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  • Dépôt, trams, voies…  les pièces du T7 s’assemblent

    Dépôt, trams, voies… les pièces du T7 s’assemblent

    Le Citadis francilien du troisième type
     

    Déjà dix ans que le Citadis d’Alstom circule sur les lignes RATP. Alors que le Citadis 302 roule depuis fin 2002 sur le T2, à l’ouest de Paris, une autre version, le Citadis 402, est en service depuis fin 2006 sur le T3. Et pour les prolongements de ces deux lignes ouverts fin 2012, des trams supplémentaires des deux premiers types ont été mis en service. En même temps, un troisième type de Citadis était en cours de développement chez Alstom à La Rochelle pour les futurs T7 et T8 : pour une fois, deux lignes franciliennes vont avoir le même matériel, même si elles ne sont pas connectées. Les 19 rames nécessaires à l’exploitation du premier tronçon du T7 ont été commandées en mars 2011. Suite à l’accord Stif/RATP, ces rames sont financées à 100 % par le Stif dans le cadre d’un crédit-bail pour un montant de 53 millions d’euros. A terme, 12 rames supplémentaires seront nécessaires pour le prolongement du T7 jusqu’à Juvisy-sur-Orge.
    Comme le matériel du T2, ce nouveau matériel est un Citadis 302 de cinq modules à plancher bas intégral, d’une longueur de 32 m (contre 43 m sur le T3) et d’une largeur de 2,4 m (2,65 m sur le T3). Il permet de transporter 200 voyageurs et propose 54 places assises. Dans ce matériel totalement accessible aux personnes à mobilité réduite, s’ajoutent deux emplacements pour usagers en fauteuil roulant et six places assises prioritaires.
    Réputé économe en énergie, ce tram met en œuvre un freinage à récupération d’énergie, et son éclairage est réalisé par LED (diodes électroluminescentes). Il est également le premier tramway exploité par la RATP à bénéficier d’écrans embarqués qui annonceront les prochains arrêts, les temps de trajet jusqu’aux arrêts principaux, ainsi que les correspondances avec les lignes de bus et de RER.
    Question confort, le Citadis 302 version T7 intègre une ventilation réfrigérée. Il y règne une ambiance très bleue, rappel de l’époque où la nationale 7 était la route de la Méditerranée. Sud toujours, avec les motifs de feuilles d’olivier sur les sièges ! Si le design intérieur a été élaboré par le studio interne d’Alstom Transport, l’habillage extérieur a été développé par les agences Pixelis et Sennse. Chaque rame a bénéficié d’un processus de design conjointement mené et validé par la RATP et le Stif. Ainsi, la livrée extérieure reprend les éléments d’identité de l’exploitant (vert jade au-dessus des baies vitrées) et de l’autorité organisatrice (le vif-argent sous les baies vitrées, ainsi que les codes visuels, désormais présents sur l’ensemble des matériels neufs d’Ile-de-France).
    A la mi-avril, les quatre premières rames du tramway T7 se trouvaient au site de maintenance et de remisage de Vitry-sur-Seine. Leur livraison de La Rochelle, au rythme de deux par mois environ, se fait de nuit en un seul convoi. Une fois déposé, chaque tram fait l’objet des essais statiques. Ceux-ci effectués, le tram roule de nuit sur quelques centaines de mètres pour s’assurer de son bon fonctionnement (accélération, freinage…) Au rythme de la réception, soit quinze jours par rame, l’ensemble du parc devrait être opérationnel à la fin de l’automne, à temps pour la mise en service.
        

    Patrick LAVAL
     

    Un site de maintenance qui anticipe l’urbanisation
     

    Sur le tracé du T7, le futur site de maintenance et de remisage (SMR) est situé très au nord, assez près de Paris : nous ne sommes ici qu’à 4,5 km de la porte d’Italie. Et pourtant, l’environnement de l’ancienne nationale 7 n’a ici pas grand-chose de celui d’un centre-ville : poste EDF en face du SMR, parc départemental Adolphe-Chérioux au nord, sans oublier les restauroutes, garages automobiles et autres magasins de bricolage…
    Quant au SMR lui-même, il est implanté dans la commune de Vitry-sur-Seine, sur une superficie de plus de 24 000 m2 à l’emplacement d’une ancienne casse auto. Bordé à l’ouest par la RD7 (ancienne nationale 7) et directement embranché sur le T7, ce nouveau site a été construit sous maîtrise d’ouvrage RATP pour accueillir les infrastructures nécessaires aux fonctions d’exploitation, de remisage et de maintenance des tramways de cette nouvelle ligne.
    Le SMR du T7 s’organise autour d’un bâtiment principal de 5 000 m2 regroupant les locaux d’exploitation, le hall de maintenance, la station-service et la station de lavage. Un bâtiment secondaire regroupe les locaux techniques. Et en extérieur une aire de remisage est prévue pour le stationnement des 31 rames attendues à terme. Deux des voies traversent le bâtiment principal de part en part, l’une passant par le tour en fosse, alors que l’autre, électrifiée par caténaire rigide escamotable, est équipée de passerelles et posée sur fosse.
    A double titre, ce nouveau site joue un rôle « environnemental », que ce soit pour la gestion durable des ressources (énergie, eau) ou pour son insertion dans son environnement immédiat. Econome de par sa conception, le SMR n’en offre pas moins un réel confort hygrothermique et visuel. Avec « un parti pris architectural affirmé », ce bâtiment a été pensé pour une isolation thermique « performante », tout en optimisant le nombre d’ouvertures, donnant une large part à la lumière naturelle. Parmi les aménagements mis en place, les eaux pluviales seront récupérées et les eaux de la machine à laver les rames seront recyclées « à 100 % ». Enfin, une centrale solaire permet la production d’eau chaude.
    Concernant l’intégration du SMR dans son environnement en pleine mutation (création de ZAC et programmes immobiliers au nord, à l’est et au sud), des mesures conservatoires ont été prises pour permettre la construction d’un front bâti (logements étudiants, foyer jeunes travailleurs et hôtels) en limite nord du site. Pour cela, une dalle socle surplombant partiellement l’aire de remisage des tramways pourra accueillir de futurs bâtiments.    

    P.?L.

     

    T7 La ligne du sud


    Quoique fondamentalement rectiligne, en suivant l’ancienne nationale 7 – aujourd’hui RD7 – entre le terminus de la ligne 7 du métro à Villejuif et Athis-Mons, le tracé du premier tronçon du T7 s’écarte de cet axe nord-sud pour desservir Rungis avant de le retrouver à l’aéroport d’Orly. Plus au sud, le prolongement du T7 doit gagner Juvisy-sur-Orge ultérieurement.
    Quiconque n’a pas emprunté l’ancienne artère majeure entre Paris et le sud de la France ces dernières années ne la reconnaîtra pas le long du tracé du T7. Aux carrefours, les passages souterrains réservés aux automobiles ont disparu. Mais surtout la chaussée de deux fois deux voies bordée de grands arbres, où circulaient les bus 185 et 285 (héritiers du tram 85 d’avant-guerre), a cédé la place à une très large emprise où les deux voies du futur T7, maintenant posées (voire végétalisées par plantation de sedums), sont encadrées par deux fois deux voies de circulation plus une file de stationnement et une piste cyclable, sans oublier les trottoirs. C’est ainsi qu’entre Villejuif et Thiais l’arrivée du tram (plateforme de 6 à 7 m de large) et la « requalification » de la RD7 ont entraîné un doublement de la largeur de la voirie, passant de 20 m à 40 m entre façades ! Par conséquent, en plus des travaux préparatoires habituels (déviation des réseaux souterrains, remplacement du mobilier urbain, signalisation), il a fallu également procéder à des acquisitions foncières par le conseil général du Val-de-Marne pour démolir les immeubles si nécessaire. Il a également fallu couper les grands arbres qui bordaient la route, mais cette opération a été « limitée au maximum » selon les promoteurs de la ligne T7, qui soulignent que « cet abattage est largement compensé, car de nouvelles plantations, plus nombreuses, sont largement prévues », essentiellement des pins parasols et des chênes verts ayant grandi en pépinière. Bref, « deux arbres replantés pour un arbre coupé ». Mais pas moins de six phases de travaux ont été nécessaires pendant quatre ans pour transformer l’ancienne nationale 7, tout en y maintenant en permanence deux fois deux voies en circulation.
    Long de 11,2 km, l’itinéraire du T7 n’est pas exempt d’obstacles routiers, ce qui a nécessité la construction de trois ouvrages d’art : une passerelle piétonne entre l’arrêt Belle-Epine et le centre commercial du même nom, ainsi que deux franchissements d’axes routiers au nord (160 m au-dessus de la RN186 et de l’A86) et à l’ouest d’Orly (100 m au-dessus de l’A106 et de la RD7). Mais un obstacle bien plus inhabituel se dresse sur cet itinéraire : rien de moins que l’aéroport d’Orly, dont les pistes sont franchies en souterrain entre les arrêts Orly-Sud et le terminus sud du premier tronçon, au futur pôle d’échanges bus/tramway d’Athis-Mons (sur ce passage souterrain, il a fallu limiter la circulation à un sens unique pendant les travaux).
    Lorsqu’il sera en service, officiellement fin 2013, le premier tronçon du T7 sera parcouru « en un peu plus d’une demi-heure », soit une vitesse commerciale de l’ordre de 20 km/h, avec un intervalle de 8 min en heure creuse et un passage « toutes les 5 à 6 min aux heures de pointe ». Cet intervalle minimum devrait être réduit à 4 min après le prolongement jusqu’à la gare de Juvisy-sur-Orge, prévu en 2018.
    Le trafic quotidien attendu sur le premier tronçon est de 36 000 voyageurs, soit 9,7 millions par an, dans un secteur où vivent ou travaillent plus de 300 000 personnes (très majoritairement des usagers de la route), à cheval sur deux départements (Val-de-Marne et Essonne) et 10 communes (Villejuif, L’Haÿ-les-Roses, Vitry-sur-Seine, Chevilly-Larue, Thiais, Rungis, Paray-Vieille-Poste, Orly, Villeneuve-le-Roi et Athis-Mons). Remplaçant le bus 285 au nord d’Athis-Mons, le T7 desservira 18 arrêts (interstation moyenne de 650 m) dont 4 « correspondances principales » avec les autres transports publics : Villejuif-Louis-Aragon (ligne 7 du métro), Porte-de-Thiais (bus TVM), Rungis-la-Fraternelle (RER C) et Orly-Sud (OrlyVal). Bien entendu, l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite et aux malvoyants a été prise en compte dès la conception des arrêts (pas de rampes supérieures à 5 %), qui comprennent généralement deux quais en vis-à-vis de 30 m de long sur 4 m de large.
    Déjà sous tension (750 V, courant continu) là où les panonceaux le signalent, la LAC (ligne aérienne de contact) du T7 est à fil simple. La RATP s’est-elle convertie à cette solution ? Toujours est-il que les prolongements du T3 parisien ouverts en décembre dernier sont également sous LAC à fil simple, alors que toutes les autres lignes de tram ouvertes jusque-là en Ile-de-France sont équipées de fil double. Et pour alimenter le premier tronçon du T7, six postes de transformation électrique ont été installés (grosso modo tous les 2 km).    

    P.?L.

    Chronologie
     

    De la concertation à l’inauguration, treize ans auront été nécessaire pour ouvrir le premier tronçon du T7, dont quatre ans de travaux proprement dits. Après une concertation préalable en novembre 2000-janvier 2001, le schéma de principe a été approuvé par le conseil d’administration du Stif en octobre 2002. L’enquête publique (décembre 2003-février 2004) a été suivie, un an plus tard (février 2005), de la déclaration d’utilité publique par les préfets des deux départements traversés. En décembre 2006, l’avant-projet a été adopté par le conseil d’administration de la RATP, le conseil général du Val-de-Marne, puis le conseil du Stif. Des évolutions ayant été apportées au programme (coûts, maîtrise d’ouvrage dans le cadre de la décentralisation, projet immobilier à Orly, périmètre du site de maintenance, retards dans les expropriations et montage du dossier préliminaire de sécurité), il a fallu attendre octobre 2008 pour l’approbation de l’avant-projet modificatif.
    Les travaux préliminaires, qui comprennent la première phase de requalification de la RD7, ont pu débuter en 2009 et se sont poursuivis jusqu’à l’été 2011. Entre-temps, les travaux d’aménagement du tramway ont commencé fin 2010 et doivent se terminer à la mi-2013.
    Avant même la fin de ces travaux, les essais de réception des rames ont commencé sur quelques centaines de mètres de la ligne en mars dernier, peu après l’arrivée de la première rame (21 février), et se succéderont jusqu’en septembre. La ligne elle-même fera l’objet d’essais entre Villejuif et Orly-Fret 2 à partir de mai, puis plus au sud à partir de juillet. C’est à ce moment que débutera la formation pratique des conducteurs, sélectionnés parmi les machinistes du centre bus de Thiais. Puis en automne, alors que s’achèvera la formation, auront lieu les marches à blanc, avant l’autorisation officielle de mise en circulation délivrée par le préfet, et l’ouverture au public « fin 2013 ».   

    P.?L.

    Qui paye quoi ?

    Le coût du premier tronçon du T7, hors matériel roulant, est de 318,35 millions d’euros (valeur janvier 2006).
    Cofinancé dans le cadre des contrats de plan (2000-2006) et de projets (2007-2013) Etat-régions, ce coût associe le conseil régional d’Ile-de-France (73,6 %), les conseils généraux du Val-de-Marne (17 %) et de l’Essonne (3,8 %), l’Etat (3,2 %, dans le cadre d’un accord de décroisement entre l’Etat et l’Ile-de-France pour le T7 et le prolongement de la ligne 12 du métro), la communauté d’agglomération des Portes de l’Essonne (0,8 %) et la RATP (1,6 %). Le Stif, en tant qu’autorité organisatrice des transports en Ile-de-France, pilote le projet. Le coût de l’exploitation sera financé à 100 % par le Stif.     

    P.?L

     

    Fiche technique

    Type : tram bidirectionnel de 5 modules (Bo2Bo)
    Masse : 38 t à vide, 55,2 t en charge
    Longueur : 32,7 m
    Largeur : 2 400 mm
    Hauteur : 3 400 mm
    Plancher bas : 100 %
    Écartement : 1 435 mm
    Tension d’alimentation : 750 V continu (LAC)
    Traction : 4 moteurs de 120 kW
    Vitesse maximale : 70 km/h
    Places assises : 54
    Capacité : 200 voyageurs
    Portes par face : 4 doubles (1 300 mm) et 2 simples (800 mm)
     

  • Les navettes fluviales et maritimes ont le vent en poupe

    Les navettes fluviales et maritimes ont le vent en poupe

    «Les collectivités locales et les villes ont longtemps mésestimé leurs cours d’eau ou leur port et avant-port comme des voies de transports potentiels », explique Isabelle Trève-Thomas, chargée de l’étude du Certu, publié en juillet 2012, sur le potentiel du transport collectif urbain par voie d’eau en France. Mais aujourd’hui, les projets se multiplient. Ville en bord de mer ou traversée par un fleuve, beaucoup sont séduites par la création de navettes. Après Lorient, Nantes ou Marseille, Bordeaux devait lancer son service de BatCub sur la Garonne, le 2 mai, et Calais suivra le 16 juin. Quant au Var, il va commander une étude pour une desserte maritime du Golfe de Saint-Tropez.
    Selon la géographie de la côte, ou le lit du fleuve, une navette maritime ou fluviale offre un raccourci intéressant en termes de temps. A l’image du projet de Brest pour relier la presqu’île de Crozon qui doit voir le jour en septembre prochain.
    Néanmoins, il faudra lever quelques obstacles. Le transport urbain par voie d’eau est en effet tributaire des aléas de la météo. A Marseille, le temps de parcours peut passer de 40 minutes à 1 heure selon l’état de la mer.
    Pourtant, les navettes fluviales et maritimes sont perçues comme « des modes lents », constatent les chercheurs du Certu dans leur synthèse. La faute au temps d’accostage, jusqu’à 5 minutes, et le comptage systémique des passagers pour respecter le nombre de places autorisées. Les rapporteurs du Certu suggèrent d’augmenter la fréquence, de l’ordre de 5 à 10 minutes, pour contrebalancer cet inconvénient.
    Malgré tout, « les transports par voie d’eau ne peuvent pas être envisagés comme des axes majeurs, explique Emmanuelle Bayart, ingénieure à la planification des transports auprès de la direction de Systra. Elles complètent le réseau terrestre, un point d’appui des lignes fortes de transports habituels ». L’intermodalité présente la première difficulté à lever pour insérer une navette dans un réseau de transports. « Le cheminement entre les différents modes de transports doit être clair, comme c’est le cas à Nantes », précise Isabelle Trève-Thomas.
    Cette intermodalité passe aussi par une billettique commune avec le réseau terrestre. Les navettes marseillaises sont, par exemple, incluses dans les abonnements de la RTM. A Lorient, le prix du billet pour les navettes est au même prix que dans les bus. « Lorient a fait le choix d’intégrer complètement ses services maritimes dans son réseau urbain », explique Emmanuelle Bayart. Symbole de cette intégration, les horaires des navettes sont cadencés avec ceux du bus.
    Autre difficulté, l’accessibilité. Comme les autres transports, les navettes doivent être accessibles aux PMR selon la loi de 2005. Les passerelles d’accès à des pontons flottants, dont la hauteur peut varier avec la marée, doivent notamment respecter une inclinaison maximale de 4 %. A défaut, l’équipage devra les accompagner. Mais au-delà des PMR, ce sont les passagers en général qui sont soumis à une réglementation particulière. La capacité d’emport est stricte, en fonction de chaque navire, et le comptage obligatoire. De plus, pour les navigations sur les cours d’eau, la densité réglementaire ne doit pas dépasser 2,5 personnes au m2, et l’AOT doit reverser une redevance à VNF (Voies navigables de France). Sans parler de l’équipage. « Avec deux personnes à bord des navettes obligatoires, les charges de personnels sont le premier poste de coût d’exploitation », rappelle Isabelle Trève-Thomas.
    Côté maintenance, des périodes de carénage, c’est-à-dire la mise en cale sèche du navire, le nettoyage et la remise en peinture de la coque, doivent être observées tous les ans, dans le domaine maritime, et tous les cinq ans, pour les navettes fluviales.
    Ainsi, le coût d’exploitation est cinq fois supérieur à celui d’un bus, mais « c’est une manière différente d’envisager les transports en commun, conclut Emmanuelle Bayart. Les usagers n’attendent pas de la vitesse mais un déplacement agréable ».
        

