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  • Les enjeux de la mobilité en Seine-et-Marne

    Les enjeux de la mobilité en Seine-et-Marne

    Pour comprendre les mobilités en Seine-et- Marne, il faut faire de la géographie et de la statistique. Le plus grand département d’Ilede- France (5 915 km2, soit 49 % de la superficie totale de la région) connaît une forte croissance démographique. Sa population est passée de 600 000 habitants en 1968 à près de 1 400 000 aujourd’hui, avec une prévision d’environ 1 600 000 en 2030*. Le paradoxe, c’est qu’aucune ville ne compte plus de 60 000 habitants. Ainsi, la densité reste très faible, moins de 230 habitants au km2, avec une autre caractéristique : la scission très nette entre l’ouest urbain, avec des pôles importants comme Chelles, Marne-la-Vallée, Sénart ou Melun, et l’est rural…

  • Les Grands Prix de la Région Capitale 2014

    Les Grands Prix de la Région Capitale 2014

    La région Ile-de-France est pour ainsi dire un laboratoire. Beaucoup de projets y prennent naissance avant d’essaimer éventuellement ailleurs, de même que des expérimentations menées dans les régions viennent se développer ensuite avec succès dans et autour de la capitale. Au printemps, le lancement officiel du chantier du Grand Paris Express avec le prolongement au nord de la ligne 14 du métro automatique est aussi l’occasion de rappeler le formidable essor que les transports franciliens sont appelés à vivre. Dans ce contexte, notre jury a eu fort à faire pour départager des candidats qui n’ont pas démérité. Car mis à part peut-être la logistique urbaine, catégorie où les initiatives sont longues à éclore – nous en profitons d’ailleurs pour préciser aux acteurs concernés qu’ils n’hésitent pas à nous faire part de leurs projets – dans les autres domaines, les bonnes idées foisonnent. Notre palmarès, que nous pensons complémentaire aux Trophées du Stif, dont la dernière édition a été décernée lors des Assises de la Mobilité le 3 juillet dernier (voir encadré ci-contre), en témoigne.
    Reflets de l’air du temps, les nominés de chaque catégorie s’inspirent de nos modes de vie pour revisiter la mobilité des biens et des personnes. De l’explosion du e-commerce au boom du numérique, en passant par le développement fulgurant des VTC… C’est ainsi que les consignes automatiques Packcity, l’écran intelligent Zenway, le service IDCab, ou encore l’éco-conception des sites de maintenance et de remisage des tramways récents ont emporté l’adhésion de notre jury. D’une ampleur sans précédent, l’appel à manifestation d’intérêt de la Société du Grand Paris, qui souhaite faire du Grand Paris Express « le métro le plus digital du monde », a devancé d’une courte tête les bus hybrides expérimentés par la RATP et la conception du T6 avec un Translohr modèle XL, pour remporter le Prix de la Gestion de projet.
    Plus terre-à-terre, mais néanmoins indispensable à une mobilité sans contrainte dans toute la région, le dézonage du passe Navigo, permettant d’emprunter tous les modes de transport dans toutes les zones, les week-ends et pendant les vacances, remporte le Prix de l’Intermodalité. Avantage : ne plus avoir le réflexe voiture pour ses loisirs. Mais le matériel innovant a également sa place : le Francilien, désormais bien déverminé, qui roule depuis avril sur la ligne Saint-Lazare – Ermont – Eaubonne dont les gares ont été refaites à neuf, a séduit les experts réunis par VR&T. Moderne et confortable, il est aussi un train ouvert sur la ville, grâce à ses immenses baies vitrées semblables à celles des tramways de dernière génération.
    C. N.

     

    Notre jury

    Pour la deuxième édition de ses Grands Prix de la Région Capitale, Ville, Rail & Transports a réuni un jury de spécialistes, placé sous la présidence de Pierre Serne, vice-président chargé des Transports et des mobilités au conseil régional d’Ile-de-France, avec François Dumont, directeur de la rédaction. Quatre membres du Club en faisaient partie : Elisabeth Gouvernal, directrice du département Mobilité et transports de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme-Idf (IAU) ; Eric André, directeur-conseil chez Sennse, agence dédiée aux enjeux urbains ; Frédéric Dupouy, directeur Ile-de-France urbain de Systra, et Manuel Astier, associé fondateur du cabinet de conseil Artimon Transports. Ont également répondu présent : Simone Bigorgne, vice-présidente de la Fnaut-Idf et Brigitte Rabaud, directrice du développement commercial pour l’Ile-de-France chez Keolis. La rédaction de VR&T était par ailleurs représentée par Cécile Nangeroni et Patrick Laval, tandis que François Jalbert (VR&T Evénements) a veillé au bon déroulement de la réunion du jury. Un grand merci à chacun pour sa participation active, ses remarques et ses votes.
     
    Il y a trois mois, les Trophées du Stif
    Cinq Trophées 2014 et deux coups de cœur sont allés récompenser des réalisations jugées pertinentes au regard des problématiques du territoire, conformes à l’action du PDUIF, et efficaces pour les usagers. Autre critère important : leur caractère reproductible.
    Ainsi, dans la catégorie marchandises, le lauréat est l’espace logistique urbain de Chronopost à Beaugrenelle (qui avait reçu le prix de la logistique urbaine aux GPRC de 2013) ; pour le management de la mobilité, le jury a primé les Cyclofficines, associations proposant d’apprendre à entretenir un vélo ; le prix des nouveaux usages et nouveaux véhicules est allé à Wayz’up et son appli mobile facilitant le covoiturage sur le domicile-travail à Saint-Quentin-en-Yvelines.
    Dans la catégorie espace public-aménager la ville pour les piétons, le passage du jardin des Etangs-Gobert à Versailles, qui raccroche le quartier de la gare Versailles-Chantier au centre historique, a été primé ; enfin, sur l’accessibilité de la voirie, c’est le projet AccesSig du Centre de ressources et d’innovation mobilité handicap et son calculateur d’itinéraires accessibles qui a convaincu. Deux mentions spéciales sont allées d’une part, au projet de logistique urbaine fluviale de mobilier de bureau de la CCI des Hauts-de-Seine (projet Ludeb, nominé aux GPRC 2014, (voir p. 48), d’autre part, à la piétonisation d’une rue dans le IIe arrondissement de Paris, transformée en espace de glisse pour les skateurs. Dans son discours introductif, le président du Stif, Jean-Paul Huchon a rappelé qu’on touche tous les domaines de la mobilité : « le PDUIF va bien au-delà de l’amélioration et du développement des transports collectifs. Il faut s’arrêter pour dire “le monde a changé”, on ne le fait pas assez. Les Trophées sont symboliquement là pour le faire. »
    C. N.
     
     
     

    GPRC 2014 Prix Logistique urbaine

     

    Le vainqueur

    Packcity Des consignes automatiques où retirer ses colis

    Testé avec succès il y a trois ans en Australie, le concept de Neopost ID est arrivé en Ile-de-France en décembre 2013. En partenariat avec Geopost (filiale de La Poste), la filiale de Neopost qui développe et opère des solutions de gestion des colis y a lancé 6 Packcity, des casiers automatiques de retrait ou retour de marchandises commandées par Internet auprès d‘enseignes clientes de Relais Colis. Localisés dans des Monop’ à Paris et Neuilly-sur-Seine, et des centres commerciaux (Créteil, Epinay-sur-Seine, Villeneuve-la-Garenne), les premiers casiers ont vite essaimé : « 12 sites sont équipés, notamment des Carrefour Market, et 150 sont planifiés en déploiement pour la fin de l’année, dont 85 % en Ile-de-France », annonce François Castano, président de Packcity.
    A l’utilisation traditionnelle comme point relais remplaçant une boutique, le casier – parfaitement sécurisé qui s’ouvre par un code que le client reçoit par mail et SMS – peut aussi servir de point de dépôt pour La Poste, comme « click and collect » dans des enseignes (Fnac, Darty…) pour le retrait des marchandises achetées sur le Web, ou encore en entreprise. Avantages de ces consignes d’une capacité moyenne de 90 colis : un taux de collecte de 60 % le premier jour. Donc des économies de CO2 sur le transport et un moindre besoin d’espace de stockage. « Avec un taux d’utilisation de 50 à 70 % lissé sur 24 heures, on est au-dessus des prévisions, poursuit-il. 70 % équivalent à une machine pleine à 100 %, on en a qui saturent. » Nul doute que le concept, qui fonctionne aussi à Lille, Marseille, Bordeaux et Lyon avec des transporteurs, est promis à un bel avenir. Les partenaires affichent d’ailleurs l’objectif de 1 500 Packcity d’ici à 2016.
     

    Les nominés

    Le projet Ludeb : logistique urbaine durable pour le mobilier de bureau

    Le projet est mené par le cluster de logistique urbaine durable dans la boucle nord des Hauts-de-Seine (initié par la CCI 92, la préfecture de région, Ports de Paris et l’Aft-Iftim). L’expérimentation de trois mois est menée avec Steelcase, spécialiste du mobilier de bureau, qui possède un entrepôt à Gennevilliers. Tout est basé sur un caisson « révolutionnaire » : la caisse multimodale urbaine de 20 m3 et 3,5 tonnes, qui contient sept à huit palettes et s’adapte à un semi-remorque, de même qu’elle s’installe sans perte de place dans la cale de la péniche, d’où une multimodalité parfaite route-fleuve-route. D’après le conseiller cluster logistique de la CCI 92, Marc Bazenet, le trajet est même plus rapide que par la route seule car les gros semi-remorques sont interdits à La Défense. On élimine donc une étape de manutention. De plus, on peut théoriquement aller dans les 70 ports d’Ile-de-France. Selon les études économiques du cluster, l’économie pour le chargeur peut aller jusqu’à 1 000 euros par semi-remorque. Steelcase, membre du cluster, dont les usines sont en Alsace, livre chaque jour l’équivalent de six semi-remorques de mobilier de bureau en Ile-de-France. 
     
    Une nouvelle flotte de véhicules électriques à Rungis
    Le projet est mené par le cluster de logistique urbaine durable dans la boucle nord des Hauts-de-Seine (initié par la CCI 92, la préfecture de région, Ports de Paris et l’Aft-Iftim). L’expérimentation de trois mois est menée avec Steelcase, spécialiste du mobilier de bureau, qui possède un entrepôt à Gennevilliers. Tout est basé sur un caisson « révolutionnaire » : la caisse multimodale urbaine de 20 m3 et 3,5 tonnes, qui contient sept à huit palettes et s’adapte à un semi-remorque, de même qu’elle s’installe sans perte de place dans la cale de la péniche, d’où une multimodalité parfaite route-fleuve-route. D’après le conseiller cluster logistique de la CCI 92, Marc Bazenet, le trajet est même plus rapide que par la route seule car les gros semi-remorques sont interdits à La Défense. On élimine donc une étape de manutention. De plus, on peut théoriquement aller dans les 70 ports d’Ile-de-France. Selon les études économiques du cluster, l’économie pour le chargeur peut aller jusqu’à 1 000 euros par semi-remorque. Steelcase, membre du cluster, dont les usines sont en Alsace, livre chaque jour l’équivalent de six semi-remorques de mobilier de bureau en Ile-de-France.
     
     
     
     

    GPRC 2014 Prix Innovation

     

    Le vainqueur

    IDCab La SNCF transporte ses clients de porte à porte

    Le service Porte-à-Porte de la SNCF, récemment rebaptisé IDCab, c’est du transport de bout en bout, de domicile à domicile, d’adresse à adresse. Entre ces deux points géographiques, la SNCF s’occupe de tout : de la voiture qui conduit le client (jusqu’à quatre personnes et deux valises et deux bagages à mains) à la gare de départ, à celle qui le transportera de la gare d’arrivée à sa destination finale, en passant par le voyage en train entre les deux. Evidemment, la SNCF ne conduit pas le taxi ou le VTC. Elle reste sur ses métiers traditionnels, mais veut faciliter le voyage de ses clients en venant les chercher chez eux, pour un prix fixe, défini au moment de la réservation. Autre avantage, inclus dans le service, le client est prévenu de l’arrivée du chauffeur 10 minutes avant le rendez-vous par un SMS. Et en cas de retard du train, la prise en charge est garantie sans supplément.
    Testé en 2012, le service a été élargi en mai 2013 à l’ensemble des gares grandes lignes d’Ile-de-France : Montparnasse, Austerlitz, gare du Nord, Charles-de-Gaulle TGV, Marne-la-Vallée, Saint-Lazare, Paris-Est, Paris-Lyon, Paris-Bercy, Massy TGV. Au total, 27 gares sont concernées, soit 85 % du trafic TGV et Intercités. Preuve de l’intérêt que suscite le Porte-à-Porte, la SNCF, qui affiche un taux de satisfaction client de 95 %, a annoncé, le 10 septembre, de nouvelles améliorations. D’ici à la fin de l’année, il sera possible de réserver le jour même du voyage, contre la veille à 20 heures actuellement. Et le service sera proposé sur une gamme élargie de canaux de distribution, notamment les applis mobiles SNCF.
     

    Les nominés

    B. E. green exploitant de la Traverse Brancion – Commerce
    Depuis le 16 octobre 2013, la desserte locale Traverse Brancion – Commerce dans le XVe arrondissement est exploitée par la jeune société B. E. green, une filiale d’Autocars Dominique créée fin 2010, attributaire d’un contrat de six ans signé avec la Ville de Paris, grâce à une délégation de compétence du Stif. Une première, s’agissant d’une ligne parisienne non exploitée par la RATP. Julien Bargeton, alors maire-adjoint chargé des Déplacements, avait expliqué que le choix s’était porté sur le meilleur rapport qualité-prix, puisque B. E. green était très substantiellement moins cher que la RATP et que Keolis. Une innovation aussi de par son minibus électrique – le Zeus de Breda distribué en France par Alva, véhicule de 5,9 m pouvant accueillir de 22 à 31 voyageurs – sur lequel le PDG de B. E. green a misé dès 2009, avant même son homologation. Avec un parc d’une vingtaine de bus 100 % électriques, B. E. green transporte des salariés (labo GSK, Microsoft, ministère de la Santé) depuis les gares ou stations de métro jusqu’aux lieux de travail, et propose aussi des liaisons saisonnières à la mer et à la montagne.
     
    Wattmobile le réseau de location de véhicules électriques
    A mi-chemin de la location automobile classique, et de la mobilité 2.0, le tout orienté véhicules électriques, Wattmobile est un nouvel acteur du transport qui s’est lancé le 19 juin, à Paris, avec des idées plutôt originales, et des choix stratégiques affirmés. D’abord, une motorisation électrique et seulement électrique pour les véhicules proposés. Ensuite, des véhicules 2 roues, et 4 roues, mais en version légère, en l’occurrence la Twizzy de Renault. Enfin, une implantation uniquement dans les gares SNCF, en commençant par Paris Gare-de-Lyon, Marseille Saint-Charles, Lille-Flandres, Lyon Part-Dieu, et Paris-Est en septembre, en attendant de nouvelles installations, une quinzaine de plus d’ici à la fin 2014. L’idée, c’est d’être un acteur du dernier kilomètre, associé au transport ferroviaire. Et comme Wattmobile vit avec son temps, ou plutôt est né en 2014, tout est automatisé afin de limiter l’attente au guichet et d’offrir une amplitude d’ouverture plus large, de la réservation par Internet, à la facturation, en passant par les retraits et retours du véhicule via des bornes. En juillet, l’entreprise a levé de 1,5 million d’euros afin de poursuivre son développement.
     
     

    GPRC 2014 Prix Smart City

     

    Le vainqueur

    Zenway : L’écran intelligent destiné à remplacer le Pili

    Pas facile de trouver un digne successeur au célèbre Plan indicateur lumineux d’itinéraire (Pili) du métro créé en 1937 et qui rend encore bien des services. La RATP a fait plancher Ixxi, sa filiale dédiée aux solutions innovantes à la mobilité qui a proposé le Zenway, un bel écran tactile de 47 pouces, destiné à compléter le réseau des 3 000 écrans Image (Information multimodale généralisée dans les espaces) dont 800 sont installés à ce jour. Depuis le 30 avril, un prototype est testé dans la salle d’échanges de la station Charles-de-Gaulle-Etoile.
    Plus performant que son illustre prédécesseur, Zenway propose une foule d’infos de proximité, bien utiles aux touristes et voyageurs occasionnels, mais aussi aux Parisiens. Outre le calcul d’itinéraire, y compris vers les lieux touristiques et aéroports, l’écran intelligent affiche : les horaires en temps réel des lignes RATP, SNCF et Optile ; la disponibilité des Vélib’ ; l’offre de restaurants, hôtels, lieux touristiques, et ce, tout en fournissant l’itinéraire piéton pour s’y rendre. Il ne reste plus qu’à penser aux distraits qui aimeraient le sauvegarder facilement sur leur smartphone…
    Une enquête de satisfaction voyageurs est en cours, dont les résultats sont imminents. Mais la RATP, qui affinera au besoin ergonomie et graphisme, envisage déjà d’installer les premiers modèles – des 42 pouces plus fins et plus réactifs – dès décembre prochain. Suivis d’une cinquantaine en 2015, dans les stations les plus touristiques. 
     

    Les nominés

    La plateforme d’écomobilité de Marne-la-Vallée
    Il s’agit de la mise à disposition du public d’une infrastructure de recharge et d’un service de véhicules électriques partagés. Depuis 2011, dans le cadre du programme européen Molecules, l’Epamarne s’est associé à l’opérateur de mobilité MOPeasy pour tester l’autopartage de véhicules électriques et mettre en place une plateforme d’autopartage dans certaines gares en partenariat avec la RATP et Gares & Connexions. Le service est disponible en gares de Noisy-Champs, Chelles et Chessy. L’Epamarne et les collectivités locales de Marne-la-Vallée prévoient de déployer une centaine de stations d’écomobilité avec 256 points de charges disponibles dont 6 en recharge rapide, majoritairement sur les 27 communes du territoire de la ville nouvelle. Fin juin 2014, les premières installations ont déjà été inaugurées : 16 bornes de quatre points de recharge autour des gares du RER A et à la cité Descartes ainsi qu’une dizaine de véhicules (des 2 ou 4 places et scooters) opérés par MOPeasy.
     
    Zenbus à Issy-les-Moulineaux
    Ce nouveau service, à l’essai depuis janvier dernier à Issy-les-Moulineaux, permet de suivre en temps réel sur une carte le déplacement des bus des trois lignes du Tuvim, le réseau local qui transporte gratuitement plus de 800 000 voyageurs par an. En béta-test, Zenbus est opéré par une jeune entreprise, Joul, et s’inscrit dans le cadre d’une expérimentation « Transports et mobilités durables » de la région Ile-de-France avec Grand Paris Seine Ouest, Issy-les-Moulineaux, la RATP et l’ENSTA Paris-Tech. Techniquement, ZenBus s’appuie sur la plate-forme ZoomZoomZen, qui utilise « la puissance et l’agilité du cloud couplée à l’interopérabilité et la modularité des web services », explique la ville. Accessible depuis smartphone, tablette ou Web, la carte interactive permet de zoomer, de cliquer sur un bus ou un arrêt afin d’avoir des informations, pour chaque circuit, sur le prochain arrêt desservi.
     
     
     

    GPRC 2014 Prix Gestion de projets

     
     

    Le vainqueur

    L’appel à manifestation d’intérêt de la Société du Grand Paris sur le numérique

    Un métro 100 % open data, c’est l’objectif de la Société du Grand Paris (SGP). Elle compte ainsi créer un environnement propice à l’innovation et au développement de nouveaux services. C’est pourquoi elle a lancé en décembre 2013 un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) sur la dimension numérique du Grand Paris Express. Les conclusions de l’AMI ont été rendues publiques le 13 juin dernier. 170 sociétés ou organismes publics et parapublics ont apporté des éléments de réponse et de réflexion. Au hasard, citons le Centre national du cinéma et de l’image animée, JCDecaux, La Fonderie, le Pôle de compétitivité Advancity, Thales, Transdev, la ville de Bagneux, etc. C’est l’utilisation des données voyageurs qui a suscité le plus grand nombre de contributions. Idée : créer une multitude de services urbains « en route », améliorant le quotidien des voyageurs : géomarketing, livraisons en cours de route, connexion aux réseaux sociaux, etc. Dans la continuité de l’AMI, la SGP, qui met en place des ateliers de soutien à l’innovation, va publier des premiers jeux de données au second semestre, ouvrir en 2015 un site d’expérimentation digitale, consulter en 2015 aussi, par un dispositif digital, les futurs usagers. Au-delà de la réalisation du métro le plus digital du monde, la SGP, en créant un « terrain de jeu » pour toutes les entreprises ayant dans leurs gènes l’innovation numérique, s’apprête à jouer un rôle important dans la ville intelligente de demain.
     
    Pour continuer le dialogue : @GdParisExpress #metrodigital
    www.societedugrandparis.fr/metrodigital
     

    Les nominés

    L’expérimentation des bus hybrides par la RATP
    A la demande du Stif, la RATP expérimente depuis 2012 trois types d’autobus hybrides sur des lignes en exploitation. Cela a commencé par des têtes de série (un véhicule par ligne), puis a été généralisé (15 véhicules par ligne), soit 48 bus, dont 46 livrés. 69 autres ont été commandés. Sur les trois lignes de bus retenues pour l’expérimentation, la RATP mixe bus classiques et bus hybrides pour comparer les termes de l’exploitation de l’une et l’autre solution. Sur la ligne 21 (Gare Saint-Lazare – Porte de Gentilly), circulent des bus standard Man, sur la ligne 147 (Eglise de Pantin – Sevran-Avenue Ronsard) des bus standard Iveco, et sur la ligne 91 (Montparnasse-Gare TGV – Bastille) des bus articulés Heuliez. C’est vraiment le grand début de la transition énergétique de la RATP vers les véhicules non polluants. La RATP et le Stif vont acquérir environ 600 bus hybrides d’ici à la mi-2016. 
     
    Le T6, axe lourd pour Translohr modèle XL
    Desservant 19 arrêts sur 14 km, la ligne de tram T6 reliera Châtillon-Montrouge, terminus sud de la ligne 13 du métro, à Vélizy et Viroflay. Ce tram sur pneus doit accueillir 90 000 voyageurs par jour, une fois en service de bout en bout sur un des axes les plus lourds au sud-ouest de Paris dont une première section doit ouvrir en décembre prochain, suivie en 2015 par une seconde, via un tunnel de 1,6 km. En attendant, c’est le 14 octobre 2013 que le site de maintenance et de remisage (SMR) du T6 a été inauguré à Vélizy-Villacoublay. A l’occasion, le premier de ses 28 Translohr STE6 a été présenté. Il s’agit de la nouvelle version à moteurs-roues additionnels du véhicule sur pneus, qui sera le plus long tram de France avec ses 46 m. Le STE6 symbolise aussi la reprise du Translohr par NTL, filiale d’Alstom et du FSI, après les incertitudes de début 2012. C’est dire si le projet T6 revient de loin, tant sa conception est liée aux qualités intrinsèques du Translohr (courbes de faible rayon, fortes pentes).
     
     
     

    GPRC 2014 Prix Intermodalité

    Le vainqueur

    Le dézonage du passe Navigo

    Cela a commencé le 1er septembre 2012, par le dézonage du forfait Navigo, les week-ends, du vendredi minuit au dimanche minuit, ainsi que les jours fériés. Cette aubaine permet aux abonnés de se déplacer dans toute la région et jusqu’en zone 5 quel que soit leur forfait. En 2013, le dispositif a été appliqué pendant les vacances d’été. Cette année, les petites vacances sont venues s’ajouter, à commencer par celles de printemps, du 12 au 27 avril. Et cela va être le tour des vacances de Toussaint, de Noël et d’hiver. Mais le plus important, c’est l’été. Cette année, la mesure a été appliquée du samedi 12 juillet au dimanche 17 août. Elle concerne les détenteurs d’un forfait Navigo annuel ou mensuel, Améthyste ou « Solidarité transport mois ». Les élèves et étudiants détenteurs d’une carte Imagine R bénéficient déjà de ce dispositif. Quant aux détenteurs d’un forfait zones 1-5, non concernés par le dézonage puisqu’ils ont par définition accès à toutes les zones, ils ont eu droit à un coup de pouce du Stif, avec une réduction de 7,5 % pour les mois de juillet et août.
    670 000 Franciliens, cette année, se sont déplacés librement pendant la période du dézonage estival. Soit une augmentation de près de 10 % par rapport à l’an dernier. En tout, grâce au dispositif, 3,2 millions de voyageurs peuvent se déplacer plus de 170 jours par an dans toute l’Ile-de-France. Mais on n’en est qu’à mi-chemin puisque l’idée est toujours de parvenir à un dézonage total. Jean-Paul Huchon, président de la région, voudrait conclure les discussions d’ici la fin de l’année pour appliquer la mesure courant 2015 ou fin 2015. Une fois trouvé le bon mécanisme permettant de financer les 300 millions d’euros que doit coûter la généralisation du dézonage.
     

    Les nominés

    Créteil-Pompadour, nouveau pôle multimodal du Val-de-Marne
    Etabli dans un « no man’s land » routier et ferroviaire, non loin du célèbre carrefour du même nom, la gare de Créteil-Pompadour est en premier lieu un pôle d’échanges entre le RER D et deux lignes de bus en site propre (TVM et 393) irriguant le Val-de-Marne. Ouvert le 15 décembre 2013, ce pôle s’articule autour d’une passerelle piétonne de 120 m de long reliant la station de bus reconstruite (sous la maîtrise d’ouvrage du conseil général du Val-de-Marne et de la RATP) et la gare proprement dite, sous laquelle s’arrête le bus O de la Strav. Conçu par l’Arep (maître d’ouvrage) et construit par GTM TP IDF (filiale de Vinci Construction France) le bâtiment de cette gare repose à 9 m du sol sur une structure associant pieux profonds et pilotis. Ce bâtiment léger et lumineux comprend un hall voyageurs de 385 m2, des locaux techniques, des bureaux (où la SNCF assure la formation des agents du RER D) et doit accueillir un commerce. Le quai central de cette gare, la première à avoir été ouverte sur la commune de Créteil, a été construit sous maîtrise d’ouvrage RFF.
     
    Les bornes « trouver mon transport » à Orly
    Une initiative bien utile pour les touristes qui débarquent dans la capitale par l’aéroport d’Orly et craignent soit de se perdre, soit de se faire arnaquer par un faux taxi ou un chauffeur indélicat. Depuis septembre 2013, ils trouvent dans le terminal d’Orly Ouest, trois bornes interactives, installées par ADP, qui calculent l’itinéraire en transports en commun ou en taxi, en fonction du nombre de voyageurs et de bagages ainsi que de critères comme la rapidité, les correspondances, la marche. Trilingue – français, anglais, espagnol –, la borne détaille la durée totale, les horaires et le prix du transport et la feuille de route s’imprime ou se garde dans un smartphone en flashant le QR Code.
     
     
     
     

    GPRC 2014 Prix Aménagement urbain

    Le vainqueur

    Les SMR écoconçus des tramways T5, T7, T6 et T8

    Qui dit nouvelles lignes de tramway dit nouveaux sites de maintenance et de remisage (SMR). Et leur écoconception a été particulièrement poussée, reprenant certains choix de la RATP pour le SMR du T2 inauguré en juin 2012 à Colombes, comme la toiture végétalisée, la gestion des eaux de pluie ou le recyclage des eaux de lavage…
    Construit pour le T5, ligne sur pneus en service depuis juillet 2013, le site de Pierrefitte-sur-Seine est équipé de 423 m2 de cellules photovoltaïques. Le SMR du T6, à Vélizy-Villacoublay, inauguré en octobre 2013, soit un an avant cette autre ligne sur pneus, se distingue par sa charpente de bois. La qualité environnementale se manifeste ici par le contrôle des consommations d’eau, de gaz et d’énergie du site, ainsi que par l’emploi d’éclairages à Led.
    A Vitry-sur-Seine, le SMR du T7, ligne inaugurée en novembre 2013, donne une place prépondérante à la lumière naturelle afin de limiter la consommation d’énergie. Une centrale solaire y produit l’eau chaude, les eaux de pluies sont récupérées et celles du lavage recyclées à 100 %, enfin, la centrale de traitement d’air est à récupération d’énergie.
    Enfin pour le T8, le SMR de Villetaneuse inauguré le 26 mai dernier, l’isolation thermique a fait l’objet d’une attention particulière : le hall de maintenance et le bâtiment d’entrée sont à « haute performance énergétique » et un « puits canadien » rafraîchit naturellement l’air en été et le réchauffe en hiver. Et côté production d’énergie, 144 panneaux photovoltaïques sont installés sur le toit de l’atelier.
     

    Les nominés

    Les escaliers mécaniques d’Issy-les-Moulineaux
    A la suite de l’abandon du téléphérique qui devait relier la mairie d’Issy-les-Moulineaux au Fort d’Issy est née l’idée d’un projet d’escaliers mécaniques reliant la gare Issy du RER C au Hauts d’Issy et au quartier des Épinettes. Confiées à GPSO, la communauté d’agglomération Grand Paris Seine Ouest, maître d’ouvrage, et à l’Atelier Mosca Architectes, lauréat de la consultation infrastructure à l’été 2010, les trois volées successives de doubles escaliers mécaniques ont été mises en service début juillet dernier. Les escaliers fonctionnent de 7 heures à 22 heures tous les jours. Ils permettent de gravir 26 mètres de dénivelé.
     
    La rénovation de la gare Saint-Lazare enfin achevée
    Restait pour parachever la métamorphose de Saint-Lazare à soigner son entrée. C’est fait avec l’ouverture du nouveau parvis en mai. L’immense chantier, au terme de dix ans de travaux, a converti la gare en pôle multimodal contemporain multipliant services et commerces sur le chemin des voyageurs tout en respectant un patrimoine exceptionnel. De même, les nouvelles cours de Rome et du Havre, jouant sur les nuances du gris, assurent l’inscription harmonieuse du parvis dans le quartier historique. Tout en offrant aux 128 millions de personnes qui le traversent chaque année ce qu’Arep, l’agence filiale de SNCF qui en est la réalisatrice, qualifie de « salons urbains » : deux espaces privilégiant l’accès aux modes doux et repoussant les voitures à la périphérie ou en sous-sol. Pavés de granit, plantés de fauteuils, de magnolias, d’écrans avancés d’information et des deux sculptures d’Arman restaurées, ils invitent à faire une pause dans ce quartier extrêmement dense de bureaux et de shopping en train de devenir aussi le e-quartier de la capitale. 
     

