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  • Une ligne mixte pour prolonger la LGV Méditerranée

    Une ligne mixte pour prolonger la LGV Méditerranée

    En octobre 2017, la ligne à grande vitesse Méditerranée va se prolonger un peu plus côté Languedoc avec la mise en service du contournement de Nîmes – Montpellier (CNM). TGV et trains de fret se côtoieront sur ce nouveau tronçon de 60 kilomètres. Une mixité qui a conditionné la conception générale de la ligne, celle des ouvrages d’art et impose une double signalisation.

    Entre Manduel, à l’est de Nîmes, et Lattes, à l’ouest de Montpellier, la LGV de contournement de Nîmes et Montpellier (CNM) va prolonger à partir d’octobre 2017 la ligne à grande vitesse Méditerranée ouverte depuis juin 2001. Elle s’inscrit dans les objectifs du Grenelle de l’environnement prévoyant le lancement de 2 000 km additionnels de LGV sur le réseau national d’ici 2020. Ce nouveau tronçon représente lui-même un peu le trait d’union avec le projet de ligne nouvelle à construire de Montpellier à Perpignan pour rejoindre la section internationale Perpignan – Figueras mise en service en 2010, elle-même prolongée jusqu'à Barcelone fin 2013. La ligne CNM proprement dite est longue de 60 km auxquels s’ajoutent 20 km de raccordements au réseau existant, répartis en 10 km de liaisons sur la rive droite du Rhône et 10 km vers Jonquières, Lattes et Manduel. Les enjeux sont nombreux. Tout d’abord, accroître l’attractivité du transport de voyageurs à grande vitesse vers le sud de la France, l’Espagne et sur l’axe Nice – Bordeaux. Les TGV qui circuleront dessus à 220 km/h dans un premier temps offriront des gains d’une vingtaine de minutes sur les trajets. Montpellier sera ainsi à 1 heure 10 de Marseille, 1 heure 30 de Lyon, 3 heures de Paris et 4 heures 30 de Lille. Ensuite, le report des TGV sur cette ligne nouvelle va permettre d’accroître l’offre des trains régionaux en Languedoc-Roussillon. Grâce à la libération de sillons, un trafic TER supplémentaire de 30 % est envisagé sur la ligne classique qui, avec environ 230 trains au quotidien – TGV, TER et fret confondus – est aujourd’hui proche de la saturation. L’objectif du conseil régional Languedoc-Roussillon étant de pouvoir offrir en heure de pointe un train régional toutes les quinze à vingt minutes. Un espoir est aussi fondé sur un report significatif du fret de la route vers le rail. Soit potentiellement 10 millions de tonnes par an, ou encore 3 000 poids lourds en moins chaque jour sur l’autoroute. Des poids lourds dont le nombre à la frontière espagnole du Perthus a été multiplié par cinq en vingt ans ! Pour la région le projet représente aussi plus d’un milliard d’euros de retombées économiques. Enfin les quatre années de chantier sont créatrices de 6 000 emplois par an, directs et indirects.
    La grande particularité de la ligne CNM, c’est donc sa conception d’emblée pour permettre la circulation à la fois de rames TGV et de trains fret à 100-120 km/h. Certains n’hésitent pas à annoncer cette mixité comme « une première sur le réseau ». Pas tout à fait. Même si les trafics actuels sont loin de ceux espérés (voir VR&T n° 575), TGV, AVE espagnols et convois de marchandises se côtoient déjà sur les 44 km de la LGV internationale Perpignan – Figueras. Mi-2017, avec la mise en service de la ligne nouvelle Bretagne – Pays de la Loire en construction, des trains de fret pourront aussi circuler sur un peu plus d’une vingtaine de kilomètres du contournement du Mans. Dès l’origine, cette future cohabitation sur Nîmes – Montpellier a représenté un défi majeur pour les concepteurs du projet. RFF tout d’abord qui a mené cinq années d’études ayant permis d’aboutir à la déclaration d’utilité publique le 17 mai 2005, suivies d’un programme d’études complémentaires visant à élaborer l’avant-projet sommaire. En juillet 2012, la maîtrise d’ouvrage de CNM est confiée officiellement à Oc’Via, société créée spécialement dont Bouygues est l’un des actionnaires. Le contrat de partenariat public privé (PPP) d’une durée de 25 ans vise à financer, concevoir, construire et maintenir la ligne jusqu’en 2037. Au constructeur alors de relever le défi. « C’est un challenge. La mixité induit le sur-mesure », résume Thierry Parizot, directeur général d’Oc’Via (voir entretien page 60). La déclivité devant être limitée (13,5 mm/m maximum ponctuellement) pour autoriser la circulation des trains de fret, la ligne a dû être bâtie presque à plat. Ceux-ci étant plus lourds que les rames TGV, la prise en compte d’une majoration des charges ferroviaires de 33 % (25 tonnes à l’essieu retenu ici contre 17 tonnes pour les TGV), et les sollicitations plus élevées sur les tabliers des viaducs ont fortement influencé le dimensionnement des fondations et des structures d’ouvrages.
    Bien qu’elle soit construite en plaine, la ligne en concentre une densité inédite. Ses 80 km de linéaire comptent 176 ouvrages d’art courants et 12 non-courants, dont 11 viaducs qui franchissent l’autoroute A54, la RN113, le Vidourle, le Vistre et la Sarelle, le Lez et la Lironde. Le douzième est la tranchée de Manduel. Tout cela équivaut à un ouvrage tous les 450 m environ. A comparer à une moyenne de 860 m sur la ligne Sud Europe Atlantique (Tours – Bordeaux) et de 1 054 m sur celle Bretagne – Pays de la Loire (Le Mans – Rennes). Outre cette densité élevée, CNM se caractérise par une large palette de types d’ouvrages dont la réalisation a été dictée par des contraintes de planning, d’organisation, des exigences techniques et environnementales. Les ouvrages courants comportent ainsi des monotravées, des multitravée, des préfabriqués… Dans les non-courants, on trouve un bowstring métallique mixte, un Warren métallique, deux mixtes bipoutres, cinq quadripoutres en béton armé préfabriquées… Une multiplicité d’ouvrages et de techniques mises en œuvre qui a incité la direction Technique Infrastructures, composée de 25 personnes en pointe, rattachée à la direction de Projet d’Oc’Via, « à définir les lots études en fonction du type d’ouvrages plutôt que de choisir un découpage par tronçons géographiques, explique Dominique Regallet, directeur technique au sein d’Oc’Via Construction. Le planning du projet très tendu et les équipes travaux étant mobilisées simultanément sur l’ensemble du tracé, environ 30 à 40 % des ouvrages ont dû faire l’objet d’un processus d’études accéléré, nécessitant des ressources adéquates à tous les échelons de la chaîne de production et de contrôle ». Cette DT Infra a été créée pour gérer le développement des études d’exécution réalisées par une douzaine de bureaux d’études sous-traitants. Systra et Setec sont, pour leur part, pilotes de la maîtrise d’œuvre conception-construction.
    Michel BARBERON
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    Un projet de 2,28 milliards d’euros

    Avec les deux gares nouvelles prévues et les autres missions réalisées par SNCF Réseau (ex-RFF), le financement global du projet CNM s’élève à 2,28 milliards d’euros. La moitié provient de l’Etat, 30 % des collectivités locales, 20 % de SNCF Réseau. Le contrat PPP proprement dit est estimé à 1,8 milliard d’euros. 594 millions d’euros sont des subventions publiques de la région Languedoc-Roussillon, du conseil général du Gard, de la communauté d’agglomération de Nîmes, de la communauté d’agglomération de Montpellier, de SNCF Réseau. Le reste est assuré par Oc’Via (117 millions en fonds propres) et par des prêts bancaires atteignant 1,052 milliard d’euros.

    La LGV en chiffres

    Longueur : 60 km de Manduel à Lattes.
    Raccordements : 20 km (Lattes, Redessan, Jonquière, Saint-Gervasy, Virgulette).
    Matériaux : 9,1 millions de m3, cinq zones d’emprunt (ligne majoritairement construite en remblais).
    Béton : 310 000 m3.
    Ecrans phoniques : 37 km.
    Gares nouvelles : Deux. Montpellier-Odysseum (plate-forme à huit voies, livraison en 2017) ; Nîmes-Manduel (plate-forme à quatre voies, livrée en 2020).
    Longs rails soudés : 17 500 tonnes.
    Traverses monoblocs béton : 211 000.
    Appareils de voie : 28.
    Ballast : 620 000 tonnes.
    Poteaux caténaire : 6 500.


    Les acteurs

    Maîtrise d’ouvrage (hors gares et jonctions) : Oc’Via constitué pour l’essentiel de Méridian Infrastructure (53 %) et Fideppp (27 %).
    Maîtrise d’œuvre Ingénierie, pilotes : Systra, Setec.
    Construction de la ligne : Oc‘Via Construction, GIE concepteur/constructeur (Bouygues, Colas, Colas Rail, Alstom, Spie Batignolles).
    Design général de la ligne : Cabinet d’architecture Alain Spielmann.
    Entretien de la ligne jusqu’en 2037 : Oc’Via Maintenance (mêmes acteurs que Oc’Via Construction).
     

    Les dates

    Mai 2005 : déclaration d’utilité publique.
    Janvier 2012 : Oc’Via désigné titulaire pressenti.
    28 juin 2012 : signature du contrat PPP de 25 ans. Oc’Via devient maître d’ouvrage du CNM (hors gares et jonctions).
    Juillet 2012-fin 2013 : procédures loi sur l’eau, inventaire faune et flore, acquisitions foncières, fouilles archéologiques, déviations des réseaux.
    Fin 2013 : démarrage des terrassements et du génie civil.
    Fin 2015 : début des équipements ferroviaires.
    Mi 2017 : essais et tests.
    Octobre 2017 : mise en service.

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    « La mixité du trafic induit le sur-mesure »
    Entretien avec Thierry Parizot, directeur général d’Oc’Via

    Ville Rail & Transports. Pourquoi avoir créé Oc’Via ?
    Thierry Parizot.
    Lors de l’appel d’offres, un groupement, dont Bouygues TP était mandataire, a mené l’ensemble du dialogue compétitif et toute la phase études. Etant nommés attributaire pressenti pour le contrat de partenariat public-privé en janvier 2012, nous avons créé Oc’Via dont Bouygues Construction et ses filiales sont l’un des actionnaires. L’essentiel de l’actionnariat de la société du projet, la maîtrise d’ouvrage que je représente, est constitué d’investisseurs financiers.

    VR&T. En quoi cette ligne est-elle particulière ?
    T. P.
    La mixité du trafic est un premier challenge. C’est une donnée d’entrée source de contraintes qui exige de trouver les bons référentiels à appliquer. Comme il existe très peu de lignes bâties pour la grande vitesse qui reçoivent aussi des trains de marchandises, il y a par moments des difficultés à se raccrocher à l’existant. Clairement, la mixité induit le sur-mesure. Elle a aussi des impacts sur la conception comme les profils longitudinaux. Pour ne pas dépasser un certain pourcentage des rampes vis-à-vis des trains de fret, la ligne est quasiment à plat, ce qui a forcément joué sur toute l’optimisation des mouvements de matériaux.

    VR&T. Un peu plus de cinq ans entre l’attribution du contrat de PPP et la mise en service prévue en octobre 2017, Oc’Via n’a pas de temps à perdre.
    T. P.
    Le temps c’est de l’argent et un facteur essentiel de ce genre de PPP. Du début à la fin, il induit des organisations, des contraintes, des pressions. L’essentiel dans ce challenge temps était de respecter impérativement les 18 mois pour les études et obtenir toutes les autorisations administratives nécessaires au démarrage du chantier. Et, au final, assurer la livraison en octobre 2017. A partir du moment où cela a été tenu, c’est devenu un chantier de génie civil relativement traditionnel tel qu’on sait le pratiquer ailleurs. Si nécessaire, il suffit d’augmenter les moyens, les cadences.

    VR&T. Oc’Via a été confrontée à d’autres difficultés ?
    T. P.
    Après, mais là ce n’est pas inhérent à cette ligne-là et d’autres y sont confrontées de la même façon, c’est la multiplicité des acteurs. Par exemple sur les sujets hydrauliques, nous avons eu en face de nous les communes, les agglomérations de communes, les syndicats d’aménagement de tel et tel cours d’eau. Tout le monde y allait de sa demande, de son petit couplet, de ses exigences…

    VR&T. 60 km pour CNM, plus 20 km de raccordements, c’est relativement modeste par rapport aux deux autres LGV en construction.
    T. P.
    Nous voyons souvent nos confrères qui réalisent les lignes Bretagne – Pays de la Loire et Sud Europe Atlantique. Par rapport au chantier pharaonique SEA, notre ouvrage n’est pas le plus spectaculaire. C’est le plus petit en dimension, mais sans doute le plus complexe à réaliser, de part notamment la mixité. Technologiquement parlant, c’est compliqué d’avoir à gérer plusieurs systèmes de signalisation. Ce sont aussi des enjeux remarquables.

    VR&T. Les cinq années de construction vont être suivies de vingt ans d’entretien de la ligne. Vous avez déjà intégré cette notion de maintenance ?
    T. P.
    Depuis que nous avons démarré, Marc Thibaut, le mainteneur, est avec nous. Il a donné ses contraintes, ses spécifications détaillées au constructeur. L’équipe qui compte actuellement moins d’une dizaine de personnes va s’étoffer petit à petit pour atteindre le nombre de 45 à la mise en service. Elles assureront ensuite la maintenance pendant vingt ans. Un bâtiment spécifique avec les installations habituelles de stockage de matériaux, les engins, va être créé à environ 1,5 km de la base-travaux actuelle.
    Propos recueillis par Michel BARBERON

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    Insertion, risque pollution, transparence hydraulique… Les défis environnementaux

    Insérer au mieux la ligne nouvelle dans les territoires traversés a constitué là encore un défi. Car CNM possède son lot de contraintes environnementales à respecter. Deux zones Natura 2000 touchées, quelque 126 espèces protégées recensées. L’agriculture à prendre en compte avec des productions à forte valeur ajoutée comme les vignobles d’appellation d’origine contrôlée, des serres, du maraîchage et des cultures annuelles. Le bruit qui devra être limité à 58 dB la nuit et 63 dB le jour… A noter aussi une anticipation sur la maîtrise de risques pour parer à toute pollution liée à d’éventuelles fuites de liquides provenant d’un train de fret. Un réseau de collecte des eaux sous forme de caniveaux en crête de plate-forme ou de fossés en pied de remblai a ainsi été créé dans les zones sensibles. Enfin, et cela n’a pas été le moindre des soucis, outre la préservation des milieux aquatiques sensibles, la ligne se doit aussi d’assurer la transparence hydraulique. C’est-à-dire ne perturber en aucune façon l’écoulement de l’eau, du moindre ruisseau à la grande rivière. Un sujet majeur pour les 31 communes méditerranéennes traversées qui sont, de plus, confrontées à des phénomènes climatiques récurrents : les fameux épisodes dits « cévenols » caractérisés par de très abondantes pluies sur de courtes périodes. Pour y parer, de nombreux ouvrages hydrauliques ont été créés tout au long de la ligne. 86 d’entre eux ont une largeur supérieure ou égale à 2,50 m, ceux d’ouverture inférieure dépassent les 90 unités. Le dimensionnement des grands viaducs a été adapté pour passer au-dessus de rivières dont le débit peut augmenter soudainement, mais aussi franchir les plaines inondables. Exemple dans le Gard avec celui du Vistre calculé pour des crues exceptionnelles : 530 m3/h, alors que le débit de pointe a atteint 400 m3/h lors d’une crue en 2005. Ses 87 m au-dessus de la rivière se prolongent par un ouvrage de décharge de 261 m qui passe au-dessus du ruisseau de la Sarelle et assure la transparence hydraulique de toute la plaine inondable. Situé sur la commune de Lattes, en périphérie de Montpellier, le viaduc du Lez et de la Lironde, qui avec ses 576 m est l’ouvrage non courant le plus long de la ligne, comporte lui aussi dans sa partie centrale une succession d’estacades calculées pour ne pas s’opposer aux inondations. Même principe pour les estacades de l’ouvrage de décharge du Vidourle, une rivière aux crues dévastatrices.    

    M. B.
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    « Donner une ligne à la ligne et faire aimer les ponts »
    Alain Spielmann, architecte

    Ville Rail & Transports. Comment vous êtes-vous intégré dans le projet CNM ?
    Alain Spielmann.
    A l’origine je faisais partie des équipes Bouygues qui ont répondu aux appels d’offres pour Sud Europe Atlantique, Bretagne – Pays de la Loire et Nîmes – Montpellier. Ce sont elles qui m’ont mandaté. Sur CNM, le travail a débuté dès le lancement du projet en 2008-2009. Pour mieux cerner les paysages, nous avons fait des reconnaissances à pied, en voiture et surtout aériennes : il était important de trouver ce qu’il convenait de réaliser pour donner une ligne à la ligne.

    VR&T. Quels ont été vos objectifs pour la conception générale de la ligne ?
    A. S.
    Ce devait être simple à construire, économique, esthétique, correspondre aux sites particuliers. Tout en apportant quelque chose aux habitants, car il y a plusieurs aspects dans une telle création. Le passage des trains bien sûr, mais aussi la coupure entre les paysages qui va devenir leur quotidien. Dans ma manière de travailler, j’ai donc beaucoup considéré ce que le public allait voir et comment il allait vivre avec ces ouvrages. Quand les premières lignes de chemin de fer ont été construites, il y avait une unité par secteur géographique comme sur le PLM, Paris – Lyon – Méditerranée. Pour moi, CNM c’est un peu comme PLM avec une unité de ligne.

    VR&T. Imaginer les ouvrages d’art exige une démarche particulière ?
    A. S.
    Les nombreux dessins m’ont permis de comprendre l’architecture locale et d’imaginer du très optimiste et très positif. Nous voulions que ce soit gai, heureux en restant simple malgré tout. Je souhaitais des ouvrages le plus bas possible, mais qui ne s’effacent pas cependant et affirment une présence. C’était réaliser une nouvelle génération de ponts donnant l’unité recherchée pour que, d’un bout à l’autre, la ligne soit reconnaissable tout en étant un peu diversifiée selon que l’on se trouve dans le Gard ou dans l’Hérault.

    VR&T. Comment avez-vous appréhendé cette diversification ?
    A. S.
    C’est l’actualisation d’une infrastructure très complexe, pour que cette complexité paraisse venir naturellement. Avec des couleurs différentes sur les ouvrages. Jaune clair dans le Gard, un peu en harmonie avec la terre. Bleu clair dans l’Hérault pour rappeler le ciel et la mer. Blanc pour l’agglomération de Montpellier qui le souhaitait. Un symbole de légèreté et de finesse incrusté sur le béton des ponts va être visible : des ailes d’oiseau stylisées, jaunes ou bleues. Il y a mille contraintes techniques, fonctionnelles, financières à respecter. Mais il reste une marge de liberté pour faire en sorte que la technique devienne esthétique. Faire aimer les ponts est important, surtout dans le ferroviaire parce que ça touche beaucoup de monde.

    VR&T. Vous aviez carte blanche pour élaborer ces ouvrages et définir cette unité et une « ligne de la ligne » ?
    A. S.
    Oui, mais avoir carte blanche oblige beaucoup plus. On est très responsable et cela ne doit pas décevoir après. En voyant les ouvrages aujourd’hui, je trouve dans la réalité ce que j’avais imaginé. On a fait de belles structures, très différentes : un pont à poutres latérales sur l’A54, un pont de la famille Warren « revisité » sur le Vidourle, un bowstring biais sur le Lez. Je les ai étudiés en concertation avec le client et pas uniquement Oc’Via. Par exemple, plus d’une vingtaine d’études ont été menées pour le viaduc du Lez et de la Lironde qui se trouve au cœur de l’agglomération de Montpellier !
    Propos recueillis par Michel BARBERON 
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    Manduel : opération hors norme pour la connexion du fret au réseau classique

    Pour que les trains fret puissent passer de la ligne nouvelle au réseau classique ou inversement, un raccordement spécifique a été créé à l’extrémité est de CNM : la tranchée de Manduel. Long de 1 217 m, cet ouvrage en béton se décompose en trois parties. Une tranchée ouverte côté Nîmes de 552 m, une semblable de 568 m côté Montpellier. Toutes deux forment les rampes de descente et permettent de franchir en souterrain la RD3 à fort trafic et la route de Jonquières qui sera un accès à la future gare TGV de Manduel. Sensiblement au milieu de ces deux ouvrages, se trouve la tranchée couverte longue de 97 m qui passe sous le réseau ferré national. Un faisceau de quatre voies, deux de la LGV Méditerranée Paris – Nîmes encadrant deux voies de la ligne classique Tarascon – Sète, dont l’interruption du trafic ne pouvait être que très temporaire. La solution pour mettre en place l’élément supérieur de l’énorme cadre a consisté à le réaliser en deux parties, de part et d’autre de la plateforme. Puis à procéder à leur ripage horizontal jusqu’à leur situation définitive. Opérations spectaculaires qui ont consisté en « non-stop » à déposer les voies SNCF, araser le déblai de 6 000 à 8 000 m3, préparer le fond de fouille, riper les ouvrages à l’aide d’énormes plateformes automotrices, les remblayer, reposer les voies et procéder aux épreuves d’essais ! Mobilisant 180 personnes, l’ouvrage nord (17 m de large, 40 m de long, 3 000 t) a été mis en place en 60 heures du 6 au 8 septembre 2014. L’ouvrage sud (50 m de long, 4000 t) en 81 heures du 18 au 22. Une fois en place, les entreprises pouvaient alors entreprendre les travaux « en taupe » pour achever la structure inférieure du cadre.

    M. B.
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    Double signalisation, gabarit, entraxe… Des solutions pour la mixité

    Outre l’influence sur le profil longitudinal de la ligne et le renforcement des ouvrages, la cohabitation de rames TGV et de trains de fret sur CNM a d’autres conséquences. Le gabarit tout d’abord qui doit être compatible avec les deux types de circulation. Comme sur la section Perpignan – Figueras, le choix s’est porté sur le GIC 3 permettant la constitution progressive d’un grand itinéraire européen nord – sud. L’entraxe entre les voies (posées sur grave-bitume) sera porté ici à 4,80 m alors qu’il est en général de 4,50 m sur les lignes à grande vitesse. Une valeur élevée d'écartement bien adaptée à une LGV mixte qui limite l'effet de souffle lors du croisement de TGV et de trains de fret. L’espacement des trains va être assuré par deux systèmes de signalisation. L’ERTMS niveau 1 et le block automatique lumineux (BAL) avec signaux fixes implantés le long de la voie, et contrôle de vitesse par balises (KVB). Cette double signalisation et la limitation correspondante de la vitesse à 220 km/h pour les TGV devraient être maintenues jusqu'à ce que l'équipement ERTMS en cabine des locomotives du parc fret soit suffisant. Si le tracé de la ligne tient compte d’une future évolutivité vers les 300 km/h, voire les 350 km/h, de nombreuses adaptions seront nécessaires. Un relevage de la voie par ajout de ballast, une reprise des dévers au niveau des courbes et des raccordements paraboliques. La dépose de la signalisation classique BAL et KVB, la mise en place de l’ERTMS de niveau 2, des réglages de la caténaire… Mais aucune échéance n’est pour l’instant avancée.    

    M. B.
     

     

  • Réforme territoriale. Comment Lyon met en place sa nouvelle métropole

    Réforme territoriale. Comment Lyon met en place sa nouvelle métropole

    Améliorer les services locaux en rapprochant ou en fusionnant les collectivités existantes. C’est une des idées fortes de la réforme territoriale à l’origine des nouvelles métropoles mises en place depuis le 1er janvier dernier. L’une d’elle, Nice avait même pris les devants en devenant la première métropole de France dès décembre 2011 après la fusion de la communauté urbaine de Nice Côte d’Azur et de trois autres communautés de communes des Alpes-Maritimes.
    Désormais, 11 métropoles ont vu le jour, rassemblant de vastes bassins de population selon les critères fixés par le législateur : plus de 400 000 habitants situés dans des aires urbaines de plus de 650 000 habitants.
    La loi, qui les a créées, réserve un sort particulier au Grand Paris et à Aix-Marseille : ces deux métropoles auront un statut particulier et devraient voir le jour en janvier 2016, toujours dans le but de renforcer la cohérence des politiques territoriales.
    Quant à la métropole de Lyon, elle est également traitée à part, devenant une collectivité territoriale à statut particulier qui, sur son territoire, dispose à la fois de compétences métropolitaines et départementales. Alors que pour de nombreuses métropoles, les changements en cours ne sont pas toujours forcément mesurables, Lyon semble avoir déjà pris une longueur d’avance dans ce domaine
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    «Un big bang territorial » : telle était pour ses promoteurs, Gérard Collomb et Michel Mercier – respectivement présidents du Grand Lyon et du conseil général du Rhône, tous les deux sénateurs –, l’opération de création de la Métropole de Lyon dans le cadre de la loi Maptam. Pour la première fois, un département s’est défait d’une partie de son territoire, passant de 1,7 million à 430 000 habitants, au profit d’une agglomération qui a récupéré au passage toutes les compétences du conseil général du Rhône sur son périmètre du Grand Lyon. Parmi elles, les transports avec la particularité de largement déborder l’agglomération lyonnaise. Ils sont désormais gérés par le Sytral, AOT du Grand Lyon, qui a vu son champ d’intervention élargi à l’ensemble du Rhône, intégrant les réseaux de Villefranche, de l’Est lyonnais, les transports interurbains et scolaires, etc., tous ces services étant gérés par l’AOT Syndicat mixte des transports du Rhône (SMTR).
    Pour le coup, avec une strate en moins sur le périmètre de la métropole, le millefeuille institutionnel a perdu en épaisseur et rationalisé la compétence transports. En intégrant au 1er janvier 2015 le SMTR, récente structure imposée en 2013 par l’Etat, le Sytral a, de facto, mis fin à une structure qui a sûrement battu un record de brièveté d’existence (deux ans). Avec deux conséquences à la clé sur les plans financier et de la gouvernance : d’une part, le département « maintenu » doit s’acquitter d’une contribution de 58 millions d’euros en 2015 (contre moins de 20 millions précédemment) pour financer les nouvelles activités assumées par le Sytral ; d’autre part, la représentation des conseillers départementaux dans le Sytral a été réduite à quatre élus (contre dix auparavant) tandis que la métropole a vu ses conseillers passer à 21 (contre 16 élus du Grand Lyon). Au passage, le département met aujourd’hui la pression sur le Sytral pour renégocier les contrats des prestataires de services d’ici l’automne en escomptant une économie de 12 millions d’euros.
    Un texte chassant l’autre, la loi Maptam à peine entrée en vigueur, c’est le projet de loi NOTRe qui a pris le relais et évoqué la possibilité d’une modification de gouvernance avec une présence régionale renforcée dans le Sytral, notamment via le remplacement des représentants départementaux par des élus régionaux. Mais le président de la métropole a bataillé pour ne pas voir détricoter « sa » loi Maptam sur Lyon et le Rhône. « Tous nos amendements sont passés », se félicitait Gérard Collomb lors du dixième anniversaire de Vélo'V fin mai, dans l’attente de la promulgation de la loi NOTRe. A son actif, une mouture prévoyant qu’un syndicat mixte de transports ayant la qualité d’AOT de transports urbains et de transports non urbains et préexistant à la loi conserve cette qualité. « Rien ne change » dit-il, si ce n’est le nouvel exécutif du Sytral désigné le 11 juin pour succéder à l’omniprés(id)ent Bernard Rivalta, à la tête du Sytral de 2002 à février 2015.
    Quoi qu’il en soit, avec sa représentation accrue au sein du Sytral (21 conseillers métropolitains sur 28), la métropole devrait sortir renforcée dans son rôle d’organisation et d’impulsion de la mobilité sur son territoire. Au-delà, elle pourra miser sur la coopération avec le Syndicat métropolitain des transports (SMT, regroupant les quatre agglomérations de Bourgoin, Lyon, Saint-Etienne, et Vienne), présidé par la région et travaillant notamment à un titre de transport unique.
    Pour Gilles Vesco, chargé des Nouvelles mobilités urbaines à la métropole, l’autopartage et l’électromobilité constituent des enjeux majeurs à la fois pour fluidifier les circulations et répondre aux objectifs du plan climat, dont celui – ambitieux – de parvenir dès 2020 à 1,5 personne par véhicule aux heures de pointes (contre 1,02 aujourd’hui). Idem pour l’effort mis sur les Bluecar comme sur les bus hybrides (dont les tests s’achèvent fin juin) et les bus « full électrique » Bolloré qui ont été expérimentés mi-mai à la Croix-Rousse et à Confluence. Objectif : remplacer 800 bus diesel à terme. L’open data, pivot de l’info-mobilité, sera largement encouragé pour favoriser la création d’applications auxquelles la première mondiale Optimod a ouvert la voie. L’élu métropolitain imagine ainsi une politique de prévention de la voiture où l’on passerait « d’un excès d’usage à un excès de propriété », autrement dit on n’utiliserait pas moins son véhicule seulement, mais on rendrait la – ou une – voiture du foyer. « On met en place les moyens pour réussir ».
    Claude FERRERO

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    Gilles Vesco, conseiller aux Nouvelles mobilités urbaines de la métropole de Lyon
    « Une coopération renforcée pour les relations intercités, l’info-mobilité et le covoiturage »

    VR&T. La création de la métropole de Lyon est un vrai changement de périmètre et de compétences en s’affranchissant du territoire du Rhône. Qu’en est-il pour la compétence mobilité ?
    Gilles Vesco.
    En ce qui concerne la mobilité sur le territoire de l’ex-Grand Lyon devenu métropole, c’est le changement dans la continuité. On avait déjà une politique publique de transports dynamique, et pionnière dans plusieurs domaines, on va bien entendu la développer pour favoriser des transports plus propres et mieux partagés. On va aussi rééquilibrer les modes de déplacements avec nos services alternatifs à la voiture individuelle, synonyme de motorisation thermique et de pratique « autosoliste ».
    Le changement le plus notable initié depuis la loi Maptam créant la métropole au 1er janvier 2015 porte sur l’extension du périmètre du Sytral, AOT du Grand Lyon, à l’ensemble du département du Rhône.

