, nous avions la possibilité de créer un espace autonome déconnecté des voiries, et d’associer les vélos, les piétons à des jardins.
Propos recueillis par F. D.—————
Trois questions à André Delpont, expert conseil Economie/Europe chez Euratlantique : « L’effet d’anticipation est meilleur qu’à Lille à la même période »
Ville, Rail & Transports. Pouvez-vous nous préciser ce qu’est Bordeaux Euratlantique et quels sont ses enjeux ?
André Delpont. Bordeaux Euratlantique est un projet d’aménagement au service du territoire et de la valorisation de la LGV. C’est une opération d’intérêt nationale mise en œuvre par un établissement public d’aménagement créé en 2010, avec une implication financière de l’Etat. J’y vois trois enjeux : désenclavement, développement durable et business. D’abord, le désenclavement avec le TGV qui met Bordeaux à 2 heures de Paris et en fait la grande banlieue de la mégapole européenne. Ensuite, le développement durable. Un des facteurs de succès de Bordeaux est son attractivité résidentielle, avec une demande de vie saine. Pour être exemplaire, il ne faut pas laisser les nouveaux habitants s’installer partout mais les recentrer vers le cœur de l’agglomération avec un cadre urbain de qualité. Enfin, le business. L’atout maître de Bordeaux est l’éco-innovation : l’innovation issue du croisement de plusieurs secteurs. Au sein du schéma de développement pour la métropole, les clusters économiques sont identifiés avec des lieux (Ecoparc, Aéroparc, route des Lasers…). Notre objectif est de faire d’Euratlantique un lieu dédié au tertiaire supérieur, à la finance et au numérique, des secteurs au croisement de la technologie et des services qui vont bien au cœur de la ville.VR&T. Comment comptez-vous attirer les entreprises ?
A. D. Nous ne sommes pas inquiets sur le succès de Bordeaux Euratlantique car les entreprises achètent un écosystème. Bordeaux attire les jeunes cerveaux qui veulent y vivre et travailler. Les entreprises les trouveront sur place ou auront de la facilité à les faire venir. Nous avons créé l’association « Bordeaux place financière et tertiaire », qui réunit les grands noms de la finance et du conseil installés chez nous afin d’attirer d’autres banques et assurances. Nous avons aussi créé la Cité numérique dans un ancien centre de tri postal, sur le modèle du cluster numérique de Lille, afin de permettre la convergence des entreprises du jeu vidéo, des SSII… Plusieurs start-up s’y sont déjà installées. Sur 500 000 m² de bureaux à construire d’ici 2030, 100 000 seront livrés d’ici 2017 et on connaît déjà les occupants de 50 000 m² : la Caisse d’Epargne Aquitaine Poitou-Charentes dont le siège est en construction sur le quai de Paludate, Mazars, Orange, Suez, Société Générale, Régus…VR&T. Pour l’instant il s’agit surtout de relocalisation de directions régionales ou d’entreprises locales. Pensez-vous attirer au-delà ?
A. D. Nous avons mené une opération séduction avec « Bordeaux place financière et tertiaire » à Bruxelles en septembre 2014 et à Londres en juin 2015. Depuis trois ou quatre mois, des entreprises parisiennes et internationales arrivent. L’Agence Bordeaux Gironde Investissements n’a jamais eu autant de demandes d’information que depuis six mois. L’effet d’anticipation est meilleur qu’à Lille à la même période. En 1991, lorsque Bordeaux s’est retrouvé à 3 heures de Paris en TGV, il ne s’est rien passé, contrairement à Marseille. Ce coup-ci, on ne ratera pas le coche !
Propos recueillis par Catherine Sanson-Stern

Sécurité ferroviaire Brétigny, deux ans après
Indemnisation des victimes, où en est-on ?
