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Archives : Dossiers

A Lyon, Car2go promet de révolutionner l’autopartage
Car2go débarque dans la ville de Vélo’v, pionnière du VLS, avec un nouveau modèle d’autopartage sans équivalent en France. « Ça a marché sur deux roues, ça marchera sur quatre roues en respectant le même principe que pour le vélo : ne pas contraindre l’utilisateur et miser sur la liberté », explique Philippe Guillemot, directeur général d’Europcar. Une liberté totale, bien au-delà de Vélo’v, puisque Car2go repose sur le principe du one way, ou aller simple, mais sans stations, comme les 340 qui ont été implantées pour Vélo’v. « La station, c’est la ville », dit Gérard Collomb, maire de Lyon. Car2go mettra à disposition des conducteurs 200 voitures Smart Fortwo qui stationneront sur la voirie comme n’importe quel véhicule particulier. A la disposition immédiate des conducteurs, à une condition : l’utilisateur doit s’inscrire une fois pour toutes au service Car2go, ce qui lui donnera droit à une carte de membre avec un code confidentiel. Pour disposer d’une voiture, il passe sa carte sur le lecteur situé sur le pare-brise qui permet de déverrouiller les portes. Sur l’écran du tableau de bord, il suffit de composer le code et de répondre à deux questions sur l’état du véhicule et de l’habitacle. La manœuvre libère la clé sur le tableau de bord, le conducteur peut alors démarrer et prendre la route. Arrivé à destination, il lui suffira de garer la voiture sur une place libre, sans autre formalité, et d’éteindre le moteur. A l’arrêt, le temps d’utilisation est comptabilisé immédiatement pour permettre de régler la location par prélèvement direct sur la carte de crédit du conducteur.
Aujourd’hui, les tarifs lyonnais sont encore en cours d’étude, mais ils devraient approcher ceux pratiqués en Allemagne, soit 0,29 euro la minute, incluant assurance, stationnement et essence. Un système souple et simplifié à l’extrême, dont les promoteurs vantent aussi l’économie par rapport au coût de possession d’une voiture. In fine, l’utilisateur devrait débourser environ six euros (éventuellement partagés par un passager) pour un trajet de 22 minutes, durée moyenne constatée à Hambourg, et 15 euros par l’heure, auxquels s’ajoute le coût unique d’inscription à Car2go (29 euros). La souplesse du système tient aussi à ses modalités de location simplifiée et géolocalisée : grâce au GPS, le smartphone de l’utilisateur reste le moyen privilégié pour repérer la Smart la plus proche du lieu où il se trouve.
Les Lyonnais vont donc découvrir Car2go vers mi-janvier 2012, trois ans après le lancement en mars 2009 d’une formule qui a fait ses preuves en Allemagne (à Ulm et Hambourg), aux Etats-Unis (Austin) et au Canada (Vancouver). « Un succès », selon Marcus Spickermann, directeur financier de Car2go, qui rappelle que le concept est « un dispositif innovant majeur dans le développement de Daimler ». Selon lui, la formule à succès est adaptée à une population de plus en plus urbanisée et dont la composante la plus jeune – les 18-30 ans – préfère majoritairement l’utilisation à la possession d’une voiture. Aujourd’hui, la société dispose d’une flotte de 1 100 Smart Fortwo qui ont déjà été utilisées par 45 000 clients, représentant 900 000 trajets. 90 % des conducteurs laissent la voiture une fois arrivés à destination, sans revenir à leur point de départ. Globalement, le périmètre urbain intra-muros restreint et la densité du réseau de véhicules permettront d’assurer dans de bonnes conditions l’autodistribution des Smart sur le territoire lyonnais.
Les 200 Smart (contre 300 initialement) qui seront lancées à Lyon sont des véhicules essence à vitesse automatique, équipés d’un dispositif Stop and start, à faible émission de CO2 (90 g/km). En revanche, les panneaux solaires prévus sur le toit sont abandonnés pour des raisons de rentabilité. Le réseau devrait être développé en fonction de la demande, ce qui ne fait aucun doute pour Gilles Vesco, adjoint aux nouvelles mobilités de Lyon, accro à ce « one way absolu en mode digital qui a réussi en Europe et aux Etats-Unis ».
