Archives : Dossiers

  • Transmanche. Pour ses 20 ans, Eurostar présente son nouveau train… et en commande sept de plus

    Transmanche. Pour ses 20 ans, Eurostar présente son nouveau train… et en commande sept de plus

     

    Il s’appelle e320, comme la vitesse qu’il pourra atteindre en service. Mais aussi Class 374 pour les Britanniques. La première apparition officielle de ce nouvel Eurostar était très attendue, plus de quatre ans après sa commande à Siemens. Un choix qui avait alors fait couler beaucoup d’encre…
    Le 13 novembre, le grand moment était enfin venu, dans le cadre de la célébration des vingt ans de dessertes à grande vitesse entre Paris, Bruxelles et Londres. À cette occasion, Nicolas Petrovic, directeur général d’Eurostar, a annoncé la commande de sept e320, en plus des dix du marché de 2010. Ce qui porte à 17 le total des nouvelles rames à produire par l’usine allemande de Krefeld.
    L’aspect extérieur du train Siemens, très similaire aux autres trains à grande vitesse Velaro les plus récents (telle la série 407 de la DB) commençait à être connu grâce aux photos prises par les ferroviphiles le long des voies sur lesquelles l’e320 était testé ou acheminé. Ces prises de vue ont également dévoilé la nouvelle livrée extérieure signée Pininfarina. Mais les aménagements intérieurs, également signés Pininfarina, restaient un secret bien gardé. Tout ce que l’on savait, c’est que grâce à la motorisation répartie, le nouveau train offrirait « environ 900 places assises ». Soit environ 20 % de sièges en plus, à longueur égale, que les actuelles rames articulées TMST (TransMancheSuperTrain, l’Eurostar) dont les 18 voitures sont encadrées par deux motrices sans voyageurs.
    Composé de 16 voitures sur deux bogies, dont 8 motrices (16 MW), l’e320 est le plus long des Velaro : avec ses 400 m au total, il dépasse bien la distance entre rameaux de communication consécutifs dans le tunnel sous la Manche. Mais s’il occupe la même longueur de quai que les TMST, les emplacements de ses portes d’accès ne « collent » pas du tout avec les marquages au sol des accès aux rames actuelles !
    Pour les invités du 13 novembre, ce détail n’avait pas encore d’importance. L’essentiel était de visiter enfin le nouveau train, dont la composition est très différente des rames actuelles. Désormais, les classes Business Premier et Standard Premier occupent deux groupes de trois voitures aux extrémités de la rame (01 à 03 et 14 à 16), alors que les deux compartiments bar-buffet sont regroupés dans les voitures du milieu (08 et 09), qui offrent aussi des places assises en classe Standard, comme les voitures 04 à 08 et 10 à 13. Et quelle que soit la classe, un wi-fi gratuit sera offert par Eurostar, qui a également développé un portail d’information en direct (circulation du train, météo, tourisme, actualité…), complétant les écrans d’information (en français, anglais et néerlandais), régulièrement implantés au plafond sans être envahissants, vu le volume disponible.
    Car la sensation d’espace, si caractéristique des rames de la famille Velaro de Siemens, se retrouve dans l’e320, dont les aménagements sont nettement plus généreux que les intérieurs étriqués des voitures actuelles. Il est vrai que ces dernières, directement dérivées du TGV, présentent en outre un bas de caisse « rétréci » à cause des quais hauts du réseau classique britannique. Comme ce dernier n’est plus emprunté par Eurostar depuis novembre 2007, après l’achèvement de la ligne nouvelle HS1, le nouveau matériel peut enfin exploiter à fond le gabarit européen, y compris entre le Tunnel et Londres.
    Nouveauté pour Eurostar : l’occupation des sièges est indiquée sur des afficheurs à LED incorporés aux porte-bagages. Pour les bagages trop lourds pour être rangés en haut, des racks sont installés entre certains sièges ou en extrémité de voiture (avec éclairage). Entre certains sièges se trouvent également de grandes poubelles, qui remplacent avantageusement les petites boîtes actuelles. Enfin, l’éclairage indirect basse consommation est efficace sans être violent.
    Dans les voitures Business Premier et Standard Premier (la différence entre ces classes est plus une question de service que d’aménagement, ici en 2+1 de front), les sièges confortables (coussins extensibles) à liseuse individuelle incorporée font alterner des nuances de beige et de brun pour « casser » l’effet tunnel que pourrait procurer le couloir central. Sous les accoudoirs, des prises de courant britanniques et continentales sont installées, ainsi que des ports USB. Entre les sièges en vis-à-vis, des tables extensibles sont installées. Pour les autres places assises, les dossiers des sièges comprennent un petit miroir et une pochette de rangement, en plus de la tablette rabattable et du porte-gobelet. Et contrairement à l’avion, l’inclinaison du dossier ne gêne pas le voisin de derrière !
    La visite de la classe Business Premier ne serait pas complète sans un passage en revue des aménagements spéciaux, en particulier pour les PMR (toilettes et espace avec boutons d’appel), les compartiments cloisonnés pour le personnel et de petits compartiments vitrés (deux places ou une place avec strapontins) pour VIP. Et pour assurer une restauration à la place digne d’un service haut de gamme, une section de couloir a été équipée d’armoires réfrigérées, d’un évier et d’une batterie de bouilloires et de machines permettant de faire du « vrai » thé et du « vrai » café !
    Passons aux voitures Standard (le nom britannique de la 2e classe) par les intercirculations, dont la largeur surprendra les habitués de la famille TGV. C’est dans cette classe que le progrès est le plus remarquable, car même si l’aménagement est dense (76 places en 2+2 de front), certains éléments de confort ont fait leur apparition comme le siège inclinable et les prises de courant (jusqu’à présent rares en Standard). Ici aussi, le mélange de sièges bleus et anthracite rompt la monotonie, de même que les parois vitrées. Dans les voitures centrales, une de ces parois est dotée de portes coulissantes en verre, qui s’ouvrent sans contact pour donner accès au bar-buffet. Ici encore, le changement est total : les produits disponibles sont immédiatement visibles dans la vitrine réfrigérée, ainsi que sur le présentoir derrière le comptoir.
    L’e320, dont la cabine est presque identique 
    à celle des autres Velaro (les manipulateurs de traction et de freinage ont toutefois été 
    inversés), sera conforme aux STI grande vitesse et son équipement ETCS lui permettra d’aller sur les LGV au nord de Bruxelles. 
    De quoi permettre le lancement fin 2016 
    de la nouvelle desserte Londres – Amsterdam via Bruxelles, Anvers, Rotterdam et l’aéroport de Schiphol. À part cette future liaison, l’e320 pourra assurer dès fin 2015 toutes les 
    relations actuelles sous 25 kV 50 Hz et 1,5 kV ou 3 kV continu, avec les multiples signalisations rencontrées sur LGV, Eurotunnel et lignes classiques.
    Patrick LAVAL
     
    ENTRETIEN
    Nicolas Petrovic, directeur général d’Eurostar 
    « Nous devons aller chercher notre croissance ailleurs que sur Paris – Londres ou Bruxelles – Londres »
     
    Nicolas Petrovic, le directeur général d’Eurostar, estime que le train à grande vitesse qui relie Londres à Paris, d’une part, et à Bruxelles d’autre part a déjà « fait le plein » sur ces deux destinations. Le potentiel de croissance est important sur les nouvelles liaisons qui seront proposées d’ici à 2016. 
     
    Ville, Rail et Transports. Quel bilan tirez-vous 20 ans après le lancement d’Eurostar ?
    Nicolas Petrovic. Le bilan est très positif. Notre croissance est ininterrompue depuis 10 ans. L’année dernière, nous avons transporté 10 millions de voyageurs. Cette année, notre trafic sera encore en hausse. Nous devrions avoir accueilli en 20 ans 150 millions de voyageurs. Nous avons réussi à imposer l’avantage du train sur les destinations que nous desservons. Nos clients choisissent Eurostar malgré la concurrence forte des low cost.
    Aujourd’hui, cela paraît une évidence, mais lorsque Eurostar a démarré, il y avait beaucoup de scepticisme, surtout côté britannique. Aujourd’hui, non seulement Eurostar est la référence sur le trajet Paris – Londres, mais nous avons réussi à attirer sur nos lignes une nouvelle clientèle qui, auparavant, n’aurait jamais pensé passer un week-end dans l’une ou l’autre capitale.
    Nous avons aussi créé un nouveau marché au-delà de Londres et de Paris, qui représente une importante proportion de notre clientèle. Enfin, nous sommes allés chercher des clients en dehors de l’Europe, comme des Américains, des Chinois… Sur ce créneau, la croissance atteint +10 % par an depuis 4 ou 5 ans.
     
    VR&T. Qu’est-ce qui a changé avec la transformation d’Eurostar en une société ferroviaire de plein exercice en 2010 ?
    N. P. Cela nous a donné une vision globale des recettes et des coûts d’Eurostar. Cela nous a permis de dégager immédiatement des bénéfices dès 2011, puis les années suivantes. L’année dernière, nous avons enregistré 67 millions d’euros de bénéfices (+4 % par rapport à 2012).
    Dans les trois ans qui viennent, nous allons investir 1,25 milliard d’euros dans ce que nous appelons « l’expérience client ». D’abord en achetant des rames Siemens qui vont nous apporter 20 % de places supplémentaires. Nous allons acquérir sept rames supplémentaires, ce qui porte notre commande totale à 17 rames. Nous avons commencé les essais de ces nouvelles rames en Belgique depuis quasiment un an et depuis six mois en France. En Grande-Bretagne, les essais ont débuté mi-novembre. La mise en service des premières rames est prévue fin 2015. Nous allons également rénover les rames existantes de notre parc.
    Bien sûr, nous poursuivons nos efforts pour améliorer le service client. Nos investissements vont notamment porter sur les gares, en particulier à Paris-Nord, à Lille, Bruxelles et Londres. Et nous investissons beaucoup dans une nouvelle plateforme digitale. Nous avons par exemple doté toutes nos équipes à bord d’iPad. Ces investissements doivent nous préparer aux 20 prochaines années.
     