    VR&T. Des décisions ont été prises par le Sytral pour les transports sur le Nouveau Rhône. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
    G. V.
    De facto, le Sytral a intégré de nouveaux services, dont les Cars du Rhône interurbains, les transports scolaires, le réseau urbain de Villefranche/Beaujolais, la liaison Rhônexpress, etc., dont certains font l’objet d’audits et de négociations pour un repositionnement d’ici la rentrée. Par ailleurs, la gouvernance a été revue au profit d’une représentation renforcée des élus métropolitains, au nombre de 21 sur 28 élus, et quatre élus du néodépartement. Pour l’heure, la loi NOTRe en cours d’examen nous incite à un certain attentisme, particulièrement sur l’évolution des transferts de compétences et des représentations régionales. On est dans une situation transitoire, attendons la loi NOTRe pour savoir qui fait quoi…

    VR&T. On a l’impression d’un mécano institutionnel compliqué pour un intérêt minimal in fine, sans compter le rôle du Syndicat métropolitain des transports, présidé par la région…
    G. V.
    L’intérêt, c’est d’avoir une même politique sur un territoire et un bassin d’emplois élargis, et l’affirmation de la métropole comme autorité organisatrice de la mobilité (AOM) à part entière. La coopération entre la métropole, la région et les AOTU du SMT sera renforcée pour les relations intercités, l’info-mobilité et le covoiturage.
    Pour l’AOM métropole sur l’agglomération lyonnaise, c’est un challenge qui s’appuie sur la maîtrise et le développement de l’interface entre le transport en commun, avec tous ses modes, et les nouvelles mobilités urbaines alternatives : marche à pied, vélo, vélo'V serviciel, voiture partagée, info mobilité, taxis qui sont passés de la ville de Lyon à la métropole, etc.. Aujourd’hui, l’enjeu c’est de tirer ensemble dans la même direction en faveur de la déprise automobile dans les déplacements urbains. Songez par exemple que jusqu’à présent le Grand Lyon ne pouvait pas faire la promotion du covoiturage sur les bus des TCL car il était perçu comme un concurrent ! Or, le covoiturage et l’autopartage, comme le vélo, sont engagés dans une logique de développement inéluctable, et devront représenter 30 % de la part modale de la mobilité en 2020.
    Propos recueillis par C. F.
     

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    Réforme territoriale Où en est-on ?

     

    Lois Maptam, NOTRe… Malgré leurs acronymes compliqués et les longs débats techniques qu’elles ont suscités, elles sont censées simplifier le fonctionnement de nos institutions et clarifier les compétences des uns et des autres.
     

    Premier volet : 11 nouvelles métropoles depuis janvier…
    C’est la loi de réforme des collectivités territoriales en 2010, puis la loi Maptam (pour loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles), adoptée le 19 décembre 2013, qui ont créé une nouvelle catégorie d'établissement public de coopération intercommunale (Epci) à fiscalité propre : les métropoles. « Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, les métropoles ne constituent pas une strate supplémentaire dans notre organisation territoriale. En effet, les métropoles remplacent, depuis le 1er janvier dernier, les communautés urbaines ou les communautés d'agglomération dans les aires urbaines concernées », expliquait en début d’année dans une tribune des acteurs de l’économie sur le web, Olivier Dussopt, le député PS de l’Ardèche, rapporteur du projet de loi. « Elles sont dotées de compétences renforcées pour répondre à leurs fonctions métropolitaines. »
    La métropole ne concerne que les territoires de plus de 400 000 habitants situés dans une aire urbaine de plus de 650 000 habitants.
    La métropole Nice Côte d’Azur s’est voulue précurseur dans ce domaine puisqu’elle a été créée fin 2011 dans le cadre de la loi 2010. Mais elle doit maintenant s’adapter à la nouvelle législation. Les autres métropoles de Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Montpellier, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse ont été créées le 1er janvier 2015 en remplacement des intercommunalités existantes.

    … et 3 collectivités à statut particulier
    La loi Maptam a également décidé que deux métropoles à statut particulier seraient créées en janvier 2016 pour les agglomérations d’Aix-Marseille et du Grand Paris, « fruits d'une fusion entre plusieurs intercommunalités » dans le but de « renforcer la cohérence des politiques territoriales », précise Olivier Dussopt. Quant à la métropole de Lyon, elle est également traitée à part, devenant une collectivité territoriale à statut particulier qui, sur son territoire, dispose à la fois de compétences métropolitaines et départementales (en lieu et place du département du Rhône).
    La loi Maptam correspond ainsi au premier volet de la réforme territoriale engagée par François Hollande.

    Second volet : 13 grandes régions l’année prochaine
    La création de grandes régions voulue par la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral représente le second volet de la réforme territoriale. Il s’agit de doter les régions d'une taille critique que ce soit sur le plan géographique, économique ou démographique, pour qu’elles puissent tenir la comparaison avec leurs voisines européennes. Au 1er janvier prochain, la France comptera 13 régions métropolitaines contre 22 aujourd'hui.

    Troisième volet : Les régions, chefs de file de la mobilité
    Le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe), qui est donc le troisième volet de la réforme territoriale en cours, était encore en cours de discussion à l’heure où nous bouclions ces lignes. Il donne de nouveaux leviers d'action aux régions, qui voient leurs compétences s’accroître. De leurs côtés, les intercommunalités vont devenir plus intégrées.
    Parmi les principales dispositions du texte de loi, la clause de compétence générale est supprimée pour les départements et les régions. « Ces deux échelons n’auront donc plus le droit d’intervenir sur tous les sujets, de dépenser dans tous les domaines d’action publique. Cela permettra de clarifier “qui fait quoi”, d’harmoniser les politiques publiques entre les différents échelons, et d’éviter des dépenses inutiles lorsque plusieurs niveaux de collectivités se concurrencent sur un même domaine d’action », explique le gouvernement sur son site.
    Dans le domaine des transports (sauf pour l’urbain), les régions doivent devenir les chefs d’orchestre de la mobilité. Toutefois, le transfert des routes départementales a finalement été remis en cause puisque ces infrastructures devraient rester dans le giron des départements.
    En revanche, les régions vont prendre les rênes de l’intermodalité. Elles étaient déjà autorités organisatrices des transports ferroviaires (TER), elles prendront aussi la main sur les transports interurbains, qu’ils soient réguliers ou à la demande, ainsi que sur la voirie. Elles seront également responsables du transport scolaire, même si elles pourront déléguer cette compétence. Elles se voient enfin confier la gestion des ports et des aéroports, « infrastructures nécessaires au développement et à l’emploi », rappelle le gouvernement qui attend de cette réorganisation une efficacité accrue.    

    M.-H. P.
     

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    Strasbourg L’Eurométropole veut s’ancrer à l’Est

    Strasbourg a bataillé pour que le préfixe « Euro » fasse partie du nom de sa métropole.
    Une façon d’affirmer son ancrage frontalier et de rappeler sa singularité en tant qu’hôte d’institutions européennes.

    Les élus strasbourgeois tenaient à cette appellation : Eurométropole. Ils ont remporté à l'Assemblée nationale la bataille pour que le préfixe « Euro », qui qualifie le caractère singulier de la ville siège des institutions européennes, soit retenu dans le texte de loi. Cette astuce linguistique permet à l'agglomération d'affirmer son ancrage frontalier, sur le Rhin. L'Eurométropole balise la voie pour une meilleure collaboration avec Kehl, sa voisine allemande (34 000 habitants), qui accueillera en avril 2017 une extension du réseau du tramway strasbourgeois. Les travaux, lancés par la défunte communauté urbaine de Strasbourg, se poursuivent cet été : la première moitié du nouveau pont sur le Rhin est en place au bord du fleuve.
    Dans sa politique transports, l'Eurométropole reprend les mêmes compétences que la communauté urbaine mais renforce son organigramme. La gouvernance de la collectivité sera complétée par un conseil de développement international, issu de la société civile et à vocation consultative. Ce conseil de développement, en cours de recrutement, comprendra une centaine de membres strasbourgeois, allemands et représentants des institutions européennes. Il élaborera des recommandations sur l'évolution des infrastructures de l'agglomération, et pourra s'autosaisir sur des grands chantiers. Le projet d'aménagement routier du Grand contournement Ouest (GCO), autoroute de 24 kilomètres déclarée d'utilité publique depuis 2008, doit délester l'A35 dans la traversée nord – sud l'agglomération. Le conseil de développement transfrontalier pourrait lui apporter une réflexion franco-allemande qui a fait défaut, jusqu'à présent, dans les études d'impact et de préfiguration.
    Le décret de décembre 2014 portant création de l'Eurométropole garantit la pérennité des contrats triennaux Strasbourg Ville Européenne. Depuis 35 ans, la ville négocie ce soutien de l'Etat pour financer les missions qui découlent de la présence du Conseil de l'Europe (47 Etats membres, 2 000 fonctionnaires et plusieurs centaines de diplomates) et du siège du Parlement européen, qui se réunit en session douze fois par an. L'accessibilité médiocre de la ville est décriée en permanence par les députés : ils viennent de voter à une majorité écrasante pour un déménagement à Bruxelles. Pour Strasbourg, la défense tient à un maigre fil : le siège est fixé par les traités et il faudrait l'unanimité des 28 Etats membres de l'Union, France incluse, pour changer la situation. L'Eurométropole s'affiche donc comme chef de file dans l'élaboration d'une offre de transports vers ses institutions européennes. Mais la collectivité ne possède pas toutes les clés : l'accessibilité aérienne relève des compagnies aériennes, frileuses sur le petit marché d'une agglomération de 475 000 habitants. Le cofinancement public des trois lignes sous obligation de service public (24 millions d'euros) permettra de maintenir une offre aérienne vers Madrid, Amsterdam et Prague. Un financement triennal (16 millions d'euros) est également promis à l'Eurométropole pour l'extension de la ligne E du tramway sur 1,4 kilomètre à la Robertsau, au-delà du quartier qui accueille les institutions européennes.    
    Olivier MIRGUET
     

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    Marseille Une métropole pas comme les autres

    A l’instar du Grand Paris, la future métropole d’Aix-Marseille-Provence a un statut particulier. Si les débats sur sa création appartiennent désormais au passé, la discorde continue maintenant sur les moyens de la financer. Le gouvernement, qui « veut aider Marseille »,
    a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 50 millions d’euros destinée à la création
    de la métropole. Mais la déception est grande du côté des élus locaux qui la jugent dérisoire.

     

    L’union fait la force et les deux rivales, Aix et Marseille, ont fini par s’en convaincre. Malgré les réticences politiques locales, à compter du 1er janvier 2016, 92 communes, représentant quelque 1,8 million d’habitants, seront regroupées dans la métropole d’Aix-Marseille-Provence. Avec ses 3 200 km2, ce sera la plus vaste métropole de France. Et pour faciliter les choses, l’Etat mettra même la main à la poche. Sollicité par les élus locaux qui réclamaient davantage de moyens pour la création de la nouvelle collectivité, Manuel Valls a confirmé le 29 mai la promesse faite en février dernier de moyens supplémentaires. « L'Etat veut aider Marseille », a-t-il assuré, évoquant une enveloppe exceptionnelle de 50 millions d’euros.
    Des moyens qui ne sont pas jugés à la hauteur des enjeux par les six présidents des intercommunalités qui doivent fusionner. Les élus « ne peuvent pas être uniquement en train de demander plus d'argent, a sermonné le Premier ministre. Il y en a toujours qui diront ce n'est pas assez ». Tout en ajoutant qu’il restait « ouvert à l’examen avec les élus de l’ensemble des moyens nécessaires en 2016 à la création de la métropole ». Venu présider un comité interministériel en présence de neuf membres du gouvernement – dont le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies – Manuel Valls a dans la foulée signé le contrat de plan Etat-région (CPER) 2015-2020.
    1,6 milliard d’euros de crédits sont inscrits au CPER, dont une part échoira naturellement aux transports, jugés maillon faible de la deuxième ville de France. « Le système de transport ne répond pas aux besoins de la population, il faut y remédier », a estimé le chef du gouvernement. Ainsi, d’ici à 2020, l’Etat engagera quelque 290 millions d'euros issus du CPER dans des projets ferrés et routiers. Il s’agit notamment des déviations routières de Martigues–Port-de-Bouc et de Miramas, de la modernisation de la ligne ferroviaire Marseille – Gardanne – Aix, ou de l’amélioration de la voie ferrée de la Côte bleue. Concernant la collectivité à créer, Manuel Valls a dévoilé au total une cinquantaine de mesures, nouvelles ou confirmées, destinées à favoriser l'essor de la future métropole de Aix-Marseille-Provence.
    Mais rien n’est assez beau pour Marseille, à en croire ses élus. « 50 millions d'euros par an, tout ça pour ça ? a immédiatement réagi le président (UMP) de l'agglomération marseillaise, Guy Teissier. Pour financer l'ambition, pour faire rêver nos concitoyens d'un territoire revu, embelli, qui suscite l'attractivité, il faut beaucoup plus que ça ! » C’est une « goutte d’eau », pour Nicolas Isnard, maire (UMP) de Salon-de-Provence, président de la CA Agglopole Provence, qui se dit pas du tout hostile à la création de la métropole. « Ceux qui ont combattu férocement la métropole ne peuvent pas aujourd'hui expliquer qu'il faut des centaines de millions d'euros supplémentaires de l'Etat pour la faire vivre », a encore moralisé Manuel Valls. Tout en évoquant la possibilité que 30 millions supplémentaires soient débloqués « grâce à la péréquation ». Sans atténuer la déception générale. Le président (sans étiquette) de l'union des maires des Bouches-du-Rhône, qui avait mené la fronde antimétropole, a persiflé : « C'est une déception maintenant courante. On essaie de dissoudre les communes. » Le Premier ministre lui a recommandé « d'éviter la démagogie ». Les édiles disent craindre d'avoir à augmenter les impôts locaux. Mais surtout, ils refusent de perdre certaines prérogatives, comme en matière d'urbanisme…
    Cécile NANGERONI
     

  • Spécial Journées Agir. Comment maintenir l’offre de transport à son niveau

    Spécial Journées Agir. Comment maintenir l’offre de transport à son niveau

    Puisque j’ai moins d’argent, je vais mettre moins de bus dans les rues. Ce raisonnement basique, de plus en plus de collectivités, en particulier celles de taille moyenne, sont tentées de le tenir. A en croire la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut), il y aurait bientôt une vingtaine d’agglomérations dans lesquelles le service de transport se serait réduit récemment où serait sur le point de… Et de citer Reims, qui met en œuvre des services réduits de 8 % dès cet été, Valenciennes, Belfort – et ce, peu après avoir augmenté ses tarifs de 25 %, en passant le ticket de 0,80 à 1 euro –, Nancy, Metz, Chambéry, Aix-les-Bains et même Grenoble. « Les villes essaient de faire en sorte que ce soit invisible pour le voyageur, en agissant notamment sur les lignes les moins rentables, mais c’est bien le signe de l’abandon de certaines politiques qui se voulaient très ambitieuses pour le développement des transports publics urbains », estime ainsi Jean Macheras, responsable du réseau déplacements urbains de la Fnaut.
    « Certaines collectivités locales n’ont maintenant pas d’autre choix, à défaut d’une évolution des tarifs, que de réduire l’offre, soit en quantité, soit en qualité », s’était déjà inquiété en début d’année le président de l’UTP, Jean-Marc Janaillac, également président de Transdev. Chez Keolis, on a un peu les mêmes inquiétudes, surtout au vu des récents appels d’offres pour renouvellements de DSP, qui stipulent à peu près tous de faire des économies… Une forme de marche arrière qui ne peut qu’inquiéter la profession jusqu’alors habituée à des demandes d’extension de services. « Pour la première fois, nous entendons les mots réduction de l’offre, diminution de l’amplitude de service… », s’alarmait ainsi le président de l’UTP.
    De son côté, Jean Macheras préfère rappeler les fondamentaux : « Réduire le coût d’exploitation, cela peut se faire en rendant les transports collectifs prioritaires tout au long du parcours, avec des couloirs réservés et des priorités aux carrefours. Et cela augmente leur attractivité. » Il n’a pas tort, car améliorer la vitesse commerciale des bus permet des gains de productivité de 2 à 3 %. Le hic : les collectivités qui veulent rogner sur leur budget transport ne sont pas enclines à dépenser dans des aménagements de voirie. Du côté des adhérents à l’Association pour la gestion indépendante des réseaux (Agir), on a décidé de mettre cette question brûlante au centre des débats des Journées annuelles, à Périgueux les 24 et 25 juin. Une étude sera présentée, qui devrait ouvrir quelques pistes (voir encadré).
    En avant-première, le patron du cabinet de conseil Amplitude TC, Jean-Marie Dagnas, a bien voulu nous donner quelques conseils, pour faire en sorte que les coupes dans l’offre soient utilisées en dernier recours. « Qu’il s’agisse de missions d’audit de réseau ou de conseil au moment du renouvellement d’une DSP, la question “dites-moi où je peux gagner de l’argent” est systématique, reconnaît ce consultant. Mais avant de diminuer l’offre – une tentation d’autant plus grande que la technicité de la collectivité est faible et donc plus souvent dans les petites villes –, il faut se poser toutes les questions sur l’optimisation du budget. » Et la première devrait sans doute être : quel est le risque d’impact sur la fréquentation du réseau, donc sur les recettes ? « Le seuil à partir duquel on risque de se tirer une balle dans le pied est difficile à trouver, avoue Jean-Marie Dagnas. Il ne faut jamais raisonner uniquement en quantitatif car il y a toujours des dégâts collatéraux. »
    En effet, que se passe-t-il quand on veut produire moins de kilomètres ? Il est logique de supprimer ceux qui sont objectivement les moins rentables. Typiquement, les horaires tardifs, de week-end ou d’heures creuses. Ce sera rarement durant les heures de pointe et de prime abord, l’on jugera que les trajets domicile – travail sont donc épargnés. Pourtant l’abonné – supposé captif – qui se retrouvera sur le carreau un vendredi soir parce qu’il est allé boire un verre après le travail, ne le verra pas de cet œil. Il peut très bien en déduire que le réseau ne répond plus à ses besoins, se mettre à calculer ses trajets à l’euro près et peut-être même se désabonner. « Le nombre de clients impactés sera toujours supérieur au nombre apparent de ceux qui sont dans le bus supprimé, résume le consultant. Et ne parlons pas des suppressions qui retirent une possibilité de correspondance avec un train. »
    Les calculs sont de toutes les manières empiriques, même si les données sont particulièrement détaillées grâce à la billettique. « On connaît l’élasticité à l’offre de 0,8, signifiant qu’une baisse de 5 % engendrera 3 à 4 % de perte de fréquentation, mais ça, c’est si tout se passe bien. » De même, une baisse de trafic de 10 à 15 % à la pointe peut tuer le réseau. Bref, quand on veut réduire la voilure, il est bon d’avoir au préalable envisagé plusieurs possibilités : revoir sa gamme tarifaire – l’UTP plaide depuis longtemps pour une révision des tarifs à la hausse, les élus commencent à lui emboîter le pas – ; diligenter un audit sur la gestion du réseau ou envisager un changement de mode de gestion ; améliorer la vitesse commerciale ; faire de l’optimisation fiscale. « Avec un montage contractuel intelligent, le délégataire peut être dispensé de payer la taxe sur les salaires, révèle en effet le consultant. Or c’est une taxe que les collectivités remboursent. »
    Dans ce contexte, les opérateurs sont désormais plutôt choisis en fonction de leur capacité à optimiser, plus que sur leurs prévisions de croissance du trafic. Utilisé jusqu’au début des années 2010 comme outil de desserte dans les PTU étendus, le TAD devient outils d’optimisation. Il est désormais regardé comme moyen de restructurer un réseau. « Même en zone dense, on peut simplifier une ligne en supprimant des arrêts très peu utilisés, qu’on dessert avec un TAD, raconte Jean-Marie Dagnas. C’est plus efficace, mais il y a des lésés. Cela demande du courage politique ! »
    Toutes les mesures seront ensuite enrobées grâce au marketing, histoire de rendre la pilulle moins amère pour le client. Il s’agit alors de communiquer sur le fait qu’il n’y a plus de périodes différentes (notamment vacances scolaires, période scolaire) ou encore que l’offre est désormais cadencée, avec des horaires facilement mémorisables. Cela peut tout à fait maquiller une baisse de l’offre de 10 %. De quoi tomber d’accord avec les préconisations de la Fnaut. « Ce n'est pas une question d'argent que d'inciter à la marche et à l'utilisation de la bicyclette pour des déplacements courts, rappelle Jean Macheras. Puisqu’un quart des déplacements en voiture font moins d’un kilomètre et la moitié moins de trois kilomètres ! »  

    Cécile NANGERONI

     

    Agir enquête sur les intentions des collectivités

    Comment les collectivités envisagent-elle de faire évoluer leur offre de transport ? Une centaine d’entre elles, adhérentes à Agir, ont été interrogées. Les réponses n’avaient pas été analysées au jour où nous bouclons ce magazine, mais avec un taux de réponse supérieur à 40 %, l’enquête est perçue comme représentative. Agir a déjà constaté que les trois quarts des AO avouaient « un problème » avec leur budget transport. Une dizaine de questions ont été posées autour des contraintes financières et des leviers sur lesquels agir. Les AO auront donc donné la température sur leurs intentions. Un bon indicateur de tendance même s’il s’agit d’AO pratiquant la gestion directe – Sem, SPL ou régies. 

  • UITP 2015. Les bus électriques en vedette

    UITP 2015. Les bus électriques en vedette

    … même s'il n’en est qu’à ses premiers pas, souvent à l’état de prototype. Le visiteur devrait garder en mémoire l’impressionnante rangée de bus exposés, principalement électriques, quelques-uns hybrides ou au gaz. L’occasion pour la RATP d’en dire un peu plus sur son plan « bus 2025 » qui repose sur une recharge lente la nuit tandis qu’Alstom opte pour le biberonnage avec un système de recharge statique issu de son expérience dans l’alimentation des tramways par le sol.