    Matthieu Lenoir

     

    Bordeaux ajoute à ses transports le mode fluvial


    L’essayer, c’est sans doute l’adopter. Pendant les douze jours qui ont précédé le lancement des navettes fluviales sur la Garonne, le 2 mai, les habitants de Bordeaux et de la communauté urbaine ont pu goûter à ce nouveau mode de transport, entre le 22 et le 30 avril, avant l’ouverture officielle du service. Pour ce nouveau mode, la communauté urbaine s’est appuyée sur son exploitant, Keolis Bordeaux qui, elle-même s’appuyant sur l’expertise de Keolis Maritime, sous-traitant du transrade de Lorient, s’est chargé des études de faisabilité, de la définition et de l’acquisition des deux bateaux. Construits dans la région, à Gujan-Mestras, sur la rive du bassin d’Arcachon, par le chantier Dubourdieu, les deux catamarans – une forme choisie pour une plus grande stabilité dans les courants de la Garonne – ont la particularité d’être à propulsion hybride, diesel-électrique, même si le thermique est là en cas de besoin.
    Totalement intégrées au réseau TBC, reprenant même les traits du logo dans leur design, les navettes BatCub l’Hirondelle et la Gondole proposeront deux liaisons rapides en pointe, de 7h à 10h et de 16h à 19h. Une entre Lormont au nord de Bordeaux et Quinconces, en 20 min de trajet, toutes les 45 min. Et une traversée entre Quinconces et Stalingrad, en face, qui durera 5 min, avec un départ toutes les 15 min. Chacun des trajets sera effectué par un des navires. Le reste de la journée et les week-ends, les deux lignes seront réunies pour un trajet de 35 min, avec une escale supplémentaire aux Hangars Médoc, et un départ tous les trois quarts d’heure. L’exploitant s’est fixé un objectif de fréquentation de plus 200 000 voyages par an.     

    Y. G.
     

    La navette fluviale de Calais en service le 16 juin

    A Calais, tout fini en “In”. Une déclinaison d’Imag’In, le nom du réseau de Calais Opale Bus, filiale de Transdev, dont le PTU rassemble 104 000 habitants : Balad’In, la navette gratuite de centre-ville ; Vel’In, le service de vélos en libre-service et Div’In, la desserte du cap Blanc-Nez en bus à impériale.
    Logiquement donc, la navette fluviale qui sera lancée le 16 juin s’appellera Calais Majest’In. Inauguré le 30 mai, ce navire de près de 20 m de long a été dessiné par le cabinet d’architecture naval nantais SDI, puis construit par Alu Marine, pour embarquer facilement des passagers. Le Syndicat intercommunal des transports du Calaisis (Sitac) a souhaité une exploitation mixte de la navette : en transport public pour 70 passagers, à raison de trois allers-retours entre la citadelle et le pont de Coulogne, une ville de l’agglo (5 km, 6 escales en correspondances), et une possible utilisation à des fins privées permettant de déjeuner à bord par exemple, le midi ou le soir, pour 44 places assises.     

    Y. G.
     

    Le pôle métropolitain de Brest va lancer un transrade en septembre

    «C’est une réflexion globale sur les transports dans le cadre du Scot qui nous a conduits à la navette transrade entre Brest et la presqu’île de Crozon », explique Thierry Cann, directeur du pôle métropolitain du Pays de Brest, qui réunit 89 communes, sept intercommunalités dont l’agglo de Brest et la communauté de communes de Crozon, et représente près de 389 000 habitants (2009) dont plus de 158 000 salariés. « Les études ont montré qu’il fallait notamment renforcer l’offre de transports en commun entre Brest et la presqu’île, avec des espaces économiques indentifiés à Crozon même, mais aussi à Lanvéoc. » Bien sûr, il existe les cars du conseil départemental qui permettent de relier la métropole à Crozon, mais le trajet prend 1 heure 15. Par la mer, la traversée dure 25 à 30 min.
    Plutôt que de lancer une étude sur la faisabilité et le potentiel d’une liaison transrade, le pôle métropolitain a préféré directement passer à l’expérimentation. L’appel d’offres a été lancé en janvier. Le cahier des charges spécifie que la desserte devra se faire entre le port de commerce et Le Fret, situé entre la base des sous-marins de l’Ile-Longue et Lanvéoc. Le pôle a demandé que les horaires soient adaptés à une utilisation domicile – travail. En revanche, pas de souhaits particuliers quant à la motorisation. Pourtant, un cabinet d’architectes navals, Green Wave, installé à Crozon, a développé une gamme de bateaux électriques ou hybrides, les Nyami. L’un d’eux est exploité par les Vedettes Azénor qui travaille dans la rade de Brest et projette de lancer une desserte transrade. Si le cahier des charges ne prévoit pas de subventions, les titres vendus à bord du bateau permettront de poursuivre le trajet dans les transports de Brest Métropole ou ceux de Crozon, qui seront en correspondance. Le pôle métropolitain devrait désigner une entreprise fin juin ou début juillet, pour lancer cette navette transrade en septembre. « C’est un planning serré, convient Thierry Cann, mais c’est possible. »     

    Y. G.
     

    Lorient lancera son transrade électrique en juillet

    C’est un coup dur pour le chantier naval qui a construit la navette transrade électrique, et Lorient agglomération qui attend encore cette navette. Elle devait entrer en service en octobre dernier mais un problème technique a contraint le chantier naval STX de Lanester, à côté de Lorient, à surseoir la livraison. « Ce qui est malheureux, c’est que la propulsion originale, électrique, n’est absolument pas en cause », explique André Douineau, directeur des transports et déplacements de Lorient agglomération. « C’est une pièce mécanique qui a lâché sur la chaîne de transmission. Ce n’est pas un problème dans les moteurs électriques ni dans la fourniture d’énergie », poursuit le directeur pour contrer les partisans du tout-diesel. Le contraire de l’Ar vag Tredan, le navire à zéro émission de CO2 que l’agglomération pourrait remettre en service en juillet, une fois le problème résolu. Elle compte en effet beaucoup sur ce bateau pour remplacer le plus ancien des trois bâtiments qui assurent les liaisons transrades. Keolis maritime qui exploite ces vaisseaux pour le compte de Keolis Lorient, le délégataire du réseau de la ville, pourra ainsi affecter le plus vieux navire à la réserve, nécessaires soutien lors des opérations d’entretien des trois bateaux en service. A bord du navire à venir, l’énergie sera stockée dans des supraconducteurs, qui ont l’avantage de se recharger en quelques minutes, quatre selon le constructeur, ce qui pourra se faire à chaque rotation, pendant l’escale. Un concept très novateur dans le domaine maritime. Lorient agglomération a investi 3,4 millions d’euros dans ce bateau capable de transporter 120 passagers assis, et une trentaine debout, plus dix bicyclettes, et qui doit faire vingt-huit rotations par jour. Elle sera présentée lors du colloque sur les navettes maritimes et fluviales, organisé par le Gart et le Certu, les 15 et 16 mai, à Lorient, en collaboration avec l’agglo.   

     Y. G.
     

    Une deuxième ligne maritime vers la côte nord de Marseille

    Marseille Provence Métropole et la RTM ont lancé, le 13 avril, une deuxième ligne maritime. Après celle entre le Vieux-Port et la Pointe-Rouge, au sud de l’agglomération, mise en service l’été dernier, Marseille se tourne vers le nord de la ville avec cette nouvelle desserte vers l’Estaque, en 40 min environ, avec un départ toutes les heures. Elle fonctionnera jusqu’en octobre prochain. Accessible avec les abonnements RTM ou avec un billet à 3 euros, cette nouvelle ligne est sous-traitée à Icard Maritime. En revanche, Transdev opère celle vers la Pointe-Rouge. L’année dernière, la première ligne avait transporté 185 000 personnes entre le 1er mars et le 15 septembre.     

    Y. G.


    Les va-et-vient de la navette parisienne


    Testée, arrêtée, relancée, mais finalement toujours pas en service. La navette fluviale à Paris est semble-t-il très compliquée à mettre à l’eau. Mais le Stif n’a pas renoncé malgré les obstacles qui se sont multipliés depuis quelques années. Considéré comme un test entre 2008 et 2011, le service Voguéo avait ensuite été suspendu, pour réétudier parcours et escales et améliorer la fréquentation, qui n’était que de 12 passagers en moyenne par trajet. L’année dernière, la version II de Voguéo est annoncée : trois lignes se recouvrant en partie et 31 escales. Les Parisiens sont consultés, un appel d’offres lancé et le nouveau départ annoncé pour le début de l’année 2013. Mais en février le bruit cours que le projet est abandonné. En fait, l’appel a été déclaré infructueux. « Une seule entreprise a répondu, annonçant un budget de 75 millions d’euros, alors qu’on avait tablé sur 25 millions », explique Pierre Serne, vice-président de la région Ile-de-France chargé des transports et vice-président du Stif. « De toute façon, notre projet aurait été attaqué par les compagnies privées de bateaux touristiques pour concurrence déloyale », dit Pierre Serne. « Nous allons cette fois lancer un appel à projets. » Cette formule laisse plus de souplesse dans la définition des projets, comme la possibilité de travailler avec des associations présentes dans le transport fluvial, à l’image des Passeurs de rives installés à Nogent. On peut alors imaginer des navettes plus petites que Voguéo, plus rapides, qui n’irait que jusqu’à la BNF ou au quai de la Rapée depuis Maisons-Alfort et Nogent. Histoire de redonner le goût de ce mode de transport, d’espérer une relance de la fréquentation et de penser éventuellement à grandir.     

    Y. G.

     

    Une étude pour un service dans le golfe de Saint-Tropez


    Le conseil départemental du Var a lancé une étude pour la mise en place d'un transport public maritime dans le golfe de Saint-Tropez qui pourrait soulager le trafic routier très congestionné en période estivale, de Saint-Tropez à Saint-Raphaël. A l’origine de cette étude, la volonté du Var, en accord avec les communautés de communes et les maires des villes qui bordent le golfe, de disposer d’une alternative à la route et de proposer un service hivernal, même si la demande est plus faible, mais émanant de résidents et non d’estivants. Aujourd’hui, les navettes privées entre Saint-Tropez et Sainte-Maxime ne fonctionnent qu’à la belle saison. Le cahier des charges de l’appel d’offres, en cours d’examen, prévoit une analyse des services existants des règles d’appontement dans les principales communes du golfe, comme Grimaud et Cogolin, en plus de Saint-Tropez et Sainte-Maxime. L’étude doit aussi se pencher sur les conséquences d’un service public. Enfin, le cabinet d’étude retenu devra fournir tous les éléments susceptibles de construire des contrats d’appels d’offres solides. Néanmoins, rien ne garantit que cette étude –  qui devrait durer 18 mois maximum – soit suivie de la création d’un service.   

     Y. G.

     

    Les navettes fluviales pas toujours plus rapides dans Thau Agglo


    Suivant l’expérience de la ville de Sète et de la navette qui conduit l’été les festivaliers au théâtre de la Mer, Thau Agglo avait commandé une étude sur une navette régulière, cette fois comparant les temps de trajets entre les différentes villes de l’agglomération autour de l’étang et selon différents modes : voitures, bus, navettes fluviales. Résultats, un temps de parcours entre Frontignan et Sète-Gare de + 203 % par rapport à une desserte terrestre, et de + 352 % entre Frontignan et Sète-Centre. Cette contre-performance s’explique notamment par la faible vitesse imposée par la réglementation en vigueur sur les canaux empruntés (8 km/h) et l’attente de l’ouverture des ouvrages d’art mobiles qui permettent aux véhicules routiers de franchir les canaux.
    Malgré ces cas particuliers, l’étude montre tout de même l’intérêt des liaisons fluvio-maritimes, avec un gain de temps de 10 % (Sète-Centre – Marseillan-Plage par le Lido) à 52 % (Mèze – Sète-Gare), notamment. L’agglomération a aussi regardé à la dépense. Entre 500 000 et 800 000 euros pour une expérimentation de six à douze mois, en regard du prix d’un bus à 250 000 euros, alors que le réseau Thau Agglo Transport doit encore être amélioré.     

    Y. G.
     

  • Strasbourg – Roissy : Air France joue l’économie avec le TGV

    Strasbourg – Roissy : Air France joue l’économie avec le TGV

    Après cinq années d’exploitation déficitaire de la ligne Strasbourg – Roissy-Charles-de-Gaulle, Air France a basculé son exploitation sur le rail. Depuis le 2 avril, la desserte s’effectue en TGV « Air & Rail », un service imaginé pour Strasbourg, sur la base de l’expérience enregistrée depuis une décennie sur la desserte Paris – Bruxelles. « Nous achetons 95 000 sièges par an à la SNCF, en voitures première classe, répartis entre quatre dessertes TGV quotidiennes, explique Thierry de Bailleul, directeur régional France Est chez Air France. Avec ses 140 000 passagers annuels, l’exploitation aérienne figurait parmi les lignes intérieures dont les recettes unitaires étaient les plus faibles. Strasbourg – Roissy-Charles-de-Gaulle perdait 10 millions d’euros par an depuis cinq ans, avec la concurrence du TGV Est. L’avion n’est plus compétitif dès lors que le transport terrestre passe sous les 2 heures 45. Sur Bruxelles, un service comparable achemine 250 000 passagers annuels », observe Thierry de Bailleul. Le trajet entre Strasbourg et Roissy s’effectue en 2 heures 30. Il passera à 1 heure 50 en 2016, avec la mise en service de la deuxième phase de la LGV Est.
    Les blocs négociés par Air France correspondent, en moyenne, à 36 à 43 sièges par train, répartis entre une ou deux voitures de queue dans les TGV. La SNCF a renforcé sa desserte sur Strasbourg – Roissy, passant de trois à quatre trains par jour. En cas de forte affluence, la compagnie aérienne aura accès à des sièges supplémentaires renégociés. « Nous payons les 95 000 sièges quoi qu’il arrive, même si nous ne les occupons pas tous. En cas de forte affluence, nous n’entrerons pas dans le système de réservation de la SNCF. Et nous renégocierons les volumes une fois par an », précise Thierry de Bailleul.
    Les passagers sont pris en charge par Air France, sous sa responsabilité, sur l’intégralité du trajet, y compris en cas de retard. Les billets Strasbourg – Roissy-Charles-de-Gaulle ne seront vendus qu’aux passagers en préacheminement vers des vols en correspondance, moyens ou longs courriers. Air France perd, au passage, environ 45 000 passagers qu’elle acheminait de point à point entre Strasbourg et Paris ou le nord de la région parisienne. Le service proposé inclut un guichet d’accueil dédié en gare de Strasbourg, installé dans un local de 120 mètres carrés. Trois agents d’escale, déplacés de l’aéroport de Strasbourg vers la gare, délivrent le titre de transport et assurent le préétiquetage des bagages. Le concept de « prise en charge » des bagages proposé par Air France s’avère plus restrictif que prévu : il se limite au transport des valises sur quelques dizaines de mètres entre le guichet Air France et la porte du TGV. Arrivés en gare à Roissy, les passagers transportent eux-mêmes leur valise jusqu’au poste drop-off du comptoir d’enregistrement aérien, situé au terminal 2E (huit à dix minutes de marche) pour la plupart des vols en correspondance.
    Pour les clients, peu nombreux (neuf personnes) sur le premier TGV début avril, le nouveau service n’a pas été ressenti comme une amélioration. Certains voyageurs ont pointé le manque d’information sur le départ de Strasbourg. « Le code IATA sur le billet, qui diffère entre l’aéroport et la gare (SXB et XWG, ndlr), est un indice pour les spécialistes. Je ne m’en suis aperçu qu’à deux jours du départ », observe l’un d’eux. « Mon vol retour, opéré via Toulouse, se posera à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim. Où vais-je récupérer ma voiture ? » s’interrogeait ce même homme d’affaires.
        