    VR&T. Quelles sont les perspectives de développement ?
    N. P. Sur Londres – Paris ou Londres – Bruxelles, nous avons déjà atteint le maximum de ce qu’on peut faire. Nous devons aller chercher notre croissance ailleurs. Au 1er mai 2015, nous lançons une nouvelle liaison Londres – Lyon – Avignon – Marseille. Puis, fin 2016, une desserte directe Londres – Amsterdam. Cette ligne représente le plus gros marché aérien en Europe. Nous voulons en prendre des parts. Et créer de nouvelles routes car il y a un potentiel de croissance important.
    Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

  • Signalisation : le marché ferroviaire mondial en plein essor

    Signalisation : le marché ferroviaire mondial en plein essor

    Ce n’est pas la partie la plus connue ni la plus visible du secteur, mais elle peut être décisive dans des pays déjà dotés d’un solide réseau et qui ont tout intérêt à optimiser son utilisation. Décisive, elle l’est aussi dans les pays émergents : quitte à construire ex nihilo des grandes lignes et des métros, autant les équiper d’entrée d’une signalisation performante, qui permet d’avoir de fortes capacités sans surdimensionner l’infrastructure.
    Environ 10 % de l’activité ferroviaire se fait dans ce secteur, où l’on trouve à la fois la signalisation grandes lignes (la plus moderne étant ERTMS), celle des métros (fleuron, le CBTC), ou encore les systèmes de commande centralisée. Et où les industriels qui vendent beaucoup de matière grise dégagent des marges plus intéressantes que dans le matériel roulant.
    Dans le monde entier, cet ensemble, le plus souvent appelé Signalling, et baptisé Rail Control dans la dernière étude de Roland Berger sur le marché du ferroviaire réalisée pour l’Unife, a représenté en moyenne annuelle, en 2011-2013, un chiffre d’affaires de 12,7 milliards d’euros. A comparer à un marché ferroviaire total de 150 milliards d’euros. Sur ces 12,7 milliards, 87 % étaient accessibles, c’est-à-dire ouverts à des fournisseurs extérieurs, et non pas réservés à des départements des entreprises ferroviaires ou à des industriels nationaux. Soit 11 milliards, à rapporter à un marché ferroviaire accessible de 103 milliards. Donc un peu plus de 10 %
    Pour les années 2017-2019, horizon de l’étude Roland Berger/Unife, on devrait arriver à une moyenne annuelle globale de la signalisation de 15,2 milliards d’euros, avec un rythme de croissance annuelle de 3,1 %. Le marché accessible serait de 13 milliards environ, grâce à une croissance légèrement supérieure, de 3,3 %. Une croissance assez soutenue donc, semblable à celle que l’étude prévoit dans les secteurs infrastructures et services, et supérieure à celle du matériel roulant, qui serait tout de même de 3 %.
    Les volumes, si l’on se concentre sur les marchés accessibles, se répartissent fort différemment selon les zones géographiques. Et la proportion peut varier du simple au double.
    En Asie-Pacifique, le Rail control a représenté en 2011-2013 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur un marché ferroviaire accessible de 18,7 milliards (soit 12,8 %). En Afrique-Moyen-Orient, 1 milliard sur 7 (14,3 %). En Amérique latine, 0,4 milliard sur 4,1 (9,7 %). En Amérique du Nord, 1,6 milliard sur 22,7 (7 %). En Europe de l’Ouest, 5 milliards sur 31 (15,9 %).
    On remarque par exemple que la part du Rail control en Amérique du Nord est faible, alors que celle des services est bien plus forte qu’ailleurs : traduction, selon un connaisseur, de la prédominance du fret, plus exigeant en fiabilité des matériels qu’en gestion de la saturation. L’Europe occidentale demeure le premier marché mondial du ferroviaire, et, à plus forte raison, avec une proportion de près de 16 %, de la signalisation et du contrôle commande. Une part record due à la densité des trafics et à la densité urbaine du vieux continent. 
    Cependant, les « drivers » de la croissance sont dans la zone Asie-Pacifique. Pas dans tous ses pays. Le Japon reste encore largement fermé, même si Thales a décroché en janvier dernier auprès de JR East, un contrat qualifié d’historique et salué par les pouvoir publics, pour un système CBTC destiné aux 30 km de la ligne Joban, dans l’agglomération de Tokyo. Une première mondiale, a-t-on alors souligné. Cette hirondelle n’a pas fait le printemps. Il semble que tel n’était pas son but aux yeux des Japonais qui, dans une partie serrée avec les Européens, cherchent à montrer, grâce à ce bel hapax, que leur marché est moins verrouillé qu’on ne le dit. A suivre tout de même.
    Pour l’avenir du secteur, analyse Jean-Pierre Audoux, délégué général de la Fédération des industries ferroviaires « l’ERTMS niveau 3, aujourd’hui encore assez conceptuel, va connaître un développement assez fort. Dans le domaine, comme pour le CBTC, c’est surtout la Chine qui va tirer l’activité. »  Sur le Vieux continent, le réseau ferroviaire français est un peu à la diète. En Allemagne, le Bund a voté fin 2013 une rallonge de 200 millions d’euros sur un corridor pour la signalisation. C’est important, mais on ne peut pas trop espérer : il manque 1,5 milliard d’euros par an pour rénover les lignes existantes. Le Royaume-Uni s’annonce comme le pays le plus dynamique, dans une Europe un peu flat, mais toujours bien confortable.
    F. D.
     

    Ansaldo sera chinois ou japonais

    Pour Ansaldo STS, le dénouement semble proche. Et il pourrait avoir des conséquences bien au-delà de la signalisation. Finmeccanica souhaite se désendetter en vendant ses deux filiales ferroviaires. Ansaldo STS, spécialisée dans la signalisation, est une entreprise de très haut niveau, à la fois fleuron et poids lourd du secteur, avec 1,5 milliard de CA ; AnsaldoBreda, constructeur, a beaucoup moins bonne réputation. Finmeccanica n’a jamais changé de lignes : les deux seront vendues au même acquéreur. A peu près toutes les entreprises ont regardé le dossier. On a parlé d’Alstom, de Siemens, de Bombardier, de Thales, de Mitsubishi, et finalement ce sont deux Asiatiques qui ont été shortlistés : le Japonais Hitachi et le Chinois CNR. On peut penser que chacun des deux candidats a intérêt à cette double acquisition. Acheter Ansaldo STS, c’est s’emparer d’un savoir-faire mondialement reconnu et d’un beau carnet de commande. Prendre AnsaldoBreda, ce n’est pas acquérir une entreprise aujourd’hui performante mais c’est devenir un constructeur européen. Et cela peut aider considérablement. Européen, Hitachi l’est déjà avec son site anglais. Mais pas encore continental. Et le chinois CNR ne l’est pas du tout. Quel que soit le vainqueur l’acquisition nourrira les craintes de tous les industriels qui annoncent depuis des années la venue prochaine sur le sol européen des concurrents redoutables qu’ils soient Japonais ou Chinois. Et cela dépasse largement les enjeux de la signalisation. 
    A côté de cet énorme dossier, l’accord General Electric-Alstom dans ce secteur n’a pas du tout la même ampleur. Dans la cession de la majeure partie d’Alstom à GE, la petite contrepartie qu’est l’apport de la signalisation ferroviaire de GE fut l’invitée de la dernière heure. On n’est évidemment pas dans les ordres de grandeur du secteur de l’Energie. Pas dans les dizaines de milliards, mais dans les centaines de millions d’euros. L’accord aura tout de même le mérite (une fois conclu) d’apporter à la signalisation d’Alstom un savoir-faire et un portefeuille de clients que le groupe n’avait pas, celui du fret nord-américain. La signalisation de GE est estimée à 600 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires annuel de 400 millions d’euros (60 % en Amérique du Nord). Grâce à cet apport, les ventes d’Alstom dans le secteur grimperaient de 40 %. 
    Parallèlement, Alstom, cohérent avec sa stratégie russe, se développe dans la CEI. Le groupe prépare une percée dans la signalisation (et la maintenance) au Kazakhstan, qui passe par des accords industriels destinés à lui ouvrir les portes des réseaux voisins. Il vient aussi de mettre un pied en Serbie grâce à un partenariat avec les RZD (voir page 56). Ce n’est qu’un début, espère-t-on chez Alstom.
    Dans la course à la consolidation, la grande affaire a été l’an dernier l’acquisition d’Invensys (ex-Westinghouse et ex-Dimetronic). Siemens a, à cette occasion, plus que doublé dans le secteur, passant d’environ 12 %-15 % de la signalisation mondiale à environ 25 %-30 %. On avait pu entendre alors certaines rumeurs, pas toujours bien intentionnées, selon lesquelles l’ancien Matra Transport, acquis par Siemens en 1998, allait être noyé dans le nouvel ensemble. C’est en fait, souligne-t-on chez Siemens France, le contraire qui s’est passé, et le site de Châtillon a été confirmé comme pôle mondial de compétence pour les métros automatiques. Cela dit, grosso modo, les deux tiers du CA dans le secteur viennent des grandes lignes (ERTMS, etc). Et là, c’est en Allemagne que réside le savoir-faire. F. D.
     