C’est l’accident ferroviaire le plus grave en France depuis plus de 25 ans. Dans le déraillement de Brétigny le 12 juillet 2013, trois personnes à bord et quatre sur le quai ont trouvé la mort. 70 autres ont été blessées. La SNCF a aussitôt fait savoir qu’elle en assumerait toutes les conséquences. Et pour l’indemnisation des victimes, elle souhaitait « aller vite ». C’est la proposition d’indemnisation à l’amiable qui a été retenue. Deux ans après, comment ces sommes ont été déterminées et où en est cette procédure ? Avant qu’aucune démarche ne soit lancée, la SNCF décidait, juste après l’accident, de proposer une aide de première urgence aux victimes séjournant à l’hôpital et aux proches des personnes décédées. Des aides qui ont pu aller jusqu’à 50 000 euros et qui ne seront pas déduites des indemnisations finales. Autre mesure exceptionnelle : la mise en place pour la première fois lors d’un accident de transport terrestre d’une mission de coordination d’ensemble du dispositif d’aide aux victimes, confiée à un haut fonctionnaire, Philippe Cèbe. Au 31 mai dernier, sur 216 personnes qui ont déclaré un dommage corporel physique ou psychologique, 212 avaient reçu une offre d’indemnisation. Et 106 l’ont déjà acceptée. Ils l’ont soit perçue, soit vont la percevoir rapidement. Pour solde de tout compte. Ce qui ne les empêche pas de se porter partie civile au procès. Philippe Cèbe précise que « la volonté de la SNCF est de faire en sorte que les victimes n’aient pas intérêt à rechercher une solution judiciaire ». Toutes les parties que nous avons consultées s’accordent là-dessus : SNCF a fait des offres d’indemnisation « plutôt au-dessus de ce que la justice propose en pareil cas ». Reste le dispositif particulier d’indemnisation des proches des personnes décédées. Traitées à part. Plusieurs ont refusé l’offre amiable. Préférant attendre l’issue du procès. Car, justifie Thierry Gomez, président de l’association Entraide et défense des victimes de la catastrophe de Brétigny : « Les victimes comptent sur le procès pour faire apparaître les causes profondes de l’accident. »
Ch. B.
L’enquête manque-t-elle de moyens ?
Manque de moyens. C’est ce qu’ont fait valoir les trois juges d’instruction chargés d’enquêter sur l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge en 2013 pour demander à être dessaisis du dossier. Dans un courrier adressé au procureur en début d’année, les magistrats ont en effet proposé que l’enquête sur l’accident, qui a fait sept morts le 12 juillet 2013 lors du déraillement du train Intercités 3657 Paris – Limoges, soit transmise au pôle spécialisé en matière d’accidents collectifs au tribunal de grande instance de Paris, selon le procureur Eric Lallement, confirmant une information du Parisien du 18 juin.
Les juges estiment que « l’ampleur exceptionnelle des investigations menées et à mener, la technicité du domaine, le volume du dossier nécessitent de considérer que le traitement de cette seule affaire correspond à un équivalent temps plein de magistrat instructeur et de greffier ». Mais le procureur de la République d’Evry a rejeté cette demande. Si l’enquête avait été transférée à Paris, « il y aurait eu une perte de connaissance du dossier », a-t-il expliqué à l’AFP.
Pour Eric Lallement, cette demande fait partie d’un « dialogue institutionnel normal entre des juges d’instruction et un procureur ». Avant d’ajouter : « Il n’y aura pas d’incidence sur le traitement du dossier. »
De son côté, Christiane Taubira, la ministre de la Justice a réagi en promettant, le 23 juin, des moyens supplémentaires « si nécessaire ». Notamment la nomination d’un juge d’instruction supplémentaire. Celui-ci est attendu en septembre.
Rappelons qu’en septembre 2014, les juges avaient mis en examen la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) en tant que personnes morales pour « homicides et blessures involontaires ». Les experts judiciaires avaient en effet auparavant sévèrement mis en cause un « déficit » de maintenance.