     

    GPRC 2014 Prix modernisation

    Le vainqueur
    Le Francilien donne des couleurs à l’est et à l’ouest de l’Ile-de-France
    C’est en décembre 2009 que les voyageurs l’ont vu pour la première fois, entre Paris-Nord et Luzarches. Mais c’est en 2013, une fois résolus ses défauts de jeunesse, que le Francilien est véritablement devenu le train des Franciliens. Après avoir éliminé les rames Inox de la banlieue nord en janvier 2013, ce nouveau train a été mis en service dans les mois suivants sur les réseaux de banlieue de Paris-Est et Saint-Lazare. A l’est de la capitale, la première liaison équipée a été la ligne P vers Meaux, le 11 février 2013. En dehors des heures de pointe, le Francilien, dont la caisse large et l’aménagement coloré ne laissent personne indifférent, a remplacé sur cette liaison les rames tractées RIB-RIO rénovées et les automotrices à deux niveaux Z2N, capacitaires mais à l’aménagement intérieur spartiate.
    Toujours sur la ligne P, la relation vers Coulommiers a reçu ses premiers Franciliens le 7 octobre suivant. Entre-temps, le nouveau train a été mis en service sur le réseau de Paris-Saint-Lazare le 14 juillet 2013, en commençant par la ligne L (Nanterre-Université). Puis, en avril 2014, les premières rames sont arrivées sur la ligne J, entre Paris et Ermont – Eaubonne, ainsi que vers Pontoise. En 2015, les 172 rames de la tranche ferme devraient avoir été livrées par l’usine Bombardier de Crespin. Au-delà de cette échéance longtemps redoutée, le site nordiste poursuivra la production du Francilien, 43 rames supplémentaires ayant été commandées par le Stif en décembre 2013 pour les lignes H, K et L du Transilien.
     

    Les nominés

    Avec l’anti-enrayage, le Transilien passe mieux l’automne
    L’enrayage lors du freinage sur des rails rendus glissants par les feuilles mortes, phénomène qui endommage les roues des trains et rend ces derniers indisponibles, sera-t-il bientôt un mauvais souvenir ? Si ce problème ne se pose pas sur les trains les plus récents du réseau Transilien, comme le Francilien ou le tram-train, sortis d’usine équipés d’anti-enrayeurs, les matériels les plus anciens doivent être équipés après coup. Ceci vaut en particulier pour les voitures à deux niveaux (VB2N) de la ligne N, c’est-à-dire de la banlieue de Paris-Montparnasse. Même si la durée de vie résiduelle de ce matériel n’est que de 10 à 15 ans, le bénéfice apporté par son équipement l’emporte sur le coût, comme l’a montré le RER D, dont le parc a connu 52 % d’immobilisations en moins une fois équipé. C’est ainsi que le parc de la ligne N devrait être équipé à 85 % cet automne et à 100 % en 2016. Le montage des équipements Faiveley et Freinrail est réalisé par la SNCF dans une nouvelle chaîne créée à cette fin au Technicentre de Trappes.
     
    Le renfort de l’offre sur la ligne 14
    Depuis le 6 juin dernier, selon une décision du conseil du Stif, durant l’heure de pointe du matin (8h00-9h00), les jours de semaine, la fréquence des métros est passée de 95 à 85 secondes, soit 4 métros de plus par sens. C’est l’un des intervalles les plus serrés au monde. Cela représente un renfort d’offre de 10 %. Par ailleurs, six passages supplémentaires de métro par sens entre 16h00 et 20h00 ont été décidés pour répondre aux besoins des voyageurs pendant cette période. 600 000 personnes empruntent chaque jour la ligne 14, quinze ans et demi après son inauguration, en octobre 1998. Rappelons que l’offre va être renforcée par la suite, avec l’arrivée de rames à huit voitures au lieu de six.

  • Spécial InnoTrans : où va l’industrie ferroviaire française

    Spécial InnoTrans : où va l’industrie ferroviaire française

     

    Comment les Français peuvent rebondir

    Le 22 juillet, Hitachi a présenté à Londres sa gamme de rames automotrices électriques. Destinées en un premier temps au marché britannique, elles sont conçues pour gagner l’Europe continentale. Après les trains à grande vitesse pour la desserte du Kent, un nouveau défi est lancé aux constructeurs européens. Pourront-ils résister à la concurrence d’une industrie japonaise rompue au transport de masse, alignant des performances inégalées en termes de régularité ou de fiabilité ?
    En juillet aussi, le chinois CRCC (China Railway Construction Corp.) remportait un contrat de construction de 150 km de lignes pour le métro de Moscou. Car la concurrence mondiale ne se fait plus seulement sur les matériels mais sur les infrastructures.
    Le décor est planté. On a vécu longtemps dans l’idée qu’il y avait trois grands constructeurs mondiaux, Alstom, Siemens, Bombardier. Et que c’était peut-être un de trop. Aujourd’hui, les trois grands sont pris en tenaille. De plus gros qu’eux sont apparus : CSR et CNR, deux Chinois. Le Japonais Hitachi a implanté au Royaume-Uni le siège de son activité ferroviaire. Parallèlement, en Europe même, des constructeurs de taille plus modeste, pesant toutefois de 1 à 2 milliards d’euros de CA, ont une influence considérable sur le marché en se mettant à l’écoute des « petits » clients : le Suisse Stadler, le Tchèque Skoda, les Polonais Solaris et Pesa, les Espagnols Caf et Talgo, l’Allemand Vossloh.
    Une autre raison pousse à la baisse des prix : alors que les Espagnols s’étaient lancés dans d’énormes efforts d’équipement et renforçaient leur industrie ferroviaire, la violence de la crise a conduit à l’interruption des programmes dans la péninsule. Les industriels ou les ingénieries, en surcapacité, arrivent « comme des morts de faim » sur le marché mondial. Dans une moindre mesure, n’est-ce pas ce chemin que prend le secteur en France ?
    En Allemagne, le ferroviaire résiste, avec un CA de 10,4 milliards d’euros pour l’industrie, le double de celui des industriels français. Et un carnet de commandes bien rempli. « Les Allemands sont sur une autre planète », soupire-t-on à la Fédération des industries ferroviaires. Mais, en France, tout le monde a l’air d’accord pour dire : l’heure est grave. Il faut se mettre en ordre de marche. C’est maintenant ou jamais. Plus précisément, on entend : nous avons cinq ans devant nous.
    La vente à General Electric des activités énergie d’Alstom laisse Alstom Transport un peu seul. Ce n’est pas un problème, assure l’industriel. Il n’empêche. Alstom va devoir stabiliser son capital. Sinon de bons experts prédisent qu’il ne résistera pas à l’offensive d’un prédateur. Pour caricaturer ce qu’on entend dire le plus souvent ; soit il renforce son partenariat avec le russe TMH, soit il se fait avaler un jour ou l’autre par un Chinois.
    Pas question pour autant de nier les succès industriels d’Alstom, qui a enregistré dernièrement une commande historique de 600 trains de banlieue, pour 4 milliards d’euros, en Afrique du Sud. Mais, selon un observateur, sur les segments de marché, « Alstom a perdu des places à peu près partout ; et il est souvent à contretemps sur les segments en développement ». Il faut dire que l’attelage avec l’opérateur historique ne l’aide pas énormément.
    L’état du fret national ne pousse pas à l’investissement dans les locomotives. Sur le service (SAV, deuxième monte, maintenance), Alstom est tout petit. Car pour l’essentiel de ces activités, les opérateurs historiques de transport, RATP et SNCF, conservent leurs positions industrielles. Il y a bien des trams mais Alstom n’a pas de vrai marché intérieur, sur un segment en forte croissance qui représente 30 à 40 % du marché mondial. Difficile de faire état de son savoir-faire quand on n’a pas de vitrine nationale. En trains classiques, pour des raisons identiques, le constructeur n’a pas de produits TET à 200-250 km/h.
    Sur les métros automatiques, il est présent, mais plutôt outsider, alors que le secteur connaît une croissance à deux chiffres. 
    En grande vitesse, l’image reste bonne mais il y a beaucoup de concurrence. Et le marché n’est pas considérable. On connaît les difficultés de la SNCF, qui, assure-t-on, « ne veut pas du TGV du futur ». En interne, si jamais la SNCF se résout à acheter, elle n’a pas arrêté sa position. Au sein de l’entreprise, la direction du Matériel et SNCF Voyages ont des approches différentes. Culture technique d’un côté, de l’autre, prix à la place. Les arbitrages ne sont pas rendus.
    Aussi, redoute le monde industriel, si la crise des TGV n’est pas réglée (et comment le serait-elle ?), il y a un risque de rupture de la chaîne de production. Une date circule. La SNCF s’apprête à repousser à 2022 au plus tôt l’achat de nouvelles rames. Sans difficulté. Sans même aller jusqu’à la position maximaliste : 228 rames sur 400 suffiraient à desservir un réseau noyau limité aux LGV. Et si on considère que le parc est excédentaire, il suffit de radier les rames à mesure qu’elles viennent à obsolescence. Résultat, dit un proche du dossier, Alstom pourrait être conduit à fermer son bureau d’études grande vitesse dès 2016. Il ne peut plus être question de se gargariser avec l’expression : « TGV du futur ».
    L’activité en France du fleuron de l’industrie nationale ne reflète donc pas la structure du marché mondial. Qui plus est, ça tire un peu dans tous les sens. Lors des dernières années, l’évolution du système, avec ses transferts de savoir-faire entre SNCF et industriels, s’est traduite par de moins bons partages d’expérience. La réforme ferroviaire qui vient d’être votée ne convainc guère que la SNCF. La constante inexistence de politique des transports laisse la SNCF mener le jeu ferroviaire en fonction de ses intérêts de groupe multimodal. L’Etat prétendu stratège raconte des balivernes (TGV du futur, relance du fret !). Fer de France, qui regroupe toute la profession, au sens large, ingénieries, autorités organisatrices, exploitants, gestionnaires d’infrastructures, industriels, a donc fort à faire pour que ce petit monde coordonne ses énergies afin d’aller, comme on dit, chasser en meute sur le marché mondial. En attendant, les industriels tirent comme ils le peuvent leur épingle du jeu, en comptant un peu sur le marché national… Un peu, beaucoup, mais pas trop.
    Il y aurait pourtant beaucoup à faire. L’état général du réseau n’est pas brillant. Ne parlons pas de l’Ile-de-France. Comme le dit le récent Cahier des ingénieurs et scientifiques de France, intitulé « La filière ferroviaire française à la croisée des chemins », en note et par litote : « le réseau RER d’Ile-de-France n’a pas actuellement des performances qui en font une vitrine attractive à l’international ». Un espoir, bien sûr : « le programme de rénovation mis en place devrait y remédier ».
    A condition qu’il soit financé. Or, les grands travaux (même de modernisation) sont en mal de financement. Le remplacement de l’écotaxe par un péage de transit poids lourds va se traduire par des rentrées dans les caisses de l’Afitf diminuées des deux tiers : 300 millions d’euros par an au lieu de 900. La redevance complémentaire sur les nuits d’hôtel destinée à aider le financement du Nouveau Grand Paris avec 140 millions d’euros par an, n’a finalement pas été votée, mais il paraît que la ressource sera dégagée à l’automne. L’Etat va supprimer d’ici deux ans 10 milliards de dotation aux régions… Un bon point tout de même, le vote au détour de la loi ferroviaire d’un VT interstitiel qui doit rapporter à ces mêmes régions 450 millions d’euros.
    Résultat ? On croit encore au Grand Paris. Pour le reste, « c’est le désert », dit le PDG d’un grand groupe d’ingénierie. Le troisième appel à projets pour les transports des villes de province n’est toujours pas lancé. Les élections municipales ont causé des dommages terribles à des projets. Le téléphérique de Brest, une nouvelle ligne de métro à Lyon, les tramways d’Amiens, de Caen, d’Aubagne, d’Avignon, une nouvelle ligne à Toulouse et à Angers sont abandonnés ou remis à des jours meilleurs.
    Pour sa part, la FNTP s’alarme dans une note de conjoncture de mai, publiée fin juillet, de la baisse de l’activité. La fédération des travaux publics pronostique « que 2014 sera la plus basse année depuis 1998. » De mai 2013 à mai 2014, le nombre de lots faisant l’objet d’appels d’offres en travaux publics a baissé de 23 %. L’ingénierie tire aussi le signal d’alarme, ce qui est grave pour la suite, le secteur étant en amont des opérations (voir page 46).
    Pour aller jusqu’au bout d’un tableau bien sombre, on connaît la faiblesse du tissu industriel français, moins dense, moins stable que le tissu allemand. Le grand souci, c’est de faire émerger des entreprises de taille intermédiaire. Il y a bien Faiveley, le franco-allemand Vossloh-
    Cogifer, etc. En tout une dizaine d’entreprises seulement dépassent la centaine de millions de CA, rappelait lors d’un récent colloque Jean-Pierre Audoux, le délégué général de la Fédération des industries ferroviaires.
    Les grands ensembliers sont régulièrement pointés du doigt du fait de leur politique d’achats qui étrangle les fournisseurs. Alstom du moins et Bombardier. Pas Siemens, jugé, à l’allemande, beaucoup plus respectueux du tissu industriel national.
    Pour conforter la filière, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait annoncé lors de l’inauguration du TGV Rhin-Rhône la création d’un Fonds de soutien aux équipementiers ferroviaires, qui devait être doté de 100 millions d’euros. C’est ce qui a donné naissance à Croissance Rail, géré par la BPI et les industriels, doté de 40 millions. Mais Croissance Rail, supposé donner un coup de pouce au développement des ETI (entreprises de taille intermédiaire) a du mal à signer son premier contrat. Les PME n’ont pas forcément envie de se marier… Et puis, une enquête faite auprès des grands donneurs d’ordre (SNCF, RFF, RATP, Alstom, Bombardier) a montré que ceux-ci n’étaient pas trop demandeurs de l’émergence de telles entreprises, à une exception près, seul dénominateur commun : l’aménagement intérieur. Pour le reste – par exemple les activités de câblage-multiplexage –, certains des donneurs d’ordre préfèrent assurer le travail en interne.
    Allons donc pour l’aménagement intérieur ? Mais on n’a pas l’air d’être sur la voie d’une ETI. Trois entreprises se détachent. La première, Compin, connaît de grandes difficultés depuis des années. Elle a décroché fin 2013 un important contrat qui la remet en selle. Ce qui ne veut pas dire que l’avenir soit dégagé. CEIT, la deuxième, est en procédure de faillite après, semble-t-il, une phase de croissance trop forte qu’elle n’a pu absorber ; la troisième, Sofanor, a été achetée par Barat. Sur le papier, ces entreprises sont trop petites pour peser sur le marché mondial (dans les 20 à 30 millions de CA). Ensemble, elles frôleraient le seuil des 100 millions. Mais l’histoire n’a pas l’air de s’écrire ainsi.
    Aussi la Fédération des industries ferroviaires pousse-t-elle à une autre solution : les clusters (voir page 53). En mettant l’accent sur deux points essentiels : l’innovation, à la condition qu’elle ne soit pas purement hexagonale et 
    s’accroche au grand programme européen Shift2Rail, et, allant de pair, le marché international, puisque la baisse considérable de la commande publique conduit à prendre le large et à faire valoir ailleurs des compétences dont la valeur n’est plus à démontrer.
    Cependant rien ne pourra tenir si la commande publique, même à la baisse, ne s’inscrit pas à un certain niveau. C’est pourquoi le PDG de la RATP, Pierre Mongin, lors d’une journée commune organisée par Fer de France, qu’il préside, et la Fédération des industries ferroviaires, a exhorté les pouvoirs publics à ne pas fléchir sur les programmes du Grand Paris. Ces programmes peuvent assurer à la « trans profession », BTP des transports, ingénierie, ensembliers ou équipementiers, exploitants aussi, une planche de salut une fois les quatre LGV en travaux achevées. Et présenter une vitrine incomparable pour l’exportation du savoir-faire.
    F. D.
     

    La filière en chiffres

    44  C’est en milliards le CA que représentait la filière ferroviaire française en 2012, selon l’étude de mai dernier réalisée par le Comité transports des ingénieurs et scientifiques de France. Un chiffre qui s’entend compte tenu des groupes SNCF (avec Keolis), RATP (avec RATP Dev), Veolia Transdev.
    La partie industrielle représente 5,5 milliards de CA.
    La filière ainsi définie représente 330 000 emplois, dont 21 000 pour le secteur privé.
     
    7 %  La part de marché de la grande vitesse (matériels roulants) ne représente que 6 à 7 % du marché mondial, les services conventionnels et le fret de l’ordre de 75 %, les transports urbains (tramways et métros) environ 18 à 19 %, selon l’étude du Comité transports des ingénieurs et scientifiques de France.
     
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    Rail industry. How the French can bounce back

     
    The French are despondent. Faced with a drop in public sector demand, the rail sector and, by consequence all related fields, are trying to get their act together. They need to keep afloat in the limp domestic market and at the same time, harness the sharp growth in other world markets. One thing is certain: it’s now or never. Fortunately, industry members have solid advantages in terms of savoir-faire. 
     
    In London on 22 July, Hitachi presented its new range of EMUs. Initially designed for the British market, they will soon be conquering Western Europe. After the Japanese high-speed trains for Kent, European manufacturers are now faced with a new challenge. Can they stand up to competition from Japanese manufacturers with extensive experience in public transport and unrivalled performance in terms of regularity and reliability? 
    Also in July, the China Railway Construction Corp. (CRCC) won a contract to build 150 km of metro line in Moscow. Competition is also rife where infrastructure is concerned, not just equipment. 
    The scene is set. For a long time, there were three world-class manufacturers: Alstom, Siemens and Bombardier. And it seemed there was one too many. Nowadays, the big three are cornered. They have come up against bigger guys: CSR and CNR, both Chinese. The Japanese company Hitachi has set up its rail headquarters in the UK. At the same time, in Europe, manufacturers of more modest proportions, with turnover of a mere 1 or 2 billion euro, have considerable influence on the market: Stadler in Switzerland, Skoda in the Czech Republic, Solaris and Pesa from Poland, Caf and Talgo in Spain, and the German company Vossloh.
    The two Spanish manufacturers bring prices down: just when their homeland was investing in new equipment and building up its rail industry, the financial crisis hit hard and many developments were suspended. A number of hungry manufacturers and engineering companies with overcapacity are therefore scouring the world markets for contracts. To a lesser degree, the French sector could be said to be heading in the same direction. 
    In Germany, the rail sector is bearing up. It represents a turnover of €10.4 billion, twice that of the French sector. And their order books are full. “The Germans are on another planet” sighs the federation of rail industries. But in France everyone agrees that the situation is alarming. We have to get our act together. It’s now or never. When I say now, I mean, in the next five years. 
    The sale of Alstom’s energy business to General Electric leaves Alstom Transport rather out on a limb. Alstom says that’s not a problem. All the same. Alstom is going to need to stabilise its capital. Otherwise, say the experts, it will not be able to withstand an attack from a predator. To caricature the most oft-expressed opinions: either Alstom strengthens its ties with the Russian TMH, or one day a Chinese corporation will have it for breakfast.
    Yet, one cannot ignore Alstom’s industrial successes. Lately, it clocked up a record order worth €4 billion for 600 suburban trains in South Africa. Yet, according to an industry expert, “Alstom has lost market share almost everywhere and is often against the tide on growth segments”. It has to be said that its historic operator does not help much. 
    The state of national freight does nothing to encourage investment in locomotives. In the service sector (after sales service, aftermarket, maintenance), Alstom is small fry. That is because its historic operators, RATP and SNCF, have always retained their own positions in these sectors. Therefore, apart from a few tram networks, Alstom has no domestic market in a high-growth segment that represents 30-40% of the world market. It is difficult to vaunt one’s savoir-faire without a shop front at home. For the same reasons, the manufacturer has no intercity trains that run at 200-250 kph. 
    Alstom is present on the automated metro market but is somewhat of an outsider, yet the sector has two-figure growth. 
    In the high-speed segment, the company’s image remains good, but competition is stiff. And the market is not huge. SNCF is having difficulties and, we are told, “is not interested in Alstom’s TGV of the future”. SNCF has not confirmed its position on the matter. Within the same company, the equipment division and SNCF Voyages have different approaches. The former has a technical culture while the latter focuses on price. The jury is still out.
    The rest of the industry worries that if the TGV crisis is not resolved (and how can it be?), there is a risk that production may be suspended. There are rumours of a date. According to the grapevine, SNCF is going to postpone buying any new trains until 2022. They could do so, no problem. Without taking things to extremes: 228 out of 400 trains would suffice to cover the high-speed line core network. And if they consider that the fleet is too big, then they just need to remove trains as they become obsolete. According to an expert, that would mean Alstom closing its high-speed design office as early as 2016. This would make the words “TGV of the future” ring hollow.
    The domestic business of the flagship French manufacturer therefore does not reflect the structure of the world market. Moreover, it is being pulled in different directions. In the past few years, changes in the system and the transfer of savoir-faire between SNCF and manufacturers have meant less sharing of good practices. SNCF remains unconvinced by the rail industry reform that has just been voted. The constant absence of a government transport policy leaves SNCF a free rein to call the tunes according to its own multimodal interests. The state’s so-called strategy (TGV of the future and new impetus for freight) is nonsense! Fer de France, which encompasses the whole profession, in the widest sense: engineering companies, authorities, operators, infrastructure managers and manufacturers has its work cut out to coordinate such diverse interests and ensure they go out hunting on the world market as a pack. In the meantime, manufacturers do the best they can and rely a little on the domestic market… a little, but not too much.
    Yet there is plenty to be done on that front. The general state of the network is not brilliant. Not to mention Ile-de-France. As the recent survey from Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF), entitled La filière ferroviaire française à la croisée des chemins (“French rail at a crossroads”) (under)stated: “the Ile-de-France RER network is not currently displaying the sort of performance to be attractive abroad”. But there is hope: “the renovation programme should remedy that”.
    As long as there are funds. But major work, even modernisation work, is having trouble finding funds. The replacement of the ecotaxe by a HGV transport toll means two-thirds less cash in the AFITF coffers: €300 million per year instead of 900. The extra tax on hotel stays intended to finance the Nouveau Grand Paris with €140 million per year was not voted in the end, but apparently the resources will be available in the autumn. In the next two years, the state will be docking 10 billion euros worth of regional funds. On a more positive note, a newly voted transport tax for companies should raise €450 million for regional councils. 
    So, when all is said and done? The Grand Paris project remains an objective. But “there are no other projects on the horizon” says the Chairman of a large engineering group. The third call for projects for regional urban transport has yet to be launched. The local elections seriously damaged the prospects for this sort of project. The cable car in Brest, the new metro line in Lyon, the tramway in Amiens, Caen, Aubagne and Avignon and new lines in Angers and Toulouse have been abandoned or postponed until better days. 
    In its news bulletin issued at the end of July, on the economic climate in May, the FNTP (national federation of civil engineering) expressed alarm at the drop in business. The federation forecasts that 2014 will be the worst year since 1998. From May 2013 to May 2014 the number of lots concerned by calls for tender fell by 23 percentage points. Alarm bells are ringing in the engineering sector too, which hails bad news for the future, since the sector is upstream of the rest of the industry.
    To put the finishing touch to a dark picture, the fabric of French industry is less dense, less stable than in Germany. The big issue is to bring on medium-sized companies. Of course there is Faiveley, the Franco-German Vossloh-Cogifer and others. In all, a dozen companies have a turnover of more than 100 million as Jean-Pierre Audoux, chairman of the federation of rail industry stated in a recent seminar. 
    The major engineering contractors are regularly accused of having a procurement policy that strangles their suppliers. At least Alstom and Bombardier are. Not Siemens, because being German, the company has more respect for national industrial fabric. 
    Nicolas Sarkozy, President when the Rhin-Rhône high-speed line was unveiled, reassured the sector with the announcement of a new support fund for the rail supply sector, which was to be worth €100 million. This hailed the arrival of Croissance Rail, a €40 million investment fund managed by the state investment agency BPI and industry players. But Croissance Rail, which was intended to give a leg-up to smaller companies in the sector, has yet to sign its first contract. Medium-sized companies are not necessarily the marrying kind… And a survey of major principals revealed that the latter were not particularly keen on seeing smaller companies get stronger, with one exception, the only common denominator: interior fittings. For the rest, cabling or multiplexing for example, some principals prefer to do the work in-house. 
    So, let’s go for interior fittings. Fine, but there are no medium-sized companies in sight. Three companies stand out from the crowd. The first, Compin, has been in great difficulty for the past few years. In late 2013 it won a major contract that has put it back in the saddle. But that does not mean that the future will be all plain sailing. CEIT, the second company, is in liquidation having apparently undergone a period of growth that it had trouble dealing with and the third, Sofanor, has been bought out by Barat. On paper, these companies are too small (€20-30 million) to throw any weight internationally. But together, they are worth €100 million. Yet, things do not seem to be panning out that way. 
    The federation of rail industries is pushing for another solution: clusters (see box). By stressing two major issues: innovation, as long as it is purely French and part of the European Shift2Rail programme and the international market, as the considerable drop in public orders in France means looking further afield and convincing new markets of French skills. 
    However, nothing can happen if public orders do not reach a certain level. That is why at a meeting organised by Fer de France and the federation of rail industries, the RATP Chairman, Pierre Mongin, urged authorities not to set aside the Grand Paris developments. These programmes represent a last hope for transport civil engineering, engineering design, engineering contractors, components manufacturers and operators once the four new high-speed lines are finished. They would be a superb showcase for their savoir-faire for prospects worldwide. F. D.

     

     
     
  • Qualité de l’air. Les villes à la recherche d’un nouveau souffle

    Qualité de l’air. Les villes à la recherche d’un nouveau souffle

    A la toute fin de l’hiver, les deux tiers de la France – le nord, l’est et le sud-est – étaient asphyxiés sous un nuage de particules fines. Au plus fort de la pollution, la ville de Paris enregistrait des taux records avec 100 microgrammes (μg) par m3 d’air, soit le double du seuil recommandé par l’OMS en moyenne sur 24 heures pour les PM10 (particules en suspension d’un diamètre inférieur ou égal à 10 microns). Sophie Fleckenstein, chargée de mission du réseau santé de France Nature Environnement (FNE) relevait alors qu’il n’y a « pas de solution magique, mais un bouquet de solutions que l’on connaît bien et qui fonctionnent très bien dans d’autres pays européens. » Dans son viseur, les politiques de long terme : plans de déplacements entreprises, covoiturage, autopartage, zones à faibles émissions au cœur des villes, etc. Autant de mesures nécessitant un volontarisme de fer…
    Au-delà de l’affichage et des quelques initiatives en ce sens prises de-ci de-là, le manque de volonté politique est de plus en plus pointé du doigt. « L’année 2013 a été l’année européenne de l’air dans la quasi-indifférence générale… », faisait ainsi remarquer fin mars l’ex-présidente d’Atmo France, le réseau des associations de surveillance de la qualité de l’air, Régine Lange. Certes le classement du diesel et des particules issues de sa combustion comme « cancérigène avéré » par l’OMS mi-2012, puis celle de la pollution atmosphérique en octobre 2013, suite à des évaluations menées par son Centre international de recherche sur le cancer (Circ) ont été davantage médiatisés. « Mais la question de santé publique a finalement été rapidement diluée dans les questions de fiscalité et des problèmes industriels que pose la spécificité de notre marché automobile », rappelait Régine Lange, désormais vice-présidente d’Atmo France dans sa tribune « Que va-t-il se passer après le pic ? »
    Dans un tel climat, la loi de programmation sur la transition énergétique est perçue comme une bouée de sauvetage. Las ! A en croire la Fnaut, l’occasion a été ratée. Présenté le 18 juin 2014 en conseil des ministres, le projet de loi pour un nouveau modèle énergétique français, qui touche le logement et les transports, est « conçu sans vision de la politique des transports, explique son président, Jean Sivardière. L’objectif central, les économies d’énergie fossile, ne ressort pas ». Le texte prévoit toutefois des mesures sur l’air, comme une « prime à la conversion » des véhicules les plus polluants par des véhicules propres ou la possibilité, pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants, de mettre en place des « zones à circulation restreinte » interdites aux véhicules les plus polluants, à l’initiative des collectivités locales. Des zones à faible émission, excluant principalement les poids lourds et autocars, comme il en existe 194 à travers 9 pays européens et pour lesquelles l’Ademe a observé des réductions en moyenne annuelle « sur les concentrations en dioxyde d’azote de l’ordre de 1 à 10 % et sur les concentrations en PM10 jusqu’à 12 % ». Mais globalement, reste un défaut majeur aux yeux de la Fnaut pour ce projet de loi : « Aucun signal incitant au changement des comportements n’est donné. Tout repose sur la technologie – moteurs, biocarburants, poursuit le président. Avec la solution miracle de la voiture électrique, qualifiée de “propre” et “appelée à se massifier dans les deux prochaines décennies”, le message adressé c’est : “ne modifiez pas vos comportements de mobilité.” Pourtant les limites de l’électrique ont été soulignées par l’Ademe : recyclage des batteries, mode de production de l’électricité influant sur le bilan carbone… »
    En attendant une hypothétique mobilité propre, la situation est problématique, pour ne pas dire catastrophique, dans la plupart des agglomérations. Toutes les grandes villes sont dotées de systèmes de surveillance permettant de calculer un indice de 1 à 10 chaque jour dans plus de 80 agglomérations. Selon le bilan de la qualité de l’air en France en 2012, du ministère de l’Ecologie, qui reprend les mesures par polluant depuis 2000, chacune des 22 régions subit chaque année un grand nombre de jours de pollution. Ainsi pour l’ozone, le seuil d’information de 180 μg/m3 d’air en moyenne horaire a été dépassé durant 27 jours, même si l’amélioration est quasi continue depuis 2003. Régions les plus touchées : Paca et Rhône-Alpes.
    Pour les oxydes d’azote issus à 56 % du transport routier selon le Centre interprofessionnel technique d’études sur la pollution atmosphérique – NO et NO2, de bons traceurs des émissions du trafic routier – on constate une belle baisse de la moyenne annuelle des concentrations depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Egalement une diminution du NO2 en site urbain, passé en concentration moyenne de 23 à 21 μg/m3 de 2011 à 2012. Malgré cela, Paris et Nice ont dépassé la valeur limite annuelle de 40 μg en 2012. Et sur plusieurs sites à proximité du trafic, le seuil horaire de 200 μg/m3 est franchi régulièrement en Ile-de-France et en Rhône-Alpes.
    Concernant les particules, sachant qu’on ne mesure les PM2,5 que depuis peu via 110 stations et que les modalités de mesure des PM10 ont changé en 2007, les comparaisons sont délicates. Néanmoins, 7 sites de proximité automobile à Paris, Marseille et Fort-de-France, ont été au-delà de la valeur limite annuelle des PM10 en 2011. Et 23 sites concernant une vingtaine d’agglomérations ont subi des dépassements du seuil journalier pendant plus de 35 jours par an.
    Voilà pourquoi depuis le 1er janvier, la France est poursuivie par la Commission européenne pour non-respect des valeurs limites de PM10 et non mise en place de plans d’actions dans 11 agglomérations de plus de 100 000 habitants, dont Marseille, Toulon, Paris, Valenciennes ou Lille. Elle pourrait prochainement être poursuivie aussi pour les oxydes azote, dont elle ne respecte pas le plafond depuis 2010 et le dioxyde d’azote « dont les valeurs limites sont dépassées dans 24 zones », souligne-t-on à l’Ademe. A Paris, Anne Hidalgo a proposé un plan dès le premier conseil, avec des mesures à long terme comme l’éradication progressive du diesel et des actions ponctuelles en cas de pic. Les Parisiens sont associés à ce plan via une conférence citoyenne réunissant un panel d’habitants et d’experts qui débattra jusqu’à l’automne.
    Le diesel doit bel et bien faire partie des priorités. L’Ademe, qui a présenté fin juin un avis sur les émissions de particules et d’oxydes d’azote par le trafic routier, met en exergue le fait que 12 millions de véhicules particuliers diesels non équipés de filtre à particules (FAP) sur un parc total de 19 millions – soit 61 % du parc français – sont à l’origine de 57 % des émissions routières de particules. « Des véhicules qu’il faudrait remplacer par des solutions de mobilité moins polluantes… », plaide Gilles Aymoz, chef du service d’évaluation de la qualité de l’air. Car « on sent bien que la réponse ne peut pas être que technologique : de nouvelles réductions d’émissions primaires à l’échappement seront de plus en plus difficiles à atteindre et un nouveau dispositif de dépollution peut générer une autre pollution », souligne Johan Ransquin, chef du service transport et mobilité de l’Ademe. Exemple frappant : les filtres à particules fermés (FAP), généralisés sur les diesels depuis janvier 2011 pour éliminer 99,7 % des particules, dont certains modèles dits catalysés sont à l’origine de surémission de dioxyde d’azote (NO2)… Un comble !
    On relève aussi qu’à Paris, en 2013, 58 % des PM 2,5 proviennent du trafic routier. Et il ne s’agit là que de la pollution primaire – celle qui s’échappe des pots – alors que l’on sait qu’une « pollution particulaire organique secondaire se forme dans l’atmosphère, qui est un véritable transformateur chimique, poursuit Gilles Aymoz. On soupçonne ces particules de produire des impacts sanitaires graves. » De plus, selon l’Ademe, les normes Euro existantes ne suffisent pas en matière de baisse du NO2. En cause : les bancs d’essai utilisés pour l’homologation des véhicules ne reflètent pas les conditions d’usage réel.
    Résultat, sachant que seuls les NOx (l’addition NO + NO2), sont réglementés, les véhicules diesel Euro 5, c’est-à-dire dernier cri, qui respectent le plafond de 180 μg/km de NOx en cycle d’essai, dépassent en réalité les 500 μg/km de NO2 en conditions réelles de circulation ! « Quand cette question du NO2 sera sur la table, il n’y aura plus de doute possible sur le fait que le seul levier d’action, c’est limiter la voiture », prédit Gilles Aymoz. Impossible en effet de renvoyer la balle sur l’agriculture ou le chauffage comme pour les particules…
    « L’amélioration proviendra de mesures globales centrées sur la pollution et la santé, comme un alignement de la taxation du diesel sur l’essence, une meilleure répartition du parc automobile entre les motorisations, une meilleure limitation de l’usage de la voiture, etc., estime également Jean-Patrick Masson, maire adjoint délégué à l’énergie à Grenoble. Ma conviction est qu’il faut maintenant une loi de programmation sur la qualité de l’air… » L’élu écologiste qui est aussi secrétaire national d’Atmo France reste toutefois optimiste : « Le pic de pollution de mars a amené les pouvoirs publics à réagir : la préoccupation a été identifiée par un paragraphe sur l’air dans le projet de loi sur le modèle énergétique, et les plans climats locaux traiteront obligatoirement de la question de l’air. » A quelque chose malheur est bon.
    Cécile NANGERONI
     

    Trois questions à Bernard Garnier, président d’Atmo France

    Ville, Rail & Transports. Quel est exactement le rôle de la fédération Atmo France ?
    Bernard Garnier. Les 27 associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA), une par région métropolitaine et outre-mer que nous fédérons, peuvent trouver avec Atmo France un lieu d’échanges et de mutualisation. Atmo France anime le réseau qui repose sur la proximité, ce qui est essentiel pour les mesures et la modélisation. La fédération les représente au niveau national et européen auprès des partenaires institutionnels comme le ministère de l’Ecologie, les laboratoires LCSQA, Ineris, l’Ademe. La gouvernance des AASQA comme le financement original – Etat, collectivités locales et industriels via la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) – garantissent la transparence et l’indépendance de nos actions.
     