    Cet article constitue le début du dossier dont vous avez lu 50 %. Pour accéder aux 50 % restants, cliquez sur le lien ci-dessous :
     
  • Siemens partenaire du Grand Paris

    Siemens partenaire du Grand Paris

    Depuis un siècle et demi, Siemens conçoit des systèmes de transport de plus en plus innovants et respectueux de l’environnement. Partenaire historique du développement des transports urbains en Ile-de-France, surtout depuis que Matra Transport a rejoint notre groupe, nous avons mis en oeuvre le meilleur de notre technologie pour fluidifier la mobilité et améliorer le confort et la sécurité des passagers. Je pense notamment à l’automatisation intégrale des lignes 1 et 14 du métro parisien qui sont aujourd’hui de prestigieuses références internationales, pour leur exploitant comme pour nous

  • 23e Palmarès des mobilités 2014

    23e Palmarès des mobilités 2014

     

    Consultez les résultats gratuitement
     
     
    • Intermodalité 
    • Innovation 
    • Mobilité durable
    • Ville et automobile
    • Modernisation
    • Mobilité numérique 
    • Grand prix européen de la mobilité
     
    La crise a eu un impact sur les déplacements en ville, nous apprend l’étude sur la mobilité commandée par l’UTP (Union des transports publics) à l’Ifop et dévoilée en fin d’année. 41 % des personnes interrogées affirment avoir réduit leurs déplacements urbains. C’est conséquent. Autre enseignement, sans doute lié, les comportements changent. Souvent à la recherche de petits prix, les utilisateurs des transports collectifs n’hésitent plus à recourir à de nouveaux modes alternatifs comme le covoiturage, qui s’affirme comme un concurrent redoutable des transports publics. 
    Dans ce contexte, qui exige de la part des opérateurs et des autorités organisatrices de transport de faire preuve d’imagination pour intégrer la montée en puissance de ces nouveaux comportements collaboratifs, notre palmarès montre que les réseaux qui se sont engagés depuis plusieurs années dans d’ambitieux investissements en recueillent aujourd’hui les fruits. D’où la présence régulière sur nos podiums depuis quelques années de Lyon (Pass d’or en 2013, d’argent en 2011, de bronze en 2010), qui a renforcé son réseau de tram, de métro et de bus et reçoit cette année le Pass de bronze. 
    De son côté, en remportant le Pass d’argent, Montpellier revient sur le devant de la scène que la ville avait quitté en 2007 après avoir remporté le Pass de bronze. Un retour mérité qui s’explique par une mobilisation tous azimuts, avec développement de lignes, réorganisation du réseau, services aux voyageurs, politique de communication. 
    Nantes, enfin, qui avait gagné le Pass d’argent en 2013, se hisse un an après sur la plus haute marche et remporte le Pass d’or. C’est la poursuite d’un effort engagé notamment en 2011 avec le lancement des premiers Chronobus qui ont conduit à des bonds de fréquentation. 
    Rappelons que notre palmarès s’appuie sur les chiffres 2013 de l’UTP. Nos critères de sélection prennent en compte des données mesurant la performance des réseaux, en particulier, l’offre kilométrique, le nombre de déplacements, la vitesse commerciale, les voyages par kilomètre et le taux de couverture, et leurs variations d’une année sur l’autre. 
    Nantes, Montpellier, Lyon, c’est l’affiche gagnante de 2014. M. H. P. 
  • 23e Palmarès des mobilités

    23e Palmarès des mobilités

     

    La crise a eu un impact sur les déplacements en ville, nous apprend l’étude sur la mobilité commandée par l’UTP (Union des transports publics) à l’Ifop et dévoilée en fin d’année. 41 % des personnes interrogées affirment avoir réduit leurs déplacements urbains. C’est conséquent. Autre enseignement, sans doute lié, les comportements changent. Souvent à la recherche de petits prix, les utilisateurs des transports collectifs n’hésitent plus à recourir à de nouveaux modes alternatifs comme le covoiturage, qui s’affirme comme un concurrent redoutable des transports publics. 
    Dans ce contexte, qui exige de la part des opérateurs et des autorités organisatrices de transport de faire preuve d’imagination pour intégrer la montée en puissance de ces nouveaux comportements collaboratifs, notre palmarès montre que les réseaux qui se sont engagés depuis plusieurs années dans d’ambitieux investissements en recueillent aujourd’hui les fruits. D’où la présence régulière sur nos podiums depuis quelques années de Lyon (Pass d’or en 2013, d’argent en 2011, de bronze en 2010), qui a renforcé son réseau de tram, de métro et de bus et reçoit cette année le Pass de bronze. 
    De son côté, en remportant le Pass d’argent, Montpellier revient sur le devant de la scène que la ville avait quitté en 2007 après avoir remporté le Pass de bronze. Un retour mérité qui s’explique par une mobilisation tous azimuts, avec développement de lignes, réorganisation du réseau, services aux voyageurs, politique de communication. 
    Nantes, enfin, qui avait gagné le Pass d’argent en 2013, se hisse un an après sur la plus haute marche et remporte le Pass d’or. C’est la poursuite d’un effort engagé notamment en 2011 avec le lancement des premiers Chronobus qui ont conduit à des bonds de fréquentation. 
    Rappelons que notre palmarès s’appuie sur les chiffres 2013 de l’UTP. Nos critères de sélection prennent en compte des données mesurant la performance des réseaux, en particulier, l’offre kilométrique, le nombre de déplacements, la vitesse commerciale, les voyages par kilomètre et le taux de couverture, et leurs variations d’une année sur l’autre. 
    Nantes, Montpellier, Lyon, c’est l’affiche gagnante de 2014.
    M. H. P. 
  • Transmanche. Pour ses 20 ans, Eurostar présente son nouveau train… et en commande sept de plus

    Transmanche. Pour ses 20 ans, Eurostar présente son nouveau train… et en commande sept de plus

     

    Transmanche. Pour ses 20 ans, Eurostar présente son nouveau train… et en commande sept de plus

    Il s’appelle e320, comme la vitesse qu’il pourra atteindre en service. Mais aussi Class 374 pour les Britanniques. La première apparition officielle de ce nouvel Eurostar était très attendue, plus de quatre ans après sa commande à Siemens. Un choix qui avait alors fait couler beaucoup d’encre…
    Le 13 novembre, le grand moment était enfin venu, dans le cadre de la célébration des vingt ans de dessertes à grande vitesse entre Paris, Bruxelles et Londres. À cette occasion, Nicolas Petrovic, directeur général d’Eurostar, a annoncé la commande de sept e320, en plus des dix du marché de 2010. Ce qui porte à 17 le total des nouvelles rames à produire par l’usine allemande de Krefeld.
     
    L’aspect extérieur du train Siemens, très similaire aux autres trains à grande vitesse Velaro les plus récents (telle la série 407 de la DB) commençait à être connu grâce aux photos prises par les ferroviphiles le long des voies sur lesquelles l’e320 était testé ou acheminé. Ces prises de vue ont également dévoilé la nouvelle livrée extérieure signée Pininfarina. Mais les aménagements intérieurs, également signés Pininfarina, restaient un secret bien gardé. Tout ce que l’on savait, c’est que grâce à la motorisation répartie, le nouveau train offrirait « environ 900 places assises ». Soit environ 20 % de sièges en plus, à longueur égale, que les actuelles rames articulées TMST (TransMancheSuperTrain, l’Eurostar) dont les 18 voitures sont encadrées par deux motrices sans voyageurs.
     
    Composé de 16 voitures sur deux bogies, dont 8 motrices (16 MW), l’e320 est le plus long des Velaro : avec ses 400 m au total, il dépasse bien la distance entre rameaux de communication consécutifs dans le tunnel sous la Manche. Mais s’il occupe la même longueur de quai que les TMST, les emplacements de ses portes d’accès ne « collent » pas du tout avec les marquages au sol des accès aux rames actuelles !
    Pour les invités du 13 novembre, ce détail n’avait pas encore d’importance. L’essentiel était de visiter enfin le nouveau train, dont la composition est très différente des rames actuelles. Désormais, les classes Business Premier et Standard Premier occupent deux groupes de trois voitures aux extrémités de la rame (01 à 03 et 14 à 16), alors que les deux compartiments bar-buffet sont regroupés dans les voitures du milieu (08 et 09), qui offrent aussi des places assises en classe Standard, comme les voitures 04 à 08 et 10 à 13. Et quelle que soit la classe, un wi-fi gratuit sera offert par Eurostar, qui a également développé un portail d’information en direct (circulation du train, météo, tourisme, actualité…), complétant les écrans d’information (en français, anglais et néerlandais), régulièrement implantés au plafond sans être envahissants, vu le volume disponible.
    Car la sensation d’espace, si caractéristique des rames de la famille Velaro de Siemens, se retrouve dans l’e320, dont les aménagements sont nettement plus généreux que les intérieurs étriqués des voitures actuelles. Il est vrai que ces dernières, directement dérivées du TGV, présentent en outre un bas de caisse « rétréci » à cause des quais hauts du réseau classique britannique. Comme ce dernier n’est plus emprunté par Eurostar depuis novembre 2007, après l’achèvement de la ligne nouvelle HS1, le nouveau matériel peut enfin exploiter à fond le gabarit européen, y compris entre le Tunnel et Londres.
     
    Nouveauté pour Eurostar : l’occupation des sièges est indiquée sur des afficheurs à LED incorporés aux porte-bagages. Pour les bagages trop lourds pour être rangés en haut, des racks sont installés entre certains sièges ou en extrémité de voiture (avec éclairage). Entre certains sièges se trouvent également de grandes poubelles, qui remplacent avantageusement les petites boîtes actuelles. Enfin, l’éclairage indirect basse consommation est efficace sans être violent.
     
    Dans les voitures Business Premier et Standard Premier (la différence entre ces classes est plus une question de service que d’aménagement, ici en 2+1 de front), les sièges confortables (coussins extensibles) à liseuse individuelle incorporée font alterner des nuances de beige et de brun pour « casser » l’effet tunnel que pourrait procurer le couloir central. Sous les accoudoirs, des prises de courant britanniques et continentales sont installées, ainsi que des ports USB. Entre les sièges en vis-à-vis, des tables extensibles sont installées. Pour les autres places assises, les dossiers des sièges comprennent un petit miroir et une pochette de rangement, en plus de la tablette rabattable et du porte-gobelet. Et contrairement à l’avion, l’inclinaison du dossier ne gêne pas le voisin de derrière !
     
    La visite de la classe Business Premier ne serait pas complète sans un passage en revue des aménagements spéciaux, en particulier pour les PMR (toilettes et espace avec boutons d’appel), les compartiments cloisonnés pour le personnel et de petits compartiments vitrés (deux places ou une place avec strapontins) pour VIP. Et pour assurer une restauration à la place digne d’un service haut de gamme, une section de couloir a été équipée d’armoires réfrigérées, d’un évier et d’une batterie de bouilloires et de machines permettant de faire du « vrai » thé et du « vrai » café !
     
    Passons aux voitures Standard (le nom britannique de la 2e classe) par les intercirculations, dont la largeur surprendra les habitués de la famille TGV. C’est dans cette classe que le progrès est le plus remarquable, car même si l’aménagement est dense (76 places en 2+2 de front), certains éléments de confort ont fait leur apparition comme le siège inclinable et les prises de courant (jusqu’à présent rares en Standard). Ici aussi, le mélange de sièges bleus et anthracite rompt la monotonie, de même que les parois vitrées. Dans les voitures centrales, une de ces parois est dotée de portes coulissantes en verre, qui s’ouvrent sans contact pour donner accès au bar-buffet. Ici encore, le changement est total : les produits disponibles sont immédiatement visibles dans la vitrine réfrigérée, ainsi que sur le présentoir derrière le comptoir.
     
