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SPÉCIAL SIFER 2015. Le marché de la maintenance peut-il s’ouvrir ?
… les grands industriels souhaitent accéder plus largement à cette activité. Avec prudence, pour ne pas heurter leurs principaux grands clients ni déstabiliser le ferroviaire français.
En pleine croissance dans le monde, la maintenance – et plus largement les services – intéresse les industriels. Un peu partout sur les marchés internationaux, ceux-ci développent et vendent leur savoir-faire en la matière. Selon la récente étude sur le marché mondial du ferroviaire réalisée par Roland Berger pour l’Unife, le chiffre d’affaires mondial du secteur s’élevait en 2013 à 59 milliards d’euros, dont la moitié est considérée comme ouvert. Et ce chiffre d’affaires croît de 3,5 à 4 % par an. En France, dans le ferroviaire lourd, celui de la SNCF, le CA de la maintenance du matériel s’établirait dans une fourchette comprise entre 2,5 et 3 milliards par an, rénovation et logistique comprise. La part qui pourrait intéresser les industriels serait nettement plus faible, de l’ordre de 1,2 milliard, estime-t-on à la Fédération des industries ferroviaires. Un chiffre d’affaires qui pour l’essentiel est fermé. Car la SNCF maintient elle-même ses matériels. Elle y tient au moins pour deux raisons. L’une, confiée il y a des années par Louis Gallois à l’un des acteurs du secteur : « que voulez-vous, je paye des gens dans les ateliers, autant leur donner quelque chose à faire ». L’autre est la volonté de maintenir dans le giron un savoir-faire jugé constitutif de l’entreprise.Certes, en Europe, la DB maintient aussi son matériel. Mais pas en totalité, et la tendance est à l’ouverture. La maintenance du parc de DB Schenker est externalisée. En Italie, FS se lance dans l’externalisation aussi. La Grande-Bretagne, sans surprise, est en pointe (voir page 56). En Espagne, la Renfe passe des contrats de maintenance avec des JV ad hoc, constituées par l’entreprise ferroviaire et les constructeurs qui la fournissent. Ce modèle pourrait intéresser les industriels français. Il accorde une place à chacun en évitant le tout ou rien. Et il permettrait d’avoir un partenariat de long terme, alors qu’aujourd’hui on regrette que la SNCF ait plutôt recours au coup par coup à des partenaires industriels.Le sujet en France est sensible. Il l’est d’autant plus que l’activité ferroviaire lourde, celle de la SNCF, ne s’inscrit pas à la hausse. La baisse de charge touche tout le monde. A la SNCF, l’atelier d’Oullins va fermer dans cinq ans. Parmi les industriels, ACC est en grave difficulté.A la SNCF, donc, selon un réflexe classique que la crise renforce, on fait tourner ses ateliers plutôt que d’appeler des prestataires. Quant à l’ingénierie de maintenance du matériel, les prestations extérieures représentent moins de 10 % et elles ne s’inscrivent pas à la hausse.Il ne faut cependant pas croire que la SNCF ait une politique purement défensive. Par le biais de sa filiale Masteris, elle est même offensive sur des marchés comme le tramway, ce qui hérisse parfois. Non seulement le marché ferroviaire est fermé mais, de plus, l’opérateur historique va proposer ses services ailleurs…Cela dit, les grands industriels, comme Bombardier ou Alstom, ne formulent pas du tout de revendication frontale vis-à-vis de la SNCF ou de la RATP. Les entreprises publiques sont leurs clients et ils tiennent pour commencer à apporter une réponse adaptée à chaque client en fonction des caractéristiques de chaque marché. Quitte à aider celui-ci à évoluer.Une occasion pourrait être offerte par l’ouverture du marché régional. Déjà, selon la directive 2008.110, il revient au détenteur du matériel de désigner une entité chargée de la maintenance, qui n’est donc pas nécessairement l’opérateur. Des dispositions nouvelles européennes (règlement 1370/2007 ainsi qu’un texte du quatrième paquet) prévoient que la maintenance soit incluse dans les futurs contrats de DSP.Les régions sont elles intéressées par cette ouverture ? A l’ARF, le sujet ne semble pas vraiment mûr. Les régions ont récemment revendiqué la liberté de « choisir le mode de contractualisation le plus adapté » en ce qui concerne les services régionaux de voyageurs. Mais, nous dit un porte-parole, « la maintenance et l’exploitation des TER apparaissent liées à ce stade, et je n’ai pas connaissance de réflexions d’une région pour les décorréler ». Si le dossier s’ouvre, il faudra « regarder les aspects juridiques pour voir précisément ce qui est faisable, la question des ateliers de maintenance, la répartition des responsabilités entre exploitant et mainteneur en cas de défaillance du matériel roulant, etc. ». On n’en est pas là, et la réflexion manifestement ne fait que commencer. F. D.–––––––––––––––––––Et si on faisait comme les Espagnols ?
Si l’on demande à Jean-Pierre Audoux, le délégué général de la Fédération des industries ferroviaires, comment pourrait évoluer le marché de la maintenance, il souligne pour commencer l’importance du sujet : « Le marché mondial de la maintenance est un marché prometteur, avec une croissance de 3,5 à 4 % par an. Or, au stade actuel, il est ouvert dans nombre de grands pays ferroviaires. En France, de fait, il est très peu ouvert. » Comment pourrait-il évoluer ? « Certaines pistes peuvent être tout à fait prometteuses, notamment la piste espagnole ». En Espagne, en effet, sont constituées des joint-ventures entre la Renfe et les constructeurs, pour assurer la maintenance. Et, pour le délégué général de la FIF, « la mise en œuvre de coopérations entre public et privé est une source d’innovation et de baisse des coûts tout à fait pertinente. C’est un type d’évolution que l’on peut envisager en France. »–––––––––––––––––––Entretien avec Ana Giros, directrice générale d’Alstom Transport France
« Il nous faut faire de la maintenance et des services un élément différenciant de la vente »
Ville, Rail & Transports. Quelle importance revêt pour vous la maintenance ?Ana Giros. Alstom a énormément d’expérience dans ce domaine, et ce depuis l’AVE en 1992. Nous avons 120 sites de maintenance dans le monde, plus de 1 200 employés dédiés, et environ 200 clients. La branche service d’Alstom compte 7 000 personnes dans le monde.Alstom offre à ses clients la gamme la plus large possible en termes de services, et les références sont nombreuses. Nous maintenons les trains régionaux de Stockholm, en Suède, des trains de type TER en Allemagne, des trains grande vitesse Pendolino en Pologne, le matériel de la Northern Line à Londres, ou les trains Virgin.La spécificité d’Alstom, c’est aussi d’être capable de maintenir aussi bien des matériels Alstom que d’autres constructeurs. D’ailleurs, 20 % de la flotte que nous maintenons à l’international n’est pas du matériel Alstom. Nous pouvons offrir un service à un réseau composé de plusieurs flottes. Par exemple à Stockholm (flotte Alstom et Bombardier) ou en Roumanie (Caf, Bombardier et un constructeur roumain). La maintenance évolue avec l’ère du digital. Alstom a su faire évoluer son savoir-faire en matière de maintenance, du correctif au curatif, préventif, et prédictif.VR&T. La maintenance est considérée comme quasiment fermée en France, où elle est exercée par les deux grands opérateurs, SNCF et RATP. Qu’en pensez-vousA. G. La configuration du marché en France est particulière et emprunte des choix qui ont été faits pour l’ensemble du réseau. C’est très bien et c’est à Alstom de se réinventer. Notre objectif est de servir le client et de ne pas se limiter à être dans un modèle du « tout ou rien ».Et dans le même temps, les contraintes des opérateurs sont de plus en plus fortes afin de satisfaire le passager : services à bord, ponctualité, fiabilité… et le matériel roulant est de plus en plus sophistiqué, la maintenance a un rôle clé.Alstom est en mesure de proposer de nombreux services et la palette est large. Nous investissons et nous pouvons aider les opérateurs et les mainteneurs à passer à des systèmes de maintenance plus évolués. Nous sommes experts et offrons une assistance technique pendant, et au-delà de la garantie, pour accompagner les matériels sur leurs 30 ans de vie. Nous avons ouvert un centre de formation aux métiers de la maintenance, où sont formés des personnels de Transdev ou de Keolis.Mais dans la palette des services Alstom, on retrouve également : la gestion des obsolescences, la réparation d’organes des trains et la gestion logistique des pièces de rechange. Nous contribuons à la modernisation des trains, en rénovant la chaîne de traction, la signalisation. Notre savoir-faire est poussé jusqu’à la R&D.La volonté d’Alstom c’est de se positionner partout où nous avons de la valeur ajoutée et d’accompagner au mieux nos clients. Nous cherchons des partenaires plutôt que des actions au coup par coup. Nous sommes fiers d’avoir engagé des partenariats avec la SNCF, constructifs et productifs en matière d’innovation, et notre souhait serait de partager également avec la RATP, Keolis, Transdev ou d’autres autorités organisatrices.En France, les références en terme de matériel roulant sont là. Nous avons vendu 1 500 tramways en France. Mais nous mettons toute notre énergie à développer toutes nos activités dans les services : nous sommes en train de créer un portail web pour les clients du tramway. Il comporte une offre de formation, une documentation, des questions techniques avec back office, une activité pièces détachées. Nous allons élargir ce service aux Regiolis. Nous préparons également des choses très créatives. Par exemple à Belfort, nous assurons la maintenance de près de 40 locomotives qui sont suivies, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 avec un principe clé en main de maintenance mobile : les équipes Alstom se déplacent directement sur place, travaillant sur la locomotive plutôt que de la faire venir en atelier.En résumé, nous voulons offrir un maximum de valeur ajoutée à nos clients et donner du créatif, tisser des relations de partenariat. Il nous faut faire de la maintenance et des services un élément différenciant de la vente, de sorte que le client achète en sachant qu’après cet acte d’achat, Alstom est là, sur tout le cycle de vie du produit et même après.VR&T. La maintenance effectuée par un industriel est-elle vraiment moins coûteuse ?A. G. On ne peut pas comparer l’incomparable, cela dépend des cas. Au niveau du système global, quand nous avons des contrats comportant formation et maintenance, l’offre de maintenance proposée par un industriel fait sens, car notre gestion est très adaptée, cela permet alors une économie d’échelle, et c’est assez puissant. Mais de son côté l’opérateur peut se recentrer sur une politique tarifaire, le « yield managment » et le marketing, et a sa carte à jouer dans des projets beaucoup plus segmentésPropos recueillis par François DUMONT–––––––––––––––––––Entretien avec Alain Bullot, délégué général de Fer de France
« Mon travail est de contribuer à une dynamique de filière
VR&T. On critique souvent la SNCF parce que sa maintenance n’est pas ouverte à la concurrence. Vous avez été directeur du Matériel de la SNCF. Quelle est votre analyse ?Alain Bullot. La SNCF a choisi d’assurer la maintenance par ses moyens propres. Elle estime que c’est un moyen de performance. Un sujet clef, c’est l’imbrication précise de la maintenance dans l’exploitation. Le service Ouigo, par exemple, ne serait pas possible sans la parfaite intégration de la maintenance, qui garantit la disponibilité des rames et permet leur maintenance évolutive pour les besoins du service commercial. Ceci, il est plus difficile de l’obtenir avec un prestataire.VR&T. Est-ce un modèle stable ?A. B. Ce sera très challengé, notamment pour le transport régional. Car depuis la directive 2008/110 il revient au détenteur du matériel de désigner l’Entité en charge de la maintenance, qui elle-même peut sous-traiter la réalisation de cette maintenance. Rien n’oblige en fait une Région propriétaire à choisir l’opérateur ferroviaire comme Entité chargée de la maintenance ou réalisateur. Cela va forcément s’ouvrir et la SNCF doit se préparer à ce futur.La maintenance devient un marché à part entière, on le voit dans toute l’Europe, où il est courant d’avoir un contrat de maintenance de long terme, séparé du contrat d’exploitation. La SNCF peut choisir ou non de se renforcer de façon à s’y positionner. Un exploitant pourrait sous-traiter sa maintenance à la SNCF. Ce n’est pas irréaliste, c’est le monde des affaires. La SNCF a les moyens d’être un acteur majeur si elle s’assume complètement en tant qu’industriel. Elle peut faire un choix différent et souhaiter se concentrer sur son métier d’exploitant.Pour le moment, elle a considéré qu’elle souhaitait aller jusqu’au bout de la régionalisation et répartir la gouvernance de son activité de maintenance de façon à avoir une stratégie claire vis-à-vis des régions.VR&T. Les constructeurs proposent souvent d’assurer la maintenance en même temps que la fourniture du matériel. Qu’en pensez-vous ?A. B. Cela tire le ferroviaire vers un modèle de type téléphonie mobile. La maintenance donne au constructeur une profitabilité supérieure, et il peut prendre donc plus de risque sur le prix initial du train, même s’il voit différée la rentrée de cash. Cette approche peut séduire et c’est un relais de croissance.VR&T. Les mainteneurs privés ne sont-ils pas moins chers que la SNCF ?A. B. A performance égale, les données dont je dispose ne disent pas cela. La SNCF a une main-d’œuvre chère et des organisations parfois lourdes, mais elle est compétente et fait très peu de marge sur ce métier. Sa politique de pièces de rechange est économe et performante. Les mainteneurs du marché sont souvent plus agiles sur leur organisation, produisent moins cher mais se rémunèrent, c’est logique. Mais dans ce métier à forte plus-value et qui évolue vite, tout le monde cherche à progresser rapidement en compétitivité.VR&T. Comment faire pour faire baisser ces coûts de maintenance ?A. B. Les concepts de la maintenance changent : moins systématique, plus prédictive ou conditionnelle : « moins » de maintenance pour « mieux » de maintenance. Cela se pense dès la phase projet.Il faut donc d’abord que les trains soient bien conçus. Or, pour qu’un train soit bien conçu, il faut implémenter le retour d’expérience dès la conception. Pas l’ingénierie de maintenance elle-même, car c’est un savoir-faire différenciateur, mais les données de comportement des sous-systèmes et composants. La SNCF a été trop craintive sur ce point. Je souhaiterais un espace de dialogue plus ouvert, comme le fait l’aéronautique. En, face, il faut que les constructeurs acceptent d’intégrer ce que disent la SNCF ou la RATP et ne crient pas à la surspécification. C’est notre intérêt commun.On doit aussi en amont faire travailler davantage les organismes comme Railenium ou I-Trans, qui peuvent creuser pour nous des sujets, et qu’on n’utilise pas assez.Ensuite il faut un « geste technique » en atelier et une organisation industrielle irréprochables.VR&T. Comment, du point de vue de Fer de France, voyez-vous la cohérence de la filière ?A. B. Même dans un monde ouvert, nous avons réellement besoin d’une SNCF forte, mais humble et coopérative comme locomotive de filière. Ce qui fait la réputation de la SNCF, c’est sa maîtrise du système et son poids de donneur d’ordre. On doit faire grandir Alstom ou Bombardier, ou tout autre, mais on ne le fera pas sur les cendres de la SNCF. A l’inverse, une SNCF dans une tour d’ivoire court un risque énorme de décrochage. Le monde va trop vite. Mon travail aujourd’hui est de contribuer à une dynamique de filière plus cohérente. Nous avons tous une communauté de destin.Propos recueillis par François DUMONT–––––––––––––––––––SPÉCIAL SIFER 2015. Grande-Bretagne : un marché à part
Outre-Manche, les acteurs de la maintenance – et des services sur le matériel roulant plus généralement – sont, sauf exception, totalement dissociés de ceux qui ont repris l’exploitation des trains depuis la privatisation.Sur le réseau ferré britannique, il est de règle depuis une vingtaine d’années que la maintenance soit assurée par des entreprises spécialisées, qui se trouvent généralement être des constructeurs de matériel roulant. A l’exception des acteurs transmanche (Eurotunnel et Eurostar) et d’une poignée d’opérateurs britanniques, les tâches de maintenance sont désormais déconnectées de l’exploitation des services ferroviaires. Ces derniers sont assurés par des TOCs (Train Operating Companies) dans le cadre de franchises (délégation de service public) ou à leurs risques et périls en open access.Cette nouvelle répartition des rôles, après un siècle et demi de forte intégration entre les réseaux ferrés et la maintenance – voire la construction – de leur matériel roulant, découle de la réorganisation des chemins de fer britanniques intervenue ces dernières décennies. S’il est bien connu que l’exploitation a été reprise depuis vingt ans par de nouveaux acteurs (National Express, Virgin, First, Arriva etc.), il en est de même pour la maintenance des trains. Mais pas avec les mêmes acteurs. Tout a commencé avec la filialisation des anciens ateliers de British Rail, sous l’appellation BREL (British Rail Engineering ltd.), qui était à la fois un constructeur de matériel roulant et un spécialiste de la maintenance. Cette première activité, ainsi qu’une grande partie de la seconde, a été reprise dans les années 1990 par ABB Traction, filiale d’ABB devenue, au gré des fusions et des reprises, Adtranz, puis Bombardier. D’autres constructeurs comme GEC Alsthom, devenu Alstom, ou Brush, repris par Wabtec, ont également repris d’anciens sites de maintenance BREL, certains ayant été brièvement gérés par des entreprises indépendantes. Quelques établissements spécialisés (Neville Hill pour les rames HST et les autorails légers, dépôts fret…) gardent toutefois des liens avec un petit nombre de TOC (East Midland Trains, Northern Rail, Freightliner).Jusqu’à l’arrivée des premiers matériels commandés après la privatisation, il s’agissait d’assurer la maintenance, voire la rénovation, des parcs hérités de British Rail et repris par trois ROSCOs (Rolling Stock Companies), des « entreprises de matériel roulant » issues du secteur financier. C’est-à-dire que d’emblée, des constructeurs ont eu à s’occuper de matériels produits par d’autres industriels (BREL, Metro-Cammell etc.) Mais avec l’arrivée, vers 1999-2000, des premiers matériels commandés pour les nouvelles franchises, les constructeurs ont quasi automatiquement assuré dans la foulée la maintenance des nouveaux trains qu’ils produisaient : Electrostar (Adtranz, puis Bombardier), Juniper et Pendolino (Alstom), Voyager (Bombardier)… Dans ce dernier cas, c’est un centre de maintenance 100 % nouveau qui a été établi dans le nouveau site de Central Rivers, au beau milieu du parcours assuré par les rames Voyager.De son côté, Siemens s’est implanté non loin de Leeds pour assurer la maintenance des nouvelles rames Class 333 desservant la région depuis 2000, construites par CAF mais conçues par l’industriel allemand. A partir de 2002, Siemens a remporté une impressionnante série de contrats avec son Desiro UK, version britannique du Desiro continental. Le constructeur en assure toujours la maintenance en 2015, dans quatre centres construits à cet effet sur les réseaux concernés, plus trois dépôts hérités des anciens exploitants. Deux dépôts actuellement en construction à Three Bridges (entre Londres et Brighton) et Hornsey (nord de Londres) s’ajouteront à la liste d’ici 2018, avec la mise en service des trains Class 700 commandés à Siemens par le ministère des Transports britannique pour le réseau nord-sud Thameslink à travers Londres.Si, comme on le voit avec Siemens, il y a un fort lien entre la livraison d’un nouveau matériel roulant et sa maintenance, il n’est pas pour autant automatique. Vers 2010, alors que s’achevait la première grande vague de livraison de matériel roulant suite à la privatisation, 76 % des activités de maintenance effectuées par Alstom outre-Manche concernaient des nouveaux matériels livrés par le constructeur, le reste étant des matériels construits par d’autres, récents ou plus anciens. C’est autour de la West Coast Main Line (WCML), exploitée par Virgin avec 53 rames Pendolino, que se trouvent cinq des quinze implantations (Traincare Centres) d’Alstom Transport en Grande-Bretagne pour la maintenance, de Wembley (aux portes de Londres) à Glasgow en Ecosse, en passant par Oxley (Wolverhampton), Liverpool et le site principal de Longsight (sud-est de Manchester). Cinq sites qui assurent, dans le cadre d’un contrat dont la durée est calquée sur celle de la franchise, une maintenance de haut niveau pour des rames parcourant chacune plus d’un demi-million de kilomètres par an (plus que les TGV en moyenne). Le haut niveau de disponibilité demandé pour le parc Virgin avec la mise en œuvre de l’horaire à « très haute fréquence » (VHF) en 2008 a poussé Alstom à y mettre en œuvre son dispositif TrainTracer, permettant de connaître au sol l’état des trains en direct, alors que l’équipement CET (Controlled Emission Toilets) contrôle la vidange des toilettes à Wembley tous les deux jours.Avec 19 sites de maintenance, en grande partie hérités de BREL mais comptant également des centres construits sur mesure, Bombardier a sans doute les activités de maintenance les plus variées en Grande-Bretagne, comprenant non seulement des trains grandes lignes ou régionaux, mais aussi des parcs de transport public comme ceux du tramway Tramlink ou des rames de l’Overground de Londres, matériels construits par… Bombardier. Tout comme les nombreuses rames Electrostar (électriques) et Turbostar (Diesel) livrées sur les réseaux de banlieue ou régionaux, maintenance comprise. Un des succès les plus importants dans ce domaine, ces derniers temps, est l’attribution à Bombardier du matériel roulant de Crossrail, le futur « RER » est-ouest londonien par TfL. Soit 65 rames Class 345 dont la maintenance sera effectuée par le constructeur dans un nouveau centre, à établir à Old Oak Common, dans l’ouest de Londres. Pour la mise en service de ce centre, quelque 80 postes de maintenance devraient être créés.Sans remettre en cause l’ordre des choses établi au cours des deux décennies passées, les prochaines années pourraient apporter quelques changements dans ce marché britannique, aujourd’hui adulte, de la maintenance et des services. Les trois ROSCOs d’origine n’ont plus le monopole de la commande du matériel roulant, avec l’arrivée d’une demi-douzaine de nouveaux loueurs ou financeurs et le rôle croissant joué par les ministères des Transports britannique (DfT) et écossais (Transport Scotland) ou les collectivités (TfL à Londres) dans les commandes de trains. Les parcs les plus anciens issus de la privatisation approchent aujourd’hui de la mi-vie, donc d’une nécessaire rénovation, qui ne sera pas forcément assurée par le constructeur d’origine. D’autant plus qu’avec le redécoupage des franchises, des exploitants se retrouvent avec des parcs aux origines multiples. Ceci alors que de nouveaux constructeurs – au premier rang desquels Hitachi et Vossloh – sont en train de prendre pied outre-Manche… et ne se contenteront sans doute pas de n’assurer que la maintenance de leurs propres matériels dans les nouveaux sites en projet ou en construction.Patrick LAVAL–––––––––––––––––––Marseille Bombardier assiste la maintenance du tram mais ne l’effectue pas
Outre par son design osé signé MBD, le matériel roulant en service depuis l’été 2007 sur le tram de Marseille se distingue par le fait qu’il s’agit à ce jour du seul Flexity Outlook spécifiquement produit pour un réseau français par Bombardier. Près de huit ans plus tard, ce dernier est toujours présent dans les ateliers de maintenance Tramway de la RTM ; pour autant, Bombardier n’y assure pas l’ensemble des tâches liées à la maintenance avec son propre personnel, comme il le ferait en Grande-Bretagne. Car à Marseille, les travaux de maintenance sont et restent assurés par le personnel de la RTM, y compris depuis le remplacement des anciens trams PCC par le Flexity. Après avoir assuré la mise en service du matériel et la rédaction des documents de maintenance, Bombardier continue de fournir une assistance au personnel RTM pour le soutien logistique, les pièces de rechange ou les travaux de modification. Dans ce dernier domaine, en 2012, les 26 rames du parc d’origine ont été allongées de 10 m, par le montage de deux modules supplémentaires. Une tâche assurée par des salariés de Bombardier avec le personnel de la RTM, dans les locaux de cette dernière. P. L.–––––––––––––––––––
CPER. Etat et Région s’engagent pour 8 milliards
« Nous ne pouvons plus accepter, a déclaré Manuel Valls, en signant le 16 février le projet de contrat de plan avec l’Ile-de-France, que tant d’habitants de l’Ile-de-France » aient des difficultés à se déplacer dans la région. Aussi, dans le contrat de plan 2015-2020, le volet transports arrive largement en tête des financements. Et, au sein de ce volet, souligne le Premier ministre, la priorité est « accordée à l’amélioration des déplacements du quotidien. » Avec l’Etat, a renchéri Jean-Paul Huchon, « nous tenons nos engagements de moderniser les RER, d’améliorer sensiblement la ligne A en prolongeant Eole à l’ouest, d’étendre la ligne 11, de réaliser les tangentielles, de boucler le programme de tramways… Tous ces chantiers, nous le savons, sont très attendus, car les transports sont un bien de première nécessité. » Et ils concourent au rééquilibrage de la région. « 70 % des opérations de transports programmées concernent les départements du Val-de-Marne, de Seine-Saint-Denis, de l’Essonne et de la Seine-et-Marne – voilà qui contribue au rééquilibrage entre l’est et l’ouest de l’Ile-de-France. Voilà qui nous unit davantage. Comme le Pass Navigo unique, facteur de pouvoir d’achat comme d’identité commune des Franciliens. » Un Pass Navigo unique auquel le Premier ministre apporte son soutien, selon sa position constante, rappelle celui qui fut vice-président du Conseil régional.La mobilité, c’est donc « le cœur du contrat de plan Etat-région », avait dit Jean-Paul Huchon en le présentant quelques jours avant les discussions à l’assemblée régionale et la signature. Un cœur qui pèse 5,25 milliards d’euros, soit quasiment les trois quarts du CPER 2015-2020, dont le montant global dépasse les 7,3 milliards. « Nous avions indiqué que nous n’accepterions de le signer que si la part de l’Etat [dans le volet transports, ndlr] était à la hauteur de ses engagements : 1,4 milliard d’euros. Le compte y est ! », a ajouté le président de région. Quant à la région, grâce aux nouvelles ressources obtenues – 140 millions annuels de nouvelles taxes sur le stationnement et le foncier – elle pourra aussi tenir ses promesses avec un investissement prévu sur la période de plus de 3 milliards d’euros. Un montant global qualifié de « colossal », par Pierre Serne, le vice-président chargé des Transports. « C’est du jamais vu », estime-t-il.Dans le détail, ce catalogue de programmations couvrant six années au lieu des sept habituelles – sans doute est-ce dû au retard pris puisque la précédente génération de contrat a été clôturée en 2013 – liste les projets de modernisation (schémas directeurs des RER A, B, C et D), de prolongements de lignes (Eole, métro L11, T1,T3, T4…) ou de créations (tangentielle ouest, T9, T10). Certaines lignes ont immédiatement fait réagir les professionnels, jugeant l’enveloppe un peu courte. C’est le cas notamment pour le prolongement d’Eole jusqu’à Mantes-la-Jolie (1,750 milliard), de la phase 2 de la tangentielle nord, dont on ne financerait qu’études et acquisitions foncières, la somme étant noyée au milieu d’autres projets, ou encore des interconnexions entre les futures gares du Grand Paris Express et le réseau existant.Pierre Serne s’en est expliqué. De manière plus au moins convaincante… « C’est seulement sur la période 2015-2020 », a-t-il souligné. Des sommes ont pu être dégagées avant, d’autres le seront après… La SGP apporte aussi sa contribution, notamment aux interconnexions. Soit. Il n’empêche. Dans certains cas, le compte n’y est pas selon les experts que nous avons interrogés. Sans compter que les projets sont présentés avec une colonne recensant les parts de financements « autres » que l’Etat et la région, alors que les collectivités ne se sont pas encore engagées…Pourtant l’exécutif régional le soutient : « aucun projet qui figure au PDU jusqu’en 2020 n’a été ni supprimé, ni reporté, assure Pierre Serne. On est dans les temps et dans les budgets dont on a besoin pour financer ces projets avec les dates de mises en service prévues ». Ce qui lui procure « une vraie satisfaction, car parfois le CPER reporte des projets aux calendes grecques ».Le président Jean-Paul Huchon s’est de son côté félicité car il craignait « que tous les crédits ne soient siphonnés par le Nouveau Grand Paris, or ça n’a pas été le cas ». Il s’est aussi réjoui d’avoir réussi à reconduire jusqu’en 2020 l’engagement de l’Etat dans le plan de mobilisation pour les transports signé pour la période 2013-2017. « Rien n’est mécanique, tout est à renégocier à chaque fois », a-t-il martelé.Après deux jours de débats et la signature officielle le 16 février avec Manuel Valls, reste encore une procédure nouvelle instaurée par la loi Maptam (modernisation de l’action publique), qui consiste à soumettre le CPER aux départements ainsi qu’aux citoyens pour consultation, avant l’adoption définitive. Inutile de s’attendre pour autant à de grands bouleversements. Même si la région est prête « à entendre quelque éventuelle supplique particulièrement émouvante… Nous sommes deux à signer, a rappelé Jean-Paul Huchon. L’Etat et nous… »Cécile NANGERONI––––––––––––––––––––Les chiffres à retenir
• Avec 5,25 milliards de crédits Etat et Région Ile-de-France, correspondant à 8,35 milliards d’investissements dans des projets, ce sont 73 % de l’ensemble du CPER (7,3 milliards) qui sont affectés aux mobilités• 4,4 milliards d’euros de l’Etat et de la région iront au Nouveau Grand Paris. En ajoutant les participations de la SGP, des collectivités et des opérateurs, on atteint un total de 7,5 milliards.Dont, tous financements confondus :• 1,75 milliard d’euros pour le prolongement d’Eole à l’ouest• 1 milliard d’euros pour les schémas directeurs des RER, y compris le barreau de Gonesse et le nœud de Brétigny• 900 millions d’euros pour le prolongement de la ligne 11 du métro à Rosny-Bois Perrier• 475 millions d’euros pour le tram-train Massy – Evry• 400 millions d’euros pour le prolongement du T1 à l’est jusqu’à Val de Fontenay• 420 millions pour les TZen, BHNS et autres TCSP• 853 millions sont consacrés aux autres opérations, regroupées sous le thème « mobilité multimodale ». Il s’agit par exemple d’opérations destinées à développer le vélo, à résorber le bruit ou à favoriser le fret fluvial.––––––––––––––––––––Les critiques de l’opposition UMP
Valérie Pécresse fait mine d’être inquiète. Maintenant que la décision du passe Navigo au tarif unique de 70 euros est entérinée, impossible de revenir dessus. Même si elle est devenait présidente de la région en décembre et qu’elle est foncièrement contre. Or, la dernière étude commandée par le Stif chiffre à 523 millions d’euros annuels le coût de cette nouvelle tarification, en incluant le dézonage de la carte Imagine R. La hausse du VT récemment votée n’en finançant que 210, il reste un solde de 313 millions à trouver chaque année. « Soit 3 milliards sur dix ans, c’est plus que la rénovation des cinq lignes de RER, a calculé la chef de file de l’opposition UMP. Ça nous mange déjà quasiment la moitié des crédits du CPER… ! ». Un CPER qu’elle ne juge par ailleurs en rien exceptionnel : « 7,3 milliards, c’est moins que le contrat 2000-2006 qui se montait à 7,7 milliards ».La candidate déclarée à la présidence de la région francilienne déplore par ailleurs un volet transport trop pauvre, avec « aucun nouveau projet, à deux exceptions près, la phase 1 du T9 Paris – Orly et le T10 Antony – Clamart. » Et pire, des projets qu’elle juge menacés : « le prolongement de la tangentielle nord a disparu, il manque 300 millions pour l’extension de la ligne 11 du métro, l’électrification de la ligne P est remise aux calendes grecques, énumère-t-elle. Quant à Eole, projet majeur pour toute de la vallée de la Seine, je ne suis pas en mesure de vous dire qu’il va se faire en lisant le CPER. Mais évidemment, il n’est pas bienvenu de parler d’abandon en année électorale… ».Enfin, la leader de l’opposition s’agace de ne rien voir – hormis les schémas directeurs de RER – concernant la rénovation du réseau, alors qu’elle estime qu’il lui faudrait un « plan Marshall ». « Je suis scandalisée que la majorité ait voté contre ma demande d’audit de sécurité du réseau, poursuit la députée des Yvelines. La rénovation devrait être une priorité absolue. » Lors de la précédente période de contractualisation, elle estime que c’est l’Etat et non la région qui, avec le Grand Paris Express, a donné la véritable impulsion aux investissements. Bref, elle n’a pas de mots assez durs pour qualifier l’attitude de l’exécutif régional, qui choisit le plus mauvais moment pour engendrer un trou de 300 millions d’euros dans ses caisses, et conclut d’une formule à l’emporte-pièce : « On nous roule dans la farine ! ». C. N.––––––––––––––––––––Le contrat précédent exécuté à 50 %
« Lors de la programmation passée, nous avons tenu nos engagements, c’est ce que montre le rapport de la chambre régionale des comptes qui sera présenté en séance », s’est félicité Jean-Paul Huchon, en présentant le projet de CPER 2015-2020. Valérie Pécresse a une lecture contraire du même document : « Malheureusement les CPER ne sont jamais sanctuarisés, la preuve, c’est que le CPER 2007-2013 n’a été réalisé qu’à 50 %, c’est la chambre régionale des comptes qui le dit », estime la chef de file de l’opposition UMP au conseil régional. Et de citer tous les projets restés inachevés à ce jour : « le T6 Vélizy – Châtillon – Viroflay n’est toujours pas à Viroflay ; la ligne 4 à Bagneux, c’est pour 2021 ; la ligne 12 à mairie d’Aubervilliers prévue en 2020, la tangentielle nord, c’est 2023 etc. Sur les 7 milliards du prochain contrat, on gage des coups partis du CPER d’avant… En réalité c’est une arnaque. 100 % ont été engagés, mais 50 % ont été payés ! ».Alors verre à moitié plein ou à moitié vide ? Si elle peut se féliciter d’être parmi les meilleures élèves – « L’exécution du CPER semble meilleure en Ile-de-France que dans les autres régions », écrit en effet la chambre régionale des comptes – la région a tout de même, comme d’habitude et comme ses homologues, pris du retard dans l’inscription des crédits de paiements : « les engagements tardent à se traduire en mandatements », poursuit-elle en effet. Fin 2013, « 107 % des dépenses prévues au CPER avaient été affectées à une opération » (le dérapage des coûts expliquant ce taux supérieur à 100). Cependant, « la région n’avait versé aux bénéficiaires que 50 % des fonds inscrits au CPER. Ainsi à cette date, au maximum la moitié des opérations prévues avaient été réalisées », affirme le rapport.Et ce n’est pas tout, puisque le dérapage était le même pour le contrat précédent, couvrant 2000-2006, avec à l’échéance « un taux d’affectation cumulé de 92,2 %, un taux de mandatement cumulé de 59,3 % ». Des taux passés respectivement à 98,24 % et 89,64 % au 31 décembre 2012. Le rapport ne dit pas si le contrat s’achevant en 2006 était finalement entièrement exécuté à fin 2014. Mais la durée des projets n’est généralement pas calibrée sur les sept années que dure un CPER, sans parler de l’explosion des coûts qui ne manque jamais de se produire, rien de tout cela n’aide à clarifier les budgets… C. N.––––––––––––––––––––Le contrat de plan entre les lignes
• Où est passée la tangentielle nord ?