Claude Ferrero
Car2go en bref
– Inscription : sur le site internet de Car2go et dans les agences d’Europcar. Les formalités sont identiques à celles d’une location de voiture dans les agences commerciales. Avec en plus un code pour disposer d’une voiture et payer la course.
– Loyer : Car2go paie à la ville de Lyon un droit de stationnement de 70 euros par mois et par véhicule.
– Actionnaires : Car2go est filiale de Daimler et Europcar, actionnaires variables selon les villes (respectivement 25 % et 75 % à Hambourg).
-Développement : mars 2009 : lancement à Ulm, Allemagne (200 véhicules). Novembre 2009 : Austin, Etats-Unis (200 véhicules). Mars 2011 : extension à 300 véhicules à Ulm et Austin. Avril 2011 : Hambourg, Allemagne (300 véhicules). Juin 2011 : Vancouver, Canada (225 véhicules). A venir : Amsterdam, Pays-Bas (300 véhicules électriques), Lyon (200 véhicules), San Diego, Etats-Unis (300 véhicules électriques).C. F.
Autolib’ Lyon, l’autopartage historique accélère son développement
Car2go va-t-il doubler Autolib’ ? « Les deux systèmes fonctionnent différemment et vont perdurer », a rassuré Gérard Collomb lors de la présentation de Car2go. Premier système d’autopartage à Lyon, l’historique Autolib’, lancé sous forme associative en 2003, a été repris en 2008 par la Sem Lyon Parc Auto (LPA) qui lui a donné de nouveaux moyens pour se développer. Mieux, LPA, contrôlé par Lyon et le Grand Lyon, annonce à son tour un plan ambitieux avec la création de 14 stations de surface, en plus des 23 stations en parking souterrain. En même temps, la flotte de véhicules passe de 70 à 100 voitures, dont plusieurs hybrides.
Si Car2go vise la location de très courte durée intra-muros, Autolib’ loue en priorité des véhicules 4 places pour plusieurs heures sans limite de périmètre géographique. « Les deux systèmes n’ont pas les mêmes clientèles, qui n’ont pas les mêmes besoins et qui effectuent des parcours différents », analyse Gilles Vesco, adjoint aux nouvelles mobilités de la ville de Lyon. Cet administrateur de LPA est aussi un ardent défenseur… du one way proposé par Car2go et d’un dispositif privé qui ne coûte(ra) rien à la ville. A la différence d’Autolib’, qui a essuyé les plâtres de l’autopartage d’intérêt général, et affiche (encore ?) environ 100 000 euros de déficit pour un chiffre d’affaires avoisinant 800 000 euros réalisé avec plus de 1 600 abonnés aujourd’hui.
C. F.

Thello inaugure la concurrence en France
La concurrence s’est fait attendre dans le secteur du transport ferroviaire de voyageurs en France. Elle va finir par arriver à la fin de l’année, mais de façon très modeste. Le 11 décembre, Thello, la coentreprise créée en janvier par Veolia Transdev et Trenitalia, va faire rouler son premier train de nuit entre Paris et Venise. Cette liaison est actuellement effectuée par la SNCF et Trenitalia, via une coopération commerciale baptisée Artesia : chaque compagnie fait rouler ses trains sur son territoire et commercialise les billets, chacun de son côté. Tandis que la société des chemins de fer italiens change de partenaire, la SNCF va s’effacer pour se concentrer sur les liaisons de jour sur cet axe. Selon un porte-parole, la SNCF devrait proposer à partir du prochain service d’hiver 3 allers-retours quotidiens entre Lyon, Chambéry et Turin.
La relation de nuit proposée par Thello va être « profondément revisitée », selon son directeur général, Albert Alday. Les trains partiront de Paris gare de Lyon, où Thello disposera d’une boutique et d’un local d’exploitation. C’était une demande forte de Thello, celle de desservir la gare de Paris-Lyon, plus accessible, confortable et surtout plus visible que la gare de Bercy, actuel point de desserte d’Artesia. Les trains Thello feront un arrêt à Dijon avant de rejoindre Milan, Brescia, Vérone, Vicence, Padoue, puis la cité des Doges.
