Archives : Dossiers

  • Transports publics 2014 : moins de véhicules, plus de connexions

    Transports publics 2014 : moins de véhicules, plus de connexions

    Quoique qualifié de « rendez-vous européen », ce salon est de plus en plus considéré comme « très français » par ses visiteurs étrangers. Et c’est justement pour rencontrer les acteurs français du secteur, sonder le marché hexagonal, s’instruire de l’expérience du « tram à la française » ou essayer de comprendre le Grand Paris que les exposants et visiteurs sont venus de pays voisins, voire plus lointains.

    L’impression générale était, par rapport aux éditions précédentes, que le salon avait rétréci même si les chiffres annoncés par les organisateurs étaient les mêmes que ceux de la dernière édition en 2012 ! Et comparé aux Rencontres nationales du transport public à Bordeaux en novembre dernier, manifestation pourtant plus « franco-française », le salon « européen » de Paris faisait un peu pauvre… En règle générale, la plupart des « grands » exposants avaient largement réduit la taille de leurs stands, en particulier ceux qui n’avaient pas d’autobus à exposer. Il se dit que le prix au mètre carré de la porte de Versailles est parmi les plus élevés d’Europe pour une exposition consacrée aux transports publics… Et pour la plupart des constructeurs ou carrossiers d’autobus, le nombre de véhicules déplacés à Paris a été réduit par rapport à 2012. Quant au matériel roulant ferroviaire grandeur nature, il brillait cette année par son absence. Avec Innotrans dans trois mois, mieux vaut ménager encore un peu les effets d’annonce…

    Les absents ont-ils eu tort ? Pas de trace cette année du néerlandais VDL ou du suisse Hess, ni de leurs bus ou trolleybus respectifs qui avaient marqué l’édition précédente. Mais souvent citée comme raison du rétrécissement du salon depuis 2012, « la crise » ambiante n’est peut-être pas la seule coupable. Certains exposants étrangers se sont sérieusement posé la question de leur participation, vu que le marché français n’est pas le plus ouvert aux nouveaux entrants. Toutefois ce salon ne manquait pas d’intérêt, comme le prouve la sélection suivante d’exposants.

    Dossier réalisé par Patrick LAVAL

     

    Alstom Le Coradia Liner annoncé pour 2016

    Alors que la carrière du Régiolis débute, Jérôme Wallut, DG Alstom Transport France, présente le Coradia Liner, sa version intercités apte à 200 km/h avec arrêts fréquents. Destiné aux TET (avec emprunt possible des LGV en version électrique, plus légère) en remplacement des trains Corail, le Coradia Liner sera également « européen » pour du « transfrontalier classique » car conforme aux STI (Spécifications techniques d’interopérabilité) et équipé de l’ERTMS niveau 2. Bimode ou électrique (polycourant), ce nouveau matériel ne devrait nécessiter qu’un délai de deux à deux ans et demi entre la commande (passée à l’automne dernier) et la livraison. Côté aménagements, 100 % accessibles et adaptables, on notera la présence d’un bar…

     

    BredaMenarinibus Petits bus à faibles émissions

    Les résidents du XVe arrondissement parisien (où se déroule l’exposition) auront reconnu le minibus électrique Zeus, dont six sont exploités par Be Green sur la Traverse Brancion – Commerce. Cette fois, ce véhicule de 5,9 m pouvant accueillir de 22 à 31 voyageurs était présenté en livrée Tisséo (Toulouse). Filiale du groupe italien Finmeccanica, BredaMenarinibus a également présenté son Vivacity Euro 6 de 8 m, ainsi que l’e-Vivacity, version électrique du précédent, sur le stand EDF.

     

    Tryame et Nimos Du design aux maquettes

    Stand commun pour Tryame, spécialiste des maquettes et prototypes, mais aussi bureau d’études et studio de design, avec Nimos Design, agence de design industriel ayant participé à la dernière rénovation des TGV PSE. Des savoirs très complémentaires !

     

    Van Hool Le BHNS que l’on prend pour un tram

    Plus d’un visiteur était convaincu d’avoir vu un tram en visitant l’unique véhicule présent cette année au stand Van Hool. Le constructeur belge d’autobus, qui avait fait sensation il y a deux ans avec son Mettis pour le réseau messin de BHNS, présentait cette fois une version plus « standard » de son Exqui.City biarticulé de 24 m, qui entre en service ce printemps sur le nouveau réseau de BHNS de l’agglomération de Malmö, en Suède. Prix unitaire : de l’ordre de 900 000 euros.

     

    Bombardier Commandes espérées pour l’Omneo Premium

    En attendant l’arrivée prochaine du Regio 2N sur les TER, Jean Bergé, président de Bombardier Transport France, présente l’Omneo Premium, version intercités du nouveau train deux niveaux, envisagé en versions 160 km/h ou 200 km/h avec un confort acoustique et vibratoire « comparable au Corail ». Choisir des TET de la même plateforme que le Regio 2N, déjà commandé dans 10 (bientôt 13) régions, permettrait de « ne pas multiplier le nombre de matériels ». Mais encore faudrait-il commander la version Premium ! « On peut utiliser les contrats-cadres du Regio 2N », plaide le dirigeant de Bombardier, qui a rapidement besoin d’une meilleure visibilité pour les commandes à venir, tant pour les Regio 2N (et dérivés) que pour le Francilien, dont 130 rames sur 172 sont désormais livrées.

     

    NewTL Nouveau et unidirectionnel

    En face du stand de la maison mère Alstom, celui de NewTL (New Translohr) présentait son Prime qui, outre par son design extérieur revu, se distingue du tram sur pneus récemment mis en service sur la ligne T5 de la RATP (en attendant la T6) par le fait qu’il est unidirectionnel. Avec une seule cabine et deux fois moins de portes que « l’ancien » Translohr, ce véhicule totalement électrique se positionne en alternative au BHNS.

     

    Iveco Bus La gamme Urbanway se complète

    Iveco Bus, dont le nom remplace depuis un an celui d’Irisbus, complète sa nouvelle gamme de bus urbains Urbanway, labellisés « Origine France garantie », puisqu’ils sont produits à Annonay (Ardèche). Après les premières versions du bus aux normes Euro 6, présentées aux RNTP à Bordeaux en novembre, voici l’Urbanway « full hybrid » (hybride série avec batteries), sous forme articulée de 18 m. La motorisation associe un Diesel Tector 7 de 210 kW, un moteur électrique de 200 kW et des batteries récupérant l’énergie de décélération, permettant la mise en œuvre du mode électrique « arrive & go », avec arrêt total et automatique du diesel en approche et au départ des arrêts.

     

    Stadler L’Ecotango, métrique et à gabarit réduit

    On connaissait les nouveaux trams Tango de Bâle et Genève à voie métrique, voici maintenant une version à gabarit réduit (2,10 m seulement) du tram de Stadler, unidirectionnel et à plancher bas partiel (70 %). Doté de larges portes, ce matériel peut compter de 3 à 6 modules et offre un confort accru grâce à sa suspension pneumatique.

     

    Mercedes 40 000 bus Citaro

    Impossible de manquer la livrée métallisée des bus Citaro au stand Mercedes et le bandeau indiquant que ce modèle a désormais dépassé les 40 000 exemplaires, toutes versions confondues, dont le Citaro K (standard) et le G (articulé) ici présentés. Sur le même stand, le minibus Sprinter affichait également 20 000 exemplaires en haut de son pare-brise, alors que l’autocar interurbain Setra UL Business était proposé en trois longueurs (12,20 m, 12,70 m et 13,38 m).

     

    TDE Transdata Des statistiques pour connaître les lignes

    Avec les logiciels (BusLab, StatHor) de TDE Transdata, les gestionnaires de réseaux de transport public ne devraient plus rien ignorer de leurs lignes ! Outre les classiques « serpents de charge » donnant, pour chaque interstation, la fréquentation, les montées ou les descentes, les logiciels affichent les temps de parcours (avec visualisation du temps perdu aux points singuliers) et la vitesse moyenne, avec suivi en temps réel. Côté technique, les logiciels peuvent également assurer une simulation de la consommation énergétique (avec Signon) ou gérer la géométrie d’une voie de tram (avec Balfour Beatty).

     

    Moxa Le « cerveau » du tram de Besançon

    Le tram de Besançon, ce n’est pas qu’un matériel roulant innovant par sa compacité ou un prix global moins élevé que les autres réseaux « à la française ». C’est aussi un réseau Ethernet multiservice, ainsi que ses équipements (ordinateurs, contrôleurs entrée/sortie, commutateurs…) embarqués ou au sol, qui assurera aussi bien la vidéosurveillance que l’information des voyageurs, ou encore la communication sans fil entre rames et dépôt. Un réseau dont la fiabilité sera assurée par une topologie redondante Turbo Ring.

     

    JCDecaux Une station de vélos à « énergie positive »

    Fournisseur du Vélib’ parisien et de 68 autres services de vélos en libre service dans 13 pays, JCDecaux a totalement revu la conception de ses stations. Avec pour résultat une autonomie totale grâce à « l’énergie positive » : l’interface utilisateurs de la borne est alimentée par un panneau solaire de 0,6 m2, alors que l’énergie des points d’attache est fournie par le pédalage sur les vélos ! Outre le « plus » écologique, l’autonomie a pour avantage que cette station, montée sur platines, peut être facilement implantée ou déplacée sans travaux importants.

     

    Cofely Ineo Un guide de la mobilité durable

    La filiale du groupe GDF Suez avait de nombreuses activités liées aux transports publics à présenter sur son stand (génie électrique, électrification, signalisation, télécommunications ou systèmes d’exploitation), ainsi que son Guide de la mobilité durable à offrir. Ce guide (qui peut être gratuitement obtenu sur internet) est le troisième d’une série destinée aux territoires, après ceux consacrés à l’efficacité énergétique et les risques majeurs.

     

    Otokar Le Midibus qui a tout d’un « grand »

    Le leader turc du bus et du car avait fait le voyage jusqu’à Paris avec un midibus Vectio C qui « mérite d’être regardé de plus près ». Car malgré sa faible longueur (9,265 m), ce bus qui a visiblement tout d’un « grand ». Question confort, il offre 25 places assises, 33 debout et un emplacement pour fauteuil roulant. Bien entendu, il est accessible aux PMR (du moins dans sa partie à plancher bas) et son moteur Diesel Man répond aux normes Euro 6.

     

    Yutong A vous d’imaginer votre bus

    Deux trains de roues de bus sur du gazon… et rien d’autre ! Façon habile pour le constructeur chinois, « premier constructeur mondial d’autocars et d’autobus » (56 000 véhicules) de s’épargner un long transport, tout en proposant d’« imaginer ensemble le transport du futur » ! Au choix : motorisation conventionnelle, hybride, GNV ou électrique…

     

    PVI Un avant-goût de la commande RATP

    Le 11 juin, à la porte de Versailles, PVI a annoncé avoir été retenu par la RATP pour fournir pendant quatre ans des bus électriques à gabarit réduit Oreos 2X et 4X. Deux bus que l’on pouvait justement voir à l’exposition, en livrée de l’Ile de Ré. A noter que la RATP exploite déjà des Oreos 2X depuis deux ans et demi sur la traverse Batignolles – Bichat (Paris XVIIe), ainsi que des Oreos 55 depuis plus de 10 ans sur le Montmatrobus (Paris XVIIIe).

     

    EDF L’électricité pour les collectivités

    Sous toutes ses formes (bus, voitures en libre service…), le transport public électrique a en principe le vent en poupe. C’est ainsi qu’EDF anime un stand où se côtoyaient une Renault Twizy du nouveau service de voitures partagées monégasque Mobee et un bus e-Vivacity de Breda (Pays-Bas). Le tout accompagné d’une carte des 38 villes françaises où l’on trouve déjà des bus électriques. Visiblement, les trolleybus – qui sont pourtant la forme actuelle la plus aboutie du bus électrique – avaient été oubliés de cette carte (si Lyon y figure, pas de trace de Saint-Etienne ou de Limoges…)

     

    Eurotech Enregistrer et traiter intelligemment les données

    Petit stand, mais grandes nouveautés chez Eurotech, où le visiteur était invité à passer sous un portique équipé du compteur automatique DynaPCN 10-20. Destiné aux trains, métros, trams ou bus, ce système analyse la hauteur et la forme des voyageurs (ou supposés tels) et en déduit s’ils entrent ou sortent. Un autre dispositif attirant le regard était le capteur ReliaSENS 18-12, qui permet de mesurer (et de connaître, y compris sur une tablette Android ou iOS) les différents polluants, mais aussi les champs électromagnétiques ou la radioactivité, voire la pollution sonore. Idéal pour les rues… voire pour les stations de métro ! Enfin, côté « sûreté », Eurotech présentait ses caméras « intelligentes », procédant par analyse plutôt que de se contenter de retransmettre des enregistrements.

     

    Instant System Une plateforme de mobilité vraiment multimodale

    Il y a les GPS pour les usagers de la route, les systèmes d’information voyageurs pour les usagers des transports publics ou encore les centrales de covoiturage… Mais ce que la jeune société Instant System propose, c’est de connecter tous les modes à la fois ! Ni « tout-automobile », ni exclusivement dédié aux transports publics, sa plateforme de mobilité collaborative et participative est accessible sur téléphone mobile, Internet ou bornes publiques ; elle permet ainsi de calculer des itinéraires multimodaux en temps réel, tenant compte, par exemple, des embouteillages, des places disponibles dans les différents parkings-relais, du nombre de vélos en libre service, voire de la météo. Le tout en prenant les différents handicaps en compte.

     

    New Routemaster Une star londonienne à Paris

    Comme en 2012, un double-decker à motorisation hybride avait fait le voyage de Londres. Et comme la dernière fois, c’était London United – c’est-à-dire RATP Dev – qui exploitait le véhicule rouge. Quoique dans un état impeccable, cet exemplaire ne provenait pas directement de l’usine, mais faisait une escapade de quelques jours en France, avant de reprendre son service le dimanche suivant !

    Dernière « icône » en date du design londonien, le New Routemaster concilie les innovations (motorisation hybride série, double escalier…) et des détails repris sur l’irremplaçable Routemaster des années 1960, ainsi que ses formes arrondies, mais surtout sa plateforme arrière. En journée, lorsqu’un deuxième agent est présent, le bus circule avec les portes de cette plateforme ouvertes, permettant ainsi aux Londoniens (et aux touristes !) de renouer avec l’habitude de monter ou descendre entre stations. Avec la suppression du paiement à bord des bus le 1er juillet, ce deuxième agent n’aura qu’un rôle de sécurité… mais aussi d’information (avec tablette prévue à cet effet). Le maire de Londres ayant joué un rôle central dans la réintroduction de l’accès par plateforme arrière, ce bus a immédiatement reçu le surnom de Borismaster !

    A l’origine considéré comme un prototype, ce bus « sur mesure » pour Londres, qui offre 62 places assises et 25 debout pour une longueur de 11,2 m, est si populaire qu’il est désormais produit en série par Wrightbus (Irlande du Nord). Avec 600 exemplaires commandés (dont 100 livrés), le New Routemaster ne sera toutefois pas le modèle le plus répandu : le parc total de Londres atteint
    les 8 000 bus…

  • Eurotunnel : le succès 20 ans après

    Eurotunnel : le succès 20 ans après

    C’est assez logiquement que le 6 mai 2014 a été choisi pour fêter symboliquement l’anniversaire du tunnel sous la Manche, inauguré par le président François Mitterrand et la reine Elizabeth II le 6 mai 1994. Vingt ans après, une exposition s'est ouverte dans un train stationné à Coquelles, à la sortie française du tunnel. Couronné fin 2013 « Projet majeur de génie civil des 100 dernières années » par la Fidic (Fédération internationale des ingénieurs conseils), l’ouvrage a obtenu en mars 2014 un renouvellement de sa certification Carbon Trust pour la réduction de son empreinte carbone. Autant de consécrations qui tombent à point nommé pour fêter un anniversaire dans un climat favorable au Groupe Eurotunnel, qui se qualifie de « leader mondial de l’autoroute ferroviaire », tout en rappelant que chaque jour, 300 à 400 trains passent la Manche par le lien fixe.

    En un peu moins de vingt ans d’activité, quelque 330 millions de voyageurs et 20 millions de camions sont passés sous la Manche sans qu’une seule victime soit à déplorer, malgré deux incendies majeurs (18 novembre 1996 et 11 septembre 2008), sans oublier un cafouillage neigeux des rames Eurostar en plein tunnel en décembre 2010. Avec le recul, Eurotunnel peut se féliciter d’avoir toujours donné la priorité à la sécurité, même si certaines contraintes techniques imposées par la Commission intergouvernementale (CIG) en la matière ont été ouvertement contestées par le concessionnaire. En particulier les questions de sécabilité, de longueur et de motorisation des trains de voyageurs, finalement devenues caduques. En revanche, un principe fondamental a fait ses preuves lors de chaque coup dur : deux tubes parallèles plus un tunnel de service offrent à la fois sécurité et souplesse d’exploitation en mode dégradé. A ce principe se sont ajoutées, ces dernières années, quelques améliorations comme l’installation de quatre stations Safe pour contenir d’éventuels incendies et l’arrivée de la téléphonie mobile 3G.

    Plus que les questions de sécurité, c’est l’actualité financière qui a longtemps fait parler du Groupe Eurotunnel. Mais ces dernières années, vis-à-vis des banques et des actionnaires, Eurotunnel devient petit à petit une entreprise « normale ». La hausse globale de la fréquentation se répercute sur le chiffre d’affaires, ainsi que sur le résultat. Des dividendes sont versés aux actionnaires, les cours remontent et dans les prochaines années, le groupe devrait être suffisamment bien portant pour normaliser sa situation fiscale en France et en Grande-Bretagne !

    Toujours est-il qu’Eurotunnel revient de loin. Construit pour quelque 15 milliards d’euros et renchéri par des contraintes techniques (émises par la CIG) ou de sûreté (passage de clandestins), le lien fixe a longtemps affiché des fréquentations très en deçà des « prévisions » initiales dans ses différentes activités de concessionnaire : navettes « Le Shuttle » (automobiles, autocars), navettes « fret » (camions), trains à grande vitesse (en pratique, les voyageurs transmanche Eurostar) et fret ferroviaire. Ces dernières années, le nombre de voyageurs et de véhicules transportés bat record sur record pour atteindre quelque 20 millions de personnes par an, dont plus de 10 millions sur Eurostar, barre symbolique franchie pour la première fois en 2013… avec 16 ans de retard sur les prévisions initiales ! Il y a un an, Eurotunnel soupçonnait Eurostar d’avoir transporté plus de monde qu’annoncé. Mais cette année, Jacques Gounon, PDG du Groupe Eurotunnel, calme le jeu : « Avec Eurostar, c’est “je t’aime moi non plus” et actuellement, c’est une phase “je t’aime.” » Toujours sur le marché de la grande vitesse ferroviaire, le patron d’Eurotunnel se dit maintenant « convaincu » que l’ouverture de nouvelles relations permettrait « d’augmenter ces trafics », évoquant quelque 14,2 millions de voyageurs par an à l’horizon 2020, en supposant que Londres soit alors reliée sans changement avec Genève, Amsterdam, Francfort ou Cologne.

    Tout en souhaitant une diversification de la grande vitesse transmanche, Eurotunnel a récemment diversifié ses activités. Côté fret ferroviaire, le groupe est devenu le « troisième opérateur en France et au Royaume-Uni », sous les appellations Europorte et GB Railfreight (GBRf) respectivement. Dans ce domaine, la croissance du chiffre d’affaires a été de 16 % entre 2012 et 2013, pour atteindre 239 millions d’euros. « Nous continuerons de faire du fret ferroviaire profitable en France et en Grande Bretagne », proclame Jacques Gounon. Même si le groupe est « plus prudent » en France (210 trains par semaine) qu’outre-Manche (800). « Nous avons tellement de demande que nous sélectionnons nos clients », précise le dirigeant en toute modestie, Europorte ayant connu un doublement de son activité depuis sa création fin 2009. L’heure est venue d’améliorer la productivité, ce qui se solde par un passage d’un résultat négatif de 8 millions d’euros à un résultat positif de la même valeur : « Europorte devient profitable. »

    Autre domaine de diversification : les ferries, avec le rachat (pour 76 millions d’euros) de trois navires SeaFrance en 2012. Des ferries qui sont exploités sous l’appellation MyFerryLink par une Société coopérative et participative (Scop) française et non par le concessionnaire du tunnel. Mais pour Eurotunnel, c’est en partie à cause de ces ferries que l’actualité n’est pas été de tout repos côté juridique. MyFerryLink doit affronter la possibilité d’une prochaine interdiction d’accès à Douvres, émise par la « Competition Commission » britannique en contradiction avec l’Autorité de la concurrence française. En cause, une « position dominante » d’Eurotunnel et de MyFerryLink, selon les autres acteurs du marché transmanche, ce que réfute Jacques Gounon (les parts de marché du nouvel exploitant étant de 7 % sur les voitures et 9 % sur le fret). L’affaire a été renvoyée et une décision définitive doit être prise début mai par la Competition Commission. Cette décision  risque d’aboutir à la cessation d’activité de MyFerryLink vu que la Competition Commission a réaffirmé fin mars qu’elle considère le nouvel entrant sur le marché transmanche comme une reprise de SeaFrance par Eurotunnel.

    En revanche, Eurotunnel a pu se féliciter du soutien des Etats français et britannique l’automne dernier face aux réclamations de la Commission européenne et d’Eurostar sur le niveau des péages pour emprunter le lien fixe. Satisfaction supplémentaire en décembre, quand la CIG a considéré qu’Eurotunnel était fondé à récupérer la totalité de ses coûts à travers les péages.

    A part le gros nuage MyFerryLink, Eurotunnel peut maintenant s’apprêter à souffler ses vingt bougies en pensant à l’avenir et à ses nouveaux investissements : renouvellement des rails pour 36 millions d’euros, navettes fret de troisième génération (moins consommatrices d’énergie), poursuite de la réfection des terminaux, déploiement du GSM-R, rénovation des voitures dite « club car » mais aussi interconnexion électrique transmanche (ElecLink)… Ceci alors que le tunnel présente des « réserves de capacité très importantes » selon Jacques Gounon, qui ne voit pas de saturation « avant 2050 ». A priori, les circonstances devraient être favorables à moyen terme, avec l’entrée en vigueur de nouvelles contraintes environnementales Marpol (convention sur la pollution maritime, qui devrait pénaliser les ferries de la concurrence) et une poursuite de la croissance du marché transmanche, en particulier si de nouveaux trains à grande vitesse sont lancés. Même si dans ce domaine, rien n’est gagné d’avance, comme le montrent le retard des rames Siemens pour Eurostar et les récentes hésitations de la DB à se lancer vers Londres…           

    Patrick Laval

  • THNS – Train à Haut Niveau de Service : Retour vers le futur

    THNS – Train à Haut Niveau de Service : Retour vers le futur

    Non, Ville, Rail & Transports n’a pas pris de carte à Europe Ecologie Les Verts. Nous n’allons pas nous mettre à brûler la grande vitesse que nous avons adorée, à faire comme si nous n’avions pas célébré les records de vitesse du TGV. Mais nous assistons à une conjonction : la fin d’une génération marquée par plus de trente ans de TGV, une crise violente des finances publiques et des capacités d’investissement ; un retournement de la SNCF qui, voyant les recettes de la grande vitesse se tasser et jugeant que le rentable est fait depuis longtemps, ne pousse pas, mais pas du tout, à la construction de lignes nouvelles. Cette conjonction invite au bilan et au débat. Nous y versons les analyses d’élus d’EELV qui, sous le nom de THNS, ou Train à haut niveau de service, proposent un concept de train pouvant, selon les cas, compléter la grande vitesse ou la remplacer. Train reposant moins sur la vitesse que sur le cadencement et le confort, et nécessitant des lignes moins coûteuses que les LGV même s’il ne s’interdit pas, heureusement, une profonde modernisation. C’est une réinvention du train qu’on dit classique. Un retour vers le futur. Les élus ont travaillé avec des experts qui les ont aidés à mettre au point une vision forte et bien articulée. Elle mérite d’être connue. Et discutée.

  • La réforme de décentralisation / dépénalisation du stationnement

    La réforme de décentralisation / dépénalisation du stationnement

    Le stationnement payant sur voirie est un dossier sensible que les élus locaux et les techniciens des collectivités doivent manier avec tact. Voilà en effet un thème qui ne manque pas de provoquer l’ire des automobilistes dès lors qu’il est question de modifier l’existant. Tout se passe trop souvent comme si le droit à la mobilité induisait un droit au stationnement pour une durée illimitée et à l’endroit de son choix, indépendamment des règles que la collectivité voudrait fixer. En plus de devoir faire face à une hostilité de principe d’une minorité influente et parfois agissante, les élus locaux ont dû composer avec une organisation juridique et financière qui constituait un véritable obstacle à une gestion intelligente du stationnement. Le GART a milité pendant plus de 15 ans pour faire évoluer un système qui ne donne guère plus aux collectivités que la possibilité de fixer le taux horaire du stationnement sur leur territoire… Nous avons toujours considéré que la solution se trouvait dans les collectivités elles-mêmes, en leur confiant les leviers d’actions pour faire du stationnement un outil vraiment efficace au service d’un meilleur partage de la voirie, des politiques de mobilité durable et d’amélioration de la qualité de l’air. Il nous importait d’en finir avec le morcellement des responsabilités et des doublons aussi inutiles qu’inefficaces. Nous y sommes enfin parvenus. C’est cette histoire et, plus encore, les raisons qui nous ont poussés à faire évoluer la législation que ce numéro des Cahiers entend retracer.

  • Les Grands Prix des Régions 2014

    Les Grands Prix des Régions 2014

     

    La fin d’une époque ?

    Lancé en 2000, pendant l’expérimentation qui allait faire des régions les autorités organisatrices des TER, notre palmarès des transports régionaux est le témoin de la mise en place d’un modèle évolutif. Mais ce modèle est-il durable, à l’heure des économies et de la remise en cause des régions actuelles ?

