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  • Elections municipales : ce que pèsent les transports

    Elections municipales : ce que pèsent les transports

    Nouveaux outils et nouvelles compétences pour les élus

     

    La politique tarifaire à la rescousse

    Augmenter les tarifs des transports publics, c’est une des idées fortes portées depuis quelque temps déjà par l’Union des transports publics (UTP), désormais rejointe par le Groupement des autorités responsables des transports (Gart). Les deux organisations ont effectué l’année dernière un tour de France des régions pour dresser un panorama des transports publics. Principale conclusion : les coûts flambent alors que les moyens financiers pour continuer à mener des politiques de mobilité reculent.
    D’où cette volonté non seulement de maîtriser les dépenses, mais aussi de revoir la politique tarifaire puisque la contribution des usagers aux coûts du transport public est de l’ordre de 17 % en moyenne. En France, où la tendance est de faire payer les contribuables, les élus sont donc en train de revoir leur façon de penser. Il s’agit d’un véritable arbitrage politique puisque quelques agglomérations font le choix de la gratuité. Mais ce choix est forcément le fait d’agglomérations de petite ou moyenne tailles, fait-on remarquer au Gart, les plus grandes n’en ayant pas les moyens.
    Pour faire passer une hausse des prix, qui paraît à beaucoup inéluctable, les élus envisagent notamment de suivre les exemples de Dunkerque, Rennes ou encore Grenoble qui ont lancé une tarification sociale, permettant de mieux adapter les tarifs aux moyens financiers des usagers. Ils peuvent aussi décider de réformer totalement les principes de tarification en appliquant la tarification liée à la consommation réelle ou le postpaiement. Pour Bruno Faivre d’Arcier, professeur à l’université Lyon II, « on peut même se poser la question de savoir s’il est pertinent de conserver les abonnements ».
    Les nouveaux élus ne devraient pas pouvoir échapper à ces débats lors de la prochaine mandature.

    M.-H. P.
     

    Le levier du versement transport

    Impopulaire et peu politiquement correct à aborder en période préélectorale, la question d’une hausse du versement transport n’est pas sous les feux de l’actualité récente, mais ce n’est pas faute de l’avoir été durant les trois dernières années, principalement sur le thème d’un éventuel élargissement, en particulier géographique. « Je pense qu’on a jugé qu’il n’était pas pertinent ou opportun de faire des déclarations à ce sujet, vu qu’il y a un rapport d’une étude réalisée par le CGEDD qui n’a jamais été rendu public… », constate un observateur du secteur. D’ailleurs, ce VT regardé avec les yeux de Chimène par nombre de nos voisins voit son produit croître chaque année : +5,8 % entre 2011 et 2012 selon L’année 2012 des Transports Publics du Gart, et de plus de 54 % sur les dix dernières années, soit une hausse moyenne de 4,4 % l’an.
    Près de 6,9 milliards d’euros ont ainsi été collectés en 2012 auprès des employeurs (entreprises et collectivités de plus de 9 salariés) par 236 autorités organisatrices (et 5 syndicats mixtes SRU qui prélèvent un VT additionnel), avec un rendement moyen de 74 euros par habitant (72 euros en 2011) une fois le VT rapporté au taux de 1 %. En 2012, 60 % des AOTU ont fixé son taux au plafond – contre 76 % l’année précédente –, une quarantaine d’entre elles ayant augmenté leur prélèvement. C’est le cas de la quasi-totalité des 25 agglos de plus de 400 000 habitants qui ont un TCSP en service. Par ailleurs, en 2013, 75 AO ont utilisé la majoration de 0,3 point pour TCSP et 53 ont opté pour celle de 0,2 point concernant les communes touristiques, deux possibilités introduites par la loi en 2010. Bref, les marges de manœuvres qui subsisteront pour les nouveaux élus ne seront certes pas immenses, mais tout de même bien réelles.
    A noter toutefois les données clés de l’étude menée par 2B2P Conseil et cofinancée par le Gart et la SNCF en 2013, dans le but d’évaluer les possibilités de création d’une contribution régionale (additionnelle ou interstitielle). On y apprend que le VT touche 64 % de l’emploi salarié, les sociétés et administrations étant redevables en moyenne d’une taxe correspondant à 1,56 % de la masse salariale. Ou encore qu’il correspond à 7,7 % en moyenne du total des impôts, taxes et versements assimilés des employeurs. Cette dernière donnée permet mieux de comprendre les cris d’orfraie du Medef à la moindre évocation d’un changement… Libres aux nouveaux élus, s’ils le souhaitent, d’augmenter les taux de VT dans les périmètres urbains où cela reste possible, soit 40 % d’entre eux. Mais il paraît plus prudent de miser sur une hausse « naturelle » du produit du VT, si la reprise économique permettait aux entreprises d’embaucher par exemple… Ce que certains économistes prévoient, et ce que confirme le baromètre annuel de L’Usine Nouvelle réalisé auprès de 100 grandes entreprises, qui affirment leur intention de créer 140 000 emplois en 2014. Une sur trois ajoutant recruter davantage qu’en 2013.

    C. N.

     

    Bientôt la décentralisation du stationnement

    Depuis des années, les maires attendent avec impatience un texte qui leur permette de décider de la politique de stationnement dans leur ville. C’est quasiment chose faite. Le 19 décembre, les députés et les sénateurs ont définitivement adopté le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (Mapam), qui prévoit notamment la décentralisation et la dépénalisation du stationnement.
    Aujourd’hui, en cas de non-paiement du stationnement sur la voirie, l’amende de 17 euros qui s’applique est uniforme sur tout le territoire (entre 1986 et le 1er août 2011, elle était de 11 euros). Un montant jugé peu dissuasif : en moyenne, 35 % des automobilistes paient leur stationnement. Demain, avec la nouvelle loi, les élus vont pouvoir fixer à la fois le prix du stationnement et celui de l’amende.
    Selon la commission stationnement du Gart, il faudra sans doute deux ans environ, après la promulgation de la loi, pour que les nouvelles dispositions soient appliquées. Ce sera donc l’un des chantiers à lancer pour les nouveaux élus : la définition de leur future politique de stationnement. Quelle tarification mettre en place, voire quelles nouvelles règles de tarification imaginer ? Pour quoi faire ? Comment l’articuler avec les autres modes de transport pour mener une politique globale des déplacements ? Quelles technologies de paiement adopter ? Autant de questions que les élus locaux devront apprendre à régler.
    Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective qui a publié fin décembre un rapport sur l’organisation du stationnement en ville préconise de la concevoir à l’échelle de l’agglomération dans un souci de cohérence et d’efficacité.

    M.-H. P.

     

    Le péage urbain, pas encore dans le moeurs

    En Europe, Londres, Stockholm, Milan mais aussi Riga, ont instauré un péage urbain. En France, on en parle depuis plus de dix ans, On a fini par adopter une loi en juin 2010, à l’instigation du sénateur UMP des Alpes-Maritimes Louis Nègre, permettant aux agglomérations de plus de 300 000 habitants de le tester. On est content ! Car depuis, pfut ! Plus rien… Retrouver les déclarations du passé peut même faire sourire. Ainsi en 2007, Michel Destot, le maire (PS) de Grenoble depuis 1995, ne cachait pas son penchant pour cette taxe urbaine dans « sa » ville, « A titre personnel, j’y suis plutôt favorable », nous confiait alors celui qui était président du Gart. « Je pense que le maire téméraire, qui oserait l’instaurer, risque de payer très cher les conséquences de son courage. »
    Sans doute une des raisons pour lesquelles il s’est bien gardé de remettre le sujet sur la table entre 2008 et 2014… D’ailleurs, c’était bien pratique, on attendait que la loi le permette. Une fois cette question résolue mi 2010, le même Michel Destot s’exprimant en tant que président de l’Association des Maires de Grandes Villes de France (AMGVF), était plus modéré. Voyant dans ce « droit à l’expérimentation » un dispositif supplémentaire au service de la mobilité urbaine, il ajoutait que le péage ne devait « pas être socialement discriminant » et qu’il nécessitait en préalable « le développement de transports alternatifs au service des populations concernées ».
    Un garde-fou qui a d’ailleurs été prévu par la loi puisque seules sont concernées les agglomérations volontaires de plus de 300 000 habitants et que ledit péage ne peut être instauré qu’après enquête publique et uniquement s’il existe déjà un minimum d’infrastructures de transports en commun. Son promoteur, Louis Nègre, expliquait aussi qu’il n’était « pas une contrainte, mais une liberté nouvelle qui est donnée aux collectivités territoriales volontaires. Aucune des villes européennes qui l’ont adopté n’est revenue sur son utilité malgré les alternances politiques qui ont eu lieu par la suite ». En France en tout cas, on attend encore qu’une métropole se décide…
    Et de toute façon, avec la décentralisation et dépénalisation du stationnement, les édiles pourront moduler le prix du stationnement et de la redevance de postpaiement pour les automobilistes « étourdis » – de plus en plus cher à l’approche du cœur de ville – de telle sorte qu’il s’agira ni plus ni moins d’une forme de péage urbain…

    C. N.

     

    Les plus-values foncières séduisantes mais au point mort

    Evoquée de longue date et instaurée par la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010, la captation de la plus-value foncière et immobilière qui serait le résultat de l’arrivée d’un nouveau mode de transport en site propre est dans la pratique restée au point mort. Pour la simple et bonne raison que les décrets d’application n’ont jamais été publiés ! Mais Bercy y travaille, paraît-il… En théorie, l'AO définirait le périmètre de perception, qui ne pourrait excéder 1 200 m autour d'une station de transports collectifs créée ou d'une entrée de gare ferroviaire. Le commentaire du Gart au moment du vote de la loi était donc prémonitoire. Même si l'institution d'une taxe destinée à rendre à la collectivité une fraction de la valeur ajoutée dont les investisseurs immobiliers ont bénéficié suite à un investissement public était jugée « séduisante » par les élus. Le groupement d’élus jugeait en effet la disposition comme « un système complexe dont on comprend bien la finalité mais qui devrait poser des problèmes dans sa mise en œuvre »…

    C. N.
     

    Dans l’attente de l’écotaxe nouvelle formule

    Après le haro lancé contre l’écotaxe l’année dernière, qui a entraîné en octobre sa suspension, la parole est passée à la défense. Et même à ceux qui s’en font d’ardents partisans. On peut compter parmi eux le Groupement des autorités responsables des transports (Gart), qui s’inquiète de la situation économique des transports publics et réclame des moyens financiers pérennes pour financer leurs projets de mobilité.
    C’est en effet en partie grâce à l’écotaxe que les infrastructures de transport devaient être financées à l’avenir. Il était ainsi prévu que la redevance payée par les camions de plus de 3,5 tonnes empruntant 15 000 km du réseau routier gratuit rapporte quelque 1,15 milliard d’euros. 750 millions devaient aller à l’Etat (reversés à l’Agence de financement des infrastructures de France, Afitf), 150 millions aux collectivités, et le reste à Ecomouv’ qui collecte les sommes et gère le système.
    La publication du résultat du troisième appel à projets TCSP (transports en commun sur site propre) lancé en mai 2013 par le gouvernement est ainsi bloquée faute des financements que devait apporter l’écotaxe. Le gouvernement a beau affirmer travailler pour proposer des ressources de substitution, les nouvelles solutions se font ardemment désirer.
    Il faudra sans doute attendre les conclusions de la commission d'enquête sénatoriale, créée à l'initiative du groupe socialiste, pour analyser « les modalités du montage juridique et financier et l'environnement du contrat retenu in fine pour la mise en œuvre de l'écotaxe poids lourds ». Une fois que les élections municipales seront passées, le gouvernement pourra proposer des aménagements à cette taxe en tenant compte des suggestions sénatoriales pour la remettre sur les rails. On pourrait aussi la rebaptiser en lui donnant l’appellation peut-être plus acceptable – ou peut-être plus juste – de redevance d’utilisation d’infrastructures, comme le suggèrent certains économistes ?

    M.-H. P.
     

     

    Marseille : des marges de manœuvre réduites

    A Marseille, les priorités des candidats aux élections municipales sont dictées par
    la nécessité de combler les retards en matière de transports urbains : prolongation du métro et du tramway, et création de lignes de BHNS. Avec, en perspective, la création
    de la métropole Aix-Marseille.

    Le chantier est de taille. Il est même un axe essentiel de la métropole Aix-Marseille qui verra le jour le 1er janvier 2016. En décembre dernier, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a souligné dans un rapport que « si l’accès aux transports publics au sein de la ville de Marseille est plutôt élevé », et cela avec seulement deux lignes de métro et deux de tramway, la longueur de ces lignes « est courte si on la compare à des villes comme Barcelone, Stockholm ou Rotterdam, ou à des villes françaises comme Lyon, Lille, Toulouse et Bordeaux ». Selon l’UTP, le nombre de kilomètres offert par habitant est inférieur de 25 % par rapport à ces quatre métropoles françaises.
    Depuis 2008 pourtant, trois kilomètres de lignes de TCSP supplémentaires ont été réalisés. Les travaux en cours d’une troisième ligne de tramway vers le sud préfigurent par ailleurs la réalisation d’un axe de TCSP nord-sud et la création de trois lignes de BHNS a été actée par la communauté urbaine.
    De plus, dans son « Plan d’action pour Aix-Marseille » de près de trois milliards d’euros pour les transports, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé en novembre 2013 le soutien de l’Etat pour la prolongation du métro vers le nord et vers l’est, l’aménagement de la station de métro Saint-Charles (où une gare souterraine de 2,5 milliards doit être réalisée) ainsi que le prolongement de la troisième ligne de tramway. Dans le cadre du troisième appel à projets de TCSP, le Premier ministre a même réservé à la métropole « une contribution exceptionnelle de l’Etat à hauteur de 60 millions d’euros ».
    Dans ces conditions, les marges de manœuvre des candidats sont étroites. Et c’est sans doute pourquoi ils tardaient à dévoiler leurs programmes.
    Patrick Mennucci, future tête de liste du PS, ne devait le faire que le 23 janvier. Mais ses propositions en matière de transports étaient toutes tracées : celles du plan de Jean-Marc Ayrault, avec également la création de plusieurs milliers de places de parkings relais (2 700 seulement aujourd’hui) et l’augmentation du cadencement des trains entre la gare Saint-Charles et Vitrolles (où un transport automatique vers l’aéroport de Marignane sera étudié).
    Au début du mois de janvier, Patrick Mennucci espérait que le candidat d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), Karim Zéribi, rejoindrait sa liste dès le premier tour. Président de conseil d’administration de la Régie des transports de Marseille (RTM), Karim Zéribi est en effet proche des axes du plan Ayrault pour les transports. Ses priorités sont « un plan d’investissement permettant de prolonger le métro vers l’hôpital Nord » et le prolongement du tramway vers les pôles universitaires et l’est de la ville. Selon le candidat EELV, « il y a urgence à agir avec un plan d’investissement réunissant la ville de Marseille, la communauté urbaine, le conseil général, le conseil régional et l’Etat avec les mêmes priorités s’articulant autour du métro, du tramway, du BHNS mais également du ferroviaire ». Et il estime que « cela passe par un syndicat mixte des transports puissant ».
    La marge de manœuvre est sans doute encore plus étroite pour l’UMP Jean-Claude Gaudin qui ne devait dévoiler son programme que durant la deuxième quinzaine de janvier. Le maire sortant, qui ne dirige plus la communauté urbaine depuis 2008, est à l’origine de la prolongation du métro et de la création du tramway. Mais l’opportunité de l’une et le tracé de l’autre ont souvent été critiqués. Il est accusé d’immobilisme par ses adversaires mais revendique une transformation urbaine du centre-ville, grâce au tramway. Jean-Claude Gaudin va donc devoir « circuler » entre un bilan contesté, des objectifs trop proches de ceux de ses adversaires qui souligneraient du même coup ses responsabilités dans les retards des transports à Marseille, et des innovations dont il ne serait pas totalement maître, même en tant que maire, au sein de la future métropole.
    Enfin, silence radio chez Stéphane Ravier en matière de transports. Le candidat du Front national que les sondages placent au second tour dans une triangulaire face aux candidats UMP et PS, prend son temps mais devrait jouer les trouble-fête. Sinon en matière d’innovations, du moins en appuyant là où ça fait mal : la responsabilité de ses adversaires dans la situation actuelle.

    José SOTO

     

    Lyon : une dernière polémique sur le métro avant l’arrivée de la Métropole

    Vu de droite ou de gauche, un métro entre les gares de Saint-Paul et Part-Dieu coûte
    entre 500 millions et un milliard d’euros. En attendant, la nouvelle donne institutionnelle
    va renforcer le rôle d’AOT du Sytral.

    Grand classique des « transports » des campagnes des municipales à Lyon, gauche et droite s’affrontent sur le métro. L’enjeu : l’extension du réseau avec un débat qui, cette année, semble se crisper sur le projet de ligne de métro entre les gares Saint-Paul et Part Dieu. Un projet de 3,2 kilomètres promis par le candidat Michel Havard (UMP) et estimé à moins de 500 millions d’euros : « c’est l’équivalent de l’extension du métro à Oullins, soit 1,7 km, qui vient d’être construite pour 220 millions d’euros », plaide-t-il en précisant : « Le financement de ce projet ambitieux pour l’avenir de Lyon sera lissé sur deux mandats. »
    Pour Gérard Collomb, le projet de métro coûterait le double en raison du creusement sous la Saône et le Rhône. Surtout, son coût élevé supprimerait la capacité d’investissement pour d’autres projets. Selon Gilles Vesco, en charge des mobilités douces, la ligne de bus passant par le tunnel de la Croix-Rousse fait très bien l’affaire. En attendant le projet de tram-train Saint-Paul – Part Dieu dont le tracé reste à définir dans la Presqu’île.
    A gauche, un seul projet de métro devrait voir le jour, celui de l’extension d’Oullins aux Hôpitaux-sud d’ici à la fin du mandat en 2020. C’est le fonctionnement du métro dès 2014 qui a la priorité du maire candidat à sa succession : « nous allons reformater le réseau, les lignes centrales et réorganiser les rames pour accueillir plus de voyageurs aux heures de pointe, ça coûtera 400 millions d’euros », souligne Gérard Collomb. En plus des 200 millions pour le renouvellement du matériel roulant TCL en surface, y compris pour les lignes fortes A7 et A8, inscrites au PDU 2005, destinées à desservir un axe nord-sud par l’est de l’agglomération.
    Dans une campagne électorale qui tarde à démarrer, un trublion devrait faire son apparition : le téléphérique, pas cher et écolo. La droite imagine un plan ambitieux pour équiper la ville aux deux collines, la gauche se contenterait d’une ligne « expérimentale ». « Le téléphérique est séduisant, mais peu de riverains sont prêts à le voir passer sous leurs fenêtres », prévient Gérard Collomb.
    Mais le changement le plus notable concerne la création de la Métropole de Lyon à partir du 1er janvier 2015. Mini-impact électoral, mais maxi-impact institutionnel : le Sytral, jusqu’alors présent sur l’agglomération lyonnaise, changera de taille pour devenir l’AOT commune aux deux collectivités Métropole (actuel Grand Lyon) et nouveau département du Rhône institués par la nouvelle loi qui autorise la fusion des compétences du Grand Lyon et celles du département sur le territoire de la Métropole.
    « Le Sytral va gérer l’ensemble des transports sur le territoire du Rhône et assurer une meilleure complémentarité entre transports urbains et non urbains », résume Arabelle Chambre-Foa, DGA en charge du dossier Métropole au Grand Lyon.
    A ses compétences actuelles (infrastructures et exploitation), le Sytral ajoutera donc celles du Syndicat Mixte des transports du Rhône créé en juillet 2013. Soit un réseau des cars du Rhône comprenant 42 lignes régulières, deux lignes express, plus de 320 lignes scolaires et 16 secteurs ruraux/périurbains de transport à la demande.
    Deux choses ne changeront pas : d’une part, les compétences Déplacements de la Métropole qui héritera de celles du Grand Lyon aujourd’hui (mobilité intelligente, autopartage électrique, modes doux, Vélo’V avec un nouveau contrat en 2017, etc.) ; d’autre part, le Syndicat Mixte de Transport (billettique, covoiturage, information voyageurs) du Conseil Métropolitain regroupant quatre intercommunalités afin de simplifier les déplacements urbains et régionaux avec les TER.

    Claude Ferrero

     

    Bordeaux : désaccords sur l’après-tramway

    Si 2014 est une année clé pour la ville qui va préparer le changement de DSP,
    les transports ne suscitent pas pour le moment de grands débats dans la campagne,
    hormis le choix du ou des modes à adopter pour l’après-2017, date à laquelle s’achèvera
    la troisième phase du tram.