Un seul prestataire, la société LSG Sky Chefs, a été retenu pour prendre en charge l’ensemble des services à bord, contrôle, accueil, sécurité, restauration et supervision du nettoyage, à l’image d’une équipe d’hôtesses et de stewards dans un avion. Entre 8 et 12 personnes polyvalentes seront embarquées, ayant pour employeur cette entreprise, spécialiste du catering aérien, filiale du groupe allemand Lufthansa. « Le client ne connaîtra qu’une seule équipe à bord », souligne Ronan Bois, le directeur commercial et marketing de Thello. Dans les trains, plusieurs niveaux de confort seront proposés, compartiment avec 6 ou 4 couchettes, cabine pour 3 passagers, et à terme, compartiments avec des lits et cabinets de toilette. La politique tarifaire ne sera pas radicalement différente de celle pratiquée jusqu’à présent sur l’axe Paris – Venise, le prix le plus bas démarrant à 35 euros. Les ventes sont déjà ouvertes sur le site de Trenitalia. Elles devaient l’être à partir du 17 octobre sur le site de Thello.
Thello s’attend à acheminer quelque 250 000 voyageurs annuels, soit la moitié du trafic actuel d’Artesia (dans lequel figurent aussi les trains de jour et les trains de nuit de l’axe Paris – Rome). Elle prévoit que le taux de remplissage des trains soit supérieur à 80 %, sachant que la quarantaine de voitures qui seront louées à Trenitalia (les locomotives seront louées auprès d’Akiem, filiale de la SNCF) pourront être utilisées en fonction de la demande.
L’investissement est pour l’heure limité : quelques millions d’euros. Mais les ambitions du premier opérateur ferroviaire privé de voyageurs en France ne s’arrêtent pas là. Thello compte lancer des trains de nuit Paris – Rome à partir de la mi-2012. Pas avant, car actuellement les travaux de voie côté français handicapent trop fortement les trains de nuit. En attendant, les voyageurs de Thello peuvent se rendre à Rome après une correspondance à Milan d’où partent des trains à grande vitesse pour la capitale italienne. L’entreprise Thello envisage aussi le lancement de trains de jour sur la liaison Lyon – Turin, avant la fin 2012. D’ici là, elle se montre prudente. « Entrer sur le marché ferroviaire est difficile. Nous démarrons modestement, nous verrons comment le marché répond à notre offre. Nous devons mettre au point le schéma d’exploitation d’un nouvel opérateur ferroviaire », résume Albert Alday. Dans ce domaine, les surprises de dernière minute sont toujours possibles. Ainsi, au printemps dernier, prenant en compte un avis de l’Araf (Autorité de régulation des activités ferroviaires) sur les péages, RFF a augmenté les redevances de 1,60 euro le km sur les lignes classiques à partir de 2012. Ce qui représente une hausse de 25 % pour ce poste, soit aussi 2 points de marge en moins pour Thello.Marie-Hélène POINGT
Plus qu’une marque, une entreprise ferroviaire
Thello n’est pas qu’une marque, c’est une entreprise ferroviaire. Elle possède un certificat de sécurité en France, où ses propres conducteurs (une dizaine sur les quelque 45 salariés de Thello) sont aux commandes des trains Lorsqu’ils passent en Suisse, les trains de Thello sont tractés par les CFF. Côté italien, c’est Trenitalia qui se charge de la traction.
Cette situation pourrait n’être que transitoire. Thello pourrait demander son certificat de sécurité en Italie et devenir son propre tractionnaire lorsqu’elle lancera des trains sur la liaison Lyon – Turin. Ce qui lui permettrait de minimiser les pertes de temps et les « effets frontières ». Pour Albert Alday, « c’est le schéma vers lequel il faut aller : l’intégration de la commercialisation et de la production ».M.-H. P.
