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10 solutions pour améliorer la mobilité
… mobilité, les idées “techno” ne sont pas forcément les meilleures et des recettes simples peuvent être les artisans du succès. En témoignent ces dix initiatives, innovantes mais pas que, qui prouvent que sans gadget technologique, mais avec une bonne dose de volontarisme et de coordination, on peut proposer de vraies améliorations aux citadins pour leurs déplacements quotidiens. Ces changements de paradigme reposent le plus souvent sur l’organisationnel, la mutualisation, les partenariats à grande échelle, c’est pourquoi ils sont souvent le fruit de travaux de longue haleine. La preuve par dix avec ce cocktail de solutions qui semblent prometteuses, même si le succès n’est pas toujours immédiatement au rendez-vous…
1 – Bien doser le cocktail bus accélérés + zone à trafic limité
Nantes crée une zone à trafic limité de centre-ville au milieu d’une vaste zone 30 pour que ses dix lignes de Chronobus roulent vite.
Cent kilomètres de rues réaménagés. C’est le défi que s’est donné Nantes pour livrer à partir d’octobre prochain dix lignes de bus d’un nouveau genre. Assez rapides et assez régulières pour séduire 100 000 personnes par jour, autant qu’un bon tramway, jusque-là principalement automobilistes. « Pour ne pas les plomber dans la circulation, nous lui adjoignons une zone à trafic limité (ZTL) dans le centre-ville. »
S’inspirant donc des principes développés par les villes italiennes de Ferrare, Bologne ou Padoue, Nantes va interdire aux automobiles, le 1er octobre prochain, le cours des 50-Otages, son principal axe de circulation, transformé en ZTL. Il ne sera plus utilisé que par les vélos, les transports en commun, les véhicules de livraison et d’urgence ou les riverains. Bien maigre zone à trafic limité que ce boulevard des 50-Otages si on le compare au centre-ville de Ferrare, clos depuis quelques années sur plusieurs hectares pour sauver son patrimoine. « Mais cela devrait suffire pour garantir la performance des bus », explique Jean-François Retière, vice-président de Nantes Métropole, en charge des transports.
Ces lignes de bus, appelées Chronobus, passeront toutes les 5 à 8 minutes aux heures de pointe, toutes les 10 à 12 minutes aux heures creuses. Elles circuleront comme le tramway, de 5h à minuit. Elles traversent l’agglomération en presque autant de diagonales, nord – sud, est – ouest. « Les trois lignes de tramway et le busway occupaient les voies les plus larges. Ne nous restaient plus que des rues étroites dans lesquelles nous avons fait de la dentelle », raconte Jean-François Retière. Pas assez de largeur de rue pour ouvrir tout bonnement des sites propres. Mais du « cas par cas » pour supprimer les « points noirs », lever les obstacles à la fluidité relevés par les bus-laboratoires de la société des Transports de l’agglomération nantaise (TAN), puis des aménagements fins : ici un bout de couloir réservé, là un arrêt déplacé, plus loin des places de stationnement supprimées. Tout le long du parcours, des priorités aux bus aux carrefours ; des stations rendues particulièrement accessibles (trottoirs élargis, plateformes à hauteur pour les personnes en fauteuil, intégration dans les cheminements des modes doux, marche et vélos). L’articulation des autres modes de déplacement avec le bus a été particulièrement étudiée. Y compris pour l’automobile aux pôles d’échanges du réseau. Plusieurs parkings-relais (2 600 places supplémentaires) y ont été créés. Ce programme d’une centaine de millions d’euros entre 2012 et 2017 a pour objectif de faire abandonner leur voiture aux Nantais dès qu’ils ont passé le périphérique. D’autant que leur progression, au volant, se verra a priori ralentie par l’édification d’une vaste zone 30 autour du centre-ville. Puisque parallèlement l’automobile est soumise au plan général de réduction des vitesses dans toute l’agglomération.Hubert Heulot
2 -Regrouper les services transport dans une maison de la mobilité
Grenoble lance Station-Mobile, l’agence autour d’une multitude de partenaires.
Parce que la nature humaine est ainsi faite, le citadin préfère la facilité. Ne voyant pas plus loin que le bout de son garage, il se transforme souvent en homo automobilus, persuadé qu’il n’a pas d’autre choix. L’idée de l’informer de façon pointue et exhaustive des autres solutions prend alors tout son sens. C’est ainsi que le principe de la centrale de mobilité a pris son essor au début des années 2000, dans la foulée du précurseur Filinfo, dans la Somme, longtemps resté la référence. Le concept s’est amélioré, étoffé, a pris divers noms : maison des transports, agence de la mobilité… avec chaque fois le but premier de dispenser un conseil personnalisé en mobilité. Aujourd’hui, c’est toute l’agglomération grenobloise qui vient d’inaugurer, le 24 avril « Station-Mobile, l’agence ».
Autour du SMTC, région, conseil général, la Métro, les opérateurs de transports, les communes, les gestionnaires de parkings, les associations fournissant des services à la mobilité, etc. se sont unis pour créer cette agence, qui accueille le public bd Joseph-Vallier de 8h30 à 18h30 (9h à 17 h le samedi et pendant les vacances scolaires), répond au téléphone (serveur vocal), et propose un site Internet (www.stationmobile.fr) particulièrement détaillé et intuitif. Et bien sûr ce dernier se décline en appli pour smartphones, disponible gratuitement sur Appstore et Googleplay. De plus, dans le courant de l’année, des panneaux à messages variables seront posés dans les artères de la ville.
Au-delà du diagnostic individuel, l’agence propose aussi la vente de titres de transports tous réseaux et le calcul d’itinéraires tous modes. En cours de déplacement, l’usager peut aussi rester informé des perturbations et modifier son parcours en conséquence. Il peut notamment s’abonner au service d’alertes trafic. Car « avec plus de quatre déplacements quotidiens par habitant, Grenoble se place au-dessus de la moyenne nationale. La mobilité dans l’agglomération constitue un enjeu particulier, nécessitant de rassembler les moyens opérationnels des AO », est-il expliqué sur le site. A l’échelle de l’agglomération, des stratégies communes de gestion prévisionnelle et de contrôle en temps réel de tous les réseaux de déplacements doivent permettre d’améliorer la sécurité, notamment pour les modes doux ; la qualité de service dans les TC ; la fluidité pour les voitures.
En effet, au sein du même bâtiment de 2 500 m2, dont le rez-de-chaussée est désormais occupé par l’agence de mobilité, Station-Mobile regroupe les différents PC des principaux gestionnaires de voirie routière et de transports en commun (TAG, SMTC, direction interdépartementales des Routes Centre-Est, TransIsère, PC “Feux tricolores” de la ville). A Grenoble, qu’il s’agisse de prendre les différents réseaux de transports en commun, sa voiture, l’autopartage, le vélo, un taxi, de louer une voiture ou même de marcher, l’agence est donc compétente. Et le SMTC entend rapidement transformer toutes les agences commerciales TAG en agences multimodales. Dans un souci de proximité, Station-Mobile est donc la première d’un réseau de trois agences au moins, qui se construira au fil des ans.C. N.
3 – Faire guichet commun sur un même territoireLe 9292 aux Pays-Bas et Atoumod en Basse-Normandie : mise en commun des tickets et de l’info-voyageurs tous opérateurs
Les Pays-Bas disposent depuis 1992 d’un système d’information multimodale national pour tous les transports collectifs. Au départ, simple central téléphonique d’infos sur les horaires, répondant au 9292, ce service est devenu un site Web et propose des applications mobiles donnant une info fiable et en temps réel sur tous les transports hollandais, en attendant l’intégration dans une billettique commune qui est en cours. L’avantage de l’intégration des transports et de la billettique sur un même territoire, à l’instar du pass Navigo parisien, est complexe à mettre en œuvre, mais cela donne un avantage déterminant dans la concurrence avec le déplacement automobile, la simplicité pour l’usager.
En France, la plupart des AOT ont une réflexion sur le sujet. Les Haut-Normands viennent de décider d’une billettique interopérable, commune à tous les réseaux de transport des 15 autorités organisatrices, qui sera opérationnelle sur tout le territoire régional d’ici fin 2014. Seul bémol de la partition, les deux grosses agglomérations, Rouen et Le Havre, ont souhaité conserver chacune leur propre système en parallèle à Atoumod, au moins dans un premier temps. Dans cette démarche initiée et pilotée par le conseil régional de Haute-Normandie, 20 000 cartes sont déjà en circulation sur le réseau TER. Depuis mai, le réseau Transbord de Louviers-Val-de-Reuil est équipé. Puis viendra le tour à la rentrée du Grand Evreux et des liaisons de cars départementales. La couverture en guichets et valideurs devrait être complète en 2013. Parallèlement, un système d’information multimodale SIM Atoumod, avec site Web, vient d’être mis en ligne. Cette plateforme permet de définir les trajets possibles. Elle prend en compte les transports classiques mais aussi les services de location de vélos, les services de covoiturage et même la liaison transmanche Dieppe – Newhaven.
Reste à finaliser le mécanisme de tarification unifiée. Comment rendre compatibles attractivité et impératifs économiques, qu’il s’agisse de ceux des exploitants ou de l’argent public ? Les collectivités territoriales ont décidé d’adopter, à la différence du système concentrique de la carte Orange en Ile-de-France, une tarification par zone sur un principe dit alvéolaire. Le territoire a été découpé en 40 zones correspondant aux principaux bassins de vie. Selon ses besoins de déplacements, le voyageur devra acheter une carte de 2, 4 ou 8 zones. Au conseil régional, on espère que les gammes tarifaires définitives seront validées par les 15 AOT courant 2014.
Richard Goasguen avec G. L.Tracer des autoroutes cyclables en cœur d’agglomération
Copenhague, référence en la matière avec son plan de plus de 100 km est suivie par Lille qui réalise sa première autoroute à vélos.
La ville de Lille s’est lancée en janvier dernier dans la réalisation d’une autoroute cyclable. Ce nouveau concept, qui nous vient d’Europe du Nord, a pour objectif d’élever le vélo au rang de moyen de transport écologique à part entière, à l’échelle de la métropole et de sa banlieue. Jusqu’à maintenant, les vertus de ce mode de déplacement étaient principalement louées pour les courtes distances en centre-ville. La mairie de Lille a entamé en janvier dernier le réaménagement de l’avenue Kennedy, anciennement à quatre voies automobiles, afin d’en faire un axe majeur du partage modal entre la voiture, le vélo et les piétons. D’ici le mois d’août et pour une somme de 1,2 million d’euros, l’ensemble de l’avenue devrait offrir une triple voie cyclable, en sens unique d’un côté de la voie, et à double sens de l’autre. Les trottoirs seront également élargis, ce qui fait que les automobilistes ne disposeront plus que de deux voies. Alors que Toulouse réfléchit déjà à la mise en place d’une telle initiative, nos voisins du Nord semblent avoir pris beaucoup d’avance et nous montrer le chemin. Pour être réellement efficaces, ces « véloroutes » ou ces « voies cyclables structurantes », nécessitent d’être suffisamment larges pour que l’on puisse se doubler en toute sécurité, et ne doivent pas croiser de carrefour ou comporter de feux rouges, à moins qu’ils ne soient réglés sur la vitesse moyenne des cyclistes. Pour les plus complètes, ces autoroutes devront également être jalonnées de points d’eau et de stations de gonflage. Copenhague est un véritable exemple en la matière. La capitale danoise a lancé en 2010 un plan de 35 millions d’euros destiné à la construction de 12 autoroutes cyclables, de 10 km chacune en moyenne, reliant la banlieue au centre-ville et offrant tous les aménagements détaillés précédemment. Mais si cet exemple doit permettre de fixer des objectifs vers lesquels tendre, en termes de mobilité à vélo, il ne faut pas oublier pour autant que le contexte local est particulier. Cette ville voit la part modale du vélo atteindre 50 % dans son centre, là où celle de Lille est plus proche des 2 %. L’objectif de la municipalité danoise, avec ces aménagements d’envergure, est d’augmenter le nombre de pendulaires utilisant le vélo pour effectuer le trajet domicile – travail, chez qui la part modale du vélo « tombe » à 15 %.
Tom DUBOIS
5 – Favoriser le couplage entre vélo pliant et transports publics
Le CycloTEC, abonnement combiné vélo pliant et bus de la compagnie TEC en Wallonie fait des émules à Nantes et peut-être bientôt à Lille.
Il fut un temps ou les vélos pliants étaient – à l’instar des vélos classiques – considérés comme des indésirables dans les transports en commun. Ce n’est plus le cas. La plupart des exploitants qui gèrent l’ensemble d’une politique de mobilité ont compris l’intérêt de favoriser tous les moyens qui permettent d’effectuer les premiers ou les derniers kilomètres d’un déplacement. Certains réseaux français cherchent maintenant à développer l’usage du vélo pliant. Depuis 2009, les abonnés Tisseo ou des transports régionaux peuvent louer pour un coût modique des vélos pliants à la maison du Vélo, installée face à la gare Toulouse-Matabiau. Lille est également sur le point de basculer. A la fin 2012 Transpole cherchera à booster la partie location en longue durée de son programme V’Lille, en proposant des vélos pliants de son partenaire Oxylane (Décathlon). On murmure qu’il pourrait s’agir du nouveau vélo pliant « Tilt » en cours de développement chez B’Twin, qui promet un pliage en une seconde. De son côté, Nantes a lancé en 2012 une expérimentation de couplage vélo pliant/transports publics. La TAN a distribué à 100 volontaires des vélos pliants à essayer pendant quelques mois sur son réseau des transports publics avant de décider, en fin d’année, à commercialiser ou à inclure ce service dans l’abonnement annuel de transport. Les précautions de Nantes peuvent se comprendre. Car si le vélo pliant semble répondre à un besoin d’une partie des usagers des transports publics, le marketing et le calibrage de l’offre de service semblent déterminants. L’exploitant belge de Wallonie TEC, qui a joué au précurseur avec son abonnement combiné bus-vélo pliant, n’a semble-t-il toujours pas rencontré son marché. D’après la presse belge, le service CycloTEC n’aurait séduit qu’une centaine d’utilisateurs alors que la société, misant sur l’effet de mode, aurait commandé 13 000 vélos et serait en train d’examiner les possibilités de se libérer du contrat sans payer l’amende pour dédit, fixée à 30 euros par vélo.
G.?L.
6 – Rendre les places aux piétons et aux circulations douces
L’emblématique place de la République à Paris est en chantier ; dans un an et demi, elle sera redevenue un lieu de vie.
Alors que, dans le cadre de son réaménagement complet, la campagne de travaux bat son plein du côté de République, à Paris, les places semblent être de plus en plus souvent au centre de l’attention des urbanistes spécialistes de la mobilité. La tendance est aux politiques publiques visant à faire reculer les surfaces dédiées à l’automobile dans nos centres-ville, tout en améliorant les conditions de circulation et d’accès des autres modes. C’est dans ce cadre que les places, lieux éminemment symboliques mais aussi importants nœuds de circulation, sont sujettes à de profonds réaménagements. Ce sont des espaces dont la première fonction, être un lieu de vie au sein de la ville, a souvent été oubliée au XXe siècle avec le règne de l’automobile.
Ainsi, la place de la République, dont les 3,7 ha étaient dédiés à plus de 60 % à la circulation automobile ces dernières années et dont les îlots centraux étaient très difficiles à traverser, est l’objet d’une grande opération de requalification urbaine. Lancé à l’automne 2011 et pour une durée de deux ans, le chantier doit permettre d’apaiser la voirie en rationnant l’espace dédié à la voiture avec une réorganisation des flux et en redonnant sa place au piéton. Cette place est un carrefour majeur au sein de la capitale avec sept axes routiers importants qui y débouchent, quatre lignes de bus et cinq lignes de métro. Ce type d’aménagement a pour ambitions de placer le piéton au cœur du projet, de sécuriser les traversées, d’assurer les accès pour les personnes à mobilité réduite et de redonner son aspect convivial à la place. Intégrer les nouvelles mobilités en partageant l’espace public passe ici par la création d’un grand parvis côté nord, avec un passage conservé uniquement pour les circulations douces, les bus et les taxis, se prolongeant rue du Faubourg-du-Temple. L’opération se base également sur d’importants changements en termes de lisibilité de l’offre de transports en commun. Pour y parvenir, les arrêts de bus sont regroupés, alors qu’auparavant ils étaient dispersés tout autour de la place, et une meilleure articulation avec les sorties de métro, les taxis et les stations vélib’ est assurée.T.?D.
7 – Guider l’automobile vers les places libres
Nice installe un millier de capteurs pour rendre son stationnement “intelligent” en orientant les automobilistes à bon escient.
Après avoir été pionnière du NFC avec Citizy, le système permettant de payer ses achats, et notamment son ticket de bus, avec son téléphone, Nice se veut pionnière du stationnement intelligent. Si la ville n’est pas la première à se lancer, elle devrait être en 2014 celle qui l’aura déployé sur le plus grand nombre de places. En effet, dès juin, une centaine de places du boulevard Raimbaldi seront équipées du système et, d’ici à la fin septembre, 1 000 capteurs seront placés sur les places de stationnement sur voirie ou en parkings du quartier Notre-Dame. L’objectif est d’en équiper les 10 000 emplacements payants dans les rues de la ville à l’horizon 2014. Le réseau de 14 000 capteurs communicants indiquera
en temps réel les places disponibles aux automobilistes qui recevront l’information sur leur smartphone ou leur GPS, avant que la ville n’installe des panneaux sur voirie un peu partout. Toulouse ou Issy-les-Moulineaux ont déjà testé des systèmes similaires, mais surtout San Francisco a équipé 6 000 places, il y a deux ans déjà. Car l’invention n’a rien de saugrenu : les véhicules qui tournent en rond polluent copieusement. Or à Nice, aux heures de pointe, ce sont 20 à 25 % des voitures en circulation qui sont en recherche de stationnement. Les conducteurs cherchent 20 à 30 minutes en moyenne, alors que 8 % environ des emplacements sont disponibles à tout moment. En optimisant l’utilisation des places, on réduit la distance finale, là où la consommation de carburant est la plus forte. Le système a d’ailleurs reçu le trophée du meilleur projet innovant « ville intelligente » 2011 au Smart City Expo de Barcelone en novembre dernier. Ville intelligente, la capitale azuréenne couple l’installation des capteurs de l’espagnol Urbiotica à celle d’horodateurs multiservices, favorisant l’intermodalité, dont le premier exemplaire sera opérationnel mi-juin. Ces « kiosques » permettront de recharger un véhicule électrique et feront borne d’information sur les transports collectifs, les services Autobleue, Vélobleu, taxis…
Action phare du schéma global de stationnement 2011-2015 présenté par le maire Christian Estrosi fin 2011, le stationnement intelligent a quelques effets induits. D’abord, le marquage au sol de chaque emplacement a permis de dégager de l’espace pour créer des places pour les deux-roues. Ensuite, s’il en coûtera la bagatelle de 13 millions d’euros d’installation, le système devrait aussi rapporter : en repérant les véhicules ventouses et les mauvais payeurs via le système, le travail des contractuelles devrait être facilité. Les contrevenants – ils seraient 8 automobilistes sur 10 à ne jamais payer à Nice – n’auront bientôt plus beaucoup d’excuse, la ville projetant de proposer aussi le paiement sur mobile.
C. N.
8 – Transformer les parkings en plateformes multimodales
Le concept Mobiway est testé par Vinci Park à La Défense : un véritable hub de mobilité avec tous les moyens de transport disponibles.
Mobiway, vous connaissez ? A part pour les habitués de La Défense, le service, particulièrement innovant, manque cruellement de notoriété. Lancé par Vinci Park en février 2009 dans l’un de ses parkings du quartier d’affaires, le service part d’un constat : « Nos clients ont modifié leurs comportements à l’égard de l’utilisation de l’automobile, et ce mouvement ira en s’amplifiant », assurait alors Denis Grand, PDG de Vinci Park. Il consiste donc à « faire évoluer le stationnement du strict service à l’automobiliste vers une dimension multimodale intégrant une forte prise en compte de l’environnement urbain. » En admettant que le citadin ne raisonne plus de façon binaire – TC ou voiture – mais utilise une combinaison de modes en fonction de ses besoins à l’instant T, l’idée est de regrouper dans un « hub de mobilité » tous les services disponibles dans le secteur, le parking devenant ainsi lieu de multimodalité et centrale de mobilité. Sur 180 m2, les deux agents de l’agence Mobiway présents de 8h30 à 18h30 dispensent les informations et orientent vers les bornes Internet permettant de visiter les sites des opérateurs partenaires.