    VR&T. Quelles sont vos préconisations concernant le volet air de la loi sur la transition énergétique ? 
    B. G. Nous sommes satisfaits que la pollution de l’air soit prise en compte par cette future loi. La lutte doit s’appuyer sur un trépied climat – air – énergie avec en toile de fond le volet santé publique. Les populations sont de plus en plus sensibles au problème. Un aspect positif est la transformation des plans climat énergie territoriaux, PCET en PCEAT, avec un A comme air, comme la fédération le souhaitait. Ainsi ce qui était une possibilité deviendra une obligation. En revanche, Atmo France aurait aimé que l’on songe à une refonte du bonus-malus écologique en prenant en compte la pollution aux particules et aux oxydes d’azote en plus du CO2. Les transports doivent être clairement identifiés dans ce texte comme des émetteurs de polluants et de gaz à effet de serre (GES). Et les AASQA sont prêtes à s’investir davantage dans les inventaires d’émissions recensant tous les polluants et les GES car ce sont de précieux outils d’aide à la décision pour les pouvoirs publics et les collectivités locales. Enfin, nous aimerions que le principe pollueur-payeur soit appliqué aux transports. Il faut que tous les pollueurs payent. Le routier et l’aérien ne participent pas au financement des mesures de baisse de la pollution, c’est un vrai problème !
     
    VR&T. Quelle est la contribution d’Atmo France au 3e Plan national Santé-environnement 2015 – 2023 ?   
    B. G. Dans le cadre des groupes de travail, nous avons réfléchi à plusieurs axes et notamment à l’amélioration de la connaissance des agents non réglementés dans l’air, comme les pesticides ou les pollens. Ou encore la promotion d’une meilleure ventilation pour faire baisser la pollution de l’air intérieur – due aux peintures, colles ou matériaux d’ameublement qui laissent échapper des composés organiques volatils (COV) – qui se renforce avec les isolations d’habitations de plus en plus performantes… 
    Propos recueillis par Cécile NANGERONI
     

     

    Qualité de l’air. Les principaux polluants atmosphériques

     

    L’air pollué contient souvent des centaines de polluants, mais seuls quelques-uns sont mesurés, soit comme indicateurs caractéristiques de certaines sources de pollution, soit du fait de leur nocivité particulière, comme par exemple l’ammoniac émis lors de l’épandage des lisiers provenant des élevages d’animaux ou lors de la fabrication des engrais. Les polluants issus des transports sont nombreux. Nous citons ici les principaux et leurs effets ainsi que les seuils maximaux recommandés.

     
     Le monoxyde de carbone (CO), gaz incolore et inodore qui participe aux mécanismes de formation de l’ozone (03). Dans l’atmosphère, il se transforme en dioxyde de carbone (CO2) et contribue à l’effet de serre. Le CO se fixe à la place de l’oxygène sur l’hémoglobine du sang, conduisant à un manque d’oxygénation de l’organisme et causant maux de tête, vertiges et, à plus fortes concentrations, nausées. Valeur limite pour la protection de la santé : 10 mg/m3 pour le maximum journalier de la moyenne glissante sur 8 heures, selon l’Atmo.
     
     Le dioxyde de soufre (SO2) agit en synergie avec d'autres substances, notamment avec les particules fines. Le SO2 se transforme en acide sulfurique au contact de l'humidité de l'air et participe au phénomène des pluies acides. Il contribue également à la dégradation de la pierre et des matériaux de nombreux monuments. C’est un irritant des muqueuses, de la peau, et des voies respiratoires supérieures qui provoque toux et gène respiratoire. Objectif de qualité : 50 μg/m3 en moyenne annuelle. Seuil de recommandation et d'information : 300 μg/m3 en moyenne horaire. Seuil d'alerte : 500 μg/m3 en moyenne horaire dépassés pendant 3 heures consécutives. Les valeurs limites pour la protection de la santé humaine sont de 350 μg/m3 en moyenne horaire, à ne pas dépasser plus de 24 heures par an ; 125 μg/m3 en moyenne journalière, à ne pas dépasser plus de 3 jours par an.
     
     Les oxydes d’azote (NOx) comprennent le monoxyde d'azote (NO) et le dioxyde d'azote (NO2), dont près de 60 % proviennent des véhicules. Les NOx se forment en effet par l’oxydation de l’azote de l’air ou du carburant avec l’oxygène de l’air ou du carburant dans des conditions de température élevée. Ils sont émis lors des phénomènes de combustion et le NO2 est issu de l'oxydation du NO. Les NOx participent aux phénomènes des pluies acides, à la formation de l’ozone troposphérique, dont ils sont l’un des précurseurs, et à l'atteinte de la couche d’ozone comme à l’effet de serre. Le NO2 est un gaz irritant pour les bronches (chez les asthmatiques, il augmente la fréquence et la gravité des crises, chez l’enfant, il favorise les infections pulmonaires). Objectif de qualité : 40 μg/m3 en moyenne annuelle. Seuil de recommandation et d’information : 200 μg/m3 en moyenne horaire. Seuil d’alerte : 400 μg/m3 en moyenne horaire (abaissé à 200 μg/m3 en moyenne horaire en cas de persistance). Valeurs limites pour la protection de la santé humaine : 200 μg/m3 en moyenne horaire, à ne pas dépasser plus de 18 heures par an à et 40 μg/m3 en moyenne annuelle.
     
     Les composés organiques volatils (COV) ont des effets très variables selon la nature du polluant envisagé. Ils vont d’une certaine gêne olfactive à des effets mutagènes et cancérigènes (benzène), en passant par des irritations diverses et une diminution de la capacité respiratoire. Les COV jouent un rôle majeur dans les mécanismes complexes de formation de l’ozone dans la basse atmosphère (troposphère) et interviennent également dans les processus conduisant à la formation des gaz à effet de serre.
     
     Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont des constituants naturels du charbon et du pétrole ou qui proviennent de la combustion incomplète de matières organiques et notamment des carburants. Ces molécules sont constituées d’atomes de carbone et d’hydrogène – des composés formés de 4 à 7 noyaux benzéniques. Plusieurs centaines de HAP sont générés par la combustion des matières fossiles, et en particulier par les moteurs diesels, sous forme gazeuse ou particulaire. Une diversité et une complexité qui rend difficile l’évaluation du risque individualisé d’un composant ou de leurs interactions. Le plus étudié d’entre eux est le benzo[a]pyrène. Le risque de cancer lié aux HAP est reconnu. La directive européenne 2004/107/CE du 15 décembre 2004 fixe pour le benzo[a]pyrène une valeur limite annuelle de 1 ng/m3 et un objectif à long terme de 0,1 ng/m3.
     
     Les particules en suspension (PS) proviennent du chauffage et du transport routier. Signes les plus évidents : les traces noires qu’elles laissent sur les bâtiments et monuments. Constituées de fines matières liquides ou solides, les PS se forment par condensation, par accumulation ou par pulvérisation mécanique et peuvent être transportées à distance. Les polluants émis par les véhicules diesels lors d’une combustion incomplète du gazole sont les principaux émetteurs de particules fines, mais d’autres particules fines proviennent aussi de transformations chimiques qui s’effectuent dans l’atmosphère.
    On distingue deux grands types de particules fines : celles dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns (PM2,5), les plus toxiques car elles peuvent pénétrer profondément dans les poumons même à des concentrations relativement basses ; celles d’un diamètre inférieur à 10 micromètres (PM10) qui sont retenues par les voies aériennes supérieures. 87 % des PM10 issues du trafic routier proviennent des moteurs diesels, 12 % des moteurs à essence non catalysés. Les PS constituent l’un des principaux facteurs de risque de santé lié à la pollution de l’air en ville à cause de leurs propriétés mutagènes et cancérigènes. Ainsi les PS issues du diesel véhiculent des HAP et sont particulièrement toxiques. Selon la Commission européenne, 100 000 décès par an leur sont attribuables. Objectif de qualité PM10 : 30 μg/m3 en moyenne annuelle. Valeurs limites pour la protection de la santé humaine pour les PM10 : 50 μg/m3 en moyenne journalière, à ne pas dépasser plus de 35 jours par an et 40 μg/m3 en moyenne annuelle. Pour les PM2,5, il n’y a pas de réglementation. L’Union européenne a fixé son objectif de qualité à 20μg/m3 en moyenne sur l’année, l’OMS recommande, elle, une valeur de 10 μg/m3 et le Grenelle de l’environnement souhaitait arriver à 15μg/m3.
     
     L’ozone (O3) constitue un filtre naturel dans la stratosphère (entre 10 et 60 km d’altitude) qui protège la vie sur terre de l’action néfaste des ultraviolets « durs ». Le « trou dans la couche d’ozone » est une disparition partielle de ce filtre, liée à l’effet « destructeur d’ozone » de certains polluants émis dans la troposphère et qui migrent lentement dans la stratosphère.
    L’O3 est un gaz agressif qui pénètre facilement jusqu’aux voies respiratoires les plus fines. Il provoque toux, altération pulmonaire ainsi que des irritations oculaires. L’O3 a un effet néfaste sur la végétation et contribue également à l'effet de serre. Seuil de recommandation et d’information : 180 μg/m3 en moyenne horaire. Trois seuils d’alerte pour la mise en œuvre progressive des mesures d’urgence : 240 μg/m3 en moyenne horaire dépassés pendant 3 heures consécutives ; 300 μg/m3 en moyenne horaire dépassés pendant 3 heures consécutives ; 360 μg/m3 en moyenne horaire.
     
     Les métaux toxiques pour la santé et l'environnement : plomb (Pb), mercure (Hg), arsenic (As), cadmium (Cd), nickel (Ni), zinc (Zn), manganèse (Mn), etc. Ces métaux s’accumulent dans l’organisme et provoquent des effets toxiques à court ou long terme affectant le système nerveux, les fonctions rénales, hépatiques, respiratoires, ou autres… Les métaux toxiques contaminent les sols et les aliments, s’accumulent dans les organismes vivants et perturbent les équilibres et mécanismes biologiques.
    Le plomb (Pb) est actuellement réglementé avec un objectif de qualité de 0,25 μg/m3 en moyenne annuelle et une valeur limite de 0,5 μg/m3 en moyenne annuelle. La directive européenne 2004/107/CE du 15 décembre 2004 fixe par ailleurs des valeurs cibles pour l’arsenic (6 ng/m3 en moyenne annuelle), le cadmium (5 ng/m3 en moyenne annuelle) et le nickel (20 ng/m3 en moyenne annuelle).
    C. N.
     

    L’influence de la météo

    Températures, vent, pluie… Les conditions météorologiques influencent grandement la qualité de l’air que nous respirons, soit en favorisant la dispersion des polluants soit au contraire en les concentrant sur une zone particulière. En effet, en situation normale, la température de l'air diminue avec l'altitude et l'air chaud contenant les polluants tend à s'élever naturellement, permettant ainsi la dispersion verticale de la pollution. En revanche, les périodes anticycloniques favorisent une augmentation rapide de la concentration des polluants au niveau du sol. Car par temps calme et vent faible, il se produit parfois une inversion de température en hiver : le sol s'étant refroidi de façon importante pendant la nuit, la température à quelques centaines de mètres d'altitude est supérieure à celle mesurée au niveau du sol. Et ce « couvercle » d’air chaud piège les polluants au ras du sol…

     

    Les outils de surveillance

    Selon le bilan de la qualité de l’air 2012 de la fédération Atmo, le réseau national des 27 associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) a couvert le territoire d’environ 1 900 analyseurs en sites fixes (équipés d’un ou plusieurs instruments de mesures automatiques), répartis sur près de 670 stations de mesure. Ces analyseurs ou ces préleveurs servent au suivi de polluants tels que les métaux, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les composés organiques volatils (COV) ou d’autres polluants dont la mesure peut nécessiter des prélèvements suivis d’analyses en laboratoire. Par ailleurs, les analyseurs destinés au suivi des polluants réglementés sont au nombre de 459 pour le NO2, de 410 pour l’ozone, de 388 pour les PM10, de 119 pour les PM2,5 et il y a 234 stations de mesure de SO2.
    On dénombre quatre types de stations de mesure de la qualité de l’air : les stations de fond en milieux urbain et périurbain ; les stations à proximité du trafic ; les stations de fond en zone rurale et les stations de proximité industrielle. Sur les zones dont le niveau de pollution ne justifie pas la présence de stations fixes, ou pour procéder à des études, des campagnes de mesures sont réalisées en faisant appel à des camions laboratoires ou d'autres moyens d’investigation. Les relevés effectués par l’ensemble de ces stations de mesures sont ensuite analysés informatiquement, et modélisés pour le calcul de la distribution spatiale de la pollution, ou encore la prévision de la qualité de l’air. C. N.

     

     

     

     

     

    Qualité de l’air. Grenoble : une politique volontariste pour modifier les déplacements

    Dans la « cuvette grenobloise », la circulation automobile et l’étalement urbain de ces dernières années ont entraîné la multiplication des pics de pollution sur l’agglomération. Des solutions en matière de transport existent. Un défi pour la nouvelle municipalité écologiste.

    Deux polluants sont particulièrement problématiques dans la région grenobloise : les particules fines (PM) et les oxydes d’azote (NOx). Didier Chapuis, directeur territorial d’Air Rhône-Alpes, l’association régionale qui fournit aux décideurs politiques les mesures sur la qualité de l’air, confirme : « Les conditions topographiques de Grenoble empêchent les polluants de se disperser, surtout les particules fines ». La région Rhône-Alpes est d’ailleurs sous la menace d’une sanction européenne en raison du dépassement récurrent des valeurs réglementaires et de l’insuffisance des plans d’actions contre la pollution.
    La part du transport dans la survenue de tels pics est certaine, bien que l’évolution soit relativement positive. D’après des données d’Air Rhône-Alpes, « les émissions d’oxydes d’azote (NOx) proviennent essentiellement des transports (57 % en 2011) », de même que les émissions de particules fines (22 % dues au transport de personnes et 11 % au transport de marchandises). Cependant, « le secteur des transports enregistre une baisse comprise entre 19 et 24 % [des émissions de NOx entre 2005 et 2011], essentiellement liée à l’amélioration technologique des moteurs ». De même, concernant les particules fines, « le secteur du transport de marchandises enregistre une baisse importante (- 27 %) » sur la même période. Didier Chapuis confirme : « sur les dix dernières années, la tendance moyenne est une amélioration notable, mais avec des fluctuations interannuelles importantes ». D’après une étude menée par Air Rhône-Alpes fin 2013, « la qualité de l’air est la principale préoccupation environnementale des Rhône-Alpins, devant l’eau ou le réchauffement climatique ». « Avec ces données, on encourage les décideurs politiques à se bouger. »
    Un dispositif préfectoral est activé dès qu’un seuil d’information (voire d’alerte) est dépassé ou risque de l’être. Il vise à donner des recommandations sanitaires et comportementales à la population. Le lancement d’actions urgentes de réduction des émissions (restriction du trafic routier, des activités industrielles, gratuité des transports en commun, etc…) par les autorités organisatrices se fait cependant au cas par cas, souvent au dernier moment. Yann Mongaburu, président du SMTC et vice-président de la Métro chargé des déplacements, explique « travailler avec le préfet et les intercommunalités proches sur un nouveau dispositif plus visible et expliquant clairement une gradation des mesures à prendre en cas d’urgence. »
    En amont, des politiques à moyen et long terme ont été mises en œuvre en Isère afin d’éviter que de tels pics se produisent. La Communauté d’agglomération Grenoble Alpes métropole (La Métro) a été la première agglomération de France à se doter, en 2005, d’un plan Air Climat pour suivre les émissions de polluants atmosphériques qui dépassent les seuils réglementaires. Le volet déplacements de ce plan compte 4 orientations : développer le réseau de transports collectifs urbains et l’articuler avec le développement de l’agglomération ; développer la marche et le vélo ; promouvoir et appuyer les initiatives de mobilité sobres et innovantes ; enfin, optimiser les transports de marchandises et la logistique urbaine.
    Le réseau de tramway de Grenoble s’est doté d’une nouvelle ligne, la ligne E, inaugurée le 28 juin 2014. Le service de vélos en libre-service métrovélo, mis en place en 2004, connaît également un succès important : selon le syndicat mixte des transports en commun, 45 000 personnes l’utilisent au moins deux fois par semaine. Le nouveau maire écologiste de la ville, Eric Piolle, donne d’ailleurs l’exemple en ne se déplaçant presque qu’à vélo. Pour Yann Mongaburu, « la marge de progression est encore forte, on doit encourager de manière prioritaire la pratique du vélo en sécurisant davantage les voies de circulation des cycles ». La ville a obtenu, en 2007, le label Cit’ergie qui récompense des politiques environnementales volontaristes. Et la Métro envisagerait maintenant une restriction d’accès des véhicules les plus polluants au centre-ville…
    Théo HETSCH

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Qualité de l’air. Ile-de-France : la circulation automobile recule, la qualité de l’air ne s’améliore pas

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  • Malgré une diminution de l’ordre de 20 % de la circulation en Ile-de-France entre 2001 et 2010, la pollution atmosphérique reste élevée. Airparif l’explique notamment par la poursuite de la diésélisation. 

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    Inutile de rêver : la baisse de la circulation à Paris, et même en Ile-de-France, a eu beau être conséquente, de l’ordre de 20 % entre 2001 et 2010, la diminution de la pollution n’a pas été phénoménale. La faute aux réactions chimiques incontrôlables et à la poursuite de la diésélisation du parc automobile. C’est ce qui ressort de l’évaluation d’Airparif, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air francilien réalisée en 2013 sur les évolutions constatées entre 2002 et 2012. « En matière de rejets directs, la baisse est de 30 % pour les oxydes d’azote, de 35 % pour les particules et de 13 % pour le CO2, expose Karine Léger, ingénieur et adjointe au directeur d’Airparif. Malheureusement, on ne retrouve pas les mêmes proportions quand on mesure les concentrations dans l’atmosphère, car il y a à la fois le poids de l’agglomération et l’action de la chimie dans l’atmosphère. » En clair l’amélioration est assez nette, mais reste globalement insatisfaisante au regard des effets sur la santé. Par ailleurs, « la baisse aurait été plus conséquente sans la poursuite de la diésélisation, poursuit l’ingénieur. Entre 2002 et 2012, le parc diesel a progressé de 41 % à 63 % des kilomètres parcourus dans Paris, or les filtres à particules rejettent du dioxyde d’azote ». Ainsi en soignant d’un côté avec moins de rejets grâce aux filtres à particules (FAP), on aggrave la situation de l’autre… « En pollution, rien ne se perd, tout se transforme ! », plaisante Karine Léger.
    Pour autant, tout n’est pas noir : à proximité du trafic, on note en effet une diminution de l’exposition aux PM10 pour 78 % de Parisiens, soit un million et quelque de personnes. Des riverains qui subissaient en 2002 régulièrement le dépassement de l’objectif de qualité. A nuancer toutefois au regard de l’objectif français qui est deux fois et demie inférieur à la recommandation de l’OMS. « De plus, l’évaluation a été faite sur la base des dépassements annuels, et une mesure de l’impact des dépassements journaliers aurait vraisemblablement montré une baisse moins forte puisque plus d’un million de Parisiens étaient soumis au dépassement de cette norme en 2012 », tempère l’ingénieur d’Airparif. La norme journalière est en effet plus contraignante, mais il était malheureusement impossible de reconstituer le trafic jour par jour depuis 2002.
    De même, on constate une baisse de l’intensité de la pollution au dioxyde d’azote puisque 80 % des habitants étaient concernés par le dépassement du seuil de 50 microgrammes/m3 en 2002. Ils ne sont plus que 45 % en 2012. Une amélioration obtenue grâce à la baisse sur les émissions de fortes teneurs en N02. En revanche, en se basant sur les niveaux moyens dans l’atmosphère, il n’y a plus que 3 % de Parisiens épargnés par le dépassement des normes annuelles. Et au total, selon les lieux et les polluants, « de 22 % à 97 % d’habitants sont toujours exposés à un air ne respectant pas ces normes »… Première explication : le NO2 se forme à partir du NO – qui baisse – et de l’ozone, qui, lui, ne diminue pas. Deuxième probabilité : l’essoufflement des nouvelles technologies comme les pots catalytiques, qui ont été généralisés sur les véhicules à essence dans les années 2000. Si bien que les plus fortes retombées positives sur l’air que nous respirons ont en fait eu davantage lieu entre 2002 et 2007 qu’entre 2007 et 2012. Aujourd’hui, c’est à la marge qu’on note les améliorations. Sans oublier enfin, les fameux rejets de NO2 par les FAP… Sachant qu’en plus, les normes Euro ne réglementent pas les émissions de NO2 mais les émissions de NO dans leur ensemble.
    Quant aux gaz à effet de serre, l’amélioration est peu marquée : en dix ans, le CO2 a baissé de 13 %, en majeure partie grâce aux aménagements de voirie (- 10 %, voir tableau p. 32), et un peu suite à la modernisation des véhicules (- 5 %). « Quant à l’effet de la diésélisation, il est relativement faible (- 2 %), ce qui est surprenant », explique Airparif dans sa note de synthèse. C’est en effet théoriquement le gros avantage du gazole – qui consomme moins que l’essence et émet moins de C02 – d’ailleurs systématiquement mis en avant et qui justifie même l’attribution d’un bonus. « Mais l’augmentation du poids des véhicules avec la climatisation a vraisemblablement dû contrebalancer cet effet positif », suppute l’Ademe. Une conclusion à laquelle arrivent aussi les ingénieurs du service de l’Air et des Transports de l’Ademe.   
    Enfin, encore faut-il relativiser toutes les évolutions car avec 7 % du total des déplacements intra-muros réalisés en voiture selon la dernière Enquête globale transport (2010-2011), et 1,6 million en moyenne quotidienne (500 000 intra-muros, 1,1 million de trajets de et vers le reste de la région), la baisse de 35 % par rapport à 2001 est significative. Mais dans l’intervalle, les déplacements en deux-roues motorisés ont augmenté de 25 % dans Paris et de 34 % en Ile-de-France ! Par ailleurs, la contrainte organisée dans la capitale a aussi abaissé la vitesse moyenne de 19 à 17 km/h et engendré des reports de trafic sur les axes secondaires, autant de faits influençant la pollution atmosphérique. Résultat, Paris est en contentieux avec la Commission européenne et risque une grosse amende pour les dépassements des seuils de PM10 et de NOx. Et la même chose lui pend au nez pour le N02 « dont les niveaux sont encore plus préoccupants », assure l’ingénieur d’Airparif. C. N.

     

    Qualité de l’air. L’automobiliste principale victime de sa pollution


     

    L’équation est simple : plus on est proche du trafic automobile, plus on est pollué. Enfermés dans une voiture, le conducteur et ses occupants s’en prennent donc plein le nez. Les utilisateurs des transports publics sont un peu mieux lotis. Mais ce sont les piétons et les cyclistes qui s’en sortent le mieux, les piétons parce qu’ils sont en retrait, les cyclistes parce qu’ils pédalent vite. 

     

    Où est-on le plus pollué quand on se déplace ? Depuis quelques années, plusieurs organismes de recherche ou de surveillance de l’air se penchent attentivement sur la question. Entre mai 2008 et mars 2009, l’Oramip (Observatoire régional de l’air en Midi-Pyrénées) a ainsi réalisé une étude sur l’agglomération toulousaine pour évaluer l’exposition à la pollution en fonction du mode de déplacement (voiture, bus, métro, marche et vélo), en retenant les principaux polluants dus aux transports : dioxyde d’azote (NO2), monoxyde de carbone (CO), particules en suspension de taille inférieure à 10 microns (PM10), certains aldéhydes et les BTEX (Benzène, Toluène, Ethylbenzène et Xylènes). 
    Résultat, c’est l’automobiliste, enfermé dans un espace confiné et à proximité immédiate des gaz d’échappement de ses voisins, qui respire l’air le plus vicié. Viennent ensuite, dans l’ordre, le passager du bus, le cycliste, l’utilisateur du métro et enfin le piéton. Explication : plus on est proche de la circulation automobile, plus on en prend plein le nez. « Les concentrations mesurées en dioxyde d’azote dans les habitacles des voitures sont supérieures à celles observées par les sites de mesure de l’Oramip installés à proximité d’axes routiers », souligne l’Observatoire régional. Qui ajoute : « Contrairement à ce que l’on peut penser, l’exposition à la pollution des cyclistes est en moyenne sur un trajet bien inférieure à celle des automobilistes (et occupants du véhicule) »
    En voiture, la pollution au dioxyde d’azote est maximale lors des trajets traversant le centre-ville et ceux effectués via la rocade périphérique toulousaine. Avec parfois des valeurs dépassant les normes limites, ce qui est donc jugé dangereux pour la santé. C’est aussi en voiture que l’on est le plus exposé au monoxyde de carbone. Mais l’exposition à ce polluant est ponctuelle : elle se produit surtout lors des arrêts à des carrefours ou dans des embouteillages. Enfin, c’est toujours en voiture que l’on inhale les concentrations les plus élevées en benzène, dont les teneurs varient en fonction des trajets et de la densité du trafic.
    Bref, l’automobiliste est non seulement l’un des principaux pollueurs, mais aussi, revers de la médaille, la principale victime de sa pollution. « Les automobilistes sont soumis à une pollution particulièrement élevée presque exclusivement composée des fumées d’échappement des véhicules les plus proches », résume l’association Aspa qui évalue la qualité de l’air en Alsace. « Les habitacles des voitures que l’on pensait être des coquilles de protection sont en fait des lieux où se concentrent les polluants, notamment quand on se trouve dans un embouteillage ou dans un tunnel. C’est une zone d’accumulation dans laquelle la décroissance est lente », souligne de son côté Marc Durif, spécialiste de l’air à l’Ineris (Institut national des risques), qui a développé un outil, dans le cadre du projet baptisé Inter’Modal, pour mesurer les concentrations moyennes de polluants lors de déplacements. 
    Le bus est le deuxième mode de transport le plus exposé au benzène ainsi qu’au dioxyde d’azote. « Ceci peut s’expliquer par l’apport permanent d’air extérieur (ouverture des portes…) qui se concentre au sein de l’habitacle du bus », explique l’Oramip. D’où l’intérêt des couloirs de bus qui permettent de rouler plus vite et d’échapper aux embouteillages et à leurs nuisances. 
    Dans le métro toulousain, bien qu’en situation confinée mais plus éloignée des sources d’émission d’oxyde d’azote, les concentrations en polluants sont « relativement basses, excepté pour les particules en suspension, pour lesquelles les concentrations sont bien supérieures à celles observées dans l’air ambiant à l’extérieur », soulignent encore les auteurs de l’étude. Une situation qui s’explique par le frottement des métros à pneus sur les voies (voir aussi les mesures de la RATP, page 37-39). 
    A trajet équivalent, les cyclistes ou les piétons sont bien moins exposés. Mais si le piéton est le moins exposé des usagers de la voirie, il faut pondérer les résultats pour les cyclistes qui se déplacent plus vite, donc vont s’échapper plus rapidement des zones les plus polluées. « Dès qu’on s’éloigne de quelques mètres, les concentrations peuvent diminuer de façon très importante », précise Marc Durif. Les pistes cyclables permettent aussi de se dégager de la circulation. Second facteur important : la façon dont on inhale les polluants. « Lorsqu’on se déplace en vélo, le taux de ventilation est trois fois plus important que lors d’un déplacement en transport collectif. Ce qui compte c’est la quantité de polluants qui entre dans l’organisme », poursuit Marc Durif. « Mais il fait aussi prendre en compte les bénéfices pour l’organisme du mode de déplacement : le bénéfice est plus grand quand on se déplace en vélo plutôt qu’en voiture puisqu’on améliore sa forme physique », ajoute-t-il. « Quand on est en vélo, on peut certes traverser des zones avec des concentrations élevées, mais elles peuvent baisser très rapidement car la circulation des vélos est rapide ». 
    Reste encore à déterminer plus précisément les effets de ce cocktail de polluants sur la santé. En attendant, un conseil aux piétons : restez en retrait sur les trottoirs, à plus forte raison si vous avez un enfant dans une poussette qui le place tout juste au niveau des pots d’échappement.
    Marie-Hélène POINGT
     

     

     

    Qualité de l’air. La voiture propre à la rescousse ?