Thello contre Téoz
Avant même son arrivée à Paris le 11 décembre, celui qu’on présente comme le premier train de la concurrence, exploité par Thello, société créée par Trenitalia en partenariat avec Veolia Transdev, focalise l’attention. En provenance de Venise, ce train de nuit arrivera sur la voie M de la gare de Lyon. Et cette voie a l’avantage appréciable de se trouver juste en face de l’accueil, de faire partie du « groupe alphabétique », et non numérique, donc plus proche du parvis et le mieux placé pour atteindre métro, taxi et cœur de Paris… Et puis, et surtout, ce train arrive bien en gare de Lyon, conformément à la demande du nouvel opérateur formulée auprès de Réseau ferré de France. Son prédécesseur, jusque-là exploité sous l’appellation Artesia, filiale 50-50 de la SNCF et de Trenitalia, arrivait, lui, gare de Bercy. Une gare d’accès beaucoup moins facile où, c’est le moins que l’on puisse dire, on ne se bouscule pas pour arriver. Incontestablement, RFF a voulu recevoir le nouveau venu sans qu’on puisse l’accuser de mauvaise volonté dans l’accueil de nouveaux venus.
Bien au contraire. Et il y a là de quoi laisser un goût un peu amer à ceux qui actuellement, en Auvergne, se battent justement, eux, contre le transfert de leurs trains Téoz Paris – Clermont de la gare de Lyon à celle de Bercy. Certes, l’accueil d’un train de nuit, ce n’est pas comparable à celui des 16 Téoz concernés. Toutefois, si les précédents trains de nuit Artesia mais aussi les Intercités et des TER ont dû quitter définitivement la gare de Lyon, et si les Paris – Clermont vont sans doute devoir rejoindre Bercy, c’est principalement en fonction d’un argument majeur : dans cette gare de Lyon saturée, de plus en plus – où vont arriver les TGV Rhin-Rhône avec les TGV Lyria desservant le nord de la Suisse –, seuls les trains réversibles peuvent garder leur place. Or, les trains de nuit Paris – Venise – Paris ne le sont pas. Les trains réversibles, ce sont ceux qui, comme les TGV, ont une cabine de conduite à chaque extrémité, ce qui permet d’éviter des manœuvres supplémentaires dans ce nœud ferroviaire. Côté SNCF, pas de commentaire officiel. Même si certains relèvent sobrement que faire arriver Thello gare de Lyon « ne semble pas raisonnable dans l’intérêt général. Il serait plus logique que le nouvel opérateur se contente de ce qu’avait auparavant la filiale de la SNCF. » Un spécialiste de cette gare nous précise : « On nous dit qu’il faut avoir davantage de robustesse, on fixe pour cela une règle. Elle devrait être la même pour tous. »Pascal GRASSART
En France, Veolia entend « se différencier par le service »
Bien connu dans les réseaux urbains, Veolia-Transdev ouvre avec Thello un nouveau chapitre de l’histoire du groupe en France. Certes, Veolia est déjà exploitant ferroviaire dans l’hexagone depuis des lustres. En Bretagne (Guingamp – Paimpol et Guingamp – Carhaix) et en Provence (Nice – Plan du Var et Nice – Digne). Il a également accumulé de l’expérience sur le réseau ferré national avec le tram-train de Mulhouse et Rhônexpress. Mais, même s’il s’en défend, Thello place le groupe français dans une nouvelle position de « challenger » de la SNCF dans le domaine du transport ferroviaire de voyageurs. Derrière cette liaison franco-italienne se dessinent deux autres sujets qui devraient arriver à maturité à compter du second semestre de 2012. L’ouverture à la concurrence des TER, qui sera probablement expérimentée, et la mise en concurrence des trains d’équilibre du territoire (TET) dont la convention en vigueur échoit entre fin 2013 et début 2014. « Thello est le premier sujet qui arrive à maturité, cela ne signifie pas que l’on lève le pied sur les autres ! On espère l’ouverture des TER et des TET en France », rappelle Francis Grass, directeur adjoint France de Veolia-Transdev. Faisant du sujet « traitement du cadre social » un préalable nécessaire, Veolia-Transdev se pose comme un outsider qualitatif : « On souhaite se différencier par le service. Le sujet n’est pas de faire du low-cost ni du dumping social. On n’offrira pas le prix le plus bas par principe, on cherchera simplement le meilleur rapport qualité-prix. Nous l’avons observé en Allemagne, la qualité des services attire les voyageurs », indique Francis Grass.