Pour les 300 000 salariés et visiteurs qui viennent quotidiennement à La Défense, Mobiway réunit information et services tous modes : de l’achat de titres RATP au moto-taxi, en passant par la location de voiture, l’autopartage (Avis on demand), un salon de rencontres pour covoiturage, la vente de badges autoroutiers Liber’T, ou encore une borne recharge pour véhicules électriques. Grand absent, le vélo, non grata sur l’esplanade et dangereux sur le boulevard circulaire. « Même situé au centre de l’esplanade, Mobiway manque de visibilité, déplore toutefois François Levert, directeur de la communication de Vinci Park. Cependant, l’agence Avis est un moteur important et s’il n’y a guère plus de deux ou trois clients présents en temps normal, les jours de grève, c’est le rush. » Preuve que l’agence n’est pas si méconnue, au fond. En complément, un site Internet (vincipark-ladefense.com) recense les liens vers les sites des partenaires. Il sera bientôt totalement refondu afin de proposer un vrai calculateur d’itinéraire multimodal. « On espère sous dix-huit mois… Une appli smartphones est aussi en préparation », poursuit-il.
Bref, le concept, beau sur le papier et prometteur, est « encore en devenir, mais son devenir est proche », confie François Levert. En effet, plusieurs collectivités s’intéressent de près à Mobiway, et Vinci Park, présent dans 600 parkings et 150 villes de France, espère implanter son service dans toutes les grandes villes d’ici à trois ans. « Nous voulons développer des partenariats avec un grand nombre d’acteurs de la mobilité, continue-t-il. En particulier avec des PME innovantes, à l’instar de celui que nous venons de lancer à Lille avec Buzzcar, incitant nos abonnés à l’autopartage entre particuliers. » Autres exemples : on peut déjà payer son stationnement avec le Navigo dans certains parkings franciliens ; à Marseille, acheter un ticket stationnement + RTM les jours de match de l’OM. Afin d’accroître sa visibilité, le bureau d’accueil Mobiway pourrait quitter le parking pour s’installer sur voirie, sa surface ne sera pas forcément celle de La Défense, ses services non plus, tout sera adapté à chaque territoire. Mais le fil conducteur sera le même : se positionner comme le hub de la mobilité.C.N.
9 – Lier développement urbain et transports en commun
Les contrats d’axe de Grenoble et Bordeaux, préfiguration de l’écoquartier, qui existe déjà en Suède et y fonctionne à merveille.
Pour éviter un développement urbain anarchique et face à l’urgence de trouver des solutions alternatives à un mode de développement non viable, Toulouse et Grenoble ont choisi un outil original pour la mise en cohérence des projets d’urbanisme et ceux de transports : le contrat d’axe. Le rapport entre étalement urbain et développement de « l’automobilité » a été largement démontré. En revanche, aucune recherche ne peut affirmer avec certitude qu’il existe un lien entre transports en commun et intensification urbaine. Il y aurait des « effets induits », qu’il faut assurer avec une politique volontariste. Certaines villes ont mis beaucoup de temps à prendre la mesure de leur retard en la matière. Le contrat d’axe, convention signée entre l’autorité organisatrice des transports urbains (AOTU) et les communes compétentes en matière de maîtrise de l’usage des sols, entend structurer le développement de l’agglomération. Son principe tient en un partage des efforts. L’AOTU s’engage à améliorer l’offre de transports, et les communes s’engagent à densifier autour de ces nouveaux axes, en favorisant des opérations immobilières, afin d’augmenter la clientèle. Les parties s’engagent à œuvrer en faveur d’une coproduction d’un espace urbain respectueux des préceptes du développement durable. La communauté urbaine de Bordeaux (CUB) expérimente une nouvelle gouvernance locale avec le projet « 50 000 logements autour des transports publics ». Ces démarches innovantes, développées à l’échelle de l’agglomération, peuvent trouver leur aboutissement dans la réalisation de projets plus locaux comme les écoquartiers. Celui de Hammarby Sjöstad en est un bon exemple. Il y a dix ans, le site, à la périphérie de Stockholm, était un vaste chantier de 200 ha. Mais dès 2002 l’écoquartier était desservi par un prolongement (1,5 km) du tram de rocade de Stockholm (Tvärbanan). Et pour relier ces nouveaux quartiers à Södermalm, la partie sud du centre-ville de Stockholm, une liaison gratuite par bateau a rapidement été établie, soulignant le côté « maritime » de l’écoquartier, construit dans une ancienne zone industrielle et portuaire. Aujourd’hui, quelque 15 000 personnes habitent dans les 8 000 logements construits, et 25 000 résidents sont attendus à terme dans 11 000 logements. Situés à 500 m maximum d’un des quatre arrêts du tram (19 000 usagers quotidiens), également desservis par deux lignes de bus, les logements sont également suffisamment proches des commerces ou des services pour s’y rendre à pied, voire en vélo à la belle saison. L’accessibilité aux PMR a été prise en compte dès le départ. L’automobile a aussi sa place ici, mais le nombre de places de parking a été volontairement limité, et une partie des emplacements est partagée par les résidents et les personnes travaillant dans le quartier. De plus, deux systèmes d’autopartage (avec place de stationnement garantie) ont été mis en place avec des véhicules Flex, électriques, à l’éthanol ou au gaz. Ces modes alternatifs devraient y représenter en 2015 le quart du parc automobile, alors que les transports publics, la marche ou le vélo devraient compter pour 90 % des déplacements pendulaires.
T. D. et P. L.
10- Augmenter le nombre de passagers par véhicule sur les voies rapides
Les agglomérations américaines l’ont inventé il y a 40 ans, et maintenant Madrid pratique aussi l’avantage aux véhicules de plus de 2 passagers.
Le taux d’occupation moyen par automobile est de 1,3 personne en Europe. Ce qui signifie que la plupart des trajets automobiles (notamment les trajets pendulaires) se font sans passagers. Pour trouver des solutions à la congestion des autoroutes menant au cœur des grandes agglomérations, les Américains ont entrepris depuis le début des années 1970 de lutter contre l’« autosolisme ». Des High Occupancy Vehicle Lanes (voies réservées aux véhicules transportant plusieurs passagers, HOV) ont été installées dans la plupart des grandes villes américaines, il y en a aujourd’hui une centaine (1 600 km). Règle du jeu : pour emprunter la voie réservée, le véhicule doit transporter selon les juridictions au minimum 2 ou 3 passagers. Les transports en commun, taxis, véhicules de secours, sont en général également acceptés ainsi que, dans certains cas, les véhicules dits « propres ». Les promoteurs des HOV américaines sont allés loin dans la définition de leur zone. Dans la foire aux questions de la HOV de l’Etat de Virginie, il est bien spécifié aux femmes enceintes : « Dans notre monde HOV, vous ne comptez que pour une personne. » Et pas question de tricher : des caméras comptent le nombre de passagers, lisent la plaque minéralogique, et les contrevenants se voient infliger des amendes. Ce mécanisme a évidemment engendré des comportements de défiance (poupées gonflables installées sur le siège passager, changement impromptu de voie), mais aussi favorisé la naissance de systèmes vertueux de covoiturage – organisé par l’autorité ou pas – dans les aires en amont de la HOV. Au fil des années, certaines HOV ont été assorties d’un péage, pouvant être modulé en fonction de la demande. Même si les autoroutes à voies multiples qui irriguent les centres urbains sont propres à l’urbanisme américain, plusieurs villes d’Europe ont également testé ces solutions en Norvège, en Suède ou aux Pays-Bas, à Bristol et à Leeds en Grande-Bretagne. Les effets des HOV sur la globalité des déplacements sont en général assez limités, on passe en général de 1,3 à 1,36 ou 1,38 % de taux de remplissage par auto. Mais à Madrid, ou une HOV est en place depuis 1995 sur les deux voies médianes de l’autoroute N-VI, les résultats de transport semblent probants : aux deux heures de pointe du matin, 59,3 % des personnes arrivent en ville de manière fluide par ces deux voies réservées, contre 40,7 % empruntant les trois autres voies.
G.?L.

Zones de rencontre : quand piétons et voitures se partagent le pavé
La raison du plus fort doit-elle toujours être la meilleure ? Comme le loup de Jean de La Fontaine, qui se refuse à partager la rivière avec l’agneau, la voiture n’a pas pour vocation de partager la rue avec les piétons. Ces derniers apprennent dès leur plus jeune âge à ne pas s’aventurer hors des minces bandes de trottoir et des passages cloutés censés leur servir de remparts contre le danger. Peut-on imaginer une société où le plus fort s’arrêterait pour laisser passer le plus faible, où la courtoisie viendrait bouleverser les rapports de force ? C’est en tout cas l’ambition des aménageurs lorsqu’ils réalisent des zones de rencontre au sein de nos villes.
La « zone de rencontre » a été créée comme un outil devant permettre une meilleure maîtrise de la vitesse au sein des agglomérations par l’aménagement urbain. Dans le cadre de la démarche Code de la rue, lancée en avril 2006, le code de la route est modifié (2008) avec l’introduction de trois niveaux de zones de circulation apaisée : la zone 30, la zone piétonne et enfin la zone de rencontre. Si les deux premières existaient déjà, cette dernière est présentée comme le chaînon manquant dans ce système. Marc Santré, adjoint au maire de Lille (Nord), chargé des Déplacements, de l’Aménagement de la voirie et de la Politique de stationnement, ne veut pas que l’on dise pour autant que « c’est demi-décision […]. Les objectifs ne sont pas les mêmes. Au-delà de l’aspect réglementaire, la zone de rencontre, c’est surtout une nouvelle manière de faire la ville. » Alors qu’en 1972 on voyait apparaître à Rouen (Seine-Maritime) la première zone piétonne, trente-six ans plus tard on a imaginé un nouvel outil pour donner une meilleure place aux modes alternatifs en ville. L’objectif étant de laisser une place à la voiture tout en allant plus loin que la simple zone 30, souvent présentée comme une contrainte pour l’automobile sans bénéfice réel pour les autres modes, en particulier les piétons.
Avec la zone de rencontre, il n’y a pas de révolution, mais une évolution des usages. Elle existe déjà depuis 2002 en Suisse et 2004 en Belgique. Même au sein des villes françaises, on trouve souvent des zones dites piétonnes qui sont de facto déjà des zones de rencontre dans la mesure où elles accueillent un trafic routier « sous conditions ». L’enjeu ici consiste alors à régulariser un état de fait, tout en donnant à ces zones un statut légal plus sécurisé. Tous les acteurs s’accordent à dire qu’il s’agit d’accompagner une tendance. Marc Santré avoue que s’il existe plusieurs zones de rencontre à Lille, on ne connaît guère que celle de la Grand-Place. « Les autres sont peu médiatisées car dans la pratique le fonctionnement de ces espaces n’a pas beaucoup changé. »
La ville évolue, les mentalités et les habitudes aussi, mais pas toujours au même rythme. Ainsi, la zone de rencontre, selon le contexte, peut devancer les habitudes de circulation sur la voirie. Jean-Luc Marchal, chargé de mission sur ces questions à la mairie de Strasbourg (Bas-Rhin) insiste ainsi sur le fait que désormais « on fait de la rue et pas de la route. On ne pense plus simplement en termes de tuyaux où l’on doit assurer un débit. On construit un espace sur lequel les gens doivent apprendre à cohabiter. » Marc Santré constate, lui, aux travers de l’expérience de la Grand-Place lilloise, que « les piétons ont tendance à se soumettre naturellement à l’automobile. La zone de rencontre est à contre-courant de ce que l’on pratiquait avant et cette rupture inquiète puisque l’on a longtemps répété qu’il ne fallait pas traverser en dehors des clous. Maintenant, il n’y en a plus ! […] Le changement du rapport de force doit se faire dans la durée. » Les aménageurs insistent sur le fait que cet outil permet de faire évoluer l’opinion et les comportements mais qu’il faut prendre en compte le contexte local et les objectifs de la collectivité. Cela doit se faire dans le cadre d’une recherche sociétale où les citoyens doivent être pleinement investis par une démarche participative.
L’inscription dans la loi de cet espace urbain singulier, prônant une gestion des conflits non plus par la force mais par un comportement de courtoisie au bénéfice des plus vulnérables, n’est pas sans poser problème. Les questions de sécurité et d’accessibilité sont au cœur des interrogations. Si l’accessibilité des personnes à mobilité réduite (PMR) se trouve sensiblement améliorée dans ces zones où, par principe, le sol est au même niveau partout et les passages piétons ont disparu, la perte des repères « classiques » pose des problèmes pour les malvoyants et les aveugles. Leur accès doit être assuré et sécurisé à l’aide de reliefs au sol, de contrastes de couleurs ou de repères sonores. Cela nécessite donc un large travail d’aménagement sur les ambiances et les cheminements urbains.
Le principal défaut de ces zones semble être leur manque de lisibilité. Si elles participent à une stratégie visant à faire ralentir l’automobiliste, il est néanmoins souvent reproché aux autorités de ne pas suffisamment en indiquer les entrées et les sorties. Les responsables d’Europe Ecologie lillois ont déclaré que selon eux, c’est « parce que les automobilistes ne sont pas assez entraînés à faire attention aux piétons que ceux-ci sont en danger ». Ils proposent ainsi une piétonisation de la Grand-place et une augmentation du nombre de zones de rencontre au sein de la ville. C’est vrai que le panneau, pourtant très étudié, n’est pas très compréhensible pour quelqu’un qui ne l’a jamais vu. Marc Santré considère que le véritable intérêt de faire de la Grand-place une zone de rencontre, « c’est qu’il s’agit d’un lieu emblématique et que cela permet de vulgariser le concept. De faire de la pédagogie. » Il ajoute que « la signalétique réglementaire a été jugée insuffisante au départ et qu’il a fallu renforcer la campagne d’information pour rappeler la priorité aux piétons ». La Grand-place se veut désormais le symbole de la nouvelle image que l’on veut donner à la ville, des nouvelles façons que l’on peut avoir d’y vivre et d’y cohabiter. Plus largement, la zone de rencontre se place dans une tendance de lutte contre la pollution et de remise en cause de la place de la voiture en ville. Marc Santré confirme que « bien sûr, la politique de la mobilité ne se fait pas à l’échelle d’une simple zone de rencontre, mais c’est un outil tendanciel qui permet de faire évoluer les rapports de force et les mentalités. »
Il est clair que l’abaissement des vitesses de circulation sur la voirie réduit la fréquence et la gravité des accidents, notamment ceux impliquant des piétons. Si, dans la théorie, ce principe de « prudence » du plus fort par rapport au plus faible (article 15 du décret) semble être une évidence pour permettre aux différents modes de partager harmonieusement l’espace urbain, dans les faits cela pose de nombreux problèmes. Ces espaces, encore très nouveaux en France, ont pour effet de désorienter l’automobiliste. L’objectif est de mettre la personne qui se trouve au volant de sa voiture dans une situation l’obligeant à ralentir. Mais ce sont aussi les piétons et les cyclistes qui se sentent désorientés et, bien souvent, trop exposés aux errances d’un automobiliste. Le collectif « Place aux piétons » dénonçait dans les colonnes de La Voix du Nord en octobre 2011, des piétons « livrés à eux-mêmes » face aux automobilistes alors que la zone de rencontre venait d’être créée sur la Grand-place de Lille. Un mois plus tard, un accident survenait aux abords de la place, sans faire de blessé grave, mais en suscitant de quoi relancer la polémique néanmoins.
La création d’une zone de rencontre est basée sur un réaménagement important de la voirie. Il s’agit de faire une chaussée intégralement au même niveau et de ne plus séparer les espaces selon les modes et les rythmes de déplacements. Jean-Luc Marchal précise qu’à Strasbourg, plusieurs démarches ont été mises en place. Il en ressort que les aménagements les plus lourds et les plus visibles sont les plus efficaces. « Les zones où l’investissement est moindre car elles ne fonctionnent que sur un changement des marquages au sol et la pose de panneau de signalisation, ne sont pas bien acceptées par les usagers. Les gens ne comprennent pas. » Il insiste également sur le fait qu’il faille « faire vivre » une zone de rencontre pour la rendre attractive. Selon lui, la piétonisation d’une rue ou d’un quartier va avoir tendance à faire partir une partie de la population. Les rues pleines de terrasses et non accessibles en voiture ne sont pas adaptées aux familles ou aux personnes plus âgées. La zone de rencontre permet de garder une accessibilité motorisée et la présence des voitures empêche une trop grande présence des terrasses, limitant la gêne occasionnée par la vie nocturne.
Les villes de Bordeaux et Lille prouvent qu’il existe deux grandes possibilités d’aménagement grâce à la zone de rencontre. Si à Lille, on l’a compris, c’est une zone de rencontre en plein cœur de la ville qui a principalement été mise en place, à Bordeaux, Clément Rossignol, vice-président à la communauté urbaine de Bordeaux et élu à Bègles, estime que « cela n’avait pas de sens de parler de zone de rencontre là où les zones piétonnes sont déjà reines ». C’est donc dans les quartiers résidentiels alentour qu’elles ont été mises en place. Ces quartiers nécessitent un moindre investissement, car les aménagements n’ont pas besoin d’être aussi lourds qu’en centre-ville. Les zones y prennent place dans un contexte déjà relativement apaisé et le changement des mentalités est moins compliqué à opérer. Pour Jean-Luc Marchal, « dans le centre des villes, il faut des aménagements beaucoup plus importants car l’image, la symbolique du lieu ont beaucoup plus d’importance. » On parle parfois de mise en scène urbaine. Dans les deux cas, si la démarche n’est pas tout à fait la même – on peut souhaiter redynamiser un centre urbain, ou bien simplement apaiser la circulation, améliorer l’accessibilité –, l’intention reste identique : modifier le cadre de vie pour faire évoluer les habitudes et les mentalités des habitants et des passants pour faire la ville durable.
Tom DUBOISLes zones de rencontre et les transports en commun
Clément Rossignol est formel, la cohabitation entre piétons et tramway se passe très bien place de la Victoire à Bordeaux, alors pourquoi ça ne fonctionnerait pas dans une zone de rencontre ? Mais dans le même temps, il concède que « les lignes structurantes ne passent pas toutes dans l’hyper-centre. Ça poserait un problème car elles devraient ralentir. » Marc Santré indique quant à lui que développer les transports en commun doit se faire en parallèle des initiatives comme la création de zones de rencontre car « elles ont pour objectif de mettre plus de pression sur la voiture et d’encourager le report modal ». Le principal problème qui se pose est en réalité celui de la vitesse commerciale des lignes qui passeraient dans ces zones. Il semble que la cohabitation ne soit cohérente que lorsque les fréquences ne sont pas trop élevées.
Entretien avec Clément Rossignol, vice-président à la communauté urbaine de Bordeaux :
« Il faut une période de concertation importante. »
Ville, Rail & Transport. Où en êtes-vous dans l’aménagement des zones de rencontre au sein de la CUB ?
Clément Rossignol. La CUB expérimente les zones de rencontre depuis deux ou trois ans. Cela se fait en parallèle de différentes opérations comme le plan vélo et dans l’objectif d’atteindre les 1 500 km de voirie apaisée. Pour cela on doit choisir le meilleur outil entre les zones 30, les zones de rencontre et les zones piétonnes.VR&T. Quels éléments permettent de faire le choix de la zone de rencontre ?
C. R. Plusieurs éléments entrent en ligne de compte. Il faut choisir une zone où le trafic n’est pas trop important. L’étroitesse des rues, ou leur caractère résidentiel sont des éléments favorables également. Les zones avec beaucoup de commerces se prêtent bien aussi à ce genre d’aménagements, tout comme les voies près des bâtiments administratifs ou culturels.VR&T. On a le sentiment que les zones de rencontre sont encore peu connues du public, à quoi cela est-il dû ?