     

     

    La RATP engage des partenariats sur les bus électriques

    La RATP prépare de grands appels d’offres sur le bus électrique pour la fin 2017. Mais comme la plupart des constructeurs ont encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir livrer des véhicules suffisamment autonomes et de grande capacité, la régie parisienne a décidé de se faire elle-même son idée sur ce qui existe sur le marché.
    « Nous voulons tester toutes les technologies d’ici à 2017. La RATP lance donc un appel aux constructeurs pour qu’ils nous prêtent leurs bus », a annoncé le 9 juin Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus, lors du Salon de l’UITP à Milan.
    Rappelons que la RATP, qui gère actuellement 4 500 bus, souhaite qu’à l’avenir 80 % de sa flotte roule à l’électricité et 20 % au biogaz. Avec une étape intermédiaire en 2020 : tous les bus diesel seront aux normes Euro 5 et Euro 6.
    Sur la partie gaz naturel, pas de souci, le marché industriel est, selon la RATP, « mature ». En revanche, les enjeux sont considérables sur le marché du bus électrique, en particulier sur les batteries. Partant du constat qu’il n’est pas envisageable de recourir à une alimentation électrique par biberonnage (en raison de l’importance des infrastructures qui seraient alors nécessaires) et suite à des discussions avec EDF, la RATP a décidé de recourir à une recharge lente la nuit.
    La RATP a signé plusieurs accords de partenariats, les premiers avec le groupe hollandais Ebusco, le constructeur chinois Yutong qui s’est associé avec l’entreprise alsacienne Dietrich Carebus Group, et le polonais Solaris. L’expérimentation devrait commencer dès septembre avec Ebusco. La phase d’expérimentation va se dérouler entre 2015 et 2017. Les bus prêtés seront testés sur deux lignes : la ligne 21 en plein Paris et la ligne 147 qui dessert la banlieue.
    « L’annonce en 2014 de notre plan bus a fait réagir tous les constructeurs. Nous avons des discussions avec beaucoup d’entre eux mais nous ne signerons qu’avec ceux qui acceptent nos conditions : ils doivent partager leurs données avec nous », poursuit Marie-Claude Dupuis. Autres impératifs : les bus doivent pouvoir transporter au moins 90 passagers et avoir une autonomie suffisante. La RATP demande au moins 250 km d’autonomie. Et cela à un prix raisonnable, alors qu’aujourd’hui un bus électrique coûte le double d’un diesel (soit 500 000 euros environ).
    Par ailleurs, PVI a proposé, avec l’accord de la RATP, de voir s’il est possible de transformer un bus hybride en un bus électrique.
    La RATP a aussi signé un contrat avec Bolloré pour l’acquisition de 20 bus électriques Bluebus qui desserviront en 2016 une ligne de Paris ou de banlieue. Affichant une autonomie de 180 km, ils remplaceront 20 bus diesel. « Ils vont nous permettre de montrer que ce modèle marche et de consolider notre plan. Si l’expérience se passe bien, on ne peut exclure d’acheter d’autres bus, avec l’accord du Stif », précise Marie Claude Dupuis. Le Bluebus sera rattaché au dépôt de Belliard.
    La RATP veut évidemment évaluer les coûts d’exploitation, de maintenance, qu’il faudra faire évoluer. « On nous dit qu’on devrait pouvoir abaisser de 20 % nos coûts de maintenance. Les constructeurs nous assurent aussi qu’avec le lancement de la production en série, les prix devraient vite diminuer, indique Marie-Claude Dupuis. Le plan bus 2025 ne sera en effet acceptable que si son coût est raisonnable. »
    Les réglementations, notamment celles sur la sécurité des dépôts, sont appelées à évoluer. Enfin, la RATP appelle aussi de ses vœux une standardisation européenne. Elle vient de se greffer en mars dernier au programme européen ZeEUS (Zero emission urban bus system) lancé il y a deux ans pour faire du benchmark jusqu’en 2017. Ce qui correspond au calendrier de la RATP et devrait pousser à la standardisation.  

    M.-H. P.


    SRS : la révolution de l’autonomie pour bus et trams

    Il suffisait d’arpenter les allées du salon UITP de Milan, cette année, pour achever de s’en convaincre : les véhicules des transports urbains de demain, tous modes confondus, seront 100 % électriques, récupéreront l’énergie, et la stockeront à bord pour disposer aussi d’autonomie. Le biberonnage, consistant à recharger ponctuellement les véhicules lors d’un court temps de stationnement aux terminus ou à des arrêts du parcours, leur permettra de pouvoir rouler ensuite sans nouvelle prise de courant pendant un certain temps.
    En dévoilant, à Milan, son SRS (Système de recharge statique), Alstom arrive donc à point nommé sur le marché. Ce système de biberonnage particulièrement innovant dispose déjà d’un sérieux avantage. De fait, pour ses aspects fonctionnels et sécuritaires, il capitalise sur l’alimentation par le sol (APS), initiée par Alstom voici une quinzaine d’années. L’APS est une technique d’alimentation continue par frotteur à partir d’un rail de contact central dont seuls deux tronçons adjacents de 11 m chacun, entièrement recouverts par la rame, se trouvent être sous tension. Si Bordeaux dût essuyer les plâtres au tout début, la technique est maintenant parfaitement maîtrisée et ses promoteurs peuvent désormais se targuer de 12 ans de retour d’expérience en service commercial.
    Depuis 2003, ont été parcourus, en alimentation par le sol, pas moins de 18 millions de kilomètres ! Car aujourd’hui, l’APS est également opérationnel sur les réseaux de Reims, Angers, Orléans, Tours et Dubaï (où la ligne, pour la première fois, est en totalité alimentée par le sol). La toute dernière mise en service est intervenue à Bordeaux, en janvier dernier, à la faveur de l’extension du réseau vers l’aéroport de Mérignac. Demain, l’APS sera également utilisée sur les futurs réseaux de Rio de Janeiro, Cuenca, Lusail (avec 40 km à équiper !) et Sydney. Alstom se retrouve ainsi leader pour la longueur de voies sans alimentation aérienne, avec 144 km, ainsi que pour le nombre de rames de tramway équipées de l’APS, avec plus de 350 unités déjà vendues.
    Quant à la problématique de l’autonomie embarquée, le constructeur s’y intéresse sérieusement depuis la mise au point de son matériel roulant pour Rotterdam, livré en 2005. « Nous voulions disposer d’un portefeuille complet de solutions adaptées à la mobilité urbaine de demain, depuis le “tout APS” jusqu’au “tout autonomie embarquée” », explique Philippe Veyrunes, responsable Stratégie des activités Infrastructures chez Alstom. « Et au travers du SRS, nous souhaitions concevoir un système qui n’ait pas d’impact esthétique défavorable sur le paysage urbain, d’où le choix d’une prise de courant par le sol et non à partir de contacts aériens, poursuit Philippe Bertrand, directeur des Solutions d’électrification. De plus, nous souhaitions que ce système soit particulièrement performant, tant sur le plan énergétique que celui du confort des voyageurs. C’est pour cela que nous avons choisi le système par conduction, qui ne limite pas la puissance échangée, ne nécessite pas de refroidissement des équipements pour la conversion de puissance, et facilite un bon fonctionnement de la climatisation. »
    Le constructeur avoue avoir exploré, dans un premier temps, la voie concurrente de l’induction (sans contact), mais l’a finalement abandonnée. Elle n’aurait notamment pas permis de « passer », en statique, des intensités de 1 500 A sous la tension de 750 V (dont est capable le système SRS par contact), et qui sont requises pour des puissances supérieures à 1 MW en tramway. En revanche, pour un autobus, 350 kW devraient suffire…
    En station, le SRS se caractérise par la présence au sol de plots assimilables, dans leur principe, à de très courts tronçons de rail de contact APS. Ces plots devraient être plus courts encore en bus qu’en tram où le glissement (lié à la moindre adhérence) est toujours plus important. En théorie, un seul plot va suffire avec un tramway, pour lequel le retour de courant s’effectue classiquement par les rails de roulement, mais il en faudra deux, bien sûr, avec un autobus. Dans la pratique, les plots seront doublés afin de ménager une redondance supplémentaire, mais dimensionnés pour se suffire individuellement.
    La gestion de la charge rapide utilise la même logique sécuritaire que l’APS. En particulier, on retrouve, autour du frotteur comme autour du plot, une antenne sous forme de boucle qui émet et reçoit. Quand il arrive en station, le véhicule commence à capter le signal radio émis en permanence depuis le plot. Une fois qu’il est arrêté, son frotteur, s’il continue toujours à recevoir ledit signal, s’abaisse au contact de ce plot, et émet à son tour un signal vers lui. L’armoire de commande en station sait alors qu’un véhicule stationne au-dessus du plot, et peut l’alimenter en toute sécurité. Certifié par six organismes différents, le SRS est reconnu Game (Globalement au moins équivalent en termes de sécurité) à la ligne aérienne de contact (Lac).
    Une charge rapide en station s’effectue en moins de vingt secondes. Le stockage de l’énergie à bord s’effectue dans des supercapacités montées en toiture. Selon le profil en long et le régime d’utilisation de la climatisation, la rame peut alors parcourir, en autonomie, entre 300 et 800 m, soit la distance d’une interstation. Bien sûr, l’APS devra être préféré au SRS sur une section en rampe de 80 pour mille et en site partagé, où la circulation automobile peut obliger la rame à s’arrêter et redémarrer plusieurs fois ! L’armoire de commande du SRS en station, qui n’excède pas 1,50 m de haut pour 1 m de large, se loge aisément dans le mobilier urbain, par exemple en l’intégrant à l’abri voyageurs. Les plots pénètrent de 20 cm seulement dans la chaussée. A la différence de la Lac ou de l’APS, les sous-stations SRS doivent cependant être dimensionnées pour les puissances importantes appelées dans le cadre de la charge rapide.
    Pour les autobus électriques, le SRS présente l’avantage d’êtres peu intrusif, puisque la partie « contact » se limite aux frotteurs. Il évite le recours à des pantographes en toiture, et s’accommode de n’importe quelle hauteur de véhicule. « C’est un système non propriétaire, qui est ouvert à tous les constructeurs de bus », souligne Philippe Veyrunes.
    Depuis 2012, Alstom est, par ailleurs, engagé dans un programme de R&D financé par la FFI (agence suédoise pour la recherche et l’innovation stratégiques dans le domaine automobile), qui consiste à alimenter des camions hybrides circulant sur des corridors autoroutiers à partir de deux rails de contact de technologie APS intégrés à la chaussée. Les essais se déroulent actuellement sur le site Volvo de Göteborg.
    Philippe HÉRISSÉ

  • Intercités.  L’Etat va devoir choisir

    Intercités. L’Etat va devoir choisir

    Pour la commission Duron, qui a planché durant six mois sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire, « le débat public apparaît mûr ». Mais il est toujours politiquement hautement sensible. Pour mener une concertation avec les élus locaux sur le sujet, un préfet coordinateur devait être nommé fin juin par Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports.
    Point de départ de la réflexion : le rapport remis le 26 mai par Philippe Duron, le député socialiste du Calvados. Le gouvernement veut en effet renouveler à la fin de l’année la convention TET qui le lie à la SNCF, en se fondant sur de nouvelles bases. Dans un premier temps, la nouvelle convention pourrait ne durer que six mois. Pour endiguer le flot des pertes pointées par la commission Duron (400 millions d’euros de déficit prévus cette année), des ajustements seront faits immédiatement. Partant du principe que les travaux de grande ampleur actuellement menés sur le réseau perturbent considérablement les circulations (en particulier la nuit), le gouvernement devrait profiter de ces chantiers pour supprimer tout de suite certains trains de nuit et quelques TET (les plus gênés par les travaux en cours). « Mais le Grand soir, ce sera à l’été 2016 », confie une source gouvernementale.
    Face aux élus qui s’indignent des menaces qui pèsent sur les dessertes de leurs territoires, et six mois avant les élections régionales, le gouvernement a déjà choisi la voie de la prudence. D’autant plus que l’année prochaine sera marquée par l’apparition de nouvelles grandes puissances régionales.
    Le secrétaire d’Etat a pour l’instant simplement indiqué qu’il avait bien compris que l’Etat devait mieux jouer son rôle. Et que « la SNCF devait réaliser des efforts importants pour augmenter la qualité du service ferroviaire ».


    Un Etat qui ne joue pas son rôle

    « La commission considère que les difficultés rencontrées lors du suivi de la convention sont principalement liées au partage confus des responsabilités, estime Philippe Duron. De facto, l’opérateur historique est resté le maître du jeu. »
    De plus, la charge financière incite la SNCF à privilégier la réduction de l’offre alors que cette décision relève de l’autorité organisatrice, donc de l’Etat. L’Etat est donc appelé à jouer son rôle de stratège.
    La commission considère que « le rôle d’autorité organisatrice de l’Etat devrait être inscrit dans le code des transports pour l’ensemble des liaisons d’intérêt national hors grande vitesse et trains spéciaux ».
    Elle recommande dans ce cadre de créer un conseil d’orientation des TET, associant des élus et des services administratifs, disposant d’une large compétence. Autre solution, il serait aussi possible de créer un établissement public sui generis, sous l’autorité du ministre des Transports. Ce qui implique alors aussi que l’autorité organisatrice dispose de l’ensemble des données commerciales de l’opérateur…

    Un système à la dérive

    Sur le constat fait par la commission, tout le monde est pourtant d’accord. Les trains d’aménagement du territoire (TET), sont un élément essentiel de la mobilité, rappelle la commission Duron. « Mais ils ne répondent plus aux besoins car la qualité de l’offre s’est considérablement dégradée au cours des deux dernières décennies. »
    De plus, les TET représentent un ensemble hétérogène de 30 lignes, qui entrent parfois en concurrence avec des TER. Enfin, ces trains, dont un certain nombre roule plus ou moins à vide, accusent un déficit qui part à la dérive : 400 millions de pertes sont déjà prévues en 2015.
    « Si la commission souligne qu’il est légitime que les contribuables financent les TET au titre d’une dynamique d’aménagement du territoire et de solidarité territoriale, elle constate dans le même temps que ce rythme d’évolution n’est pas soutenable », indique le rapport.
    Les dépenses sont en effet en forte progression et le coût supporté par les contribuables a bondi de 28 % entre 2012 et 2014. Si l’on prend en compte le subventionnement public en fonction des trajets, on remarque une forte hétérogénéité, qui peut aller de cinq euros par voyageurs à 275 euros.
    Ce sont particulièrement les trains de nuit qui perdent de l’argent : ils pèsent pour 25 % du déficit alors qu’ils ne représentent que 3 % des voyages.
    D’où l’intérêt « d’interroger la pertinence du mode ferroviaire pour desservir ces destinations ». Mais en s’en tenant à un objectif : « Pas de territoire sans solution. »
    Le dispositif préconisé par Philippe Duron permettrait de stabiliser le déficit à 350 millions d’euros entre 2017 et 2017 avant d’être ramené à 270 millions à partir de 2023.

     

    Renforcer l’offre des TET les plus fréquentés

    La commission s’est livrée à un travail minutieux d’analyse ligne par ligne. En les classifiant selon leurs missions, en particulier celles relevant des Intercités et celles relevant de dessertes régionales. Car selon elle, « l’imbrication actuelle des services TET avec TER et Transilien est source de nombreuses inefficacités, pouvant aller jusqu’à une situation de quasi-concurrence entre ces services publics ferroviaires ». S’agissant des TET, sur les lignes ou segments à fort potentiel, elle propose de renforcer l’offre en augmentant la fréquence des dessertes « lorsque cela est pertinent et en proposant un nouveau matériel roulant en vue de les rendre plus attractives ». Ce pourrait être le cas de Paris – Clermont-Ferrand, Paris – Orléans – Tours, Nantes – Lyon, Paris – Limoges, Paris – Caen, Bordeaux – Marseille, Paris – Amiens, Paris – Bourges, Paris – Saint-Quentin et Bordeaux – Nantes.
    « Sur les lignes à très fort potentiel », elle suggère de mettre en place une offre cadencée. Pour développer l’offre ferroviaire, elle estime en outre que l’opérateur doit développer la tarification flexible, le yield management, pour optimiser l’occupation du train.


    Adapter les tronçons surdimensionnés au cas par cas

    Sur certaines lignes fréquentées, des tronçons peuvent être moins utilisés par les voyageurs. D’où la nécessité de les ajuster à la demande. La commission cite quatre tronçons pour lesquels elle suggère un « ajustement à la marge » : Paris – Rouen, Rouen – Le Havre, Caen – Cherbourg et Paris – Granville.
    Pour quatre autres tronçons, la commission estime justifié de maintenir une desserte directe de bout en bout depuis Paris, tout en les adaptant à la demande. C’est le cas de tronçons composant les liaisons Paris – Amiens – Boulogne-sur-Mer, Paris – Maubeuge, Paris – Belfort ou de Paris – Limoges – Toulouse dont le tronçon Limoges – Brive-la-Gaillarde – Toulouse est peu fréquenté mais pour lequel « la commission considère que l’importance de la métropole toulousaine et les besoins de desserte du Lot justifient que soient maintenus sur la ligne Polt les trois allers-retours quotidiens ». Un besoin justifié aussi par le récent avis négatif de la commission d’enquête sur le Grand projet Sud-Ouest (LGV Bordeaux – Toulouse) qui s’appuyait notamment sur la desserte TET actuelle.


    Supprimer les dessertes qui ne se justifient plus

    En revanche, cinq autres dessertes ne se justifient plus, selon la commission. Comme Toulouse – Cerbère « qui bénéficie d’offres alternatives en correspondance depuis Toulouse et depuis Narbonne et Perpignan (TGV) ». Ou encore le tronçon Marseille – Nice sur la ligne Bordeaux – Nice, « dans la mesure où la majorité des voyageurs circulant sur cette portion n’empruntent pas les TET au-delà de Marseille » mais utilisent les offres du TGV ou du TER qui sont « bien développées sur cette section ». Citons encore Quimper – Nantes, Bordeaux – Toulouse et Saint-Quentin – Cambrai.


    Transformer des lignes TET en TER

    Sur certaines lignes, « les trajets bout en bout sont extrêmement minoritaires », note la commission qui estime, « après étude détaillée », que l’offre TER actuelle répond déjà aux besoins. C’est le cas des lignes Hirson – Metz, Reims – Dijon, ou de Caen – Le Mans – Tours, pour laquelle la commission ajoute qu’un autocar pourrait compléter l’offre TER en assurant en plus « une liaison directe Caen – Tours avec un arrêt au Mans, par autoroute ». Autre cas cité, caricatural, la liaison Reims – Dijon, ne propose aujourd’hui qu’un aller-retour hebdomadaire, le samedi, avec du matériel TER !
    En revanche, partant du principe que tout territoire doit être desservi, la commission fait un cas à part de la ligne Clermont-Ferrand – Nîmes, appelée « Cévenol », peu fréquentée, qui ne pourrait pas être avantageusement remplacée par le TER, ni par la route. Elle préconise donc le regroupement des dessertes sous une gouvernance interrégionale. Et peu ou prou la même chose pour la ligne Montargis – Cosne – Nevers déjà majoritairement sous statut TER.


    Transférer quelques liaisons sur la route

    Des liaisons peu empruntées pourraient être transférées sur la route, ce qui permettrait, selon la commission, d’améliorer la qualité du service proposé. Les lignes Toulouse – Hendaye et Clermont-Ferrand – Béziers (dite de l’Aubrac) sont citées, ainsi qu’une partie de la transversale Bordeaux – Lyon.


    Renouveler le matériel

    Le matériel vieillissant n’est pas loin d’atteindre 40 ans d’âge moyen. « Il faut lancer les procédures adéquates sans attendre », dit Philippe Duron. La facture est évaluée entre 2,5 et 3 milliards d’euros.
    Pour les lignes électrifiées du Grand Bassin parisien, la commission préconise un matériel de très grande capacité. Une vitesse limite de 160 km/h paraît suffisante. Pour les grandes radiales ou transversales électrifiées, la vitesse adaptée est de 200 km/h, estime la commission. « La SNCF doit étudier les caractéristiques du matériel en fonction des préconisations de la commission », indique de son côté Alain Vidalies. Avec quel montage financier ? Rien n’est tranché, rendez-vous en 2016.
    D’où le lobbying d’Alstom qui plaide pour son Coradia Liner V200, un nouveau train grandes lignes qu’il pourrait très vite lancer puisqu’il est dérivé du Régiolis, un matériel commandé par les régions. « Conçu comme le petit frère du TGV », il pourrait circuler à 200 km/h. Et permettrait de redonner de la visibilité au constructeur français à partir de 2017 puisque pour l’heure seuls 218 Régiolis ont été commandés alors qu’un contrat-cadre signé en 2009 en prévoyait 1 000.
    Récemment, c’est d’ailleurs l’option qui a été choisie le gouvernement lorsqu’il a décidé l’acquisition, le 30 décembre 2013, de 34 rames de type Coradia pour remplacer des locomotives thermiques pour un montant de 510 millions d’euros.


    Des incertitudes sur les trains de nuit… et la concurrence

    La commission reconnaît l’importance du service rendu par les trains de nuit. Mais pointe la faiblesse du modèle économique. Un modèle qui pourrait encore se dégrader avec la libéralisation du marché du transport longue distance par autocar.
    La commission propose de maintenir pour le moment l’ensemble des dessertes « qui ne disposent pas d’une alternative suffisante notamment en raison de leur caractère relativement enclavé (Paris – Briançon et Paris – Rodez/Toulouse – Latour-de-Carol) ». Elle préconise une étude ultérieure au cas par cas.
    Autre idée forte évoquée pour sauvegarder ces lignes : une expérimentation de la concurrence, notamment pour le service de nuit, qui passerait par des délégations de service public. Ce qui permettrait de se préparer à la généralisation de la concurrence. « Mais il faudra d’abord attendre que la convention collective du rail soit signée », estime Philippe Duron.
    Pour le gouvernement, cette question n’est pas d’actualité. « Nous n’avancerons pas plus vite que le débat qui a lieu actuellement au niveau européen, affirme Alain Vidalies. Le volet technique n’a pas abouti. Il faut que les conditions techniques soient d’abord fixées pour que les discussions politiques puissent avoir lieu. » Les élus sont suffisamment remontés, pas la peine d’agiter en plus le chiffon rouge devant les syndicats.    

    Marie Hélène POINGT

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    Louis Nègre, président de la Fédération des industries ferroviaires (FIF)
    « Le renouvellement du parc TET représente 4 000 emplois »

     

    Le rapport Duron suppose un appel d’offres pour le matériel roulant des TET. Mais cet appel doit-il dépasser les contrats-cadres existants, ou au contraire ceux-ci permettent-ils déjà de répondre aux besoins des acteurs de la filière ? Le président de la FIF nous apporte un éclairage positif sur cette question.

    Ville, Rail & Transports. Le rapport Duron évoque un appel d’offres pour le matériel roulant des trains d’équilibre du territoire (TET). Jacques Auxiette, se fondant sur les contrats-cadres déjà signés avec les industriels, juge dans un communiqué que cette proposition n’est pas acceptable. Comment vous inscrivez-vous dans ce débat ?
    Louis Nègre.
    Il me semble important de dépasser cette opposition et de réfléchir sur la temporalité et la priorité des besoins.
    Le rapport Duron, lui-même, met en exergue des besoins massifs de renouvellement du parc de matériel notamment pour des dessertes sur le bassin parisien, la Normandie et la Picardie.
    Je considère que les contrats-cadres existants permettent largement d’apporter une réponse rapide et pertinente aux besoins identifiés par la Commission Duron.
    Lancer un nouvel appel d’offres n’a selon moi pas de sens aujourd’hui. Au plan financier, économique et technique, les contrats cadres actuels permettent de proposer immédiatement des matériels conformes aux attentes des clients, adaptés à l’état de l’infrastructure. Qui plus est avec un cadre budgétaire relativement bien connu. Enfin, ils permettraient à la filière industrielle ferroviaire française de faire face au « trou d’air de 2016-2020 » qui commence déjà à faire sentir son effet.
    A plus long terme, on pourrait envisager le lancement d’un appel d’offres pour un nouveau matériel roulant, sous certaines conditions toutefois :
    – que de vastes travaux de régénération et de modernisation de l’infrastructure aient été entrepris afin de permettre la circulation de trains jusqu’à 250 km/h, sous réserve de la pertinence économique de ces travaux,
    – que le volume des besoins soit suffisant pour justifier les investissements des industriels pour développer un nouveau train. Tout cela est une question de pragmatisme et de bon sens.

    VR&T. Vous souhaitez que l’on s’inspire de la stratégie de renforcement d’offre de la DB sur le segment intercités. Mais la DB investit aussi dans les autocars…
    L. N.
    La DB, groupe multimodal emblématique, a profité de l’ouverture à la concurrence sur les autocars en Allemagne intervenue il y a quelques années pour investir dans ce segment, dans l’espoir de trouver de nouvelles opportunités de développement, tout en rivalisant avec les sociétés d’autocars privées. Les résultats obtenus (concurrence effrénée entre autocaristes – dont la DB – mais aussi, par « effet pervers », autoconcurrence des autocars de la DB avec ses ICE) ont conduit la DB à apporter une réponse ferroviaire par le haut en décidant en janvier 2015 non pas de réduire la voilure, mais au contraire, d’investir massivement dans l’offre ferroviaire intercités.
    Tout cela résulte d’une saine émulation : la concurrence vécue positivement peut conduire à des décisions extrêmement favorables au mode ferroviaire et donc à sa filière industrielle.

    VR&T. Quels sont les enjeux pour la filière ferroviaire, notamment à l’export, des choix qui vont être faits ?
    L. N.
    Je vous rappelle que c’est entre 10 000 et 15 000 emplois qui sont menacés aujourd’hui en raison de l’effondrement des plans de charges des industriels (moins 1,1 milliard d’euros de CA pour le matériel roulant en 2018). Le renouvellement du parc TET, dont le rapport de la Commission Duron évalue les besoins dans une fourchette de 2,5 à 3,2 milliards d’euros, représenterait l’équivalent de 4 000 emplois.
    Comme vous le savez peut-être, j’ai fait introduire dans la loi du 4 août portant sur la Réforme ferroviaire un article sur l’exportabilité du matériel. Les matériels concernés par les contrats cadres sont « exportables », sous réserve bien entendu des nécessaires aménagements adaptés aux clients étrangers. Le Régiolis et le Coradia Liner sont dérivés de la plateforme Coradia et Alstom Transport en a vendu en Allemagne et en Suède notamment. La situation est identique pour Bombardier Transport et le Regio 2N.
    Aujourd’hui, les constructeurs visent en particulier les marchés d’Europe de l’Ouest, en particulier l’Italie, mais aussi le Maghreb (Algérie, Maroc).
    Propos recueillis par F. D.

     

  • Alstom peut-il rester seul ?

    Alstom peut-il rester seul ?