     

    L’actualité des régions et de leurs transports est très riche. Avec sans doute des conséquences sur l’équilibre instauré depuis 2002, lorsque ces régions sont devenues autorités organisatrices des TER après quatre ans d’expérimentation. Depuis, un nouveau modèle de transport public a eu le temps de s’instaurer sur le réseau ferré français, ainsi qu’autour des gares, devenues pôles d’échanges multimodaux. Le tout dans le cadre de conventions entre les régions et la SNCF. Et côté infrastructure, gérée par RFF depuis le début de la régionalisation expérimentale, les régions prennent l’initiative de maintenir ou de rouvrir des dessertes voyageurs, quitte à en payer le prix.
    La déclinaison des nouveaux services, plus adaptés aux besoins régionaux, l’amélioration de l’information, le développement de l’intermodalité et de tarifications simplifiant la vie des usagers des transports publics l’emportent sur la « balkanisation » que l’on aurait pu craindre a priori, les régions travaillant ensemble au sein de la commission transports de l’ARF. Y compris pour lancer, fin avril, l’Association d’étude sur le matériel roulant. Au-delà de l’aspiration des régions à être pleinement propriétaires des trains qu’elles paient, on peut voir la remise en cause d’un des rôles jusqu’à présent joués par la SNCF.
    En mars déjà, la publication du Manifeste des régions pour le renouveau du système ferroviaire par l’ARF mettait les pieds dans le plat en demandant à la SNCF plus de transparence sur les conventions TER et une stabilisation des coûts à service constant. Dans le cadre de la réforme ferroviaire, les régions préfèrent voir les gares chez le futur gestionnaire d’infrastructure unifié que revenir à l’exploitant SNCF. Enfin, l’ARF demande la possibilité d’une ouverture à la concurrence d’ici 2019. Et son président Alain Rousset de menacer la SNCF, fin avril, de mettre en concurrence la maintenance des trains si son coût est trop élevé.
    Pour des raisons plus financières qu’idéologiques, les régions doivent désormais limiter leurs charges d’exploitation. Ainsi que leurs investissements, ce qui rend incertaines les levées d’option sur les Régiolis et Regio 2N. Mais des solutions existent pour diminuer les coûts, telle la Régie régionale des transports Paca, qui exploite les Chemins de fer de Provence depuis janvier et pourrait peut-être reconnecter Digne au réseau ferré national sans passer par la SNCF ou RFF. Encore un exemple d’innovation induite par la régionalisation !
    Mais voilà que l’on annonce un redécoupage des régions, alors que les élections sont prévues pour l’an prochain. A peine ont-elles eu le temps de développer des modèles inédits de transports de proximité que l’existence même les régions est remise en cause.
    Alors, quitte ou double ?
    Dossier réalisé par Patrick LAVAL
     
     
     

    Un podium renouvelé et périphérique

     

    Notre classement général récompense non seulement les meilleures performances en matière de transport régional de voyageurs en 2012, mais aussi les évolutions les plus remarquables entre 2011 et 2012. Le podium, entièrement renouvelé cette année par rapport à la précédente édition, récompense trois régions périphériques : deux littorales et une frontalière. Egalement primée dans la catégorie innovation, la Bretagne revient dans le peloton de tête après un an d’absence.

     

    Grand prix d’or Basse-Normandie

    Un parc jeune et des visions d’avenir

    Après la Haute-Normandie, c’est au tour de la Basse-Normandie d’avoir les honneurs de notre podium. Les liens entre cette région et ses trains régionaux présentent une double nature : TER, dont la Basse-Normandie est autorité organisatrice et dont la convention avec la SNCF devra être renégociée en en 2015, mais aussi relations intercités avec Paris. Outre le grand axe électrifié Paris – Caen – Cherbourg, la région s’est battue pour la relation Paris – Granville, dont l’Etat est l’autorité organisatrice depuis le nouvel an 2011 (avec une convention d’exploitation SNCF jusqu’en 2030), mais dont la Basse-Normandie a financé à 100 % les 15 nouvelles rames Régiolis qui y seront mises en service cet été. Soit 148 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 20 millions d’euros pour leur nouveau site de maintenance. Le long de cette ligne, qui bénéficie d’une nouvelle jeunesse (avec, par exemple, mise en accessibilité en gare d’Argentan), il reste beaucoup reste à faire, en dépit d’une précédente modernisation intervenue il y a 15 ans déjà. A l’époque, la région avait été pionnière en mettant en service les autorails X 72500, alias X TER ; appelés à circuler sur des lignes TER, ces derniers sont maintenant remplacés sur Paris – Granville par du matériel plus récent, mieux adapté… et moins bruyant ! Son parc, le plus récent de France, explique en partie le premier rang de la Basse-Normandie au grand prix de cette année, avec un trafic en hausse (+46 % entre 2004 et 2012) et des performances honorables.
    La Basse-Normandie, dont une rame a symbolisé la mise en service du Régiolis, le 29 avril dernier à Paris, a non seulement un TER jeune, mais aussi un plan d’action, dit « Rail 2020 », par lequel elle intervient également dans la modernisation de l’axe Caen – Rennes ou les études de la ligne nouvelle Paris-Normandie. Parallèlement, la région s’intéresse à l’articulation entre la desserte par les transports publics et l’urbanisation à long terme, en particulier autour des gares (contrats de gare, projet d’écoquartier à proximité de la gare d’Audrieu, entre Caen et Bayeux).
     

    Grand prix d’argent Franche-Comté

    Plus près de la Suisse

    Cette région, dont l’axe principal est doublé depuis fin 2011 par la LGV Rhin-Rhône, a redéveloppé ses dessertes TER pendant la période dont nous étudions l’évolution, ce qui s’est traduit par la deuxième meilleure progression de l’offre. En revanche, la Franche-Comté est loin d’avoir le parc le plus récent de France. Un léger rajeunissement est toutefois intervenu avec l’acquisition de 4 autorails X 73500 d’occasion dans le cadre de conventions signées avec l’Alsace et le Nord-Pas-de-Calais. Et pour 2013-2017, une nouvelle convention a été signée avec la SNCF.
    Depuis décembre 2012, l’offre s’est enrichie de deux relations expérimentales vers la Suisse au départ de Pontarlier, vers Travers et Vallorbe, respectivement exploitées par les CFF et la SNCF. Ces deux relations matinales, qui permettent aux frontaliers de gagner des zones d’emploi dynamiques et des correspondances avec le réseau ferré suisse, bénéficient d’un conventionnement spécifique et d’un financement réparti entre la Franche-Comté (22 %) et le Canton de Neuchâtel (78 %) pour la première et entre Franche-Comté (2/3) et le Canton de Vaud (1/3) pour la seconde. Au passage, la desserte Pontarlier – Vallorbe marque un arrêt de plus depuis décembre 2013 dans la gare de Labergement-Sainte-Marie, rouverte après près de 40 ans de fermeture. Pour pérenniser ces services transfrontaliers, fréquentés par près d’une centaine de voyageurs par jour, la région a des échanges avec les associations de travailleurs frontaliers et certains employeurs suisses pour encourager le report modal et offrir une tarification spécifique avec un titre commercialisable via Internet également proposé en version mensuelle et annuelle.

     

    Grand prix de bronze Bretagne

    Innovation et qualité de service

    Année après année, la Bretagne ne cesse de présenter les meilleurs taux de régularité et de réalisation de l’offre. Et son parc, déjà largement renouvelé, est appelé à rajeunir encore avec 17 rames Regio2N. L’arrivée de ces rames aura lieu d’ici celle de la LGV, en 2017, au terme d’une période qui vient de faire l’objet d’un prolongement de quatre ans de la convention TER 2007-2013. 
    Côté innovation, la Bretagne poursuit des projets de longue haleine. Le comptage des voyageurs a été mis en œuvre en 2013, initiative saluée cette année par notre Grand Prix de l’Innovation. Pionnière de la billettique multimodale (KorriGo), elle a mis en place à la rentrée 2013 une formule simple et économique (8 ou 15 euros selon la distance) pour les trajets occasionnels effectués en TER par les moins de 26 ans. Depuis mi-2013, en complément des investissements engagés pour rendre son réseau TER accessible en 2015, la Bretagne expérimente, avec la SNCF et des associations, le service d’assistance Accès TER destiné aux PMR. Enfin, la Bretagne, en partenariat avec le Morbihan et la communauté de communes du Pays de Guer, a inauguré un premier point d’arrêt routier « qualitatif et multimodal » au lieu-dit Val Coric, sur la ligne Rennes – Pontivy, le long d’une deux fois deux voies. Un point comprenant parking, arrêt de car aux normes PMR, taxi, wi-fi et toilettes sèches, voire ultérieurement parc à vélos et borne de recharge pour véhicules électriques.
    Patrick Laval

     

     

    Les Grands Prix thématiques

    Huit catégories font l’objet de prix thématiques cette année. Pour chacunes d'elles, nous avons demandé aux régions de présenter leurs réalisations des années 2012-2013, avant d’inviter les membres de notre panel d’experts (consultants, représentants d’usagers, du Gart et de l’ARF ainsi que la rédaction de Ville, Rail & Transports) à choisir les réalisations les plus dignes d’être mises en valeur. Les résultats ont été très serrés dans les catégories « gare intermodale », « services voyageurs », « mobilité durable » et « communication ».

     

    Innovation Bretagne

    Comptage à bord des trains

    Pour mieux connaître la fréquentation de son réseau et continuer de développer l’offre en répondant aux besoins réels de déplacements, le conseil régional a décidé de se doter d’un système de comptage automatique de voyageurs. En effet, le dispositif existant, qui s’appuie sur trois vagues de comptage manuel par an, est nettement insuffisant pour appréhender la performance et la pertinence du transport régional de voyageurs (vision ponctuelle, données peu fiables et ne permettant pas ou peu de comparaison d’une année sur l’autre).
    L’approche retenue est inédite au niveau national : c’est la région elle-même qui a passé un marché public pour l’acquisition et l’exploitation du système de comptage (septembre 2011), s’assurant ainsi un contact direct avec le prestataire et un accès aux données brutes. Pour autant, l’ensemble du projet a été mené en lien étroit avec la SNCF, qui s’est vu confier la prestation d’assistance à maîtrise d’ouvrage afin de définir les spécifications fonctionnelles du système en lien avec le respect de l’environnement ferroviaire du matériel (17 rames de trois types), ainsi que l’intégration (2012) et la maintenance des capteurs de comptage dans les trains. Les premières données de comptage partielles ont été obtenues en septembre 2012.
     

    Gares intermodales Rhône-Alpes

    Pôle d’échanges d’Annecy

    Avec deux millions de voyages par an, la gare d’Annecy est la sixième de Rhône-Alpes. Un remodelage de ce pôle intermodal a été jugé nécessaire, car depuis la constitution du centre d’échanges des bus en face de la gare, le bâtiment voyageurs et les services étaient mal situés par rapport aux principaux flux. Les galeries souterraines reliant la gare et les quartiers proches étaient également moins fréquentées, les usagers préférant cheminer en surface. L’implantation des services offerts aux voyageurs au niveau -1 ne se justifiait donc plus.
    Au premier semestre 2007, un jury retenait la proposition d’aménagement du pôle d’échanges réalisée par le bureau d’études de la SNCF, Arep, et par son architecte en chef Jean-Marie Duthilleul. Objectifs : une nouvelle halle de 800 m² regroupant l’ensemble des services aux voyageurs (SNCF, autocars et vélostation de 350 places) au niveau de la voirie, le déplacement de la gare routière départementale sur l’ancien site de la Sernam, l’aménagement d’un parvis piéton et d’une traversée apaisée de l’avenue face à la gare, la reconversion de l’ancien bâtiment voyageurs en vue d’accueillir une enseigne de restauration après une remise aux normes et le réaménagement d’un parking au nord des voies ferrées. L’ensemble, qui comprend également une « boutique du quotidien » (journaux, petite restauration…), a été inauguré en décembre 2012 et complété en 2013. 
     

    Accessibilité Alsace

    Objectif accessibilité totale des gares en 2015

    Le Schéma directeur pour les personnes à mobilité réduite (SDPMR), élaboré avec l’ensemble des partenaires concernés, a retenu un scénario de déploiement progressif pour rendre accessible pour tout type de handicap, entre 2009 et 2015, les 19 gares avec personnel du réseau TER Alsace, conformément aux obligations réglementaires, mais aussi 17 haltes fortement fréquentées et deux lignes routières. Le rythme de réalisation des aménagements est conforme au calendrier prévisionnel du SDPMR, en privilégiant à terme et dès que possible l’autonomie des personnes dans leur déplacement,  plutôt que la mise en place de services d’assistance nécessitant une réservation préalable.
    L’Alsace se présente aujourd’hui comme « la plus avancée au plan national en matière de mise en accessibilité des gares inscrites à son schéma directeur ». Au 1er janvier 2014, le taux d’avancement en nombre de gares sur le périmètre RFF (quais, franchissements) atteint 80 %, représentant 12 gares et 18 haltes rendues accessibles. Au 1er février 2015, 100 % du périmètre SNCF (parking, bâtiments voyageurs…) des haltes et gares devrait également être rendus accessibles.
     

    Services voyageurs Pays de la Loire

    Train des plages

    Le Train des plages a circulé du 7 juillet au 25 août 2013 entre Saumur et Les Sables-d’Olonne. Cette première action, visant à redynamiser une ligne dont la fréquentation était très faible et en recul par rapport à la fin des années 1990, a consisté à faire circuler un train les samedis et dimanches matin de Saumur aux Sables-d’Olonne, un train les samedis soirs des Sables-d’Olonne à Saumur et un train les dimanches en fin d’après-midi des Sables-d’Olonne à Saumur. Sur ce trajet, le train met une heure de moins qu’un autocar, permettant de faire l’aller-retour dans la journée. Chacune des circulations offre des correspondances à Saumur avec des trains de ou vers Tours ou Orléans.
    La mise en place du Train des plages, service expérimental ayant bénéficié d’un financement européen dans le cadre du projet Interreg IV B « Citizens Rail », a fait l’objet d’un accord entre les régions Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Le service s’est accompagné d’une démarche tarifaire (forfait Tribu jusqu’à cinq personnes) et d’une communication efficace (affiche à l’ancienne, sacs à pain…) Le succès a été au rendez-vous, avec plus de 5 300 voyages : alors que la SNCF avait estimé qu’il y aurait 20 voyageurs par train, la fréquentation moyenne a été de 171, avec un maximum de 359. Par conséquent, l’opération doit être reconduite en 2014, étendue cette fois de mai à septembre.
     

    Mobilité durable Aquitaine

    Contrats d’axe

    Le 16 décembre 2013, le conseil régional a approuvé les deux premiers Contrats d’axe ferroviaire aquitains, de la Vallée de l’Isle (région plus 19 partenaires pour 43 engagements) et du Béarn (région plus 27 partenaires pour 105 engagements). Ces démarches sont parmi les toutes premières abouties en France en matière d’articulation des politiques de transports ferroviaire et d’urbanisme. Ces Contrats d’axe ferroviaire s’inscrivent dans le Schéma régional des infrastructures, des transports et de l’intermodalité (Srit) de juillet 2009, qui décline de grandes orientations de mobilité durable à l’horizon 2020-2025, répondant ainsi aux objectifs prônés par les lois Grenelle de 2009 et 2010.
    Cette démarche consiste à accompagner l’adaptation et le renforcement de l’offre TER Aquitaine sur un axe ferroviaire donné, par des politiques vertueuses en matière d’intermodalité et d’urbanisme. Sous l’égide de la région, qui s’engage sur une offre de transport renforcée à un horizon « moyen-terme » (5 à 8 ans), les autres AOT et les collectivités compétentes en matière d’aménagement et d’urbanisme s’engagent à leur tour, dans leurs champs de compétences respectifs, à mener un certain nombre d’actions qui visent un développement territorial favorisant l’usage du train.
     

    TER routier Lorraine

    Desserte Sarreguemines – Bitche

    A la suite d’un éboulement survenu en décembre 2011, des ralentissements ont été mis en place par RFF sur plusieurs tronçons de la voie ferrée Sarreguemines – Bitche, ne permettant plus une desserte optimale par le rail. Et vu l’état fortement dégradé de cette infrastructure ferroviaire, de l’importance des coûts annoncés pour sa remise en état et du niveau de fréquentation de l’offre ferroviaire, la Lorraine a fait le choix, après une période de services de substitution SNCF, d’organiser directement la desserte routière par l’attribution d’un marché de prestation en août 2013. Ceci en s’inscrivant dans le maillage régional et en offrant des besoins non couverts jusqu’à présent (desserte du centre de formation militaire de Bitche-Camp et de la base de rattachement du seizième bataillon de chasseurs).
    Dès l’attribution du marché, l’offre a pu être développée de 45 % (de 34 à 49 allers-retours par semaine), tout en maintenant des temps de parcours « attractifs », équivalents à ceux des services ferroviaires avant les ralentissements. Des correspondances sont assurées à Sarreguemines pour les liaisons vers Metz-Strasbourg et Sarrebruck, ainsi qu’avec la ligne Bitche – Niderbronn – Haguenau pour permettre également un accès vers Strasbourg.
     

    TER 2.0 Paca

    Centrale de mobilité « Paca mobilité »

    Guichet unique d’information multimodale sur 37 réseaux de transport (TER, LER et CP, ainsi que les réseaux urbains et interurbains), la centrale de mobilité à l’échelle régionale est accessible sur Internet (pacamobilite.fr), par widgets et via des applications smartphone (iPhone et Android), téléchargeable par QR code sur les supports de communication de la région. Développée en partenariat entre 16 collectivités, dont la région (porteuse du projet), les six départements et l’ensemble des agglomérations du territoire, cette centrale comprend un calculateur d’itinéraire, mais aussi les fiches horaires, les informations tarifaires, l’accessibilité PMR, les perturbations (flux automatisés et saisie manuelle) des lieux touristiques à proximité et des services cartographiques. Le tout en cinq langues (français, anglais, italien, allemand et espagnol).
    La région travaille pour que d’ici la fin de l’année soit également accessible des informations événementielles sur les destinations de la recherche d’itinéraire, en lien avec le site régional « Sortir en Paca ». Des partenariats sont également développés avec les projets européens AlpInfoNet (tourisme alpin) et InfoRailMed (transports transfrontaliers entre Paca et la Ligurie).

     

    Communication Aquitaine

    Présentation du Régiolis

    En tant que première région livrée en rames Régiolis, l’Aquitaine a organisé une présentation en avant-première de ce nouveau matériel le 4 juillet 2013, avant sa mise en circulation effective intervenue en avril 2014. La matinée a été consacrée aux institutionnels (élus, partenaires, presse, associations…) qui, après les discours, ont été conviés à un Run Presse entre Bordeaux et Langon, aller et retour. Puis en soirée, le grand public a été convié en gare de Bordeaux-Saint-Jean « dans un cadre festif et convivial » pour une visite de la rame et des animations en présence d’un orchestre et du personnel Alstom.
    Cette manifestation s’est accompagnée d’une campagne médias (affichage, presse, web, réseaux sociaux, radio…), de street marketing (flyers et ballons gonflables), d’une animation dans le hall de l’hôtel de région (maquette du Régiolis, kakémonos…), du lancement d’un jeu concours pour les abonnés TER (les prix étant de participer au premier run du Régiolis et d’un teasing à Bordeaux-Saint-Jean). Enfin, un livre et un film souvenir ont été réalisés.
    Patrick Laval

     

     

    Les classements

     

    Les données quantitatives, parmi lesquelles certaines performances ont servi de base à notre classement annuel, sont celles de 2012, les données définitives pour 2013 n’étant pas encore validées. Notre classement est basé sur l’évolution des données entre 2011 et 2012. Nous remercions vivement les conseils régionaux d’avoir eu, une fois de plus, l’amabilité de répondre à notre questionnaire, établi pour la quatrième fois avec le concours de l’ARF.

    Offre

    Petite croissance

    A l’échelle nationale, l’offre TER n’a progressé que de 1,15 % entre 2011 et 2012. Et pour une fois, moyenne et médiane sont d’accord : au dixième rang, la Haute-Normandie a proposé 1,12 % de trains-km en plus. Après une année 2011 relativement peu perturbée, 2012 a été une année plutôt « normale », au cours de laquelle les trois quarts des régions ont proposé une offre en hausse. Avec quelques cas hors normes. Côté hausse, Poitou-Charentes se distingue (reprise du trafic hors périodes de travaux entre Saintes et Angoulême), de même que la Franche-Comté (nouvelles dessertes TER après ouverture de la LGV Rhin-Rhône). A l’autre bout du classement, les travaux expliquent les baisses en Auvergne et dans le Centre (Blanc-Argent en 2012). Si dans ces deux régions, les fermetures ont été provisoires, la mesure a été en revanche définitive pour le trafic TER entre Avallon et Autun (décembre 2011), en Bourgogne.
     

    Fréquentation

    Accentuation de la hausse

    La fréquentation des TER a progressé de 5,9 % entre 2011 et 2012 à l’échelle nationale, contre 4,2 % de 2010 à 2011. En Poitou-Charentes, la forte hausse de l’offre se traduit par une hausse encore plus importante en fréquentation, alors que la hausse modeste du TER Limousin n’est pas récompensée, au contraire. Un résultat qui colle avec la théorie du transport sur rail à rendement croissant, ces deux régions étant tout à fait comparables par la faiblesse de leur trafic sur rail (Poitou-Charentes et Limousin sont aux 17e et 18e rangs pour la fréquentation de leurs TER ramenée à leur population respective). La seule autre baisse de fréquentation en 2012 a été constatée en Auvergne, 15e région pour la fréquentation de ses TER et sujette à des interruptions de trafic pour cause de travaux. Côté hausse, la fréquentation des TER Bourgogne ne semble pas avoir souffert de la fermeture entre Avallon et Autun.
     

    Recettes

    Des régions généreuses

    Avec 2,88 %, la hausse des recettes en 2012 marque le pas par rapport à 2011 (plus 6,5 %) et ne représente que la moitié de la hausse de la fréquentation. Ce qui laisse deviner que la moitié de la hausse est sans doute due à des abonnés (la proportion de ces derniers ne figure pas dans le questionnaire de cette année).
    En Paca (qui avait en revanche connu la plus forte hausse de recettes en 2011) et dans le Nord-Pas-de-Calais (70 % d’abonnés en 2011), la baisse est toutefois étonnante, vu la hausse de la fréquentation. Il faut ici sans doute ajouter l’effet de tarifications (100 000 cartes Zou! en Paca en 2012) ou d’abonnements très généreux, en particulier pour les voyageurs « captifs » (étudiants, précaires) ou fréquents. Mais la générosité peut rapporter aussi : Languedoc-Roussillon, qui a introduit les billets à 1 euro en juillet 2011 en commençant par deux lignes, a affiché une hausse des recettes de 5,2 % en 2012.
     

    Régularité

    Bonne, mais pas meilleure

    Une petite moitié des régions dans lesquelles moins de trains sont en retard (en vert) et une grosse moitié (en rouge) où la situation s’est détériorée entre 2011 et 2012. Alors que l’année précédente, l’amélioration avait concerné 17 régions sur 20.
    Quant aux résultats 2012, ils restent honorables dans 18 régions et excellents dans un peloton de tête où l’on retrouve toujours les mêmes ! Et alors que Languedoc-Roussillon s’extrait cette année de la queue de classement, les trois derniers sont également des « habitués », Paca retombant, après une année 2011 très encourageante, au niveau des années précédentes.
     

    Fiabilité du service

    Changement de méthode

    Plutôt que les trains-km supprimés, résultat que nous calculions en comparant le kilométrage annuel contractuel et l’offre réalisée, le nouveau questionnaire envoyé aux régions a demandé à ces dernières de nous communiquer les taux de réalisation de l’offre en 2011 et 2012. Une amélioration entre les deux années est traduite par des chiffres verts et une détérioration par des chiffres rouges. Globalement, les deux couleurs s’équilibrent et les données sont comparables aux résultats obtenus par l’ancienne méthode, mais devraient moins donner lieu à contestation (en partie à cause de la façon de compter les circulations supprimées dans le cadre de travaux planifiés, voire les cars-kilomètres de substitution pendant lesdits travaux…) Dommage que Paca, région qui avait connu de nets progrès en 2011 après de nombreuses années « à problèmes » n’ait pas pu répondre à cette question…
    En tout cas, Lorraine, Bretagne et Alsace se maintiennent en haut du classement quelle que soit la méthode. Et l’Auvergne, qui dans l’ancienne méthode était bien plus pénalisée par les travaux sur ses lignes les plus dégradées, reste quand même en queue de classement.
     

    Matériel roulant

    Rajeunissement : stop ou encore ?

    Quinze ans après la mise en service de la première génération de TER modernes (TER 2N, X TER et A TER), nous avons supprimé la notion de matériel « rénové », vu que l’essentiel du matériel antérieur à 1998, quand il est encore en service, est désormais modernisé. La vitesse de renouvellement s’est accélérée : 25 ans après les derniers matériels d’avant-guerre et 15 ans après ceux des années 1950, ce sont aujourd’hui les millésimes des années 1970 et 1980 qui partent à la casse ! Ceci s’explique par l’arrivée d’une deuxième génération de TER modernes (Z TER, TER 2N NG, AGC) entre 2004 et 2011, puis maintenant de la troisième depuis la régionalisation : le Régiolis, qui vient d’entrer en service (avril 2014), et le Regio 2N, attendu pour bientôt. Deux matériels dont la poursuite des commandes par les régions (mais aussi par l’Etat pour les trains intercités et par le Stif pour la grande banlieue) est très attendue, tant chez Alstom que chez Bombardier.
    Ce que l’âge moyen du matériel roulant ne montre pas, c’est que deux classes d’âge se distinguent très nettement dans la plupart des régions : un parc âgé de 25 à 40 ans (autorails « caravelle », Corail, Z2, VO2N, RIO et RRR) et un autre parc de moins de 14 ans. Rares sont en effet les matériels TER livrés dans la première partie des années 1990, à part les Z2N du Nord-Pas-de-Calais (destinés à rejoindre l’Ile-de-France) et les Z800 en Rhône-Alpes (commande commune franco-suisse pour Saint-Gervais – Vallorcine et Martigny – Châtelard).
    Majoritairement remorqués, les matériels des années1970-1980 encore en service nécessitent le recours à des locomotives dans 15 des 20 régions TER (parcs de 30 à 42 ans de moyenne) et sont appelés à être remplacés par la troisième génération de TER. Ces locos ne figurent pas dans nos statistiques, qui ne concernent que le matériel accueillant des voyageurs. A ce matériel, il convient d’ajouter les trams-trains aux parcs de trois régions (Alsace depuis 2010, Pays de la Loire depuis 2011 et Rhône-Alpes depuis 2012).
     