    Olivier Mirguet

     

    Polémique politique à Strasbourg


    Depuis la mise en service du TGV Est, en juin 2007, l’aéroport de Strasbourg-Entzheim (1,16 million de passagers) a perdu près de la moitié de ses clients. Les collectivités territoriales, actionnaires de la société d’exploitation aéroportuaire, ont réagi en 2012, en subventionnant la baisse des taxes à raison de sept euros par passager, à titre provisoire. Fin mars, les élus strasbourgeois ont récidivé, augmenté leur contribution et ramené la taxe à cinq euros par billet. Soit 3,4 millions d’euros de subventions, réparties jusqu’en 2016. « Strasbourg est devenu l’aéroport le moins cher de France métropolitaine », observe Catherine Trautmann, ancien maire (PS) de Strasbourg, élue communautaire en charge du développement économique. Résultat, de nouveaux opérateurs aériens sont arrivés, comme Volotea, compagnie low-cost espagnole, qui exploite depuis Strasbourg trois lignes transversales vers Bordeaux, Montpellier et Nantes. Ryanair a signé son retour fin mars, avec deux lignes ouvertes vers Londres et Porto, et devait annoncer le 10 avril l’ouverture de lignes supplémentaires. Jean-Jacques Gsell, adjoint au maire de Strasbourg en charge du tourisme, du commerce et de l’artisanat, a critiqué « les avions à hélices minables d’Air France au départ de Strasbourg » : la compagnie opère sur certains vols transversaux sous la bannière « Hop » et sur la ligne d’Orly des turbopropulseurs ATR-72.
    Thierry de Bailleul a salué « l’initiative de baisse de taxes » prise à Strasbourg, mais rappelé que « cette baisse survient après une hausse de 44 % entre 2007 et 2012 ». Et demandé aux élus locaux d’« arrêter de dénigrer » sa compagnie, qui représentait encore, l’année dernière, 85 % de l’activité à Entzheim.     

    O. M.

  • Accidentologie : les tramways sont-ils dangereux ?

    Accidentologie : les tramways sont-ils dangereux ?

    Le phénomène est connu depuis longtemps. Dans les semaines et les mois qui suivent la mise en service d’une nouvelle ligne de tramway, et a fortiori celle d’un réseau tout neuf, on observe toujours un nombre anormalement important d’incidents, voire d’accidents, dans lesquels des tiers sont impliqués. Il n’est pas vraiment de pays qui échappe à ce mécanisme, même si le degré de respect des règles du code de la route par les automobilistes diffère sensiblement, comme on l’imagine, d’un point à l’autre de la planète. La France se distingue toutefois par le fait que la « culture tramway » (à la différence, par exemple, de l’Allemagne) y avait longtemps disparu ou presque. Avec le retour en force, dans l’Hexagone, de ce mode de transport et le rythme de création (unique en Europe !) de réseaux construits ex nihilo, il ne faut donc pas s’étonner de l’occurrence, en apparence très élevée, d’incidents ou d’accidents de nature à impressionner l’opinion, mais qui ne saurait en aucun cas être considérée comme une faille rédhibitoire du système… Parmi les tout derniers réseaux inaugurés en France, celui de Brest n’a bien sûr pas échappé au phénomène. Mis en service le 23 juin 2012, il cumulait 28 accidents de la circulation au 31 janvier dernier. « Un chiffre au-dessus de la moyenne nationale, mais inférieur à ceux enregistrés pour la mise en service de réseaux comparables », relativise Yann-Noël Dherbecourt, le « Monsieur Sécurité » du tram brestois. En réalité, l’accidentologie relevée dans les premiers mois d’exploitation de la ligne bretonne rejoint, en consistance, celle déjà observée au démarrage des réseaux du Mans ou de Bordeaux.

     

    Une stratégie de conduite basée sur la prise d’informations et l’anticipation
     

    Hormis sur de rares tronçons équipés d’une signalisation de cantonnement (cas des tunnels où la visibilité est réduite), la conduite d’un tramway s’effectue, par définition, en marche à vue. On pourrait arguer que c’est aussi finalement le cas au volant d’un autobus, mais il y a pourtant une différence fondamentale entre ces deux modes : aux commandes d’un tramway, l’anticipation tient un rôle bien plus prégnant. A cela, deux raisons majeures : le mode ferroviaire, qui n’offre qu’un seul degré de liberté, reste prisonnier d’une trajectoire prédéterminée (pas question d’éviter un piéton en donnant un coup de volant !), et les distances d’arrêt sont beaucoup plus longues (conséquence physique du roulement « acier sur acier »). Pour avoir le temps de freiner avant de heurter un obstacle potentiel qui pourtant n’engageait pas encore le gabarit de la voie quelques secondes auparavant, il faut donc anticiper l’enveloppe des déplacements possibles que ledit obstacle potentiel sera susceptible d’avoir (voir encadré ci-contre). La question se pose avec une acuité particulière en site partagé, où le trafic automobile cohabite avec le tram sur la même chaussée, et plus encore dans les zones piétonnes, où il partage la voirie avec un genre d’obstacle potentiel (le piéton) au comportement parfois très difficilement prédictible. Les zones d’arrêt sont également à considérer comme particulièrement sensibles en raison de la traversée intempestive de piétons ou de voyageurs au plus près, devant ou derrière les rames, avec un risque aggravé lors de leur croisement, l’une pouvant alors masquer l’autre. La stratégie de conduite va donc se baser sur la recherche permanente d’informations en portant successivement le regard au loin dans l’axe de la voie, au plus près dans le même axe, et en opérant un balayage visuel latéral dans un champ rapproché, tout en demeurant réceptif à tous les stimuli extérieurs. Pour le conducteur expérimenté, une telle prise d’information requiert parfois moins de 300 millisecondes. L’identification d’un risque potentiel (avec un temps de réaction légèrement inférieur à la seconde), puis son analyse et la décision finale qui doit en résulter (souvent de nature binaire, à savoir « je freine » ou « je ne freine pas »), s’opèrent dans un laps de temps global qui varie d’une seconde et demie à quelques secondes selon la proximité du danger supposé. Pour évaluer la dangerosité du risque, le conducteur fait appel aux connaissances qu’il a antérieurement mémorisées, qu’elles proviennent de la formation reçue ou, surtout, de l’expérience acquise. A partir d’un référentiel de modèles issus de ses propres observations, il sait ainsi prédire les scénarios les plus probables, qu’il s’agisse du cheminement d’un piéton ou du comportement d’un automobiliste dans un environnement donné. C’est donc toute une gymnastique visuelle et intellectuelle à laquelle le conducteur de tramway doit se livrer en permanence s’il ne veut pas déroger un seul instant au sacro-saint « comportement de sécurité » qui lui est demandé. On ne s’étonnera donc pas que le métier puisse être ressenti paradoxalement comme plus éprouvant que celui de conducteur d’autobus, même si ce dernier garde des spécificités contraignantes, comme le recours permanent aux rétroviseurs pour la surveillance du gabarit.
    Et pourtant le tramway est un mode de transport plus sûr que l’autobus. Le rapport annuel sur l’accidentologie des tramways français (voir encadré p. suivante) du STRMTG (Syndicat technique des remontées mécaniques et des transports guidés) a en effet comparé l’accidentologie des tramways à celle des autobus sur huit réseaux qui exploitent les deux modes, au cours de la période s’étendant de 2004 à 2011. Il en ressort que le nombre d’événements aux 10 000 km (pour l’essentiel, collisions avec des tiers et accidents de voyageurs) reste significativement plus élevé en mode routier qu’en mode ferré. Pour l’année 2011, on a dénombré 0,739 événement pour 10 000 km avec les bus, contre 0,355 avec les trams.

     

    Du matériel roulant conçu pour limiter les conséquences des chocs

    Les dispositions constructives adoptées pour le matériel roulant peuvent diminuer les conséquences d’un choc frontal. Dans la dernière décennie, d’importants progrès ont ainsi été accomplis. Déjà, il n’est plus aujourd’hui envisageable d’avoir en extrémité de rame, comme par le passé, un attelage de type « Scharfenberg » non caréné, voire non rétractable. La construction des nez avant fait désormais appel aux principes de sécurité passive, avec capacité d’absorption d’une partie de l’énergie émise et possibilité d’encaisser un choc aux très basses vitesses sans déformation des structures de caisse (cas d’un rattrapage, par exemple). Les formes des nez, en partie inférieure, sont maintenant calculées pour rejeter latéralement, à l’extérieur du gabarit, les piétons qui viendraient à être heurtés. De fait, sur les matériels actuels à plancher bas intégral, il s’agit d’éviter d’abord qu’un piéton ne se retrouve coincé sous la partie avant. Ce type d’accident, qui n’est malheureusement pas si rarissime, oblige alors à lever la rame pour pouvoir dégager la victime. A cette fin, les pompiers sont équipés de moyens de levage adaptés au tramway, basés sur des coussins pneumatiques ou des vérins hydrauliques, et ils reçoivent régulièrement, pour ce type d’intervention, un entraînement spécifique.
    En 1991, les TL (Transports publics de la région lausannoise) mettaient en service le TSOL (Tramway du sud-ouest Lausannois), qui est une ligne de type « Stadtbahn », aujourd’hui intégrée au métro sous la désignation « m1 ». Un an avant la première circulation commerciale, l’exploitant suisse lançait déjà une grande campagne de sensibilisation sur les risques liés aux futures circulations ferroviaires. Un conducteur de trolleybus, visiblement doué d’un vrai talent de dessinateur de BD, créa pour la circonstance le célèbre personnage de raton laveur baptisé « Museau prudent ». Décliné sous la forme de grandes affiches, mais aussi de peluches pour les jeunes et les moins jeunes, Museau prudent égrenait partout ses conseils de bon sens. Malgré le prévenant raton laveur, quelques semaines seulement après l’inauguration du TSOL survenait le premier accident mortel d’un enfant. Renforçant encore leur campagne de sensibilisation, les TL installaient alors des barrières à tous les passages à niveau, et instauraient une surveillance continue, avec procédure de dénonciation automatique et lettre écrite aux parents dans le cas d’enfants mineurs. Museau prudent sachant, à l’occasion, se déguiser en Museau mordant ! Aujourd’hui encore, il se trouve des piétons pour passer sous les barrières et des automobilistes pour tenter de les franchir quand elles commencent à se fermer. Mais la détermination des TL (et des autorités) a, semble-t-il, fini par payer. Peut-être aussi que les réseaux de tramway français pourraient tirer parti d’un raton laveur venu d’Helvétie ?
        

    Philippe Hérissé

     

    A 15 km/h, il faut plus de 7 m pour que le tram s’arrête en urgence

    Dans son étude sur l’ergonomie des postes de conduite de tramways dans les réseaux français, Marie-France Dessaigne, maître de conférences à l’université Paris-Descartes et chercheur au Laboratoire Adaptations Travail Individu (Lati), évoque le cas d’une rame roulant à la vitesse de 15 km/h en zone piétonne. Pour son conducteur, l’activité d’anticipation consiste alors à regarder dans l’environnement immédiat les piétons qui lui tournent le dos, les jeunes en roller, les cyclistes, les personnes âgées et les enfants. Il promène son regard dans un champ situé entre 10 et 20 m devant lui, tout en focalisant sur un individu particulier, à quelques mètres de lui, dont le comportement lui paraît a priori imprévisible. A 15 km/h, la rame parcourt 4,16 m durant chaque seconde, qui est aussi le temps approximatif de réaction du conducteur. A l’issue de ce temps, il provoque le freinage d’urgence. Avec une valeur de décélération maximale de 2,9 m/s2, la distance d’arrêt atteint déjà les trois mètres. La rame aura donc parcouru plus de sept mètres avant de s’immobiliser. Pas étonnant que la plupart des conducteurs se soient ainsi fait, à plusieurs reprises, quelques frayeurs…

     

    Rapport sur l’accidentologie : des collisions en baisse


    Chaque année, le STRMTG (Syndicat technique des remontées mécaniques et des transports guidés) publie son rapport sur l’accidentologie des tramways français, élaboré à partir des événements déclarés par les exploitants, et qui viennent ainsi enrichir sa base de données. Ce rapport intéresse l’année n-2. Ainsi, le dernier document émis en date du 24 janvier 2013 analyse-t-il les événements arrivés en 2011 sur 22 agglomérations, qui totalisaient alors 47 lignes « fer » et quatre lignes « pneu ».
    Sur l’année 2011, 1 176 collisions avec des tiers ont été enregistrées, faisant deux morts, 35 blessés graves et 372 blessés légers (dont 73 voyageurs). Ces collisions ont représenté 67 % de l’ensemble des événements déclarés, et 44 % des victimes. Celles impliquant des voitures particulières forment la grande majorité (plus de 60 % des cas), mais celles avec des piétons génèrent une part quasi équivalente de victimes. Depuis 2004, le nombre de collisions aux 10 000 km est en baisse relativement continue, ce qui semble encourageant. Lors de leur premier mois d’exploitation, les nouveaux réseaux connaissent invariablement un ratio triple de celui d’agglomérations plus expérimentées, mais les courbes représentatives se rejoignent en général au bout de la première année. Les collisions avec des tiers se produisent majoritairement au niveau des ronds-points giratoires, l’autre configuration à risque étant celle des intersections de type « tourne-à-droite » ou « tourne-à-gauche ». Par ailleurs, toujours en 2011, on a dénombré 522 accidents de voyageurs, faisant sept blessés graves et 512 blessés légers. Il y a eu 409 chutes à l’intérieur des rames, dont 320 (78 %) sont dues à des freinages d’urgence. Ces freinages d’urgence proviennent, pour plus des trois quarts, d’actions de conduite. Les deux principaux types d’événements occasionnant des victimes sont, bien sûr, les collisions avec des tiers et les accidents de voyageurs. Toutefois, les collisions présentent à l’évidence une gravité supérieure, puisqu’elles sont, à elles seules, responsables des deux tués déplorés dans l’année, et de 35 des 42 blessés graves recensés.
    Parmi les événements (autres que collisions avec des tiers et accidents de voyageurs) qui sont survenus en 2011, on relève : un court-circuit dans un coffret d’alimentation APS (alimentation par le sol) suite à forte pluie ayant inondé la plate-forme, provoquant une déflagration et l’éjection brutale de la plaque métallique de protection du coffret ; un début d’incendie d’un bogie suite à blocage des freins (dysfonctionnement d’une valve de surpression) ; trois déraillements en ligne (franchissement d’un signal fermé ; erreur de télécommande d’aiguille et passage consécutif en voie déviée à la vitesse de voie directe ; présence fortuite d’un potelet dans la gorge d’un rail ayant entraîné le léger déport d’un bogie intermédiaire sur trois interstations consécutives, événement passé d’abord inaperçu du conducteur et des voyageurs, mais qui s’est aggravé au franchissement d’un appareil de voie avec le heurt de plusieurs véhicules présents sur la chaussée adjacente) ; un « déguidage » de tram sur pneu, entraînant le heurt d’un muret, avec deux voyageurs choqués ; deux déraillements lors des manœuvres de tiroir en terminus (dans un cas, à cause d’un décollage d’aiguille non détecté et, dans l’autre, d’une rupture d’entretoise) ; quatre dépassements de fin de voie dus à un manque de vigilance des conducteurs concernés ; deux rattrapages ; un nez à nez sur voie unique en mode dégradé suite à l’erreur d’un opérateur du PCC ; 21 heurts d’obstacles engageant le gabarit des voies ; et, enfin, 23 événements divers, parmi lesquels des accrochages de ligne aérienne de contact (LAC) et des actes de vandalisme.     