Arrivera-t-elle à Sartrouville et à Noisy-le-Sec en 2023 ? Jean-Marc Ayrault l’avait annoncé lors de la présentation du Nouveau Grand Paris. Rien n’est moins sûr, et ce n’est pas en décryptant le CPER qu’on y croit. « La tangentielle nord phase 2 c’est-à-dire entre Sartrouville et Epinay et entre Le Bourget et Noisy-le-Sec a carrément disparu ! », tonne Valérie Pécresse, chef de file de l’opposition UMP en Ile-de-France. Inaugurons déjà la phase 1 en 2017 dit de son côté Pierre Serne, le vice-président Transports et mobilités de la région, et, pour la période allant jusqu’en 2020, créditons déjà les études…Le CPER cite ainsi le projet au titre d’études et d’acquisitions foncières « avec le cas échéant le lancement des premiers travaux » au milieu de plusieurs autres – lignes 1, 10, 9, T8, ligne P, RER E… – pour un montant global de 506 millions d’euros dont 336 pour la part Etat-région. Problème, « les avant-projets sont prêts, on a besoin de passer aux études approfondies et aux marchés », estime le président de la Fnaut Ile-de-France, Marc Pélissier. La tangentielle nord, dont les prolongements coûteraient environ un milliard, semble souffrir d’un déficit de portage politique de la part des trois départements concernés (78, 95 et 93) et d’un désamour, pour partie dû à ses déboires durant les travaux qui auraient refroidi les financeurs.Le premier tronçon Epinay – Le Bourget, soit 11 km sur les 28 prévus, est toujours attendu pour 2017. « Mais il était prévu initialement d’enclencher la phase 2 des travaux avant l’inauguration de la phase 1 », rappelle Marc Pélissier. De là à en déduire que ce projet élaboré dans les années 90, qui était déjà inscrit au contrat de plan 2000 – 2006 et qui s’était vu allouer un peu moins de 350 M€ au précédent CPER, a du plomb dans l’aile, il n’y a qu’un pas. Et pourtant, selon les dernières études de trafic, de 2013, la ligne complète attirerait 200 000 voyageurs chaque jour. Loin d’être négligeable pour une rocade. « Probablement plus rentable que certaines branches du Grand Paris Express », suggère-t-on même à la Fnaut. C. N.• TZen fait son entrée
C’est une première. Autrefois réservé aux modes lourds, le prochain CPER prend en compte des projets de TCSP bus et notamment six TZen (BHNS). Enveloppe globale : 420 M€, dont 294 M€ pour la part Etat-région.Argument déployé par la région : « la similitude avec l’appel à projets TCSP du ministère pour toute la France sauf l’Ile-de-France, projets pour lesquels l’Etat cofinance, raconte Pierre Serne, vice-président chargé des Transports. C’est donc le cas pour des montants qui vont nous permettre d’accélérer ces lignes express ». Une accélération plutôt bienvenue sachant que « cinq projets sont dans les tuyaux depuis des années et ne bougent pas du tout, rappelle le président de la Fnaut IDF, Marc Pélissier. Malheureusement, ces projets ne sont pas plus rapides qu’un tram, comme on nous l’avait “vendu“ au départ car les problèmes d’insertion et les discussions compliquées avec les mairies demeurent. »• Schémas directeurs : peut mieux faire
C’est bien peu, s’étonne Marc Pélissier, président de la Fnaut Ile-de-France, voyant le milliard prévu pour les schémas directeurs des RER. L’ordre de grandeur d’un schéma directeur, c’est 500 millions. Avec 1 milliard pour les cinq, on n’est pas au bout du compte. Sauf qu’une grande partie du RER B a été menée à bien (pour 200 millions) et que le programme du A est aussi bien avancé (avec 300 millions). Donc : verre à moitié vide, ou à moitié plein. Valérie Pécresse, qui le voit très vide, redemande un plan Marshall pour les RER. En fait, les schémas directeurs ne sont qu’une des parties des investissements prévus pour les RER. Ils correspondent aux demandes du Stif pour obtenir une meilleure robustesse du service. Ils se traduisent, par exemple, par le troisième quai à Denfert-Rochereau, ou par le pilotage automatique sur le RER A. La rénovation et modernisation de l’infrastructure, elles, sont à la charge de SNCF Réseau, qui produit un effort sans précédent… bien qu’insuffisant. Car il y un sacré retard à rattraper. Pendant des années, RFF a dépensé 200 millions par an sur ce poste. L’effort se situe aujourd’hui entre 500 et 600 millions par an. Il en faudrait plutôt 800, estime-on à Réseau.• Interconnexions : la SGP paiera ?
Cela faisait partie des coûts sous-estimés du Grand Paris Express : le raccordement du nouveau métro aux lignes existantes. Sur les 69 gares prévues du GPE, les deux tiers seront en correspondance avec une station de métro, une gare RER ou Transilien. Le coût, d’abord ignoré, puis débusqué par le rapport Auzannet, a été évalué à environ 1,8 milliard d’euros. On est donc loin du compte. Mais Pierre Serne précise (il est souvent amené à le faire) que ne figure au contrat de plan… que le contrat de plan. Sur certains points, il y a d’autres programmes et d’autres financeurs. Pour l’interconnexion, la majeure partie des coûts ont été intégrés au programme de SGP et seront assumés par elle. A suivre, car pour certaines gares, l’opération va être coûteuse…––––––––––––––––––––Eole : selon la SNCF, il faudrait 3 milliards de crédits
1,750 milliard d’euros est inscrit pour le prolongement d’Eole au CPER 2015-2020. Insuffisant pour respecter le calendrier et éviter tout phasage, juge la SNCF qui estime à 3 milliards le montant des crédits à mobiliser dans la période. Manuel Valls veut envisager le projet dans son ensemble. La SNCF est prête à en avancer la trésorerie.Pierre Bédier est content. Avant même que le CPER soit voté par l’assemblée régionale, le président du conseil général des Yvelines déclarait, le 6 février, dans un communiqué : « la matérialisation d’une enveloppe de 1,75 milliard d’euros pour le développement d’une liaison RER entre Mantes-la-Jolie et Saint-Lazare via La Défense est une excellente nouvelle pour toute la vallée de Seine ».L’ordre des travaux fait, de plus, bien les choses. Comme il faut reprendre la gare de Mantes-la-Jolie, ces travaux, lourds et compliqués, devront commencer rapidement. Ce sera même, dès le printemps prochain, le début de la réalisation du projet. Tout un symbole et, souligne Pierre Bédier, « en débutant les travaux par le bout de la ligne, on est en effet à peu près assuré que ces derniers ne s’arrêteront pas à mi-chemin, au détour d’une éventuelle nouvelle ventilation des crédits. »On ne peut déduire que les Mantois se satisferaient d’un Eole limité à la rénovation de la ligne classique, version tronquée dont on entend parler et dont la perspective fait frémir le conseil régional et la SNCF. Au moins ne perdraient-ils pas tout. Comme le dit Pierre Bédier : « Avec ces liaisons régulières tout au long de la journée, ce projet place tout le Mantois au cœur de la zone d’emploi de La Défense, en mettant la gare de Mantes-la-Jolie à moins de 40 minutes de celle du quartier d’affaires (contre près d’une heure actuellement). »Quoi qu’il en soit, même si l’on ne précise pas le montant que les Yvelines pourraient apporter, le département se situe dans une démarche d’adhésion et de participation au projet.La concrétisation se verra par la convention de financement, qu’on voulait signer avant l’été 2014, et qu’on espère maintenant pour juin 2015. C’est la dernière limite. Politique, du fait des élections régionales de décembre, qui empêchent quasiment tout vote serein six mois avant. Technique aussi. Les appels d’offres pour le génie civil sont lancés, les réponses arrivent en mars, et les attributions doivent être décidées en septembre. La convention attendue doit être globale, portant sur un montant figé à 3,3 milliards d’euros aux conditions économiques de 2009, ce qui correspond aujourd’hui à 3,7 milliards.Pas facile à boucler, même si – élections obligent – au conseil régional, on est rapidement passé du lamento « on est inquiet » à l’allegro « on a gagné ». De fait, le gouvernement a fini par débloquer les taxes de 140 millions promises pour l’ensemble des transports, et, s’agissant d’Eole précisément la SGP, comme prévu, a été priée d’apporter un colossal écot, de 800 millions d’euros pour l’instant inscrits, sur 1 milliard requis. Mais tout n’est pas résolu et Arnaud Richard, député UDI des Yvelines, le 10 février, dans une question orale au gouvernement sur le projet, a jugé « urgent de clarifier son financement et ce, dans sa globalité, ainsi que de déterminer une bonne fois pour toutes son calendrier. Ce projet n’a de sens que s’il est réalisé de bout en bout et s’il permet effectivement de relier notre région d’est en ouest. »Car avec 1,750 milliard d’euros, on n’est pas au bout. Certes, dit Pierre Serne en présentant le projet : « le CPER est uniquement sur la période 2015-2020. La mise en service, prévue au début de la décennie 2020, continuera à générer des autorisations de programme, donc des financements sur le contrat de plan suivant. Sur un projet, généralement, les autorisations de programme continuent à sortir des budgets, notamment de la région, pendant deux ou trois ans après la mise en service ». Il est donc « logique que sur un projet du type Eole, on n’ait sur 2015-2020 qu’une partie des financements à sortir. »Une partie, certes, mais laquelle ? Une petite moitié, grosso modo, ce que propose le contrat de plan ? La SNCF considère qu’il faudrait disposer de beaucoup plus de crédits d’ici 2020 pour respecter le calendrier. Selon nos informations, elle estime à 3 milliards les financements à mobiliser d’ici 2020, en crédits de paiement, et propose donc d’avancer le complément à la somme arrêtée par le contrat de plan.Les financeurs, selon un dispositif inhabituel à mettre au point, s’engageraient à la fois sur le CPER actuel mais aussi sur le CPER 2021-2026, ce qui permettrait de couvrir les avances faites par SNCF pour la période 2015-2020.Pourquoi cette détermination ? Il s’agit de respecter à coup sûr le calendrier fixé : mise en service en 2020 de la ligne en tunnel jusqu’à Nanterre, et, dans la continuité, en 2022, de la ligne classique renouvelée et modernisée jusqu’à Mantes. On éviterait ainsi tout phasage. Comme dit Yves Ramette, DG de SNCF Réseau en Ile-de-France, « ce projet majeur, il est majeur de ne pas le phaser. »Pour SNCF, la journée noire du jeudi 29 janvier a démontré, si besoin était, la nécessité de réaliser Eole le plus rapidement possible. « Si la ligne A tousse, toute la région s’enrhume » résume Yves Ramette.En effet, selon une note de SNCF Réseau que nous avons pu consulter, « le besoin de transport est-ouest en Ile-de-France est et restera l’axe essentiel de transport francilien ». Or, cet axe se limite aujourd’hui à une infrastructure unique, le RER A. Eole « permet de doubler cet axe par une infrastructure de capacité équivalente ». Selon SNCF Réseau, alors que l’apport de capacité supplémentaire sur le RER A a été conçu pour absorber une décennie d’augmentation de trafic (2008-2018), cette capacité supplémentaire est aujourd’hui mise en œuvre à 70 % et doit être terminée en 2017, une fois la totalité des 130 MI09 livrée. On aura gagné au bout du compte 31 % de capacité par rapport au parc matériel de 2008. Or, juge la SNCF, l’apport du RER E sur la liaison est-ouest est trois fois supérieur au renouvellement de parc du RER A.Le rapport est moins important, maintenant que le conseil du Stif vient de décider de porter de 130 à 140 le nombre de rames nouvelles. Et, compte tenu aussi du renouvellement de signalisation du RER A, qui doit selon la RATP redonner 10 % de capacité en plus. Quoi qu’il en soit les surcroîts de capacité risquent d’être insuffisants et vite consommés. Et Eole d’être appelé à la rescousse pour redonner de l’air à l’axe historique des déplacements de la région.François DUMONT––––––––––––––––––––L’excellence NExTEO
Le nouveau système d’exploitation des trains, NExTEO, qui sera mis en place sur Eole, sera essentiel au dispositif puisqu’il permettra de faire passer 28 trains/heure sur le tronçon central. Il s’agit aussi, juge la SNCF, désireuse de convaincre les pouvoirs publics de la nécessité et de l’urgence du nouveau système, d’un « vecteur de l’excellence française en mass transit, le créneau le plus porteur des transports publics dans le monde ». Une innovation œcuménique puisque Nexteo est développé au travers d’une alliance entre les deux grandes entreprises publiques françaises que sont la SNCF et la RATP. Rappelons que l’appel d’offres est en cours de dépouillement. Six candidats ont remis des offres.––––––––––––––––––––Qui paye pour Eole
• 1 750 millions sont inscrits au CPER pour le prolongement d’Eole à l’ouest.• 288 millions de l’Etat• 162 de la Région• 800 de la Société du Grand Paris• 500 des « autres financeurs », dont SNCF Réseau et les conseils généraux.––––––––––––––––––––Pourquoi Paris se fait prier
Le prolongement d’Eole à l’ouest est « stratégique pour l’Ile-de-France, y compris pour Paris, et c’est pour cela qu’il doit être envisagé dans son ensemble ». Si Manuel Valls a jugé bon de le préciser, le 16 février, en signant le CPER Ile-de-France, c’est parce que tout le monde n’en est pas convaincu à la mairie de Paris. Et l’attitude de l’Hôtel de ville inquiète les partisans du projet. Quelques jours plus tôt, dans une question orale au gouvernement, le député des Yvelines Arnaud Richard s’est étonné de « la position de la Ville de Paris, qui veut interdire les voitures des banlieusards dans Paris, mais semble refuser de participer au financement des transports en commun des Franciliens, alors que sa richesse fiscale est le fruit de leur travail. » Question pointée aussi par le conseil régional. Pour Pierre Serne, vice-président Transports et déplacements, « une inquiétude vient de la Ville de Paris et de sa volonté ou non de financer le projet ». Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris chargé des Transports, que nous avons pu interroger sur ce point en marge de la signature du CPER, regrette pour sa part la méthode employée. Selon lui, en substance, l’Etat et la région s’entendent pour fixer à d’autres financeurs le montant de leur contribution sans trop leur demander leur avis. C’est pourquoi, précise-t-il, la mairie de Paris a demandé sur cette question du financement d’Eole que l’on « rebatte les cartes ». Paris, qui apporte 30 % des contributions publiques du Stif a déjà l’impression de payer beaucoup pour les transports régionaux. Sans grand retour : les investissements « fléchés Paris » ne représentent que 5 % du CPER, signale Christophe Najdovski. F. D.

Autobus Euro VI. Daimler s’affirme comme un leader mondial
Fin septembre, à l’occasion du 65e salon des véhicules utilitaires l’IAA (Internationale Automobil-Ausstellung) de Hanovre, en Allemagne, Daimler a fait sensation en s’affichant définitivement comme le leader mondial incontesté sur ce marché. Le groupe aligne aujourd’hui des sites de production sur les cinq continents. Il se déploie dans le monde entier sous différentes marques comme Freightliner, Western Star, BharatBenz, Fuso, Setra ou encore Thomas Built Buses, la plus connue du grand public restant toutefois celle de son constructeur automobile, l’allemand Mercedes-Benz.En 2013, Daimler a produit globalement plus de deux millions de véhicules, en employant très exactement 274 616 collaborateurs. Son chiffre d’affaires a atteint les 118 milliards d’euros, avec un bénéfice flirtant les 11 milliards. Sur le créneau plus spécifique des autocars et autobus vendus dans les dix-huit pays de l’Europe communautaire, le groupe caracole en tête avec 30,7 % des immatriculations, devant Iveco, deuxième à 19,56 %. En Allemagne, sa terre natale, il devance très largement MAN, en ayant vendu, l’an passé, 2 439 véhicules, contre 1 103 pour son rival de toujours. Sur les huit premiers mois de 2014, Daimler a commercialisé au total quelque 20 000 autocars et autobus dans le monde, réussissant à maintenir un niveau comparable à celui de l’année précédente malgré un contexte économique difficile. Mieux encore, il a augmenté ses ventes de camions de 3 %, et celle de ses utilitaires légers de 10 % ! « Notre objectif est clair : nous voulons dominer ce secteur d’activité, aussi bien en termes économiques que techniques », martèle Wolfgang Bernhard, le patron des camions et des bus chez Daimler. Et le membre du directoire de l’entreprise d’ajouter : « Cela exige une présence globale sur le marché, la conception de plates-formes intelligentes, et surtout une technologie forte ». Cette année, la démonstration de cette ambition avait pour cadre Hanovre, avec la présentation par Daimler, sur près de 10 000 m², de 63 autobus, autocars, camions et utilitaires légers, parmi lesquels beaucoup de nouveautés riches en innovations techniques.Sur le créneau des autobus urbains commercialisés sous la marque Mercedes, les nouveaux Citaro Euro 6, plus particulièrement dans leur déclinaison en version articulée, ont focalisé les regards. Cette incroyable success-story avait commencé en juin 1997, lorsque le tout premier Citaro du nom fut dévoilé au congrès UITP (Union internationale des transports publics) de Stuttgart, en Allemagne. Pour la première fois, un constructeur allemand s’était démarqué de cette rigidité de conceptualisation introduite à partir des années 60 dans le cadre de la fameuse standardisation des autobus par le VöV (Verband öffentlicher Verkehrsunternehmen, union des entreprises de transport public, auquel succédera, en 1991, l’actuel VdV, Verband deutscher Verkehrsunternehmen, union des entreprises allemandes de transport de voyageurs). C’était alors la mode dans beaucoup de pays européens, mais seule la France (avec le fameux autobus Standard RATP/UTPUR, Union des transports publics urbains et régionaux, ancêtre de l’UTP) et, plus encore, l’Allemagne allèrent finalement aussi loin. Outre-Rhin, cette démarche avait engendré deux générations successives de véhicules (Standard I à la fin des années 60 et Standard II au début des années 80). La définition technique de ces véhicules, telle qu’elle avait été élaborée par le VöV, ne laissait pratiquement plus aucune place à la créativité technique pour les constructeurs, alors qu’en France la standardisation s’apparentait beaucoup plus à un cahier des charges très précis, rédigé en commun par les grands opérateurs. Les constructeurs allemands Magirus-Deutz, Büssing, Daimler-Benz, MAN, mais aussi les Autrichiens Steyer et Gräf & Stift, ou encore le français Heuliez (carrossant sur châssis Mercedes), se mirent donc à produire des véhicules dits « Standard I » tous quasiment identiques. Avec la réitération de la démarche sous la forme du « Standard II », la balle de l’ingénierie était donc restée dans le camp du VdV pendant quelque trois décennies !On comprend mieux alors le choc qu’a provoqué l’apparition du Citaro sur le marché, lui qui rompait délibérément avec les canons du passé, et faisait entrer l’autobus dans l’ère de l’électronique embarquée. A ce jour, quelque 40 000 Citaro ont été livrés dans le monde ! Ce chiffre fait de lui le « numéro un » mondial des autobus, et aussi le best-seller de tous les temps. A l’instar de la célèbre Golf de Volkswagen, dont la dernière génération a peu à voir avec la première, la nouvelle gamme d’autobus Euro 6 de Mercedes – quand bien même reconduirait-elle les fondamentaux qui ont fait le succès du Citaro – reflète aujourd’hui une révolution technique sans précédent. Le tout nouvel articulé Euro 6 a d’ores et déjà convaincu les Wiener Linien. L’opérateur de Vienne (Autriche) a décidé, du même coup, de s’équiper en matériel Mercedes jusqu’ici inédit pour lui, tournant ainsi le dos à des décennies d’un partenariat exclusif avec un constructeur concurrent. Un tel revirement n’est pas si fréquent dans la profession… L’autobus articulé Citaro G, présenté à l’IAA, est maintenant disponible avec un moteur compact OM 936h de 7,7 l à six cylindres en ligne, monté horizontalement. Cette motorisation high-tech, d’une puissance de 265 kW, est susceptible de développer un couple maximum de 1 400 Nm. Surtout, elle met en œuvre le nouveau système dit « PBS » (Power Boost System), qui accélère la mise à disposition du couple aux plus basses vitesses de rotation du moteur. Grâce au PBS, les performances conférées au véhicule par l’OM 936h sont comparables à celles que fournirait un moteur classique plus volumineux. Le gain ainsi obtenu sur l’encombrement et le poids de la motorisation permet d’embarquer jusqu’à huit voyageurs supplémentaires ! Le Citaro G bénéficie également du nouvel ATC (Articulation Turntable Controller), qui veille au bon respect des limites cinématiques propres aux déplacements relatifs des deux caisses du véhicule, et d’une électronique de nouvelle génération, qui se traduit au poste de conduite par de nouveaux écrans de visualisation plus grands, plus colorés, et plus informatifs.Sur le segment de marché des autobus interurbains à deux essieux, Daimler décline sa nouvelle gamme Intouro en trois longueurs différentes : 12,140 m, 12,640 m et 13,320 m. Sur chacune de ces trois versions, l’opérateur peut opter pour une motorisation de 220 ou 260 kW. Pour les dessertes à caractère rural, Daimler propose, au travers de sa marque Setra, le tout nouveau MultiClass LE (low entry) « Business ». Cet autobus combine une accessibilité (à l’avant) équivalente à celle d’un véhicule à plancher bas, au confort (à l’arrière de la porte médiane) d’un habitacle à plancher haut, mieux adapté aux attentes des voyageurs qui effectuent un long parcours. Le plancher surbaissé, qui court de la porte avant à la porte médiane, facilite grandement le flux orienté des voyageurs à l’intérieur du véhicule. Le plancher haut, qui règne au-delà, dégage sous lui un volume très important pour loger la motorisation, la transmission et le pont arrière. Du coup, il devient possible d’utiliser des dispositions constructives de type « autocar » et non plus « autobus », à la fois plus simples, plus robustes, et moins onéreuses, avec les heureuses retombées qu’on peut imaginer sur les coûts d’acquisition et de maintenance. De ce fait, le MultiClass LE « Business », offert en 12,330 ou 13,040 m, devrait parfaitement épouser les besoins d’opérateurs qui ont à répondre à des appels d’offres pour la desserte de lignes régulières sur les territoires des régions. En dépit de sa compétitivité au plan économique, le nouvel autobus n’en conserve pas moins le « look haut de gamme » traditionnellement associé à la marque Setra.Il bénéficie, en particulier, de la très grande hauteur des baies vitrées latérales situées entre les portes avant et médiane, d’où une luminosité exceptionnelle à l’intérieur ainsi qu’une parfaite visibilité vers l’extérieur pour les voyageurs.Le groupe Daimler s’est aussi beaucoup investi dans le domaine des minibus, après avoir fondé, il y a exactement dix ans, la société Mercedes-Benz Minibus, qui dispose d’un site ultramoderne spécialement dédié à cette activité en banlieue de Dortmund (Allemagne). Cet investissement a payé puisqu’aujourd’hui ladite société est devenue le leader européen sur ce créneau. Elle vient de livrer son 20 000e véhicule. Le tout nouveau Sprinter Euro 6 dispose même du système Parktronic d’assistance aux manœuvres de recul et de stationnement.Les autobus Daimler vendus en France sont assemblés sur son site de Ligny-en-Barrois (Meuse). Cette année, l’usine a fêté la sortie de son 15 000e véhicule. En 2013, 671 autobus et autocars ont été produits à Ligny. Le site emploie 400 personnes, l’activité générant 17 000 emplois directs ou indirects sur le territoire national. La production est destinée à 67 % pour la France, le reste étant exporté. Du simple fait de la spécificité du marché français des autobus, où les gros opérateurs de l’Hexagone ont eu, de tout temps, des exigences techniques très arrêtées et souvent divergentes en matière d’équipements (Systèmes d’aide à l’exploitation, logiques de gestion des portes, girouettes, implantation des sièges, etc.), Ligny a pu développer, au fil des ans, un savoir-faire très particulier en matière de développement de solutions au cas par cas, se rapprochant parfois de l’artisanat. Il est amusant de voir que ce savoir-faire assez unique est désormais mis à profit sur des contrats à destination de certains autres pays, et que des véhicules très spécifiques destinés à l’exportation sont désormais préférentiellement assemblés à Ligny…Philippe Hérissé––––––––––––––––––––Trois questions à Hartmut Schick, chef de Daimler Buses Monde
« Sans Ligny, nous serions incapables d’assurer la production demandée »
Ville, Rail & Transports. La technologie diesel Euro 6 n’arrive-t-elle pas un peu tard, alors que la mouvance semble désormais pousser les constructeurs vers le 100 % électrique ?Hartmut Schick. Non, absolument pas. Euro 6 conservera un rôle très important dans les années à venir, en raison des économies de carburant qu’il génère. Notre Citaro Euro 6 vient de remporter le Green Bus Award 2 014 (prix de l’« autobus vert » pour l’année 2014) après avoir consommé moins que tous ses concurrents sur un difficile parcours urbain en plein centre de Berlin. C’est seulement au fil du temps que les autobus 100 % électriques gagneront en importance. Nous y travaillons, car nous souhaitons disposer de notre propre solution. Mais nous la voulons économiquement robuste. Quand une batterie coûte plus de 100 000 euros et qu’il faut la changer après trois ans seulement, nul n’est besoin d’être prof de maths pour comprendre que les autobus électriques d’aujourd’hui sont loin d’être rentables !VR&T. Que devient l’autobus à pile à combustible, dont vous avez déjà mis en circulation, à titre probatoire, des exemplaires de différentes générations sur plusieurs réseaux ?H. S. En ce domaine, nous avons eu un rôle de leader. Nous continuons bien sûr à travailler avec les collègues de notre marque automobile Mercedes-Benz, qui collaborent eux-mêmes avec Ford et Nissan pour être en mesure de produire en masse des voitures à pile à combustible dès 2018. Les autobus de série utilisant cette technologie devraient suivre assez rapidement. Mais la rentabilité dépendra avant tout de l’évolution du prix des carburants. Je ne peux donc pas vous répondre aujourd’hui sur le nombre de véhicules à pile à combustible qu’il nous faudra produire pour l’atteindre. Cela dit, en 2020, une nouvelle législation plus contraignante doit apparaître sur les émissions polluantes. Nous aurons donc besoin de bien maîtriser à la fois la pile à combustible et le tout électrique…VR&T. Que représente pour Daimler Buses Monde le site de production français de Ligny-en-Barrois ?H. S. Sans Ligny, nous serions aujourd’hui incapables d’assurer la production demandée. Cette année, pour la première fois, le rythme des 1 000 véhicules par an y est atteint ! Actuellement, l’usine tourne au maximum de ses capacités. A Ligny, la tendance est à la croissance, et nous prévoyons, à l’avenir, de développer davantage encore un site qui, à l’image de nos autres unités de production, peut fabriquer toute notre gamme de produits. Il y a deux semaines, l’état-major du groupe s’est justement rendu à Ligny, et j’ai moi-même été enthousiasmé par l’effervescence qui y régnait. Parmi nos usines d’Europe, c’est assurément la plus moderne, et nous y avons appliqué, en avant-première, un certain nombre de concepts high-tech, notamment sur la logistique des approvisionnements, ou encore les procédures de montage des véhicules.Propos recueillis par Ph. H.––––––––––––––––––––CapaCity L Le recordman européen des autobus XXL
Jamais, en Europe, il n’avait été construit d’autobus monoarticulé aussi long. Le nouveau CapaCity L de Mercedes est une réponse au marché des lignes urbaines très chargées ainsi que des infrastructures de transport de type BRT. Sa longueur exceptionnelle lui vaut toutefois de ne pas avoir encore été homologué.En première mondiale, le plus long autobus monoarticulé d’Europe a été dévoilé, le 1er décembre, à l’usine Mercedes-Benz de Mannheim. Il s’appelle « CapaCity L » (L pour long), et mesure 21 m, soit déjà trois mètres de plus que les véhicules articulés classiques, mais seulement trois mètres de moins que les rares doubles articulés de 24 m à trois caisses (en propulsion diesel, hybride ou trolleybus), sortis jusqu’ici en séries plutôt confidentielles, chez quelques constructeurs tels le français RVI, le suédois Volvo, le Belge Van Hool, ou encore le suisse Hess. L’inconvénient majeur du double articulé réside dans le doublement mathématique des sujétions de maintenance inhérentes aux articulations, ainsi que dans l’inaptitude d’un tel véhicule à manœuvrer en reculant, imposant de coûteuses installations « traversantes » tant pour le remisage que pour l’entretien.L’idée de concevoir un mono articulé dépassant l’actuelle limite réglementaire des 18,75 m n’est pas totalement nouvelle. Ainsi Mercedes avait-il sorti, dès 2005, un tout premier CapaCity de 19,57 m rejoint, deux ans plus tard, par MAN avec son Lion’s City GXL de même facture. Le premier a été vendu à 350 exemplaires, dont 200 pour la seule ville d’Istanbul (Turquie), à la périphérie de laquelle le constructeur dispose de l’usine ultramoderne d’Hosdere. Se démarquant de ses prédécesseurs, le nouveau CapaCity L, lui, innove sur toute la ligne. Il a été élaboré à partir de la très récente plate-forme Citaro Euro 6, dont il reprend toutes les bonnes idées. Grâce à sa longueur complètement inédite, il peut transporter 191 voyageurs, soit largement deux fois plus que le « standard » de 12 m, sans pour autant afficher un coût d’exploitation très significativement supérieur. Le premier véhicule dévoilé à Mannheim est destiné à la Hamburger Hochbahn. L’exploitant du réseau des transports urbains de Hambourg (Allemagne) avait d’ailleurs été le tout premier au monde, il y a déjà dix-sept ans, à mettre en service commercial les Citaro 12 m de présérie !La conception entièrement modulaire de la structure du Citaro a grandement facilité la réalisation du CapaCity L. Son ossature porteuse a néanmoins été renforcée pour pouvoir accepter un niveau de contraintes supérieur, eu égard aux mensurations exceptionnelles du véhicule. De l’articulé de 18 m Citaro G, on retrouve la morphologie de la voiture avant jusqu’à la porte médiane, avec les mêmes porte-à-faux avant et empattement, ainsi que le module « motorisation » de la voiture arrière. Le porte-à-faux arrière est, en revanche, celui du Citaro standard de 12 m. En réalité, la grande différence concerne essentiellement toute la partie située derrière cette porte médiane, et résulte aussi, bien sûr, de l’existence d’un quatrième essieu. Les rallonges de châssis mises en œuvre sont constituées d’un segment de 610 mm inséré derrière le second essieu de la voiture avant, et d’un autre de 660 mm devant le premier de la voiture arrière, qui n’est autre que l’essieu moteur. Le quatrième essieu, dit « suiveur », est notamment légitimé par l’augmentation du PTAC (Poids Total Autorisé en Charge) de 28 à 32 t entre Citaro G et CapaCity L. Il permet de répartir de façon équilibrée les masses de l’ensemble du véhicule sur les quatre essieux. De surcroît, il s’agit là d’un essieu directeur, qui se distingue par une suspension à roues indépendantes empruntée à l’autocar de grand tourisme Travego L du même constructeur. Le pilotage de la direction électrohydraulique de cet essieu est assuré par le système ASA (Additional Steering Axle). Le calculateur associé en détermine l’orientation selon de multiples paramètres, au rang desquels l’angle de pliage de l’articulation, le degré de braquage des roues avant, ou encore la vitesse instantanée du véhicule. Si l’angle réel de l’essieu suiveur par rapport à l’axe du véhicule diffère de celui calculé par le système, un vérin hydraulique repositionne alors automatiquement ledit essieu. Dès que la vitesse dépasse les 40 km/h, la direction de l’essieu suiveur est neutralisée afin de simplifier la tenue de cap de l’autobus et améliorer sa stabilité. Cette régulation s’exerce en continu, de manière totalement imperceptible pour le conducteur. Elle est gage de sécurité, de confort, d’aisance de manœuvre, et limite l’usure des pneumatiques. Avec un impressionnant angle de braquage de 42° sur les roues avant, le diamètre de giration reste limité à 24,47 m, la valeur maximale autorisée étant de 25 m. Plus important encore, la largeur de la surface annulaire, représentative de l’espace balayé par le véhicule quand il effectue, par exemple, un demi-tour, n’excède pas 7,10 m, ce qui devrait permettre de circuler à peu près partout où passe l’articulé de 18 m. Le déport du porte-à-faux arrière a pu même être réduit à 1,49 m. Grâce au quatrième essieu directeur, la partie arrière de l’autobus se déporte aussi nettement moins lorsque le véhicule quitte son arrêt. Sur le CapaCity L, la direction de cet essieu suiveur réagit au mouvement de braquage imprimé à l’essieu avant avec un temps de retard prédéfini. Ainsi se trouve-t-il déjà écarté de la bordure du trottoir avant-même de s’orienter. Si le départ doit s’effectuer avec des roues totalement braquées, le conducteur peut bloquer manuellement la direction de l’essieu suiveur en position d’alignement par simple pression sur une touche au tableau de bord, ce qui évite que la roue ne vienne buter sur la bordure du trottoir, et surtout que la partie arrière de l’autobus ne se déporte finalement au-dessus de ce même trottoir en quittant l’arrêt. Toujours grâce au quatrième essieu directeur, le Capacity L peut être manœuvré en marche arrière sans restrictions particulières. Enfin, dans certaines configurations de circulation particulièrement délicates, la motricité peut être temporairement majorée par délestage de l’essieu suiveur au profit de l’essieu moteur.Le système d’articulation du nouvel autobus se base sur la plate-forme articulée classique, déjà utilisée sur le Citaro G, avec le même angle de pliage maximal de 54,5°. Mais ici, cet angle se trouve surveillé en permanence par un tout nouveau système intelligent, dénommé ATC (Articulated Turntable Controller). L’ATC pilote les amortisseurs hydrauliques de l’articulation selon l’angle de braquage, l’angle de pliage, la vitesse et la charge. A la différence de l’amortissement basique, qui conduit toujours à une forte tendance au sous-virage des articulés dans les courbes, ainsi qu’à une usure corrélative des pneus avant, l’articulation demeure ici libre de ses mouvements lorsque le véhicule est stable, l’amortissement étant alors assuré par les seuls frottements de ses divers éléments. L’ATC optimise ainsi le comportement directionnel du véhicule et facilite sa conduite, au point que la réponse au volant correspondrait presque à celle d’un standard de 12 m. L’hiver, sur route verglacée, le système réagit immédiatement pour apporter les correctifs nécessaires. Ainsi le véhicule retrouve rapidement sa stabilité, dans la limite, bien sûr, des lois de la physique, mais sans louvoiement ou déport de la voiture arrière susceptible de provoquer un pliage extrême de l’articulation.Le 1er décembre, les conditions météorologiques dans la région de Mannheim étaient loin d’être aussi défavorables, mais le parcours de démonstration en ville ainsi que sur voie rapide n’en a pas été moins probant. Dans la voiture arrière, si le niveau sonore semble, hélas, légèrement plus élevé que dans le Citaro G, sans doute à cause du bruit de roulement généré par la présence d’un essieu supplémentaire, en revanche le comportement dynamique apparaît d’emblée tout à fait remarquable. En particulier, il semble que les accélérations verticales caractéristiques des articulés classiques soient ici beaucoup plus écrêtées. Le fait que la voiture arrière repose sur deux essieux au lieu d’un seul n’y est sans doute pas étranger. Les accélérations transversales en arrière de l’essieu suiveur, elles, demeurent dans des limites parfaitement acceptables. Le CapaCity L pourrait donc trouver rapidement sa place, tant sur les lignes urbaines très chargées que sur des infrastructures de type BRT (Bus Rapid Transit). Mais il faudra d’abord qu’il soit homologué…Philippe Hérissé
Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler
522 km doivent être régénérés, marque la fin du marché 2013-2015. Mais celui-ci comporte cependant une tranche optionnelle pour 2016 et 2017 qui devrait permettre aux sociétés spécialisées de poursuivre leurs missions.––––––––––––––––––––Suites rapides en 2015• 522 km de voies à renouveler• Une suite rapide « Ile-de-France » attribuée en mars• Entretien avec Arnaud Manoury, directeur d’Asset Management Ile-de-France« Nous avons établi une cartographie des zones prioritaires »• Quatre sociétés se partagent le marché––––––––––––––––––––Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler«Pour la première fois, sur les dix premiers chantiers programmés au cours de l’année 2014, nous en sommes à dix terminés ». Didier Dubus, directeur des suites rapides à SNCF Infra, peut se réjouir. Sous réserve qu’il n’y ait pas eu d’intempéries, notamment de la neige ou du gel fort en décembre, le programme de régénération des voies principales classiques a été tenu à 100 %. Au total, 540 km de voies ont été renouvelés par les moyens lourds mécanisés dits « de suites rapides ». En 2015, il devrait y en avoir 522 km.« Jusqu’en 2012, entre 92 et 94 % du programme prévu était réalisé. En 2013, on a fait 501 km de linéaire, soit 95,6 % du programme. Cela faisait plus de vingt ans que la barre des 500 km n’avait pas été franchie ». Il existe une explication simple à cela. Les trains de suites rapides n’étaient que deux. Ils sont trois depuis 2013, année de démarrage du marché 2013-2015.Théoriquement ce marché s’achève donc à la fin de cette année, mais il comporte une tranche optionnelle pour un prolongement du contrat sur 2016 et 2017. La décision devait être prise en décembre par RFF conjointement avec la SNCF. Les deux entités s’accordent à vouloir confirmer cette option et souhaitent de façon unanime continuer avec les trois suites. Mais tout dépend maintenant des budgets que l’Etat, en l’occurrence le ministère des Finances à Bercy, va débloquer… « Le problème est purement budgétaire. Le réseau en a besoin. Les entreprises donnent entière satisfaction, les suites n’ont même jamais aussi bien fonctionné. Il faut que la trajectoire de régénération continue à augmenter dans les prochaines années », insiste Didier Dubus. Les suites rapides représentent un sujet sur lequel l’ensemble des intervenants, RFF, SNCF et entreprises, ont intérêt à la réussite. On travaille tous dans le même sens, tout le monde a bien joué le jeu. Ce sont des travaux stratégiques, et il est impossible de remplacer une entreprise par une autre du jour au lendemain ».Les pourcentages de linéaires réalisés le prouvent, les démarches d’amélioration menées depuis 2008 et amplifiées à partir de 2011 avec les entreprises portent leurs fruits. Dans le marché en cours celles-ci sont quatre, Colas Rail et TSO (avec TSO Caténaires) étant toutefois en groupement sur le lot n° 1 pour exploiter leur TSV21 Framafer. Après un arrêt volontaire de six mois en 2013 au cours duquel de grosses modifications ont été menées, en particulier le changement des automates de dépose et de pose, ce train, de nouveau opérationnel depuis décembre 2013, offre de meilleurs rendements. Pendant cette immobilisation forcée, le groupement a assuré malgré tout son programme de régénération avec le train P95 loué à la société ETF qui n’avait pas été retenue dans le marché actuel. A partir de juin 2015, le groupement Colas Rail-TSO va s’engager pour sept mois sur un chantier complexe, sans doute « phare » de l’année : un peu plus de 85 km à renouveler sur la ligne Narbonne – Sète – Montpellier, de nuit, avec la voie contiguë circulée. Les 8h30 d’interception devraient lui permettre un avancement de 780 m par amplitude de travail.Meccoli qui assure le lot n° 3 (VFLI à la traction) avec son train TCM60 construit par la société suisse Matisa, travaille différemment. Sur chacun de ses chantiers, elle bénéficie systématiquement de la simultanée, c’est-à-dire de l’interruption totale des deux voies, celle à renouveler et celle contiguë pour amener un train chargé d’évacuer les rails, les traverses et le ballast déposé. Un avantage qui lui permet de travailler avec du matériel plus simple que les autres. Le TCM60 est un train de pose, mais pas de substitution. Le marché 2013-2015 et ses deux années optionnelles ont été bâtis ainsi. Mais comme il s’avère de plus en plus difficile d’obtenir des simultanées, la question se pose pour l’appel d’offres du futur marché qui démarrera en 2018. Faudra-t-il ou non garder ce principe ?Le lot n° 2 est assuré par Transalp Renouvellement, association de l’italien Rossi, spécialiste des grands renouvellements dans ce pays, de DFC (Delcourt Ferroviaire), de ESAF qui intervient pour des opérations hors suite sur le réseau français et ETMF pour la traction. En 2013, année du démarrage de leur train P95 flambant neuf (construit par Matisa) et en fait de la toute nouvelle société peut-on ajouter, le nouveau venu dans le paysage ferroviaire français n’avait pas renouvelé une douzaine de kilomètres de voie sur son premier grand chantier entre Pau et Dax. Ce retard, dû à certains péchés de jeunesse sur le plan organisation et à quelques mises au point sur le train, a été vite rattrapé début 2014. La société a aussi apporté une nouvelle méthodologie issue de l’expérience italienne. Le train de substitution des rails et des traverses est placé devant la dégarnisseuse chargée, elle, d’extraire le ballast sur la plateforme. Un tel positionnement des deux principaux trains-travaux ne se faisait jusqu’alors qu’exceptionnellement sur le réseau français. La raison ? La voie est systématiquement remontée puisqu’il n’y a pas retrait de ballast avant substitution et qu’il y a même un ajout nécessaire pour les opérations de bourrage. Le problème n’a plus lieu d’être avec le P95 de Transalp. Il est en effet équipé d’une charrue qui écarte le ballast et permet ainsi à l’arrière de rendre la voie pratiquement à son niveau d’origine. Avantage de substituer avant de dégarnir, principe désormais appliqué sur plus de la moitié des chantiers menés par les trois entreprises, le matin, après la première journée de travail principal, la voie est neuve. Un critère indispensable pour améliorer les limitations temporaires de vitesse au droit des travaux.Autre nouveauté, alors qu’en général deux journées séparent le passage du train de substitution et celui de la dégarnisseuse, Transalp a proposé de « coller » les deux engins. La méthode a bien fonctionné sur le premier chantier d’essai en 2013 en Lorraine mais nécessite cependant la voie contiguë pendant quelques heures pour qu’un train puisse récupérer et évacuer le ballast usagé. La méthode, qui a été améliorée en laissant quelques centaines de mètres entre substitution et dégarnissage, permet de diminuer la longueur des zones de ralentissement d’un bon kilomètre. Pas négligeable, sachant qu’en général 6 km de limitation temporaire de vitesse (LTV) à 40 km/h sont nécessaires sur la voie qui vient tout juste d’être renouvelée, auxquels s’ajoutent 7 km avec une LTV à 100 km/h. « Notre objectif vise à rendre les travaux le plus transparent possible vis-à-vis de l’exploitation commerciale et au final réduire l’irrégularité. Cela conduit à produire plus pour demander moins d’interceptions, à diminuer les longueurs de LTV et à augmenter leur taux de ralentissement qui peut désormais passer de 40 à 60 km/h », conclut Didier Dubus.Michel BARBERON––––––––––––––––––––136 millions d’euros en 2015 pour régénérer les LGVRenouvellement de ballast, remplacement de rails, d’appareils de voie et de dilatation… Les lignes à grande vitesse font désormais l’objet de vastes opérations. Les marchés viennent d’être renouvelés. 136 millions d’euros vont leur être consacrés en 2015.Maintenir les lignes à grande vitesse à leur top-niveau, ce sont les objectifs des schémas directeurs de grands travaux. Un premier a déjà été mené sur les années 2009-2014. Les prochains marchés de régénération LGV viennent tout juste d’être validés par RFF. Comme au cours de l’exercice précédent, ETF groupée avec Colas Rail, est chargée du renouvellement de ballast pour la période 2016-2021 (quatre ans fermes + deux optionnels), au cours de laquelle 344 km de linéaire vont être concernés. La société Meccoli adjudicatrice, groupée avec TSO, hérite sur la période 2015-2021 (sept années fermes) du marché de remplacement de 65 appareils de dilatation sur la LGV Méditerranée et de 28 appareils de voie sur la LGV Atlantique. TSO adjudicatrice d’un marché pour les années 2015 à 2021 (six ans fermes + un optionnel) va, pour sa part, poursuivre ses missions de remplacements de rails avec son train BOA développé avec le suisse Scheuchzer. 64 km de voies dès 2015 et au total 423 km sont prévus sur les LGV Sud-Est, Atlantique, Nord et Méditerranée. Mais la charge LGV ne s’étalant que sur cinq mois de l’année, dans le cadre d’un deuxième lot confié au même attributaire, le train sera utilisé six autres mois pour effectuer des missions semblables en Ile-de-France, à un rythme annuel de 35 à 100 km de voies. « Cela prouve la volonté forte de régénérer les voies sur le réseau Ile-de-France. Il y a plus de trafic, les composants davantage sollicités s’usent plus vite. Il faut donc les remplacer plus vite. Mais l’objectif consiste maintenant à régénérer en fonction de ces sollicitations et pas forcément en fonction de règles empiriques », explique Philippe Achour qui fait partie de l’entité GIU IDF (Gestionnaire d’infrastructure unifié Ile-de-France). Là où la durée de vie d’une voie atteint en général 40 ans, en Ile-de-France il est envisagé de la remplacer à 25 ans et même, sur des zones très circulées, de substituer les rails au bout de 10 à 15 ans. A titre de comparaison, sur certains secteurs très spécifiques du RER A, en courbe et là où une usure maximale est constatée, à titre préventif la RATP remplace les rails au bout de cinq ans ! M. B.––––––––––––––––––––Prévision des investissements en 2015LGV : 136 millions d’eurosUIC 2 à 4 : 558 millions d’eurosUIC 5 à 6 : 474 millions d’eurosUIC 7 à 9 : 117 millions d’eurosAppareils de voie : 193 millions d’eurosTotal renouvellement voie : 1 478 millions d’euros––––––––––––––––––––Une suite rapide « Ile-de-France » attribuée en marsEn Ile-de-France, mener de grosses opérations de régénération des voies avec les suites rapides existantes s’avère délicat, voire quasiment impossible à cause de leur taille et des périodes d’interceptions nocturnes réduites. Un nouveau matériel plus compact, spécifique aux zones denses, est en gestation.Vieillissant, de plus en plus sollicité, caractérisé par sa densité avec ses nœuds d’une extrême complexité, ses obstacles répétés, quais de gares, appareils de voie… le réseau d’Ile-de-France mérite toutes les attentions et doit être régénéré. Si possible à bonne cadence. Pourtant cela ne peut être réalisé raisonnablement avec n’importe quels moyens. « Amener l’une des suites rapides actuelles en proche banlieue, nous l’avons fait dans les années 2009-2010 sur Paris-Lyon et en 2012 sur Paris- Saint-Lazare. Cela n’a pas été concluant du tout. Ce sont des moyens conçus pour traiter d’importants linéaires de pleine voie, mais trop imposants et disproportionnés pour ces zones denses. Il y a aussi trop de trains-travaux, ça cassait la grille de circulation », constate un spécialiste de l’Infra SNCF. Or, justement, là où les impératifs de régularité sont très forts, peut-être plus encore qu’ailleurs, les entreprises n’ont pas droit aux redditions tardives. Pas question, dans la mesure du possible, de perturber la circulation des premiers trains matinaux de banlieue avec de lourdes et longues répercussions sur les suivants.Une réflexion, visant à définir le type de matériel le mieux adapté pour répondre à ces situations, a abouti au lancement d’un appel d’offres avec des critères d’attribution notablement différents de ceux des classiques marchés de suite rapide. Il a ainsi été demandé aux entreprises, auxquelles a été laissée une certaine latitude, de trouver des méthodes de production adaptées aux contraintes de l’Ile-de-France, de limiter le nombre de trains-travaux principaux à trois et de les raccourcir : moins de 600 m là où habituellement ils atteignent 750 m. Et de prendre en compte aussi le fait que pour impacter au minimum la régularité en journée, la vitesse de ralentissement des trains commerciaux serait portée à 80 km/h au lieu de 60 km/h. « Ce sont de nouvelles exigences techniques de réalisation des travaux qui entraînent des sujétions supplémentaires. C’est comme une certaine marque de boisson. Cela a la couleur d’une suite rapide, cela a le goût d’une suite rapide, mais ça n’est pas vraiment une suite rapide », compare Corinne Bonati, acheteuse experte en charge des suites rapides et travaux sur LGV. Les offres des entreprises ont été ouvertes le 17 octobre dernier. « Il y a une véritable concurrence. Techniquement, elles répondent dans l’ensemble à nos attentes avec des moyens de production innovants ». L’attributaire devrait être connu officiellement en mars et le niveau de prix permettra de statuer sur la durée du marché qui sera comprise entre quatre et sept ans. Prévue pour être opérationnelle le 1er janvier 2017, avec un rythme d’avancement d’environ 500 m par nuit, limité par le temps d’interception inférieur à 6h, la future suite « zones denses » devrait renouveler environ 80 km de voies franciliennes chaque année. M. B.––––––––––––––––––––Une suite rapide « caténaire » à l’étudeSur le plan national, la régénération de la caténaire, élément très sollicité qui s’avère sans doute le plus fragile de la chaîne ferroviaire, est un sujet qui émerge peu à peu. A l’image de ce qui existe depuis longtemps pour remplacer les composants de la voie, une suite rapide spécifique destinée à assurer le remplacement de ces éléments de la traction électrique est ainsi à l’étude pour un démarrage des travaux en 2018. Dans un délai plus proche, un appel d’offres actuellement en préparation devrait bientôt être lancé pour un marché de régénération de la caténaire du RER C entre Paris-Austerlitz et Brétigny. Soit une plateforme à quatre voies s’étendant sur une trentaine de kilomètres, donc quelque 120 km de caténaire à substituer. Particularité, ce ne sera pas un appel d’offres classique travaux, mais un appel d’offres d’un nouveau type en conception-réalisation pour lequel les entreprises intéressées vont devoir « inventer » en quelque sorte les structures métalliques, en particulier les poteaux et les poutres. M. B.––––––––––––––––––––Arnaud Manoury, directeur d’Asset Management Ile-de-France« Nous avons établi une cartographie des zones prioritaires »Dans le cadre du programme « Infra haute performance » engagé il y a deux ans et demi, l’Asset Management Ile-de-France a été créé fin 2013. Cette création s’inscrit dans la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France qui a pour objet de répondre aux spécificités de la zone dense francilienne. Dès janvier 2015, cette direction reprend le pilotage des programmes de régénération sur la région pour améliorer les performances des installations franciliennes où, rien que pour Transilien, 3,2 millions de voyageurs se déplacent quotidiennement. Début 2017, une suite rapide adaptée aux zones denses, soit un linéaire cumulé de 1 250 km, traitera chaque nuit des tronçons de voie afin d’accélérer la régénération du réseau.Ville, Rail & Transports. Pourquoi créer cette entité spécifique chargée du réseau Ile-de-France ?Arnaud Manoury. Pour illustrer les spécificités, en Ile-de-France quand un train s’arrête en pleine ligne, il existe une bonne probabilité que les voyageurs descendent sur les voies au bout d’un quart d’heure. Cela s’est déjà produit et tout est très vite bloqué. « Un train qui s’arrête, c’est une grenade dégoupillée », selon l’expression de Transilien. En province, au bout de quatre heures, cette probabilité est faible. Rien que cette différence change le contexte. Les règles appliquées pour décider les programmes de régénération sont différentes en Ile-de-France et sur le reste du réseau, d’où le fait que l’Asset Management prenne en main son propre processus d’instruction et de décision des programmes.VR&T. La mise en place progressive du GIU, le gestionnaire d’infrastructure unifié, a-t-elle contribué à cette création ?A. M. L’arrivée en avril 2013 d’Yves Ramette à la tête du gestionnaire d’infrastructure unifié en Ile-de-France et la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France nous ont permis de structurer l’Asset Management. Cela a permis de lancer des actions fortes, claires et précises, notamment le programme de fiabilité IDF 2014-2020, dont les premières opérations ont débuté dès janvier de l’année 2014. C’est la première pierre d’un programme qui va aller croissant sur l’Ile-de-France avec une amplification des travaux.VR&T. Quels sont les grands objectifs de l’Asset Management ?A. M. Optimiser les infrastructures ferroviaires dans leur nature, dans leur utilisation, dans leur régénération tout en combinant un aspect économique et la prise en compte du client. La rénovation du réseau a pris du retard et il n’a pas la qualité attendue pour répondre aux exigences des autorités organisatrices et de nos clients. La première urgence consiste donc à le remettre à niveau.Exemple, ce récent gros incident caténaire sur le RER C cumulé à un problème de géométrie dans le tunnel. Avec ses 500 trains et 540 000 voyageurs/jour sur cette ligne, tout incident a des conséquences insupportables pour nos clients.VR&T. Quelles ont été les premières actions menées ?A. M. Nous avons traité des zones très impactantes comme le remplacement des rails à la sortie du tunnel du RER C, côté Paris-Austerlitz, où trois ruptures s’étaient produites sur cette zone en fin d’été 2013. Toujours sur cette ligne, des travaux supplémentaires ont été menés dans le cadre de l’opération annuelle Castor pour obtenir un saut de performances. En 2015, il n’y aura pas de Castor classique avec jet grouting (Ndlr : procédé de construction utilisant un jet de fluide à haute énergie cinétique pour déstructurer un terrain et le mélanger avec un coulis liquide visant à former in situ un « béton de sol »). A la place, 5 000 m de voie et ballast vont être renouvelés, ainsi que des d’appareils remplacés. D’autres actions spécifiques ont été menées sur Paris-Saint-Lazare, Paris- Nord et Paris-Sud-Est.VR&T. Outre le RER C, il existe beaucoup d’autres installations problématiques ?A. M. Si on veut répondre aux besoins de l’Ile-de-France, il faut pouvoir intervenir là où c’est le plus difficile. C’est l’un des principes mis dans le cadre de l’Asset Management. Le RER C en intra-muros n’est pas le plus complexe par l’existence des moyens de contournement, le métro, les bus. D’autres zones sensibles ne les ont pas et sont très difficiles à traiter en termes de plages-travaux avec d’importantes conséquences client. Pourtant c’est bien là où le réseau est le plus en difficulté que les travaux sont indispensables. D’où l’intérêt d’outils nouveaux comme la future suite rapide IDF.VR&T. L’arrivée de cette suite rapide va-t-elle représenter le fer de lance de votre politique de régénération ?A. M. Cette suite rapide sera conçue pour les zones denses, qui représentent 1 250 km ! La définition de l’appel d’offres a été prévue pour obtenir une réponse totalement adaptée aux contraintes évoquées. Des plages d’intervention assez courtes, des installations fréquentes, une signalisation avec des cantons de 500 m, beaucoup de joints isolants très dimensionnant pour ce type d’engin… De plus, les entreprises vont devoir créer un matériel totalement fiabilisé.VR&T. Parmi les multiples chantiers à entreprendre en Ile-de-France, comment les priorités sont-elles gérées ?A. M. Toutes techniques confondues, il y a des zones à traiter à peu près partout sur les cinq régions parisiennes. Des réflexions menées avec l’ingénierie de conception et de maintenance pour définir et identifier les zones les plus impactées, ont donné une cartographie de celles prioritaires. Dans un premier temps, les zones assez incidentogènes sont ciblées. Mais c’est un exercice d’équilibre sachant qu’il faut prendre en compte d’autres projets comme, par exemple, le prolongement d’Eole. On ne peut pas programmer n’importe comment face à un tel projet qui a déjà un impact capacitaire colossal.VR&T. Comme pour le réseau principal, de tels travaux doivent être programmés plusieurs années à l’avance…A. M. Au niveau des règles adaptées, pour obtenir une bonne prévisibilité vis-à-vis du client, nous travaillons à la mise en place de cycles de remplacements, notamment de renouvellements, qui permettrait d’avoir une prévisibilité forte en termes d’empreinte capacitaire et de tenir le rythme. Tout le passif doit déjà être assumé avant de rentrer dans ces cycles. L’Asset Management mène une politique de prévision pluriannuelle. Plus ce sera anticipé et fiabilisé, plus les travaux seront de qualité, fiables et sans surprise pour le client.VR&T. Quels moyens vous donnez-vous pour atteindre vos objectifs ?A. M. Nous devons nous donner toutes les conditions de réussite. En 2015, quelque 800 recrutements sont prévus dans les métiers de la maintenance et des travaux en Ile-de-France, un rythme que nous tenons depuis trois ans, à rapprocher à un périmètre de 7 000 personnes affectées aux établissements de production Ile-de-France. L’idée c’est avoir les capacités par rapport à la croissance des travaux. Cette trajectoire bien stabilisée, bien travaillée en amont permet de prévenir le client, permet l’adaptation au plan de transport, de dimensionner les études, d’avoir des achats optimisés, des produits innovants.VR&T. Quelle est votre vision à long terme ?A. M. Nous construisons des schémas directeurs de régénération à échéance d’au moins huit ans pour avoir la visibilité sur le réseau Ile-de-France. Les élus l’ont bien compris et nous accompagnent si besoin, et ils souhaitent un résultat tangible. Ils ont compris que ce résultat s’obtiendra dans la durée et que tout ne pourra pas changer du jour au lendemain, sachant qu’une augmentation de 30 % du trafic voyageur est prévue d’ici 2020.Propos recueillis par Michel BARBERONQuatre sociétés se partagent le marchéActuellement, quatre sociétés spécialisées en grands travaux de maintenance et de régénération de voie se partagent le marché des suites rapides. Colas Rail-TSO en groupement sur le lot 1. Transalp Renouvellement sur le lot 2, Meccoli sur le lot 3. Bilan de l’année écoulée et perspectives 2015.Colas Rail va mettre en œuvre des ballastières radiocommandées sur le RVB de la ligne Narbonne – MontpellierColas Rail, en groupement avec TSO depuis plusieurs années pour mener une suite rapide, ne regrette pas l’investissement lourd consacré aux modifications (automate, groupe de dépose des traverses béton fragilisées…) du train de coupe TSV21. « Cela a fiabilisé ses performances et nous permet d’aborder 2015 avec sérénité. »Trois chantiers composent le programme de l’année : Redon – Rennes, Bayonne – Hendaye et Narbonne – Montpellier. Ce dernier est de loin le plus important par son linéaire à traiter, proche des 90 km, par sa configuration difficile, liée aux travaux réalisés uniquement de nuit pendant sept mois, enfin, parce que la voie contiguë restera circulée. C’est sur ce RVB que vont être déployées les nouvelles ballastières radiocommandées pour le déchargement automatique du ballast. Un investissement dans cette nouvelle génération de wagons qui « va dans le sens de la sécurité et de la réduction de la pénibilité au travail ». En 2014, quatre chantiers étaient au programme. Angers – Nantes, Dole – Dijon, Rennes – Redon, Busigny – Somain. Ce dernier présentait la particularité d’être en partie exécuté en fermeture de ligne pendant un mois et demi en été. Une situation confortable qui a permis d’approcher un rendement moyen de renouvellement de voie de 1 400 m au quotidien. Cette cadence élevée, outre la sollicitation importante des machines et des hommes en production, engendrait une implication accrue dans la logistique et la gestion des approvisionnements des bases-travaux de Lourches et Pont-à-Vendin. Hormis cette période, tous les RVB ont été réalisés de nuit. Le plus difficile a été celui de Dole – Dijon. La voie contiguë restait circulée une partie de la nuit et les nombreux obstacles, tels que quais de gare et ouvrages d’art, compliquaient le dégarnissage.La pose des voies sur la plateforme de la LGV SEA sera le programme phare de TSOMême constat sur le chantier dijonnais pour TSO, le partenaire de Colas Rail sur le lot n° 1 de suite rapide. « A cause d’une anticipation et préparation trop superficielles compte tenu des contraintes sur cette ligne, qui avait fait l’objet de traitements en étanchéité de nombreux ouvrages d’art. Beaucoup de zones à traiter en gabarit réduit ont imposé des intervalles simultanés dont l’obtention a été difficile compte tenu du trafic fret la nuit ». Mais la totalité du linéaire programmé a été réalisée dans les délais et, en complément, quelques tronçons hors suite au passage de la ligne de production ont même été exécutés sur un peu plus de 2 km. TSO poursuit son ambitieuse politique d’investissement. Deux locomotives G 1206 par an depuis 2012 et jusqu’en 2016 pour renouveler et renforcer son parc actuel. En 2014, une bourreuse mixte voie et appareils de voie, 21 wagons trémies à ballast équipés télécommandés… Dans le cadre du projet Cross Rail à Londres, la société a acquis un train béton complet avec wagons spéciaux d’approvisionnement des agrégats et un camion rail-route de confection de soudures électriques. Elle envisage un dispositif innovant de renouvellement mécanisé d’appareils de voie. Mais surtout, hormis les suites rapides sur le réseau classique, le chantier phare en 2015 pour l’entreprise concerne le démarrage de la pose des voies sur la plate-forme de la LGV Sud-Europe-Atlantique dont les bases-travaux de Villognon et Nouâtre viennent d’être mises en service. Le groupement sur SEA est composé de TSO (mandataire) et de ETF pour l’ensemble des travaux de superstructures ferroviaires.Transalp Renouvellement conduira les travaux sur Belfort et Saint-Etienne – LyonLa campagne de régénération 2014 a permis à Transalp Renouvellement d’achever les mises au point de l’ensemble de ses matériels nouveaux, d’améliorer les process et de réaliser des chantiers plus complexes, comme la ceinture de Metz au cours de l’été. « Il a été le plus difficile avec des changements permanents de zones, des plateformes multiples, des changements de sens de travail, des zones sans la voie contiguë en simultanée ». Mais avec le sentiment « d’avoir fait un sans-faute à la reprise après chaque période de révision ». La société a réalisé tout le linéaire de renouvellement programmé et même un peu plus puisqu’une grande partie du chantier de Pau qu’elle n’avait pas pu achever en 2013 a été rattrapée. Les rendements atteints par son train P95 se sont élevés, selon les chantiers, en moyenne entre 220 m/h et près de 300 m/h. En 2014, elle a achevé la mise au point de sa rame de ramassage des rails, complété son parc de convoyeurs WAC constitués de bandes transporteuses du ballast usagé, acquis des pelles pour le conditionnement des traverses et divers autres outillages. Transalp Renouvellement, qui, comme ses homologues, a quelques craintes sur les risques potentiels d’intempéries à la rentrée et l’augmentation demandée des rendements journaliers, va traiter deux grands chantiers en 2015 : Belfort pendant cinq mois et Saint-Etienne – Lyon durant sept mois.Activité forte sur la LGV nord pour MeccoliComme l’année précédente, 2014 a été une réussite pour Meccoli. L’ensemble des chantiers de suite rapide a été réalisé dans les délais et « nous avons respecté les objectifs que nous nous étions fixés. En régularité, un respect total des engagements pris avec la SNCF en ce qui concerne les restitutions chantiers, mais aussi sur la fiabilité du matériel. En qualité sur l’ensemble des chantiers. En sécurité, il n’y a pas eu de problème majeur ». Sur ce dernier plan, l’entreprise a d’ailleurs été certifiée ISO OHSAS 18001 (sécurité) en 2014. Tous les chantiers auront eu leurs particularités. En début d’année, celui de Toulon – Le Luc (27 km) a été marqué par les très fortes perturbations météorologiques. La base de formation des trains travaux de Carnoules a notamment été inondée et de fortes précipitations ont eu lieu ensuite. Sur la région de Paris Saint-Lazare, les 17 km renouvelés entre Argenteuil et Mantes-la-Jolie ont eu, comme cela avait été le cas l’année précédente, une consonance « zones denses ». « Ces deux chantiers 2013 et 2014 ont permis à l’entreprise d’appréhender toutes les difficultés qui vont être rencontrées sur les futurs travaux en zones denses ». Entre Lyon et Ambérieu, le chantier de 77 km effectué pendant quatre mois de nuit, a précédé celui de 38 km entre Laon et Tergnier, « le premier chantier de jour depuis le début de l’année : cela a fait du bien aux hommes ! ». Depuis mi-novembre Meccoli a démarré la suite entre Laon et Reims, réalisée là aussi en journée pendant ce mois de janvier. Outre des remplacements d’appareils de voies en zones denses à Paris Nord et Paris Sud-Est, elle va aussi mener une activité semblable sur la LGV Nord.Dossier réalisé par Michel BARBERON
Spécial formation. Les formations qui ouvrent les portes
… la demande est forte pour certains profils (en particulier les conducteurs) et la pyramide des âges est vieillissante, ce qui doit profiter aux jeunes diplômés.