    Pékin, le 1er juin. CRRC Corp tient son premier conseil d’administration. CRRC, c’est CNR + CSR. La réunion est présidée par Cui Dianguo, ancien président de CNR, le géant du Nord. Le nouveau constructeur ferroviaire compte 175 000 employés, pèse plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cinq fois plus que les Alstom Transport, Bombardier Transport ou Siemens Mobility qui les suivent. Un siège à Pékin, un président venu de CNR… Ces signes confortent l’analyse entendue dès l’annonce de la fusion : quinze ans après la séparation, la réunification voulue par le président chinois, Xi Jinping, homme du Nord, est le signe d’une reprise en main de CSR, le frère ennemi du Sud, dont le siège était à Shanghai. Le nouveau groupe n’est pas un groupe industriel comme un autre. C’est plutôt une émanation de l’Etat chinois. Il en est d’autant plus menaçant pour les industriels européens. Le groupe veut se doter de technologies qu’il ne maîtrise pas parfaitement. Le moyen retenu pour ce faire, ce ne sont plus les joint-ventures, mais les acquisitions. Justement, les groupes européens ont les technologies convoitées et un énorme marché. Et les acquisitions chinoises ne sont pas un fantasme. En 2004 le stock des investissements chinois directs à l’étranger dans l’Union européenne s’élevait à 45 milliards de dollars. En 2013, il atteignait 615 milliards (voir Les Echos du 3 juin). CRRC aura des moyens sans commune mesure avec ses concurrents sur les marchés mondiaux. Du fait de l’appui de l’Etat. Du fait de la prochaine naissance aussi d’un énorme outil financier constitué pour les pays d’Asie, et perçu par Washington comme une Banque mondiale bis : la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Les Allemands, les Britanniques, les Français et les Italiens sont membres fondateurs. Les Chinois, principaux bailleurs de fonds, auront sur les activités de la Banque un droit de veto.
    Le monde industriel européen ne peut qu’être impacté par la naissance de CRRC. Signe avant-coureur de leur intérêt pour l’Europe, les industriels chinois ont voulu faire l’acquisition des deux Ansaldo, le faible constructeur et le brillant « signaliseur ». Hitachi leur a été préféré, ce qui soit dit en passant représente un autre danger.
    En Europe, on a longtemps entendu un petit refrain : des trois grands constructeurs, Alstom, Bombardier et Siemens, il y en a un de trop. Et puis, cela s’est calmé. On a même vu s’affirmer des constructeurs plus modestes qui ont su profiter de niches ou de la souplesse d’une relative petite taille : les Stadler, Pesa, Skoda, Caf ou Talgo. On s’était trompé ? Non seulement il y avait place pour les trois grands, mais pour d’autres plus petits à côté ? Pas sûr. Les « petits », en s’imposant, ont rogné les marges et les volumes des « gros » qui ne sont pas si gros que cela. Au bout du compte, la vieille idée revient : il y en a un de trop. Et on la retrouve dans un contexte très difficile. Et paradoxal. L’urbanisation croissante du monde crée les conditions d’un marché soutenu pour le ferroviaire, avant tout pour le mass transit. Le savoir-faire en Europe, et notamment en France, est très fort dans le domaine… Mais les entreprises qui le détiennent pourraient être des proies.
    C’est dans ce contexte que plusieurs élus PS et EELV, bons connaisseurs du sujet (Philippe Duron, Olivier Faure, Rémi Pauvros, Jean-Yves Petit, Gilles Savary, Pierre Serne) ont publié en mai dans Les Echos un appel à la naissance d’un « Airbus du transport ferroviaire », demandant nommément un rapprochement Alstom-Siemens. Le retour d’une vieille idée, dira-t-on. Elle a changé tout de même. Naguère on rêvait de TGV commun, aujourd’hui on imagine des trains régionaux, des RER ou des métros européens.
    Dans le monde industriel, on ne commente la proposition qu’avec une prudence de Sioux. Certes, Siemens est a priori favorable à l’idée. Mais les groupes dont il est question sont cotés. Et ils sont à la manœuvre. On est à la veille d’un nouvel épisode de consolidation industrielle. Après les années de consolidation européenne, entre 1995 et 2005, le temps est venu de la consolidation mondiale. A l’idée d’un rapprochement Siemens-Alstom, des réticences se font entendre. Peut-on faire vraiment confiance à Siemens, dont le ferroviaire, qui représente 7 % du groupe, n’est pas une activité stratégique ? L’acteur tout désigné de la consolidation n’est-il pas Alstom, qui va se retrouver avec un groupe 100 % ferroviaire, et qui devra croître pour survivre ? Des Français considèrent souvent que ce qui aurait un sens, ce serait un rapprochement Alstom-Bombardier, sous la houlette d’Alstom. Et des connaisseurs du secteur, proches des industriels, parlent parfois avec commisération des élus qui se mêlent, avec leur Airbus du Rail, d’un dossier auquel ils ne comprennent rien. C’est vrai, le ferroviaire d’aujourd’hui n’est pas l’aéronautique des années 70. Mais les élus ont raison de dire : si on ne bouge pas, on est mort. C’est tout de même beaucoup plus juste que la position d’Alstom Transport, qui ne sort du silence que pour expliquer que tout est under control. Et c’est mieux que la suicidaire absence de vision industrielle de l’UE. Car, même si un rapprochement doit venir des industriels, il ne pourra réussir qu’avec une forte implication des Etats et de l’Union. Pas seulement pour accompagner le mouvement. Mais pour en créer les conditions de possibilité. Faire naître un marché unique là où les normes nationales, sur lesquelles se sont longtemps arc-boutées les entreprises historiques comme la DB ou la SNCF, continuent de s’imposer.


    Alstom. Qui peut croire au splendide isolement ?

    Tout est suspendu à l’examen que fait la Commission européenne de l’accord entre GE et Alstom. L’opération prévue doit se traduire par la cession des activités énergétiques à GE et la constitution d’un Alstom Transport « pure player » comme on dit chez Alstom. Mais l’affaire n’est pas du tout jouée. La Commission européenne, qui a ouvert une enquête approfondie le 23 février 2015 sur ce rapprochement, devait rendre son verdict le 8 juillet, date repoussée au 21 août, la commission ayant « demandé aux parties des informations qui n’ont pas été fournies dans les temps ». Motif de l’enquête, expliqué dans un communiqué par Margrethe Vestager, la commissaire à la Concurrence : « Nous craignons que le projet d'acquisition conduise non seulement à une hausse des prix mais également à un choix réduit pour les consommateurs et à une moindre innovation dans le secteur. » Il s’agit du marché des turbines à gaz de grande puissance. Et, le 12 juin, la Commission a adressé une « communication des griefs » au tandem franco-américain.
    L’opération va-t-elle se faire ? Et dans quelles conditions ? Ce qui est prévu, sur une cession à 12,35 milliards d’euros, c’est qu’Alstom en cède entre 3,5 et 4 milliards aux actionnaires (premier d’entre eux, Bouygues, 29 %) et, avec les 2/3 restants, désendette partiellement le groupe (3,9 milliards d’endettement), investisse dans les activités cédées à GE, achète la signalisation ferroviaire de GE pour environ 600 millions et profite du solde pour assurer la pérennité d’Alstom transport et participer éventuellement à la consolidation du secteur. Selon le montant, qui restera, comme dit un observateur, « ce ne sera pas du tout le même scénario ». Alstom Transport explique qu’il pourra sans difficulté « stand alone ». En même temps, à ceux qui s’inquiètent de sa petite taille, il répond qu’il va regarder les dossiers. Discours à nouveau tenu à Milan en marge du salon de l’UITP par Henri Poupart-Lafarge, le président d’Alstom Transport, appelé à succéder à Patrick Kron. Consolider, avec qui ? Le Russe TMH, dont Alstom a déjà 25 % des parts. Beaucoup d’observateurs doutent de la viabilité de l’alliance russe. L’Ukraine est passée par là, et les actions de TMH aujourd’hui valent peanuts, dit un observateur. Mais Alstom persévère dans le pari russe et veut renforcer sa participation dans TMH dont les RZD veulent se dégager. La Russie a un énorme besoin d’équipement. Le pari russe sera gagnant mais suppose de la constance, ajoutent ses partisans.
    L’autre rapprochement, pas exclusif du premier, c’est Bombardier Transport. Un gros morceau à avaler, qui renvoie à l’opération en cours avec GE et à ce qu’Alstom va en retirer. Silence dans les rangs. Mais on l’assure, de diverses sources : Alstom veut Bombardier.


    Bombardier. A vendre, pas à vendre ?

    Plombé par l’aéronautique, Bombardier a été tenté de se dessaisir du ferroviaire pour se renflouer. L’annonce a été faite un peu vite, et tout le monde s’est affolé à l’idée que le nouveau géant chinois CRRC n’allait faire qu’une bouchée du constructeur occidental. Marche arrière ! Il ne s’agit que de mettre en bourse une partie de Bombardier Transport, filiale de Bombardier Inc. dit-on maintenant. Combien ? Que vaut Bombardier Transport ? On parle de 5 milliards de dollars. Un Premier appel public à l’épargne (Pape) visant une participation minoritaire, doit être émis au quatrième trimestre de cette année, à Francfort, le siège de Bombardier transport étant en Allemagne. Quelle part ? Motus ! On parle de 30 %. Le groupe devrait en retirer des centaines de millions de dollars, de quoi renflouer l’aéronautique. Le ferroviaire n’est donc pas à vendre. Mais on entend dire que les conversations avec CNR-CSR sont toujours en cours. On ne peut pas exclure que Siemens se mette de la partie : les deux groupes ont leur siège à Berlin, et une forte proximité culturelle. Et il se dit donc qu’Alstom est intéressé. Un accord de Bombardier avec Alstom a apparemment beaucoup de sens industriellement. En France en tout cas, où Bombardier a son plus gros site industriel, on a pris l’habitude, de la « coopétition ». Les deux groupes sont souvent en concurrence, mais ils répondent aussi souvent à des appels d’offres en commun, ce qui remonte au temps où les industriels qu’a rachetés Bombardier étaient, comme ANF, des fournisseurs de la SNCF ou de la RATP aux côtés d’Alstom. Et, pour le RER 2 NG, les deux groupes ont répondu en commun.


    Siemens. La politique de la main tendue

    Entre Alstom et Siemens, la coopération est très faible. Pas nulle tout de même. Il y a bien eu les locomotives fret diesels assemblées par Alstom à Belfort mais motorisées par Siemens. Il y a bien le métro automatique, à Paris, où les matériels sont Siemens et les automatismes Siemens, pour lesquels il faut bien coopérer bon gré mal gré sous la houlette de la RATP. Mais, en guise de grande coopération, volontaire et prestigieuse, on n’a en tête qu’un train qui a foiré : l’Eurotrain projet de réponse commune d’Alstom et de Siemens à la grande vitesse à Taïwan. L’Eurotrain a remporté l’appel d’offres, qui a été invalidé, et le train promis n’est jamais né. L’idée n’a enclenché aucune dynamique. Cela dit Siemens, au début des années 2000, a bien fait une proposition à Alstom : à nous les locomotives, à vous la grande vitesse. Faute d’avoir été entendu, Siemens a développé seul le Velaro.
    Dernièrement, dans les négociations Alstom-General Electric, le groupe allemand s’est senti le cocu de l’histoire… Sa candidature a été suscitée par Arnaud Montebourg, avant que l’Etat français n’en revienne à la proposition d’un GE. D’où le sentiment d’avoir été manipulé, puisque la présence d’un rival a sans doute permis aux Français de mieux vendre l’activité Energie d’Alstom à GE. Qui plus est, les Allemands, qui avaient chargé du dossier un francophile en la personne de Gerhardt Cromme, ont parfois l’impression d’avoir affaire en France à une collusion, à un « tout sauf Siemens ». Pas entièrement à tort selon un observateur. Il faut dire que l’offre de Siemens en ce qui concerne le ferroviaire n’était pas des plus adroites. L’idée, c’était de constituer deux champions, un de la construction qui serait Alstom, un de la signalisation qui serait Siemens. Traduction, selon un proche de ces dossiers : « Ils voulaient se débarrasser de la construction ferroviaire. » Ou, complète un autre : « Avec la signalisation, Siemens gardait la machine à cash. » Les Allemands ont sans doute fait l’erreur de ne pas tout mettre dans la corbeille. Si jamais, la proposition d’alliance réitérée par Joe Kaeser, le grand patron du groupe, dans Le Figaro en mars dernier devait prendre corps, cette fois, il faudrait sans doute une offre plus équilibrée.    

    F. D.
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    « On est à la veille de gros mouvements tectoniques »
    Entretien avec Bertrand Mouly-Aigrot, Archery Strategy Consulting

    Ville, Rail & Transports. Face à la constitution d’un constructeur ferroviaire chinois colossal, des élus réactivent un thème assez ancien, celui d’un Airbus du rail. Qu’en pensez-vous ?
    Bertrand Mouly-Aigrot.
    Le climat est à la consolidation. Elle est tirée par le saut quantique de taille fait par les Chinois. Et par les questions qui se posent sur la stratégie de Siemens dans le ferroviaire, ou sur ce que va faire Bombardier. On est à la veille de gros mouvements tectoniques.
    Les Chinois exercent une pression concurrentielle considérable. Ils se situent à des niveaux de prix très agressifs. Ils ont une force de frappe en R&D monumentale. 10 000 ingénieurs, ont-ils dit récemment, ont travaillé sur la dernière génération de trains.
    Et ils ont des effets d’échelle énormes. Le fait d’être sur un marché d’une telle taille permet d’aller plus vite, de concevoir la modularité des produits, d’avoir des séries plus grandes et de gammes plus larges. Cela leur donne une avance en coûts et en innovation. De plus ils ont une assise financière telle qu’en Amérique du sud, au Moyen-Orient, en Afrique, ils viennent avec des solutions clé en main, comportant le financement.
    De leur côté, les marchés européens domestiques ne sont pas en très grande forme, et les industriels ont des difficultés à maintenir leur plan de charge. Ce climat est aussi un facteur de consolidation.

    VR&T. Cela crée-t-il des conditions favorables à cet « Airbus » ?
    B. M.-A.
    La consolidation et l’Airbus du rail sont deux choses différentes. Airbus, cela a été la mise en commun de ressources pour créer de nouveaux produits, internationaux par conception, interopérables et positionnés sur un marché mondial.
    On voit donc bien les différences avec le ferroviaire en Europe :
    Un, les spécifications ne sont pas compatibles entre pays et ont parfois même été conçues pour ne pas l’être. Le système ERTMS, qui doit permettre l'interopérabilité à l'échelle européenne, avance très lentement et rencontre de nombreux obstacles. De plus, commencent à apparaître des incompatibilités entre les versions nationales ! L'interopérabilité n'est donc pas encore pour demain. Pour rouler dans plusieurs pays, un train doit être homologué dans chaque pays, ce qui coûte plusieurs millions d'euros à chaque fois – là où un Airbus doit obtenir une seule certification européenne et américaine pour le monde entier.
    Deux, la consolidation, si elle se fait entre Européens comme dans le cas d'Airbus, consisterait davantage à rationaliser des portefeuilles de produits redondants qu'à inventer des nouveaux trains, chaque acteur ayant déjà une gamme assez complète.
    Trois, Airbus est l’architecte intégral de ses avions. Les compagnies aériennes demandent de répondre à des spécifications fonctionnelles de besoins. Le ferroviaire en est encore à des spécifications techniques et à une implication forte des entreprises ferroviaires dans la conception – ce qui conduit à du sur-mesure et des petites séries.
    De plus, la création d’Airbus a abouti à un redécoupage industriel de la filière. Cela a commencé par le GIE et la coopération, puis les difficultés de lancement de l’A 380 ont accéléré l’intégration et ont amené à repenser le schéma industriel. Les filières nationales ont été spécialisées au service de la filière européenne. Ce serait probablement dans l’intérêt de l’Europe qu’il en aille de même dans le ferroviaire. Mais il est difficile d’imaginer un acteur renoncer à des technologies qui ont déjà été bâties.

    VR&T Il n’y a rien à faire ?
    B. M.-A.
    Le défi va être l’investissement dans la R&D. Les constructeurs européens peuvent coopérer pour commencer sur des briques technologiques, pas forcément sur un train. Ils peuvent ensuite aller un cran plus loin, parvenir à des modules communs, comme on le fait dans l’automobile. Là, les plates-formes, selon un Meccano assez simple, permettent de sortir des produits ayant des éléments communs – motorisation, châssis, essieux ou tableaux de bord – mais qui sont des produits différents dans l’œil du client. Un autre axe de coopération, ce seraient des solutions intégrées, incluant des financements.
    Ces trois domaines de coopération pourraient être les prémisses de cet Airbus du rail. Mais on achoppe sur le fait qu’un produit correspond en Europe à un marché. Ce n’est pas tout à fait l’Airbus qu’on invoque… Il ne faut pas oublier qu’il est né aussi d’une volonté européenne. Il y avait alors une aspiration vers un marché en croissance. Ce qui se prépare ressemble plus à une rationalisation de portefeuilles de produits pour éviter qu’il y ait des doublons.
    Propos recueillis par F. D.

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    « Le choix d’un partenaire industriel s’impose à Alstom »
    Entretien avec Olivier Faure, député PS de Seine-et-Marne, rapporteur du budget des transports

    Ville, Rail & Transports. Vous faites partie des signataires de la tribune pour un Airbus du transport ferroviaire, appelant au rapprochement des deux leaders européens Alstom et Siemens. Pourquoi cet appel maintenant ?
    Olivier Faure.
    Les deux chinois qui viennent de fusionner, CNR et CSR, ont un marché intérieur qui leur permet de vendre sur étagère pour le reste du monde. En Europe, nous avons des entreprises qui se font face, et des pays qui opposent leurs propres normes. La signalisation est kafkaïenne ! Quand on veut attaquer le marché international, il faut des économies d’échelle. Le faible dimensionnement des marchés domestiques d’Alstom et de Siemens les condamne à avoir un boulet aux pieds. Il faut un regard neuf. Le maintien de ses propres normes confine à l’absurde et a un coût. Elle neutralise les concurrents européens entre eux. Cela ne peut pas durer plus longtemps. Il ne faut pas perdre de vue l’emploi. Il ne faut pas sacrifier l’avenir au présent.

    VR&T. Personne ne s’exprime ouvertement, en cette période de veillée d’armes, mais un tel rapprochement n’a pas l’air facile.
    O. F.
    Cela représenterait une rupture culturelle. Alstom et Siemens sont deux concurrents historiques qui se font face et qui ont souvent des technologies alternatives. La fusion serait délicate. Les redondances de compétences communes présentent un risque pour les sites en activité. Mais, quand on pèse le pour et le contre, il ne faut pas fermer cette hypothèse. Pour Alstom, le choix d’un partenaire s’impose de toute façon. Aucun industriel seul n’a la capacité de résister sur le marché mondial.

    VR&T. Pourquoi pensez-vous à un rapprochement avec Siemens ? On pourrait penser à un autre partenaire pour Alstom.
    O. F.
    Nous disons Alstom et Siemens, parce que c’est franco-allemand et que nous souhaitons consolider l’édifice européen.

    VR&T. Mais l’Europe n’a pas l’air de se soucier de stratégie industrielle !
    O. F.
    Si la Commission se penchait sur le sujet, je verrais cela d’un bon œil. L’Union européenne pourrait jouer un rôle, sans se substituer aux industriels mais en accompagnant le mouvement, en amortissant. L’ajustement peut être douloureux, mais une dynamique peut se créer. La question, c’est de faire en sorte que 1+1 fasse au moins 2 et pas 1,8.
    Propos recueillis par F. D.

  • Grands Prix des Régions 2015. L’Alsace en haut du podium affiche la meilleure régularité

    Grands Prix des Régions 2015. L’Alsace en haut du podium affiche la meilleure régularité

    Dure, dure, la période pour les TER. Cette année, notre Grand Prix des Régions se déroule en deux temps. Pour commencer notre jury a distingué les initiatives récentes des régions (n° 574). De ce côté-là c’est encourageant. Restait à voir les chiffres et le podium qui en résulte. Nous les publions dans ce numéro, à l’occasion du congrès de Rouen de l’Association des Régions de France. Avouons-le : notre esprit de sérieux nous pénalise. Nous établissons notre classement d’après les dernières données chiffrées complètes, ce qui conduit à analyser l’évolution entre 2012 et 2013. C’est daté, dira-t-on… Mais on observe plus qu’une photographie, une tendance. Et elle n’est pas favorable : baisse de l’offre, fréquentation en berne, dégradation de la réalisation du service comme de la régularité, et même vieillissement de l’âge moyen du parc. Les premières indications disponibles pour la période plus récente ont tendance à la confirmer pour l’essentiel, même si l’arrivée de nouveaux trains rajeunit le parc et si la régularité s’améliore. Mais, avec la crise des financements, le TER est dans une période délicate.
    Le regroupement des régions et la libéralisation du transport par car sont autant d’inconnues pour l’avenir. Raison de plus pour saluer les efforts des conseils régionaux d’Alsace, de Bretagne ou de Picardie qui, dans des contextes différents, réussissent à faire vivre le TER.

     

    Grand Prix d’or Alsace. La constance paie

    En dépit d’une densité de trafic record sur un réseau peu étendu, l’Alsace présente d’année en année d’excellents résultats de régularité, qui sont parmi les rares à s’améliorer en 2013, et un taux honorable de réalisation de l’offre. Excentrée sur le réseau français, mais de plus en plus connectée aux réseaux allemand et suisse, l’Alsace s’apprête à accueillir sa première LGV, après avoir digéré avec succès l’arrivée des TGV à Strasbourg en 2007, puis à Mulhouse en 2011.
    Fin 2010, entre Mulhouse et la vallée de la Thur, la région avait également osé mettre en service ce qui reste jusqu’à présent le seul « vrai » tram-train français, circulant tant sur une voie ferrée, en compagnie des TER diesel et des trains de fret, que dans les rues, croisant alors les trams jaunes du réseau Soléa. Toutefois, la suite de ce succès technique risque de se faire attendre entre Strasbourg et le piémont vosgien.
    Grande région de l’industrie ferroviaire (Alstom et Vossloh Cogifer à Reichshoffen, mais aussi NTL et Modalohr sur le site Lohr Industrie de Duppigheim), l’Alsace a activement préparé l’arrivée de la nouvelle génération de matériel roulant TER, ce qui a valu à cette région de recevoir notre nouveau prix de l’Optimisation. Dès mars 2013, le conseil régional d’Alsace avait en effet décidé de financer intégralement la construction d’un nouvel atelier de maintenance dédié aux nouveaux TER. Avec un double enjeu : disposer d’installations aptes à accueillir 18 Régiolis « longs » de 110 m (assemblés à Reichshoffen) et optimiser l’organisation générale de la maintenance afin d’accroître la fiabilité du matériel et d’augmenter la disponibilité du parc aux heures de pointe. Ce sera le Technicentre Alsace, situé sur l’emprise de la gare de Mulhouse. Mis en service le 28 novembre dernier et traitant actuellement des matériels thermiques ou bimodes à un niveau, cet atelier est prédisposé pour être électrifié et accueillir des caténaires afin, si nécessaire, d’accueillir également des automotrices et des rames à deux niveaux.
    La fusion planifiée avec deux régions voisines n’interdit pas de penser à l’avenir…

     

    Grand Prix d’argent Bretagne. Qualité et succès

    Après le Grand Est pour la première place, le Grand Ouest pour la deuxième, avec un habitué du podium. Comme pour l’Alsace, la constante de la qualité du service TER a joué un rôle dans le maintien de la Bretagne parmi les meilleures. Autre point commun entre ces régions : un quart de siècle après avoir accueilli les TGV, la Bretagne se prépare à la mise en service de sa première ligne à grande vitesse jusqu’à Rennes.
    Des services périurbains autour de sa capitale régionale aux dessertes en antenne, en passant par les longs trajets par le sud ou par le nord, la Bretagne présente une grande variété de TER, dont certains (en particulier le « tire-bouchon » de Quiberon) ont très tôt joué la carte de la clientèle touristique. Avec un succès global indéniable : la fréquentation des TER a été multipliée par deux entre 2004 et 2014, tout en diminuant de 49 % la part contributive de la collectivité par voyage. La région n’en est pas moins généreuse, avec la billettique multimodale (KorriGo) et le nouveau tarif TER pour les jeunes, de 8 ou 15 euros selon que l’on fasse moins ou plus de 150 km, lancé en 2013. En un an, près de 350 000 voyages ont ainsi été effectués avec ce tarif, majoritairement le vendredi et le dimanche, et la région estime ainsi avoir arrêté la chute de la fréquentation par les jeunes du TER Bretagne.
    Les moyens financiers sont mis sur les investissements, tant sur la voie (28 millions d’euros envisagés pour la réfection de Guingamp – Paimpol) ou les nouveaux matériels roulants (mise en service du premier Regio 2N de Bombardier, sur un parc de 17, entre Rennes et Saint-Malo l’automne dernier). Mais c’est une autre innovation que notre grand prix du TER connecté a couronnée cette année : le système d’information du TER Bretagne (Siter), qui permet à la région d’avoir un œil averti sur les performances de son réseau.
     

    Grand Prix de bronze Picardie. L’innovation aux portes de Paris

    Deux de nos neuf grands prix thématiques, l’un pour le service voyageurs avec la garantie TER et l’autre pour la communication avec l’opération « Testez le Train », ont couronné ce printemps les efforts de la Picardie pour la qualité de service et la fréquentation des trains régionaux, qui sont précisément des critères-clés dans notre classement. Ceci alors même que la situation n’est pas toujours enviable sur un réseau très dépendant des conditions de circulation en gare de Paris-Nord. Toujours est-il qu’en 2013, la Picardie présente la deuxième meilleure évolution en matière de fréquentation (derrière Provence-Alpes-Côte-d’Azur) et la meilleure progression questions revenus de toutes les régions TER.
    Et quoiqu’ayant déjà un des trois parcs TER les plus récents de France, la Picardie poursuit son rajeunissement en étant une des premières régions à mettre en service le Régiolis d’Alstom en 2014, entre Paris et Laon.
    Patrick LAVAL

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    Le transport dans vingt régions en chiffres. Les classements par critère

    Les données quantitatives qui ont servi de base à notre classement annuel, sont celles
    de 2013, les données définitives pour 2014 n’étant pas encore validées. Nous remercions vivement l’ARF pour son concours en matière de centralisation des différentes données, ainsi que les conseils régionaux qui ont eu l’amabilité de répondre à nos questions complémentaires. A partir de cette année, les données concernant la régularité des trains TER sont centralisées chaque mois par l’Autorité
    de la qualité de service dans les transports (AQST). Du moins pour 18 des 20 régions TER actuellement (manquent Lorraine et, depuis le deuxième trimestre 2014,
    le Nord-Pas-de-Calais). Les données les plus récentes sont ainsi disponibles sur ce point, mais par souci de cohérence, c’est la comparaison de la régularité en 2013 par rapport à celle de 2012 qui a servi de base à notre classement annuel. Notre grand « tableau de bord » annuel, présenté sur la double page précédente, résume les principales données concernant les TER en 2013. Pour la plupart, ces données sont directement celles communiquées par les régions à l’ARF, mais quelques-unes
    ont dû être déduites par estimation, certains détails n’étant pas toujours disponibles. Enfin, les données financières sont obtenues par calcul.

     

    Offre. Légère baisse

    A l’échelle nationale, entre 2012 et 2013, l’offre TER a baissé de 2 % en mode ferroviaire. Et une hausse n’a été constatée que dans 6 des 20 régions TER, la palme revenant une fois de plus à Poitou-Charentes, avec une hausse toutefois moins importante que les 13,9 % de l’an passé. Après une année 2012 plutôt « normale », 2013 a été un peu plus perturbée, avec des intempéries en fin d’hiver et une situation détériorée en fin d’année. A noter que les régions les plus importantes sont également celles qui ont le plus souffert de la baisse de l’offre.


    Fréquentation. Fin du cycle de croissance

    Après deux années de hausse à l’échelle nationale (4,2 % de 2010 à 2011, puis 5,9 % entre 2011 et 2012), qui prolongent la tendance générale enregistrée depuis le milieu de la décennie précédente, la fréquentation des TER cesse de progresser entre 2012 et 2013 à l’échelle nationale. Il y a même régression, mais faible (-0,8 % en mode fer, calculé sur 18 régions, -0,5 % tous modes confondus sur les 20 régions). Le recul s’observe dans une majorité de régions (12, contre 8 avec une fréquentation en hausse). Et seules trois des six régions où l’offre était en hausse ont connu une évolution de la fréquentation dans le même sens.
    A noter qu’en dépit d’une qualité de service moins bonne que dans la plupart des régions, Provence-Alpes-Côte-d’Azur présente la plus forte hausse de fréquentation entre 2012 et 2013, qui se traduit également par une hausse des revenus.