    Ph. H.
     

    Les galères du TVR de Caen

    Aujourd’hui plus personne ne s’en étonne, le TVR accumule les travers. Mardi 19 mars, à Caen, une rame du tram sur pneus a subi un déguidage provoqué par un capteur de rail que l’une de celles qui la précédaient avait perdu. Le dernier incident de ce type s’était produit le 21 février, soit moins d’un mois avant ! Et il s’ajoute à une longue suite de dysfonctionnements qui font actuellement l’objet d’une mission d’expertise judiciaire après la requête de Viacités, le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération caennaise, en mars 2012. Toutes les rames ont dû être vérifiées une à une au dépôt par l’opérateur Keolis. C’est le 22e déguidage depuis la mise en service du réseau, et le cinquième depuis 2008. Aussi Viacités a-t-il décidé de saisir en référé le tribunal administratif de Caen, et il a adressé un courrier de mise en demeure aux deux concessionnaires, Keolis et la STVR (société du TVR). Le syndicat se réserve la possibilité de bloquer le versement d’une partie de leurs subventions.

  • Les collectivités ont-elles intérêt à gérer seules leurs transports publics ?

    Les collectivités ont-elles intérêt à gérer seules leurs transports publics ?

    Quel sort aura connu le fonctionnaire qui eut, fin 2012, le malheur d’inverser les enveloppes des deux finalistes de l’appel d’offres de Cannes, contraignant le réseau à passer en régie ? La petite histoire des transports publics ne le dit pas. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que contrairement à Cannes une petite vingtaine de réseaux de transport ont fait depuis deux ans un choix délibéré, celui de passer d’une gestion déléguée de leurs transports à une gestion en interne.
    Depuis la loi sur les SPL de mai 2010, les réseaux urbains d’Aurillac, Clermont-Ferrand, Nice, Périgueux, Dax, Saint-Brieuc et Thionville sont passés en régie, et ceux de Forbach, Maubeuge, Saint-Nazaire et Saumur en SPL. Les réseaux interurbains d’Ille-et-Vilaine, des Pyrénées-Orientales, d’Ardèche-Drôme, de Saône-et-Loire et du Tarn ont également basculé. Les Chemins de fer de Provence (Train des pignes) doivent également passer en régie en 2014. Ces réseaux, pour majorité d’anciens réseaux de Veolia Transdev, ont choisi de prendre en mains leurs transports, en s’entourant des conseils de l’association des transports publics indépendants Agir. La gestion déléguée des transports, cette fameuse DSP à la française, qui concerne toujours 90 % des réseaux en France, serait-elle en péril ? Pour les groupes, la gestion interne risque de tuer le marché, mais pas uniquement. Elle menacerait également la qualité des transports publics. Les exploitants estiment qu’avec le temps les régies se sclérosent. « Au bout de cinq à sept ans, un cadre dirigeant n’apporte plus forcément d’idées nouvelles. Au sein d’un groupe, il peut au contraire évoluer et apporter son expérience à un autre réseau », argumente Francis Chaput. L’autre argument des anti-régie, qu’ils se refusent à assumer publiquement, concerne l’administration par les élus eux-mêmes : « Dans les SEM, les SPL comme dans les régies, ce sont les élus qui sont au premier rang. Ils décident, mais ils ne sont pas des managers. Faire tourner des bus et gérer des plannings, ce n’est pas leur boulot. Et puis, à chaque cycle électoral, ils sont soumis à des pressions qui les affaiblissent et les poussent à des choix anti-économiques. La gestion interne va donc favoriser une rente de situation, une inflation des coûts, des avantages et, dans certains cas, des copinages », dénonce un exploitant. Les « régiphiles » répliquent qu’au final, quand il y a un problème sur le réseau, délégataire ou pas, c’est de toute manière le maire que se retrouve en première ligne. Mais celui-ci doit-il pour autant vouloir entrer dans le détail de l’exploitation de son réseau ? Le président de l’agglomération de Montpellier, Jean-Pierre Moure, ne le considère pas : « Avant de vouloir passer en régie, il faut bien évaluer tout ce qui entre en ligne de compte. Le service, la maintenance et la technique, et l’environnement dans lequel on évolue. Je ne suis pas certain que dans ces domaines nous ferions mieux en interne. On ne peut pas tout demander aux collectivités locales. » L’argument vaut pour les grands réseaux, dont les problématiques sont complexes, mais ces agglomérations qui n’ont que quelques bus ont-elles vraiment besoin de payer les services d’un délégataire ? « Les petits réseaux ne sont pas si simples que cela à exploiter. Mettre en place un TAD, intégrer les transports scolaires au réseau urbain ou la mutualisation des centres d’appels, cela nécessite des compétences pointues », rétorque Patrick Jeantet, directeur général France de Keolis.
    Le point le plus contesté du débat porte moins sur la gouvernance que sur le coût de l’exploitation. En cette période de disette budgétaire, si les élus choisissent de se passer de délégataire, c’est le plus souvent pour des raisons économiques. Le passage en régie autorise une fiscalité plus avantageuse (récupération de la TVA), des contrats de sous-traitance passés en direct et la disparition des frais de siège ou d’assistance technique. Exit également les d’impôts sur le bénéfice de l’opérateur, et bien entendu la marge de ce dernier. « Au-delà des marges identifiées et négociées dans le contrat, les grands groupes peuvent tirer des bénéfices sur de nombreuses prestations réalisées en direct ou par des filiales. On peut y retrouver des facturations de création et d’administration de sites Web, d’assistance comptable, de mise à disposition de véhicules, carburant, sous-traitance, etc. Mises bout à bout, ces sommes peuvent représenter des coûts importants », remarque le secrétaire général d’Agir, Arnaud Rabier. « Les grands groupes peuvent parfois avoir une marge limitée sur le contrat et se rattraper sur le reste. Cela reste cohérent avec leurs objectifs de rentabilité. Mais les collectivités qui ne connaissent pas toujours la réalité des coûts ne s’en rendent pas toujours compte. A titre d’exemple, peu de collectivités savent que les groupes reçoivent de la part de leurs fournisseurs des remises sur volumes en fin d’année. Ces “rétro-remises” devraient peut-être être partagées avec les collectivités », poursuit-il. Certains promoteurs de la régie vont jusqu’à dénoncer un système opaque dans lequel les filiales servent de « machines à remonter du cash » pour financer le train de vie des groupes. Chez les opérateurs, évidemment, le son de cloche est très différent. « Il y a des doutes sur la transparence économique des groupes, et les collectivités veulent se réapproprier le produit transports. Faute de solutions, l’élu dit : “Je fais moi-même !” », reconnaît Francis Chaput, directeur du grand urbain de Veolia Transdev. « Pourtant, si l’on regarde les marges actuelles, on ne peut que constater que le transport public français est en réalité subventionné par les opérateurs. » Le président de RATP Dev, François Xavier Perrin, place le débat au niveau macro-économique : « Les élus qui optent pour la régie ou la SPL choisissent de rapatrier un certain nombre de risques financiers, sociaux ou techniques. Je m’interroge sur cette tendance. C’est un peu comme si vous décidiez de ne pas assurer votre voiture en faisant le pari que vous n’aurez jamais d’accident. » Pour les exploitants, l’internalisation des transports se paye toujours d’une manière ou d’une autre. « Les économies en régie sont de courte vue. On supprime l’AT du groupe, certes. Mais l’on se coupe des capacités d’achat en gros massifié du groupe, de son innovation, de son réseau d’expertise et de son vivier de managers », note Patrick Jeantet.
    Bien que prudents sur la question, les récents convertis assurent pourtant qu’ils dépensent moins pour des transports équivalents. A Saumur, l’agglo, qui est passée en SPL en juillet 2010, estime économiser en année pleine 650 000 € de fonctionnement sur un budget global de 3,8 millions. « Cela nous a permis d’absorber un certain nombre d’investissements, notamment la construction d’un nouveau centre technique, d’un local administratif et l’aménagement de la gare routière », indique Mélanie Rouault, directrice opérationnelle de Saumur Agglobus. Un an après avoir passé un quart de ses transports départementaux en régie (le lot 2, qui regroupe les ligne du sud du département), le conseil général d’Ille-et-Vilaine ne regrettait rien. Lors du congrès Agir 2012, André Lefeuvre, vice-président transports collectifs au conseil général d’Ille-et-Vilaine, nous confiait qu’à périmètre comparable il estimait les coûts de la régie 10 % inférieurs à ceux de Keolis sur les autres lots. « Calculs biaisés », dénoncent les opérateurs quand on leur présente ces chiffres. Qui croire ? Pour mettre tout le monde d’accord, il faudrait une comparaison objective, menée par un consultant indépendant. Une étude vient justement d’être lancée par le cabinet Jonction, visant à donner des éléments de comparaison entre les différents modes de gestion. L’idée est d’étudier dans le détail ce que sont les différents postes de coût et de fonctionnement dans différents réseaux. Une telle étude ne peut évidemment avoir de sens que si elle a le soutien de tous les protagonistes. Et cela commence mal. Si le ministère des transports, l’UTP, le Gart et la FNTV font bien partie du tour de table, Agir a décliné, refusant les généralités sur les modes de gestion, et estimant le cahier des charges… « à charge ».
        

    Guillaume LEBORGNE


     

    Où vont les SEM ?

    Elles ont connu leur heure de gloire dans les années 70. Les SEM sont-elles pour autant devenues vintage ? Ce mode de gestion dans lequel exploitants et élus sont partenaires de long terme est né suite à la création, en 1973, du versement transport. Les sociétés d’économie mixte (SEM) ont fleuri, permettant à quatre agglos françaises (Nantes, Strasbourg, Grenoble, Montpellier) de financer le renouveau du tramway et de développer les meilleurs réseaux de transport de l’Hexagone. Entité juridique hermaphrodite, mixte entre gestion interne et gestion privée, la SEM semble donner toute satisfaction aux collectivités qui ont opté pour. Depuis la création de la SEM de Montpellier, en 1977, à la demande de Georges Frêche, TAM exploite mais est également en charge de la maîtrise d’ouvrage déléguée pour l’étude et la construction des lignes de tram. L’avantage de cette formule, assure-t-on chez VTD (qui est partenaire en direct ou à travers la Caisse des dépôts de 80 % des SEM), est que la conception de chaque ligne de tramway intègre dès le départ des contraintes essentielles, liées à sa future exploitation. Autre taille de réseau, autre avantage à Montauban, où la SEMTM, qui compte 52 salariés, fait aussi office de service transports. « Pour l’agglomération, c’est faire d’une pierre deux coups », souligne Emmanuel Boivin, son directeur. « Nous nous sommes posé à une époque la question du passage en DSP, mais nous voulions rester au capital de l’opérateur et garder la maîtrise », précise Brigitte Barèges, présidente de la communauté d’agglomération de Montauban, qui a renouvelé sa confiance à VTD pour dix ans à partir de janvier 2013. Dans cette agglomération de huit villes et 71 000 habitants, « le transport n’est pas une mission sur laquelle on pouvait espérer un niveau de professionnalisation suffisant pour la gérer en direct », considère Didier Lallemand, DGS de l’agglomération de Montauban. « VTD est force de propositions, après, nous sommes libres d’accepter ou pas », poursuit-il. « Avec la transparence inhérente au fonctionnement en SEM, il ne peut y avoir de soupçons d’enrichissement du partenaire. Il faut démontrer que nous avons rempli notre mission avant d’aller demander des moyens supplémentaires », ajoute Francis Chaput. Les exploitants sont discrets sur la rémunération de leur travail dans les SEM. Cette prestation n’est pourtant pas bénévole. La marge est négociée. A Montpellier, elle s’élève à 250 millions d’euros sur la durée du contrat, ce qui est peu. Le corollaire est le suivant : la collectivité viendra à la rescousse en cas d’aléas, c’est-à-dire qu’elle assume le risque. Avec la bénédiction de l’AOT, l’opérateur se rémunère en général par ailleurs à travers les contrats de sous-traitance qu’il passe à ses filiales, ou de nouveaux contrats de service qui font l’objet d’avenants au contrat conclu avec la SEM. Mais les résultats de la SEM sont réaffectés dans les développements du réseau, et le capital immobilisé n’est pas rétribué. « La question qui se pose est de savoir si la marge réalisée sur l’AT justifie le capital immobilisé », relève Patrick Jeantet. « On ne privilégie pas les gains immédiats. C’est ensemble que l’on développe le réseau pour être reconduits le mandat suivant », souligne Robert Subra, vice-président transports de l’agglomération de Montpellier. A mi-chemin entre privé et public, les SEM peuvent-elles faire un come-back ? « Nous nous adaptons à la demande locale, mais il est vrai que les SEM sont ce mode de gestion qui est peut-être une bonne réponse aux questions que se posent en ce moment les élus. C’est une approche que nous aimerions développer », indique Francis Chaput. Est-ce le sens de l’histoire ? Pas forcément. Car depuis quelques années les SEM « historiques » semblent évoluer vers une prise de risque de plus en plus importante pour l’actionnaire minoritaire. Dans l’appel d’offres de Grenoble, le cahier des charges prévoit un risque recettes assumé à 75 % par l’opérateur. Cette tendance, qu’un opérateur qualifie de « dévoiement de l’esprit de la SEM », pourrait sonner le glas d’une pratique avant tout partenariale et la transformer en une prestation pas si éloignée d’une DSP classique.   

     G. L.


     

    A Nice, la surprise du chef

    Jusqu’aux derniers oraux, l’appel d’offres pour la DSP de transports de Nice s’était déroulé tout à fait normalement. Keolis, qui, d’après plusieurs sources, avait proposé l’offre la plus compétitive et séduit la commission d’appel d’offres, semblait le mieux placé pour l’emporter. Mais Christian Estrosi ne l’a pas entendu ainsi. Le président de la Canca a pris l’étonnante et quasi monarchique décision de passer les transports en régie, prétextant « des offres ne correspondant pas aux attentes de la collectivité » et fustigeant des fuites dans la presse. Incrédulité dans le monde des transports, stupéfaction locale, mais pas de vague chez les élus niçois qui soutiennent la décision du chef. « Christian Estrosi n’est pas un politique prudent. Il se mouille, il fonctionne comme cela. Il a constaté à l’issue de l’appel d’offres que cela coûterait au moins 10 millions de plus par an à la collectivité, il a donc choisi de faire autrement. L’agglo ayant l’expérience des régies dans d’autres domaines, ce n’est pas non plus un saut dans le vide », justifie un proche. Suite à cette décision autant inattendue qu’impréparée, les services et le vice-président transports Alain Philip pagayent pour préparer la bascule du réseau, programmée en septembre. Un comité de pilotage confié au vice-président du Gart, sénateur-maire de Cagnes-sur-Mer, Louis Nègre, est en charge de veiller aux relations avec les élus et les syndicats. Avec l’assistance d’Agir et les conseils du réseau de Toulouse, un grand réseau ayant aussi basculé il y a peu, les élus et techniciens font en ce moment le ménage dans la centaine de contrats de sous-traitance et transforment la filiale de Veolia en Epic. Tout se passe en bonne intelligence avec la CGT, syndicat majoritaire qui, selon les mauvaises langues, monnaye la paix sociale, notable dans ce réseau, contre une forte association aux décisions. Bien que l’appel d’offres ait été déclaré sans suite, Keolis semble n’avoir pas été satisfait par les explications niçoises. Le groupe a demandé à l’agglomération d’être défrayé de ses frais d’appels d’offres, soit 600 000 euros.    

    G. L.

     


    Assister n’est pas exploiter

    Les groupes n’aiment pas les régies. Mais, à défaut d’exploiter, ils acceptent des contrats d’assistance technique sur lesquels leur marge est plus élevée. Récemment, Keolis a remporté un contrat d’assistance auprès de la SPL de Maubeuge, et Veolia Transdev auprès de la régie de Douai. « Nous avons beaucoup de contacts avec des régies pour des missions d’assistance technique. Je trouve positif que ces réseaux admettent avoir besoin du support d’un grand groupe privé. Nous respectons le choix de gestion des collectivités. Mais notre idée est de les convaincre à terme de l’intérêt d’opter pour la DSP », indique le directeur général France de Keolis, Patrick Jeantet. Veolia Transdev se positionne très résolument sur ce marché de la sous-traitance, notamment auprès de ses anciens réseaux : « Qu’il s’agisse de Nice ou de Cannes, il n’a jamais été dit qu’il s’agirait de régies isolées », indique Francis Chaput, directeur délégué grand urbain de Veolia Transdev. Suite à sa décision de passer en régie, le SITP de Cannes n’a pas prolongé sa DSP, mais il a confié à Veolia, fin 2012, un contrat d’assistance auprès de Bus Azur. Et les élus promettent un nouvel appel d’offres d’ici à dix-huit mois, dans une configuration nouvelle, puisqu’un BHNS aura entre-temps été mis en service.     