C. R. Pour mettre en place une zone de rencontre il faut une période de concertation importante au niveau local. Mais on manque encore d’une campagne de communication à l’échelle nationale, à la télévision par exemple. Cela aurait plus d’impact. Cependant, bien sûr, les journaux comme celui de la CUB tentent de faire connaître ces aménagements, leur fonctionnement et leur utilité. Mais lorsque l’on a des zones de rencontre auprès des commerces, cela doit passer par eux. On a fait cela à Bègles pour le « stationnement minute ». Les commerçants qui distribuaient nos papiers d’information sont devenus les premiers ambassadeurs du projet. Mais à Bordeaux, les zones les plus commerçantes sont au centre de la ville et sont déjà piétonnes.VR&T. Comment se passe la cohabitation entre les différents usagers au sein de la zone de rencontre ?
C. R. Ça se passe bien grâce aux différents aménagements mis en place. Il y a néanmoins toujours le problème des personnes mal voyantes qui ont tendance à perdre leurs repères classiques et ont du mal à s’orienter dans l’espace. Mais on travaille avec les différentes associations pour régler ces problèmes.
Propos recueillis par T. D.
Les politiques des transports devant les électeurs
2e circonscription du Nord
Eric Quiquet sans l’étiquetteLe vice-président Transports de la communauté urbaine de Lille, Eric Quiquet, n’a pas été retenu dans la liste des candidats EELV-PS. Bien connu des Lillois et fort de ses bons scores aux dernières municipales (11,58 %), il a choisi de se présenter tout de même dans la 2e circonscription du Nord, où il est opposé à une adjointe à la maire de Lille surnommée « le bébé Aubry », Audrey Linkenheld.
20e circonscription du Nord
Alain Bocquet face au Front nationalA 66 ans, Alain Bocquet, maire de Saint-Amand et député sortant de la 20e circonscription du Nord, entame sa huitième campagne pour les législatives. Une campagne qu’il juge « comme les autres », même si le gouvernement vient de changer de bord et si, au premier tour de la présidentielle, le Front national est arrivé en première position dans sa circonscription. Une campagne « pour muscler la gauche, pour réparer la France et réinventer l’Europe ». Président de la commission d’enquête sur la situation de l’industrie ferroviaire française à l’Assemblée nationale, en droite ligne avec son rapporteur, le député UMP Yanick Paternotte, Alain Bocquet a préconisé récemment la création de « l’Airbus du rail. »
1re circonscription de la Seine-Maritime
La longue marche de Valérie Fourneyron
Nouvelle ministre des Sports, la députée-maire de Rouen (depuis 2008), ville engagée dans les véhicules électriques, et vice-présidente de la Crea, vise un second mandat dans la 1re circ. de Seine-Maritime. Médecin du sport de profession, elle se déplace le plus souvent à pied en ville, où ses administrés sont habitués à la croiser. Selon elle, l’avenir des transports est « beaucoup plus partagé, moins polluant et moins coûteux. »1re circonscription du Calvados
Philippe Duron veut donner de la place aux transports dans le débat
Philippe Duron se présente dans la 1re circonscription du Calvados. En 2007, le socialiste jouait le rôle de challenger. Cette fois-ci, c’est le candidat sortant. Le maire de Caen était conseiller de François Hollande sur les transports, au côté de Roland Ries, pendant la campagne présidentielle. Il regrettait alors que ce thème « n’ait pas la place qu’il mérite dans les débats ».
Il plaide pour l’amélioration des transports du quotidien et propose de redonner son rôle de « pilote » à l’Etat dans la gouvernance ferroviaire. Il s’agirait, expliquait-il lors de la campagne, de créer une structure d’Etat pour chapeauter la SNCF et RFF. Coprésident de l’association TDIE (Transport Développement Intermodalité Environnement), l’élu normand estime aussi qu’il faut « s’interroger sur la pertinence de la grande vitesse ». Et de préciser : « Peut-être y a-t-il un chaînon manquant entre le TGV et le RER, qui circulerait à 220-230 km/h, apportant un temps de transport acceptable. »4e circonscription du Calvados
Pierre Mouraret : égalité, fraternité… Mouraret ?
Vice-président aux Transports en Basse-Normandie (PCF), le maire de Dives-sur-Mer porte les couleurs du Front de gauche dans la 4e circ. du Calvados contre la sortante l’UMP, Nicole Ameline. Il affirme ne jamais transiger sur ses valeurs : justice sociale, égalité et fraternité.4e circonscription des Côtes-d’Armor
Gérard Lahellec au nom du TGV?Breton
Né dans les Côtes-d’Armor, vice-président du conseil régional de Bretagne en charge des transports, Gérard Lahellec, 58 ans, est candidat pour le Front de gauche dans la circonscription de Guingamp. Dans la région, il est présenté comme « l’homme de la bataille du rail », porteur en particulier du TGV breton, avec la volonté de mettre Quimper et Brest à moins de trois heures de Paris.
5e circonscription du Bas-Rhin
La mobilisation d’Antoine Herth
Député UMP depuis dix ans, ce presque quinqua s’est longtemps passionné pour l’agriculture avant de s’intéresser aux transports. Le sortant de la 5e circ. du Bas-Rhin (Sélestat) est aussi vice-président Transports en Alsace et membre de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire au Palais-Bourbon. Il entend obtenir un 3e mandat avec le slogan « Mobilisons nos talents ».10e circonscription de la Seine-Saint-Denis
Daniel Goldberg a dû changer de station
Elu de La Courneuve, député sortant de la Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg a dû changer de circonscription pour laisser sa place à Elisabeth Guigou. Né à Saint-Denis, cet universitaire de 47 ans, militant de SOS Racisme dès sa création, a suivi de près le débat sur le Grand Paris et présidé, en 2012, la commission d’enquête sur le fonctionnement du réseau des RER qui a rencontré un écho particulier, proposant notamment une meilleure transparence des financements et des mesures rapides pour limiter les désagréments. Localement, il soutient notamment la rénovation du RER B et le prolongement de la ligne 12 du métro jusqu’à Aubervilliers.9e circonscription du Val-d’Oise
Yanick Paternotte : l’avocat du barreau de Gonesse
Le député UMP sortant Yanick Paternotte est de nouveau candidat dans la 9e circonscription du Val-d’Oise. Cet infatigable promoteur de Carex (qui vise le transport ferroviaire à grande vitesse de fret express et de conteneurs entre les grands aéroports européens) est aussi l’un des avocats de la constitution d’un Airbus du rail pour « sortir d’une vision franco-française » de l’industrie ferroviaire. A l’échelle plus locale, le maire de Sannois s’est fait le défenseur du projet du barreau de Gonesse, une transversale reliant les RER D et B qui permettrait d’éviter de passer par Paris pour faire un trajet plus direct de banlieue à banlieue.
15e circonscription de Paris
Didier Le Reste Candidat pour la première fois
Figure du syndicalisme, après dix années passées à la tête de la fédération des cheminots CGT où il a succédé en 2000 à Bernard Thibault, Didier Le Reste se présente, à 57 ans, pour la première fois aux législatives au nom du Front de gauche dans le 20e arrondissement parisien. C’est toutefois loin d’être un novice en politique. Né en 1955 à Paris, entré à la SNCF comme contrôleur en 1976, il a adhéré en effet dès cette époque au Parti communiste. Leader syndical réputé radical et négociateur intransigeant, il est également proche depuis des années de Marie-Georges Buffet, ex-leader du Parti communiste français. En 2011, il a soutenu Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle et se revendique animateur du Front des luttes.4e circonscription de l’Essonne
Nathalie Kosciusko-Morizet veut conserver l’Essonne avant de viser l’Elysée
Le Figaro l’affirme, l’intéressée dément : NKM sera candidate à la présidentielle en 2017. Pour l’instant, l’ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy et ex-ministre de l’Ecologie, du Développement durable et des Transports ne veut entendre parler que des législatives. Pas gagné pour la députée UMP sortante. Si Nicolas Sarkozy a fait 51 % à la présidentielle dans sa circonscription, à Longjumeau, ville dont NKM est maire, c’est François Hollande qui l’a nettement emporté. En 2007, NKM avait devancé le maire socialiste de Marcoussis de douze points… Olivier Thomas, qui devrait être cette année encore le principal rival de NKM, fait valoir qu’il est, lui, un candidat normal. Terme « hollandais » qui cette fois doit se lire : sans ambition présidentielle.3e circonscription de Paris
Annick Lepetit tirera-t-elle parti d’Autolib’
Députée de la 17e circonscription de Paris (c’est son deuxième mandat), la socialiste Annick Lepetit se présente cette année dans la 3e circonscription. L’adjointe au maire de Paris, chargée des déplacements, a été particulièrement active dans le lancement du projet de voitures électriques en libre service (Autolib’), cher à Bertrand Delanoë.3e circonscription de l’Aube
Pierre Mathieu face à François Baroin
Vice-président de la région Champagne-Ardenne, en charge des transports et vice-président du Gart, Pierre Mathieu (PCF) se présente aux législatives dans la 3e circonscription de l’Aube face à François Baroin, ex-ministre UMP du budget, dans l’un des secteurs où la dispersion des voix à gauche pourrait conduire à un second tour opposant Front national et UMP. En avril dernier, il avait participé au meeting organisé par la CGT des cheminots à Paris sur le thème de la sauvegarde du fret ferroviaire. Il milite pour l’instauration d’un versement transport régional et la création d’un livret d’épargne transport.6e circonscription du Loiret
Le baptême du feu de Charles-Eric Lemaignen
Cet Orléanais de 59 ans, surnommé Speedy Gonzales par ses collaborateurs, est entré en politique il y a onze ans, après avoir démissionné de la fonction publique. Il est depuis 2001 président de la communauté d’agglo Orléans Val de Loire (et adjoint au maire), un lot de consolation pour celui qui rêvait de mairie. Le candidat UMP de la 6e circ. du Loiret est aussi conseiller régional du Centre, président délégué de l’ADCF et vice-président du Gart, les questions de mobilité étant devenues sa passion – après qu’il a dû avaler la réalisation de la 2e ligne du tram contre lequel il s’était battu. En matière de législatives, c’est son baptême du feu.
2e circonscription de l’Allier
La première campagne de Luc Bourduge
Le vice-président chargé des Transports en Auvergne, mandat qu’il abandonnera en cas de victoire, est le candidat du Front de gauche de la 2e circ. de l’Allier, dont le sortant est le socialiste Bernard Lesterlin. C’est la première campagne du conseiller municipal de Montluçon pour entrer au Palais-Bourbon. Dans son programme, la planification écologique.3e circonscription du Loir-et-Cher
Risque de triangulaire pour Maurice Leroy
L’ancien ministre de la Ville, chargé du Grand Paris, défend son siège dans la 3e circonscription du Loir-et-Cher. Candidat du Nouveau Centre investi par l’UMP, le président du conseil général du département se présente dans une circonscription dont il est le député depuis 1997 et où Nicolas Sarkozy a fait près de 54 % des voix à la dernière présidentielle. A première vue, ça se présente bien. Il encourt cependant le risque d’une triangulaire, devant faire face à un dissident de l’UMP, Jean-Yves Narquin, le frère de Roselyne Bachelot, qui se présente sous l’étiquette Bleu marine.2e circonscription de la Haute-Garonne
Charles Marziani : Toulouse toujours
Conseiller régional de Midi-Pyrénées (PCF), vice-président aux Transports et Infrastructures (deux mandats), c’est le candidat du Front de gauche dans la 2e circ. de la Haute-Garonne, face au sortant, Gérard Bapt (PS). A 60 ans, cet ex-élu toulousain est retraité de la fonction
publique territoriale. Dernier poste : le SMTC Tisséo.4e circonscription de la Charente-Maritime
Dominique Bussereau caresse l’espoir d’un sixième mandat
L’ancien ministre des Transports et toujours président du conseil général de la Charente-Maritime part favori dans la 4e circonscription, dont il est élu sans interruption depuis 1986. En 2007, il l’avait emporté dès le premier tour avec près de 52 % des voix. Jugé « indéboulonnable » par Sud-Ouest, Dominique Bussereau rappelle prudemment qu’une élection n’est « jamais gagnée ». Malgré les 20 % de voix de Marine Le Pen dans la circonscription, Bussereau ne veut pas croire au risque d’une triangulaire. Quoi qu’il en soit, il s’intéressera toujours de près aux transports. Dominique Bussereau a déjà pris rendez-vous avec Frédéric Cuvillier, ministre des Transports et maire de Boulogne-sur-Mer, qu’il avait connu quand il était ministre de l’Agriculture et de la pêche.2e circonscription de la Vienne
Catherine Coutelle défend la ligne Poitiers – Limoges
Anciennement chargée des déplacements à Poitiers et vice-présidente du Gart, la députée PS sortante est candidate à sa succession dans la 2e circ. de la Vienne. Cette retraitée de l’enseignement a défendu le projet de LGV Poitiers – Limoges, « le premier maillon d’un axe Nantes – Lyon ». Elle est aussi à l’origine de la création d’une agence des Temps à Poitiers.9e circonscription de la Gironde
Gilles Savary : après le débat, les réformes ?
Il est aussi à l’aise à Bruxelles, où il a laissé une trace remarquée de son passage comme vice-président de la commission Transports du Parlement européen ou comme coordinateur européen, qu’à Paris, où il a été le rapporteur de l’une des commissions des Assises du ferroviaire, et dans le terroir dont il est conseiller général et où il mène campagne pour décrocher la 9e circonscription de la Gironde. Gilles Savary a indiqué que s’il siège à l’Assemblée nationale – ce qui semble bien engagé – l’une de ses priorités sera d’introduire une réforme pour que RFF indemnise les petites communes rurales sur le tracé de la future LGV Bordeaux – Toulouse. On n’imagine pas que ce boulimique de travail en reste là, et ne s’attelle pas à mettre à l’agenda toutes les réformes qu’il a imaginées pour le secteur.2e circonscription de l’Isère
Michel Issindou veut rempiler
Président du SMTC de Grenoble, vice-président de la Métro et maire de Gières, le socialiste Michel Issindou est candidat à sa réélection dans la 2e circonscription de l’Isère.4e circonscription de la Savoie
Le nouvel essai de Bernadette Laclais
La troisième fois sera-t-elle la bonne ? Bernadette Laclais a par deux fois, lors des précédents scrutins législatifs de 2002 et 2007, mis en ballottage le député UMP Michel Bouvard. Mais sans succès. Cette année, la maire socialiste de Chambéry est candidate dans la 4e circonscription de la Savoie face à la sortante UMP?Christiane Brunet. Egalement première vice-présidente régionale chargée des transports, des déplacements et des infrastructures, Bernadette Laclais est montée plusieurs fois au créneau ces derniers mois pour réclamer une meilleure qualité de service à la SNCF.2e circonscription de la Corse-du-Sud
Paul-Marie Bartoli : alternance politique et continuité territoriale
Maire de Propriano et président de l’office des Transports de la Corse, Paul-Marie Bartoli est candidat (divers gauche) aux législatives dans la 2e circonscription de Corse-du-Sud, historiquement ancrée à droite. Parmi ses dossiers les plus chauds : les dessertes maritimes et aériennes.11e circonscription des Français de l’étranger (Asie-Océanie)
Thierry Mariani sur le front russe
L’ancien secrétaire d’Etat aux Transports Thierry Mariani a choisi pour briguer son troisième mandat consécutif de député de quitter le Vaucluse pour briguer la 11e circonscription des Français de l’étranger (Asie-Océanie).3e circonscription de la Drôme
Hervé Mariton face à une gauche majoritaire dans sa circonscription
Elu en 1993, puis battu, mais de peu, après la dissolution de 1997, Hervé Mariton a retrouvé son siège d’élu de la 3e circonscription de la Drôme en 2002 et l’a conservé en 2007. Il a remporté ces deux derniers scrutins avec plus de 52 % des voix au second tour. Mais le 6 mai, François Hollande a fait ici un peu plus de 51 % des voix. « Circonscription difficile » reconnaît le maire de Crest et jusqu’à présent rapporteur du budget des Transports, qui compte sur son travail de terrain comme sur le travail législatif pour emporter la décision.?7e circonscription des Bouches-du-Rhône
Karim Zéribi se présente cette fois sous l’étiquette EELV
Président de la Régie des transports de Marseille, conseiller municipal et communautaire, Karim Zéribi, ex-chevènementiste, est candidat Europe Ecologie-Les Verts, après s’être présenté sous l’étiquette divers gauche en 2007, dans les quartiers Nord de Marseille. Sa carrière avait débuté à la SNCF où il est entré en 1990 comme agent commercial à Marseille. En 2006, Louis Gallois, alors président, l’avait chargé d’assurer la place de la diversité dans l’entreprise.Candidate dans la 6e circonscription de Paris
Cécile Duflot prend le métro
La ministre de l’Egalité des territoires et du Logement a accusé le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, d’avoir menti en assurant qu’arrivée à l’Elysée en métro, elle en était repartie en voiture avec chauffeur. Sur Canal +, Cécile Duflot a expliqué que le jour du premier Conseil des ministres, elle était « arrivée avec le bus 83 et repartie avec le métro, la ligne 13. Il n’a jamais pris le métro, Jean-François Copé, donc ça lui semble juste dingue. »
Wagon isolé: les privés s’emparent des triages
Une réussite. C’est le jugement d’Euro Cargo Rail sur la réalisation du contrat remporté auprès de Gefco à la fin de l’année dernière. L’opérateur de fret ferroviaire, filiale de DB Schenker, a attendu d’être sûr du succès de l’opération avant d’inaugurer, le 26 avril, son nouveau centre de triage à Gevrey (Côte-d’Or), point névralgique de son activité pour Gefco.
« On nous prédisait l’échec », raconte Yves Fargues, PDG de Gefco, qui estime lui aussi que le défi a été relevé et maîtrisé. Il rappelle que jusqu’à la fin de l’année dernière c’est Fret SNCF qui assurait une double prestation pour Gefco : d’une part la programmation des acheminements de voitures de PSA, d’autre part la traction des trains. Mais la filiale logistique du groupe PSA n’était pas satisfaite de la prestation. « La fiabilité n’était pas à la hauteur de nos attentes », explique Yves Fargues, qui a souhaité remettre en question le contrat. Finalement, Gefco a décidé d’organiser lui-même le plan de transport et de sous-traiter la traction ferroviaire à trois entreprises ferroviaires privées, ECR (pour les deux tiers), Europorte et Colas Rail se partageant à égalité le tiers restant (le premier gérant les dessertes de Miramas, Toulouse et Bordeaux, le second le hub d’Achères et les dessertes d’Ile-de-France, de Rennes et du Havre).
Le projet a nécessité deux ans d’études avant d’être lancé. Le nombre de dessertes a été revu à la baisse (- 15 % environ par rapport au périmètre précédemment assuré par Fret SNCF). « Nous avons fait du sur-mesure pour Gefco », souligne Emmanuel Delachambre, le directeur général d’ECR. « Nous travaillons différemment, avec une meilleure productivité. Nous avons diminué les points de desserte, en supprimant les plus compliqués comme par exemple le Massif central, et nous avons mutualisé les locomotives. » Conséquence, les coûts d’acheminements ont diminué d’une vingtaine de pourcents. « Nous nous sommes autorisés à redessiner le plan de transport, y compris la manière dont on prend les marchandises chez les clients. A Sochaux par exemple, nous opérons un train le jour et un train la nuit, ce qui oblige l’usine à fonctionner 24 heures sur 24 », poursuit Emmanuel Delachambre. « Auparavant, la SNCF assurait deux liaisons par jour, ce qui l’obligeait à avoir 2 locomotives et donc un système plus coûteux. Nous poussons la productivité jusqu’au bout. Une loco doit tourner 20 heures, sinon elle n’est pas rentable. »
Depuis décembre, 12 000 wagons ont ainsi été traités à Gevrey, où travaillent une trentaine de salariés d’ECR. Au total, 50 trains par semaine sont traités pour Gefco, soit 550??000 voitures neuves transportées annuellement « Le système est basé sur la fluidité », explique Emeric Fournier, le responsable de l’agence d’ECR de Gevrey. Les voitures viennent de cinq usines de PSA en France et de deux autres en République tchèque et en Slovaquie. Les trains sont triés et renvoyés sur 15 plateformes de distribution en France et d’autres pays européens. L’accélération des temps de rotations des locomotives permet d’ores et déjà d’envisager de nouveaux clients qui pourraient à leur tour entrer dans ce dispositif. D’où une demande formulée auprès de RFF par ECR, visant à obtenir davantage de voies à Gevrey. Pour l’heure, l’opérateur occupe la moitié du site environ.