    Voyageurs par véhicule

    Un car aquitain équivaut presque à un train limousin

    Nous proposons cette année une nouvelle catégorie de données, en plus du nombre moyen (calculé par nos soins) de voyageurs par train : le nombre moyen de voyageurs par car régional (TER, LER ou autres liaisons régionales). Côté rail, le remplissage d’un TER moyen est repassé en 2012 à 78 voyageurs à l’échelle nationale, soit autant qu’en 2010 et plus qu’en 2011 (75).
    La progression a été forte en Alsace (78 en 2011), Bourgogne (68 en 2011), Languedoc-Roussillon (75 en 2011), Midi-Pyrénées (64 en 2011), Picardie (106 en 2011) et Paca (85 en 2011). En revanche, Champagne-Ardenne (56 en 2011) est en baisse sensible. Dans les autres régions, les variations sont faibles, dans un sens ou dans l’autre.
    La barre fatidique des 50 voyageurs, celle qu’un car pourrait prendre en charge, n’est pas atteinte dans 4 régions. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’un car rendrait le même service qu’un train moyen, qui peut connaître localement des charges plus élevées, pour lesquelles un autorail de 80 voyageurs serait le bienvenu.
    En revanche, la barre des 50 voyageurs est très loin d’être atteinte par le remplissage moyen des cars régionaux. Ce qui démontre que dans l’ensemble, le car est adapté aux lignes sur lesquelles il circule actuellement. Mais rien n’interdit de penser qu’un passage au rail pourrait induire un trafic en prenant des usagers, plus que le car, à la voiture particulière.
     

    Part du diesel

    Le TER encourage quand même l’électricité

    La notion a été popularisée par Jacques Chirac, lorsqu’il souhaitait la disparition de la traction diesel à moyen terme. Pourtant, année après année, la part du diesel est une donnée difficile à obtenir auprès des régions (un bon tiers n’a pas répondu à ce point du questionnaire). A titre de comparaison, la traction diesel est employée sur environ 55 % des trains-km TER en France, contre environ 10 % pour toutes les activités de la SNCF. Ce qui fait des TER les trains faisant le plus appel au diesel en France. Toutefois, côté infrastructure, l’électrification progresse, tant sur les lignes TER en service que sur certaines réouvertures (Nantes – Châteaubriant en tram-train). Et c’est le TER plus que le fret qui est le moteur des électrifications en cours (Calais – Dunkerque) ou en projet (Caen – Rennes). Et côté matériel, l’AGC a fait du matériel bimode une réalité, pour les TER avant tous les autres types de trains, et les Régiolis bimodes sont la norme pour les lignes non électrifiées, le nouveau TER n’existant pas en version diesel uniquement !

     

    Infrastructure

    Forte hausse dans les régions à faible densité

    Ramené au kilométrage parcouru par les TER, le péage représente une part non négligeable (18,5 % en région Centre), mais réparant en quelque sorte les inégalités entre les régions à fort trafic, où se trouvent les péages les plus élevés par train-km, et celles à faible densité de trafic, où le péage est le moins élevé en absolu comme en relatif (13,3 % du prix du train-km dans le Limousin). Mais ce sont aussi ces régions où les hausses de péage sont les plus fortes (plus de 10 % en Poitou-Charentes et Franche-Comté) entre 2011 à 2012. Globalement, les péages ont augmenté dans 16 régions et baissé dans trois.

     

    Prix de revient

    Stabilité apparente et disparités

    Trop élevés les prix du TER produits par la SNCF ? En tout cas, ils sont globalement identiques en 2011 et 2012 : 27 centimes d’euro pour transporter un voyageur sur un kilomètre, dont 11 centimes couverts par les recettes directes (l’usager) et 16 par la collectivité (le contribuable), soit autant qu’en 2010. Dans certaines régions, ces résultats varient à la hausse ou à la baisse en fonction du remplissage. Mais ce dernier n’explique pas tout : pour voir la part due aux charges d’exploitation, il faut voir le prix de revient par km-train. Globalement, ce prix n’a pas bougé d’une année sur l’autre : 20,72 euros en 2012 contre 20,68 euros en 2011, alors que la part versée par les régions est passée de 12,43 à 12,83 euros. Mais la stabilité globale du prix de revient du train-km cache des disparités : forte baisse en Alsace (-18 %), hausse globale ailleurs.
    Sans surprise, les voyageurs sont plus subventionnés dans les régions à faible densité de population (Limousin, Franche-Comté, Auvergne, Champagne-Ardenne et Basse-Normandie à plus de 30 centimes par km), mais les moins subventionnés ne sont pas forcément dans les régions les plus denses (Pays de la Loire, Picardie, dont les trains sont les mieux remplis, et Alsace, dont le prix de revient est en baisse, autour de 10 centimes par km). Les disparités entre le prix de revient sont en revanche bien moins fortes d’une région à l’autre – la technique reste la même quel que soit le remplissage ! – mais réapparaissent une fois déduites les recettes. C’est alors Paca, qui n’est pas la région la moins peuplée, qui paye le plus cher le kilométrage parcouru par ses TER, alors que les Pays de la Loire versent la plus petite subvention kilométrique pour ses trains.
    Patrick Laval
  • Social. La SNCF propose des mesures de départs volontaires

     

    La SNCF voudrait inciter un certain nombre de ses agents à quitter l’entreprise par des mesures financières d’indemnisation. L’annonce d’un véritable « plan » de départs volontaires avait même « fuité », via l’UNSA-Cheminots sur le site Challenges.fr, à la veille du comité central d’entreprise qui avait mis le sujet à son ordre du jour du 13 mai. Repris dans les médias et suscitant l’émotion, le terme de « plan » était pourtant aussitôt démenti par un communiqué catégorique de la SNCF. Qui ne reconnaît qu’une « simple nécessité d’adapter localement les effectifs en fonction de l’évolution de l’activité et du contenu des métiers ». 
    Jeu sur les mots ? En tout cas, les rumeurs en question, bien que niées expressément par un courrier de la direction RH dès fin 2013 en réponse aux organisations syndicales, couraient bel et bien en interne depuis plusieurs mois.
    Le plan qui ne dirait pas son nom ciblerait plus particulièrement les quinquagénaires. Ceux qui sont nés entre 1959 et 1961. Mais pas seulement. Puisque le dispositif est prévu dès quatre ans de maison au cadre permanent (lire encadré). La SNCF attendrait de ces mesures quelques milliers de départs sur un effectif total de 165 000 cheminots.
    Plus de la moitié de ses billets désormais vendus en ligne au détriment des guichets et des boutiques SNCF en ville, une baisse sensible de la fréquentation des TGV et la réduction de dessertes et de liaisons, tout cela sur fond d’état déliquescent du transport de marchandises : quoi d’étonnant à ce que l’entreprise ne se découvre en sureffectifs dans certaines de ses activités comme Fret ou le Commercial Voyageurs ? Nathalie Bonnet de SUD-Rail l’assure, il s’agit de tailler dans les effectifs du Fret et de « supprimer la moitié des vendeurs d’ici à 2016 ». 
    Affichant des résultats dans le rouge en 2013 avec une perte nette de 180 millions d’euros en raison d’une dépréciation comptable de 1,4 milliard de ses matériels TGV, et lancée dans un véritable plan de rigueur interne, la SNCF, Guillaume Pepy n’a pas craint de le dire en présentant son projet Excellence 2020, est engagée dans des « ajustements ».
    En urgence cependant. Puisque ces propositions de départs volontaires doivent entrer en vigueur, selon les informations avancées par les syndicats, dès le prochain mois de juin.
    Une rapidité qui n’étonne pas Gilbert Garrel. Le secrétaire général de la CGT, le 1er syndicat représentatif des cheminots, l’assure : « Cela s’inscrit à la fois dans les mesures d’austérité que vient de présenter le gouvernement – il faut trouver les 18 milliards d’économies annoncés sur le budget de l’État, donc les entreprises publiques sont concernées. Mais aussi dans les difficultés que rencontrerait la SNCF pour arriver aux 2 453 suppressions de postes programmées cette année. Car beaucoup de cheminots diffèrent leur départ en retraite. Elle réactiverait donc, dit-il, l’opportun décret de 1954 qui s’applique aux entreprises publiques en cas de sureffectifs, qu’ils soient géographiques ou dans certains métiers. Or, déplore-t-il, en 2008, 2010 et 2013, à trois reprises, la réforme des retraites a eu pour objectifs de retarder le départ des cheminots. Maintenant, la SNCF doit encourager en les finançant des départs anticipés… ».
    Les secteurs concernés sont, constate-t-il, bien sûr les personnels des guichets « ce qui va continuer à déshumaniser les gares » et la branche Fret, pour laquelle « c’est une nouvelle fois très mauvais signe. » Mais aussi l’encadrement dans les directions, ces fameuses « fonctions supports » de l’Epic de tête en sureffectif manifeste que le plan Excellence 2020 vise à réduire de 20 %. « Au risque, note Nathalie Bonnet, de ne pas atteindre son but si ces cadres n’y trouvent pas leur compte. » Elle rappelle que la dernière utilisation de ce dispositif, qui remonte aux années 90, n’avait pas donné les résultats escomptés.
    Ces indemnités proposées sont, assure la SNCF, « les conditions d’indemnisation de tout agent qui choisit de quitter l’entreprise ». Prévues par son référentiel RH 0281 qui devait être « remis à jour ». Sauf que, précise l’UNSA, « ce référentiel est exactement le même que celui qui a été utilisé lors des précédents plans de départs volontaires ». Tous ces calculs ne sont pas forcément faciles à comprendre d’emblée par les cheminots. Les candidats éventuels au départ vont devoir prendre leur calculette.
    Chantal BLANDIN
     

    Qui pourrait partir avec quoi ?

    Ces mesures concerneraient les agents du cadre permanent qui le souhaitent.
    – Pour ceux comptant de 4 à 14 ans d’affiliation à la CPRP : une indemnité calculée sur un an de salaire de référence + un mois par année de travail au-delà de la 4e année ;
    – pour les agents comptant 15 ans et plus : un mois de salaire de référence par année de services restant à accomplir avant l’âge d’ouverture des droits à la retraite. Avec un maximum de 15 mois de salaire au total ;
    – enfin, les agents ayant déjà atteint cet âge d’ouverture des droits à la retraite se verraient proposer une indemnité de départ volontaire. 
    De quoi, selon le document fourni aux syndicats, permettre « par décalage d’élargir les opportunités de repositionnement des agents » qui restent. Des mesures normales, selon la SNCF, d’adaptation et d’évolution en fonction des nouveaux besoins de l’entreprise.
  • RER E : Eole un peu plus à l’ouest

    RER E : Eole un peu plus à l’ouest

    Eole fera une pause et reprendra son souffle. C’est en deux temps que va se faire le prolongement à l’ouest. D’abord jusqu’à Nanterre-La Folie puis jusqu’à Mantes-la-Jolie. La décision, déjà dans les tuyaux, a été prise par le conseil du Stif le 5 mars, qui a approuvé l’avant-projet du prolongement. Reste à boucler le financement, et vite. Evidemment le point le plus délicat. Pourtant, le prolongement d’Eole va bénéficier d’une manne qui n’était initialement pas prévue. Les ressources dégagées pour que la Société du Grand Paris réalise le nouveau métro ont été, dans le cadre de l’accord Etat-région du 26 janvier 2011, rendues disponibles pour d’autres projets. On parlait d’avance remboursable. Il s’agit aujourd’hui « d’apport net », précise Pierre Serne, vice président Transports et Mobilités du conseil régional. Cela a fait l’objet d’une bataille pas trop publique, pas tendre pour autant, entre ceux qui voulaient réserver les ressources du Grand Paris au Grand Paris. Et ceux qui voulaient les voir banalisées. Comme dit un bon connaisseur de tous ces dossiers : « Jean-Paul Huchon a toujours voulu faire main basse sur ce pactole. » Le président du conseil régional ne s’en est d’ailleurs guère caché. Il avait même tendance à s’étonner qu’on vote des ressources pour le métro du Grand Paris, avant d’avoir assuré des projets que la région juge prioritaires. La SGP, qui grâce essentiellement à une taxe sur les bureaux, a du cash, va contribuer à hauteur de deux milliards d’euros aux projets du Nouveau Grand Paris. Dont un milliard pour Eole. Mais cet apport providentiel ne suffira pas, loin de là, à acquitter les 3,3 milliards d’euros du projet. RFF devait préciser sa contribution en mars. A la région, on a l’impression que les autres partenaires ne se pressent pas. La Ville de Paris n’a pas pris part au vote sur Eole lors du dernier conseil du Stif. Guère engageant. Le report à 2022 d’une partie du projet permet de repousser l’investissement. De toute façon, dit un proche du dossier, le projet n’était pas complètement prêt. Ça arrange un peu tout le monde. Pas les usagers.

     

    De NExT à Nexteo

    Jusqu’à présent le « plateau commun » de RFF et de la SNCF sur le projet s’appelait Eole/NExT, NExT étant là pour Nouvelle exploitation des trains, après avoir signifié nouvelle exploitation du Transilien. Un petit changement qui n’a l’air de rien, mais qui montre que le système pourrait s’ouvrir à d’autres partenaires que la SNCF et RFF. Au RER A de la RATP, qui d’ailleurs, fait bénéficier le plateau commun de son expérience sur la zone hyperdense. Une ouverture prudente. Pas question, nous avait expliqué Jean Faussurier, alors patron du plateau commun, de faire un « couteau suisse », qui serve à tout. Le système a entre-temps changé de nom. La marque NExT est déjà déposée en Suisse pour un système de transport. Va donc pour Nexteo. EO comme Eole. L’appel d’offres, attendu pour mars, sur le système d’exploitation, ne portera, comme prévu, que pour le RER E.
    Grâce à Nexteo, on fera passer 22 trains par heure, en période de pointe, dans le tronçon central. En 2020, avec l’achèvement du nouveau tunnel et la première mise en service, on va s’en tenir à 16 trains, en signalisation latérale, comme aujourd’hui. Parallèlement, sera testé le nouveau système en shadow mode pour pouvoir l’utiliser à plein, sur le tronçon central, en 2022. 22 trains, 2022. Facile à retenir. Facile à tenir ?

     

    Reprise du tronçon central

    Les nouveaux matériels commandés pour le prolongement, les RER NG, auront un plancher à 920 mm dessus de la voie. Mais les quais de Magenta et d’Haussmann-Saint-Lazare sont à un peu plus de 1 000 mm. Pour assurer l’accessibilité, « nous n’allons pas baisser les quais donc nous allons plutôt rehausser les voies », dit Xavier Gruz, directeur du projet Eole-Nexteo. Déjà l’an dernier une partie des caténaires a été reprise. Les travaux pourraient avoir lieu à l’été 2019. Ils imposeront une interruption de trafic sur le tronçon central du RER E pendant sept semaines. Avec un report de trafic sur le RER A ou sur la ligne 1 du métro. Mais le RER A lui aussi aura droit à son RVB… Le Stif vient d’en publier le calendrier. On s’occupe d’abord du RER A, puis du RER E.

     

    La gare de la porte Maillot se cherche encore

    Porte Maillot, la gare prendra place sous le rond-point central, devant le Palais des Congrès. Elle va rentrer « au chausse-pied » entre un parking souterrain, un collecteur, et la station de la ligne 1 du métro. Elle sera tout de même enfouie à près de 30 mètres sous terre. Bien plus profond que le métro. La Ville de Paris réfléchit à un réaménagement de l’espace, dans l’idée, éventuellement, de supprimer le rond-point et de rétablir la continuité entre l’avenue de la Grande-Armée et l’avenue du Général-de-Gaulle. Mais la réflexion n’est pas aboutie. De ce fait, toutes les réflexions sur l’émergence de la gare sont présentées avec une prudence de sioux. Les architectes (agence Jean-Marie Duthilleul, dans le groupement de maîtrise d’œuvre, avec Egis et Setec) ont prévu un puits de lumière. Ce n’est qu’une proposition, glisse-t-on chez le maître d’ouvrage. La gare, selon les hypothèses, devrait coûter entre 200 et 250 millions d’euros.
     

    La Défense aura sa gare sous le Cnit

    Pas pensable de faire arriver les futurs réseaux à Cœur Défense, déjà bien chargé avec le RER A, la ligne 1 du métro, le tramway T2, et les Transilien reliant Saint-Lazare à Versailles et Saint-Nom-la-Bretèche, ou ceux reliant La Défense à Verrières-le-Buisson (ligne U). La gare du métro du Grand Paris ira se nicher sous les Quatre Temps, au sud. Celle d’Eole sous le Cnit, au nord. Les deux se situant à environ 30 mètres sous le parvis de La Défense seront reliées par un espace passant sous le RER A. Pour Eole, un accord a été trouvé avec Unibail, propriétaire du Cnit. La gare va déboucher là où se trouvent aujourd’hui des salles de congrès qui seront transformées en espaces commerciaux. Les voyageurs étant autant de chalands potentiels, Unibail va participer au financement du projet. Il devrait apporter une contribution qui se situe autour de 40 millions d’euros. Unibail va conserver la gestion du Cnit la plus normale possible pendant quatre ans. Le chantier devrait être très discret, sous le centre. Xavier Gruz se félicite qu’Unibail ne soit en définitive pas un « tiers perturbé mais un partenaire du projet ».
     

    Pas si simple d’aller jusqu’à Mantes

    Le chantier du prolongement d’Eole après la ligne nouvelle s’annonce complexe.
    A Nanterre, Eole arrivera le premier, avant le métro de la SGP. De ce fait, le chantier intègre des mesures conservatoires pour le Grand Paris.
    A Houilles, il faudra reprendre un quai.
    A Poissy, s’imposent d’importants travaux pour permettre l’écoulement des flux de voyageurs.
    Toutes les autres gares devront être mises en pleine accessibilité, ce qui imposera la reprise des quais. Le renouveau des bâtiments voyageurs des gares se fera dans une approche multimodale.
    Sur son chemin, d’Epône à Mantes, le RER E aura besoin d’une troisième voie. En anticipant la réalisation de la ligne nouvelle Paris-Normandie, la plateforme sera prévue pour une quatrième voie.
    La gare de Mantes, au-delà du rehaussement et de l’allongement de quais, devrait connaître des travaux d’envergure, dans la perspective aussi de la Ligne nouvelle Paris-Normandie. Au-delà des purs aspects transports, Xavier Gruz veut mener avec les acteurs locaux, une réflexion sur l’aménagement des communes. A l’image de ce qu’il a connu, quand il s’occupait de la LGV Rhin-Rhône, avec les clubs TGV.
    François DUMONT et Patrick LAVAL
     

    Calendrier prévisionnel

    • En cours : l’appel d’offres du matériel. Remise des offres fin avril.
    • Mars 2014 : appel d’offres pour le système Nexteo.
    • Juin 2014 : signature du protocole de financement.
    • Juillet 2014 : avis public d’appel à concurrence pour le génie civil.
    • Automne 2014 : appel d’offres génie civil.
    • Fin 2014 : choix de l’industriel pour Nexteo.
    • Printemps 2015 : choix de l’industriel pour le RER NG.
    • Juin 2015 : démarrage des travaux de génie civil.
    • 2019 : amélioration du nœud de Poissy.
    • 2020 : mise en service du prolongement du RER jusqu’à Nanterre-La Folie. Le nouveau système d’exploitation, Nexteo, fonctionne en shadow mode sur les nouveaux trains.
    • 2022 : montée en charge du système. Mise en service du prolongement jusqu’à Mantes. 22 trains par heure dans la section centrale grâce à Nexteo.
  • Logistique. A quand des livraisons « intelligentes » ?

    Logistique. A quand des livraisons « intelligentes » ?

    Impossible pour les villes françaises de se désintéresser de la livraison urbaine. Source d’encombrement de la chaussée et d’émissions sonores et polluantes, le transport des marchandises représente environ 20 % du trafic automobile total. La poursuite du développement de l’e-commerce, générateur de la multiplication des livraisons de petits colis, devrait encore amplifier ces effets (les ventes sur Internet ont en effet augmenté de +13,5 % entre 2013 et 2012, après une hausse de 19 % en 2012).
    Pourtant, rappelle le Centre d’analyse stratégique (CAS) dans son rapport sur Un renouveau de la logistique urbaine publié en 2012, alors que « ce thème fait l’objet de nombreuses réflexions depuis
    40 ans, force est de constater que les solutions explorées ne sont que partiellement mises en œuvre, en raison probablement de leur coût, ce qui doit conduire l’ensemble des acteurs concernés à trouver de nouvelles solutions pour un transport durable des marchandises en ville ».
    Les recommandations formulées par le CAS tardent à se concrétiser. Il suggérait notamment de « créer une concertation entre tous les acteurs concernés par le développement durable des marchandises en ville, dégager des pistes d’action s’appuyant sur les expériences en France et à l’étranger et renforcer les méthodes d’analyse ». Dans ce domaine, même si de nombreuses collectivités se sont engagées dans cette démarche depuis plusieurs années en signant des chartes avec les professionnels (transporteurs, commerçants…) pour mettre sur pied de bonnes pratiques comme à Paris, Nantes ou Toulouse, chacune a tendance à avancer en ordre dispersé.
    De même, la recommandation de « donner toutes les compétences nécessaires aux autorités de transport urbain pour coordonner les actions liées aux transports de marchandises » peine à voir le jour. Elle s’explique notamment, selon les professionnels, par le fait que l’activité fret est avant tout organisée par le secteur privé même si elle s’exerce pour une large part sur le domaine public. Et qu’il serait donc difficile pour une collectivité chargée d’organiser le service public du déplacement des personnes d’appliquer les mêmes recettes à une activité privée aux multiples facettes.
    Mais cela ne doit pas les empêcher de continuer à travailler sur les questions de réglementation, des accès et du stationnement. Et surtout à chercher à harmoniser les dispositifs.
    Pourquoi par exemple ne pas autoriser les livraisons la nuit si elles sont silencieuses grâce aux nouvelles technologies ? Quelles seront justement les innovations de demain ? Véhicules électriques, triporteurs, tram de fret, boîtes à livraisons, livraisons au bureau et dans la voiture… Toutes ces idées sont envisagées et testées en France ou ailleurs. Elles sont souvent soutenues par les collectivités pour tenter de lever un handicap : le surcoût des véhicules « propres ». Et les surcoûts liés aux ruptures de charge quand un colis est déchargé du camion longue distance, trié en fonction de sa destination puis replacé dans un véhicule plus petit et adapté qui assurera l’acheminement du « dernier kilomètre ».
    A cela s’ajoute une autre difficulté : la tendance ces dernières années à implanter des plates-formes de dégroupage loin des centres villes, en raison de la hausse des prix du foncier. Or, pour améliorer les conditions des livraisons urbaines, celles de ce dernier kilomètre, il est essentiel de les rapprocher du centre pour assurer un rayonnement optimal, rappelle-t-on du côté l’Avere-France, une association de promotion des véhicules électriques. Le fonctionnement de ces centres de distribution urbains permet de rationaliser les flux et d’utiliser les modes les plus adaptés en jouant sur la complémentarité.
    A l’avenir, le développement de flottes de véhicules connectés pourrait permettre de franchir un cap. Les véhicules intelligents devraient en effet permettre à la fois de disposer de données en temps réel sur les conditions de circulation et de disponibilités des places de stationnement, voire sur la localisation du destinataire du colis pour lui remettre en mains propres, où qu’il soit. Les livraisons intelligentes, c’est pour demain ?
    Marie-Hélène Poingt
     
     
     
     

    Sept villes qui donnent le ton

    Si la plupart des villes ont signé des chartes avec les professionnels, chacune teste différentes solutions qui permettront une meilleure cohabitation entre riverains, commerçants et transporteurs. Que ce soit en France ou en Europe, on mise sur la complémentarité et le développement des modes doux.


    PARIS

    Des initiatives à foison pour les livraisons

     
    Plus de 30 millions de tonnes de marchandises entrent chaque année en moyenne dans Paris. Elles sont responsables de
    12 millions de déplacements quotidiens dans la capitale. Soit plus de 4,15 déplacements par habitant.
    Posé autrement, le problème de la Ville de Paris est de préserver le commerce en centre-ville nécessaire à la vie des Parisiens tout en réduisant les nuisances que ces livraisons entraînent. En septembre 2013, elle a signé une nouvelle charte concernant la livraison avec 47 acteurs privés et publics du secteur : chargeurs, expéditeurs, destinataires, gestionnaires d’infrastructures et transporteurs livreurs.
    Si la première charte, signée en 2006, avait permis l’instauration d’une réglementation plus simple, d’un disque de livraison, et l’expérimentation de nouvelles pratiques, la nouvelle charte a pour objectif de rationaliser l’entrée et la sortie des marchandises de Paris, en privilégiant la massification par le fer et le fleuve, et d’optimiser la diffusion des marchandises dans la ville, avec le développement de l’utilisation de véhicules propres de livraison.
    Pas moins de 16 projets ont été inscrits dans cette charte. Ils couvrent aussi bien la création d’un établissement de logistique urbaine à la porte de La Chapelle (qui devrait être en exploitation en 2017), que le développement du fret fluvial ou celui de la flotte de véhicules électriques de livraison, l’installation de prises supplémentaires pour les véhicules électriques de livraison sur les places Autolib’, la mise en œuvre d’un démonstrateur de tramway destiné au fret en 2015 – en gardant à l’esprit que ni la RATP, ni le Stif n’ont de compétences dans les transports de marchandises –, ou encore la réflexion sur l’augmentation de 20 à 30 % des livraisons aux particuliers liées à l’e-commerce.
     
    Des casiers de retrait…
    Avant même que le groupe de travail sur l’e-commerce – qui réunit des acteurs tels que La Poste, l’Ademe, la RATP, FedEx, Carrefour, ou la Chambre de commerce – ne rende ses conclusions, des initiatives privées ont vu le jour. C’est le cas par exemple de La Poste et de ses espaces Cytissimo de retrait de colissimo accessible 24 h/24. Ou encore de Geopost, filiale de La Poste et de Neopost, spécialisé dans les solutions de traitement du courrier, qui testent les Packcity, des casiers de retrait de marchandises commandées par Internet, en partenariat avec le réseau Relais Colis, trois Monop’ parisiens et deux centres commerciaux d’Ile-de-France, à Créteil et Epinay-sur-Seine. Geopost compte déployer un réseau de 1 500 Packcity, d’ici 2016. Dans Paris intra-muros, le concept s’apparente à celui du « Drive » développé par la grande distribution, mais avec une collecte qui s’effectue, non plus en voiture, mais à pied compte tenu de la densité de l’habitat.
     