    Les constructeurs automobiles assurent que la voiture de demain ne polluera plus. Une affirmation qui laisse dubitatif certains experts plus enclins à prôner le développement de nouvelles formes de mobilité. 

    La voiture propre, la mobilité propre, c’est possible ? La question divise toujours autant. A en croire les constructeurs automobiles, la réponse est oui : demain la voiture ne polluera plus ! Ce n’est peut-être pas aussi simple… Gilles Aymoz, chef du service évaluation de la qualité de l’air à l’Ademe préfère insister sur la nécessité d’aller au-delà des seuls bénéfices des nouvelles motorisations et technologies de dépollution : « de nouvelles réductions d’émissions à l’échappement seront de plus en plus difficiles à atteindre, explique-t-il. Et les particules organiques secondaires encore mal quantifiées incitent à la plus grande prudence. Il faut aussi favoriser les mobilités collectives, actives, multimodales. »
    Un fait avéré en revanche : « Notre vie en matière de mobilité est complètement en train de changer », a rappelé Jean-Paul Huchon, le président du conseil régional d’Ile-de-France lors des Assises du PDUIF, le 3 juillet. Ne serait-ce que parce que le véhicule individuel est appelé à une utilisation collective croissante. Mais aussi parce sa motorisation sera de plus en plus hybride ou électrique. « Le modèle automobile est face à une mutation qui peut s’apparenter à celle du passage de la machine à écrire à l’ordinateur », analyse de son côté le député de Paris, Denis Baupin (EELV), coauteur, avec la sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller (UMP), du rapport sur « Les nouvelles mobilités sereines et durables : concevoir des véhicules écologiques », remis en janvier dernier au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Un rapport que Ségolène Royal assure vouloir exploiter dans la loi sur la transition énergétique.
    Au-delà des voitures électriques et hybrides, dont les ventes ont bondi en 2013 mais n’ont représenté que 3 % des 1,79 million de voitures neuves vendues, les véhicules « écologiques » incluent les modèles « plus petits, utilisant des carburants renouvelables, avec une moindre consommation et une moindre occupation de l’espace », synthétise Denis Baupin. Fabienne Keller mettant en exergue l’aberration qu’il y a à utiliser un objet d’1,5 tonne « comme un gros 4X4 pour déplacer une personne de 50 kg ! », le député Vert appelle quant à lui de ses vœux des véhicules modulaires formant « un continuum entre les 2, 3 et 4 roues ». Autre piste à laquelle travaillent les deux constructeurs français, Renault et PSA pour 2020 : la voiture ne consommant que deux litres aux 100 km. 
    En matière de motorisation, les deux parlementaires n’ont pas souhaité privilégier une piste plutôt qu’une autre, étant donné « que les technologies ne sont pas fixées ». Rappelons aussi que les pouvoirs publics ont régulièrement assuré vouloir s’attaquer à la définition du véhicule « propre » sans jamais toutefois y parvenir. La ministre de l’Ecologie a d’ailleurs encore précisé mi-mai qu’elle souhaitait « réfléchir à une définition juridique du véhicule écologique, selon des critères de gabarit, de motorisation, de niveau de consommation ». Bref, électricité, hydrogène, air comprimé, gaz, agrocarburant, « aucune de ces techniques ne s’impose comme “la” solution d’avenir », assure Denis Baupin. Critère important : l’origine renouvelable, comme c’est le cas du bio-méthane ou des biocarburants de deuxième ou troisième génération.
    Mais les enjeux dépassent définitivement les seules technologies et les seuls véhicules, qui doivent s’inscrire dans la perspective des évolutions sociétales, des NTIC (Internet et smartphones, électronique embarquée, voiture connectée, sans conducteur…) et des nouvelles tendances de mobilité, telles que l’essor de l’autopartage et du covoiturage. Autant de nouvelles pratiques qui ne concernent qu’une partie de la population et dont il faut soutenir la diffusion. « Grâce à l’open data, on s’attend à la multiplication de plateformes d’écomobilité, qui trouveraient naturellement leur place dans des gares hub de mobilité », poursuit Fabienne Keller. Le tout avec une question clé : « qui sera demain l’agrégateur de mobilité ? Monsieur RATP, Monsieur Renault, Monsieur Google ? », interroge Denis Baupin.
    Et pour ceux qui seraient toujours en voiture, il serait bon qu’ils soient au moins deux dans l’habitacle. De plus, comme le résume l’élu EELV, « il faut porter un imaginaire en matière d’évolution des véhicules qui permette que les valeurs de puissance et de vitesse soient remplacées par la valeur de la convivialité et de la sérénité dans le déplacement ». Et pour ça, la balle est dans le camp des constructeurs. C. N.

     

     

     

    Qualité de l’air. Le métro pas épargné par la pollution


    Lors des différents pics de pollution, les pouvoirs publics avaient incité les Franciliens à prendre les transports en commun. Mais les utilisateurs du métro n’échappent pas à toute pollution : ils risquent d’inhaler les particules fines dues au système de freinage des rames.

    L’air intérieur du métro est vicié par les polluants provenant de l’extérieur, mais aussi par la pollution générée par la circulation des trains. Parmi les polluants extérieurs, on compte notamment le dioxyde de soufre ou les hydrocarbures. Sophie Mazoué, chargée de la qualité de l’air dans les transports à la RATP, explique qu’ils ne sont pas constamment mesurés « soit parce qu’il y en a très peu dans nos enceintes, voire pas du tout, soit parce qu’il n’y a pas de source interne et des concentrations très faibles et donc peu de raison de les suivre en continu, alors qu’un suivi ponctuel est suffisant pour surveiller les niveaux ». Mais l’air intérieur est constitué également de polluant émis par les activités de la RATP. Il s’agit notamment de particules fines.
    En termes de qualité de l’air intérieur, l’Union européenne n’a pas fixé de seuil limite, mais une valeur cible de 25 microgrammes de PM10 par mètre cube à respecter avant le 1er janvier 2015. « La RATP a vraiment accentué ses efforts sur la surveillance de ces particules. Les mesures montrent que les niveaux de particules sont supérieurs à ceux de l’environnement extérieur avec une composition différente. On a des particules qui proviennent de phénomènes d’usure et donc, forcément, les particules sont plus grosses, pénétrant moins profondément dans les voies respiratoires que dans l’environnement extérieur, où ce sont des phénomènes de combustion qui produisent les particules très fines », explique-t-elle.
    Selon une étude d’Airparif menée en 2011 sur le quai du RER Magenta, les particules fines sont composées à 87 % de carbone élémentaire, qui pénètrent dans les organes. Plus leur taille est petite, plus elles interagissent avec l’organisme. Le contact entre le train et les rails génère des frictions d’où sont issues les particules. Plus le train est chargé, pire seront les émissions. Toutefois, pour Sophie Mazoué, il n’y a pas de raison de s’inquiéter de leur effet sur la santé. La RATP a mené plusieurs études pour vérifier l’impact sanitaire des particules sur ses agents. Une étude de toxicité a été engagée avec le professeur Aubier à l’hôpital Bichat sur les salariés passant 8 heures dans les souterrains. Les résultats, publiés en 2007, n’ont montré « ni de prévalence supérieure de symptôme respiratoire et cardiovasculaire pour l’étude épidémiologique ni de surmortalité pour l’étude de mortalité », assure-t-elle. « Les usagers qui passent, peut-être une heure le matin, une heure le soir, ont une exposition réduite par rapport au personnel de l’entreprise. »
    De plus, les particules PM10 sont mesurées quotidiennement par le réseau Squales (Surveillance de la qualité de l’air et de l’environnement) de la RATP, implanté dans trois stations : Châtelet, Franklin-Roosevelt et Auber. Les PM2,5 à l’inverse ne rentrent pas dans les mesures quotidiennes du réseau. Et depuis 2008, la RATP publie les résultats de ses mesures sur son site Internet. Sophie Mazoué explique à propos des relevés qu’ « on a des valeurs quel que soit le paramètre, qui sont plus élevées en période d’exploitation. La nuit vous allez retrouver des seuils vraiment bas puisque les sources de pollution (air extérieur, exploitation, voyageurs) sont moins importantes. » A titre d’exemple, sur la ligne 4 à Châtelet, le 10 juin 2014 entre 11 et 12 heures, on comptait 216 microgrammes de PM10 par mètre cube d’air. Au même endroit, entre 5 et 6 heures du matin, on n’en comptait plus que 19 microgrammes. Cependant, la RATP relativise : selon Sophie Mazoué, qui cite une étude de l’UITP, les réseaux de Buenos Aires et de Londres seraient bien plus pollués que le métro parisien.
    Pas une raison pour ne rien faire : plusieurs actions sont envisagées pour lutter contre les émissions de particules fines. Par exemple, le freinage électrique qui permet de « réduire le freinage mécanique, donc les frictions et par conséquent les particules », poursuit la responsable de la qualité de l’air à la RATP. En combinant plusieurs actions, les baisses seront significatives. Ainsi, sur la ligne 1 où l’ajout de ventilateurs a permis, selon la régie, de « réduire de 65 % le taux de particules ». Depuis 2004, l’exploitant a amorcé un programme de création et de renforcement de la ventilation, qui doit s’achever en 2016. Entre-temps, les résultats de l’étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, sur les conséquences sanitaires de l’exposition des agents à cette pollution souterraine, apporteront peut-être d’autres questions. Ils doivent être publiés en fin d’année. 
    Chloé NIEUWJAER
     
    Les agents en première ligne
    Travaillant au quotidien au contact des particules, les agents du métro sont les premiers concernés. « On ne ressent pas cette pollution au quotidien. Est-ce que ça a un impact tout de suite sur la santé ? On ne le pense pas. Mais des effets à long terme, on le craint de plus en plus, expose Sylvain Eslan, délégué syndical central adjoint de la CFDT. La santé c’est une préoccupation majeure. On voudrait qu’elle soit au premier plan pour la RATP. » Si le syndicaliste salue le système Squales mis en place par l’opérateur, il en souligne les limites : on assiste à « une banalisation des relevés » sans aboutir à de véritables actions. De plus, « sur des lignes comme le RER A, on a de l’ancien matériel et du nouveau et pas de tableau comparatif sur les systèmes de freinage notamment. Le CHSCT a donc lancé une étude sur le sujet. » 
    Cette banalisation des relevés est d’autant plus critiquable qu’elle semble exonérer la RATP d’une communication efficace auprès de ses salariés : « elle communique sur son site mais pas directement auprès de ses salariés », poursuit Sylvain Eslan. Il prend l’exemple du freinage électrique censé atténuer les émissions de particules fines. « Cette action est intéressante en termes de développement durable. Le but est d’économiser de l’énergie. Mais sur les émissions de particules, on n’a aucun moyen de savoir aujourd’hui si c’est fiable ou pas. » Un manque de transparence qui l’amène à craindre « qu’il n’y ait pas eu d’évolution significative des émissions de particules fines ». Il demande un suivi régulier des effets de « toutes les actions menées pour lutter contre l’empoussièrement ».
    Il appelle également les pouvoirs publics à se saisir de la question en se penchant sur la différence entre « les mesures environnementales qui fixent un seuil pour les particules à 50 μg/m3 en moyenne journalière, et le seuil professionnel issu du code du travail à 5000 μg/m3 sur huit heures. On a l’impression que les salariés qui travaillent huit heures sont totalement oubliés ». Ch. N.
  • Le tourisme ferroviaire en quête de modèle

    Le tourisme ferroviaire en quête de modèle

    Ce n'est pas si simple, quand on sait que nombre de ces réseaux se situent au milieu de nulle part. L’invitation au voyage, ou du moins au dépaysement, n’est pas toujours accessible. D’ailleurs, que va-t-on voir quand on les visite ? Le train lui-même, le paysage qu’il traverse ? Les deux ? Le ministère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme a commandé un rapport sur le sujet, qui a l’air de connaître le sort des rapports : le tiroir. On n’a pas encore trouvé le moyen de bien faire fonctionner le couple tourisme régional – chemin de fer touristique. Qui plus est, nés d’associations d’amateurs bénévoles, les chemins de fer touristiques rentrent parfois difficilement dans le carcan d’une exploitation professionnelle.
    Mais il ne faudrait pas considérer que ces trains relèvent tous du monde associatif. En fait, même s’ils n’ont pas de statut à part et rentrent dans la tarification commune, des trains exploités par la SNCF sont rangés dans les catégories des trains touristiques : le Train jaune de Cerdagne, le Blanc-Argent de Sologne, le Saint-Gervais – Vallorcine dans la vallée de Chamonix… La SNCF, qui avait une direction des trains touristiques, l’a supprimée. Ce qui ne veut pas dire qu’elle se désintéresse du sujet. La possession de trains prestigieux, la desserte via des lignes périlleuses de contrées éloignées, tout cela ne rapporte peut-être pas beaucoup d’argent, mais contribue au prestige. Et s’inscrit dans une politique du patrimoine. Façon d’assurer la légitimité de l’opérateur historique, et d’ancrer dans les esprits une équivalence : train = SNCF, qui peut se révéler décisive, et avoir des effets sur les activités générales du groupe, et conforter son influence dans la société. 
    Cette politique, elle se traduit notamment par l’attention que prête la SNCF à la Cité du Train de Mulhouse, dont la gestion a été reprise en 2004 par Culturespaces. Ou par une grande exposition à l’Institut du monde arabe, où est célébrée la gloire de l’Orient-Express. La marque, reprise par la SNCF, devrait d’ici cinq ans au mieux être apposée sur un train de luxe contemporain. Les Japonais ont pris un peu d’avance en la matière. Ils proposent un train croisière sur l’île de Kyushu. Et annoncent pour 2017 un cruise train futuriste. Plus près de nous, la Renfe a une politique patrimoniale forte, qui se manifeste par l’exploitation de plusieurs trains croisières ; le plus célèbre d’entre eux, Al Andalus, entame un nouveau parcours en Estrémadure. Nous étions à bord. Une occasion de se pencher sur les trains croisières au-delà des Pyrénées. 
     
     
     

    Trains touristiques. De véritables clés pour le développement rural

     

    Les trains touristiques ont beau drainer chaque année près de 4 millions de visiteurs, ils n’ont pas une bien grande notoriété. Un rapport du Conseil national du tourisme pointe les atouts d’un secteur qui, selon ses auteurs, « pourrait devenir le moteur du “risorgimento” touristique de nombreuses régions ».

    La publication fin 2013 du rapport « Le devenir des chemins de fer touristiques » est-elle un signe avant coureur de bon augure ? Pour les quelque cent réseaux français actuels, elle est en tout cas une bonne nouvelle. Pour la première fois, le ministère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme manifeste de manière claire son intérêt pour ce secteur méconnu. En demandant au Conseil national du tourisme de mener une étude approfondie sur « les petits trains », il reconnaît ce secteur comme une filière touristique à part entière. Le rapport récemment paru, illustré de nombreux graphiques et tableaux, décrit les aspects historiques, sociologiques, économiques et statistiques. Malheureusement, pour l’instant, le ministère du Tourisme n’a pas donné suite à ce rapport qu’il a commandé, ni aux recommandations des rapporteurs… Ceux-ci préconisent, par exemple, la rédaction d’un guide pédagogique à l’intention des élus et décideurs locaux, l’extension du cadre des opérateurs ferroviaires de proximité aux exploitants de chemin de fer touristiques, l’éligibilité des chemins de fer touristiques à une aide spécifique de l’Agence de financements des infrastructures de transport en France…
    Force est de constater que le tourisme ferroviaire est globalement méconnu. « Il draine pourtant chaque année quelque 3,7 millions de voyageurs en France, constate Michel Gasc, le rapporteur de cette étude, autant que le château de Versailles, lui-même l’un des monuments les plus visités de France ».
    Alors pourquoi une telle confidentialité ? Et comment les en faire sortir ? L’origine de ces petits réseaux est un peu le fait du hasard. Ils sont nés dans les années soixante-dix, à l’époque de la fin de la vapeur et de la fermeture de nombreuses lignes. Dans les régions les plus diverses – du centre de la France à Pithiviers à la région Rhône-Alpes, dans les Cévennes – des passionnés se sont mobilisés pour sauver lignes et engins. Leur objectif était d’abord de faire rouler ces vieilles machines à vapeur pour « l’amour de l’art », de se retrouver entre admirateurs inconditionnels de ces locos puissantes au charme unique. Cela pouvait sembler suffisant au départ. Mais très vite, l’affaire s’est révélée coûteuse. Pour durer, il a fallu attirer un public plus large, moins spécialiste mais plus nombreux. Il a fallu maîtriser des démarches commerciales et se soucier de gestion. Certaines de ces associations n’ont pas résisté mais d’autres ont surmonté la difficulté et sont devenus de véritables PME bien structurées qui s’appuient cependant, la plupart du temps, sur des équipes de bénévoles.
    Ces réseaux, extrêmement dispersés en France, sont souvent aussi très isolés, en rase campagne à l’écart des grands circuits touristiques. Ce qui fait leur charme mais aussi leur mise à l’écart. Les plus favorisés sont au contact d’une gare SNCF dans laquelle ils peuvent espérer établir des correspondances horaires. Quelle que soit leur situation, ils ont besoin d’une forte publicité qui leur a fait longtemps défaut. 
    Dispersés géographiquement, ces réseaux sont aussi très différents les uns des autres. Il y a les puissants, qui disposent de prestigieuses machines à vapeur classées monuments historiques, roulant sur des voies à écartement normal, parfois des lignes de fret, et s’arrêtant dans d’anciennes gares SNCF. Il y a ceux qui exploitent du matériel plus moderne, des autorails Picasso ou des RTG. Et puis, tous ceux qui roulent sur les voies étroites, parfois avec des machines à vapeur et, le plus souvent, de petits locotracteurs comme le train d’Artouste qui serpente, sur l’ancienne ligne qui a servi à la construction du barrage d’Artouste, le long des précipices pyrénéens. La structure la plus modeste est celle des vélorails qui permettent de sauvegarder des lignes. Ces derniers ont plus de mal à être pris au sérieux alors qu’à leur façon ils sont une forme de tourisme vert.
    Et pourtant, faire rouler des trains, quelle que soit la taille du réseau, est un travail lourd de responsabilités, notamment en matière de sécurité. D’où les nombreuses réglementations qui concernent la voie, l’exploitation et la sécurité relevant selon les cas, de la SNCF, de RFF ou du STRMTG, le Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés du ministère de l’Ecologie. Là encore, la plupart, appuyés par l’Union des exploitants de trains touristiques, ont réussi à maîtriser ces multiples contraintes. Sauf lorsque certaines exigences sont trop coûteuses. Ainsi, les voies qui accueillent des trains roulant à 40 km/h doivent-elles être entretenues avec les mêmes exigences et au même prix que celles sur lesquelles on roule à 180 km/h ? Certains trains touristiques, comme Quercyrail, ont dû mettre la clé sous la porte, faute de pouvoir trouver un financement pour l’entretien de leurs voies.
    Malgré ces difficultés, la plupart se sont ancrés dans leurs terroirs respectifs et ont démontré leur intérêt économique. Certains, comme le Chemin de fer de la baie de Somme, se découvrent un rôle nouveau : ils invitent les voyageurs à laisser leur voiture au parking de Noyelles et à désengorger ainsi la petite cité de Saint-Valéry-sur-Somme complètement saturée. Ou le Train du pays cathare et du Fenouillèdes, opérateur ferroviaire de proximité, qui fait découvrir au public le charme du pays catalan mais assure aussi du transport de fret.
    Jean-Michel Gasc en est convaincu : « l’existence d’un train touristique dans une région n’est pas la panacée. Mais elle peut être source de développement économique, de création d’emplois directs ou indirects pour leur canton ou leur région. » Encore faut-il que ceux qui pourraient les soutenir en soient conscients, les conseils régionaux, généraux, les communes et leurs partenaires naturels que sont la SNCF, RFF, les offices de tourisme. Leur manque de concertation a parfois été une cause de faillite de ces réseaux.
    « Les pouvoirs publics, remarque Stéphane Austi, président du groupe de travail, en s’intéressant à ce secteur, ont sans doute conscience du vecteur de développement régional de premier ordre que peuvent représenter ces chemins de fer touristiques, capables de mêler les concepts de voyage, de fête, d’histoire, de culture et de dynamiser, dans leur sillage, les activités périphériques, telles que la restauration, les produits des terroirs, l’hôtellerie… Les CFT sont aujourd’hui un secteur en friche mais somme toute peu coûteux pour l’Etat… La seule chose dont ce secteur ait réellement besoin pour sortir de sa friche économique, est une nouvelle régulation. Doté d’un cadre réglementaire clair, fédéré et organisé commercialement, ce secteur pourrait devenir le moteur du renouveau touristique de nombreuses régions. »
    Christine CARTIER
     
     
    Pour en savoir plus
    « Le Devenir des chemins de fer touristiques » Conseil national du tourisme. 78 pages. Diffusé par l’Unecto.Tél. : 01 40 38 41 39, www.unecto.fr
     

     

    France. Il y a « touristique » et « touristique »

    Plus de 3,7 millions d’entrées payantes par an. A première vue, les chemins de fer touristiques français sont une affaire qui roule ! Mais à y regarder de plus près, ce résultat cache de fortes disparités de statuts… et de fréquentation, comme le montre le rapport du Conseil national du Tourisme (CNT).
    Passons tout de suite sur le cas des trains-croisières, qui se réduisent en France au passage du Venice-Simplon-Orient-Express et à quelques circulations exceptionnelles de trains associatifs ou privés.
    Les quelque 95 chemins de fer touristiques de l’Hexagone sont exploités sous quatre formes bien distinctes : associations (66 réseaux), SNCF dans le cadre de conventions TER (12 lignes), collectivités locales en direct (cinq cas seulement) et sociétés commerciales privées (12 sites). Ces différents statuts correspondent généralement à différents types de trains. Pour la plupart des réseaux associatifs, c’est le train en soi, voire la combinaison de ce dernier à un site touristique, qui fait venir les visiteurs. Alors que dans les TER « touristiques », qui sont avant tout un service public, l’intérêt du site desservi l’emporte largement sur celui des autorails des années 1980… Pour d’autres encore, en particulier les trains de montagne (La Rhune, Artouste, Panoramique des Dômes, TMB, Montenvers), respectivement exploités par des gestionnaires de stations de ski publics (EPSA en remplacement de CFTA) ou privés (Altiservice GDF Suez, CFTA, Compagnie du Mont-Blanc pour les deux derniers), c’est le site qui remplit les trains, ces derniers étant d’ailleurs commercialisés à la façon des remonte-pentes, jusqu’au ticket porté en pendentif ! Et ce indépendamment du charme des trains à crémaillère de conception suisse…
    Tout ceci pour dire que sur les cinq « touristiques » dépassant les 200 000 visiteurs par an dans le rapport du CNT, soit un premier tiers de la fréquentation à l’échelle nationale, on ne trouve pas un seul réseau associatif. Sur ce « top 5 », deux sont des trains de montagne à vocation commerciale (La Rhune, Montenvers), un est un service public hors SNCF (Chemins de fer de Provence, repris à CFTA par une régie depuis le rapport) et deux sont des TER ou assimilés (Train jaune et Chemin de fer Corse, repris à la SNCF par une SEM). Et sur les huit réseaux vendant 70 000 et 200 000 entrées par an, soit le deuxième tiers, un seul est associatif (Baie de Somme). En revanche, dans le dernier tiers, les associatifs sont en écrasante majorité (65 sur 82), 21 de ces réseaux faisant moins de 15 000 entrées par an. Comme quoi le train touristique n’est qu’un moyen, et non une fin, pour la grande majorité des 3,7 millions de visiteurs annuels recensés en France.
    P. L.

     
     
     

    Tourisme ferroviaire. L’Orient-Express se conjugue au futur


    Après avoir repris la marque Orient-Express, la SNCF a créé une filiale portant le nom du train mythique. Symbole d’exotisme, mais aussi symbole de luxe, ce train pourrait ressusciter sous une nouvelle forme d’ici cinq ans.

    Ce train-là sera-t-il une sorte d’Ovni ferroviaire ? Une rame ultra-design toute de verre et d’acier par exemple, ou de bois et de matériaux durables et bourrée d’innovations high-tech ? Peut-être, mais version slow. Et qui embarquera de nouveau vers l’Orient, dans sa lente traversée des paysages, des voyageurs privilégiés. S’offrant le confort suprême d’une véritable croisière sur rails. 
    Quand on évoque l’Orient-Express, les images de luxe affluent. SNCF l’a bien compris. Et aussi que le luxe aujourd’hui se porte et se transporte bien. Si elle a renouvelé pour les 75 prochaines années la licence permettant à Belmond d’exploiter à son profit à travers l’Europe le Venise Simplon avec sa collection de voitures d’époque restaurées, elle a repris en février dernier celle qui consentait au groupe américain l’utilisation de la marque Orient-Express pour ses hôtels. Et elle a créé une filiale qui porte son nom. Que préside Patrick Ropert, le directeur de la Communication SNCF. Et que dirige Frank Bernard, chargé de la valoriser à travers licences et produits dérivés. Avec un objectif central pour cette filiale pas comme les autres : réinventer ce train unique au monde lancé en 1883 pour relier l’Orient à l’Occident. 
    Il est trop tôt pour dire à quoi pourrait ressembler le futur Orient-Express. Mais on peut déjà rêver. Pour Frank Bernard, il s’agira véritablement « de repenser la notion même de train de luxe. Ni Corail de très grande classe, ni super TGV lent et très haut de gamme. » Ce doit être un train du XXIe siècle « en rupture avec tout ce qu’on connaît. Comme le fut l’apparition de l’Orient-Express », assure-t-il. Car – on l’a oublié tant la nostalgie a patiné sa légende dorée – l’Orient-Express réunissait en son temps, à bord de ses voitures, côté esthétique, des créations de maîtres contemporains comme le décorateur René Prou ou le cristallier Lalique et, côté technique, le must des équipements modernes de confort du matériel roulant. « Mais ce doit être à la fois un train contemporain et intemporel. Où, pendant le parcours, le temps serait comme suspendu », commente un Frank Bernard que le projet rend lyrique. 
    Plus concrètement, explique-t-il, « valoriser cette marque qui jouit d’une réputation internationale prestigieuse – connue même en Asie où il n’a jamais roulé – cela passe par toute une série d’activités, de services, de prestations. » Et si le train en est le vecteur, explique-t-il, c’est qu’immortalisé par la littérature, le cinéma et ses célèbres passagers de la jet-set de l’époque, le train de Kessel, d’Agatha Christie, d’Hitchcock… véhicule toujours « dans l’imaginaire la notion d’art de vivre à la française ».
    De quoi séduire des partenaires invités à se joindre à l’aventure. Rien que du beau linge. Ont déjà embarqué le malletier Moynat, propriété de LVMH, qui annonce une gamme de maroquinerie, Guerlain, Nespresso, les thés français Dammann frères… Et le restaurateur Yannick Alleno, trois étoiles au Michelin, que l’idée passionne d’imaginer une nouvelle gastronomie ferroviaire. Parce que les plaisirs de la table française, d’ailleurs classés au Patrimoine immatériel de l’Unesco, restent associés au mythe de l’Orient-Express.
    « Et, parce que l’univers qui s’attache à ce train est celui du voyage d’exception mais aussi de la nuit, poursuit Frank Bernard, nous ont rejoint aussi la literie haut de gamme Cauval (Simmons, Treca, Dunlopillo). Et nous sélectionnons un nouveau partenaire hôtelier pour reprendre l’exploitation de la marque dans ses établissements de luxe ». A son époque, l’homme d’affaires belge Georges Nagelmackers, inventeur du palace ferroviaire, n’exploitait-il pas déjà des hôtels prestigieux aux extrémités du parcours de ses sleepings ? « Nous sommes en discussion avec plusieurs candidats », assure Frank Bernard. 
    Autant de partenaires auxquels la filiale Orient-Express envisage d’ouvrir son capital. Sachant que pour mettre ce nouveau train sur les rails « il faut compter au plus bas mot un investissement de 20 millions d’euros », compte-t-il. 
    Evidemment des designers sont partants pour plancher sur un projet aussi exceptionnel. Début avril, à la Semaine internationale du design à Milan, un premier concept train a été présenté. Une simple esquisse pour l’instant et un nouveau logo, or et bleu nuit, les couleurs mythiques évoquant l’ancienne Compagnie de wagons-lits, dessiné par l’agence Saguez et Partners qui a aussi conçu quelques éléments d’aménagement intérieur… 
    Ailleurs dans le monde, plusieurs trains de luxe exploitent la nostalgie d’une clientèle restreinte en proposant des circuits à bord de rames historiques modernisées. En Ecosse, en Inde, en Espagne, en Thaïlande ou en Afrique du Sud… Mais le Japon, lui, a développé un train de luxe véritablement créé de toutes pièces. Le Seven Stars des Japanese Railways régionaux de Kyushu, avec ses baies-écrans immenses pour assister au défilé du paysage, propose des suites à bord pour 14 couples seulement, dining car raffiné et lounge-car pouvant accueillir concerts et animations artistiques… Un train qui joue à la fois la carte de la modernité et de l’ancestral Japon impérial. Mais les JR East annoncent aussi, pour le printemps 2017, un cruise train inédit ne pouvant accueillir que 34 passagers. Le design – une rame futuriste – sera l’œuvre de Ken Okuyama, célèbre designer automobile pour Ferrari notamment. Avec un aménagement intérieur et un mobilier élégant entièrement contemporains créés tout exprès dont on peut déjà découvrir les premiers croquis. « Le Japon a une démarche très proche de la nôtre », constate Frank Bernard. Mais qui ne capitalise pas sur un label comme celui que l’Orient-Express confère d’emblée à tout produit choisi et à un nouveau train portant son nom. 
    Le Seven Stars nippon met doucement trois jours pour faire, en cabotant de ville en ville, un tour confort sept étoiles de l’île de Kyushu. Car une chose est sûre : aujourd’hui le « slow » s’est imposé comme l’un des nouveaux synonymes des notions de classe et de chic. Tout comme revient à nos palais lassés de nourritures rapides, le goût des cuissons lentes en cuisine. La filiale Orient-Express va d’ailleurs prendre son temps pour mijoter son beau projet. « On s’est donné cinq ans pour mettre ce train sur les rails » précise Frank Bernard. Le temps, préalable indispensable, de réunir le plus grand nombre de partenaires susceptibles de l’aider à résoudre une équation économique qui, si elle ne vise pas le bénéfice, devra forcément en ces temps difficiles être à l’équilibre.
    Chantal BLANDIN 
     

     

    Tourisme ferroviaire. Le train des Merveilles à nouveau dans le circuit

    Reliant Nice à son arrière-pays, le train des Merveilles revient de loin. Ce TER qui sillonne les Alpes-Maritimes par un parcours des plus spectaculaires a été coupé l’hiver dernier par des chutes de pierres. Il est maintenant de retour et pourrait bientôt gagner l’Italie.