    G. L.

    Marseille, la pire des régies

    La deuxième ville de France a des transports en commun indignes d’une ville de cette taille et de ce rayonnement. Bien entendu, les faibles résultats des transports marseillais n’ont rien à voir avec leur mode de gestion. Marseille reste la plus grande régie de France, et les dysfonctionnements de son réseau méritent d’être analysés.

     

    L’homme arrête sa voiture en double file avenue de Saint-Louis et traverse la chaussée pour aller au bureau de tabac. Arrive un bus qui se dirige vers le nord de Marseille. Il y a du trafic, la rue est étroite, le bus est bloqué. Le chauffeur klaxonne alors pour attirer l’attention de l’automobiliste. Mais celui-ci, au lieu de reprendre son volant, se met à insulter le chauffeur du bus… et s’engouffre dans le commerce. Des scènes comme celles-là sont fréquentes à Marseille où le réseau de transports urbains ne couvre que les quatre communes centres de la communauté urbaine (891 000 habitants desservis). A cela, s’ajoute la saturation du trafic, l’étroitesse de nombreuses rues. C’est ainsi que la vitesse d’exploitation y est la plus faible des grandes villes de France : 12,2 km/h, selon les « chiffres clés 2011 » de l’UTP (-6,9 % par rapport à 2010), contre 15,2 à Lyon, 15,6 à Lille ou 14,4 à Toulouse.
    « La RTM a fait d’énormes efforts sur le matériel, qui est confortable, climatisé, largement renouvelé. Le problème des bus à Marseille, c’est qu’ils sont englués dans le trafic, et la municipalité ne fait rien pour faciliter leur circulation, ni pour faire respecter les couloirs de bus », critique Claude Jullien, vice-président de la Fnaut-Paca.
    Cela explique en partie que sur 673 km de lignes, le bus a transporté 69,5 millions de passagers en 2011, selon la RTM, alors que le métro, sur deux lignes de 21,5 km, en a totalisé 74,4 millions. Même si le réseau souterrain est plus « concentré », les Marseillais ont clairement choisi.
    Et pourtant le métro marseillais, sur pneus, est vieillissant et de conception ancienne. Le premier tronçon a été inauguré en 1977. Les 144 voitures ont été rénovées en 2006 et 2007, et le réseau a été prolongé de 2,5 km en 2010, avant une nouvelle extension attendue en 2014. Il est, à en croire Claude Jullien, « le métro le plus bruyant au monde ». La Fnaut-Paca a fait des relevés en 2011. En voiture, les niveaux dépassent largement les 80 dB. En station, le « record » est de 96,7. « Vous ne pouvez pas parler normalement à votre voisin dans le métro de Marseille quand il roule », conclut Claude Jullien, qui souhaite un fonctionnement jusqu’à 23h30 tous les jours de la semaine et pas seulement le week-end.
    Quant au tramway, deuxième mode de transport lourd de Marseille, lancé en 2007, ses deux lignes trouvent peu à peu leur vitesse de croisière (15,5 millions de voyages en 2011, ou 60 000 par jour contre 20 000 en 2007). « Le tramway, c’est quasiment le sans-faute. Nous regrettons simplement qu’il n’y ait pas plus de kilomètres de lignes », note le vice-président de la Fnaut-Paca. Son tracé, essentiellement en centre-ville et « oubliant » les quartiers les plus peuplés, a aussi été très critiqué, notamment par Karim Zéribi, président de la RTM depuis en 2008.
    Etablissement public à caractère industriel et commercial, la Régie des transports de Marseille (RTM) est dirigée par un conseil d’administration dont le président est issu de l’AOT, la communauté urbaine de Marseille. Elle compte un effectif de 3 400 salariés, le deuxième plus important après celui du réseau de Lyon, dont un peu plus de la moitié de chauffeurs. Selon l’UTP, la RTM « produit » 13 815 km par personnel roulant. C’est le taux le plus faible des 23 réseaux desservant plus de 250 000 habitants. Ramenées au kilomètre par habitant, les performances de la RTM ne sont pas meilleures : 29,5 km, loin derrière Lyon (40,1 km) ou Toulouse (40 km), et surtout sous la moyenne des 19 réseaux à TCSP (36,5 km).
    Une autre faiblesse des transports urbains est l’interconnexion entre les réseaux du bassin marseillais. En mars, le gouvernement doit présenter la loi de décentralisation qui devrait inclure la création d’une métropole à Marseille… largement rejetée aujourd’hui par les élus des villes voisines. Les transports seront un des axes principaux de cette métropole où chacun gère encore son réseau sans regarder celui de son voisin. Ainsi, Aubagne va lancer les travaux d’un tramway qui s’arrêtera aux limites de Marseille. Une connexion entre TCSP aubagnais et marseillais n’est pour le moment pas envisagée. Pire, des deux côtés, cela semble un sujet tabou. Autre exemple, la ligne TER Aix – Marseille propose 25 000 places par jour et ne transporte que 8 000 passagers. Sur le même parcours, mais par la route, la navette du conseil général « tourne » à 10 000 voyages par jour. Cherchez l’erreur. Et il y a encore 150 000 voitures par jour sur l’autoroute.
    Il ne faut pas pour autant oublier le contexte économique. La RTM dispose d’un budget de fonctionnement de 245 millions d’euros, quand celui du réseau lyonnais est de 346 millions. C’est que le pouvoir économique des deux plus grandes villes de France après Paris n’est pas le même. Marseille est une ville « pauvre » où 48,5 % des foyers fiscaux sont imposables ; 60,8 % à Lyon (chiffres Insee 2009).
    Pourtant, tout n’est pas sombre. De nombreux tarifs permettent l’accès à toutes les couches sociales. La sécurité s’est améliorée dans le métro. L’information passe mieux, grâce à Internet. La vidéo-verbalisation devrait réduire les stationnements sauvages. Selon une étude de l’Insee publiée en novembre 2012, à Marseille, « les transports collectifs sont de plus en plus utilisés (+26 % entre 1997 et 2009). Aujourd’hui, 13 % des déplacements se font en transport en commun ». Mais il reste que si la moitié de la population est à moins d’une demi-heure en transport en commun de la Canebière, les zones périphériques sont en général moins accessibles, et « un habitant sur cinq met ainsi plus de 40 minutes pour accéder au centre-ville », révèle cette étude. Pour l’Insee, il s’agit donc de « renforcer le réseau des transports en commun en site propre, et sa complémentarité avec celui des bus est donc un enjeu fort ». C’est l’objectif de Karim Zéribi et de la communauté urbaine. Le lancement à partir de fin 2013 de 28 km de réseau de BHNS rapprochant les quartiers nord et sud du centre-ville est une première réponse.
        

    José SOTO

     

     

    Trois questions à…
    Karim Zéribi,

    président du conseil d’administration de la RTM
    « Les causes ? L’état de l’infrastructure, l’empilement des accords sociaux »

     

    Ville, Rail &Transports.?Comment expliquez-vous les mauvais résultats de la RTM ?
    Karim Zéribi.
    ?D’abord, par l’état de l’infrastructure. Avec une vitesse commerciale de 12 km/h alors qu’elle est de 17 à Nantes, la première explication est là… Nous avons très peu de sites propres. Les bus sont pris dans la circulation, or Marseille est la ville la plus embouteillée d’Europe avec Varsovie. De plus, le métro est ancien, avec des coûts de maintenance très importants. Deuxième raison, l’empilement des accords sociaux passés par les directions précédentes, pas toujours pertinents, passés parfois sous pression, sans vision d’avenir.

    VR&T.?Comment rattraper ce retard ?
    K. Z.?
    Avec des investissements beaucoup plus importants sur la voirie, en donnant la priorité aux bus, et sur le matériel. Pour le métro, il faut 800 millions d’euros, 400 pour les rames d’ici à 2020, et 400 pour les quais. Ensuite, en remettant en place des accords non pas pour enlever des avantages aux salariés, mais pour avoir un réseau compétitif tout en prenant en compte leurs attentes. Cette double approche n’a pas été tenue par le passé. Il faut trouver les moyens de discuter avec les salariés sur une RTM plus efficace et qui rayonne sur ce territoire.

    VR&T.?Justement, comment améliorer les transports dans la future métropole ?
    K. Z.?
    Avec une autorité organisatrice de gestion et pas un syndicat mixte de coordination, comme cela a été fait en 2009, via le conseil général. Tous les opérateurs de ce territoire devront avoir une autorité commune, un syndicat mixte de gestion qui mettra en place des interconnexions, des tarifs, des investissements, des plateformes multimodales, pour avoir une offre de transports cohérente, structurée et élargie aux 84 communes de la future métropole. Ainsi, nous aurons enfin des transports dignes de la deuxième métropole de France.
        

    Propos recueillis par J. S.
     

  • TGV low cost : le nouveau modèle économique de Ouigo

    TGV low cost : le nouveau modèle économique de Ouigo

    Imbattables, les petits prix proposés par la SNCF pour Ouigo, son TGV low cost : 10 euros le premier prix, 5 euros par enfant jusqu’à 12 ans même au dernier moment, 20 euros par voyageur pour les groupes de 4 à 8 personnes sur certains trains… le plus haut tarif atteint 85 euros selon le principe bien connu du yield management : plus on s’y prend tôt plus on a de chances de trouver un tarif attractif.
    « Le TGV français est le moins cher d’Europe selon une étude du ministère des Transports : ses tarifs sont de 20 à 30 % inférieurs à ceux pratiqués en Allemagne ou en Espagne », rappelle Guillaume Pepy, le président de la SNCF. « Mais 90 % des Français attendent que la SNCF fasse un effort supplémentaire pour réduire ses prix ». D’où, selon le patron de la SNCF, ce TGV Eco qui ne sacrifie rien à l’essentiel (sécurité et qualité) et s’adresse principalement aux 4 millions d’habitants de la périphérie parisienne et lyonnaise mais aussi à ceux des régions Paca ou Languedoc-Roussillon ainsi qu’aux familles qui à 90 %, dès qu’il y a un enfant, se tournent vers la voiture pour se déplacer. Au total plus de 400 000 places à 10 euros seront proposées chaque année – et plus d’un million à moins de 25 euros – sur l’axe Sud-Est où circulera le TGV Ouigo. Pour cela, il a fallu « chasser tous les coûts inutiles », explique Guillaume Pepy, de l’exploitation à la maintenance en passant par l’aménagement des rames (pour un investissement de quelques millions d’euros). Désormais, il n’y a plus qu’une seule classe et plus de voiture-restaurant.
    L’axe Sud-Est a été choisi en raison du volume de voyageurs qui y transite : il représente 35 % du trafic grande vitesse en France. Les réservations ont été ouvertes le 19 février et la première circulation attendue le 2 avril à raison de trois allers-retours par jour, quatre le week-end. Le TGV aux couleurs bleu et rose arborant le logo Ouigo partira de la gare Marne-la-Vallée-Chessy et desservira deux fois par jour Marseille avec un arrêt à Lyon-Saint-Exupéry, Valence, Avignon et Aix-en-Provence, et une fois par jour Montpellier après un arrêt à Nîmes. Dans un document de travail préparatoire, la SNCF évaluait à quelque 2,6 millions de passagers le trafic espéré en 2017. Elle admet qu’un transfert de passagers TGV et iDTGV vers Ouigo est inévitable. Mais elle table surtout sur de nouveaux clients. En revanche, la compagnie refuse de dévoiler le taux de remplissage minimal pour que son nouveau produit soit rentable.
    « C’est un nouveau contrat de voyage », explique Barbara Dalibard, la directrice générale de SNCF Voyages. Le prix, non remboursable mais échangeable pour 10 euros, permet de voyager avec un bagage cabine et un bagage. Le bagage supplémentaire coûtera 5 euros au moment de la réservation, mais 40 euros si cette option n’a pas été achetée à l’avance. Pour s’asseoir à une place dotée de prises électriques, il faudra s’acquitter de deux euros supplémentaires.
    Les réservations, ouvertes de trois à six mois à l’avance, se font exclusivement via Internet, dans un premier temps uniquement sur le site dédié www.ouigo.com. Les achats seront possibles jusqu’à 4 heures avant le départ du train. « S’il reste beaucoup de petits prix sur un train, le système permettra aux voyageurs de le voir. Ils sauront s’ils doivent se précipiter pour acheter leurs billets ou s’ils peuvent prendre le temps de la réflexion, ce qui assure de la transparence », précise la directrice générale de SNCF Voyages. « De nouvelles règles ont été mises en place », poursuit-elle. « Pour gérer l’embarquement de 1 268 personnes, il faut un peu de temps. Nous demandons aux voyageurs d’arriver 30 minutes avant le départ du train ». Cinq minutes avant, la SNCF pourra refuser l’accès. En cas de retard, ce sont les règles européennes qui s’appliqueront (25 % du prix du billet remboursé si le train a une heure de retard, 50 % au-delà de deux heures) et non pas les règles propres à la SNCF, plus généreuses. Un centre de service après-vente dédié a été installé à Valence.
    « Le TGV Ouigo, qui est une offre limitée, s’intègre aux autres offres : le TGV classique partout, tout le temps, multicanal (c’est-à-dire vendu aux guichets, en agences de voyages, sur Internet), avec une garantie voyage ; iDTGV qui a été revu, en capitalisant sur son immense succès, pour être une offre bon plan et pour voyager loin et iDBus pour la route à haut niveau de confort. Toutes ces offres se complètent pour permettre aux clients d’avoir le choix », conclut Barbara Dalibard.
    Quant à savoir si le concept sera étendu à d’autres lignes, « ce n’est pas à l’ordre du jour », répond-elle. Pourtant, d’ores et déjà, la principale fédération d’usagers, la Fnaut, le réclame. Elle souhaite son extension « aux relations de moindre importance » et « une démarche analogue avec les trains Intercités ». La pression pour des prix bas ne risque pas de se relâcher.
        

    Marie-Hélène Poingt

     

    Comment abaisser les coûts de 40 % ?

    Les péages
    Les péages représentent le premier coût d’exploitation du TGV. Le fait de passer par des gares excentrées permet d’abaisser leur poids de 20 % sur la facture péages, même si la majeure partie du parcours est la même qu’un TGV classique.

    Les rames
    L’utilisation de rames doubles est la règle immuable. Ce qui maximise le nombre de places offertes à bord tout en concentrant les moyens organisationnels et humains requis.

    Le taux de rotation
    La règle : aucun temps mort. Les rames roulent tout le temps de l’ouverture de la ligne à grande vitesse à sa fermeture le soir. « Nous nous sommes fixé l’objectif de doubler le taux d’utilisation quotidien des rames. C’est-à-dire de 13 à 14 heures d’utilisation par jour au lieu de 6 heures 30 à 7 heures actuellement », souligne Valérie Delhinger, directrice du programme Ouigo.

    La maintenance
    La trame de la maintenance a été totalement revue pour s’adapter à l’exploitation.

    La distribution
    Elle passe à 100 % via Internet. Ce qui permet de diviser par deux les coûts de la distribution.

     

    « Il s’agissait de tout remettre à plat »

    Valérie Delhinger, directrice du programme Ouigo, raconte :

    « Il y a deux ans exactement, Barbara Dalibard m’a proposé de lancer un TGV low cost avec une feuille de route simple : mettre sur le marché une offre à très très bas prix avec l’objectif que ce soit tenable économiquement pour la branche et, ce qui était sous-jacent, arriver à une baisse des coûts de production de 40 %. C’était le projet et à partir de là, tout était ouvert. Des projets comme celui-là, il n’y en a pas tous les 20 ans, c’était hypermotivant. Barbara Dalibard me confiait la charge d’imaginer tout un nouveau modèle de TGV. Il s’agissait de tout remettre à plat, l’exploitation, la production, la maintenance… Cette volonté de lancer un TGV à bas coûts trouve sa justification dans les attentes de la clientèle. Les enquêtes réalisées il y a deux ans ont confirmé que le prix est devenu la première attente des voyageurs. Auparavant, les critères de régularité primaient. Par ailleurs, le low cost est présent dans tous les secteurs d’activité, il n’est pas question pour la SNCF de délaisser ce créneau alors qu’elle se prépare à la concurrence. J’étais à l’époque à SNCF Voyages, directrice des ventes sur l’Ile-de-France. J’ai constitué une petite équipe d’une dizaine de personnes et nous nous sommes donné deux ans pour aboutir. Nous avions l’ambition de concevoir un produit robuste et de qualité. Et il fallait que ce produit constitue à la fois une rupture par rapport au TGV classique et un complément.
    Notre objectif d’abaisser les coûts de 40 %, qui a structuré tout notre travail, était suffisamment fou pour nous pousser dans nos retranchements. Très vite l’axe sud-est s’est imposé car le volume de voyageurs est important. Nous avons balayé tous les aspects, ce qui a du même coup permis de donner une grande cohérence à l’ensemble du projet, de la production au parcours du voyageur. »
        

    Propos recueillis par M.-H. P.