« Ce que nous avons fait ici est un peu une grande répétition de ce que nous voulons réaliser sur le marché des wagons isolés en France. Nous souhaitons développer une nouvelle solution de wagons isolés qui soit performante pour le marché et pour nous », affirme Emmanuel Delachambre, qui souhaite lancer un autre hub en France, « un Gevrey 2 », dans les deux ou trois ans à venir. « Car les triages à moitié vides ou vides, il n’en manque pas en France, y compris dans les zones les plus dynamiques, Nord-Est, région lyonnaise, Paca », ajoute-t-il. « Mais il faut qu’on fédère les trafics des clients pour avoir la taille de Gefco. »
Même son de cloche chez Gefco qui souhaite tirer parti de cette expérience positive. « Gefco est engagé dans le transport ferroviaire depuis le début de son existence, c’est-à-dire 62 ans. Nous avons toujours été organisateurs de transport ferroviaire », explique Yves Fargues. « Mais cette fois-ci, c’était un véritable défi car nous avons dû apprendre un métier complètement nouveau. » Il estime que le regroupement de trois opérateurs ferroviaires privés est une première qui devrait faire réfléchir la profession. « Ce contrat va donner des idées. Nous-mêmes voulons nous développer dans ce nouveau métier et trouver de nouveaux clients pour les hubs de Gevrey et d’Achères. Dans un premier temps avec le secteur automobile, mais aussi avec d’autres industriels. Les trafics nord – sud pourraient passer par ce système. »
Selon lui, de grands industriels, qui n’apprécient pas le dispositif multilots multiclients mis en place par Fret SNCF, pourraient être tentés. Une nouvelle menace en perspective pour l’opérateur historique ?
Marie-Hélène POINGT
Une nouvelle vie pour la plateforme de GevreyEuro Cargo Rail a retenu Gevrey, près de Dijon, comme plateforme centrale de ses transports pour Gefco. Longue d’environ 3 500 m, cette gare de triage est l’une des plus grandes de France, mais son activité était jusqu’à présent en déclin. ECR a organisé ses flux autour de ce hub, dont il loue 37 voies à Réseau ferré de France. Les trains arrivent par le faisceau de réception, sont séparés en wagons individuels ou en groupes de wagons, puis réassemblés selon leur destination. L’opérateur assure qu’il « ne faut pas plus de deux heures et demie pour trier les trains de voitures, “colorés” en fonction de leur destination, et pour les préparer à leur voyage en France ou à travers l’Europe ».
« ECR doit gérer des volumes fluctuants – propres à la production automobile – et les intégrer dans un plan de production flexible », poursuit l’opérateur privé. Quant à Gefco, son objectif est « de réduire significativement les délais de transport ».
Gefco possède la flotte de wagons qui servent à acheminer les voitures neuves Peugeot et Citroën. ECR fournit les locomotives de transport et de manœuvre. ECR utilise aussi le réseau de DB Schenker Rail pour le transport international au-delà des frontières françaises. La filiale des chemins de fer allemands travaille également en coopération avec les compagnies privées Europorte et Colas Rail, chacune se chargeant d’une partie du transport. Ensemble, elles opèrent près de 50 trains chaque jour pour Gefco, la plupart via Gevrey. Ce contrat se chiffre « par dizaines de millions d’euros », selon ECR.« Nous ne sommes plus une entreprise allemande » Alexander Hedderich, président de DB Schenker
Ville, Rail & Transports : Quels sont les résultats de DB Schenker en Allemagne en 2011 ?
Alexander Hedderich : L’année dernière, nous avons enregistré un résultat positif de 32 millions d’euros. Les meilleures performances ont été réalisées au Royaume-Uni, en France et en Pologne. En Allemagne, nous avons perdu de l’argent mais nous ne pouvons pas donner les résultats par pays. Nous sommes présents dans 15 pays européens, où nous opérons chaque jour 5 300 trains avec 3 600 locomotives et 110 000 wagons. Avec nos 33 000 collaborateurs, nous ne sommes plus une entreprise allemande mais une vraie entreprise européenne. Notre objectif est de proposer des solutions européennes.VR&T : Quelle est votre stratégie en matière de wagons isolés ?
A. H. : Nous croyons à une forte hausse de cette activité en Europe grâce à des investissements et au travers de partenariats. C’est pourquoi nous sommes présents au sein de X-Rail, qui comprend au total sept compagnies ferroviaires européennes. Cette alliance est particulièrement importante à nos yeux, même si la part du wagon isolé au sein de notre activité (elle représente le tiers de notre chiffre d’affaires) a légèrement reculé l’an dernier au profit du transport combiné.VR&T : Votre politique de développement passe-t-elle par de nouvelles acquisitions ?
A. H. : Aujourd’hui, nous ne souhaitons pas acquérir de nouvelles sociétés, mais consolider les entreprises qui font partie de notre groupe. Notre valeur ajoutée, c’est de construire un véritable réseau européen. Ce n’est pas un exercice simple. Il ne faut pas sous-estimer la dimension culturelle très forte au sein des entreprises de chemin de fer.VR&T : Quelles sont, selon vous, les principales questions à résoudre au niveau européen pour rendre le rail plus performant ?
A. H. : Même si les thèmes liés aux infrastructures sont importants, une autre question me semble fondamentale : comment réduire les coûts de fonctionnement des réseaux ferroviaires européens ? Les marges du secteur sont réduites. Il faut donc s’attaquer à tout ce qui pénalise le rail, comme les taxes sur l’énergie (l’aérien échappe à la taxe sur le kérosène par exemple) et comme les réglementations. En Italie, la réglementation impose deux conducteurs à bord d’un train au lieu d’un seul. La Commission européenne devrait autant s’intéresser aux coûts qui pèsent sur notre métier qu’aux infrastructures.
Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

Fer de France a son président… et la filière se structure de son côté
Ce n’était pas franchement un cadeau de départ, mais le ministre de l’Industrie du gouvernement Fillon, Eric Besson, a trouvé sur son bureau quelques jours avant le premier tour du scrutin présidentiel qui allait mettre fin à ses fonctions un dossier sur l’organisation de la filière ferroviaire. Sous le nom d’Ambition 2020, il s’agit du « projet de rapport final du Comité stratégique » que lui a adressé le 19 avril Louis Nègre, président de la FIF et président du Comité de pilotage de la filière ferroviaire. Un comité, souligne-t-on à la FIF, fortement représentatif et ouvert, composé de 40 membres, dont cinq organisations syndicales, trois clusters, trois fédérations industrielles en plus de la FIF, où l’on trouvait encore le FSI et la SNCF. Le ministre a-t-il pris le temps d’ouvrir le dossier ? Il n’a jamais donné le sentiment de s’intéresser de près à ce secteur d’activité. En tout cas, son successeur trouvera en bonne place les recommandations sur son bureau. La filière a tenu à remettre ce document conformément au calendrier prévu. Et à rappeler ainsi qu’elle a la capacité de se structurer elle-même.
Car l’enjeu c’est de savoir si la filière est en quelque sorte autonome, ou si elle doit s’intégrer dans l’ensemble plus vaste que Bruno Angles, président de la commission industrie des Assises, a proposé de créer sous le nom de Fer de France. Or, quelques jours après la remise officielle de ce document, Fer de France, dont la gestation est lente et difficile, se trouvait enfin un président, en la personne du PDG d’Alstom, Patrick Kron. Les personnalités jusqu’à présent contactées, comme Denis Ranque ou Louis Gallois, s’étaient récusées.
Le PDG du groupe Alstom, Patrick Kron, a confirmé le 4 mai sa désignation à la tête de Fer de France. Selon notre confrère Mobilicités, qui précise certaines de nos informations, la décision a été entérinée le 25 avril 2012 lors d’une réunion au siège de la SNCF, suivie d’un dîner dans un restaurant du quartier de Montparnasse. S’y trouvaient, outre Guillaume Pepy et Patrick Kron, Pierre Mongin (PDG de la RATP), Hubert du Mesnil (RFF), Jacques Gounon (Eurotunnel), ainsi que Francis Grass au nom de l’UTP (Union des transports publics et ferroviaires). Et, bien sûr, Louis Nègre pour la FIF (Fédération des industries ferroviaires) et pour le Gart (Groupement des autorités responsables de transport).
«J’ai été victime d’un complot de toute une série d’acteurs, dont des clients, qui ont dit que ce serait une bonne idée que je prenne la première présidence de Fer de France », a commenté Patrick Kron, interrogé par Ville, Rail & Transports sur le sujet à l’occasion de la présentation des résultats annuels de son groupe. « J’ai accepté avec grand plaisir », a-t-il ajouté. L’idée de Fer de France, a-t-il rappelé, est de « mettre autour d’une même table, de temps en temps, les opérateurs, les utilisateurs, les fabricants, bref l’ensemble des acteurs de la filière pour qu’ils regardent les problèmes qui se posent tant sur le marché domestique qu’à l’exportation ». «Nous avons amorcé ces travaux et j’ai accepté d’en être le premier président, en espérant pouvoir lancer la dynamique et passer le relais », a-t-il ajouté sans plus de précisions, dans l’attente de choses « un peu plus concrètes à expliquer ». « Cela ne remet évidemment pas à cause l’existence et la pertinence des syndicats professionnels comme la FIF (Fédération des industries ferroviaires) », a-t-il souligné.
Les propos de Patrick Kron témoignent de la volonté d’Alstom de ne pas froisser la FIF et de faire du nouvel organisme une sorte de think tank plutôt qu’un outil de structuration de la filière. Né de la réflexion menée à l’automne dernier lors des Assises du ferroviaire, à l’initiative du gouvernement, Fer de France doit, selon ses promoteurs, favoriser les « solutions exportables » en matière d’infrastructures et de matériel roulant, tout en facilitant le développement d’entreprises de taille intermédiaires. Une autre de ses missions sera de « promouvoir et défendre les intérêts de la filière ferroviaire auprès des institutions françaises et européennes ».
La désignation de Patrick Kron apparaît comme une solution de compromis. Quant à Guillaume Pepy, pour qui le pilotage de la filière revient comme naturellement à son premier client, la SNCF, il prend la vice-présidence d’un organisme qui reste encore à créer réellement.F.?D.
Ce que préconisent les industriels
Ambition 2020 table sur un maintien du marché domestique et un doublement du volume à l’exportation. Pour conforter la place de troisième acteur mondial de l’industrie ferroviaire, derrière la Chine et l’Allemagne mais devant la Russie, le document présente 24 propositions opérationnelles.
– Il demande notamment la mise en place, sous l’égide d’un Etat stratège, d’un « marché national offrant pour l’ensemble des segments d’activité (matériel roulant, infrastructure, signalisation) une visibilité correcte sur cinq ans » (point 2). Le projet de Snit permettra d’assurer cette visibilité, mais un Snit revu, corrigé, offrant une approche intermodale, hiérarchisant les priorités, attentif au fret ;
– Ambition 2020 réclame une réduction des coûts de maintenance et de rénovation du réseau (point 3) ;
– les industriels comptent sur un « programme pluriannuel d’investissement ERTMS et PCC », c’est-à-dire en signalisation européenne et dans la commande centralisée du réseau (point 4) ;
– ils veulent « harmoniser et rééquilibrer les relations contractuelles au sein de la filière industrielle » (point 5). Enjeu : que les clauses contractuelles ne conduisent pas à tuer les PME en bout de chaîne.
– les industriels demandent l’adoption de la préférence communautaire dans les marchés publics (point 9) ;
– ils veulent « se doter des moyens d’essais et de certification nécessaires à l’autonomie de la filière ferroviaire pour le développement, la fabrication et la réception des matériels » (point 21). La mise en place de tels moyens d’essais va être essentielle, juge-t-on à la FIF. Le projet Railenium est important, mais il ne concerne que la voie et la signalisation. Ce qui manque, ce sont des voies d’essais pour tester tous les types de matériel, du TER au TGV. Une dizaine de kilomètres suffiraient, estime-t-on. Selon la FIF, les 24 propositions d’Ambition 2020 peuvent assurer l’avenir de la filière. A l’inverse, dit-on, si on ne crée pas de véritable fonctionnement de filière, comme au Japon, en Chine, en Allemagne, en Corée, voire en Espagne, « nous disparaîtrons ».

Comment attirer les papy-boomers vers les transports publics
Les seniors sont souvent considérés comme captifs des transports publics. Erreur. Ils en sont même très peu friands, leur préférant, comme les plus jeunes, l’automobile. Et le phénomène risque de s’accentuer dans les vingt prochaines années, si l’on en croit l’étude menée dans le Bas-Rhin par l’agence de l’urbanisme de Strasbourg et extrapolable à la population française… Les baby-boomers, baignés dans le culte de l’automobile reine du bitume, deviennent des papy-boomers pour qui abandonner la conduite est interprété comme une « mort sociale ». En fait, nos aînés sont peut-être proportionnellement plus nombreux que le reste de la population à utiliser les transports en commun, mais ils le font beaucoup moins fréquemment que les autres clientèles. Des seniors de plus en plus nombreux, de plus en plus mobiles, de plus en plus motorisés, voici en gros ce que nous réserve l’avenir. Il est grand temps de commencer à penser aux transports des seniors, non plus en les englobant éventuellement dans les services PMR, mais en réfléchissant à des offres dédiées. A Orvault, par exemple, dans la banlieue nantaise, on expérimente depuis le 1er mai un TAD façon taxi réservé aux plus de 70 ans. Aux Pays-Bas, ce type de prestation a été initié au milieu des années 90 et couvre actuellement les trois quarts du territoire. La massification y est jugée comme l’une des clés de son succès.
Puisque 25 % de la population aura plus de 65 ans en 2030, c’est une clientèle à conquérir pour les transports collectifs. Un défi aussi. « Le senior est ambivalent, moins pressé que le salarié, il n’entend pas qu’on anticipe sur sa gestion de temps et se montre pointilleux sur le respect des horaires. Même s’il n’est pas à un euro près, il est réticent à payer un abonnement », décrypte Marie-Catherine Beaudoux, directrice Innovation & Stratégies Métiers/Produits chez Veolia Transdev, qui organisait en mars une journée de travail du Mobility Lab, le laboratoire de recherche du groupe, précisément sur la mobilité des seniors. Enfin, les seniors placent la sécurité au premier rang de leurs priorités. Ce sont au final des clients très exigeants, donc de bons baromètres de la qualité de service d’un réseau. « Leurs besoins et leur état d’esprit préfigurent probablement la demande de transport des prochaines décennies », poursuit-elle.
« Il y a en France plus de 60-74 ans (9,3 millions) que de collégiens et lycéens. Si nous consacrions, avec les AOT, le même temps à ces populations, on réglerait certains problèmes dans les réseaux de transports », notait en février le directeur Stratégie, Marketing, Offres et Services de Keolis, Eric Chareyron, lors des 3es Keoscopies.
Pour les groupes de transport, cette catégorie constitue donc un magnifique vivier ouvert à l’innovation. Pistes explorées chez Veolia Transdev : des tarifications plus souples, personnalisées et sans engagement ; des transports dédiés flexibles et massifs (condition de la rentabilité), innovations sur l’information en particulier en cas de situation perturbée… On retrouve les mêmes réflexions chez Keolis. Depuis l’invention des Keoscopies en 2007, destinées à décrypter les évolutions de la mobilité liées aux modes de vie, à tordre le cou aux idées reçues et à mieux comprendre les besoins pour mieux réaliser le service attendu, on sait qu’il faut « conquérir la génération voiture ». Constatant l’inadaptation aux besoins des seniors de transports publics perçus comme trop contraignants, Keolis, sous la houlette d’Eric Chareyron, son directeur Stratégie, Marketing, Offres et Services, a d’abord testé, avec succès, la carte “liberté” à Tours. Un système de post-paiement très simple d’utilisation. Car « la simplicité et la lisibilité des offres » est la première des préconisations listées par Eric Chareyron. « Il s’agit d’axer nos efforts sur cette valeur “tranquillité” qui leur est chère », expliquait-il déjà en 2008. Mais Keolis travaille aussi à une nouvelle génération de lignes de proximité, au confort des cheminements piétons et de l’espace d’attente – avec notamment la présence de banc – et à la sensibilisation des conducteurs, dont le rôle de « réassurance » de cette clientèle est important.
Lors de son Mobility Lab, Veolia Transdev a mobilisé ses participants sur cinq cas d’espèce. Il y avait par exemple Germaine, 73 ans, habitant un pavillon dans la périphérie de Colmar, dont le mari ne conduit plus car il commence à développer des troubles cognitifs ; ou Robert, divorcé de 68 ans, localisé à 25 minutes à pied du centre de Strasbourg ; ou encore Alfred, 81 ans, dépendant et en zone rurale, sans enfants et ayant un jeune frère à Paris. Questions : comment rendre leur vie meilleure en 2012 ? Et en 2027 ? A l’issue d’un brainstorming de plusieurs heures, chaque groupe avait élaboré des réponses plus ou moins précises et concrètes. Absolument tous sont arrivés à une conclusion commune : le besoin de conseils et de coordination des offres. Qu’on l’appelle coach, conseiller senior de quartier ou conseiller coordinateur, qu’il soit bénévole, associatif ou municipal, il pourrait être un acteur clé pour aider les seniors à sortir de l’isolement si nécessaire et à mieux gérer leur mobilité. Reste, comme toujours, à trouver des financements…
Cécile NANGERONI
Il y a senior et… senior
S’il est commode de regrouper les plus de 60 ans sous le seul terme de “senior”, cela correspond mal à une réalité très disparate. D’ailleurs, l’ancien âge légal de la retraite traditionnellement retenu pour marquer l’entrée dans la vieillesse semble de moins en moins pertinent, l’espérance de vie en bonne santé ne cessant de progresser. « Les 65-70 ans sont dans une attitude de refus du vieillissement en termes d’offre et de communication, il ne faut surtout pas les enfermer dans des poncifs sur les seniors », indiquait en février Eric Chareyron lors des 3es Keoscopies. Face à une catégorie de seniors peu homogène, Veolia Transdev propose une typologie. « Un consensus s’est établi autour de trois profils types, explique Hugues Deleu, directeur du Laboratoire des mobilités du groupe. Les jeunes retraités actifs, les retraités déclinants et les retraités dépendants. »
Les premiers sont largement aussi mobiles que les actifs de moins de 60 ans, puisqu’ils multiplient les activités hors du domicile. « Dans leurs déplacements, ils recherchent confort et efficacité. Ils sont très attachés à la voiture, outil de cette liberté. » Les deuxièmes commencent à envisager les transports en commun comme une alternative à la voiture, jugée dangereuse, leur santé – et leur mobilité – commençant à décliner. Mais ils peinent à envisager un service comme le TAD (transport à la demande), perçu comme « stigmatisant ». Les troisièmes, très âgés, ont une santé très fragile, une mobilité faible. Les transports collectifs sont leur dernier moyen d’autonomie. Problème : ils ont une incapacité ou une peur de se déplacer seuls.