    Le 10 décembre dernier, le maire UMP de Bordeaux Alain Juppé a déambulé plusieurs heures dans le tramway pour fêter les dix ans et le « plein succès » de cet équipement novateur à l’époque par son alimentation électrique par le sol. Pour autant, les transports en commun ne semblent plus être le cheval de bataille de celui qui a été réélu avec 56,6 % des voix en 2008. Donné en janvier encore une fois favori des sondages avec 59 % au premier tour, soit deux fois plus que Vincent Feltesse, son challenger socialiste et actuel président de la Cub (communauté urbaine de Bordeaux), il n’est pas très offensif sur le sujet. « Le programme du maire sortant sur les questions de transports n’est pas encore connu », dénonçait ce dernier mi-janvier. Mais celui qui a été élu plusieurs fois maire de Bordeaux depuis 1995 s’offre le luxe de préconiser une hausse des tarifs dès 2014 sur le réseau TBC (tram et bus de la Cub), que Vincent Feltesse ne juge pas « inéluctable ».
    Aujourd’hui, Bordeaux peut se targuer de posséder l’un des plus importants réseaux de tramway de France, avec trois lignes et 45 km (77 km à l’issue de la troisième phase qui démarre et se terminera en 2017). Elle dispose d’un réseau favorisant l’intermodalité avec des lignes de bus performantes (dont trois lignes Lianes avec la priorité aux carrefours), des vélos en libre service VCub, des navettes fluviales Batcub intégrées au réseau et depuis peu des Bluecub, voitures électriques développées par Bolloré.
    Mais le réseau de tramway arrive à saturation. Sa fréquentation a largement dépassé les prévisions, contrairement à sa vitesse commerciale qui reste insuffisante : 18 km/h contre 21 km/h prévus. Par ailleurs, le réseau de transports en étoile, conjugué à une faible densité, rend difficiles les déplacements de périphérie à périphérie, dans une agglomération de 726 000 habitants en pleine croissance démographique.
    Les trois premières phases du tramway ont fait l’objet d’un consensus au sein de la Cub, mais la suite semble plus conflictuelle. Pas sur les corridors à desservir en TCSP, définis par l’agence d’urbanisme dans le schéma directeur d’orientation des déplacements métropolitains (SDODM) : desserte de la rive droite et bouclage en TCSP avec la rive gauche, liaison aéroport – gare Saint-Jean, desserte Saint-Médard – Bordeaux centre et Gradignan – Talence Campus – Bordeaux CHU. En revanche, les modes à employer ne font pas l’unanimité. « Le maire de Bordeaux promet le tramway aux maires de la Cub issus de son groupe politique, alors qu’une approche budgétaire plus cohérente doit favoriser des solutions de type BHNS, en lien avec les densités de population moins fortes en dehors de la ville centre », soutient Vincent Feltesse. « Alain Juppé est favorable à une desserte de la rive droite en tramway, qui va croiser la ligne A en perpendiculaire. Or cela va rajouter à la congestion des lignes du centre », met en garde de son côté Mickaël Baubonne, président de l’association Horizons Bordeaux.
    Mais Alain Juppé n’a pas que le tramway en tête. Il expliquait en décembre au journal Sud-Ouest être attaché au développement des transports en commun avec « des dessertes irriguant parfaitement le territoire. […] La solution passe, naturellement, par des TCSP : le tram bien sûr mais aussi les BHNS qui ont l’avantage d’être moins coûteux à mettre en œuvre pour des lignes à moindre fréquentation, indiquait-il. Je pense qu’il faut jouer sur la complémentarité des moyens de transport : tram/train, tram/BHNS et tram/réseau de bus. » Pour la connexion aéroport – centre-ville, il hésite entre prolongement du tram et système rapide type VAL automatique. Et pour la liaison aéroport – gare, il évoque un TCSP utilisant le chemin de fer de ceinture.

    Catherine Sanson-Stern

     

     

     

     

    Strasbourg : un projet de contournement routier qui divise

     

  • Le grand contournement ouest alimente la campagne strasbourgeoise : les Verts farouchement opposés reprochent au maire PS sortant d’avoir rallié la cause de ce projet routier soutenu par l’UMP… qui pour sa part n’y voit qu’une manipulation électorale.

  • La relance du projet de Grand contournement ouest (GCO), annoncée par l'Etat le 21 novembre 2013, a bousculé l'alliance politique entre les socialistes et les Verts, qui dirigent ensemble la ville de Strasbourg depuis 2008. Roland Ries, maire (PS) sortant et candidat à sa propre succession, était pourtant un fervent opposant à cette autoroute de 24 kilomètres depuis 2008, date de sa déclaration d'utilité publique. « Le GCO est une mauvaise réponse à une bonne question », n'a-t-il cessé de répéter. En juin 2012, il s'était même réjoui du retrait de Vinci, concessionnaire désigné de ce projet à 750 millions d'euros, bloqué par d'impossibles refinancements sur les marchés bancaires.
    Le GCO doit désengorger l'A35, saturée par les camions en transit dans la traversée de l'agglomération : dans sa configuration actuelle, elle accueille entre 133 000 et 180 000 véhicules en moyenne journalière annuelle.
    Le projet finalement légèrement reconfiguré (deux fois deux voies, sans emprise foncière pour une troisième voie) et assorti de mesures renforcées pour inciter au report modal, est désormais soutenu par Roland Ries. Le tracé reste le même. « Le GCO pris comme remède miracle ne constituait pas la réponse à la question posée, continue d'affirmer le maire de Strasbourg. Ma position n'a pas varié. La solution viendra des mesures prises pour l'apaisement de la circulation sur l'actuelle A 35. Le plan de déplacements suggère d'y installer des couloirs de bus et de favoriser le covoiturage sur les axes entrants. »
    Alain Jund, adjoint sortant à l'Urbanisme et candidat Europe Ecologie Les Verts (EELV), n'est pas de cet avis. « Roland Ries vient d'effectuer un revirement opportuniste, parce que le lobbying de la chambre de commerce a fonctionné », attaque-t-il. Les chefs d'entreprises, lassés par la congestion quotidienne de l'autoroute à Strasbourg, n'ont jamais cessé de militer pour la séparation des flux locaux et de transit aux portes de l'agglomération. « C'est une réponse de facilité, qui n'est pas une réponse lucide », estime Alain Jund. Selon lui, « 200 millions d'euros destinés à la requalification de l'autoroute existante seraient mieux utilisés pour électrifier des lignes ferroviaires vers Saint-Dié et Sarreguemines, accélérer le transport en commun en site propre sur l'ex-RN 4 ou renforcer les liens vers l'Allemagne ».
    Les Verts visent 10 % au premier tour des municipales. Ils pourraient conditionner le renouvellement d'une alliance avec le PS au retrait du soutien de Roland Ries à cette nouvelle mouture du GCO. « Je soupçonne Ries d'annoncer la relance du GCO pour mieux l'arrêter après les municipales », lâche de son côté Fabienne Keller, candidate UMP, ex-maire de Strasbourg (2001-2008), favorable à la nouvelle autoroute et à un boulevard urbain en place de l'A35.
    L'extension du tramway vers Kehl, décision marquante de la fin du mandat de Roland Ries, fait l'objet de contestations plus techniques de la part de Fabienne Keller. Elle fustige le tracé retenu, « qui zigzague, va provoquer des surcoûts déraisonnables et entraîner la construction d'un quatrième pont sur le Rhin aux côtés des ouvrages piéton, routier et ferroviaire existants. Un pont unique eût été une question de bon sens ».
    L'extension de la ligne D (2,9 kilomètres pour 97 millions d'euros) servira d'outil structurant pour les aménagements à venir de 195 hectares de friches dans le quartier du Port-du-Rhin. « Depuis deux siècles, Strasbourg s'est construite le dos au fleuve », rappelle Alain Jund, qui porte ce projet aux côtés de Roland Ries. L'automobile n’aura plus le droit de cité à l’intérieur des futurs ensembles collectifs prévus grâce à des zones piétonnes (4 400 logements programmés) et la voirie, réduite au maximum. Ce qui doit favoriser l’utilisation des transports en commun, espèrent les pouvoirs publics. Le chantier doit démarrer dès le printemps, après les municipales.

    Olivier MIRGUET

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    Paris : hidalgo dans la roue de Delanoë, NKM veut redonner de l’air

    Dans les thèmes de la campagne électorale parisienne, le logement vient d’abord,
    la sécurité est en bonne place aussi. Mais les questions de mobilité et les sujets d’urbanisme qui les accompagnent font partie des grands thèmes de campagne.
    Les deux candidates rivalisent d’intentions écologiques…

     

    Le périphérique :
    70 km/h dit l’une, ça ne sert à rien répond l’autre.


    Un des derniers gestes de l’équipe Delanoë aura été de limiter la vitesse du périphérique à 70 km/h au lieu de 80 km/h. Certes, c’est une décision du ministre de l’Intérieur, mais l’équipe du maire sortant aura beaucoup fait pour l’obtenir. Elle y aura mis le temps, et Anne Hidalgo attendait encore la décision au moment où elle a rédigé son programme, dans lequel la limitation se conjugue encore au futur. On en attend trois avantages : moindre pollution sonore, moindre pollution de l’air, plus grande sécurité. Nathalie Kosciusko-Morizet conteste l’intérêt de la mesure sur les deux premiers sujets. Pour la candidate UMP, la limitation à 70 km/h n’aurait aucun effet sur la qualité de l’air. Et la baisse d’un décibel serait insensible… alors que selon la mairie de Paris cela correspondrait à une baisse de 20 % du bruit perçu par les proches riverains.

    L’une veut couvrir le périphérique, l’autre veut le franchir


    Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, l’équipe Delanoë a renié ses promesses, en ne couvrant que fort partiellement le périphérique. La candidate de droite veut poursuivre et accélérer la couverture.?Cela dit, dans son programme, elle ne promet de couvrir que 1,4 km d’ici 2020. Anne Hidalgo promet plus modestement « de nouvelles passerelles au-dessus du périphérique qui offriront des accès confortables et sécurisés ».

    Paris à 30 km/h ?


    Pour Anne Hidalgo, « hormis le réseau d’avenues et de boulevards, la vitesse sera limitée à 30 km/h pour apaiser la ville. De plus, certaines zones devront être zéro carbone, zéro déchet ».
    NKM s’inscrit dans une logique un peu différente. En gros : créons dans des quartiers des zones de type « ultra low emission » mais ailleurs, faisons en sorte que ça roule. Pas de limitation supplémentaire au programme (elle est limitée déjà à 50). L’équipe de la candidate UMP veut surtout limiter les circulations parasitaires induites (20 % de la circulation, selon elle) par la recherche d’une place de stationnement. Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, 120 000 places de parkings privées inoccupées pourraient être utilisées, ce qui permettrait presque de doubler le parc existant, de 150 000 places.


    L’air, chapitre prioritaire


    Marielle de Sarnez, en campagne avec Nathalie Kosciusko-Morizet, l’a rappelé : pour l’OMS, les particules émises par le diesel dont cancérogènes. Or, à Paris, la qualité de l’air est mauvaise. C’est un des thèmes de campagne majeurs de l’équipe UMP-UDI Modem. Selon la droite, les progrès constatés par l’équipe sortante ne sont nullement liés à son action mais à la disparition générale de « polluants d’un autre âge » (plomb, benzène, dioxyde de soufre). Et, selon les mêmes, les mesures spécifiques prises par le maire sortant – qui reviennent à « organiser l’embolie » – font fonctionner les moteurs à bas régime, ce qui contribue à la pollution.
    NKM s’attache aussi à la qualité de l’air dans le métro, Les chiffres sont accablants, dit-elle. La RATP mesure en fait la qualité de l’air dans les stations depuis bien des années. Elle reconnaît la mauvaise qualité, mais fait valoir que la santé des agents n’en est pas trop, affectée puisque l’âge moyen de mortalité est plus élevé que pour la moyenne des Franciliens. L’arrivée de nouvelles rames, avec de nouveaux dispositifs de freinage, devrait progressivement mettre un terme à 30 % de l’émission de particules nocives.

    C’est à qui sera la moins diesel des deux…


    La bagarre entre les deux candidates est sévère sur le diesel. Pour Anne Hidalgo, Nathalie Kosciusko-Morizet a été « la ministre du diesel ». Cette dernière attaque l’équipe sortante de la mairie de Paris, et souligne que le volume de carburant diesel ou diester représentait « 30 % du carburant consommé par la ville en 2006 et 42 % en 2010 ». Aujourd’hui, les deux candidates veulent en finir. Que ce soit dans la flotte municipale ou à la RATP. Elles veulent aussi proscrire les grands cars de tourisme. NKM veut instituer une zone Zapa permettant de proscrire progressivement les poids lourds et les cars les plus polluants. S’agissant des bus de la RATP, il serait pour autant étonnant que la maire élue quelle qu’elle soit désavoue la commande en cours de plus de 600 bus diesels, passée par le Stif, avec l’accord des élus de droite et de gauche. Des bus aux normes Euro 6 – c’est « plus propre que propre » dit un proche de la RATP. Mais l’avenir est à l’hybride ou à l’électrique. La RATP a commandé 45 bus hybrides auprès de trois constructeurs qui arrivent progressivement. La RATP compte bénéficier de son expérience d’exploitant à Londres pour trouver au plus vite le meilleur usage de cette technologie.

    Du vélo : en veux-tu, en voilà


    L’équipe de Nathalie Kosciusko-Morizet veut réutiliser la Petite Ceinture pour en faire une boucle continue pour les vélos. Peu d’entrées et de sorties seraient prévues. Il s’agirait d’un axe rapide, conçu pour les déplacements longs.
    Anne Hidalgo pour sa part, qui veut faire de la Petite Ceinture un lieu de promenades, prévoit elle aussi, mais en ville, de grands axes continus pour le vélo.
    Si NKM reconnaît l’intérêt du Velib’, ceci ne suffit pas à ses yeux à définir une politique vélo. La candidate UMP juge qu’il faut maintenant agir sur le stationnement pour développer l’usage du vélo personnel.

    Les fées électricité


    Anne Hidalgo veut d’ici 2020 transformer la mobilité parisienne pour qu’elle soit fluide et apaisée. Et veut « donner la possibilité d’adopter massivement la mobilité électrique ». Un Scootlib’ serait créé, avec des véhicules électriques. Une année d’abonnement Autolib’ sera offerte aux jeunes conducteurs quand ils obtiennent leur permis. Et, temporairement, les couloirs de bus seront ouverts aux véhicules électriques.
    Pour l’automobile, NKM souhaite encourager les initiatives de covoiturage. Les très petites entreprises recevraient un coup de pouce à l’achat de véhicules électriques utilitaires. Les formules d’autopartage du véhicule personnel seraient encouragées par la candidate de centre droit. Au-delà de ce volet, les nouvelles technologies seraient fortement sollicitées et on remarque une tonalité un peu geek dans les thèmes de campagne de celle qui aime à se faire appeler NKM. Anne Hidalgo n’est pas vraiment en reste et veut développer la mobilité 2.0


    Hidalgo OK pour la Métropole, NKM ne veut pas que les Parisiens la financent


    Anne Hidalgo veut « développer les partenariats avec les communes environnantes. Traduction concrète : Autolib’ et Vélib’ doivent s’étendre à toute la métropole ». Pour étendre leur champ d’action une partie des vélib’ deviendra électrique. Christian Saint-Etienne (UDI), dans l’équipe de campagne de la candidate, nous a récemment rappelé son refus de la métropole en cours de constitution, qui consisterait à faire financer par les Parisiens les déficits de la Seine-Saint-Denis.

    Hidalgo veut des métros 24 heures sur 24


    Anne Hidalgo soutient le Grand Paris Express, demande l’automatisation de la ligne 4 durant la mandature. En fait, le mouvement est déjà enclenché, les études sont en cours depuis près d’un an.
    La candidate socialiste souhaite un réseau structurant de métro fonctionnant 24 heures sur 24 le week-end et, à terme, en semaine. Nathalie Kosciusko-Morizet le propose également pour le week-end. Le problème sera évidemment si on veut généraliser la mesure 7 jours sur 7 d’organiser la maintenance du réseau en fonction de ces nouvelles contraintes.

    F. D.

  • Keolis-Transdev : la bataille américaine

    Keolis-Transdev : la bataille américaine

    Cette fois c’en est trop ! La guerre est déclarée. L’appel d’offres de Boston fera office de goutte d’eau dans le contentieux entre les deux grands groupes de transport français, Keolis et Transdev, le premier ayant pris la fâcheuse habitude de venir chasser sur les terres du second et de lui barboter au passage ses plus gros contrats. Déjà sur leur propre terre, la France, Keolis a chassé Transdev – enfin, Veolia à l’époque – de Bordeaux fin 2008, puis de Strasbourg en 2012, en s’alliant à la SNCF. Le groupe détenu par la SNCF a aussi failli le faire à Nice la même année, avant que le président de la Métropole Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi, ne décrète un passage en régie…
    A l’international aussi, il y a des précédents. En 2009, Keolis récupère les tramways de Melbourne, l’un des fleurons de Transdev ; l’été dernier il lui ravit les bus de Las Vegas et maintenant donc, les trains de banlieue de Boston, qui seront exploités par Keolis (60 %) et sa maison mère SNCF (40 %). On comprend bien que du point de vue de la filiale de la Caisse des dépôts, la coupe soit pleine… Le communiqué envoyé par Transdev le 9 janvier, au lendemain de l’annonce officielle du contrat par le MBTA (Massachusetts Bay Transport Authority), ne fait pas dans la dentelle. « Quelle est la légitimité d’une entreprise publique dont plus de 60 % du chiffre d’affaires est protégé par des monopoles de s’attaquer à l’international, en sacrifiant ses marges, à un autre groupe français dont la quasi-totalité des contrats est périodiquement soumise à la concurrence [près de 95 % est-il précisé plus haut, ndlr] ? », s’interroge Transdev. Qui demande en échange, une ouverture à la concurrence des TER français : « Transdev souhaite que les habitants d’Aquitaine, de Lorraine ou de Rhône-Alpes puissent profiter des mêmes avantages que ceux du Massachusetts. »
    Alors que de plus en plus de conseils régionaux s’agacent de l’opacité de la gestion des trains régionaux par la SNCF qui en détient le monopole, et des charges pour frais de structure qui représenteraient environ 5 % des montants des conventions, la pique est habile. Et le clou enfoncé par l’exemple de l’Allemagne dont les Länder ont vu leurs charges baisser de 30 % « avec une Deutsche Bahn qui a su se réformer et accepter le jeu de la concurrence ». Le groupe accuse également son adversaire de dumping, son offre étant inférieure de quelque 25 millions de dollars annuels à celle du sortant MBCR – Massachusetts Bay Commuter Railroad company, réunissant Veolia Transportation, Bombardier et Alternate Concepts Inc. Une offre financière faite « au détriment des marges de l’opérateur et au seul profit des contribuables du Massachusetts ».
    Le coup est décidément rude pour Transdev. Ce contrat d’exploitation des commuter trains de la capitale du Massachusetts – le cinquième réseau le plus important du pays – était il y a peu présenté comme « emblématique » par ses cadres dirigeants. Il permettait en effet de réaliser « 80 % du chiffre d’affaires dans le rail aux USA ». Par ailleurs, « à Boston, où Transdev est depuis une dizaine d’années, le groupe réalise un CA de 350 millions de dollars, c’était un contrat rentable mais également important pour la crédibilité du groupe sur le secteur ferroviaire », note un proche du dossier. Pour des groupes français, qui avouent qu’une « bonne DSP » rapporte environ 2 %, la rentabilité à deux chiffres rencontrée outre-Atlantique (USA, mais aussi Canada avec des contrats rapportant de 8 à 12 % en moyenne) est devenue le Graal. Reste à savoir si le contrat remporté pour Keolis sera tout aussi rentable, ses engagements sur la ponctualité – et donc le bonus-malus qui en découle – étant supérieurs à ceux du sortant : 99 % de trains à l’heure contre 95 % auparavant.
    Au printemps dernier, Mark Joseph, le directeur général de Transdev North America, s’agaçait déjà de l’attitude de Keolis, jugée par trop agressive : « A croire qu'il n'y a que deux villes aux Etats-Unis : Las Vegas et Boston ! », ironisait-il. En fin connaisseur de la situation économique et sociale du réseau de bus rapides de la capitale mondiale du jeu, il était convaincu que la filiale de la SNCF allait « y perdre beaucoup d'argent » et estimait que « son seul moyen de sauver sa peau serait de dénoncer les conventions collectives… » Transdev, qui s’est introduit dès 2001 sur le marché américain, s’affichait fièrement comme « leader du transport urbain et du transport à la demande ». Au pays des contrats de tractionnaires, il se fait fort de faire la promotion d’un modèle économique qui lui est cher, celui de la délégation de service public « à la française ». Et ce via le modèle du PPOP (Public-Private Operating Partnership) l'équivalent américain de nos DSP en termes de responsabilités, dans lequel Transdev exploite les réseaux de La Nouvelle-Orléans, de Savannah et du comté de Nassau dans la banlieue new-yorkaise.

    Cécile NANGERONI

     

     

    Pourquoi Keolis a gagné


    C’est le montant de l’offre de Keolis qui aurait fait la différence, selon son rival. Un écart de 25 millions de dollars possible grâce à des marges bénéficiaires qui seraient bien plus faibles.

    Le 8 janvier, les responsables des transports de l’Etat américain du Massachusetts ont retenu Keolis commuter Services, une coentreprise réunissant le groupe Keolis (60 %) et SNCF (40 %), pour exploiter les trains de banlieue de Boston. A l’unanimité, les six membres du conseil ont entériné le choix du Massachusetts Bay Transit Authority (MBTA), qui leur proposait de choisir Keolis pour remplacer The Massachusetts Bay Commuter Railroad Company (MBCR), une filiale de Transdev (Veolia Transportation, Bombardier et Alternate Concepts Inc.) qui gérait ces trains de navetteurs depuis 2003.
    Keolis s’engage à transporter 36 millions de passagers par an sur les 13 lignes du réseau, soit 1 000 km de lignes et 134 gares à desservir. Ce contrat de huit ans représente un total de 2,64 milliards, qui pourra être prolongé de deux fois deux années, soit un total de 4,3 milliards, à l’issue des douze années.
    Aux Etats-Unis, les responsables de MBCR, la filiale de Transdev à 60 %, se sont étonnés des déclarations de la directrice générale du MBTA, Beverly A. Scott, qui avait annoncé dans la presse américaine, dès le 4 janvier, qu’elle proposerait Keolis au conseil des transports de l’Etat chargé de choisir le nouvel opérateur. Pour expliquer les raisons de son choix, en faveur de Keolis, la directrice générale a précisé que l’offre de Keolis était inférieure de 25 millions de dollars, comme le rapporte Transdev. Si Jean-Pierre Farandou, le président du Groupe Keolis, ne peut évidemment pas confirmer le chiffre, puisqu’il ne connaît pas l’offre de Transdev, il rappelle que Transdev a remporté le marché des bus de Melbourne en faisant une offre inférieure de 6 % à celle de Keolis. Pourtant « une grande partie de la différence entre les deux offres provenait d’une baisse des bénéfices », a expliqué Beverly Scott, dans le journal Boston Globe. « La marge bénéficiaire estimée de Keolis a été de 77 % de moins que son rival, réalisés dans le cadre d'une promesse de payer des salaires plus bas pour les postes administratifs. »
    Mais Jean-Pierre Farandou assure : « nous avons appliqué les mêmes marges bénéficiaires sur ce contrat que sur les autres. Et le contrat n’impose aucun investissement. » Et d’insister plutôt sur la sélection. « Nous avons obtenu une note de 4 sur 5 sur les critères de qualité de service, soit 20 points de mieux sur 100 que notre concurrent », poursuit le président du groupe, remportant un « good » comme note globale à son dossier alors que le MBCR, n’a obtenu qu’un « acceptable », selon le Boston Globe. Il semble que Transdev ait pâti d’une baisse de qualité de service, notamment au cours de l’hiver 2010-2011, particulièrement mauvais, et de locomotives vieillissantes, même si le service s’est depuis largement amélioré. « MBCR connaît une ponctualité de 95 %, une satisfaction client de 88 %, et a été nommé meilleur opérateur ferroviaire en matière de sécurité, selon les autorités américaines », relaie Transdev. Pourtant, la fréquentation des trains a baissé de 10 % en dix années de services, alors que celle du réseau de bus de Boston a augmenté de 17 % dans le même temps et de 15 % dans le reste du pays.
    Dans le nouveau contrat, le taux de régularité aurait été rehaussé à 99 %, selon nos informations, sans bonus lié à cet objectif. Un contrat aussi exigeant, augure donc des malus pour Keolis, selon ses concurrents.
    « En fin de compte, dans le nouveau contrat, incitations et compensations ont été éliminées », a déclaré Beverly Scott, du MBTA, au Boston Globe. « Le contrat prévoit des pénalités plus fortes pour un service médiocre, 12 millions de dollars par an contre 3 millions de dollars auparavant. A titre de comparaison, et même si les termes contractuels ont changé, Transdev aurait perdu 8 millions d’euros par an, avec son taux de régularité à 95 % », dévoile une source proche du dossier.
    Par ailleurs, Keolis a dépensé plus de 400 000 dollars en trois ans en lobbying. Moins aisé financièrement, le sortant aurait pour sa part usé de coups bas, ne se gênant pas pour remettre sur la sellette le rôle controversé de la SNCF dans la déportation des juifs.
    Il reste encore, à Transdev, l’arme du recours contentieux. Dès les premières fuites du résultat dans la presse locale, le 4 janvier, MBCR déclarait : « Cette divulgation soulève de sérieuses questions sur la procédure telle qu’elle a été menée jusqu’ici. […] Dans les derniers jours d’un appel d’offres marathon de deux ans, il est normal qu’on jette toutes ses forces dans la bataille et tous les coups sont permis, analyse un proche du dossier. Il est probable que localement, les juristes étudient cette possibilité comme après chaque appel d’offres, mais pas certain que ce soit de l’intérêt de MCBR… » Un recours représente en effet encore des dépenses et en fonction du motif invoqué, il ne serait pas nécessairement suspensif.