     

    C’était le 30 janvier dernier. Du haut de la mal nommée falaise de Bon-Voyage, à la suite d’une période de sévères intempéries, des blocs de pierre de plusieurs tonnes s’effondraient à proximité de la voie entre la gare de Nice-Saint-Roch et Drap-Cantaron. Le risque d’autres chutes justifiait l’interdiction de toute circulation sur cette section de la ligne de Tende. Un préjudice d’abord pour les usagers habituels de la vallée de la Roya (abonnés, scolaires, étudiants…). Mais cette liaison TER constitue aussi pour les amateurs l’un des plus beaux circuits d’Europe. La construction de la ligne qu’emprunte le train des Merveilles, créé en septembre 2002 par la région Paca et la SNCF, jalonnée d’ouvrages d’art audacieux, a constitué un véritable exploit il y a plus d’un siècle. Et son parcours se distingue aussi par la traversée des paysages exceptionnels du parc naturel du Mercantour et le patrimoine auquel il donne accès : notamment à la vallée des Merveilles et au mont Bégo. Des sites où se trouvent à ciel ouvert quelque 36 000 gravures rupestres de l’âge du bronze et du cuivre inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco.
    Les habitants ont manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois pour réclamer le rétablissement de leurs trains. Et consciente de l’impact sur le tourisme, la région Paca a bataillé pour la mise en service – juste à temps avant les fameux grands ponts du printemps – d’un nouveau circuit du train des Merveilles. De quoi le réintégrer à une offre de loisirs régionaux qui permet d’associer billets TER et activités saisonnières.
    Le départ de Nice étant encore impossible, le parcours propose aux touristes, à un tarif spécial, un départ de la gare de Drap. Avec un pré-acheminement en autocar direct depuis Nice. Reste ensuite une heure trois quarts d’un voyage jusqu’à Tende commenté à bord, en français et en anglais, week-ends et jours fériés, par des conférenciers qui mettent en relief les attraits de ces Alpes d’Azur, font connaître leurs traditions, la flore et les animaux qui y vivent et les particularités architecturales de cette frontière avec l’Italie avec ses très beaux villages cramponnés aux pentes ou tapis au fond. 
    Arrivés en gare de Tende, les touristes sont invités à poursuivre en profitant de visites à la découverte du patrimoine de la petite ville mais aussi de Sospel et Breil-sur-Roya où l’écomusée consacré à l’histoire de la ligne franco-italienne Nice – Cuneo.
    L’avenir de cette ligne héritière d’un passé compliqué, qu’emprunte partiellement le train des Merveilles n’est pas assuré pour autant. L’état de l’infrastructure impose depuis décembre dernier des ralentissements à 40 km/h sur 32 km. Et il continue de se dégrader. La remise à niveau coûterait, selon RFF, à quelque 27 millions d’euros pour la portion entre le sud de Breil-sur-Roya et le col de Tende. Et même si la région a proposé de participer, le financement n’est pas assuré. « Avec l’aide du député européen français Karim Zeribi, confie Jean-Yves Petit, nous étudions même la possibilité de faire passer la frontière italienne au Train des Merveilles en poussant son parcours jusqu’à la station touristique piémontaise de Limone à 15 km de Tende. Ce qui offrirait des correspondances ferroviaires intéressantes vers Cuneo et Turin. Et permettrait peut-être de décrocher quelque subvention européenne pour aider à pérenniser le train. » En attendant, cette saison, le train des Merveilles espère voir sa fréquentation reprendre son ascension. Le nombre de voyageurs avait grimpé de 19 000 en 2012 à 25 000 en 2013.
    Chantal BLANDIN
     
    Pour en savoir plus
    Le train des Merveilles circule tous les jours de juin à septembre 
    et les week-ends en octobre.
    Tél. : 0 800 11 40 23 (tous les jours de 7h à 21h30).

     

     

  • LGV Sud-Europe-Atlantique. Superstructure, ouverture, sillons… Le compte à rebours est lancé

    LGV Sud-Europe-Atlantique. Superstructure, ouverture, sillons… Le compte à rebours est lancé

    Le compte à rebours est lancé pour la LGV Sud-Europe-Atlantique (SEA). En construction entre Tours et Bordeaux, plus précisément entre Saint-Avertin et Ambarès-et-Lagrave, sa mise en service commercial est fixée au 31 juillet 2017. Soit trois ans pour rendre opérationnels ces 302 km de ligne nouvelle proprement dite, auxquels s’ajoutent 38 km de raccordements au réseau classique pour la desserte des gares existantes. Compte à rebours pour la phase superstructure qui a démarré au printemps avec l’implantation des premiers supports caténaire et le déroulage des câbles de signalisation le long de la plate-forme. A l’automne, ce sera au tour des longs rails soudés de faire leur apparition. Maître d’ouvrage du projet, Lisea, société concessionnaire de la ligne pour une durée de 50 ans, est à ce titre responsable des financements privés afférents. La société assure l’interface entre RFF (le concédant), Cosea (en charge de la conception et de la construction de la ligne, piloté par Vinci Construction), Mesea (futur exploitant la ligne et responsable de sa maintenance), les investisseurs, les prêteurs et les garants. Ses multiples missions consistent à concevoir, financer, construire, exploiter et assurer la maintenance de la ligne. Mais aussi à la « vendre ». « Nous sommes chargés de la commercialisation et de la réservation des sillons », résume Laurent Cavrois, président de Lisea. L’investissement total qui atteint 7,8 milliards d’euros couvre l’ensemble des travaux de génie civil et ferroviaires. Tout au long de la durée de la concession, c’est-à-dire jusqu’en 2061, les entreprises qui rouleront sur cette LGV devront lui verser une redevance. Celle-ci permettra d’assurer la maintenance et le renouvellement des voies, le remboursement des emprunts contractés pour financer les travaux et la rémunération des capitaux investis par ses actionnaires.
    Avec la mise en service de la LGV SEA, mais aussi simultanément avec celle de la ligne nouvelle Bretagne – Pays de Loire en construction entre Le Mans et Rennes, les circulations et dessertes Atlantique vont être profondément bouleversées. Réorganiser la coexistence de TGV, de TER, de trains de fret sur l’ensemble du réseau est complexe et exige d’importantes études en amont sur lesquelles RFF et Lisea planchent d’arrache-pied.
    Le compte à rebours est donc aussi lancé pour imaginer et assurer le trafic futur. « Dès maintenant nous commençons la préparation du service 2017. En termes de rétroplanning, nous ne disposons pas d’une grande anticipation pour à la fois s’entendre sur une recomposition de dessertes sur le réseau Atlantique et entrer dans une phase de contractualisation commerciale entre Lisea et les opérateurs, le principal et dominant étant la SNCF », explique Emmanuel Dalmar, directeur commercial de Lisea. Si la ligne nouvelle s’appelle Tours – Bordeaux, la relation phare, et sa vocation première, va être en réalité Paris – Bordeaux. « Avec la perspective d’un trajet parcouru en 2 heures 05, au lieu de 3 heures actuellement, le marché est connu et préexistant. Nous savons ce qu’il représente aujourd’hui et ce qu’il peut représenter demain avec un gain de temps compris entre 30 et 60 minutes. » Mais l’intérêt de la ligne réside aussi dans le fait qu’elle s’inscrive dans un réseau plus large et offre des temps de parcours qui deviennent compétitifs sur certaines relations comme Paris – Toulouse prévue en 4 heures 10 environ, « même si ce n’est pas encore la valeur de bascule entre l’aérien et le ferroviaire, cela commence à devenir intéressant ». L’attractivité de la ligne sera aussi renforcée pour des destinations vers le sud-ouest de la France, avec des gisements touristiques potentiels issus du Royaume-Uni, du Benelux ou de l’Allemagne.
    D’un côté, RFF étudie la redéfinition du réseau actuel, en particulier sur cette façade sud-ouest et ouest. De l’autre, en tant que gestionnaire d’infrastructure et entité au sein du réseau national, Lisea travaille pour sa propre ligne et va publier ses conditions dès cet été. La société prépare un document de référence, sorte de catalogue qui sera publié en 2015, grâce auquel les entreprises ferroviaires intéressées vont pouvoir prendre connaissance des conditions d’entrée et de circulation. « Il n’y aura pas de cas où un train circulera juste chez nous. Les trains arriveront du nord ou du sud, entreront ou sortiront éventuellement pour desservir des gares. L’imbrication est de fait et nous nous coordonnons avec RFF sur la connexion avec leur réseau, la manière de l’exploiter, de traiter une commande de la part d’un opérateur, l’organisation de la maintenance, des périodes de travaux… », poursuit Emmanuel Dalmar. Un opérateur intéressé pourra adresser sa commande, par exemple sur la relation Paris – Bordeaux, aux deux gestionnaires d’infrastructures. Chacun restera maître chez lui, avec une facturation, une relation qui lui est propre avec son client, une contractualisation commerciale. Il sera responsable d’instruire la demande qui concerne sa part de réseau. Une coordination entre eux tranchera sur la possibilité ou non d’attribuer une capacité à l'opérateur. Le concessionnaire s’avoue « prêt à accueillir tous ceux qui le souhaitent à partir du moment où une rame correspond aux standards de circulation sur la ligne et respecte les contraintes de technicité ». Le 20 mars dernier, lors d’une réunion informative, RFF et Lisea ont rencontré la SNCF, des chargeurs de fret et des opérateurs susceptibles d’être intéressés pour tous les flux Nord – Sud qui transiteront potentiellement par l’axe Atlantique. La désaturation de la ligne classique entre Tours et Bordeaux permettra en effet d’améliorer de façon significative la qualité des sillons et la vitesse de circulation qui redeviendra attractive pour les opérateurs de fret.
     « Nous nous sommes rencontrés pour qu’il n’y ait pas un traitement TGV d’un côté qui ignorerait les enjeux de la ligne classique. Il existe un vrai enjeu pour les chargeurs de fret car une ligne sur laquelle circulent des TGV est une ligne organisée pour les TGV. Les sillons rapides à 220 km/h se font au détriment des sillons de fret dont les trains sont garés pour les dépassements. Cette situation limite aussi les possibilités des TER. Donc cet enjeu de redéveloppement et de redéploiement sur ligne classique est important », conclut Emmanuel Dalmar. Les échéances vont vite arriver et les opérateurs vont devoir exprimer le plus tôt possible leurs besoins de transports, afin de tout caler pour les horaires du service 2017. 
    Michel BARBERON
     

    La LGV SEA en chiffres

    50 ans. La durée de la concession attribuée par RFF
    7,8 milliards d’euros. Le montant de la construction
    302 km. La longueur de la LGV
    38 km. La longueur totale des dix raccordements aux lignes 
    existantes
    320 km/h. La vitesse d’exploitation
    8 500. Les emplois au plus fort du chantier
    500. Les ouvrages, dont 24 viaducs, 15 sauts-de-mouton, 
    7 tranchées couvertes
    14. Le nombre de sites Natura 2000 touchés
    220. Les espèces faune et flore protégées
    3 500 hectares. La compensation environnementale
    1 100 000. Le nombre de traverses béton
    3 millions. Les tonnes de ballast
    13 000. Le nombre de supports caténaire
     

    Mesea, 170 spécialistes pour maintenir la LGV

    La modeste structure, équivalente à une « start-up », ne compte pour l’instant que huit personnes. Mais Mesea, la société chargée de la maintenance de la LGV jusqu’en 2061, constituée d’un actionnariat à 70 % de Vinci Concessions et 30 % Systra, va très vite devenir une véritable entreprise forte de quelque 170 personnes. En majorité des techniciens chargés de la maintenance des installations voie, caténaire, signalisation, télécommunications pour garantir un fonctionnement optimal de la future ligne. Ces spécialistes seront répartis sur quatre sites. Les deux bases de Nouâtre et Villognon, futur site du siège de Mesea, une troisième base à Clérac (Charente Maritime) et une équipe signalisation s’installera à Poitiers. « Nous avons deux missions en ce moment. Tout d’abord, s’assurer que la ligne est maintenable », explique Olivier Gouin, directeur général délégué de Mesea. En collaboration étroite avec le concepteur-constructeur Cosea, une démarche de soutien logistique intégré a d’abord consisté à répertorier tout ce qui est nécessaire à la maintenance de la ligne : les besoins en accès, les dispositifs de protection du personnel, la manière de ralentir les trains… La deuxième mission concerne en priorité l’obtention de l’agrément de sécurité délivré par l’établissement public de sécurité ferroviaire (EPSF). La ligne ne pouvant être ouverte qu’après cette étape baptisée Amec (pour Autorisation de mise en exploitation commerciale). Un agrément de sécurité devra par ailleurs prouver la capacité de Lisea, gestionnaire de l’infrastructure, de l’exploiter et de la maintenir. En parallèle, il s’agit de préparer les activités futures de la société Mesea. La manière dont elle va travailler, l’organisation du plan de maintenance, l’acquisition des gros outillages, des engins, le recrutement et la formation du personnel. « Les compagnons seront polyvalents, capables de faire les métiers voie et caténaire. Nous n’allons pas non plus copier stricto sensu le modèle SNCF avec des draisines et des engins de maintenance caténaire ferroviaires traditionnels. Les engins rail-route vont être privilégiés avec des camions s’enraillant en dix minutes, sur lesquels il est possible de mettre à l’arrière un module pour les travaux sur la voie ou des nacelles pour intervenir sur la caténaire », poursuit Olivier Gouin. Avantages de ce principe ? Une simplification de la programmation et de l’exploitation ferroviaire puisque le nombre d’engins circulant sur les voies LGV entre les bases et les chantiers où ils interviendront sera fortement diminué. Mesea est en concertation et étudie des projets avec les fournisseurs de matériels. Les appels d’offres seront bientôt lancés, l’objectif étant de disposer de ces outillages pour engager les formations du personnel fin 2016.
    M. B. 
     
     
     

    Le génie civil s’achève, la superstructure démarre

     

    Le génie civil et les terrassements étant quasiment achevés, place à l’installation des supports caténaires cet été puis à la pose des voies à l’automne. L’ensemble des travaux de superstructures devrait s’achever au cours de l’été 2016.

     

    Engagée en février 2012 sur l’ensemble du tracé, la construction de la LGV Sud-Europe-Atlantique arrive aujourd’hui à une période charnière. Le génie civil et les terrassements sont achevés à 93 % avec des chiffres éloquents. En mai, près de 64 millions de m3 de déblais et décapages réalisés sur un objectif de 68 millions. Plus de 285 000 m3 de béton coulés pour les ouvrages d’art non courants et plus de 414 000 m3 pour ceux courants. Sur les 287 prévus, 133 rétablissements routiers étaient en service. Seule une dizaine de grands ouvrages significatifs comme le viaduc sur la Dordogne, le plus long de la ligne avec ses 1 377 m, seront encore en activité jusqu’en fin d’année. Les 29 bases du chantier de génie civil, réparties tout au long des 300 km, vont être peu à peu démantelées. Plus de 600 000 traverses béton sont déjà produites, 74 % des appareils de voie réceptionnés, 29 % de ballast approvisionné sur un total de 3 millions de tonnes. Place à la superstructure désormais encadrée par SGS, le sous-groupement Superstructures, l’un des cinq constitués d’entreprises sur lesquels s’appuie Cosea, qui est en charge des bases-travaux, de la pose des voies et de la caténaire. Cette phase va être entreprise depuis deux bases ferroviaires situées à Nouâtre-Maillé (Indre-et-Loire) et à Villognon-Luxé (Charente), soit à peu près au premier et au deuxième tiers du projet. Créées de toutes pièces, occupant une surface d’une trentaine d’hectares et comportant chacune une quinzaine de kilomètres de voies, ces centres névralgiques sont proches de la plate-forme LGV, bien desservies par des axes routiers structurants, et reliées au réseau ferré national pour permettre l’acheminement des matériaux et matériels (ballast, longs rails soudés, traverses, supports caténaires…). Les toutes premières interventions sur la ligne devaient débuter à partir de Villognon en mai, puis cet été depuis Nouâtre par l’installation des supports caténaires à l’aide de moyens routiers et le déroulage des câbles signalisation. La pose des voies ferrées – plus de 680 km mobilisant quelque 1 000 personnes – sera entreprise cet automne par les sociétés TSO et ETF qui iront à la rencontre l’une de l’autre. Ces grands travaux de superstructure doivent s’achever au cours de l’été 2016. Les deux bases, dont une partie des installations sera conservée, deviendront alors les centres principaux de maintenance de la LGV. M. B.
     

    La SEA, vitrine pour Lisea

    Vinci apprécie la concession. Le groupe s’investit dans les grands travaux, mais aussi dans ce modèle parce qu’il possède justement dans son portefeuille d’activités un solide pôle Concessions. Ce principe de concession pour les grandes infrastructures linéaires est éprouvé depuis longtemps. Quasiment toutes les autoroutes françaises ont été développées ainsi. Ce qui n’est pas le cas pour le ferroviaire – du moins dans son histoire récente – où il n’existe pour l’instant pas de retour d’expérience en France, la formule ayant toutefois été retenue pour des lignes internationales majeures : tunnel sous la Manche et la ligne Perpignan – Figueras. « Dans dix ans, nous pourrons dire si cela a vraiment été un succès. Mais nous estimons valoriser plus nos actifs en ayant la main sur le commercial qu’en étant uniquement présent sur le plan technique », explique Laurent Cavrois, président de Lisea, qui juge qu’en termes de maîtrise et d’efficacité de construction et de commercialisation, le principe est porteur « d’une certaine innovation, d’un dynamisme. Grâce à des méthodes ambitieuses, nous raccourcissons de plusieurs années les temps d’exécution du projet ».
    Il est apparu évident, suite au Grenelle de l’environnement, et à la décision de lancer simultanément la construction de quatre lignes à grande vitesse (LGV Est-européenne phase 2, Bretagne – Pays de Loire, Sud-Europe-Atlantique et contournement de Nîmes-Montpellier), que l’Etat seul ne pouvait pas tout réaliser. « Il y avait besoin de mobiliser des financements, des capacités de maîtrise d’ouvrage, d’entreprises, ce qui n’aurait pas été possible en utilisant uniquement la maîtrise d’ouvrage publique. Lisea porte un risque commercial et en fait cela met sous tension l’ensemble du projet. Nous allons essayer de développer l’infrastructure, des services, de commercialiser des sillons, une manière d’approcher les clients qui va maximiser l’utilité de la ligne. » Il croit fermement en ce modèle, estime que l’industrie monte en gamme et que la ligne SEA va constituer une vitrine. « Le fait que de grands opérateurs en France puissent offrir de telles offres packagées doit représenter un atout pour de grands projets à l’étranger comme ceux au nord de Londres, en Russie, aux Etats-Unis ou encore en Amérique du sud. »
    M. B.
     
     
     
     

    Après le génie civil, Cosea redéploie les emplois

    Les 3 millions d’heures de travail d’insertion – sur un total de 19 millions d’heures de travail – font de la LGV SEA le plus grand chantier d’insertion d’Europe. La phase du génie civil et du terrassement touchant à sa fin, Cosea se fait un devoir de trouver des postes à tous ceux qui ont participé à la construction.

     

    « A son démarrage en 2012, le projet a connu quelques difficultés lors de l’acquisition des terrains, parfois dues à des contraintes environnementales nous interdisant de travailler. Ce qui a engendré à peu près six mois de retard, puis il y a eu une période de pluie. Mais aujourd’hui, grâce aux énormes efforts du groupement d’infrastructure, le planning avec une mise en service en juillet 2017 sera tenu », assure Gilles Godard, le directeur du groupement constructeur. Pour tenir les délais de réalisation de la plate-forme LGV, Cosea a en effet mis des moyens considérables sur les 300 km de linéaire. Au plus fort du chantier, en été 2013, près de 8 500 personnes étaient mobilisées ! Dont environ 2 300 embauches locales réparties en 1 800 emplois Cosea, les autres ayant été générés par les sous-traitants fournisseurs. En partenariat étroit avec l’Etat, les régions et Pôle emploi, la direction de projet a choisi délibérément de chercher la ressource sur le territoire au moment de la mobilisation. « C’est une manière de plus de s’intégrer dans le territoire et de faire accepter le projet. Ce défi a été réalisé », se réjouit Eric Leleu. Le directeur des Ressources humaines de Cosea évoque le nombre d’heures de formation dispensées pour apprendre les métiers de la conduite d’engins, du terrassement, du génie civil : 300 000 heures en six à huit mois, un coût estimé de 10 à 12 millions d’euros ! « C’est le plus grand chantier d’insertion d’Europe. Actuellement, sur un total de 19 millions d’heures de travail, on a dû réaliser environ 3 millions d’heures de travail d’insertion, avec pour beaucoup des hommes et des femmes qui étaient très éloignés de l’emploi. Ce sont de tels grands projets structurants qui, de par leur durée, permettent des actions de ce volume. »
    Avec la fin annoncée des gros travaux de terrassement et de génie civil, et donc une diminution progressive des effectifs, Cosea parle désormais de redéploiement et se fait un devoir de trouver des postes à tous ceux qui ont participé à la construction. Sur les quelque 1 000 personnes formées au génie civil et terrassement, la moitié va ainsi appréhender désormais les métiers du ferroviaire, avec des formations qui vont cumuler les 100 000 heures. « Nous leur avons donné une première qualification et un vrai métier dans les travaux publics. Ils vont suivre la vie du projet et apprendre un deuxième, voire un troisième métier s’ils font de la pose de voie ferrée et de caténaire. » A l’issue de la phase superstructure, certains pourraient intégrer les effectifs de Mesea. Un redéploiement sera sans doute aussi poursuivi chez Vinci. Mais d’autres pourraient être intéressées par ces nouvelles compétences ferroviaires. Présents lors de certaines réunions d’information sur le terrain lors de ces propositions de reconversion, des représentants d’ETF et de TSO, les sociétés chargées de la pose des voies sur la ligne SEA, ont insisté sur le fait que, dans ce domaine, le travail lié au rajeunissement et à la modernisation du réseau classique ne manque pas…
    M. B.
     

  • Accessibilité : constat d’un échec

    Accessibilité : constat d’un échec

    L’accessibilité devait devenir la priorité pour tous, établissements recevant du public et réseaux de transports en commun. Force est de constater que la priorité est devenue secondaire. Faute d’organisation correcte, de suivi national, de financements et peut-être de sanction, personne ne sera au rendez-vous de 2015 qui avait été instauré par la loi handicap du 11 février 2005 (voir ci-dessous). Pour les réseaux de transports, la deadline était le 12 février 2015. Le 26 février dernier, Jean-Marc Ayrault annonçait qu’à l’issue des quatre mois de concertation sous l’égide de la sénatrice Claire-Lise Campion, l’auteur du rapport sur l’accessibilité remis au gouvernement en mars 2013, de nouvelles modalités allaient être mises en place. Pierre angulaire du dispositif : les agendas d’accessibilité programmée (Ad’Ap). Des documents de programmation portant engagements sur un calendrier précis des travaux de mise en accessibilité ressemblant furieusement aux schémas directeurs d’accessibilité des services de transport de la loi de 2005. L’ex-Premier ministre a également annoncé l’évolution souhaitée d’un certain nombre de normes relatives à l’accessibilité « pour tenir davantage compte de la qualité d’usage ».
    Un projet de loi habilitant le gouvernement à légiférer par ordonnance pour modifier cette loi devait être présenté le 2 avril en Conseil des ministres, le remaniement l’a juste décalé au 9, l’idée étant de prendre l’ordonnance en juillet. Les Ad’Ap doivent garantir et prolonger la dynamique d’accessibilité au-delà de 2015, permettre d’ « enjamber l’échéance de janvier 2015, sans la piétiner et de poursuivre l’élan », selon l’expression de la sénatrice Claire-Lise Campion. Ils sont à considérer comme un « dispositif d’exception » puisque l’échéance de 2015 reste d’actualité. La précaution de langage n’a pas empêché les associations représentatives d’y voir un énième report, voire un recul. « Qu’ont fait les villes pendant 39 ans ? Car l’obligation ne date pas de 2005 mais de 1975 ! », s’insurge Nicolas Mérille, conseiller national accessibilité à l’Association des Paralysés de France (APF). Sur l’échantillon de son 5e baromètre (voir encadré page suivante), l’association relève que des lignes sont dites accessibles alors que seul un bus sur 4, 5 ou 6 l’est effectivement et conclut que « l’objectif à atteindre s’avère très lointain ». Même son de cloche à la fédération des aveugles et handicapés visuels qui juge « inacceptable » la « capitulation » du gouvernement, alors que « ce n’est pas 10 mais 40 ans que les acteurs publics et privés ont eus ». En revanche, la fédération des Associations pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) accepte le dispositif « au vu des retards accumulés ». Les Ad'Ap lui apparaissent comme « la solution la plus réaliste pour avancer de façon pragmatique, dans des délais resserrés ».
    Concrètement, les Ad’Ap donneront bel et bien des délais supplémentaires de mise en conformité : après l’approbation du document par le préfet, trois ans pour les transports urbains, jusqu’à six ans dans l’interurbain, et neuf ans dans le ferroviaire (par périodes de trois ans reconductibles). Quant aux transports scolaires, ils bénéficieraient d’un traitement au cas par cas sur demande expresse des parents. Deux points qui satisfont globalement les acteurs, même si le Gart et l’Assemblée des Communautés de France (AdCF) regrettent dans un communiqué commun « qu’une seule période de trois ans soit finalement retenue pour les transports urbains, alors même que la recomposition de la carte de l’intercommunalité se traduira par des extensions de périmètres de transport au cours de ces trois prochaines années ». Les élus en profitent pour réclamer un « accompagnement méthodologique » et « la mise à niveau de l’ingénierie publique pour appréhender le futur environnement normatif ». Satisfaite d’une réponse jugée « adaptée » pour le transport scolaire – selon l’Association nationale pour les transports éducatifs de l’enseignement public (Anateep) et l’Association des directeurs des services techniques départementaux (ADSTD), 210 000 enfants sur les 4 millions transportés sont handicapés –, la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) quant à elle souligne qu’il est prévu « des sanctions financières » ou « d’annuler un marché public » en cas de non-respect de l’obligation d’acheter des bus et cars accessibles. Des sanctions qui, si elles avaient été prévues en 2005, auraient peut-être évité aux industriels de continuer à vendre des matériels non accessibles…
    L’annonce de Jean-Marc Ayrault parlant de « report » « est une erreur politique : les gens ont compris qu’il n’y a plus d’échéance ! », s’exclame Patrick Toulmet, conseiller régional UDI, ambassadeur de l’accessibilité à la RATP et, depuis le 16 avril, à la SNCF. Et surtout, il doit faire son entrée au conseil d’administration du Stif, du moins « c’est ce qu’a annoncé Jean-Paul Huchon lors de la dernière assemblée régionale plénière de février », rapporte l’intéressé, qui affirme : « Je représente la cause du handicap, j’en ai fait un cheval de bataille au conseil régional. Si je vais au Stif ce sera en tant qu’élu handicapé, je pourrai leur dire “vous déconnez !”. Malheureusement, les hommes politiques ne s’intéressent à la question du handicap que lorsqu’ils sont concernés pour eux-mêmes ou leur famille proche. »
    Au 1er juillet 2012, selon l’observatoire interministériel de l’accessibilité, 39 % des autorités organisatrices de transports (AOT) n’avaient pas encore de schéma directeur d’accessibilité (SDA) et 15 % de ceux qui avaient été signés n’étaient pas encore engagés. « Lors des discussions sur les modalités des Ad’AP, les échanges ont été violents avec les AOT qui exigeaient un délai supplémentaire alors qu’elles n’avaient pas été capables d’élaborer leur SDA – qui je le rappelle auraient dû être achevés pour le 12 février 2008 – je pense à Alençon par exemple, c’est de la malhonnêteté intellectuelle… », poursuit le conseiller national de l’APF. Pour quelle raison en effet ces AOT se mettraient-elles à préparer un Ad’Ap finalement ? D’autant que le gouvernement a exclu la possibilité de sanctions… « Les ministères devraient aussi montrer l’exemple en étant accessibles, suggère de son côté Patrick Toulmet. Regardez : on a rendu le perron de l’Elysée accessible pour la visite du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble qui est en fauteuil roulant… »
    L’association des paralysés de France (APF) n’entend pas relâcher la pression. Dans son collimateur, les abus comme par exemple une création ex nihilo récente de réseaux de bus à Guéret notamment (voir page 36), non accessible. Elle s’agace aussi, à juste titre, du manque de coordination flagrant entre AOT et responsables de la voirie. Résultat : « Pendant que les bus de la ligne A sont rendus accessibles, ce sont les points d’arrêts de la ligne B qui sont rendus accessibles », ajoute Nicolas Mérille. Un problème que la création des autorités organisatrices de la mobilité urbaine, ayant compétence sur la voirie, devrait théoriquement supprimer dans le cadre de l’acte III de la décentralisation. En attendant, l’APF a lancé une pétition sur www.necoutezpasleslobbies.org, estimant que les lignes peuvent encore bouger d’ici à l’ordonnance de juillet. Mi-avril, elle avait déjà recueilli 151 000 signatures. Car, « avec l’année de perdue en procédure, on nous propose encore un délai de dix ans pour la mise en accessibilité, ça n’est pas acceptable ! », pointe Nicolas Mérille. Depuis 2007, à chaque fois que nous avons tiré la sonnette d’alarme, les pouvoirs publics ont passé leur temps à nous répondre que l’échéance de janvier 2015 était maintenue. Il manque une réelle mobilisation de leur part pour faire appliquer la loi et de celle des acteurs de terrain ».
    Et de faire un parallèle avec la sécurité routière : « Quand l’Etat a voulu diminuer drastiquement le nombre de morts sur les routes, il a lancé une vraie politique publique avec campagnes de communication chocs, répression par les radars et hausse des amendes. Ce qui a permis de passer de 10 000 à 3 000 tués. » L’APF brandit aussi l’arme juridique comme une épée de Damoclès sur la tête des responsables politiques. Car si, faute de consensus, le gouvernement n’a pas prévu de sanction pour défaut d’adoption d’un Ad’AP, n’importe qui pourrait attaquer sur des questions de discrimination. « Si une AO qui n’a pas de SDA ne daigne pas rédiger d’Ad’AP en juillet 2015, on n’aura pas d’autre choix que l’action judiciaire », explique Nicolas Mérille.
    Par ailleurs, même pour de relativement bons élèves comme la RATP (voir page 30), tout n’est pas parfait, loin s’en faut. Ainsi, depuis 1998, les bus achetés par la RATP sont équipés de palette rétractable. A ce jour, 94 % du parc en est doté, ce sera 100 % dans six mois. C’est cette rampe d’accès combinée à un trottoir rehaussé à 18 cm à chaque arrêt qui permet de déclarer une ligne accessible. « Les palettes d’accès aux bus tombent en panne très souvent. On estime à 1 000 par an, le nombre d’interventions, contre 800 en 2013, raconte Patrick Toulmet. Une des principales causes : les nombreux ralentisseurs qui ne sont pas réglementaires et abîment le caisson qui loge la palette quand le bus franchit le dos-d’âne. » Une manière de plus de rappeler à quel point la coordination entre les services voirie et transport est nécessaire.
    A la SNCF (voir pages 28), selon le rapport du groupe de travail présidé par Claire-Lise Campion sur les Ad’Ap rendu au Premier ministre fin février, « on peut considérer que pour le matériel roulant, la mise en accessibilité est bien lancée et développera ses effets dans la durée, jusqu’en 2030 environ ». De plus, 424 gares relèvent du schéma directeur national d’accessibilité dont 256 prises en compte par les régions. Or plusieurs SDA régionaux ne prévoient pas d’aménager la totalité des gares pour des raisons principalement financières. D’autant que la loi de 2005 ne prévoit pas la répartition des charges (voir à cet égard l’exemple de la région Centre, ci-contre). « Si bien que, près de 9 ans après sa promulgation, si des accords ont pu être trouvés dans la moitié des régions, les discussions se poursuivent pour un quart d’entre elles et sont à l’arrêt pour le dernier quart. » Alors qu’apporteront de plus les Ad’Ap ? Ils sont censés mettre l’accent sur « la coordination des acteurs, l’intermodalité et la qualité de service aux usagers ». Et cela en fixant un diagnostic, suivi de principes structurants, d’un calendrier, et d’un financement. Plusieurs critères prévaudront afin d’établir les gares prioritaires et notamment la logique de ligne, le calendrier d’équipement en trains accessibles ou encore le nombre de voyageurs fréquentant l’arrêt. Rien d’autre que le bon sens, en somme…
    Dans l’urbain et l’interurbain, le rapport a dissocié matériel, infrastructure et service. Et s’appuyant sur les recensements de l’UTP et de la FNTV, on estime que « 60 à 90 % des bus sont accessibles en 2012 » et 15 % des autocars. Côté arrêts, il relève sobrement que « la volonté n’a pas la même prégnance dans toutes les villes de France » et mentionne un coût de 15 000 à 50 000 euros par arrêt à aménager. Une définition plus précise des impossibilités techniques avérées a aussi été donnée. Pour les services réguliers interurbains, avec 50 000 points d’arrêts à aménager, le coût global serait de 600 millions à 1 milliard, « pour un nombre de voyageurs souvent faible ». Enfin, en matière de service, « 62 % des AOT ont établi un SDA », couvrant « moins de 93 % de la population ». L’Ad’Ap devra donc se positionner comme un complément aux SDA et « nécessitera l’identification d’un chef de file pour assurer la cohérence ». Encore quelques petites « guéguerre » en perspective… ?
    Cécile NANGERONI
     