    L’e320, dont la cabine est presque identique à celle des autres Velaro (les manipulateurs de traction et de freinage ont toutefois été inversés), sera conforme aux STI grande vitesse et son équipement ETCS lui permettra d’aller sur les LGV au nord de Bruxelles. De quoi permettre le lancement fin 2016 de la nouvelle desserte Londres – Amsterdam via Bruxelles, Anvers, Rotterdam et l’aéroport de Schiphol. À part cette future liaison, l’e320 pourra assurer dès fin 2015 toutes les relations actuelles sous 25 kV 50 Hz et 1,5 kV ou 3 kV continu, avec les multiples signalisations rencontrées sur LGV, Eurotunnel et lignes classiques.
    Patrick LAVAL
    ––––––––––––––––––––

     

    Entretien avec Nicolas Petrovic, directeur général d’Eurostar 

    « Nous devons aller chercher notre croissance ailleurs que sur Paris – Londres ou Bruxelles – Londres »
     
    Nicolas Petrovic, le directeur général d’Eurostar, estime que le train à grande vitesse qui relie Londres à Paris, d’une part, et à Bruxelles d’autre part a déjà « fait le plein » sur ces deux destinations. Le potentiel de croissance est important sur les nouvelles liaisons qui seront proposées d’ici à 2016. 
     
    Ville, Rail et Transports. Quel bilan tirez-vous 20 ans après le lancement d’Eurostar ?
    Nicolas Petrovic. Le bilan est très positif. Notre croissance est ininterrompue depuis 10 ans. L’année dernière, nous avons transporté 10 millions de voyageurs. Cette année, notre trafic sera encore en hausse. Nous devrions avoir accueilli en 20 ans 150 millions de voyageurs. Nous avons réussi à imposer l’avantage du train sur les destinations que nous desservons. Nos clients choisissent Eurostar malgré la concurrence forte des low cost.
    Aujourd’hui, cela paraît une évidence, mais lorsque Eurostar a démarré, il y avait beaucoup de scepticisme, surtout côté britannique. Aujourd’hui, non seulement Eurostar est la référence sur le trajet Paris – Londres, mais nous avons réussi à attirer sur nos lignes une nouvelle clientèle qui, auparavant, n’aurait jamais pensé passer un week-end dans l’une ou l’autre capitale.
    Nous avons aussi créé un nouveau marché au-delà de Londres et de Paris, qui représente une importante proportion de notre clientèle. Enfin, nous sommes allés chercher des clients en dehors de l’Europe, comme des Américains, des Chinois… Sur ce créneau, la croissance atteint +10 % par an depuis 4 ou 5 ans.
     
    VR&T. Qu’est-ce qui a changé avec la transformation d’Eurostar en une société ferroviaire de plein exercice en 2010 ?
    N. P. Cela nous a donné une vision globale des recettes et des coûts d’Eurostar. Cela nous a permis de dégager immédiatement des bénéfices dès 2011, puis les années suivantes. L’année dernière, nous avons enregistré 67 millions d’euros de bénéfices (+4 % par rapport à 2012).
    Dans les trois ans qui viennent, nous allons investir 1,25 milliard d’euros dans ce que nous appelons « l’expérience client ». D’abord en achetant des rames Siemens qui vont nous apporter 20 % de places supplémentaires. Nous allons acquérir sept rames supplémentaires, ce qui porte notre commande totale à 17 rames. Nous avons commencé les essais de ces nouvelles rames en Belgique depuis quasiment un an et depuis six mois en France. En Grande-Bretagne, les essais ont débuté mi-novembre. La mise en service des premières rames est prévue fin 2015. Nous allons également rénover les rames existantes de notre parc.
    Bien sûr, nous poursuivons nos efforts pour améliorer le service client. Nos investissements vont notamment porter sur les gares, en particulier à Paris-Nord, à Lille, Bruxelles et Londres. Et nous investissons beaucoup dans une nouvelle plateforme digitale. Nous avons par exemple doté toutes nos équipes à bord d’iPad. Ces investissements doivent nous préparer aux 20 prochaines années.
     
    VR&T. Quelles sont les perspectives de développement ?
    N. P. Sur Londres – Paris ou Londres – Bruxelles, nous avons déjà atteint le maximum de ce qu’on peut faire. Nous devons aller chercher notre croissance ailleurs. Au 1er mai 2015, nous lançons une nouvelle liaison Londres – Lyon – Avignon – Marseille. Puis, fin 2016, une desserte directe Londres – Amsterdam. Cette ligne représente le plus gros marché aérien en Europe. Nous voulons en prendre des parts. Et créer de nouvelles routes car il y a un potentiel de croissance important.
    Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

  • La décentralisation du stationnement vue d’Europe

    La décentralisation du stationnement vue d’Europe

    Elu à la présidence du GART le 10 septembre dernier, il me revient désormais le plaisir et l’honneur d’ouvrir Les Cahiers du GART. A l’heure où le gouvernement s’attelle à la rédaction des décrets d’application relatifs à la décentralisation du stationnement payant de surface, et qu’une importante pédagogie doit être déployée à l’endroit de nos concitoyens et des automobilistes sur le bien-fondé de cette mesure, nous avons considéré qu’il serait utile de dresser un bilan d’étape des politiques semblables menées au-delà de nos frontières.

    C’est donc tout naturellement que nous consacrons un numéro à ce nouveau dispositif et, plus précisément, aux différentes formes de décentralisation qui ont été mises en oeuvre par nos voisins européens. S’il est au moins une observation que nous pouvons formuler, c’est que, par-delà les particularismes nationaux ou encore les différentes formes juridiques et organisationnelles adoptées par nos voisins européens, ceux qui pratiquent une gestion décentralisée du stationnement ont un taux de paiement spontané bien supérieur à celui de la France.

    Pour le dire autrement, les règles de civisme en matière de stationnement sont bien plus respectées ailleurs en Europe qu’elles ne le sont en France. Mais au lieu d’y voir le fruit d’un quelconque atavisme contre lequel on ne pourrait rien, il faut bien comprendre que ce sont les politiques décidées, au plus près du terrain, qui incitent largement aux comportements civiques. C’est la raison pour laquelle les élus du GART ont considéré que, pour y remédier, il fallait d’abord agir sur les facteurs structurels qui conditionnent les changements de comportements. Quant aux autres enseignements à en tirer, je ne peux que vous inviter à la lecture de ce numéro des Cahiers et, dans les prochaines semaines, de l’étude comparative que le GART publiera sur ce sujet. Celle-ci fournira nombre d’enseignements – et d’arguments – face au long et patient travail de pédagogie que les élus locaux devront réaliser pour le succès de cette réforme.

  • Le grand retour de Volvo Bus

    Le grand retour de Volvo Bus

    Voilà plusieurs années que Volvo ne répondait plus aux appels d’offres « autobus » émanant des réseaux français de transports urbains. Comme ce créneau représente déjà 30 % du marché et que les services scolaires, pour lesquels il ne disposait pas encore du véhicule adéquat, pèsent à eux seuls 40 %, on ne sera guère surpris que la pénétration du constructeur suédois dans l’Hexagone, sur les bus et cars de ligne, soit demeurée jusqu’ici limitée. En outre, le rapprochement avec Renault Trucks, à une époque où le Français produisait encore des véhicules de transports urbains, n’a sans doute pas non plus été étranger à pareille éclipse…
    Force est de constater aujourd’hui que ce temps de repli a été fort judicieusement mis à profit. Ainsi, Volvo a massivement investi en recherche et développement, afin de pouvoir mettre au point une chaîne hybride totalement originale et parfaitement aboutie, tout en explorant toutes les filières de carburants alternatifs. Ces études ont été menées, en très grande partie, sur son site lyonnais de Saint-Priest, qui emploie 5 000 collaborateurs, faisant du constructeur le premier employeur privé en Rhône-Alpes. Et depuis novembre dernier, Volvo répond de nouveau aux appels d’offres en France. Après le « gel » habituel qui précède toute élection municipale, les autorités organisatrices ont recommencé à exprimer leurs intentions d’achats, en manifestant un intérêt tout particulier pour les nouvelles solutions hybrides en Euro 6, ce qui offre d’emblée au constructeur d’excellentes opportunités : « En ce moment, nous recevons des appels d’offres presque tous les jours, l’association Agir a d’ores et déjà référencé notre véhicule hybride, et nos ventes potentielles pourraient dépasser les 200 unités dès la fin de l’année », assure Bernard Meauzoone, directeur de Volvo Bus France. En particulier, deux de ses véhicules hybrides (encore Euro 5) sont actuellement en essai à Lyon, le Sytral (Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise) devant lancer un appel d’offres pour 120 unités avec une décision au plus tard en décembre prochain…
    Chez Volvo, l’aventure hybride prend forme en 2008. Deux ans plus tard, intervient le lancement commercial de l’autobus 7900 H (H pour hybride). Depuis, 1 465 véhicules ont été vendus dans 21 pays (chiffres actualisés en mai 2014). Dernier grand opérateur à s’être équipé, les Wiener Linien ont mis en service dans la capitale autrichienne, en mai dernier, leurs six premiers standard 7900 H sur la ligne 4A (Karlsplatz – Wittelbachstrasse). Jusqu’ici, le constructeur proposait son 7900 H en deux longueurs : le standard de 12 m et le « midibus » de 10,60 m. Avec une offre complémentaire en châssis nu, notamment pour carrossage de véhicules à étage (châssis B5LH) par Wright, en Irlande du Nord, à destination du marché britannique.
     