Les Pays-Bas champions du TAD des seniorsUn service de transport à la demande (TAD) dans chacune des 42 régions, plus un service interrégions, c’est ce dont disposent les seniors hollandais depuis une quinzaine d’années. Et ce grâce à une politique nationale volontariste de maintien à domicile des personnes âgées, puisque ces services sont largement subventionnés par les collectivités locales. « En 2011, le TAD pour les personnes âgées couvre 75 % du territoire », estime Hubert Guyot, président du directoire de Connexxion aux Pays-Bas, société qui exploite un très grand nombre de ces TAD, avec 36 implantations dans le pays. Cette filiale de Veolia Transdev réalise chaque année 32 millions de voyages à la carte pour les seniors. Il y a d’abord les “Regiotaxi”, taxis collectifs de 7 à 8 places accessibles aux personnes en fauteuil roulant et cantonnés aux limites géographiques régionales, correspondant « la plupart du temps à l’équivalent de cinq ou six zones de transport public ». Le service fonctionne de 7h à minuit et se réserve jusqu’à une heure avant le déplacement. Une souplesse qui, combinée à des tarifs très attractifs (2 euros ou 7,20 euros, selon le statut, pour des trajets de 7 km en moyenne, soit 2,5 zones), fait le succès du système.
Il y a ensuite Valys, pour sortir du territoire régional, autre service subventionné dans la limite d’un volume annuel de kilomètres, basé sur une distance de 55 km et qui coûte 9,90 euros. L’équivalent en taxi classique reviendrait à 129 euros ; en train + bus, à 10 euros. Age moyen des utilisateurs de ce TAD dédié aux personnes âgées et aux handicapés ? 75 ans. Le service est opéré par Connexxion depuis 1998. « A l’époque, il comptait 30 000 abonnés, ils sont aujourd’hui 370 000, dont 160 000 sont des utilisateurs actifs », relate Hubert Guyot. Le pays n’envisage pas de modifier sa politique, 120 à 150 appels d’offres européens sont publiés chaque année pour choisir l’opérateur d’un des multiples services de TAD dédiés aux seniors. Cela lui coûte cher, mais moins qu’un placement en maison de retraite, a-t-il été calculé : d’après une étude de 2002, 16 000 euros par seniors économisés sur l’argent public…C. N.
La SNCF chouchoute cette clientèle
40 % de réduction au minimum sur le plein tarif Loisirs dans tous les TGV et Intercités jusqu’au 31 décembre. C’est ce que propose la SNCF aux détenteurs de la carte Senior (60 ans et plus) pour voyager en 1re classe. La carte, qui est vendue 57 euros, propose déjà des rabais en 2de allant de 25 à 50 % sur un quota de places. Jusqu’au 30 septembre, ses possesseurs pourront aussi payer 20 % moins cher leur repas à bord des TGV. Pour faciliter le voyage des seniors, la SNCF rappelle qu’elle propose de plus le service “domicile-train” d’accompagnement et d’assistance, ainsi que les “bagages à domicile”, une prise en charge totale de l’adresse de départ à celle d’arrivée. Enfin, dernière promotion pour les aînés : depuis le 11 avril, 100 000 cartes Senior vendues au prix de 40 euros. Avec ces offres, l’opérateur ferroviaire souhaite « démontrer son fort attachement à cette clientèle ». Mais n’est-ce pas surtout un moyen de l’attirer dans les trains alors que les plus de 60 ans sont, comme les plus jeunes, toujours très attachés à leur voiture ?
Dans le Bas-Rhin, les déplacements des seniors augmenteront de 60 % d’ici vingt ans
Si les conditions de mobilité restent identiques à celles observées en 2009, le volume de déplacements des seniors augmentera de 57 % à l’horizon 2030. C’est la principale conclusion d’une étude sur la mobilité des plus de 60 ans dans le département du Bas-Rhin, menée par l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (Adeus) à partir des chiffres des enquêtes ménages-déplacements, et présentées à Strasbourg, en mars, lors d’une journée de travail du Mobility Lab. Si le volume des voyages augmente, cela signifie aussi qu’ils pèseront plus lourd dans l’ensemble des déplacements : « Ils représenteront 20 % a minima, contre 15 % aujourd’hui », assure Benoît Vimbert, chargé d’études à l’Adeus. « De plus, la part des plus de 60 ans passera de 18,7 à 27 % sur ce territoire qui enregistrait 4 déplacements par jour et par personne en 1988 et 3,87 en 2009, poursuit-il. La mobilité varie aussi selon les moments de la vie : en vieillissant, on se déplace différemment. »
Différemment signifie tout d’abord qu’on se déplace moins, bien sûr. Ainsi, alors que la moyenne est à 3,87 déplacements par jour, elle tombe à 3,3 pour les 60-74 ans, à 2,1 de 75 à 84 ans et à 1,2 pour les 85 ans et plus. Encore faut-il préciser que la moyenne est plus haute pour les habitants des centres urbains, parce qu’à la campagne on devient rapidement « immobile ». Ainsi, si la part des « immobiles » en ville est de 16 % pour les moins de 75 ans, elle passe à 20 % en milieu rural. Les plus de 85 ans, eux, sont 45 % à ne pas se déplacer quand ils sont citadins, mais 62 % s’ils sont ruraux. « Il faut favoriser la mobilité des seniors hors des pôles urbains pour lutter contre l’isolement », estime Benoît Vimbert. Se déplacer autrement signifie aussi un usage des modes de transports différents : plus on vieillit, plus on marche, moins on conduit sa voiture (surtout après 75 ans) ou son vélo, bien que les modes « actifs » (marche, deux-roues) représentent 40 % des moyens de déplacements.
Concernant les transports collectifs, peu d’usage de façon générale à tous les âges de la vie, même si l’on note une très légère hausse d’utilisation passés 85 ans. Quant aux motifs de déplacements, ce sont les achats qui priment de plus en plus (14 % des motifs pour les moins de 60 ans, 46 % pour les 75 ans et plus). « Entre 60 et 74 ans, c’est la période de la vie où l’on est le plus mobile hors motif travail », souligne le chargé d’études de l’Adeus.
Enfin, l’aire de déplacement se réduit avec l’âge, puisque 70 % des trajets effectués par les octogénaires font moins de 3 km. « D’où l’intérêt de fournir aux seniors un maximum de services de proximité et de développer l’habitat en lien avec les services de transports », poursuit-il. Les retraités de demain seront certes plus nombreux, mais aussi surmotorisés par rapport à aujourd’hui. « Il y a une hausse prévisible de la part de la voiture dans cette population », prévient Benoît Vimbert. Les classes nombreuses du baby-boom sont en effet imprégnées de la culture du tout-auto et, contrairement à leurs aînées, les femmes ont presque toutes le permis de conduire. Bref, par un effet mécanique, la part de marché de la voiture augmentera chez les seniors. Calcul de l’Adeus : « Passant de 338 000 à 595 000 dans le Bas-Rhin, les seuls déplacements en voiture des seniors pourraient croître de plus de 75 %. » Et encore s’agit-il, très probablement, d’une hypothèse basse…C.?N.
Nantes expérimente un transport public du grand âge
A Orvault, près de Nantes, la TAN expérimente un service de TAD pour les plus de 70 ans. Trois jours par semaine, de toutes les stations de bus ou de tramway de la commune, les personnes qui le désirent peuvent se rendre dans le centre-ville de leur préfecture.
Du transport à la demande façon taxi, de rares navettes en semaine vers le centre-ville : pour répondre aux besoins de la population croissante des personnes âgées, le transport public n’a pas encore tout à fait trouvé la solution. Le 2 mai, Nantes s’est lancée dans l’expérimentation d’un service pour les plus de 70 ans, un peu plus étoffé que d’ordinaire, en espérant pouvoir l’étendre dans un an, si tout va bien, à toute son agglomération. « 75-85 ans, c’est la période où l’on devient moins agile, où les transports publics commencent à manquer de confort, où leur organisation apparaît soudain trop compliquée. Nous cherchons donc à nous adapter au vieillissement de toute cette population », explique Jean-François Retière, vice-président aux transports de Nantes Métropole.
L’expérience est tentée à Orvault, 25 000 habitants, au nord de Nantes. C’est une coproduction entre la commune et la société des Transports de l’agglomération nantaise (TAN). Trois jours par semaine, un transport à la demande à bord d’un véhicule de la TAN est possible entre toutes les stations de bus et de tramway de la commune. Première contrainte, la personne doit encore être mobile, pouvoir marcher jusqu’à l’arrêt le plus proche de chez elle. Deuxième exigence, outre la réservation par téléphone jusqu’à la veille, comme tout transport à la demande, le tarif est un peu plus élevé que le ticket unitaire à 1,50 euro. Mais il inclut la possibilité pour la personne âgée de se faire accompagner. « Ce service ne doit pas être trop déficitaire », précise Pascal Leroy, directeur commercial de la TAN. Autre volet important pour l’économie du système, le chauffeur n’est pas un conducteur de la société des transports mais un agent que la commune aura été en mesure de détacher deux ou trois jours par semaine à ce service. « A la TAN la logistique de transport, y compris les réservations, à la commune les frais de main-d’œuvre », résume Pascal Leroy.
Pour Jean-François Retière, à Nantes Métropole, l’objectif du service est de répondre aux trois grands motifs de déplacements repérés à cet âge-là : faire ses courses, se soigner, avoir des activités sociales. Le périmètre des stations accessibles déborde d’ailleurs un peu sur Nantes, pour inclure un lieu de services médicaux. L’accès aux stations du tramway permet de relier directement le centre de Nantes, autrement qu’en prenant d’abord les bus, jugés souvent inconfortables.
Ce service est baptisé « transport à la demande solidaire ». Il propose à la personne âgée une aide pour se déplacer sans dépendre en permanence de sa famille, ses amis ou des voisins. « Nantes Métropole avait fortement rationalisé son réseau de bus et laissé le petit Chantilly, seconde “centralité” d’Orvault de côté. Proposer de l’occasionnel, un transport à la demande intermédiaire, un peu contraint, est innovant. Nous verrons si notamment, l’obligation de se rendre à l’arrêt ne freine pas trop la demande. Mais c’est très intéressant en particulier en termes de coûts pour inventer un vrai nouveau service public », note le député (Vert) d’Orvault, François de Rugy.
Hubert Heulot

Site de Tarbes : comment Alstom a amélioré sa productivité
Les modules de puissance, les appareillages et les chaînes de traction produits par le site Alstom de Tarbes-Séméac se retrouvent dans tout le matériel roulant construit par l’industriel, qu’il s’agisse de trains à grande vitesse, de locomotives, d’automotrices, de métros ou de tramways. Mais ne cherchez pas de locomotives ou de motrices dans les nouveaux bâtiments de ce site des Hautes-Pyrénées ! Même si sa localisation en 1921 par les CEF (Constructions électriques de France) était initialement liée à la fourniture de locomotives électriques aux Chemins de fer du Midi, la construction du matériel roulant a cessé à Tarbes dans les années 70-80. Alsthom, qui a repris l’usine en 1932, l’a en effet spécialisée progressivement dans la traction ferroviaire. Le grand pas a été franchi en 1994, avec le transfert de l’ingénierie de Villeurbanne à Tarbes. « A l’époque, on n’avait pas vingt ingénieurs ici », se souvient Marc Debruyne, expert systèmes de traction du site Alstom de Tarbes. Depuis, « on est passé de la production à l’ingénierie », avec près de 700 salariés, dont 280?ingénieurs et cadres. Plus largement, ce site génère près de 2 000 emplois en France auprès de ses fournisseurs : sur 142 millions d’euros d’achats, 60 % vont vers la France et 33 % en Midi-Pyrénées. Toutefois, les transistors IGBT, composants clés des convertisseurs de puissance, sont importés d’Allemagne (Infineon) et du Japon (Mitsubishi).
C’est ce passage de l’industrie lourde à l’électronique de puissance qui a orienté la mue du site de Tarbes. Car si la construction des locomotives nécessitait en 1921 de grands volumes desservis par des ponts roulants, l’assemblage des équipements de traction d’aujourd’hui, même s’ils pèsent parfois des tonnes, n’en demande pas tant ! Chiffrés à 21?millions d’euros, les travaux de construction des nouveaux bâtiments du site ont débuté en décembre 2009 et se sont achevés en décembre 2011. Alstom est ainsi passé d’une surface de 31 ha, dont 8 ha couverts, à un site recentré sur 8 ha, dont 3,4 ha couverts. Ce qui, outre des gains de productivité, permet de substantielles économies d’énergie (voir encadré).
En effet, la réorganisation complète des flux de fabrication et de circulation du site de Tarbes, l’un des neuf que compte Alstom en France, permet « d’améliorer la productivité, de réduire fortement les frais de fonctionnement et de renforcer ainsi la compétitivité de son outil industriel ». Une meilleure gestion de l’espace, avec un pôle logistique unique au cœur du site, autorise notamment une réduction des opérations de manutention, avec des distances de parcours réduites et une amélioration générale des conditions de travail. Les lignes de fabrication, standardisées, ont gagné en flexibilité grâce à un approvisionnement des composants in situ (avec passage d’un flux « poussé » à un flux « tiré », c’est-à-dire guidé par la consommation en pièces) et au montage des produits sur des supports mobiles, ce qui facilite l’enchaînement des étapes successives ou l’installation de nouvelles lignes. C’est ainsi que Tarbes équipe actuellement une grande variété de matériels roulants : locomotives EP20 et 2ES5 (Russie), locomotives KZ4A et KZ8A (Kazakhstan), trains régionaux Coradia Nordic (Suède) ou Continental (Allemagne), Régiolis (TER), rames MI09 (RER A francilien) et TGV Euroduplex (France et Maroc). Un carnet de commandes qui représente actuellement deux ans d’activité.
En plus de la production stricto sensu, le site de Tarbes possède toutes les ressources de recherche et développement et d’ingénierie pour concevoir, développer et fabriquer les équipements d’une chaîne de traction, du disjoncteur aux modules de puissance ou au manipulateur de conduite. La validation représente une autre part importante du savoir-faire de ce site, qui dispose de la plateforme d’essais d’investigation traction la plus puissante, composée de six bancs d’essais capables de fournir toutes les tensions d’alimentation en ligne du monde, ce qui permet ultérieurement de réduire la durée des essais sur trains. Alstom précise que la validation d’une chaîne de traction prend ainsi deux fois moins de temps aujourd’hui (6 à 18?mois) qu’il y a trois ans (12 à 30 mois).
C’est donc un site opérationnel qui a été inauguré le 5 avril en présence de Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, Gérard Trémège, président du Grand Tarbes et maire de Tarbes, Patrick Kron, PDG du groupe Alstom, Henri Poupart-Lafarge, président d’Alstom Transport, et Christophe Florin, directeur du site. Preuve s’il en est de la flexibilité du nouveau bâtiment : l’espace aménagé pour accueillir les invités de la cérémonie inaugurale était encore, quelques jours avant la date, une ligne de fabrication. Et l’est sans doute redevenue depuis.
Patrick LAVAL
Des bâtiments économes en énergieLa construction des nouveaux bâtiments du site de Tarbes s’est accompagnée de plusieurs innovations qui le rendent plus « vert », ne serait-ce qu’au niveau de la consommation d’énergie. Dans ce dernier domaine, la réglementation technique RT 2005 (loi fixant les orientations de la politique énergétique du 13 juillet 2005) a été appliquée. Ainsi, la réduction du nombre de bâtiments et leur meilleure isolation thermique, en plus des équipements électriques « de dernière technologie » (gestion centralisée automatique de l’éclairage, de la climatisation et du chauffage, ventilation mécanique contrôlée à double flux qui reventile 80 % des calories évacuées) ont permis d’atteindre (et de dépasser) dès le début d’année 2012 les objectifs initiaux de réduction de la facture énergétique. La consommation de gaz a été réduite de 60 % (l’objectif était de 50 %) et, à terme, la facture d’électricité devrait être réduite de 25 %. Non seulement les nouveaux bâtiments consomment moins, mais ils produisent également de l’énergie « propre » : sur la toiture d’un atelier, Alstom a confié à EDF Energies nouvelles l’exploitation d’une centrale photovoltaïque de 5 000 m² qui fournit une énergie renouvelable équivalant à 775 MWh/an, « soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 309?foyers ». Enfin, le restaurant interentreprises édifié par le Grand Tarbes en face de l’entrée du site Alstom et recevant ses salariés est labellisé bâtiment basse consommation (BBC).

Europe : ERTMS à la croisée des chemins
Malgré une avalanche de contrats signés ces derniers mois pour l’équipement de tronçons des corridors européens dans les anciens pays de l’Est, voire de pays entiers (Belgique, Danemark), le doute commençait à s’installer quant au déploiement, prévu d’ici 2020, de l’ERTMS sur les principaux axes ferroviaires européens. Car si, en 2009, la Commission européenne avait demandé aux Etats membres de mettre en place un plan pour ce déploiement du système européen de gestion de la circulation des trains, l’Allemagne avait déclaré, il y a quelques mois, avoir « autre chose à faire de son argent » que d’équiper ainsi ses corridors. Incontournable sur quatre des six axes européens concernés et dotée elle-même d’un système opérationnel (mais pas interopérable), l’Allemagne proposait en échange d’offrir aux opérateurs ferroviaires souhaitant emprunter le réseau DB son système PZB, afin de garantir un certain degré d’interopérabilité… Cerise sur le gâteau, la DB ne souhaitait pas non plus équiper du système européen son matériel régional qui ne serait pas appelé à circuler sur des lignes non-équipées…
Mais, à une semaine du congrès que l’UIC consacre à l’ERTMS à Stockholm (Suède), du 24 au 26 avril, un rayon de soleil est venu du Danemark voisin, qui assure actuellement la présidence tournante de l’Europe. A Copenhague, la Commission européenne, l’ensemble des gestionnaires d’infrastructure du continent, les opérateurs ferroviaires et les fournisseurs ont en effet signé une déclaration d’intention confirmant les engagements de 2009. Commentaire optimiste d’Infrabel, gestionnaire d’infrastructure belge, qui vise sans le nommer son grand voisin de l’Est : « Ces derniers mois, certains pays semblant remettre en question des engagements antérieurs, des doutes s’étaient fait jour quant à la concrétisation de ce projet. La déclaration d’intention signée confirme qu’il n’en sera rien. »
La longue route vers un standard vraiment européen
Le déploiement ne se fera sans doute pas en un jour. D’ailleurs, ERTMS a déjà une longue histoire : comme le rappelle un spécialiste de la SNCF, cela fait plus de vingt ans qu’ERTMS est « le système de signalisation de demain » ! L’aventure commence en effet au début des années 1990, autour de deux idées. La première est de transférer la signalisation à bord des trains, permettant de se passer d’une signalisation au bord des voies, compliquée et chère. Facilité par les progrès de l’informatique et des télécommunications, ce transfert était surtout voulu par de grands réseaux comme la SNCF et la DB, qui œuvraient déjà dans ce sens dans le domaine de la grande vitesse (TVM 300 et 430 en France, LZB en Allemagne).
La deuxième idée était la recherche de l’interopérabilité face à un « puzzle » de systèmes de signalisation et de sécurité en Europe (à côté d’autres « puzzles » comme l’électrification, les gabarits, les charges à l’essieu, les détections, sans parler des écartements !) En effet, les systèmes de sécurité, qui contrôlent l’action du conducteur vis-à-vis des signaux rencontrés et déclenchent des freinages automatiques au cas où les actions ne seraient pas correctes, avaient été développés au cours des dernières décennies par les différents réseaux nationaux pour des trafics majoritairement nationaux et sans recherche d’interopérabilité (voire en recherchant à dessein le développement de systèmes concurrents !) Cette idée d’interopérabilité émanait essentiellement de la Commission européenne, qui cherchait ainsi à redynamiser les transports ferroviaires, mais aussi des constructeurs et des fournisseurs de systèmes de signalisation, qui voyaient là l’occasion de développer de nouveaux systèmes européens exportables avec la technologie la plus avancée possible.