    Yann GOUBIN

     

     

    Le Etats-Unis, premier marché du monde pour Keolis


    Avec Boston, Keolis va doubler son chiffre d’affaires dans un pays où l’opérateur français évalue le marché à quelque 100 milliards de dollars par an, tous modes confondus.

    Pays de la voiture et des transports routiers, les Etats Unis se convertissent peu à peu aux transports en commun. Certes, la très grande majorité des déplacements sont effectués par la route, une tradition héritée des années 50, et de la construction d’un réseau de highways qui quadrille le pays, jusqu’au cœur des villes. Ainsi, 76,4 % des déplacements dans les aires urbaines se font en voiture contre 5 % en transports publics, selon une étude de l’Apta, l’association des autorités de transports américaine, l’équivalent du Gart.
    Mais cette moyenne nationale cache de grandes disparités. Si à Phoenix, la part des déplacements en transports en commun est effectivement de 5 %, elle monte à 20 % dans l’agglomération de Washington et jusqu’à 30 % à New York. Ces grandes villes, de respectivement plus de 9,3 millions et de 23,3 millions d'habitants, n’échappent évidemment pas aux problèmes de circulation.
    Les autorités ont pris conscience du problème depuis une dizaine d’années. Elles ont dépensé 25 milliards de dollars dans les transports publics en 2011, contre 16,6 en 2002. Et ce malgré la crise.
    La population progresse aussi, portée par l’immigration. Il y a 40 millions de non-Américains sur le territoire national, notamment dans les Etats du sud. C’est justement dans cette partie des Etats-Unis, que se trouvent les villes potentiellement intéressées par les transports publics. A l’image de Phoenix, dans l’Arizona, dont la population est passée, en 20 ans, de 2,5 millions d’habitants à 4,5 millions. Au total, 82 % des 313,9 millions d’Américains habitent en zone urbaine. Aux Etats-Unis, on compte 22 villes de plus de deux millions d’âmes, 52 de plus d’un million, et 273 de plus de 100 000 habitants. On comprend vite le potentiel.
    De là à parler d’Eldorado dans le Nouveau Monde, il n’y a qu’un pas que ne franchit pas pour autant Eric Asselin, directeur de la région Amérique du Nord du groupe Keolis. Mais il assure que « c’est le premier marché du monde ». Un marché que l’opérateur français estime à quelque 100 milliards de dollars par an, tous modes confondus. Et qui se répartit en cinq segments.
    Le plus important correspond aux bus scolaires, avec 27 milliards de dollars (16,8 milliards d’euros) de chiffre d'affaires. Très morcelé et local, Keolis n’y est pas présent.
    Vient ensuite l'activité de Transit (23 milliards de dollars), qui couvre aussi bien le simple bus que le trolley-bus, en passant par le marché très porteur du tramway. Le tramway circule déjà dans 18 villes, dont Denver, Los Angeles, Baltimore, Dallas, Houston, Minneapolis, Atlanta, Washington, Seattle, ou Norfolk. Il intéresse Cincinnati et Tucson et potentiellement 70 villes comme Oklahoma City, Fort Lauderdale, Detroit, ou Kansas City. Il devrait aussi se développer davantage encore à Salt Lake City.
    S’y ajoute le marché des shuttles (entre 20 et 25 milliards), ces navettes souvent opérées avec des minibus qui servent principalement de liaisons entre les centres-villes et les aéroports – et le milliard de passagers qui les fréquentent –, mais qu’on trouve aussi dans les parcs nationaux, ou les campus universitaires américains. Restent les segments des parkings (20 milliards) et des trains de banlieue (4 milliards).
    Avec ce contrat gagné à Boston, « Keolis va passer de 300 à 600 millions de chiffre d’affaires aux Etats-Unis », précise Jean-Pierre Farandou, président du groupe Keolis. En effet, aucun autre contrat de Keolis aux Etats-Unis ne dépasse le volume d’affaires du Massachusetts.
    Keolis est également présent à Los Angeles et Fresno. Il a en plus remporté cet été le marché des bus de Las Vegas (voir VR&T n° 559), représentant une activité d’environ 44 millions de dollars par an. En Floride, la filiale de la SNCF est présente à travers des sociétés de taxi et des navettes (33,3 millions de dollars). Enfin, en Virginie, Keolis a remporté fin 2009 le contrat du réseau Virginia Railway Express (VRE), opéré depuis juillet 2010 (24,5 millions de dollars).
    « La France reste le pays majeur pour nous », confiait il y a quelques semaines Jean-Pierre Farandou, – c’est 53 % du CA de Keolis – « mais l’érosion des marges est une tendance qui se confirme depuis 2 ou 3 ans maintenant ». Elles ont baissé de 1 % sur trois ans. D'où l'importance des marchés étrangers. Keolis s'est fixé un objectif ambitieux : réaliser un chiffre d'affaires global de 7 milliards d’euros en 2017 contre 5 milliards en 2012. Soit 40 % d’augmentation.

    Y. G.

  • Ville intelligente : des innovations pour la mobilité durable

    Ville intelligente : des innovations pour la mobilité durable

    La ville intelligente, tel un nouveau Graal, l’expression est sur toutes les lèvres et s’invite à presque tous les colloques. Au même titre que celui de mobilité durable – cette dernière servant la première, cela va sans dire ! – elle est devenue un concept valise et pour tout dire fourre-tout qu’il est de bon ton de promouvoir – encore qu’il soit plus chic de dire smart city. Hé non, l’utilisation des nouvelles technologies ne fait pas de facto entrer la collectivité dans cette nébuleuse numérique. Car en vérité, la ville intelligente stricto sensu n’existe pas encore en France. Même si certaines, à l’instar de Lyon ou de Nice tentent plusieurs expérimentations. « Smart city, c’est un concept valise très à la mode dans lequel tout le monde met ses propres produits, explique Yann Hervouët, PDG fondateur d’Instant System. Il serait plus judicieux de parler de données recueillies via des capteurs ou autres, stockées dans des entrepôts, puis croisées les unes avec les autres afin de rendre un service intelligent. » C’est précisément ce qu’il a fait avec son « bébé », une plateforme de mobilité intelligente qu’il commercialise depuis octobre.

    Si elle n’existe pas encore, tout le monde s’accorde à dire qu’elle est l’avenir des citadins. Sachant que l’ONU estime à 70 % la proportion de la population qui vivra en ville dans le monde en 2050, et que les citadins représentent déjà 75 % des habitants de l’Union européenne, on comprend aisément quel est l’enjeu. Et pourquoi tous les géants de l’informatique ou des télécoms s’y intéressent activement. D’ailleurs, l’idée fait également son chemin dans les esprits. Selon une récente enquête Ipsos pour Microsoft (voir encadré ci-après), la quasi-totalité des Français (90 %) considère que le développement des services numériques et des nouvelles technologies contribue à leur simplifier la vie au quotidien. La firme se positionne donc pour séduire les collectivités locales avec un panel de services. 
    C’est aussi le cas de Cisco, qui développe son programme S+CC (smart + connected communities), afin d’accompagner les responsables politiques locaux. Vision : si Internet a déjà bouleversé nos vies en vingt ans, ce n’est rien au regard de la « révolution » qui nous attend ! « Moins de 1 % des objets sont à l’heure actuelle connectés à Internet. Tous ne le seront probablement pas, mais la connexion progressive d’un nombre croissant d’objets permettra des approches nouvelles en matière de services aux usagers et de gestion de la ville, cette révolution est déjà en marche », estime la multinationale de l’informatique.
    Selon le Commissariat général au développement durable, la ville intelligente devra répondre à plusieurs objectifs : sobriété dans l’utilisation des ressources, placer l’usager au cœur des dispositifs et permettre une approche systémique de la ville. C’est notamment sur ce dernier segment qu’il faudra sans doute du temps pour dépasser les traditionnelles approches par silos. La ville devra impérativement mettre en place de nouvelles formes de gouvernance. Car que se passe-t-il aujourd’hui ? Les différents systèmes de gestion urbaine sont cloisonnés en silos fonctionnels : un centre de contrôle pour chaque mode de transport (métro, bus, tram), un PC de régulation de la circulation automobile, et un autre pour la sécurité urbaine, les interventions de premiers secours. La ville intelligente devra coordonner tout ou partie de ces systèmes.
    Un autre industriel, Thales et sa division Transports, l’a bien compris et met à profit son expérience et ses solutions techniques en matière de supervision des transports collectifs, gestion du trafic routier, PC de vidéosurveillance urbaine, billettique, etc., pour proposer de les interfacer. L’entreprise a défini deux axes à sa politique de promotion de la ville intelligente sur laquelle elle travaille depuis cinq ans. Premier axe, « l’idée de rendre l’utilisateur final acteur, voire opérateur de sa mobilité, et partageant ses informations avec les autres, c’est une évolution forte qui se dessine », décrit Isabelle Mancel, directrice des Services et solutions innovantes chez Thales.
    Originalité du produit de type compagnon de voyage que l’entreprise souhaite promouvoir : le fait de décorréler l’équipement utilisé (smartphone, tablette ou autre) de l’endroit où sont stockées les préférences de l’utilisateur, à savoir dans le cloud. La directrice précise avoir tout récemment commercialisé sa solution dans une ville du Moyen-Orient. Dubaï peut-être, la ville des Emirats ayant pour ambition de devenir l’un des plus grands laboratoires du monde de la smart city
    Second axe : utiliser le business analytic, c’est-à-dire l’analyse en temps réel des big data pour « aider les opérateurs à mieux planifier et délivrer le service de transport à l’échelle de l’agglomération, poursuit-elle. Business analytic et big data sont des sujets émergents dans le monde du transport. Thales se positionne en précurseur. » Les données anonymisées des utilisateurs des transports permettent en effet d’avoir une vision consolidée des habitudes de déplacements et de la demande globale. Des informations qui intéressent tout à la fois les autorités organisatrices et les opérateurs, les deux clients ciblés par Thales. Avec la smart city appliquée à la mobilité, tout le monde y gagne : le voyageur, qui améliore le confort de son déplacement, optimise ses trajets et réduit le temps passé dans les transports ; la collectivité, qui optimise la chaîne de transports, limite la congestion urbaine et donc les émissions de CO2 et autres polluants atmosphériques.
    Si la voiture a longtemps été considérée comme le moyen le plus simple de concrétiser la mobilité intelligente – route automatique, voiture sans conducteur… – l’explosion du marché de la téléphonie mobile et des très hauts débits d’Internet mobile a dispersé l’intelligence dans différents objets. Ainsi, quand il s’agit de choisir son mode de déplacement en fonction d’un trajet x, le piéton équipé d’un smartphone peut-il supplanter le véhicule et la route bardés de technologie. Cela n’empêche pas les industriels de continuer à travailler sur la voiture. Ainsi Orange, qui possède depuis deux ans une directrice Smart cities en la personne de Nathalie Leboucher, a placé la voiture connectée en bonne place. Si l’opérateur de télécoms touche à différents secteurs (eau, énergie, bâtiments…) de la future ville intelligente, il place la mobilité au rang de ses priorités, à la fois pour un trafic urbain plus fluide et pour une utilisation accrue des TC. Présente aux côtés de SNCF et Total dans le fonds Ecomobilité Ventures, Orange a également réalisé trois investissements majeurs dans l’autopartage. La société monte aussi pas mal de projets en partenariat, c’est le cas du stationnement intelligent pour lequel elle s’est alliée à l’américain Streetline. Elle a enfin développé « ma ville dans ma poche », un assistant personnel intelligent qui informe en permanence des infos de la ville (services municipaux, commerces, loisirs…) et stocke le profil de l’utilisateur dans le cloud d’Orange. L’application a été vendue en marque blanche à Bordeaux qui devrait la déployer l’an prochain.
    Un autre acteur de premier rang, IBM, qui a fait de la ville intelligente l’un de ses axes stratégiques. Partenaire de Nice, l’entreprise participe aussi depuis un an au projet de recherche et développement de l’agglomération de Montpellier. Au cœur du projet montpelliérain, une plateforme numérique basée sur l’ « Intelligent operation center » (IOC) d’IBM qui collecte et stocke les millions de données aujourd’hui gérées en silos en vue de leur mutualisation et du développement de modèles d’analyse. En matière de mobilité, IBM s’est allié à Transdev, en juillet 2012, pour proposer la solution Smarter Mobility, celle qui est en cours de déploiement à Lyon dans le cadre d’Optimod’. Smarter Mobility utilise toutes les données disponibles en matière de circulation routière (issues des caméras et capteurs urbains), de travaux, d’exploitation et de fréquentation des transports urbains, de disponibilité des parkings, des vélos, des taxis, et même de pollution ou de météo, les agrège et les analyse dans l’IOC, de façon à proposer du calcul d’itinéraire prédictif fiable. Singapour, qui l’utilise déjà se dit capable de prévoir sa circulation à une heure, avec une précision de 90 %.
    Du rêve de la ville intelligente à la réalité, il n’y aurait plus qu’un pas, mais non des moindres. Ses promoteurs eux-mêmes admettent qu’elle n’est encore qu’un fantasme quand d’autres mettent en garde contre la possibilité qu’elle devienne un cauchemar ! Ainsi le Certu souligne-t-il les risques de dépendance technologique, d’exclusion de la partie de la population la moins « connectée », et de déshumanisation de la ville. De son côté, le Commissariat général au développement durable, dans une étude sur les perspectives de la ville intelligente de novembre 2012, met aussi en exergue le coût élevé des infrastructures pour les collectivités ainsi que les dérives possibles en matière de traçage des individus et de perte de la confidentialité. A cet égard, l’exemple de Singapour où le concept d’intelligence est poussé à l’extrême donne à réfléchir. « Tout y est contrôlé jusqu’à l’absence de certaines libertés, c’est ce qui conditionne le bon fonctionnement des outils technologiques », explique Cécile Clément-Werny. La ville est ainsi surnommée la fine city (la ville des amendes) tant les interdictions pullulent. Il y est notamment interdit de mâcher un chewing-gum, du fait de la possibilité qu’il vienne fausser un capteur, ce qui est considéré comme un sabotage de la ville intelligente…
    Cécile NANGERONI
     
     
     

    Grand Paris : un métro intelligent dans une ville intelligente

     

    « Le métro le plus digital du monde. » C’est l’ambition qu’a la SGP pour son Grand Paris Express. Elle vient de lancer en ce sens un appel à manifestation d’intérêt à destination
    de tous les acteurs de la filière.

    Ses futurs services numériques, le métro du Nouveau Grand Paris les conçoit en amont. Certes, la loi impose à la Société du Grand Paris (SGP) de prévoir un réseau de communication à très haut débit, mais son président, Etienne Guyot, ambitionne d’en faire « le métro le plus digital du monde ». Rien que ça… Et pour ce faire, la SGP vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) à destination de tous les acteurs de la filière, dans le but de « bien définir les composants de l’infrastructure numérique » et de la développer en « réelle coconception », a-t-il expliqué.
    A ce stade, il s’agit d’une démarche extrêmement ouverte afin de « mieux appréhender l’environnement pour faire émerger une plateforme d’informations ouverte aux voyageurs et aux entreprises ». Les concepteurs du futur métro n’ont en effet pour l’heure qu’une idée approximative des services de demain, mais ils ne veulent pas rater le virage de « la révolution mobile : demain l’accès au Web sera majoritairement mobile, a expliqué Jérôme Coutant, responsable du numérique à la SGP. Les matériels évoluent et je pense qu’on n’a encore rien vu ! Les besoins en bande passante seront exponentiels. »
    Le projet est mené avec la conviction que le développement du numérique « facilitera la vie quotidienne des Franciliens, améliorera l’égalité des territoires et favorisera l’attractivité économique de l’Ile-de-France », complète Etienne Guyot. Deux cabinets ont accompagné la SGP pour identifier les principales thématiques. Outre la révolution mobile, l’enjeu est aussi de réduire l’inégalité des territoires et des entreprises devant le potentiel numérique. La SGP envisage donc de déployer une constellation d’infrastructures numériques le long de son propre réseau : fibre optique, espaces techniques, data centers, etc., accessibles aux opérateurs de services télécoms comme aux PME et TPE voisines du métro. A explorer également : la piste de l’utilisation des données numériques des millions de voyageurs franciliens, qui constitueront une incroyable matière première pour imaginer de nouveaux services mobiles pour les voyageurs ; ou encore l’utilisation des gares, en tant que hubs de la mobilité urbaine, pour créer des espaces de télétravail et de coworking.
    Le montant à investir reste modeste au regard du budget du futur métro (26,5 milliards d’euros) : il est évalué à « 30 à 40 millions d’euros ». « Nous sommes en posture de laboratoire », a précisé Jérôme Coutant au lancement de l’AMI le 5 décembre. La ligne 15 Sud, qui devrait être la première inaugurée, dès 2020, sera donc certainement elle aussi le laboratoire de la dimension numérique du Grand Paris Express.    C. N.

     

     

    Lyon, pionnière et pilote d’un projet européen

     


    Avec des dizaines d’expérimentations en cours, Lyon a pris une longueur d’avance. Elle est également le pilote du programme européen Opticities qui a été bâti sur les premiers résultats du projet lyonnais Optimod’.

    La capitale des Gaules fait partie des rares villes en France qui ont pris une longueur d’avance, avec des dizaines d’expérimentations en cours, sous l’impulsion de son maire et président du Grand Lyon, Gérard Collomb, ayant fait de la ville intelligente l’un des fers de lance de sa politique, pour aller « vers une vie douce et heureuse en ville ». En février dernier, il précisait aussi qu’avec son 1,3 million d’habitants, la métropole lyonnaise avait un profil « assez typique des villes européennes », ce qui en faisait « un terrain d’expérimentation idéal pour des technologies à développer ailleurs en Europe et dans le monde ». Preuve en est d’ailleurs, qu’elle a été sélectionnée pour participer au programme européen Opticities, grâce à son projet phare en matière de mobilité intelligente, Optimod’Lyon, une première mondiale développée avec 13 acteurs publics et privés, dont Cityway (filiale de Transdev).
    Elément clé de la stratégie de ville intelligente, Optimod’Lyon, qui a été lancé en février 2012 sur une durée de trois ans, comprend trois innovations majeures : la construction, avec IBM et Phoenix-Isis, d’une information prévisionnelle de trafic à une heure ; le développement d’un GPS urbain ainsi que d’un navigateur de fret urbain et d’un outil d’optimisation les tournées de livraisons. L’aspect prédictif de la circulation routière jusqu'à une heure est le sujet le plus ambitieux et le plus innovant, pour lequel « deux solutions sont en cours d’évaluation avec des résultats prometteurs qui restent à confirmer en 2014 », explique-t-on au Grand Lyon. C’est aussi l’élément qui conditionne la réussite de l'application Smartmoves, le GPS multimodal en temps réel du Grand Lyon. En 2015, elle permettra non seulement de calculer son itinéraire en combinant si nécessaire tous les modes possibles – TC, TER, Vélo'v (avec leur disponibilité), marche, trafic routier et places libres de parking, taxis, covoiturage, et plus tard, autopartage – mais aussi de prévoir avec précision son temps de parcours. On pourra aussi calculer le coût réel du déplacement et modifier ses plans en chemin au moindre pépin.
    Pour l’heure, les principales avancées sont d’une part, la construction d’un entrepôt de données, rassemblant 30 bases de données et de flux temps réel, qui permettra de construire des offres sans équivalent, compte tenu de la complétude géographique, modale et temporelle. D’autre part, la plateforme technique correspondante, Grand Lyon SmartData (voir encadré). Globalement, la stratégie lyonnaise vise à répondre aux problématiques complexes de la mobilité, et notamment à optimiser l’usage des infrastructures dans le temps et dans l’espace, inciter aux pratiques multimodales et à développer des approches innovantes par les usages et les nouvelles technologies.
    Un triptyque qui lui a permis de piloter le programme européen Opticities. Bâti sur les premiers résultats d’Optimod’, et doté de 13 millions d’euros (dont 9 millions apportés par l’UE), le projet a démarré en novembre et court jusqu’en octobre 2016. Via 25 partenaires dont six grandes villes – Madrid, Turin, Göteborg, Wroclav, Birmingham et Lyon bien sûr – il vise à développer des standards européens pour accéder aux services d’information sur les déplacements urbains. Lyon s’est également vu décerner le Prix de la ville référente lors du 20e Salon mondial des transports intelligents de Tokyo en octobre dernier.    C. N

     

     

    Toulouse, pionnière de l’ouverture des données de transports en temps réel

    Passage incontournable pour le développement de la ville intelligente, la constitution d’un entrepôt de données et sa mise à disposition des développeurs. En la matière, Toulouse est très active.