     

    Matériel : un petit parc haute densité à usage intensif

    A  service à part, parc à part. Quatre tronçons de remorques Duplex, encadrés chacun de deux motrices Dasye, formeront le parc Duplex HD (pour « haute densité ») dédié au service Ouigo. Les huit voitures de chaque tronçon offriront au total 630 places assises, soit 20 % de plus qu’une rame Duplex classique (trois voitures de première classe, une voiture-bar et quatre de deuxième classe). Car le Duplex HD ne comprend que des aménagements de deuxième classe, y compris en voiture-bar.
    Entre les sièges, on retrouve un espace équivalent à celui de la 2e classe en Duplex (le plus confortable pour un TGV en 2e classe). Mais la densité sera légèrement supérieure, les espaces bagages en milieu de salle ayant été supprimés (ceux des extrémités ayant en revanche été maintenus). Les nouveaux sièges, globalement plus nombreux que les anciens, sont aussi plus légers.
    Un cas particulier est la voiture 4, qui, de voiture-bar, est transformée en voiture presque normale, avec places assises. En effet, cette remorque ne comprend qu’un niveau supérieur, dont le plancher a dû être rehaussé afin que les voyageurs assis se retrouvent au niveau des baies vitrées de l’ancienne salle du bar. A l’autre bout de la 4, l’espace correspondant au comptoir et à l’office présente désormais des casiers à bagages. Parmi les autres modifications notables de l’aménagement, citons la signalétique propre à Ouigo, l’application des couleurs de cette marque, les moquettes du sol et des parois (pour la propreté), ainsi que le remplacement des poubelles individuelles, difficiles à vider, par des poubelles collectives en extrémité de salle. Petit « plus » en matière de confort : un peu moins du quart des places offrira des prises de courant individuelles 100 W, dans certaines salles. Mais ce sera pratiquement tout. « L’installation de distributeurs automatiques de boissons a fait l’objet de discussions, mais après les mauvaises expériences sur ceux installés dans les TGV, ça a été “non” » précise Valérie Delhinger, directrice du programme Ouigo.
    C’est le Technicentre de Bischheim qui a conduit la partie industrielle de cette transformation sur ces tronçons Duplex, qui après 16 ans de service font partie des tout premiers à subir une opération mi-vie. Pour le moment, la transformation en rames HD se limite aux quatre tronçons concernés.
    Pour assurer la traction de ce parc destiné à un usage intensif – de l’ordre de 88 000 km seront parcourus par rame et par mois, soit le double du taux d’utilisation moyen d’un TGV –, les motrices de ces rames Duplex de première génération ont été remplacées par des motrices Dasye. « Un choix a priori surprenant » admet Valérie Delhinger. Après travail exploratoire avec la direction du Matériel, ce choix a été jugé stratégique, les motrices Dasye offrant une fiabilité optimale – n’oublions pas que l’exploitation se fera sans rame de réserve ! De plus, la motorisation asynchrone des Dasye est un peu plus puissante que celle, synchrone, des motrices Duplex de première génération, ce qui est particulièrement intéressant lorsque l’on transporte plus de voyageurs…
    Ces quatre rames Duplex HD, qui seront tout le temps exploitées en unités multiples, passeront tous les soirs au Technicentre de Lyon-Gerland, qui assurera la maintenance de niveau 2 et 3, ou à celui de Marseille, essentiellement pour le nettoyage. Les tâches de propreté seront également effectuées à bord, par un nettoyeur en circulation, ainsi qu’aux terminus en gares de Montpellier et de Marseille. Dans ces gares, il n’y aura pas de parcours d’acheminement effectués par des « jockeys », afin de rendre le modèle plus robuste, donc plus efficace. Dans le cadre du roulement propre à ce petit parc, ce sera l’agent de conduite qui viendra lui-même prendre sa rame au Technicentre et l’y ramener le soir, établissant ainsi un contact avec le personnel de maintenance.
    Les ASCT, qui joueront un rôle important question sécurité et confort à bord, seront également en contact avec le Technicentre pour l’informer des éventuels problèmes dans leur rame : nettoyage, défaut de climatisation… Car, a fortiori pour Ouigo, mieux vaut prévenir que guérir !
        

    Patrick LAVAL
     

  • Le tramway de Tours en bonne voie

    Le tramway de Tours en bonne voie

    A Tours, l’étape symbolique de la fin de la pose de la voie du tramway s’est achevée le 30 janvier. Il restera tout de même des travaux de finitions qui vont s’étaler, ça et là, sur la ligne, jusqu’à fin avril. A cette date, l’ensemble de la ligne, zone APS, comprise, sera ouverte aux essais. Quant aux stations, leur équipement s’achèvera fin juin.
    C’est sur le pont Wilson qu’a eu lieu la dernière soudure du rail. Un lieu emblématique qui marquait autrefois l’entrée nord dans la ville. C’est aussi une rupture entre les différents paysages qu’épouse la ligne du tramway de Tours. « C’est une ligne qui utilise l’axe historique de traversée du centre-ville du nord au sud, sur une “île”, entre deux fleuves, Loire au nord, et Cher au sud, donc deux ponts, avec deux montées à chaque extrémité pour franchir les coteaux », résume Vincent Cottet, de Richez et Associés. Au nord de l’agglomération, juste après le pont, le tramway empruntera la fameuse tranchée, creusée dans le tuffeau, un calcaire local, offrant une longue ligne droite de 6,5 km sur les 14,8 km de la ligne. Au sud, après la plaine alluvionnaire au-delà du Cher où se construit un nouveau quartier autour de l’université, le tramway devra aussi grimper un coteau pour gagner Joué-les-Tours, deuxième pôle urbain de l’agglomération qui va profiter de l’arrivée du tram pour subir un lifting. Entre les deux, le terrain est plat, mais traverse le centre-ville et son artère principale et commerçante, puis fait un crochet vers la gare de Tours, permettant des échanges quasiment quai à quai.
    Mais la principale originalité du tram, c’est son rôle presque architectural que lui a attribué l’agglomération. « Dès le départ du projet, la collectivité a mandaté un collectif de designers », explique Vincent Cottet. Réunis autour du cabinet de design RCP (Régine Charvet-Pello), on trouve Jacques Lévy, Serge Thibault, Patrick Rimoux, Louis Dandrel, Roger Tallon et Daniel Buren. Leurs œuvres, intégrées très en amont de la réalisation, au moment des études, devront faire du tramway, le quatrième élément qui caractérise l’agglomération, avec la Loire, les jardins et l’architecture locale. Parmi les réalisations, on trouve le design de quelques stations par Buren qui appose aussi sa désormais célèbre signature, les rayures noires et blanches, à chaque station sous-forme d’une bande hachurée bicolore, au sol perpendiculaire à la circulation. De nombreux essais de revêtements ont été réalisés, avant la pose, afin de choisir les surfaces les plus adéquates, en termes de teintes pour s’harmoniser au mieux avec l’architecture environnante, ou de rugosité afin, par exemple, de délimiter virtuellement l’emprise des voies du tram, dans la rue nationale devenue piétonne.
    La notion d’onde et de trace qui traverse la ville prend tous son sens avec le tramway lui-même. Les 21 Citadis d’Alstom ont en effet été redessinés. Ils arborent un « nez » propre, une livrée argentée miroir et surtout deux traits lumineux, de part et d’autre de la cabine, qui surlignent les arrêtes de chaque rame et donnent l’impression d’une onde qui progresse dans les rues.     

    Yann GOUBIN


    De multiples intervenants

    Le Syndicat intercommunal des transports en commun de l’agglomération tourangelle a désigné, en 2008, le groupement CitéTram comme mandataire de la maîtrise d’ouvrage chargé de réaliser la première ligne de tramway. CitéTram associe la Société d’équipement de la Touraine, une société d’économie mixte mandataire du groupement d’entreprise, et Transamo, pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Coordonnant le projet, CitéTram assure le suivi des études et des procédures administratives, gère les acquisitions foncières, la communication opérationnelle pendant la période des travaux, s’assure du respect du budget et du planning des travaux. Il pilote aussi l’ensemble des architectes et maîtres d’œuvre. Ainsi, il a désigné l’agence RCP en tant que designer créateur.
    La maîtrise d’œuvre de la première ligne a été confiée à Systra. L’entreprise, qui mène le groupement, s’est associée à Safège et ECCTA pour l’infrastructure, à Xélis pour les équipements et systèmes, ainsi qu’aux cabinets d’architecture et d’aménagements urbains Richez Associés et Ivars&Ballet. Plusieurs lieux ont fait l’objet d’appels d’offres dissociés. Ainsi, la maîtrise d’œuvre du centre de maintenance est revenue au groupement L’Heudé et L’Heudé/Iosis Centre-Ouest. Le pont sur le Cher a été confié au groupement Ingerop et Strates, et la place de la tranchée à Boille et associés, Vouquette, L’Atelier paysage et Astec.     

    Y. G.

     

    Le tram absorbera la moitié du trafic du réseau

    Selon les estimations, 55 000 voyageurs par jour sont attendus dans le tramway, avec une rame toutes les 6 minutes en heure de pointe et une amplitude de service encore à préciser, mais qui devrait s’étaler de 4h30 ou 5h à 1h du matin. A lui seul, le tram devrait représenter la moitié du trafic global, le reste étant assuré par un réseau de bus remanié, incluant la transformation de la ligne 2 en BHNS. Aujourd’hui, le réseau de bus de Fil bleu, géré par Keolis (renouvelé en juillet 2012), transporte 26 millions de passagers. A la fin du contrat de délégation, en 2018, le réseau bus et tram devrait transporter 27,5 millions, et même 33,5 millions si on ne déduit pas un taux de correspondances de 22 %.

     

    Livraison progressive des rames et début des formations

    C’est tout frais. Les premières rames Citadis ont officiellement été remises le 18 janvier à Keolis Tours, l’exploitant du réseau Fil bleu, qui a été reconduit jusqu’en 2018. En réalité, la toute première rame a été livrée le 5 septembre 2012. Les passionnés ont pu la découvrir le 30 septembre, lors des journées portes ouvertes du tout nouvel atelier de maintenance. Puis, les essais ont commencé le 12 novembre, entre deux stations, au nord de la ligne, près du centre de maintenance, afin de tester le matériel en condition presque réelle. Entre-temps, la livraison des rames n’a pas cessé. Désormais, la formation des formateurs de conducteurs a pu commencer en janvier. Elle devrait durer deux semaines. Ce sont eux qui apprendront l’art de la conduite et les subtilités du tracé, à leurs 135 collègues du réseau Fil bleu, à partir du mois de mars, au cours de session de 17 jours. L’ensemble de la ligne, APS compris, devrait être ouverte à partir d’avril et les marches à blanc sont programmées, dès la fin du mois de juillet, pour durer cinq semaines.    

    Y. G.

  • Numérique nomade : bientôt l’assistant  personnel de mobilité ?

    Numérique nomade : bientôt l’assistant personnel de mobilité ?

    Prenez n’importe quel calculateur d’itinéraires en transports en commun, comparez avec un GPS routier sophistiqué, dans tous les cas, c’est David contre Goliath, avec la voiture qui se révèle systématiquement plus rapide que n’importe quel “supermétro”… A l’épreuve de la réalité, ces résultats, qui ne prennent pas en compte les prévisions de trafic, ne tiennent jamais : le voyageur arriverait plus tôt en TC. Un handicap que Veolia Transdev (VTD), allié à IBM pour promouvoir un nouveau produit baptisé Smarter mobility (voir VR&T du 10 juillet 2012 p. 16), promet de supprimer. Un partenariat signé en décembre 2011 permet aux deux firmes de développer un outil de mobilité qui méritera le nom d’assistant personnel, puisqu’il sera non seulement multi mais aussi intermodal avec absolument tout ce qui existe en ville pour se déplacer, rafraîchira ses données en temps réel, et sera par-dessus tout prédictif en matière de circulation. Sa première déclinaison sera testée à Lyon dès juin (voir page 37). « Il nous a fallu modéliser la ville comme un système, nous avons aujourd’hui les outils pour le faire, ce n’était pas le cas il y a cinq ans », explique Nicole Louvat, directeur commercial et marketing Smarter mobility.
    L’apport d’IBM, c’est sa capacité à modéliser la circulation, « et à prévoir le trafic à une heure avec une précision de 90 à 95 % », assure Franck Boudinet, architecte de solutions chez IBM. Grâce aux boucles dans les chaussées, aux caméras, aux GPS qui équipent les taxis ou aux boîtiers Coyote, aux prévisions météo et avec sa plateforme IOC (Intelligent Operation Center), IBM assure même pouvoir donner un pourcentage de risque d’accident. « L’idée est de passer d’une situation où l’on observe et réagit à une situation où l’on anticipe », poursuit Nicole Louvat. Un incendie en ville ? Aussitôt les pompiers, la mairie, les PCC, le préfet sont à l’œuvre, les lignes de TC déviées, les informations diffusées en ville, aux arrêts de TC et sur mobiles via SMS, permettant aux citadins d’adapter leurs déplacements en temps réel.
    A la clé, un gain de temps pour les citoyens, une performance économique pour les opérateurs et la ville car l’outil doit permettra aux agglos d’optimiser l’existant plutôt que de construire du neuf. « Quand les citadins utiliseront ce type d’assistant, on connaîtra parfaitement leurs modes de déplacements et les paramètres influents (météo, jours de la semaine…), la valeur économique du produit est là, autant que dans le changement de mobilité », souligne Gabriel Plassat, ingénieur Prospective et mobilités à l’Ademe et rédacteur du blog Les Transports du futur. On peut aussi lui adjoindre des mécanismes incitatifs au changement. Exemple : « prendre son vélo fait gagner des points et offre une réduction sur le bus, Green Points commence à travailler sur ça… décrit-il. Ensuite, on le fait savoir via les réseaux sociaux, ce qui amplifie le mouvement ».
    Des systèmes assez avancés existent à Tokyo (Navitime, qui prend en compte le taux de charge des trains et les pentes pour les cyclistes), à Séoul, à Singapour (développés par Cisco Systems) ou à Shanghaï. A Vienne également, mais aucun de cette puissance, estime-t-on chez VTD. « Le calculateur viennois propose soit voiture, soit TC mais ne combine jamais les modes », souligne Laurent Briant, directeur général de Cityway, qui rappelle qu’« une étude de l’Académie des technologies montre que 10 % des automobilistes prendraient les TC si un équivalent GPS leur était offert ».
    La deuxième énorme amélioration pour l’utilisateur des futures solutions de guidage en temps réel, c’est le fait de n’utiliser qu’un système pour connaître tous les possibles, là où il faut aujourd’hui lancer plusieurs applis (réseau TC, guidage routier, VLS, autopartage, covoiturage, parkings, taxis, etc.). « Les développeurs ne se sont pas mis à la place des citoyens, ils mettent juste en avant leur offre, estime Gabriel Plassat. Cela demande aussi un accès aux données multi-acteurs, avec la conséquence de mettre au jour sa qualité de service. » Ce que beaucoup apprécient peu… Pourtant, sur les trajets longue distance, quelques percées sont à noter avec le site Multicity de Citroën ou le Compagnon de la SNCF, qu’on a dans la poche. Lancé il y a trois, ce dernier « préfigure le futur assistant personnel de mobilité multimodal, écrit Gabriel Plassat. Reste à le développer pour la mobilité quotidienne locale, à le coupler à tous les autres modes, à rajouter un peu de réalité augmentée, du covoiturage dynamique, des véhicules en location, des formules d’assurance adaptées, un mode de paiement global porte à porte… » Le Compagnon donne en effet l’itinéraire du domicile à la gare avec un guidage géolocalisé, affiche en temps réel le numéro de quai, puis permet de suivre les villes traversées et indique les moyens de transport disponibles (bus, métro, taxi, vélo) à l’arrivée.
    De son côté, Canal TP, filiale de Keolis spécialisée dans les services interactifs aux voyageurs, laisse les professionnels de la route faire leur métier. « Personne ne peut être expert de tous les modes ou alors ça finit en tarte à la crème, estime son PDG, Guillaume Crouïgneau. L’état de l’art est plus sur le longue distance, mais il y a une attente forte pour la mobilité quotidienne. » Sa R&D se concentre sur les TC et les modes alternatifs, notamment le covoiturage pour les utilisateurs du TER. Elle « se connectera avec les experts du monde routier comme elle l’a déjà fait avec Mappy en Ile-de-France et dans une trentaine de villes, car on est convaincu que cela peut contribuer au report modal », poursuit-il. Il souligne aussi que quand ces derniers font une incursion dans le système TC, « il y a des lacunes, ne serait-ce que parce que personne ne sait modéliser le TAD ». Axes de travail actuel chez Canal TP : « le couplage avec l’agenda, le covoiturage dynamique, la précision des trajets piétons prenant en compte la facilité de cheminement », résume-t-il.
    Toutefois, tout le monde semble d’accord : on parle bien d’un futur proche (2014 !) pour ces GPS multimodaux. Même s’« il y a une vraie difficulté à faire du prédictif fiable sur la route, reconnaît Jean-Claude Degand, PDG du groupe Moviken. Quand mon GPS m’annonce une durée en temps réel, je peux ajouter 30 % pour être dans le juste ! » Pourtant, une solution de guidage multimodale en temps réel ne poserait pas de grosses difficultés. « C’est techniquement faisable, mais il n’y a pas de business model. Ce service sera-t-il facturé à l’utilisateur ? Son développement suppose de coûteux investissements de R&D, de promotion, etc. » Il y a moins de deux ans, Samuel Loyson, directeur marketing Automobile connectée chez Orange Business Services prédisait que « le téléphone mobile serait l’outil central pour piloter sa mobilité ». Orange, d’ailleurs partenaire d’Optimod’Lyon, a placé la ville intelligente comme priorité stratégique de son plan d’entreprise 2015. L’opérateur distille un avant-goût de ses projets secrets sur Internet. « L’assistant personnel intelligent “ma ville dans ma poche” permet à la ville de diffuser de l’information vers ses citoyens et de les aider à gérer leur vie dans leur ville au quotidien. » Une sorte d’Aldo pour tout un chacun, appliquée aux activités urbaines, dont les déplacements (mais aussi les points d’intérêt, lieux de sorties…). La ville intelligente ? « Les usagers sont prêts et la technologie aussi », assure Orange.
    Bref, si l’appli magique, intégrant parfaitement tous les modes dans une logique de guidage porte à porte, n’est pas sur le marché, les développeurs sont dans les starting-blocks. En associant temps réel et géolocalisation, ces outils favorisent l’essor du covoiturage, de l’autopartage ou des VLS. Ils doivent aller plus loin maintenant. « Sinon, Google, qui propose déjà avec Transit et Maps des calculs TC et voiture intéressants et pratiques, dominera le marché », pronostique un observateur. Quant à l’utilisation du smartphone, elle pourrait n’être que momentanée. « Quand les TIC auront bénéficié des procédés industriels des nanotechnologies, notre connexion aux réseaux d’information et sociaux disparaîtra physiquement pour n’exister qu’intégrée dans nos objets – lunettes, vêtements, montres, prédit Gabriel Plassat. L’humain, pour se déplacer, utilisera alors sans s’en rendre compte sa connexion permanente, lui permettant de gérer une complexité d’informations sans précédent, et d’accéder ainsi au meilleur mode de transport, au meilleur moment, partout… » Et ce n’est pas de la science-fiction !
        