    … et des bornes pour l’e-commerce
    Toujours dans le domaine de la vente par Internet, le site Rue du Commerce s’est associé en janvier dernier avec Relay France qui détient le réseau de kiosques presse et petite restauration à emporter dans les gares et les aéroports, et avec Gares & Connexions, la direction de la SNCF qui gère les espaces commerciaux dans les principales gares de France. Rue du commerce qui diffuse plus de trois millions de produits venant de 750 marchands partenaires, a installé dans les Relay des bornes de ventes qui fonctionnent depuis le 1er février 2014. La livraison des produits achetés s’effectue dans l’un des Relay des six gares parisiennes concernées par cette expérimentation qui doit durer six mois. Le transport est en partie assuré par Relay, en même temps que ses propres marchandises, Rue du commerce n’ayant à livrer que la plate-forme de Relay.
     
    Une plate-forme mobile et des triporteurs
    Bien avant la nouvelle charte de livraison de la Ville et ses projets, des entreprises privées s’étaient lancées dans l’aventure de la livraison plus propre. A l’image de Vert chez Vous, une entreprise de transports qui, depuis août 2012, associe une plate-forme logistique flottante mobile, en l’occurrence une péniche, nommée Vokoli, et des vélos triporteurs à assistance électrique équipés d’un coffre de 2 m², et pouvant emporter jusqu’à 160 kg de marchandises. Chaque matin, la péniche est chargée, au port de Tolbiac, de 400 à 500 colis, livrés par une camionnette venue de l’entrepôt de l’entreprise à Pantin. A bord, les colis sont triés et répartis dans les 18 triporteurs. A l’escale suivante, Quai Henri-IV, les premiers triporteurs partiront pour une tournée de 15 km environ et d’une heure et demie – les arrondissements du nord de Paris, du XVIIe au XXe, trop éloignés de la Seine ne sont pas desservis par ce système. Les livreurs retrouvent Vokoli, aux escales suivantes : pont du Louvre, pont du Gros-Caillou, ou pont de Grenelle, avant de repartir pour une nouvelle boucle dans un autre arrondissement si besoin. Ainsi, un tricycle peut livrer à chaque tournée, autant qu’une camionnette. Avec 18 vélos cargos, l’entreprise assure pouvoir livrer 140 m3 chaque jour de la semaine à 1 500 destinataires en moyenne. Pour le directeur Gilles Manuelle, l’équation économique est équilibrée grâce au gain de temps réalisé par les livreurs qui ne perdent pas deux heures par jour entre un entrepôt de banlieue et le centre de la capitale. Gilles Manuelle dit gagner une quarantaine d’heures de travail par jour. Car ses véhicules se faufilent entre les voitures, sans vraiment subir les embouteillages, et n’ont pas de problèmes pour se garer puisqu’ils s’arrêtent devant le client quelques minutes. A ces gains de temps s’ajoutent les coûts d’acquisition des tricycles utilitaires sans commune mesure avec des camionnettes.
     
    Le recours à la voie d’eau…
    Vert chez Vous n’est pas la seule entreprise à utiliser la voie d’eau comme le recommande la charte de livraison de la Ville de Paris signée en septembre 2013. Depuis fin août 2012, Franprix se fait livrer par la voie d’eau à Paris. Une centaine de supérettes de cette enseigne réparties dans neuf arrondissements à proximité de la Seine, reçoivent leurs produits grâce à un transport multimodal. Les commandes sont préparées dans l’entrepôt de Chennevières-sur-Marne sous forme de conteneurs acheminés par camions jusqu’au port de Bonneuil-sur-Marne (94) et déposés sur une barge qui parcourt chaque soir 20 km sur la Marne puis la Seine pour rejoindre le port de la Bourdonnais, dans le VIIe arrondissement de Paris où elle passe la nuit. Le lendemain les 26 conteneurs, renfermant 450 palettes, sont déchargés sur des camions qui partent livrer les magasins.
    Deux ans de mise au point ont été nécessaires à Franprix, au transporteur Norbert Dentressangle, à VNF, aux Ports de Paris, Terminaux de Seine (TDS), société spécialisée dans la manutention portuaire, et la Société Coopérative d’Affrètement (Scat), spécialisée dans l’acheminement fluvial, pour mettre en place ce transport pour lequel le distributeur alimentaire s’est engagé pour cinq ans, même lors des périodes de crue. La filiale de Casino cherche à mieux remplir sa barge, et passer à 48 conteneurs en nouant des partenariats avec d’autres enseignes du groupe Casino, ou d’autres entreprises. Cela représenterait l’équivalent de 3 874 camions en moins, soit 450 000 km économisés, ce qui fait baisser les émissions de CO2 liées au transport de marchandises de 628 tonnes à 394 tonnes par an, soit une réduction de 37 % des émissions de dioxyde de carbone. Pour mémoire, à Paris, le transport des marchandises génère plus de 6,4 millions de tonnes équivalent CO², tous modes de transport confondus.
     
    … et au rail
    Un autre distributeur alimentaire, Monoprix, a fait le choix, depuis 2007, d’un acheminement par rail des marchandises destinées à ses magasins parisiens. Les marchandises (boissons sans alcool, textile, beauté, loisirs et produits pour la maison) sont acheminées par train depuis les entrepôts de Combs-la-Ville et Lieusaint, à 40 km de Paris, en une quarantaine de minutes à la halle Gabriel-Lamé, situé dans le XIIe arrondissement de Paris, à côté de la gare de Bercy. Là, elles sont distribuées dans des camions de Geodis et GT Location qui roulent au GNV – une station de remplissage de ce carburant a d’ailleurs été installée sur le site de Bercy en 2008. La halle de Gabriel-Lamé reçoit un train de 17 wagons par jour, cinq jours par semaine, soit 250 trains par an, correspondant à 12 000 camions approvisionnant 95 magasins à Paris et en banlieue.
    Au total, 120 00 tonnes de marchandises, soit 200 000 palettes, ont emprunté ce circuit 
    en 2011.
    L’Ademe a calculé qu’en 2009, cette organisation avait permis de réduire de 50 % les émissions de polluants par rapport à l’utilisation de camions, soit une réduction de 700 000 km parcourus par les camions de la filiale logistique de Monoprix par an.
    Mais contrairement à Franprix qui annonçait des coûts constants, Monoprix doit faire face à des coûts supérieurs de 15 %, dus à la traction ferroviaire, la manutention et la rupture de charge, et à la motorisation GNV.
     
    Des espaces de logistiques urbaines à développer
    A côté de ces expériences lancées par de grandes entreprises, il existe d’autres solutions sur le marché. Par exemple le dispositif proposé par des logisticiens et leurs Espaces de logistiques urbaines (Elu), comme celui ouvert en juin 2013, dans le quartier de Beaugrenelle, à Paris. Construit par le groupe immobilier de logistique Sogaris, pour Chronopost qui l’occupera pour 12 ans, il offre une surface de 3 000 m² sur deux niveaux dans l’Ouest parisien. De là, Chronopost peut recevoir puis distribuer les colis express de moins de 30 kg dans le XVe arrondissement, mais aussi à Vanves, à Boulogne-Billancourt et à Issy-les-Moulineaux. Le groupe Sogaris participe également au projet d’Elu, près de la porte de La Chapelle, inscrit dans la charte, qui doit ouvrir en 2017 et qui sera connecté au rail tout en étant aux portes de Paris.
    Une autre expérience d’Elu a été menée, en octobre 2012, au cœur de Paris, dans le IIe arrondissement. Fruit d’un partenariat avec le Saemes, la société d’économie mixte de la Ville de Paris spécialisé dans le stationnement, cet Elu permet à FedEx de disposer de 307 m² pour traiter une centaine de colis par jour. L’enlèvement et la livraison s’effectuaient avec cinq véhicules électriques conduits par une équipe de coursiers, formés à l’écoconduite.
    L’un des projets de la charte de livraison préconise la création d’autres espaces de livraison au sein du patrimoine des bailleurs sociaux et dans les parkings concédés, avec une échéance, celle de l’année 2014, qui doit voir la création d’Elu dans les parkings Saint-Germain-l’Auxerrois et de Meyerbeer.
    Yann Goubin 
     

     

    TOULOUSE

    Une charte pour les livraisons en centre-ville

     
    Le bilan de la charte mise en place à Toulouse est bon et son périmètre pourrait d’ailleurs être étendu l’année prochaine.
    « Un an après le lancement de notre charte de livraison en centre-ville fin 2012, le bilan est satisfaisant, estime Bernard Marquié, adjoint au maire de Toulouse délégué à la circulation et au stationnement. Tout le monde a joué le jeu. » Après l’échec de la charte de 2007 qui devait limiter l’occupation illicite des places réservées et l’entrée massive de véhicules de livraison dans le centre historique (12 000 livraisons quotidiennes), la mairie a pris deux ans pour élaborer de nouvelles règles, en concertation avec tous les acteurs (transporteurs, commerçants, chambres consulaires). Objectifs : diminuer consommation énergétique, pollution et encombrement de la voirie, en cohérence avec le PDU et le plan climat.
    Cette charte interdit l’accès à l’hypercentre aux véhicules de livraison polluants, en dehors de la tranche 9h30-11h30, alors que les petits véhicules propres (moins de 3 m3) ont carte blanche 24 h/24. L’accès des véhicules électriques de 3 à 20 m3 est limité dans les zones piétonnes de 11h30 à 20h. Trois de ces zones ont été équipées de douze contrôles d’accès, ce qui a permis une chute de débit de véhicules de 85 % à 95 %, facilitant le travail des livreurs pendant les périodes autorisées. Enfin, un créneau spécial 6h-9h30 a été prévu pour les livraisons alimentaires, sur accréditation.
    L’usage des places de livraison a été limité à 20 minutes, avec obligation d’utiliser un disque livraison. Face au respect insuffisant de cette mesure, la mairie a décidé de sévir début 2014 avec une brigade dédiée de huit agents en scooter, chargés de surveiller les places livraisons… mais pas les horaires de livraison par type de véhicules. « Il y a encore énormément de véhicules thermiques dans des secteurs interdits ou à des horaires interdits et ils ne sont pas verbalisés, regrette Alexandre Jouaville, fondateur de Becycle, entreprise toulousaine spécialisée dans la livraison propre, sous-traitant de Chronopost et DHL. Mais j’ai de bons espoirs que cette charte exemplaire finisse par être appliquée et que cela nous ouvre des portes chez les entreprises encore hermétiques à l’écologie. » Ce mouvement est en cours. « La charte a déjà incité certains transporteurs à se tourner vers nous », affirme Cyril Marcerou, fondateur de l’entreprise d’insertion de transport écologique Altern’mobil, sous-traitant de Colis privés, Fedex et, depuis la mise en place de la charte, GLS.
    Pour inciter les transporteurs à s’équiper en véhicules électriques, la mairie leur propose 20 % du prix d’achat, plafonné à 3 000 euros, pour un à deux véhicules, selon la taille de l’entreprise. Six demandes ont été déposées en ce début d’année (aucune en 2013). « Les véhicules électriques commencent à faire partie du paysage, avec des transporteurs à la pointe comme La Poste, Chronopost ou les transports Bergès et d’autres entreprises qui traînent un peu les pieds, remarque Bernard Marquié. Le souci est que les transporteurs ont du mal à se les procurer, leurs fabricants comme la société gersoise Helem(1) ayant eux-mêmes un accès insuffisant aux prêts des banques. »
    Le pionnier Chronopost a créé son premier espace logistique urbain (Elu) de 500 m² en 2005. Il fait aujourd’hui 90 % de ses 50 tournées au centre-ville de Toulouse avec des véhicules propres (vélos, triporteurs, Goupils ou Mooville) : les siens ou ceux de son sous-traitant depuis 2010 Becycle, qui a ouvert à son tour un Elu de 150 m². L’entreprise projette la création début 2015 d’un CDU (centre de distribution urbaine) à Fondeyre, à 4 km du secteur concerné par la charte. Une zone que la mairie souhaiterait moderniser pour y créer un CDU mutualisé. Elle projette aussi de créer ultérieurement un centre logistique pour le centre-ville à proximité de la future gare TGV, dans le cadre du projet EuroSudOuest. Satisfaite des premiers résultats de la charte, la mairie de Toulouse pourrait étendre le périmètre concerné l’année prochaine.
    Catherine Sanson-Stern
    (1) Helem, basée à Auch, commercialise Colibus, un véhicule utilitaire électrique de 8 m3.
     
     
     

    NANTES 

    Des livraisons sur le lieu de travail

    «La logistique urbaine, c’est forcément du long terme. Nous n’y sommes pas acteurs en direct ! » Nantes vient de faire mentir ce principe rappelé par Eric Chevalier, son directeur des Transports. Les aires de livraison sont revues, une nouvelle réglementation se prépare et des expérimentations démarrent pour améliorer tout le dispositif. « La ville est prête pour s’équiper bientôt en espaces logistiques urbains ou en centres de distribution urbaine », estime Bruno Durand, professeur en logistique à l’université de Nantes.
    Après trois ans de discussions avec les commerçants, les transporteurs, les usagers, les 150 aires de livraison du centre-ville ont été passées en revue. Avec une surprise à la clé. Mal positionnées ? Trop petites ? Pas du tout, selon les professionnels. Mais indûment occupées. Le 1er janvier 2013, le disque européen de stationnement a été créé pour des véhicules jusqu’à 12 tonnes et la police municipale a été priée de le faire respecter. « Un bilan est en cours mais les remontées de terrain sont bonnes », explique Eric Chevalier.
    En parallèle, une étude des besoins de logistique dans le centre-ville, filière par filière, se termine. Une nouvelle réglementation doit en émerger autant pour satisfaire les professionnels que pour préserver les autres déplacements, l’environnement et la lutte contre le bruit. « Tout en rappelant ces priorités, nous allons apporter la visibilité dont les entreprises ont besoin pour, par exemple, investir dans des véhicules électriques », précise Eric Chevalier. Autre évolution logistique envisagée, le Grand Port de Nantes-Saint-Nazaire planche sur une utilisation accrue de la Loire pour le transport de marchandises. « De nouveaux besoins en espaces de stockage peuvent surgir avec la construction de l’île de Nantes, ce centre de la ville à l’horizon 2030. Il faut réserver le foncier », indique Eric Chevalier.
    Le même besoin existe pour des plates-formes de regroupement de petits colis avant leur livraison par exemple à vélo. A condition que le foncier ne soit pas trop cher pour les petites entreprises débutant sur ce marché. « En dehors de La Poste et de Geodis, aux trafics suffisamment conséquents pour utiliser leurs propres installations de stockage, les autres transporteurs, mais aussi des expressistes comme DHL, UPS, TNT peuvent avoir besoin de ce genre d’espaces mutualisés », fait remarquer Bruno Durand.
    Nantes veut ainsi s’attaquer à l’explosion du trafic de camions (+20 % par an) lié aux achats sur Internet. La moitié des Nantais y ont recours, un taux assez élevé, mais, quatre fois sur dix, sont absents de leur domicile à la livraison. Et les 150 points-relais dans des commerces ne drainent que 11 % des colis. Sur ce marché, la ville espère voir se développer des consignes automatiques. Il n’en existe qu’une pour le moment exploitée par Cityssimo (groupe La Poste). L’administration de Nantes Métropole a donc lancé, depuis le 1er mars, une expérience de livraisons au travail pour 920 fonctionnaires travaillant dans un rayon de quelques centaines de mètres. « Si ça marche, nous l’étendrons aux 7 200 employés de la ville et de Nantes Métropole. Nous confectionnerons un kit du “comment faire” à l’intention des grandes entreprises à appliquer dans les plans de déplacements d’entreprise que nous signons avec eux », explique Aurélie Ranty, en charge du dossier de la logistique urbaine à Nantes Métropole.
    Enfin, la ville encourage l’expérience de Veolia Propreté. Le groupe spécialisé dans l’enlèvement des déchets propose aux transporteurs livreurs de ramasser, sur leur itinéraire de livraison, les cartons d’emballage et de les ramener à son centre de tri. Un nouveau service pour les livreurs, payé par les commerçants. « Le ramassage est effectué par des véhicules déjà présents en ville », souligne Franck Pillard, directeur développement et stratégie de Veolia Ouest. La boucle est bouclée.
    Hubert Heulot
     
     

     

    LA ROCHELLE 

    Un exemple pour les villes moyennes

     
    Le programme européen est achevé, mais le nom est resté : Elcidis pour Electric Vehicule city distribution systems. C’est le nom du service de livraison urbaine proposé depuis février 2001 par la communauté d’agglomération de La Rochelle (162 000 habitants dont 75 000 dans la ville centre), qui comprend un centre de groupage/dégroupage de 700 m2 et cinq véhicules électriques adaptés aux tortueuses ruelles du centre historique (deux utilitaires de 5,5 t et trois petits volumes dont deux frigorifiques). Situé à un kilomètre du centre de La Rochelle, l’espace de livraisons urbaines s’est installé sur ancienne grande plate-forme logistique rachetée à la SNCF, dans le quartier des Minimes. Dans cette ville pionnière des véhicules électriques (les premières voitures en location ont été proposées en 1993, en libre service en 1999), c’est évidemment cette motorisation qui a été choisie pour le dernier kilomètre.
    Dans le même temps, la ville a révisé sa réglementation des livraisons : les poids lourds ne sont autorisés à pénétrer et stationner dans le centre historique qu’entre 6h et 7h30. Passé cette heure, seuls les véhicules Elcidis peuvent circuler. Radical pour diminuer le trafic de camions. Arrivés sur la plate-forme d’Elcidis, les colis et palettes sont déchargés et contrôlés, les bons de transport validés. Les marchandises sont alors transférées en zone de tri pour être réparties par secteurs, rues et destinataires. « La plate-forme développe trois activités dont la principale concerne le dernier kilomètre de livraison avec 72 %, rappelle Marie Santini, responsable du service mobilité et transport à la CA de La Rochelle. 20 % touchent aux livraisons de courses à domicile pour le compte de commerçants [Monoprix, Super U, Champion notamment, ndlr], le reste est constitué de stockage. La montée en charge a été régulière et en 2012, Elcidis a livré 21 400 colis, soit trois fois plus qu’en 2010. »
    L’offre Elcidis est exploitée en DSP, le contrat de 12 ans ayant été signé fin 2006 avec Proxiway, une filiale de Transdev, également chargée des voitures en libre service (Yélomobile) et d’une navette électrique entre un parking-relais et le centre-ville. Le service compte une quinzaine de clients réguliers et notamment en permanence les trois gros transporteurs que sont Schenker-Joyau, Geodis et DHL. Malgré son ancienneté, le coût du service n’est pas encore complètement couvert par les recettes, il l’est à environ 60 %, les 40 % restants provenant de la subvention de la collectivité locale (incluse dans la contribution globale aux services à la mobilité).
    Au final, ce sont tout de même 58 % des établissements de la zone concernée qui sont livrés par Elcidis, essentiellement des commerces de l’habillement et de la chaussure (21 %), des services (19 %) et des cafés/hôtels/restaurants (17 %). Mais à l’échelle de l’agglo, cela ne représente que 5 % des livraisons. Marie Santini souligne toutefois les avantages pour tout le monde : « Gain de temps pour les transporteurs, moins de nuisances sonores et de pollution pour les résidents du centre, moins d’embouteillages devant les commerces. » Et selon Proxiway, depuis 2001, ce sont aussi 88 tonnes d’émissions de CO2 qui ont été évitées, 383 200 km parcourus dans le silence et une économie de 34 724 litres de carburant. Des bénéfices qui faisaient dire à la Commission européenne, dans son rapport final sur le programme Elcidis, que « l’exemple de La Rochelle devrait être suivi par toutes les petites et moyennes villes où la distribution urbaine pouvait être organisée avec un système logistique comparable ». De ce point de vue, c’est malheureusement un échec…
    Cécile NANGERONI
     
     
     

    LONDRES 

    Le « style olympique » comme référence 

     
    Depuis janvier, à Londres, certains camions de livraison sont logés à la même enseigne que pendant les jeux Olympiques ! Car la ville, ravie par le succès des JO de 2012, a décidé de progressivement remettre en place ce qu'elle appelle « le style olympique » afin d'améliorer le trafic. « Les livraisons en dehors des heures de pointe durant les Jeux de Londres de 2012 étaient l’une de ces mesures qui font sourciller au début mais sont dans les faits un incroyable succès », a expliqué le maire de Londres, Boris Johnson, lors de la présentation de ce nouveau plan en octobre. « Les entreprises en ont bénéficié en économisant de l’argent tandis que le trafic était réduit dans la capitale. C’est exactement ce genre de solutions innovantes que nous avons besoin d'étudier ». Ce nouveau dispositif, soutenu par la municipalité, la régie londonienne des transports Tfl ainsi que les différents quartiers de la ville et le secteur du fret, prévoit de privilégier les livraisons hors des heures de pointe durant la journée afin de réduire le trafic et d'accélérer le temps de livraison. Les essais lancés en début d'année devraient permettre de déterminer les obstacles rencontrés par les livreurs et d'améliorer peu à peu ce système, afin de le rendre effectif dans toute la ville d'ici deux ans. « Il est essentiel que nous exploitions l'héritage des Jeux de 2012 et maintenions le rythme alors que les détails du plan à long terme sont en cours de développement », a précisé Sir Peter Hendy, le patron de Tfl. Un groupe de travail, baptisé « Out-of-Hours Consortium », et qui rassemble aussi bien Tfl que des transporteurs, planche désormais constamment sur ce défi, lançant des enquêtes auprès des commerçants pour connaître leur marge de manœuvre, ou étudiant notamment les changements qui seront nécessaires, comme par exemple des modifications à apporter aux véhicules pour éviter les nuisances sonores. « La concentration de la demande de livraisons durant les heures de pointe est un défi constant. Les essais menés souligneront les nombreux bénéfices pouvant être tirés de la livraison des marchandises à d'autres moments », estime Jack Semple, responsable de la RHA (Road Haulage Association), une association de transporteurs. Mais se pose la question de la réglementation : « Lever les barrières qui empêchent le secteur du fret d'être plus efficace – comme les interdictions de livraisons la nuit ou les restrictions de chargement – est impératif si nous voulons continuer à soutenir et à servir les entreprises de Londres », prévient James Hookham, de l'association des transporteurs FTA (Freight Transport Association).
    Eléonore Kern-Gorse
     
     
     

    BRUXELLES 

    Les livraisons nocturnes envisagées

     
    On dit de Bruxelles que c’est une des villes les plus embouteillées d’Europe. Pourtant, il a fallu attendre juillet 2013 pour que l’organisation des activités logistiques et de l’approvisionnement en voirie fasse l’objet d’un « plan stratégique ». Bruxelles a pris du retard, et elle le reconnaît.
    Ce qui ne signifie pas que rien n’a été fait. Cela fait par exemple des années que la capitale belge mise les livraisons hors voirie pour garantir la fluidité du trafic. A Bruxelles, depuis une dizaine d’années, tout nouveau commerce ou entreprise de plus de 500 ou 1 000 m2 – selon l’usage qui en est fait – est tenu de prévoir des aires de chargement/déchargement hors voirie, donc dans ses bâtiments. « Très intéressant pour limiter les encombrements de voirie et la gêne pour les piétons », commente Marianne Thys, de la direction Stratégie du service Mobilité de la région bruxelloise.
    Pour faciliter les livraisons en voirie, la région a décidé de s’attaquer à la disponibilité des aires de déchargement. Car le problème des livraisons, ce sont aussi ces aires prises d’assaut par des véhicules particuliers, qui obligent les camions à stationner sur la chaussée en perturbant le trafic. Bruxelles tente la parade en menant des expériences de dépénalisation des aires de livraison. Plus besoin de la police – trop peu présente – pour constater l’infraction, des stewards peuvent le faire. Et l’amende prévue a de quoi décourager : 100 euros dès la première minute de stationnement illégal. « Le feedback est positif », assure Christophe De Voghel, de la direction Stratégie. « Nous essayons maintenant de convaincre les communes d’adopter le système sur l’ensemble du territoire bruxellois. »
    Pour décongestionner la ville, Bruxelles se dit également prête à se convertir aux livraisons « en horaire décalé ». Pour l’heure, les permis d’environnement interdisent la plupart du temps de fonctionner la nuit. Mais un projet pilote est en cours avec quelques grandes enseignes commerciales. L’idée est de mettre au point une procédure d’accréditation pour les livraisons de nuit, basée sur des normes de bruit à ne pas dépasser. Ce qui, pour les enseignes, passe par des aménagements (volets et revêtements silencieux, camions adaptés…) mais aussi par des actions sur le comportement. « Le chauffeur est formé de façon spécifique à la conduite silencieuse, à ne pas parler à voix haute, à ne pas claquer sa portière, à couper la radio, à enlever le bip de recul de son camion », explique Christophe De Voghel.
    Dans le futur, la ville pourrait aussi avoir son tram fret pour acheminer les marchandises à partir de centres de distribution. Une idée déjà testée à Paris et dans d’autres villes européennes. « Nous avons à Bruxelles un réseau ferré de trams assez exceptionnel. Par rapport à des villes comme Paris et Londres, on a gardé beaucoup de nos rails. Il y a là une opportunité dont il faut étudier la faisabilité », indique Marianne Thys.
    Isabelle Smets
     

     

     

    MALMÖ

    Le « dernier kilomètre » à vélo

     

    Tout ce qu’une voiture peut transporter en centre-ville, un vélo permet de le faire. C’est l’idée à la base de l’activité de l’entreprise MoveByBike, dont l’activité a démarré le 17 juin 2012 à Malmö, dans le sud de la Suède. Passionnée de vélo, la famille Wedin a repris cette idée née à Montréal, où elle est mise en œuvre depuis 2008 par l’entreprise Déménagement Myette, avec des remorques de 2,5 m de long construites sur mesure aux Etats-Unis par Bikes at Work.
    D’une capacité de 3 m3, ces remorques sont plus étroites que des remorques routières. Elles ont été adoptées par MoveByBike, en accord avec Déménagement Myette. Les vélos sont également spéciaux, avec 30 vitesses et des freins puissants : quand on remorque jusqu’à 300 kg, l’arrêt n’est pas instantané ! Mais cette valeur n’est pas souvent atteinte à Malmö, car l’expérience montre que c’est plus souvent le volume que la masse qui fixe les limites. Après les véhicules américains, MoveByBike a enrichi son parc de remorques suédoises et de vélos adaptés aux besoins locaux, le cas échéant avec assistance électrique.
    La topographie de Malmö, troisième ville de Suède, se prête assez bien à la circulation en vélo : les distances sont limitées – les livraisons se font dans un rayon de 5 à 6 km du centre-ville, jusqu’au périphérique extérieur – et le terrain est plutôt plat. Le GPS, la tête et les jambes font le reste.
    Les pistes cyclables sont empruntées dans la mesure du possible, mais leur tracé et leurs aménagements (barrières d’entrée…) peuvent interdire par endroits les transports de gros volumes. Il faut alors se rabattre sur la chaussée et cohabiter avec la circulation routière, ce qui se passe « généralement bien », même si la situation n’est pas toujours idéale. En tout cas, ce mode de transport innovant est bien vu de la ville de Malmö, qui a remis son Prix 2012 de l’Environnent (doté de 40 000 couronnes, soit environ 4 500 euros) à MoveByBike, six mois après le démarrage de son activité.
    Après Malmö, MoveByBike s’est installé en 2013 à Göteborg, deuxième ville de Suède, puis à Stockholm, la capitale, tout en souhaitant se développer dans le pays par le biais de franchises. L’entreprise malmöite aborde son deuxième hiver sans marquer de pause, contrairement à son modèle montréalais. Mais il est vrai que cet hiver 2013-2014 n’a pas été particulièrement rigoureux dans les grandes villes suédoises, avec de rares épisodes neigeux et des températures positives. Si besoin est, les vélos peuvent être équipés de pneus adaptés… et s’il fait un temps à ne pas mettre le nez dehors, le cofondateur Johan Wedin laissera les vélos au garage : « de toute façon, ces jours-là, aucun transport ne fonctionne ! »
    Patrick Laval
     

     

    Le lent cheminement des véhicules utilitaires électriques

     


    Les utilitaires électriques peinent à faire une entrée en force dans les flottes… à l’exception de quelques logisticiens ou d’entreprises comme La Poste. Celle-ci a choisi la Kangoo ZE qui domine le marché. Mais d’autres modèles pourraient voir leur marché se développer comme la version utilitaire de la Bluecar de Bolloré.