    Une nouvelle version articulée

    Cette année, apparaît la version articulée de 18 m. Quatre « démonstrateurs » ont d’ores et déjà été assemblés, et c’est l’un d’eux qui a été présenté à la presse le 16 juin dernier, avant de l’être, le lendemain, à la direction et aux services techniques de la RATP. La chaîne hybride développée par Volvo sur le 7900 H retient particulièrement l’attention par l’économie en carburant qu’elle procure, égale à 39 %. Cette valeur moyenne a été calculée à partir des chiffres de consommation effectivement relevés chez les exploitants, ce qui signifie que, sur certains réseaux, des économies encore plus importantes ont été enregistrées. La réduction des émissions de dioxyde de carbone s’élève également à 39 %, tandis que celle des polluants néfastes pour la santé atteint presque les 50 %. Enfin, les riverains des lignes desservies par ces autobus ont pu apprécier une diminution significative du bruit aux abords des arrêts, grâce au fonctionnement en mode électrique seul…
    Autre point fort du véhicule, la conception du poste de conduite se distingue par une intégration extrêmement réussie des différents équipements quel que soit leur emplacement. Quant au surcoût d’un 7900 H de 12 m hybride par rapport au standard diesel, il n’excède pas les 90 000 euros.
     

    Une feuille de route en 3 étapes pour l’hybride électrique

    Cette démarche volontariste pour développer la propulsion tout ou partie électrique ne laisse rien au hasard mais, au contraire, a été dès l’origine parfaitement structurée. Après le lancement, en 2010, de l’« hybride simple », apparaissait trois ans plus tard, conformément à la feuille de route en trois étapes que s’était fixée Volvo, l’« hybride électrique », encore parfois appelé « plug-in ». Lancé en exploitation probatoire en mai 2013 avec trois véhicules sur le réseau de Göteborg (Suède), l’hybride électrique présenté dans la foulée au congrès UITP de Genève se distingue du précédent par son système de charge rapide aux terminus, voire en un point d’arrêt intermédiaire de la ligne, qui lui octroie une autonomie en mode électrique de six à sept kilomètres pour un temps de rechargement de cinq à six minutes. Ce système permet, par exemple, la traversée d’un centre-ville ou de toute autre zone sensible du parcours en garantissant le « zéro émission » et l’absence de nuisance sonore. Doit néanmoins s’ajouter, en principe, une charge complémentaire de quatre heures, au dépôt, durant la nuit. Les résultats des tests « grandeur nature » réalisés à Göteborg mettent d’ores et déjà en évidence des économies d’énergie de l’ordre de 60 %, la consommation de carburant se voyant elle-même réduite de 75 % à l’instar des émissions de polluants. En d’autres termes, l’autobus ne consomme plus que 10 à 11 litres aux 100 kilomètres ! Son conducteur conserve à tout moment la faculté de répartir le fonctionnement entre modes diesel et électrique. Toutefois, la traversée en zéro émission des zones sensibles peut être gérée automatiquement par l’entremise de la géolocalisation du véhicule telle qu’elle est disponible sur les SAE (Système d’aide à l’exploitation) utilisés par les réseaux. La commercialisation de l’hybride électrique interviendra dès l’année prochaine. « Les réseaux français commencent à s’y intéresser et un grand opérateur nous a déjà demandé de faire des essais », indique Bernard Meauzoone. Compte tenu de la nécessité de définir puis d’optimiser le positionnement des points de charge rapide, une petite année d’études sera néanmoins nécessaire…
    Quant à la troisième étape de la feuille de route, elle intéresse le véhicule 100 % électrique, que Volvo range sous le vocable d’« électromobilité ». Il apparaîtra en juin 2015 avec, là encore, une exploitation probatoire à Göteborg sous le nom d’ElectriCity. La commercialisation de l’électromobilité, qui devrait se traduire par 80 % d’économie d’énergie, est attendue à l’horizon 2020. Le type de captage de l’électricité pour la charge rapide des batteries n’a pas encore été totalement défini, entre le dispositif déjà utilisé à Göteborg pour l’hybride électrique, ou un pantographe, ou bien encore un système à induction. A terme, le constructeur prévoit de conserver les trois propositions (hybride simple, hybride électrique et électromobilité) dans son catalogue. Particularité tout à fait remarquable, les possesseurs d’hybrides simples auront la possibilité de faire transformer leurs véhicules, à la faveur d’un simple « retrofit », en hybrides électriques (ajout d’une batterie supplémentaire et d’un système de captage), Volvo ayant développé des éléments constitutifs modulaires parfaitement compatibles entre eux. Le constructeur croit tellement dans les vertus de ses nouvelles motorisations qu’il a tout simplement abandonné le 100 % diesel traditionnel. Pareille confiance s’explique peut-être, pour partie, par le choix initial de la technologie. Se démarquant de la quasi-totalité de ses concurrents qui proposent des autobus de type hybride série, Volvo a opté d’emblée pour la formule hybride parallèle, celle que l’on trouve sur les camions. Dans l’hybride série, il n’existe plus aucune liaison mécanique entre le moteur thermique et les roues. Le véhicule n’est propulsé que par le (ou les) moteur(s) électrique(s), qui est alimenté par l’alternateur couplé au moteur thermique, l’ensemble constituant un groupe électrogène, ou par les batteries. En revanche, dans l’hybride parallèle, la chaîne cinématique conventionnelle est conservée, le moteur électrique venant s’intercaler en ligne, de manière additionnelle, entre moteur thermique et pont arrière. Du coup, le véhicule peut être propulsé en mode diesel seul, en mode électrique seul, ou selon la combinaison des deux. Heureuse retombée de ces dispositions constructives, l’hybride parallèle ne présente que peu de risques de rester immobilisé en ligne à la suite d’une panne affectant sa motorisation, du simple fait des redondances ainsi créées. Par ailleurs, si l’hybride série offre un gain de consommation moyen de l’ordre de 30 % jusqu’à 10 km/h, ce dernier ne cesse de décroître régulièrement ensuite, pour s’annuler vers les 40 km/h. Pour l’hybride parallèle, ledit gain, faible jusqu’à 10 km/h, présente à partir de là un très intéressant palier théorique à 20 % jusqu’à 35 km/h, alors que celui de l’hybride série n’est déjà plus que de 5 % en décroissance continue à cette vitesse. En réalité, les retours d’expérience, à la fin 2013, sur le millier de véhicules Volvo en exploitation montrent que ces gains oscillent entre 29 % et 39 %, avec la même fiabilité qu’un autobus 100 % diesel. Les résultats en exploitation sont donc supérieurs à ceux auxquels on pouvait s’attendre en théorie. La première raison vient de l’électrification des auxiliaires (climatisation, compresseur d’air, pompe de direction, portes…), ce qui a pour conséquence que 100 % de l’énergie peut être transmise aux roues. Une autre raison est à rechercher dans le développement, par Volvo, d’une boîte spécifique au véhicule hybride, dénommée I-Shift. Enfin, participent encore au gain de consommation la réduction de la cylindrée du moteur thermique (5 l au lieu de 7 à 9 pour le véhicule diesel équivalent), et le « Stop and go » (arrêt du moteur thermique à vitesse nulle) avec la récupération d’énergie au freinage, qui permet un redémarrage en mode électrique seul jusqu’à 20 km/h.
    Philippe Hérissé
  • Retour sur InnoTrans. Les nouvelles tendances

    Les trains régionaux s’adaptent à leur mission

     
    Qu’il s’agisse de rames reliant les métropoles à leurs bassins ou d’autorails ruraux, les trains régionaux mettent en œuvre une large gamme de matériels adaptés à leurs différentes missions, comme on a encore pu le voir cette année. Mais tous les matériels exposés n’étaient pas des nouveautés : l’élément automoteur diesel série 861 du slovaque ZOS Vrútky pour ZSSK et l’automotrice Skoda série 641 « RegioPanter » pour les ČD avaient déjà été vus en 2012. Alors que l’automotrice Impuls 36WE du polonais Newag pour la Basse-Silésie était une version plus courte (tricaisse) que l’Impuls 35WE pour le réseau SKM de Varsovie présenté il y a deux ans. Le Regio 2N de Bombardier pour la région Centre a été décrit dans le numéro précédent.
     

    • La gamme Alstom Coradia relookée

    Une fois de plus, les trains régionaux Alstom provenaient tous de l’usine de Salzgitter, implantée en Basse-Saxe à 250 km de Berlin.
    Après sa version nordique présentée en 2012, l’automotrice Coradia Continental était de retour à InnoTrans en 2014, cette fois avec une nouvelle face avant renforcée, conforme aux normes anticollisions européennes. En décembre 2015, 20 rames quadricaisses de cette nouvelle génération (série 1440) doivent entrer en service sur le « réseau électrifié de l’est de la Basse-Saxe » (ENNO) dans le cadre d’un contrat avec l’opérateur Metronom. Alstom sera responsable de la maintenance de ces rames, qui circuleront sur les lignes entre Wolfsburg et Hanovre, Brunswick et Hildesheim, actuellement exploitées par DB Regio.
    En traction diesel, l’autorail Coradia Lint connaît une nouvelle jeunesse. Après le Lint 27 monocaisse en 2000 et le Lint 41 articulé en 2004, InnoTrans accueille cette année la nouvelle configuration Lint 54 à deux caisses longues sur deux bogies chacune, alias VT 622. Deux éléments destinés à entrer en service en décembre étaient garés côte à côte, l’un présenté par Alstom, l’autre par l’exploitant Netinera (ancienne filiale allemande d’Arriva, reprise par les FS).
    Le premier de ces éléments faisait partie des 28 destinés au sud-est du Land de Basse-Saxe, qui ont pour particularité de n’avoir que deux bogies motorisés, contre trois pour les autres versions.
    Le deuxième symbolisait l’importante commande passée il y a deux ans à InnoTrans par Netinera : 45 Lint 54 et 18 Lint 81 (version tricaisse), cette fois pour le « réseau diesel sud-ouest de Rhénanie-Palatinat » sous la marque Viexx. C’est le troisième jour de l’exposition que l’élément exposé a été symboliquement remis à Jost Knebel, CEO de Netinera Deutschland. Bientôt sur les lignes entre Mayence, Sarrebruck et Francfort, voire en Alsace pour des incursions transfrontalières jusqu’à Wissembourg.
     