    En octobre 2013 a vu le jour à Toulouse Open Data France, association réunissant une vingtaine de collectivités afin de faciliter la libération des données publiques et maximiser leur potentiel économique. Pierre Cohen, président de Toulouse Métropole, en a été élu président. En ligne depuis octobre 2011, le site data.toulouse-metropole.fr propose des données des 37 communes du Grand Toulouse, de son opérateur de transports en commun Tisséo et de l’office du tourisme. On y trouve 126 jeux de données, beaucoup concernant la mobilité : réseau cyclable, chantiers en cours, réseaux bus, tram et métro, VélôToulouse en temps réel, aires piétonnes, carrefours à feux, zones 30, PMR, emplacements taxis, aires de livraison, stations d’autopartage…
    La mise en ligne des informations en temps réel de Tisséo depuis août 2012 facilite grandement le développement d’applications de mobilité. Le premier concours Défi Numérique proposé par Toulouse Métropole en 2012 a reçu 15 projets d'applications avec une thématique transport. « Toulouse est pionnière dans l’open data transports temps réel et cette transparence nous permet d’être hyperefficaces », applaudit David Larcher, créateur de la start-up Coovia, lauréate du Grand Prix 2012 et couvée par l’incubateur Midi-Pyrénées. Son application, dont la V2 sortira courant janvier 2014, utilise les données en temps réel des bus, métros, tramways toulousains et un service instantané de mise en relation de personnes.
    Objectif : se déplacer en combinant tous les modes, dont un covoiturage domicile – travail valorisant les sièges libres dans une zone. « Toulouse est parfaite pour tester une application de mobilité, explique ce trentenaire du service innovation d’Airbus en congé pour création d’entreprise. C’est une grande ville avec une forte densité de paramètres utiles : beaucoup de cadres avec des horaires flexibles autour des grandes entreprises, des données ouvertes en temps réel uniques et une belle série de bouchons quotidiens qui donnent envie de trouver des solutions alternatives. » D’autres applications utilisent les données temps réel de Tisséo : Bus 31 pour savoir à la seconde quand passera le prochain bus tandis que Toulouse Bus permettra très bientôt de voir son bus se déplacer sur une Open street map. « Ces nouveaux outils contribuent à la promotion des transports en commun et à la progression de leur fréquentation », se félicite Joël Carreiras, vice-président de Tisséo.
    D’autres start-up toulousaines se sont engagées dans le domaine des transports intelligents mais avec des visées nationales voire internationales comme Mobigis qui développe des systèmes d’information géographiques orientés mobilité ou Prometil dont l’application de recherche intelligente de trajets en vélos libre service OneBike a remporté un prix au concours Open Data de Toulouse Métropole. « A Toulouse, les laboratoires, écoles d’ingénieurs et entreprises spécialisés dans l’espace et la géolocalisation, l’aéronautique et les systèmes embarqués procurent un terreau favorable », explique Jean-Pierre Bayol, directeur de Digital Place, cluster d’entreprises numériques de Midi-Pyrénées.
    Cette synergie entre le monde de la recherche, de l’entreprise et les pouvoirs publics a permis plusieurs expérimentations dans l’espace public comme celui du stationnement intelligent, testé avec Lyberta en 2010 – des sondes implantées dans le sol, reliées à un ordinateur central permettant d’indiquer en temps réel les places de stationnement libres – ou de l’éclairage urbain à Led avec détection de présence dès 2009 (et bientôt avec détection de forme).
    La mairie de Toulouse a mené en 2012-2013 une opération d’analyse des réseaux sociaux avec Apicube et IBM Social media analytics qui lui a permis d’adapter sa communication lors des travaux du tramway et de réagir rapidement en cas de plaintes. Depuis quatre ans, 300 agents municipaux sont équipés de « zappettes » leur permettant de faire remonter en temps réel tous les dysfonctionnements constatés dans les rues (100 000 incidents signalés chaque année).
    Toulouse promeut aussi les services sans contact avec un projet 4,56 millions d’euros, signé mi-2012, visant à regrouper sur un même support sans contact (téléphone ou carte) les accès au métro, bus, location de vélos, autopartage, pass tourisme, équipements culturels, services dans l’aéroport et cartes d’étudiant avec services associés.

     

    Catherine Sanson-Stern

     

     

    Nice surfe sur une première mondiale

     

    Inauguré l’été dernier, le boulevard connecté de Nice permet de collecter en temps réel


    des données sur la circulation, la qualité de l’air, la propreté et l’éclairage public.
    Le but : imaginer et tester de nouveaux services dans tous les domaines concernés.

    Son boulevard urbain connecté a fait le buzz et continuera sans doute de faire parler de lui. La métropole Nice Côte d’Azur l’a inauguré cet été : en plein centre de Nice, autour du boulevard Victor-Hugo, 200 capteurs, installés en haut des candélabres, dans la chaussée, sur des containers, etc., permettent de collecter en temps réel des données sur la circulation, la qualité de l’air, la propreté et l’éclairage public. Cette initiative est une coréalisation de la mairie de Nice, de la métropole Nice Côte d’Azur et de la Semiacs (gestionnaire des parkings) avec pour partenaire Cisco. « Le boulevard connecté vise à expérimenter pendant un an une plateforme métropolitaine multiservice très performante dans la gestion des données en temps réel, capable de fédérer les acteurs du stationnement, de la mobilité, de l’éclairage, de la collecte de déchets, etc., sur une architecture unique couvrant un rectangle de 800 m par 400 m », explique Jean-François Balcon, chargé du développement Smart & connected communities, auprès des collectivités locales pour Cisco Systems France. « Cela permet d’envisager de nouvelles applications issues de la corrélation de données multisources. »
    La collectivité espère en effet imaginer et tester de nouveaux services dans tous les domaines concernés (circulation, environnement, commerce, vie quotidienne…), comme le précise Florence Barale, conseillère métropolitaine, chargée de l’Innovation numérique : « La première métropole en France [la communauté urbaine est devenue métropole au 1er janvier 2012, ndlr] est très investie dans l’innovation, qui est considérée comme un axe fort de notre développement économique, basé sur le numérique. C’est aussi avec l’objectif d’offrir de nouveaux services aux citoyens, plus efficaces. » Le boulevard constitue en effet un laboratoire à ciel ouvert de l’Internet des objets. L’agglomération niçoise, qui a de nombreuses fois joué les pionnières – parmi les premières à installer la télébillettique sur son réseau de transports urbains, première à tester le paiement sans contact NFC… –, se distingue une fois de plus par cette innovation ouverte, en première mondiale. Toutes les données publiques sont archivées pour être mises à la disposition des acteurs locaux. « L’expérimentation avec Cisco nous permet de remonter tout un tas de données sur un entrepôt de données que l’on croise. Nous sommes capables par exemple d’identifier le nombre de piétons sur le trottoir, poursuit l’élue. C’est une façon différente d’utiliser l’Internet des objets pour opérer autrement nos services. A terme l’objectif, c’est aussi d’ouvrir totalement nos données. »
    Cette initiative s’inscrit dans le droit fil du stationnement intelligent testé depuis le début de 2012 avec l’objectif de réduire le temps consacré à la recherche d’une place vide – sachant qu'un automobiliste tourne en moyenne vingt minutes avant de trouver où stationner – et donc d’améliorer la circulation, notamment celle des bus ainsi que d’abaisser la pollution. « Cela représente jusqu'à 25 % du trafic en centre-ville », explicitait au lancement le maire de la ville, Christian Estrosi. L’élu présentait la mesure comme « l'une des plus novatrices et ambitieuses » du schéma global de stationnement 2011-2015. L’an prochain, 14 000 capteurs communicants de la société espagnole Urbiotica auront été noyés dans la chaussée et les trottoirs, couplés à des horodateurs multiservices, favorisant l'intermodalité puisqu’ils font aussi office de borne d'information sur les transports collectifs, les services Autobleue, Vélobleu, et taxis. Les utilisateurs reçoivent l’information sur leur smartphone, avec lequel ils peuvent aussi payer le stationnement. Un investissement de 13 millions d’euros, supposé être vite rentabilisé puisque le système repère les véhicules ventouses et les mauvais payeurs…
    Enfin, depuis l’année dernière également, la capitale azuréenne figure parmi les 100 villes du monde qui, pendant trois ans, bénéficient de l'expertise et de l'appui d’IBM pour le développement de la ville intelligente. La ville a en effet été retenue dans le cadre du challenge Smarter Cities d’IBM, pour mettre en place un écosystème intelligent pour tous les citoyens. Dans le cadre de cet accompagnement, les experts d'IBM ont fait part de leurs préconisations, parmi lesquelles la création d'un centre d'excellence dédié aux systèmes innovants, ainsi que la mise en place d'un panel de citoyens qui donne son avis sur les mesures à prendre pour mieux circuler, mieux stationner, moins polluer, etc. La métropole peut se flatter d’être la seule de France à avoir été retenue par IBM.

    Cécile NANGERONI

     

     

    Quelques exemples de services


    Depuis 2011, Paris a testé plus de 25 projets expérimentaux (sur la quarantaine de projets sélectionnés) de mobilier urbain intelligent.

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  • Depuis 2011, Paris a testé plus de 25 projets expérimentaux (sur la quarantaine de projets sélectionnés) de mobilier urbain intelligent. 25 ont été déployés sur plus de 35 lieux publics Ces projets, qui ont fait l’objet d’une étude complète par les services de la Ville et le Paris Région Lab, ont été suivis tout au long de leur expérimentation. Mais l’abri voyageurs intelligent va déjà faire son entrée sur les trottoirs parisiens, puisque mi-novembre, la commission d’appel d’offres de la ville de Paris a attribué un nouveau marché à la société Sopact, une filiale de JCDecaux.

    2 000 abris conçus pour la Ville et designés par Marc Aurel seront installés progressivement à partir du deuxième semestre 2014. Ces modèles de nouvelle génération possèdent une centrale intelligente qui gère l’éclairage en fonction de l’activité et disposeront d’une prise où recharger un téléphone mobile. Autres atouts mis en avant : un poteau déporté, qui permet de voir l’information voyageurs sans avoir à entrer dans l’Abribus et un bouton pour demander l’arrêt. De plus, dans une centaine d’abris, un écran digital diffusera une information municipale pertinente pour le voyageur. Enfin certains seront dotés de panneaux photovoltaïques, d’autres d’un toit végétalisé. Leur consommation électrique est annoncée comme inférieure de 35 % aux modèles actuels.

     

    Presque un grand classique désormais : le paiement du stationnement via une appli pour smartphone. Vinci Park continue ainsi de déployer le système de son partenaire PayByPhone. Dernière ville en date à le proposer (et la neuvième en France), Neuilly-sur-Seine depuis le 2 décembre sur 9 700 places de stationnement en voirie. Principal avantage pour le client : ne payer que ce qu’il a réellement consommé. En décembre 2009, Vinci Park et PayByPhone avaient inauguré le premier service de paiement du stationnement sur voirie par téléphone portable en France à Issy-les-Moulineaux. A ce jour, 37 000 places de stationnement (sur les 312 000 gérées par Vinci) sont équipées en Ile-de-France et 200 000 transactions y ont depuis été comptabilisées. Le service PayByPhone fonctionne en mode multicanal sur tous les téléphones mobiles ainsi que par Internet, l’utilisateur pouvant au choix utiliser une appli, le site mobile ou un numéro de téléphone. Parfois, il lui suffit de scanner le QR code de l’horodateur. En option, l’automobiliste reçoit un SMS d’alerte à la fin de son stationnement.

     

    Le gigantesque succès du GPS automobile donne des idées aux développeurs. C’est ainsi que Yann Hervouët, PDG fondateur de la toute jeune société Instant System, le décline dans un compagnon de mobilité, un guide urbain pour utiliser tous les moyens de déplacements disponibles avec les informations de trafic en temps réel, et intégrant aussi le covoiturage dynamique et la marche. « Notre plateforme logicielle centralise l'ensemble des données mobiles fournies par les systèmes informatiques régulant les transports urbains et interurbains, explique-t-il. Le calcul d’itinéraire multimodal est en temps réel, en intégrant les avances ou retards, perturbations et déviations, afin de proposer l'itinéraire le plus réaliste possible. » C’est cette intégration des données réelles d’exploitation qui en font un produit qui sort du lot. Vendu sous forme de quatre briques indépendantes – information voyageurs, GPS multimodal, e-Ticketing et covoiturage dynamique – Instant System fournit évidemment le meilleur service aux voyageurs quand il intègre tous ces aspects. « En particulier coupler transports publics et covoiturage permet de créer d’emblée la masse critique de covoitureurs potentiels », souligne Yann Hervouët. L’ensemble a en tout cas été testé avec succès dans une grande ville européenne dont le réseau urbain compte plus de 500 bus. Une collectivité du sud de la France a déjà marqué son intérêt…    C. N.

  • 22e Palmarès des mobilités : le Pass d’or pour Lyon

    22e Palmarès des mobilités : le Pass d’or pour Lyon

    Si l’on en croit les résultats du Palmarès 2013 de Ville, Rail & Transports, le transport public va bien ! Ou du moins ils montrent que le secteur est dynamique et porteur de progrès… même s’il faut du temps pour concrétiser des projets et pour aller plus loin dans l’intermodalité.
    Nos critères de sélection s’appuient sur les chiffres 2012 de l’UTP. Ils prennent en compte les éléments clés mesurant la performance des réseaux urbains et les évolutions d’une année sur l’autre : offre kilométrique, nombre de déplacements, vitesse commerciale, taux de couverture, etc.
    Pour Lyon, c’est la consécration. Même si elle ne figurait pas parmi les trois finalistes lors de notre dernier Palmarès en 2012, l’agglomération a fini par se hisser sur la plus haute marche du podium, après avoir remporté le Pass de bronze en 2010, puis le Pass d’argent en 2011. Un succès qui s’explique par une mobilisation menée sur tous les fronts, tram, métro et bus, ainsi que par des innovations intéressantes, telles que la mise en service d’une voie aménagée pour les modes doux dans un tunnel routier très emprunté ou encore le développement de « l’électromobilité partagée ».
    Dans notre classement, Nantes revient aussi en force en obtenant le Pass d’argent. La ville a fait le pari des bus rapides pour compléter son réseau de tramway. Pari réussi au vu de la fréquentation. Elle a aussi su mener une audacieuse politique de réaménagement de son centre, donnant plus de place aux cyclistes et aux piétons. Son statut de « ville apaisée » est par ailleurs récompensé par notre jury qui lui a attribué le prix thématique « Ville et automobile ». Enfin, il y a la quasi indétrônable Strasbourg qui bénéficie toujours d’une longueur d’avance prise dans les années 90. L’agglomération reste sur le podium avec le Pass de bronze grâce à la poursuite du développement de son réseau.
    Lyon, Nantes, Strasbourg, un trio gagnant qui accorde une place croissante aux nouvelles mobilités, comme le réclament les voyageurs.
        

    Marie-Hélène Poingt

     

     

    Le Palmarès des mobilités 2013 :

    Palmarès des mobilités. Pass d’or : Lyon carbure à tous les modes

     

  • Le réseau lyonnais reste l’un des rares à investir en même temps dans les tramway, bus et métro, et à pouvoir inaugurer, simultanément, la même année de nouvelles lignes dans les trois modes de transports.

  • Pour 2013, le tramway T4 a ouvert la voie en septembre : un prolongement de 2,3 km a été réalisé entre Feyzin/Vénissieux et Villeurbanne, en passant par la gare de la Part-Dieu. Ce « chaînon manquant » permet une extension stratégique reliant le sud et le nord de l’agglomération, la liaison directe entre Feyzin/Vénissieux et la Part-Dieu et celle des pôles universitaires de la Manufacture et de La Doua. Construite en zone urbaine dense avec six ouvrages d’art expliquant son coût élevé (78 millions d’euros), la nouvelle infrastructure, malgré sa taille modeste, offre à la ville sa plus longue ligne de tramway (16 km) et 6 500 voyageurs supplémentaires chaque jour au T4 fréquenté par 33 000 voyageurs depuis sa création en 2009.
    Dans un tout autre décor, bucolique, le Sytral et Keolis Lyon ont inauguré en novembre Leol (Ligne express de l’Ouest lyonnais, entièrement achevée), qui tranche sur le réseau de bus TCL : Leol comprend un site propre de 4,5 km, dont une section en accès contrôlé par des barrières automatiques. En outre, elle emprunte en partie un ancien tracé de chemin de fer équipé « d’écuroducs » (franchissements pour écureuils) et de nichoirs à chauve-souris ! Répondant à une urbanisation croissante, le nouvel axe attend 10 000 voyageurs/jour et permet de gagner 15 minutes en heures de pointe pour un trajet estimé à 30 minutes (Grézieu-la-Varenne – Gorge-de-Loup).
    Enfin, une nouvelle ligne de métro devrait être inaugurée le 11 décembre avec le prolongement de la ligne B à Oullins (222 millions d’euros pour 1,7 km), entraînant la réorganisation des transports du sud-ouest autour d’un nouveau pôle multimodal (20 000 personnes/jour). C’est le seul chantier de métro du plan de mandat 2008-2014 du Sytral, en attendant l’automatisation totale de la ligne en 2015.
    En 2013, Lyon a aussi fait très fort en installant deux infrastructures inédites dans le paysage urbain avec le pont Raymond-Barre sur le Rhône et le nouveau tunnel de la Croix-Rousse, tous dédiés aux modes alternatifs à la voiture. Le premier a été mis en place cet été et servira au tramway sur le prolongement de T1 (2,3 km) reliant Perrache à Gerland, qui sera mis en service en février 2014. Le second est unique en Europe : il s’agit de la galerie de secours (1,8 km) du tunnel routier de la Croix-Rousse qui a été aménagée pour les bus C6, vélos et piétons, et habillée d’animations 3D. L’objet non identifié aux effets visuels innovants a été ouvert au public, comme il se doit, lors de la Fête des Lumières.
    In fine, le réseau tire les bénéfices des quelque 160 millions d’euros investis avec une fréquentation en hausse de 3,5 % au 1er novembre 2013. « C’est un bilan satisfaisant qui vient après 2012 où l’on avait déjà connu une forte progression (+5 %) grâce à la réorganisation du réseau de surface Atoubus (+7 %) », commente Valérie Guillou, directrice d’exploitation au Sytral. En attendant l’effet « booster » en année pleine en 2014, le tramway affiche déjà une hausse de 13 %, grâce à l’extension nouvelle du T4 et à celle du T5, ouverte en novembre 2012.
    Outre les transports collectifs, Lyon s’est aussi beaucoup investie dans l’électromobilité partagée. On connaissait Autolib’, initiée par la SEM Lyon Parc Auto, on a vu aussi arriver coup sur coup en octobre Bluely, le système d’autopartage électrique du groupe Bolloré (130 voitures), et Sunmoov dans le quartier innovant Confluence (30 véhicules). Ce système d’autopartage électrique, lancé par Proxiway/Transdev et Toshiba, est une première en Europe pour sa gestion intelligente et l’alimentation 100 % en énergie renouvelable d’origine photovoltaïque.

    Claude Ferrero
     

    Les points forts

    – Une extension (trait d’union du tramway T4 entre Feyzin/Vénissieux et Part-Dieu/Villeurbanne) qui donne à la plus ville sa plus longue ligne de tram
    – Des gains de temps importants
    – L’ouverture du tunnel mode alternatifs très innovant de 1,8 km à la Croix-Rousse
    – Le lancement des systèmes d’autopartage électrique Bluely et Sunmoov

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    Palmarès des mobilités. Pass d’argent : Nantes Bus rapides et records de fréquentation


    L’arrivée des Chronobus et le réaménagement de voiries ont contribué à l’augmentation de 6 % de la fréquentation du réseau nantais. Mais, rançon du succès, certaines lignes commencent à être saturées.

    127 millions de voyageurs transportés, des recettes de trafic en augmentation de 8,7 %, un taux de « pénétration » du transport public de 218 voyages par an et par habitant, un taux de recettes sur dépenses passé de 35 % à 38 %. Les résultats 2013 de Nantes Métropole sont bons. La ville les doit au succès d’un certain nombre d’innovations. La principale, ce sont ses Chronobus, sept lignes de bus rapides qui viennent, en quelque sorte, seconder le réseau de tramway, avec des fréquences qui s’en rapprochent – parfois toutes les trois minutes – et les mêmes amplitudes horaires, de 5h à minuit et demi.
    Ces lignes ont été lancées les unes à l’automne 2011, les autres il y a trois mois. Les bonds de fréquentation apportés en imposent : 29 % sur l’une, 46 % sur l’autre, une autre encore à 92 %. « Notre grand avantage a été de pouvoir confier la conception et la maîtrise d’ouvrage des aménagements de voirie nécessaires à ces lignes à notre exploitant. Il pensait à son exploitation », note Pascal Bolo, vice-président de Nantes Métropole et président de la Semitan, la Sem qui exploite le réseau Tan. Car, dans la circulation automobile, ces lignes traversent des ronds-points, empruntent des bouts de couloirs réservés, prennent la priorité aux carrefours pour garantir régularité et vitesse commerciale. Elles affichent toutes de belles ponctualités : la plus basse est de 82 % ; beaucoup sont au-delà de 90 %.
    Nantes a lancé le M-Ticket : 1 000 tickets validés par jour sur les smartphones. Fin septembre, elle a commencé à distribuer des cartes de post-paiement pour les voyageurs occasionnels, 6 700 abonnés à présent. Ce qui l’a conduite, elle la résistante à la billettique informatisée, à installer des valideurs sans contacts dans ses bus. Pour le reste, on voyage encore avec des tickets papiers dans les tramways.
    Mais, rançon de ce succès général, le réseau commence par endroits à être saturé. L’exemple le plus patent est le Busway, bus en site propre, conçu pour 28 000 voyageurs par jour qui en transporte 35 000. A la rentrée, les 2 min 30 de fréquence n’ont pu être assurées. Le système s’est grippé. Il est question de remplacer les bus articulés des bus de 24 m à trois caisses. De la même façon, les deux premières lignes de tramway connaissent des périodes de surcharge. Sur la ligne 1, l’esplanade nord de la gare, va sans doute être dotée d’une troisième voie de tramway, pour embarquer plus de monde plus vite et multiplier les départs.
    Surtout, le réseau dans son ensemble, très concentrique a besoin de se mailler pour étaler les concentrations de trafics. « Les Nantais vont devoir apprendre qu’il y a plusieurs manières pour aller d’un point A à un point B », explique Alain Boeswillwald, directeur général de la Semitan. Encore faut-il que les solutions existent. Ce maillage figure déjà en bonne place dans le programme de certains candidats aux municipales. Autre défi, préserver un service public de transport dans les endroits moins denses et s’attaquer aux congestions automobiles du périurbain. Le travail a commencé. Pour la première fois, l’utilisation de l’automobile a diminué (de 5 %) dans l’ensemble de l’agglomération. Notamment du fait de la zone à trafic limité (ZTL) rendant plus difficile les traversées par le centre-ville. Lancée, il y a un an, elle a réduit le niveau de bruit et propulsé le nombre de vélos sur son axe central jusqu’à 5 000 vélos par jour.
        