C’est ainsi que l’ERTMS (European Rail Traffic Management System), destiné à remplacer quelque 27 systèmes de signalisation ou de sécurité ferroviaire en Europe, est né en 1991. Rappelons que ce système comprend l’ETCS (European Train Control System), système de commande contrôle des trains, et le GSM-R, version ferroviaire du GSM pour les transmissions d’informations. L’ERTMS assure un contrôle de vitesse en sécurité des trains grâce à un échange d’informations entre le sol et les trains, soit ponctuellement (niveau 1, par balises), soit en continu (niveau 2, par GSM-R). « On dit au train jusqu’où il a le droit d’aller, à quelle vitesse : le train, qui connaît ses caractéristiques de freinage, calcule sa courbe de freinage en fonction du point qu’il ne doit pas dépasser et va dire à chaque instant au conducteur la vitesse autorisée », résume un spécialiste de façon plus vivante.
Dès 1998, les six fournisseurs d’équipements embarqués ou au sol nécessaires au fonctionnement d’ERTMS ont formé le groupement Unisig. Aux six membres initiaux, qui s’appellent aujourd’hui Alstom, Ansaldo STS, Bombardier Transport, Siemens, Thales et Unisys (au fil des années, Bombardier a remplacé Adtranz, et Thales, Alcatel), se sont joints trois membres associés : AZD Praha (2009), Mermec (2010) et CAF (2012). Si ces fournisseurs, ainsi que la Communauté européenne se sont fortement impliqués dans la réalisation de spécifications communes, un spécialiste de la SNCF reconnaît que les grands pays s’en sont très largement désintéressés jusqu’à un passé récent, ce qui explique pourquoi le système s’est construit sans vraiment prendre en compte leurs besoins, en grande partie satisfaits par des systèmes récents, performants et bien adaptés.De versions en baselines
Mais dans d’autres pays ERTMS répondait à un besoin réel, ne serait-ce que de modernisation. Il y a une dizaine d’années, apparaissent donc les premiers déploiements in situ, encouragés par la Communauté européenne, d’une part sur des réseaux à moderniser d’urgence (Europe de l’Est) et d’autre part dans les pays recherchant les systèmes les plus récents pour leurs lignes nouvelles à grande vitesse (Espagne et Italie). « Mais ces développements se sont faits très rapidement, alors que les spécifications d’ERTMS n’étaient pas stabilisées. Nécessité faisant loi, on a fait des choix au niveau du terrain, avec une supervision européenne plus technocratique que technique, d’où des spécificités nationales », constate un expert avec le recul. Avec pour résultats un « ERTMS espagnol », un « ERTMS italien », etc. qui ont toutefois fourni un retour d’expérience utile à l’évolution du système au niveau européen. Avec à la clé des versions successives qui ont commencé à se stabiliser autour de la version 2.3.0. C’était vers 2006-2007, quand le déploiement d’ERTMS, sur Thalys en particulier, a donné beaucoup de travail aux réseaux traversés pour définir un référentiel commun… et beaucoup de fil à retordre à ceux qui ont dû recâbler les cabines de conduite ! C’est ainsi que fin 2009, avec trois ans de retard, les trains à grande vitesse ont fini par traverser la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas sur LGV équipée ERTMS niveau 2 – une première mondiale ! Entre-temps, les spécifications européennes ont continué d’évoluer vers la première version « stable » et interopérable au niveau européen : la 2.3.0d (avec un « d » pour « débuguée ») en 2008. Sauf que certains pays (dont la Suisse) ont alors demandé des fonctions supplémentaires, comme le contrôle des passages à niveau ou la limited supervision, où ERTMS est utilisé comme un simple contrôle de vitesse… C’est ainsi que la Commission a lancé une évolution des spécifications pour intégrer d’autres finalités et pour construire la baseline 3, qui a été officialisée en avril 2012 à Copenhague et sera publiée fin 2012 par l’Agence ferroviaire européenne. En pratique, la compatibilité sera ascendante : les trains équipés en baseline 3 pourront circuler sur des voies équipées 2.3.0d (ou baseline 3, bien entendu), mais la réciproque ne sera pas vraie. De ce fait, les entreprises ferroviaires se sentent dans les mains des gestionnaires d’infrastructure…
Les technologies liées à ERTMS ont beau converger, des problèmes subsistent, qu’ils soient informatiques (gestion de la maintenance ou de l’obsolescence), réglementaires (homologuer un équipement embarqué dans chaque Etat traversé est très coûteux : essais en ligne, dossiers…), liés à différentes logiques sur différents réseaux (d’où des informations différentes à transmettre dans des circonstances pourtant identiques), à la localisation en sécurité (le recours aux satellites fait l’objet de plusieurs projets depuis quinze ans) ou au GSM-R lui-même qui, malgré son succès mondial, n’en reste pas moins un GSM de première génération, à débit insuffisant… Sans oublier les versions successives et les particularismes locaux permis par la baseline 3.
Autant de questions qui peuvent expliquer les réticences et les nouvelles exigences des « grands » réseaux, qui maîtrisent leur système actuel de sécurité et préfèrent choisir une solution « qui marche » plutôt que de se retrouver avec des lignes inexploitables, comme les Belges et les Néerlandais entre 2006 et 2009. En France, où la TVM fonctionne très bien sur LGV et équipe le parc TGV, changer de système de signalisation à grande vitesse ne présente actuellement d’intérêt que pour de nouveaux entrants venus de l’étranger. Il en est de même pour le KVB sur les lignes classiques françaises, ainsi qu’en Allemagne. Sur ces « grands » réseaux, pas question d’un changement d’un seul coup, comme au Danemark, qui compte dix fois moins de kilomètres de lignes. La migration s’y fera certainement, comme sur les autres réseaux européens, mais elle sera progressive et posera longtemps des problèmes de cohabitation, de coûts, de calendrier… Ceci alors qu’ERTMS se développe très vite hors du vieux continent !
Dossier réalisé par Patrick LAVALERTMS en France
Côté SNCF…
L’équipement ERTMS se fera par le renouvellement du parc (y compris TER). Concrètement, tous les engins neufs sont équipés depuis 2009 (actuellement 150 rames ou locos, en comptant les commandes). A bord d’un matériel neuf l’équipement ETCS représente une différence de prix suffisamment faible par rapport à un équipement KVB pour qu’elle puisse être incluse dans la marge de négociation avec le constructeur.… et RFF
Sur le réseau classique français, ERTMS équipera les corridors internationaux de fret C (Anvers – Mulhouse – Bâle et Anvers – Dijon – Lyon) et D (Barcelone – Perpignan – Vintimille ou Lyon), soit quelque 2 200 km de lignes. RFF a passé un contrat avec Alstom pour équiper dès 2015 en ERTMS niveau 1 deux sites pilotes d’environ 20 km chacun, aux frontières belge et luxembourgeoise. Toujours en Lorraine, une autre ligne classique équipée ERTMS sera la section entre la LGV Est-européenne et la frontière allemande, pour les trains à grande vitesse cette fois. A plus long terme, le remplacement du système KVB actuel aboutira à l’équipement en ERTMS niveau 1 de plus de 13 000 km de lignes.
En grande vitesse, la LGV Est-européenne entre Vaires et Baudrecourt est équipée d’origine (en supplément de la TVM 430) de l’ERTMS niveau 2, qui n’est toutefois pas encore commissionné à cause de problèmes techniques. Une fois la migration vers la version 2.3.0d terminée, la mise en service d’ERTMS est prévue pour décembre 2013, date à partir de laquelle RFF prévoit le déploiement du système européen sur l’ensemble du réseau à grande vitesse français. Il y a toutefois une ligne sur laquelle ERTMS niveau 2 fonctionne : la partie française de la ligne nouvelle Perpignan – Figueras mais ce tronçon de la concession TP Ferro ne fait pas partie des infrastructures gérées par RFF.Trois « petits » réseaux à équiper en totalité
Introduire ERTMS en commençant par les grands axes européens ne simplifie pas forcément la situation, vu que des parcours hors de ces grands axes resteront souvent à effectuer. Il serait alors plus efficace de convertir l’ensemble du réseau ferré au nouveau standard. Une telle décision a été facile à prendre pour le Luxembourg, dont le réseau affiche seulement 270 km de lignes. Mais c’est également le choix de trois autres pays traversés par des axes européens, dont les réseaux affichent une taille suffisamment modeste (de l’ordre de 2 000 à 3 000 km, soit dix fois moins que la France), pour être équipés dans des délais raisonnables.
Belgique
Le 19 octobre 2011, Infrabel et la SNCB ont présenté leur « Masterplan ETCS » commun au Parlement belge. D’ici 2022, le gestionnaire d’infrastructure entend équiper la totalité de son réseau (3 500 km) du niveau 1 du système de sécurité européen. Une migration rendue possible grâce à une évolution du système belge TBL1+ d’ici 2022, avec le concours d’Alstom.Suisse
Sur le réseau des CFF (2 900 km, sans compter les réseaux privés suisses), la ligne nouvelle Mattstetten – Rothrist (45 km), ouverte fin 2004, a été équipée des niveaux 1 et 2, mais la mise en service ne s’est effectuée que progressivement. Et sur le réseau BLS, le tunnel de base du Lötschberg (35 km), ouvert en 2007, a été d’emblée équipé du niveau 2. En dehors de ces deux infrastructures nouvelles, la stratégie suisse est de remplacer les balises ZUB actuelles par des Eurobalises (balises standards ERTMS), mais utilisées en limited supervision (contrôle de la vitesse uniquement), tout en développant parallèlement l’EuroZUB, c’est-à-dire un ZUB dont les moyens de communication ont été basculés sur Eurobalise. Il s’agira alors de commencer par basculer le matériel roulant du ZUB vers l’EuroZUB, avec déploiement des Eurobalises : les lignes équipées sont alors à la fois compatibles EuroZUB et ERTMS limited supervision. Dans le même temps, sur les grands corridors, ce sera cette fois l’ERTMS full supervision (niveaux 1 et 2) qui sera introduit, avec pour objectif d’avoir converti d’ici 2025 tout le réseau en full supervision.Danemark
Sur le réseau national danois (2 300 km gérés par Banedanmark, sans compter les réseaux locaux), le basculement vers ETCS est prévu d’ici 2020. Un basculement à grande échelle qui n’a ici rien d’inédit : par le passé, ce réseau a déjà connu un changement complet de signalisation.
Cette fois encore, l’ensemble du système sera changé d’un seul coup, qu’il s’agisse des postes d’aiguillage, des moteurs d’aiguillages ou des balises. Toutefois, le réseau a été divisé en deux contrats : Thales équipera la partie la plus étendue, alors qu’Alstom s’occupera
des lignes les plus fréquentées.ERTMS régional : une première ligne opérationnelle en Suède
Hôte de l’édition 2012 de la conférence mondiale ERTMS organisée par l’UIC, la Suède a déjà mis en œuvre le niveau 2 du système européen de signalisation et de sécurité sur la ligne nouvelle de Botnie, longue de 190 km et mise en service en 2010-2011 dans le nord du pays. Si l’essentiel des principaux axes du réseau ferré suédois doit être équipé du niveau 2 d’ici 2030 (en particulier le corridor fret européen B au sud de Stockholm, d’ici 2020), un ERTMS du troisième type – l’ERTMS régional – a été mis en service en février dernier par Trafikverket, l’administration des transports suédois, sur une ligne en antenne du réseau dont elle est gestionnaire.
La ligne choisie il y a sept ans pour ce premier déploiement mondial de la version régionale de l’ERTMS relie en 132 km le nœud ferroviaire de Borlänge à la petite ville de Malung, en remontant le cours du Dal occidental. D’où son nom : Västerdalsbanan. Ce type de ligne de faible trafic (trois à quatre allers-retours en trains de fret par jour, alors que les rares trains régionaux de voyageurs ont cessé d’y circuler en décembre dernier) est assez typique du réseau ferré secondaire suédois, mais se retrouve ailleurs, particulièrement en France. Sur la Västerdalsbanan, ce n’est pas l’interopérabilité de l’ERTMS qui a été recherchée, mais son faible coût : l’exploitation manuelle de la ligne, gourmande en personnel et en matériel d’une maintenance difficile, était une menace pour sa survie (ainsi que l’état de sa voie, mais ceci est une autre histoire).
Quoi qu’il en soit, ce projet pilote d’ERTMS régional est aussi une première pour le niveau 3 du système européen, sans détection des trains au sol (d’où un moindre coût que des solutions plus classiques). On s’est ici contenté de cantons fixes, même si les cantons mobiles, que l’on associe souvent au niveau 3, auraient également pu être choisis. Les liaisons radio mettent ici en œuvre le GSM-R, ainsi que le GPRS, à débit plus élevé.
Près de sept ans ont donc été nécessaires pour développer, installer, tester et valider cet ERTMS régional, réalisé par Bombardier en se basant sur un équipement de type Interflo 550. Comme le dit le chef de projet pour Trafikverket, Sven-Håkan Nilsson, « quand on se lance dans un tel projet, il faut se donner beaucoup de temps ! »
Ce temps semblait donc venu le 24 avril, quand un train spécial encadré par deux locomotives diesels équipées de l’ERTMS régional est arrivé sur la Västerdalsbanan avec quelque 400 participants de la conférence organisée par l’UIC, qui devait débuter le lendemain à Stockholm. Après une transition brutale entre le système ATC-2 suédois et l’ERTMS régional, qui s’est soldée par un freinage d’urgence et deux réinitialisations, le voyage sur la ligne pilote a fini par bien se dérouler, de même que la transition lors du retour sur le réseau classique, même si du retard avait été pris sur le programme. Bref, cette démonstration grandeur nature était une parfaite illustration du développement de l’ERTMS : une histoire mouvementée qui finit bien, mais plus tard que prévu !P. L.
Où en est ERTMS aujourd’hui ?
En avril 2012, 54 % des lignes équipées ERTMS se trouvaient en Europe, contre 14 % en Afrique et Moyen-Orient, 29 % en Asie, 2 % en Océanie et 1 % en Amérique latine. De l’ordre de 4 000 km de lignes classiques ou à grande vitesse sont équipées des niveaux 1 ou 2 en Europe (on est loin des 25 000 km de corridors fret), dont principalement 1 810 km en Espagne (sur les 2 206 km de LGV du pays) et 923 km en Italie (soit la quasi-totalité du réseau à grande vitesse, dont plus des deux tiers sont équipés d’origine). Parmi les autres lignes nouvelles européennes les plus récentes équipées ERTMS, figurent la ligne de Botnie (nord de la Suède, 2010-2011) et le Diabolo (entre Schaerbeek, l’aéroport de Bruxelles et Malines, juin 2012).
Selon l’Unife, qui regroupe les industriels européens du secteur ferroviaire, « plus de 50 % des ventes d’équipements ERTMS » se font hors d’Europe (chiffre avril 2012), et cette part est allée croissant ces dernières années. La Corée du Sud compte 1 500 km équipés, contre 1 200 km à Taïwan. En Chine continentale, une version « locale » dite CTCS (Chinese Train Control System) équipe plusieurs lignes nouvelles. A l’autre bout de l’Asie, la Turquie compte 408 km de lignes nouvelles équipées, sur 2 200 km prévues à moyen terme, et l’Arabie saoudite devrait d’ici quelques années avoir un des plus longs réseaux ERTMS avec près de 4 000 km de lignes. A côté, l’Amérique fait pâle figure, avec une ligne au Mexique (Cuautitlan – Buenavista, 70 km).
Transports, environnement, banlieues : les dossiers explosifs du prochain Président
Mais où est passé l’environnement ? On n’a pas oublié l’empressement avec lequel les candidats avaient souscrit au pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007. Un quinquennat plus tard, alors que le Grenelle n’est plus une priorité nationale, que les prix du pétrole flambent, que le réchauffement climatique se confirme et que le transfert modal revêt une importance toujours plus grande, l’environnement et les transports semblent être des non-sujets de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2012. Certes, la plupart des candidats ont noirci les pages de leurs programmes avec des propositions sur le sujet. Certains programmes se veulent assez complets (François Hollande, Eva Joly) d’autres se focalisent sur quelques principes ou grandes mesures (Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Marine Le Pen). Nicolas Sarkozy, sans surprise, n’aborde pas le sujet dans sa lettre au peuple français. Depuis que le Président avait lâché, au salon de l’Agriculture, en 2010 : « L’environnement, ça commence à bien faire », on avait compris que de tels sujets avaient de bonnes chances de ne pas apparaître dans le projet UMP. Du côté de la gauche, malgré les efforts des équipes de Roland Ries pour structurer des propositions pour le domaine des transports, on sent bien que François Hollande « ne sent pas » le sujet auquel il aura consacré un déplacement discret à Saint-Etienne en tout début de campagne. Un proche du candidat socialiste nous faisait à ce sujet remarquer que, dans le domaine des transports, le grand thème qui retient l’attention de François Hollande est la sécurité routière – question de grande importance il est vrai, sur laquelle le bilan de la droite est d’ailleurs plutôt bon. Plus généralement, la faible audience, en tout cas selon les sondages, des écologistes dans la campagne n’incite pas forcément les grands candidats à aller glaner des voix de ce côté-là. Et puis les sujets « transports collectifs » sont souvent clivants. Il est plus rassembleur de promettre monts et merveilles sur le permis de conduire que d’arbitrer, par exemple, entre taxe carbone ou kérosène et prix de l’essence pour les ménages. Admettons-le, ce n’est pas sur les thématiques mobilité que se gagne une élection.
Si la campagne ne s’attarde pas sur des sujets, il faut le reconnaître, parfois ingrats, nombre de dossiers vont devoir être traités au plus vite par le pouvoir sorti des urnes. Par exemple la gouvernance du ferroviaire, à la fois parce que les dysfonctionnements du système doivent être rapidement réparés, mais encore parce que la discussion sur le quatrième paquet ferroviaire va amener les Français à présenter au plus vite leur nouvelle organisation, eurocompatible. Sur la question de la concurrence, également, il va falloir avancer, sous peine de se trouver en infraction par rapport au droit européen, ou de voir les groupes français pénalisés à l’étranger.
La faiblesse de la campagne ne doit pas masquer une tendance de fond. Le monde professionnel, par un mélange de réalisme budgétaire, de nécessité de rattrapage, se rapproche des priorités affichées de longue date par les écologistes. Le discours dominant, à la SNCF, à RFF, à la RATP chez les opérateurs urbains, et, dans une certaine mesure, chez les industriels c’est « priorité à l’existant ». En d’autres termes, le temps du réalisme est espéré. Celui où l’on fera un tri parmi les grands projets d’infrastructures, celui ou l’on veillera à l’efficacité des politiques publiques que l’on met en œuvre pour les transports.
François DUMONT et Guillaume LEBORGNE
Pour ou contre une fiscalité écologique ?
Si la fiscalité fait la Une de la campagne, ce n’est pas le cas de la fiscalité écologique. Et pourtant… il y a beaucoup à faire, à promettre, à envisager pour les candidats. Seul sujet de consensus, l’écotaxe poids lourds, puisque malgré deux reports, la mesure-phare du Grenelle de l’environnement verra le jour en juin 2013. Pour rouler sur les 15 000 km de routes de France, les plus de 3,5 t – ils sont estimés à 800 000 par an – devront passer à la caisse. Cette redevance devrait rapporter 1,2 milliard d’euros par an, dont 760 millions d’euros alimenteront l’Afitf et 160 millions seront reversés aux collectivités locales. Mais le nouveau gouvernement devra peut-être chercher comment contourner l’effet d’aubaine pour les sociétés d’autoroutes : à l’automne dernier, le député Hervé Mariton estimait la manne liée au report de trafic sur les autoroutes à 400 millions d’euros.