    • Le premier Link de Pesa pour la DB

    Une autre commande passée à InnoTrans 2012 se concrétise cette année : le contrat-cadre signé par DB Regio et Pesa pour la fourniture d’autorails. Voici donc l’exemplaire de présérie du VT 631 dans la nomenclature allemande, toujours avec le « nez de requin » caractéristique de Pesa, dont les formes ont été étudiées pour en faire « un des premiers autorails du monde à satisfaire quatre scénarios de collision ». Long de 28,65 m et motorisée par un PowerPack de 565 kW (étape IIIB) permettant d’atteindre 140 km/h, cet autorail offre tout le confort attendu d’un train d’aujourd’hui, y compris un système de guidage des malvoyants et malentendants, un plancher bas (600 mm) conçu pour différentes hauteurs d’accès, 50 places assises en 2+2, le wi-fi et un système d’information piloté par GPS. Le tout avec système de diagnostic embarqué. Jusqu’à trois autorails peuvent circuler en UM, mais le contrat-cadre de la DB comprend également des éléments bicaisses ou tricaisses.
     

    • Une nouvelle génération d’éléments automoteurs diesel Newag

    Destiné aux dessertes régionales en Mazovie, l’autorail bicaisse Newag de la série 222M innove dans les aspects liés au confort des voyageurs (y compris PMR, malvoyants et malentendants) grâce à des accès surbaissés, des toilettes sans effluents, un système d’information voyageurs performant et la climatisation. L’ergonomie de la cabine de conduite n’a pas été oubliée, avec siège personnalisable, climatisation indépendante et casier fermé à clé… Mais surtout, les émissions polluantes sont conformes aux dernières normes européennes (étape IIIB) en ce qui concerne les deux groupes diesel de 390 kW à transmission hydraulique. Apte à 130 km/h, le 222M est équipé de détecteurs d’incendie et satisfait les dernières normes de sécurité anticollision et anti-incendie.
     
     

    Grandes lignes : les voitures tractées n’ont pas disparu 

    Avec la tendance vers toujours plus de rames automotrices, on pourrait croire que les rames tractées n’ont aucun avenir. Et pourtant, les voitures pour voyageurs étaient une fois de plus à InnoTrans. Six ans après le Railjet rouge métallisé ÖBB autrichien, la rame de prestige construite par Siemens pour les lignes classiques était de retour à InnoTrans, cette fois en livrée bleue CD tchèque et sans locomotive. Un bel exemple de la gamme Viaggio Comfort, que le constructeur aimerait exporter vers d’autres réseaux demandeurs d’un rajeunissement des « trains classiques ».
    Toujours dans l’ancienne partie orientale de l’Europe, des voitures classiques pour rames tractées par locomotives sont toujours construites. Avec quelques évolutions depuis l’époque des voitures Corail, comme les écrans des systèmes d’information voyageurs ou les prises de courant, alors que la climatisation est généralisée. Pas de train de nuit cette année, mais des voitures classiques comme celle de 2e classe de ZOS Vrútky (72 places assises en 2+2 de front en vis-à-vis) pour les Chemins de fer slovaques. Hormis cet habitué d’Innotrans, les Chemins de fer hongrois (MÁV-Start) présentaient leur prototype IC+ de 2e classe qui a tout de la voiture classique climatisée, les couleurs vives des 80 sièges (2+2), la vidéosurveillance et le wi-fi en plus !
    ––––––––––––––––––––

    Bombardier Deux niveaux IC grand confort

    Si pour les régions françaises, Bombardier produit un matériel deux niveaux automoteur, le matériel deux niveaux qu’il produit pour les différentes activités de la DB depuis la réunification allemande est, dans son immense majorité, remorqué. Si, du point de vue mécanique, les voitures deux niveaux « à l’allemande » de Bombardier, appelées Twindexx Vario par leur constructeur mais « Dosto » (pour « Doppelstock » en langue locale) par leurs voyageurs, ont leurs origines à l’est de l’ancien rideau de fer, leur aménagement a bien évolué depuis la chute du Mur. Et dans leur version IC présentée cette année à Berlin, les Dosto n’ont rien à envier aux voitures remorquées les plus modernes, tant en 1re qu’en 2e classe. Sans être aussi larges et droits que ceux des VO2N/VB2N françaises des années 1970, les escaliers d’accès au niveau supérieur de ce Twindexx Vario sont dans la bonne norme.
    ––––––––––––––––––––

     

    Les locomotives se diversifient

    En additionnant les engins diesel (15) et électriques (5), les locomotives étaient la catégorie de matériel roulant la plus représentée de l’édition 2014 d’InnoTrans. A côté des constructeurs occidentaux et de leurs gammes de plus en plus complètes, les industriels d’Europe de l’Est produisent des engins de plus en plus diversifiés et conformes aux normes d’émissions et de sécurité les plus récentes, tout en faisant preuve d’adaptabilité.
     

    • Deux Traxx rouges chez Bombardier 

    Bombardier et Siemens, les deux « grands » de la locomotive européenne, étaient présents avec leurs gammes respectives Traxx et Vectron, que l’on ne présente plus.
    Côté Traxx, deux engins déjà vus il y a deux ans étaient à l’honneur : la BR 245 « Multi Engine », à quatre moteurs diesel au lieu d’un seul, et la F140AC « last mile », qui portait cette année la livrée « rouge orient » de la DB (pour laquelle elle est désignée BR 187).
     

    • La Vectron étend son domaine côté Siemens

    Côté Vectron, gamme que Siemens avait dévoilée à InnoTrans en 2010, deux versions déjà vues (DE diesel-électrique et AC pour réseaux alimentés en monophasé en 16,7 Hz et 50 Hz) étaient présentées en livrée « maison », un troisième portant une livrée très « européenne » de MRCE. Ce loueur de locomotives a commandé 35 Vectron, qu’elle désigne X4 E. La particularité de la Vectron AC présentée par Siemens (193 970) était qu’elle allait ensuite servir de banc de test pour l’interopérabilité vers la Suède et la Norvège, où la Vectron étant déjà en service, via le Danemark, où ce n’est pas encore le cas.
     

    • PowerHaul, une Américaine née en Turquie

    A l’échelle mondiale, un des « grands » de la locomotive est GE Transportation, en traction diesel-électrique exclusivement. L’industriel américain était représenté par sa locomotive PowerHaul, assemblée par le constructeur turc Tülomsas. Une CoCo déjà vue ces dernières éditions d’InnoTrans en versions britannique (Class 70), puis européenne. Née en Turquie, cette dernière version (2 750 kW, 120 km/h) est maintenant prête à conquérir les marchés européens, mais aussi d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient…
     

    • Vossloh franchit la Manche

    Un « petit » qui se rapproche des « grands » est Vossloh, qui complète sa gamme Eurolight de BoBo diesel-électriques européennes légères avec une version au gabarit britannique, désignée UK Light par son constructeur et Class 68 par la nomenclature d’outre-Manche. L’exploitant fret Direct Rail services (DRS) a commencé à recevoir les 15 unités commandées, qui devraient être rejointes par 10 autres, dont l’option a été levée. Utilisée sur les trains de fret, cette locomotive équipée d’un diesel Caterpillar de 2 800 kW apte à 160 km/h doit démarrer sa carrière sur les trains de voyageurs en décembre.
    Toujours chez Vossloh, la livraison du centième locotracteur diesel-hydraulique, un des six G6 commandés par Captrain Deutschland (filiale de SNCF Geodis), a été célébrée au stand en plein-air. Sur les voies, ce locotracteur avait pour voisins les locomotives désormais classiques G12 diesel-hydraulique et DE18 diesel-électrique (trompeusement immatriculée DE24 dans le parc BASF !) A côté des voies, la face avant et les quelques premiers mètres de la future locomotive Euro Dual « universelle », bimode et pour tous types de trains, étaient présentés sous forme d’une maquette échelle 1.
     

    • H3, hybride nouvelle génération pour Alstom

    Quatre ans qu’Alstom n’avait pas présenté à Berlin le savoir-faire de son usine de Stendal en matière de locomotives de manœuvres, en particulier hybrides. Après les engins d’époque RDA reconstruits, voici un nouvel engin, désigné H3 (à trois essieux indépendants), dont la version hybride est le fruit du développement conjoint de 19 entreprises ou clusters, avec l’école d’ingénieurs de Nuremberg et le gouvernement bavarois, sous la direction de DB Eco Rail. Objectif de cet engin dont le générateur diesel (350 kW, étape IIIB) recharge des batteries nickel-cadmium : réduire « drastiquement » les nuisances sonores, ainsi que la consommation de carburant (30-50 %) et l’émission de polluants (de plus de 50 %). Des essais sur huit ans doivent avoir lieu sur cinq engins aux triages de Nuremberg et Wurtzbourg, alors que trois exemplaires ont été commandés par l’usine Volkswagen de Wolfsburg, dont celui d’InnoTrans.
     

    • Gama, la version diesel voyageurs de Pesa

    D’autres nouveaux venus sur le marché de la locomotive européenne sont les Polonais Pesa et Newag, revenus cette année avec leurs modèles respectifs.
    Chez Pesa, la BoBo Gama était de retour, toujours avec ses faces anticollision typiques du constructeur, mais cette fois dans sa version 111Db diesel-électrique (2 400 kW) pour trains de voyageurs à 140 km/h (voire 160 km/h). Dix unités ont été commandées par PKP Intercity.
     

    • Le retour du Dragon chez Newag

    Quatre ans après sa première, l’E6ACT « Dragon » était de retour sous la livrée Lotos, cet opérateur fret polonais ayant commandé six de ces engins qui concilient la traction des trains lourds et une ergonomie poussée. Depuis 2010, le nom de son constructeur a toutefois changé, Newag ayant succédé à ZLNE.
     

    • CZ Loco, à l’aise sur deux écartements

    Habitué d’InnoTrans, le constructeur tchèque de locomotives de manœuvres CZ Loco présentait deux engins diesel-électriques (moteur Caterpillar étape IIIA/B) à deux essieux, l’un léger pour voie normale (série 794, 328 kW, 14 à 16 tonnes par essieu), l’autre plus lourd (TME3, 403 kW, 23 tonnes par essieu) pour embranchements industriels à voie large de 1 520 mm, qui peuvent recevoir une télécommande radio en option.
     
    Dossier réalisé par Patrick LAVAL
     

     
     

     
     
  • Tram low cost. Un tram moins cher en France, est-ce possible ?

    Tram low cost. Un tram moins cher en France, est-ce possible ?