    Hubert Heulot

    Les points forts
    – Des bonds de fréquentation, jusqu’à 92 % sur certaines lignes
    – Une bonne ponctualité
    – Des innovations dans le paiement
    – Un trafic automobile en recul

     

    Palmarès des mobilités. Pass de bronze : Strasbourg engrange les bénéfices de deux décennies de développement

     

    Fréquentation en hausse, billettique NFC, réseau de tram étendu, arrivée du BHNS… le dynamisme du réseau strasbourgeois lui vaut une fois de plus de monter sur le podium.

    L'année 2013 s'achève en fanfare à Strasbourg : la mise en service simultanée le 30 novembre d'une première ligne de BHNS sur 5,2 kilomètres et les extensions des lignes A et D du tramway (2 kilomètres à Poteries et Hautepierre) témoignent du dynamisme de la politique transport de la ville, vingt ans après la révolution de la réintroduction du tramway. Le réseau tram et BHNS de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois) totalise désormais 65,3 kilomètres, répartis entre sept lignes.
    La fréquentation est de nouveau en hausse en 2013 : la tendance (+3 % à +3,5 %) reste à confirmer en décembre. En 2012, la hausse des recettes commerciales (+9 %) avait offert une orientation avantageuse à la contribution forfaitaire de la collectivité, en baisse de 6,5 %. 2013 devrait se solder sur une contribution forfaitaire stabilisée, autour de 110 millions d'euros en exploitation et en investissement.
    Pionnière dans la billettique avec 125 000 supports électroniques Badgeo opérationnels depuis 2004, la CTS a encore innové cette année en rendant l'intégralité de sa gamme tarifaire disponible sur smartphone NFC. 200 clients ont validé le nouveau concept depuis le mois de juin. Le système de paiement s'avère prêt à être intégré avec l'opérateur Orange, dans un premier temps.
    Le service de location de vélos en libre service, Vélhop, qui fête son troisième anniversaire, a connu sa première réforme tarifaire en 2013, victime de son succès avec un parc limité à 4 200 vélos. Des vélos supplémentaires sont attendus dans les 18 stations automatiques réparties dans toute l'agglomération. En attendant, le service Vélhop a lui aussi présenté une petite innovation, avec 15 vélos à assistance électrique mis en service à l'automne, un vélo cargo en test et quelques tandems à disposition des associations de malvoyants.
    Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg et candidat à sa propre succession, termine son mandat en planifiant deux extensions majeures du réseau de tramway. Le faubourg de Koenigshoffen, à l'est, et la ville de Kehl, voisine allemande sur la rive droite du Rhin, seront desservis par le tram en 2017. Illkirch et la Robertsau auront droit à leurs lignes prolongées. Ensuite, place au BHNS ! « Notre réseau central de tramway est déjà saturé place de l'Homme-de-Fer, avec un passage toutes les 38 secondes en heure de pointe, observe Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS. L'objectif n'est plus de rentabiliser le tramway, mais de gérer les flux de manière efficace. » Le ralliement de tous les candidats aux municipales, Verts exclus, à un projet de contournement autoroutier sur 22 kilomètres en lointaine périphérie ouest pourrait redistribuer les cartes d'ici quatre à cinq ans. A cette échéance, l'autoroute sera requalifiée en boulevard urbain avec des voies dédiées aux transports en commun. Jean-Philippe Lally y verrait bien un autre BHNS.
        

    Olivier MIRGUET

     

     

    Palmarès des mobilités. Grand prix des villes moyennes : Poitiers favorise les modes doux

     


    Bus au gaz naturel, aménagements piétons, développement du vélo… Poitiers fait le pari des modes alternatifs. Ce choix va être conforté à la fin de l’année par la mise en service d’un viaduc interdit aux voitures.
     

    Considérée comme l’une des villes pionnières ayant testé dans les années 2000 les bus fonctionnant au gaz naturel (GNV), Poitiers est passée au stade supérieur. La plus grande partie de sa flotte (71 bus sur 117) roule au GNV. Un bus hybride est également utilisé. Ce choix a été fait par l’autorité organisatrice pour tenter de lutter contre la dégradation des bâtiments historiques de la ville. C’est donc là que sont principalement affectés ces bus.
    Pour renforcer l’attractivité des transports publics, la navette de centre-ville a été lancée en juin dernier pour faire le lien entre les trois pôles de transports que sont Victor-Hugo, Notre-Dame et Boncenne/Lepetit. Parmi les autres atouts du Grand Poitiers, citons encore les sept parkings implantés dans le centre-ville, tous situés entre trois et dix minutes de la place Leclerc, et le système d’autopartage Otolis (qui recourt à des véhicules bicarburants, essence et GNV).
    Au total, le réseau Vitalis compte aujourd’hui 17 lignes auxquelles s’ajoutent les liaisons scolaires ainsi que les lignes spécifiques (PMR, boucle centre-ville) qui parcourent 250 kilomètres pour desservir 1 128 points d’arrêts, répartis dans les 13 communes de l’agglomération (plus de 138 000 habitants). En 2012, la régie des transports qui gère Vitalis a transporté 14,8 millions de voyageurs, soit une augmentation de 3,5 % par rapport à l’année précédente.
    L’autre volet de politique des déplacements repose sur le développement de la marche (grâce à des aménagements piétons) et du vélo. Avec 468 vélos électriques, l’agglo possède le premier parc de France. Ils sont disponibles, comme les 250 vélos classiques, en location moyenne et longue durée (journée, semaine, mois), dans deux stations : l’une à la gare, l’autre à l’université, les étudiants formant les utilisateurs les plus fréquents.
    En cette fin d’année, le 21 décembre, le Grand Poitiers inaugurera un projet très emblématique de sa politique : le viaduc Léon-Blum. Cet ouvrage d’art, qui remplacera la passerelle des Rocs, permettra de relier l’avenue de Nantes, près de la gare SNCF et le boulevard de Solférino, franchissant les voies ferrées presque au-dessus de la gare pour rejoindre le plateau où se situe le centre-ville historique. Très design, le viaduc a été élargi (passant de 5 à 15 mètres de large) mais pas pour les voitures : il ne verra en effet circuler que des bus, des vélos et des piétons, dans les deux sens. Pas moins de trois lignes de bus l’emprunteront. Mais celui-ci est surtout destiné à accueillir le futur BHNS prévu en 2017. Une station-gare y sera installée.
    On voit que les transports et la mobilité sont des sujets qui suscitent l’intérêt dans le Grand Poitiers. Il suffit de lire les propositions des candidats aux municipales, en la matière. La gratuité pour une, et deux téléphériques pour un autre. Cela fait au moins deux idées très ambitieuses.
        

    Yann Goubin

    Les points forts

    – Une augmentation de fréquentation des bus de 3,5 %
    – Un très important parc de vélos électriques, le double des « classiques »
    – Un viaduc réservé aux modes doux
    – Un projet de BHNS (2017)

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    Palmarès des mobilités. Prix Intermodalité : Belfort, vélos et voitures aux portes du bus

    Un bon réseau de bus, c’est la base de l’intermodalité. Le Syndicat mixte des transports en commun du Territoire de Belfort a lancé le sien, Optymo, en 2007, avec d’ambitieux objectifs de conquête de voyageurs. Et, de fait, les habitants ont suivi. En 2011, la fréquentation avait augmenté de 66 %, passant de 3,5 millions de voyages en 2007 à 6,3 millions en 2011.

    Un bon réseau de bus, c’est la base de l’intermodalité. Le Syndicat mixte des transports en commun du Territoire de Belfort a lancé le sien, Optymo, en 2007, avec d’ambitieux objectifs de conquête de voyageurs. Et, de fait, les habitants ont suivi. En 2011, la fréquentation avait augmenté de 66 %, passant de 3,5 millions de voyages en 2007 à 6,3 millions en 2011. Parmi les raisons de ce succès, un maillage très fin de l’agglomération, s’appuyant sur des correspondances efficaces entre les lignes, mais aussi quelques outils mis à la disposition des usagers, comme le postpaiement (50 000 habitants détiennent un Pass Optymo), les tickets par SMS ou l’information en temps réel. Autant de services qui font toute la philosophie du réseau : rendre les transports plus simples, plus facile et plus agréable, pour convaincre les habitants de l’agglo de les emprunter au détriment de leur voiture. En septembre 2013, le réseau évolue pour devenir Optymo 2. Deux lignes principales de bus voient leur fréquence passer à 5 min, les autres lignes restant à 10 min, une cadence plutôt correcte dans une agglomération de taille moyenne comme Belfort. Mais surtout, Optymo 2 intègre les vélos en libre service déployés en avril 2013, avec un succès rapide. Parfaitement adaptées aux trajets courts, de un à deux kilomètres, les bicyclettes jouent pleinement leur rôle dans l’offre de transports que Belfort nomme Triple play, en référence aux offres des opérateurs téléphoniques. Quant au troisième mode d’Optymo, les autos en libre service actuellement testées, il sera lancé mi-décembre. Et le triple-play sera au complet.                           

    Y. G.

    Les autres nominés étaient :

    Auvergne-mobilité.fr, un calculateur d’itinéraires pour toute l’Auvergne
    Les acteurs des transports publics auvergnats, soit 13 AOT, ont lancé ensemble auvergne-mobilité.fr en décembre 2012. Le site permet de calculer son itinéraire sur toute la région, en utilisant une chaîne continue de transports collectifs (TER, cars départementaux, tramway, bus urbains). Il intègre aussi quelques solutions de covoiturage. Le calcul se fait de porte à porte et précise l’impact écologique du déplacement en TC et en voiture. Le site regroupe de plus les informations (plans, tarifs, coordonnées des guichets) de chacun des 13 réseaux urbains. Initiée trois ans auparavant, la centrale de mobilité a coûté 293 500 euros, dont 240 500 euros financés par la région Auvergne. Au-delà, les AOT ont décidé d’initier une étude de tarification intégrée multimodale et de billettique commune visant à étendre la carte à puce Tandem qui fonctionne déjà dans les TER et les réseaux urbains de Clermont-Ferrand et Moulins.    

    C. N.

    Zou ! Paca élargit les frontières
    Lancée en septembre 2011 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Zou !, la carte d’abonnement valable sur l’ensemble des réseaux dont la région a la charge, a élargi ses services et franchi des frontières au fil du temps, permettant au plus grand nombre de passer d’un mode de transport à un autre. Elle facilite l’accès au train grâce à la technologie sans contact et contribue à fidéliser de nouveaux clients attirés par un réseau de meilleure qualité et des tarifs préférentiels. Au printemps 2013, une offre originale a été mise en place avec Zou ! Alternatif. Cette carte mensuelle est un efficace outil de report modal puisqu’elle permet, moyennant un modeste surcoût de 1,50 euro, de voyager entre Marseille et Aix-en-Provence ou Marseille et Aubagne. Cet abonnement, lancé après une concertation fructueuse entre les AOT concernées, permet d’utiliser indifféremment les TER ou cars interurbains (Cartreize) du conseil général des Bouches du Rhône.  Le dispositif s’est encore enrichi cet été avec les Zou Pass spécialement destinés aux touristes (forfait de 24 heures donnant un accès illimité au réseau). La carte Zou ! a trouvé son public : près de 100 000 personnes l’utilisent aujourd’hui.     

    C. N.

     

    Palmarès des mobilités. Prix Nouvelles mobilités : Toulouse, une politique vélo volontariste

     


    Difficile d’imaginer les rues de la ville rose sans vélo ! Le vélo en libre service VélÔToulouse, qui fête ses six ans, dépasse les 10 000 locations par jour. En 2013, 200 vélos et 30 nouvelles stations ont été ajoutés portant leur total respectivement à 2 600 et 283.

    Difficile d’imaginer les rues de la ville rose sans vélo ! Le vélo en libre service VélÔToulouse, qui fête ses six ans, dépasse les 10 000 locations par jour. En 2013, 200 vélos et 30 nouvelles stations ont été ajoutés portant leur total respectivement à 2 600 et 283. L’agglo adapte en effet le service aux évolutions de la ville, sachant que pour être efficace, il doit comporter une station tous les 200 m environ. L’agglomération toulousaine, qui dispose d’un réseau cyclable de 500 km, a parallèlement adopté un ambitieux « Plan vélo 2011-2020 », qui vise à résorber les discontinuités cyclables, faciliter le stationnement, favoriser les services (location, réparation…) et développer l’intermodalité avec les TC. A cet égard, Tisséo autorise depuis l’été 2012, l’embarquement d’un vélo dans le tram aux heures creuses, à l’instar de Strasbourg, Montpellier et Bordeaux. Enfin, les utilisateurs du récent pôle d’échanges de Basso Cambo peuvent accéder aux abris vélos sécurisés grâce à leur abonnement Tisséo.
    Sans oublier que VélÔToulouse n’est efficace que si le maillage des stations, une tous les 200 mètres, est respecté. La ville possède également depuis peu la plus grande vélostation de France, près de sa gare Matabiau, avec 678 places de stationnement dont 600 réservées aux utilisateurs du TER, moyennant un abonnement de cinq euros par mois ou de 30 euros par an. Inaugurée officiellement il y a peu par la SNCF et la région Midi-Pyrénées, la vélostation fonctionne depuis six mois et compte une grosse centaine d’adhérents.                         

    C. N.

     

    Les autres nominés étaient :

    Lyon : lancement du système d’autopartage Bluely
    Presque deux ans après Autolib’, le service de voitures électriques en libre service de la région parisienne, c'est au tour de Bluely d'entrer en piste : le 10 octobre, le service a été inauguré à Lyon. Dans un premier temps, une flotte de 130 Bluecar est proposée. Il s'agit de la petite citadine électrique dotée d'une autonomie de 250 km, fabriquée par le groupe Bolloré.
    Le nombre de véhicules augmentera progressivement pour atteindre 250 d'ici à 2014. Emprunter un véhicule coûte 19,90 euros l’abonnement d’un mois et ne nécessite pas de le ramener à son parking d’origine. Avec ce dispositif, la ville espère démontrer aux Lyonnais qu’il est plus avantageux de ne pas posséder le véhicule avec lequel on se déplace.     

    M.-H. P.

    Compiègne : location de vélos moyenne et longue durée pour le campus
    En préparant son nouveau réseau, lancé en juillet dernier, l’Agglomération de la région de Compiègne (ARC) souhaitait y inclure des modes doux, parmi lesquels le vélo. Si la formule du libre-service s’avérait trop coûteuse, l’agglomération songeait à une location de moyenne et longue durée (journée, semaine ou mois), qui implique plus l’utilisateur et limite les dégradations. Mais surtout, c’est une enquête qui a permis de mieux apprécier la demande potentielle. Si quelque deux cents salariés se sont déclarés intéressés, ce sont des étudiants qui ont montré le plus d’intérêt pour une formule de location de vélo, particulièrement adaptée à la configuration géographique du campus très étendu de Compiègne qui accueille notamment l’Université de technologie de Compiègne ou l’Ecole supérieure de chimie organique (Escom). Les cent vélos et les cinquante places de stationnement sécurisé sont installés à côté de la gare par laquelle arrivent de nombreux étudiants ou professeurs venant de Paris.           

    Y. G.
     

    Palmarès des mobilités. Prix Mobilités 2.0 : Nice, un grand boulevard connecté

     

  • En plein centre de Nice, le boulevard Victor-Hugo bénéficie depuis l’été dernier des technologies de la ville intelligente. 200 capteurs installés en haut des candélabres, dans la chaussée ou encore sur les containers collectent en temps réel les données sur la circulation, l'éclairage public, la propreté et la qualité environnementale.

  • En plein centre de Nice, le boulevard Victor-Hugo bénéficie depuis l’été dernier des technologies de la ville intelligente. 200 capteurs installés en haut des candélabres, dans la chaussée ou encore sur les containers collectent en temps réel les données sur la circulation, l'éclairage public, la propreté et la qualité environnementale. Objectifs : optimiser la gestion de la ville et proposer de nouveaux services comme le stationnement intelligent qui permet de connaître sur son smartphone la disponibilité des places pour se garer. Les informations sont regroupées sur une plateforme technologique, développée par Cisco, qui permet de mutualiser intelligemment les services municipaux.
    Cette approche technologique doit permettre à la ville de maîtriser ses données et de les rendre publiques afin de favoriser l’innovation. Cette expérimentation servira en effet à tester et imaginer en réel de nouveaux services notamment dans le domaine de la circulation. Mais aussi en matière d’éclairage public, de gestion des déchets, d’environnement, de commerce et de vie quotidienne. Des capteurs environnementaux d’air, de bruit, d’humidité, de température et de luminosité permettent par exemple de dresser une cartographie environnementale de la zone d’expérimentation. Les données archivées et traitées serviront, au terme de l’expérimentation, à définir des règles de gestion urbaine sur la circulation et l’éclairage public ainsi qu’à mettre en place des alertes s’il existe un risque sanitaire pour les usagers.                        

    C. N.
     

    Les autres nominés étaient :

    Angoulême : annonce des passages de bus avec VocaBus
    Cette année, la société des transports du Grand Angoulême (STGA), a développé son application pour smartphone de géolocalisation des stations et d’horaire de passage des bus. VocaBus, c’est son nom, permet d’annoncer à haute voix, ou dans l’oreillette, les prochains passages du bus. Le logiciel reconnaît même la direction choisie, et ne le demande donc pas. On peut aussi se faire énoncer, toujours oralement, le nom de l’arrêt, rien qu’en scannant le code 2D, affiché sur l’auvent. D’abord développée pour les non-voyants, cette application est aussi utile pour les autres voyageurs. Il peut être plus pratique d’entendre ces informations que de les lire par exemple lorsqu’on marche.     

    Y. G.

    Caen Déploiement du « full NFC » sur le réseau Twisto
    Boussole, info-trafic, horaires et titre de transport. Depuis le 17 juin, l'application du réseau Twisto de Caen (Keolis) propose aux usagers d'acheter et valider leurs trajets grâce à leur smartphone équipé d'une puce NFC (Near Field Communication) Cityzi. Dans un premier temps, seuls les abonnés Orange peuvent bénéficier du service. Ils doivent pour cela télécharger l'application et s'inscrire. Les achats en ligne se font via carte bancaire. Le client peut acheter des billets à l'unité ou un abonnement. La puce NFC passée devant le valideur envoie les données à la borne de manière sécurisée (selon la norme ISO 14443). Le projet a coûté plus 3,6 millions d'euros à Viacités, l'AOT caennaise, dont 1,3 million d'euros ont été utilisés pour rendre compatible les valideurs. C'est la première réalisation d'une billettique issue de l'appel à projets « Ville Numérique », de mars 2012. Keolis espère étendre le NFC aux TER bas-normands et aux bus du conseil général du Calvados, d'ici à deux ans.    

    C. N.

     

    Palmarès des mobilités. Prix Mobilité durable : Metz, le BHNS à 90 % en site propre

     
     


    C’est une métamorphose pour la ville. En inaugurant simultanément le 5 octobre deux lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) orientées nord-ouest et sud-est, totalisant 18 km, en site protégé de la circulation sur 90 % du tracé, l’agglomération messine a frappé un grand coup.

    C’est une métamorphose pour la ville. En inaugurant simultanément le 5 octobre deux lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) orientées nord-ouest et sud-est, totalisant 18 km, en site protégé de la circulation sur 90 % du tracé, l’agglomération messine a frappé un grand coup. Baptisé Mettis, le TCSP (220 millions d’euros) relie les deux plus grands quartiers d’habitat social (Woippy et Borny) via 37 stations et est emprunté par la ligne A (12,5 km) de Woippy au Technopôle, et la ligne B (près de 11 km), du campus du Saulcy au futur CHR, avec un tronc commun de 5,6 km. Ses priorités aux feux, sa vitesse commerciale de 20 km/h, ses fréquences dans le centre-ville de 5 min pendant la pointe et ses parcs-relais en font un mode attractif pour les 100 000 résidents ou salariés bénéficiant d’une station à moins de 500 m.
    Les véhicules hybrides aux teintes acidulées, des ExquiCity de Van Hool (de 24 m, 150 voyageurs), ont été designé pour la capitale lorraine qui a parallèlement revu et hiérarchisé tout son réseau urbain. Mission pour Mettis : transporter à terme jusqu’à 35 000 voyageurs par jour et faire passer le nombre de voyage par an et par habitant d’un petit 70 à 90 en deux à trois ans. Moins de deux mois après son lancement, Mettis transporte déjà 25 700 voyageurs par jour, quant à la fréquentation totale du réseau, elle serait déjà passée de 60 000 en 2012 à 65 000… « Nous sommes très contents car on escomptait 23 000 voyages/j en 2014, explique Jean-Luc Bohl, président de Metz Métropole. Les clients le trouvent convivial et il séduit certaines catégories de populations qui ne prenaient pas les TC auparavant, à commencer par moi ! »  

    C.N.

    Les autres nominés étaient :

    Nantes : développement des lignes Chronobus
    Quatre premières lignes Chronobus en septembre 2012, puis trois de plus en septembre 2013, Nantes Métropole compte encore lancer trois autres lignes de ce type après 2014. Les lignes Chronobus, prévues dans le PDU 2010-2020 que l’agglo a adopté en juin 2011, sont des BHNS qui adaptent aux lignes de bus, les avantages du tramway et du Busway.
    Grâce à des aménagements de voirie, comme une chaussée élargie, des voies dédiées, la création de ronds-points, parfois franchis par les bus en leur centre ou encore la priorité aux carrefours, les lignes Chronobus offrent un service à la fois fréquent et rapide, toute la journée de 5h à minuit, une accessibilité et un confort propres à convaincre les Nantais les plus réfractaires à emprunter les transports en commun.    