    Ce que disait la loi de 2005

     
    Un délai de dix ans, contre les six qui avaient été initialement envisagés, était imposé pour rendre accessible « la chaîne du déplacement, qui comprend le cadre bâti, la voirie, les aménagements des espaces publics, les systèmes de transport et leur intermodalité », selon l’article consacré aux transports dans la loi du 11 février 2005. A l’époque, le délai avait été considéré comme raisonnable, le Gart rappelant ainsi qu’un délai « irréalisable aurait engendré une loi lettre morte ».
    La loi exigeait qu’en cas d’impossibilité technique avérée, des moyens de transports adaptés aux personnes handicapées ou à mobilité réduite soient mis à disposition dans les trois ans – en 2005 seulement 67 agglomérations en proposaient un, avait calculé le Gart – et ce à un tarif équivalent aux TC. Une dérogation avait été accordée aux réseaux ferrés souterrains (par le bais d’un amendement rapidement surnommé l’amendement RATP…) ainsi qu’aux transports guidés existants, en contrepartie de l’élaboration d’un schéma directeur d’accessibilité et de l’organisation d’un service de substitution. Avec toujours le même délai : « dans les trois ans ».
    Déjà à l’époque, professionnels et associations craignaient un écueil : aucune articulation n’était prévue entre les schémas directeurs d’accessibilité des services de transports et les « plans de mise en accessibilité de la voirie et des aménagements des espaces publics ». Un oubli qui s’est surajouté au fait que les compétences transports et voirie n’incombent pas aux mêmes collectivités. Autant dire que l’échec constaté aujourd’hui était prévisible…
    C. N. 
     

    Le baromètre de l’APF : un constat accablant

    Grenoble, Nantes et Caen, c’est le trio de tête des villes accessibles selon le baromètre de l’accessibilité de l’Association des Paralysés de France (APF). Elles obtiennent respectivement la note de 18,4, 17,4 et 17,2 sur 20. Et ce n’est certainement pas un hasard, si ce sont également des villes exemplaires en matière d’accessibilité de leurs transports publics. Très mobilisée pour une France accessible au 1er janvier 2015, l’APF a publié la 5e édition de son baromètre le 11 février dernier avec un « avis de tempête ». Car malgré l’amélioration de l’état d’accessibilité des 96 chefs-lieux de départements, dont la note moyenne est passée de 10,6 en 2009 à 14,14 en 2013, elle notait qu’à peine « plus de la moitié des écoles et seulement 42 % des réseaux de bus sont accessibles », avec de fortes disparités. Ainsi Caen (3e au classement général) atteint un bon niveau avec 85 % de bus accessibles –sachant que la ville dispose par ailleurs d’un tram qui l’est totalement –, Troyes (47e) affiche 70 %  alors que Marseille (83e) plafonne à 24 %.
    En queue de peloton du classement général figurent les villes de Digne-les-Bains (96e), Alençon et Chaumont (95e ex aequo). Et côté transports, Guéret ou Alençon sont pointés du doigt comme de très mauvaises élèves. La première pour avoir lancé en septembre dernier un réseau de bus flambant neuf sans avoir le moins du monde pensé à le rendre accessible fin 2013 malgré des bus à plancher bas – « ils ont embauché un consultant qui leur a conseillé d’attendre le 12 février 2015 ! », croit même savoir l’APF – ; la seconde pour n’avoir toujours pas trouvé le temps de rédiger son Schéma directeur d’accessibilité (SDA), alors que ce document aurait dû être finalisé au plus tard le 12 février 2008.
    L’an passé toutefois ce même baromètre ne dénombrait que 33 % de lignes de bus accessibles (c’est-à-dire avec des bus et une voirie adaptés). Par ailleurs, selon le questionnaire de l’APF, près de 96 % des communes ont fait un état des lieux de leurs transports publics. Quant aux Plans de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics (Pave), le bilan n’est pas fameux non plus puisque près d’un cinquième des municipalités ont déjà plus de quatre ans de retard dans la finalisation de ce document (qui aurait dû être prêt au 23 décembre 2009). « Ceci impacte notamment sur les échéanciers de mise en accessibilité des transports publics pour les aménagements d’arrêts de bus », constate l’APF.
    Bien que réels, les progrès restent encore insuffisants et l’association espérait davantage d’élan en période préélectorale, or le thème est resté bien absent 
    de la campagne pour les municipales. « Les manques 
    de coordination et de volontarisme sont criants en matière de transports », conclut l’association. Et c’est d’autant plus regrettable que « les transports publics représentent un vecteur central dans la chaîne des déplacements ».
    C. N. 
     
     
     

    Gares : une avancée à deux vitesses

    Complexe question des gares ! Le rapport sur l’Agenda d’accessibilité programmée, remis au Premier ministre en février, en dénombre 1 500 dont 1 075 desservies uniquement par des trains express régionaux. Il évalue à 6,5 milliards d’euros le montant des investissements pour les rendre accessibles.
    Qui doit les prendre en charge ? Si les bâtiments voyageurs relèvent de la SNCF, les quais dépendent de Réseau ferré de France. Par ailleurs, il faut distinguer entre gares nationales chapeautées par la SNCF (celle-ci prévoit que 168 gares principales seront accessibles d’ici à 2016, dans le cadre du schéma directeur national d’accessibilité ferroviaire, selon le rapport) et gares régionales sous la responsabilité des conseils régionaux, autorités organisatrices des transports (AOT), elles-mêmes chargées de faire un schéma directeur d’accessibilité à leur niveau.
    Mais seules 62 % des AOT ont adopté un tel schéma, indique le rapport rédigé sous la présidence de la sénatrice Claire-Lise Campion.
    De plus, la loi n’ayant pas précisé la répartition de la charge entre autorités organisatrices des transports et opérateurs, « presque 9 ans après sa promulgation, si des accords ont pu être trouvés dans la moitié des régions, les discussions se poursuivent pour un quart d’entre elles et sont à l’arrêt pour le dernier quart », rappellent encore les auteurs du rapport.
    Si des régions comme celles du Centre (voir papier ci-contre) disent se heurter aux limites de la loi, elles le sont aussi avant tout par leurs budgets.
     

    Le Centre se heurte aux limites législatives

    La région Centre affirme qu’elle n’a pas attendu la loi pour jouer les bons élèves en matière d’accessibilité : elle a rendu accessibles tous les bâtiments voyageurs des gares ferroviaires régionales. Dès les années 2001-2002, elle a commencé par déployer dans 44 gares des « afficheurs légers, conçus pour améliorer la perception des personnes en situation de handicap (grâce à l’emploi de caractères lisibles pour les malvoyants, d’écrans installés à hauteur adapté et faisant défiler les informations de bas en haut avec vitesse réduite, etc.). »
    Puis, entre 2004 et 2011, elle a lancé d’autres réaménagements dans 33 gares, essentiellement en les faisant équiper de portes automatiques, de chemins de guidage au sol, ou encore de bornes sonores et de guichets surbaissés. 2,34 millions d’euros ont été dépensés dans ce but, 43 % pris en charge par la région, 32 % par la SNCF, 25 % par l’Etat.
    Les efforts ont été poursuivis les années suivantes dans d’autres gares, par exemple dans celle d’Epernon qui a été équipée en 2012-2013 de deux ascenseurs, de bandes podotactiles, et qui a vu ses escaliers réaménagés.
    « Les gares nouvelles sont évidemment toutes réalisées 100 % accessibles », rappelle la région qui a réalisé un schéma directeur d’accessibilité pour les gares régionales comme le demande la loi (la SNCF étant chargée de le faire pour les gares nationales). Le schéma de la région Centre a été adopté en 2008. Depuis cette date, tout matériel ferroviaire commandé est obligatoirement accessible.
    Mais cette politique atteint ses limites : à quoi sert d’avoir des bâtiments voyageurs accessibles si les quais sont trop hauts (ou trop bas) rendant impossible la montée à bord du train ? « Nous avons rempli nos obligations. La loi n’oblige pas au financement. Nous avons tout de même voulu aller au-delà de nos responsabilités en mettant de l’argent, raconte-t-on au cabinet du vice-président régional des Transports. Nous avions calculé qu’il faudrait dépenser 92 millions d’euros au total pour rendre les gares régionales accessibles. Nous avons décidé d’en financer 30 %. RFF a dit : j’apporte 25 %. Il manque donc 40 % ! »
    D’où ce constat désabusé du conseil régional : « Une loi a été instaurée sans prévoir les moyens pour la concrétiser ! » Devant cette équation insoluble, le service « Accès TER » (système d’aide proposé sur réservation téléphonique) devrait être déployé dans l’ensemble des gares et des haltes d’ici au 1er juillet 2015. Le coût est évalué à 300 000 euros. « C’est une aide à la mobilité. Mais cela ne correspond pas à l’esprit de la loi qui demandait l’autonomie », résume-t-on au sein du conseil régional Centre. M.-H. P.
     

    SNCF : la gare Saint-Lazare pour modèle

    Il y a huit ans, la SNCF avait décidé de faire de la gare de Paris-Montparnasse un « laboratoire de l’accessibilité ». Les équipements destinés aux usagers handicapés y ont été testés par des personnes handicapées et valides ainsi que par des agents SNCF. Certaines installations ont été fortement appréciées, comme la nouvelle écriture des panneaux d’affichage, avec des codes couleurs plus clairs et des caractères plus visibles. Ou encore le système de borne d’appel à l’entrée de la gare, permettant d’être mis en contact avec un agent. Toutes les portes ont été automatisées, tandis que les bornes de vente de billets, les téléphones publics ou les toilettes étaient adaptés.
    L’originalité de la démarche consistait à prendre en compte tous les handicaps, qu’ils soient physiques, sensoriels ou mentaux. Et bien sûr à travailler sur des aménagements adaptés à chacun de ces handicaps en concertation étroite avec les associations concernées.
    Cette gare laboratoire devait servir de référence… Mais depuis 2012 et les travaux réalisés à Paris-Saint-Lazare, c’est cette gare du nord-ouest parisien qui est devenue l’exemple à suivre. Elle est considérée par la SNCF comme étant « 100 % accessible sur le périmètre bâtiment voyageurs ».
    Parmi les nouveaux aménagements, des rampes hautes et basses ont été installées dans les escaliers pour les personnes de petite taille. Des balises sonores, des bandes podotactiles de guidage contrasté et une signalétique plus lisible facilitent la vie des malvoyants. Ou encore un personnage virtuel traduit sur des écrans les annonces vocales en langue des signes.
    La SNCF compte déployer progressivement ces dispositifs dans les gares et veut « remettre à niveau les équipements pour permettre la circulation des UFR » (ce qu’elle nomme dans son jargon les Unités fauteuils roulants). Le travail est immense. Aujourd’hui, 60 gares nationales sont accessibles sur plus de 160. Il devrait y en avoir plus de 100 à la fin de l’année.
    En attendant, il est possible dans de nombreuses gares de bénéficier d’un service de prise en charge à la demande « Accès Plus ». Cet accompagnement gratuit par un agent, de l’entrée de la gare jusqu’à leur place dans le train, nécessite une réservation au moins 48 heures à l’avance. En 2012, ce service a enregistré 300 000 demandes, un chiffre en constante augmentation. Selon Didier Devens, responsable de l’Accessibilité à la SNCF, le taux de satisfaction d’Accès Plus atteindrait près de 95 %. Le rapport de la sénatrice Campion reconnaît que cette « assistance humaine est plébiscitée ».
    Marie-Hélène Poingt avec Alexandre Nekrassov
     

    La RATP ratera de peu le rendez-vous de 2015

    «Avant d’être là, je me disais : “Ils ne foutent rien à la RATP !”Puis quand j’ai commencé à étudier le dossier, j’ai été stupéfait du temps et de l’argent dépensé pour améliorer l’accessibilité. » Patrick Toulmet n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. En décembre 2012, ce conseiller régional UDI, en fauteuil roulant depuis dix ans, poussait un coup de gueule. Invité à l’inauguration de la station Front Populaire, prolongement de la ligne 12 du métro, une station neuve donc accessible, il s’est vu dans l’impossibilité de s’y rendre, faute d’accès par ascenseur au métro Porte-de-la-Chapelle. Malin, le président Pierre Mongin décide de l’embaucher comme « ambassadeur de l’accessibilité » à la RATP. Pas pour le museler, mais pour utiliser son expertise et notamment sa facilité à discuter d’égal à égal avec les associations représentatives de tous les handicapés. Depuis juin 2013, Patrick Toulmet travaille ainsi en étroite relation avec Betty Chappe, la responsable de la mission accessibilité du groupe RATP.
    Globalement, un handicapé parisien est plutôt mieux loti qu’un provincial : même si le métro plus que centenaire a été exclu du champ de la loi handicap de 2005 pour cause d’impossibilité technique, il lui reste comme moyens accessibles : la ligne 14, (la dernière construite, ouverte en 1998), les RER A et B, toutes les lignes de bus parisiennes et les tramways. Ces derniers sont les plus appréciés : « les trams, c’est un bonheur pour nous : on peut aller partout sans se poser de question », relate Patrick Toulmet. Et en 2015, la RATP exploitera 100 km de lignes de tram. Malgré cette relativement belle offre, un déplacement en fauteuil roulant dans la capitale – ne parlons même pas de la banlieue ! – reste une sacrée aventure. Premier écueil : la disponibilité des ascenseurs, régulièrement défaillante, quand ce n’est pas pour cause de panne, c’est une maintenance programmée, mais le résultat est le même. « Le Stif a mis en ligne le site infomobi.com que nous alimentons en temps réel, permettant de préparer son trajet en vérifiant que les ascenseurs fonctionnent », souligne Betty Chappe. En théorie, pas de mauvaise surprise donc. Mais il n’empêche qu’ « un des enseignements tirés de la ligne 14 c’est qu’il faut systématiquement doubler les équipements », reconnaît la responsable. Et c’est désormais ce que la RATP fera pour tout nouvel aménagement de station.
    Le handicap des ascenseurs, c’est une réalité bien montrée dans le reportage Dans la peau d’un handicapé diffusé en mars sur France 4. Deux personnes en fauteuil roulant tentent le trajet Etoile – Châtelet en RER A, ils sont contraints de faire un détour par La Défense, l’ascenseur pour accéder au « bon » quai à Etoile étant en panne. S’ensuivent alors des déboires avec la passerelle d’accès quai-train en l’absence de l’agent habilité à l’installer, ils doivent laisser passer 3 ou 4 trains. Résultat : un trajet de plus de 45 minutes quand il prend 10 à 15 minutes à une personne valide. Un quarantenaire, chef d’entreprise lui aussi en fauteuil roulant, témoigne également de son impossibilité à utiliser les transports en commun pour se rendre au travail. Il décrit les nombreuses situations d’ascenseur déficient obligeant à partir dans le sens opposé ou bien à descendre à l’arrêt précédent : « ça arrive très très souvent », précise-t-il. Il insiste aussi sur le fait qu’ « une partie du personnel n’a pas conscience que quelqu’un en fauteuil va avoir les mêmes contraintes horaires que n’importe qui. Ils ont cette culture qu’un handicapé est un peu comme un retraité, par conséquent, ça leur semble aberrant qu’il ne puisse pas attendre trois quarts d’heure là où les autres prennent le train en 5 minutes ! »
    Pourtant, la RATP y met du sien pour faire évoluer les mentalités. Elle a notamment concocté et diffusé un guide des bonnes pratiques à l’usage des agents, un vade-mecum complet présenté par type de handicaps avec « les bons mots », « les bons gestes » et « à éviter ». Patrick Toulmet, qui joue parfois les utilisateurs anonymes, apprécie le côté humain qu’il rencontre chez les machinistes. Il faut dire que la question de l’accessibilité n’est pas un dossier récent pour la RATP puisqu’elle s’en préoccupe depuis le début des années 90… Elle a ainsi rendu totalement accessible la première ligne de bus, la 20 (Saint-Lazare – Gare-de-Lyon) en 1995. « Sur 337 lignes, le réseau en compte désormais 178 accessibles à 100 % : 115 sur 274 en banlieue ainsi que les 63 parisiennes, poursuit Betty Chappe. C’est plus compliqué de rendre tous les arrêts accessibles quand plusieurs communes sont traversées. » Et ce, bien que le Stif finance 75 % des travaux de voirie, car « bien souvent les directeurs des services techniques l’ignorent et pour eux, l’accessibilité, ce n’est pas un sujet ! », s’agace Patrick Toulmet. Résultat, la RATP a dû démonter des palettes rétractables qui ne fonctionnaient pas depuis des années. Ces rampes d’accès équipent en effet la quasi-totalité des bus et la RATP a promis de les généraliser en 2015. Il en va de même pour les annonces sonores et visuelles.
    « Notre politique repose sur une démarche coopérative avec les associations afin d’éviter les erreurs car on peut, dans un détail mal pensé, créer une difficulté non voulue. Il faut travailler en transparence, avec humilité et dans l’écoute », insiste Betty Chappe. C’est ce qui a permis notamment d’élaborer une politique pour le réseau de métro. A l’heure actuelle, près de la moitié du parc donne des annonces sonores – « ça nécessite une modification importante du train », précise-t-elle – et la RATP poursuit le développement d’applications « qui parlent à l’oreille des non-voyants parce que c’est un outil essentiel et souvent LA solution ». 50 % du réseau métro a été diagnostiqué en impossibilité technique « avérée » ou « fortement pressentie », donc l’idée d’un réseau noyau de 130 stations accessibles a dû être abandonnée. Car autant en concevant une gare on arrive toujours à trouver une possibilité, autant avec la configuration du métro, soit la RATP se gêne elle-même, les quais des stations de correspondances étant trop imbriqués, soit elle gêne les voisins avec un ascenseur qui aboutirait directement dans un immeuble !
    Le plan comporte trois partis pris : d’abord, dans le cadre des prolongements de lignes, et plus de 17 km sont prévus d’ici à 2020, on essaie de prévoir l’accessibilité jusqu’à une station de jonction, « qu’on espère être une porte de Paris où trouver un tram ou un bus ». Ensuite, améliorer l’existant pour les autres handicapés, qui ne sont pas en fauteuil. La RATP développe ainsi les « douches sonores » sous ses panneaux d’affichage des temps d’attente, une signalétique surdimensionnée ou encore des « manchons brailles » sur les rampes d’escaliers d’accès aux stations… Enfin, la régie travaille sur la mécanisation afin de réduire la pénibilité du déplacement. Avec ses 862 escaliers mécaniques, elle possède déjà 10 % du parc français, et projette d’en installer 200 de plus d’ici à 2020.
    Côté RER A et B, un programme de 200 millions d’euros a permis d’aménager 61 des 65 gares et toutes le seront en 2015… Mais pas en février, plutôt en fin d’année à l’achèvement de la nouvelle gare multimodale de Nanterre-Université. Ce qui fait que la RATP estime être au rendez-vous de 2015. Pour Patrick Toulmet, plus on aménage, plus on devrait voir de handicapés dans les transports publics franciliens. Et il rappelle que ces aménagements « rendent services à toute une catégorie de voyageurs à mobilité réduite, notamment les personnes âgées ». Pas inutile dans une société vieillissante.
    Cécile NANGERONI
     

    Le Mettis à Metz, nouveau et pas 100 % accessible

    Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce qui est plébiscité à Nantes avec le Busway a fait un flop retentissant sur le Mettis de Metz. C’est pourtant exactement la même palette électrique de 35 cm de long qui équipe ces deux BHNS – Metz avait cru bien faire en se contenant de ce benchmarking au moment d’écrire son cahier des charges pour le constructeur – mais depuis la mise en service du Mettis le 5 octobre, les utilisateurs en fauteuil roulant et l’APF locale l’estiment dangereuse. En cause, ses rebords arrondis, et non pas biseautés, et sa pente dangereuse qui la rendent difficile à franchir à la force des bras et surtout font craindre une chute. « D’après les retours des associations, ce serait même pire à la descente du bus car le fauteuil pourrait prendre de la vitesse et basculer », relate Hervé Chabert, responsable de la mission Mettis. Une question de hauteur de quai ? A priori non.
    Le responsable souligne que le système de transport reste « accessible » dans la mesure où les stations et l’accostage sont parfaits et qu’il existe une seconde palette sur la deuxième porte, plus longue (92 cm), mais manuelle. Conçue comme accès de secours, elle nécessite l’intervention d’un voyageur coopératif ou de l’accompagnateur éventuel de la personne en fauteuil, le conducteur étant isolé dans sa cabine de conduite.
    La palette électrique fabriquée par le sous-traitant MBB qui équipe la première porte des Exquicity de Van Hool, avait été choisie pour ses avantages : elle peut s’ouvrir systématiquement à chaque arrêt et sa petite taille lui permet aussi d’être actionnable à la demande sans danger pour une personne en fauteuil roulant. « La même palette est utilisée sans problème en Allemagne et en Belgique et c’est également le système qu’a choisi le Stif pour les TZen… », poursuit-il.
    Mais peu importe, devant le concert de critiques, l’AO a décidé de ne plus déployer cette palette automatiquement et de trouver une solution rapidement. « Nous devons tester fin avril un autre système de 69 cm de long, assure Hervé Chabert. S’il donne satisfaction, et en accord avec les associations, nous envisageons de remplacer les 27 palettes ». Coût de l’opération : « environ 100 000 euros, peu au regard du prix des véhicules… ». La modification pourrait intervenir à l’été, car malgré sa longueur deux fois plus importante, la nouvelle palette s’intègre parfaitement aux coffres existants.
    C. N.
     

    Guéret crée un réseau fin 2013… non accessible

    « Ainsi, nous pouvons ici conclure, même s’il n’a été créé que tout récemment, que le réseau Agglo’Bus sera, à l’échéance de la loi, l’un des plus accessibles de France. » Cette étrange conclusion est extraite du schéma directeur d’accessibilité (SDA) de la communauté d’agglomération du Grand Guéret (Creuse). L’EPCI de 22 communes (31 000 habitants) nouvellement créé au 1er janvier 2013 (en remplacement de la communauté de communes du Pays de Guéret) a hérité de la compétence transports. Elle a donc créé un réseau urbain, en lieu et place du transport à la demande (TAD) qui existait. Baptisé Agglo’Bus, il a été lancé le 2 septembre 2013 avec trois lignes régulières et un TAD découpé en six secteurs pour les communes rurales.
    Mais problème : plutôt que de le rendre accessible aux PMR à sa création comme le réclame la loi de 2005, les élus ont préféré élaborer un SDA, dans lequel, ils prévoient des bus à rampe d’accès rétractable et s’engagent à ce que les 63 arrêts de bus soient rendus « totalement accessibles à tous les handicaps dès la fin de l’année 2014 ». Cet « oubli » a valu à Guéret d’être régulièrement cité comme l’exemple à ne pas suivre et pointé du doigt par l’APF. C’est la faute à des trottoirs peu adaptés, se défend l’agglo, qui assure que son projet d’accessibilité totale n’est pas oublié, mais que la priorité va à l’établissement des zones les plus fréquentées, et à l’étude des problèmes rencontrés par les usagers.
    Selon le service transports de l’agglomération, l’AO décidera des arrêts qui méritent d’être rendus accessibles quand le réseau sera « bien installé et rodé ». Il ajoute que certains arrêts sont d’ores et déjà accessibles, comme ceux de l’hôpital ou de la maison de retraite et qu’une enveloppe prévisionnelle de 660 000 euros a été estimée pour les deux années de réalisation des travaux. En attendant, elle propose un service de substitution pour les dessertes des trois lignes urbaines dans Guéret. Sur réservation, le trajet est effectué en minibus accessible par rampe et peut aller jusqu’au domicile de la personne en fauteuil roulant. Condition : que l’arrêt de départ ou d’arrivée ne soit pas encore accessible. Ou l’art et la manière de reporter au lendemain…
    C.N. avec A. N
     

    Les pays du nord de l’Europe plus pragmatiques

    Pendant que la France allonge les délais de mise en accessibilité, la fédération des Associations pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) met en avant les politiques menées par certains pays du nord de l'Europe ou le Royaume-Uni, qui « ont organisé le vivre-ensemble ». Jean-Louis Garcia, président de cette fédération estime que « certains pays sont nettement en avance, pas pour des raisons législatives, mais parce qu'il y a une volonté politique et une conception de la différence qui n'est pas la même ». Parmi les exemples cités, Stockholm ou encore Londres. « On a pu mesurer à l'occasion des jeux Paralympiques de Londres en 2012 que la place de la personne handicapée en Angleterre n'était pas la même que dans notre pays », poursuit-il.
    En 2011, le Cerema (Certu à l’époque) publiait une étude sur l'accessibilité dans 11 villes de cinq pays jugés particulièrement intéressants (Suède, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni et Espagne), afin de relever les bonnes pratiques. L'une des plus anciennes villes de Suède, Lund, a fait « un réel effort » pour allier accessibilité et conservation du patrimoine, soulignait cette étude, citant les bandes pour fauteuils roulants implantées sur les rues pavées. On y notait aussi que tout comme Barcelone en 1992, Londres a profité des jeux Olympiques et Paralympiques de 2012 pour réaménager la ville à très grande échelle.
    L’une des explications avancées par Laurent Saby, qui a piloté l'étude, est que la Suède ou le Royaume-Uni ont dans leur législation sur l'accessibilité des objectifs beaucoup moins précis que la France. Ainsi la loi britannique parle-t-elle d’ « adaptations raisonnables » (reasonable adjustments) et la loi suédoise de faire disparaître « les obstacles faciles à supprimer ». Des principes qui permettent d’avancer à son rythme de manière pragmatique, et dont « le succès repose largement sur la volonté de faire des différents acteurs », souligne l'étude.
    Malgré tout, « les points faibles étaient un peu les mêmes dans l'ensemble des pays y compris la France, c'était la prise en compte du handicap autre que moteur et visuel – handicap mental, cognitif, psychique – et la mise en accessibilité du patrimoine historique », explique Laurent Saby. De son côté, Pascale Ribes, vice-présidente de l'Association des paralysés de France relève qu’à Stockholm ou à Berlin, « l'accessibilité n’est pas vue comme une contrainte supplémentaire, mais comme une obligation que les pouvoirs publics doivent à la société, et comme du bénéfice pour tout le monde ». CQFD.
    C.N. avec AFP

     
     

    Accessibilité et nouvelles technologies : un couple qui s’installe doucement

     
    Les nouvelles technologies pourraient-elles venir aux secours des PMR dans leurs déplacements ? Oui et non, comme toujours. Non, parce que les nouvelles technologies 
    ne vont pas, dès demain, offrir la possibilité à tous les voyageurs en fauteuil roulantè 
    de commander le déploiement de la palette du bus. Non, aujourd’hui, mais pourquoi pas demain, dans l’air du tout-connecté.
     