    Après deux années riches en inaugurations, les résultats des élections municipales ont ralenti – voire stoppé – la progression du tramway dans les villes françaises. En particulier dans les agglomérations de taille moyenne, mais aussi sur des réseaux en place qui auraient pu se doter de lignes supplémentaires.
    Toutefois, c’est bien une agglomération moyenne, Besançon, qui a organisé la principale inauguration de l’année 2014, les 30 et 31 août. Une inauguration qui se veut à l’image du « budget raisonné » de son nouveau tramway « optimisé », revenu à 17 millions d’euros par km, matériel roulant compris. Bien moins que la moyenne française de 25 millions d’euros par km. Mais moitié plus cher qu’un BHNS français moyen. 
    Alors, trop cher, le tram ? Réponse affirmative côté nantais lorsqu’il a fallu choisir un système de transport pour la ligne 4 : c’est un bus à haut niveau de service (BHNS), le Busway, qui la dessert depuis 2006. Une ligne dont la fréquentation est désormais supérieure de 60 % aux 20 000 voyages quotidiens à son lancement, obligeant à densifier la desserte… Et à rouvrir le débat autour du tram à Nantes, ville qui a réintroduit ce mode en France en 1985, à un coût qui, si on le réactualisait, équivaudrait à quelque 15 millions d’euros d’aujourd’hui par kilomètre.
    Comment expliquer que le tramway se soit tellement renchéri en presque trente ans ? Essentiellement parce que le « tram à la française » a dépassé son simple rôle de moyen de transport pour devenir un véritable outil d’aménagement du territoire. Sans oublier son rôle d’ambassadeur de la ville.
    Ainsi, comparé au premier tram de Nantes, celui de Grenoble (1987) marque déjà une volonté d’embellissement urbain. Mais la vraie rupture a été apportée par Strasbourg, avec son tram « design » et sa station de l’Homme-de-Fer (1994).
    Depuis quinze ans, chaque ville française veut son tram personnalisé (face avant du matériel roulant, aménagements intérieurs…) qui la distingue des autres agglomérations. Ceci vaut aussi pour le mobilier urbain, qui contribue au réaménagement engagé « de façade à façade » sur le parcours du tram.
    Dans ces conditions, pas étonnant que la création d’une nouvelle ligne comprenne de nombreux coûts ne relevant pas du tram proprement dit. Dans quelles proportions ? Difficile à dire, surtout quand la démarche design ou artistique est intégrée en amont dans tous les postes concernés (études, matériel roulant, mobilier urbain, voies, voire alimentation si l’on choisit une solution visuellement discrète…).
    Une des réalisations récentes les plus abouties en la matière a été le tram de Tours dont l’ambition était de changer la ville sur 500 mètres de part et d’autre de la ligne nouvelle, ce qui est revenu à 27 millions d’euros par km tout compris (400 millions d’euros pour 14,8 km). C’était en 2013. Pas excessif par rapport à d’autres trams français. Mais deux fois plus que les 13,3 millions d’euros par km du BHNS Mettis inauguré à Metz quelques semaines plus tard (240 millions d’euros pour 18 km).
    Toutefois, pour que cette comparaison soit valable, il faudrait inclure le renouvellement du parc de véhicules et de la plateforme sur une durée de vie équivalente à celle d’un tram. En revanche, pour ce qui est de son insertion urbaine, Mettis est un BHNS « haut de gamme », dont le design des véhicules rappelle fortement celui d’un tram. Alors que dans la plupart des autres cas, le BHNS reste un « bus amélioré » sur un axe lourd, plus qu’un réel outil d’aménagement urbain.
    Dans un contexte où les finances publiques font la grimace et où les coûts d’investissement dans de nouveaux transports collectifs en site propre (TCSP) ont été au cœur de 
    la campagne des élections municipales dans certaines villes moyennes, le tramway n’a de chance de s’imposer dans les esprits des décideurs qu’à un coût global dont l’ordre de grandeur soit comparable à celui d’un BHNS moyen. Soit une dizaine, voire une bonne douzaine de millions d’euros par km. Ce qui signifie un tram moins cher, sans pour autant être au rabais – d’où une certaine réticence à parler de « tram low cost » chez les promoteurs de telles solutions.
    Est-ce possible ? Un début de réponse positive a été apporté par Besançon, avec une démarche globale visant à alléger l’addition. Pour cela, il a fallu s’attaquer à tous les postes du projet (voir encadré). En n’hésitant pas à faire jouer la concurrence européenne lors de l’élaboration du projet et à remettre en cause un dogme du « tram à la française » : « pas de réaménagement de façade à façade de toutes les rues empruntées par le tram », indique la communication du « tram autrement » de Besançon. En plus de cette entorse fondamentale, « point de mobilier urbain créé spécialement par un designer de renom », un centre de maintenance « qui ne sera pas couvert et ne constituera pas une œuvre architecturale » et des rames Caf dimensionnées pour 132 voyageurs, mais modulables en longueur au cas où la demande l’exigerait… Du même coup, le concept de « tram compact » était né, bientôt repris par Alstom pour Aubagne et Avignon.
    Une autre réponse a été apportée par Brest et Dijon, qui ont fait baisser le prix de leurs parcs respectifs de 24 % par rapport aux estimations initiales en regroupant leurs commandes de Citadis à Alstom et en adoptant un design commun, signé Avant-Première. Comme le matériel compte grosso modo pour 20 % du prix global, la réduction a été de l’ordre de 5 % et a contribué à une addition raisonnable (tout compris, le kilomètre de ligne est revenu à 21 millions d’euros à Brest et à 20 millions d’euros à Dijon).
    Des choix techniques ont également été remis en cause : c’est le cas par exemple à la RATP qui a posé une LAC (ligne aérienne de contact) monofilaire au-dessus de ses voies les plus récentes, après vingt ans de fidélité à la bifilaire qui s’est avérée surdimensionnée. Autre facteur de réduction de la facture, toujours du côté de l’alimentation électrique, le nombre de sous-stations peut être revu à la baisse en amont des projets en optimisé lors de l’exploitation.
    Et si quelques réseaux ont de brefs passages en voie unique, surtout pour des questions de largeur dans les rues anciennes en centre-ville (Angers en particulier), un réseau comme celui de Valenciennes a osé mettre en service, au début de cette année, un tronçon de 15,3 km à voie unique vers Vieux-Condé, avec 10 évitements. Ce projet signé Ingérop est revenu à 11 millions d’euros par km de façade à façade (y compris trottoirs aux normes PMR [personnes à mobilité réduite] et pistes cyclables le long du tracé). La partie « tramway » du projet (stations et locaux techniques compris, mais sans compter le matériel roulant) n’est revenue qu’à 7 millions d’euros par km. Avec un bémol : si elle permet de transporter jusqu’à 60 000 voyageurs par jour, cette solution n’autorise pas d’intervalles plus courts que 5 minutes entre trams, avec complications en cas de retard aux croisements…
    Près de la frontière belge, cette nouvelle ligne nordiste a également permis des économies en réemployant d’anciennes emprises ferroviaires et leurs ouvrages d’art. 
    Une démarche très courante sur les réseaux de « light rail » anglais, mais encore limitée en France (T2 francilien, ligne de Valenciennes vers Denain, T3 et Rhônexpress dans l’est lyonnais, prolongement de la ligne 2 de Montpellier).
    Toutefois, d’autres choix techniques « de luxe » n’ont jamais été remis en cause sur les réseaux français ouverts depuis 1985, comme la voie normale ou le véhicule bidirectionnel. Sauf par l’offre Nextram de Vinci et Caf (lien article ci-dessous), qui propose l’écartement métrique et des trams unidirectionnels. Mais la technique seule ne peut pas faire baisser tous les coûts : le fait que Nextram soit une offre globale intégrée doit également y contribuer.
    Reste à voir le cadre législatif des projets : la loi MOP (maîtrise d’ouvrage public), « avec un maître d’œuvre en amont, ne permet pas d’appels d’offres clés en mains », estiment les partisans d’une réforme qui se sont exprimés lors de la tribune d’experts « Le tramway dans les villes moyennes : un pari impossible ? » animée par L'Atelier du tram lors du salon Transports publics 2014. Des appels d’offres clés en mains « permettraient une négociation plus efficace, sans générer de surcoûts », affirment-ils. D’autres intervenants ont évoqué les surcoûts dus aux études de sécurité imposés au maître d’ouvrage…
    Point par point, on voit que les postes d’économies possibles ne manquent pas. Reste à s’y attaquer !
    Patrick LAVAL
     

    Répartition des coûts dans un projet type de « tram à la française »

    Selon Egis, cité par l’Atelier du Tram, les coûts dans un projet type se répartissent en six grands ensembles :
    1 – Etudes (2 %), maîtrise d’ouvrage (6 %) et maîtrise d’œuvre (7 %), soit 15 %
    2 – Acquisitions foncières (2 %), déviation de réseaux (3 %), travaux préparatoires (3 %) et ouvrages d’art (2 %), soit 10 %
    3 – Plate-forme (3 %), voie ferrée (13 %) et revêtement du site propre (4 %), soit 20 %
    4 – Aménagement de la voirie et des espaces publics (10 %), équipements urbains (2 %), signalisation routière (1 %) et stations (2 %), soit 15 %
    5 – Alimentation en énergie de traction (9 %), courants faibles et PCC (6 %), soit 15 %
    6 – Matériel roulant (18 %) et dépôt (7 %), soit 25 %
    Pour Besançon, la répartition est globalement la même. Côté économies, on notera que le point 6 ne représente que 21 % (matériel roulant pour 15 % et centre de maintenance pour 6 %). Côté surcoûts, il a fallu prendre en compte les travaux d’archéologie et les indemnisations des commerçants.
     