Lorsqu’on s’apprête à pénétrer l’univers des transports, la première chose à faire est de chercher une bonne carte. Un document qui permette de s’orienter dans un univers dont les extrêmes sont la logistique et l’ingénierie de pointe. Entre les deux, il existe une infinité de métiers avec des opportunités plus ou moins grandes, des besoins fluctuants selon les années.Si l’on se réfère aux derniers chiffres connus, après une année 2012 en recul, 2013 montre une embellie : les effectifs du transport routier sont légèrement repartis à la hausse. Avec 654 730 salariés, la progression s’élève à 0,2 %, selon l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les transports et la logistique (OPTL). Ce qui représente une création nette de 1 600 emplois. Cette reprise s’explique par la bonne santé du transport de voyageurs qui a connu la plus forte hausse d’effectifs : +2,9 %, suivi par le transport sanitaire (+2 %) et les prestataires logistiques (+1,5 %).En revanche, le tableau est plus sombre pour le transport routier de marchandises. Plus important employeur de la branche avec 332 602 salariés, il a perdu près d’un millier d’employés sur un an (–10 % d’embauches). Les jeunes sont les premiers touchés, avec un recul de 16 % du nombre de recrutements pour les moins de 30 ans. « La pyramide des âges du secteur est en érosion constante depuis de nombreuses années déjà », précise Michel Chalot, président de l’OPTL.L’OPTL ne prend toutefois en compte que le transport interurbain et le transport routier de marchandises. Il n’inclut ni le secteur ferroviaire, ni le transport urbain de voyageurs, qui sont également de gros pourvoyeurs d’emplois. Si la pyramide des âges est également vieillissante dans les transports urbains, ce serait plutôt une bonne nouvelle pour les nouveaux diplômés. « Chaque année, le transport urbain effectue près de 2 600 recrutements, dont environ 500 créations de postes. Les départs en retraite sont la première explication à ces volumes de recrutements”, détaille Benoît Juery, directeur des affaires sociales de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP).Principal besoin du secteur : la conduite. « Dans le transport urbain, 65 % des recrutements concernent les métiers de conduite et 34 % ceux de la maintenance et de la technique », ajoute Benoît Juery.Plusieurs voies d’entrée sont possibles, et certaines professions sont largement ouvertes à des jeunes sans qualification à partir du moment où ils font preuve de motivation. Reste une tendance perceptible ces dernières années : les employeurs se montrent de plus en plus exigeants, et pour maximiser ses chances de décrocher un emploi, mieux vaut présenter plus de diplômes que le minimum requis. Pour devenir conducteur d’autobus, par exemple, il existe plusieurs possibilités : être détenteur d’un permis B et la Fimo (Formation initiale minimum obligatoire) ou bien posséder un titre professionnel et un CAP.Côté universités, les diplômes sont de plus en plus professionnalisants. Et les liens avec les entreprises se renforcent.La formation continue est aussi un enjeu croissant. Des formations réalisées en interne permettent aux salariés d’être plus performants mais aussi de booster leurs carrières.Enfin, il faut prendre en compte l’évolution constante de la législation. Cette année encore, la création d’un « portefeuille formation » va changer la donne. « Dans les transports nous concernant, plusieurs indicateurs vont dans le sens d’une augmentation de la formation continue », explique Maxime Dumont, vice-président de l’OPTL. « Le recours aux intérimaires a chuté ces dernières années, le taux de CDI dans les entreprises de transport est très élevé et enfin la progression du nombre de personnes certifiées est en phase avec l’évolution des emplois. Conséquence : le recours au droit individuel à la formation (Dif) a augmenté de 34 % en un an. » La nouvelle mouture de ce droit, le fameux « portefeuille formation » sera valable à vie. De quoi pousser toujours plus de personnes à monter en gamme dans leurs qualifications. Parce qu’un diplôme précisément adapté à son projet reste la meilleure boussole pour s’orienter dans le monde complexe des métiers des transports.Julien SARTRE————————————————–Les chiffres clés du secteur en 2013
• 100 000 salariés dans le transport public urbain (50 000 en région parisienne, 50 000 en province).• 655 000 salariés dans le transport routier et la logistique. Ces chiffres recouvrent des métiers aussi divers que les chauffeurs de poids lourds, les ambulanciers et les convoyeurs de fonds par exemple.• 2 600 recrutements effectués dans les transports publics urbains (France entière).• 65 % de ces recrutements concernant des métiers liés à la conduite.• 34 % de ces recrutements concernent la maintenance et la technique• 47 % de conducteurs de bus effectuant des trajets scolaires.• 16 % : évolution négative des embauches de personnes âgées de moins de 30 ans recrutées dans les transports pour compte d’autrui.————————————————–————————————————–En pratique
• Conditions d’admission : Bac+2, sur dossier et entretien de motivation• 3 voies d’obtention de la licence : formation initiale, continue ou alternance (en contrat de professionnalisation)• 5 unités d’enseignement (462 heures sur deux semestres) : environnement et communication, gestion, production, management et projet tutoré, stage de 14 semaines + mémoire et soutenance• Frais de scolarité : droit d’inscription à l’université 400 euros.• Métiers visés : responsable planning, technico-commercial, chargé de méthode exploitation, chef d’équipe transport, chargé de production• Salaires des récents embauchés : entre 1 700 et 2 100 euros nets par mois.IUT de Tourcoing, université de Lille 3 : www.iut.univ-lille3.frLille 3 La licence transports urbains forme des pros de l’exploitation
Depuis dix ans, la licence professionnelle « Transports de voyageurs urbains et interurbains » de l’IUT de Tourcoing (Lille 3) forme chaque année une vingtaine de spécialistes des techniques d’exploitation. Une formation très professionnalisante – d’ailleurs accessible également en alternance – qui avait été initialement concoctée conjointement avec Keolis pour répondre au vide de formations spécifiques au secteur. Aujourd’hui, le partenariat avec Keolis Lille se manifeste essentiellement par des stagiaires réguliers. « Les étudiants vont là où sont les opportunités, mais globalement, à peu près la moitié des étudiants font leur stage dans une filiale Keolis, estime Serge Lavigne, responsable du département Gestion, Logistique et Transports, dont dépend la licence professionnelle. Nous avons aussi des enseignements dispensés par des salariés de Transpole ».Pas forcément séduisant, le secteur des transports est aussi assez méconnu des jeunes. Si bien que les candidats n’ont pas toujours afflué. « Il y a une bonne part de passionnés des transports depuis souvent tout petits, et l’autre gros des effectifs vient des Bac+2 transport ou logistique, qui veulent donner une orientation “voyageur“ à leur cursus », poursuit-il. La filière reste cependant ouverte à tous les profils d’étudiants – Bac+2 de tous horizons – pour peu qu’ils soient capables de présenter un projet de carrière cohérent. Ainsi, bon an mal an, une petite centaine de candidats frappe à la porte de l’IUT, une cinquantaine de dossiers sera retenue puis une vingtaine à l’issue de l’entretien individuel de motivation. La promotion actuelle compte 20 personnes, dont 5 en contrat de professionnalisation. Le taux d’échec au diplôme est d’environ 15 %.En plus des connaissances techniques – planification de l’exploitation, gestion d’un service public de voyageurs, gestion des risques, normes environnementales etc. – des enseignements sur d’autres aspects comme le marketing, la comptabilité et le management sont au programme. La France compte peu de formations équivalentes, à part les licences pro de l’université de Cergy-Pontoise et de Lyon 2, pourtant le secteur connaît peu la crise. Témoin, la dernière enquête annuelle réalisé par l’université de Lille 3, qui montre un taux d’emploi conséquent : sur les 17 diplômés de 2014, trois poursuivent leurs études en master, deux n’ont pas répondu, les douze autres sont embauchés en CDD ou CDI. La scolarité débute mi-septembre pour s’achever après 462 heures par la soutenance d’un mémoire début juillet. Les candidatures pour la rentrée prochaine sont reçues dès à présent, et c’est peut-être une année importante. « La loi Macron qui ouvre à la concurrence le transport par autocars va encore créer de nombreuses opportunités », juge en effet Serge Lavigne.Cécile NANGERONI
————————————————–Toulouse 1 Le M2 droit des transports s’oriente vers l’aéronautique et la gouvernance
Le master 2 droit de l’entreprise, spécialité droit des transports, de l’université Toulouse 1 a été créé en 2000 par Christophe Paulin, professeur agrégé de droit privé. Il s’est rapidement imposé comme une référence en matière de droit privé des transports (de voyageurs et de marchandises), formant des juristes spécialisés, capables de s’intégrer dans des entreprises de transports ou des cabinets d’avocats.Le master forme une vingtaine de juristes par an, sélectionnés parmi une centaine de candidats étudiants en droit en fonction de leur motivation et de la cohérence de leurs parcours (options droit des transports appréciées mais pas obligatoires).Ce master est en train de subir une profonde évolution, sous l’impulsion de son codirecteur Stéphane Mouton, professeur agrégé de droit public. « D’ici la nouvelle validation pour 5 ans par le ministère de l’Enseignement supérieur en 2017, notre master va évoluer vers une spécialité “droit des transports et de l’aéronautique’’, pour être plus cohérent avec l’activité de la région », explique Stéphane Mouton. Le master s’orientera également davantage vers le droit public. « L’offre pédagogique sera renforcée concernant l’action de l’Etat et des acteurs publics qui mènent des projets d’infrastructure, en lien avec des questions d’environnement, d’aménagement du territoire…, précise-t-il. Par rapport à d’autres masters plus spécialisés dans le maritime ou le ferroviaire, nous voulons être davantage identifiés par ces spécialités de droit aéronautique et d’action de l’Etat. »Le premier semestre de ce master d’un an est consacré aux cours généraux sur les problématiques fondamentales du transport, tandis que le deuxième semestre propose aux étudiants des séminaires avec des professionnels issus de nombreuses entreprises (SNCF, Air France, Extand…) organismes professionnels (UTP, UIC…) ou administrations (DGAC, DRE…). Aux côtés des thématiques de transports classiques (ferroviaire, maritime, voyageur, fret…) s’ajouteront progressivement des séminaires sur la gouvernance publique des transports et le droit de l’aéronautique et du spatial. A partir du mois de mars, les étudiants partent en stage pour trois mois, en France ou parfois à l’étranger.Le taux d’insertion des étudiants est excellent, tous trouvant un emploi dans les transports dans l’année suivant la sortie. Ils intègrent pour moitié dans des entreprises de transports, pour un quart dans des cabinets d’avocats et pour un quart chez des gestionnaires d’infrastructures (aéroports, RFF, ports…).Bien qu’ouvert à la formation continue (pour les professionnels avec 3 à 5 ans d’expérience) et à l’alternance, ce master est aujourd’hui suivi majoritairement par des étudiants en formation initiale. « Je voudrais attirer plus de professionnels et je suis en train d’adapter les enseignements de façon à ce qu’ils puissent bénéficier de notre formation », signale le codirecteur.Le coût du master ne dépasse pas celui des frais universitaires (261 euros). « Nous mettons un point d’honneur à être dans une logique de service public et d’excellence, souligne Stéphane Mouton. Mais nous devons nous battre pour obtenir de la taxe professionnelle de la part des entreprises. »Catherine SANSON-STERNAftral et Promotrans dominent le marché
Ce sont les deux grands organismes de formation du secteur, chacun avec ses spécificités. Ils interviennent surtout sur la formation continue.• Le leader de la formation dans le secteur, Aftral, mise sur le développement du e.learning
Depuis le 1er janvier, les activités de formation l’AFT-Iftim ont pris le nom d’Aftral, contraction d’Apprendre et se former en transport et logistique.C’est l’aboutissement de la séparation des activités de formation continue de l’AFT-Iftim et de l’AFT, décidée par les pouvoirs publics à travers l’application de la réforme sur la formation professionnelle initiée il y a une dizaine d’années.L’AFT (Association pour le développement de la formation professionnelle dans les transports), créée en 1957, et l’IFTIM (Institut de formation aux techniques d’implantation et de manutention), créé en 1963 par les sociétés qui exerçaient des activités de manutention et d'entreposage, se sont rapprochées en 1989 pour créer le groupe AFT-IFTIM, organisme de formation professionnelle en transport et en logistique.Son héritier, l’Afral, regroupe donc depuis le début de l’année, sous sa bannière, les CFA Transport Logistique (soit 44 centres de formation des apprentis), les 16 Instituts supérieurs du transport et de la logistique internationale (ISTELI), les 4 Ecoles nationales supérieures du transport de voyageurs (ENSTV), les 2 Ecoles pratiques du tourisme (EPT), l’Institut international de management pour la logistique (IML), et les 100 centres de formation continue.Une partie des collaborateurs de l’AFT a rejoint Aftral, portant à plus de 2 000 le nombre de salariés, dont 1 000 formateurs qui ont tous une expérience en Transport Logistique. Chaque année, Aftral forme 180 000 personnes en formation continue par an.Pour cette année 2015 et les suivantes, Afral s’est fixé comme objectif de développer les formations sans salle de classe, autrement dit via Internet. L’e-learning permet de s’adapter aux contraintes des bénéficiaires dont les besoins s’individualisent, à travers le compte individuel de formation. Y. G.• Promotrans conjugue proximité et réactivité
Avec ses 30 centres de formation initiale, ses 25 centres de formation continue, ses 10 CFA, et ses 5 Etablissements d’enseignement supérieur, le groupe Promotrans fait figure de challenger face à Aftral. Ce dernier est pratiquement deux fois plus important que Promotrans, en nombre de CFA gérés (44), ou de salariés (2 000 contre 600). Mais Promotrans met en avant cette taille un peu plus modeste qui lui permet d’être plus réactif, lui conférant de la souplesse pour s’adapter aux changements de planning d’un client dont le stagiaire ne sera plus disponible pour la formation prévue. La taille de Promotrans, d’envergure nationale même si les centres sont plus nombreux dans l’ouest et le nord-ouest, lui permet de répondre aux clients « grands comptes » et de proposer des formations de qualité.Sur le territoire, d'autres organismes de formation très locaux, comme de petites auto-écoles préparent aussi le permis moto, VL ou PL. « On peut s’interroger sur leur capacité à assurer des formations très spécialisées et contraignantes d’un point de vue législatif », note un responsable de Promotrans.Chaque année, cet organisme dispense environ 3 000 heures de formations, d’un à deux jours et jusqu’à 300 heures dans le cadre de l’alternance, s’étalant alors sur plusieurs années. Il forme près de 45 000 stagiaires en formation continue et 3 000 « apprenants », des élèves suivant des CAP jusqu’à des cursus de Bac+5.Un tiers des clients de Promotrans opèrent dans le secteur du transport et de la logistique, le reste étant issu d’autres secteurs comme l’agroalimentaire, le BTP ou les collectivités locales, qui ont un besoin en matière de transport et logistique. Y. G.Un plan pour développer la mixité dans les entreprises de transport
Le gouvernement souhaite féminiser les métiers. Les transports sont en première ligne.L’objectif formulé l’été dernier par le gouvernement est ambitieux : il souhaite quasiment le doublement des entreprises dites mixtes (c’est-à-dire celles dont la part d’effectifs féminins atteint au moins 40 %). Les entreprises mixtes sont aujourd’hui 17 %, elles devraient passer à 30 % d’ici à 2024.Premier secteur concerné : les transports. Le 16 juillet, celle qui était encore ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Najat Vallaud-Belkacem, a signé avec son homologue alors aux Transports, Frédéric Cuvillier, le premier plan sectoriel mixité.Parmi les autres signataires, l’OPCA-Transports, et Pôle emploi, se sont engagés à augmenter le taux de mixité dans les transports. Le plan a été signé pour une durée de 3 ans.Le domaine des transports, toutes branches confondues, représente 620 000 emplois. Les femmes y constituent 22 % des emplois. Cependant selon Patrice Huart, le président de l’OPCA-Transports, il y a de fortes disparités dans les différentes branches. 23 % des effectifs de conduite du transport routier de personnes sont des femmes. Et 3 % des emplois de conduite de véhicules de transport routier de marchandises sont exercés par des femmes.Les fédérations signataires se sont engagées à sensibiliser leurs adhérents. Pôle emploi développera des actions auprès des demandeurs d’emploi. L’OPCA-Transports aura un rôle d’accompagnement. Les actions ne se limiteront pas à de la sensibilisation lors du recrutement. Les métiers du transport seront promus à tous les niveaux, scolaires et professionnels.L’OPCA-Transports joue un rôle primordial selon le secrétariat d’Etat aux Transports : l’association regroupant différentes branches du domaine du transport a joué un rôle d’animation et d’émulation pour améliorer la mixité. Par exemple il a organisé des formations « clés en main », les T-professionn’elles. Ces formations à destination des femmes concernaient la réglementation sociale, la gestion financière et commerciale.Selon Najat Vallaud-Belkacem, la mixité dans les entreprises est aussi un enjeu de compétitivité. Actuellement, les déséquilibres homme femme feraient perdre 0,25 point de croissance par an à la France. En mettant fin à la « ségrégation spontanée », la compétitivité des entreprises devrait s’améliorer. Ce plan sectoriel n’est que le premier d’une série qui concernera d’autres secteurs comme l’informatique ou les services à la personne.Chloé NIEUJAERExpériences. Entretien avec Thomas Derrien. « Bien souvent, les conducteurs ne travaillent qu’à mi-temps »
Thomas Derrien forme à l'Aftral des personnes de tous âges et de toutes conditions au titre professionnel de « transport marchandises et voyageurs ». Ses modules sont courts mais débouchent souvent sur des temps partiels.Ville, Rail & Transports. Combien de temps faut-il pour obtenir le titre professionnel de « transport marchandises et voyageurs ? »Thomas Derrien. Il faut 400 heures soit à peu près trois mois avec le stage en entreprise. Il y a des cours théoriques sur la réglementation, la sécurité routière et bien sûr des cours pratiques de conduite. 20 heures de conduite et 12 heures de plateau, où l’on apprend à connaître son véhicule.VR&T. Quelle sera la différence, face à l’employeur, entre un titulaire et une personne qui n’aura choisi de ne passer que le permis et la Formation initiale minimum obligatoire (Fimo) ?T. D. Avec un permis sec, on ne peut rien faire. Il faut forcément la Fimo pour travailler dans une entreprise. C’est un cursus plus court et moins cher – il n’y a que 140 heures au programme. Mais il peut y avoir des manques, des lacunes. Surtout, le titre professionnel est un diplôme d’Etat qui rassemble plus de connaissances du métier, plus de compétences. Les employeurs apprécient.VR&T. Quels sont les profils que vous formez ?T. D. Mes stagiaires sont âgés de 21 ans à 60 ans. Il y a tous les profils, du reclassement professionnel au demandeur d’emploi en passant par le contrat de professionnalisation. Cela dit, ma formation compte peu de jeunes diplômés d’autres disciplines. Parce que les premiers contrats sont très souvent des temps partiels, des mi-temps voire des quart-temps. Il faut attendre un ou deux ans avant d’avoir un plein-temps. Propos recueillis par J. S.Reconversion. « Le tourisme comme alternative »Après une carrière dans la prothèse dentaire, Ghislaine Déan, 44 ans, tente sa chance dans l’univers des transports. Sa première motivation : l’offre d’emploi abondante.« Je le vois bien autour de moi : il va falloir commencer par autre chose que du transport scolaire si je veux éviter le temps partiel. » Le réalisme et la lucidité sont deux points forts de la personnalité de Ghislaine Déan. Cette mère de famille de 44 ans doit se reconvertir après 20 ans de carrière dans la prothèse dentaire, après un licenciement économique. Ce qui l’a poussée à aller vers Aftral et le monde des transports ? « Je cherchais un secteur où l’offre est égale à la demande et les transports se sont imposés d’eux-mêmes. En plus, j’adore conduire et je n’ai pas eu de mal à trouver un stage en entreprise ».Si Ghislaine s’est orientée vers un titre professionnel, c’est afin d’avoir plus de chances d’intégrer facilement une entreprise de transport touristique. « Mon ambition est de partir deux ou trois jours avec des groupes. Ce ne sera peut-être pas du grand tourisme mais un temps complet tout de même. Mon objectif est vraiment d’éviter un temps partiel. »En dehors de cette crainte, la quadragénaire est épanouie dans le nouveau métier qu’elle apprend. Il est vrai que « les cours sur la gestion des conflits – dans l’entreprise ou avec les clients – ne sont pas très plaisants, mais ce n’est qu’une étape. J’ai envie d’être autonome, et c’est la principale promesse de ce métier », sourit-elle. J. S.————————————————–Les qualités qui font la différence dans le transport public urbain
• Conducteur de transport urbain : pour être conducteur de transport public urbain (près de 80 % des emplois du secteur) quelques qualités sont indispensables : une conduite parfaitement maîtrisée, attentive au confort des clients, des connaissances techniques, une attitude commerciale et le sens des responsabilités et du contact. Concrètement, la détention d’un CAP ou du titre professionnel d’« Agent commercial de conduite » n’assure pas une embauche mais constitue un solide argument.• Contrôleur ou vérificateur : pour assurer des fonctions de contrôleur, il faudra faire preuve d’une réelle maîtrise de soi, d’un excellent sens relationnel, de bonnes capacités de jugement et d’adaptation. Pour accéder à cet emploi, la voie la plus simple est celle de la qualification d’agent d’accueil dans les transports (titre professionnel). Le concours de la RATP est toutefois accessible sans condition de diplôme à part le Bac. L’âge minimum requis est de 20 ans.• Responsable d’exploitation : il doit être capable de diriger et d’animer l’équipe du service exploitation tels que les conducteurs, contrôleurs, agents de méthodes, techniciens… pour améliorer le service à la clientèle et la productivité de l’entreprise. Ce poste commercial est dédié aux personnes diplômées de l’enseignement supérieur, spécialisées dans le transport et le management. Il est possible de se former dans le cadre d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. J. S.————————————————–Les « bons plans » du transport de voyageurs
• Conducteur de bus du réseau scolaire : les habilitations du réseau scolaire sont les mêmes que pour le transport routier de voyageurs d’une façon générale. Une majorité de conducteurs du transport public interurbain utilise le transport scolaire comme complément de revenus. Le titre professionnel qui y correspond est « Conducteur routier du transport public interurbain ». Selon l’OPTL, 71 % des entreprises du secteur ont un projet d’embauche en 2015.• Monter sa propre entreprise de transport routier de voyageurs : les créations d’entreprises sans salariés (c’est-à-dire unipersonnelles) ont augmenté de 31 % en 2013, après 21 % en 2012. Se lancer dans le transport routier de voyageurs nécessite au moins d’avoir le permis D et la Formation initiale minimum obligatoire (Fimo). Un CAP et un titre professionnel sont également accessibles via le ministère de l’Education nationale et le ministère de l’Emploi. L’âge minimal pour ce métier est de 21 ans. J. S.————————————————–Spécial formation. Le nouvel annuaire
Des formations reconnues
CAP, BTS, IUT, licences pro, écoles de commerce, d’ingénieurs… la panoplie des diplômes est large pour tenter de faire carrière dans les transports. En voici quelques exemples.Deux grands organismes de formation initiale et continue• Aftral82 rue Cardinet – 75017 ParisTél. : 01 42 14 52 49 – www.aftral.com• Promotrans12 rue Cabanis – 75014 ParisTél. : 01 53 34 33 33 – www.promotrans.frFormations universitaires• Université de Cergy-PontoiseIUT Gestion Logistique Transport95/97 rue Valère Colas – 95000 ArgenteuilTél. : 01 39 98 34 72 – www.u-cergy.fr– Durée de la formation (Diplôme universitaire technologique ou Licence professionnelle) : un an.– Formations ouvertes aux Bac+2 sur dossier et entretien• Université de Cergy-PontoiseUFR Lettres et Sciences humaines Transport Logistique Territoire Environnement33 boulevard du Port – 95011 Cergy Pontoise CedexTél. : 01 34 25 60 00 – www.u-cergy.fr– Durée de la formation (Master Transports, Economie et Environnement) : deux ans.– Formation ouverte à Bac +3, recrutement sur dossier• Université Lumière Lyon 2 et ENTPELET – Master 2 Transports urbains et régionaux de Personnes.14 avenue Berthelot – 69363 Lyon Cedex 07Tél. : 04 78 58 65 51 – www.let.fr/Master-TURP– Durée de la formation (Master) : un an– Formation ouverte à Bac+4 ou par Validation des acquis et de l’expérience (VAE)• Université Toulouse 1Sciences Sociales Master 2 Droit des Transports2 rue du Doyen-Gabriel-Marty – 31042 Toulouse Cedex 9Tél. : 05 61 50 38 50 – www.univ-tlse1.fr– Durée de la formation (Master) : 1 ou 2 ans – Les enseignements ont lieu d’octobre à mars.– Formation ouverte à Bac+3 ou par Validation des acquis et de l’expérience (VAE)• Université de Marne-la-ValléeUFR Sciences Humaines et Sociales – Master Aménagement Urbanisme TransportCité Descartes – 77420 Champs-sur-MarneTél. : 01 60 95 74 74 – www.univ-mlv.fr– Durée de la formation (Master) : deux ans– Formation ouverte à Bac+3 ou par Validation des acquis et de l’expérience (VAE)• IUT de Tourcoing, université de Lille 3Licence professionnelle « Transports de voyageurs urbains et interurbains »55 rue Sainte-barbe – BP 460 – 59208 Tourcoing CedexTél. IUT : 03 20 76 25 00 – Tél. Keolis : 01 71 18 01 21– Durée de la formation (Master) : un an– Formation ouverte à Bac+2 ou par Validation des acquis et de l’expérience (VAE)Formations d’entreprises
• Keolis cherche à favoriser les passerelles entre filiales, régions et métiers. L’opérateur veut diffuser sa culture de service via les Instituts Keolis.Citons entre autres l’Institut Keolis Management – www.keolis.com9 rue Caumartin – 75320 Paris Cedex 9 – Tél. : 01 71 18 01 09– Durée de la formation : un an– Formation ouverte à Bac+3 ou Bac+5– Frais de scolarité pris en charge par KeolisKeolis a également mis en place « la pépinière », un programme destiné aux diplômés d’écoles d’ingénieurs, de commerce ou issus de Master 2. La pépinière forme les futurs managers et experts des filières exploitation, maintenance et modes lourds.• Transdev a créé un GIE Transdev Formation, une société spécialisée dans la formation continue d’adultes.32 boulevard Gallieni – 92130 Issy-les-Moulineaux – www.transdev.comTransdev a aussi mis en place sa « pépinière » offrant la possibilité « d’acquérir une compétence opérationnelle sur un réseau de transport ». Cette expérience d’un an permet ensuite d’évoluer dans le groupe.• La RATP, très important recruteur en Ile-de-France, a mis en place il y a un an un « campus d’entreprise » à Noisiel en Seine-et-Marne. Il a vocation à accueillir des candidats désireux de rejoindre le secteur du transport public.3 avenue Pierre Mendès-France – 77186 Noisiel – www.ratp.frD’autres cursus spécialisés
Même si les conducteurs représentent le gros des embauches chaque année, ce ne sont pas les seuls profils recherchés dans le secteur des transports. « Nous manquons cruellement de personnes qualifiées dans le domaine de la maintenance et de l’exploitation », confirme Vincent Baldy, directeur adjoint en charge du transport à Aftral.Evolutions technologiques obligent, les employeurs sont de plus en plus exigeants. Par exemple, pour être compétent sur le sujet sensible de l’info-voyageurs, un BTS est bien vu, sinon indispensable.Les cadres, les responsables de la conception de l’offre sont aussi recherchés. Pour pénétrer ces champs, il faudra alors se diriger vers un Master spécialisé ou une grande école. On peut citer l’Ecole nationale des ponts et chaussées, qui propose un Master ferroviaire réputé dans la profession. « A partir de Bac+5, il y beaucoup de recrutements mais sur des champs différents : on sera davantage sur la conception de l’offre, des réponses aux appels d’offres, de la recherche de solutions de mobilités », conclut Vincent Baldy. Des postes moins nombreux mais très bien rémunérés et tout aussi cruciaux que les autres pour l’univers des transports.Citons aussi l’ESAM, Polytechnique, ParisTech, l’Estaca, l’ESTP, l’Ecole centrale de Paris, mais aussi de Lille, Lyon ou Montpellier.Un nouveau cursus est également en train d’être lancé par Telecom ParisTech : « Architecture du système de transports intelligents ». Cette formation continue qui durera un an s’adresse aux professionnels expérimentés qui s’intéressent au concept du transport intelligent (mobilité 2.0, billettique, localisation, smart city, véhicules autonomes…) Un domaine que le gouvernement souhaite booster.Pour les profils commerciaux ou marketing, les écoles de commerce de Montpellier, Saint-Etienne, Tours, Paris, l’Essec et toutes les grandes écoles classiques sont bien sûr appréciées.La multiplicité des formations proposées donne une idée des opportunités – nombreuses dans le secteur –, auxquelles les étudiants ne pensent pas forcément.
Lutte contre la fraude. Le nouvel enjeu des transports publics
Lutte contre la fraude. Le nouvel enjeu des transports publics
Est-ce un mal français ? On estime à environ 10 % le taux de fraude en moyenne dans notre pays. Mais ce chiffre, déjà élevé, cache de vraies disparités puisqu’il peut aller de 5 % dans un petit réseau de province ou sur certains bus où on valide devant le conducteur, à 20 %, voire bien plus, dans certains tramways où on rentre et on sort comme dans un moulin.Tout cela a un coût très conséquent : 500 millions d’euros de manque à gagner pour les réseaux de transport public urbain, dont 100 millions d’euros pour la RATP et 300 millions d’euros pour la SNCF. Des sommes qui permettraient, se plaisent à répéter les acteurs du secteur, d’acheter une cinquantaine rames de métro, ou encore 150 rames de tramways…Dans la période actuelle de disette budgétaire, la lutte contre la fraude apparaît donc comme un enjeu stratégique pour bon nombre d’entreprises, comme Keolis par exemple qui en a fait une de ses priorités. Elles sont désormais entendues par les élus qui commencent à prendre conscience de l’importance du phénomène et de ses répercussions. « Les collectivités nous suivent dans cette voie. Il y a une période où elles étaient moins focalisées sur cette question. Désormais, elles mesurent mieux la perte de recettes liée à la fraude », résumait Frédéric Baverez dans une interview accordée à VR&T en août dernier. Preuve de ce nouvel engagement, Louis Nègre, le sénateur, maire UMP de Cagnes-sur-Mer, qui est devenu le nouveau président du Gart en septembre dernier, a décidé de faire de la question de la fraude une des priorités de son mandat.La SNCF est aussi en train de peaufiner son plan anti-fraude. Parmi les pistes envisagées par Alain Le Vern, le patron des TER et des Intercités, qui porte aussi depuis quelques mois la casquette de Monsieur anti-fraude SNCF au niveau national, l’entreprise pourrait généraliser l’« accueil-embarquement » à chaque fois que cela sera possible. Un dispositif qui permet de ne pas laisser monter à bord les voyageurs qui n’auraient pas de billet. « Le libre accès aux trains atteint
ses limites », reconnaît d’ailleurs un contrôleur qui se dit favorable à son déploiement.« La SNCF cherche aussi à renforcer les contrôles inopinés et à recourir davantage à la billettique dématérialisée », rappelle de son côté Roger Dillenseger, secrétaire général adjoint de l’UNSA-Cheminots. D’où la mise en place, dans les TER, de l’EAS (équipement agent seul), qui permet de faire circuler le train avec pour seul agent le conducteur et de mieux cibler les opérations de contrôle sur certains trains. Mais qui est regardé avec suspicion par certaines organisations syndicales qui demandent « un retour d’expérience » tandis que d’autres le refusent purement et simplement en arguant de la nécessité de maintenir une présence humaine à bord.La SNCF a également décidé de raccourcir la durée de validité des billets de deux mois à 7 jours. Enfin, elle milite pour une augmentation du montant de l’amende et pour que le dispositif de recouvrement des amendes soit amélioré (aujourd’hui un PV sur 10 serait effectivement acquitté). L’entreprise nationale travaille sur la question avec plusieurs ministères, notamment pour faciliter l’identification des resquilleurs. Le 16 décembre, lors d’un comité national de la sécurité dans les transports, il a été décidé d’assouplir les règles permettant aux agents de sécurité d’opérer en civil. Il a aussi été décidé d’abaisser le nombre d’infractions successives à 5 pour caractériser le délit de fraude d’habitude. La réflexion ne s’arrête pas là. Tous les réseaux continuent à se poser les mêmes questions : Faut-il fermer les stations ? Mais alors comment ne pas entraver aux heures de pointe les flux de voyageurs qui se pressent aux tourniquets ? Ou alors doit-on multiplier les valideurs pour éviter l’argument de la machine cassée ? .La solution ne pourrait-elle pas venir de chez nos voisins ? « Il faut être prudent car derrière tout cela, il y a une vraie approche culturelle. Les mentalités ne sont pas les mêmes partout », estime Jean-Philippe Lally, le directeur général de la CTS. L’Union internationale des transports publics fait toutefois une remarque de bon sens. Elle pointe dans ses études que « le nombre de resquilleurs est inversement proportionnel au nombre de contrôleurs. Ce rapport change toutefois lorsqu’il est mis en relation avec une forte augmentation du nombre de contrôleurs et donc dans le cas d’investissements plus élevés ». L’UITP démontre aussi l’importance de la sanction dans la lutte contre la fraude. En clair, les réseaux qui investissent vraiment, notamment en moyens humains, en recueillent les résultats. La tendance à l’automaticité des guichets et à la diminution des personnels dans les gares et dans les trains va-t-elle dans ce sens ?Marie Hélène POINGT––––––––––––––––––––Comment compte-t-on les fraudeurs ?