    C. N.
     

    Toulouse : espaces logistiques contrôlés
    Après une première charte de bonnes pratiques, mise en place en 2005 à la suite d’une concertation approfondie avec les transporteurs, chargeurs ou commerçants, une 2e charte de livraison a été signée le 19 septembre 2012 à Toulouse. Basée sur le principe de l'accréditation des professionnels selon les types de véhicules et d'activité, elle s’applique depuis le 1er novembre dans le centre-ville. Les livraisons en véhicules thermiques ne sont permises qu’à certains moments et l’utilisation d'un disque livraison est obligatoire avec un temps d’arrêt limité. Toulouse Métropole a aussi fait le choix d’espaces logistiques contrôlés (portions de voirie dédiées aux livraisons avec accès contrôlé par des bornes escamotables). Un travail de sensibilisation a été entrepris envers les livreurs qui s’engagent à utiliser davantage les véhicules non thermiques. Les commerçants de leurs côtés doivent faire coïncider les heures d'ouverture avec celles des livraisons et développer la mutualisation des réceptions via des commerçants-relais ou points-relais. Ceci s’inscrit dans le cadre du réaménagement du centre-ville et du meilleur partage de l’espace public.     

    M.-H. P.
     

     

    Palmarès des mobilités. Prix Innovation : Lorient, des supercondensateurs pour la navette transrade

     

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  • Pour innover, il faut sortir des sentiers battus, ne pas emprunter le même chemin que les autres. C’est ce qu’a fait Lorient Agglomération pour choisir son dernier transrade, officiellement mis en service le 19 septembre 2013.

    Pour innover, il faut sortir des sentiers battus, ne pas emprunter le même chemin que les autres. C’est ce qu’a fait Lorient Agglomération pour choisir son dernier transrade, officiellement mis en service le 19 septembre 2013. Pas moins de seize chantiers navals ont répondu à l’appel d’offres de Lorient Agglomération. Mais une seule offre correspondait à la demande : le bateau devait utiliser un mode propulsion économe en énergie, être conçu en matériaux recyclables et générer le moins de nuisances possibles y compris dans son entretien.
    C’est finalement le chantier naval STX, installé Lanester, une commune qui jouxte Lorient, qui a été retenu en proposant l’Ar Vag Tredan, autrement dit le bateau électrique en breton. Un nom qui ne dit que vaguement l’innovation que renferme ce catamaran de 22,1 m de long sur 7,2 m de large capable de transporter 123 passagers. Certes, il est à propulsion électrique, mais c’est dans le stockage de l’énergie qu’il est original. Au lieu d’opter pour des batteries classiques, longues à recharger, l’agglomération a choisi des supercondensateurs, au cycle de charge-décharge très court qui correspond parfaitement à l’usage de la navette sur la ligne 10 (maritime) du réseau CTRL, confié à Keolis. Des allers-retours fréquents, mais courts (7 min) et nombreux (28 rotations) entre le quai des Indes à Lorient et Pen-Mané à Locmiquélic, sur la rive est de la rade. C’est là que l’Ar Vag Tredan recharge ses supercondensateurs, fournis par la Blue Solutions, la filiale de Bolloré, grâce à une potence, en seulement quatre minutes. De quoi tenir jusqu’à la prochaine escale.           

    Y. G.

    Les autres nominés étaient :

    Montpellier : une borne intelligente pour les automobilistes qui prennent le tram
    Ce serait une première nationale : La TaM (Transports de l’agglomération de Montpellier) a lancé en avril un ticket utilisable dans trois parkings-relais (Circé, Mosson et García Lorca), et dont le prix baisse si l’automobiliste prend le tramway. Ce ticket comprend un double encodage, l’un pour le parking, l’autre pour le tramway. Des bornes intelligentes permettent de lire et de contrôler la durée de stationnement et d'appliquer une grille tarifaire horaire. Il accorde un délai de 30 minutes pour emprunter le tram et conserver une tarification attractive. Faute de quoi, les tarifs du stationnement grimpent. Grâce à sa tarification, ce ticket permet également de réguler le stationnement et d’éviter que, dans les parcs-relais situés près de zones commerciales, les clients de ces commerces ne viennent trop encombrer ces parkings.     

    M.-H. P.
     

    Lyon : l’autopartage Sunmoov’ compatible avec les « smart grids »
    Le système d'autopartage opéré par Proxiway (filiale de Transdev), lancé en octobre dans le quartier de la Confluence à Lyon se distingue pour être le premier compatible avec les réseaux électriques intelligents (smart grids). Sunmoov’, associant autopartage électrique et charge solaire, est porté par le groupe japonais Toshiba et le Nedo, l’équivalent de l’Ademe au Japon, qui a investi 50 millions d’euros. Plusieurs bâtiments à énergie positive du quartier fournissent l'énergie nécessaire au fonctionnement des 30 véhicules électriques, répartis sur six stations, dont trois équipées d’un système de charge rapide (20 à 30 minutes) à faible impact sur le réseau. Sunmoov’ vise aussi à expérimenter un système de charge solaire via des panneaux photovoltaïques intégrés sur le toit des bâtiments du quartier, à partir de 2014. En attendant, les voitures Sunmoov’ s’alimentent via la CNR qui fournira une électricité verte, essentiellement hydraulique. Pour Proxiway, l'objectif est de rentabiliser à un horizon de deux à trois ans le service, en convainquant un millier d’utilisateurs réguliers.            

    C. N.

     

     

    Palmarès des mobilités. Prix Ville et Automobile : Nantes, une ville en paix avec les voitures

     


    Depuis le 1er octobre 2012, Nantes Métropole et la ville de Nantes ont lancé ce qu’elles considèrent être l’un des projets majeurs du plan de déplacements urbains 2010-2015-2030 : « La ville apaisée ».

    Depuis le 1er octobre 2012, Nantes Métropole et la ville de Nantes ont lancé ce qu’elles considèrent être l’un des projets majeurs du plan de déplacements urbains 2010-2015-2030 : « La ville apaisée ». Concrètement, cela s’est traduit par la mise en place d’une grande zone 30 couvrant le centre de l’agglomération sur une superficie de 100 ha, un accroissement des zones piétonnes de 18 à 20 ha, une zone à trafic limité sur les axes principaux afin de limiter la circulation automobile.
    Dans le cadre de ce nouveau plan de circulation, le cours des 50-Otages, axe majeur du centre-ville, est interdit aux voitures en transit depuis octobre 2012. Cet axe, ainsi que certaines rues adjacentes, est devenu une zone à trafic limité (ZTL). La vitesse y est limitée à 30 km/h. Cette ZTL est dédiée aux piétons (grâce au réaménagement des trottoirs), aux vélos (création d’une piste cyclable en position centrale), aux transports en commun mais aussi aux véhicules autorisés (riverains, livreurs, taxis…)
    L’accès est identifié notamment par un marquage au sol et des contrôles de police sont régulièrement effectués, mais, selon Nantes Métropole, « il est surtout fait appel au sens de responsabilité et au civisme des automobilistes ». Parmi les avantages liés à ces aménagements, la régularité des transports en commun a été améliorée et les modes dits doux sont devenus plus sûrs. Les lignes de BHNS Chronobus, mises en service le 1er octobre 2012, puis le 26 août dernier, en profitent tout particulièrement. Avant 2012, 18 000 véhicules empruntaient quotidiennement le Cours des 50-Otages. Aujourd’hui, ils sont 6 000.     

    M.-H. P.

    Les autres nominés étaient :

    Marseille Piétonnisation du vieux port
    C’était l’un des projets phare de Marseille Provence pour 2013, capitale européenne de la culture : redonner son lustre au Vieux-Port et en faire un espace apaisé où piétons et modes doux retrouveraient toute leur place. Signé par le groupement Michel Desvigne mandataire/Foster+Partners/Tangram/Ingérop-Kersalé, le projet visait également à redynamiser le centre-ville pour renforcer son attractivité touristique et commerciale.
    C’est fait depuis le début de l’année : le Vieux-Port est devenu semi-piéton. Une très vaste esplanade a été créée Quai de la Fraternité. Le projet a permis de dégager les quais et d’en ouvrir les espaces afin de leur faire retrouver leur aspect linéaire originel. Aujourd’hui, le nombre de voies de circulation est passé de neuf à deux sur le Quai de la Fraternité. Avec la réduction de moitié de la circulation et la reconquête de l’espace public au bord du plan d’eau, l’espace piéton a augmenté de 75 %.     

    M.-H. P.

    Valenciennes : dématérialisation du paiement du stationnement
    Désormais, à Valenciennes, c’est par téléphone qu’on paie son stationnement. Le 4 mai 2013, la ville de Valenciennes a été la première ville française à lancer Skipi, avec sa Saem Valenciennes Stationnement. L’automobiliste télécharge l’application sur son smartphone, sur le site www.skipi.eu.com. Puis, lorsqu’il est garé, il n’y a plus qu’à se connecter, se localiser, entrer l’immatriculation du véhicule, et à indiquer la durée de stationnement qu’il souhaite. Son compte bancaire est alors débité de la somme correspondante. Et à la fin du temps prévu, il reçoit un SMS, et peut alors soit confirmer la fin du stationnement soit le prolonger, pour éviter d’être en infraction. Après cinq mois d’utilisation, le service recense déjà 1 200 usagers réguliers, soit l’objectif prévu après un an de fonctionnement.    

    Y. G.

     

     

    Palmarès des mobilités. Prix Européen : Saragosse, aménagement de la ville autour du tramway


    Cinquième ville d’Espagne, Saragosse (700 000 habitants), a inauguré en mars sa première ligne complète de tramway – une première phase de 5 km avait ouvert en 2011. Avec l’arrivée du tram sur un parcours de 13 km et 25 stations, du nord au sud, la ville a été rénovée de façade à façade.

    Cinquième ville d’Espagne, Saragosse (700 000 habitants), a inauguré en mars sa première ligne complète de tramway – une première phase de 5 km avait ouvert en 2011. Avec l’arrivée du tram sur un parcours de 13 km et 25 stations, du nord au sud, la ville a été rénovée de façade à façade. Un tiers du montant du projet (près de 360 millions d’euros) a été consacré aux aménagements urbains, se traduisant par une importance accrue accordée aux piétons et aux vélos et une circulation automobile apaisée. De longues portions de voies ont aussi été engazonnées.
    Sur 2 km du centre historique, une solution sans caténaire a été mise en œuvre avec le système ACR de stockage rapide de l’énergie (super-capacités), permettant de recharger par le sol, en 20 secondes en station. Les 21 rames Caf Urbos 3 – industriel dont l’usine est située précisément à Saragosse – passent toutes les 5 à 7 minutes aux heures de pointe, et transportent 80 000 voyageurs par jour (100 000 sont escomptés à court terme). Le réseau de bus, qui comprend 45 lignes et réalise 400 000 voyages par jour, est en correspondance à trois pôles d’échanges. Il a été totalement réorganisé cet été pour éviter les doublons.
    Le réseau est géré par une Sem, dans laquelle la municipalité est présente à 20 %, aux côtés d’un groupement mené par Caf, FCC, Acciona, Concessia, Ibercaja et Tuzsa.
    A noter, un très bon taux de couverture de 68 %, sachant qu’une carte valable une heure sur le réseau coûte 1,35 euro. Saragosse envisage maintenant une ligne est-ouest de trois kilomètres et sept stations, pour 85,7 millions d’euros.     

    C. N.

     

    Les autres nominés étaient :

    Barcelone : couloirs de circulation réservés
    Dans la foulée de la pionnière Madrid, Barcelone a étrenné le 29 octobre 2013 son premier bus VAO qui circule dans un couloir réservé à certains véhicules. Cet axe est accessible aux bus, taxis, voitures écologiques ou transportant au minimum deux personnes dans un premier temps (la règle est habituellement un minimum de trois personnes). Ce n’est qu’une des dernières innovations lancées par cette ville qui affiche son dynamisme en matière de déplacements publics et dispose d’un réseau très performant. Elle a fait le choix du  Lion’s City hybride, un matériel innovant. Grâce aux dix dernières commandes qui doivent arriver avant la fin de l’année, elle va disposer du parc de Lion’s City hybride le plus important au monde.     

    M.-H. P.

    Salzbourg : le trolleybus, mode écologique par excellence
    Le réseau de transports publics de Salzbourg (166 000 habitants) s’étend. L’exploitant urbain SLB a fait le choix du trolleybus, persuadé, à juste titre, que c’est un mode de transport écologique. Il transporte chaque année 40 millions de voyageurs (s’ajoutent 12 millions de voyageurs transportés par des bus exploités par une autre entreprise privée). Depuis de nombreuses années, Salzbourg ne commande plus que des trolleybus à plancher surbaissé. Les Trollino 18 de Solaris/Cegelec ont été « restylés » genre BHNS. Ils sont maintenant tous en service. L’une de leurs caractéristiques est d’accueillir les vélos grâce à leur vaste plate-forme arrière.     

    M.-H. P.

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  • Haute-Normandie : une ambition ferroviaire

    Haute-Normandie : une ambition ferroviaire

    Comme pour toutes les Régions de France, le transfert par l’Etat de la compétence transport, effectif en 2002, a été un tournant majeur pour la Haute-Normandie. Il a fallu prendre à bras-le-corps un secteur, tout en composant avec les partenaires historiques, notamment dans le ferroviaire : SNCF, pour la billettique et le matériel, et Réseau ferré de France (RFF), pour les voies. A cela s’ajoutait une réalité complexe, géographique et socio-économique : bien que plus longue (200 km de Verneuil-sur-Avre au Tréport) que large (165 km de Gisors au Havre), la Haute- Normandie est un territoire structuré transversalement par la Seine. L’axe Paris – Rouen – Le Havre est, de plus, le premier complexe portuaire de France, générant un flux ininterrompu, entre terre, fleuve et fer, de camions, de barges et de trains de marchandises. Et cela va s’amplifier puisque le trafic de conteneurs du port du Havre devrait doubler voire tripler dans les prochaines années, grâce aux installations de Port 2000. Au coeur de ce réseau dense, Rouen est une sorte de « hub » vers lequel tout converge et tout diverge, en étoile…

  • Le Wi-Fi dans le matériel roulant : le prochain standard

    Le Wi-Fi dans le matériel roulant : le prochain standard

    Des supermarchés dématérialisés dans les gares, du wi-fi gratuit dans tous les trains, des offres payantes d’accès aux données dans les bus : le cabinet anglo-saxon Frost & Sullivan ne s’interdit aucune révolution dans sa dernière étude prospective sur les technologies de connexion pour les usagers, embarquées dans le matériel roulant.
    Le document, nommé Analyse stratégique du marché de l’info-divertissement dans les transports en Amérique du Nord et en Europe, dresse un tableau complet de l’usage actuel du wi-fi par les grands opérateurs. On y apprend sans surprise que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont un très grand taux d’équipement en wi-fi et « info-divertissement » dans leur matériel roulant. Leurs opérateurs de transports offrent ces services respectivement à 75 et 92 %.
    On est loin de ce niveau en Europe continentale mais il progresse constamment. A en croire les auteurs de l’étude, le taux de pénétration du wi-fi dans le matériel roulant sera six fois plus élevé dans dix ans. Avec une progression de minimum 20 % par an. Et une grande diversification des fournisseurs de solutions techniques à la clé.
    En France, en particulier, la marge de progression est belle. Moins de 5 % des trains sont équipés en solutions d’accès à Internet pendant le voyage. Seuls Thalys et TGV Est se sont lancés et ont développé des solutions techniques permettant à leurs usagers d’utiliser ordinateurs portables, tablettes et smartphones durant le trajet. C’était il y a dix ans déjà, pour les premières mises en service.
    Pour autant – malgré l’arrivée des normes Long term evolution (LTE), proches de la 4G – une généralisation du service aux TER semble irréaliste. Une source bien informée expliquait récemment à Ville Rail & Transports que le wi-fi embarqué ne concernerait sans doute jamais les matériels régionaux. Raison invoquée : le coût élevé des équipements (deux millions d’euros par unité) et le fait que la 4G permettra bientôt avantageusement de remplacer ce type de dispositifs pour les usagers.
    C’est sans compter avec les développements applicatifs du service, tels qu’exposés par le cabinet Frost & Sullivan, avance Jagadeesh Chandran, coauteur de l’étude. « Il permet aux opérateurs de gagner en compétitivité en promouvant l’intermodalité ainsi que leurs propres offres. » Offrir une solution propriétaire, c’est aussi une façon de rendre captif l’usager et de monétiser son investissement.
    Les bénéfices pour les opérateurs sont nombreux. Et les usagers y sont très sensibles. Laurent Lenoir, directeur des systèmes d’information chez iDBus peut le confirmer. « Nous avons la chance d’avoir un taux de satisfaction de notre service de 99 %, ce qui est très rare dans notre secteur et le wi-fi embarqué y est pour beaucoup », explique-t-il. Avant de préciser que « c’est aussi un sujet potentiel de mécontentement très grand, parce que rester en contact avec ses proches ou le monde du travail lorsqu’on est en déplacement est vécu comme quelque chose de crucial par nos usagers ».
    Au-delà de la fourniture d’accès, c’est bien le multi-usage qui est mis en avant dans ces bus qui traversent l’Europe. « Il s’agit d’un véritable projet technologique qui doit répondre à des critères de certification et de sécurité, développe Laurent Lenoir. Nous allons bientôt augmenter la capacité de la bande passante pour offrir davantage à nos usagers ».
    Le fait qu’iDBus se projette déjà dans une augmentation de la capacité technique – l’écueil principal de cette innovation – n’est pas un hasard. La relation à la concurrence joue beaucoup dans la décision des opérateurs de se lancer dans ce type d’entreprises. Après l’action de la firme où travaille Laurent Lenoir, ses concurrents n’ont pas tardé à offrir des services similaires. Ce qui en fait quasiment un standard à l’échelle européenne.
    Si la SNCF ne souhaite pas communiquer sur le sujet du wi-fi embarqué mais confirme « préparer pour très bientôt un appel d’offres », c’est en grande partie à cause des initiatives de ses concurrents européens. En Allemagne notamment, la Deutsche Bahn est très avancée et propose des « lounges » équipés en wi-fi dans chaque train depuis deux ans déjà.
    Il ne s’agit pas là uniquement de coûts fixes. Le cabinet Frost & Sullivan estime que l’info-divertissement à bord rapportait déjà 56 millions de dollars par an en 2011, Europe et Etats-Unis confondus. L’analyse estime que ce chiffre devrait monter à 700 millions dans dix ans. A la vue de ces chiffres on comprend mieux pourquoi il risque de falloir offrir des éléments plus proches de l’application que du cybercafé roulant.
    Pour que les prévisions du cabinet Frost & Sullivan se réalisent, il ne manque que quelques initiatives d’un opérateur majeur. Qui devra se décider entre le modèle où l’usager apporte son matériel et celui où tablettes et écrans sont fournis sur place. Cette dernière éventualité a des chances de l’emporter puisqu’elle permet de contrôler précisément les besoins en bande passante des clients. Des écrans à l’arrière des sièges, cela aurait un air de déjà-vu : c’est le modèle aérien de l’info-divertissement. Il a fait ses preuves.    
        

    Julien Sartre

     

    Eternel débat gratuit-payant

    A bord, faut-il offrir un accès à Internet universel ou proposer une offre de données payantes qui comprend des applications ? C’est le dilemme auxquels sont confrontés actuellement les opérateurs de transports. L’offre minimaliste sera difficilement rentable mais plutôt considérée comme un standard de service. « Il est toujours possible de proposer un forfait d’utilisation d’Internet à l’heure mais les compagnies l’utilisent déjà pour ne pas surcharger la bande passante et ce système a ses limites », avance le cabinet Frost & Sullivan.
    Enfin, il est envisageable de pousser le modèle actuel à son maximum, c’est-à-dire de proposer un accès wi-fi performant à bord, uniquement pour des utilisateurs privilégiés, ayant payé un billet plus cher pour accéder à la classe supérieure. Ce n’est pas la logique de l’info-divertissement généralisé dans le matériel roulant.