Les experts ont beau le clamer depuis des années, sans la fiscalité ad hoc, pas de report modal massif possible, qu’il s’agisse de transport de voyageurs ou de marchandises, jusque-là, le gouvernement n’a pas osé mettre en œuvre de mesure impopulaire. On a préféré s’en remettre aux lois du marché plutôt que d’employer coercition ou taxation. La taxe carbone, qui figurait dans le pacte écologique signé par tous les candidats en 2007, a finalement été enterrée. Eva Joly propose de la remettre à l’ordre du jour. François Hollande s’est prononcé pour « une taxe carbone sur les industries émettant beaucoup de gaz à effet de serre ». Mais il a aussi proposé de réintroduire la TIPP flottante afin de stabiliser artificiellement les prix à la pompe. Cette mesure, soutenue par les associations de consommateurs comme l’UFC, avait été appliquée par le gouvernement Jospin entre 2000 et 2002. Elle est jugée par la Fnaut, dans sa charte des transports proposée aux candidats, comme « pernicieuse, anti-écologique et antisociale », et de nature à jeter un doute sur la volonté du candidat de « réformer le secteur des transports. » L’association rappelle que le directeur du Centre de géopolitique de l’énergie, Jean-Marie Chevalier estime que « les blocages des prix donnent aux consommateurs de faux signaux et entretiennent les illusions. »
Parmi les autres mesures fiscales au menu du futur Président : repasser le taux de TVA sur les transports publics de 7 à 5,5 % ou étendre le versement transport (VT) à toutes les entreprises du territoire, éventuellement même aux petites, de façon notamment à créer un VT régional, une revendication ancienne du Gart qui a d’ailleurs récemment posé la question aux candidats. Sur ces aspects pointus, seule la candidate EELV s’est vraiment positionnée. « L’augmentation de la TVA de 5,5 % à 7 % pour le transport public est particulièrement injuste et doit être supprimée, une tarification sociale doit permettre l’accès, pour tous, aux transports publics », estime Eva Joly. La candidate assure par ailleurs être favorable à l’élargissement de l’assiette du VT et de façon générale à une « harmonisation des conditions de concurrence entre la route et les modes alternatifs, fer et fluvial. » Elle souhaite ainsi supprimer les aides au gazole et aux agrocarburants. Un point de vue que partageait Corinne Lepage, la candidate de Cap21 recalée aux 500 signatures. Elle ajoutait même qu’il fallait « expérimenter le péage urbain », une possibilité pourtant désormais ouverte aux grandes agglos par la loi, mais qu’aucune n’a décidé d’appliquer…Cécile NANGERONI
Quelle politique en matière de véhicule décarboné ?
Hybride ou tout électrique, le véhicule dit « décarboné » est censé nous transporter demain… ou après-demain, car, chaque année ou presque, l’échéance est décalée. Mais il lui faudra sans doute encore un petit coup de pouce gouvernemental. Fraîchement nommé au ministère de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo assurait qu’il fallait mettre la gomme pour développer ces voitures d’avenir. Qu’en est-il cinq ans plus tard ? Aux dernières nouvelles, deux millions de véhicules électriques vendus en 2020, c’est toujours l’objectif du Grenelle de l’environnement – soit une réduction de 17,5 millions de tonnes de CO2. Cela signifie multiplier les ventes actuelles par presque… mille car, selon des données du Comité des constructeurs automobiles français, 2 630 voitures électriques ont été immatriculées en 2011, 12 888 hybrides électricité-essence et 401 électricité-diesel. Avec ses deux appels à manifestation d’intérêt de 2008 et 2009, l’Ademe a pu soutenir 18 projets de développement et a présenté, mi-mars, six prototypes de produits atypiques prochainement commercialisés (scooter pliant, quadricyle pour les livraisons, moteur-roue, tricycle…).
Pour voir la filière décoller, reste aussi à développer les infrastructures de recharge sur voirie. Promesse du plan gouvernemental de 2009 : 75 000 points de recharge publics en 2015, près de cinq millions cinq ans plus tard en incluant les points de recharges privés… Il va falloir carburer ! A terme, l’absence de bornes publiques risque de freiner l’essor de la filière, mais pour l’instant les constructeurs se contentent des prises de courant standards.
Eternelle question de la poule et de l’œuf. « Il y a très peu de bornes sur voirie pour l’instant, mais ça va venir progressivement, les collectivités ne vont pas investir s’il n’y a pas de véhicules et ce n’est pas la condition nécessaire pour développer les véhicules », soulignait ainsi Patrick Coroller, chef de service transport et mobilité à l’Ademe. Tout en relativisant : « On fait rarement plus de 100 km par jour », soit l’autonomie moyenne de la plupart des véhicules électriques. De plus, les batteries ne devant pas progresser prochainement, il faut aussi réussir à diminuer la consommation des véhicules. Globalement, « le parc automobile actuel consomme en moyenne 7 l au 100, on doit pouvoir passer aux 4 l, assure François Loos, président de l’Ademe. Ce qui ferait passer de 65 à 30 millions de tonnes les émissions de CO2 par an ». Un véhicule comme le VelV, tricycle de PSA attendu prochainement et concurrent de la Twizy de Renault, consomme 85 Wh/km, soit l’équivalent de moins d’un litre d’essence ! Restera aussi à trouver le bon modèle économique. Les aides comme le bonus écologique n’étant sans doute pas éternelles, afin de minorer le surcoût à l’achat du véhicule, les constructeurs planchent presque tous sur des offres incluant la location des batteries.
Les candidats ne sont pas tous très prolixes sur la question des véhicules décarbonés. Eva Joly a toutefois avancé une proposition claire : elle s’engage à aider les constructeurs pour que les véhicules qui sortiront d’usine dans cinq ans consomment moins de 2 l litres aux 100 km. Pour y parvenir, elle promet d’intensifier les programmes de R&D et de renforcer l’actuel système de bonus-malus.
Cécile NANGERONI
Qui veut désenclaver les banlieues ?
En ce début d’année présidentielle, la question du désenclavement des banlieues et de la refonte de la politique de la ville semble encore avoir du mal à s’imposer dans les débats. Si François Hollande bouclait récemment son « banlieue tour » afin de montrer son implication, les propositions des différents candidats semblent discrètes ou peu relayées. A ce sujet, le 4 avril dernier, l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF), l’association Ville et Banlieue et l’Association des communautés urbaines de France (Acuf) ont interpellé les candidats en présentant leur Manifeste pour une nouvelle politique de la ville, dans lequel ils soulignent les défaillances de la politique de la ville, incapable de mobiliser convenablement les moyens de droit commun.
Plusieurs plans se sont succédé depuis le début des années 80 et, comme l’affirme le maître de conférence en sociologie et chercheur au Reso (laboratoire « Espaces et sociétés » de Rennes II), Eric Le Breton, « s’il y a eu des progrès considérables de fait dans le secteur des transports en commun, dès qu’on s’éloigne des centres la qualité chute brutalement ». Quant à la politique de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, il estime qu’elle « se focalise beaucoup sur le bâti et les équipements », au détriment d’une bonne prise en compte des questions de mobilité et des besoins des habitants. Les contrats urbains de cohésion sociale (CUCS), cadres de mise en œuvre du projet de développement social et urbain en faveur des habitants de quartiers en difficulté, en sont un bon exemple. Lancés pour la période 2007-2009, et renouvelés en 2008 avec le plan « espoir banlieue », ils affichaient pour objectifs : « emploi, désenclavement, éducation, sécurité ». On constate que dans les nouveaux CUCS expérimentaux, lancé en 2010 et renouvelés récemment jusqu’en 2014, le terme de désenclavement a disparu. Cette disparition est symptomatique d’une difficulté à saisir les questions de mobilité au sein des banlieues.
Pourtant, comme le rappelle Camille Vielhescaze, délégué général de Ville et Banlieue, « ce désenclavement physique a une très forte résonance en termes de désenclavement psychique. Les gens ne sortent pas de leur quartier. Comment intégrer les habitants de ces quartiers à la société sans les intégrer physiquement au fonctionnement de la ville ? » Eric Le Breton souligne que « dans les banlieues il y a de moins en moins de permis de conduire car ils sont de plus en plus chers et difficiles à obtenir et quand les personnes vivent au RSA avec 500 euros par mois tout cela est inaccessible ». Il est rappelé dans le Manifeste pour une nouvelle politique de la ville, que « près d’un tiers des habitants des zones urbaines sensibles vit sous le seuil de pauvreté, soit un taux trois fois supérieur à celui de leurs agglomérations ».
Lorsqu’on parle de mobilité dans les banlieues l’enjeu est double : il s’agit de mettre en place une offre massive et régulière mais également de plus en plus individualisée. Camille Vielhescaze soulève ce problème : « On compte 43 % des jeunes au chômage dans certains quartiers. Bien souvent, les postes les plus accessibles pour ces jeunes sont en horaires décalés. Il faut relier les banlieues aux bassins d’emplois mais également avec une offre adaptée. […] Par exemple à Sarcelles, seulement à sept kilomètres de Roissy à vol d’oiseau, il faut passer par Gare-du-Nord pour atteindre ce bassin d’emploi en plus d’une heure, pourtant très important et potentiellement intéressant pour les jeunes peu qualifiés avec des emplois adaptés et le problème des horaires décalés est encore plus criant ici. »
Il faut alors développer des solutions alternatives comme des structures qui proposent du transport à la demande, des auto-écoles sociales, des tarifs sociaux pour les transports en commun, ou encore de la location de voiture à bas prix. D’après Eric Le Breton, « ce qui est réellement nouveau dans ce domaine, c’est que le travail des associations est de plus en plus reconnu et soutenu par les collectivités et les autorités publiques. On peut prendre l’exemple de la région de Villeurbanne où le Grand Lyon et les Plans locaux pour l’insertion et l’emploi (PLIE) se saisissent de ces initiatives et les encouragent ». Mais pour pouvoir aller plus loin il déclare qu’ « il faut rénover le droit au transport et passer à un droit à la mobilité permettant par exemple à des micro-opérateurs de se développer et de fonctionner en faisant payer leurs prestations et pourquoi pas à terme, réformer le versement transport afin d’en allouer une partie à ces micro-opérateurs ».
Tom DUBOIS
Réforme territoriale, stop ou encore ?
La question de la réforme des collectivités territoriales ne déchaîne pas la campagne présidentielle. Sujet technique et glissant par excellence, elle crispe les élus français et les divise selon des lignes de partage qui échappent aux logiques partisanes. Les candidats l’ont bien compris, qui ne s’y attardent guère. Immergé durant la campagne, le sujet des rôles respectifs, des ressources et de la gouvernance des collectivités locales paraît pourtant central pour la gestion et le fonctionnement des transports locaux. L’état des lieux fait l’objet d’un consensus : le fonctionnement des AOT est un système à bout de souffle : trop souvent, communautés urbaines, départements et régions chassent les mêmes passagers sur les mêmes territoires sans suffisamment de concertation. Cette situation est devenue intenable du fait de l’impasse budgétaire face à laquelle se trouvent les collectivités, dont les dotations ont été gelées et dont les capacités d’emprunt ont diminué. Si rien ne change, les AOT n’auront bientôt plus les moyens de financer l’investissement et surtout le fonctionnement de leurs services de transports.
La réforme des collectivités territoriales a été engagée par une loi de décembre 2010, elle vise à réduire « le millefeuille à la française », système dont la droite dénonce l’incurie. Cette réforme acte la création des pôles métropolitains, des métropoles. En supprimant à partir de 2015 la clause générale de compétence, elle incite les départements et les régions à clarifier ce qui relève de leur compétence. La loi de juillet 2011 crée par ailleurs des conseillers territoriaux communs aux régions et départements. Très décriée à gauche, cette réforme sera abrogée, prévient le PS, qui a annoncé qu’il proposerait sa propre vision de la gestion locale. Présenté comme une nouvelle étape de décentralisation et de responsabilisation des élus, ce futur texte fixerait les objectifs en matière d’aménagement, définirait des règles stables et garantirait les financements de l’Etat sur cinq ans, en ouvrant la possibilité aux collectivités d’avoir leur propre fiscalité.
Guillaume LEBORGNE
Pour protéger l’industrie, faut-il fermer les frontières ?
Même si la SNCF vient d’annoncer la commande de 40 Euroduplex, la filière ferroviaire française est inquiète, et les industriels redoutent le tarissement des commandes de TGV ou de TER. La menace Hitachi, effective en Grande-Bretagne, naissante en Allemagne, vient assombrir le tableau. D’autant que ces estafettes pourraient annoncer de futures escouades asiatiques. Dans un communiqué commun, les industriels du ferroviaire français et allemands ont fait le forcing pour rééquilibrer les conditions de concurrence. Ils profitaient d’une fenêtre de tir en France. Car, dans la campagne électorale, les mots d’ordre « acheter français » ou « produire en France » font florès, et le protectionnisme européen, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Nicolas Dupont-Aignan, s’est invité dans la campagne. Nicolas Sarkozy n’est pas en reste, qui écrit dans sa lettre au peuple français : « L’Europe devait nous protéger, elle a aggravé notre exposition à la mondialisation. […] L’Europe s’est crue investie du devoir d’être le meilleur élève de la mondialisation, celui dont les frontières devaient être les plus ouvertes et l’économie la plus dérégulée. »
Le 21 mars, deux commissaires européens, Michel Barnier et Karel De Gucht, ont présenté un projet de règlement conditionnant l’ouverture de marchés publics européens à l’ouverture des marchés publics des pays tiers. L’initiative ne se présente évidemment pas sous le nom toujours honni ou inavouable à Bruxelles de protectionnisme. Selon Michel Barnier, elle tient au contraire d’une poursuite de l’ouverture des marchés… Mais avec la ferme volonté de ne plus être naïfs.
Sous quelque nom qu’il se présente, à Bruxelles, un tel combat n’est pas gagné. Aussi trois grandes fédérations professionnelles françaises, la Fédération des industries mécaniques, la Fédération des industries ferroviaires et la Fédération nationale des travaux publics, battant le fer tant qu’il est chaud, ont publié le 6 avril un communiqué dans lequel « elles saluent et soutiennent une telle initiative qui marque le retour longtemps espéré au principe de réalité. Elles appellent à un renforcement de son contenu afin qu’une véritable réciprocité soit mise en œuvre dans le domaine des marchés publics ».
Les fédérations se fondent sur une étude de la Commission européenne menée en 2010, qui « précise que 84 % des marchés publics européens sont ouverts aux pays tiers contre 23 % au Japon, 12 % aux Etats-Unis, et 3 % au Canada ». Et, rappellent-elles, « la Commission estime que l’ouverture réciproque des marchés publics des pays tiers créerait 180 000 emplois supplémentaires en Europe ».
Manifestement à moitié convaincues par « cette importante initiative de la Commission européenne », elles demandent qu’elle soit « impérativement renforcée par des mesures incitant effectivement les pays tiers à abandonner leurs pratiques discriminantes et à ouvrir leurs marchés publics à l’égal de leur accès au marché européen ». Un des dossiers, bien au-delà des transports, sur lequel le futur gouvernement français sera fort attendu.F. D.
Qui financera les travaux du Grand Paris ?
Le Grand Paris est lancé, et il ne va pas s’arrêter. L’accord politique qui a été conclu a survécu à la campagne présidentielle. Il devrait survivre à l’élection. A ceci près qu’il va falloir préciser les choses. Le financement est en partie assuré par des taxes ad hoc, mais il dépend encore d’un apport de 4 milliards de l’Etat, qui doit être libéré en fonction des besoins, et permettra de garantir les emprunts que la SGP devra lancer. Bien ! D’ailleurs, le projet, selon Les Echos du 2 avril, a l’air de séduire des pays du Moyen-Orient. Seulement, tant que l’Etat n’a pas versé les fonds, on peut se demander s’il le fera… Question que posait régulièrement Jean-Paul Huchon quand il était en guerre avec Christian Blanc, et sur laquelle il glisse plutôt maintenant que l’accord est trouvé.
Autre problème : au-delà du Grand Paris, c’est l’ensemble des programmes d’Ile-de-France dont le financement doit être bouclé. De plus, il faudra faire face à des surcoûts du Grand Paris non financés, comme l’adaptation des gares existantes, devant accueillir un nouvel afflux de voyageurs. Aussi le vice-président du conseil régional d’Ile-de-France, Pierre Serne (Europe Ecologie-Les Verts) se demande-t-il si le financement spécifique de la SGP n’est pas « fongible ». Si le fléchage des taxes ne pourrait être élargi vers d’autres programmes, particulièrement de renouvellement de l’existant, priorité classique des écologistes, qui est aussi devenue la priorité affichée de la SNCF, de RFF et de la RATP.
Autre question, la gouvernance. Comme nous le glissait Jean-Paul Huchon en début d’année, il est vraisemblable que la gauche, si elle accède aux affaires, tout en poursuivant le projet, redonne une part plus belle au Stif, dès la phase actuelle. Ce qui serait cohérent avec le désir de relancer la décentralisation, en donnant un plus grand poids aux régions.
Enfin, alors que dans le projet initial le phasage était un mot tabou, nombre de professionnels estiment que dans les faits il va s’imposer. Reste que l’accord région-Etat englobant à la fois Grand Paris et plan de mobilisation, que la refonte du projet du métro du Grand Paris en fonction des options d’Arc Express, tout cela a l’air de constituer une base sûre pour les futures décisions quel que soit le pouvoir. Le rôle important que joue à côté de Roland Ries (porte-parole Transports de François Hollande) Pascal Auzannet, un des artisans du futur réseau de métro, augure bien de la suite des opérations en cas de victoire de la gauche. La droite pour sa part tiendra à poursuivre le travail engagé. En fait, l’ensemble des projets d’Ile-de-France, bénéficiant d'un assez large consensus, et porté par une double urgence (rattraper le retard, répondre aux défis d’avenir) a l’air mieux parti que les projets du Snit. Ce qui ne veut pas dire que tout sera fait dans les temps.F. D.
SNCF/RFF : quelles nouvelles règles pour vivre en couple ?
Alors que l’on attendait des Assises ferroviaires des débats vifs sur les thèmes de la concurrence, le statut des cheminots, voire les grandes infrastructures à venir, un débat plus technique et pointu a tenu le haut de l’affiche : celui sur la gouvernance, autrement dit l’organisation du système ferroviaire. De quoi opérer un retour aux sources sur la création en 1997 de RFF, avant tout fait pour supporter la dette du système ferroviaire, liée aux constructions des premières lignes à grande vitesse, et donc la cantonner hors de l’Etat. Depuis, RFF s’est fait toute sa place. Le constat de départ des Assises, c’est que le statut quo entre SNCF et RFF n’est plus tenable.
D’où la nécessaire remise en ordre autour de laquelle on s’accorde volontiers. En conclusion des Assises, Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre des Transports, a exprimé la volonté de disposer, au printemps, d’un projet opérationnel d’unification du gestionnaire d’infrastructure. Une entité, un seul lieu, un seul gestionnaire réunissant SNCF Infra, RFF et la DCF, direction des circulations ferroviaires.
Depuis, chaque semaine, des réunions tripartites se tiennent pour organiser au mieux les rapprochements à venir. Une proposition devait être rendue fin mars sur ce gestionnaire unique. Ce sera un peu plus tard. Ensuite, restera à savoir où l’on place cette nouvelle entité. Chez RFF, avec un système à l’anglaise ? A la SNCF, avec un modèle à l’allemande ou à la suédoise ?
Le nouveau Président trouvera ce dossier sur sa table. Restera à effectuer le choix. Certes, ce sujet ne sera pas un thème électoral majeur, ne figure pas dans les programmes, mais il est essentiel pour le ferroviaire. Roland Ries, responsable du pôle Transports de François Hollande, penche pour le modèle de holding à l’Allemande, soutenu par la SNCF. Avec une réserve : « La SNCF doit devenir un opérateur de transport à part entière, sans déborder de cette fonction. L’Etat doit assumer son rôle d’autorité organisatrice, ainsi que les régions. » Dans son programme, Eva Joly (EELV) estime que la dette de RFF doit être reprise par l’Etat et précise : « Appuyons-nous sur les exemples allemands, belge ou italien. Il faut un pilotage unique du système intégré impliquant les régions. »
Côté UMP, le ministre Thierry Mariani a le sentiment que l’on est « plutôt dans une optique où tout ce qui relève de RFF doit se retrouver sous la tutelle de RFF et continuer cette séparation entre l’opérateur et un gestionnaire de réseau. » Quant à Hervé Mariton (UMP), rapporteur spécial du budget des transports de l’Assemblée nationale, il défend toujours le principe du maintien d'une séparation entre RFF et SNCF, contre le modèle de holding à l’allemande. Tout comme l’ancien ministre des Transports Dominique Bussereau.P. G.
Concurrence dans le transport ferroviaire de voyageurs : quand et comment ?