En matière de taux de fraude, il y a plusieurs façons de compter : apparent, dénombré, enquêté… De quoi y perdre son latin ! Le taux de fraude apparent, parfois choisi pour communiquer, n’est autre que le rapport entre le nombre de PV dressés et le nombre de voyageurs contrôlés. Autant dire, trop dépendant de la manière dont sont menées les opérations de contrôles, et notamment de l’indulgence des agents.A la RATP, on a pris le parti de poster des agents derrière les tripodes du métro et d’effectuer des comptages exhaustifs de ceux qu’on voit frauder en tous lieux et à différents horaires. « L’intervalle de confiance est de 0,2 et nous allons encore l’améliorer en examinant le cas des fraudeurs qui empruntent les portillons de service ou les passages élargis pour les fauteuils roulants pour pénétrer sur les quais du métro », assure Franck Avice, directeur Services, relations clients et espaces.Mais la plupart des réseaux ont choisi de se fonder sur des estimations calculées à partir d’enquêtes. En clair, on interroge un panel de voyageurs – avez-vous déjà fraudé ? De quelle manière etc. ? – et l’on en déduit un taux plus proche de la réalité, et appelé « réel ». Inconvénient : l’enquête étant coûteuse, elle ne peut pas être mise à jour annuellement. Sur le réseau de Strasbourg par exemple, les contrôleurs font, tous les deux ans, des enquêtes sur le terrain, sans verbaliser, en interrogeant un échantillon de 17 000 personnes. Comme le sujet mérite d’être suivi d’encore plus près, la CTS envisage de passer à un rythme annuel. Mais dans ce cas, la taille de l’échantillon serait réduite pour des considérations budgétaires. Reste une question : comment être sûr qu’un fraudeur, s’il fait partie du panel, ne sera pas également un menteur ? C. N.––––––––––––––––––––Lutte contre la fraude. Les moyens déployés par les exploitants
Credo dans l’urbain : Il faut transformer le fraudeur en client !Les groupes de transport développent tout un arsenal de mesures : validation systématique, présence renforcée d’équipes de contrôle, mais aussi politique commerciale ad hoc.«L’expression de l’ex-président de la BCE, Jean-Claude Trichet, à propos de l’inflation est valable aussi pour la fraude : c’est comme le dentifrice, il est extrêmement difficile de faire rentrer dans le tube la pâte qui en est sortie » ! Cette image, rapportée par Frédéric Baverez, directeur général France de Keolis illustre bien la difficulté pour les réseaux à maintenir la fraude à un taux acceptable. Il ne faut jamais relâcher la pression, sous peine de la voir exploser. Les estimations à la louche de la profession chiffrent à 500 millions d’euros le manque à gagner annuel, dont 300 M€ pour la SNCF (TER et TET) et 100 M€ pour la RATP, selon le bilan annuel de l’UTP.Un calcul qui pourrait bien être très en deçà de la réalité sachant que « gagner ne serait-ce qu’un point de fraude permet d’engranger plusieurs centaines de milliers d’euros de recette annuelle, la somme augmentant avec la taille du réseau », prévient Franck Geisler, président de Scat, société spécialisée dans la lutte contre la fraude, qui depuis 1998, intervient chaque année auprès d’une centaine de réseaux français, filiales des 4 grands groupes. Ce patron avoue une croissance régulière de son activité depuis 17 ans. « Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais la crise fait qu’on ne passe plus par-dessus. Les dotations des collectivités sont en baisse et les DSP sont titrés vers le bas. » A Strasbourg, par exemple, un point de fraude représente 500 000 euros. Si bien que faire passer la fraude de 10 à 0 % pourrait représenter 5 millions d’euros de recettes supplémentaires… en moyenne par réseau urbain.La fraude est en tout cas, devenue un mal suffisamment inquiétant, dans un contexte économique de plus en plus contraint, pour que Keolis en fasse sa « grande cause nationale pour 2014 », et déterre la hache de guerre avec tout un arsenal de mesures anti-fraude. Chez Transdev, on répugne à parler de « lutte contre la fraude », expression qui laisse penser qu’on mise sur le tout répressif. On préfère l’incitation « car le fraudeur est aussi un client », explique Franck Michel, directeur marketing et territoires France. Inciter à l’achat du titre, puis à sa validation passe principalement par des messages de responsabilisation pour le groupe qui estime que la triche sur ses réseaux lui coûte « plus de 60 millions d’euros par an ».Paradoxalement, Keolis, qui exploite davantage de réseaux, en particulier des grands (Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg…), ne chiffre le manque à gagner qu’à 30 M€ annuels. Tout en sachant que le taux de fraude réel est généralement quatre fois plus important que le taux apparent (voir encadré comment compte-t-on les fraudeurs ?). Le réel, estimé par enquête, se situerait généralement autour de 5 % pour un petit réseau, mais il peut atteindre jusqu’à 20 % dans les réseaux à tram, avec une moyenne autour de 10 %. En dehors du tramway, l’un des facteurs aggravants : le fait d’avoir cédé à la mode de la montée toutes portes dans les bus. « Le conducteur ne joue plus son rôle majeur de maintien du respect de l’espace bus », poursuit Franck Michel. Et même si l’on fait marche arrière en réinstaurant la montée par la porte avant, c’est difficile… « Sur 100 voyageurs, on sait qu’on trouve 10 fraudeurs invétérés, 10 personnes qui paient systématiquement et 80 fraudeurs d’opportunité, c’est sur ces derniers que nous axons nos actions », explicite-t-il. Au sein de cette large population, on trouve celui qui une seule fois n’aura pas eu le temps ou la monnaie pour acheter son titre, comme celui qui estime fréquemment que « c’est trop cher pour deux stations » ou encore celui qui ne paiera qu’exceptionnellement.Par rapport à nos voisins européens, on ne ferait ni mieux, ni pire en la matière. Mais la différence tiendrait principalement dans la perception de faire quelque chose de mal. « On fraude l’Etat, c’est un sport national, et il n’y a pas de contrôle social des autres voyageurs », résume Franck Michel de Transdev. « Dans tous les sondages, la fraude apparaît comme un péché véniel, relève de son côté Frédéric Baverez. Mettre les pieds sur le siège ou arracher une fleur d’un jardin public sont perçus comme des actes plus répréhensibles… ». Explication : les gens ont l’impression de ne léser personne. « Il faut donc faire valoir l’enjeu économique, poursuit-il. Ainsi à Lyon, des adhésifs rappellent que la fraude correspond à l’achat d’une rame de métro ou de 10 bus par an… ». Histoire de rappeler que c’est toute la collectivité qui est en fait pénalisée par la triche de chacun. Dans ce très grand réseau, Keolis arrive à contenir la triche aux alentours de 10 %, un résultat honorable, fruit d’une pression permanente et de longue date. « Il faut lutter contre la fraude, car c’est à la fois un enjeu pour les finances publiques, un manque de citoyenneté et une demande des clients qui ne supportent pas de payer quand les autres ne le font pas, poursuit-il. La fraude contribue de plus au sentiment d’insécurité ».L’inverse est aussi vrai : « une augmentation des ventes et des validations fait baisser les incivilités », rappelle Franck Geisler. Les méthodes employées pour améliorer les taux de fraude sont plus ou moins innovantes (voir celles de Keolis ci-après), mais dans tous les cas, « l’important, c’est de ne pas se voiler la face et de mettre les moyens sachant que la peur du gendarme est encore ce qui fonctionne le mieux », explique le directeur de la Scat. Une collaboration de longue date avec les Transports de l’agglomération de Montpellier (Tam), a porté ses fruits, le taux oscille encore entre 15 et 20 %, mais « ils sont partis de 25 %, rappelle-t-il. Les dégradations ont aussi baissé, cela apporte de la sérénité aux voyageurs qui payent, qui se sentent plus en sécurité ».Dans les réseaux Transdev, on mise beaucoup sur la dissuasion, « qu’elle soit humaine, ce qui est essentiel, en impliquant les conducteurs ; matérielle, en évitant les réseaux ouverts et en plaçant au mieux les valideurs ; psychologique en rendant le contrôle visible et en enclenchant un cercle vertu, ou pédagogique via les campagnes », assure Franck Michel, le directeur territoires et marketing France. Lui ne parle pas du tube de dentifrice, mais rappelle que « la fraude est comme un matériau à mémoire de forme » et que seul un travail sur tous les fronts finit par payer. Malgré toute la communication et la pédagogie, la validation systématique à l’entrée dans le bus ou tram, mise en place dans 80 % des réseaux occasionne encore des triches, passibles d’une amende à 10 euros (contre 49,50 € sans les éventuels frais de dossier pour un défaut de titre).Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le taux de fraude n’est pas lié au taux de contrôle – généralement situé entre 2 et 5 %, mais au taux de recouvrement des PV, selon le responsable de Transdev. « Il faut faire en sorte que le recouvrement soit suivi, quitte à faire appel à une société spécialisée, conseille-t-il. Si on sait qu’en donnant une mauvaise adresse on n’est jamais retrouvé, on ne changera pas ses habitudes… A Reims, les contrôleurs ont une tablette reliée à la base de données des “ mauvais “ clients. » C’est aussi dans cet esprit que l’UTP aimerait faire changer la loi afin que le délit de fraude d’habitude soit constitué à partir de 5 infractions dans l’année, au lieu de 10 actuellement. Une demande à laquelle a accédé le Conseil national de la sécurité dans les transports en commun le 16 décembre.Parmi les bonnes solutions, on trouve aussi la formule « troc it », la transformation du PV en abonnement de plusieurs mois, pratiquée par les deux groupes, quand l’autorité organisatrice est d’accord. Et chez Keolis, on relève que « 55 % des clients avouent avoir fraudé au moins une fois dans l’année, soit parce qu’on était pressé et qu’il y avait la queue au guichet, soit parce qu’on n’avait pas de monnaie etc. ». Le directeur général France ajoute qu’on implique toute l’entreprise, avec un chargé de fraude dans chaque réseau et un comité de pilotage. « Instaurer la montée par l’avant sans impliquer les conducteurs ne sert à rien, la maintenance doit s’assurer d’une disponibilité des valideurs d’au moins 99,5 %, le marketing et la distribution sont responsables des systèmes de vente… », énumère-t-il.Et que deviennent les ex-fraudeurs ? « Après une baisse d’un pour-cent, on estime qu’un tiers ne prend plus les TC, un tiers ne fraude plus et un tiers continue de frauder », conte encore Frédéric Baverez. Même si les langues se délient un peu plus qu’autrefois, la fraude reste encore un sujet qui dérange. Pour des raisons variées ou par intérêt puisque les DSP intègrent parfois une exigence de baisse de la triche, certains exploitants arrangent leurs chiffres. « Il y a notamment un important réseau qui annonce un taux à quelque 3 ou 4 %, raconte Franck Geisler. Tout le monde est mort de rire ». Une fraude permise celle-là !Cécile NANGERONI––––––––––––––––––––Comment Keolis essaie de déstabiliser les fraudeurs
Principe de base : le fraudeur doit avoir l’impression qu’il risque de se faire prendre à tout moment. Pour cela, Keolis a développé des méthodes innovantes dans le but de déstabiliser les resquilleurs. Les équipes de contrôles sont généralement très visibles dans les pôles d’échanges, générateurs d’importants flux de voyageurs. Par ailleurs, elles se déploient aussi aux moments où on les attend a priori le moins, typiquement en soirée ou le dimanche. Mais ce n’est pas tout.La filiale de la SNCF utilise de plus en plus souvent les formules de contrôles avec agents en civil. Astuce : au lieu de filtrer tout le monde, ces contrôleurs qui se fondent dans la foule se dirigent exclusivement vers les voyageurs qui n’ont pas validé de titre. C’est le cas à Lyon, à Bordeaux, à Orléans ou à Dijon notamment. Il y a aussi les contrôles dits « radar » par analogie avec les appareils au bord des routes dont on annonce la présence. Ainsi dans une rame, une annonce sonore prévient les voyageurs avec un message du type : « merci de préparer votre titre de transport en vue d’une opération de contrôle imminente. » « On observe alors que quelques personnes se précipitent pour valider et que d’autres descendent à la station suivante », raconte Frédéric Baverez, directeur général France du groupe. Naturellement, ces derniers prennent alors fréquemment la rame suivante pour se retrouver nez à nez avec l’équipe de contrôle. Malin et efficace ! C. N.––––––––––––––––––––Les réseaux s’adaptent aux technologies et aux méthodes des fraudeurs
Avec les réseaux sociaux et dans la mouvance de Check My Métro ! est née l’habitude de faire passer l’information sur l’emplacement des équipes de contrôle en temps réel. La parade a été vite trouvée : on sature les comptes et donne l’impression aux voyageurs que les contrôleurs sont partout ! Reste encore à lutter contre les mutuelles qui incitent à la fraude en promettant de payer le PV pour vous moyennant une cotisation mensuelle dérisoire (5 €). Keolis est satisfait de voir que celles de Lille et de Rennes sont menacées, le procureur ayant décidé de les poursuivre pénalement pour incitation à la fraude. Il y a enfin encore une fraude invisible au contrôle si l’on n’est pas pris sur le fait, c’est celle de la « repasse » de ticket valable une heure quand on ne l’a utilisé qu’un quart d’heure par exemple. « De manière étonnante, les gens pensent faire un acte de générosité et de solidarité, déplore Frédéric Baverez, directeur France de Keolis. Alors qu’ils contreviennent à la loi ! ». La encore, le groupe a trouvé, pour partie, la parade… C. N.––––––––––––––––––––A la RATP, les trams plombent les statistiques
Plus élevée dans les bus et trams que dans le métro, la fraude est particulièrement pointée depuis deux ans à la RATP. Analyse des techniques de fraude et meilleure organisation des équipes de contrôle pour faire diminuer une facture estimée à environ 100 millions d’euros.C’est un phénomène que la RATP ausculte depuis toujours. Et avec environ 5 % dans le métro et 3 % dans le RER, « la fraude est assez stable dans les réseaux ferrés, explique Franck Avice, directeur Services, relations clients et espaces à la RATP. Elle est en revanche à la hausse dans les bus et trams où elle dépasse 10 % ». En effet, une rapide recherche dans les archives des sites RATP montre que le taux de fraude officiel dans le métro – le mode qui est toujours mis en avant – était de 7 % en 1991, 4 % en 2005 et 3 % en 2008. Ces estimations, que la RATP juge fiables, elle les fait à partir de comptages.Depuis deux ans, l’entreprise a mis l’accent sur la lutte contre la fraude, principalement en augmentant les contrôles et en s’organisant différemment afin d’optimiser les moyens humains. Les 1 000 agents de contrôles sont devenus multimodaux et travaillent par plus petits groupes dans le but d’occuper le terrain. Ils sont épaulés par les 4 500 agents de stations, désormais assermentés quand ils travaillent en équipe mobile, ainsi que, depuis un an, par les 1 500 agents des gares RER. Ce qui correspondrait à « 1 500 équivalents temps plein ». En terme de manque à gagner dû aux voyageurs sans titre et qui ne paieront pas de PV et aux frais de contrôle, la RATP a calculé que c’était 100 à 110 millions d’euros qui partaient en fumée chaque année. « De quoi acheter 450 bus ou une vingtaine de nouveaux métros, compare Franck Avice. Ou encore de rénover complètement 20 stations de métro ».Et l’un de ses principaux problèmes, c’est un taux extrêmement bas de recouvrement des PV, du moins de ceux qui ne sont pas payés immédiatement avec un tarif minoré à 33 € contre 65 € en cas de paiement a posteriori. « Même si ce n’est pas le pire taux de recouvrement de la profession, nous souhaitons l’améliorer », dit-il. D’accord avec la SNCF, l’opérateur francilien travaille à convaincre le ministère de l’Economie de lui donner accès à des fichiers nationaux (la première idée est celle des immatriculations de véhicules), afin de croiser un nom et une adresse. Et donc de couper l’herbe sous le pied aux petits malins toujours très inventifs puisqu’ils ne sont pas obligés de présenter une pièce d’identité. « Avec le délit pour fraude d’habitude à partir de 5 PV par an, c’est l’une des revendications de la profession, mais cela risque de ne pas être facile de convaincre l’Etat », subodore-t-il.La RATP a par ailleurs dans son contrat avec le Stif une obligation de produire un nombre donné de journées agents de contrôle par an. « Nous respectons cette obligation chaque année », précise le responsable. Il y a bien sûr aussi chaque année une petite campagne de communication contre les incivilités avec un volet fraude, une sensibilisation permanente à la validation (c’est 5 euros de pénalité pour la non-validation d’un Navigo). Il y a aussi le constat qu’une méthode se développe, celle de voyager avec un titre valide en poche, mais non oblitéré. « Les fraudeurs écrivent ensuite une lettre de contestation, dans laquelle ils expliquent qu’ils n’ont pas pu accéder au valideur ou bien n’ont pas eu le temps de le faire », poursuit Franck Avice. Un subterfuge de la part de ces fraudeurs d’opportunité qui ne trompe personne.Et si bus articulés et tram, plus ouverts avec leurs nombreuses portes voient la fraude croître, c’est peut-être en raison de la crise économique. Mais pas que. « Il y a aussi pour partie, la période d’ajustement de notre réorganisation du contrôle, et pour partie le fait que le réseau tram a beaucoup augmenté récemment, et le trafic avec », analyse le directeur des services. Les nombreux tarifs sociaux sont aussi là, en théorie, pour éviter la fraude. Quant aux effets du futur passe Navigo à tarif unique, « on ne sait pas dire… On sait combien ça va coûter, mais pas combien ça va rapporter en effets induits… » C. N.––––––––––––––––––––Entretien avec Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS
« Nous concentrons les contrôles là où les fraudeurs sont le plus gênés »
En cinq ans, le taux de fraude enregistré sur le réseau de transport public strasbourgeois a baissé de 25 %, passant de 12,4 % à 9,2 %. Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois), explique la méthode mise en place.Ville, Rail & Transports. Depuis quand faites-vous de la fraude une priorité ?Jean-Philippe Lally. Nous avons toujours eu le souci de limiter le taux de fraude. C’était notamment le cas lors de la mise en œuvre il y a quelques années, de la montée par l’avant. Aujourd’hui, le taux de fraude dans les bus est très bas, à peine 3,5 %.VR&T. Peut-on encore abaisser ce niveau ?J.-P. L. On peut toujours le faire. Mais la vraie question est économique : à partir de quel moment les efforts engagés vont coûter plus cher que ce que vous allez gagner ?Aujourd’hui, nous n’avons pas de nouveau plan d’action pour les bus.VR&T. Et pour le reste du réseau ?J.-P. L. En 2010, la collectivité a fait un choix extrêmement volontariste sur la tarification solidaire. Il s’est traduit, pour certains, par un abonnement mensuel à 3 euros. Ce choix a déclenché un consensus global sur la lutte contre la fraude qui devient intolérable pour la collectivité. Nous avons alors augmenté d’une quinzaine le nombre d’agents sur trois ans. Et nous avons eu une réflexion sur l’organisation de nos contrôles, basée sur un raisonnement économique : il faut concentrer les contrôles d’une part, là où les fraudeurs sont le plus gênés et d’autre part, là où nos lignes de transports sont déjà saturées pour que la collectivité n’ajoute pas des moyens pour une clientèle qui ne paie pas.Dans le même temps, nous avons obtenu une adhésion totale des élus et de la collectivité pour rehausser le montant des amendes à un niveau supérieur à celui du prix d’un abonnement mensuel.VR&T. Quel a été le résultat de ces choix ?J.-P. L. Nous avons réduit de 3 % le taux de fraude qui est passé à 9,2 %. Gagner 1 point représente 500 000 euros de recettes annuelles. Si on ajoute le montant des amendes qui ont été recouvrées, la collectivité a récupéré l’équivalent de 2 millions de recettes par an. C’est un levier important pour les collectivités pour maîtriser leur implication financière.VR&T. Prévoyez-vous d’aller plus loin ?J.-P. L. Oui, même si nous ne nous sommes pas fixés d’objectifs chiffrés précis. Nous ne voulons toutefois pas qu’à un moment il y ait une quelconque pression du chiffre à réaliser. Mais nous avons engagé des réflexions complémentaires. Nous recourons à un sous-traitant qui assume pour nous des missions de prévention sur le réseau, en particulier dans le tram. Nous avons prévu de lui confier, dans le cadre de cette mission, la possibilité non seulement de verbaliser un comportement fautif, mais aussi de vérifier la validité de son titre de transport. Nous regardons aussi avec attention les réflexions engagées par de grands réseaux. Si de nouvelles méthodes de contrôle nous paraissent intéressantes, nous pourrons les adopter. Enfin, nous avons lancé une réflexion sur l’évolution de nos effectifs de contrôle qui nous amènera à déterminer à partir de quel niveau il n’est plus rentable de renforcer les efforts.VR&T. Prônez-vous une hausse du montant des amendes ?J.-P. L. Aujourd’hui, il semblerait intéressant d’augmenter leur niveau mais en restant dans des limites raisonnables. Il ne faudrait pas tomber dans l’inacceptabilité, c’est-à-dire à un niveau qui pourrait être perçu comme un moyen pour la collectivité de gagner de l’argent.Il faut surtout parvenir à sanctionner le fraudeur d’habitude et à le distinguer de celui qui a fraudé pour une raison ou pour une autre, par exemple parce qu’il était pressé et ne voulait pas faire la queue au guichet. C’est un vrai sujet. J’entends ici ou là des idées sur la notion de fraude d’habitude qui pourrait être déclenchée à partir d’un nombre inférieur à ce qu’il est aujourd’hui. Aujourd’hui, pour se faire prendre 10 fois dans la même année, il faut le faire ! Abaisser ce chiffre à 5 serait une bonne chose.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT––––––––––––––––––––Toulouse : Un réseau exemplaire ?
Avec 4 % de fraude dans le réseau toulousain en 2014, Tisséo peut s’enorgueillir d’afficher un niveau de fraude parmi les plus bas de France depuis de nombreuses années. « Ce chiffre peut paraître étonnant par rapport aux taux mesurés par Effia Synergie dans d’autres grandes villes (10 à 15 % dans des réseaux comparables), mais tout notre système converge vers la validation », explique Olivier Poitrenaud, directeur de l’Epic Tisséo. Cela tient d’abord au fait que les deux tiers du trafic se font par le métro, qui dispose de portillons « validateurs », renforcés par la présence d’agents de sécurité à chaque station, et que 75 % des passagers du tramway et des bus sont en correspondance avec le métro. Par ailleurs, la montée se fait traditionnellement par l’avant dans le bus, ce qui incite à valider. Cette culture locale a fait que, malgré l’introduction de bus articulés, la fraude n’a pas augmenté. Dans le tramway, le taux de fraude est légèrement plus élevé (6 %), mais sa mise en service fin 2010 s’est accompagnée d’une politique de contrôles aléatoires qui en a évité l’explosion.Côté contrôle et dissuasion, 45 vérificateurs sont appuyés par 49 agents de prévention qui assurent une présence, et une quarantaine de médiateurs font des rappels à la règle préventifs. C’est l’un d’eux qui a été passé à tabac, dans la nuit du 22 novembre, après avoir rappelé à la règle un groupe de jeunes, alors qu’il avait terminé son service. Les syndicats se sont inquiétés d’une hausse des incivilités et ont dénoncé une extension du service à 3 heures du matin le vendredi et le samedi, sans moyens suffisants. « Il ne faut pas confondre un cas isolé avec une évolution générale », répond Olivier Poitrenaud pour qui, associer cette agression avec le changement d’horaires relève de l’amalgame. La prolongation des horaires du métro le week-end s’est accompagnée d’une présence des agents de sécurité en station jusqu’à la fermeture à 3 h 30, de l’embauche de 5 agents de prévention et d’un partenariat renforcé avec la police nationale.Catherine SANSON-STERN––––––––––––––––––––Entretien avec Alain Le Vern, directeur général Régions et Intercités SNCF
« Il faut faire en sorte que la fraude soit traitée pour ce qu’elle est : un délit »
La SNCF va présenter son plan antifraude en début d’année. Des mesures destinées à renforcer les sanctions des fraudeurs, considérés comme des délinquants, et également à améliorer le taux de recouvrement des PV.Ville, Rail & Transports. Quel est votre constat sur la fraude ?Alain Le Vern. Tous les trains à réservation obligatoire (TGV et Intercités) ont des taux de fraude limités. Quand les trains sont en open access, les taux sont plus élevés : ils peuvent aller de 5 à 6 % jusqu’à plus de 15 % en zone dense.On estime le coût de la fraude à 300 millions d’euros. Mais à mon avis, le coût est supérieur. Je le constate chaque semaine quand j’accompagne des opérations anti-fraude. Le taux de fraude est relativement stable. En revanche, le taux de récidivistes augmente, des personnes « s’installent » dans ces pratiques.VR&T. Quels sont les grands axes de ce plan de lutte antifraude que vous préparez ?A. L. V. La fraude doit être considérée comme un délit, passible de plusieurs milliers d’euros d’amende, voire de prison avec sursis. Nous avons affaire à des délinquants qui vont être punis de plus en plus sévèrement. En septembre dernier, nous avons déjà raccourci la durée de validité du billet Intercités et TER qui est passée à 7 jours. Le montant des amendes forfaitaires va également fortement augmenter.L’une des difficultés est de recouvrer les amendes. Deux tiers des voyageurs paient dans le train. Pour l’autre tiers, c’est plus compliqué si l’identité qui est donnée et l’adresse ne correspondent pas. Mais le ministère de l’Intérieur qui a réuni le 16 décembre le Comité national de sécurité dans les transports en commun a décidé d’aider la SNCF à retrouver ceux qui auraient donné une fausse adresse ou une fausse identité.Dans le respect des règles posées par la Commission nationale Informatique et Libertés, l’Etat nous aidera à les retrouver les délinquants et à recouvrer les amendes.Par ailleurs, nous recensons 20 000 récidivistes pour délit d’habitude. Cela signifie qu’ils se sont fait prendre dix fois la même année. Je suis favorable à l’abaissement de ce chiffre à cinq voire même à quatre, ce qui permettrait de dissuader les fraudeurs dont les peines s’alourdiraient.VR&T. Vous inspirez-vous des pays européens ?A. L. V. En Espagne, en Allemagne ou encore en Suisse, les taux de fraude sont moins importants. Nous allons nous inspirer de leurs pratiques. En Allemagne par exemple, je constate qu’il faut avoir sa carte d’identité pour voyager en train. C’est la même chose quand on prend l’avion : si vous allez de Paris à Toulouse, on vous demande votre carte d’identité. D’autant que l’on demande déjà aux voyageurs d’étiqueter leur bagage. Quel est l’intérêt si on n’est pas sûr de la réalité des informations données ?Aujourd’hui, quand un voyageur n’a pas de billet, le contrôleur doit le faire descendre à l’arrêt suivant pour que la gendarmerie vienne l’interpeller. Il faut donc une approche globale de la lutte contre la fraude qui est, je le répète, un délit pouvant en générer un autre. Il n’y a aucune justification à cette délinquance qui prive les transports publics de sommes considérables indispensables à une meilleure performance des déplacements de tous.On voit bien qu’il faut des effectifs très importants pour appliquer cette procédure. Je demande donc au ministre, soit de nous permettre d’appliquer cette procédure, soit de faire en sorte que la loi impose la détention d’une carte d’identité pour prendre les transports publics.VR&T. Dans quelle mesure les nouveaux outils numériques peuvent-ils vous aider ?A. L. V. Ils vont beaucoup nous aider. Par exemple, les nouvelles technologies améliorent la couverture de distribution. Le développement du digital (internet fixe et mobile), qui se poursuit avec le NFC, rend le service de distribution désormais accessible 24h/24 et permet de garantir aux clients un moyen de distribution y compris dans les haltes TER.VR&T. Quand présenterez-vous votre plan ?A. L. V. Nous lancerons notre plan antifraude en début d’année.. Il y a en effet encore toute une procédure à écrire et des aspects techniques à finaliser. Il faut faire en sorte que la fraude soit vraiment traitée comme ce qu’elle est : un délit.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT––––––––––––––––––––Lutte contre la fraude. Comment font nos voisins européens
Allemagne : Des agents en civil pour surprendre les resquilleurs
L’Allemagne, un « paradis pour les fraudeurs » ? La chambre haute du Parlement, le Bundesrat, a décidé d’augmenter les amendes dans les transports en commun pour lutter contre ce phénomène.Utiliser les transports en commun sans titre valable, cela s’appelle en allemand voyager au noir (« schwarzfahren »). Une habitude qui a la vie dure outre-Rhin, au point que la Fédération des entreprises de transports allemandes VDV a qualifié le pays de « paradis des fraudeurs » : on compterait en effet un million de resquilleurs par jour. Un problème auquel le Bundesrat, la Chambre haute du Parlement, qui rassemble les représentants des 16 Länder allemands, vient de s’attaquer : le 28 novembre, celui-ci s’est prononcé en faveur d’une augmentation en 2015 de l’amende en cas de fraude dans les transports en commun. Avec un montant de 40 euros, celle-ci figurait parmi les moins chères d’Europe (aux côtés des Pays-Bas ou de la République tchèque, où elle tourne autour de 38 euros). Pourtant, la fraude peut coûter cher, puisqu’au bout de trois contrôles sans ticket, le contrevenant atterrit au tribunal et risque même la prison s’il n’a pas les moyens de payer.Il y a urgence à lutter contre le phénomène pour les entreprises du secteur : selon une étude de la Fédération des transports, le manque à gagner pour ces dernières oscille chaque année entre 200 et 250 millions d’euros. Comme le note Jürgen Fensk, président du VDV, « à 40 euros, il est encore plus tentant aujourd’hui qu’il y a dix ans de frauder, d’autant que, dans le même temps, les coûts en termes d’énergie et de salaires ont grandement augmenté pour les entreprises ». « Il est donc plus que temps pour une hausse », conclut-il dans un communiqué.Particularité de la lutte contre la fraude : le contrôle des billets est, dans la majorité des centres urbains allemands, confié à des agents en civil. A Berlin (troisième ville comptant le plus fort taux de resquilleurs derrière Chemnitz et Cologne, selon une enquête du magazine WirtschaftsWoche), par exemple, il n’est pas rare de les voir, une fois la fermeture des portes effectuée, dégainer leur lecteur décodeur portable. Souvent jeunes, cultivant une allure passe-partout – tennis et sweat à capuches –, ces contrôleurs misent sur l’effet de surprise. En effet, l’accès aux trains des transports publics ne comprend généralement pas de barrières, l’obligation de présenter son ticket au chauffeur de bus en montant est encore récente et la tentation de frauder d’autant plus grande. L’opérateur des transports publics berlinois BVG dispose dans son service « Sécurité et services aux voyageurs » de 250 employés habilités au contrôle des titres de transport. Parmi eux, 40 sont affectés uniquement au contrôle des passagers. BVG fait en outre appel à 85 salariés d’un prestataire de service externe, la société Wisag. En tout, précise un porte-parole du BVG, on compte chaque jour sur le réseau 110 contrôleurs en activité. Un renforcement des effectifs qui semble avoir porté ses fruits, puisqu’après avoir atteint un taux record de 8,5 %, le taux de fraudeurs est redescendu à 7 %.Gilles BOUVAISTGrande-Bretagne : La fraude estimée à plus de 300 millions
Entre 3 et 5 % des trajets effectués sur le rail britannique ne seraient pas payés. Les transporteurs dépensent chaque année plus de 26 millions d’euros pour lutter contre le fléau.Encore choquée par la récente découverte du « plus grand fraudeur de l’histoire » – un richissime manager de la City n’a pas payé ses tickets de transport pendant cinq ans, soit une fraude estimée à 43 000 livres (54 000 €) – la Grande-Bretagne n’a, semble-t-il, pas très envie de parler publiquement de la fraude dans les transports publics au point que toutes les personnes contactées par Ville, Rail & transports ont refusé de répondre. Preuve que le sujet est sensible mais aussi peut-être négligé, alors que l’autorité de lutte contre la fraude admet elle-même dans ses derniers rapports annuels ne pas avoir étudié cette question et n’être qu’en mesure de citer les chiffres de l’association des opérateurs de trains Atoc. Dans un communiqué de juin 2013, celle-ci avançait qu’entre 3 et 5 % des trajets effectués sur les rails britanniques n’étaient pas payés, ce qui équivaudrait à 120 000 trajets sans ticket chaque jour et coûterait 240 millions de livres (plus de 302,6 millions d’euros). Les transporteurs dépensent chaque année plus de 21 millions de livres (26,4 millions d’euros) pour lutter contre ce fléau. La ville de Londres, dans laquelle la présence massive de personnels à l’entrée du Tube impressionne, n’a pas souhaité nous en dire plus sur ces méthodes. Qui a déjà pris le métro londonien peut d’ailleurs témoigner de la mission « proactive » de ces agents qui vont au-devant du voyageur dès qu’ils le voientdésorienté ou qui l’abordent pour lui proposer la formule tarifaire la plus attractive.Reste qu’en 2011, le gestionnaire du réseau londonien Tfl avait perdu un record de 75 millions de livres (94,6 millions d’euros) à cause des fraudeurs. Excédé, le maire Boris Johnson avait du coup augmenté en 2012 l’amende à 80 livres (100,90 €) contre 50 auparavant (63 €). A Londres, le maire en a le pouvoir car TfL est détenu par la municipalité, dont l’adjoint aux Transports préside le conseil d’administration de TfL. Le maire est lui-même membre du conseil de TfL.Eléonore KERN-GORSEEspagne : Barcelone face à la petite et à la grande fraude
A urbanisation croissante, réseaux de transport complexes. L’Espagne n’échappe guère aux défis de flux urbains massifs et, parmi les difficultés, les autorités organisatrices doivent gérer une fraude souvent routinière, parfois ingénieuse.Comme à Madrid, Séville ou Bilbao, les transports urbains de Barcelone sont coordonnés par une autorité unique, ici l’ATM. Parmi les réseaux de la capitale catalane, les transports métropolitains de Barcelone (TMB) recourent depuis des années à des mesures de dissuasion directement aux différents niveaux de l’infrastructure. A partir de 2009, un « plan stratégique » interservices coordonne les actions. « Parmi les nombreuses mesures, des services de sécurité privée ont été mis en place en 2010 et ont révélé un niveau de fraude élevé et inacceptable », reconnaît Ricardo Ortega, directeur de la sécurité des TMB. « Le résultat a été très satisfaisant étant donné que l’on a pu non seulement diminuer la fraude en présence des gardes de sécurité mais, plus important encore, en leur absence ».TMB gère les autobus et le métro de cette ville de plus de deux millions d’habitants intra-muros. Ces deux « xarxas » (réseaux) comptent respectivement 9 lignes ferroviaires (sans compter celles des chemins de fer catalans-FGC) et quelque 80 lignes de bus. Les initiatives anti-fraude suivent deux axes : des contrôles intensifs et aléatoires se centrent sur les stations de correspondances, par exemple Passeig de Gràcia ou Espanya, « là où l’espace disponible et l’affluence permettent un équilibre entre la fluidité et la validité des passages des clients ». D’autre part, au-delà de la répression, l’information est privilégiée. « Nous avons adopté un principe qui fonctionne dans toutes nos prestations de service : un client informé est un client plus satisfait » assure Ricardo Ortega. Le dispositif anti-fraude préventif et anticipé réduit également les risques d’agressions contre les employés.Si l’on reste discret du côté des Ramblas sur l’ampleur, les dommages et coûts dus à la fraude, on voit à quelques épisodes qu’il ne s’agit pas seulement de clients voyageant sans billets, avec des titres non conformes ou de sauteurs de tourniquets. Ainsi en mars 2012, la police catalane a démantelé une bande de faussaires qui fabriquait cette fois à échelle industrielle des carnets ou forfaits numériques. « La falsification, ont remarqué les Mossos de Esquadra (la police de Catalogne) était cette fois de haute qualité et difficile à détecter ». Comme quoi les supports magnétiques puis digitaux ne seraient pas forcément la panacée…Michel GARICOÏXStockholm : Fraude militante
Une frange militante émanant de syndicalistes radicaux prône la gratuité et encourage à la fraude. L’assurance fraude, par analogie avec l’assurance chômage, fait des émules depuis 2001, au grand dam des autorités.A moins d’avoir une carte mensuelle (790 couronnes, soit 85 euros, pour toute la région), pas toujours évident ou bon marché de s’y retrouver dans les tarifs zonaux des transports publics de Stockholm et de ses environs. D’autant plus que l’ancien système très pratique des « bandes » de tickets a été remplacé par un dispositif complexe à carte sans contact, dans lequel l’usager doit prédéfinir lui-même son « voyage standard » et signaler les éventuels écarts au moment de valider.Une catégorie de voyageurs ne se pose pas de questions : les fraudeurs. Parmi ces derniers, une frange militante émanant de syndicalistes radicaux, qui revendiquent la gratuité dans les transports publics, a développé depuis 2001 l’association « planka.nu », dont le nom est à la fois l’adresse Internet et l’injonction « sautez la barrière maintenant ». Quoiqu’en fait de barrière à sauter, seuls le métro et le RER (« pendeltåg ») en soient équipés à Stockholm. Dans les autres moyens de transports, plus difficile de ne pas payer : la validation se fait à l’accès des bus et bateaux, alors que les trams et trains de banlieue « locaux » sont en entrée libre, avec passage systématique du contrôleur à bord pour la validation ou l’achat des titres. Mais des parades sont conseillées par le site : entrée par la sortie du bus, faire comme si de rien n’était après être monté à un arrêt intermédiaire, lors du repassage du contrôleur… Toujours est-il que « planka.nu » encourage le voyage sans titre de transport et tire ses revenus de « l’assurance fraude » (« P-kassan », par allusion à « A-kassan », l’assurance chômage) : moyennant 100 couronnes (10,80 euros) par mois payables en ligne, les cotisants sont couverts face aux éventuelles amendes, qui se chiffrent à Stockholm à 1 200 couronnes (130 euros). Dans les autres villes où « planka.nu » a fait école, les cotisations peuvent être plus élevées.De son côté, l’autorité organisatrice des transports du Grand Stockholm, SL, estime que la fraude représente une perte de revenus de 3 % (5 % selon d’autres sources). Et une enquête station par station, rapportant le nombre de fraudeurs constatés au nombre total de voyageurs entrants donne des taux variant entre 0,2 % et 14 %, la médiane se situant à 3,3 %. Pour le site « planka.nu », qui a rendu publique cette enquête, « il est évident que la fraude est liée à la richesse des gens et non à leur sens moral, ce que SL prétend toujours. Les dix premières stations du classement sont dans des zones à bas revenus, alors que la plupart des stations avec peu de fraude se trouvent dans des secteurs plus nantis ».Patrick LAVAL––––––––––––––––––––Entretien avec Hilia Boris Iglesia, UITP
« La certitude d’être sanctionné est un élément très important »