    Recettes. En hausse quand même

    D’année en année, la hausse des recettes générées par les TER s’effrite, tombant à 1,5 % entre 2012 et 2013, contre 2,88 %, l’an passé et 6,5 % l’année précédente (2010-2011). Toujours est-il qu’en dépit d’une (faible) baisse de la fréquentation à l’échelle nationale, les recettes progressent quand même !
    Le cas du Languedoc-Roussillon mérite un commentaire. Cette région pionnière des billets à bas prix (à un euro, en commençant par deux lignes en juillet 2011) avait quand même observé une hausse des recettes de 5,2 % entre 2011 et 2012, avec une hausse de fréquentation de 6,7 %. Alors que l’année suivante, celle qui nous intéresse ici, pas de miracle : la fréquentation a beau n’avoir baissé que de 1,7 %, la chute des recettes a atteint 7,72 %, plaçant le Languedoc-Roussillon au dernier rang de cette catégorie. Attention aux effets d’aubaine !


    Fiabilité du service. Détérioration en 2013

    Pour la deuxième année, plutôt que les trains-km supprimés, résultat que nous calculions en comparant le kilométrage annuel contractuel et l’offre réalisée, le questionnaire ARF envoyé aux régions a demandé à ces dernières de nous communiquer les taux de réalisation de l’offre en 2012 et 2013. Une amélioration d’une année à la suivante est traduite par des chiffres verts et une détérioration par des chiffres rouges. Et globalement, le rouge l’emporte dans 17 des 19 régions ayant communiqué leurs taux de réalisation 2012 et 2013. Ce qui explique en partie la baisse des offres dans une majorité de régions (toutefois moins écrasante).
    En dépit de la détérioration générale, les « habitués » du haut du classement (en particulier les deux premiers) s’y maintiennent. Et le niveau général est quand même « acceptable », avec 18 régions présentant moins de 10 % de trains supprimés (c'est-à-dire « seulement » un par semaine pour un salarié utilisant ces trains du lundi au vendredi).


    Régularité. 2014, meilleur millésime que 2013

    Utilisant pour la première fois les données de l’AQST (Autorité de la qualité de service dans les transports), notre dossier annuel peut désormais présenter l’évolution de la régularité sur trois années successives. Ce qui permet de ne pas être trop « décalé » avec le discours général. Car comme nous allons encore le voir, ce critère clé dans la qualité de service fait souvent alterner détériorations et améliorations d’une année sur l’autre.
    Tout comme pour le taux de réalisation, l’évolution de la régularité a été très mauvaise entre 2012 et 2013, avec une détérioration dans 18 régions sur 20 (seules les régions Alsace et Poitou-Charentes sont en progression). Mais sauf dans le dernier quart du classement 2013, on reste dans des valeurs « acceptables » (seule l’Alsace étant au-dessus de 95 % de trains avec moins de cinq minutes de retard).
    Une lueur d’espoir est apportée par les données de l’AQST pour 2014 : sans regagner tout le terrain perdu depuis 2012, la hausse est générale (16 régions sur 18) par rapport au mauvais millésime 2013. Même si 2014 a été problématique à ses heures (grèves de juin, deuxième semestre en recul…).


    Matériel roulant. Les prémices de la nouvelle vague

    Dernière année avant une nouvelle vague de rajeunissement du parc TER, 2013 a donné l’occasion aux décideurs et aux voyageurs de découvrir la prochaine génération de TER, dont les représentants sont le Régiolis d’Alstom et le Regio 2N de Bombardier.
    En attendant ce rajeunissement, trop limité aux yeux des industriels (quelques centaines de rames sur près de 2 000), les parcs de 2012 ont grosso modo vieilli d’un an en 2013, aux radiations près.
    Cette année, deux âges moyens sont communiqués (en plus de l’âge des locomotives, qui ne sont pas à proprement parler des matériels voyageurs) : celui du matériel automoteur (automotrices électriques ou hybrides et autorails diesel), ainsi que celui, élevé, du matériel remorqué (voitures ex-Corail VO2N, RIO et RRR), qui est destiné à disparaître à moyen terme.


    Diesel. Poursuite des électrifications

    Cette année, le pourcentage de l’offre ferroviaire TER réalisée en mode diesel a été regroupé avec cette offre dans le tableau général (voir p. 64-65). A part une diminution de cinq points en Alsace, les évolutions sont peu notables dans les 11 régions qui ont communiqué leur offre réalisée dans ce mode de traction employée sur environ 55 % des trains-km TER en France, contre environ 10 % pour toutes les activités de la SNCF. Question électrification, 2013 a été une année charnière, avec les débuts mouvementés du tram-train de l’Ouest lyonnais, l’achèvement du Sillon alpin Sud et la virgule d’Avignon. Le tout en attendant la mise en service des électrifications alors en cours (liaison Calais – Dunkerque inaugurée en décembre 2014).
     

  • Japon Vingt ans après la relance du Shinkansen

    Japon Vingt ans après la relance du Shinkansen

    Un modèle économique à bout de souffle, les effets de la crise sur le pouvoir d’achat des voyageurs, la concurrence de l’aérien, une fréquentation qui régresse ou stagne après une vingtaine d’années de service, des discussions autour d’une éventuelle hausse des vitesses maximales en service régulier et des trains du futur…
    Ceci n’est pas une description de la situation actuelle de la grande vitesse ferroviaire à la française, mais celle du Shinkansen dans les années 1980. Lancé dès 1964, ce train japonais qui peut à juste titre revendiquer d’avoir jeté les bases de la grande vitesse moderne, a également été le premier à connaître la crise.
    Alors que du 7 au 10 juillet, Tokyo accueille le congrès UIC Highspeed, il est opportun de revenir sur la relance de la grande vitesse japonaise entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, mettant en application le thème de cette neuvième édition : « Célébrer le passé, concevoir l’avenir ». Une relance symbolisée par le lancement en 1992 d’un train accéléré baptisé Nozomi, c’est-à-dire « espoir », dont le succès a depuis servi de « locomotive » au Shinkansen. Mais le Nozomi est aussi une vitrine du matériel roulant japonais, dont le renouvellement est aussi rapide que les kilométrages parcourus sont élevés.
    En amont de cette relance, il y a surtout eu une série de mesures. Si certaines ont fait école ou pourraient le faire, d’autres sont plus spécifiques au réseau japonais.
    La première de ces mesures a été la privatisation par secteurs géographiques du réseau JNR (Japanese National Railways) en 1987. Ce changement de cadre peut sembler être un détail, mais la privatisation a certainement joué un rôle dans les nouvelles orientations de la grande vitesse à la japonaise en faisant entrer de nouveaux membres au RTRI, l’Institut de recherche ferroviaire japonais, qui auparavant ne dépendait que des JNR.
    Il faut dire que jusqu’aux années 1980, le matériel roulant japonais à grande vitesse brillait par son conservatisme, restant dans l’ensemble similaire aux premières séries, avec des vitesses plafonnées à 220-230 km/h. Si une telle performance faisait du rail japonais un champion du monde entre 1964 et 1981, le lancement du TGV à 260, puis 270 km/h sur la LGV PSE dans les années 80, puis l’intention affichée de passer à 300 km/h sur la LGV Atlantique, avaient donné un nouvel avantage à la France.
    Augmenter la vitesse du Shinkansen ne devenait pas seulement une question de prestige, mais aussi une possibilité de gagner de nouveaux clients, partant du constat qu’au-delà de trois heures de temps de parcours en train, l’avion reprenait la majorité des parts du marché sur une relation donnée. Or le meilleur temps de parcours sur liaison phare Tokyo – Osaka (515 km) était justement de trois heures et pour prendre à l’avion les clients entre Tokyo et des destinations plus lointaines à l’ouest, il était nécessaire de diminuer les temps de parcours.
    Le type de train qui allait permettre de franchir le premier pas vers des vitesses plus élevées a été désigné « série 300 ». Un nom qui traduit l’ambition d’arriver à 300 km/h, mais qui dans les faits se traduira plutôt par une vitesse maximale de 270 km/h. De quoi gagner quand même près d’une demi-heure entre Tokyo et Osaka au Nozomi, lorsque ce service sera équipé des rames 300 en 1993.
    Avec le recul, la série 300 a été la première à mettre en œuvre une nouvelle philosophie du matériel roulant à grande vitesse : des trains « jetables », au bout de 15-20 ans (après avoir parfois été modernisées à mi-vie) et éventuellement produits en petites séries spécialisés dans les différents types de dessertes.
    Plus de vingt ans après la mise en service de la série 300, on dispose ainsi de trains à 260 km/h (E7, W7), 275 km/h (E2), 285 km/h (série 700), 300 km/h ou plus (500, N700 et E5), mini-Shinkansen pour circuler sur lignes classiques à gabarit réduit (E3 et E6), rames deux niveaux (E4) ou rames pour le réseau insulaire de Kyushu (série 800). Entre-temps, plusieurs séries ont même eu le temps de disparaître, telle la série 300 (270 km/h), remplacée par la série N700, tout comme la série 500, mais aussi le mini-Shinkansen série 400 ou les rames à deux niveaux E1.
    Un tel rythme de renouvellement ne serait pas possible sans une recherche très active. Entre les dispositifs de captage du courant en forme de poignard, les prototypes aux noms emblématiques (Star 21) ou les aérofreins en forme d’oreilles de Mickey, la recherche japonaise en matière de trains à grande vitesse maîtrise l’art de la communication ! Sans oublier la piste de la sustentation magnétique explorée par le Maglev (voir p. 75), qui a encore battu son record de vitesse à quelques semaines du congrès de l’UIC…
    Les résultats de cette politique se reflètent dans la fréquentation du Tokaido (Tokyo – Osaka), la ligne la plus ancienne, qui accueille à elle seule près de la moitié des voyageurs du Shinkansen. Après dix années de croissance ininterrompue, les 118 millions de voyageurs avaient été atteints en 1974, mais sa fréquentation a ensuite stagné entre 90 et 100 millions par an entre 1977 et 1986. De la relance du début des années 1990 à 2004, la fréquentation a atteint un palier autour de 130 millions de voyageurs, avant un redécollage vers les 145 millions de voyageurs annuels depuis la mise en service de la série N700.
    Mais rien n’est définitivement gagné : si un maximum historique de fréquentation a été atteint en 2007 avec 353 millions de voyageurs sur l’ensemble du réseau en 2007, le Shinkansen a commencé à souffrir dès l’année suivante de la nouvelle crise. Aujourd’hui, sa fréquentation totale se maintient au-dessus de 300 millions de voyageurs par an, avec pour objectif 320 millions de voyageurs par an une fois ouvert le prolongement vers l’île de Hokkaido. Soit le triple du TGV. Mais la grande vitesse japonaise ne serait plus au premier rang mondial, officiellement dépassée depuis 2011 par les trains à grande vitesse chinois.
    Patrick LAVAL
     

     

    Un parc jeune et diversifié

    La composition actuelle du parc à grande vitesse japonais, de l’ordre de 460 rames en service, reflète la stratégie de renouvellement rapide des différentes séries, dont certaines très petites :

    série 500 (64 rames en service sur les 144 construites 1995-98)

    – série 700 (84 rames en service sur les 91 construites 1997-2006)

    – N700 (147 rames construites depuis 2007)

    série 800 (54 rames construites entre 2003 et 2010)

    E2 (39 rames en service sur les 53 construites 1995-2010)
    E3 (20 rames en service sur les 41 construites 1995-2009)
    E4 (24 rames en service sur les 26 construites 1997-2003)
    E5 / H5 (31+4 rames construites depuis 2009)
    E6 (24 rames construites entre 2010 et 2014)
    E7 / W7 (18+11 rames construites entre 2013 et 2015)

     

     

    Le Shinkansen aujourd’hui


    Le réseau japonais à grande vitesse, qui présente la caractéristique d’avoir été étudié pour résister aux phénomènes sismiques, devrait dépasser les 3 000 km l’an prochain. Que de chemin parcouru depuis la mise en service du premier Shinkansen (« nouvelle grande ligne ») sur la ligne du Tokaido ! Et des 220 km/h pratiqués en 1964 sur les 515 km de cette ligne entre Tokyo et Osaka, on est passé à une vitesse maximale de 300 km/h, voire 320 km/h en 2013. Dès le début, le Shinkansen s’est distingué des lignes classiques japonaises par une adoption de la voie normale et d’un gabarit plus généreux qu’en Europe. Prolongeant de 554 km vers l’ouest la première relation, la ligne du Sanyo (1972-75) a été suivie en 1982 par deux lignes reliant Tokyo au Nord-Est et au Nord (Tohoku et Joetsu, de 465 km et 270 km respectivement), puis par l’unification du réseau à grande vitesse par la traversée de Tokyo en 1991 (31 km). La décennie 1990 sera également celle du « Mini-Shinkansen » vers Yamagata et Akita, 276 km de lignes classiques mises à voie normale mais n’autorisant pas de grandes vitesses : pour desservir à la fois ces infrastructures et les lignes à grande vitesse, de nouvelles rames à caisses courtes et petit gabarit ont été étudiées. Simultanément ouvriront les 117 km de la première étape de ligne du Hokuriku (1997) pour les JO de Nagano.
    La première décennie du nouveau millénaire a été consacrée à l’unification de l’archipel par le Shinkansen, que ce soit à l’Ouest (ligne insulaire de Kyushu, avec 127 km ouverts en 2004 et connectés en mars 2011 au reste du réseau par un tronçon de 130 km) ou au Nord-Est sur la ligne de Tohoku en 2002 (97 km), puis en décembre 2010 (82 km) jusqu’à Shin Aomori, d’où la voie normale gagne l’île de Hokkaido depuis l’hiver dernier (le premier Shinkansen y a circulé en mai 2015, mais les services réguliers ne démarreront que l’an prochain). Pour ce faire, il a fallu emprunter le tunnel du Seikan, actuellement le plus long du monde avec 53,8 km et parcouru jusqu’à présent par des trains classiques pour voie de 1,067 m, l’écartement classique au Japon. Un autre prolongement, celui de la ligne de Nagano vers Kanazawa (deuxième étape de la ligne du Hokuriku), au nord-ouest de Tokyo, a été mis en service en mars dernier. Il a pour particularité d’être exploité conjointement par deux compagnies : JR East et JR West.
    En effet, depuis l’éclatement du réseau ferré japonais en 1987, les différentes lignes du Shinkansen sont exploitées par le réseau du secteur géographique où elles se trouvent : JR Central a hérité de la ligne du Tokaido, JR West de celle du Sanyo et JR East de celles de Tohoku et Joetsu. Ces lignes ont ensuite été prolongées par leurs réseaux respectifs, qui ont également lancé les lignes nouvelles Hokuriku (JR East et JR West). Quant à la ligne insulaire de Kyushu, elle a été logiquement réalisée par le réseau JR Kyushu.

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    Le Japon fait le pari du Maglev

    Le train à sustentation électrodynamique Maglev est aujourd’hui le transport terrestre guidé le plus rapide du monde avec un record à 603 km/h. Une prouesse technique qui a un prix : 70 milliards d’euros annoncés pour les 400 km de la future ligne Tokyo – Osaka.

    En atteignant les 603 km/h avec le Maglev, en avril dernier, les Japonais ont établi un record de vitesse absolu pour un transport terrestre guidé. Aussi fantastique qu’il soit, ce nouveau record, en toute rigueur, n’élude pas pour autant celui du train classique le plus rapide du monde, toujours détenu par le TGV qui roula à 574,8 km/h sur la LGV Est-européenne, et aurait pu faire davantage avec sa puissance embarquée, s’il n’y avait pas eu la proximité de l’ouverture de la ligne, obligeant à ne pas risquer d’endommager la caténaire… Cela dit, les deux technologies sont, à l’évidence, foncièrement différentes, et ne sauraient se comparer si facilement…
    A peine les Japonais avaient-ils lancé, en 1964, le premier train à grande vitesse du monde sur la ligne nouvelle du Tokaido, entre Tokyo et Osaka, dans la perspective des jeux Olympiques de Tokyo, qu’ils réfléchissaient déjà à un nouveau mode de transport terrestre guidé qui s’affranchirait de tout contact physique entre infrastructure et véhicule, et ne ferait donc plus appel au traditionnel contact « roue d’acier sur rail d’acier ». De 1990 à 1996, l’opérateur ferroviaire JR Central  construisait, sur le territoire de la préfecture de Yamanashi, une infrastructure de type Maglev longue de 42,8 km, conçue pour être, un jour, partie intégrante d’une nouvelle ligne entre Tokyo et Osaka. Il s’en est suivi deux décennies de recherche et développement, avec quantité de marches d’essais pour mettre au point, pas à pas, le matériel et la voie. Ce projet, extrêmement ambitieux sur le plan scientifique, a été mené en lien très étroit avec le gouvernement japonais, des rencontres étant organisées chaque année pour faire le point des avancées, et décider s’il restait pertinent de continuer. Ici, la technologie choisie relève de la sustentation « électrodynamique », et non « électromagnétique » comme il est souvent écrit (cas du Transrapid allemand). Cette technologie permet au véhicule de léviter à 10 cm au-dessus d’une voie en forme de « U ». Sa caractéristique est de n’intervenir qu’au-delà d’une certaine vitesse (de l’ordre de 150 km/h), nécessitant la présence de roues chaussées de pneumatiques sous le véhicule, à la manière des trains d’atterrissage d’un avion. La propulsion s’effectue par une motorisation linéaire, comparable à un moteur triphasé synchrone dont on aurait « déroulé » l’inducteur tout au long de la voie. Outre les bobinages nécessaires, à terre, pour assurer les fonctions de sustentation et de propulsion, la technologie Maglev doit aussi mettre en œuvre, à bord du véhicule, des électroaimants supraconducteurs, dont le maintien dans un état de supraconductivité (résistance nulle permettant aux courants électriques de « boucler » indéfiniment) nécessite leur refroidissement avec de l’hélium liquide à une température de -246 °C, toute proche du fameux « zéro absolu » (-273 °C).
    Un avantage majeur du Maglev est l’absence d’interface mécanique entre l’infrastructure et le véhicule. Le système s’affranchit ainsi des sujétions habituelles liées au contact roue-rail, dont le faible coefficient d’adhérence limite la transmission des efforts en traction (risque de patinage) comme en freinage (risque d’enrayage). Du coup, à bord du Maglev, on est très favorablement impressionné par les fortes valeurs d’accélération et de décélération. Par contre, cette technologie est incompatible avec « l’existant » (pas d’effet réseau possible avec le chemin de fer conventionnel). Si la part de la résistance à l’avancement due au roulement est à l’évidence nulle, il n’en va évidemment nullement de même de celle due à l’aérodynamique, qui croît comme le carré de la vitesse. Aux vitesses élevées, c’est le bruit aérodynamique qui devient largement prépondérant, et donc, même s’il ne roule pas, le Maglev fera a priori tout autant de bruit qu’un TGV. Enfin, il y a le problème des coûts. Les Japonais annoncent un budget d’investissement de 70 milliards d’euros pour les quelque 400 km de la future ligne Tokyo – Osaka, alors que 500 km de LGV reviennent à 25 milliards, auxquels s’ajoute l’acquisition des rames à 25 millions l’unité. Mais c’est surtout le coût de l’énergie qui devrait creuser encore bien davantage l’écart… Rendez-vous en 2027, année qui devrait voir une première mise en service commercial du Maglev sur le tronçon de Tokyo à Nagoya. Les 286 km seront parcourus en 40 minutes à la vitesse de 500 km/h, ce qui représentera, à l’évidence, une belle prouesse !
    Philippe HÉRISSÉ
     

  • Medellín la pionnière

    Elle a été aussi pionnière en matière de téléphérique urbain. La première ligne du Metrocable (K), a été inaugurée en 2004, et deux autres ont été mises en service en 2008 (J) et en 2010 (L). Deux nouvelles lignes sont en construction, H et M, et devraient être opérationnelles en décembre 2015 et au premier semestre 2016 respectivement. Pour installer la première ligne du tramway (4,3 km), sur un terrain en pente, c’est la solution du tramway pneumatique de Translohr, filiale d'Alstom qui a été retenue. La circulation sur une partie du trajet est prévue en septembre 2015.

  • Inde, Golfe, Brésil…  La ruée vers le transport

    Inde, Golfe, Brésil… La ruée vers le transport

    A la fin de sa vie, Claude Lévi-Strauss disait au Monde : « Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai connu, que j’ai aimé, avait 1,5 milliard d’habitants. Le monde actuel compte six milliards d’humains. Ce n’est plus le mien. » Il tenait ces propos en 2005. Quatre ans plus tard, à l’âge de 100 ans, il disparaissait. Neuf milliards d’habitants sont attendus pour 2050. Les deux tiers vivront dans des villes. C’est le cas de la moitié depuis 2007. Ils étaient 1 sur 10 en 1900. Selon les chiffres de l’ONU de 2014, 54 % de la population mondiale vit dans des zones urbaines. En tête, Tokyo 38 millions. Puis, Delhi avec 25 millions, Shanghai, 23, Mexico, 21, Bombay, 21, São Paulo, 21, Osaka, 20. Des organismes différents donnent des résultats tout autres, selon ce qu’on prend en compte. Exemple : Chongqing, en Chine, pourrait sembler avec 32,8 millions d’habitants (selon Xinhua) l’une des plus grandes villes mondiales. Mais la municipalité a autorité sur un vaste territoire qui englobe des zones rurales, et l’agglomération ne compte, si l’on peut dire, que huit millions d’habitants.

    Quoi qu’il en soit la croissance semble inexorable. Elle est diversifiée. Tokyo se tasse, alors que Dacca, Karachi ou les grandes villes indiennes sont appelées à devenir énormes. Eau, approvisionnement, déchets, pollution, congestion. Cette croissance représente des défis inouïs.

    Le smog jaunâtre de Pékin est célèbre. La capitale chinoise ne fait pourtant pas partie des métropoles les plus polluées. On cite, parmi celles-ci, Moscou, Mumbai, Delhi, Karachi, Dacca, Mexico, Lagos… Mais cela vient aussi de mesures qui sont faites et publiées par les autorités chinoises, ce que ne font ni l’Inde, ni le Pakistan. Toujours est-il qu’en 2014, selon l’OMS, se fondant sur la moyenne annuelle des particules fines (PM10), les deux villes les plus polluées étaient pakistanaises, Peshawar, et Karachi, et la troisième afghane, Mazar-e Charif.

    Autre volet, la congestion. Les économistes attentifs font tant bien que mal le compte de ce que coûte au PIB d’un pays le trafic jam. Les habitants, comptent plus simplement et voient qu’il leur faut parfois deux, trois heures pour se rendre à leur travail. Selon un indice établi par TomTom sur la base du GSM, les plus congestionnées sont Istanbul, Mexico, Rio de Janeiro, Moscou, Salvador, Recife, Saint-Pétersbourg… Une fois encore, le classement est indicatif. Les villes indiennes ne sont pas prises en compte.

    Pollution, congestion : nombre de villes frôlent l’asphyxie. Et la croissance va les rendre encore plus invivables. Ces deux maux ont un remède : le développement du transport public.

    C’est un des défis de ce temps. Une première étape consiste à mettre des bus. C’est ce que l’on voit par exemple en Afrique noire. Pierre Mongin, venu s’exprimer devant le Club VR&T le soulignait. Il pensait alors à Lagos, mais c’est aussi, dans un contexte différent, ce qui se produit aujourd’hui à Riyad. Or, cela ne va pas de soi. Il faut que les gens prennent l’habitude des arrêts, des fréquences, des tarifs.

    Il faut aussi que l’organisation préalable, spontanée, cède la place à une conception d’ensemble. Avant, existent comme en Inde les rickshaws ou, en Amérique latine, des petites entreprises de bus avec des règles de concurrence à couteaux tirés. Curitiba, Bogotá, Santiago ont inventé avec le BRT un vrai système de transport public. Affirmation d’un système, mise en place d’axes lourds. Ce qui est intéressant, c’est que le BRT qui apparaissait la solution n’est qu’une étape. Le BRT ? Un bus qui fait du métro, disait-on. Pas tout à fait, puisque Bogotá ne peut plus se satisfaire de la solution et passe au métro.

    Le métro c’est la grande affaire. 38 villes en Chine ont eu le droit d’en construire un. En 2030, selon des chiffres communiqués par Emmanuel Vivant, PDG de RATP Dev Transdev Asia, les métros chinois devraient totaliser 7 000 km, soit la moitié du kilométrage mondial. Les tramways qui ne font que commencer devraient suivre : 5 000 km sont prévus à cette même date. C’est énorme, mais 100 villes chinoises au moins comptent plus d’un million d’habitants.

    Dans le Golfe, où la densité n’est pas un problème, le passage de Dubaï au métro est apparu comme une surprise. S’agissait-il de répondre à un besoin ? Pas tant que cela. La première raison, c’était l’ostentation. Au moins cela a permis d’inventer une réponse à une question qui finit par se poser, à Dubaï comme chez le grand voisin. Car la grande affaire, dans la zone, c’est bien la conversion (le terme s’impose, même s’il semble malencontreux) de l’Arabie saoudite au transport public. Population relativement nombreuse, chômage menaçant, encombrements qui soulignent les limites de l’automobile, ce que le prix dérisoire de l’essence ne saurait faire.

    Sans souci d’exhaustivité, nous faisons dans ce numéro un petit tour d’un monde qui change extrêmement vite. L’impasse sur la Chine serait stupéfiante si nous n’y avions consacré un dossier dans un récent numéro de VR&T (n° 572). Nous nous sommes limités, mise à part l’Australie, à des pays émergents. Ce ne sont pas les seules terres du transport urbain, loin de là. Il y a quelques années, Guillaume Pepy avait entendu Ray LaHood, le secrétaire américain aux Transports, lui dire : vous me vantez les TGV, parlez-moi plutôt des RER… Mais aux Etats-Unis le marché du transport urbain est plutôt de renouvellement. On n’y voit pas l’arrivée, comme incongrue, d’un métro dans un système de transport ferroviaire massif et précaire, comme à Mumbai. On n’y voit pas la ruée vers le tramway que l’on a pu constater à ses débuts à Alger.