Un déficit également dénoncé par les organisations syndicales qui ont fait appel, via le CHSCT, au cabinet Aptéis pour établir un diagnostic. Celui-ci évoque des « dysfonctionnements organisationnels ».
La SNCF a depuis contre-attaqué : début 2015, elle contestait « fermement » l’expertise métallurgique et demandait une expertise complémentaire. Parallèlement, la société nationale, qui a toujours affirmé vouloir prendre toute sa responsabilité, a engagé une nouvelle organisation de la maintenance via son plan Vigirail. Doté d’un budget de 410 millions d’euros sur quatre ans, ce programme doit renforcer la sécurité des appareils de voie et moderniser la maintenance, tout en répondant aux recommandations émises à la suite de l’accident par le Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT). Une des mesures phares consiste à passer de 326 aiguillages renouvelés en 2013 à 500 en 2017 (dont la moitié en Ile-de-France).
« Brétigny a été un accélérateur du plan Vigirail qui était prévu depuis quelque temps », précise Didier Mathis, secrétaire fédéral à l’Unsa. Avec certaines mesures, « on est en train de passer en quelques mois du XIXe au XXIe siècle ! », estime le syndicaliste. D’où l’importance de la formation selon lui, comme pour les autres syndicats.
En revanche, il reste un gros « point noir », poursuit Didier Mathis : les référentiels de maintenance. « Il était prévu de les améliorer en les simplifiant. Mais on continue à avoir pléthore de référentiels. La première mouture proposée était si compliquée qu’une deuxième version a dû être écrite. » Enfin, estime-t-il, alors qu’Alain Vidalies, dès son entrée en fonction il y a quelques mois, a fait de la maintenance une priorité, « il n’y a pas eu d’évolution de ce point de vue-là. Car pour l’heure, la priorité va au renouvellement et à l’investissement mais pas à la maintenance classique ».Marie-Hélène POINGT
Quelles nouveautés pour la sécurité du réseau ?« Notre ambition est de renforcer encore la sécurité ferroviaire », a déclaré Pierre Izard, directeur général SNCF du Système ferroviaire, en présentant le 6 juillet à la presse le programme d’actions Prisme. Ce nom est l’acronyme de six axes : « P » pour les comportements proactifs à développer en apprenant des erreurs et des problèmes ; « R » pour le management par les risques à installer en anticipant, identifiant et priorisant les actions ; « I » pour les interfaces à maîtriser en luttant contre les cloisonnements ; « S » pour la simplification des procédures et modes de fonctionnement ; « M » pour les « conditions managériales » à créer « pour l’engagement de tous » (en clair, réduire au maximum le risque d’un incident) ; et « E » pour les équipements innovants.
Ce programme aux côtés incantatoires découle d’une démarche « excellence sécurité », fruit d’une convention signée le 3 février dernier par les présidents Pepy et Rapoport en s’appuyant sur les résultats de l’enquête interne « Voie libre », réalisée à l’automne 2014. En complément, un comité d’experts (du RSSB britannique et de la RATP) observe les pratiques de la SNCF et rendra un rapport final octobre prochain, alors qu’un groupe de travail du conseil d’administration de SNCF Mobilités a pour mission de « challenger » les actions à venir.
Reste à voir l’impact de ce programme, diffusé au sein de la SNCF et parfois doublonnant avec Vigirail, alors que de l’aveu même de Claude Solard, directeur général délégué Sécurité, Innovation et Performance industrielle à la SNCF, « il y a eu dégradation des pratiques de maintenance en 2014 ». A moins que ceci n’explique justement cela…
« Si j’avais un mot pour décrire la phase actuelle, c’est “industrialisation.” » C’est en ces termes que Claude Solard a fait le point sur l’avancement de Vigirail, qui a fait l’objet d’un deuxième bilan annuel auprès du conseil d’administration de la SNCF, le 25 juin. Lancé en octobre 2013, soit trois mois après le déraillement de Brétigny, ce plan chiffré à 410 millions d’euros s’est traduit par un programme détaillé de sept actions pour moderniser la maintenance des aiguillages et en renforcer la sécurité.