    On peut rêver. Il se pourrait que le voyageur n’ait pas à commander quoi que ce soit et que tout se fasse automatiquement, le bus reconnaissant la présence du voyageur demandant cette accessibilité. Techniquement, tout est possible. Pratiquement, tout a un coût. En attendant ce monde idéal et qui ne regarderait pas à la dépense, il existe quelques exemples dans lesquels les nouvelles technologies peuvent aider les voyageurs PMR. Ainsi en avril 2011, le Sytral, le syndicat mixte des transports du Rhône et de l’agglomération lyonnaise, lançait IDV Métro, un système d’information dynamique des voyageurs en temps réel, pour le métro lyonnais et le funiculaire. Un ensemble de 118 panneaux déployés sur les quais, mais aussi dans les couloirs (16 écrans) et dans les parcs-relais (8), qui diffuse les horaires de passages des deux prochaines rames, les éventuelles perturbations et les prévisions de reprise. Jusque-là, rien de spécifique aux PMR.
    De façon générale, le Sytral estime à 30 % la part de ses voyageurs (1,5 million par jour) ayant des difficultés à se déplacer, ce taux incluant aussi bien les personnes en fauteuil roulant, les malvoyants, sourds ou malentendants, que les femmes enceintes, les personnes avec poussette, courses ou bagages, ou les personnes âgées. Alors concernant IDV Métro, il a souhaité le décliner pour les déficients visuels. Ce système possède donc aussi une fonction d’accessibilité qui permet d’offrir une synthèse vocale de l’information affichée sur n’importe quel panneau. Il suffit d’être à moins d’une trentaine de mètres d’un de ces écrans pour recevoir l’information, par liaison Bluetooth, en même temps qu’elle s’affiche, grâce à une application préalablement chargée sur le site du Sytral.
    Le module d’accessibilité d’IDV, est une aubaine pour les non-voyants et les malvoyants qui peuvent enfin entendre les horaires de passages des deux prochains métros. Mais, curieusement l’application a fait un flop commercial avec une dizaine de téléchargements. Pourtant, techniquement le système, développé en concertation avec les associations, fonctionne parfaitement. L’explication est sans doute liée à d’autre facteur : « on constate que la forte fréquence des métros, une rame toutes les minutes aux heures de pointe, n’incite pas à vouloir connaître les prochains passages », imagine Mickaël Maisonnial, chef de projet au Sytral, référent accessibilité.
    C’est peut-être pour cette raison – la fréquence – qu’à l’inverse de Lyon, la solution déployée à Angoulême est un succès. En février 2013, la Société des transports du Grand Angoulême (STGA), lançait Vocabus, une application qui donne, entre autres, les horaires de passages des prochains bus à chaque arrêt. Vocabus fonctionne soit en flashant un code 2D fixé sur l’abri du bus, soit en géolocalisant l’utilisateur. Elle énonce alors les arrêts les plus proches, les bus qui les desservent, les deux prochains passages pour chaque bus et chaque sens, sachant que les données GPS peuvent manquer de précisions, et confondre les arrêts d’un côté ou de l’autre de la rue.
    « C’est lors d’un forum sur l’accessibilité, qui se déroulait à Angoulême, que j’ai rencontré des représentants régionaux de l’association Valentin Haüy. On a développé Vocabus avec leurs conseils », raconte Sophie Violeau, responsable du service clientèle de la STGA. L’association conseille de simplifier l’application de la STGA déjà développée pour le mobile, avec un minimum d’information par page, des formes géométriques assez grosses et des couleurs spécifiques. « Le bleu et le jaune restent des couleurs distinguables même pour des déficients visuels à qui il ne reste que 5 % de la vision. » La boussole rouge sur un fond jaune indique au voyageur qu’il se trouve dans la partie « géolocalisation ». Le fond bleu, indique qu’on a choisi la recherche des horaires depuis l’abri, à partir du code 2D à scanner. Même travail commun sur la synthèse vocale dont le débit peut être accéléré ou ralenti selon le niveau de handicap.
    Depuis son lancement, l’application a été téléchargée 1 200 fois, dont 460 pour Android, le reste pour iOS. Même s’il est impossible de distinguer les utilisateurs valides de ceux, handicapés, ce nombre reste plutôt élevé, par rapport aux quelque 9,2 millions de voyageurs que transporte chaque année le réseau. Pas avare de son savoir, la STGA a, dès le lancement de Vocabus, annoncé qu’elle mettrait à disposition des réseaux intéressés, le code source de son logiciel, auquel l’entreprise, a tout de même consacré une vingtaine de milliers d’euros – à titre de comparaison, le Sytral avait investi 310 000 euros sur les 3,2 millions du projet IDV Métro.
    Châteauroux, Annecy et le département d’Ille-et-Vilaine se seraient montrés intéressés par Vocabus. La STGA a confié son logiciel à Agir, l’association de gestion des réseaux indépendants, cependant la création d’une plate-forme de services que souhaite proposer l’association tardant à voir le jour, Vocabus n’a pas encore de petits frères.
    A côté de ces applications spécifiques qui font appel aux nouvelles technologies, il existe d’autres outils, moins élaborés, pour aider les PMR dans leurs déplacements. Il s’agit, par exemple, à Lyon, de boîtiers de commandes multitâches, distribués par l’agglomération aux personnes handicapées, qui servent à faciliter leurs déplacements dans leur ensemble. Ils déclenchent une annonce sonore aux passages pour piétons, et précisent aussi, via des hauts parleurs extérieurs installés sur chaque rame, le terminus de chaque ligne de tramway, malheureusement uniquement sur les troncs communs.
    Concernant les bus, le boîtier permet aussi de déclencher l’annonce de la destination, mais seulement sur les bus les plus récents du parc des TCL, acquis depuis 2009. « Cela représente 25 % à 30 % du parc », explique Mickaël Maisonnial, chef de projet au Sytral, et référent accessibilité. Le renouvellement du parc, de l’ordre 50 à 60 bus par an, sur un parc de 1 000 véhicules, devrait progressivement améliorer l’accessibilité dans cette ville. Reste que la technologie ne fera pas disparaître les classiques bandes podotactiles, les boutons en reliefs ou en braille, ou encore les voyants lumineux annonçant la fermeture des portes.
    Yann GOUBIN

     

  • Mobilité : 14 tendances pour 2014

    Mobilité : 14 tendances pour 2014

     

    1. Le passager devient informateur

    A l’image de Tranquilien, l’application pour smartphone qui renseigne le voyageur sur la cohue ou non dans telle ou telle voiture d’un Transilien, c’est désormais le crowdsourcing – littéralement « approvisionnement par la foule » – qui est l’avenir de l’information voyageurs sur mobile. Même s’il y a encore beaucoup à dire sur les applis officielles des réseaux (lire aussi notre dossier « 80 applis pour mieux voyager » VR&T n° 561, mars 2014), place à l’ère du collaboratif !
    Tranquilien, par exemple, combine un modèle prédictif issu des bases de données SNCF et les informations envoyées directement par les usagers, qui sont ensuite vérifiées grâce à la géolocalisation, représentant en quelque sorte la deuxième « arme » des développeurs de l’avenir.
    La géolocalisation – active ou passive –, possible grâce au GPS du smartphone ou au signal GSM, permet d’offrir des services sophistiqués comme Wayz-Up, du covoiturage en entreprise pour les trajets domicile – travail. Un service souple et sans inscription préalable puisque l’appli fait le boulot pour vous : il suffit de garder le smartphone dans la poche, de réaliser son trajet et à l’arrivée Wayz-Up vous liste des covoitureurs qui ont rempli une demande le long du parcours. Magique ! A Stockholm, IBM a aussi expérimenté un système de gestion du trafic qui s’appuie sur les données anonymisées des téléphones cellulaires des automobilistes.
    En matière de transports en commun, le produit emblématique n’est autre que Moovit, une appli communautaire, reposant sur le partage d’informations en direct entre utilisateurs, amalgamées aux données officielles des transporteurs. Inspirée de Waze, l’appli de navigation pour automobilistes, elle fournit un itinéraire de remplacement si nécessaire. Waze qui couvre plus de 100 villes totalise plus de 3,5 millions de requêtes quotidiennes de par le monde. Reste un point crucial : pour une meilleure efficacité du crowdsourcing, il faudra que les réseaux de transports souterrains soient équipés en 3G ou 4G… 
    Cécile NANGERONI
     

    2. Le voyage s’affiche en temps réel

    Totalement dépassé l’indicateur horaire ? Désormais, le voyageur veut savoir combien de temps il mettra pour arriver à destination. Pour lui faciliter la vie, place donc à l’information « intelligente » en temps réel. « Prochain bus dans 4 minutes », « Arrivée Place de la République dans 11 minutes », « Il reste 2 vélos en libre service à la station Avenue-du-Général-de-Gaulle »…
    Pour que toutes ces informations s’affichent sur les écrans installés aux arrêts des transports publics ou embarqués à bord des véhicules, bus, trams, métros ou trains, il faut un puissant système d’information du voyageur (SIV) couplé à un système aide à l’exploitation (SAE). Ce sont les SAEIV, parfois appelés transports intelligents. Ces systèmes collectent automatiquement la position de chaque véhicule d’un réseau afin d’aider à la régulation du trafic. Il gère aussi les situations perturbées, recalculant instantanément un itinéraire, annonçant l’information à chaque conducteur sur son pupitre, à chaque arrêt concerné, et jusque sur le smartphone des voyageurs qui en ont fait la demande.
    Les SAEIV peuvent aussi collecter les informations de la billettique embarquée, ou rassembler des données propres à chaque véhicule comme la consommation de carburant, ou l’usure de pièces en vue de la maintenance préventive. Les SAE permettent également de gérer les services, par exemple les heures de prise de conduite, puisque les conducteurs s’identifient lorsqu’ils prennent le volant.
    Tout est théoriquement possible, dès lors que les véhicules sont équipés de capteurs pour enregistrer les informations et les transmettre. Pour aller plus loin, il faudra lever un obstacle : faire dialoguer « les systèmes informatiques des différents réseaux tous modes confondus qui ne parlent pas la même "langue" », explique-t-on chez Ineo Systrans, leader dans les SAEIV des réseaux urbain qui équipe 110 réseaux en France dont celui de Rennes, Dijon, Grenoble, ou dans le monde à Dubaï, Edimbourg ou Québec. A terme, et en rêvant un peu, on peu imaginer une automatisation toujours plus grande, pourquoi pas pilotée par les SAE ?
    Yann GOUBIN
     

    3. Les titres s’affranchissent des bornes

    Les titres de transport en papier cartonné sont en voie de disparition. Les voyageurs occasionnels, derniers utilisateurs de ces modèles, sont de plus en plus poussés vers les modèles sans contact, identiques, dans leur format et leur fonctionnement, aux cartes que les abonnés utilisent depuis de nombreuses années.
    Pourquoi les convertir ? Parce les non-abonnés représentent les deux tiers des usagers d’un réseau, partagés entre environ 40 % de voyageurs empruntant les transports une à deux fois par semaine, et 20 % d’utilisateurs très exceptionnels. Or, ces clients font parfois perdre du temps aux chauffeurs de bus chargés de la vente à bord. C’est justement cet inconvénient qui avait poussé le réseau de Belfort à supprimer ce type de vente, puis à passer au sans contact en 2008.
    De son côté, pour convaincre ses « occasionnels », Nantes associe à sa carte LibertTan, comme beaucoup de réseaux, le post-paiement qui permet à l’usager de ne payer les trajets qu’à la fin du mois suivant en fonction des voyages effectués. Quatre mois après son lancement, cette carte a été délivrée à 13 000 clients, soit, en extrapolant, près de 39 000 sur un an. Bien au-delà des prévisions de la Semitan qui, en octobre 2013, espérait fidéliser 20 % des 100 000 usagers qui utilisent en moyenne l’équivalent de deux carnets de dix tickets par mois. L’étape suivante, c’est de faire de ces cartes… des multicarte. Comme Nantes qui veut y intégrer le paiement des véhicules en libre service ou en autopartage, et même le stationnement payant. La carte multimodale existe déjà à Belfort, où le pass Optymo, permet de payer vélos et voitures en libre service, également en post-paiement.
    Parallèlement au développement des cartes sans contact, le paiement par téléphone peine à se développer, faute d’un parc de téléphones NFC suffisant et du partage du pouvoir entre opérateurs de transports et de téléphonie. Quant à la carte bancaire, permettant de payer le tramway, lancée en 2011, par la BPCE à Reims, elle pourrait être élargie, à la fin de l’année, à l’ensemble des nouvelles cartes bancaires accordées dans l’agglomération rémoise, pour les clients qui en ferait la demande.

     

    4. Les Led éclairent « à la carte »

    Dans une gare, une station de métro, un arrêt de bus, comme à l’intérieur des véhicules, la lumière ne s’éteint jamais. Et cela finit par coûter cher. A la RATP, par exemple, l’éclairage représente 12 % de la consommation électrique totale de l’entreprise. Comment faire baisser la facture ? En choisissant la technologie Led qui permet de moins consommer d’électricité tout en conservant une puissance lumineuse égale. Pour un watt consommé, le Led produit 110 lumens, l’unité internationale de puissance lumineuse. En comparaison, une ampoule à filament produit seulement 12 lumens par watt consommé. Le tube fluorescent faisait un peu mieux, avec 150 lm/W, mais avec l’inconvénient de diffuser à 360° donc de perdre une partie de cette puissance puisqu’elle est réfléchie par un support. Ainsi, à la RATP, « on a estimé à 64 % l’économie d’énergie avec un niveau d’éclairement identique », dit Gilles Riemenschneider, chef de projet Relamping éclairage Led du réseau RER et Métro à la RATP.
    Non seulement la technologie Led est moins gourmande, mais elle est plus « durable ». « Avec la technologie Led, on passera à un échange de toutes nos sources lumineuses tous les cinq ans contre un renouvellement tous les deux ans », poursuit Gilles Riemenschneider. Par ailleurs, sa petite taille – plus ou moins celle de la pointe rouge d’une allumette – la rend plus modulable. Fonctionnant par multiple pour atteindre la puissance souhaitée, il suffit de les assembler selon ses besoins : en ligne, en carré, en disque. Elle ne nécessite pas de tensions élevées. Il faut même réduire les classiques tensions 220 V ou 380 V, pour qu’elle fonctionne. En se contentant de 48 V, 12 V ou même 9 V, des tensions plus facilement fournies dans le matériel roulant et les véhicules de transports publics, la Led y trouve là toute sa pertinence. Elle permet de surcroît une lumière dynamique, qui peut changer selon l’heure ou l’usage. Alstom travaillerait par exemple à des plafonds de voitures qui pourraient changer de couleur à l’approche d’une gare pour annoncer le prochain arrêt. Et dans les couloirs du métro, on pourrait imaginer des Led, dont l’intensité lumineuse, serait renforcée au passage des voyageurs. Les Led permettent aussi de changer la couleur émise, pour mettre en scène le bâtiment, comme à Bruxelles, où l’entrée de la gare centrale sur la Grand-Place a été dotée d’un éclairage de couleur en décembre 2013. Et elles éclairent aussi la gare de Turin-Porta-Susa, depuis sa construction en 2008.
    Y. G.
     
     

    5. Les trams se font compacts…

    Qu'est-ce qui mesure moins de 24 m et transportera bientôt quelque 130 voyageurs dans les rues de trois agglomérations françaises ? Réponse : une nouvelle catégorie de tramways, plus « compacts » que les véhicules classiques de 32 ou 42 m. Après que Besançon a opté pour tram court produit à Bagnères-de-Bigorre par Caf, Alstom a jugé ce concept suffisamment intéressant pour développer à La Rochelle sa propre offre de Citadis Compact. Un « petit frère » qui a nécessité de réinventer nombre de solutions techniques par rapport aux Citadis antérieurs, plus quelques nouveautés comme les moteurs à aimants permanents et les bogies Ixège. Un investissement payant dans un premier temps, puisque le Citadis Compact a été choisi par les agglomérations d'Aubagne et de d'Avignon. Les ressemblances apparentes entre les modèles signés Caf et Alstom se retrouvent jusqu'au prix, quasi identique : 1,8 million d'euros pièce.
    Destinés aux agglomérations de taille moyenne, ces trams compacts pourraient également intéresser de plus grands réseaux pour assurer des dessertes de fréquentation moyenne (services limités, heures creuses…) Et sans attendre les trois premières mises en service, les deux constructeurs pensaient déjà à équiper les éventuels futurs réseaux de Caen et Amiens. Mais c'était sans compter sur les résultats des élections municipales de 2014, qui ont non seulement porté au pouvoir de nouvelles majorités hostiles au tram dans les deux villes envisagées, mais aussi à la tête de l'agglomération d'Aubagne.
    Déjà mort avant d'entrer en service, le tram compact ? Quand on voit la difficulté qu'ont eue les premiers projets français de tramways à s'imposer, réalisés parfois deux décennies après les plans initiaux (Reims, Brest), on peut penser que la réponse est négative, mais qu'il faudra être très patient quand on se bat dans la même catégorie qu'un BHNS.
     

    6. … et oublient les caténaires

    Il y a dix ans, c'était au mieux un gadget pour esthètes. Et au pire, un sujet de railleries pour les tenants de l'alimentation classique par ligne aérienne de contact (LAC).  Il faut dire qu’à l’époque, l'APS (alimentation par le sol) réalisée par Alstom au moyen d'un troisième rail électrique pour le tout nouveau tramway de Bordeaux, afin de ne pas impacter visuellement les sites du centre-ville historique, n'était pas tout à fait au point.
    Dix ans plus tard, la solution proposée par Alstom fonctionne non seulement dans la métropole girondine, mais aussi dans les traversées des centres-villes de Reims, Angers ou Orléans, tout en s’exportant à Dubaï et Brasilia.
    L'idée ne devait pas être si mauvaise puisque d'autres formes d'alimentation des tramways par le sol ont été développées par la concurrence. C’est ainsi que Bombardier propose son système Primove (par induction et sans contact) alors que de son côté, Ansaldo STS présente désormais son dispositif TramWave (alimentation électrique par le sol). Si le premier a jusqu'à présent surtout trouvé des applications pour les bus électriques, comme à Brunswick, en Allemagne, le second s'exporte en Chine, à Zhuhai.
    Mais on peut aussi se passer de ligne aérienne de contact en stockant l'énergie à bord. Et dans ce domaine, presque tous les constructeurs de matériel roulant ont des solutions à proposer, basées sur des batteries ou des supercondensateurs (dits supercaps) pour le stockage de l'énergie électrique, voire en mettant en œuvre un volant d'inertie. 
    Au quotidien, des solutions de stockage sont en service à Nice (Alstom) comme à Saragosse (Caf), parallèlement à des essais à Mannheim (Bombardier, suivi d'une commande) et Genève (Stadler). 
    Et quoique disent les partisans de la LAC, généralement de tradition technicienne, l'absence de fil de contact rend le tram bien plus acceptable aux yeux du grand public. Tant pour des raisons esthétiques que de sécurité (pompiers…) Même s'il est vrai que les LAC modernes sont bien plus élégantes que les caténaires, appellation à réserver au ferroviaire "lourd", voire aux lignes de tram établies en site propre loin des centres-villes.
    Patrick LAVAL

     

    7. Les BHNS usurpent parfois leur titre

    Qui n’a pas son BHNS ? Apparu en France en 1993 dans le Val-de-Marne sous le nom de TVM, il n’a cessé, depuis, de conquérir de nouveaux territoires. Le bus à haut niveau de service a d’abord séduit les grandes agglomérations, puis les villes moyennes. Disposant généralement de métros ou de tramways pour desservir leurs grands axes, elles ont ainsi pu étoffer leurs réseaux. C’est le cas de Nantes qui a mis en circulation l’été dernier sa deuxième vague de Chronobus pour compléter son Busway. Ou encore de Nancy qui a lancé une ligne Stanway en septembre dernier. De son côté, au terme d’un vif débat, Metz a préféré au tramway le Mettis inauguré en octobre 2013. Des choix parfois contestés : le Busway victime son succès, était-il la bonne solution pour Nantes ?
    Cette question, des villes ou communautés d’agglomérations aux tailles plus modestes ne se la posent plus : elles veulent à leur tour leur BHNS. Thionville par exemple a fait part d’un projet BHNS fin 2013. Ce développement aux quatre coins de France est favorisé par le soutien de l’Etat prévu dans le cadre du Grenelle de l’environnement, qui se concrétise notamment par le biais des appels à projets destinés à promouvoir les transports collectifs en site propre.
    Mais son appellation est parfois abusivement utilisée. Le BHNS est censé n’avoir plus rien à voir avec son ancêtre le bus, dont l’image est trop souvent associée à la pollution et à la lenteur. L’idée est d’offrir un service comparable à celui d’un tramway, que ce soient en termes de confort, fréquence élevée, régularité, amplitude horaire, vitesse commerciale… la création de sites protégés permettant d’assurer un haut niveau de service. Cela, avec un coût bien moins élevé que celui engendré par un tramway. Moins capacitaire qu’un tram et doté d’une durée de vie moins longue, le prix d’acquisition d’un BHNS varie dans une fourchette comprise entre 300 000 à 900 000 euros selon ses caractéristiques contre 1,8 à 3 millions d’euros pour une rame de tramway. Les coûts d’exploitation sont également de 2 à 3 fois moins importants.
    Reste qu’il est très souvent tentant, pour les élus, d’investir dans l’image véhiculée par le bus, dans le design, voire de revoir tout l’aménagement urbain… Une tendance à saler de nouveau la facture. 
    M.-H. P.
     

    8. Les bus prennent de la longueur…

    Au cours de la dernière décennie, l’écrasante majorité des ventes européennes d’autobus a porté sur le « standard » de 12 m et l’« articulé » de 18 m avec, loin derrière, les « midibus » de 8 à 11 m. Accroître la capacité unitaire des véhicules reste une préoccupation majeure pour beaucoup d’opérateurs, tant pour faire face à l’augmentation du trafic que pour améliorer la productivité du système. Le « double articulé » de 24 m est un recours extrême, qui restera un marché de niche…
    La solution la plus récemment apparue est le « rigide » de 15 m sur trois essieux, dont le dernier est directeur (son angle de braquage étant fonction de celui du premier) afin d’améliorer l’aptitude du véhicule à manœuvrer. L’idée de ses promoteurs était d’offrir une capacité se rapprochant de celle d’un articulé de 18 m, sans en supporter le surcoût à l’achat et à la maintenance, consécutif à l’articulation elle-même. Mais il est vite apparu que le rigide de 15 m était bien loin de pouvoir passer là où le faisait sans difficulté l’articulé de 18 m. Et des réseaux comme Berlin, qui crurent un temps en cette formule, sont assez vite revenus en arrière, à cause du nombre proportionnellement plus important d’accrochages avec ces véhicules…
    Sur le continent, la vieille solution du « train routier », déjà pratiquée il y a une soixantaine d’années dans les pays germaniques mais tombée en désuétude depuis, revient désormais sur le devant de la scène. L’idée est de constituer un ensemble « autobus tracteur + remorque à deux essieux ». Deux configurations existent actuellement : le « Maxizug », avec un standard de 12 m (Zug signifie « train » en allemand), et le « Midizug », à partir d’un midibus. Le train routier présente de nombreux avantages. Celui qui vient d’emblée à l’esprit est la flexibilité : en attelant ou dételant la remorque, il devient possible d’adapter la capacité du véhicule en fonction du trafic. Le train routier est aussi plus simple dans sa conception que l’articulé, et donc d’une maintenance plus aisée et moins onéreuse. Enfin, un avantage très significatif du train routier réside dans son caractère « monotrace », autrement dit cette propriété particulière qui veut que les roues arrières passent exactement dans les traces des roues avant, alors que, sur les articulés en giration, existe le phénomène bien connu de « balayage » par la voiture arrière. Du coup, le train routier devient ainsi presque aussi manœuvrant qu’un standard. Plus d’une vingtaine d’opérateurs européens l’ont adopté, même s’il ne s’agit, pour le moment, que de petites quantités.
     

    9. … ou de la hauteur

    Si l’on ne veut pas allonger le véhicule, il est toujours possible de lui faire prendre de la hauteur ! L’autobus « à étage » ne doit pas être considéré comme juste une tradition britannique, alors qu’il fait tous les jours la preuve de son efficacité à Hongkong, Singapour, ou plus près de nous, à Berlin ou Porto. A Londres, le nouveau « Borismaster » (surnom plus populaire outre-Manche que sa désignation officielle de « Nouveau Routemaster ») s’approprie, ligne après ligne, le cœur de la capitale. Fin juin, 270 unités, sur les 600 commandées, auront été livrées. Il s’agit d’un autobus assez révolutionnaire, développé et construit par l’industriel Wright en Irlande du Nord. A propulsion hybride, il incorpore deux escaliers et trois portes, celle à l’arrière s’ouvrant largement sur la plate-forme afin de permettre indifféremment deux modes d’exploitation : avec le conducteur seul (porte arrière fermée entre les arrêts), ou avec un deuxième agent (porte arrière toujours ouverte). L’autobus à étage présente un certain nombre d’avantages : c’est lui qui utilise le moins d’espace au sol par rapport au nombre de voyageurs transportés, qui offre le plus fort ratio de places assises, et qui sera toujours le plus léger (paramètre influant très favorablement sur la consommation d’énergie) puisque l’essentiel des structures situées au-dessus du plancher de l’étage n’a pas à être dimensionné pour reprendre des efforts mécaniques.
    Philippe HERISSE
     

    10. Les bus biberonnent à l’électricité

    Aujourd’hui terriblement tendance, l’autobus 100 % électrique n’est pourtant pas une idée nouvelle. Depuis toujours, l’on rêvait d’un véhicule urbain qui puisse offrir les qualités exceptionnelles du trolleybus (capacité d’accélération, souplesse de fonctionnement, aptitude à gravir les côtes, « zéro émission », quasi-absence de bruit en provenance de la motorisation) tout en s’affranchissant de la principale sujétion rencontrée dans son exploitation, à savoir la présence d’une ligne aérienne bifilaire indispensable pour son alimentation. Stocker l’énergie électrique à bord d’un autobus et l’utiliser pour sa propulsion n’était pas davantage une nouveauté. En revanche, les ingénieurs avaient jusqu’ici toujours buté sur la même difficulté : l’encombrement et la masse des batteries d’accumulateurs à embarquer minoraient significativement la capacité d’emport en voyageurs des véhicules. Pour un autobus de 12 m parcourant 200 km par jour, il fallait envisager 4 à 6 t de batteries. Bien trop lourd ! Même avec seulement 3 t, on perdait déjà, en capacité potentielle, 30 à 40 personnes. C’est pourquoi les premières réalisations ont essentiellement concerné des « midibus ». Par ailleurs, la longévité des batteries était loin d’atteindre la durée de vie du véhicule, et leur recyclage restait délicat. L’idée qui a donc récemment fait son chemin est celle du « biberonnage », aux seules fins de réduire le volume et la masse des batteries. Avec cette technique, le véhicule se recharge fréquemment en énergie à la faveur de courts stationnements aux terminus ou en certains points de la ligne qu’il dessert. Pour ce faire, on utilise une très courte section de ligne bifilaire (Siemens à Vienne), ou tout autre système inédit de contacts aériens ponctuels (Volvo à Göteborg, mais avec des véhicules hybrides-électriques), voire un biberonnage de type inductif, et donc sans contact physique (Bombardier Primove). Le nouvel autobus électrique est né et, selon divers experts, au moins 10 % des autobus commercialisés dans les prochaines années rouleront à l’électricité, tandis qu’à terme, la totalité serait concernée. Les industriels européens sont bien décidés à ne pas rater ce nouveau marché, parmi lesquels, pour n’en citer que quelques-unes, Siemens et Bombardier pour les « électriciens », ou encore Volvo, VDL et Solaris du côté des « ensembliers ». Ils vont avoir fort à faire face à des Chinois qui, en butte à de sérieux problèmes de pollution atmosphérique, sont partis à fond sur ces nouvelles technologies. Dernière commande en date, celle de la ville d’Hangzhou qui achète pas moins de… 2 000 autobus standard de 12 m à Byd, dont un millier pourrait déjà être livré avant la fin de l’année. Dès lors qu’il s’agit d’autobus 100 % électriques, l’empire du Milieu ne fait visiblement pas les choses à moitié…
    Ph. H.
     

    11. Les transports s’envoient en l’air

    Le Val-de-Marne, Brest, Toulouse, Grenoble. On ne compte plus les autorités organisatrices qui projettent d’installer un téléphérique.
    Le concept n’est pas nouveau. D’abord limité aux montagnes pour transporter les skieurs, les constructeurs ont très vite cherché de nouveaux débouchés pour leurs produits. Avec succès, mais surtout à l’étranger notamment en Amérique latine ou en Asie.
    Depuis quelques mois, l’idée de prendre de la hauteur reprend de la vigueur sur le territoire national. Essentiellement pour des questions de coûts en ces temps de disette budgétaire. Car l’infrastructure coûte bien moins cher qu’un tramway, et même qu’un BHNS « haut de gamme », surtout lorsqu’il doit évoluer dans une géographie accidentée.
    Car, et c’est l’autre atout du téléphérique, il permet de franchir les obstacles naturels, comme à Brest où il permettra de relier les deux rives de la Penfeld, une rivière très encaissée qui traverse la ville. Ce mode trouve aussi sa pertinence dans un tissu urbain très dense, offrant un moyen de franchir les fleuves donc, mais aussi les voies de chemin de fer, les triages ou les autoroutes comme dans le Val-de-Marne.
    Enfin, on peut avancer un argument environnemental, puisque l’infrastructure d’un téléphérique légère, n’impose pas de longs, bruyants et gênants travaux. Et elle serait la seule à être réversible, puisqu’il suffit d’enlever les pylônes pour retrouver la ville comme elle était avant.
    Le regain d’intérêt pour le téléphérique se traduit par l’apparition de projets originaux, comme à Toulouse, où le sénateur Jean-Pierre Plancade candidat aux municipales de Toulouse proposait le « Skytrain », sorte de monorail suspendu composé de cabines de quelques places, dont la construction « serait cinq fois moins cher, au kilomètre, qu’un tramway ».
    Plus étonnant encore, le 3D Express Coach, un projet chinois de train géant (7,8 m de large) circulant à près de 2 mètres au-dessus des autoroutes, sur des rails installés sur les bords, de chaque côté de la route. Imaginé en 2010 par les ingénieurs de Shenzhen Hashi Future Parking Equipment, un prototype devait être testé dans un quartier de Pékin. 
    Y. G.
     

    12. Le CBTC se diffuse sur tous les modes

    Depuis une douzaine d’années, le CBTC (communication-based train control, c’est-à-dire « contrôle-commande des trains par télécommunications ») permet aux métros de passer plus fréquemment ou d’être exploités sans conducteur, le tout en se passant d’infrastructures lourdes. Selon la norme IEEE 1474, l’appellation CBTC concerne tout type de liaison haut débit, continue et bidirectionnelle entre le sol et les trains, avec localisation de ces derniers indépendamment des circuits de voie. Elle permet de gérer la marche de ces trains par communication entre ordinateur central et ordinateurs embarqués (tels des équipements de conduite automatique). Toutefois, en langage courant, le CBTC est souvent réduit à des solutions de contrôle-commande mettant en œuvre une liaison sol-train de type radio redondée, par réseau d’antennes ou par câble rayonnant type radial. Et les spécialistes pensent que le CBTC radio, qui permet d’autres services, sera la solution prédominante à l’avenir.
    Les origines de ce type de contrôle-commande remontent au système Seltrack de SEL (devenu Alcatel SEL et aujourd’hui Thales) installé dans le SkyTrain de Vancouver dès 1985. Depuis, l’électronique embarquée et les systèmes de communication ont évolué et désormais, les systèmes à induction équipent 55 % des kilomètres de lignes de métro automatique, contre 29 % pour le CBTC radio et 16 % pour le CBTC à micro-ondes.
    Bientôt, les métros (ligne 1 de la RATP automatisée par Siemens, ligne rouge de Stockholm en cours d’équipement par Ansaldo STS) n’auront plus l’exclusivité du CBTC, puisque cette solution a également été retenue pour des lignes plus « lourdes ». Ceci vaut en particulier pour la future traversée londonienne Crossrail et dans le cadre du prolongement du RER E francilien.
    Parallèlement, le CBTC évolue. Un exemple concret est l’équipement innovant en cours de développement par Alstom pour la rénovation du métro automatique de Lille, dont les principes sont plus « flexibles » que ceux de la norme IEEE 1474. Recentré sut les trains, ce nouveau système a pour but d’éviter les allers et retours entre les trains et la voie, tout en limitant les communications entre les trains aux échanges nécessaires. 
    P. L.
     