    Alors que nous rédigions ce dossier, Thales remportait un contrat pour la maintenance du réseau automatique de Dubaï, Faiveley créait une coentreprise à Singapour pour la maintenance et la réparation du matériel roulant ferroviaire, vendait des portes palières en Australie ou un système de freinage pour un tram à Shanghai. Les industriels français (et non les seuls constructeurs) sont présents sur ces marchés appelés à une forte croissance. Pour nombre d’entre eux, cela fait partie du quotidien. D’autres doivent s’y mettre. Est-ce gagné pour autant ? Non. Les Français maîtrisent des solutions sophistiquées et sont à l’aise dans les contrats à forte plus-value. Exploiter un métro ? Pas sûr qu’ils le fassent mieux que d’autres. En Inde, si le métro de Mumbai et bientôt celui d’Hyderabad sont exploités par des Français, d’autres villes sont sensibles à des solutions indiennes fortement marquées par le métro de Delhi. Vendre des rames ? Oui, mais la concurrence est rude et le métro de Mumbai, par exemple, est chinois. Le tramway, matériel et exploitation, est prometteur mais l’avantage n’aura qu’un temps. C’est plutôt dans les outils d’intégration, de billettique, de multimodalité, que l’apport est sensible. Car en Inde aujourd’hui, et souvent encore en Chine, les villes continuent à penser en silos, alignant mode après mode. C’est la pensée de la concaténation qui peut aider les Français à apporter leurs solutions. Il faut pour cela s’appuyer sur des autorités organisatrices. Elles sont fortes à Singapour ou à Dubaï. Elles restent souvent à créer. Il faut aussi intégrer les réponses de transport sur une démarche plus vaste, celle que promeut la marque Vivapolis. Cesser de courir derrière une demande croissante, et infléchir enfin par l’urbanisme la demande. Les Indiens, les Chinois ou les Brésiliens auront-ils si longtemps besoin de nos conseils ? Le BRT est né au Brésil. Le funiculaire urbain est porté par la Colombie. Le Premier ministre indien vient d’annoncer un programme de 100 smart cities. L’ouverture permet au moins de ne pas être largué. Et de contribuer (on peut l’espérer) à l’ordonnancement d’un monde qui reste le nôtre.

    F. D.

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    MOYEN-ORIENT / Dubaï. Un tram « en diamant » pour 10 000 voyageurs par jour

    Design unique, alimentation par le sol, stations luxueuses, composants résistant aux conditions extrêmes… comme tout ce qu’elle fait, Dubaï a mis les bouchées doubles pour son tram inauguré en novembre dernier. 700 millions d’euros pour apporter un peu plus de prestige à la ville.

    Dans l’émirat de la démesure, un tramway ne pouvait être qu’exceptionnel. Et celui qui a été inauguré à Dubaï, le 11 novembre dernier, l’est à plus d’un titre. Il concentre quelques premières mondiales. Un Citadis au nez taillé tel un diamant ; une alimentation par le sol (APS) déployée sur l’intégralité du tracé ; des stations luxueuses entièrement fermées et climatisées à 21 °C ou 25 °C selon la saison ; et des composants développés spécialement pour supporter des conditions climatiques extrêmes – températures pouvant dépasser les 50 degrés, tempêtes de sable et pluies diluviennes, sans parler de la forte hygrométrie. Au final, ce tramway, signé de l’industriel français Alstom et du groupe de BTP belge Besix pour le génie civil, a presque tout d’un… métro !

    Il en a coûté quelque 700 millions d’euros, dont la moitié est allée à Alstom, qui a récupéré aussi un contrat séparé pour la maintenance sur 13 ans de 60 millions d’euros.

    Avec, entre Al Sufouh et la plage de Palm Jumeirah, près de 11 km, 11 rames et 11 stations, dont deux en correspondance avec le métro et une avec le monorail, il a transporté 830 000 personnes durant les cent premiers jours. Circulant de 5 h 30 à 1 h 30 à 21 km/h en exploitation commerciale, il lui faut 12 minutes pour effectuer le trajet complet dont six minutes sur la boucle autour de la marina. Les rames passent toutes les dix minutes en emportant, en mars dernier, en moyenne 10 000 voyageurs par jour, selon la RTA (Road and Transport Authority), l’autorité organisatrice. L’objectif visé est à court terme de 27 000 personnes et même de 60 000 en 2020. Pas si évident dans une ville dont les deux millions et demi d’habitants sont plutôt adeptes de l’automobile, malgré les embouteillages. On compte aussi sur les dix millions de visiteurs annuels, touristes et hommes d’affaires. A l’intérieur du tram, les voyageurs trouvent trois classes, dont une « gold » au cuir très confortable en tête de rame.

    Les avenues étaient pourtant récentes, mais on n’a pas lésiné sur les travaux. Toutes ont été refaites avec un corridor de tram dont la largeur flirte avec les dix mètres afin de loger une piste verte, piétons et cyclistes. « En plus d’une insertion esthétique de la ligne dans la ville, Dubaï souhaitait aussi rénover certaines zones avec une approche de façade à façade », affirme Vincent Prou, directeur du projet à Dubaï et directeur général pour la région du Golfe. Ce tram hors du commun afficherait de plus des qualités quasi-parfaites, avec « un taux de disponibilité de 99,99 % et une ponctualité de 99,65 % », affirme-t-il. Beau succès aussi pour l’exploitant choisi pour cinq ans, Serco, qui exploite déjà le métro. L’APS, lancé si laborieusement à Bordeaux il y a une dizaine d’années, serait désormais tout aussi performante que l’alimentation traditionnelle par fil de contact. Le secret ? En dehors d’un coût plutôt pharaonique, de l’ordre de 68 millions d’euros du km, soit deux à trois fois plus que le prix habituel dans un projet de tram, celui-ci a surtout été conçu et fabriqué tel un système de transport dans son ensemble. Cette stratégie de développement de solutions intégrées est l’un des axes de la stratégie de vente (voir encadré page précédente).

    Le réseau doit maintenant s’agrandir. Une première extension de 4 km jusqu’à l’hôtel Burj Al Arab est prévue à court terme. « L’option figurait au contrat initial mais elle n’a pas été exercée dans les délais impartis, raconte Vincent Prou. Elle sera remise en appel d’offres en 2016 et les travaux lancés dans la foulée. » La RTA a également un projet de prolongement de 15 à 20 km le long de la côte, à l’horizon 2025. « Avec la phase 2, la ligne battra son plein, car on interconnectera deux quartiers hypertouristiques en allant jusqu’à la fameuse piste de ski du Mall of the Emirates et au célèbre palace en forme de voile, le Burj Al Arab », assure Vincent Prou.

    Cécile NANGERONI

     

    Une vitrine pour Alstom

    Vendu comme une solution intégrée et concentrant les innovations d’Alstom, le tram de l’émirat constitue une vitrine, notamment pour toute la zone du Golfe. « Les marchés émergents où les pouvoirs publics financent souvent leurs projets sous forme de PPP sont très demandeurs de solutions clés en main, souligne le directeur du marché des solutions systèmes et des concessions chez Alstom Transport, Christian Messelyn. L’offre intégrée comporte de nombreux atouts : un seul appel d’offres et un contrat unique, des coûts et des délais de réalisation optimisés et respectés car la coordination de toutes les activités est plus aisée… », prêche-t-il. A Dubaï, 34 mois seulement se sont écoulés entre le feu vert de la RTA en janvier 2012 et l’inauguration.

    En apparence plus coûteux, ces projets seraient, selon lui, financièrement plus intéressants sur le long terme que ceux menés via des contrats séparés. A l’actif du groupe, 16 projets de tram intégré vendus dans dix pays, dont la moitié en service. Le Français, qui revendique la place de leader mondial sur le segment du tram, avec 50 % de parts de marché, entend la conforter. Il estime n’avoir pas de vrai concurrent sur ce segment. « Nous sommes les seuls à pouvoir livrer tous les composants du sous-système tramway et les services qui vont avec, entretien et maintenance, à proposer l’ingénierie, à avoir l’expertise du PPP, etc. », assure Christian Messelyn.

    Or, d’après les estimations de l’Unife, rien que pour le tramway intégré, le marché serait de 3,2 milliards d’euros pour 2015-2017, contre 1,4 milliard entre 2012 et 2014. En tête de cette formidable croissance, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique (MEA), qui représenterait 882 millions d’euros. Fort de cette manne potentielle, l’industriel, qui a déjà lancé une offre intégrée de métro léger en viaduc pour le créneau des 10 000 à 45 000 voyageurs par heure et par sens – baptisée Axonis – s’apprête à labelliser une offre de tram intégré, présentée ce mois-ci à Milan.

    C. N.

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    Le métro de Dubaï sera prolongé pour l’Expo universelle de 2020

    Sept stations et 14,5 kilomètres de ligne supplémentaires devraient être opérationnels pour l’Exposition universelle en 2020. Un projet lancé immédiatement dont on attend les appels d’offres pour juillet prochain.

    Dans la perspective de l’Exposition universelle de 2020, Dubaï avait annoncé son intention de prolonger le métro. La RTA a confirmé le 11 avril le lancement des opérations, le cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, vice-président, Premier ministre des Emirats Arabes Unis et souverain de Dubaï ayant donné son accord au projet Route 2020. Il s’agit d’une extension de 14,5 km de la ligne rouge, de Nakheel Harbour & Tower au site de l'Expo 2020, près de l’aéroport international Al Maktoum. Les études prévoient une section aérienne de 10,5 km desservant cinq stations, ainsi qu’une partie en souterrain de 4 km et deux stations.

    Le souverain a stipulé que le projet devait était lancé immédiatement. Les appels d'offres sont attendus pour juillet, afin de s’assurer que le projet soit opérationnel en 2018 ou 2019. L'itinéraire traversera plusieurs quartiers densément peuplés (240 000 habitants) ainsi que les zones industrielles de Discovery Gardens, Dubai Investment Park, Furjan et Jumeirah Golf Estates. A l’aéroport, la ligne sera en correspondance avec Etihad Rail, qui doit desservir l’installation aéroportuaire en 2018.

    Ce prolongement portera à 90 km le réseau de métro dubaïote, actuellement composé de 49 stations sur deux lignes entièrement automatiques : la red line – dont la première section avait été inaugurée le 09/09/09 – et la green line (23 km et 16 stations). Il faut actuellement une heure pour parcourir la ligne rouge de bout en bout, l’extension ajoutera 16 minutes de transport. Deux autres extensions sont étudiées par la RTA, notamment 3,5 km de Rashidiya à Mirdif (ligne rouge) et 20,6 km sur la ligne verte entre Jaddaf et Academic City, desservant Festival City, Ras Al Khor, International City, Silicon Oasis et Academic City.

    C’est le consortium Dubai Rapid Link formé des sociétés japonaises Mitsubishi, Obayashi et Kajima et du turc Yapı Merkezi, qui avait été sélectionné pour les précédentes phases, Thales étant chargé de l’automatisation et récemment de la maintenance des systèmes pour cinq ans. Nul doute que les industriels sont déjà prêts à répondre au nouvel appel d’offres imminent. Qui portera symboliquement le kilométrage de transports collectifs ferrés à 101 km, en incluant la ligne de tramway.

    C. N.

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    MOYEN-ORIENT /Péninsule arabique. Des projets prestigieux… et désormais nécessaires

    Dubaï s’est lancé dans le métro et le tramway pour le prestige. Abu Dhabi et le Qatar lui ont emboîté le pas. L’Arabie saoudite aussi, mais avec une autre dimension. A Riyad notamment où il faut enrayer la congestion qui menace ses cinq millions d’habitants.

    Dans le Golfe, Dubaï a ouvert la voie. Par deux fois. Le métro, le 9 septembre 2009. Le tramway, le 11 novembre dernier. Lorsque, en 2003, Systra décroche un contrat pour les études du métro, Philippe Citroën, alors directeur général, s’enthousiasme. Si Dubaï y va, estime-t-il, « toute la zone va suivre ». Pour une excellente raison. Ni la pollution, ni la congestion, ni les besoins de la population. Le prestige. Le métro fait partie d’un jeu dont d’autres pièces sont la tour Burj Khalifa, la compagnie Emirates ou l’Exposition universelle de 2020.

    Aujourd’hui, « l’ensemble des pays du Golfe a l’ambition d’appartenir au cercle des villes de rayonnement mondial », dit Arnaud Van Troeyen, DGA Stratégie et développement de Keolis, les Etats de la région emboîtent le pas. Le plus grand des Emirats, le plus riche, et la capitale fédérale, Abu Dhabi, va se lancer. Voisin, le Qatar l’a fait : le tramway de Lusail est attendu en 2018 et le métro de Doha entre 2019 et 2026, avec une première phase en service avant la Coupe du monde de football de 2022.

    En Arabie saoudite, la première ligne du métro de La Mecque est déjà réalisée. Le prochain grand rendez-vous de la planète transport sera le métro de Riyad. L’appel d’offres pour l’exploitation, selon des observateurs, pourrait être lancé en trois lots, correspondant à ceux attribués à des consortiums pour les six lignes projetées. Consortiums dans lesquels on retrouve, pour le matériel roulant, Siemens (lignes 1 et 2), Bombardier (ligne 3), Alstom (4, 5 et 6).

    RATP Dev sera sur les rangs, via la joint-venture créée en 2010 avec Saptco, le transporteur routier saoudien, dans laquelle le français est partenaire minoritaire (80/20). Riyad a confié la réalisation de son premier réseau de bus à la JV saoudo-française. On attend Keolis aussi. Guillaume Pepy l’a affiché : Keolis, disait-il récemment selon l’AFP, sera « candidat pour exploiter trois, quatre, ou cinq des lignes de la ville de Riyad ». Le groupe ne va pas s’en tenir là : « derrière il y a Djedda, derrière il y a Médine, derrière il y a La Mecque ». On attend aussi Serco, l’exploitant du métro et du tram de Dubaï. Pourquoi pas le hongkongais MTR, le britannique National Express, le singapourien SMRT… Mais pas Transdev. Pour l’instant, le groupe se consolide là où il est déjà. Or, il n’est pas présent dans la zone, sauf en Israël, ce qui n’est pas le meilleur passeport pour les pays arabes.

    En attendant les attributions, partout, les projets avancent. C’est surtout le temps des ingénieries. Systra et Egis sont très présents. Avec Parsons, mandataire, ils ont remporté ensemble le management de projet et la supervision des lignes 1, 2 et 3 de Riyad. Tous deux (Systra mandataire) ont remporté les études préliminaires du métro de Médine. A Djedda, Systra a gagné seul les études préliminaires du système de transport. Au Qatar, Systra a remporté la partie système du métro de Doha et Egis, avec Louis Berger, assure le management de projet de la ligne jaune et des parties aériennes des lignes verte et rouge.

    La déconvenue cuisante du métro de Dubaï, ce fut l’attribution du matériel à un consortium japonais emmené par Mitsubishi. D’aucuns jugeaient que Systra ayant fait les études, ce contrat devait revenir à Alstom… Alstom s’en tire finalement bien, avec les tramways de Lusail, de Dubaï, une grande partie du métro de Riyad… Et, disait récemment à l’AFP Gian Luca Erbacci, vice-président d’Alstom Transport pour la région : « Notre plus grande région en chiffre d'affaires est encore l'Europe. Mais la région Moyen-Orient-Afrique va devenir la deuxième, elle sera de la même taille que la France d'ici trois ans, probablement dès l'année prochaine. »

    Le métro dans le Golfe fut et reste affaire de prestige. Mais avec l’Arabie saoudite, la naissance du transport public prend une autre dimension. Les Emirats ne comptent même pas 10 millions d’habitants dont 10 % environ d’Emiriens. En Arabie saoudite, on compte 30 millions d’habitants dont les deux tiers sont saoudiens. Riyad, qui a plus de 5 millions d’habitants, connaît la congestion. La population croît, le chômage menace. Il faut créer de l’activité pour employer les jeunes. D’où une stratégie de villes nouvelles, de développement d’activités qui nécessitent des infrastructures de transport. Tout se passe comme si Dubaï, pour des raisons inattendues, avait trouvé une solution aux questions qui commencent à se poser chez son grand voisin.

    F. D.

    Keolis partenaire d’Emirates transport

    L’accord de partenariat a été signé le 22 mars à Dubaï. Le groupe de transport Emirates Transport (bus, taxis, limousines) et Keolis devraient créer ensemble une joint-venture, qui répondra aux appels d’offres transport qui pourraient se présenter. Lesquels ? Tout dépendra des appels d’offres. L’accord porte sur les Emirats. Et, comme Keolis a un bureau à Abu Dhabi avec une dizaine de personnes, pour observer ce qui se passe dans la zone, on peut penser que les appels d’offres que lancera Abu Dhabi pour l’une ou l’autre pièce de son système de transport (métro, tramway, bus) devraient retenir l’attention des partenaires. Mais pas exclusivement.

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    MOYEN-ORIENT / Tramway. Le futuriste qui n’en a pas l’air au Qatar

    A première vue, le tram Avenio que Siemens produit à 19 unités pour la cité universitaire du Qatar et testé actuellement au centre d’essais de Wildenrath semble très classique. A un petit détail près, que l’on peut observer à chaque extrémité de la toiture : des pantographes aux dimensions inhabituellement réduites. Lorsque le tram marque un arrêt dans certaines stations équipées d’un rail aérien de contact, ces petits pantographes assurent la recharge du véhicule en énergie électrique. Egalement proposée en Chine par CSR, cette application innovante du « biberonnage » (déjà pratiqué par les bus électriques) au tram s’explique par le fait que sur la ligne de 11,5 km à laquelle il est destiné, il a été demandé de ne pas installer de ligne aérienne de contact. Dans la solution réalisée par Siemens, pas d’alimentation par le sol non plus, mais un stockage d’énergie à bord. Avec une deuxième innovation : alors que les avantages et inconvénients respectifs des batteries et des super-condensateurs sont déjà connus, le stockage Sitras HES de Siemens combine ces deux solutions. Ainsi, les super-condensateurs (plus adaptés pour les cycles rapides) sont mis en œuvre pour le biberonnage, alors que les batteries lithium-ion (qui peuvent stocker des charges importantes) récupèrent jusqu’à 30 % de l’énergie de freinage.

    Vu que la ligne desservie, qui comptera 24 arrêts lors de son ouverture en 2016, est établie dans un environnement essentiellement piétonnier, la vitesse n’y dépassera pas 40 km/h. Une performance qu’autorise, avec une autonomie de 2,5 km, l’énergie embarquée à bord de ce tram plutôt compact (trois modules, 27,7 m de long, 239 voyageurs maximum). L’aménagement intérieur fait alterner des groupes de deux places assises individuelles et de larges sièges, ces derniers offrant aux voyageuses la possibilité de ne pas avoir de voisin. Encore une solution discrète, qui permet ici aux hommes et aux femmes de voyager dans les mêmes espaces.

    Dénommée Education City People Mover, cette ligne de tram sera également une première au Qatar dans la mesure où l’émirat ne disposait pas de voies ferrées jusqu’à présent. Mais elle ne restera pas longtemps un cas isolé : vers 2018-2020 devraient ouvrir les lignes du réseau Lusail, un métro léger largement équipé par Alstom et Thales. Egalement dépourvu de lignes aériennes de contact, ce réseau sera quant à lui équipé de l’APS, solution aujourd’hui à l’œuvre dans l’émirat voisin de Dubai.

    … et le rétro qui n’en est pas un à Dubaï

    Dans les rues de Dubaï, Emaar l’un des plus grands aménageurs de l’Emirat, vient de lancer son « Street Trolley Tram », sans aucun lien avec le tram de Dubaï ouvert il y a quelques mois, si ce n’est qu’il est également dépourvu de ligne aérienne de contact. La ressemblance s’arrête là, car le tram d’Emaar ne met pas en œuvre l’APS d’Alstom, mais une pile à combustible. Dix ans après les essais sur les bus, les trams exploitent à leur tour cette solution qui tire de l’énergie électrique de la réaction chimique entre l’hydrogène (stocké) et l’oxygène (de l’air). A Dubaï, les médias soulignent que c’est une première mondiale. Au même moment en Chine, CSR Sifang annonce également que son tram pour Qingdao est le premier à avoir une pile à combustible. Toutefois, des essais ont déjà eu lieu en Espagne il y a quatre ans (sur un ancien tram vicinal belge) et depuis, le tram touristique à pile à combustible d’Oranje-Stad (Aruba, Antilles néerlandaises) est entré en service.

    Si l’alimentation du tram d’Emaar est à la pointe de la modernité, son look est volontairement aussi rétro que celui d’une motrice britannique d’il y a un siècle, avec plateformes et impériale ouvertes. Dans un premier temps, son parcours se limite à une boucle d’un kilomètre desservant le Burj Khalifa (la plus haute tour du monde) et le centre commercial de Dubaï (le plus fréquenté du monde), deux réalisations signées… Emaar. Trois stations ont également été établies au pied d’hôtels de prestige. Cette ligne de tram à vocation touristique doit être prolongée ultérieurement pour former un parcours de 7 km desservant l’essentiel du « centre-ville » de Dubaï.

    P. L.

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    MOYEN-ORIENT / Turquie. Marmaray, un RER ouvert par étapes entre Europe et Asie

    Le projet Marmaray devrait prochainement prendre toute son ampleur grâce à un raccordement à l’est et à l’ouest qui transformera le tronçon actuel de 13,6 km en une ligne de 77 km. Sont par ailleurs en construction un viaduc et un autre tunnel subaquatique.

    Le 4 août 2013, un premier train reliait symboliquement les continents européen et asiatique par la partie souterraine et sous-marine du projet « Marmaray ». La première étape du projet de RER entre les périphéries ouest et est d’Istanbul, dont l’appellation est une contraction de « Marmara » et de « rail » (orthographié en turc), était ainsi opérationnelle. Mais c’est le 29 octobre suivant que l’inauguration officielle de ce nouveau lien fixe a eu lieu, à l’occasion du 90e anniversaire de la République turque. Outre Abdullah Gul et Recep Tayyip Erdogan, le président et le Premier ministre turcs, le train inaugural accueillait entre autres le premier ministre japonais Shinzo Abe, le ministre turc des Transports Binali Yildirim et Suleyman Karaman, DG des Chemins de fer turcs (TCDD). Des invités qui symbolisent non seulement la dimension internationale – voire intercontinentale – de ce projet, mais le fait que son coût de 3,3 milliards d’euros a été cofinancé par l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) et par la BEI, avant sa réalisation pour les TCDD par un consortium nippo-turc regroupant Tasei (Japon), Gama et Nurol.

    Comme c’est généralement le cas dans les projets de RER actuellement en cours de réalisation (Crossrail à Londres, Citybanan à Stockholm), la traversée centrale de l’agglomération est la plus emblématique. Le tour de force, ici, est le tunnel réalisé par immersion de 11 caissons à 60 m sous la surface du Bosphore, à son embouchure vers la mer de Marmara. A ses extrémités, ce tunnel subaquatique est prolongé jusqu’à la surface par deux tunnels forés jusqu’aux gares aériennes Kazlıçeşme (côté Europe) et Ayrılık Çeşmesi (côté Asie). Ce premier ensemble aujourd’hui en service forme un tronçon de 13,6 km passant par trois gares souterraines, dont deux sous le centre ancien de la ville, côté européen, et une côté asiatique. Etalés sur neuf ans, les travaux de cette première partie ont pris beaucoup de retard, non pas à cause du tunnel sous le Bosphore, mais du fait des nombreux vestiges archéologiques rencontrés sous l’ancienne Constantinople.

    Depuis son ouverture, cette première étape est exploitée avec des rames automotrices électriques construites par Hyundai Rotem pour les TCDD. Près de 150 000 personnes ont été transportées chaque jour en moyenne en 2014. Plutôt modeste pour une réalisation d’une telle ampleur (capacité de 75 000 voyageurs par heure et par sens) au cœur d’une agglomération de 14 millions d’habitants. Mais sa fréquentation devrait augmenter – officiellement jusqu’à 1,5 million de voyageurs par jour – à partir des prochains mois, avec le raccordement de la section centrale vers Halkalı, à l’ouest, et Gebze, à l’est, pour former une ligne de 77 km desservant 41 gares. A comparer au bon million de voyageurs quotidiens du RER A francilien.

    L’achèvement de la deuxième étape de ce « RER intercontinental » ne signifie pas pour autant la fin des travaux visant à connecter Europe et Asie par le réseau ferré turc. Après deux viaducs routiers, un troisième, dénommé Yavuz Sultan Selim, est en voie d’achèvement à l’extrémité nord du Bosphore. A la fois autoroutier et ferroviaire, ce pont signé Michel Virlogeux et Jean-François Klein devrait permettre aux trains à grande vitesse et au trafic fret de contourner l’agglomération d’Istanbul. Enfin, après le tunnel du projet Marmaray et un deuxième en construction, routier cette fois, un troisième ouvrage subaquatique (à la fois routier et ferroviaire) a été lancé entre les deux premiers ponts sur le Bosphore. Ouverture prévue dans cinq ans…

    P. L.

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    Algérie. Alstom et RATP vers le grand chelem

    L’usine d’assemblage de tramways d’Annaba vient d’être inaugurée. Alstom, en coentreprise et les entreprises publiques Ferrovial et Ema devrait devenir un des acteurs clés dans ce pays où 20 villes pourraient être intéressées par le tram d’ici 2020. Un autre français l’est déjà : RATP Dev qui s’est vu confier l’exploitation et la maintenance de tous les tramways d’Algérie.

    Initialement attendue pour 2013, l’usine d’assemblage de tramways d’Annaba a été inaugurée le 12 mai en présence de Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères. L’usine pourra assembler cinq rames par mois. De quoi répondre aux besoins des prochaines lignes d’Annaba, Sétif, Sidi Bel Abbès, Mostaganem, Ouargla et Batna, selon le journal Algérie patriotique du 12 avril. Ce sont des tramways Citadis qui seront produits à Annaba, par l’entreprise Cital (créée en 2011, détenue à 51 % par des entreprises publiques algériennes, Ferrovial et Ema et à 49 % par le groupe Alstom). D’ici dix ans, selon Alstom, le marché algérien des tramways devrait concerner 20 villes et représenter 500 rames.

    Les travaux ont commencé en 2013 dans les six villes citées par le journal algérien. Et des études de faisabilité ont été lancées en 2012 pour les tramways de Béchar, Béjaia, Biskra, Blida, Djelfa, Skikda, Tébessa, Tlemcen, et Alger-Ouest. Des ingénieries françaises, Systra et Egis, y jouent un grand rôle, ce qui n’empêche pas des Espagnols (Sener), des Belges (Transurb Technirail) ou des Portugais (Ferconsult) d’être présents. D’autres études se sont ajoutées, concernant Chief, Jijel, Mascara, M’Sila, Relizane et Tiaret.

    Si Alstom n’est pas le constructeur attitré des tramways algériens, on imagine mal que l’essentiel puisse échapper à la coentreprise créée avec les Algériens de Ferrovial et de l’Ema.

    Le dispositif industriel complète celui concernant l’exploitation des tramways, dans lequel la RATP a décroché en 2011 un contrat-cadre. En se voyant confier l’exploitation et la maintenance de tous les tramways d’Algérie, en collaboration avec l’Ema (Entreprise du métro d’Alger) et l’Etusa (Etablissement public de transport urbain et suburbain d’Alger), RATP Dev a fait fort. La filiale de la RATP a pris la direction de la Setram, société commune dont elle est actionnaire à 49 % aux côtés de l’EMA (36 %) et de l’Etusa (15 %).