Hilia Boris Iglesia est responsable de la commission de l’économie des transports à l’Union internationale des transports publics (UITP)Ville, Rail & Transports. La fraude constitue-t-elle aujourd’hui une question importante pour les réseaux européens ?Hilia Boris Iglesia. La fraude est un sujet important à nos yeux. Au sein de l’UITP, il y a plusieurs commissions où les membres ont la possibilité d’en discuter soit directement ou de façon plus indirecte via les politiques de e.ticket, de politiques tarifaires, etc… C’est aussi une question liée au financement des transports publics. Deux études de l’UITP de 2010 et 2014, sur les tarifs ont montré que le taux de fraude moyen était de 4 – 4,2 % et que taux de recouvrement était évalué à 43 %. Cette étude met en valeur l’importance de la certitude de la sanction pour lutter contre la fraude.C’est enfin une problématique qui contribue au sentiment d’insécurité et d’iniquité dans les transports publics : l’agression contre le personnel est souvent liée aux contrôle de tickets. Mais ce ne sont pas tous les réseaux qui sont affectés, plusieurs ont un taux de fraude stable ou bien diminuant, même parmi des réseaux « ouverts ».Les membres de l’UITP ont essentiellement traité ce sujet via l’introduction du ticket électronique. Mais l’adoption de la carte dite intelligente (smart card) l’a été essentiellement pour rendre plus de services aux clients (en particulier réduire les files d’attente aux guichets), même si plus de la moitié d’entre eux ont expliqué que d’autres facteurs ont influencé cette décision, notamment la volonté de réduire notablement la fraude et d’améliorer l’information.VR&T. Y a-t-il un benchmark régulier sur ce sujet et constatez-vous une augmentation de la fraude en ces temps de crise ?H. B. I. Non, il n’y a pas de benchmark dans le sens strict du terme. C’est néanmoins un sujet de travail récurrent dans l’Association, avec des études qui tous les 5-10 ans se penchent sur ce sujet. Une étude sera menée dans les prochains mois sur les réseaux de métro des membres de l’UITP.Avant la crise, le niveau de fraude sur les réseaux de métro était estimé à 4 % à Glasgow, Barcelone et Paris (RER) parmi les bons « élèves ». Avec la période de récession 2008-2012, Athènes par exemple a enregistré une réduction tant dans ses recettes que dans la fréquentation (-17 %). Toutefois, la décision d’introduire le e.ticket est également motivée par la volonté d’avoir un meilleur suivi des recettes et de réduire le déficit d’exploitation.VR&T. Y a-t-il des réseaux qui auraient mis en place des dispositifs particulièrement performants ?H. B. I. Parmi les outils habituels de lutte mais aussi de prévention, il faut citer l’obligation pour les voyageurs d’avoir un ticket valide, les équipements physiques (comme les portillons pour les réseaux métro), les interventions d’équipes spéciales ou du personnel ordinaire (et donc la probabilité d’être contrôlé pour les passagers), une politique qui encourage les abonnements longue durée, le soutien de la police et de certaines formes de l’action légale. Le niveau des amendes varie, dans l’échantillon que nous avons étudié, de 20 à 72 euros. Certains métros recourent à des encouragements en diminuant le montant de l’amende si le fraudeur paie immédiatement. Le suivi de la lutte contre la fraude, les actions mises en place et les sanctions varient grandement d’un réseau à l’autre. Parmi les membres européens, nous pouvons citer Lisbonne, Londres et le RER parisien qui ont installé des barrières à l’entrée et à la sortie du métro. Dans d’autres réseaux, il y a seulement des portillons à l’entrée, par exemple à Barcelone, Glasgow et dans le réseau de métro à Paris. Si l’on compare les niveaux de fraude, on constate qu’il est plus élevé dans les systèmes ouverts et plus bas dans ceux totalement fermés (avec des corrélations statistiques). Cependant, l’aspect culture est aussi décisif ou par exemple il existe des réseaux « ouvert » avec des bas taux de fraude, par exemple les réseaux allemands.L’exemple de Londres est également très intéressant : s’ils ont un comportement satisfaisant, les adolescents de moins de 16 ans, peuvent bénéficier d’une carte de transport gratuite. Cela les habitue à se déplacer dans la légalité et cela crée un sentiment positif à l’égard du réseau.VR&T. Les nouvelles technologies vont-elles rendre la lutte contre la fraude plus efficace ?H. B. I. La mise en service de nouveaux outils apporte des gains potentiels. C’est le cas par exemple de la carte intelligente. Mais cela ne doit pas empêcher les campagnes de sensibilisation et d’éducation en profondeur.Les cartes intelligentes conduisent généralement à un taux de fraude moins élevé qu’avec d’autres types de support car elles exigent un système fermé et efficace pour être correctement utilisées.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGTLutte contre la fraude. Le nouvel enjeu des transports publics
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Lutte contre la fraude. Le nouvel enjeu des transports publicsLutte contre la fraude. Les moyens déployés par les exploitants• Credo dans l’urbain : Il faut transformer le fraudeur en client !• A la RATP, les trams plombent les statistiques• Entretien avec Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS« Nous concentrons les contrôles là où les fraudeurs sont le plus gênés »• Toulouse : Un réseau exemplaire ?• Entretien avec Alain Le Vern, directeur général Régions et Intercités SNCF« Il faut faire en sorte que la fraude soit traitée pour ce qu’elle est : un délit »Lutte contre la fraude. Comment font nos voisins européens• Allemagne : Des agents en civil pour surprendre les resquilleurs• Grande-Bretagne : La fraude estimée à plus de 300 millions• Espagne : Barcelone face à la petite et à la grande fraude• Stockholm : Fraude militante• Entretien avec Hilia Boris Iglesia de l’UITP« La certitude d’être sanctionné est un élément très important »Lutte contre la fraude. Le nouvel enjeu des transports publicsEst-ce un mal français ? On estime à environ 10 % le taux de fraude en moyenne dans notre pays. Mais ce chiffre, déjà élevé, cache de vraies disparités puisqu’il peut aller de 5 % dans un petit réseau de province ou sur certains bus où on valide devant le conducteur, à 20 %, voire bien plus, dans certains tramways où on rentre et on sort comme dans un moulin.Tout cela a un coût très conséquent : 500 millions d’euros de manque à gagner pour les réseaux de transport public urbain, dont 100 millions d’euros pour la RATP et 300 millions d’euros pour la SNCF. Des sommes qui permettraient, se plaisent à répéter les acteurs du secteur, d’acheter une cinquantaine rames de métro, ou encore 150 rames de tramways…Dans la période actuelle de disette budgétaire, la lutte contre la fraude apparaît donc comme un enjeu stratégique pour bon nombre d’entreprises, comme Keolis par exemple qui en a fait une de ses priorités. Elles sont désormais entendues par les élus qui commencent à prendre conscience de l’importance du phénomène et de ses répercussions. « Les collectivités nous suivent dans cette voie. Il y a une période où elles étaient moins focalisées sur cette question. Désormais, elles mesurent mieux la perte de recettes liée à la fraude », résumait Frédéric Baverez dans une interview accordée à VR&T en août dernier. Preuve de ce nouvel engagement, Louis Nègre, le sénateur, maire UMP de Cagnes-sur-Mer, qui est devenu le nouveau président du Gart en septembre dernier, a décidé de faire de la question de la fraude une des priorités de son mandat.La SNCF est aussi en train de peaufiner son plan anti-fraude. Parmi les pistes envisagées par Alain Le Vern, le patron des TER et des Intercités, qui porte aussi depuis quelques mois la casquette de Monsieur anti-fraude SNCF au niveau national, l’entreprise pourrait généraliser l’« accueil-embarquement » à chaque fois que cela sera possible.Un dispositif qui permet de ne pas laisser monter à bord les voyageurs qui n’auraient pas de billet. « Le libre accès aux trains atteint ses limites », reconnaît d’ailleurs un contrôleur (voir témoignage page) qui se dit favorable à son déploiement.« La SNCF cherche aussi à renforcer les contrôles inopinés et à recourir davantage à la billettique dématérialisée », rappelle de son côté Roger Dillenseger, secrétaire général adjoint de l’UNSA-Cheminots. D’où la mise en place, dans les TER, de l’EAS (équipement agent seul), qui permet de faire circuler le train avec pour seul agent le conducteur et de mieux cibler les opérations de contrôle sur certains trains. Mais qui est regardé avec suspicion par certaines organisations syndicales qui demandent « un retour d’expérience » tandis que d’autres le refusent purement et simplement en arguant de la nécessité de maintenir une présence humaine à bord.La SNCF a également décidé de raccourcir la durée de validité des billets de deux mois à 7 jours. Enfin, elle milite pour une augmentation du montant de l’amende et pour que le dispositif de recouvrement des amendes soit amélioré (aujourd’hui un PV sur 10 serait effectivement acquitté). L’entreprise nationale travaille sur la question avec plusieurs ministères, notamment pour faciliter l’identification des resquilleurs. Le 16 décembre, lors d’un comité national de la sécurité dans les transports, il a été décidé d’assouplir les règles permettant aux agents de sécurité d’opérer en civil. Il a aussi été décidé d’abaisser le nombre d’infractions successives à 5 pour caractériser le délit de fraude d’habitude. La réflexion ne s’arrête pas là. Tous les réseaux continuent à se poser les mêmes questions : Faut-il fermer les stations ? Mais alors comment ne pas entraver aux heures de pointe les flux de voyageurs qui se pressent aux tourniquets ? Ou alors doit-on multiplier les valideurs pour éviter l’argument de la machine cassée ? .La solution ne pourrait-elle pas venir de chez nos voisins ? « Il faut être prudent car derrière tout cela, il y a une vraie approche culturelle. Les mentalités ne sont pas les mêmes partout », estime Jean-Philippe Lally, le directeur général de la CTS. L’Union internationale des transports publics fait toutefois une remarque de bon sens. Elle pointe dans ses études que « le nombre de resquilleurs est inversement proportionnel au nombre de contrôleurs. Ce rapport change toutefois lorsqu’il est mis en relation avec une forte augmentation du nombre de contrôleurs et donc dans le cas d’investissements plus élevés ». L’UITP démontre aussi l’importance de la sanction dans la lutte contre la fraude. En clair, les réseaux qui investissent vraiment, notamment en moyens humains, en recueillent les résultats. La tendance à l’automaticité des guichets et à la diminution des personnels dans les gares et dans les trains va-t-elle dans ce sens ?Marie Hélène POINGT––––––––––––––––––––Comment compte-t-on les fraudeurs ?En matière de taux de fraude, il y a plusieurs façons de compter : apparent, dénombré, enquêté… De quoi y perdre son latin ! Le taux de fraude apparent, parfois choisi pour communiquer, n’est autre que le rapport entre le nombre de PV dressés et le nombre de voyageurs contrôlés. Autant dire, trop dépendant de la manière dont sont menées les opérations de contrôles, et notamment de l’indulgence des agents.A la RATP, on a pris le parti de poster des agents derrière les tripodes du métro et d’effectuer des comptages exhaustifs de ceux qu’on voit frauder en tous lieux et à différents horaires. « L’intervalle de confiance est de 0,2 et nous allons encore l’améliorer en examinant le cas des fraudeurs qui empruntent les portillons de service ou les passages élargis pour les fauteuils roulants pour pénétrer sur les quais du métro », assure Franck Avice, directeur Services, relations clients et espaces.Mais la plupart des réseaux ont choisi de se fonder sur des estimations calculées à partir d’enquêtes. En clair, on interroge un panel de voyageurs – avez-vous déjà fraudé ? De quelle manière etc. ? – et l’on en déduit un taux plus proche de la réalité, et appelé « réel ». Inconvénient : l’enquête étant coûteuse, elle ne peut pas être mise à jour annuellement. Sur le réseau de Strasbourg par exemple, les contrôleurs font, tous les deux ans, des enquêtes sur le terrain, sans verbaliser, en interrogeant un échantillon de 17 000 personnes. Comme le sujet mérite d’être suivi d’encore plus près, la CTS envisage de passer à un rythme annuel. Mais dans ce cas, la taille de l’échantillon serait réduite pour des considérations budgétaires. Reste une question : comment être sûr qu’un fraudeur, s’il fait partie du panel, ne sera pas également un menteur ? C. N.––––––––––––––––––––Lutte contre la fraude. Les moyens déployés par les exploitantsCredo dans l’urbain : Il faut transformer le fraudeur en client !Les groupes de transport développent tout un arsenal de mesures : validation systématique, présence renforcée d’équipes de contrôle, mais aussi politique commerciale ad hoc.«L’expression de l’ex-président de la BCE, Jean-Claude Trichet, à propos de l’inflation est valable aussi pour la fraude : c’est comme le dentifrice, il est extrêmement difficile de faire rentrer dans le tube la pâte qui en est sortie » ! Cette image, rapportée par Frédéric Baverez, directeur général France de Keolis illustre bien la difficulté pour les réseaux à maintenir la fraude à un taux acceptable. Il ne faut jamais relâcher la pression, sous peine de la voir exploser. Les estimations à la louche de la profession chiffrent à 500 millions d’euros le manque à gagner annuel, dont 300 M€ pour la SNCF (TER et TET) et 100 M€ pour la RATP, selon le bilan annuel de l’UTP.Un calcul qui pourrait bien être très en deçà de la réalité sachant que « gagner ne serait-ce qu’un point de fraude permet d’engranger plusieurs centaines de milliers d’euros de recette annuelle, la somme augmentant avec la taille du réseau », prévient Franck Geisler, président de Scat, société spécialisée dans la lutte contre la fraude, qui depuis 1998, intervient chaque année auprès d’une centaine de réseaux français, filiales des 4 grands groupes. Ce patron avoue une croissance régulière de son activité depuis 17 ans. « Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais la crise fait qu’on ne passe plus par-dessus. Les dotations des collectivités sont en baisse et les DSP sont titrés vers le bas. » A Strasbourg, par exemple, un point de fraude représente 500 000 euros. Si bien que faire passer la fraude de 10 à 0 % pourrait représenter 5 millions d’euros de recettes supplémentaires… en moyenne par réseau urbain.La fraude est en tout cas, devenue un mal suffisamment inquiétant, dans un contexte économique de plus en plus contraint, pour que Keolis en fasse sa « grande cause nationale pour 2014 », et déterre la hache de guerre avec tout un arsenal de mesures anti-fraude. Chez Transdev, on répugne à parler de « lutte contre la fraude », expression qui laisse penser qu’on mise sur le tout répressif. On préfère l’incitation « car le fraudeur est aussi un client », explique Franck Michel, directeur marketing et territoires France. Inciter à l’achat du titre, puis à sa validation passe principalement par des messages de responsabilisation pour le groupe qui estime que la triche sur ses réseaux lui coûte « plus de 60 millions d’euros par an ».Paradoxalement, Keolis, qui exploite davantage de réseaux, en particulier des grands (Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg…), ne chiffre le manque à gagner qu’à 30 M€ annuels. Tout en sachant que le taux de fraude réel est généralement quatre fois plus important que le taux apparent (voir encadré comment compte-t-on les fraudeurs ?). Le réel, estimé par enquête, se situerait généralement autour de 5 % pour un petit réseau, mais il peut atteindre jusqu’à 20 % dans les réseaux à tram, avec une moyenne autour de 10 %. En dehors du tramway, l’un des facteurs aggravants : le fait d’avoir cédé à la mode de la montée toutes portes dans les bus. « Le conducteur ne joue plus son rôle majeur de maintien du respect de l’espace bus », poursuit Franck Michel. Et même si l’on fait marche arrière en réinstaurant la montée par la porte avant, c’est difficile… « Sur 100 voyageurs, on sait qu’on trouve 10 fraudeurs invétérés, 10 personnes qui paient systématiquement et 80 fraudeurs d’opportunité, c’est sur ces derniers que nous axons nos actions », explicite-t-il. Au sein de cette large population, on trouve celui qui une seule fois n’aura pas eu le temps ou la monnaie pour acheter son titre, comme celui qui estime fréquemment que « c’est trop cher pour deux stations » ou encore celui qui ne paiera qu’exceptionnellement.Par rapport à nos voisins européens, on ne ferait ni mieux, ni pire en la matière. Mais la différence tiendrait principalement dans la perception de faire quelque chose de mal. « On fraude l’Etat, c’est un sport national, et il n’y a pas de contrôle social des autres voyageurs », résume Franck Michel de Transdev. « Dans tous les sondages, la fraude apparaît comme un péché véniel, relève de son côté Frédéric Baverez. Mettre les pieds sur le siège ou arracher une fleur d’un jardin public sont perçus comme des actes plus répréhensibles… ». Explication : les gens ont l’impression de ne léser personne. « Il faut donc faire valoir l’enjeu économique, poursuit-il. Ainsi à Lyon, des adhésifs rappellent que la fraude correspond à l’achat d’une rame de métro ou de 10 bus par an… ». Histoire de rappeler que c’est toute la collectivité qui est en fait pénalisée par la triche de chacun. Dans ce très grand réseau, Keolis arrive à contenir la triche aux alentours de 10 %, un résultat honorable, fruit d’une pression permanente et de longue date. « Il faut lutter contre la fraude, car c’est à la fois un enjeu pour les finances publiques, un manque de citoyenneté et une demande des clients qui ne supportent pas de payer quand les autres ne le font pas, poursuit-il. La fraude contribue de plus au sentiment d’insécurité ».L’inverse est aussi vrai : « une augmentation des ventes et des validations fait baisser les incivilités », rappelle Franck Geisler. Les méthodes employées pour améliorer les taux de fraude sont plus ou moins innovantes (voir celles de Keolis ci-après), mais dans tous les cas, « l’important, c’est de ne pas se voiler la face et de mettre les moyens sachant que la peur du gendarme est encore ce qui fonctionne le mieux », explique le directeur de la Scat. Une collaboration de longue date avec les Transports de l’agglomération de Montpellier (Tam), a porté ses fruits, le taux oscille encore entre 15 et 20 %, mais « ils sont partis de 25 %, rappelle-t-il. Les dégradations ont aussi baissé, cela apporte de la sérénité aux voyageurs qui payent, qui se sentent plus en sécurité ».Dans les réseaux Transdev, on mise beaucoup sur la dissuasion, « qu’elle soit humaine, ce qui est essentiel, en impliquant les conducteurs ; matérielle, en évitant les réseaux ouverts et en plaçant au mieux les valideurs ; psychologique en rendant le contrôle visible et en enclenchant un cercle vertu, ou pédagogique via les campagnes », assure Franck Michel, le directeur territoires et marketing France. Lui ne parle pas du tube de dentifrice, mais rappelle que « la fraude est comme un matériau à mémoire de forme » et que seul un travail sur tous les fronts finit par payer. Malgré toute la communication et la pédagogie, la validation systématique à l’entrée dans le bus ou tram, mise en place dans 80 % des réseaux occasionne encore des triches, passibles d’une amende à 10 euros (contre 49,50 € sans les éventuels frais de dossier pour un défaut de titre).Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le taux de fraude n’est pas lié au taux de contrôle – généralement situé entre 2 et 5 %, mais au taux de recouvrement des PV, selon le responsable de Transdev. « Il faut faire en sorte que le recouvrement soit suivi, quitte à faire appel à une société spécialisée, conseille-t-il. Si on sait qu’en donnant une mauvaise adresse on n’est jamais retrouvé, on ne changera pas ses habitudes… A Reims, les contrôleurs ont une tablette reliée à la base de données des “ mauvais “ clients. » C’est aussi dans cet esprit que l’UTP aimerait faire changer la loi afin que le délit de fraude d’habitude soit constitué à partir de 5 infractions dans l’année, au lieu de 10 actuellement. Une demande à laquelle a accédé le Conseil national de la sécurité dans les transports en commun le 16 décembre.Parmi les bonnes solutions, on trouve aussi la formule « troc it », la transformation du PV en abonnement de plusieurs mois, pratiquée par les deux groupes, quand l’autorité organisatrice est d’accord. Et chez Keolis, on relève que « 55 % des clients avouent avoir fraudé au moins une fois dans l’année, soit parce qu’on était pressé et qu’il y avait la queue au guichet, soit parce qu’on n’avait pas de monnaie etc. ». Le directeur général France ajoute qu’on implique toute l’entreprise, avec un chargé de fraude dans chaque réseau et un comité de pilotage. « Instaurer la montée par l’avant sans impliquer les conducteurs ne sert à rien, la maintenance doit s’assurer d’une disponibilité des valideurs d’au moins 99,5 %, le marketing et la distribution sont responsables des systèmes de vente… », énumère-t-il.Et que deviennent les ex-fraudeurs ? « Après une baisse d’un pour-cent, on estime qu’un tiers ne prend plus les TC, un tiers ne fraude plus et un tiers continue de frauder », conte encore Frédéric Baverez. Même si les langues se délient un peu plus qu’autrefois, la fraude reste encore un sujet qui dérange. Pour des raisons variées ou par intérêt puisque les DSP intègrent parfois une exigence de baisse de la triche, certains exploitants arrangent leurs chiffres. « Il y a notamment un important réseau qui annonce un taux à quelque 3 ou 4 %, raconte Franck Geisler. Tout le monde est mort de rire ». Une fraude permise celle-là !Cécile NANGERONI––––––––––––––––––––Comment Keolis essaie de déstabiliser les fraudeursPrincipe de base : le fraudeur doit avoir l’impression qu’il risque de se faire prendre à tout moment. Pour cela, Keolis a développé des méthodes innovantes dans le but de déstabiliser les resquilleurs. Les équipes de contrôles sont généralement très visibles dans les pôles d’échanges, générateurs d’importants flux de voyageurs. Par ailleurs, elles se déploient aussi aux moments où on les attend a priori le moins, typiquement en soirée ou le dimanche. Mais ce n’est pas tout.La filiale de la SNCF utilise de plus en plus souvent les formules de contrôles avec agents en civil. Astuce : au lieu de filtrer tout le monde, ces contrôleurs qui se fondent dans la foule se dirigent exclusivement vers les voyageurs qui n’ont pas validé de titre. C’est le cas à Lyon, à Bordeaux, à Orléans ou à Dijon notamment. Il y a aussi les contrôles dits « radar » par analogie avec les appareils au bord des routes dont on annonce la présence. Ainsi dans une rame, une annonce sonore prévient les voyageurs avec un message du type : « merci de préparer votre titre de transport en vue d’une opération de contrôle imminente. » « On observe alors que quelques personnes se précipitent pour valider et que d’autres descendent à la station suivante », raconte Frédéric Baverez, directeur général France du groupe. Naturellement, ces derniers prennent alors fréquemment la rame suivante pour se retrouver nez à nez avec l’équipe de contrôle. Malin et efficace ! C. N.––––––––––––––––––––Les réseaux s’adaptent aux technologies et aux méthodes des fraudeursAvec les réseaux sociaux et dans la mouvance de Check My Métro ! est née l’habitude de faire passer l’information sur l’emplacement des équipes de contrôle en temps réel. La parade a été vite trouvée : on sature les comptes et donne l’impression aux voyageurs que les contrôleurs sont partout ! Reste encore à lutter contre les mutuelles qui incitent à la fraude en promettant de payer le PV pour vous moyennant une cotisation mensuelle dérisoire (5 €). Keolis est satisfait de voir que celles de Lille et de Rennes sont menacées, le procureur ayant décidé de les poursuivre pénalement pour incitation à la fraude. Il y a enfin encore une fraude invisible au contrôle si l’on n’est pas pris sur le fait, c’est celle de la « repasse » de ticket valable une heure quand on ne l’a utilisé qu’un quart d’heure par exemple. « De manière étonnante, les gens pensent faire un acte de générosité et de solidarité, déplore Frédéric Baverez, directeur France de Keolis. Alors qu’ils contreviennent à la loi ! ». La encore, le groupe a trouvé, pour partie, la parade… C. N.––––––––––––––––––––A la RATP, les trams plombent les statistiquesPlus élevée dans les bus et trams que dans le métro, la fraude est particulièrement pointée depuis deux ans à la RATP. Analyse des techniques de fraude et meilleure organisation des équipes de contrôle pour faire diminuer une facture estimée à environ 100 millions d’euros.C’est un phénomène que la RATP ausculte depuis toujours. Et avec environ 5 % dans le métro et 3 % dans le RER, « la fraude est assez stable dans les réseaux ferrés, explique Franck Avice, directeur Services, relations clients et espaces à la RATP. Elle est en revanche à la hausse dans les bus et trams où elle dépasse 10 % ». En effet, une rapide recherche dans les archives des sites RATP montre que le taux de fraude officiel dans le métro – le mode qui est toujours mis en avant – était de 7 % en 1991, 4 % en 2005 et 3 % en 2008. Ces estimations, que la RATP juge fiables, elle les fait à partir de comptages.Depuis deux ans, l’entreprise a mis l’accent sur la lutte contre la fraude, principalement en augmentant les contrôles et en s’organisant différemment afin d’optimiser les moyens humains. Les 1 000 agents de contrôles sont devenus multimodaux et travaillent par plus petits groupes dans le but d’occuper le terrain. Ils sont épaulés par les 4 500 agents de stations, désormais assermentés quand ils travaillent en équipe mobile, ainsi que, depuis un an, par les 1 500 agents des gares RER. Ce qui correspondrait à « 1 500 équivalents temps plein ». En terme de manque à gagner dû aux voyageurs sans titre et qui ne paieront pas de PV et aux frais de contrôle, la RATP a calculé que c’était 100 à 110 millions d’euros qui partaient en fumée chaque année. « De quoi acheter 450 bus ou une vingtaine de nouveaux métros, compare Franck Avice. Ou encore de rénover complètement 20 stations de métro ».Et l’un de ses principaux problèmes, c’est un taux extrêmement bas de recouvrement des PV, du moins de ceux qui ne sont pas payés immédiatement avec un tarif minoré à 33 € contre 65 € en cas de paiement a posteriori. « Même si ce n’est pas le pire taux de recouvrement de la profession, nous souhaitons l’améliorer », dit-il. D’accord avec la SNCF, l’opérateur francilien travaille à convaincre le ministère de l’Economie de lui donner accès à des fichiers nationaux (la première idée est celle des immatriculations de véhicules), afin de croiser un nom et une adresse. Et donc de couper l’herbe sous le pied aux petits malins toujours très inventifs puisqu’ils ne sont pas obligés de présenter une pièce d’identité. « Avec le délit pour fraude d’habitude à partir de 5 PV par an, c’est l’une des revendications de la profession, mais cela risque de ne pas être facile de convaincre l’Etat », subodore-t-il.La RATP a par ailleurs dans son contrat avec le Stif une obligation de produire un nombre donné de journées agents de contrôle par an. « Nous respectons cette obligation chaque année », précise le responsable. Il y a bien sûr aussi chaque année une petite campagne de communication contre les incivilités avec un volet fraude, une sensibilisation permanente à la validation (c’est 5 euros de pénalité pour la non-validation d’un Navigo). Il y a aussi le constat qu’une méthode se développe, celle de voyager avec un titre valide en poche, mais non oblitéré. « Les fraudeurs écrivent ensuite une lettre de contestation, dans laquelle ils expliquent qu’ils n’ont pas pu accéder au valideur ou bien n’ont pas eu le temps de le faire », poursuit Franck Avice. Un subterfuge de la part de ces fraudeurs d’opportunité qui ne trompe personne.Et si bus articulés et tram, plus ouverts avec leurs nombreuses portes voient la fraude croître, c’est peut-être en raison de la crise économique. Mais pas que. « Il y a aussi pour partie, la période d’ajustement de notre réorganisation du contrôle, et pour partie le fait que le réseau tram a beaucoup augmenté récemment, et le trafic avec », analyse le directeur des services. Les nombreux tarifs sociaux sont aussi là, en théorie, pour éviter la fraude. Quant aux effets du futur passe Navigo à tarif unique, « on ne sait pas dire… On sait combien ça va coûter, mais pas combien ça va rapporter en effets induits… » C. N.––––––––––––––––––––Entretien avec Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS« Nous concentrons les contrôles là où les fraudeurs sont le plus gênés »En cinq ans, le taux de fraude enregistré sur le réseau de transport public strasbourgeois a baissé de 25 %, passant de 12,4 % à 9,2 %. Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois), explique la méthode mise en place.Ville, Rail & Transports. Depuis quand faites-vous de la fraude une priorité ?Jean-Philippe Lally. Nous avons toujours eu le souci de limiter le taux de fraude. C’était notamment le cas lors de la mise en œuvre il y a quelques années, de la montée par l’avant. Aujourd’hui, le taux de fraude dans les bus est très bas, à peine 3,5 %.VR&T. Peut-on encore abaisser ce niveau ?J.-P. L. On peut toujours le faire. Mais la vraie question est économique : à partir de quel moment les efforts engagés vont coûter plus cher que ce que vous allez gagner ?Aujourd’hui, nous n’avons pas de nouveau plan d’action pour les bus.VR&T. Et pour le reste du réseau ?J.-P. L. En 2010, la collectivité a fait un choix extrêmement volontariste sur la tarification solidaire. Il s’est traduit, pour certains, par un abonnement mensuel à 3 euros. Ce choix a déclenché un consensus global sur la lutte contre la fraude qui devient intolérable pour la collectivité. Nous avons alors augmenté d’une quinzaine le nombre d’agents sur trois ans. Et nous avons eu une réflexion sur l’organisation de nos contrôles, basée sur un raisonnement économique : il faut concentrer les contrôles d’une part, là où les fraudeurs sont le plus gênés et d’autre part, là où nos lignes de transports sont déjà saturées pour que la collectivité n’ajoute pas des moyens pour une clientèle qui ne paie pas.Dans le même temps, nous avons obtenu une adhésion totale des élus et de la collectivité pour rehausser le montant des amendes à un niveau supérieur à celui du prix d’un abonnement mensuel.VR&T. Quel a été le résultat de ces choix ?J.-P. L. Nous avons réduit de 3 % le taux de fraude qui est passé à 9,2 %. Gagner 1 point représente 500 000 euros de recettes annuelles. Si on ajoute le montant des amendes qui ont été recouvrées, la collectivité a récupéré l’équivalent de 2 millions de recettes par an. C’est un levier important pour les collectivités pour maîtriser leur implication financière.VR&T. Prévoyez-vous d’aller plus loin ?J.-P. L. Oui, même si nous ne nous sommes pas fixés d’objectifs chiffrés précis. Nous ne voulons toutefois pas qu’à un moment il y ait une quelconque pression du chiffre à réaliser. Mais nous avons engagé des réflexions complémentaires. Nous recourons à un sous-traitant qui assume pour nous des missions de prévention sur le réseau, en particulier dans le tram. Nous avons prévu de lui confier, dans le cadre de cette mission, la possibilité non seulement de verbaliser un comportement fautif, mais aussi de vérifier la validité de son titre de transport. Nous regardons aussi avec attention les réflexions engagées par de grands réseaux. Si de nouvelles méthodes de contrôle nous paraissent intéressantes, nous pourrons les adopter. Enfin, nous avons lancé une réflexion sur l’évolution de nos effectifs de contrôle qui nous amènera à déterminer à partir de quel niveau il n’est plus rentable de renforcer les efforts.VR&T. Prônez-vous une hausse du montant des amendes ?J.-P. L. Aujourd’hui, il semblerait intéressant d’augmenter leur niveau mais en restant dans des limites raisonnables. Il ne faudrait pas tomber dans l’inacceptabilité, c’est-à-dire à un niveau qui pourrait être perçu comme un moyen pour la collectivité de gagner de l’argent.Il faut surtout parvenir à sanctionner le fraudeur d’habitude et à le distinguer de celui qui a fraudé pour une raison ou pour une autre, par exemple parce qu’il était pressé et ne voulait pas faire la queue au guichet. C’est un vrai sujet. J’entends ici ou là des idées sur la notion de fraude d’habitude qui pourrait être déclenchée à partir d’un nombre inférieur à ce qu’il est aujourd’hui. Aujourd’hui, pour se faire prendre 10 fois dans la même année, il faut le faire ! Abaisser ce chiffre à 5 serait une bonne chose.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT––––––––––––––––––––Toulouse : Un réseau exemplaire ?Avec 4 % de fraude dans le réseau toulousain en 2014, Tisséo peut s’enorgueillir d’afficher un niveau de fraude parmi les plus bas de France depuis de nombreuses années. « Ce chiffre peut paraître étonnant par rapport aux taux mesurés par Effia Synergie dans d’autres grandes villes (10 à 15 % dans des réseaux comparables), mais tout notre système converge vers la validation », explique Olivier Poitrenaud, directeur de l’Epic Tisséo. Cela tient d’abord au fait que les deux tiers du trafic se font par le métro, qui dispose de portillons « validateurs », renforcés par la présence d’agents de sécurité à chaque station, et que 75 % des passagers du tramway et des bus sont en correspondance avec le métro. Par ailleurs, la montée se fait traditionnellement par l’avant dans le bus, ce qui incite à valider. Cette culture locale a fait que, malgré l’introduction de bus articulés, la fraude n’a pas augmenté. Dans le tramway, le taux de fraude est légèrement plus élevé (6 %), mais sa mise en service fin 2010 s’est accompagnée d’une politique de contrôles aléatoires qui en a évité l’explosion.Côté contrôle et dissuasion, 45 vérificateurs sont appuyés par 49 agents de prévention qui assurent une présence, et une quarantaine de médiateurs font des rappels à la règle préventifs. C’est l’un d’eux qui a été passé à tabac, dans la nuit du 22 novembre, après avoir rappelé à la règle un groupe de jeunes, alors qu’il avait terminé son service. Les syndicats se sont inquiétés d’une hausse des incivilités et ont dénoncé une extension du service à 3 heures du matin le vendredi et le samedi, sans moyens suffisants. « Il ne faut pas confondre un cas isolé avec une évolution générale », répond Olivier Poitrenaud pour qui, associer cette agression avec le changement d’horaires relève de l’amalgame. La prolongation des horaires du métro le week-end s’est accompagnée d’une présence des agents de sécurité en station jusqu’à la fermeture à 3 h 30, de l’embauche de 5 agents de prévention et d’un partenariat renforcé avec la police nationale.Catherine SANSON-STERN––––––––––––––––––––Entretien avec Alain Le Vern, directeur général Régions et Intercités SNCF« Il faut faire en sorte que la fraude soit traitée pour ce qu’elle est : un délit »La SNCF va présenter son plan antifraude en début d’année. Des mesures destinées à renforcer les sanctions des fraudeurs, considérés comme des délinquants, et également à améliorer le taux de recouvrement des PV.Ville, Rail & Transports. Quel est votre constat sur la fraude ?Alain Le Vern. Tous les trains à réservation obligatoire (TGV et Intercités) ont des taux de fraude limités. Quand les trains sont en open access, les taux sont plus élevés : ils peuvent aller de 5 à 6 % jusqu’à plus de 15 % en zone dense.On estime le coût de la fraude à 300 millions d’euros. Mais à mon avis, le coût est supérieur. Je le constate chaque semaine quand j’accompagne des opérations anti-fraude. Le taux de fraude est relativement stable. En revanche, le taux de récidivistes augmente, des personnes « s’installent » dans ces pratiques.VR&T. Quels sont les grands axes de ce plan de lutte antifraude que vous préparez ?A. L. V. La fraude doit être considérée comme un délit, passible de plusieurs milliers d’euros d’amende, voire de prison avec sursis. Nous avons affaire à des délinquants qui vont être punis de plus en plus sévèrement. En septembre dernier, nous avons déjà raccourci la durée de validité du billet Intercités et TER qui est passée à 7 jours. Le montant des amendes forfaitaires va également fortement augmenter.L’une des difficultés est de recouvrer les amendes. Deux tiers des voyageurs paient dans le train. Pour l’autre tiers, c’est plus compliqué si l’identité qui est donnée et l’adresse ne correspondent pas. Mais le ministère de l’Intérieur qui a réuni le 16 décembre le Comité national de sécurité dans les transports en commun a décidé d’aider la SNCF à retrouver ceux qui auraient donné une fausse adresse ou une fausse identité.Dans le respect des règles posées par la Commission nationale Informatique et Libertés, l’Etat nous aidera à les retrouver les délinquants et à recouvrer les amendes.Par ailleurs, nous recensons 20 000 récidivistes pour délit d’habitude. Cela signifie qu’ils se sont fait prendre dix fois la même année. Je suis favorable à l’abaissement de ce chiffre à cinq voire même à quatre, ce qui permettrait de dissuader les fraudeurs dont les peines s’alourdiraient.VR&T. Vous inspirez-vous des pays européens ?A. L. V. En Espagne, en Allemagne ou encore en Suisse, les taux de fraude sont moins importants. Nous allons nous inspirer de leurs pratiques. En Allemagne par exemple, je constate qu’il faut avoir sa carte d’identité pour voyager en train. C’est la même chose quand on prend l’avion : si vous allez de Paris à Toulouse, on vous demande votre carte d’identité. D’autant que l’on demande déjà aux voyageurs d’étiqueter leur bagage. Quel est l’intérêt si on n’est pas sûr de la réalité des informations données ?Aujourd’hui, quand un voyageur n’a pas de billet, le contrôleur doit le faire descendre à l’arrêt suivant pour que la gendarmerie vienne l’interpeller. Il faut donc une approche globale de la lutte contre la fraude qui est, je le répète, un délit pouvant en générer un autre. Il n’y a aucune justification à cette délinquance qui prive les transports publics de sommes considérables indispensables à une meilleure performance des déplacements de tous.On voit bien qu’il faut des effectifs très importants pour appliquer cette procédure. Je demande donc au ministre, soit de nous permettre d’appliquer cette procédure, soit de faire en sorte que la loi impose la détention d’une carte d’identité pour prendre les transports publics.VR&T. Dans quelle mesure les nouveaux outils numériques peuvent-ils vous aider ?A. L. V. Ils vont beaucoup nous aider. Par exemple, les nouvelles technologies améliorent la couverture de distribution. Le développement du digital (internet fixe et mobile), qui se poursuit avec le NFC, rend le service de distribution désormais accessible 24h/24 et permet de garantir aux clients un moyen de distribution y compris dans les haltes TER.VR&T. Quand présenterez-vous votre plan ?A. L. V. Nous lancerons notre plan antifraude en début d’année.. Il y a en effet encore toute une procédure à écrire et des aspects techniques à finaliser. Il faut faire en sorte que la fraude soit vraiment traitée comme ce qu’elle est : un délit.