    13. Les VTC montent en puissance

    Aux Etats-Unis, ils font partie intégrante du paysage des transports en commun. Pas – encore ? – en France. Mais cela pourrait très vite changer… Les VTC ou voitures de tourisme avec chauffeurs ne sont en effet ni plus ni moins qu’une forme de taxis, parfois collectifs, accessibles moyennant un prix forfaitaire indépendant des embarras de la circulation. Des entreprises – comme AlloCab ou Uber – qui recrutent leurs clients grâce à des applis smartphones dernier cri permettant de géolocaliser les chauffeurs à proximité, réserver et payer, puis de noter le service.
    Leur récente percée sur le marché parisien fait le buzz, en raison notamment de la guéguerre avec les taxis, qui les accusent de marauder alors que ça leur est interdit. Ils s’écharpent aussi sur le lucratif marché de la course aéroportuaire et le député Thomas Thévenoud a proposé dans son rapport fin avril une série de préconisations, comme le tarif forfaitaire de et vers les aéroports ou l’harmonisation de la gouvernance des transports légers de personnes dans le Grand Paris.
    Autres raisons de la vogue du VTC : le secteur est en ébullition. Ainsi la société Snapcar a remporté un fin mars un contrat avec la SNCF pour transporter des voyageurs depuis quatre gares franciliennes – Paris-Nord, Paris-Saint-Lazare, Marne-La-Vallée-Chessy-TGV et Roissy-Charles-de-Gaulle – pendant une année reconductible. Dans le cadre de ce service « porte à porte », Snapcar espère quelque 2 000 courses quotidiennes de 20 euros chacune. Par ailleurs, le PDG de Transdev, Jean-Marc Janaillac, a manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour ce marché sur lequel le groupe est déjà un peu présent avec Supershuttle.
    « Nous sommes en train d'étudier le lancement d'une offre de VTC sur la région Ile-de-France », a-t-il indiqué mi-avril, arguant de l’expérience de Transdev « aux Etats-Unis, à Londres et aux Pays-Bas » où il constate « une complémentarité très forte entre les taxis et les VTC ». L’idée du groupe : proposer des véhicules à des entreprises sur la base de contrats préétablis. En aucun cas entrer en guerre contre les taxis… Favorable à « une réglementation plus stricte qui sépare très clairement les deux activités », Jean-Marc Janaillac estime qu’il y a de la marge : « Il y a 3 taxis ou VTC pour 10 000 habitants en Ile-de-France, il y en a 9 à Londres et 12 à New York »…
    C. N.
     

    14. L’ « Origine France » est garantie

    Pour qu’un véhicule soit « français », faut-il que son constructeur le soit aussi ? Pas évident. Souvent, les médias qualifient respectivement de « français », « canadien » ou « allemand » les groupes Alstom, Bombardier et Siemens. Et ces deux derniers n’apprécient que très modérément de retrouver dans la presse française ces adjectifs de nationalité, surtout quand leurs produits sont conçus et assemblés en France. En effet, la plus grosse usine de Bombardier Transport, qui produit quasi exclusivement des métros, trains de banlieue et TER pour le marché français, se situe à Crespin (Nord). Et quand Siemens automatise la ligne 1 du métro parisien, les heures de travail sont effectuées à Châtillon (Hauts-de-Seine). Réciproquement, la plus grosse usine Alstom Transport se situe dans le nord de l’Allemagne, à Salzgitter (mais elle ne travaille quasiment pas pour le marché français).
    En fait, pour être « made in France », il suffit d’être assemblé en France, comme les tramways conçus par le constructeur espagnol Caf pour les villes françaises, dont le montage s’effectue à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) ou les cars Mercedes assemblés à Ligny-en-Barrois (Meuse).
    Mais que dire alors des bus produits en France par Iveco Bus (ex-Irisbus) et Heuliez Bus, entreprises dont le siège de la maison mère, Iveco, est en Italie ? Eh bien, ils portent fièrement le label « Origine France garantie », notion qui fait l’objet d’un luxueux dépliant signé Iveco Bus. Bien mieux qu’un vulgaire « made in France », à la portée de n’importe quelle « usine tournevis », ce label est décerné suite à un audit de Bureau Veritas Certification, agissant pour le compte de l’association Pro France. Le produit labellisé doit respecter deux critères : « le lieu où le produit prend ses caractéristiques essentielles est situé en France » et « 50 % au moins du prix de revient unitaire est acquis en France ». Vu à Bordeaux en novembre dernier lors de l’exposition des Rencontres nationales du transport public, ce label devrait fleurir à Paris en juin !

     

  • Brétigny : il faudra repenser la maintenance

    Le 7 juillet à 15h, tous les médias de France étaient braqués sur Éric Lallemant, le procureur de la République d’Évry, qui devait annoncer les conclusions des deux expertises commandées par la justice suite au déraillement de Brétigny. Mais déjà, depuis la veille, des « fuites » permettaient à la presse d’anticiper les conclusions de ces expertises. En particulier, la machine médiatique s’est emballée sur l’expression « état de délabrement jamais vu par ailleurs » figurant en conclusion d’une des deux expertises et généralisée par les journaux papier, radio ou télévisés au réseau ferré français dans son ensemble.
    D’où une réaction immédiate et commune de la SNCF et de RFF (à en-tête de la seule SNCF, auront noté les plus observateurs) : « Le réseau ferroviaire français fait l’objet d’une maintenance de très haut niveau et d’une surveillance constante qui exclut [cette] expression outrancière ». Outrancière si elle est tirée de son contexte, car au cours de sa présentation des rapports, le procureur d’Évry a remis cette expression à sa place : « l’état de délabrement » était celui de l’appareil de voie incriminé lors du déraillement. Et pas celui du réseau, ce que disait depuis toujours le rapport incomplètement cité par les médias. Signé par les ingénieurs Michel Dubernard et Pierre Henquenet, ce rapport sur les causes du déraillement conclut en effet : « Devant l’état de délabrement – jamais vu par ailleurs – de l’armement de cet ADV, nous nous sommes intéressés de près aux conditions dans lesquelles celui-ci avait été entretenu, l’exploitation et l’état du matériel roulant n’étant pas la cause du sinistre ». Une fois les trois lettres ADV explicitées – pour « appareil de voie » – tout devient plus clair : c’est sur cet appareil (une traversée jonction double, en abrégé TJD) et sa maintenance que l’investigation devait se concentrer.
     
    En fait, c’est par l’autre document en sa possession, le rapport métallurgique signé par Laurent Régnier, expert au Cetim (Centre technique des industries mécaniques), que le procureur a débuté sa présentation. « L’examen visuel de la TJD fait apparaître 211 faits remarquables », parmi lesquels on peut déjà isoler « une centaine de défauts visibles qui ne résultent pas de la catastrophe, mais existaient antérieurement » tels des éléments de fixation desserrés ou manquants… Rien de critique question sécurité, mais ce cumul de signalements n’en est pas moins « symptomatique de l’état de l’appareil sur lequel elles se trouvent » pour reprendre les termes du rapport Dubernard et Henquenet.
    En tout cas, les « cinq » vis de l’éclisse, qui comptait quatre trous, ont été retrouvées et mises sous scellé. Cinq, selon le rapport du Cetim cité par le procureur, puisque deux vis ont successivement occupé la même position sur le trou 3 de l’éclisse (les trous sont numérotés de 1 à 4 dans le sens de circulation du train). L’absence de l’ancienne vis du trou 3 avait déjà entraîné la fissuration de ses voisines avant son remplacement, intervenu un an avant le déraillement. La rupture de la nouvelle vis, « entre un et huit mois avant la catastrophe », a dû relancer le processus de fragilisation.
    La cause de ces ruptures successives était à chercher dans la fissuration de l’about du cœur de traversée qui, à en juger des traces sur son âme, était un « processus ancien ». Une fissuration longue, remontant à 2008, qui a reporté sur l’éclisse – et ses boulons – l’effort normalement exercé sur l’âme du rail. 
     
    Passant au rapport Dubernard et Henquenet, le procureur de la République écarte d’emblée la malveillance – un tel acte « aurait été concentré sur un point ». Ce rapport met en lumière « le même processus de dégradation » que sur l’éclissage de la TJD de l’accident sur deux des trois autres éclissages en itinéraire direct, « toutefois à des degrés moins avancés », l’assise de l’appareil de voie étant instable et favorisant un phénomène de danse (déplacement vertical du rail) au passage des convois. Pourquoi ces éléments, connus à tel point que le passage de Brétigny était classé « ZER, c’est-à-dire zone à évolution rapide » n’ont pas fait l’objet d’une surveillance accrue ou plus adaptée ? Parce que la maintenance telle qu’elle est pratiquée par la SNCF est « inadaptée », répond le procureur, parlant de « déficit de qualité » dans ce domaine. « Les référentiels de maintenance sont volumineux, surabondants, parfois inadaptés voire contradictoires » : reprenant mot pour mot les expressions des experts, le magistrat souligne en outre, dans le cas particulier de Brétigny, « l’insuffisance de prise en compte des spécificités locales » (classement ZER) dans l’exécution de la maintenance. Enfin, cette dernière a souffert de « très nombreuses lacunes » question traçabilité, ce qui a conduit à une erreur jamais rectifiée depuis 2008 au sujet de la fissuration de l’about de cœur de traversée.
    Au cours de la séance de questions-réponses qui a suivi son intervention, le procureur a rappelé les résultats des inspections effectuées sur trois sites pour y constater l’état de maintenance de TJD similaires à celles de Brétigny. Si à Épernay, cet état était « satisfaisant » et que Juvisy avait occasionné des « observations », Noisy-le-Sec avait eu droit à des
    « observations plus sévères ».
     
    Suite à ces « observations », qui remontent au 28 janvier dernier et ont été adressées par Éric Lallemant à Guillaume Pepy le 11 février, une expertise « immédiate » a été effectuée sur les appareils de voie en question de Noisy-le-Sec par RFF et la SNCF, donnant lieu à une réponse du président de la SNCF le 25 février : « ces contrôles ne mettent en évidence aucun risque pour la sécurité de l’exploitation ferroviaire ». Une réponse dans laquelle Guillaume Pepy souligne la contradiction entre une nécessité d’interventions d’urgence et l’absence de mise en garde ou de messages d’alerte des experts.
    De fait, les défauts observés (entretoise desserrée, attache Nabla avec boulon absent, attaches manquantes ou cassées, danse…) ont été pour l’essentiel classés « dans la norme » par les agents de SNCF Infra. Toutefois, on n’est jamais trop prudent : « des compléments de travaux devaient être faits » ont ajouté les présidents de la SNCF et de RFF lors du point presse du 7 juillet, moins de deux heures après l’intervention du procureur d’Évry. Au sujet de cette intervention, « nous ne contestons en rien ce qu’a dit le procureur de la République » et « prenons acte » ont insisté les présidents, le malentendu médiatique sur l’« état de délabrement » ayant été dissipé. « Le réseau n’est pas en état de délabrement, mais il a vieilli », précise toutefois Jacques Rapoport, même si « le réseau ferroviaire français est un des plus sûrs d’Europe ; c’est Marcel Verslype [directeur de l’Agence ferroviaire européenne] qui l’a dit ! ». Et d’ajouter que « nous sommes avant l’Allemagne »… mais derrière l’Irlande, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Suède.
     
    Pour remédier au vieillissement du réseau, les moyens financiers et humains ont été accrus ces dernières années, en particulier en Île-de-France, où iront la moitié des 2 000 nouveaux embauchés de SNCF Infra. Et puis il y a les mesures issues du programme Vigirail, présentées dans notre numéro précédent (vérification extensive du réseau l’été dernier, en particulier les aiguillages les plus sollicités, 500 aiguillages changés en 2017, cinq engins de surveillance du réseau, smartphones et tablettes, simplification des référentiels…) Parallèlement, une remise à neuf de l’ensemble des appareils de voies de Brétigny est déjà engagée, qui entraînera une limitation temporaire de vitesse à 100 km/h tant que l’intégralité du plan de voie n’aura pas été revue.
    « Je répète comme le 12 juillet 2013 que la SNCF se considère comme responsable », martèle Guillaume Pepy, alors que Jacques Rapoport souhaite avoir les rapports en main pour les étudier. Car la procédure est loin d’être close.
    Patrick LAVAL
  • Alstom Transport : Pure player ou champion européen ?

    Alstom Transport : Pure player ou champion européen ?

    Avant de décider d’y aller, ou pas, les dirigeants de Siemens ont adressé le mardi 20 mai une lettre à ceux d’Alstom, dans le cadre de leur travail de due diligence. La demande d’informations qu’elle comportait a pu être lue comme un signe d’hésitation. On semblait tout de même s’acheminer vers deux offres opposées. Ou peut-être trois, en comptant « le plan C » annoncé in extremis le 21 mai par Arnaud Montebourg. GE, dont l’offre courait jusqu’au 2 juin, l’a prolongée jusqu’au 23 juin, ce qui devrait aussi donner le temps de peaufiner les propositions adverses.
     
    D’un côté l’offre de GE, déjà formulée, de l’autre celle de Siemens. Elles sont opposées mais pas symétriques. L’intention n’est pas la même. Dans le cas de GE, souligne un observateur, l’offre s’inscrit dans une stratégie offensive : le groupe américain veut acquérir l’énergie (en fait, Power, beaucoup moins Grid ou les énergies renouvelables). Dans le cas de Siemens, elle est défensive : il ne faut pas laisser GE s’emparer de l’énergie d’Alstom. Autre dissymétrie, le cash. GE dispose de 60 milliards d’euros pour procéder à des acquisitions. Siemens, de moins de trois.
    Il en résulte des offres différentes. Celle de GE met sur la table un cash qui ne fait pas défaut. Celle de Siemens suppose un apport d’actifs. C’est particulièrement le cas dans le transport qui, dans l’un et l’autre cas, est un peu le parent pauvre de l’opération. Si jamais, des manœuvres en cours, résulte la naissance d’un champion européen du transport, ce sera fortuitement.
    Elle serait pourtant la bienvenue. Car on sent l’inquiétude croître dans les milieux professionnels. En aparté, tel industriel s’inquiète de l’ultraspécification que demandent la RATP ou la SNCF, travail de luxe qui coûte très cher en ingénierie, pousse à la sophistication, et se reporte sur les coûts. D’autres s’agacent des desiderata des diverses AO qui empêchent d’atteindre des tailles intéressantes de productions, sans même parler de séries. D’autres encore s’alarment de la dispersion des acteurs industriels, du manque d’entreprises de taille intermédiaire, qui se traduit par des multiplications d’actes d’achats pour la production d’un matériel à la différence de ce qu’on connaît dans l’aéronautique. On entend des chiffres à la volée : 200 actes d’achat pour une aile d’Airbus, 6 000 pour un tramway… Résultat du système français : les matériels coûtent très cher à produire. On commence à se demander si on va résister à l’arrivée de concurrents asiatiques. Et un jour, de repreneurs…
    Même crainte chez un des deux grands opérateurs nationaux, où l’on dit : il est temps de s’unir et d’avoir un champion européen, « faute de quoi, il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer ».
    Manque de chance, le marché français n’est pas trop en mesure de soutenir la mutation du secteur. Pour la grande vitesse, cela ne va pas fort. La SNCF considère qu’elle a fait le plein de ses TGV. Voire plus. Un chiffre circule, que nous tenons de diverses sources : 228. C’est le nombre de rames dont la SNCF aurait besoin pour assurer ses liaisons à grande vitesse, alors qu’elle en a 440. Contrainte et forcée, elle a acheté 40 rames Euroduplex à Alstom. Le marché s’est mal passé. Au bout du compte, selon plusieurs témoins, la SNCF a eu le sentiment de s’être fait forcer la main, tandis qu’Alstom a eu l’impression, à l’issue de négociations très dures avec son client, d’avoir dû beaucoup trop baisser les prix et adapter son produit. Aujourd’hui, la SNCF n’a pas l’intention d’acheter des TGV sur fonds propres avant 2022. Après quoi, elle ne pourra plus repousser le renouvellement des rames. En attendant, elle va faire durer son parc, réformer ce qui est bout de course, rétrofiter ce qui peut l’être.
    Alstom a donc voulu s’affranchir d’un marché national qui le bride : car de plus, la SNCF ne s’intéresse qu’au Duplex… dont ne veut pas le reste du monde. D’où la naissance de l’AGV, à ses frais… que l’industriel a vendu en tout et pour tout à 25 exemplaires. Pas facile pour le TGV du futur, l’un des 34 programmes industriels porté par Arnaud Montebourg. Le ministre de l’Economie veut le prototype pour 2017 et attend de la SNCF qu’elle joue son rôle de soutien de l’industrie nationale. Mais on l’a dit, la SNCF n’est pas pressée. Et le produit est difficile à définir : il faut qu’il satisfasse la SNCF et qu’il soit taillé pour le marché mondial. Ça tire à hue et à dia.
    Les trains intercités et les tramways des villes de province sont fort dépendants de l’Afitf et donc de l’écotaxe aujourd’hui en berne. Heureusement tout ne va pas mal, et les carences en Ile-de-France font que les métros, les tramways ou les RER sont aujourd’hui sur un rythme conséquent.
    Mais les relations entre Alstom et la SNCF sont très dures. Les rapports entre les plus hauts responsables sont très mauvais, voire exécrables. Entre Patrick Kron et Guillaume Pepy. Il y a entre le PDG d’Alstom et le président de la SNCF le contentieux des TGV Duplex, mais aussi la commande par Eurostar de rames transmanche à Siemens, alors qu’à la SNCF on a parfois le sentiment de devoir aider Alstom à faire ses fins de mois. Entre Patrick Kron et Arnaud Montebourg. Le ministre ne décolère pas d’avoir appris par Bloomberg les tractations avec GE, malgré des demandes réitérées d’information, d’autant qu’il avait commandé un rapport à Roland Berger sur le sujet de l’énergie, et qu’il est amené à voir très régulièrement le PDG d’Alstom qui lui demande de l’aide, par exemple pour l’achat par la SNCF de TGV… Entre Arnaud Montebourg et Guillaume Pepy. Le premier voulant que la SNCF commande au constructeur national, le second faisant valoir les intérêts de l’entreprise dont il est le patron. Les intérêts ne sont pas alignés. Et les hommes ne s’entendent pas.
     

    Le pure player aura rapidement besoin de consolidation

    Pas très à l’aise dans son marché domestique, Alstom Transport n’est pourtant pas à la peine. Le constructeur a un carnet de commandes important, de 25 milliards, a dit Patrick Kron le 20 mai devant la commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Plus de 4 ans de chiffre d’affaires. Selon lui le groupe n’a pas de problème stratégique. Alors que, dans l’énergie, Patrick Kron s’inquiète de la taille critique de son groupe, dans le transport, il assure que la question ne se pose pas. Avec 6 milliards d’euros de CA, nous nous retrouverons pure player, et on ne voit pas où est le problème, nous dit en substance Henri Poupart-Lafarge, président d’Alstom TransportPas très à l’aise dans son marché domestique, Alstom Transport n’est pourtant pas à la peine. Le constructeur a un carnet de commandes important, de 25 milliards, a dit Patrick Kron le 20 mai devant la commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Plus de 4 ans de chiffre d’affaires. Selon lui le groupe n’a pas de problème stratégique. Alors que, dans l’énergie, Patrick Kron s’inquiète de la taille critique de son groupe, dans le transport, il assure que la question ne se pose pas. Avec 6 milliards d’euros de CA, nous nous retrouverons pure player, et on ne voit pas où est le problème, nous dit en substance Henri Poupart-Lafarge, président d’Alstom Transport (voir notre entretien sur ville-rail-transports.com).
    Pourtant, tempère un expert, le groupe est dans une situation mitigée. Dans les grands secteurs, sauf peut-être dans les métros automatiques, il n’est pas le premier mondial, ni le second. Et les marges dégagées dans le transport ne sont pas assez fortes pour lui permettre d’innover. De plus, être pure player, quand on fait un ou deux milliards de CA, pourquoi pas ? Cela peut aller pour des constructeurs de certains matériels roulants. Mais pas pour des ensembliers qui, d’ailleurs, au-delà des 5 milliards de CA font partie de conglomérats (Siemens, Bombardier) ou, dans le cas de CNR ou CSR, sont adossés à l’Etat chinois.
    Aussi, pour les observateurs – certains proches de Siemens mais pas seulement – Alstom se retrouvant pure player dans le cas d’une cession de l’énergie à GE, n’est à long terme pas viable. C’est aussi le sens de l’intervention des grands donneurs d’ordre, RATP, SNCF et RFF, qui se sont inquiétés dans un communiqué de la solidité d’un Alstom Transport livré à lui-même. Certes, Alstom aura, dit Henri Poupart-Lafarge, un bon bilan, en profitant d’une partie de la cession de l’énergie. C’est essentiel, mais un groupe qui pourrait valoir, dit-on, 3,5 milliards d’euros en bourse, peut être la proie d’une OPA. Bouygues est censé rester au capital d’Alstom Transport. Mais il faudra sans doute conforter la stabilité de ce capital. De quel côté se tourner ? TMH ? Pourquoi pas. Excellente opération qui a ouvert à Alstom en grand les portes du marché russe, l’alliance avec la filiale de RZD pourrait se renforcer. Aujourd’hui la part d’Alstom dans RZD se monte à 25 %. Henri Poupart-Lafarge nous l’a dit : « TMH pourra être intéressé par une opération de rapprochement avec Alstom Transport, alors qu’il ne l’est pas avec le conglomérat Alstom. » On parle d’une montée au capital d’Alstom Transport dans TMH, pour frôler les 50 % et, en retour, d’une prise de participation de TMH dans Alstom Transport, de l’ordre de 20 %. Alstom se vend aux Russes ! S’amuse-t-on du côté de Siemens… De fait, avec une énergie passée chez GE et un éventuel grand partenariat russe dans le transport, Alstom choisirait les alliances avec les deux ennemis du temps de la guerre froide, point trop amis par les temps qui courent… Mais TMH, piste très solide d’un point de vue capitalistique et industriel n’est pas la seule.
    Arnaud Montebourg a demandé dans une lettre à GE que l’Américain, pour améliorer son offre, apporte sa signalisation à Alstom Transport. Cette signalisation dans le domaine du fret ouvrirait de nouvelles portes du marché américain au groupe français. On sait aussi que, dans le domaine des locomotives de puissance, GE a un savoir faire et un marché qui pourraient bien compléter Alstom Transport.
    Bref si les observateurs sont sceptiques quant à la viabilité d’un Alstom Transport livré à lui-même, cela ne vaut pas condamnation. Mais il faudrait assez vite, en profitant des occasions qui se présentent, bâtir une stratégie et des alliances afin de consolider le transport. Pour l’instant, on a plutôt le sentiment d’un habillage plus ou moins habile d’une tractation dont le transport est le cadet des soucis. L’objectif, c’était avant tout de dégager du cash pour Bouygues grâce à la cession de l’énergie.
     

    Champion européen ? Siemens devra remettre au pot 

    Siemens a-t-il de son côté une stratégie pour le transport ? On a eu l’impression, d’une lettre d’intention à l’autre, de celle du 26 avril à celle du 28 avril, que cette stratégie, là aussi, se cherchait. Le thème rebattu d’un Airbus du rail, accompagné du thème un peu moins vieux et cher à François Hollande d’un Airbus de l’énergie, peut séduire. Un champion européen sous pilotage allemand pour l’énergie, un champion européen sous pilotage français pour le transport, sur le papier, cela sonne bien et une alliance franco-allemande dans les deux domaines est sur le papier plus séduisante que ce qu’on ne manquera pas de présenter comme un dépeçage américano–russe. C’est l’occasion de donner un sens industriel à l’Europe.
    Mais Siemens a d’abord donné l’impression, par sa première lettre de céder ses problèmes en même temps que ses actifs à Alstom. « Il ne fallait pas être grand clerc pour savoir que Siemens voulait se débarrasser de son matériel roulant », dit-on chez un des grands clients des industriels.
    On ne peut pourtant pas dire que la plate-forme Velaro marche mal. Ni que les locomotives ne se vendent pas. Mais l’ICX a de sérieux problèmes de fiabilisation. Et ce ne sont pas les secteurs promis au plus bel essor, Les marges dégagées sur le matériel roulant grandes lignes sont faibles. En revanche, l’affaire devenait plus sérieuse avec la deuxième lettre d’intention de Siemens et l’apport des trains régionaux, des tramways et des métros. On est là sur un secteur plus prometteur. Reste que même dans cette formule, Siemens garde la haute main sur le secteur le plus profitable : la signalisation. Et avec elle sur les métros automatiques. Une dernière proposition aboutirait à une JV 51/49 dans la « SIG » en faveur de Siemens. De toute façon, pour que la proposition soit prise en considération, dit un observateur, il faut que Siemens fasse un effort sur la signalisation. C’est semble-il ce prix, que, dans le transport, Siemens doit payer pour que les trop fameux thèmes de l’Airbus de l’énergie et du transport deviennent réalité. Les Allemands semblent hésiter d’autant que les pouvoirs publics, l’industriel et la DB n’ont pas tous la même appréciation de l’intérêt d’un accord Siemens-Alstom.
    François DUMONT
     
     

    CONCURRENCE. L’empire du Milieu au centre des préoccupations

    La négociation de l’accord de libre-échange avec le Japon met en lumière les ambitions japonaises en Europe, illustrées par le transfert du siège d’Hitachi Transport au Royaume-Uni, ou par l’implantation de bureaux de JR East dans trois capitales. Notre vieux marché est tentant. Certes, il s’agit surtout de renouvellement, mais malgré la crise les pays du Vieux continent restent parmi les plus solvables au monde. Les Russes aussi regardent cette activité de près, et la convention franco-russe organisée par la Fédération des industries ferroviaires et son homologue russe à Paris, en avril, montre qu’il ne faut pas considérer seulement les industriels russes comme des partenaires pour leur propre marché, mais comme de potentiels fournisseurs pour le marché français et européen.
    Mais il y a aussi les Chinois. Ils ont progressé à toute allure, sont devenus méconnaissables en cinq ans de temps. Jean-Pierre Audoux, délégué général de la FIF, invite à regarder sur le site de l’Unife, la fédération européenne des industries ferroviaires, le nombre d’entreprises du secteur ayant obtenu le certificat de qualité Iris. « Les plus nombreuses sont les entreprises chinoises, suivies par les allemandes, puis par les italiennes et les françaises… » Du fait du colossal effort d’équipement, de formation d’ingénieurs, d’acquisition de savoir-faire, les Chinois ont fait un incroyable (et réel) bond en avant. Aujourd’hui, « il n’y a que dans les secteurs des tramways, de la maintenance, de la signalisation et des métros automatiques qu’ils ne font pas jeu égal avec les Européens », dit Jean-Pierre Audoux.
    Pour les tramways, il devrait en aller de même que pour la grande vitesse. L’équipement en cours des villes chinoises va s’accompagner de l’acquisition du savoir-faire. Pour la signalisation, ils sont loin d’être à la traîne. Les systèmes de signalisation chinois en cours de déploiement étant de la famille ERTMS, les Chinois sont les premiers fournisseurs au monde de cette signalisation européenne…
    Dès à présent, insiste Jean-Pierre Audoux, « il faut regarder d’autres industriels que les grands constructeurs CNR et CSR. CREC (China Railway Engineering Corporation) et CRCC (China Railway Construction Corporation) sont les leaders mondiaux de l’infrastructure ferroviaire. L’on compte aussi des industriels plus spécialisés qui sont de taille significative sur le marché mondial. Et leur déploiement va dépendre de trois facteurs à suivre de près : leur chiffre d’affaires, leur maturité technologique, et le degré de saturation dans leur domaine du marché chinois ». Pour ce qui est de la maturité technologique, l’ère des JV et du transfert de technologie est révolue. La consigne nationale aujourd’hui, c’est de procéder à la croissance externe, et d’acquérir les savoir-faire des entreprises. En France, c’est ainsi qu’Outreau Technologies et son savoir-faire dans les cœurs d’aiguille a failli devenir chinois avant de rejoindre finalement le franco-allemand Vossloh-Cogifer. Il faut maintenant suivre de près Valdunes, dont le carnet de commandes et le bureau d’études intéressent le Chinois Ma Steel, l’un des quatre candidats à la reprise du spécialiste des roues et des essieux.
    Mais la grande crainte, c’est qu’un Alstom Transport au capital fragile ne soit la proie d’un des deux grands constructeurs ferroviaires au chiffre d’affaires supérieur à 10 milliards d’euros. Car, s’il ne faut pas se focaliser sur CNR ou CSR, il ne faut surtout pas les oublier.
     

    MARCHÉ. La recette Siemens contre le « génocide industriel » 

    Lors de la convention des partenaires organisée en ce début d’année par Siemens France, les industriels présents – dont le patron de Faiveley, Thierry Barrel, qui a depuis été remplacé – ont témoigné de l’excellence des relations entre Siemens et ses fournisseurs. Les grands, comme Faiveley, comme les PME. Ceux qui avaient assisté à Valenciennes au comité stratégique de la filière ferroviaire, en 2013, ont pu être étonnés d’une tonalité très différente. A Valenciennes, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avait appelé les grands ensembliers – Alstom et Bombardier – à mieux respecter les fournisseurs. Décodage : les acheteurs des deux grands groupes sont mis en cause. Venus de l’automobile, ils ont un critère majeur, voire unique : le prix le plus bas. En off, des responsables déplorent le résultat et n’hésitent pas à parler de « génocide industriel ». Qui plus est, les boîtes souffrent ou meurent en silence. Comment se retourner contre un client qui représente souvent plus de 50 % de votre chiffre d’affaires ?
    Autre son de cloche lors de la convention Siemens. Christophe de Maistre, le patron de Siemens France, rappelle que dans les grands secteurs industriels du groupe, on n’est pas dans le domaine de la grande distribution. Et que les fournisseurs sont par nature des partenaires : il faut pouvoir compter sur leur présence à long terme et sur la qualité de leurs prestations. Les témoins interrogés confirment : ce n’est pas du pipeau. Arnaud Montebourg, venu saluer la convention des partenaires de Siemens France, a invité les industriels français à s’inspirer de cet exemple venu d’Allemagne. Quelle que soit l’issue de l’affaire Alstom, il serait bien venu que le message soit entendu.