    Cécile NANGERONI


    Un marché en plein boom


    « C’est une obligation, un must, on ne doit même plus se poser la question si on ne veut pas être ringardisé ! », s’exclame Alain Pittavino, directeur Industriel et Services de Veolia Transdev et président de Cityway. Avec 22 millions de Français utilisant l’Internet mobile, il faut impérativement être présent dans le numérique nomade. D’autant que « plus de la moitié des consultations mobiles concernent les cartes et les informations transport ». Selon l’étude Deloitte « Les Français et leur équipement mobile » de septembre 2012, 41 % de la population possèdent un smartphone et le marché devrait continuer à croître, 26 % des personnes interrogées déclarant leur intention d’en acheter un d’ici à un an, tandis que 10 % prévoient d’acquérir un mobile basique. « Le smartphone est un incontournable, mais les usages évoluent lentement. 5 % déclarent être prêts à payer par NFC et plus de 62 % n’ont jamais acheté une application », constatait Ariane Bucaille, responsable du secteur Technologies, Médias, Télécom chez Deloitte. Une enquête Ipsos de mai 2012 évaluait par ailleurs l’utilisation de ce terminal de poche : c’est pour 98 % à la maison, 79 % au travail et 76 % en mobilité. 85 % des personnes sondées l’ont déjà utilisé pour chercher des informations locales (horaires, adresses, itinéraires), et ce au moins une fois par semaine pour 37 % d’entre eux, quotidiennement pour 12 %.
    Désormais proposée dans presque tous les réseaux du groupe Veolia Transdev (VTD), petits ou grands, urbains ou interurbains, l’application (il existe 12 applis iPhone, déploiement Android en cours) ou le site mobile, déjà décliné dans trente territoires, sert pour l’instant à préparer son itinéraire, acheter ses tickets et parfois guider pendant le trajet. « Les grands sujets du moment, c’est l’information temps réel, la vente à distance, la géolocalisation et le GPS piéton, poursuit Alain Pittavino, qui souligne la hausse exponentielle des visiteurs. A Toulon, le site du réseau Mistral recevait 180 000 connexions en janvier 2011 et 300 000 en mai 2012. Aux mêmes dates, pour le site mobile, les chiffres sont respectivement de 3 000 et 50 000. » Par ailleurs, le groupe, qui possède 20 sites permettant la recharge des titres à distance – la moitié en VPC, l’autre moitié en vente temps réel –, y réalise un chiffre d’affaires de 800 000 euros par an, preuve que ce canal de vente commence à s’installer. « Nous pensons qu’il va se développer de manière très forte », poursuit-il.
    Côté téléchargement d’applis : 11 000 à Toulon, 24 000 à Rouen ou 32 000 à Nice, et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas un joujou réservé aux très grands réseaux. Selon ce responsable, « plus le réseau est petit, moins il dispose d’infrastructures lourdes, plus le besoin en applis d’information-voyageurs est important ». C’est ainsi que des réseaux comme ceux d’Arcachon, de Roanne, les cars Fil vert en Touraine, ceux des Côtes-d’Armor, d’Indre-et-Loire, ou que les transports de l’Oise (avec Oise Mobilité) proposent une info mobile à la pointe, au même titre que Saint-Etienne ou Nice.
    Mais cette vogue du numérique a un revers. « Il faut motiver les collectivités locales qui pensent d’abord que cela a un coût, alors que le modèle économique reste à trouver », reconnaît Alain Pittavino. Les créations de services mobiles se font souvent au prix d’avenants au contrat, avec le risque de tout perdre en cas de changement d’opérateur à l’issue de la DSP… Un inconvénient que le département de l’Oise a contourné en optant pour un PPP distinct de la DSP, lancé par son syndicat mixte (SMTCO, loi SRU) et comprenant un cahier des charges qui prévoit l’évolutivité du système. Une mise à jour est envisagée tous les deux ans, ainsi qu’une réflexion sur l’ergonomie. Car la technologie a ceci de diabolique pour les AO : il faut sans cesse s’adapter à la réalité numérique du moment…    

     

    Aldo, le superassistant pour les salariés

    Aldo, c’est l’assistant personnel de mobilité multimodal développé par ALD Automotive, une filiale de la Société générale spécialisée dans la gestion de flottes d’entreprises. Présentée en septembre dernier, cette application pour smartphone, tablette ou PC détermine le meilleur mode – voiture, deux-roues motorisé, vélo, Vélib’, transports en commun ou marche – pour chaque trajet, puis synchronise automatiquement le déplacement avec l’agenda du salarié. Aldo reste bien sûr connecté afin d’informer en temps réel de tout changement des conditions de transport. En phase de test auprès de 1 000 utilisateurs pilotes franciliens depuis octobre, Aldo sera déployé courant 2013. L’abonnement coûtera aux entreprises de 2 à 3 € par salarié.
    « Nous prolongeons la phase pilote réalisée avec tous types d’utilisateurs – avec ou sans voiture de service, avec ou sans voiture tout court – jusqu’à fin mars, afin de pousser les testeurs à utiliser spécifiquement certaines fonctions comme le trajet multimodal, la recherche de parking, de carburant… », développe Laurent Corbellini, directeur marketing d’ALD Automotive. L’entreprise lancera la phase commerciale dans la foulée et escompte les premiers déploiements avant l’été prochain. La cible ? « Toute entreprise dotée d’une flotte de véhicules professionnels, même s’il n’y a qu’un ou deux véhicules. » Le directeur marketing est optimiste, vu l’accueil enthousiaste des groupes auxquels le produit est régulièrement présenté.

    Lyon pionnière avec Smartmoves

    Tous les yeux sont braqués sur Lyon qui, avec son projet Optimod’, réalisera une première… mondiale ! Parfaitement multimodale et intermodale, l’application Smartmoves développée dans le cadre dudit projet sera le GPS du Grand Lyon. Elle permettra non seulement de calculer son itinéraire en combinant si nécessaire tous les modes possibles : TC, TER, Vélo’v avec leur disponibilité, marche, trafic routier et places libres de parking, taxis, covoiturage et, plus tard, autopartage. Mais aussi de prévoir avec précision son temps de parcours, d’en connaître le coût réel et de modifier ses plans en chemin si le moindre pépin se profile, en rafraîchissant la feuille de route affichée sur le smartphone. Le côté prédictif de la circulation routière jusqu’à une heure est le sujet le plus ambitieux et le plus innovant. « Les applis sont très parcellaires, il en faut de quatre à six – Gares en direct, TER Mobile, TCL, Info Trafic Grand Lyon pour la circulation, et les Vélo’v Grand Lyon, Covoiturage – pour réaliser ce que fera Smartmoves, rappelle Jean Coldéfy, coordinateur gestion de trafic et transports publics au Grand Lyon. Nous visons une complétude, apportons de l’info prédictive, ce sera un vrai service. » Des qualités qui poussent légitimement la collectivité à se poser la question de faire – ou non – payer ce service et si oui, comment et à quelle hauteur ? « La collecte des données est achevée, le référentiel multimodal en cours de validation, même s’il reste quelques données SNCF à intégrer, poursuit-il. Le GPS urbain est en test interne et sera proposé à 50 volontaires représentatifs des profils (âge, CSP, résidence, usages de mobilité) qui l’expérimenteront à partir du 1er juin. » Le but de l’opération est bien sûr de vérifier la qualité de l’outil, son ergonomie, et de déterminer le modèle économique. Jusqu’en septembre, les panélistes seront astreints à plusieurs réunions et à des reportings quasi quotidiens. Le calendrier prévoit de commencer à déployer l’appli dans la foulée, au départ, sur un périmètre restreint, et totalement en 2015. Optimod’Lyon, qui vise à apporter le maximum d’informations aux utilisateurs, favoriser le report de la voiture sur les autres modes, optimiser les livraisons et la gestion des carrefours à feux, réunit treize partenaires avec un budget de 7 millions d’euros, dont le tiers pour le référentiel de données et l’appli. « Dans une agglo qui enregistre 4 millions de déplacements par jour dont 47 % en voiture et 15 % en TC, l’objectif est d’optimiser les modes par les nouvelles technologies », souligne Laurent Briant, directeur général de Cityway. L’agglo vise une baisse de 8 % de la circulation d’ici à 2020. Elle a pris soin « de bien séparer les opérations de référentiel des données et leur traitement ». Histoire de ne pas devoir tout refaire si elle se séparait du développeur.     C. N.


    Des projets qui devraient aboutir en 2015

    Dans le cadre du programme véhicule du futur et des investissements d’avenir, l’Ademe subventionne 5 projets mobilité quotidienne et acheminement final des marchandises, qui ont démarré courant 2012. Trois d’entre eux favoriseront l’émergence d’un assistant personnel de mobilité. C’est notamment le cas d’Optimod’Lyon (voir ci-dessus), démarré en janvier 2012 pour 36 mois. C’est le cas aussi de Sysmo 2015 lancé sur le plateau de Saclay en octobre dernier pour trois ans avec le concours de la RATP. L’objectif est de fournir en temps réel une réponse optimale à la question « comment aller du point A au point B », en mariant toutes les offres de transport, y compris autopartage et covoiturage dynamique. Intérêt de l’opération : proposer un modèle réplicable, en développant un logiciel de simulation et aménagement de la mobilité et de la micromobilité qui « permettra de bâtir et réguler une offre de transport innovante et interconnectée ».?
    Sous la houlette de la Maif, huit partenaires – dont Moviken, Mia, covoiturage.com – développent le projet AU-Dace, qui « vise à accompagner le changement dans l’écosystème de la mobilité, qui évolue de la prééminence de la voiture personnelle vers la consommation collaborative ». En sus de développements autour du véhicule partagé, la  centrale de mobilité embarquée dans un boîtier télématique, accessible par une appli pour smartphone. Dans un peu moins de trois ans, les solutions de TC et de mobilité en partage seront comparables via cette appli, « avec pour objectif la garantie d’une alternative pratique et efficace à l’usage de la voiture ». A noter que l’automobile ne sera pas intégrée au moteur comparatif, sauf par le biais du covoiturage dynamique ou de l’autopartage entre particuliers. Fin 2014, l’expérimentation devrait démarrer pour dix-huit mois dans à Bordeaux et Niort.  

     C. N.

     