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT––––––––––––––––––––Lutte contre la fraude. Comment font nos voisins européensAllemagne : Des agents en civil pour surprendre les resquilleursL’Allemagne, un « paradis pour les fraudeurs » ? La chambre haute du Parlement, le Bundesrat, a décidé d’augmenter les amendes dans les transports en commun pour lutter contre ce phénomène.Utiliser les transports en commun sans titre valable, cela s’appelle en allemand voyager au noir (« schwarzfahren »). Une habitude qui a la vie dure outre-Rhin, au point que la Fédération des entreprises de transports allemandes VDV a qualifié le pays de « paradis des fraudeurs » : on compterait en effet un million de resquilleurs par jour. Un problème auquel le Bundesrat, la Chambre haute du Parlement, qui rassemble les représentants des 16 Länder allemands, vient de s’attaquer : le 28 novembre, celui-ci s’est prononcé en faveur d’une augmentation en 2015 de l’amende en cas de fraude dans les transports en commun. Avec un montant de 40 euros, celle-ci figurait parmi les moins chères d’Europe (aux côtés des Pays-Bas ou de la République tchèque, où elle tourne autour de 38 euros). Pourtant, la fraude peut coûter cher, puisqu’au bout de trois contrôles sans ticket, le contrevenant atterrit au tribunal et risque même la prison s’il n’a pas les moyens de payer.Il y a urgence à lutter contre le phénomène pour les entreprises du secteur : selon une étude de la Fédération des transports, le manque à gagner pour ces dernières oscille chaque année entre 200 et 250 millions d’euros. Comme le note Jürgen Fensk, président du VDV, « à 40 euros, il est encore plus tentant aujourd’hui qu’il y a dix ans de frauder, d’autant que, dans le même temps, les coûts en termes d’énergie et de salaires ont grandement augmenté pour les entreprises ». « Il est donc plus que temps pour une hausse », conclut-il dans un communiqué.Particularité de la lutte contre la fraude : le contrôle des billets est, dans la majorité des centres urbains allemands, confié à des agents en civil. A Berlin (troisième ville comptant le plus fort taux de resquilleurs derrière Chemnitz et Cologne, selon une enquête du magazine WirtschaftsWoche), par exemple, il n’est pas rare de les voir, une fois la fermeture des portes effectuée, dégainer leur lecteur décodeur portable. Souvent jeunes, cultivant une allure passe-partout – tennis et sweat à capuches –, ces contrôleurs misent sur l’effet de surprise. En effet, l’accès aux trains des transports publics ne comprend généralement pas de barrières, l’obligation de présenter son ticket au chauffeur de bus en montant est encore récente et la tentation de frauder d’autant plus grande. L’opérateur des transports publics berlinois BVG dispose dans son service « Sécurité et services aux voyageurs » de 250 employés habilités au contrôle des titres de transport. Parmi eux, 40 sont affectés uniquement au contrôle des passagers. BVG fait en outre appel à 85 salariés d’un prestataire de service externe, la société Wisag. En tout, précise un porte-parole du BVG, on compte chaque jour sur le réseau 110 contrôleurs en activité. Un renforcement des effectifs qui semble avoir porté ses fruits, puisqu’après avoir atteint un taux record de 8,5 %, le taux de fraudeurs est redescendu à 7 %.Gilles BOUVAISTGrande-Bretagne : La fraude estimée à plus de 300 millionsEntre 3 et 5 % des trajets effectués sur le rail britannique ne seraient pas payés. Les transporteurs dépensent chaque année plus de 26 millions d’euros pour lutter contre le fléau.Encore choquée par la récente découverte du « plus grand fraudeur de l’histoire » – un richissime manager de la City n’a pas payé ses tickets de transport pendant cinq ans, soit une fraude estimée à 43 000 livres (54 000 €) – la Grande-Bretagne n’a, semble-t-il, pas très envie de parler publiquement de la fraude dans les transports publics au point que toutes les personnes contactées par Ville, Rail & transports ont refusé de répondre. Preuve que le sujet est sensible mais aussi peut-être négligé, alors que l’autorité de lutte contre la fraude admet elle-même dans ses derniers rapports annuels ne pas avoir étudié cette question et n’être qu’en mesure de citer les chiffres de l’association des opérateurs de trains Atoc. Dans un communiqué de juin 2013, celle-ci avançait qu’entre 3 et 5 % des trajets effectués sur les rails britanniques n’étaient pas payés, ce qui équivaudrait à 120 000 trajets sans ticket chaque jour et coûterait 240 millions de livres (plus de 302,6 millions d’euros). Les transporteurs dépensent chaque année plus de 21 millions de livres (26,4 millions d’euros) pour lutter contre ce fléau. La ville de Londres, dans laquelle la présence massive de personnels à l’entrée du Tube impressionne, n’a pas souhaité nous en dire plus sur ces méthodes. Qui a déjà pris le métro londonien peut d’ailleurs témoigner de la mission « proactive » de ces agents qui vont au-devant du voyageur dès qu’ils le voientdésorienté ou qui l’abordent pour lui proposer la formule tarifaire la plus attractive.Reste qu’en 2011, le gestionnaire du réseau londonien Tfl avait perdu un record de 75 millions de livres (94,6 millions d’euros) à cause des fraudeurs. Excédé, le maire Boris Johnson avait du coup augmenté en 2012 l’amende à 80 livres (100,90 €) contre 50 auparavant (63 €). A Londres, le maire en a le pouvoir car TfL est détenu par la municipalité, dont l’adjoint aux Transports préside le conseil d’administration de TfL. Le maire est lui-même membre du conseil de TfL.Eléonore KERN-GORSEEspagne : Barcelone face à la petite et à la grande fraudeA urbanisation croissante, réseaux de transport complexes. L’Espagne n’échappe guère aux défis de flux urbains massifs et, parmi les difficultés, les autorités organisatrices doivent gérer une fraude souvent routinière, parfois ingénieuse.Comme à Madrid, Séville ou Bilbao, les transports urbains de Barcelone sont coordonnés par une autorité unique, ici l’ATM. Parmi les réseaux de la capitale catalane, les transports métropolitains de Barcelone (TMB) recourent depuis des années à des mesures de dissuasion directement aux différents niveaux de l’infrastructure. A partir de 2009, un « plan stratégique » interservices coordonne les actions. « Parmi les nombreuses mesures, des services de sécurité privée ont été mis en place en 2010 et ont révélé un niveau de fraude élevé et inacceptable », reconnaît Ricardo Ortega, directeur de la sécurité des TMB. « Le résultat a été très satisfaisant étant donné que l’on a pu non seulement diminuer la fraude en présence des gardes de sécurité mais, plus important encore, en leur absence ».TMB gère les autobus et le métro de cette ville de plus de deux millions d’habitants intra-muros. Ces deux « xarxas » (réseaux) comptent respectivement 9 lignes ferroviaires (sans compter celles des chemins de fer catalans-FGC) et quelque 80 lignes de bus. Les initiatives anti-fraude suivent deux axes : des contrôles intensifs et aléatoires se centrent sur les stations de correspondances, par exemple Passeig de Gràcia ou Espanya, « là où l’espace disponible et l’affluence permettent un équilibre entre la fluidité et la validité des passages des clients ». D’autre part, au-delà de la répression, l’information est privilégiée. « Nous avons adopté un principe qui fonctionne dans toutes nos prestations de service : un client informé est un client plus satisfait » assure Ricardo Ortega. Le dispositif anti-fraude préventif et anticipé réduit également les risques d’agressions contre les employés.Si l’on reste discret du côté des Ramblas sur l’ampleur, les dommages et coûts dus à la fraude, on voit à quelques épisodes qu’il ne s’agit pas seulement de clients voyageant sans billets, avec des titres non conformes ou de sauteurs de tourniquets. Ainsi en mars 2012, la police catalane a démantelé une bande de faussaires qui fabriquait cette fois à échelle industrielle des carnets ou forfaits numériques. « La falsification, ont remarqué les Mossos de Esquadra (la police de Catalogne) était cette fois de haute qualité et difficile à détecter ». Comme quoi les supports magnétiques puis digitaux ne seraient pas forcément la panacée…Michel GARICOÏXStockholm : Fraude militanteUne frange militante émanant de syndicalistes radicaux prône la gratuité et encourage à la fraude. L’assurance fraude, par analogie avec l’assurance chômage, fait des émules depuis 2001, au grand dam des autorités.A moins d’avoir une carte mensuelle (790 couronnes, soit 85 euros, pour toute la région), pas toujours évident ou bon marché de s’y retrouver dans les tarifs zonaux des transports publics de Stockholm et de ses environs. D’autant plus que l’ancien système très pratique des « bandes » de tickets a été remplacé par un dispositif complexe à carte sans contact, dans lequel l’usager doit prédéfinir lui-même son « voyage standard » et signaler les éventuels écarts au moment de valider.Une catégorie de voyageurs ne se pose pas de questions : les fraudeurs. Parmi ces derniers, une frange militante émanant de syndicalistes radicaux, qui revendiquent la gratuité dans les transports publics, a développé depuis 2001 l’association « planka.nu », dont le nom est à la fois l’adresse Internet et l’injonction « sautez la barrière maintenant ». Quoiqu’en fait de barrière à sauter, seuls le métro et le RER (« pendeltåg ») en soient équipés à Stockholm. Dans les autres moyens de transports, plus difficile de ne pas payer : la validation se fait à l’accès des bus et bateaux, alors que les trams et trains de banlieue « locaux » sont en entrée libre, avec passage systématique du contrôleur à bord pour la validation ou l’achat des titres. Mais des parades sont conseillées par le site : entrée par la sortie du bus, faire comme si de rien n’était après être monté à un arrêt intermédiaire, lors du repassage du contrôleur… Toujours est-il que « planka.nu » encourage le voyage sans titre de transport et tire ses revenus de « l’assurance fraude » (« P-kassan », par allusion à « A-kassan », l’assurance chômage) : moyennant 100 couronnes (10,80 euros) par mois payables en ligne, les cotisants sont couverts face aux éventuelles amendes, qui se chiffrent à Stockholm à 1 200 couronnes (130 euros). Dans les autres villes où « planka.nu » a fait école, les cotisations peuvent être plus élevées.De son côté, l’autorité organisatrice des transports du Grand Stockholm, SL, estime que la fraude représente une perte de revenus de 3 % (5 % selon d’autres sources). Et une enquête station par station, rapportant le nombre de fraudeurs constatés au nombre total de voyageurs entrants donne des taux variant entre 0,2 % et 14 %, la médiane se situant à 3,3 %. Pour le site « planka.nu », qui a rendu publique cette enquête, « il est évident que la fraude est liée à la richesse des gens et non à leur sens moral, ce que SL prétend toujours. Les dix premières stations du classement sont dans des zones à bas revenus, alors que la plupart des stations avec peu de fraude se trouvent dans des secteurs plus nantis ».Patrick LAVAL––––––––––––––––––––Entretien avec Hilia Boris Iglesia, UITP« La certitude d’être sanctionné est un élément très important »Hilia Boris Iglesia est responsable de la commission de l’économie des transports à l’Union internationale des transports publics (UITP)Ville, Rail & Transports. La fraude constitue-t-elle aujourd’hui une question importante pour les réseaux européens ?Hilia Boris Iglesia. La fraude est un sujet important à nos yeux. Au sein de l’UITP, il y a plusieurs commissions où les membres ont la possibilité d’en discuter soit directement ou de façon plus indirecte via les politiques de e.ticket, de politiques tarifaires, etc… C’est aussi une question liée au financement des transports publics. Deux études de l’UITP de 2010 et 2014, sur les tarifs ont montré que le taux de fraude moyen était de 4 – 4,2 % et que taux de recouvrement était évalué à 43 %. Cette étude met en valeur l’importance de la certitude de la sanction pour lutter contre la fraude.C’est enfin une problématique qui contribue au sentiment d’insécurité et d’iniquité dans les transports publics : l’agression contre le personnel est souvent liée aux contrôle de tickets. Mais ce ne sont pas tous les réseaux qui sont affectés, plusieurs ont un taux de fraude stable ou bien diminuant, même parmi des réseaux « ouverts ».Les membres de l’UITP ont essentiellement traité ce sujet via l’introduction du ticket électronique. Mais l’adoption de la carte dite intelligente (smart card) l’a été essentiellement pour rendre plus de services aux clients (en particulier réduire les files d’attente aux guichets), même si plus de la moitié d’entre eux ont expliqué que d’autres facteurs ont influencé cette décision, notamment la volonté de réduire notablement la fraude et d’améliorer l’information.VR&T. Y a-t-il un benchmark régulier sur ce sujet et constatez-vous une augmentation de la fraude en ces temps de crise ?H. B. I. Non, il n’y a pas de benchmark dans le sens strict du terme. C’est néanmoins un sujet de travail récurrent dans l’Association, avec des études qui tous les 5-10 ans se penchent sur ce sujet. Une étude sera menée dans les prochains mois sur les réseaux de métro des membres de l’UITP.Avant la crise, le niveau de fraude sur les réseaux de métro était estimé à 4 % à Glasgow, Barcelone et Paris (RER) parmi les bons « élèves ». Avec la période de récession 2008-2012, Athènes par exemple a enregistré une réduction tant dans ses recettes que dans la fréquentation (-17 %). Toutefois, la décision d’introduire le e.ticket est également motivée par la volonté d’avoir un meilleur suivi des recettes et de réduire le déficit d’exploitation.VR&T. Y a-t-il des réseaux qui auraient mis en place des dispositifs particulièrement performants ?H. B. I. Parmi les outils habituels de lutte mais aussi de prévention, il faut citer l’obligation pour les voyageurs d’avoir un ticket valide, les équipements physiques (comme les portillons pour les réseaux métro), les interventions d’équipes spéciales ou du personnel ordinaire (et donc la probabilité d’être contrôlé pour les passagers), une politique qui encourage les abonnements longue durée, le soutien de la police et de certaines formes de l’action légale. Le niveau des amendes varie, dans l’échantillon que nous avons étudié, de 20 à 72 euros. Certains métros recourent à des encouragements en diminuant le montant de l’amende si le fraudeur paie immédiatement. Le suivi de la lutte contre la fraude, les actions mises en place et les sanctions varient grandement d’un réseau à l’autre. Parmi les membres européens, nous pouvons citer Lisbonne, Londres et le RER parisien qui ont installé des barrières à l’entrée et à la sortie du métro. Dans d’autres réseaux, il y a seulement des portillons à l’entrée, par exemple à Barcelone, Glasgow et dans le réseau de métro à Paris. Si l’on compare les niveaux de fraude, on constate qu’il est plus élevé dans les systèmes ouverts et plus bas dans ceux totalement fermés (avec des corrélations statistiques). Cependant, l’aspect culture est aussi décisif ou par exemple il existe des réseaux « ouvert » avec des bas taux de fraude, par exemple les réseaux allemands.L’exemple de Londres est également très intéressant : s’ils ont un comportement satisfaisant, les adolescents de moins de 16 ans, peuvent bénéficier d’une carte de transport gratuite. Cela les habitue à se déplacer dans la légalité et cela crée un sentiment positif à l’égard du réseau.VR&T. Les nouvelles technologies vont-elles rendre la lutte contre la fraude plus efficace ?H. B. I. La mise en service de nouveaux outils apporte des gains potentiels. C’est le cas par exemple de la carte intelligente. Mais cela ne doit pas empêcher les campagnes de sensibilisation et d’éducation en profondeur.Les cartes intelligentes conduisent généralement à un taux de fraude moins élevé qu’avec d’autres types de support car elles exigent un système fermé et efficace pour être correctement utilisées.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGTSuites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler
Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler
« Pour la première fois, sur les dix premiers chantiers programmés au cours de l’année 2014, nous en sommes à dix terminés ». Didier Dubus, directeur des suites rapides à SNCF Infra, peut se réjouir. Sous réserve qu’il n’y ait pas eu d’intempéries, notamment de la neige ou du gel fort en décembre, le programme de régénération des voies principales classiques a été tenu à 100 %. Au total, 540 km de voies ont été renouvelés par les moyens lourds mécanisés dits « de suites rapides ». En 2015, il devrait y en avoir 522 km.« Jusqu’en 2012, entre 92 et 94 % du programme prévu était réalisé. En 2013, on a fait 501 km de linéaire, soit 95,6 % du programme. Cela faisait plus de vingt ans que la barre des 500 km n’avait pas été franchie ». Il existe une explication simple à cela. Les trains de suites rapides n’étaient que deux. Ils sont trois depuis 2013, année de démarrage du marché 2013-2015.Théoriquement ce marché s’achève donc à la fin de cette année, mais il comporte une tranche optionnelle pour un prolongement du contrat sur 2016 et 2017. La décision devait être prise en décembre par RFF conjointement avec la SNCF. Les deux entités s’accordent à vouloir confirmer cette option et souhaitent de façon unanime continuer avec les trois suites. Mais tout dépend maintenant des budgets que l’Etat, en l’occurrence le ministère des Finances à Bercy, va débloquer… « Le problème est purement budgétaire. Le réseau en a besoin. Les entreprises donnent entière satisfaction, les suites n’ont même jamais aussi bien fonctionné. Il faut que la trajectoire de régénération continue à augmenter dans les prochaines années », insiste Didier Dubus. Les suites rapides représentent un sujet sur lequel l’ensemble des intervenants, RFF, SNCF et entreprises, ont intérêt à la réussite. On travaille tous dans le même sens, tout le monde a bien joué le jeu. Ce sont des travaux stratégiques, et il est impossible de remplacer une entreprise par une autre du jour au lendemain ».Les pourcentages de linéaires réalisés le prouvent, les démarches d’amélioration menées depuis 2008 et amplifiées à partir de 2011 avec les entreprises portent leurs fruits. Dans le marché en cours celles-ci sont quatre, Colas Rail et TSO (avec TSO Caténaires) étant toutefois en groupement sur le lot n° 1 pour exploiter leur TSV21 Framafer. Après un arrêt volontaire de six mois en 2013 au cours duquel de grosses modifications ont été menées, en particulier le changement des automates de dépose et de pose, ce train, de nouveau opérationnel depuis décembre 2013, offre de meilleurs rendements. Pendant cette immobilisation forcée, le groupement a assuré malgré tout son programme de régénération avec le train P95 loué à la société ETF qui n’avait pas été retenue dans le marché actuel. A partir de juin 2015, le groupement Colas Rail-TSO va s’engager pour sept mois sur un chantier complexe, sans doute « phare » de l’année : un peu plus de 85 km à renouveler sur la ligne Narbonne – Sète – Montpellier, de nuit, avec la voie contiguë circulée. Les 8h30 d’interception devraient lui permettre un avancement de 780 m par amplitude de travail.Meccoli qui assure le lot n° 3 (VFLI à la traction) avec son train TCM60 construit par la société suisse Matisa, travaille différemment. Sur chacun de ses chantiers, elle bénéficie systématiquement de la simultanée, c’est-à-dire de l’interruption totale des deux voies, celle à renouveler et celle contiguë pour amener un train chargé d’évacuer les rails, les traverses et le ballast déposé. Un avantage qui lui permet de travailler avec du matériel plus simple que les autres. Le TCM60 est un train de pose, mais pas de substitution. Le marché 2013-2015 et ses deux années optionnelles ont été bâtis ainsi. Mais comme il s’avère de plus en plus difficile d’obtenir des simultanées, la question se pose pour l’appel d’offres du futur marché qui démarrera en 2018. Faudra-t-il ou non garder ce principe ?Le lot n° 2 est assuré par Transalp Renouvellement, association de l’italien Rossi, spécialiste des grands renouvellements dans ce pays, de DFC (Delcourt Ferroviaire), de ESAF qui intervient pour des opérations hors suite sur le réseau français et ETMF pour la traction. En 2013, année du démarrage de leur train P95 flambant neuf (construit par Matisa) et en fait de la toute nouvelle société peut-on ajouter, le nouveau venu dans le paysage ferroviaire français n’avait pas renouvelé une douzaine de kilomètres de voie sur son premier grand chantier entre Pau et Dax. Ce retard, dû à certains péchés de jeunesse sur le plan organisation et à quelques mises au point sur le train, a été vite rattrapé début 2014. La société a aussi apporté une nouvelle méthodologie issue de l’expérience italienne. Le train de substitution des rails et des traverses est placé devant la dégarnisseuse chargée, elle, d’extraire le ballast sur la plateforme. Un tel positionnement des deux principaux trains-travaux ne se faisait jusqu’alors qu’exceptionnellement sur le réseau français. La raison ? La voie est systématiquement remontée puisqu’il n’y a pas retrait de ballast avant substitution et qu’il y a même un ajout nécessaire pour les opérations de bourrage. Le problème n’a plus lieu d’être avec le P95 de Transalp. Il est en effet équipé d’une charrue qui écarte le ballast et permet ainsi à l’arrière de rendre la voie pratiquement à son niveau d’origine. Avantage de substituer avant de dégarnir, principe désormais appliqué sur plus de la moitié des chantiers menés par les trois entreprises, le matin, après la première journée de travail principal, la voie est neuve. Un critère indispensable pour améliorer les limitations temporaires de vitesse au droit des travaux.Autre nouveauté, alors qu’en général deux journées séparent le passage du train de substitution et celui de la dégarnisseuse, Transalp a proposé de « coller » les deux engins. La méthode a bien fonctionné sur le premier chantier d’essai en 2013 en Lorraine mais nécessite cependant la voie contiguë pendant quelques heures pour qu’un train puisse récupérer et évacuer le ballast usagé. La méthode, qui a été améliorée en laissant quelques centaines de mètres entre substitution et dégarnissage, permet de diminuer la longueur des zones de ralentissement d’un bon kilomètre. Pas négligeable, sachant qu’en général 6 km de limitation temporaire de vitesse (LTV) à 40 km/h sont nécessaires sur la voie qui vient tout juste d’être renouvelée, auxquels s’ajoutent 7 km avec une LTV à 100 km/h. « Notre objectif vise à rendre les travaux le plus transparent possible vis-à-vis de l’exploitation commerciale et au final réduire l’irrégularité. Cela conduit à produire plus pour demander moins d’interceptions, à diminuer les longueurs de LTV et à augmenter leur taux de ralentissement qui peut désormais passer de 40 à 60 km/h », conclut Didier Dubus.Michel BARBERON––––––––––––––––––––136 millions d’euros en 2015 pour régénérer les LGV
Renouvellement de ballast, remplacement de rails, d’appareils de voie et de dilatation… Les lignes à grande vitesse font désormais l’objet de vastes opérations. Les marchés viennent d’être renouvelés. 136 millions d’euros vont leur être consacrés en 2015.Maintenir les lignes à grande vitesse à leur top-niveau, ce sont les objectifs des schémas directeurs de grands travaux. Un premier a déjà été mené sur les années 2009-2014. Les prochains marchés de régénération LGV viennent tout juste d’être validés par RFF. Comme au cours de l’exercice précédent, ETF groupée avec Colas Rail, est chargée du renouvellement de ballast pour la période 2016-2021 (quatre ans fermes + deux optionnels), au cours de laquelle 344 km de linéaire vont être concernés. La société Meccoli adjudicatrice, groupée avec TSO, hérite sur la période 2015-2021 (sept années fermes) du marché de remplacement de 65 appareils de dilatation sur la LGV Méditerranée et de 28 appareils de voie sur la LGV Atlantique. TSO adjudicatrice d’un marché pour les années 2015 à 2021 (six ans fermes + un optionnel) va, pour sa part, poursuivre ses missions de remplacements de rails avec son train BOA développé avec le suisse Scheuchzer. 64 km de voies dès 2015 et au total 423 km sont prévus sur les LGV Sud-Est, Atlantique, Nord et Méditerranée. Mais la charge LGV ne s’étalant que sur cinq mois de l’année, dans le cadre d’un deuxième lot confié au même attributaire, le train sera utilisé six autres mois pour effectuer des missions semblables en Ile-de-France, à un rythme annuel de 35 à 100 km de voies. « Cela prouve la volonté forte de régénérer les voies sur le réseau Ile-de-France. Il y a plus de trafic, les composants davantage sollicités s’usent plus vite. Il faut donc les remplacer plus vite. Mais l’objectif consiste maintenant à régénérer en fonction de ces sollicitations et pas forcément en fonction de règles empiriques », explique Philippe Achour qui fait partie de l’entité GIU IDF (Gestionnaire d’infrastructure unifié Ile-de-France). Là où la durée de vie d’une voie atteint en général 40 ans, en Ile-de-France il est envisagé de la remplacer à 25 ans et même, sur des zones très circulées, de substituer les rails au bout de 10 à 15 ans. A titre de comparaison, sur certains secteurs très spécifiques du RER A, en courbe et là où une usure maximale est constatée, à titre préventif la RATP remplace les rails au bout de cinq ans ! M. B.––––––––––––––––––––Prévision des investissements en 2015
LGV : 136 millions d’eurosUIC 2 à 4 : 558 millions d’eurosUIC 5 à 6 : 474 millions d’eurosUIC 7 à 9 : 117 millions d’eurosAppareils de voie : 193 millions d’eurosTotal renouvellement voie : 1 478 millions d’euros––––––––––––––––––––Des rendements horaires de plus en plus élevés
Le programme des suites rapides 2015 prévoit 522 km de voies principales à renouveler. Tout dépend des capacités, c’est-à-dire des heures d’interceptions travaux accordées. Les grands renouvellements concernant essentiellement le réseau structurant des groupes 2 à 4 – les lignes nobles les plus circulées –, les activités commerciales cherchent en effet à les diminuer. Synonymes de perturbations pour le trafic, les interceptions sont pourtant indispensables pour maintenir le réseau à niveau. « Il devient de plus en plus difficile d’obtenir 8h30 ou 9h de coupure », reconnaît Hervé Mortaigne, adjoint à la Direction opérationnelle SNCF des suites rapides. Elle essaie malgré tout de produire autant avec moins de capacité et par conséquent demande une augmentation des rendements horaires aux entreprises. Dans de bonnes conditions, celles-ci sont maintenant capables de faire du1 000 m/jour d’avancement, voire un peu plus. Se baser cependant stricto sensu sur un rendement journalier ne reflète pas vraiment la réalité. Les chantiers en nocturne font baisser le rendement d’au moins 10 %. Une voie contiguë circulée complique le déroulement des travaux et exige une sécurité renforcée du personnel. La rencontre d’obstacles, tels que passages à niveau, appareils de voie ou quais de gares, freine la production. « Nous mesurons l’évolution pour chacune des entreprises et tout au long de ce marché pluriannuel, il a évolué positivement », ajoute Hervé Mortaigne. La barre est mise un peu plus haute chaque année. D’environ 200 m/heure, aujourd’hui, selon les chantiers, elles arrivent à 220-240 m, voire quelques pointes à 280 m/heure. M. B.––––––––––––––––––––Suites rapides en 2015. Une suite rapide « Ile-de-France » attribuée en mars
En Ile-de-France, mener de grosses opérations de régénération des voies avec les suites rapides existantes s’avère délicat, voire quasiment impossible à cause de leur taille et des périodes d’interceptions nocturnes réduites. Un nouveau matériel plus compact, spécifique aux zones denses, est en gestation.Vieillissant, de plus en plus sollicité, caractérisé par sa densité avec ses nœuds d’une extrême complexité, ses obstacles répétés, quais de gares, appareils de voie… le réseau d’Ile-de-France mérite toutes les attentions et doit être régénéré. Si possible à bonne cadence. Pourtant cela ne peut être réalisé raisonnablement avec n’importe quels moyens. « Amener l’une des suites rapides actuelles en proche banlieue, nous l’avons fait dans les années 2009-2010 sur Paris-Lyon et en 2012 sur Paris- Saint-Lazare. Cela n’a pas été concluant du tout. Ce sont des moyens conçus pour traiter d’importants linéaires de pleine voie, mais trop imposants et disproportionnés pour ces zones denses. Il y a aussi trop de trains-travaux, ça cassait la grille de circulation », constate un spécialiste de l’Infra SNCF. Or, justement, là où les impératifs de régularité sont très forts, peut-être plus encore qu’ailleurs, les entreprises n’ont pas droit aux redditions tardives. Pas question, dans la mesure du possible, de perturber la circulation des premiers trains matinaux de banlieue avec de lourdes et longues répercussions sur les suivants.Une réflexion, visant à définir le type de matériel le mieux adapté pour répondre à ces situations, a abouti au lancement d’un appel d’offres avec des critères d’attribution notablement différents de ceux des classiques marchés de suite rapide. Il a ainsi été demandé aux entreprises, auxquelles a été laissée une certaine latitude, de trouver des méthodes de production adaptées aux contraintes de l’Ile-de-France, de limiter le nombre de trains-travaux principaux à trois et de les raccourcir : moins de 600 m là où habituellement ils atteignent 750 m. Et de prendre en compte aussi le fait que pour impacter au minimum la régularité en journée, la vitesse de ralentissement des trains commerciaux serait portée à 80 km/h au lieu de 60 km/h. « Ce sont de nouvelles exigences techniques de réalisation des travaux qui entraînent des sujétions supplémentaires. C’est comme une certaine marque de boisson. Cela a la couleur d’une suite rapide, cela a le goût d’une suite rapide, mais ça n’est pas vraiment une suite rapide », compare Corinne Bonati, acheteuse experte en charge des suites rapides et travaux sur LGV. Les offres des entreprises ont été ouvertes le 17 octobre dernier. « Il y a une véritable concurrence. Techniquement, elles répondent dans l’ensemble à nos attentes avec des moyens de production innovants ». L’attributaire devrait être connu officiellement en mars et le niveau de prix permettra de statuer sur la durée du marché qui sera comprise entre quatre et sept ans. Prévue pour être opérationnelle le 1er janvier 2017, avec un rythme d’avancement d’environ 500 m par nuit, limité par le temps d’interception inférieur à 6h, la future suite « zones denses » devrait renouveler environ 80 km de voies franciliennes chaque année. M. B.––––––––––––––––––––Une suite rapide « caténaire » à l’étude
Sur le plan national, la régénération de la caténaire, élément très sollicité qui s’avère sans doute le plus fragile de la chaîne ferroviaire, est un sujet qui émerge peu à peu. A l’image de ce qui existe depuis longtemps pour remplacer les composants de la voie, une suite rapide spécifique destinée à assurer le remplacement de ces éléments de la traction électrique est ainsi à l’étude pour un démarrage des travaux en 2018. Dans un délai plus proche, un appel d’offres actuellement en préparation devrait bientôt être lancé pour un marché de régénération de la caténaire du RER C entre Paris-Austerlitz et Brétigny. Soit une plateforme à quatre voies s’étendant sur une trentaine de kilomètres, donc quelque 120 km de caténaire à substituer. Particularité, ce ne sera pas un appel d’offres classique travaux, mais un appel d’offres d’un nouveau type en conception-réalisation pour lequel les entreprises intéressées vont devoir « inventer » en quelque sorte les structures métalliques, en particulier les poteaux et les poutres. M. B.––––––––––––––––––––Suites rapides en 2015. Entretien avec Arnaud Manoury,
directeur d’Asset Management Ile-de-France« Nous avons établi une cartographie des zones prioritaires »
Dans le cadre du programme « Infra haute performance » engagé il y a deux ans et demi, l’Asset Management Ile-de-France a été créé fin 2013. Cette création s’inscrit dans la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France qui a pour objet de répondre aux spécificités de la zone dense francilienne. Dès janvier 2015, cette direction reprend le pilotage des programmes de régénération sur la région pour améliorer les performances des installations franciliennes où, rien que pour Transilien, 3,2 millions de voyageurs se déplacent quotidiennement. Début 2017, une suite rapide adaptée aux zones denses, soit un linéaire cumulé de 1 250 km, traitera chaque nuit des tronçons de voie afin d’accélérer la régénération du réseau.Ville, Rail & Transports. Pourquoi créer cette entité spécifique chargée du réseau Ile-de-France ?Arnaud Manoury. Pour illustrer les spécificités, en Ile-de-France quand un train s’arrête en pleine ligne, il existe une bonne probabilité que les voyageurs descendent sur les voies au bout d’un quart d’heure. Cela s’est déjà produit et tout est très vite bloqué. « Un train qui s’arrête, c’est une grenade dégoupillée », selon l’expression de Transilien. En province, au bout de quatre heures, cette probabilité est faible. Rien que cette différence change le contexte. Les règles appliquées pour décider les programmes de régénération sont différentes en Ile-de-France et sur le reste du réseau, d’où le fait que l’Asset Management prenne en main son propre processus d’instruction et de décision des programmes.VR&T. La mise en place progressive du GIU, le gestionnaire d’infrastructure unifié, a-t-elle contribué à cette création ?A. M. L’arrivée en avril 2013 d’Yves Ramette à la tête du gestionnaire d’infrastructure unifié en Ile-de-France et la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France nous ont permis de structurer l’Asset Management. Cela a permis de lancer des actions fortes, claires et précises, notamment le programme de fiabilité IDF 2014-2020, dont les premières opérations ont débuté dès janvier de l’année 2014. C’est la première pierre d’un programme qui va aller croissant sur l’Ile-de-France avec une amplification des travaux.VR&T. Quels sont les grands objectifs de l’Asset Management ?A. M. Optimiser les infrastructures ferroviaires dans leur nature, dans leur utilisation, dans leur régénération tout en combinant un aspect économique et la prise en compte du client. La rénovation du réseau a pris du retard et il n’a pas la qualité attendue pour répondre aux exigences des autorités organisatrices et de nos clients. La première urgence consiste donc à le remettre à niveau.Exemple, ce récent gros incident caténaire sur le RER C cumulé à un problème de géométrie dans le tunnel. Avec ses 500 trains et 540 000 voyageurs/jour sur cette ligne, tout incident a des conséquences insupportables pour nos clients.VR&T. Quelles ont été les premières actions menées ?A. M. Nous avons traité des zones très impactantes comme le remplacement des rails à la sortie du tunnel du RER C, côté Paris-Austerlitz, où trois ruptures s’étaient produites sur cette zone en fin d’été 2013. Toujours sur cette ligne, des travaux supplémentaires ont été menés dans le cadre de l’opération annuelle Castor pour obtenir un saut de performances. En 2015, il n’y aura pas de Castor classique avec jet grouting (Ndlr : procédé de construction utilisant un jet de fluide à haute énergie cinétique pour déstructurer un terrain et le mélanger avec un coulis liquide visant à former in situ un « béton de sol »). A la place, 5 000 m de voie et ballast vont être renouvelés, ainsi que des d’appareils remplacés. D’autres actions spécifiques ont été menées sur Paris-Saint-Lazare, Paris- Nord et Paris-Sud-Est.VR&T. Outre le RER C, il existe beaucoup d’autres installations problématiques ?A. M. Si on veut répondre aux besoins de l’Ile-de-France, il faut pouvoir intervenir là où c’est le plus difficile. C’est l’un des principes mis dans le cadre de l’Asset Management. Le RER C en intra-muros n’est pas le plus complexe par l’existence des moyens de contournement, le métro, les bus. D’autres zones sensibles ne les ont pas et sont très difficiles à traiter en termes de plages-travaux avec d’importantes conséquences client. Pourtant c’est bien là où le réseau est le plus en difficulté que les travaux sont indispensables. D’où l’intérêt d’outils nouveaux comme la future suite rapide IDF.VR&T. L’arrivée de cette suite rapide va-t-elle représenter le fer de lance de votre politique de régénération ?A. M. Cette suite rapide sera conçue pour les zones denses, qui représentent 1 250 km ! La définition de l’appel d’offres a été prévue pour obtenir une réponse totalement adaptée aux contraintes évoquées. Des plages d’intervention assez courtes, des installations fréquentes, une signalisation avec des cantons de 500 m, beaucoup de joints isolants très dimensionnant pour ce type d’engin… De plus, les entreprises vont devoir créer un matériel totalement fiabilisé.VR&T. Parmi les multiples chantiers à entreprendre en Ile-de-France, comment les priorités sont-elles gérées ?A. M. Toutes techniques confondues, il y a des zones à traiter à peu près partout sur les cinq régions parisiennes. Des réflexions menées avec l’ingénierie de conception et de maintenance pour définir et identifier les zones les plus impactées, ont donné une cartographie de celles prioritaires. Dans un premier temps, les zones assez incidentogènes sont ciblées. Mais c’est un exercice d’équilibre sachant qu’il faut prendre en compte d’autres projets comme, par exemple, le prolongement d’Eole. On ne peut pas programmer n’importe comment face à un tel projet qui a déjà un impact capacitaire colossal.VR&T. Comme pour le réseau principal, de tels travaux doivent être programmés plusieurs années à l’avance…A. M. Au niveau des règles adaptées, pour obtenir une bonne prévisibilité vis-à-vis du client, nous travaillons à la mise en place de cycles de remplacements, notamment de renouvellements, qui permettrait d’avoir une prévisibilité forte en termes d’empreinte capacitaire et de tenir le rythme. Tout le passif doit déjà être assumé avant de rentrer dans ces cycles. L’Asset Management mène une politique de prévision pluriannuelle. Plus ce sera anticipé et fiabilisé, plus les travaux seront de qualité, fiables et sans surprise pour le client.VR&T. Quels moyens vous donnez-vous pour atteindre vos objectifs ?A. M. Nous devons nous donner toutes les conditions de réussite. En 2015, quelque 800 recrutements sont prévus dans les métiers de la maintenance et des travaux en Ile-de-France, un rythme que nous tenons depuis trois ans, à rapprocher à un périmètre de 7 000 personnes affectées aux établissements de production Ile-de-France. L’idée c’est avoir les capacités par rapport à la croissance des travaux. Cette trajectoire bien stabilisée, bien travaillée en amont permet de prévenir le client, permet l’adaptation au plan de transport, de dimensionner les études, d’avoir des achats optimisés, des produits innovants.VR&T. Quelle est votre vision à long terme ?A. M. Nous construisons des schémas directeurs de régénération à échéance d’au moins huit ans pour avoir la visibilité sur le réseau Ile-de-France. Les élus l’ont bien compris et nous accompagnent si besoin, et ils souhaitent un résultat tangible. Ils ont compris que ce résultat s’obtiendra dans la durée et que tout ne pourra pas changer du jour au lendemain, sachant qu’une augmentation de 30 % du trafic voyageur est prévue d’ici 2020.Propos recueillis par Michel BARBERON––––––––––––––––––––Suites rapides en 2015. Quatre sociétés se partagent le marché
Actuellement, quatre sociétés spécialisées en grands travaux de maintenance et de régénération de voie se partagent le marché des suites rapides. Colas Rail-TSO en groupement sur le lot 1. Transalp Renouvellement sur le lot 2, Meccoli sur le lot 3. Bilan de l’année écoulée et perspectives 2015.Colas Rail va mettre en œuvre des ballastières radiocommandées sur le RVB de la ligne Narbonne – Montpellier
Colas Rail, en groupement avec TSO depuis plusieurs années pour mener une suite rapide, ne regrette pas l’investissement lourd consacré aux modifications (automate, groupe de dépose des traverses béton fragilisées…) du train de coupe TSV21. « Cela a fiabilisé ses performances et nous permet d’aborder 2015 avec sérénité. »Trois chantiers composent le programme de l’année : Redon – Rennes, Bayonne – Hendaye et Narbonne – Montpellier. Ce dernier est de loin le plus important par son linéaire à traiter, proche des 90 km, par sa configuration difficile, liée aux travaux réalisés uniquement de nuit pendant sept mois, enfin, parce que la voie contiguë restera circulée. C’est sur ce RVB que vont être déployées les nouvelles ballastières radiocommandées pour le déchargement automatique du ballast. Un investissement dans cette nouvelle génération de wagons qui « va dans le sens de la sécurité et de la réduction de la pénibilité au travail ». En 2014, quatre chantiers étaient au programme. Angers – Nantes, Dole – Dijon, Rennes – Redon, Busigny – Somain. Ce dernier présentait la particularité d’être en partie exécuté en fermeture de ligne pendant un mois et demi en été. Une situation confortable qui a permis d’approcher un rendement moyen de renouvellement de voie de 1 400 m au quotidien. Cette cadence élevée, outre la sollicitation importante des machines et des hommes en production, engendrait une implication accrue dans la logistique et la gestion des approvisionnements des bases-travaux de Lourches et Pont-à-Vendin. Hormis cette période, tous les RVB ont été réalisés de nuit. Le plus difficile a été celui de Dole – Dijon. La voie contiguë restait circulée une partie de la nuit et les nombreux obstacles, tels que quais de gare et ouvrages d’art, compliquaient le dégarnissage.La pose des voies sur la plateforme de la LGV SEA sera le programme phare de TSO
Même constat sur le chantier dijonnais pour TSO, le partenaire de Colas Rail sur le lot n° 1 de suite rapide. « A cause d’une anticipation et préparation trop superficielles compte tenu des contraintes sur cette ligne, qui avait fait l’objet de traitements en étanchéité de nombreux ouvrages d’art. Beaucoup de zones à traiter en gabarit réduit ont imposé des intervalles simultanés dont l’obtention a été difficile compte tenu du trafic fret la nuit ». Mais la totalité du linéaire programmé a été réalisée dans les délais et, en complément, quelques tronçons hors suite au passage de la ligne de production ont même été exécutés sur un peu plus de 2 km. TSO poursuit son ambitieuse politique d’investissement. Deux locomotives G 1206 par an depuis 2012 et jusqu’en 2016 pour renouveler et renforcer son parc actuel. En 2014, une bourreuse mixte voie et appareils de voie, 21 wagons trémies à ballast équipés télécommandés… Dans le cadre du projet Cross Rail à Londres, la société a acquis un train béton complet avec wagons spéciaux d’approvisionnement des agrégats et un camion rail-route de confection de soudures électriques. Elle envisage un dispositif innovant de renouvellement mécanisé d’appareils de voie. Mais surtout, hormis les suites rapides sur le réseau classique, le chantier phare en 2015 pour l’entreprise concerne le démarrage de la pose des voies sur la plate-forme de la LGV Sud-Europe-Atlantique dont les bases-travaux de Villognon et Nouâtre viennent d’être mises en service. Le groupement sur SEA est composé de TSO (mandataire) et de ETF pour l’ensemble des travaux de superstructures ferroviaires.Transalp Renouvellement conduira les travaux sur Belfort et Saint-Etienne – Lyon
La campagne de régénération 2014 a permis à Transalp Renouvellement d’achever les mises au point de l’ensemble de ses matériels nouveaux, d’améliorer les process et de réaliser des chantiers plus complexes, comme la ceinture de Metz au cours de l’été. « Il a été le plus difficile avec des changements permanents de zones, des plateformes multiples, des changements de sens de travail, des zones sans la voie contiguë en simultanée ». Mais avec le sentiment « d’avoir fait un sans-faute à la reprise après chaque période de révision ». La société a réalisé tout le linéaire de renouvellement programmé et même un peu plus puisqu’une grande partie du chantier de Pau qu’elle n’avait pas pu achever en 2013 a été rattrapée. Les rendements atteints par son train P95 se sont élevés, selon les chantiers, en moyenne entre 220 m/h et près de 300 m/h. En 2014, elle a achevé la mise au point de sa rame de ramassage des rails, complété son parc de convoyeurs WAC constitués de bandes transporteuses du ballast usagé, acquis des pelles pour le conditionnement des traverses et divers autres outillages. Transalp Renouvellement, qui, comme ses homologues, a quelques craintes sur les risques potentiels d’intempéries à la rentrée et l’augmentation demandée des rendements journaliers, va traiter deux grands chantiers en 2015 : Belfort pendant cinq mois et Saint-Etienne – Lyon durant sept mois.Activité forte sur la LGV nord pour Meccoli
Comme l’année précédente, 2014 a été une réussite pour Meccoli. L’ensemble des chantiers de suite rapide a été réalisé dans les délais et « nous avons respecté les objectifs que nous nous étions fixés. En régularité, un respect total des engagements pris avec la SNCF en ce qui concerne les restitutions chantiers, mais aussi sur la fiabilité du matériel. En qualité sur l’ensemble des chantiers. En sécurité, il n’y a pas eu de problème majeur ». Sur ce dernier plan, l’entreprise a d’ailleurs été certifiée ISO OHSAS 18001 (sécurité) en 2014. Tous les chantiers auront eu leurs particularités. En début d’année, celui de Toulon – Le Luc (27 km) a été marqué par les très fortes perturbations météorologiques. La base de formation des trains travaux de Carnoules a notamment été inondée et de fortes précipitations ont eu lieu ensuite. Sur la région de Paris Saint-Lazare, les 17 km renouvelés entre Argenteuil et Mantes-la-Jolie ont eu, comme cela avait été le cas l’année précédente, une consonance « zones denses ». « Ces deux chantiers 2013 et 2014 ont permis à l’entreprise d’appréhender toutes les difficultés qui vont être rencontrées sur les futurs travaux en zones denses ». Entre Lyon et Ambérieu, le chantier de 77 km effectué pendant quatre mois de nuit, a précédé celui de 38 km entre Laon et Tergnier, « le premier chantier de jour depuis le début de l’année : cela a fait du bien aux hommes ! ». Depuis mi-novembre Meccoli a démarré la suite entre Laon et Reims, réalisée là aussi en journée pendant ce mois de janvier. Outre des remplacements d’appareils de voies en zones denses à Paris Nord et Paris Sud-Est, elle va aussi mener une activité semblable sur la LGV Nord.Dossier réalisé par Michel BARBERON
23e Palmarès des Mobilités 2014
… les utilisateurs des transports collectifs n’hésitent plus à recourir à de nouveaux modes alternatifs comme le covoiturage, qui s’affirme comme un concurrent redoutable des transports publics.