    En 2001 à La Rochelle, Alstom voulait « diviser par deux le coût du tramway »

    L’idée d’abaisser le prix du tram n’est pas si neuve : Alstom l’avait eue dès 1999, à une époque où l’on prédisait un grand succès aux bus ou trolleys à guidage optique. A cette fin, avec le soutien financier de la Communauté d’agglomération de La Rochelle, du département de Charente-Maritime et de la région Poitou-Charentes, le constructeur avait ouvert en septembre 2001 une ligne d’essais de 1,6 km au sud de La Rochelle, entre l’usine d’Aytré et le quartier des Minimes. Une ligne vitrine sur laquelle ont été testées plusieurs solutions techniques (dont la pose de voie Appitrack), certaines ayant pour objectif de « diviser par deux le coût du tramway », à l’époque de 18 millions d’euros par km, pour le rendre « accessible aux agglomérations de 100 000 à 150 000 habitants ». Mais le réseau de tram de l’agglomération rochelaise (160 000 habitants), dont cette ligne aurait pu être l’amorce, n’est pas d’actualité, un service équivalent étant assuré par les BHNS du réseau Yélo et le TER (desserte assez fine de cinq gares). A La Rochelle, Alstom n’a pas été prophète en son pays…
     
     
     

    Tram low cost. Est-ce vraiment moins cher ailleurs ?

     
    Quelques exemples de ces trois dernières années en France et ailleurs montrent que de nouvelles lignes de tram, même sans traitement « de façade à façade », ne sont pas toujours bon marché…
     
    • Pour information, le record de France est détenu par le prolongement du T3 dans l’est de Paris : 14,5 km pour 887 millions d’euros (matériel roulant compris), soit 61,2 millions d’euros par km, qui s’explique notamment par de nombreux ouvrages d’art (traversée de la Seine, viaduc de l’Ourcq…) et des aménagements largement dimensionnés. Le prolongement du T2 francilien en 2012 est sur la deuxième marche avec 53 millions par km tout compris et Nice est sur la troisième avec 39 millions (en 2007 déjà).
    • La Suisse n’est pas bon marché, y compris pour ses trams. A Genève, le projet TCMC (tram Cornavin – Meyrin – CERN, ligne 14) est revenu à 420 millions de francs suisses pour 9 km, soit 38,4 millions d’euros par km. Toutefois, sans compter le troisième tronçon de 2,5 km, renchéri par une tranchée couverte chiffrée à 70 millions de francs sur un total de 170 millions, on retombe à 31,7 millions d’euros par km pour les deux premiers tronçons. Ce qui, pour un tram classique en centre-ville sur voie métrique, reste plus cher qu’un tram français moyen.
    • Le contre-exemple absolu de gestion de projet est le nouveau tram d’Edimbourg, très en retard, moins étendu que prévu… et revenu à 776 millions de livres pour 14 km, soit 69,8 millions d’euros par km. Plus cher que le T3 parisien !
    • A Saragosse, le nouveau tram a entraîné une rénovation urbaine conséquente – y compris la couverture complète d'une rivière ! – d’où un montant de 400 millions d’euros pour 12,8 km, soit 31,25 millions d’euros par km, stockage d’énergie compris. Un projet dans l’esprit du tram à la française, dans la fourchette haute des trams français hors Ile-de-France.
    • Casablanca est aussi un exemple de « tram à la française » hors de France. Ses 31 km sont revenus à 6 milliards de dirhams, soit 17,8 millions d’euros par km : à peine plus cher que Besançon !
    • A Oran, le nouveau tram est techniquement français mais pas « à la française » : l’aménagement ne va pas « de façade à façade » mais se limite au couloir du tram. Les 19 km ouverts en 2013 sont revenus à 54 milliards de dinars, soit 26,5 millions d’euros par km. Le prix d’un tram français moyen, quand même.
    Les prolongements, qui ne comportent pas le poste « matériel roulant et dépôt », sont naturellement moins chers de l’ordre de 20 %. Mais ces trois exemples récents vont encore plus loin :
    • Anvers : prolongement de 3 km de la ligne 15 vers Boechout pour 44,5 millions d’euros, soit un montant raisonnable de 14,8 millions d’euros par km pour une ligne classique hors centre-ville.
    • Berlin : petit prolongement de 1,5 km à Adlershof pour 13 millions d’euros, soit 8,7 millions d’euros par km, trois stations comprises.
    • Norrköping : le prolongement de 3,9 km en banlieue vers Hageby et Navestad n’est revenu qu’à 185 millions de couronnes, aménagement urbain compris. Un tram suédois « à la française » pour 5,2 millions d’euros par km (3,1 millions d’euros par km pour la voie et la LAC).
    Patrick LAVAL
     
     
     

    Tram low cost. Nextram : une offre globale pour un tramway abordable

     

    Les agglomérations françaises moyennes ont les moyens d’avoir un tram ! Tel est le postulat de l’offre Nextram, dévoilée l’an dernier au salon de l’UITP à Genève par Vinci et Caf. Un an plus tard, lors du salon Transports Publics 2014 à Paris, les visiteurs ont pu découvrir ce concept plus en détail.

     

    « Les villes qui ont les moyens de se payer un tramway se le sont déjà payé et si les villes moyennes vont vers le BHNS, c’est avant tout pour des raisons économiques. » Emis il y a trois ans, ce constat a été à la base d’une réflexion tant chez Vinci, spécialiste des travaux publics mais aussi des concessions, que chez Caf, qui avait remporté l’appel d’offres du matériel roulant destiné au tram de Besançon. Cette agglomération de taille moyenne, qui est à l’origine du concept de tram « compact » de trois modules (au lieu de cinq classiquement), a également « optimisé » son tram dans les autres domaines, ce qui a permis de ramener le coût de son nouveau réseau à 17 millions d’euros au lieu de 22 à 25 millions d’euros par km, matériel compris. « Besançon a vu ce sur quoi on pouvait faire des économies, mais on aurait pu aller plus loin », pense Francis Nakache, directeur général de Caf France. Pour « repousser à fond les tendances de Besançon », il a fallu « repartir d’une feuille blanche, oublier ce qui a été fait, apporter des idées nouvelles ». En étudiant une ligne structurante caractéristique d’un réseau de ville moyenne, Vinci et Caf ont re-créé un cahier des charges pour un « vrai TCSP à haut niveau de service, sans compromis sur la sécurité et les performances » nommé Nextram, dans les limites d’un budget tout en restant évolutif.
    Première idée : Nextram est une offre globale, afin de limiter les interfaces entre corps de métiers, sources possibles de risques et de délais. Ainsi, il est possible d’avoir un chantier « glissant », permettant de limiter les effets négatifs des travaux dans l’agglomération. De plus, en fonction du choix des collectivités, l’offre est modulable : elle peut comprendre le financement du projet, voire l’exploitation (par un partenaire) et la maintenance du réseau une fois celui-ci en service. Bref, Nextram propose un « engagement global prix et délais garantis, y compris sur la maintenance pendant 30 ans ».
    Deuxième idée : « un cumul de bonnes idées pour réduire les prix plutôt que des innovations » selon Francis Nakache. Par exemple, « un tramway compact unidirectionnel dont l’emprise au sol est réduite ».
    Un tram unidirectionnel n’est effectivement pas une innovation : tous les bus (y compris les BHNS) sont unidirectionnels et le tram de Saint-Etienne, le plus ancien de France, l’est aussi tout comme de nombreux réseaux classiques d’Europe. Mais on peut constater que tous les nouveaux réseaux français développés depuis 1985 sont bidirectionnels, même s’il est assez évident que moitié moins de portes et de cabines de conduite réduisent le prix des véhicules !
    Quant à l’emprise au sol réduite, elle est obtenue grâce au choix de l’écartement métrique pour la voie, qui permet des rayons de courbure réduits. L’idée est une fois de plus tout sauf révolutionnaire, en particulier en France où l’écartement métrique garde une connotation « petit train » et ne se retrouve côté tram que sur deux anciens réseaux (Saint-Etienne, encore, et le Mongy entre Lille, Roubaix et Tourcoing). Ceci alors que cet écartement est présent sur de nombreux réseaux en Europe, pour des raisons historiques.
    Nextram propose toutefois de véritables innovations, que présente Cécile Cambier, directrice de zone France au développement de Vinci Concessions. Côté voie, le rail bas développé par ETF (Eurovia Travaux Ferroviaires, groupe Vinci) nécessite 20 cm de profondeur en moins que le classique rail à gorge Broca. Les poteaux portant la ligne aérienne de contact, plus légers, sont en implantation centrale plutôt que latérale. De plus, le stockage d’énergie ACR de Caf (qui a fait ses preuves en Espagne) est possible, d’origine ou avec provisions. Bref, un vrai tram, mais dont les choix techniques diffèrent de ceux mis en œuvre en France depuis 25 ans.
    Nextram est ainsi « un tram pas aussi cher que ce que l’on peut craindre, avec tout ce que le tram apporte comme services » selon ses promoteurs. Séduisante, mais n’existant actuellement que sur le papier, cette offre se situe « dans la zone grise entre le BHNS et le tram de Besançon », plus précisément entre 11 et 13 millions d’euros par km, matériel compris. Nextram se destine aux villes « qui hésitent depuis longtemps, qui se sont déjà décidées pour le BHNS, mais pourrait revenir sur leur décision, ou qui ont remis en cause le tram suite aux dernières élections ». Bref, « des agglomérations qui voudraient bien un tram, mais ont dans l’idée que c’est trop cher et que le BHNS offre la même chose ».
    Mais encore faut-il comparer ce qui est comparable, en dissociant dans le prix les aspects « transport » et « aménagement urbain ». Politiquement difficile, car jusqu’à présent, la spécificité du tram à la française est justement d’associer ces deux aspects, alors que l’ambition de Nextram est « une meilleure intégration dans le paysage urbain ».
    Pour ce qui est du strict aspect « transport », Nextram s’attaque au marché des lignes structurantes, également visé par le BHNS. « Si l’on veut vraiment faire un BHNS, des travaux sont nécessaires, y compris au niveau de la plateforme et des réseaux, ce qui fait que le coût d’un BHNS est souvent supérieur à ce qu’on peut croire au premier abord », insiste Francis Nakache, rappelant qu’un véhicule non guidé nécessitera toujours une emprise au sol supérieure pour permettre des croisements en toute sécurité. Et à plus long terme, le matériel roulant Nextram a une durée de vie au moins double de celle d’un BHNS, tout en étant évolutif : le passage de 3 à 5 modules par rame, tel celui envisageable à Besançon, peut se faire « en une dizaine de jours ». Sans oublier que quelques minutes suffisent pour doubler la capacité en faisant circuler les trams en unités multiples : encore une idée pas si neuve mais jusqu’à présent – sauf T2 francilien et tram-train – rarement mise en œuvre en France !
    Dossier réalisé par Patrick LAVAL