    En 2013, 367 331 véhicules utilitaires légers (VUL) ont été immatriculés en France. Sur ce total, 5 175 sont des VUL électriques ont été immatriculés en France l’année dernière. Ceux-ci ne représentent donc qu’à peine 1,4 % du marché. Autant dire qu’il reste du chemin à parcourir pour atteindre le « tout-décarbonné ». Ou même une partie conséquente.
    Pourtant, les utilitaires électriques présentent de nombreux atouts, qui pourraient révolutionner la logistique urbaine. Car, alors que les livraisons s’effectuent sur une plage horaire matinale, allant approximativement de 7h à 10h, on pourrait envisager de nouveaux horaires (encore plus matinaux ou la nuit) du fait de leur absence de nuisances sonores.
    En attendant, Carrefour a mené, en avril 2012, avec les acteurs locaux, une expérience pour livrer quatre de ses magasins parisiens intra-muros (Ve, XVe et IXe) avec des camions diesels mais dont le groupe frigorifique était tapissé de revêtement réduisant le bruit du véhicule à 60 dB (soit le bruit d’une conversation). Associés à des procédures particulières de livraison (moteur éteint, hayon moins bruyant, transpalette électrique à roues en caoutchouc, revêtement absorbeur de bruit dans le dépôt), les résultats montrent que la livraison en diesel peut encore être améliorée. Ce qui répondrait à une demande forte des riverains qui considèrent le bruit comme une pollution aussi nuisible que les gaz d’échappement.
    Pour l’heure, le diesel garde la faveur de la grosse majorité des utilisateurs professionnels, malgré quelques exemples comme le transporteur Deret qui s’est tourné vers l’électrique en avril 2009, avec ElecTruckCity, une solution de livraison du dernier kilomètre dans les grandes villes. L’entreprise effectue ses livraisons avec une centaine de véhicules électriques dans toute la France, notamment avec des Smith (véhicules américains de 3,5 t et 7,5 t) et des Modec (véhicules britanniques de 5,5 t). Ces derniers sont dotés d’une autonomie réelle de 100 à 150 km, parfaitement adaptée à des tournées de livraison, et peuvent faire des pointes à 80 km/h pour une durée de vie estimée à 1 000 cycles d’utilisation, soit 4 à 5 années de service. Le niveau de fiabilité d’un véhicule thermique est atteint mais à un prix (75 000 euros) multiplié par deux. Notons aussi que Deret a acquis, en septembre 2013, vingt-deux camions hybrides Mitsubishi Fuso Canter de 7,5 t.
    Dans la catégorie plus modeste des utilitaires légers et électriques, c’est incontestablement Renault qui détient la plus grosse part du marché, grâce à la Kangoo ZE et ses 4 174 unités vendues en 2013, auxquelles s’ajoutent les 46 Zoé en version commerciale. Depuis son lancement en 2011, Renault a vendu 10 000 Kangoo ZE (au 1er septembre 2013) dont 6 000 en France. Des résultats soutenus par les ventes aux entreprises comme DHL (quatre Kangoo ZE et une Zoé) et aux administrations, notamment La Poste. Renouvelant son rôle de pionnier, le distributeur de courrier et de colis teste actuellement une version hydrogène de la Kangoo. Il s’agit en réalité de Kangoo ZE (déjà utilisés par La Poste) qui ont été équipés d’un prolongateur d’autonomie à hydrogène développé par Symbio FCell. Cette modification technique doit permettre de doubler l’autonomie de la ZE standard, afin d’effectuer des tournées supérieures à 100 km, par temps froid et sur des régions particulièrement vallonnés. Trois Kangoo hydrogène vont être affectées au cours des prochaines semaines aux plates-formes de distribution de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) et de Dole (Jura). Y. G.

     

    Petits véhicules « propres »…

    Le monde de la livraison donne naissance à une multitude d’initiatives. C’est le cas de l’entreprise Muses, créée en 2009, qui a inauguré le 27 février sa première usine de production. Elle ambitionne de devenir l’un des leaders européens sur le marché des nouveaux modes de livraison pour le « dernier kilomètre ». 
    « Le vecteur de communication de la marque, c’est son design, il est reconnaissable », explique Patrick Souhait, le directeur général de Muses. Il compte remplacer la classique camionnette blanche de livraison par Mooville, une voiture, d’une surface identique à une petite citadine (une place seulement), équipé d’une batterie électrique amovible, d’un grand pare-brise et d’un volant placé au milieu de l’habitacle. Le coût à l’unité atteint 30 000 euros hors taxe.
    Les concepteurs du véhicule misent sur son côté pratique. Les batteries sont au plomb, possèdent une autonomie de 90 km, 
    et supportent le « biberonnage », c'est-à-dire la mise en charge avant d’être totalement déchargées. Le véhicule standard 
    a une capacité de 9 m3, 6 m3 pour le modèle isotherme, et 4 m3 pour le modèle « grand froid ». 
    L’entreprise, qui a mis en pause la recherche sur de nouveaux prototypes, veut maintenant rentrer dans « une dynamique de succès ». Pour cela, Muses intensifie son action de démarchage de clients et de financements. La société a déjà vendu huit véhicules à cinq clients différents. Parmi eux, Chronopost, qui a investi dans le projet en injectant des fonds, fait partie des premiers et principaux clients de la firme, ainsi qu’Exapaq, l’Ifsttar, Induct et l’agglomération de Cergy-Pontoise. Cette dernière, 
    qui utilise un véhicule pour la livraison 
    des points presse, compte en acheter deux autres cette année.
    L’objectif de l’entreprise est d’amener ses ventes de véhicules à 270 exemplaires en 2014 et 650 en 2015. Avec 500 000 véhicules de livraison interurbains en Europe actuellement en circulation, Muses compte bien se créer une place sur le marché.

     

    … et autres triporteurs

    Après la généralisation et le succès du vélo en libre service et le développement des coursiers, c’est au tour de la livraison par triporteur de connaître un essor. La Petite Reine l’a introduit à Paris en 2001, et exploite aujourd’hui 80 Cargocycles ainsi que 15 véhicules électriques légers. Le tout manœuvré par plus de 70 personnes.
    Des zones de livraison sont établies dans Paris, et les pédaleurs s’occupent de la livraison finale. Cette organisation réduit les distances à parcourir, ce qui améliore considérablement la vitesse de livraison.
    D’une capacité de 1 500 litres, les Cargocycles de La Petite Reine n’ont aucune restriction quant au type de marchandise transportée : la société livrer des particuliers, des commerces ou des bureaux. Le conducteur n’a heureusement pas à tracter tout le poids à la seule force de ses jambes : un système électrique l’aide dans ses mouvements.
    Le Cargocycle permet d’assurer une activité silencieuse, propre, et respectueuse des piétons. Autant d’atouts qui font dire aux fondateurs de la Petite Reine que le Cargocycle doit s’imposer comme un mode de livraison idéal en ville. Selon eux, ce mode de livraison permet d’éviter la consommation de presque 90 Tep (Tonnes équivalent pétrole) par an, soit 600 000 tonnes-kilomètres en moins pour les camionnettes parisiennes. En plus de Paris, les Cargocycles sont présents à Bordeaux, Lyon et Toulouse.
    Alexandre Nekrassov

     

  • Les applications mobiles décollent-elles ?

    Les applications mobiles décollent-elles ?

    D’une année sur l’autre, les chiffres donnent le vertige. A défaut d’être toutes utiles, les applications occupent des bataillons de salariés : en Europe, ce domaine aurait généré 529 000 emplois directs en cinq ans. En janvier, Apple annonçait 10 milliards de dollars dépensés en 2013 sur l’AppStore. Las, si quelques « stars » résistent, la plupart tombent dans l’oubli. L’effet de concurrence fait qu’il est difficile d’être visible parmi des milliers d’applications. Ce qui est vrai sur son lieu de résidence l’est d’autant plus dès que l’on s’aventure en des lieux inconnus. L’avantage est que dans cette jungle, les plus instables ou moins fiables des applications périclitent ou vivotent, faute d’utilisateurs.

     

    Zéro pointé pour les applications des réseaux

    Exception faite de l’Ile-de-France, qui est souvent un cas à part, « globalement les applications des réseaux sont très mauvaises. La seule qui se démarque, c’est StrasMap, qui a l’avantage d’être multimodale, y compris sur les charges de trafic. Mais derrière une application de ce genre, il faut avoir le réseau multimodal qui va avec et c’est le cas de Strasbourg », estime Julien de Labaca, consultant et blogueur mobilité (www.juliendelabaca.fr). Il y a d’un côté les applications qui sont le fait d’opérateurs ou de collectivités qui ne sont pas toujours pertinentes, surtout lorsqu’elles sont monomodales. Et de l’autre côté, les applications développées sous l’effet de l’ouverture des données transports par des développeurs passionnés, mais qui ne sont pas mises à jour, faute de ressources. « Aujourd’hui, pas un opérateur ne se lance dans de nouveaux projets sans s’intéresser à l’offre numérique. Encore faut-il que son utilité soit bien définie, sinon on multiplie les projets et les citoyens ne s’y retrouvent pas », juge Florence Castel, directrice générale du pôle de compétitivité Advancity.
    Comment choisit-on ses applications transport et comment arrive-t-on à jongler avec ? « Les usagers vont d’abord aller vers les applications non payantes, ensuite c’est le bouche-à-oreille numérique qui va les guider », affirme Julien de Labaca. Les concepteurs d’applications se battent pour faire partie des classements de l’AppStore ou de Google Play Store, qui sont de fabuleux indicateurs de popularité. « La question de la visibilité est primordiale et constitue un enjeu énorme dans la bataille commerciale. » Même pour les collectivités, le nombre de clics semble légitimer le coût du déploiement. Si l’on juge du succès d’une application au nombre de téléchargements et d’étoiles sur les stores, l’ergonomie et le design constituent deux autres grands atouts d’une appli à succès. Celles qui rencontrent leur public sont finalement les plus simples : si l’usager doit bidouiller pour parvenir à ses fins, peu de chances qu’il s’accroche. Dans cette catégorie, Moovit, Citymapper, Capitaine Train, Buzzcar ou Moves tiennent le haut du pavé des applications épurées. « Les spécialistes le disent : il faut que le back office soit complexe mais que le front office soit le plus simple possible », résume Julien de Labaca.

     

    Les grandes tendances : multiréseau, design de service, temps réel, crowdsourcing

    Les tendances à venir en matière de développement d’applications transports sont nombreuses. Le « multiréseau » d’abord, qui éviterait de télécharger des tas d’applications à chaque déplacement à l’étranger ou dans d’autres villes que la sienne. C’est le cas de Moovit par exemple, disponible dans 100 villes à travers le monde. Deuxième révolution ? Le temps réel, qui tarde à venir, car cette donnée a de la valeur et devient concurrentielle. Ce qui a tendance à freiner les opérateurs dans l’ouverture du robinet.
    Autre tendance lourde : le crowdsourcing (intelligence par la foule). « La prolifération des objets connectés et équipés de capteurs (smartphones, montres, voire lunettes) fait de chacun de nous un émetteur de données passif ou actif. C’est un enjeu de recherche central, sur lequel travaillent par exemple ensemble l’Inria et l’université américaine de Berkeley », note Arnaud Druelle, en charge des applications mobiles à Cap Digital, pôle de compétitivité spécialisé dans le numérique. L’usager actif va signaler les incidents sur sa ligne, l’horaire de passage réel de son bus pour informer les autres usagers (démarche bottom-up). C’est le cas de l’application Tranquilien, développée par la start-up Snips pour Transilien, qui permet de savoir dans quelle voiture monter pour avoir le plus de chance de trouver une place assise. « Snips utilise les big data pour faire des prédictions sur la fréquentation des trains. Ce croisement entre mobilité et big data est très prometteur. Dans la même veine, le site mobile ZenBus, qui vient d’entrer en phase d’expérimentation sur le territoire d’Issy-les-Moulineaux, permet de visualiser en temps réel où se trouve son bus depuis son smartphone », ajoute Arnaud Druelle.
    L’usager passif va autoriser l’application transport qu’il utilise à le géolocaliser, voire le suivre, comme c’est le cas pour WayzUp. Il permettra de générer des données exploitables par le réseau et, dans un monde idéal, d’améliorer l’offre transport en comprenant les habitudes des usagers. « Le tracking est une chose exceptionnelle, savoir où quand et pourquoi les gens se déplacent est une révolution pour tous ceux qui travaillent dans la planification des transports », assure Julien de Labaca, par ailleurs chargé d’études mobilité au sein d’une agence d’urbanisme. Le hic : la propriété des données est un sujet extrêmement sensible en France, alors que les Anglo-Saxons sont plutôt à l’aise là-dessus.
    Enfin, le problème épineux dans les transports, notamment le métro, est l’accès au réseau. La majeure partie des applications de navigation ne sont pas capables de calculer les trajets hors connexion. « Le offline fait partie de l’expérience client : il est aujourd’hui aberrant de construire des applications sans y penser, cela devrait être une évidence. Au minimum lorsqu’on calcule un trajet, celui-ci devrait se mettre en cache dans le téléphone », tempête Julien de Labaca.
    Pourtant, l’enjeu principal semble contradictoirement être la simplicité. « Ce n’est pas la technologie qui va révolutionner les choses, c’est la façon de construire les applications par le design de service. Ce qui implique de réfléchir à la façon dont l’usager va utiliser l’application », poursuit-il.
    Bref, avant d’empiler les couches de technologie, songeons à des outils stables, simples et ergonomiques. Les développeurs d’applis VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur) – qui enchaînent les levées de fonds ces derniers mois – l’ont bien compris.

     

     

    Ouverture des données : à quand le temps réel ?

    «Les opérateurs de transports sont de plus en plus favorables à l’ouverture et l’exploitation de leurs données, notamment à travers des hackathons [événement où des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, ndlr] »

    «Les opérateurs de transports sont de plus en plus favorables à l’ouverture et l’exploitation de leurs données, notamment à travers des hackathons [événement où des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, ndlr] », considère Arnaud Druelle. Pourtant, l’open data dans les transports reste encore un concept assez flou. « Les opérateurs ouvrent les données à leur sauce. Et la question de savoir qui ouvre le robinet des données, de la collectivité ou de l’exploitant, n’est toujours pas tranchée. D’après la législation actuelle, la question de l’appartenance des données transport doit être intégrée dès l’appel d’offres et aujourd’hui quasiment personne ne l’a fait », indique Julien de Labaca.
    Alors quel rôle doit jouer la collectivité ? Doit-elle développer ses propres applis ? Faire appel à la créativité de ressources extérieures ? Le constat est qu’en interne, les collectivités et les réseaux n’ont pas l’agilité nécessaire pour suivre les évolutions incessantes dans ce domaine. Ce qui entraîne souvent des redondances, comme c’est typiquement le cas des sites de covoiturage lancés à échelle locale et qui ne prennent pas faute de masse critique, alors que le leader – Blablacar – propose désormais une offre extrêmement dense. « La collectivité doit être garante de la fiabilité et de la qualité, qui intègre la notion de mise à jour, mais il est plus pertinent que ce soient des développeurs externes qui créent les applications », tranche Julien de Labaca.
    New York ou Londres ont par exemple tenté cet équilibre. Outre-Atlantique, la MTA (Metropolitan Transport Authority) à New York, laisse les développeurs faire et labellise les applications en fonction de leur qualité. TfL (Transport for London) a de son côté suivi un chemin similaire (« use our data but don’t pretend to be us »), en ouvrant ses données mais en jaugeant la qualité des applications avant de les conseiller à ses usagers. Bref, la collectivité devrait insuffler – par le biais de concours ou hackathons – et garantir la qualité. Si les Français sont timides, on sent poindre quelques initiatives intelligentes, comme Moovit qui a décroché un partenariat avec Keolis à Bordeaux. « Cette démarche d’open innovation est fondamentale car les start-up apportent une vitesse d’exécution et des compétences que les collectivités ne possèdent pas », conclut Arnaud Druelle.

     

    Qui paie l’addition ?

    L’argent, nerf de la guerre, est également une question épineuse. « Les coûts de maintenance sont souvent négligés, au-delà du coût initial du développement de l’application, sans compter les mises à jour sur plusieurs systèmes d’exploitation », distingue Arnaud Druelle. La question du coût et celle de la rentabilité restent en suspens. « Les gens sont prêts à payer pour ne pas avoir de publicité et le modèle du freemium est très bon car il permet de tester avant d’acheter en quelque sorte », estime Julien de Labaca.
    L’autorisation d’utiliser les données de l’utilisateur générées par le tracking pourrait également être une piste de monétisation. Une sorte de modèle gagnant-gagnant. « Cela prouve en tout cas que le modèle de l’éclatement des applications n’est pas tenable à terme. Qu’on le veuille ou non, il faut qu’il y ait une concentration d’acteurs qui proposent du service en plus », propose Julien de Labaca.
    Google, qui vient de racheter Waze, spécialisée dans la navigation, affiche clairement ses prétentions et dispose de cette force de frappe. « Google Maps est un outil fabuleux utilisé dans toutes les capitales européennes qui intègre jusqu’aux pistes cyclables et le temps réel. En France, on en a peur, on refuse à Google d’accéder aux données transports, même théoriques. Mais où est la sensibilité de la donnée, là-dedans ?! », s’étrangle Julien de Labaca. En Allemagne, la Deutsche Bahn a choisi de s’associer avec le géant américain. En France, la SNCF aurait sa carte à jouer dans la mise en place d’une métaapplication multimodale et intermodale, qui permettrait de guider l’usager en porte à porte. Le lancement de l’application MyTripSet, la plateforme « Porte à Porte », le rachat d’Ecolutis et 123envoiture.com, spécialiste du covoiturage, par l’opérateur ferroviaire français ainsi que le Plan Excellence 2020 dévoilé par Guillaume Pepy en 2013, mettent l’eau à la bouche.
        Elsa Sidawy

     

     

    Les nouvelles applications

     

    Dans les nouveautés, Moovit et Citymapper, les deux applis internationales débarquées
    en France, se détachent, notamment la deuxième. Certains nouveaux modèles comme LuckyLoc semblent porteurs. L’année 2013 a aussi vu émerger de belles applications comme Moves, avec leurs défauts, notamment une consommation de batterie excessive. Enfin, le train devient également un terrain concurrentiel avec l’émergence remarquée
    du nouvel acteur Capitaine Train. Une remarque : les avis trop élogieux sur les nouvelles applications sont souvent douteux, voire peu fiables et mieux vaut tester par soi-même. Surtout si elles sont gratuites.

    Moovit : un outil unique pour 100 villes
    Application Android et iPhone (gratuite)

    Depuis juin dernier, 40 000 smartphones français l’ont adoptée. Présente à Bordeaux (où Keolis a fait connaître l’application en échange de rapports sur les commentaires de ses clients), à Paris, Toulouse, Rennes, Nantes et Strasbourg, Moovit permet la recherche d’itinéraires en porte à porte, de connaître la position exacte du bus que l’on attend, et de suivre sa progression, en croisant les données de l’exploitant et celles des utilisateurs. Du bus, mais aussi du train, du métro, du bateau. En France, il manque tout de même les vélos, et la voiture (ce que propose pourtant son concurrent Citymapper). La marche est incluse dans les déplacements en transports en commun mais pas proposée en tant que moyen unique de déplacement. Les trajets sont assez clairement détaillés pour ceux qui n’ont pas de boussole dans la tête et l’appli vous guide pas à pas, en fonction des horaires (théoriques) des transports à prendre.
    Les raisons du succès de cette appli aux 3,2 millions d’utilisateurs lancée en Israël fin 2011 et dont l’éditeur vient de lever 28 millions d’euros ? Etre disponible dans 100 villes dans le monde. Moovit donne accès à la première couche d’information voyageurs et, en voyageant avec l’application activée (là où le réseau passe), les utilisateurs contribuent à leur tour et peuvent envoyer des détails de leur voyage, comme la propreté d’un bus, son accessibilité, son confort ou son remplissage.
    Cette appli au design orange et noir très sobre fonctionne en boucle vertueuse : plus le nombre de voyageurs actifs augmente, plus les données sont précises. Et fiables. Les avis sont dithyrambiques, les usagers apprécient d’avoir une appli unique quel que soit le lieu où ils voyagent, malgré quelques lenteurs dans le chargement des cartes et certaines approximations dans la localisation des
    arrêts de bus.
    > Principaux concurrents : Citymapper,
    Transit, RATP.

     

    Citymapper : la plus aboutie du moment
    Application iPhone, Android, web (gratuite)

    C’est sûrement la plus aboutie des applications transport du moment. Son seul défaut : elle n’existe qu’à New York (où elle a remporté le concours open data de la MTA), Londres et Paris (depuis janvier). L’ergonomie est parfaite : très agréable à utiliser, elle permet de comparer tous les types de transports à partir des données transport théoriques, sauf le Transilien et les voitures en libre service (même si le calcul est possible, l’appli ne propose pas la carte et la disponibilité des Autolib’, parkings ou des taxis) – une évolution promise par l’éditeur. Mais elle intègre cette fonction pour les Vélib’ avec des itinéraires proposés en fonction de ses besoins (vite ou calme).
    Les cartes du métro et les itinéraires peuvent être enregistrés dans le cache du téléphone, sans nécessité d’être connecté, un vrai plus. Pour chaque mode de transport, vous savez combien de bouteilles de rouge ou de cuisses de grenouilles vous « brûlez », avec les calories correspondantes. Une touche humoristique bien anglaise, qui n’apporte pas grand-chose mais ne gâche rien.
    Option intéressante : un trajet « à l’abri » est toujours proposé, pour éviter la pluie. Le guidage en porte à porte est très efficace. Possibilité également d’enregistrer ses points de chute quotidiens (maison et boulot) pour s’y référer, où que l’on se situe, ce qui facilite le calcul d’itinéraire. Garde également en mémoire les derniers itinéraires demandés, ce qui évite de retaper systématiquement les adresses.
    > Principaux concurrents : Transit, Moovit, RATP.

     

    LuckyLoc : louer une voiture à un euro pour le week-end Site Internet mobile
    Disponible en responsive design (adapté à tous les supports), le site mobile de LuckyLoc offre la possibilité de louer pour un euro symbolique des voitures et utilitaires à la plupart des loueurs ayant pignon sur rue, comme Europcar, Avis, Rent a car… Avec tous les avantages d’une location traditionnelle (assurances, kilométrage, hors essence et péages).
    L’avantage pour les loueurs : économiser sur les frais de rapatriement des véhicules entre deux agences. LuckyLoc est également en discussion avec des sites de covoiturage pour diminuer les frais d’essence et de péage des particuliers qui rapatrient les véhicules. Les loueurs économisent sur les coûts logistiques (jusqu’à 70 %), notamment sur les véhicules utilitaires. Les économies totales réalisées par les loueurs et les « rapatrieurs » ont été évaluées à 250 000 euros annuels.
    Originaire de Nouvelle-Zélande, où la pratique est courante, et lancée en France en décembre 2012, la plateforme cumule aujourd’hui les 1 000 trajets réalisés par ses membres, soit une centaine par mois. Il couvre surtout les liaisons les plus empruntées comme Paris à Lyon ou Bordeaux à Paris dans les deux sens. Mais l’économie a un coût : il faut être flexible dans le temps, voire rendre la voiture un peu plus loin que prévu à l’origine. L’avantage : s’abonner à un système d’alertes pour être prévenu dès qu’un trajet correspond à son itinéraire. Une application mobile devrait sortir d’ici 6 mois.
    > Principal concurrent : Driiveme.