Dans ce contexte, qui exige de la part des opérateurs et des autorités organisatrices de transport de faire preuve d’imagination pour intégrer la montée en puissance de ces nouveaux comportements collaboratifs, notre palmarès montre que les réseaux qui se sont engagés depuis plusieurs années dans d’ambitieux investissements en recueillent aujourd’hui les fruits. D’où la présence régulière sur nos podiums depuis quelques années de Lyon (Pass d’or en 2013, d’argent en 2011, de bronze en 2010), qui a renforcé son réseau de tram, de métro et de bus et reçoit cette année le Pass de bronze.
De son côté, en remportant le Pass d’argent, Montpellier revient sur le devant de la scène que la ville avait quitté en 2007 après avoir remporté le Pass de bronze. Un retour mérité qui s’explique par une mobilisation tous azimuts, avec développement de lignes, réorganisation du réseau, services aux voyageurs, politique de communication.
Nantes, enfin, qui avait gagné le Pass d’argent en 2013, se hisse un an après sur la plus haute marche et remporte le Pass d’or. C’est la poursuite d’un effort engagé notamment en 2011 avec le lancement des premiers Chronobus qui ont conduit à des bonds de fréquentation.
Rappelons que notre palmarès s’appuie sur les chiffres 2013 de l’UTP. Nos critères de sélection prennent en compte des données mesurant la performance des réseaux, en particulier, l’offre kilométrique, le nombre de déplacements, la vitesse commerciale, les voyages par kilomètre et le taux de couverture, et leurs variations d’une année sur l’autre.
Nantes, Montpellier, Lyon, c’est l’affiche gagnante de 2014. M. H. P.
LES RÉSULTATS DU PALMARÈS DES MOBILITÉS 2014
Pass d’or : Nantes profite du maillage accéléré de son réseau
Parfois les Nantais fuient certaines lignes de tram ou bus, tellement elles sont bondées. Rançon d’un succès éclatant des transports en commun à bien des égards. L’année devrait se terminer avec cinq millions de voyageurs transportés en plus par rapport à l’an dernier. Soit 132 millions de voyageurs au total (+ 3,7 %). L’augmentation des recettes qui s’ensuit est encore plus forte : elle atteint 6 %.
Les plus récentes améliorations du réseau produisent leur plein effet. Ce sont les sept lignes de bus rapides, nommés Chronobus, lancées en 2012 et 2013, structurantes pour le réseau. Une qualité renforcée par la multiplication des priorités dans la circulation : feux, couloirs réservés, automobiles cantonnées en arrière. « Elles donnent la certitude d’arriver en 20 minutes au centre de Nantes quand on part de la périphérie », explique Hugues Hiernard, élu UDI à Nantes Métropole.
La fréquentation des quatre lignes ouvertes en 2012 a encore progressé cette année de 30 à 40 %. Celles ouvertes l’an dernier, de 40 à 80 %. L’arrivée rapide des Chronobus sur 70 km de lignes a eu un fort effet sur la fréquentation. « Les lignes en correspondance, même inchangées, progressent aussi », remarque Eric Chevalier, directeur des transports à Nantes Métropole.
Cette réussite est complétée par un succès de billettique. Le titre de post-paiement lancé au printemps 2013 pour ceux qui empruntaient les transports 10 à 15 fois par mois, fait un tabac. 287 000 personnes en possèdent un. Il s’en vend toujours entre 50 et 70 par jour. « Selon nos premières études, ces personnes augmenteraient de 20 % environ leur utilisation des transports en commun, c’était le but recherché », signale Alain Boeswillwald, le directeur général de la Semitan (Société d’économie mixte des transports de l’agglomération nantaise). Pour lui, le bon résultat, côté recettes commerciales, s’explique par le succès de ce titre, vendu plus cher qu’un abonnement, et par la hausse régulière du prix du ticket. Tous les 1er juillet, comme c’est de règle à Nantes, celle-ci est de 1 % supérieure à l’inflation. Au final, le taux de couverture (recettes sur dépenses) est de 38 %, en hausse de 1,5 % depuis trois ans. « Les chiffres sont bons mais il est aussi important qu’ils le soient depuis plusieurs années », fait remarquer Eric Chevalier. Question cruciale pour les investissements à venir. Bien maillé, le réseau nantais, vieux de trente ans, doit être entretenu et gagner en capacité. Les trois lignes de tramway sont à renouveler en totalité au centre-ville. Des rames de 45 m doivent remplacer celles de 38 m. 80 à 150 bus sont à changer d’ici 2020. Le BHNS (ligne 4) est saturé, à convertir peut-être en tout électrique. De lourdes dépenses dans un contexte de plus en plus serré pour les finances locales, qui va peser dans les décisions à prendre début 2015 pour les dix ans qui viennent. Hubert HEULOT
Pass d’argent : Montpellier a fait le bon choix avec le tramway
Mise en service depuis avril 2012, la ligne 3, transversale nord-sud, présente un caractère périurbain marqué avec des vitesses commerciales élevées, proches de celles d’un TER local. Elle dessert zones résidentielles et centres commerciaux jusqu’ici dédiés à l’automobile. La ligne 4 offre une liaison interquartiers semi-circulaire – bientôt bouclée sur le 1,2 km manquant. « Nous y attendions 15 000 voyageurs par jour, nous en avons déjà 21 000 », se félicite Jean-Luc Frizot, directeur général de TaM (Transdev).
La ligne 4 illustre le fort maillage du réseau tramway montpelliérain, sans conteste un de ses puissants atouts avec ses extensions à voie unique vers les villages. « La densité du réseau et le niveau élevé de l’offre sont comparables à ceux de Nantes, Strasbourg ou Grenoble soit environ 5 millions de km/an, pour une agglomération moins peuplée », relève Jean-Luc Frizot. Le réseau ferré montpelliérain offre une dizaine de points de correspondances tram-tram.
Le taux de couverture dépenses par recettes s’en trouve amélioré, alors que le succès de la ligne 1, mise en service en juin 2000, lui avait déjà permis d’équilibrer ses coûts d’exploitation. Avec une hausse de 3,9 points entre 2012 à 2013, « il approche les 40 % avec les seules recettes commerciales et atteint 52 % avec les compensations tarifaires, un résultat meilleur que celui de la majorité des réseaux français », analyse Jean-Luc Frizot.
Parmi les autres atouts du réseau, on relève « le bon niveau d’offre en heures de pointes et heures creuses, ainsi que l’amplitude horaire jusqu’à minuit en semaine et une heure les vendredis et samedis, soit deux heures à l’arrivée ». Le directeur général de TaM souligne la qualité de la régulation de la circulation générale. « Montpellier est particulièrement bien servie avec le système Pétrarque », qui gère les feux routiers.
La hausse de la fréquentation en 2013 est bien sûr liée à l’arrivée de deux lignes nouvelles de tramway. Un million de kilomètres-bus ont été remplacés par deux millions de kilomètres-tramway. Des rames de 43 m Alstom ont remplacé des bus simples entre le centre et La Paillade, où est ménagée une correspondance avec la ligne 1 et les bus départementaux, établissant un maillage périphérique innovant.
Par ailleurs, l’agglomération et TaM déploient un effort spécifique de lutte contre la fraude depuis les mises en service des lignes 3 et 4, renforcé en cette fin 2014. « Il s’agit aussi de maintenir une image et d’assurer une tranquillité sociale en limitant les agressions sur les personnels qui ont culminé en 2010 », note Jean-Luc Frizot. Déjà, les indicateurs sont favorables, avec une hausse du nombre de PV, une amélioration du recouvrement et une baisse du nombre d’incivilités.
L’équipe élue en 2014 a gelé le projet de ligne 5 pour des raisons urbanistiques (traversée contestée d’un parc) et budgétaires. La ligne 5 déchargerait la ligne 1 – à la limite de la saturation à 130 000 voyages/jour – vers les universités et éviterait une rupture de charge aux étudiants. Michel Gabriel LEON
Pass de bronze : Lyon sur tous les fronts
Elections municipales et fin de mandat obligent, les années se suivent et ne se ressemblent pas. Lyon a connu une année flamboyante en 2013 avec l’ouverture simultanée de nouvelles lignes de métro, de tramway et de bus. Le T4 a été prolongé entre Feyzin/Vénissieux et Villeubanne en passant par la gare de Part Dieu, ce qui a donné à la ville sa plus longue ligne de tramway. Leol (ligne express de l’ouest lyonnais) a été inaugurée en novembre pour répondre à une urbanisation croissante. Et une nouvelle ligne de métro a été mise en service en toute fin d’année avec le prolongement de la ligne B à Oullins, se traduisant par la réorganisation des transports dans le sud-ouest de la ville autour d’un nouveau pôle multimodal. Citons encore, entre autres nouveautés, le tunnel de la Croix Rousse dédié aux modes alternatifs à la voiture, également mis en service l’année dernière. Enfin, Lyon a investi dans « l’électromobilité partagée » en lançant deux systèmes d’autopartage de véhicules électriques avec Bluely et Sunmoov.
2014 paraîtra donc beaucoup plus calme. Une seule inauguration a eu lieu en février, celle du prolongement du tramway T1 et ses 2,3 km stratégiques reliant Gerland à Confluence et au nouveau musée.
Le Sytral et les TCL (Keolis) engrangent désormais les effets de l’offre fortement développée. Si la hausse de la fréquentation globale s’est poursuivie en 2014 (+4 %), le tramway établit un record (+15 %) grâce à l’extension des lignes T4 et T1 et, notamment, au transfert des voyageurs « métro » dont a bénéficié la T4 avec sa liaison directe vers la Part Dieu. Par contrecoup, le métro affiche une faible progression (+0,5 %) et le bus une croissance moyenne de 2 %.
Parmi les délibérations prises depuis l’été 2014, une seule concerne un prolongement de métro B (2,2 km à Oullins). Mais surtout, une autre porte sur un ambitieux programme d’équipement de matériels de métro (19 nouvelles rames et automatisme intégral) pour répondre à l’augmentation de la fréquentation. Le proche avenir est donc à l’adaptation des capacités du réseau. Deux mesures qui devraient représenter plus de 800 millions d’euros sur un budget d’investissement total avoisinant 1,1 milliard d’euros.
2014 se distinguera avec l’adaptation des services liés à l’offre en hausse : le Sytral a ouvert en juin dernier sur le tram T3 à Meyzieu un parc relais de 590 places de stationnement qui vient compléter un parc voisin de 460 places, saturé. Autre service – innovant – après trois ans de tests, le réseau a lancé en septembre I-TCL, un dispositif d’affichage dynamique sur les déplacements et diffusant des informations (muettes) loisirs et pratiques sur la métropole.
La fin d’année 2014 reste enfin marquée par une forte hausse des tarifs (+4,8 %) décidée en octobre et applicable en 2015, « pour faire face à l’augmentation des charges d’exploitation du réseau TCL de 3,9 % par an depuis dix ans » plaide Bernard Rivalta, président du Sytral. Une hausse des tarifs qui répercute aussi selon lui la hausse de la TVA et l’impact de l’amendement Blein (exonération des ESS) qui devrait représenter un manque à gagner de 20 millions d’euros. Claude FERRERO
Grand prix des villes moyennes : Le Havre engrange déjà les bénéfices du tramway
En passant de la 34e place à la première entre les palmarès 2013 et 2014, la communauté de l’agglomération havraise (Codah) fait, s’il en était encore besoin, la démonstration de l’utilité d’un tramway… Même dans une agglo de taille moyenne. « On se dépense sans compter dans le domaine des transports, nous sommes donc très satisfaits et fiers de ces résultats », explique Daniel Fidelin, le vice-président chargé des transports à la Codah (17 communes, 246 000 habitants). Mises en service le 12 décembre 2012, les deux lignes de tram en Y (18 km, dont une partie en centre-ville en tronc commun) ainsi que la refonte concomitante du réseau de bus produisent déjà leurs effets en année pleine dans les statistiques 2013 de l’UTP.
On note ainsi qu’en dépit d’une baisse de 3,7 % des kilomètres produits – due à une rationalisation des parcours de bus – les déplacements sur le réseau sont en hausse de 8,3 % par rapport à 2012, ce qui place la ville en 3e position sur ce critère. « Nous enregistrons 28 millions de voyages en 2013 dont la moitié en tramway, avec un pic d’augmentation enregistré en juillet à +25 % de fréquentation, poursuit l’élu. C’est parfaitement en ligne avec nos prévisions ». Pour un coût de 395 millions d’euros, dont 300 financés par la Codah, soit 30,4 euros du kilomètre de tram, « nous avons relié la ville haute et la ville basse, dont des quartiers d’habitat populaire, et requalifié l’espace urbain sur toute la ligne », se félicite Daniel Fidelin. 90 000 personnes vivent à moins de 5 minutes d’une station de tram.
De même, avec 3,2 voyages par kilomètre, l’agglo havraise progresse de 14,3 %, soit le 2e meilleur score dans la catégorie des 45 villes moyennes. Et si avec 116 voyages par habitant, elle n’est « que » 5e, c’est la 2e meilleure progression de l’année (+9,4 %) derrière Fréjus/Saint-Raphaël. Enfin, le réseau Lia (Transdev) améliore grandement son taux de couverture : à 22,9 %, c’est 12,3 points de mieux que l’année précédente et la 4e meilleure performance parmi les réseaux de taille moyenne. « Les recettes ont crû de 10 % et nous avons lancé un abonnement mensuel auquel 80 % de la clientèle s’est convertie », assure-t-il encore.
Côté bus, « afin d’obtenir une forme d’homogénéité, 50 % des kilomètres économisés ont été redistribués sur les autres communes de l’agglomération : plus de lignes, plus de fréquences, plus de transport à la demande en zone rurale », continue Daniel Fidelin. Finalement, on estime avoir obtenu un réseau plus efficace tout en produisant moins de kilomètres. Pour progresser encore, reste maintenant à desservir l’axe est-ouest. Dans la ville qui possède déjà un funiculaire, les élus pensent à un bus à haut niveau de service (BHNS), qui partirait du P+R du Grand stade, ainsi qu’un – voire plusieurs – téléphérique(s) afin de relier encore mieux les deux parties de la cité et notamment le grand hôpital dans la ville basse. Autant de projets actuellement à l’étude, inscrits au PDU 2013-2022, ainsi qu’au plan de mobilité.
L’agglo mise enfin sur les nouvelles technologies, SAEIV, vente à distance et billettique. Alors que la billettique régionale Atoumode sera bientôt utilisable dans les bus et tram Lia, en 2015, les clients consulteront les horaires des prochains bus en temps réel sur leur smartphone. De quoi jouer dans la cour des grands réseaux… Cécile NANGERONI
PALMARÈS DES MOBILITÉS 2014 : LES PRIX THÉMATIQUES
Prix Intermodalité
Agglomération de Montpellier : Emma propose un accès simplifié aux transports
D’après les études, la moitié des Montpelliérains vivent la multimodalité au quotidien. C’est pourquoi l’agglomération a souhaité créer Emma (Espace multimodal de Montpellier Agglomération), comprenant 3 agences pour un rendez-vous personnalisé, mais aussi un espace virtuel de commercialisation et de gestion de ses déplacements. « C’est bien plus qu’une boutique en ligne », commente Céline Beausse, directrice marketing et développement des Tam, chargés de la mise en œuvre d’Emma dans sa dernière DSP. Le dispositif repose sur une carte unique de déplacements, devenue le support d’un contrat de mobilité.
La carte Emma donne en effet accès aux trams et bus Tam, à Vélomagg’ libre-service, aux 19 véloparcs et au stationnement sur voirie et dans 16 parkings (centre-ville et 9 P+R), moyennant 450 € à l’année, et en option à l’autopartage Modulauto (496 €). Depuis le 14 avril, Emma est l’accès unique et simplifié au site multimodal tam-voyages.com. En 2015, il permettra de réaliser toutes ses démarches en ligne sur son compte personnel, via PC ou mobile. « Le client paramètre ses alertes conso selon ses souhaits, peut voir ses factures mensuelles, ses avis de prélèvement etc. », explique-t-elle. 4 300 Montpelliérains ont déjà la carte Emma, si bien que l’objectif de 5 000 en un an sera dépassé. « On constate qu’un adulte sur deux opte pour le contrat de mobilité », dit Céline Beausse. Emma a coûté 4,5 millions d’euros. On espère 10 000 utilisateurs en deux ans et 20 000 à terme, soit un abonné sur trois. C. N.
Prix Innovation
Valence Romans Déplacement : Un nouveau « pass » miniature et autocollant
«Les adolescents oublient parfois leur carte de transports, jamais leur portable ! » Ce constat, les conducteurs de bus de Valence Romans déplacement (VRD), l'autorité organisatrice des transports des communes de Valence, Romans-sur-Isère et Bourg-de-Péage, l’ont souvent fait. Et c’est sans doute ce qui a conduit Isra Cards, une Scop (société coopérative et participative), fondée il y a une quarantaine d’années, à développer le pass Sticker NFC.
Installé dans l’Isère, à Romans, Isra Cards fournissait déjà VRD en « pass » de transports, avant de proposer cette idée de carte au format réduit, ayant toutes les caractéristiques d’une grande, mais destinée à être collée au dos d’un téléphone, sans que ses fonctions NFC ne soient perturbées. Car il ne suffit pas de coller n’importe quel pass au dos d’un smartphone. « Nous avons beaucoup travaillé pour que les émissions du téléphone ne perturbent celles de la carte », explique Jean-Pierre Chauvin, directeur général d’Isra Cards. Une opération d’autant plus délicate que la taille de la carte était réduite et la longueur de l’antenne aussi.
Le sticker NFC, surtout destiné à un public d'adolescents, a d’abord été présenté comme une innovation, à la rentrée scolaire de 2013, puis testé par un panel d’utilisateurs testeurs, avant d’être proposé aux usagers du réseau VRD, à la rentrée 2014. Isra Cards a livré près de 5 000 de ses stickers à VRD sur plus de 25 000 cartes de transports. Y. G.
Prix Mobilité durable/Nouvelles mobilités
Communauté urbaine de Strasbourg : Un pari sur la marche
La marche est un mode comme un autre. Si cela paraît une évidence, elle n’est prise en compte que depuis peu par les collectivités. Le conseil municipal de Strasbourg a ainsi été le premier à adopter un Plan piéton en janvier 2012. Car les chiffres parlent d’eux-mêmes : un déplacement sur trois (33 %) est effectué exclusivement à pied dans la Cus – un résultat qui place l’agglomération en troisième position, juste derrière Paris et Marseille, où le recours à la marche est encore plus important.
Dans le périmètre du centre-ville de Strasbourg, c’est même un déplacement sur deux (52 %) qui se fait à pied. Ce que le plan piéton prend également en compte, c’est la marche à pied comme outil de rabattement vers les transports en commun : 800 000 trajets sont effectués quotidiennement, à pied, pour rejoindre les transports publics. Mais il reste du potentiel : 22 % des déplacements de moins de 1 km sont effectués en voiture particulière.
Pour aller plus loin, dix actions ont été adoptées dans ce plan piéton, qui s’achèvera en 2020. L’agglomération prévoit ainsi d’améliorer le franchissement piétonnier des carrefours grâce notamment à des feux à phases piétonnes spécifiques et des traversées en diagonale. Elle va consacrer 1 % du budget des projets de TCSP (transports collectifs en site propre) pour améliorer la desserte piétonne dans un périmètre élargi de 500 mètres autour des stations, et accorder plus de place aux piétons en visant un minimum de 50 % de l’espace rue dans les axes de la magistrale piétonne. Deux parties de cette magistrale piétonne ont été réalisées à la fin de l’année 2013 : rue du Maire Kuss, entre la gare SNCF et la place Kléber, et rue de la Brigade d’Alsace-Lorraine. Y. G.
Prix Ville et automobile
Grenoble Des i-road et Com’s de Toyota en libre-service
Ce sont les voiturettes électriques du dernier kilomètre. D’ici à Noël, 35 i-road de Toyota, véhicule 3 roues, biplaces en tandem et 35 Com’s (monoplace à 4 roues avec coffre) seront utilisables par les Grenoblois abonnés à l’autopartage en libre-service Citélib – qui compte par ailleurs 150 voitures et plus de 5 000 abonnés. Les 20 premiers exemplaires de ces véhicules compacts se chargent en trois heures et circulent depuis le 7 octobre. Le service « CitéLib by Ha:mo » (Harmonious mobility selon Toyota) comptera 27 stations, toutes à proximité des transports publics, totalisant 120 points de recharge, et 41 autres pour les voitures électriques classiques.
Côté pratique, les utilisateurs n’ont pas la contrainte de ramener l’i-road à son point de départ et peuvent le localiser sur smartphone. Il leur faudra cependant passer l’habilitation gratuite en 1h30 pour se familiariser à la conduite de l’engin dirigé par sa roue arrière. « Les 150 personnes qui l’ont passée sortent ravis, ils se sentent en sécurité », assure Martin Lesage, directeur de Citélib, qui compte aussi une quinzaine d’ambassadeurs utilisant les véhicules à volonté. Avec un tarif pensé pour l’intermodalité – 3 € le premier quart d’heure, 2 et 1 € les suivants, réduction pour les abonnés TC – l’objectif pour la Métro est d’atteindre un millier d’utilisateurs en un an, mais l’expérimentation doit en durer trois. L’opérateur espère bien la pérenniser. Selon son directeur, « on mesurera les résultats au nombre de Grenoblois qui se débarrasseront de leur voiture personnelle ». C. N.
Prix Modernisation
Nantes : Une seconde vie pour les bus au GNV
Moderniser et donner une seconde vie à ses véhicules roulant au GNV (gaz naturel pour véhicules). C’est ce qu’a voulu faire la Semitan à Nantes. L’agglomération nantaise s’est depuis longtemps tournée vers ce type de carburant. Les premiers véhicules au GNV ont été achetés en 1997. Aujourd’hui, la TAN compte 285 véhicules équipés de cette motorisation dans son parc, sur un total de 380 bus.
Mais plus de la moitié de ces bus au GNV ont dû être modifiés, après avoir connu des ennuis mécaniques répétés ayant entraîné une envolée de leurs coûts de maintenance. Ces bus ont été équipés d’un nouveau dispositif d’injection du gaz. Le nouvel ensemble capteurs et boîtier-injecteurs a été mis au point par les équipes de la TAN avec l’aide du Centre de recherche en machines thermiques (CRMT), installé à Lyon, avec lequel Nantes travaille depuis 2008. Le 130e bus de l’exploitant à subir ces modifications de l’injection est sorti de l’atelier le 15 mars 2014.
L'investissement total a été de deux millions d'euros, répartis sur 18 mois. La TAN estime que le taux de panne a baissé de 10 à 15 %, après les modifications apportées. Et la durée de vie des bus GNV devrait être prolongée de cinq années supplémentaires, passant ainsi de 15 à 20 ans. Ce succès intéresserait déjà d’autres agglomérations comme Toulouse et Grenoble. Y. G.
Prix Mobilité numérique
Toulouse Métropole : Pionnière de l’open data
L’open data prend forme en octobre 2011 à Toulouse lors du lancement du site data.toulouse-metropole.fr. avec la publication des données des 37 communes du Grand Toulouse et de l’exploitant des transports publics Tisséo, entre autres. « Tout ce qui est géré par Toulouse Métropole a vocation à s’y trouver. Le but, à terme, c’est de libérer toutes les données », explique une porte-parole. Les données concernant la mobilité sont parmi les plus téléchargées. On y trouve des informations sur les réseaux de bus, tram, métro, pistes cyclables, chantiers en cours, les zones 30, stations de taxis, aires de livraison, pour n’en citer que quelques-unes
Deux ans plus tard, Open Data France est lancé à Toulouse. Cette association réunissant une vingtaine de collectivités veut promouvoir et uniformiser la publication des données publiques. Lancée par la précédente municipalité toulousaine, cette action est poursuivie par la nouvelle. Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole, en charge de l’économie numérique, vient d’en prendre la présidence, succédant à Pierre Cohen, l’ancien maire de Toulouse.
Le Grand Toulouse parie sur les perspectives de développement économiques. « L’open data est le pétrole de demain. C’est une matière première énorme, et en plus gratuite. Plus les collectivités libèrent des données, plus elles permettent à de jeunes créateurs de lancer leurs propres applications », souligne-t-on côté Toulouse Métropole. Un exemple : la start-up Coovia, lauréate du Grand Prix Open data Toulouse 2012 a pu lancer une application couvrant tous les modes de transport du Grand Toulouse. Elle propose des informations en temps réel permettant aux utilisateurs de connaître instantanément les sièges vides (de voiture, de bus et même de vélos) pour emprunter au choix l’un des modes ou bien pour combiner dans leurs trajets covoiturage et transports publics. Tout devient possible ! M.-H.P
Grand prix européen de la mobilité
La ville de Brême, championne de l’autopartage et de la consultation citoyenne
Brème joue depuis plusieurs années le rôle du bon élève parmi les grands centres urbains allemands. Avec près de 548 500 habitants, elle constitue la dixième plus grande ville d’Allemagne. L’Allianz pro Schiene, association qui défend les intérêts du rail outre-Rhin, l’a classée l’an dernier au deuxième rang des villes les plus engagées en matière de mobilité durable.
La ville est d’abord l’une des premières à s’être lancée dans le concept d’autopartage. Dès 1990, fut évoqué au niveau municipal la question du car-sharing, et sa mise en place fut discutée dès 1996, servant de référence à l’échelle fédérale. C’est finalement en 2003 que sera lancé par la cité hanséatique mobil.punkt.de, système de location d’une flotte de 200 véhicules répartis dans plus de 51 stations. Celui-ci compte aujourd’hui 9 075 abonnés, et l’on estime son impact à une réduction de 2 000 véhicules à l’échelle de la ville. En 2020, la ville souhaite atteindre les 20 000 abonnés.
Outre cette mesure phare, c’est par sa méthode que Brême innove. En mai 2012, la ville a initié une large concertation autour la bonification environnementale de la circulation urbaine. Derrière le slogan « Bouger Brême », elle a sondé ses habitants sur leurs souhaits en matière de transports – publics et privés, du bus au vélo en passant par les aménagements de voirie – pour la ville à l’horizon 2020/2025. Chaque habitant pouvait intervenir sur le site et au cours de multiples forums publics. Un dialogue qui a abouti à un projet comprenant 193 mesures, validé en septembre dernier par le sénat du Land, mais dont les modalités d’application doivent encore être débattues. Gilles BOUVAIST