Guillaume Leborgne

Réalité augmentée : une boussole des transports dans votre mobile
«Excusez-moi, je cherche l’arrêt du bus n° 7 ? », « Savez-vous où se trouve la station de vélos ? » Dans une petite dizaine de villes françaises, ce genre de demandes va peu à peu disparaître. Car de nombreux réseaux ont lancé des applications sur téléphones portables capables de vous renseigner sur les emplacements d’arrêts de bus et les horaires de ces derniers, la station de vélos la plus proche, etc. Ces applications utilisent la technique de la réalité augmentée. Sous ce terme un peu barbare, directement traduit de l’anglo-saxon augmented reality, se cache une technique informatique qui permet l’ajout d’informations locales sur l’image filmée en temps réel par un téléphone portable.
Prenons un exemple : vous êtes place de la Concorde à Paris, disons, au milieu, sur le terre-plein central, près de la fontaine, et vous voulez prendre le bus pour vous rendre à Châtelet. Vous dégainez votre portable, choisissez la fonction appareil photo, puis l’application ad hoc du réseau de transports, et vous tournez sur vous-même comme si vous souhaitiez faire une photo panoramique de cette superbe place. Apparaissent alors, en surimpression des images, les arrêts de bus du réseau de transports symbolisés par un logo. Vous pouvez ainsi parfaitement situer chaque arrêt, les lignes qui desservent ce réseau et, dans certains cas, les horaires.
Cet outil peut également servir à connaître l’emplacement des stations de vélos en libre service… et renseigner sur les places ou les bicyclettes disponibles, évitant à l’utilisateur la mauvaise surprise de ne pas trouver de place ou de vélo.
Metro Paris Application est apparue en août 2009, développée par Presselite, une société totalement indépendante de la RATP, même si elle utilise les données de la Régie. L’inconvénient, c’est que Metro Paris Application ne fournit pas de données en temps réel. Pour une raison simple : l’accord passé entre Presselite et la RATP est limité aux données « passives ». L’application est pourtant la 5e meilleure vente en France sur l’App Store. Position totalement inverse à Rennes où la Star a, dès 2009, donné accès à ses données afin que les ingénieurs informatiques imaginent les meilleures solutions. Résultat, la réalité augmentée y a très vite fait son apparition. Sans doute un peu tôt, puisqu’à l’époque peu de téléphones étaient capables d’exploiter cet outil. En janvier 2011, Actigraph et Idélis, le réseau de Pau, géré par Keolis, lançaient une application de réalité augmentée. « L’agglomération et nous cherchons à rendre le réseau attractif vis-à-vis des utilisateurs. La réalité augmentée participe de cette attractivité », explique-t-on chez Idélis, qui récuse le terme de gadget. « L’idée, c’est d’être utile, en donnant une information au voyageur : où se trouve l’arrêt de bus, la station de vélos, à quelle heure passe le bus 25, ou le 4 ». Et toutes ces informations sont disponibles dans la rue, juste en sortant son portable. « C’est la continuité de l’information. Il y a quelques mois encore, il fallait préparer son trajet sur le site Internet. Aujourd’hui, tout cela est disponible depuis un portable, pour une plus grande mobilité et une plus grande souplesse », explique Sylvain Crampon, chef de projets communication chez Transpole, la société qui gère les transports lillois pour le compte de Lille Métropole. Les historiens de l’Internet vont dans ce sens. Ils prédisent que l’accès à la Toile dans les prochaines années ne se fera plus par les ordinateurs mais via les smartphones et les tablettes.