     

    Les gares : une piste de financement


    Diverses expérimentations de supermarchés dématérialisés dans les gares ont déjà eu lieu en Asie du Sud-Est mais aussi en France, à Paris et à Lyon. L’idée de scanner des produits pour se les faire livrer à son arrivée chez soi a fait son chemin. De l’espace commercialisé en plus qui pourrait être une des solutions pour rentabiliser le wi-fi dans les transports. La question de la répartition de la manne générée par ces flux financiers posera question, mais c’est une piste.
    Selon Jagadeesh Chandran, analyste pour le cabinet Frost & Sullivan, « il faudra développer de nombreuses applications pour offrir davantage que du divertissement destiné à faire patienter les voyageurs. Les gares en prennent le chemin. »

  • Comment la vidéoprotection s’est imposée dans les réseaux

    Comment la vidéoprotection s’est imposée dans les réseaux

    «On parle aujourd’hui de vidéoprotection et parfois même de vidéotranquillité. A quand la vidéosérénité ou le vidéozen ?!? », a ironiquement soulevé Etienne Sesmat, le directeur de la sûreté de la RTM lors de son intervention des journées Agir, à Marseille, en juin 2013. Derrière l’évolution de la terminologie, la pratique semble de plus en plus acceptée. Réticents, au départ, à l’installation de caméras « Big Brother », les Français s’y sont progressivement habitués. Selon un sondage BVA de mars 2013, 75 % d’entre eux se déclarent aujourd’hui favorables au développement de la vidéosurveillance dans les centres-villes, les transports et les lieux publics.
    Les systèmes de vidéosurveillance se sont développés dans les transports en commun à partir des années 1970, surtout en Ile-de-France. Ces premières caméras servaient principalement d’outils pour assurer le bon fonctionnement du matériel, notamment dans le métro (escalators, fermetures des portes des rames…), et pour réguler les flux de voyageurs. C’est à partir des années 1990 que le système de vidéosurveillance sert à assurer la sûreté du réseau. Après les attentats du RER B, aux stations Saint-Michel en 1995 et Port-Royal en 1996, les pouvoirs publics implantent des caméras dans plusieurs gares de RER, avec enregistrement des images à des fins d’investigation et de lutte contre le terrorisme. Les attentats à Madrid en 2004 ont encore accentué le sentiment de nécessité d’un réseau de vidéosurveillance complet. Petit à petit, de nombreux réseaux de transport en commun, trains, tramway ou bus, ont installé des systèmes de vidéosurveillance.
    A Lyon, à l’origine, le système de vidéosurveillance n’était pas, non plus, dédié à la sûreté, mais était uniquement un outil participant au bon fonctionnement du réseau, servant notamment à repérer un dysfonctionnement sur un équipement ou à réguler les flux de voyageurs. C’est à partir de 2004 que la vidéosurveillance devient une aide à la sécurité à Lyon. Le réseau s’est ensuite rapidement développé : le dispositif compte aujourd’hui 5 200 caméras. Pour Bernard Rivalta, président du Sytral, l’efficacité d’un tel système est certaine : « Lors de l’affaire du jeune homme égorgé dans le métro en février 2011, grâce aux caméras de surveillance, on a retrouvé l’auteur du crime en moins d’une journée », explique-t-il, « car on a pu remonter les stations de métro empruntées par le meurtrier grâce à la vidéo et ainsi retrouver sa trace ». Dans les bus, les chauffeurs sont reliés en phonie avec le PC Sécurité, les bus sont suivis par satellite et en cas de problème, une voiture de sécurité de Keolis est rapidement envoyée sur place et la police est prévenue. « La vidéosurveillance nous a permis de résoudre un bon nombre d’affaires, ça a contribué à la baisse de la délinquance », explique-t-il. Par conséquent, « on n’est pas prêts de revenir en arrière ! », assure Bernard Rivalta. Les transports en commun lyonnais ne sont pas les seuls à être devenus des adeptes de la vidéosurveillance. A la RTM, où 3 700 caméras scrutent le réseau marseillais, les incidents signalés ont diminué depuis 2009 de 24 % sur le réseau bus et de 33 % sur les trois modes.
    Les exemples de réseaux qui installent des systèmes de vidéosurveillance ou développent leur système existant sont légion. Au niveau national, l’équipement en vidéosurveillance concernerait déjà 75 % des bus en France. Souvent, l’arrivée d’un nouveau matériel roulant est l’occasion de franchir le cap. A Metz, l’arrivée du Mettis s’accompagne de celle de la généralisation de la vidéosurveillance : le nombre de voyageurs devrait passer de 17 à 34 millions par an, et afin de lutter contre les possibles incidents ou dégradations du Mettis, les élus ont voté, lors du conseil municipal du 26 avril dernier, pour le renforcement du dispositif. 70 caméras vont être installées dans les stations Mettis, permettant de couvrir tous les quais des 37 stations, chacune des 27 rames va être couverte par 10 caméras, les 3 parkings-relais seront eux aussi dotés de quatre caméras chacun. Le centre-ville, ainsi que les lieux de passage majeurs vont également voir leur dispositif de caméras renforcé, à la fois pour un souci de sécurité et pour assurer une bonne régulation du trafic. Le coût de financement de cette généralisation du système de vidéosurveillance s’élève pour la ville de Metz à 168 000 euros pour le matériel et de 264 000 euros pour le génie civil, sans compter le coût pour Metz Métropole… A terme, l’espace public messin sera équipé de 200 caméras « visionnables » en temps réel. Les images, dirigées vers le centre de supervision TAMM et conservées une semaine, seront également transmises au CSU (centre de surveillance urbaine) de la ville et à la Police nationale. De même à Bordeaux, plus de 130 caméras supplémentaires vont être installées dans les bus du réseau TBC, exploité par Keolis. Une convention a été signée entre Keolis, la Communauté urbaine de Bordeaux (Cub) et la préfecture pour organiser la coordination des actions et installer un observatoire de sûreté des transports de la Cub. Les syndicats du personnel souhaitaient cette extension de la vidéosurveillance pour remédier aux agressions qui se sont multipliées ces derniers mois contre des conducteurs. Les syndicats parlent de 60 à 80 agressions par an, de l’insulte à l’agression physique. A Amiens, selon Thierry Bonté, vice-président d’Amiens Métropole en charge du Plan de déplacement urbain, et des transports collectifs et alternatifs, le dispositif de vidéosurveillance, et son amélioration, font l’objet de « demandes régulières et insistantes de la part du personnel », qui compte beaucoup là-dessus pour diminuer les incivilités et les violences contre les personnels. L’acceptation par les chauffeurs ou conducteurs ne va pas toujours de soi. Car « le visionnage des images peut mettre en exergue des erreurs ou des déficiences de l’agent » reconnaît Etienne Sesmat de la RTM. « Mais si l’on arrive à dépasser cela, la vidéosurveillance peut servir à améliorer la qualité de service. On peut par exemple se servir de certaines images – floutées – pour la formation. Et puis, le fait de savoir que la caméra tourne apaise dans de nombreux cas la relation entre client et chauffeur. »
    Si l’acceptation interne ou sociale semble moins poser problème qu’avant, il reste à prouver que ces investissements, qui sont coûteux, sont efficaces. La ville d’Amiens a lancé en 2011 un audit de son système de vidéoprotection, réalisé par le cabinet de conseil en sécurité Althing et publié en septembre dernier. A cette occasion, elle a interrogé les différents acteurs concernés, et notamment le transporteur public, Ametis. Ce dernier a fait part de la difficulté à gérer les arrêts de bus disséminés dans l’agglomération, qui font l’objet de dégradations récurrentes et sont désignés comme particulièrement sensibles. A l’issue de cet audit, il a été constaté que la vidéoprotection est plus « efficace dans les espaces clos », notamment les transports en commun, que sur la voie publique : en effet, l’attention de l’opérateur de vidéoprotection y est moins sollicitée dans la mesure où les comportements des usagers des espaces sont identiques à longueur de journée. Un événement inattendu est rapidement détecté. « C’est typiquement l’inverse sur la voie publique », constate le bureau Althing.
    Les 140 bus d’Amiens-Métropole sont chacun équipés de quatre caméras. La première a été installée en 2001 et le parc a été entièrement recouvert à partir de 2005. Avec l’arrivée de Keolis comme nouveau délégataire, l’agglomération amiénoise a effectué plusieurs opérations d’harmonisation de son dispositif de vidéosurveillance durant l’année 2012, dont le coût s’élève à 391 000 euros. Des caméras supplémentaires ont été installées, la qualité d’image a été améliorée, notamment par le passage du noir et blanc à la couleur et surtout par l’amélioration de la capacité de stockage de l’unité centrale : « en 2010, les images pouvaient être stockées 48 heures, aujourd’hui, c’est 3 semaines », explique Didier Hernoux, directeur général de Keolis Amiens. Les conducteurs sont en liaison radio permanente avec le poste de régulation Ametis. De plus, un dispositif de localisation des bus est implanté à la police nationale et au centre de sécurité urbaine de la ville d’Amiens. En cas d’incident durant le trajet, le chauffeur est mis en liaison avec la police nationale, qui intervient rapidement dans le bus concerné, afin de maintenir le trafic et d’assurer un service continu des transports en commun. Les images sont transmises directement au centre de sécurité urbaine, permettant à la police de les visionner en cas de besoin. Les interpellations sont ainsi rapides ; « cela permet de résoudre 70 % des cas de délinquance », assure Didier Hernoux. A la RTM, où 9 agents travaillent sur l’analyse des images en temps réel et à la transmission des données, on se félicite d’un taux de 65 % d’affaires élucidées au second semestre 2012 (contre 25 % ailleurs en ville), grâce aux images des transports. 359 vidéos ont été envoyées à la police, qui ont fait l’objet de 392 interpellations. Dans le cadre de deux enquêtes pour meurtres en 2012, la RTM a fourni aux autorités 315 heures d’enregistrement, soit 113 DVD !
    Le bon fonctionnement de tels systèmes de vidéosurveillance nécessite donc une collaboration entre les différents acteurs : opérateurs des transports, police et collectivités locales. « Il y a une coopération très étroite entre la collectivité locale et le délégataire », explique Thierry Bonté. En effet, une convention a été signée fin 2010 entre Amiens-Métropole, la ville d’Amiens, le délégataire et la police municipale et nationale, pour améliorer la coordination des actions, l’efficacité des systèmes, la réactivité des acteurs, etc… « C’est une démarche partenariale globale », ajoute Thierry Bonté.
    A Lyon, le Sytral supervise son système de vidéosurveillance depuis un PC sécurité à double fonction : s’assurer du bon fonctionnement du réseau et accueillir une cellule sécurité de huit agents spécialisés, formés en conséquence, qui s’occupent des images de la vidéosurveillance. « Le travail est collectif, nous sommes en liaison directe avec la police », explique Bernard Rivalta, « la vidéosurveillance s’inscrit dans une politique globale de sécurité du réseau ». Les relations avec les collectivités locales sont en général plutôt cordiales. Mais certaines municipalités notamment restent assez critiques envers la vidéosurveillance : c’est le cas de Villeurbanne, où le maire, Jean-Paul Bret, est un opposant de longue date aux caméras sur la voie publique et a toujours refusé l’installation de tels systèmes. Pour autant, les collectivités locales réticentes ne peuvent empêcher la mise en place de dispositifs de vidéosurveillance par le délégataire. « A l’intérieur du réseau Sytral, on est propriétaires », rappelle Bernard Rivalta. « Que la ville le veuille ou non, le résultat est le même, mais c’est plus agréable si la ville est partenaire », continue-t-il. Surtout que « nous ne sommes pas des obsédés ! », insiste-t-il, « on ne fait pas plus que nécessaire et nous sommes contrôlés par la Cnil, on ne fait pas ce qu’on veut ». « On ne visionne rien tant qu’un incident n’est pas signalé » assure Etienne Sesmat.
    Le déploiement des dispositifs de vidéosurveillance dans les réseaux de transport en commun répond à l’augmentation des angoisses des usagers, dont beaucoup ressentent un sentiment d’insécurité croissant lorsqu’ils voyagent. D’après une étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme intitulée Victimisation et sentiment d’insécurité en Ile-de-France, publiée en 2011, près d’un Francilien sur deux déclare avoir parfois peur d’être agressé ou volé dans les transports en commun, alors que seuls 3,5 % d’entre eux sont effectivement victimes de ce genre de délit. A défaut de protéger, la caméra rassure. En tous les cas, dans certains réseaux, les caméras font désormais partie des requis d’exploitation. A Orléans, si le système vidéo ne fonctionne pas, le bus reste au dépôt.

     

    Théo HETSCH avec Guillaume LEBORGNE
     

    Quand la Cnil surveille la vidéoprotection


    Les dispositifs de vidéoprotection installés sur la voie publique et dans les lieux ouverts au public sont soumis aux dispositions du code de la sécurité intérieure. Soumis à la réglementation des Etablissements recevant du public (ERP), le locataire ou propriétaire du moyen de transport public doit donc obtenir une autorisation préfectorale, après avis d’une commission départementale présidée par un magistrat. Il doit également faire une déclaration à la Cnil, qui peut effectuer un contrôle sur place des installations. Ces dernières années, le nombre de demandes d’autorisation pour l’installation d’un système de vidéosurveillance n’a cessé de croître.

     

    La SNCF signe une charte avec la Cnil

    Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil et Guillaume Pepy, président de SNCF, ont signé, le 5 avril 2013, une charte relative aux dispositifs de vidéoprotection déployés dans les gares, les boutiques SNCF et les transports en commun (TER, RER et tramways). A travers cette charte, la SNCF s’engage à respecter trois principaux points :
    – Les agents SNCF chargés du visionnage des images enregistrées par le réseau de caméras devront être formés aux règles de confidentialité
    – La durée de conservation des images est limitée à un mois, le maximum légal, dans le but de préserver d’éventuelles preuves en cas d’enquête et d’une réquisition judiciaire. Au-delà, les images seront effacées automatiquement.
    – L’amélioration de l’information voyageurs et la facilitation de l’accès des personnes qui le voudraient aux images les concernant.
    En gage de sa bonne foi, la SNCF s’est également engagée à réaliser régulièrement des audits et à les communiquer à la Cnil lors d’un rendez-vous annuel.

  • Val-de-Marne Des transports pour tous

    Val-de-Marne Des transports pour tous

    Le Val-de-Marne est encore, pour quelques jours, le seul département de petite couronne dépourvu de tramway. Une anomalie que le président du conseil général, passionné des transports depuis qu’il est élu local, n’a pas manqué de relever. Ouf ! Le premier tram, le T7, sera inauguré en novembre entre Villejuif et Orly. Mais c’est peu pour un territoire qui, avec 1,3 million d’habitants en 2009, représente environ 11 % de la population francilienne. La croissance urbaine, qui devrait se poursuivre au cours des prochaines années, est un élément important à prendre en compte dans le développement des transports en commun du département.

    Les communes les plus peuplées du Val-de- Marne sont toutes situées au nord du département, notamment Créteil (89 000 habitants) et Vitry-sur-Seine (82 900 habitants). On observe d’ailleurs une importante inégalité entre le nord et le sud : plus on s’éloigne de Paris, plus la densité de population est faible. C’est également au nord que les densités d’emploi sont les plus fortes, notamment dans les communes jouxtant Paris. Créteil, Ivry-sur-Seine et Vitry-sur-Seine concentrent plus d’un quart des emplois. Mais quelques bassins d’emplois significatifs sont à relever plus au sud, comme à Rungis et Orly. En 2001, le Val-de-Marne comptait 4,3 millions de déplacements quotidiens, dont 87% réalisés par des Val-de-Marnais.

    Sur ces 4,3 millions de déplacements, seuls 60 % restent internes au département (2,6 millions) et 40 % résultent d’échanges avec les autres départements franciliens. Des chiffres en partie dus à l’emploi : contrairement à Paris et aux Hauts-de-Seine, il y a dans le Val-de- Marne davantage d’actifs employés que d’emplois disponibles dans le département. En 2006, près de 590 000 actifs ayant un travail habitaient dans le département alors que seuls 500 000 emplois étaient disponibles. De nombreux Val-de-Marnais doivent donc se déplacer pour travailler en dehors du département. D’autant plus que sur l’ensemble des emplois présents dans le département, 60 % sont occupés par des habitants et 40 % par des actifs résidant dans un autre département.

  • Infrastructures : le défi brésilien à un an du Mondial

    Infrastructures : le défi brésilien à un an du Mondial

    Le compte à rebours a commencé au Brésil. A un peu moins d’un an de la Coupe du monde de football, qui doit se tenir du 12 juin au 13 juillet 2014, le pays espère être prêt à accueillir 3,6 millions de supporters. Mais ce n’est pas en quelques mois que les besoins en infrastructures, immenses, pourront être comblés. Grèves et problèmes à répétition ont déjà retardé quantité de travaux : quatre des six stades où se sont disputés en juin les matchs de la Coupe des confédérations, sorte de répétition générale avant le Mondial, ont été livrés à la Fifa en retard. Pour le Mondial, il lui en reste six autres à livrer le 31 décembre, dernier délai, à São Paulo, Cuiabá, Porto Alegre, Curitiba, Manaus et Natal.
    Dans le domaine des transports, le défi s’annonce également sportif. Si le Brésil fascine par sa taille, s’y déplacer peut relever du parcours du combattant. Dans les grandes villes, les embouteillages peuvent atteindre des dizaines, voire dépasser la centaine de kilomètres. A São Paulo, mégalopole de 20 millions d’habitants, on compte jusqu’à 250 km d’embouteillages par jour. Et les routes sont en piteux état.
    Côté aérien, le trafic qui augmente de 15 % par an, pourrait bien figurer parmi les principaux soucis du gouvernement à l’occasion du Mondial. Les aéroports, déjà surchargés, devraient voir transiter trois millions de touristes brésiliens et quelque 600 000 supporters étrangers se rendant dans les 12 villes d’accueil du tournoi.
    Le gouvernement a récemment lancé un plan de modernisation des aéroports. En février 2012, il a accordé la concession de deux aéroports de l’Etat de São Paulo et de l’aéroport de Brasília à trois consortiums (dont l’un inclut la société française Egis). Une des principales exigences de l’appel d’offres étant que le concessionnaire de chaque aéroport réalise des travaux d’ici au Mondial.
    Celui de Guarulhos à São Paulo, qui représente 30 % du trafic passagers du Brésil, dispose d’un nouveau terminal d’une capacité de sept millions de passagers annuels. A Campinas, les investissements prévus sont de 381 millions d’euros pour un sterminal de 5,5 millions de passagers. Pour celui de Brasília, les investissements seront de 273 millions d’euros avec la construction d’un terminal pour deux millions de passagers.
    Autre préoccupation, les aéroports internationaux, très excentrés, ne sont pas reliés au centre-ville par un système de transport ferré. Ce qui rend les acheminements difficiles. Les routes en mauvais état sont constamment encombrées. Elles sont également insuffisantes pour permettre une distribution efficace des marchandises.
    Quant au réseau de voies ferrées – 30 000 kilomètres, soit l’équivalent de celui de la France pour une superficie 15 fois supérieure –, il est totalement dédié au fret. Hormis dans les banlieues de Rio et de São Paulo, les trains de passagers ont en effet disparu.
    La future ligne à grande vitesse entre São Paulo et Rio signera-t-elle leur grand retour ? Ce TGV aurait une réelle pertinence en termes d’aménagement du territoire, estime Jean-François Fritsche, chargé d’études au Certu et ancien attaché Transports à l’ambassade de France du Brésil. Actuellement, avec un vol tous les quarts d’heure entre les deux métropoles, un véritable pont aérien a été mis en place. Mais seuls les plus riches peuvent prendre l’avion Reste qu’il faudra encore attendre avant de voir arriver le TGV : le gouvernement vient en août de repousser l’appel d’offres. Sans le remettre en cause, assure-t-il.
    Côté marchandises, un projet est également envisagé pour améliorer leurs acheminements. « Il y a un an, le gouvernement a annoncé le développement de 10 000 km de lignes ferroviaires nouvelles pour le fret afin de faciliter les exportations de tout ce qui fait la richesse du Brésil, comme l’agroalimentaire et les minerais », rappelle Philippe Vuaillat, le directeur d’Egis pour le Brésil. « Avec d’autres sociétés, nous avons fait toute une série d’études de faisabilité sur ce projet qui se ferait en PPP », précise-t-il.
    Michel Boccacio, vice-président senior Amérique Latine chez Alstom, s’attend à voir le marché ferroviaire (hors LGV) faire un bond de 80?% les quatre prochaines années.?Selon lui, le tramway va s’y développer ainsi que des projets de trains régionaux qui devraient être lancés à Sao Paulo.
    Mais, rappellent de nombreux connaisseurs du Brésil, entre les annonces de projets et leurs réalisations, il se passe souvent beaucoup de temps. Outre les problèmes de corruption, amplement dénoncés par les nombreux manifestants de juin, les organismes publics ont fréquemment du mal à bien définir en amont les projets, à lancer les appels d’offres, à les accompagner. D’où une tendance lourde, depuis quelques années, à lancer les projets les plus importants en PPP, en espérant attirer des investisseurs privés et accélérer les délais.
    Autre difficulté à lever pour les entreprises étrangères  : le Brésil a une culture protectionniste, les firmes de BTP sont puissantes. Les entreprises de tous pays peuvent se rassurer en se disant que, vu l’ampleur des besoins, il y a de la place pour beaucoup de monde.
        

    Marie-Hélène Poingt


    Qui fait quoi ?

    Les communes ont compétence pour le transport par bus à l’intérieur de leur territoire.
    L’Etat fédéral est responsable des transports ferrés ainsi que pour les transports par bus entre communes.
    Les transports entre Etats relèvent des Etats fédérés.
     

    Les transports, détonateur social

    Enorme surprise ! En juin dernier, à quelques jours du lancement de la Coupe des confédérations, laissant imaginer un Brésil en liesse, des centaines de milliers de personnes commencent à descendre dans les rues pour s’insurger contre les dépenses excessives engagées pour l’organisation de la Coupe du monde de football (11 milliards d’euros selon le gouvernement), contre l’indigence des services publics et contre la corruption.
    C’est l’annonce de la hausse de 7 % des prix des transports publics (devant passer de 3 à 3,2 reals, soit environ un euro) qui a mis le feu aux poudres à São Paulo, point de départ des manifestations, rapidement suivi par d’autres villes. Selon Jean-François Fritsche, chargé d’études au Certu et ancien attaché Transports à l’ambassade de France du Brésil, cette hausse est importante, alors que les tarifs des transports publics brésiliens figurent parmi les tarifs les plus élevés du monde. « Un ticket ne permet généralement pas les correspondances. On peut facilement dépenser 4 euros par jour pour aller travailler alors que le salaire moyen est de 280 euros. Sur un mois, les transports peuvent représenter le quart du salaire », souligne-t-il.
    La hausse des tarifs paraît d’autant plus inacceptable que les transports publics sont dans un état catastrophique. « Les transports urbains ont représenté un sujet politique durant les années 88-95. Après, ils ont perdu de leur importance. D’où un manque d’investissement qui se fait désormais gravement ressentir, poursuit Jean-François Fritsche. Les partis politiques n’avaient plus ni programmes, ni idées pour le secteur des transports. D’où le caractère surprenant des émeutes ; les hommes politiques n’ont rien vu venir. »
    Après l’accession au pouvoir de Luiz Inácio Lula da Silva en 2003, puis une décennie au cours de laquelle les revenus des Brésiliens ont fortement progressé, la classe moyenne représente plus de la moitié des 194 millions d’habitants. Pays d’Amérique, le Brésil a une culture liée à l’automobile. Ceux qui le peuvent s’achètent une voiture. Le taux de motorisation a explosé ces dernières années. Chaque jour, 10 000 nouvelles voitures circulent dans le pays, affirme le site du Comité des constructeurs français d’automobiles. Mais les infrastructures ne suivent pas. Résultat, les automobilistes se retrouvent coincés des heures dans des embouteillages monstres.
    Les autres, les plus pauvres, sont tributaires des bus bondés, qui vont du centre des villes à la périphérie. A cela s’ajoute un problème d’organisation. « La puissance publique n’a pas les moyens de contrôler toutes les sociétés de bus. Elle fait face à une multiplicité de sociétés, qui sont surtout des entreprises familiales. Par exemple, Rio ne sait pas combien de sociétés de bus opèrent sur son territoire », raconte Jean-François Fritsche.
    Quant à l’offre de métro, elle est notoirement insuffisante. A titre de comparaison, São Paulo et Mexico, villes de taille équivalente, ont commencé à construire leur métro en même temps, dans les années 60. Mais alors que Mexico compte presque 300 km de ligne, São Paulo en a environ 80. Quand un métro arrive, la vie change pour des milliers de Brésiliens qui habitent loin de leur travail. Mais à peine ouvert, il est déjà saturé…
    Devant l’ampleur des protestations, les autorités de São Paulo et de Rio, tout comme d’autres villes, ont fait marche arrière sur les augmentations des tarifs des transports. La présidente Dilma Rousseff, qui a succédé à Lula da Silva en 2011, a annoncé en juillet qu’elle allait débloquer 50 milliards de reals (15,6 milliards d’euros) pour le secteur des transports urbains. La moitié des fonds a déjà été réclamée par 3 des 26 Etats brésiliens. Près de trois milliards d’euros iraient aux seules infrastructures et transports de São Paulo. La plus grande partie – près d’un milliard d’euros – devrait permettre la construction de 99 km de couloirs rapides pour les autobus publics, qui s’ajouteront aux 126 kilomètres existants. Aujourd’hui, 55 % des habitants de la mégapole utilisent les transports publics, selon la présidente, qui a promis d’investir également dans le réseau du métro.
    Pour les autorités publiques, l’enjeu dépasse désormais le Mondial 2014, qui sera suivi deux ans plus tard par l’organisation des JO d’été à Rio de Janeiro. Il s’agit aussi de mener la campagne qui a démarré plus tôt que prévu avec des échéances électorales importantes à l’automne 2014 : élection présidentielle et législatives. En espérant que la fièvre qui a secoué le pays retombe.     