  • Comment le tram de Brest a redessiné la ville

    Comment le tram de Brest a redessiné la ville

    Depuis son inauguration le 23 juin dernier, pas un Brestois pour critiquer le tram, bien au contraire ! Il faut dire qu’avec sa livrée vert anis, il donne du punch à la ville grise. Le ruban de béton, de granit et de verdure de la plateforme, ainsi que de ses aménagements urbains traversant l’agglomération d’ouest en est a, paradoxalement, mis en valeur le béton de la ville reconstruite dans les années 50 et 60, suite à sa destruction durant la Seconde Guerre mondiale. Une prouesse qui a été réalisée grâce au travail du cabinet d’architecture et d’urbanisme Richez & Associés (R&A). Vincent Cottet, paysagiste DPLG associé et directeur du projet pour R&A en a encore des sueurs froides quand il évoque l’enveloppe hyperserrée que Brest Métropole Océane avait allouée à l’insertion de la ligne, y compris la plateforme : 156 millions d’euros pour plus de 14 km. « Nous avions calculé que par rapport au tram du Mans, nous avions 30 % de surface en plus, soit 400 000 m2 à Brest hors plateforme, à aménager pour la même somme. Nous avons dû tirer sur tout, explique-t-il. Nous avons par exemple fait le tour des carrières locales pour trouver des granulats et ainsi réaliser le tour de force de fabriquer du béton pour 37 euros le mètre carré, alors qu’il coûte habituellement 43-44 euros… Sur toute la surface, l’économie est énorme ! »
    Et pourtant le résultat n’est pas bas de gamme, loin s’en faut. Le parti pris architectural est même une réussite : le choix du béton associé au granit dans la zone dense du centre ; de quais de stations en granit ocre, permettant de bien les inscrire visuellement, a fortiori dans les nombreux endroits en pente marquée ; thème de la ville-jardin hors du centre avec un « ruban végétal » de gazon fleuri d’aspect rustique, 1 500 arbres et des milliers d’arbustes. L’agglo souhaitait éviter la grande plateforme engazonnée, gourmande en eau. Le cabinet R&A a donc mené un protocole d’essai d’une quarantaine de mélanges pour trouver le tapis idoine des 4 km (10 000 m2) d’enherbement à l’est, à savoir « des couvertures végétales sobres, frugales et naturelles », ne nécessitant pas, non plus, de tonte trop fréquente au regard du climat brestois. L’agglo qui n’utilise pas non plus de produits phytosanitaires espère tenir avec un entretien 4 fois l’an.
    Parmi les réaménagements emblématiques, notons les rues commerçantes Jean-Jaurès et ses 5 % de pente, et de Siam, totalement piétonnes, en pente douce jusqu’à la rade ; la place des Français libres où le parking de 70 places a laissé place aux terrasses des restos ; en entrée de ville, la place de Strasbourg surmontée d’une œuvre d’art belvédère, qui n’a plus rien à voir avec l’énorme carrefour routier préexistant. Au passage, le quartier de Pontanézen a bénéficié d’une importante opération Anru et les Brestois redécouvrent cet ex-quartier « chaud ».
    Ce résultat est le fruit d’une procédure lancée en 2007. La maîtrise d’œuvre, le groupement entre Systra et Richez & Associés, assisté de l’Atelier de l’Ile, est désignée en décembre de cette année-là. Les études d’avant-projet débutent immédiatement. « L’aménagement du tramway est la colonne vertébrale d’un projet urbain ambitieux. Trois grands sujets nous ont mobilisés à ce moment-là, se rappelle Vincent Cottet. La question du centre-ville, le plus transformé puisque son grand axe est-ouest deviendra réservé au tram et aux piétons, la rénovation du pont de Recouvrance, enfin, la remise en cause des carrefours giratoires et leur transformation en carrefours à feux. » En 2009, les études de projet apportent leur lot de difficultés : des rues souvent étroites et très pentues. Dans sa partie centrale, débarrassée des remparts Vauban, la ville a été en effet reconstruite sur un grand remblai d’une dizaine de mètres au-dessus de l’ancien plateau, à la clé, « pas un endroit de plat, mais un plateau qui ondule en permanence et des pentes de 6-7 % et jusqu’à 8 % », poursuit le paysagiste.
    Pour les abris de stations, encore une solution économique : Clear Channel, qui venait de perdre le marché de Montpellier et donc de démonter tous son mobilier l’a recyclé et adapté à Brest. « C’est un coût zéro pour la métropole, mieux, nous percevons une redevance de 800 000 euros par an grâce à la pub », souligne Victor Antonio, responsable de la mission tramway au pôle Développement économique et urbain de Brest Métropole Océane. Le résultat est sobre, dans les tons gris, et très « esprit portuaire » avec les barrières et les accastillages en inox poli et microbillé. Mais revers de la médaille : le mobilier est ouvert à tous vents, et du vent, il y en a souvent à Brest, les abris portent donc assez mal leur nom… Rien de tape à l’œil ni d’ostentatoire dans cette mise en scène du tram, mais une mise en valeur et en lumière de la ville. D’autant que la requalification urbaine a poussé commerces et immeubles à s’attaquer à la rénovation de façade. Enfin, dans la tradition de Brest Métropole Océane, une dizaine d’œuvres d’art ponctuent le tracé. L’une des plus originales est la succession d’anagrammes poétiques, réalisés à partir du nom Recouvrance. Pierre di Sciullo, graphiste et typographe, en a trouvé plus d’une centaine, comme celui-ci : « car revu à la noce », avec sa légende « bus équipé pour les mariages ». Si le nom du quartier l’avait permis, nul doute qu’il aurait pu écrire « un tram, et la ville est plus belle »
        

    Cécile NANGERONI


    Chiffres clés

    – 214 000 habitants dans l’agglo (sur 128 km2) et 141 000 (près de 50 km2) dans la ville de Brest
    – 14,3 km de ligne et 28 stations, terminus en Y à l’est
    – Vitesse commerciale de 19 km/h
    – 40 minutes d’un terminus à l’autre
    – Traversée d’un pont (Recouvrance), réaménagé pour les piétons
    – 20 rames de Citadis (32 m)
    – 4 parcs-relais (à terme)
    – 1,8 km de voies piétonnes
    – Coût total : 383 millions d’euros, dont 156 millions de voie ferrée et voiries, 63 millions de matériel roulant et 19 millions pour le centre de maintenance
     


    Déjà un succès commercial

    Aujourd’hui, la fréquentation du réseau Bibus (Keolis, reconduit en 2009 pour 8 ans) a augmenté de 30 %. « Nos prévisions de trafic sont entre 45 000 et 50 000 voyageurs par jour dans deux ans, rappelle Victor Antonio. Après cinq mois d’exploitation, nous sommes déjà à 33 000, donc sur une très bonne voie. » Au-delà de 50 000, il faudrait allonger les rames, ce que l’AOTU a de toute façon anticipé en construisant des quais de 40 mètres. Par ailleurs, l’agglo a déjà dans ses cartons un projet de ligne 2 : un Y vers Bellevue et Lambézellec.

     

    Et bientôt un téléphérique !

    La métropole bretonne prend goût au site propre. Elle pourra bientôt se flatter d’être la première de France à mettre en service un transport par câble, 100 % urbain. Plutôt que de construire un coûteux pont, une télécabine permettra en effet, en 2015, de franchir la Penfeld au niveau du nouveau quartier des Capucins en quelque 3 minutes (le trajet est également faisable en tram, mais prend alors 8 minutes, et il reste encore 450 mètres de marche). « Nous avons étudié toutes les options de franchissement de la rivière, explique Victor Antonio, responsable de la mission tramway au pôle Développement économique et urbain de Brest Océane Métropole. Construire un troisième pont levant ou tournant reviendrait de 30 à 50 millions d’euros, alors qu’un téléphérique nous coûtera 16,5 millions d’euros tout compris et seulement 400 000 euros par an de fonctionnement. L’étude propose deux fois trois cabines de 20 places, pour des questions d’accessibilité, nous préférons une cabine de grande capacité en va-et-vient. »
    Intégré au réseau Bibus, le transport par câble sera accessible avec un ticket de transport valable une heure. Il démarrera, dans les Ateliers des Capucins transformés en habitat collectif, activités économiques et tertiaires, équipements publics et culturels avec notamment la grande médiathèque, à l’extrémité de la rue couverte, pour arriver 460 mètres plus loin, rive gauche, près de la rue de Siam (à 70 mètres de la station Château du tramway). Fréquences envisagées pour la télécabine qui devra présenter une capacité de 1 200 passagers par heure et sens : toutes les 5 minutes. Le projet a bénéficié du soutien de l’Etat lors du 2e appel à projets TCSP.    

    C. N.

     

  • Ce tramway qui veut unir Casablanca

    Ce tramway qui veut unir Casablanca

    A la Une du Matin, le premier quotidien francophone du Maroc, le point d’exclamation résume le sentiment général : « Le tramway est à l’heure ! » Serait-ce une surprise pour ce tram casablancais ? Le Matin se veut philosophe : « Tantôt applaudie, tantôt décriée, la réalisation de cette première ligne permettra du moins aux Bidaouis de souffler, après avoir été longtemps pris en otage à cause des travaux qui ont pratiquement paralysé la ville. » Si surprise il y a, elle est légitime tant le défi était ambitieux, né de l’une de ces promesses vite faites que l’on s’empresse d’oublier. Pas cette fois. C’était il y a quatre ans, Nadia Bouhriz, Tangéroise de 37 ans et directrice générale adjointe de Casa-Transports, l’autorité organisatrice des transports publics de Casablanca, s’en souvient comme si c’était hier : « En octobre 2008, nous avions eu le courage d’annoncer une date : le 12/12/2012. Nous avons relevé ce grand défi et c’est un grand jour. »
    Grand défi, l’expression n’est pas exagérée. Avec ses 31 km et ses 48 stations reliant l’est et le sud-ouest, en passant par le centre-ville, sur des axes asphyxiés par les embouteillages, c’est la plus longue ligne au monde construite et mise en service en une fois. La première ligne aussi longue, le premier temps de préparation aussi bref. Un simple petit coup d’œil au rétroplanning suffit pour mesurer la performance. Le coup d’envoi des travaux est donné en octobre 2010. Le premier Citadis quitte l’usine Alstom de Reichshoffen en Alsace en décembre 2011 : 24 mois seulement après la signature du contrat. RATP Dev, retenu comme exploitant en juillet 2012, sous-traite dans la foulée la maintenance à Alstom, et orchestre en un temps record une partition d’exécution redoutable. Les premières marches à blanc en octobre, l’inauguration en décembre.
    Ce 12/12/2012. L’événement devait être fêté. Dans un cœur de ville bouclé, entre maisons blanches fraîchement repeintes, façades Arts déco auxquelles on a redonné pour l’occasion leur lustre d’antan, et rues noires de monde, le roi Mohammed VI s’est offert une arrivée de rock’n’roll star, Ray-Ban et main tendue, sortant pour saluer la foule du toit de l’une de ses luxueuses voitures de collection, entouré de motards debout sur leurs machines pétaradantes… Coup de frein au pied du tapis oriental et départ du voyage inaugural dans les rames orange cuivré avec le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, entre la place des Nations-Unies et la place Mohammed-V. Et avec les prestigieux invités du jour, couleur bleu-blanc-rouge. Car côté France, on pourrait presque se croire à la sortie d’un Conseil des ministres. Autour du Premier, Jean-Marc Ayrault, ils sont huit membres du gouvernement à l’accompagner au long de cette visite de deux jours. Dont, sur la place inaugurale, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, et Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur.
    Une présence en force justifiée avant tout par le fait que l’arrivée du tramway au cœur de Casablanca peut être perçue comme une belle réussite de ce que l’on a, au fil des temps, dénommé la Maison France, voire l’excellence à la française, sans que l’on puisse toujours percevoir la réalité concrète de ces appellations. Cette fois, le tram est là, avec ses rames Citadis de 65 m en unité double qui peuvent accueillir plus de 600 passagers et transporteront jusqu’à 250 000 voyageurs par jour.
    Et la Maison France a la cote. RATP et Alstom sont les principaux artisans de cette course contre la montre. Naturellement, sur la place des Nations-Unies, leurs présidents, Pierre Mongin et Patrick Kron, savourent l’instant. « Depuis que je fais ce métier, j’aime bien les embouteillages. À Casa, je me serais énervé. En fait, je me suis dit, il y a une belle opportunité », sourit le patron d’Alstom. « L’adhésion de la population est énorme, ils peuvent redécouvrir la ville à ciel ouvert. Le tram est beau, les rues de Casablanca sont plus belles avec ce tram urbain », se réjouit son homologue de la RATP. La ligne en effet contribue fortement à mettre en avant un patrimoine culturel et architectural mais pas seulement, dans un centre-ville jusqu’alors délaissé.
    Et puis, du « bas » quartier périphérique de Sidi Moumen à la corniche de Aïn Diab et au quartier des Facultés en passant par ce centre-ville historique, les hôpitaux, les principaux quartiers d’affaires et les principales gares, les 31 km de ligne à deux branches se veulent « un outil fédérateur », susceptible de retisser du lien social entre les quartiers de Casablanca. Quitte à faire, contrepartie classique en tous pays, redouter aux habitants des « beaux quartiers » l’arrivée de jeunes des quartiers les plus pauvres ? « La population de Casablanca, avec ses 5 millions d’habitants, ne se mélange pas. Là, c’est le grand écart. Mais cela va permettre à toute une population qui n’y avait pas accès de découvrir le centre-ville », souligne une jeune fille chargée de présenter le projet dans les quartiers. « Peut-on s’opposer à cela ? »
    Lorsqu’elle évoque « sa peur », elle parle aussitôt sécurité physique. « Il faut voir l’état des bus et ce qui se passe à l’intérieur… Lorsqu’il y a un derby de foot entre le WAC des quartiers riches et le RCK des quartiers pauvres, la première chose cassée, ce sont les bus. » Sagement, le tram ne sera pas en service lors de ces derbys qui ont lieu deux fois par an. « Pour le reste, Inch’Allah ! »
    Avec son design personnalisé, fruit de la collaboration entre Alstom, la ville de Casablanca et Casa-Transports, sa livrée moderne, élégante, raffinée, conçue pour ne pas passer inaperçue, son aménagement intérieur de style marocain, le Citadis espère se faire respecter. Quant à la livrée orange métallisée, qui se détache sur une ville très lumineuse, elle vise avant tout à le rendre très visible pour les piétons et les automobilistes. Car la sécurité routière est sans nul doute le sujet majeur de préoccupation. La presse cite et commente abondamment le cas d’un homme victime d’un grave accident pendant les marches à blanc. Il a voulu passer au niveau de l’accouplement entre les deux parties de la rame alors qu’elle venait de s’arrêter. Tombé à la renverse lorsqu’elle a redémarré, il a eu les deux jambes sectionnées. Un cas isolé, certes, mais qui inquiète dans une ville où de l’avis général, les automobilistes sont particulièrement indisciplinés. Dans l’espace Tram Expo, ouvert au public et conçu pour accompagner le projet et la mise en service, l’un des guides nous annonce sans sourciller que le Maroc est le sixième pays du monde au niveau des morts sur la route. Et ajoute froidement que l’on prévoirait cinq morts par mois liés au tram à Casablanca, où les carrefours très dangereux se multiplient.
    Alors, l’exploitant utilise la pédagogie, les mises en garde, des écoles aux taxis, pour professer les nouvelles règles de circulation… Et puis, la mise en service va se faire de façon progressive, avec une montée en puissance de moins de 10 km/h à environ 19 espérés en mars prochain. Les 74 rames seront alors toutes là, et les intervalles, à terme, de 4,45 min aux heures de pointe. Cela n’a pas été le cas le premier jour de service, au lendemain de l’inauguration, avec des intervalles entre deux rames qui ont pu atteindre… les 45 minutes, contre 15 en pointe prévues au démarrage. Ce qui est sûr, c’est que déjà les rames étaient remplies, plus que remplies. À Casa comme à Paris, où l’on mettait en service le prolongement du T 3, cinq jours plus tard. Un tram victime, chaque fois, de son succès ? À Casablanca, où une deuxième ligne en correspondance est programmée pour 2015, on envisage déjà un métro aérien. Ou un tram, bien sûr, si le succès n’est pas trop grand pour lui. Seule certitude : RATP Dev est déjà dans les starting-blocks.
        

    Pascal GRASSART

     

    Un centre de maintenance de 7 ha

    La gestion des circulations est assurée au PCC, le poste de commande centralisée, situé au centre d’exploitation et de maintenance de Sidi Moumen, à l’extrémité est de la ligne. Sur 7 ha, c’est l’un des plus grands au monde.
     

    Prêt français et budget tenu

    Estimé à 600 millions d’euros, le projet bénéficie de 160 millions de « prêt concessionnel » apportés par la France au Maroc pour l’achat du matériel roulant. Un prêt à un taux bonifié lié à la commande de matériel français. À Casablanca, le budget initial de 6,4 milliards de dirhams (600 millions d’euros) n’a pas été dépassé. Mieux encore, le coût total n’a atteint que 5,9 milliards de dirhams…

     

    Les bons comptes de RATP Dev… et d’Alstom

    CasaTram est le groupement mené par RATP Dev, qui en détient 40 % du capital plus une action, ce qui lui donne le pouvoir de décision, aux côtés de la Caisse de dépôt et de gestion du Maroc et de la holding Transinvest. Il est responsable de l’exploitation et de la maintenance de la ligne pour cinq ans. Montant du contrat : 90 millions d’euros. RATP Dev a assuré le recrutement et la formation du personnel local, plus de 600 emplois directs ayant été créés, dont une centaine de conducteurs et quelque 400 agents en station. Pour Pierre Mongin, patron de la RATP, Casablanca doit contribuer à prouver « la compétence particulière pour la gestion du tram » de la RATP qui « repose d’abord sur le savoir-faire en Île-de-France. » Parmi les derniers succès à l’international : deux trams aux États-Unis, Washington et tout récemment Tucson, et la mise en service attendue en 2013 de lignes en Algérie, à Oran et Constantine. Sans oublier Hongkong, Manchester et Alger. Les 37 doubles rames Citadis de Casablanca ont été fabriquées et assemblées en France, dans l’usine de Reichshoffen. Les autres sites impliqués dans le projet sont La Rochelle (ingénierie), Le Creusot (bogies), Ornans (moteurs), Villeurbanne (systèmes électroniques embarqués) et Tarbes (chaînes de traction). Dans un premier temps, 24 rames sont entrées en service et les 37 le seront en mars. Environ 1 680 rames Citadis ont été commandées par 40 villes dans le monde. Et Patrick Kron, PDG d’Alstom, se plaît à souligner que son groupe a battu en 2012 son record de livraison de trams, avec 260 unités, « soit une par jour ouvrable ».
    Par ailleurs, Alstom s’est vu confier par RATP Dev, à Casablanca, la maintenance du matériel et des installations moyennant 30 millions d’euros sur cinq ans. Enfin, au Maroc toujours, les premières rames de TGV construites par Alstom en France et assemblées au sud de Tanger devraient sortir en 2014 pour une mise en service prévue en 2015 de la LGV entre Tanger et Casa.