    Rappelons que le retour du tramway en Algérie est déjà bien entamé et remonte à quatre ans. Il a commencé en mai 2011 par la ligne Est d’Alger (premier tronçon), s’est poursuivi en juin de la même année (deuxième tronçon). Un troisième tronçon, prévu en 2013, a ouvert en 2014, portant la ligne à 23 km desservant 36 stations. Oran (18,7 km) a suivi le 1er mai 2013, puis Constantine (8,9 km) le 4 juillet de la même année.

    Dans la capitale, le tramway est venu compléter le métro ouvert en 2011, deux semaines avant le tramway, et exploité par RATP El Djazaïr. Le matériel avait été remporté par Siemens. Les Algériens avaient été outrés par la légèreté d’Alstom qui n’avait pas pris la peine d’adapter ses rames à une infrastructure déjà construite. Le constructeur français s’est depuis bien rattrapé.

    Il est aussi présent au Maroc où c’est un Citadis qui circule à Casablanca (31 km), exploité par Casatram (groupe RATP, Caisse de gestion et dépôt du Maroc, Transinvest). A Rabat, les deux lignes de Rabat Salé (19 km), où circule aussi le Citadis, sont exploitées par Transdev.

    Mais c’est par la Tunisie que le tramway a d’abord fait son retour au Maghreb, et dès 1985. Le tramway de Tunis y est exploité par une entreprise publique tunisienne, la Société des Transports de Tunis. Siemens a été le premier fournisseur du matériel. Mais le Citadis y est présent depuis 2007.

    F. D.

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    Afrique du Sud. Le Gautrain va tripler son réseau

    Cinq ans après sa mise en service, le Gautrain va voir son réseau passer de 77 km à 200 km. Les résultats des études de faisabilité lancées à l’automne dernier pour ce prolongement du « RER » de la région du Gauteng seront connus au second semestre de cette année.

    Chose promise, chose due. Bien avant la mise en service, il y a cinq ans, de ce train chic, sorte de RER dans la province du Gauteng, en Afrique du sud, les autorités parlaient déjà de desservir le township de Soweto. Le projet avance puisque quelque 200 km d’extensions au réseau initial de 77 km allant de Pretoria, la capitale administrative de l’Afrique du Sud, à Johannesburg et desservant l’aéroport, sont prévus. Mi-octobre 2014, le gouvernement provincial annonçait avoir sélectionné le consortium chargé des études de faisabilité, mené par la division sud-africaine de SMEC et comprenant en outre DLA Cliffe Dekker Hofmeyr et Deloitte.

    Les consultants, spécialisés dans les PPP, la planification et la conception ferroviaire, les études d’impacts socio-économiques et la planification financière vont devoir définir les prolongements prioritaires. Parmi les propositions, la plus longue irait de Mamelodi, un grand quartier résidentiel à l’est de Pretoria jusqu’à Soweto. Les principaux défis seront d’organiser un réseau de bus en rabattement sur ce « RER » et de gérer les aspects sécuritaires. D’autres extensions sont envisagées en souterrain, notamment pour rejoindre la ville de Randburg ou encore la gare ferroviaire de Westgate dans le centre des affaires de Johannesburg.

    « Le choix sera fondé sur les bénéfices maximums en termes d’impacts socio-économiques, de modernisation du transport public, d’accès à la mobilité, de développement territorial et d’impact environnemental, mais aussi d’autres avantages attendus comme la création d’emplois ou la diminution de la pauvreté », expliquait alors le Dr Ismail Vadi, le ministre des Routes et des Transports du gouvernement de la province du Gauteng. Ces prolongements s’inscrivent aussi dans le plan directeur de développement des transports à une échéance de 25 ans récemment approuvé, dans le but d’intégrer efficacement les différents modes dans la région. Le ministre a précisé que les extensions du Gautrain correspondaient aussi aux objectifs gouvernementaux d’amélioration du niveau de vie des habitants par le développement des infrastructures.

    Depuis 2010, et surtout 2011 avec la mise en service complète, ce train rapide a changé la donne en matière de transports publics dans une région de 10 millions d’habitants qui ne connaissait que trains poussifs et taxis collectifs, puisqu’il suffit de 15 minutes par exemple pour aller de l’aéroport au quartier d’affaires de Sandton à Johannesburg et d’à peine trois quarts d’heure pour relier les deux villes. Malgré le progrès, les habitudes ont la vie dure et les prévisions de trafic initiales de 100 000 voyageurs quotidiens n’ont jamais été atteintes, la fréquentation plafonnant autour de 60 000. Les 100 000 passagers sont maintenant espérés vers 2020. Cependant, les autorités estiment que 75 % des utilisateurs du Gautrain sont des possesseurs d’une voiture qui ont fait le choix du transport collectif. Et à l’hyperpointe du matin, la saturation guette, obligeant à envisager à court terme des trains de huit voitures au lieu de quatre et des fréquences plus élevées pour l’exploitant désigné pour 15 ans, RATP Dev.

    Les résultats des études de faisabilité sont attendus au second semestre de cette année. Ils permettront de présenter les prévisions budgétaires pour les prochaines années ainsi que les modalités de financement. Sachant que le contrat pour la première phase attribuée en 2006 au consortium Bombela – Bouygues TP, Bombardier, Murray & Roberts, Loliwe Rail compagnies – représentait 2,6 milliards d’euros.

    C. N.

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    AMÉRIQUE LATINE/Brésil. Encore d’immenses chantiers à réaliser

    Les grands rendez-vous sportifs, Coupe du monde de 2014 ou JO de 2016, ont suscité de multiples projets. Mais la crise économique a repoussé des  réalisations urgentes. La bureaucratie et la corruption n’arrangent pas les choses. Les besoins sont énormes à Rio ou São Paulo. Beaucoup d’entreprises françaises parient sur le développement brésilien.

    Un an après la Coupe du monde de football, qui s’était tenue du 12 juin au 13 juillet 2014, et un an avant les JO d’été programmés du 5 au 21 août 2016 à Rio, le Brésil a encore d’immenses chantiers à réaliser. Dans le domaine des infrastructures de transport en particulier, les besoins sont immenses. « De nombreux projets de mobilité urbaine ont été pensés en marge des grands événements sportifs et sont pour la plupart toujours en cours », note une représentante de Business France à São Paulo.

    L’enjeu est important non seulement dans la perspective de ce grand rendez-vous sportif mais aussi pour la vie quotidienne des Brésiliens qui vivent dans les grandes métropoles, où des embouteillages monstres peuvent bloquer pendant des heures la circulation. A São Paulo par exemple, mégalopole de 20 millions d’habitants, on peut compter certains jours jusqu’à 250 kilomètres de bouchons. D’autant qu’il y a une vraie culture de l’automobile : ceux qui le peuvent s’achètent une voiture, tandis que les plus pauvres s’entassent dans des bus, qui relient les centres des villes aux périphéries sur des routes souvent en piteux état, ce qui n’arrange rien.

    Quant au réseau ferroviaire qui s’étend sur 30 000 kilomètres (l’équivalent du réseau français pour un pays 15 fois plus grand), il est principalement dédié au fret, si l’on excepte les trains de banlieue qui circulent à Rio ou à São Paulo.

    Michel Boccaccio, vice-président senior Amérique Latine chez Alstom s’attend à un fort développement des projets de tramways dans les prochaines années. Au Brésil bien sûr, mais aussi plus généralement en Amérique latine, en Uruguay, Paraguay, Chili ou Colombie.

    Au Brésil toutefois, la crise est passée par là – elle a éclaté fin 2014, la suite de l’élection présidentielle, et depuis, beaucoup de projets, s’ils n’ont pas été annulés, ont été repoussés, faute de financements publics. « L’appel d’offres concernant les trains régionaux de São Paulo, qui devait être lancé en 2015, a été repoussé d’au moins un an,relate le dirigeant d’Alstom. Mais la demande est toujours là, toujours très forte. »

    Autre difficulté : il faut souvent prévoir un temps long entre une annonce et sa réalisation. D’une part, parce que le Brésil est un pays bureaucratique. « Il faut beaucoup d’autorisations à tous les niveaux pour faire avancer les projets », estime un expatrié français. D’autre part, les autorités brésiliennes peinent souvent à définir en amont les projets, puis à lancer les appels d’offres et à les accompagner. « Alors que traditionnellement les autorités brésiliennes avaient tendance à couper en rondelles assez fines les différents lots d’un projet, elles commencent à avoir une autre approche en passant par des PPP qui leur permettent de disposer d’une vision plus globale. Cela contribue à un meilleur pilotage du projet »,nuance Pierre Lescaut, le directeur général du groupe Setec en charge de l’international.

    Les entreprises étrangères qui souhaitent s’implanter doivent aussi faire face à la culture protectionniste du pays : il est difficile de développer une activité sans assise locale. Les entreprises françaises, en particulier les sociétés d’ingénierie, l’ont bien compris, qui passent par des acquisitions locales pour pouvoir gagner des marchés.

    C’est le cas de Setec par exemple qui a acquis en 2012 MWH Brésil. Baptisée Setec Hidrobrasileira, cette société qui dispose de références en transports urbains, lui permet de se développer à São Paulo, Fortaleza, Rio ou Brasília. En raison de l’étendue du pays, la société envisage d’autres acquisitions.

    De même Egis a acheté en 2011 Vega, société spécialisée dans le fret ferroviaire. La société a également créé une filiale à Rio, Egis do Brazil, qui lui permet d’être en veille sur les opportunités. Enfin, pour Systra, l’Amérique latine fait partie des territoires à conquérir. Car, comme l’expliquait Pierre Verzat, président du directoire, dans une interview publiée dans VR&T du mois de mai (n°575) : « Tout le monde s’y intéresse, particulièrement au Brésil », avant de pointer un problème de corruption « terrible ».

    Reste que globalement, les entreprises françaises ont toutes leurs chances si l’on en croit Business France. « L’ingénierie française est cotée sur le marché ferroviaire brésilien et remporte de nombreux contrats. C’est notamment le cas de Systra, d’Egis, Artelia… Chez les équipementiers et autres entreprises, on peut aussi citer Acordel, Alstom, Consolis Sateba, Faiveley, Geismar, Mersen, RATP Dev, Thales, SNCF. »

    Marie-Hélène POINGT

     

    Les projets qui avancent à São Paulo et Rio de Janeiro

    São Paulo,qui dispose de cinq lignes de métro, dont un métro automatique exploité par Via Quatro dans le cadre d’un PPP (un consortium mené par CCR qui inclut RATP Dev), souhaite poursuivre l’extension de son réseau. Au programme, un réseau de monorail, ainsi que le lancement de la ligne 6 de métro et la ligne 13 CPTM (trains interurbains).

    – Ligne 6. Setec hidrobrasileira, filiale brésilienne du groupe d’ingénierie français, vient de remporter en association avec l’ingénieriste brésilien Concremat, au sein du consortium « Move São Paulo », un contrat de 21,5 millions d’euros pour une mission d’ingénierie de 78 mois, relative au contrat de construction et d’exploitation de cette future ligne 6.

    – Ligne 13 CPTM. Les ingénieries françaises Setec et Egis, par le biais d’un groupement de leurs filiales brésilienne Setec Hidrobrasileira (mandataire) et Egis Engenharia e Consultoria, ont remporté un nouveau contrat d’ingénierie pour la ligne 13 du métro de São Paulo. Ce contrat de 6,4 millions d’euros a été gagné auprès de CPTM (Compagnie des transports ferrés de la métropole de São Paulo). Il porte sur une mission d’assistance technique à maîtrise d’ouvrage sur l’ensemble des travaux de la ligne 13 du métro de São Paulo. Alors que sa mise en service est prévue pour 2018, cette ligne d’une longueur de 10,3 km, dont 8 km en viaduc et trois stations, permettra à près de 120 000 passagers de relier quotidiennement le centre de la ville à l’aéroport international de Guarulhos. Afin d’accompagner sa réalisation, l’Agence française de développement finance les travaux à hauteur de 50 %. Le groupement Setec Hidrobrasileira/Egis Engenharia e Consultoria assurera la conduite d’opérations de l’ensemble des travaux nécessaires à la mise en service de la ligne.

    De son côté, Rio de Janeiroa lancé un programme pour améliorer les déplacements des 11,6 millions d’habitants dans l’ensemble de la métropole. « Le gouvernement de l’Etat travaille sur plusieurs projets ferroviaires, parmi lesquels la rénovation de quatre lignes du système ferroviaire urbain de l’Etat, l’extension et la modernisation de lignes de métro, la construction des lignes de métro 3 et 4 et la construction de plusieurs lignes de tramway dans le cadre du projet “Porto Maravilha”. On peut aussi citer des projets de BRT Trans-olympique et BRT Trans-ouest », indique Business France.

    C’est RATP Dev qui a remporté en mai 2013 aux côtés de ses partenaires brésiliens (CCR, OTP et Invepar) le contrat de construction et d’exploitation du réseau de tramway de Rio.

    Ce réseau doit desservir le quartier « Porto Maravilha », le village de presse Rio 2016, le centre d’affaires, la gare centrale, le terminal maritime et l’aéroport Santos-Dumont. Au total le réseau comprendra 42 stations pour 28 km de lignes. Les travaux sont en cours, la première mise en service (phase 1 soit 14 km) étant prévue en avril 2016, pour les jeux Olympiques.

    Les tramways seront livrés à partir de septembre par Alstom. Le groupe français a inauguré en mars dernier une usine dans l’état de São Paulo dans laquelle il a investi 15 millions d’euros. II y produira la plus grande partie des 32 Citadis destinés à Rio de Janeiro qui ont été commandés par le consortium en septembre 2013.

    M.-H. P.

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    AMÉRIQUE LATINE/Colombie. Après le TransMilenio, Bogotá se focalise sur le métro

    Après avoir parié principalement sur les Bus Rapid Transit (BRT), la Colombie se tourne vers le transport ferroviaire urbain, alors que le contexte financier est peu favorable.Le principal projet prévu est celui du métro de Bogotá, qui aura valeur de test de la capacité de la Colombie à prendre ce virage.

    En matière de transports urbains, les autorités colombiennes ont accordé la priorité absolue pendant les années 2000 aux BRT, qui ont équipé les principales villes du pays. La capitale, Bogotá, s’est dotée d’un vaste réseau, le TransMilenio, qui fait désormais figure de référence en Amérique latine. Barranquilla a le Transmetro ; Cali, le MOI ; Pereira, le Megabus, etc. Seule Medellín a fait exception avec son métro (voir encadré page suivante) en plus du BRT.

    Une inflexion est cependant perceptible. A Bogotá, le TransMilenio a montré ses limites et la municipalité a décidé de construire une première ligne de métro (L1). En octobre 2014, le maire, Gustavo Petro, a présenté le résultat de l’étude de conception et d’ingénierie de base, financée par la Banque mondiale et réalisée par un consortium hispano-colombien (Euroestudios, Idom et Cano Jimenez). Le projet prévoit une ligne entièrement souterraine, de 27 kilomètres de long, dont le coût est estimé à 15 000 milliards de pesos colombiens (5,6 milliards d’euros au taux de change actuel).

    Comme pour tous les projets de transports urbains, la principale contrainte est celle du financement. La loi 301 de 1996 prévoit que l’Etat peut financer jusqu’à 70 % du coût d’un système de transport urbain, les 30 % restants étant à la charge de la municipalité. Pendant les années 2000, les BRT colombiens ont bénéficié de ce dispositif. La chute brutale du prix du pétrole, qui représente 16 % des recettes de l’Etat, place cependant le gouvernement colombien dans une position d’autant plus délicate que les cours devraient rester à des niveaux bas pendant plusieurs années encore. Le président de la République, Juan Manuel Santos, s’est engagé sur un apport de 6 000 milliards de pesos colombiens (2,25 milliards d’euros).

    Gustavo Petro a reconnu que la mairie ne disposait pas des ressources nécessaires pour financer sa part du projet. Il a évoqué la possibilité de capter la plus-value résultante de la valorisation des terrains adjacents à la future ligne afin de financer le projet. En décembre 2014, un accord a été signé entre la municipalité et la Financiera de Desarrollo Nacional (FDN), une entité financière publique, afin d’étudier les aspects techniques, financiers et juridiques du projet, déterminer sa viabilité, et accompagner le maître d’ouvrage dans le processus d’appel d’offres jusqu’à l’adjudication. En mai 2015, un premier rapport définissant notamment le schéma de financement devait être rendu public. L’appel d’offres pourrait être lancé en 2016.

    Outre la création de la première ligne de métro, d’autres projets sont également prévus à Bogotá : une première ligne de tramway, dont l’étude de faisabilité a été financée par la Société andine de développement, et qui ferait l’objet d’un PPP ; deux lignes de téléphérique urbain (2,8 km et 3,3 km) ; ainsi que des lignes de trains de banlieue, qui ne seraient pas financées par la municipalité. Plusieurs villes colombiennes envisagent également de mettre en place des métros ou des trams mais se heurtent également aux difficultés de financement.

    La Colombie ayant fait l’impasse sur le ferroviaire urbain pendant des décennies, le marché potentiel des métros et tramways est donc considérable. La contrainte de financement devrait inciter les autorités à s’orienter, au moins partiellement, vers des schémas de participation privée (concessions, PPP), dont la Colombie n’a aucune expérience en matière de transports ferroviaires urbains. Le seul métro existant dans le pays, celui de Medellín, est 100 % public. Dans ces conditions, le projet du métro de Bogotá aura une vraie valeur de test.                 

    Daniel SOLANO                 

     

    Medellín la pionnière

    Medellín, deuxième ville de Colombie, est la seule à disposer d’un métro, inauguré en 1995 (deux lignes, 28,8 km en tout). Elle a été aussi pionnière en matière de téléphérique urbain. La première ligne du Metrocable (K), a été inaugurée en 2004, et deux autres ont été mises en service en 2008 (J) et en 2010 (L). Deux nouvelles lignes sont en construction, H et M, et devraient être opérationnelles en décembre 2015 et au premier semestre 2016 respectivement. Pour installer la première ligne du tramway (4,3 km), sur un terrain en pente, c’est la solution du tramway pneumatique de Translohr, filiale d'Alstom qui a été retenue. La circulation sur une partie du trajet est prévue en septembre 2015.

    L’ETMVA (Empresa de Transporte Masivo del Valle de Aburra) gère l’ensemble du système de transports urbains, hors autobus. Le métro, le BRT (Metroplus), les lignes d’autobus, le Metrocable et le futur tramway, constituent un système de transport intégré unique en son genre en Amérique latine. Fait peu habituel dans la région, cette entité a une vraie vision de long terme, inscrite dans le plan directeur 2006-2030, et envisage des investissements ambitieux : deuxième ligne de tramway (13,5 km), extensions du métro, nouvelles lignes de téléphériques, etc.

    La France a été un acteur majeur du développement des transports urbains à Medellín. Le tramway et les deux lignes du Metrocable en construction bénéficient d’un financement de l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 250 millions de dollars.

    D.S.

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    ASIE/Inde. « Welcome to Mumbai Metro ! »

    Un an après sa mise en service, le métro de Mumbai impose une image radicalement nouvelle du transport dans l’une des villes les plus peuplées du monde. Mais, comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une ligne de métro ne résout pas toutes les questions de déplacements.

    Aller à la plage. C’est la première réponse qu’ont donnée les habitants de Mumbai quand on leur a demandé, peu après la mise en service, pourquoi ils prenaient le métro. Ils avançaient un second motif : voir le métro. Les escalators aussi les attiraient. Hélas, n’en déplaise aux enfants ou aux rêveurs, le métro n’a été fait ni pour les escalators, ni pour le métro lui-même, ni pour la plage où il mène. Pourtant, c’est vrai, pousser jusqu’à la mer faisait partie du projet dès le début et, une fois la ligne ouverte, en juin 2014, les habitants de Mumbai en ont profité. La compagnie ne demandait alors que dix roupies pour faire les 12 kilomètres de la ligne. C’est 15 centimes d’euros. Pour la plupart des Indiens, ce n’est pas rien. Mais, pour faire le même trajet en bus, il en fallait une vingtaine, aujourd’hui 26. En rickshaw, une centaine. En taxi, plus encore. Des habitants de la péninsule n’avaient jamais vu la mer. Cela valait bien les dix roupies. Pas question pourtant d’aller se baigner. L’océan est le déversoir des égouts de l’immense cité de plus de 20 millions d’habitants. Mais, au-delà des détritus, il y aura toujours l’immensité devant laquelle on va rêver.

    Depuis les débuts, en juin dernier, les tarifs ont augmenté, en deux étapes. Aujourd’hui, selon la distance, on paye 20, 30, 40 roupies. Alors, le trafic a baissé. La curiosité a conduit lors des tout premiers mois environ 350 000 Indiens par jour dans le métro. On a connu des pics à 500 000. La moyenne se situe aujourd’hui à 260 000. Pour équilibrer ses comptes, Reliance, le groupe indien concessionnaire, comptait d’abord sur une fréquentation quotidienne de 600 000 personnes. Peut-être 400 000 suffiraient-elles, avec les nouveaux tarifs. Pas sûr, car le métro a coûté deux fois plus cher que prévu… Quoi qu’il en soit, l’optimum n’est pas atteint. Et la ligne 2, qui devait être construite dans la continuité de la première et dans le cadre de la même concession, est mise en sommeil, semble-t-il pour longtemps. Il faudrait beaucoup exproprier pour réaliser cette ligne souterraine. En Inde ce n’est pas simple. Envoyer les bulldozers pour déloger les habitants des bidonvilles, pas de problème. Mais avec les propriétaires, même petits, c’est plus compliqué. La question ne s’est pas posée quand on a fait la ligne 1, dont le viaduc surplombe pour l’essentiel des routes déjà percées.

    Devant les difficultés qui s’annonçaient, Reliance a revu ses ambitions à la baisse. L’immeuble qui abrite le siège de l’entreprise de métro devait être une tour, afin d’abriter le staff des deux lignes et des bureaux en location. Il s’est arrêté au bout de quelques étages. Si la ligne 2 est en sommeil, la 3 a de l’avenir. Elle sera souterraine comme devrait l’être la 2, et devrait reposer sur une formule plus classique que le partenariat public-privé de la première ligne : investissement public et, sans doute, opérateur choisi par une forme de délégation de service public.

    La première ligne de métro a du mal à trouver son équilibre, mais elle répond à un besoin. Il paraît même qu’elle change la vie. Pour parcourir ses 12 kilomètres, 24 minutes suffisent, ce qui permet d’économiser 45 minutes par trajet. La raison d’être du métro, c’est le tronçon qui va du terminus est, Ghatkopar, à Andheri, trois stations avant Versova, le terminus ouest, et la mer. Ghatkopar et Andheri sont en correspondance avec les gares des mêmes noms des Indian Railways. Plus de la moitié du trafic du métro vient des deux stations. C’est l’effet du maillage. La pointe de la péninsule, au sud, les côtés, à l’est ou à l’ouest, tout est bordé par la mer. Mumbai s’étend surtout au nord, et c’est là que les Indian Railways, par deux groupes de lignes, les unes à l’ouest (Western Railway), les autres vers l’est (Central Railway), vont chercher les habitants. Les lignes qui se rejoignent au sud drainent ensemble deux millions et demi de passagers par jour. Le métro offre, avant cette jonction, un barreau est – ouest qui, au-delà de ses performances sur son axe, épargne bien des trajets inutiles.

    Techniquement, le métro est un shunt. Socialement, c’est un gap. Mumbai est célèbre pour ses grappes humaines accrochées aux trains de banlieue roulant toutes portes ouvertes ou par ses passagers debout sur les toits des trains. Dans les gares, les trains n’ont pas eu le temps de s’arrêter qu’on bouscule ceux qui veulent descendre en se battant pour pénétrer dans les voitures. Les premiers entrés auront une place assise… Ce qui semble pittoresque se traduit par un chiffre : dix morts par jour.

    Dans le métro, changement radical. D’abord, on n’entre pas dans la station comme dans un moulin. Une fois parvenu grâce aux escalators à la plate-forme de la station, il faut franchir des portiques de sécurité. L’Inde est inquiète depuis les attentats de Mumbai de 2008 : dix attaques coordonnées, dans les gares ou les grands hôtels, ayant causé 173 morts. La crainte a été ravivée par la libération du présumé cerveau des attentats, en avril, au Pakistan.

    Sur le quai, on est prié de laisser descendre les gens avant d’entrer, et de se ranger selon des lignes tracées au sol, définissant un espace pour la descente et un autre pour l’attente. Tout le monde, paraît-il, se plie aux nouveaux usages. Les mêmes qui jouent des coudes dans les trains s’effacent dans le métro pour laisser descendre les voyageurs. Mieux qu’à Paris, dirait-on, mais sur ce point Paris n’est pas une référence. Un problème, tout de même, que souligne Manoj Dighe, operating director : il n’y a pas de portes palières et beaucoup d’objets tombent sur la voie. De préférence, les précieux téléphones mobiles. Il a fallu dissuader leurs propriétaires d’aller les récupérer sur les voies et leur demander de laisser les agents utiliser les perches prévues à cet effet.

    Dans la rame, dont une demi-voiture est réservée aux femmes, une musiquette accompagne à chaque arrêt un « welcome to Mumbai metro » digne d’un aéroport, suivi d’une ou deux annonces qui s’étirent quasiment jusqu’à la station suivante, deux minutes après. Aux heures de pointe, un agent posté sur le quai face à chaque porte veille au bon déroulement des opérations, vêtu d’une chemisette bleue. Pochettes ou cravates sont brodées au logo du métro, dont la tresse multicolore symbolise un réseau – dans la gamme de couleurs éclatantes et claires, les rose fuchsia, les bleu turquoise, les orange bignone ou les jaune safran qu’aiment tant les Indiens pour les tenues des femmes ou les statues des dieux. Tout vous dit : vous entrez dans un monde policé. Impeccable aussi. Le métro est jugé (sondage à l’appui) l'espace public le plus propre de la ville. Mieux que les gares ou les centres commerciaux.

    Prendre le métro et bien s’y comporter serait-il signe de distinction sociale ? Tout le monde ne peut pas le faire. On n’y voit pas d’habitants des slums qui s’étalent ça et là, tout le long du viaduc. Eux n’ont pas un sou. Ceux qu’on rencontre dans les rames font partie de la classe moyenne. Mais ce qu’on appelle la classe moyenne, en Inde, est surtout constituée de pauvres. Pas de carte d'abonnement mensuel : les gens n'ont pas les moyens de la payer. Il y a tout de même des titres de transport rechargeables. Le minimum à verser, c'est 100 roupies et c'est la somme qu'avancent 80 % des détenteurs de ces cartes, dit Eric Labartette, le patron du métro. Aller au-delà est impossible pour l'immense majorité de la population qui dépense en une semaine la paie du mois, et attend tant bien que mal pendant trois semaines la paie du mois suivant.