Si les réseaux qui ont mis en place ce genre de service y voient quelque chose d’utile – forcément puisqu’ils l’ont développé –, ils ne jugent pas pour autant cet outil comme essentiel et unique. D’ailleurs, leur communication sur le sujet est souvent discrète. Et la mise en place se fait souvent à la faveur d’un renouvellement de DSP. Mais chaque réseau a le sentiment de travailler pour l’avenir. « Avec ce genre d’application, on touche une cible de jeunes, mais aussi de jeunes actifs à qui on montre que les transports publics vivent avec leur temps », assure-t-on chez Idélis, qui a fait ses preuves en matière d’attractivité. « Et puis, c’est un vrai atout pour l’utilisateur que de savoir où se trouve la station de vélos, celle du métro, et de savoir s’il faut presser le pas pour attraper le prochain bus, ou si on a le temps de passer à la pharmacie, chez le marchand de journaux ou au tabac. » On peut toutefois raisonnablement se poser la question de la pertinence d’un tel outil pour des usagers qui connaissent bien leurs lignes, sinon les horaires, pour les utiliser quotidiennement. A cela, Sylvain Crampon, répond que « l’application de réalité augmentée leur permet de changer d’itinéraire facilement, à la faveur d’un rendez-vous, d’une course à faire ou d’une visite surprise ». Bref, qu’elle offre plus de souplesse dans les déplacements et rassure les casaniers pour partir à l’aventure. « Et puis, l’application mobile de Transpole donne les heures de passages », poursuit Christian Crampon. Aux habitants de l’agglomération qui empruntent occasionnellement une ligne, s’ajoutent aussi les utilisateurs occasionnels : les touristes de loisirs ou d’affaires. Ne connaissant pas ou peu la ville qu’ils visitent, ils représentent les parfaits clients de la réalité augmentée dans les transports urbains.
Dans les grands réseaux, la forte fréquence des transports, notamment aux heures de pointe, ne justifie que très peu d’avoir recours à la réalité augmentée. Pourtant, elle prend tout son sens aux heures creuses, sur des lignes à la fréquence détendue. Donc dans des réseaux de villes moyennes. D’ailleurs, le coût de développement n’est pas très élevé, abordable pour des réseaux de taille moyenne. « Entre 5 000 et 7 000 euros pour créer l’application version iPhone », annonce Thierry Den Hartog, président d’Actigraph. « 4 700 euros pour le développement », confirme-t-on chez Idélis. Pour peu onéreux qu’il soit, l’investissement peut avoir du mal à passer. « C’est toujours difficile de convaincre des techniciens d’investir dans ce genre de fonctionnalités », explique un ancien responsable informatique qui se souvient avoir plaidé ce genre de projet pour une très grande métropole. « Même si la somme représente une miette par rapport à l’achat d’un bus, pour eux, il est toujours préférable d’investir dans le matériel. C’est finalement l’éternel débat entre les techniciens, qui pensent “exploitation”, et les commerciaux, plus tournés vers le service aux usagers », conclut ce spécialiste.Y. G.
Une application développée aussi bien en interne qu’en externe
Fin août, le réseau Tadao, dans l’agglomération lensoise, lançait une version pour téléphones portables de son site Internet. Parmi les nouvelles fonctionnalités, la réalité augmentée pour repérer les arrêts. En juillet, il y avait eu Transpole à Lille. En début d’année, c’était Idélis, le réseau de Pau. « On peut citer aussi le Sitram au Mans, lancé en avril, Divia à Dijon, en mai », ajoute Thierry Den Hartog, le directeur d’Actigraph, une société de services informatiques qui a réalisé les sites de tous ces réseaux filiales du groupe Keolis. « Nous croyons à cette technologie qui allie le pratique et le ludique, poursuit-il. Elle réinvente l’information-voyageurs ». Chez Transpole, on ne dit pas autre chose. « C’est l’une des composantes de l’information-voyageurs », dit Sylvain Crampon, chef de projets communication de la société lilloise. D’ailleurs, Transpole ne s’est pas arrêté à la réalité augmentée. D’autres réseaux ont choisi des voies originales. A l’image du réseau Star de l’agglomération de Rennes, qui a choisi de mettre à disposition des développeurs informatiques, les (très nombreuses) données de son réseau, comme les lignes, les