     

    WayzUp : le covoiturage du quotidien
    Application iPhone, Android, Windows, Blackberry, Web (gratuite)

    Dernière née des applis de covoiturage dynamique en France, en septembre 2013, WayzUp est déjà dans le top 3 des applis de covoiturage sur iPhone et Android, avec 20 000 téléchargements. Le plus : la fonction ScanRide qui évite à l’automobiliste de renseigner son trajet via un formulaire. L’ouverture de l’application suffit à l’enregistrer, à suivre son parcours quotidien pour les fois suivantes lui proposer une liste de covoitureurs potentiels, qui sera adaptée en fonction de ses contraintes quotidiennes (alertes temps réel).
    Cerise sur le gâteau : l’application calcule les coûts des trajets automatiquement en fonction du véhicule sélectionné. Afin de rassurer les frileux, WayzUp a entamé des partenariats avec de grandes entreprises pour inciter les salariés d’un même groupe à covoiturer entre eux. Résultat : une réduction de moitié de la masse critique nécessaire pour faire fonctionner le covoiturage. Encore peu notée sur les stores, l’appli doit faire ses preuves mais ses fonctionnalités innovantes pourraient la faire décoller.
    > Principaux concurrents : Djump, Lyft.me, Sidecar, La Roue Verte, Trajet à la carte, Covivo, Ecolutis, Green Monkeys…

     

    Miinute : le covoiturage instantané
    Application iPhone, Android (gratuite)

    Pas de bus de nuit, des taxis surbookés, le métro qui vient de baisser la grille ? Il existait un créneau non couvert par le covoiturage : la nuit ! Plus largement, Miinute s’adresse aux urbains impatients, qui souhaitent se déplacer sans attendre.
    Lancée en janvier, cette application de covoiturage instantané revendique 1 000 téléchargements pour environ 900 trajets effectués, mais reste pour l’instant circonscrite à la région parisienne. L’appli permet évidemment aussi de chercher un déplacement à l’avance, mais sa force réside dans l’instantanéité de son modèle. Encore trop jeune ? Après trois tests à différentes heures de la journée et de la nuit sur une semaine à Paris, un seul et même covoitureur est proposé. Et personne en province. On est encore loin de la masse critique nécessaire pour rendre l’appli attractive, mais laissons une chance à son design épuré…
    > Principaux concurrents : Lyft, Flinc, Sidecar, Blablacar…

     

    Mytripset : planifier ses voyages en Europe
    Site web mobile

    Lancée en 2012 en version bêta, le planificateur de voyages-sncf.com est passé en site mobile (pas encore en appli) depuis octobre dernier. Dans la droite lignée du plan « Excellence 2020 » annoncé à l’automne par la SNCF, Mytripset promet des itinéraires en porte à porte avec une grande variété de transports (train, voiture, avion, TC dans 300 villes), à choisir en fonction de critères de confort (rapidité, prix…). Les données transports en commun sont issues de la plateforme cartographique Here de Nokia. Une carte permet par ailleurs de visualiser son parcours.
    L’appli est ergonomique, fluide et assez bien pensée et regroupe les horaires de plus de 200 000 trains et 180 compagnies aériennes en Europe. Son design lui a d’ailleurs permis de remporter Les Etoiles de l’Observeur du Design en 2013. L’usager peut être orienté directement vers le site marchand et finaliser sa commande en ligne. Non testé : l’appli permettrait de rester informé des incidents pendant un trajet pour obtenir des propositions de voyages alternatifs. A venir : l’ajout d’informations sur les transports publics et sur les points d’intérêts de la ville de destination (lieux touristiques, hôtels, restaurants).
     

     

    Visiter Paris en métro : le métro, assistant touriste
    Application iPhone, Android (gratuite)

    La barrière de la langue : le gros point noir des applications transports. Si des efforts sont faits par les applications à vocation internationale, les opérateurs locaux ont peu souvent cette donnée en tête. La RATP a initié en 2011 une série d’applications dédiées aux touristes (voir supplément du VR&T n° 553, p. 22), dont Visiter Paris en Métro. Accessible hors connexion (pratique lorsqu’on a pas le roaming), cette appli donne accès à des services pratiques et suggère des itinéraires en fonction des lieux ou monuments que l’on souhaite visiter. Complète, intuitive et traduite en sept langues, elle sert aussi d'aide aux voyageurs (mode d'emploi du réseau métro, numéros utiles comme ambassades ou objets trouvés, conseils de sécurité, traduction de phrases clés). Elle informe aussi sur les titres de transport dédiés (Paris Visite) et les transferts depuis gares ou aéroports. Enfin, elle liste 23 sites incontournables – avec visuels, descriptions, sites web, téléphones.

     

    Moves : numéro 1 du tracking Application iPhone, Android
    (gratuit et 2,69 euros)

    Parmi les « surprises et succès de l’année » 2013 pour Apple, Moves a définitivement enterré le projet du MIT, CO2 Go, qui promettait à l’usager de connaître ses émissions de CO2 liés à ses déplacements via l’accéléromètre de son téléphone portable. Moves, c’est le phénomène du moment. Ultrasimple d’utilisation, cette appli détecte votre moyen de transport en fonction de la vitesse (vélo, bus, métro) de manière bluffante, le nombre de pas (marche ou course) ou de kilomètres en vélo effectués et réalise pour vous des bilans quotidiens ou hebdomadaires (kilomètres, calories brûlées).
    Le gros gros hic : doit être ouverte pour vous localiser en permanence, ce qui a pour effet de vider la batterie en un clin d’œil – même si les nouvelles versions sur iOS 7 notamment ont pris en compte ce gros handicap !
    > Principaux concurrents : applis de running (Runtastic).

     

    Capitaine Train : le poil à gratter de voyages-sncf.com
    Application iPhone, iPad, iPod Touch (gratuite) – Android à venir

    Lancée en octobre dernier, Capitaine Train vient chatouiller la SNCF sur son hégémonique plateforme voyages-sncf.com. L’objectif ? Faciliter la réservation de billets de train en Europe (SNCF, iDTGV, Eurostar, Thalys, Lyria et Deutsche Bahn) et la consultation d’horaires de train en Allemagne et en France. Réservation, échange, annulation, utilisation des cartes de réduction et de fidélité et des moyens de paiement de son choix (chèques vacances, bons voyages SNCF, etc.)… L’appli se démarque par son design épuré, sans fioritures. Le plus : possibilité de consulter ses réservations et informations de voyage hors ligne. Un peu dommage qu’elle ne soit pas téléchargeable sur les versions précédentes à iOS 7.
    > Principaux concurrents : voyages-sncf.com, Mytripset.

     

    Metro Sortie : se repérer dans les couloirs du métro
    Application iPhone, iPod (gratuite)

    Lancée en juin 2013, cette application est pour l’instant valable sur toutes les lignes du métro parisien, les RER A et B, le tramway (T1 à T3b) et bientôt sur le réseau SNCF et le bus. Téléchargée plus de 30 000 fois, elle permet de se repérer parmi la multitude de sorties dans les transports, notamment le métro, et de retrouver son chemin. Elle liste toutes les sorties de chaque station en les localisant sur une carte. Le mode « vision dynamique » permet de s’orienter directement dans le sens de la sortie. Métro Sortie garde en mémoire les différentes recherches effectuées préalablement sur le mobile ainsi que les cartes Google Maps.
    > Principaux concurrents : Google Maps, RATP, Paris ci la sortie, La bonne sortie de métro.    E. S.

     

    Les meilleures applications transport dans 10 grandes villes

    A l’heure où la « mobilité numérique » s’invite à presque tous les salons et colloques,
    ce n’est plus seulement un must. Démocratisation du smartphone aidant, absolument tous les réseaux de transports publics des grandes agglomérations possèdent au moins
    une application, quand ce n’est pas plusieurs… Au point qu’il faudrait maintenant parfois réfléchir à celle qui les réunira toutes en une, histoire de simplifier la vie du voyageur.
    Et aussi de le satisfaire car force est de constater que globalement ces appli déçoivent.

    Paris et l’Ile-de-France

    Vianavigo
    Appli officielle du Stif, lancée fin 2011, Vianavigo est sans doute le calculateur d’itinéraires francilien le plus complet : il tient compte de plus de 26 000 km de lignes de métro, bus, train, tramway RER et TZen des réseaux RATP, SNCF Transilien et Optile. Dans sa dernière version (décembre 2013), l’appli s’enrichit de la fonction info-trafic pour les modes ferrés qui donne les perturbations en temps réel. A noter également : la possibilité de garder sa consultation d’horaires dans ses favoris. Ergonomique et intuitif, l’outil décode aussi une orthographe phonétique. La fonction « Autour de moi » permet de visualiser immédiatement toutes les stations, gares et arrêts à proximité. On peut aussi régler son type de marche (lente, normale, rapide) afin d’avoir un temps de trajet assez fiable. L’appli se décline en version site mobile (http://m.vianavigo.com).

    RATP
    Très détaillée pour son propre réseau (plans, horaires, trafic), la RATP intègre tout de même les lignes Transilien dans son calculateur d’itinéraire. Au fil de ses évolutions, cette application s’avère ultrapratique, on y trouve même les plans de sorties des stations et un système d’alertes, qui fonctionne une fois configurée la fonction « maRATP ».
    Et aussi :
    Visiter Paris en métro, pour les touristes (voir p. 27).
    J’aime ma ligne – RATP, donnant des bons plans (culture, jardins publics, restos) à proximité d’une ligne.
    Par ici la sortie du métro où monter dans la rame pour descendre près de « sa » sortie !

    SNCF Transilien
    Ultrasimple, l’appli s’ouvre par un menu à trois entrées – prochains trains, itinéraires et actualités – qui offre aussi la possibilité de créer ses trajets favoris. Bien pratique, la fonction localisation qui évite d’avoir à taper la gare la plus proche. L’indispensable état du trafic est présent également. Une appli complète. Bon à savoir : le calculateur fonctionne sur toute la région, tous les réseaux (y compris Optile) et donne les émissions de CO2 du trajet.

    Et aussi :
    Tranquilien : appli collaborative pour connaître l’état de charge des trains (voir plus loin).
    RER Trafic : idem pour l’état du trafic mais non officielle et très peu renseignée…
    Horaires.me : Editée par Yohan Texeira, vous donne les prochains passages des bus, métro, RER et Transilien à une station ou gare donnée. A signaler : des bandeaux de pub incessants…

     

    Marseille

    Rtm.fr « changer de mode ». Application officielle de la régie marseillaise, permettant d’identifier les arrêts de bus et stations de métro ou tram autour de soi, consulter les horaires temps réel à un arrêt, calculer un itinéraire et recevoir des alertes sur l‘état du trafic. Satisfecit avec 4.2 de note moyenne pour les utilisateurs d’Android. Les clients Apple déplorent eux des bugs et regrettent l’absence de notifications push. Ils sont nombreux à donner un net avantage à rtm+ « Marseille nous transporte ! » l’appli concurrente, non éditée par la RTM et qui nécessite iOS7 (la dernière version) sur l’iPhone, mais qui recueille une foule d’avis 5 étoiles. Un compagnon de route qui permet de sauvegarder les stations afin de créer son propre carnet. Avec un plan interactif et le suivi des bus en temps réel, fidèle.

     

    Lyon

    TCL : concernant l’iPhone, elle est réservée aux utilisateurs à la page, disposant du dernier iOS, dommage ! Editée par le Sytral, elle donne classiquement accès aux horaires des prochains passages en temps réel, à un calculateur d’itinéraires paramétrable mais peu ergonomique aux dires des utilisateurs, aux plans du réseau ainsi qu’à la disponibilité de stations Velo’v. Grâce à la géolocalisation, elle permet de repérer rapidement sur la carte les TC les plus proches. Malheureusement, on signale aussi l’indisponibilité récurrente des horaires.
    Et aussi :
    Lyon métro tramway, éditeur Valentin Collin, pour trouver en deux secondes, l’arrêt le plus proche.
    Lyon Métro lite, éditeur François Charlot, très complète (incluant le funiculaire et Rhônexpress), trop peut-être, sa base de données ayant la fâcheuse tendance à buguer, et surtout ne donnant que les horaires théoriques.
    A ne pas confondre avec Métro Lyon, éditeur Presselite, payante (0,89 euro) et non mise à jour depuis 2009, plutôt à fuir donc !
     

    Toulouse

    Toulouse Bus : l’appli qui évite d’aller sur le site mobile de Tisséo et devient en quelque sorte l’officielle (puisque Tisséo n’en a pas !). Faite « par un usager pour les usagers », elle est dotée des dernières sophistications habituelles : géolocalisation, temps d’attente, trajets favoris et est très appréciée des mobinautes. Editeur Pierre Pettera.
    Et aussi :
    Bus 31. Les bus, tram et métros Tisséo à Toulouse en temps réel. Développée par Nicolas Fouin, plébiscitée par les utilisateurs pour sa fiabilité et sa rapidité. Récompensée au Défi numérique 2013 de Toulouse métropole par le prix de la meilleure appli mobile.
    Toulouse Bouge, l’application officielle de Toulouse Métropole s’intéresse au trafic… routier ! Promesse : circuler, stationner et contourner les chantiers. « nulle », « ne sert à rien », « plante »… Les avis convergent pour la mettre définitivement à la poubelle !
    MétroMap Toulouse (de Xavier Bidaut), un plan de métro qui a fait un flop !
    Coovia : intègre les transports publics, VélÔToulouse et du covoiturage dynamique, un concept porteur, appelé à se développer.
    Go Toulouse, bonne appli, mais sous Android uniquement (avec une version sans pub à 2 euros). Se déplacer en bus, métro, tram, vélo, avec horaires en temps réel (bus et tram).

     

    Nice

    Lignes d’Azur Mobile, bien qu’éditée par Citiway, la filiale de Transdev dédiée aux outils informatiques, n’est pas le must souhaité par ses utilisateurs. Très attendue, sa V2 pour iOS a pourtant été mise à jour en décembre dernier, avec : un affichage sur trois volets (se déplacer, s’informer, échanger), une carte « à proximité », et un remplissage automatique des cases départ/arrivée à partir des premières lettres tapées dans le calculateur (en « autocomplétion » comme disent les développeurs). Verdict : peut encore mieux faire. Il faut dire que côté iPhone, les possesseurs du dernier modèle restent sur la touche. Idem sous Android qui n’en est qu’à la V1. 2.1 (de novembre 2013) : 10 000 chargements mais seulement 3 étoiles et beaucoup de problèmes signalés.
    Et aussi :
    Paca Mobilité (Citiway toujours), l’appli intermodale sur toute la région (37 réseaux), bien plus appréciée de tous les utilisateurs.

     

    Nantes

    L’appli officielle Tan de la Semitan est plébiscitée pour son efficacité malgré un design jugé daté. L’exploitant a eu le temps de la peaufiner puisqu’il en est à sa quatrième version. En sus des traditionnels itinéraires, plans du réseau, horaires et info-trafic, l’appli propose, depuis octobre 2012, un ticket virtuel (M-ticket représenté par un flashcode valable pour les tickets 24 heures, les carnets de 10 et la navette aéroport) à composter directement sur le mobile.

     

    Strasbourg

    Avec StrasMap, la promesse, c’est d’avoir Strasbourg dans la poche ! Et elle est assez bien tenue. La ville et la communauté urbaine de Strasbourg proposent une appli destinée à faciliter l’organisation des déplacements sur toute l’agglo qui compte déjà 50 000 téléchargements. A son lancement fin 2011, son côté novateur était de regrouper les informations tous modes – piéton, vélo, auto, TC – et un ensemble d’outils, comme le nombre de places disponibles dans les parkings ou encore de vélos, qui permettent de mieux organiser ses déplacements. Bien notée et jugée indispensable et fiable dans sa dernière version (1.2) par les utilisateurs d’iPhone, mais ne récoltant qu’un 3,7 de moyenne auprès des voyageurs équipés sous Android, qui soulignent trop de bugs techniques.
    Et aussi :
    Tramway Strasbourg (Strastram), (V4.1, uniquement sous iOS), dédiée aux trams de la CTS, avec une carte interactive, ses développeurs (BlueCir) sont jugés à l’écoute selon les avis sur iTunes…

     

    Montpellier

    Tam, l’application officielle des Tam (éditeur Wedia) n’est pas tout à fait à la page : la dernière version en date d’avril 2012 est aussi la première… Et fait un service minimum : plan des quatre lignes de tram, horaires des premier et dernier passages, fréquences, et localisation des arrêts à proximité.
    Et rien sur les bus ! D’où des avis utilisateurs à l’avenant, qui se résument par « aucun intérêt »… sauf peut-être pour les touristes !
    Et aussi :
    TDM (Transports de Montpellier), développée par Julien Fouilhé, est jugée rapide, simple, complète, c’est un peu l’application que les voyageurs attendaient. Mais problème, l’exploitant Tam ayant fermé l’accès à ses données, elle est désormais en veille.

     

    Bordeaux

    Info TBC, en V1 améliorée, l’appli officielle du réseau bordelais fait le job, mais sans plus : géolocalisation, calculateur d’itinéraires, mais horaires théoriques uniquement, et info trafic. Atout : la disponibilité des vélos VCub. Le tout avec un design sympa, mais comme pour beaucoup d’applis, quelques bugs… Résultat, elle est très peu chargée, CQFD.
    Et aussi :
    VCub, l’ancienne version de 2010, non mise à jour mais toujours présente…
    Tramway Bordeaux (de Sébastien Lambert), également obsolète (2010), mais encore proposée au téléchargement… à 0,89 euro.
    Next Tram Bordeaux (éditeur Nova-Box) ne donne que les horaires théoriques.
    Transports Bordeaux (Y. Bonnel sur Google Play), qui propose la même chose que l’officielle et est très appréciée avec une note moyenne de 4,6.

     

    Lille

    Récemment mise à jour, l’appli officielle Transpole se paie le luxe d’offrir la réalité augmentée (l'utilisateur peut visualiser les images des rues et des bâtiments avec en incrustation les informations demandées) aux fans d’Apple. Ainsi que les horaires en temps réel. L’appli corrige aussi nos fautes de frappe. Malheureusement, on déplore encore quelques bugs. Mais malgré un sympathique menu à 5 entrées (se déplacer, autour de moi, info-trafic, contact, favoris), elle écope d’un 2,8 chez les utilisateurs de téléphones Android. Un onglet en sus pour iPhone (actualités) ne lui permettent guère de faire l’unanimité (peu d’avis et ils sont très très partagés).
    Et aussi :
    Métro Lille (de Sébastien Lambert), payante (0,89 euro) et ancienne (2010) pour l’iPhone. Mise à jour en 2014 et gratuite pour Android : un plan du réseau consultable hors connexion, une maigre valeur ajoutée.     Cécile NANGERONI

     

     

     

    Les applis originales

    En parallèle des applis fortement concurrentielles positionnées sur la navigation
    et les horaires, d’autres plus originales mais tout aussi innovantes émergent. Le transport n’est alors plus un simple mode de déplacement, mais un moyen de découvrir la ville autrement. Le crowdsourcing, par le biais duquel l’usager devient un acteur de sa mobilité, poussé par l’open data et les hackathons (Ville de Paris, SNCF…), devient la norme. Des applis confidentielles mais qui méritent de trouver leur public.

    1Tranquilien : le train qui fait du bien
    Application : iPhone, Android (gratuite)

    Née des HackDays Transilien de juin 2012, la première application Tranquilien sort sur iOS un an plus tard. Elle permet au voyageur de connaître l’affluence des trains au départ de sa gare grâce à un code couleur (du vert pour les rames vides au rouge quand elles sont bondées). L’objectif de la SNCF ? Décongestionner les trains et « lisser » les heures de pointe. Elle combine un modèle prédictif issu des données historiques de la SNCF et des informations envoyées directement pas les usagers, qui peuvent constater l’affluence de visu. Des données qui sont ensuite passées à la moulinette de la géolocalisation pour être vérifiées. Six mois après le lancement, l’appli a été téléchargée 20 000 fois. Disponible sur Android depuis janvier, elle offre de nouvelles fonctionnalités comme l’affichage de la charge du train dans chaque gare le long du trajet. Les données sont affinées, en prenant compte d’autres données, comme la densité de population ou l’attractivité des localités, la météo… Une idée originale qui combine crowdsourcing et open data.

     

    VocaBus : faciliter l’accessibilité des bus aux malvoyants
    Application : iPhone, Android (gratuite)

    Les initiatives pour les déficients visuels et les aveugles sont assez rares pour être relevées. En février 2013, la Société de transport du Grand Angoulême lance VocaBus, une application dédiée aux malvoyants qui leur offre en temps réel les informations sur la circulation des bus de la ville. Il suffit de toucher l’écran à l’ouverture de l’application pour être géolocalisé et écouter l’annonce vocale concernant les passages des prochains bus à un arrêt. L’application est complétée par un dispositif de QR codes aux arrêts de bus, qui donnent les mêmes informations. Conçue avec l'association Valentin Haüy, l'interface a été spécialement adaptée : grand contraste de l'écran, couleurs vives, typographie spécifique, grandes icônes et lecture à haute voix. A noter : l’appli a été développée en interne en quelques semaines pour un coût d’environ 20 000 euros. Aux Etats-Unis, l’application One Bus Away, sur le même principe, existe depuis un moment déjà.

     

    Les Imagidoux
    Application iPhone et iPad (1,79 euro)

    Originale, cette appli est dédiée aux parents qui souhaitent éduquer leurs enfants à l’importance des transports en commun. Baptisée sobrement « Les transports », elle permet à l’enfant de découvrir les moyens de transport de manière ludique et interactive. Guidé dans l'application par l'interface vocale, il découvre les différents véhicules, leurs noms et leur bruit au travers de jeux de mise en situation : faire rouler le vélo pour qu'il gagne la course, soigner un blessé dans l'ambulance… Bilingue français/anglais, l’application est adaptée aux enfants à partir de deux ans. Sur l’AppStore, les parents semblent apprécier et louent l’efficacité de cette appli !

     

    En promenade : faire de la ville un terrain d’exploration
    Application iPhone, Android (gratuite)

    Lauréate du prix JCDecaux au concours open data Moov'in the City 2013 de la Ville de Paris, En promenade est une idée originale visant à inciter les urbains à faire de petites balades géolocalisées, à pied ou en vélo à Paris et en Ile-de-France. A l’ouverture de l’appli, il suffit de choisir son mode de transport et son humeur (tonique, calme, curieux), En promenade calcule automatiquement une promenade qui correspond, en fonction du temps dont l’usager dispose. Sympathique, même si encore peu diversifié.

     

    Velibobo : le diagnostic du VLS
    Application iPhone, Android (gratuite)

    Lauréate du concours Moov’in the City 2013, Velibobo plafonne à 1 000 téléchargements mais vaut le détour pour son design et l’aspect communautaire de son concept. A Paris (et bientôt à Lyon), les utilisateurs de vélo en libre service peuvent vérifier l’état d’un Vélib’ avant de l’enfourcher en indiquant simplement son numéro, et éviter ainsi les mauvaises surprises de la chaîne déraillée, du pneu légèrement dégonflé ou des freins trop timides. Et inversement déclarer ceux qui sont inutilisables, détraqués, abandonnés et recommander celui que l’on vient d’emprunter et qui nous a menés à bon port. Encore faut-il prendre la peine de dégainer son smartphone pour le bien de la communauté…
        E. S.

     

    Les tops…

    Les plus téléchargées, recommandées, utiles… Quelques rares applis transport
    sont désormais devenues des incontournables pour se déplacer. Les applis dédiées
    aux automobilistes sont les plus sollicitées. D’autres, faute de ressources, de mises à jour ou d’utilisateurs, vivotent et n’ont donc malheureusement plus trop d’intérêt pour les usagers.

     

    BlaBlacar : le leader du covoiturage
    Application : iPhone et Android (gratuite), site web mobile

    Depuis décembre 2009, l’application de Blablacar, ex-Covoiturage.fr, a été dépoussiérée à maintes reprises pour pouvoir aujourd’hui couvrir les besoins de tous les Européens à la recherche d’un covoiturage. Blablacar s’est vu pousser des ailes puisque ses ambitions sur le vieux continent ont boosté le nombre de téléchargements, qui est passé de 450 000 à 1,8 million en à peine plus d’un an. La recherche de trajet est basique (sans inscription préalable) et le nombre de trajets immédiats pour des destinations province à province et de la province à une ville européenne est assez intéressant (plusieurs Bordeaux – Barcelone le même jour ou Nice – Berlin, par exemple). Les avis des covoitureurs précédents permettent de se rassurer et de choisir son conducteur en fonction de ses préférences (non-fumeur, amateur de musique, animaux acceptés…) et du degré d’activité du covoitureur (débutant, habitué, expert, ambassadeur). En peaufinant son application, Blablacar peut se targuer de proposer aujourd’hui deux millions de covoiturages disponibles en France et en Europe pour six millions de membres (95 % des offres de covoiturage en France). Son principal concurrent en Europe : Carpooling, qui le talonne de près (1,3 million de téléchargements). Sur l’AppStore, l’appli obtient 4/5 sur les notes utilisateurs pour 10 000 avis, idem sur Google Play avec 17 000 avis.

     

    Google Maps : le kit du piéton perdu
    Application : iPhone, Android, web (gratuite)

    Encore une fois, le géant de Mountain View domine, avec l’appli incontournable pour tous les urbains à la recherche de n’importe quel lieu dans le monde. L’appli répond à un besoin principal : rechercher un itinéraire piéton, motorisé ou cyclable. Une fois lancée, elle vous guide au pas près. Pratique pour ceux qui ne savent pas se repérer sans boussole. Pratique aussi si l’on cherche un supermarché, pharmacie, distributeur automatique ou fleuriste à proximité – même si tout n’est pas répertorié et mis à jour. Son gros défaut : être très faible en termes d’itinéraires en transports en commun… en France. Sur l’AppStore, l’appli obtient 4,5/5 pour 8 600 avis… et plus de trois millions sur Google Play avec une note quasi identique. Principaux concurrents ? Waze. Ca tombe bien, Google l’a rachetée.

     

    Waze : du Google Maps collaboratif
    Application : iPhone, Android (gratuite)

    A l’instar de Google Maps, Waze est une application de navigation, indispensable surtout aux automobilistes. Ergonomie plus sympa que Google Maps. Pourtant, il semble que le rachat par Google n’ait pas fait que du bien à Waze, certains utilisateurs critiquant l’aspect collaboratif (qui lui a pourtant valu ses premiers succès), par le biais duquel certaines informations données par les utilisateurs eux-mêmes (bouchons…) sont mal interprétées par l’appli. Hallucinant : 1,2 million de commentaires sur Google Play pour une note de 4,5 ! Même note sur l’AppStore avec 40 000 commentaires.