    Le métro modèle sa clientèle à l’image d’une société nouvelle. Pour y parvenir, il a commencé par créer un staff à son image. RATP Dev Transdev Asia, quand il a décroché le contrat (c’était alors Veolia Transport Asia), a vite considéré qu'il devait s'inspirer du travail accompli sur la ligne 9 de Séoul qu’il exploite aussi. Les exploitants ont fait venir des personnels de Delhi, ville qui a six lignes de métro, ou revenir des expatriés qui étaient partis travailler au métro de Dubaï. Il a aussi débauché quelques personnes des Indian Railways. Avec circonspection. Les mauvaises habitudes sont vite prises…

    Objet de fierté, miroir que se tend la classe moyenne, le métro traverse en viaduc la ville. Comme à Dubaï. Mais, alors que le métro de Dubaï participe du m’as-tu-vu de la ville, Bombai est sobre. Pas de geste architectural ni de matériaux de prestige pour des stations dont le béton neuf semble avoir été déjà mangé par plusieurs moussons et dont les câbles électriques sont conduits par de sommaires gouttières de métal. Pas de climatisation des stations.

    Rien à voir avec le terminal 2 de l’aéroport international récemment ouvert, non loin de la station Airport-Road. Confié au groupe indien Larsen & Toubro, conçu par le cabinet d’architectes de Chicago Skidmore, Owings & Merrill comme un hommage moderne à l’architecture traditionnelle indienne, il affirme Bombai comme place mondiale et dit : maintenant, il va falloir compter avec l’Inde. Plus doucement, middle class, et même lower middle class, le métro dit : n’oublions pas les Indiens.

    De Mumbai, François DUMONT

     

    Les partenaires du métro

    MMRDA (Mumbai Metropolitan Region Development Authority) est l’autorité concédante du métro. L’autorité est présidée par Devendra Fadnavis, ministre du Développement urbain du Maharashtra

    Reliance Infrastructure Ltd (groupe Reliance ADA) est le concessionnaire de la ligne 1 pour 35 ans. Reliance ADA appartient à Anil Ambani dont le frère aîné Mukesh Ambani, à la tête de Reliance Industries, détient l’une des plus grosses fortunes mondiales.

    MOOPL (Metro One Opération Pvt. Ltd) est l’exploitant pour cinq ans, pour le compte de son client Reliance.

    La filiale commune à RATP Dev et à Transdev, RATP Dev Transdev Asia, a 63 % de MOOPL via sa filiale indienne RATP Dev Transdev India Pvt. Ltd. Transdev en a d’autre part 7 %.

    Le concessionnaire, Reliance, a les 30 % restants du capital de l’entreprise.

    Emmanuel Vivant est PDG de RATP Dev Transdev Asia.

    Eric Labartette est directeur de RATP Dev Transdev India, et directeur général de MOOPL.

     

    Quand Mumbai fait mieux que Séoul

    Les indicateurs d’exploitation de la ligne 1 sont au beau fixe. Premier d’entre eux, la production. Metro One Operation doit assurer par contrat 98 % au moins d’un service nominal fixé à 368 relations quotidiennes en semaine, du lundi au vendredi. Metro One Opération en assure 100 % depuis octobre 2014. Les mois précédents, au début du service, la production n’a été inférieure qu’un seul mois aux exigences du contrat, et a été au-dessus des 100 % les autres fois.

    La ponctualité doit, elle aussi, être de 98 %. Elle a été en dessous en juin et juillet 2014, les deux premiers mois du service. Elle est depuis supérieure aux exigences du contrat. 99,64 % en janvier, 99,76 % en février, 99,74 % en mars. La ligne 9 de Séoul, ligne de métro automatique, lui aussi de type GAO 2, également exploitée par RATP Dev Transdev Asia et considérée comme une référence, a une ponctualité de 99,03 %. Eric Labartette, patron de l’exploitant de Mumbai, précise : « Nous sommes un peu meilleurs en termes de ponctualité. Séoul un peu meilleur en termes de propreté. » Excellent de toute façon. Autant l’environnement coréen se prête à ces résultats, autant l’environnement indien les rend surprenants. Il faut dire que Metro One Operation a bénéficié de l’expérience de son aîné. L’exploitant s’est beaucoup inspiré, dans la documentation du métro ou dans la formation de son équipe de 750 personnes de l’expérience des maisons mères, RATP et Transdev. Notamment de la ligne 9 du métro de Séoul.

     

    Moyens de transport en quête d’AO

    Les Français sont fiers de leur maîtrise de la multimodalité et des savoir-faire de la billettique ou de l’information qui vont avec. Cette maîtrise, ils souhaitent la voir reconnue. Mais à Mumbai, il n'y a pas encore de place pour cette compétence. Pas sûr, même, qu’on imagine à quoi elle pourrait servir. Les systèmes de transports s'ignorent. Le bus ne parle pas au rickshaw qui ne parle pas au métro, que le train ignore. Et, comme les municipalités sont faibles, la notion d'autorité organisatrice des transports d’une agglomération a du mal à émerger. A Mumbai, les 4 500 bus urbains, rouges, relèvent d'une seule compagnie, qui appartient à l'Etat du Maharashtra. Les innombrables rickshaws, noirs à la face avant jaune, appartiennent à des petits propriétaires qui peuvent en posséder un ou une cinquantaine. Les taxis, noirs, au toit jaune, privés aussi, connaissent, eux, quelques grandes compagnies. Indian Railways est un Etat dans l’Etat. L'essentiel des déplacements est réalisé par ces modes de transport collectifs que personne n’accorde. Mais les habitants de Mumbai n’ont pas trop le choix. Le deux-roues coûte cher. La voiture plus encore, et elle est incommode. C'est simple : on ne peut pas se garer. Acheter une voiture suppose donc l'emploi d'un chauffeur. A Saki Naka, station de métro où se rendent de nombreux habitants en voiture, pas question de parc-relais. Mais un système de covoiturage se met naturellement en place.

    On est très loin encore d'une billettique commune. Et, du fait peut-être de cette incoordination, la prédominance des transports publics, empiriquement constatée, n’empêche pas la congestion, qui paralyse la ville indienne. Combien d’heures par jour ? Pas de réponse à la question. L’exploitant interrogé ne dispose pas de données. C’est à la va comme je te pousse. Et pour pousser, elle pousse, la ville.

     

    Le métro roule chinois

    La face avant est rose, orangée, ou vert pomme (plutôt Granny-smith). Les jolies rames Mumbai ont été construites par le chinois CSR. Les spécialistes leur trouvent un air de familiarité, techniquement s’entend, avec les métros d’Alstom. Pas surprenant. Il a été construit par CSR à Nanjing, site bénéficiant dans le cadre d’une JV d’accords de transfert de technologie avec le constructeur français. Il s'agit d'un métro automatique dit, selon la classification internationale « GoA2 » – ni driverless, ni manless – dont les conducteurs et conductrices ont un rôle grosso modo limité au contrôle de l'ouverture des portes et à la reprise en mains de la situation en mode dégradé.

    CSR a fourni 16 rames de 4 voitures. Les rames, à grand gabarit (plus de 3 m), se succèdent à 3 minutes 40 d'intervalle aux heures de pointe, 7 minutes 35 aux heures creuses. Une cadence qui ne nécessite pas d’automatisation ou de CBTC. Ce qui n’empêche pas un d’avoir un PCC moderne fourni par Thales. Le surcroît d'affluence attendu pourrait être absorbé par l'ajout de deux voitures à chaque rame, ce que prévoit la longueur des quais, et s'il le faut par l'ajout de rames. Mais des efforts supplémentaires ne peuvent pas être consentis à la légère à cause du prix du matériel, bien sûr, mais aussi du coût de l’énergie électrique, extrêmement élevé.

    On remarque un aménagement intérieur d'allure, si l’on peut dire, britannico-asiatique (sièges longitudinaux, poignées ballantes suspendues au plafond). Les sièges doivent être faciles à entretenir. Ils sont en métal, ce qui offre une assise plus douce qu'on ne le suppose. La propreté des trains, dont l’exploitant est si fier, est de sa responsabilité. De même qu’il est responsable de celles des stations et, sujet techniquement majeur, de la maintenance des infrastructures. Mais pas de celle du matériel, qui relève du concessionnaire. Pour l’instant, c'est CSR qui maintient encore un matériel sous garantie. Après quoi, on peut gager que l'exploitant tentera de faire reconnaître ses talents de mainteneur.

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    ASIE/Les métros indiens cherchent la formule magique

    Que cela concerne leur réalisation ou leur exploitation, les métros indiens existant ou à venir n’ont pas permis de révéler un modèle économique qui se cherche encore.

    Mumbai est le quatrième métro d’Inde, après celui de Calcutta (qui a plus de trente ans), celui de Bangalore et, surtout, le réseau de Delhi qui compte six lignes et totalise près de 200 km. Le réseau de la capitale a un poids certain dans le pays. C’est en partie lié au rôle qu’a joué jusqu’à ces derniers temps Elattuvalapil Sreedharan, qui a dirigé la société du métro de Delhi jusqu’en 2012, et qui va fêter ce mois de juin ses 83 ans. Il était déjà retraité quand il a été appelé à la rescousse pour sortir le projet de métro de la capitale de l’ornière. Il l’a fait avec un succès qui lui a valu un surnom plus facile à retenir que son nom pour une oreille occidentale : « Metro Man ». Et qui lui a conféré un rôle important dans les projets de métro de Kochi (ex-Cochin), Lucknow ou Jaipur.

    Quatrième venu, Mumbai a ouvert environ trois ans plus tard que prévu. Ce n’est pas énorme au regard des délais indiens. D’ailleurs, la façon dont les projets s’étirent en France ne nous permet pas de donner des leçons.

    Hyderabad aussi, on vient de l’apprendre, va être en retard. L’ouverture attendue pour mars dernier a été repoussée d’un an. Pourtant, le tronçon qui devait ouvrir est prêt, et les trains d’essai circulent, nous disait récemment Bernard Tabary, DG international de Keolis, l’exploitant du futur métro. La mise en service était dès l’origine prévue en cinq phases, et la première va être fondue dans la seconde. Pourquoi ? La difficulté est économique. Le concessionnaire, Larson & Toubro, attend qu’un tronçon plus important soit mis en service, pour que la mobilisation des moyens puisse rencontrer un minimum de trafic et un semblant de retour sur investissement. « 18 stations, c’est plus intéressant que sept stations », confirme Bernard Tabary.

    En fait, le modèle économique des métros en Inde n’est pas stabilisé. Ce n’est d’ailleurs pas le seul pays où la question soit posée. Les métros de Mumbai ou d’Hyderabad sont réalisés en concession. Dans les deux cas, le retour sur investissement a l’air de déjouer des calculs économiques volontaristes et de précariser la suite des opérations.

    Faut-il alors trouver une autre formule de partage des risques ? Un modèle impliquant nettement les pouvoirs publics dans la construction du métro stabiliserait les projets, en laissant la place à un système de type DSP pour l’exploitant. Formule pérenne qui pourrait convenir à des groupes internationaux. Pas sûr. Car les Indiens peuvent juger moins coûteux d’exploiter eux-mêmes le métro. C’est ce qui s’est passé à Chennai (ex-Madras), où tout compte fait la compagnie du métro a renoncé à la procédure d’appel d’offres international pour exploiter le métro en direct. Affaire à suivre, maintenant que se profilent les appels d’offres de Navi Mumbai (ville nouvelle proche de Mumbai) ou de Kochi (ex Cochin).                  F. D.

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    ASIE/En Asie du Sud-Est, l’attention se focalise sur Singapour

    La cité état souhaite ne plus se limiter à son duopole ComfortDelGro-SMRT. Cela va commencer par la mise en concurrence des bus. L'opération sera faite en neuf lots d’environ 400 bus chacun. RATP Dev Transdev Asia apprécie assez cet exercice, dans lequel il reconnaît un type d'appel d'offres qu’il connaît bien, d’inspiration londonienne ainsi qu’australienne, deux références qui lui sont familières. D’ici cinq ans, l’ensemble des bus aura été mis en concurrence. Et puis, être à Singapour peut être une bonne chose, au-delà des bus, si l'on pense à une future ouverture de l'exploitation du métro. Même calcul de Keolis, qui a remis une offre tout comme son concurrent français pour le premier lot.

    RATP Dev Transdev Asia regarde aussi les Philippines. Selon les accords de constitution de la JV, l'un des deux partenaires peut se présenter seul sur le marché asiatique si l'autre n'y tient pas. RATP Dev s'était présenté sans Transdev pour une assistance technique sur la ligne 1 du métro de Manille. Expérience intéressante. Aussi, sur la ligne 2, la JV, préqualifiée, va répondre à l’appel d’offres pour un contrat d’opération et maintenance. Ce qui devait lui donner l'occasion d'affronter un exploitant qui ne sort guère du Japon, le métro de Tokyo.

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    Trois questions à Nicolas Jachiet, président directeur général d’Egis

     

    VR&T. Quelle est la force d’Egis en Inde ?

    Nicolas Jachiet.Nous employons 1 600 personnes en Inde. C’est notre plus forte implantation en dehors de la France. Nous sommes entrés en Inde, il y a vingt ans, par notre activité d’ingénierie routière. Nous avons vocation à exercer tous les métiers du groupe, route, ferroviaire et transports urbains, eau, aménagement urbain, bâtiments, aéroports, ports… Aujourd’hui 1 200 personnes sont employées par Egis India, filiale créée pour les activités d’ingénierie, et 400 personnes dans une autre filiale, Egis Road Operation India, pour l’exploitation routière. Dans ce domaine, nous venons de remporter notre quatrième contrat avec l’exploitation et la maintenance d’une autoroute à péage de 120 km dans d’Etat du Gujarat. Nous réalisons en Inde un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros, pour un CA géré total de 854 millions. Notre chiffre d’affaires en Inde a crû de 20 % par an au cours des trois dernières années. Il continue à croître en roupies même si, du fait des variations du taux de change, il a décru en euros.

     

    VR&T. Le Premier ministre, Narendra Modi, a annoncé de grands programmes : 100 smarts cities, investissements ferroviaires… Effet d’annonce ou vrais projets ?

    N. J.Le Premier ministre s’implique personnellement dans des programmes qui étaient souvent annoncés par le ministre en charge du secteur. Beaucoup de sujets sortent. Pour notre part, nous avons commencé à travailler dans le ferroviaire, pour Larson & Toubro, sur le design de l’électrification de la ligne fret Mumbai – Delhi. Nous venons de remettre le plan d’urbanisme du Grand Mumbai, grâce à une société acquise en 2011, Egis Geoplan, spécialisée dans l’urbanisme et les SIG. Nous travaillons sur des métros, comme la troisième ligne de Calcutta (general consultant), les lignes 1 et 2 de Chennai (general consultant), ou Kochi (detailed design). Nous participons à un projet de smart city, à Dholera, dans le Gujarat, sur l’axe stratégique de développement Mumbai – Delhi…

     

    VR&T. Beaucoup de sociétés d’ingénierie se servent de l’Inde comme d’une plate-forme off-shore, du fait du faible coût du travail. Quelle est la politique d’Egis ?

    N. J.C’est une part marginale de notre activité. Certes, les coûts salariaux des ingénieurs indiens sont moins élevés qu’en France et leur formation initiale est bonne. Mais nous souhaitons les former pour leur donner une « signature » Egis. Nous pourrons développer depuis l’Inde des études pour les marchés d’Asie ou du Moyen-Orient, mais notre activité en Inde restera centrée sur l’Inde.

    Propos recueillis par F. D.

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    Australie. La North West Rail Link attendue pour 2019 à Sydney

    Le premier métro automatique à grande capacité d’Australie est censé « transformer » le transport public à Sydney. Construit en PPP, il comptera huit stations sur 23 km dont 15 km en tunnel bitube. Alstom fournira des rames Metropolis et Faiveley les portes palières.

    Ce sera le premier métro automatique à grande capacité d’Australie. Au nord-ouest de Sydney, au premier semestre de 2019, la North West Rail Link (NWRL) devrait desservir quelque 600 000 résidents. Construite en PPP, la ligne – de 23 km et 8 stations – comprend un tunnel bitube de 15 km entre Bella Vista et Epping dont le creusement a débuté en septembre dernier. Un projet censé « transformer et moderniser » le transport public à Sydney, selon les termes de l’ex-ministre des Transports de Nouvelle-Galles du Sud, Gladys Berejiklian. Les transports dans cette mégapole de 4,5 millions d’habitants étant actuellement principalement articulés autour des ferries, des bus et des trains, ainsi que d’une courte ligne de tram. Mais une ligne de tramway de 12 km est aussi en projet pour desservir le cœur de ville en 2019-2020.

    Le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a promis un métro toutes les 4 minutes en heure de pointe, soit 15 par heure et une ponctualité de 98 %. En septembre dernier, il signait le contrat de fourniture du matériel roulant (280 millions d’euros) avec Alstom pour l’achat de 22 rames Metropolis. Le constructeur français est responsable de la gestion du projet, allant de la conception à la mise en service du matériel roulant et des systèmes de signalisation, en passant par leur fourniture et leurs tests. Le 20 avril dernier, Faiveley Transport annonçait par ailleurs avoir remporté le marché des portes palières pleine hauteur et de façades de quai de 1,7 m de haut, permettant une exploitation plus rapide et plus sûre des rames. Les gares rénovées seront équipées de façades de quai réaménagées, tandis que celles nouvellement créées disposeront à la fois de portes palières et de façades de quai.

    A l’ouverture, il s’agira de rames de six voitures, mais l’autorité organisatrice a prévu des quais assez longs pour des trains de huit voitures afin de faire face à l’augmentation de la demande dans cette ville qui gagne chaque année des milliers d’habitants. Les libéraux, qui ont été reconduits au pouvoir fin mars, ont également promis des extensions à cette ligne, notamment vers le centre des affaires de Sydney (central business district ou CBD) et à l’ouest vers Bankstown. Evalué à 8,3 milliards de dollars, soit 6 milliards d’euros, le projet lancé dans le cadre de Sydney's Rail Future comprend en effet également la construction d’un centre de maintenance, l’adaptation d’une ligne existante de 14 km et la rénovation de cinq gares existantes. En juin 2014, c’est le consortium Northwest Rapid Transit, composé de MTR Corporation, l’exploitant du métro de Hongkong ; John Holland ; Leighton Contractors ; UGL Rail Services et Plenary Group, qui a été chargé, de concevoir, construire, financer puis exploiter la ligne pendant quinze ans à compter de sa mise en service.

    Une fois n’est pas coutume, le numéro 1 français, Keolis, candidat au sein du consortium Pulse n’a pas été retenu pour exploiter la NWRL. Il a également perdu le PPP pour la gestion du tramway de Sydney. Un appel d’offres remporté tout de même par deux français, membres du consortium Connecting Sydney, Alstom et Transdev…                 

    C. N.

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    Les principales aides à l’export pour le ferroviaire

    Cette fiche pratique a été réalisée par l’équipe de la rédaction du Moci.

     

    Les organismes d’étude et d’accompagnement

    Expertise France

    Le siège d'Expertise France est à Paris.

    Tél. : 01 43 17 63 61

    [email protected]

    www.expertisefrance.fr

    Expertise France, la nouvelle agence de coopération technique internationale (issue depuis le 1er janvier de la fusion de six opérateurs publics) met à la disposition des gouvernements et des pouvoirs publics des pays partenaires les compétences des experts publics français dans la mise en place de réformes, dans les domaines des finances publiques, du développement économique, de la santé, du développement durable, de la protection sociale et de l’emploi, de la stabilité, sécurité et sûreté, de la gouvernance et des droits humains. Elle est avec l'Agence française de développement (AFD), le deuxième pilier de l'Etat dans le secteur de l'aide au développement (APD). A suivre en amont des grands projets d’infrastructures.

     

    Business France

    – Adresse à Paris (siège social) :

    77, boulevard Saint-Jacques

    75 998 Paris Cedex 14

    – Adresse à Marseille :

    Espace Gaymard – 2, place d'Arvieux

    13 002 Marseille

    Tél. : 01 40 73 30 00

    ou 0 810 817 817

    (Accueil Export Entreprise)

    www.businessfrance.fr

    Qu’il s’agisse d’exportation, d’investissement ou de partenariats internationaux, Business France (ex. Ubifrance) est l’opérateur pivot de l’Etat pour la veille sectorielle et l’accompagnement des entreprises françaises et internationales du début jusqu’à l’aboutissement de leurs projets, dans une démarche clairement orientée efficacité et résultats.

    Organisée par grandes filières sectorielles – dont le ferroviaire, notamment dans le cadre des transports urbains –, elle possède un réseau de bureaux dans 70 pays et compte 1 500 professionnels sur le terrain, en France et à l’étranger.

     

    Les opérateurs des aides financières

    L’Agence française de développement (AFD)

    5, rue Roland-Barthes

    75 598 Paris Cedex 12

    Tél. : 01 53 44 31 31

    [email protected]

    www.afd.fr

    C’est l’opérateur pivot de la coopération française et de l’aide au développement, l’Agence française de développement (AFD) apporte des subventions, des prêts, des fonds de garantie ou des contrats de désendettement et de développement à des projets, des programmes et des études et accompagne ses partenaires du Sud dans le renforcement de leurs capacités. Elle cofinance à cet égard de nombreux projets d’infrastructures ferroviaires liées au développement urbain. Elle a aussi signé le 13 janvier dernier une convention de partenariat avec la RATP sur l’Afrique subsaharienne, dans le domaine de la mobilité, notamment urbaine. Depuis quelques mois, pleinement intégrée à l’écosystème de la diplomatie économique et du commerce extérieur, elle coopère, dans le cadre de convention de partenariat, avec la banque publique Bpifrance (décembre 2014) et l’agence nationale Business France (avril 2015).

     

    Ministère des Finances et des Comptes publics

    Ministère de l’Economie, de l’Industrie et du numérique

    Direction générale du Trésor

    139, rue de Bercy

    75 572 Paris Cedex

    Tél. : 01 44 87 19 44

     

    Bercy dispose de deux instruments financiers pour appuyer l’aide-projet et les grands contrats :

    – les prêts du Trésor concessionnels (ex-Réserve des pays émergents),

    – le Fonds d’études et d’aide au secteur privé (Fasep).

    Grâce aux prêts du Trésor et au Fasep, la France participe au financement, dans de nombreux pays émergents, de projets (infrastructures dans les domaines de l’eau, de l’énergie et des transports, formation professionnelle, technologies vertes innovantes, etc.) dont la réalisation fait appel à l’expertise et au savoir-faire français.

    www.tresor.economie.gouv.fr/7548_politique-d-aide-projet-les-cartes

    Contacter le plus en amont possible les responsables sectoriels du bureau Aide-projet et les Services économiques des pays concernés.

     

    Bureau « aide-projet » :

    [email protected]

     

    Les Services économiques (SE) auprès des ambassades de France à l’étranger :

    www.tresor.economie.gouv.fr/Financement-international-des-entreprises

     

     

    Bpifrance

    27-31, avenue du général Leclerc

    94 710 Maisons-Alfort Cedex

    Tél. : 01 41 79 80 00

    www.bpifrance.fr

    De l’amorçage jusqu’à la cotation en bourse, Bpifrance offre des solutions de financement adaptées à chaque étape de la vie des PME et Entreprises de taille intermédiaire (ETI), dont de nombreux sous-traitants de la filière ferroviaire. A noter que pour le soutien au développement export des PME et ETI, elle propose un prêt export sans garantie (sur 7 ans, jusqu’à 150 000 euros), des solutions d’avances de trésorerie et, depuis peu, peut intervenir en prêteur direct pour le financement de contrats d’exportations de petits montants (moins de 25 millions d’euros) sous la forme de crédit acheteurs ou de rachats de crédits fournisseurs.

     

    Coface (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur)

    1, place Costes et Bellonte

    CS 20 003

    92 276 Bois-Colombes

    Tél. : 01 49 02 20 00

    www.coface.fr

    Coface gère une gamme de garanties publiques destinées à soutenir financièrement les exportations françaises. Coface remplit cette mission de service public pour le compte et avec la garantie de l'Etat, dans le cadre de dispositions du code des assurances.

    L’offre de garanties publiques de Coface vise à soutenir la prospection des marchés étrangers (assurance-prospection), à sécuriser l'émission de cautions et l’octroi de préfinancements par les banques (cautions et garanties risques exportateurs), à rendre compétitifs les financements offerts aux clients étrangers tout en sécurisant les opérations d’exportation et d’investissement à l’étranger (assurance-crédit export, assurance investissement, garantie de change).

     

    Société de financement local (SFIL)

    1-3, rue du Passeur-de-Boulogne

    CS 80 054

    92 861 Issy-les-Moulineaux Cedex

    Tél. : 01 73 28 87 64

    [email protected]

    www.sfil.fr

    Banque des collectivités locales, la Société de financement local (SFIL) va être l’opérateur d’un nouveau dispositif financier permettant de réduire le coût de financement des grands contrats (centrales nucléaires, métros, ventes d'armes) en proposant de refinancer les banques qui les financent à un coût compétitif grâce à la garantie Coface.

    _____________________

    Rail Export, pour guider les PME qui partent à l’international

    L’export est complexe et risqué pour les PME, et la filière ferroviaire a décidé de les aider. C’est la mission de Rail Export, créée le 4 décembre 2014. Cette plate-forme de la Fédération des industries ferroviaires (Fif) est complémentaire d’organismes comme Business France, dont un représentant siège au bureau de Rail Export.

    Comment fonctionne la plate-forme ? Il faut avant tout qu’une entreprise française (ce sont les seules éligibles aux services de Rail Export) identifie un produit ou un service qu’elle juge intéressant d’exporter, et que soit identifié le client cible : ce peut être un constructeur de matériel roulant, un réseau étranger, tout grand donneur d’ordre étranger dans tous les métiers du ferroviaire.

    Via Rail Export, l’entreprise a accès aux experts du réseau de grands donneurs d’ordre de la Fif. La plate-forme organise des entretiens sur des sujets comme la fiscalité, le juridique, la pratique commerciale.

    Jean-Noël Debroise, chef de projet, distingue trois catégories de produits. Le plus simple, « c’est un produit à la fois catalogue et innovant : il a, par exemple, une référence RATP ou SNCF et présente un avantage concurrentiel ». Il faut alors rechercher un appui commercial local. Quand le produit suppose une adaptation, une nouvelle homologation, il s’agit d’aider la PME à trouver les bons interlocuteurs dans les services techniques ou les services achats du client.

    Quand enfin le client veut une production locale, il faut aider l’entreprise dans sa recherche du partenaire local, le montage de la JV, et les conditions du transfert éventuel de technologie

    La plate-forme est encore, dit Jean-Noël Debroise, en « phase amont ». Plusieurs réunions, comme le salon Sifer, ont permis de contacter 200 PME. 40 ont manifesté un intérêt, entre 15 et 20 ont été identifiées comme présentant un produit offrant une vraie différenciation pour une vraie cible.

    Jean-Noël Debroise connaît son sujet. Ancien vice-président d’Alstom Transport, il a présidé aux destinées de Citadis, le tramway à plancher bas le plus vendu au monde.

    F. D.