Le premier objectif de Vigirail était de passer à 500 appareils de voie renouvelés par an d’ici 2017, contre 326 en 2013. Après benchmark européen, la décision a été prise de mettre en œuvre des grues Kirow pour la pose d’appareils de voie préfabriqués. Reste à optimiser ce processus d’industrialisation : « Nous sommes en train d'acheter des wagons pupitres » pour l’acheminement par modules préfabriqués d’appareils de voie, précise Claude Solard. Cette mesure, qui permettra d’augmenter le rythme de renouvellement des aiguillages, représente à elle seule presque les trois quarts de l’enveloppe de Vigirail (300 millions d’euros).
Deuxième poste de Vigirail pour l’investissement consenti (80 millions d’euros) : l’analyse et le contrôle des rails par vidéo ont bien avancé. De fait, « la détection automatique, ce n’est pas si nouveau », souligne Claude Solard, qui rappelle que la SNCF disposait déjà de l’expérience acquise avec la rame TGV Iris 320 avant de lancer ce projet intitulé Surveille. Incorporés dans la trame de maintenance en 2015, les trois engins d’inspection « voient bien, voire mieux que les cheminots sur la voie » et assurent actuellement 20 % du contrôle des rails.
Dénommée « traçabilité », la troisième action de Vigirail a été dotée de 20 millions d’euros et n’attend plus que le déploiement, prévu pour l’automne prochain, des applications que les agents pourront mettre en œuvre sur les 13 000 tablettes Samsung Galaxy déployées à cet effet.
Chiffrée à trois millions d’euros, l’alerte express est opérationnelle : depuis le printemps 2015, toute personne, cheminot ou non, peut signaler une anomalie au téléphone. 90 % des appels sont le fait de cheminots et 5 000 signalements ont été reçus, dont 85 % traités en une semaine.
Les nouveaux outils de formation (4 millions d’euros), tels des vidéos interactives 3D, sont en cours d’industrialisation et ceux liés aux tournées de surveillance sont déjà diffusés.
Quant aux questions de simplification (3 millions d’euros) et des assemblages boulonnés, essentiellement techniques, elles sont liées à des adaptations aux conditions locales, après expérimentations, et devraient donner lieu à des conclusions dans un an.
Patrick LAVAL———————————
Le Stif engage enfin la rénovation de la gare de Brétigny
C’est un hasard du calendrier. Deux ans presque jour pour jour après la catastrophe, le Stif va engager les études pour défaire le nœud de Brétigny. Des travaux et un projet qui n’ont rien à voir avec l’accident de juillet 2013. Ce sont 18 millions qui ont été engagés le 8 juillet par le conseil du Stif, sur une liste, particulièrement chargée, de décisions portant notamment sur la mise en œuvre des schémas directeurs des RER.
Les études de Brétigny seront payées par la SGP, dans le cadre de l’accord qui lui fait acquitter deux milliards pour les travaux du plan de mobilisation. « Le dossier est relancé », se félicite Marc Pélissier, président de la Fnaut Ile-de-France… qui trouve tout de même qu’on a « progressé bien lentement ».
En effet, le nœud de Brétigny figurait dans les opérations prioritaires du plan de mobilisation d’Ile de France ayant fait l’objet en 2011 d’un accord global Etat-région. L’idée, c’est de créer une vraie gare terminus à Brétigny, où déjà certains trains arrêtent leur parcours. Il faut réaliser un saut-de-mouton, créer un nouveau quai, revoir la signalisation et le poste d’aiguillage.
Après un premier projet trop coûteux qu’il a fallu reprendre, l’affaire semble cette fois bien engagée, même s’il faudra attendre 2021 pour que soit livrée la première phase d’une opération dont le montant global est estimé à 300 millions d’euros.