     

    Voyages-sncf : petit à petit l’appli fait son nid
    Application : iPhone, Android (gratuite)

    Ultrapratique, l’appli Voyages-sncf fait partie des palmes des applis transport pour Apple qui l’a consacrée dans sa catégorie « Excellentes apps gratuites de l'AppStore ». L’opérateur ferroviaire promet désormais une réservation de billet en moins de 10 secondes. Quelques nouveautés à souligner : possibilité d’enregistrer ses moyens de paiement pour les achats futurs, commande vocale, un mode NFC pour les voyageurs Paris – Lille, le m-billet (Passbook), réservation sur les Ouigo… La guerre est lancée avec Capitaine Train ! (Note de 4/5 avec 34 000 avis sur iOS et 20 000 sur Google Play).

     

     

    … et les flops

     

    Un Ticket – Application iPhone et Android (gratuite)

    Les opérateurs ont finalement eu gain de cause. Après avoir longtemps fait parler d’elle, son objectif étant purement et simplement d’inciter les usagers à avertir de la présence de contrôleurs dans les transports en commun, l’application végète. C’est un cercle vicieux : moins les utilisateurs la téléchargent, moins elle a d’intérêt. Ce que ses utilisateurs (parisiens et lyonnais du moins) déplorent : « le réseau communautaire est vraiment trop faible pour que cette app soit vraiment efficace », « pas ergonomique », ce qui n’incite pas à signaler, « plus aucune alerte »… Elle n’a d’ailleurs pas été mise à jour depuis fin 2012. Il faut souligner que certains (vrais ? faux ?) utilisateurs ont incité à la boycotter, la dénonçant d'encourager à l’incivisme.

     

    Pervenche – Application iPhone et Android (payant)

    Sur le même principe que Un Ticket mais s’adressant aux automobilistes, Pervenche était bien partie avec 400 000 téléchargements en 2012. Un crash s’en est suivi à l’occasion du passage en payant, rendant naturellement l’appli moins pertinente, sa force résidant dans le nombre d’utilisateurs. Depuis la dernière mise à jour en octobre 2013, l’appli sur iOS 7 ne semble même plus démarrer. Un test rapide permet de réaliser qu’à Paris, seule une dizaine de contrôles ont été signalés dans la journée ou les jours précédents, et quasiment aucun dans d’autres villes de France.

     

    Uinfopark – Application iPhone (gratuite)

    Même sort pour Uinfopark qui n’a jamais décollé, faute d’utilisateurs et d’une définition claire de son modèle économique. La start-up Utilisacteur proposait aux usagers d’échanger des informations sur le stationnement et les transports en commun au travers d’une application faisant la part belle au design de service. L’équipe à l’origine de cette application n’en a pas moins rebondi sur d’autres sujets, à l’international notamment.

     

    Parcmètre assistant – Application iPhone (devenu gratuit)

    Payante à l’origine, cette application est devenue gratuite. Un pas en arrière peu habituel qui ne lui a pourtant pas permis de faire le plein de nouveaux utilisateurs. L’appli permet de localiser son véhicule et d’être alerté avant la fin de son stationnement. Principal hic relevé par les usagers : la localisation est très approximative (plusieurs centaines de mètres pour certains), ce qui est un peu gênant pour une application dont c’est l’un des seuls objectifs. Bon, la dernière mise à jour date de septembre 2010…

     

    Vélib’ – Application iPhone et Android (gratuite)

    L’appli officielle des Vélib’ parisiens est toujours aussi décriée. Il faut dire qu’il existe de multiples alternatives plus ergonomiques et fiables (iVelo, Vivez vélo, Citymapper…). Mise à jour régulièrement (décembre 2013 pour la dernière version iOS), les utilisateurs dénigrent surtout le design et la lenteur de la mise à jour des informations sur la disponibilité des vélos et des stations. Les différentes versions n’ont pas apporté beaucoup de fonctionnalités supplémentaires, comme le calcul d’itinéraires, qui semblerait pourtant évident pour une appli de ce genre.
     

     

    Celles qui ont disparu :
    Placelib – Application iPhone et Android (freemium)

    Fait assez rare pour être signalé : au lieu de laisser vivoter leur appli, les concepteurs de Placelib ont semble-t-il préféré la supprimer des stores. L’appli a sûrement été devancée par son principal concurrent, Apila – qui comptait fin 2012 cinq fois plus de téléchargements. Elle permettait aux automobilistes de « s’échanger » leurs places de stationnement, en se signalant les uns aux autres. Encore une fois, la faible communauté est le principal forfait de cette application. Streetparking, une application similaire, n’a jamais décollé non plus.
     

    Et aussi : Transports, CO2 Go, Kanjariv’, Statio Lib.

    E. S.

     

     

    Taxis et VTC : la guerre des applis ?

    Véritables poils à gratter des taxis traditionnels, les voitures de tourisme avec chauffeur
    ont pris une longueur d’avance en matière d’appli.

    La France compte 55 000 taxis et 10 000 VTC, les voitures de tourisme avec chauffeur. Et depuis plusieurs mois, ils se livrent une méchante guéguerre. Une première bataille avait été gagnée par les taxis, qui ont obtenu au 1er janvier dernier que leurs « concurrents » soient dans l’obligation de respecter un délai de 15 minutes entre la réservation et la prise en charge effective du client – ceci dans le but de s’assurer que les VTC ne marauderont pas, chose qui leur est légalement interdite – mais le conseil d’Etat a suspendu ce décret le 5 février. La deuxième bataille tournerait donc pour le moment à l’avantage des chauffeurs indépendants travaillant sur réservation. Quant à la guerre des applis, elle semble gagnée haut la main par les VTC, sans surprise, le modèle économique de ces derniers reposant précisément sur l’utilisation des nouvelles technologies, en particulier de la géolocalisation et de la simplicité de réservation via les applications mobiles. Peu de soucis techniques sont déplorés et toujours à la pointe, les appli sont très régulièrement mises à jour, leur dernière version datant toujours de quelques mois au plus. De leur côté, les taxis continuent de fonctionner majoritairement par radio, même si des centrales comme les Taxis G7 à Paris (7 500 taxis) par exemple, ont depuis plusieurs années leur appli dédiée, celle-ci est très décriée et donc plutôt délaissée par les utilisateurs qui critiquent son fonctionnement. A Paris par ailleurs, les taxis veulent rattraper leur retard technologique en travaillant à une future appli de réservation en liaison avec les services de la Mairie de Paris.

     

    Côté taxis

    En utilisant l’appli « gratuite » Taxis G7, la réservation « prioritaire » devient en fait payante ! Et ce via l’achat préalable de points (2,75 euros le point). Il est vrai que dans la capitale, la promesse de voir sa demande traitée prioritairement est susceptible d’avoir du poids compte tenu de la pénurie de taxis.
    Et aussi : wecab, le service des Taxis partagés de la compagnie G7 de et vers les aéroports parisiens. Toute nouvelle, sans surcoût et jugée efficace.
    – Les erreurs de jeunesse, en particulier les bugs techniques systématiques au moment de la confirmation de réservation, semblent réglés avec la version 4 de l’appli parisienne Taxis bleus. Classée 4 étoiles+, elle permet d’évaluer en gros le prix de sa course, visualiser son approche sur une carte, recevoir un SMS de confirmation à son arrivée, et, après coup, de noter la prestation du taxi.
    – La vraie riposte à la réactivité des VTC viendra peut-être de Taxibeat qui, avec son slogan « Le taxi comme vous en rêvez », a copié le modèle des concurrents ! L’appli (deux ans d’existence et déjà en V6.0) propose aux Parisiens de trouver vite un taxi et de noter son service, en s’appuyant sur l’adhésion des taxis, en échange d’une rémunération modique à la jeune société Taxibeat, déjà présente à Athènes, Bucarest, Oslo, Rio de Janeiro et São Paulo. Les chauffeurs utilisent eux aussi leur smartphone pour accepter les courses. Ils seraient déjà plus de 1 300 à s’être laissés séduire. Petit plus : le client peut sélectionner dans la liste des véhicules qui se proposent celui qui répond à ses éventuels besoins spécifiques (siège bébé, paiement CB, langues parlées). Deux étapes suffisent pour le réserver : se géolocaliser et sélectionner le taxi en fonction de sa distance, ses services ou sa note. Cette dernière option est récente et permet d’économiser sur les frais d’approche du taxi, représentant en Ile-de-France, « de 6 à 26 euros », selon l’estimation de Taxibeat, à partir des compteurs d’approche en 2013, « somme non négligeable, dans un contexte où le prix des courses a augmenté de près de 4 % ». Appli vainqueur des App Awards 2013, catégorie Social, Local, Mobile et notée 4.6 étoiles sur l’AppStore. Tous les récents avis sont extrêmement élogieux.

    Et aussi : Taxiloc, lancée par Spotloc en mars 2012 qui garantit une réponse en trois minutes, après commande en trois clics ! Notée 4 étoiles+ ; Taxys, qui n’a pas atteint la masse critique de véhicules et ne satisfait pas les utilisateurs ; même constat pour Taxicommande de TBCast, qui ne tient pas la promesse annoncée « au doigt et à l’œil » !
    A noter : Le site G1taxi.com et l’appli du même nom lancés en grande pompe fin 2011 semblent ne plus exister.

     

    Coté VTC

    C’est sur l’idée répandue selon laquelle il manque des taxis à Paris que surfent les VTC. Ils proposent un service réputé haut de gamme (grosse berline, chauffeur en costume, bouteille d’eau offerte) pour un tarif fixe, indépendant des aléas de la circulation et annoncé dès la réservation, ce qui, dans la capitale, s’avère souvent équivalent à celui du taxi préalablement réservé. Au fil des discussions agitées avec les taxis, apparaissent aussi en filigrane l’amabilité légendaire des taxis parisiens… Les jeunes patrons des start-up de VTC mettent en avant les qualités de leurs berlines et de leurs chauffeurs (beaucoup d’auto-entrepreneurs, et environ 40 % d’anciens taxis !) formés au service. Avec un argument choc : une prestation en costume, avec le sourire et en ouvrant la portière au client, ça ne coûte pas plus cher…
    – AlloCab, l’une des entreprises qui réussit le mieux. Son appli iOS est elle aussi au top : simple et intuitive ! Fondée par Yanis Kiansky, la société est présente sur toute la gamme de service – berline, van, moto taxi, luxe ou économique – et assure qu’habituellement ses chauffeurs arrivent en 7 à 8 minutes. Les plus de l’appli créée en septembre 2012 : la transaction simplifiée en 1 clic et le paiement sécurisé par Paybox. Entre autres services proposés dans le prix de la course : wi-fi gratuit à bord, bouteille d’eau, choix de la musique, chargeur pour votre mobile, chauffeur bi ou trilingue, etc. L’appli est utilisable en français, anglais, espagnol ou allemand. Les utilisateurs Apple ne signalent quasiment pas de bugs. De rares clients mécontents du service : CB débitée malgré l’annulation de la commande. Fonctionne dans 50 villes dont Paris, Marseille, Lille, Lyon, Nantes. Nécessite une inscription avec mail et téléphone au premier lancement de l’application. Malheureusement, il semble que ça marche beaucoup moins bien sous Android, les utilisateurs se plaignant davantage (note de 3 étoiles).
    – Uber, « votre chauffeur privé » est plébiscité aussi bien en version iOS qu’Android (plus d’un million de téléchargements). Un outil ergonomique, esthétique et efficace. Atout supplémentaire actuellement : un code promo qui fait le buzz, grâce à ses 20 euros de réduction. La société californienne créée en mars 2009 et installée depuis deux ans à Paris est devenue un poids lourd du secteur. Elle vient de jouer les trublions en annonçant lancer UberPop, un service de covoiturage urbain. Uber compte sélectionner les particuliers qui feront office de chauffeur et les mettre en relation avec les utilisateurs potentiels via son appli mobile.

    Et aussi : Chauffeur-Privé, un gros succès (4 étoiles+) pour cette appli lancée en 2012 (10 000 téléchargements Android) qui permet de réserver en un clic et de suivre l’arrivée du chauffeur sur la carte, puis de l’évaluer ; Club Chauffeur (TBCast), propose un Club à l’utilisation complexe, appli assez peu utilisée, un gros millier de téléchargements, déception globale ; LeCab, V1.2 de la société Voxcar, uniquement Paris et IDF, avec des débuts prometteurs même si l’on aimerait des progrès techniques quand elle tourne sous Android ; SnapCar, en V3, excellent fonctionnement, géolocalisation et il suffit de toucher le logo rouge de l’écran pour réserver à Paris ou banlieue, quelques milliers d’utilisateurs.    C. N.

  • Grands chantiers : nouveaux métiers

    Grands chantiers : nouveaux métiers

    Année après année, le secteur des transports apparaît comme une valeur sûre pour
    les jeunes, diplômés ou non, à la recherche d’un emploi. Même si les recrutements
    ont légèrement reculé en 2012 (dernière année pour laquelle on disposait de statistiques complètes à l’heure où nous bouclions), le secteur continue à embaucher.
    Les recruteurs cherchent avant tout des conducteurs, tant cette fonction est importante
    et représente 70 % des effectifs du secteur. Il suffit en général d’être détenteur
    d’un permis et d’un Fimo (Formation initiale minimum obligatoire) mais aussi d’être
    animé d’une grande motivation pour être retenu. Avantage : l’ascenseur social fonctionne quand on souhaite évoluer.
    Le secteur est donc très accessible aux jeunes sans qualifications bien que l’on note
    ces dernières années un accroissement des exigences des entreprises en ce qui concerne les diplômes et profils recherchés. Pour accompagner cette tendance, les organismes
    de formation – en particulier les incontournables AFT-Iftim et Promotrans – et les écoles multiplient les diplômes : très variés, du CAP aux bac +5, ils donnent accès à de multiples carrières.
    Les universités en particulier ont bien compris l’intérêt de proposer des diplômes de plus
    en plus « professionnalisants » en nouant des partenariats avec les entreprises.
    L’engouement pour les chaires qui se sont multipliées ces dernières années traduit aussi cette tendance. Enfin, les entreprises se montent toujours très intéressées
    par le développement de l’apprentissage ou par les formations en alternance, y compris dans l’enseignement supérieur.
    Toutes ces tendances n’ont finalement fait que se renforcer ces dernières années.
    Plus nouveau en revanche, ce qui est en train de se passer en Ile-de-France avec le projet
    du Nouveau Grand Paris. Dans les prochaines années, il va falloir construire
    70 000 logements, bureaux, commerces et entrepôts, 205 kilomètres d’infrastructures
    et encore 72 gares.
    Il faudra recruter des ingénieurs, des architectes, des grutiers, des ouvriers, des techniciens, puis plus tard encore des designers, des conducteurs, des logisticiens, des agents pour l’accueil, la vente, la sûreté… Il faudra peut-être inventer de nouveaux métiers, avec
    à la clé de nouveaux enseignements. Les perspectives sont prometteuses. Le secteur
    de la formation a de beaux jours devant lui.

     

    Le secteur des transports embauche et… forme

    «Le secteur a passé haut la main cinq années de crise. Les entreprises ont soutenu l’emploi. » C’est l’une des conclusions faites lors de la présentation en début d’année du rapport annuel de l’Observatoire prospectif des métiers et qualifications dans les transports et la logistique (OPTL) qui porte sur 2012. Même si les recrutements ont légèrement reculé, le secteur continue à embaucher.
    La contraction dans les embauches (-0,4 %) est finalement très modérée. Mais elle rompt avec des années de croissance. En 2013, on s’attend de nouveau à une – très – légère reprise.
    C’est uniquement le transport routier de marchandises qui est responsable de la contraction. Les destructions d’emplois se sont surtout produites dans de grosses entreprises, comme par exemple le Sernam. Le transport routier de personnes de son côté continue à créer des emplois. Pour moitié dans le transport urbain. Les transports sanitaires font également partie des recruteurs importants.
    Au total, le secteur des transports a procédé à 111 742 embauches en 2012. « La balance est relativement équilibrée entre départs et recrutements », précise Michel Chalot, le vice-président de la Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle dans les transports routiers et les activités auxiliaires du transport (CNPE).
    Selon Maxime Dumont, le président de la CNPE, 95 % des salariés sont titulaires de diplômes, de titre professionnels ou de certifications. « On arrive rarement dans ce secteur sans rien », commente-t-il.
    67,5 % des effectifs du secteur travaillent à la conduite. C’est donc logiquement là que l’on trouve le plus d’offres et de demandes de formation. C’est aussi dans ce domaine que les entreprises ont le plus de mal à pourvoir leurs postes. « Ce secteur connaît des tensions perpétuelles pour trouver des candidats, poursuit Maxime Dumont. La branche engage de gros efforts pour la formation. Les employeurs ont bien conscience qu’un salarié bien formé réalise un meilleur travail. »

    Marie-Hélène POINGT

     

     

    Formation et emploi, l’autre défi du Nouveau Grand Paris

    Pas loin de 200 000 emplois vont être créés dans les prochaines années grâce au réseau de transports et aux logements prévus par le Grand Paris. La région a lancé une démarche de concertation pour définir les besoins et adapter les formations en conséquence.

     

    Métro souterrain, tramways, RER, bureaux, logements, commerces, entrepôts, hôtels… les projets de transport et d’immobilier du Nouveau Grand Paris vont créer un énorme appel d’air pour l’emploi : entre 175 000 à 193 500 emplois nouveaux sont attendus selon la région Ile-de-France. En raison de l’importance des projets d’infrastructures (205 km de lignes prévues, 72 gares), les industries ferroviaires devraient être à l’origine de 6 000 créations d’emplois.
    Pour mieux évaluer l’impact de ce gigantesque chantier public, plusieurs études ont été lancées. Une étude prospective sur l’emploi et les compétences a notamment été menée conjointement par la fédération régionale des travaux publics en Ile-de-France (FRTP) et la direction régionale des entreprises, du travail et de l’emploi (Direccte). Présentée l’année dernière, elle estime à 12 800 le nombre de nouveaux emplois qui devront être créés dans le secteur des travaux publics d’ici à 2018. S’y ajouteront 5 400 postes liés au renouvellement des départs en retraite, soit un total de 18 000 emplois dans le secteur.
    Fin 2013, le préfet d’Ile-de-France, Jean Daubigny et le président de la FRTP, José Ramo, se sont engagés sur la création de 100 emplois d’avenir d’ici à la fin décembre 2014 et 1 000 contrats de génération dans la filière d’ici à fin 2018.
    Dans cette filière qui employait en 2012 pas moins de 55 800 personnes dans 800 entreprises (50 700 salariés et plus de 5 000 en travail temporaire), le renouvellement est une « problématique forte ». 14 % des salariés ont en effet plus de 55 ans et sont susceptibles de partir à la retraite d’ici à sept ans et certains métiers sont plus touchés (18 %) : conducteurs de poids lourds, terrassiers, mineurs.
    « Ce phénomène pose la question globale du renouvellement des compétences et donc de formation des jeunes, et la question plus spécifique de la transmission et de la conservation des savoir-faire notamment dans les métiers experts », rapporte l’étude.
    D’autres travaux prospectifs ont été menés. Ils permettent notamment « de repérer les familles de métiers pour lesquels il faudra porter une attention particulière car ils risquent de connaître des tensions en terme de recrutement », souligne la région Ile-de-France qui veut jouer un rôle moteur dans ce domaine.
    Dans ce but, la région a commencé à travailler avec la FRTP afin d’examiner quelles formations peuvent être mises en place pour coller aux attentes. « Nous informons les missions locales et Pôle Emploi sur les formations proposées pour trouver des candidats. Pôle Emploi va mettre en place une plateforme spécifique pour regrouper toutes les offres d’emplois concernant les travaux publics », expliquent les services du conseil régional.
    Et, pour coordonner l’ensemble des besoins dans tous les secteurs, la région Ile-de-France a décidé d’établir des « fiches diagnostic » par branche professionnelle et par territoire. « Le président du conseil régional, Jean-Paul Huchon, a souhaité que la région anime une démarche partenariale sur l’impact emplois-formation, explique-t-on à la Région. Nous avons donc demandé à toutes les parties prenantes, c’est-à-dire les employeurs et leurs représentants ainsi que divers organismes (Insee, Institut d’aménagement et d’urbanisme de l’Ile-de-France, services de la région, Pôle Emploi…) de faire le point ensemble sur ce thème. Nous avons également invité autour de la table les partenaires sociaux qui participent aux CCR (Comité de coordination région emploi formation). Il nous semblait important que la région fasse le lien. » La réflexion a été menée en coordination avec les CDT (comités de territoires définis par le Grand Paris) pour que chaque territoire puisse faire connaître aux demandeurs d’emplois les offres possibles. Pour accompagner cette démarche, la région s’apprête à mettre en place 750 000 heures de formations continues supplémentaires.
    Enfin, un travail a été engagé avec l’Education nationale pour faire connaître ces métiers pour lesquels la demande des entreprises va croître à l’avenir. C’est d’ailleurs une préoccupation clé du secteur des transports, non seulement en Ile-de-France mais aussi dans tout le métier : faire connaître ses métiers et ses multiples facettes, trop souvent ignorés du grand public. Pour attirer les étudiants et peut-être faire naître de nouvelles vocations, le secteur se déploie sur tous les fronts, via des campagnes d’informations des forums de l’emploi ou des partenariats engagés avec des organismes de formation, les régions ou les chambres de commerce et d’industrie.

    M.-H. P.

     

    Le Val-de-Marne dans les starting-blocks

    La formation sera « l’étape suivante », dit Bernard Legendre, directeur de l’association Orbival. Pour l’heure, l’association veille à ce que la réalisation du métro du Grand Paris ne prenne pas de retard.

    La formation sera « l’étape suivante », dit Bernard Legendre, directeur de l’association Orbival. Pour l’heure, l’association veille à ce que la réalisation du métro du Grand Paris ne prenne pas de retard. Etape suivante, mais il faut la préparer, et l’association s’y emploie, ainsi que le conseil général du Val-de-Marne. La réalisation du tronçon sud de la ligne 15 devrait représenter 6 000 emplois par an dans le seul domaine des travaux publics. L’essentiel du tronçon se situe dans le département du Val-de-Marne, l’extrémité ouest étant dans les Hauts-de-Seine, et l’extrémité est en Seine-Saint-Denis. Les élus demandent la mise en place de clauses d’insertion et de recrutement local. La SGP a devancé l’appel, en amorçant cette démarche dès les contrats des maîtrise d’œuvre. Le département, qui n’a pas de programme de formation des travaux publics, est en train de s’y préparer, avec les acteurs locaux et le conseil régional. Pour le secteur des travaux publics, qui attend plus de 20 000 emplois par an sur l’ensemble du chantier, les recrutements tombent plutôt bien, puisqu’ils vont intervenir à une période où se présente un pic de départ en retraite dans la profession.

    F. D.

     

    « La région doit promouvoir la transition écologique et “verdir” les formations »

    Trois questions à Emmanuel Maurel,
    vice-président en charge de l’Apprentissage, de la Formation professionnelle et de l’Emploi au conseil régional d’Ile-de-France

     

    Ville, Rail & Transports. Quel rôle entendez-vous donner à la région pour répondre aux besoins de recrutement et de formation liés au lancement du Nouveau Grand Paris ?
    Emmanuel Maurel. La région entend jouer un rôle décisif dans le processus de formation. Nous voulons à la fois avoir un rôle de veille (nous avons ainsi lancé des études pour évaluer les créations d’emplois et resterons attentifs à leur devenir) et un rôle de coordination avec les collectivités territoriales et le tissu économique pour préparer ce grand moment. Le conseil régional va donc jouer un rôle moteur car la formation professionnelle est au cœur de ses compétences.
    Nous avons déjà engagé un diagnostic par branche professionnelle et par territoire pour mieux connaître les besoins. Et nous essayons d’évaluer les effets directs et indirects par secteur.
    Les premières estimations montrent qu’entre 2010 et 2030, entre 500 000 et 650 000 emplois seront créés en Ile-de-France. Entre 175 000 et 200 000 seront liés au Grand Paris.

    VR&T. Comment combler les besoins de main-d’œuvre pour lesquels il existe une forte demande mais peu de volontaires ?
    E. M. C’est surtout le cas dans le BTP où les conditions de travail et le niveau de rémunération dissuadent car les entreprises veulent faire appel à de la main-d’œuvre très bon marché. Il faut améliorer les conditions de travail dans ces professions. La région peut jouer un rôle très politique pour favoriser le dialogue social au sein de ces branches.

    VR&T. Quels types de formation faudrait-il créer à l’avenir selon vous ?
    E. M. Les emplois qui seront créés concernent de multiples secteurs. Il y aura les emplois directs liés à la construction, les transports, l’immobilier, la distribution ou encore les télécoms. Et tous les emplois indirects comme par exemple l’hôtellerie ou la restauration. Dans tous les cas, il faut absolument garder en tête un objectif de développement durable. La région doit promouvoir la transition écologique et « verdir » les formations professionnelles. Nous avons le devoir d’adapter les formations, c’est un défi. Il passe par un nouveau modèle de développement. Nous avons déjà commencé à le faire.

     

    Un campus d’entreprise à la RATP

    La RATP reste un des employeurs qui recrutent le plus en Ile-de-France. La régie a décidé de se doter d’un « vrai » campus à Noisiel, en Seine-et-Marne, par lequel tous ses salariés doivent passer, jeunes embauchés ou plus anciens.