Concurrence dans les TER et TET ? Oui, mais s’il est une question sensible sur laquelle le prochain gouvernement devra prendre position rapidement, c’est celle de l’ouverture à la concurrence dans le transport intérieur ferroviaire de voyageurs. Déjà quelques pistes ont été esquissées par Nathalie Kosciusko-Morizet, avant son départ du ministère de l’Ecologie pour devenir porte-parole de Nicolas Sarkozy. A l’issue des Assises ferroviaires, la maire UMP de Longjumeau (Essonne) a décidé d’ouvrir à la concurrence, à partir de 2014, certaines lignes desservies par des trains d’aménagement du territoire (TET). L’Etat étant l’unique autorité organisatrice de ces transports, l’ouverture à la concurrence pourra être plus facilement lancée au moment où le contrat signé avec la SNCF arrivera à échéance, fin 2013.
Côté Intercités à la SNCF, on s’y prépare d’arrache-pied en collaboration avec les services du ministère des Transports. Même si Roland Ries, responsable du pôle Transport du candidat François Hollande, considère que « l’ouverture à la concurrence ne semble pas être la bonne solution car ces trains jouent un rôle important pour la desserte des territoires enclavés ».
Les trains express régionaux (TER) pourraient également être concernés par la suite, certainement par lots ou par lignes et par le biais d’expérimentations. C’est ce qu’indiquait il y a un an le rapport du sénateur UMP Francis Grignon. Mais le sénateur du Bas-Rhin ajoutait qu’il faudrait arriver à une convention collective de branche intégrant la SNCF. Ce qui n’avait pas pu être fait au moment de la libéralisation du fret ferroviaire.
Depuis, une mission a été confiée à Olivier Dutheillet de Lamothe, président de la section sociale du Conseil d’Etat, pour réfléchir aux implications sociales de l’arrivée sur le marché d’entreprises privées. Les élus sont tiraillés. Quasiment toutes gouvernées par la gauche, les régions affirment vouloir continuer à travailler avec l’entreprise publique, tout en ne se privant pas de critiquer – souvent très sévèrement – ses faiblesses, particulièrement son manque de transparence. « Nous ne souhaitons pas que la concurrence devienne une obligation pour les régions », affirme Jacques Auxiette, le président de la région Pays de la Loire, également président de la commission Infrastructures et Transports de l’ARF (Association des régions de France). « Je suis pour la concurrence, mais c’est aux régions de décider si elles veulent le faire ou pas », répond en écho Dominique Bussereau, ancien ministre UMP des Transports.
A l’heure où les ressources financières des régions fondent, les élus ne peuvent pas s’empêcher de regarder l’alternative privée avec intérêt, voire de consulter les concurrents potentiels de la SNCF. Ce qui leur permet aussi de mieux négocier avec cette dernière… en attendant un feu vert formel des pouvoirs publics dont tout le monde sait, syndicats compris, qu’il finira prochainement par arriver.Marie-Hélène Poingt
Grandes infrastructures, l’heure des choix ?
Sur le projet de Schéma national des infrastructures de transport (Snit), ce n’est pas entre gauche et droite que la coupure se fait. Elle est plutôt entre réalisme budgétaire et pari sur la relance. Voire entre plus ou moins grande sensibilité aux vœux des majors de forces économiques comme le BTP ou l’industrie ferroviaire. L’approche d’un Roland Ries n’est curieusement pas si lointaine, sur ce dossier du moins, de celle d’un Hervé Mariton. A droite, un homme comme Dominique Bussereau, dans un entretien qu’il nous accordait récemment, en défendant la plupart des projets du Schéma, était au contraire beaucoup plus proche d’une logique de développement volontariste qu’on rencontre aussi à la gauche de la gauche.
Sur les projets du Snit, l’idée de la gauche socialiste, c’est : on continue les coups partis et on respecte les accords internationaux. Comme le dit Roland Ries, les autres projets « devront faire l’objet d’une analyse économique sur le rapport entre l’investissement consenti et le service espéré ». Car, pour la totalité du projet, « on est dans le déraisonnable. C’est 120 ans du budget de l’Afitf ». Pierre Serne (EELV) va plus loin : « Avec un Snit à 245 ou 300 milliards d’euros, on nous prend pour des imbéciles. »
A droite, c’est en termes beaucoup plus mesurés une conclusion proche qui, à l’aide du rigoriste Nicolas Baverez, s’était dégagée des Assises du ferroviaire, et que Nathalie Kosciusko-Morizet avait faite sienne, avant que François Fillon ne lui enjoigne de se dédire. Il est vrai que le discours « on arrête tout » était intenable alors que s’annonçait la campagne électorale.
Ce qui est sûr, c’est que la sanctuarisation de l’existant, sur le modèle allemand, a l’air d’avoir de beaux jours devant elle. Roland Ries s’est exprimé sur le sujet. Deux milliards doivent être apportés pour financer le renouvellement urgent de 1 000 km du réseau ferroviaire. RFF en autofinancement ne peut en apporter qu’un. Le milliard manquant serait selon la gauche, apporté, via l’Afitf, par la fiscalité écologique, taxe poids lourds et Eurovignette 3. Deux milliards, il faut les trouver, mais ce n’est pas infaisable. Quant aux grands projets du Snit, eux, avec leur facture dix fois plus élevée, ils semblent en suspens. Dans l’attente de choix sans doute draconiens que la campagne ne permet pas d’effectuer et encore moins d’afficher.F. D.
Seine – Nord, faut-il verser 4 milliards dans le canal ?C’était l’un des – rares – grands projets de transport portés par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. Il est revenu sur le devant de la scène depuis que le Président de la République a lancé, il y a tout juste un an, le « dialogue compétitif » sur le canal Seine – Nord-Europe. Il consiste à construire un canal à grand gabarit long de 106 km entre l’Oise (Compiègne) et le canal Dunkerque – Escaut (Cambrai), qui sera relié au réseau fluvial nord-européen.
Deux groupements, menés par Bouygues Travaux publics d’une part et Vinci Concessions d’autre part, se sont portés candidats à la conception, la construction, la maintenance et l’exploitation de cette infrastructure dans le cadre d’un partenariat public-privé.
Voies navigables de France devrait faire son choix d’ici à la fin de l’année. Le début des travaux pourrait alors être lancé dans la foulée, ou début 2013, pour une mise en service à l’horizon 2017.
Mode doux, affichant une image bien « verte », le projet de canal aurait pu rassembler large. Mais il est loin de faire l’unanimité, notamment parmi les écologistes, qui contestent son utilité et son coût pharaonique. Selon eux, le devis a été sous-évalué (il est de 4,3 milliards d’euros) et son financement apparaît toujours comme un casse-tête en période de pénurie budgétaire.
Christophe Porquier, 2e vice-président (Europe Ecologie) du conseil régional de Picardie, chargé de l’écodéveloppement et de l’énergie-climat, rappelle qu’il « est prévu la création de pas moins de quatre plateformes industrielles et logistiques sur 100 km ! Toutes les zones d’activités dans les agglomérations qui pourraient être traversées par le futur canal peinent aujourd’hui à faire le plein ».
« Ce projet répond à un besoin de désenclavement du bassin de la Seine », répond Voies navigables de France. « A l’horizon 2020, ce canal permettra de transporter plus de l’ordre de 13 à 15 millions de tonnes de marchandises, soit l’équivalent de 500 000 poids lourds par an sur l’un des corridors de transit les plus empruntés d’Europe. » Des arguments réfutés par les écologistes. « Le canal ne concurrencera pas la route mais le rail, alors que le fret ferroviaire est déjà bien mal en point », s’alarment-ils.
Les écologistes comptent leurs forces. Eva Joly a expliqué dans une interview à L’Usine nouvelle du 4 avril que « les grands projets d’autoroutes, de canaux à grands gabarits ou de plateformes aéroportuaires doivent être abandonnés ». Mais, en face, Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de l’Aménagement du territoire affirme, devant la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, le 8 mars 2011, que la construction du canal « est une évidence ».
Dans le Nord-Pas-de-Calais, une personnalité comme Martine Aubry réclame régulièrement l’accélération du projet. Il y a un an, dans une lettre au Premier ministre, la présidente socialiste de la communauté urbaine de Lille s’étonnait du « retard pris par l’Etat dans la réalisation du canal Seine – Nord-Europe ». Et elle affirmait que « personne ici comme dans l’ensemble de notre eurorégion ne comprendrait que ce projet approuvé unanimement soit décalé ou, pire, remis en cause ».
Pour leur part, les milieux économiques ne sont pas tous en faveur d’un projet qui pourrait concurrencer fortement les ports français, au premier rang desquels Le Havre et Dunkerque, en donnant un accès encore plus direct au territoire français aux redoutables grands ports du nord de l’Europe, Rotterdam et Anvers.
M.-H. P.
Le Grand Ouest a-t-il vraiment besoin d’un nouvel aéroport ?
Inéluctable, le projet de création d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes ? Il est du moins bien avancé. Le gouvernement a confié en juillet 2010 au groupe Vinci la conception, le financement, la construction et l’exploitation pour cinquante ans de l’infrastructure. Cet aéroport, prévu d’ici à 2017, doit remplacer l’actuel, jugé trop proche de la ville et menacé de saturation. Le premier coup de pioche est attendu en 2014. Prévu dans le cadre du Snit, l’aéroport doit être desservi à la fois par les transports collectifs et par une liaison ferroviaire nouvelle entre Nantes et Rennes.
Pour l’opposition, côté PS, ce n’est d’ailleurs quasiment plus un sujet. L’aéroport du Grand Ouest, comme il a été rebaptisé, est d’ailleurs porté par quelques personnalités socialistes qui ont mis tout leur poids pour le faire avancer, Jacques Auxiette, président de la région Pays de Loire, ou Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes. « Si tous les recours contentieux ont été utilisés, si tous les accords sont donnés, l’équipement se fera », a assuré François Fillon, après un meeting à Rennes, le 4 avril, au Mensuel de Rennes.
Côté écologistes, c’est la déception. Ils en avaient fait un enjeu national mais n’ont pas réussi à l’intégrer dans leur accord signé en novembre avec le PS. Leur désaccord a simplement été « acté ». « Tous les partis politiques sont opposés à cet aéroport… sauf les deux plus importants ! », reconnaît Geneviève Lebouteux, élue EELV au conseil régional des Pays de la Loire, en charge des écofilières, qui fait aussi partie du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cedpa).
Rassemblant près de 1 000 élus, le Cedpa se bat désormais sur le terrain économique et juridique. Il a commandé une étude au cabinet hollandais CE Delft, qui montre une projection de trafic aérien très optimiste. Dans ses conclusions, l’étude estime aussi que l’optimisation de la plateforme aéroportuaire actuelle générerait plus de richesses que la construction d’un nouvel aéroport. Les opposants rappellent que le Grand Ouest dispose déjà de quatorze aéroports ! Ils estiment que le coût de l’infrastructure (556 millions d’euros) est sous-évalué. « Notre arme principale est désormais juridique. Nous avons bon espoir », affirme Geneviève Lebouteux, en rappelant que « le projet d’extension du port à Donges-Est était soutenu par les mêmes, avec les mêmes arguments, mais avait été stoppé par la justice alors qu’il était plus avancé que l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Aujourd’hui, on n’en parle plus ».
Les opposants veulent en faire « une affaire nationale », puisque l’Etat est maître d’œuvre et en finance une bonne partie. Ils continuent de réclamer l’abrogation de la déclaration publique et la réouverture du débat. Et ils rappellent qu’en juillet prochain Notre-Dame-des-Landes accueillera le deuxième forum européen des grands projets inutiles.M.-H. P.

Tramway : à Nice, la ligne 2 ne fait pas que des heureux
Fin 2016, c’est l’objectif visé par la métropole Nice Côte d’Azur (NCA) pour inaugurer la deuxième ligne de tramway de la ville, dite ligne ouest – est, qui sera partiellement en souterrain pour traverser le centre-ville. Alors que l’enquête publique s’est achevée le 20 janvier, après 5 550 visites et 1 256 contributions, la commission d’enquête vient de rendre son avis dans un rapport de plus de 1 000 pages : favorable, même s’il est assorti de trois réserves et de neuf recommandations. Le maire de la ville et président de NCA s’est empressé de préciser que toutes les mesures seraient prises pour lever ces réserves et prendre en compte les recommandations. « La ligne ouest – est est le lien qui crée la cohérence entre tous les projets et dont la plupart sont déjà en cours de réalisation, et notamment le prolongement de la ligne 1 de Pont-Michel à Pasteur [qui doit être opérationnel au printemps 2013, ndlr], a-t-il expliqué. Désormais chaque quartier sera desservi. »
La première des réserves concerne la station du port : le terminus en surface proposé sur la place Ile-de-Beauté a fait l’objet de nombreuses remarques. Le commissaire-enquêteur suggère de le remplacer par un terminus quai Cassini, après une arrivée du tram en souterrain, afin de « préserver la cohésion du quartier des antiquaires ». La ville et la métropole y voient des avantages : un maintien de la desserte du port, la préservation de son fonctionnement et de ses activités, tout en ayant un impact réduit sur la circulation. Christian Estrosi, le maire (UMP), s’est donc engagé à remplacer la solution initiale par celle de l’enquête publique. Le coût supplémentaire est de plus jugé « acceptable : 12 millions d’euros, soit moins de 2 % du coût global, ce qui ne modifie pas l’économie générale du projet », est-il précisé.
Cependant, les professionnels du port commencent déjà à argumenter. Techniquement « discutable », selon Thierry Voisin, président de Nice Union maritime, interrogé par Nice Matin, qui estime que le quai ne sera pas suffisamment large pour le tram, les voitures, le trottoir et le quai pour les bateaux, le projet lui paraît « économiquement dangereux ». Selon lui, « les yachts qui s’amarrent au fond du port vont se retrouver en première ligne, nez à nez avec le tram. Ils risquent tout simplement de partir. »
Deuxième réserve, qui est également déjà levée : l’ajout d’une station intermédiaire au niveau de l’église Sainte-Hélène, afin de desservir l’Urssaf, l’hôtel Radisson, l’école et l’église. Dernière réserve, enfin, la création d’une commission d’indemnisation et d’accompagnement pendant toute la durée des travaux, à laquelle la mairie s’engage, en évaluant son coût entre 5 et 7 millions d’euros (sachant qu’il lui en avait coûté 13 millions d’euros pour la ligne 1).
Côté recommandations, la commission d’enquête demande ici ou là : l’élargissement de trottoirs ; davantage d’aires de stationnement ou d’arrêts-minute ; la réorganisation du réseau de bus près de la gare de Riquier et la création d’une navette entre celle-ci et le port ; la conservation de la halle des sports ; une concertation sur l’aménagement de l’espace urbain sur l’axe Cassin – Californie ; ou encore la transformation du parking des Bosquets en parc-relais. Autant de suggestions que le président de la collectivité locale s’engage à prendre en compte dans la réalisation du projet. Le conseil métropolitain devra maintenant délibérer de ces propositions courant avril, pour ensuite demander la déclaration d’utilité publique au préfet des Alpes-Maritimes.
La future ligne permettra de relier le quartier du port de Nice à l’aéroport Nice Côte d’Azur et au centre administratif en moins de 30 minutes. 210 000 emplois ou résidents se trouveront à moins de 500 m d’une station, et le projet est conçu pour transporter à terme 200 000 voyageurs par jour. « Sur l’axe Californie – Promenade, actuellement saturé, le tramway permettra d’augmenter l’offre de transports en commun, pour passer de 70 000 à 105 000 personnes transportées quotidiennement », estime-t-on à NCA.
Dès l’ouverture, la ligne bénéficiera des nouvelles rames allongées à 44 m, d’une capacité de 300 personnes. Christian Estrosi estime aussi que le tramway contribuera à « rendre la ville plus belle, en valorisant son environnement et son patrimoine », ne serait-ce que parce que la plateforme formera un ruban de gazon et que 2 400 nouveaux arbres seront plantés. De plus, l’axe ouest – est étant actuellement saturé de trafic automobile, la collectivité estime pouvoir ainsi supprimer l’entrée quotidienne de 20 000 voitures dans Nice, soit une baisse de plus de 5 % du trafic et de 15 % de la pollution atmosphérique. L’accent sera mis sur l’intermodalité avec la création de quatre pôles d’échanges et l’implantation systématique de stations Vélo Bleu à proximité de la ligne. Les quatre parcs-relais créés représentent 1 250 places, correspondant à un solde positif de 850 places compte tenu des suppressions sur l’axe tramway. Coût du projet : 758,7 millions d’euros (valeur décembre 2009), dont 160 millions d’euros attendus de subventions (Etat et conseil général). Après la ligne 1, c’est la 2e pierre à l’édifice planté par le schéma des transports d’octobre 2009, qui doit permettre de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.
Cécile NANGERONI
Calendrier
Depuis juillet 2010 : les sondages géotechniques sont en cours
Décembre 2011-janvier 2012 : enquête publique
1er semestre 2012 : premiers travaux de diagnostics archéologiques au niveau des futures stations
2d semestre 2012 : début des travaux de terrassement des stations (puis septembre 2013 : arrivée du tunnelier à Nice et premier percement du tunnel à l’automne 2013
Fin 2013 : fin des travaux de surface au niveau des stations enterrées
Mi-2014 : lancement des travaux de surface sur la partie aérienne du tracé
Fin 2016 : mise en serviceDes rames allongées
15 rames de tramway de 33 m vont être allongées à 44 m d’ici la fin 2012, pour une mise en service fin 2013, afin d’augmenter leur capacité de 200 à 300 personnes. La première rame a été allongée par Alstom à Aytré et devait arriver à Nice le 30 mars. La rame sera réassemblée pour passer les essais de « série » pendant 5 000 km, afin de mesurer sa performance et son endurance. Après étude du processus industriel, 14 autres rames devraient être rallongées dans le dépôt de maintenance des rames de Lignes d’Azur.
Nice renouvelle sa convention sécurité
Le contexte ayant évolué avec l’arrivée du tram, en 2007, et la hausse corrélative du trafic annuel, passé de 34 millions en 2005 à 66,5 millions en 2011, la ville de Nice a souhaité renouveler sa convention sécurité de 2006, bien qu’elle coure jusqu’en 2014. Signée avec la préfecture de police des Alpes-Maritimes le 19 mars, elle doit permettre d’assurer une continuité du service, « jamais interrompue par des problèmes de sécurité », a souligné le maire UMP de la ville, Christian Estrosi.
Trois communes en sont aussi partenaires – Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var et La Trinité –, et chacune de leur police municipale a intégré dans ses missions la surveillance du réseau de transports. « La convention sécurité produit des effets significatifs si j’en juge les résultats : les incidents sont en baisse, et notamment les agressions de conducteurs de tram et de bus, malgré l’augmentation du trafic et des voyageurs, a précisé Christian Estrosi. Le nombre d’incidents est passé de 1,2 pour 100 000 voyageurs en 2008 à 0,8 en 2011. »
Le délégataire actuel, la ST2N (Veolia Transdev), dispose de plus de 60 agents affectés à la sécurité et au contrôle de Lignes d’Azur, soit 10 de plus depuis 2008. Car « la sécurité ne se limite pas à la voie publique, elle doit aussi prévaloir dans les transports, qu’empruntent chaque jour plus de 200 000 concitoyens ».
Pivot du dispositif : la commission de sécurité qui se réunit chaque mois autour de tous les partenaires (police et gendarmerie nationales, police municipale, collectivités, l’exploitant de Lignes d’Azur). A titre d’exemple, grâce à 3 500 patrouilles, la police municipale a procédé à plus de 100 interpellations dans les transports collectifs urbains l’an passé. Par ailleurs, les contrôleurs participent au dispositif : en trois ans, le taux de contrôle est passé de 3 % à presque 5 % ; le nombre de PV de 17 000 à 50 000 et le taux de fraude a perdu 10 %. Mais « rien n’est jamais acquis, a reconnu le premier magistrat de la ville. C’est pourquoi, en signant cette convention, nous voulons renforcer nos moyens et encourager un dispositif qui fonctionne bien ».C. N.