    M.-H. P.

    Rio de Janeiro – São Paulo : la grande vitesse repoussée au moins d’un an

    N’ayant reçu dans les temps qu’une seule candidature, pilotée par Alstom et comprenant le groupe SNCF, le gouvernement brésilien a repoussé le 13 août « d’au moins un an » l’appel d’offres pour la réalisation de la ligne à grande vitesse de Rio de Janeiro à São Paulo. Réagissant aussitôt sur la chaîne de télévision France 2, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, s’est dit déçu par ce report, précisant que le groupe allié à Alstom restait sur les rangs. « On était prêt, on avait une belle offre, a-t-il commenté. Le TGV entre Rio et São Paulo, c’est exactement comme entre Paris et Lyon ou Paris et Bordeaux, mais on va rester mobilisé. » Selon lui, un tel contrat représente des emplois pour la France.
    Ce report qui intervient deux ans après l’annulation de la procédure précédente (faute de candidats), a été certainement influencé par le contexte de grogne sociale et de protestations contre la corruption et le gaspillage des fonds publics au Brésil. D’autant que, selon le ministre brésilien des Transports, César Borges, des candidats espagnols (CAF et Renfe) ou allemands (Siemens) se sont engagés à répondre s’ils disposent de plus de temps… et qu’avec ce délai, d’éventuels groupements japonais, chinois ou sud-coréens pourraient revenir dans la course.
    Parmi ses exigences, le gouvernement demande que les sociétés candidates aient au moins cinq ans d’expérience dans les trains à grande vitesse, sans avoir connu d’accidents importants pendant la période. L’appel d’offres se fera en deux étapes : une pour définir l’opérateur de train et la technologie employée, et la seconde qui, selon les autorités sera déterminée par la première, pour la construction de l’infrastructure du projet.
    En dépit de ce nouveau rebondissement, la mise en service de la ligne à grande vitesse brésilienne, évaluée à 38 milliards de reals (11,8 milliards d’euros), est toujours attendue pour 2020. Rappelons que cette ligne à grande vitesse doit relier Rio de Janeiro à São Paulo et Campinas, soit 511 kilomètres, en 85 minutes.     

    M.-H. P.

    Polémique autour d’une entente


    Siemens espérait que le Brésil soit une vitrine de son savoir-faire technologique dans tous les domaines, notamment dans les systèmes d’information et de sécurité. Mais aujourd’hui, la polémique enfle au Brésil sur son rôle après des informations parues dans des médias locaux faisant état de l’existence d’un cartel d’entreprises mis en place pour répondre à des appels d’offres concernant les transports publics de São Paulo.
    L’Etat de São Paulo a annoncé le 13 août qu’il poursuivait l’entreprise allemande Siemens, exigeant une indemnisation pour les dommages qu’a pu provoquer un supposé cartel entre elle et d’autres entreprises étrangères dans un appel d’offres concernant le métro. « Nous intentons un procès contre Siemens. S’il s’avère que d’autres entreprises ont participé à ces faits, elles seront toutes poursuivies », a déclaré le gouverneur de l’Etat de São Paulo, Geraldo Alckmin.
    La formation de ce supposé cartel aurait occasionné des pertes financières pour l’Etat et les entreprises locales, auxquelles bénéficierait l’indemnisation, a ajouté le gouverneur. Selon ce dernier, l’action civile vise Siemens parce que cette entreprise a refusé à deux reprises de fournir des informations aux autorités de l’Etat. Mais la justice fédérale a autorisé le gouvernement de São Paulo à consulter les documents aux mains de l’organisme antimonopolistique brésilien (Cade) qui enquête sur ce cas. Selon la presse, Siemens, l’espagnol CAF, le japonais Mitsui, le canadien Bombardier et le français Alstom ont constitué un cartel pour participer aux appels d’offres de métro de São Paulo.
    Toujours selon la presse, Siemens a volontairement remis à la Cade les détails du supposé cartel, dans le cadre d’un accord avec les autorités brésiliennes pour éviter un jugement pénal. Le ministère public de São Paulo a déjà déclaré qu’il y avait de « forts indices » de constitution d’un cartel entre des entreprises étrangères – sans citer de nom – en annonçant l’ouverture d’une enquête.    

    M.-H. P.
     

    Les sociétés d’ingénierie françaises font des acquisitions


    Pas facile de s’implanter au Brésil sans alliés locaux. Pour pouvoir répondre à des offres de marchés financées par la banque publique nationale, les candidats doivent produire au moins 60?%?des équipements localement. Pour s’implanter et développer leurs activités dans ce pays géant, les sociétés françaises ouvrent des usines sur place (c’est le cas d’Alstom présent au Brésil depuis 60 ans qui emploie 1200?personnes pour ses activités transports) ou réalisent des acquisitions locales. La société d’ingénierie Setec a ainsi acquis il y a un an et demi MWH Brésil, une filiale du groupe américain MWH, spécialiste des réseaux de distribution d’eau et de sa gestion. Baptisée « Setec Hidrobrasileira », ses missions d’ingénierie et de conseil tournent principalement autour de l’eau et l’assainissement d’une part, les transports d’autre part.
    Setec s’appuie sur un effectif local de 120 personnes basées à São Paulo et Fortaleza, quatrième ville au nord-est du pays. La filiale brésilienne dispose de références en transports urbains (l’ensemble du métro de Fortaleza avec la première ligne et la future seconde ligne, ou encore la ligne 5 du métro de São Paulo) et en infrastructures routières et hydrauliques. « Actuellement, nous assurons la conduite des opérations du chantier de réalisation du tramway de Fortaleza, un projet lié à la coupe du Monde », précise Manuel Rodriguez, le directeur général de Setec Hidrobrasileira.
    Selon lui, les perspectives au Brésil sont gigantesques et la demande de la part de la population de plus en plus forte. « Beaucoup de collectivités rêvent de solutions à l’européenne mais sans en avoir forcément les moyens. Mais le tir est en train d’être corrigé. Actuellement, nous voyons de plus en plus de projets de BHNS car ils sont moins onéreux et plus faciles à lancer qu’un mode plus lourd », souligne Manuel Rodriguez, en rappelant que sa société va par exemple plancher sur l’étude d’avant-projet d’un BHNS à Brasília.
    De son côté, Egis s’intéresse également de près au Brésil. L’ingénieriste français, a mis la main en 2011 sur Vega, société spécialisée dans le fret ferroviaire, devenue Egis Vega. « Nous voulions ainsi nous développer dans les métiers du rail et dans le transport public de ce pays. Nous sommes en train de mettre en place des moyens importants pour nous implanter sur des marchés liés aux trains régionaux, au métro et au tram », souligne Philippe Vuaillat, le directeur d’Egis au Brésil.
    En 2012, Aeroservice, spécialiste du conseil et de l’ingénierie aéroportuaire basé à São Paulo a rejoint le groupe. Parallèlement, Egis a créé une filiale à Rio de Janeiro, Egis do Brazil, qui suit de près les opportunités qu’offre le pays, dans de nombreux domaines tels que le bâtiment, l’énergie et l’assainissement. Récemment, Egis a remporté la concession et assure l’exploitation de l’aéroport de Viracopos, situé à 100 km au nord-ouest de São Paulo et a par ailleurs remporté l’assistance technique pour la construction de la ligne 4 du métro de Rio qui doit être mis en service en 2016. La société s’est également vu confier un contrat portant sur la mise en place d’un système de CBTC pour trois lignes de banlieue de São Paulo.     

    M.-H. P.

    Tram et nouveau plan de transport à Rio…


    Rio, qui doit accueillir les JO du 5 au 21 août 2016, a lancé un programme pour améliorer la mobilité de ses 11,6 millions d’habitants (au niveau de la métropole, 6,3 millions au niveau de la ville) et des deux millions de visiteurs attendus pour les JO. Parmi ses grands projets, elle s’apprête à mettre en place un « billet unique intercommunal », à réorganiser ses lignes de bus ou encore à lancer des lignes de BRT et de BRS (Bus Rapid Transit, Bus Rapid Service).
    Un réseau de tramway de 28 km (six lignes, 42 stations) doit aussi être mis en service avec l’ouverture d’un premier tronçon de 14 km fin 2015. Le tramway desservira le quartier de Porto Maravilha, le village de presse, le centre d’affaires, la gare centrale, le terminal maritime et l’aéroport Santos Dumont. Coût du chantier : 1,2 milliard de reals (382 millions d’euros).
    La municipalité de Rio vient de signer pour 25 ans le contrat de concession avec la société VLT Carioca pour la construction et l’exploitation du tramway. Ce consortium formé notamment par CCR Invepar, Odebrecht et la française RATP Dev. Des négociations sont en cours avec Alstom pour finaliser le contrat de fourniture du matériel roulant. La signature est attendue dans les toutes prochaines semaines.
    La technologie Citadis d’Alstom a été a priori retenue car elle bénéficie d’un système d’alimentation par le sol. « Ce projet est très important au Brésil pour ses aspects de revitalisation du centre de Rio, souligne Michel Boccacio, le vice président senior d’Alstom en Amérique latine. Pour Alstom, il va représenter une vitrine de notre savoir-faire alors que les projets de tram se multiplient en Amérique latine du fait des problèmes de circulation dans les grandes villes. »
     

    Les noms de stations mises en vente

    Pour augmenter ses recettes, la société gestionnaire du métro de Rio de Janeiro a annoncé au mois de mai dernier qu’elle allait mettre en vente les noms de ses stations. Ceux-ci pourront désormais être précédés du nom d’entreprises commerciales. MetroRio estime qu’elle va profiter des grands événements sportifs, comme le Mondial et les JO, qui vont attirer de nombreux touristes.
     

    … et extension du métro à São Paulo

    Actuellement, São Paulo dispose de cinq lignes de métro, soit près de 75 km comportant 64 stations. La capitale économique du Brésil, qui a accueilli le premier métro du pays en 1974, se targue désormais d’accueillir la première ligne automatique de métro d’Amérique Latine. C’est Via Quatro qui exploite depuis mai 2010 cette ligne « jaune », la n° 4, dans le cadre d’un PPP de 30 ans. Un consortium mené par CCR et qui inclut RATP Dev. Le système de signalisation et de contrôle des trains ainsi que le poste de commande centralisé a été confié à Siemens. 650 000 passagers empruntent chaque jour cette ligne qui devrait atteindre en 2014 pas loin de 13 km.
    D’autres lignes sont en projet, dont l’extension de la 5 et le lancement de la 6. Un appel d’offres doit être lancé tout prochainement pour la ligne 6 (après une première tentative infructueuse il y a quelques semaines). Par ailleurs, la ville souhaite développer un réseau de lignes de monorail. L’une a été attribuée en 2010 à Expresso Monotrilho Leste Consortium, mené par l’entreprise de génie civile brésilienne Queiroz Galvao. Bombardier Transport, qui fait partie du groupement, va installer la technologie Innovia monorail 300 de grande capacité. En 2016, 54 rames de 7 voitures devraient circuler sur la ligne 15 d’une longueur de 24 km et comptant 17 stations dans l’est de São Paulo. Le monorail devrait permettre d’acheminer un demi-million de passagers chaque jour.

  • Essais en France d’un tram espagnol pour la Suède

    Essais en France d’un tram espagnol pour la Suède

    Il n’est ni produit en France, ni destiné à la France, mais c’est près de Valenciennes, au Centre d’essais ferroviaire (CEF), que ce tramway en livrée bleue fait actuellement l’objet d’un maximum de tests. Désigné comme A35 par SL, les transports publics du Grand Stockholm, ce matériel produit par CAF à Saragosse sous la dénomination Urbos AXL est destiné à la desserte de la ligne de rocade « transversale »  faisant le tour de la proche banlieue de la capitale suédoise, en commençant par son prolongement nord, qui doit ouvrir cet automne. Sur cette rocade, les 15 premiers A35 (sur un maximum de 121 selon le contrat-cadre signé en novembre 2010) côtoieront une partie du parc de 37 trams A32 de Bombardier mis en service par SL entre 1999 et 2009.
    Par la suite, une version rallongée (quatre modules pour 40 m, au lieu de trois modules pour 30 m) et désigné A36 du tram « format XL » de CAF devrait circuler en 2015 sur la ligne de Lidingö (Lidingöbanan), ancienne voie ferrée industrielle sur une île de banlieue résidentielle, dont les services voyageurs sont assurés depuis toujours par trams : un « vrai-faux tram-train », en quelque sorte ! D’ailleurs, c’est par cette expression que Francis Nakache, directeur général de CAF France, présente l’A35, véhicule plus lourd et plus rapide qu’un tram « standard ».
    Le voici donc, ce « vrai-faux tram-train », dans sa version A35 à trois modules sur quatre bogies, garé tout au bout de la voie d’essais de performance du CEF, en abrégé VEV – le deuxième V de VEV signifie vitesse. Un maximum de 120 km/h peut y être atteint, mais pas trop longtemps : la voie se termine au bout de 2 750 m ! Cette voie présente des caractéristiques plus proches du ferroviaire « lourd » que du tram : gabarit UIC, rails de 50 kg/m posés au 1/20, charge de 22,5 t à l’essieu, courbe de 325 m de rayon… Sur la partie rectiligne de la VEV sont mesurées les performances des équipements de traction et de freinage, mais aussi le niveau de bruit, la compatibilité électromagnétique ou le confort vibratoire de ce matériel roulant – en l’occurrence, le futur tram 451 du parc SL, premier A35 de la série, qui est au CEF depuis novembre 2012 pour des essais planifiés jusqu’à la fin 2013. Partis en camion de Saragosse, puis en bateau d’Espagne à Zeebrugge, jusqu’à cinq A35 devraient faire un séjour dans le Valenciennois, alors que, parallèlement, le tram 454 est arrivé en bateau à Göteborg (Suède) avant d’être présenté dans la banlieue de Stockholm en mai 2013 sur le prolongement nord de la « transversale », où il devait contractuellement être livré avant la fête nationale du 6 juin.
    Le CEF ne pouvant pas reproduire intégralement l’environnement dans lequel le tram sera appelé à circuler, où alternent les sections en site propre ou sur voirie, certains essais ne pourront être effectués qu’in situ. Ne serait-ce qu’en ce qui concerne les rampes, les voies du CEF n’en présentant guère (en revanche, le dévers dans la courbe de la VEV est plus prononcé que sur une ligne de tram !).
    Alors que deux salariés de CAF escamotent l’attelage, permettant une circulation en unités multiples ou la remorque du tram, puis replacent le capot protégeant cet attelage, découvrons ce véhicule à accès surbaissé (425 mm, soit la hauteur des quais à desservir), dont le plancher ondule légèrement au passage des deux bogies intermédiaires, alors que deux marches permettent de gagner les deux espaces à plancher haut au-dessus des bogies d’extrémité. L’aménagement intérieur, diversifié, ne dépaysera pas les habitués des transports publics de Stockholm : sièges en 2+2 de front au-dessus des bogies, alternance ailleurs de sièges en disposition longitudinale et d’espaces poussettes / PMR, avec sièges isolés pour personnes âgées. Les organes de préhension sont nombreux et bien visibles (couleur jaune), alors que les sièges sont recouverts de tissus reprenant le plan des lignes SL. Simplicité, efficacité et bon goût, avec une petite touche personnelle : cette rame espagnole a décidément un design très « nordique » !
    Ces qualités se retrouvent dans les cabines, très ergonomiques avec leur manipulateur à accoudoir et leur pupitre surélevé, encadré par deux écrans de rétrovision. L’implantation de ce pupitre ne pose visiblement plus le problème d’angle mort vers le bas constaté sur la maquette échelle 1 présentée à Stockholm il y a un an.
    Le conducteur du CEF a pris sa place derrière le pupitre : le moment est venu de demander au PCC d’alimenter la caténaire de la VEV sous 750 V, une des trois tensions fournies ici en courant continu. Le tram est rapidement en ordre de marche : les rampes de LED fournissent un éclairage suffisamment intense à l’intérieur pour atténuer les écarts de luminosité entre soleil et ombre, alors qu’en se mettant debout sur le plancher haut aux deux extrémités, on commence à ressentir l’air frais de la climatisation. Installé séparément en cabine et en salle, cet élément de confort est aussi bienvenu sous le soleil d’été dans le nord de la France qu’il le sera dans la banlieue à Stockholm ! Inversement, la question du chauffage et de l’isolation thermique en hiver a fait l’objet de soins particuliers.
    Les cales sont enlevées. Après les essais de freins – de service et d’urgence – le tram bleu se lance sur la VEV. Comme 100 % de ses essieux sont motorisés, son accélération est non seulement impressionnante (une vingtaine de secondes suffit pour aborder la courbe à vitesse élevée), mais aussi très régulière (en dépit de cette performance, aucun jerk n’est ressenti) : pas de quoi tomber par terre… au sens propre ! Plus généralement, le roulement est excellent : sauf lorsque nous franchissons des appareils de voie, ni le niveau de bruit ni les vibrations ne nous laissent deviner que nous roulons à 90 km/h.
    En freinage de service, nous n’avons pas plus l’impression d’être chahutés qu’en phase d’accélération. Quant au freinage d’urgence, il est très efficace à toute vitesse : à bord du tram 451, nous étions prévenus de bien nous accrocher ! Quant aux futurs voyageurs, ils auront intérêt à suivre le conseil des autocollants bilingues suédois / anglais : « Håll i dig / Hold on tight ».
    Le comportement du tram CAF au cours des essais a été exemplaire, aux dires de deux des conducteurs du CEF ayant été appelés à en prendre les commandes : « un peu comme un TER ». D’ici à utiliser ce véhicule comme tram-train, vu la qualité de son roulement sur voie « lourde », il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, l’A36 à quatre caisses sera mécaniquement assez proche des Dualis destinés à la liaison Nantes – Châteaubriant, un tram-train que l’on apercevait à proximité de la voie VEV, proximité de l’usine Alstom oblige ! Mais il n’y a pas que la mécanique : résoudre les problèmes d’alimentation ou de compatibilité électromagnétique sous plusieurs tensions serait une tout autre affaire…


    Patrick LAVAL

     

    Fiche technique A35

    Constructeur :    CAF
    Type :    tramway bidirectionnel à plancher bas (80 %)
    Mise en service :     automne 2013
    Parc :    15 rames (commande ferme A35)
     7 rames (commande A36)
    Composition :    A35 à trois modules (C1-N-C2), dont deux d’extrémité sur un bogie moteur et un module central sur deux bogies moteurs. A36, avec un module intermédiaire R sur un bogie porteur (C1-N-R-C2)
    Unités multiples :    possible
    Masse à vide :    51 t
    Charge par essieu :    10 t max.
    Longueur totale :    30 800 mm (A35) 40 200 mm (A36)
    Chaudron :    châssis acier, caisses aluminium, cabines composites
    Hauteur hors panto :    3 633 mm
    Plancher bas :    accès à 425 mm (par rapport à la voie)
    Plancher haut :    715 mm
    Largeur ext. :    2 650 mm
    Entraxe des bogies :    5 000 mm (module intermédiaire) ou 9 600 mm
    Empattement des bogies :    1 850 mm
    Diamètre des roues :    630 mm (neuves) 550 mm (usées)
    Écartement :    1 435 mm
    Alimentation :    750 V CC par ligne aérienne de contact
    Puissance totale :    560 kW (valeur nominale)
    Traction :    convertisseurs IGBT – 8 moteurs asynchrones triphasés (2 par bogie, montés longitudinalement)
    Vitesse maximale :    90 km/h en service commercial
    Accélération :    1,2 m/s2 max
    Freinage :    1,3 m/s2 (service), 2,8 m/s2 (urgence)
    Accès :    3 portes doubles (1 300 mm) par côté
    Places assises :    72 + 2 UFM
    Capacité totale :    275 (dont 203 debout à 7 par m2)

     

    Tvärbanan : une rocade dans la proche banlieue de Stockholm

    La section actuellement en service de cette ligne, dont le nom suédois signifie « transversale », a été ouverte par étapes entre 2000 et 2002 et compte 17 arrêts sur 11 km entre Sickla Udde, au sud-est de Stockholm, et Alvik, à l’ouest. Le prolongement (7 km) entre Alvik et Solna, au nord de la capitale, est terminé sur l’essentiel de son tracé. Mais des « problèmes de signalisation » (un nouvel ATP est en cours de livraison par GE Transportation) ont retardé l’ouverture de ce prolongement, qui se déroulera par étapes : navette entre Alvik et le centre de Solna le 28 octobre prochain (7 stations sur 8), puis exploitation commune sans changement à Alvik en août 2014. A cette échéance, l’intervalle minimum devrait passer de 7,5 minutes à 5 minutes, alors que le prolongement nord devrait atteindre la gare de Solna. Un renforcement du parc sera alors le bienvenu !