    Avec près de 4 000 recrutements prévus pour 2014, la RATP est un des gros recruteurs de la région Ile-de-France. Le centre de formation de Noisiel en Seine-et-Marne, rénové l’année dernière, est un exemple éclairant. « Nous avons décidé d’en faire un vrai campus d’entreprise, à l’image de ce qu’avait fait Veolia dans ce domaine il y a 20 ans, explique Pierre Mongin, le PDG de la RATP. Tous les salariés qu’on recrutera y passeront à un moment ou à un autre. C’est un moment de partage sur l’entreprise, qui permet à la RATP d’expliquer où elle va, quelles sont ses valeurs… »
    Le campus accueille aussi les jeunes de tous horizons désireux de rejoindre le secteur du transport public. Ils étaient 1 300 de moins de 26 ans en 2013, dont 700 ont été engagés en CDI. Les types de métiers enseignés sont variés, allant de machiniste-receveur (conducteur) à réparateur, en passant par agent de station, ou chargé de vente et du conseil aux voyageurs.
    Plusieurs types de contrats sont proposés par le service ressources humaines du groupe. Les emplois d’avenir, qui s’adressent aux jeunes des zones sensibles et/ou en état de difficulté d’insertion dans la vie active, seront au nombre de 400 d’ici la fin de l’année. « Nous allons les chercher loin dans les quartiers pour les embaucher. Cela a un coût élevé : il faut 50 tuteurs pour gérer 400 emplois aidés, souligne Pierre Mongin. Ce temps où nous les accueillons, c’est un temps de formation, un temps de remise à niveau pour ces gamins dont beaucoup ont le bac mais qui ont besoin de cette passerelle entre ce qu’ils ont appris et ce qu’ils peuvent donner à l’entreprise ».
    250 contrats de professionnalisation seront également signés, ce qui doit permettre à des jeunes mais aussi à des moins jeunes de rejoindre l’entreprise après avoir suivi une courte formation. Enfin, le contrat de génération doit permettre le recrutement ou le maintien des salariés seniors, parallèlement à l’embauche de jeunes formés par ces derniers.
    Parmi ces nouvelles recrues, les moins de 26 ans représenteront 40 %. Pierre Mongin parle de « solidarité générationnelle ».
    Les profils des candidats à l’embauche sont très variés : Kévin Lacroix, 22 ans, sort d’un BEP pâtissier ; Priscilla Régis, 24 ans, a fait un BEP couture ; ou encore Linda Hadou, 24 ans, ancienne fonctionnaire de police… Ces jeunes en pleine réorientation (voir portrait ci-dessous) ont trouvé une voie qui leur correspondait. Parmi les différents emplois proposés, le poste le plus demandé est celui conducteur de bus. Mais seulement 9 % des conducteurs sont des femmes ! Un taux que Pierre Mongin promet de ramener à 50 % d’ici 25 ans.

    Alexandre NEKRASSOV

     

    La RATP cherche 1 670 opérateurs

    Pour l’année 2014, le groupe RATP prévoit de recruter 4 000 personnes, dont 3 000 en Ile-de-France (le tiers en emplois aidés), et le reste dans ses filiales en province (200 emplois) et à l’étranger (800 emplois). Les autres filiales dans lesquelles la RATP est minoritaire (Ixxi, SEDP, Logis Transport, Promométro ou Telcité) devraient embaucher une centaine de salariés.
    Côté qualification, la RATP va recruter des opérateurs au nombre de 1 670, répartis en 1 000 conducteurs de bus, 400 agents des stations métro et gares RER, 50 conducteurs de métro, 60 agents de sécurité/contrôle, 160 agents de maintenance et des cadres (250).
    La RATP va favoriser le recrutement des seniors et des jeunes. Cette année, près de 1 400 jeunes de moins de 26 ans seront embauchés. Selon le contrat de génération qu’elle a signé en décembre 2013, la RATP s’engage à ce que le recrutement des moins de 26 ans sous statut représente au minimum 40 % des CDI et entre 10 et 15 % des recrutements globaux via les dispositifs d’insertion et d’alternance.
    Pour les seniors, la RATP s’engage à maintenir à plus de 15 % la proportion des salariés de 50 ans et plus en poste pendant la durée de l’accord et à recruter des seniors à hauteur d’au moins 1,2 % des recrutements statutaires/CDI.

    Y. G.

     

    SNCF Infra. A la recherche de profils techniques

    En Ile-de-France, la SNCF s’apprête à embaucher 900 personnes pour faire face
    à d’importants chantiers sur le réseau. L’entreprise cherche notamment des détenteurs
    de Bac Pro, CAP ou de BEP. A ses yeux, la motivation est un critère majeur de sélection, d’autant qu’une formation en interne est généralement proposée.

    L’époque est faste pour l’embauche en Ile-de-France, dans les transports au moins. SNCF Infra, la branche infrastructure du transporteur national, prévoit de recruter 900 personnes dans cette région pour l’année 2014. C’est presque la moitié du recrutement total sur l’ensemble du territoire national qui s’élève
    à 2 000 agents.
    Et cette tendance n’est pas nouvelle. Depuis trois ans, les recrutements sont en augmentation. De 880 embauches au niveau national en 2010, on est passé à 1 750 en 2011, 1 850 en 2012 et 2 100 en 2013. Pour les années à venir, la demande ne devrait pas fléchir, au regard des travaux qui sont prévus en Ile-de-France dans les prochaines années. SNCF Infra va ainsi investir un milliard d’euros pour améliorer le réseau francilien.
    Malheureusement, recruter ne va pas être facile pour SNCF Infra. « La situation de l’emploi est tendue dans notre domaine », explique Valérie Delpit, responsable de l’agence de recrutement des non-cadres pour l’Infra. La forte demande en particulier dans le domaine de l’ingénierie électrique crée une certaine pénurie. Car les autres entreprises comme EDF ou la RATP cherchent également à embaucher.
    Toutes tentent de séduire les candidats potentiels. SNCF Infra utilise des techniques classiques comme les petites annonces d’offres d’emplois, ou les rendez-vous d’une ou deux journées, comme ceux qui doivent se dérouler les 4 et 5 mars prochains à la Cité de la mode sur les quais de la Seine entre les ponts d’Austerlitz et Charles-de-Gaulle, côté gare d’Austerlitz.
    Plus moderne, la page Facebook dédiée au recrutement. Malgré la jeunesse du média, c’est presque devenu un classique qui permet un premier échange avant de diriger le candidat potentiel vers un grand rendez-vous comme celui de mars prochain. SNCF Infra pratique également la distribution de flyers en complément de ces journées d’embauches, à la sortie des gares proches par exemple.
    Pour certains postes, il n’existe aucune de formation spécifique. « On doit donc s’occuper de poursuivre une formation complémentaire en interne. Elle peut durer de 3 mois à 3 ans ! »
    Donc, plus que des diplômes, SNCF Infra s’attache à des prérequis. Bien sûr, il existe toujours des exceptions comme celle de ce boulanger, fraîchement diplômé de son CAP, qui doit se reconvertir après s’être découvert une allergie à la farine. Mais, dans l’ensemble, la SNCF cherche des candidats venant du bâtiment ou de l’industrie, tendance gros œuvre ou électrique, généralement détenteurs de Bac Pro, parfois de CAP ou BEP. « Tout est question de motivation. »
    Pour ne pas se tromper o tromper le futur candidat, la SNCF ne cache rien des contraintes liées à l’exercice des métiers pour lesquels elle recrute. Elle multiplie les films décrivant les gestes métiers, et les témoignages d’agents en poste, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. « Les agents travaillent le plus souvent dans un “bureau à ciel ouvert" », dit-on avec poésie à SNCF Infra. Et en horaires décalés le plus souvent, puisque la maintenance s’effectue majoritairement lorsque les trains ne circulent pas ou moins. Mais, en contrepartie, l’ambiance de travail est particulière la nuit. Les équipes sont plus soudées. Et surtout, SNCF Infra proposent notamment de véritables évolutions de carrières. Un argument qui s’adresse aux employés des sous-traitants dont les entreprises disposent d’une moindre grande visibilité à long terme. Des candidats qui ont l’avantage de bien connaître le milieu ferroviaire.

    Yann Goubin

     

    Trois postes difficiles à pourvoir

    SNCF Infra recherche des candidats pour une quinzaine de postes, principalement des opérateurs mais aussi des techniciens, des managers et quelques cadres, pour la maintenance et les travaux de la voie proprement dite, mais aussi de la caténaire, de la signalisation, électrique ou mécanique, de l’alimentation électrique, et des télécoms.
    Trois postes sont particulièrement difficiles à pourvoir : les opérateurs de signalisation électrique, les opérateurs de la caténaire, et les opérateurs d’installation de télécommunication. Si ce dernier est demandé sur le marché de l’emploi en général, les deux premiers sont propres au milieu ferroviaire, et sans formation spécifique.

     

    Transdev booste son GIE dédié à la formation

     

    Né en 2006 pour mettre en œuvre la politique formation du groupe, le GIE Transdev Formation sort renforcé de la fusion compliquée avec Veolia Transport (dont les campus mis en place continuent de travailler pour le groupe Veolia).

    Né en 2006 pour mettre en œuvre la politique formation du groupe, le GIE Transdev Formation sort renforcé de la fusion compliquée avec Veolia Transport (dont les campus mis en place continuent de travailler pour le groupe Veolia). L’équipe préexistante a vocation à s’occuper du nouveau centre de formation dont le périmètre d’intervention est multiplié par trois. Ses effectifs viennent d’être renforcés, passant, en janvier 2014, de sept à 19 au siège d’Issy-les-Moulineaux. Par ailleurs, dix formateurs interviennent localement dans les cinq antennes régionales de Transdev Formation. « Nous pensons que c’est un réel atout concurrentiel d’avoir un service de formation interne permettant de capitaliser sur nos savoir-faire internes. L’esprit étant “Transdev forme Transdev“, les experts du groupe sont sollicités pour organiser les sessions de formation », précise Béatrice Gelbmann, directrice de Transdev Formation.
    Car jusqu’à présent, le bilan est positif – en dépit de la période chaotique récente –, l’organisme est intervenu à trois niveaux : formation initiale en partenariat avec l’AFT de quelque 150 conducteurs par an au titre professionnel TPCTRIV ; formations obligatoires à la sécurité grâce à son agrément FCO (formation continue obligatoire) obtenu après formation de 150 formateurs ; actions de formation continue produite en interne. Avec sa nouvelle dimension, le GIE a également repris la formation informatique du groupe, la formation catalogue (une centaine de formations auxquelles on attend de 1 000 à 1 200 personnes). Au total, toutes formations confondues, Béatrice Gelbmann estime qu’en 2014, de 7 000 à 8 000 actions de formations seront réalisées par la structure qu’elle dirige. Quant au Grand Paris, dans la mesure où le groupe se positionne au niveau concurrentiel sur ce nouveau « débouché », « Oui, ça nous impacte, conclut-elle. On développe les compétences du personnel pour pouvoir avoir une vision nouvelle et innovante. » Mais on n’en saura pas plus, chut…

     

    C. N.

     

    Ingénieurs : l’opération séduction de la SNCF

    Tous les moyens sont bons pour se faire connaître. Pour la deuxième année consécutive,
    la SNCF lance son « Défi Ingénieurs ». Un concours qui permet à la fois à l’entreprise de faire connaître ses métiers à des étudiants et d’entrer en contact avec de nouveaux talents.

    Après le succès de son premier concours « Défi Ingénieurs », la SNCF récidive en lançant une deuxième version du site : les étudiants, jeunes diplômés et ingénieurs expérimentés intéressés par le monde ferroviaire peuvent s’y connecter pour mettre à l’épreuve leurs talents d’ingénieurs, dans l’espoir de remporter un des prix mis en jeu pour les 60 premiers du classement.
    Avec presque 3 000 utilisateurs inscrits fin janvier, la compétition s’annonçait rude pour tous les candidats du « Défi Ingénieurs saison 2 ». Le programme a pour objectif de repérer les ingénieurs en herbe intéressés par une carrière à la SNCF.
    Chaque année, l’entreprise en embauche 700. Non sans mal car les étudiants des grandes écoles ne pensent pas forcément spontanément à faire carrière à la SNCF. Ils seraient plus attirés par d’autres secteurs comme l’aéronautique ou l’automobile, ou par le privé réputé plus rémunérateur.
    D’où les efforts engagés par la Société nationale pour susciter de nouvelles vocations. Les épreuves, imaginées par ses ingénieurs, proposent dix situations auxquelles pourraient être confrontés les employés SNCF, du conducteur à l’architecte. Tests de logique, de physique, ou de mathématiques, les thématiques sont variées, la difficulté croissante. Plus de 90 % des inscrits ne dépassent pas la troisième étape.
    Pour ceux qui arriveraient au bout, le jeu peut en valoir la chandelle : du côté des récompenses individuelles, des iPad sont offerts pour les cinq premiers, des billets de train aller/retour au choix pour les suivants.
    Les candidats sont également classés selon leur formation : les cinq meilleurs joueurs des cinq meilleures écoles participeront à la grande finale, et tenteront de remporter leur place pour un « World Trip SNCF ». L’année dernière, 66 écoles d’ingénieurs avaient participé. C’est l’Estaca, la gagnante, qui avait pu envoyer cinq étudiants en Chine pendant 10 jours, à la découverte de la filiale Arep de la SNCF, qui a notamment participé à la création de la gare de Wuhan, au centre du pays.
    La SNCF joue donc sur la compétition entre les écoles d’ingénieurs et sur la motivation individuelle pour trouver de bons candidats, en faisant presque la promesse d’un poste important pour les vainqueurs. Les résultats devaient être connus le 16 mars à minuit.

    A. N.

     

     

    Un campus des métiers pour chaque région


    Pour valoriser l’enseignement professionnel et permettre aux entreprises de se rapprocher des futures recrues, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, et le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, ont lancé en octobre dernier les « campus des métiers et des qualifications ».
    Situés à Oyonnax-Bellignat (Ain), ces campus, au nombre de 12 pour l’instant, ont pour rôle de « regrouper les acteurs de la formation professionnelle autour d’une thématique industrielle qui a du sens au niveau régional ». Sont donc associés pour l’occasion des lycées professionnels ou polyvalents, des centres de formation supérieure, des laboratoires de recherche publics, ou encore des entreprises. Les thèmes abordés dans ces campus concernent des industries  comme l’aéronautique, le plastique, les énergies nouvelles, le bâtiment, ou le numérique. Selon le ministre de l’Education nationale, le but est de « susciter des synergies entre ces acteurs » et de lancer à terme un campus des métiers dans chaque région de France.

    A. N.

     

     

    L’engouement pour les chaires

     

  • C’est un des lieux de transmission du savoir : la multiplication des chaires ces dernières années montre un véritable engouement des universités pour cette formule. En particulier pour les chaires lancées en partenariat avec les entreprises.

  • C’est un des lieux de transmission du savoir : la multiplication des chaires ces dernières années montre un véritable engouement des universités pour cette formule. En particulier pour les chaires lancées en partenariat avec les entreprises. Elle traduit la volonté des universités de créer des liens plus étroits avec le monde des entreprises, avec lesquelles elles peuvent définir en commun des thèmes d’enseignement et de recherche. Ces chaires sont soutenues financièrement par une ou plusieurs entreprise pour plusieurs années (3 à 5 ans). C’est à la fois un facteur d’attractivité pour les universités et la possibilité de faire avancer la recherche sur des sujets variés. Pour les entreprises, c’est un moyen d’entrer en contact avec des étudiants, de se constituer des viviers de talents et de faire progresser l’innovation.
    Ce n’est donc pas un hasard si des lancements de nouvelles chaires sont régulièrement annoncés. Le groupe Eurotunnel et l’Ecole des Ponts ont ainsi présenté en septembre 2013 leur nouvelle chaire sur les « Sciences pour le transport ferroviaire ». Les thèmes portent sur l’évolution technologique de l’infrastructure, l’intelligence ferroviaire et la compréhension des phénomènes de massification. Pour ParisTech c’est l’occasion de faire avancer la recherche académique, avec le concours du groupe Eurotunnel et de son service Recherche & Développement.
    Une nouvelle chaire d’enseignements et de recherches a également été lancée en décembre 2013 par l’Ifsttar (l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) en association avec l’Ecole des Ponts ParisTech. Elle a pour objectif de faciliter la compréhension et la valorisation des liens entre infrastructures, services et territoires. Y sont également associées la SNCF et l’Université Paris-Est-Marne-la-Vallée.
    Parmi d’autres, on peut aussi citer la chaire « Captage, Transport et Stockage du CO2 » (CTSC). Issue de l’association de l’école des Mines ParisTech, de l’école des Ponts et de l’université du Havre, elle a pour partenaires EDF, GDF Suez, Air Liquide, Lafarge, Total, et la ville du Havre. En cours de cinquième année, les thèmes de recherche traités sont le captage, le transport, et le stockage à long terme du CO2, l’économie carbone, et l’intégration de ces recherches dans l’industrie, le territoire et la société de la région du Havre.
    Enfin, le groupe Sup de Co de La Rochelle a lancé un Institut de la responsabilité sociétale et de l’innovation (IRSI). En partenariat avec Réseau ferré de France, il doit encore durer deux ans. L’IRSI a pour objectif de cerner les besoins des logisticiens français, et de proposer des solutions de report modal efficaces et attractives. Le volet « Développement Durable » est lui aussi mis en avant par les organisateurs. L’IRSI a également noué un partenariat avec VNF (Voies navigables de France) dans le but de valoriser le transport multimodal.

    A. N.

     

    Les apprentis du Muret travailleront sur un car de Keolis

    C’est une initiative originale que celle de Keolis Garonne, installé à Mazères, à une soixantaine de kilomètres au sud de Toulouse, dans l’Ariège, à quelques kilomètres de la Haute-Garonne. Début décembre, cette filiale du groupe de transport public, a vendu pour un euro symbolique – autant dire donné –, un car à l’Ecole supérieure des métiers (ESM) de la Chambre des métiers de Toulouse-Muret.
    « A la rentrée scolaire, nous avons embauché un apprenti qui effectue la partie théorique de sa formation de CAP Maintenance véhicules industriels dans ce lycée professionnel », explique Franck Esteban, directeur de Keolis Garonne. Pour se faire la main, les élèves disposaient de divers véhicules industriels, mais d’aucun car de transport. « C’est notre chef d’atelier qui a eu l’idée de donner ce bus. Ensemble, nous avons contacté l’ESM, poursuit Franck Esteban. C’est un car qui avait une quinzaine d’années. Au regard des critères de l’entreprise, c’est le moment où nous nous en séparons. Nous aurions pu le revendre sur le marché de l’occasion à l’étranger. Mais, en accord, avec la direction au siège, nous avons fait le choix d’une seconde vie dans l’enseignement. C’est gratifiant pour les élèves mais aussi pour nous. » Car si l’opération ne rapporte rien financièrement aujourd’hui, c’est un investissement sur l’avenir professionnel des élèves de l’Ecole en général, et de l’apprenti recruté par Keolis Garonne en particulier.
    D’ailleurs, au-delà de cette « vente », Keolis Garonne a tissé des liens avec l’ESM. L’entreprise sera présente aux prochaines portes ouvertes, et Franck Esteban envisage une intervention ponctuelle de quelques heures au cours desquelles son chef d’atelier apporterait un éclairage particulier sur la maintenance des véhicules de transports de voyageurs.

    Y. G.

     

    Les apprentis du BTP sont mobiles

    C’est l’une des principales conclusions de l’étude du Comité de concertation et de coordination de l’apprentissage du BTP (CCCA-BTP) réalisée l’année dernière en ligne auprès de 63 000 apprentis du secteur, dont plus de la moitié est en CAP. Presque six apprentis sur dix (57 %) se disent prêts à changer de région pour trouver un travail, et 46 % seraient disposés à partir à l’étranger.
    L’étude présentée en septembre dernier met en exergue d’autres caractéristiques : 97,5 % des apprentis sont de sexe masculin, et 65 % d’entre eux ont un membre de leur famille qui travaille ou a travaillé dans le secteur du BTP. Par ailleurs, huit sondés sur dix vivent encore chez leurs parents, ce qui explique que les deux tiers d’entre eux se soient dirigés vers l’apprentissage dans l’optique de toucher un salaire. Il y avait 435 000 apprentis en France fin 2012, un chiffre que François Hollande dit vouloir amener à 500 000 en 2017.

     

    Master Turp. Un enseignement axé sur l’organisation et la gestion du transport urbain

    Le Grand Paris Express ? Autant le dire tout de suite, le master 2 Turp, chapeauté par l’Université Lumière Lyon 2 et l’ENTPE, n’a pas modifié son programme pour le projet. « Si ce n’est au travers des problématiques traitées en général, qu’on retrouve dans toutes les grandes agglomérations, et bien que le projet francilien soit différent par sa taille et son ampleur, explique son responsable, Patrick Bonnel.

     

    Le Grand Paris Express ? Autant le dire tout de suite, le master 2 Turp, chapeauté par l’Université Lumière Lyon 2 et l’ENTPE, n’a pas modifié son programme pour le projet. « Si ce n’est au travers des problématiques traitées en général, qu’on retrouve dans toutes les grandes agglomérations, et bien que le projet francilien soit différent par sa taille et son ampleur, explique son responsable, Patrick Bonnel. C’est peut-être une des marques de fabriques du Turp que d’apporter une compétence forte sur l’organisation et la gestion du transport urbain de voyageurs en s’assurant de toujours le replacer dans une perspective plus globale des déplacements, de la complémentarité entre les modes et de la complémentarité-concurrence avec la voiture particulière. » Qui sont précisément les problématiques du Grand Paris Express…
    Il est vrai que les projets de transports quand il s’agit d’axes lourds sont systématiquement des projets de territoires, et qu’il n’est donc pas superflu d’être au moins sensibilisé à l’aménagement du territoire, à l’aménagement urbain, à l’urbanisme… C’est d’autant plus facile que la provenance des étudiants est schématiquement la suivante : un tiers ont une formation d’urbaniste, un tiers sont des économistes et un tiers des ingénieurs. « Ce mélange des cultures et des approches facilite les échanges de compétences et de méthodes de travail au sein d’une promotion. C’est aussi une façon de s’habituer au marché du travail », poursuit Patrick Bonnel.
    La 22e promotion sortira cette année et les débouchés restent identiques d’une année sur l’autre. Trois grands points de chute – concernant quelque 95 % des diplômés : à peu près 40 % d’entre eux intègrent des entreprises de transports urbain, départemental ou régional (autocaristes), « pour les deux tiers dans l’urbain » ; environ un quart ira travailler au sein d’une collectivité locale et un tiers en bureau d’études. En termes de métiers, il s’agira majoritairement de marketing et études ; d’exploitation, gestion et méthode ; plus marginalement de RH ou de direction de groupe. Parmi les anciens célèbres, on peut notamment citer Aurélien Braud, le directeur marketing France de Keolis.
    Le programme est-il adapté aux besoins du marché ? Le master n’a pas à coller aux besoins immédiats, il lui faut plutôt anticiper et évoluer « par petites touches permanentes ». « Il faut former avec des bases solides, qui restent les mêmes, explique le responsable. Cet enseignement développe une capacité d’analyse permettant d’évoluer dans les métiers en fonction des besoins. » Par ailleurs, chacun des 24 étudiants effectuera un stage de 4 à 6 mois chez un employeur potentiel. « Le contact avec le maître de stage, notamment lors de la soutenance nous permet d’être au diapason. » De plus, le responsable du master, qui est également directeur du département Transport de l’ENTPE et chercheur, maintient des contacts réguliers avec entreprises et collectivités, ne serait-ce que grâce aux RNTP et au Salon Européen de la Mobilité. Et là il y a malheureusement une injustice selon les promos : compte tenu des calendriers des manifestations, une promo sur deux ira aux deux rencontres, une sur deux n’aura rien du tout !

    C. N.

     

    Trois questions à Françoise Manderscheid,
    directrice du Mastère Systèmes de transports ferroviaires et urbains,
    de l’Ecole des Pont ParisTech

     

    Ville, Rail & Transports. Quels sont actuellement les principaux débouchés des diplômés du Mastère ?
    Françoise Manderscheid. Il faut savoir qu’en fait, sur une promotion moyenne d’environ 35 élèves par an, nous en avons les deux tiers qui sont en poste chez nos partenaires professionnels – RATP, SNCF, RFF, Alstom, Bombardier, Ansaldo STS, Siemens, Systra, etc. Par conséquent, ce sont des ingénieurs qui ont de quatre à dix années d’expérience, mais qui sont en général spécialisés dans un domaine, par exemple les systèmes de signalisation ferroviaire comme le CBTC ou l’ERTMS, à qui nous offrons une vision plus large du système de transport dans son ensemble (génie civil, dimensionnement des infrastructures, tracé de la ligne, choix du matériel), de façon à ce qu’ils maîtrisent les interfaces entre tous les sous-systèmes que sont le contrôle-commande, l’infrastructure, la signalisation, le matériel roulant… Le dernier tiers sort d’écoles d’ingénieurs et vient se spécialiser et nous avons aussi quelques élèves sortis de la 3e année de l’Ecole de Ponts, de l’ENTPE, ou de Polytechnique qui viennent en préprofessionnalisation, envoyés par le ministère des Transports. Actuellement, nous savons qu’il y a d’importants besoins chez les spécialistes de signalisation ferroviaire, métro automatique, ERTMS et dans les bureaux d’études comme Egis, Setec ou Systra. Nous constatons que beaucoup de nos élèves changent de poste dans l’année qui suit leur diplôme et une partie non négligeable, 20 à 25 %, part à l’international.

    VR&T. Comment faites-vous pour être sûre de coller aux besoins des entreprises ?
    F. M. Grâce aux onze entreprises de notre comité de pilotage, qui a été présidé pendant trois ans par Yves Ramette, alors à la RATP, et depuis 2012 par Eric Cazeaux, le directeur de Siemens Mobility. C’est ainsi que nos choix pédagogiques ont notamment été réorientés en remplaçant dans l’intitulé du nom du Mastère, le terme « guidés » par « urbains » en partant du constat que l’urbain c’est 60 % du marché. Nous avons aussi renforcé les questions de gestion des circulations en zone urbaine dense, de création de lignes métro, tramway et BHNS ou encore de commandement unifié de la ligne B. Et nous intégrons maintenant le « tram aérien », dont on ne parlait pas du tout il y a cinq ans, sous forme d’un cas pratique.

    VR&T. Comment vous préparez-vous au défi des travaux du Nouveau Grand Paris ?
    F. M. Le mastère date de 2008 et l’on a intégré la problématique Grand Paris dès 2009 à propos de la révision du schéma directeur de la région Ile-de-France. Ensuite, nous avons eu une conférence de Pascal Auzannet, avant la création de la SGP, puis de Marc Véron, d’Etienne Guyot… sachant que par ailleurs, Sophie Mougard, directrice générale du Stif, intervient chaque année. Enfin, nous avons Umberto Pisu, responsable du pôle Systèmes et sécurité à la SGP, qui dispense plusieurs cours sur l’ingénierie, les choix techniques et technologiques. D’autres intervenants, notamment de la RATP, parlent des modes d’exploitation, des contrats de génie civil, du dimensionnement des tunnels et des tunneliers, ou encore de la conception des gares ou des différents types de sites de maintenance et de remisage. Enfin, nous demandons systématiquement à nos élèves d’assister à des réunions publiques sur le projet. Finalement, nous avons déjà au moins 3 ou 4 anciens à la SGP, sans compter tous ceux qui travaillent sur ces futurs 200 km de métro, dans les cabinets d’études et d’ingénierie.

    Propos recueillis par Cécile NANGERONI