horaires, la géolocalisation des arrêts, les vélos disponibles. Un concept très en vogue dans l’univers informatique, qui a abouti à l’apparition des logiciels libres. Appliqué au transport rennais, cela a donné J’y GO (jygo.arvyoo.com), lancée en novembre 2010. C’est l’une des nombreuses applications développées par des informaticiens plus ou moins chevronnés et/ou inspirés, qui sont référencées sur le site conjoint de Keolis Rennes et de Rennes Métropole (http://data.keolis-rennes.com/fr/accueil.html). J’y GO, développé par Anthony Hivert et Jonathan Letessier, s’appuie sur un logiciel de réalité augmentée développé par l’américain Layar. C’est sur ce logiciel, téléchargeable gratuitement, que les deux informaticiens viennent ajouter une couche, sorte de calque, qui fait apparaître les informations contextuelles propres au réseau Star. C’est aussi sur ce logiciel que s’est appuyé le réseau d’Angoulême STGA pour développer son outil de réalité augmentée, lancé le 15 juin. Preuve que l’outil fonctionne et qu’il permet à des réseaux de taille modeste de proposer ce genre de service sans faire appel à un prestataire externe et pour un coût légèrement inférieur. Mais s’appuyer sur la technologie Layar, même si cela demande très peu d’investissement, présente un risque. Layar pourrait décider du jour en lendemain d’ajouter une couche publicitaire impossible à écarter. On pourrait voir des logos McDonald ou Subway fleurir à côté de ceux indiquant la station de vélo STGA. C’est ce qui explique que les réseaux développent en interne afin de garder la main sur les infos disponibles. A moins qu’ils n’envisagent de proposer des publicités vendues par leur régie.
Le transporteur public suisse CarPostal s’est lancé en décembre 2010
Le réseau de bus interrégional suisse CarPostal s’est lancé dans une expérience de réalité augmentée en décembre dernier. Contrairement à la plupart des réseaux de transport, qui proposent de retrouver les arrêts de bus ou les stations de vélos, CarPostal a axé son offre sur le tourisme. L’entreprise de transport a rassemblé des informations sur plus de 280 curiosités et offres de loisirs dans toute la Suisse. Toutefois, elle annonce, pour le printemps prochain un élargissement de ce service aux arrêts et horaires de ses bus. Pour ce service, disponible en allemand seulement pour l’instant, CarPostal a choisi de passer par l’application gratuite Layar. Pour « avant tout tester la faisabilité technique du système », explique-t-on chez CarPostal. Et être rapide : « Nous voulions être la première entreprise de transports publics à offrir à nos clients la réalité augmentée. »
Pour le transporteur Suisse, la réalité augmentée n’est pas à elle seule un produit ou un service, mais « constitue un élément d’une offre globale, qui se veut la plus complète possible et qui est développée avec nos commanditaires ». Et si aucun projet concret ne prévoit d’appliquer ce service sur les réseaux français du groupe, CarPostal n’exclut pas de le faire si nécessaire.
iPhone et Androïd
En 2009, les développeurs informatiques n’avaient pas le choix. La réalité augmentée n’existait que sur iPhone. Et pour cause, c’était le premier et seul smartphone disponible. Et pour les informaticiens, c’était le bon temps. Une seule application à créer pour un seul système d’exploitation. Depuis, la situation est presque aussi limpide, même si est apparu l’iPhone 4 et même l’iPad. La difficulté vient aujourd’hui de la concurrence. Et avec elle son cortège de systèmes d’exploitation (Symbian, BlackBerry, iOS, Windows Mobile, Linux), dont certains sont propres à une marque et d’autres dit ouverts, donc utilisés par différents fabricants de smartphones, ce qui complique la tâche de l’information. Le traitement des informations ne sera pas le même d’une marque à l’autre, parfois d’un appareil à l’autre. Autant de particularités dont on doit tenir compte lorsqu’on développe une application. Ce qui conduit à créer autant de versions que de matériels et de systèmes d’exploitations ou, au pire, de choisir parmi ceux qui ont les plus grosses parts de marché : Androïd et Apple. Aujourd’hui,les développeurs informatiques n’ont plus le choix.

Lignes nouvelles : débats publics
Paris – Normandie, laboratoire de l’après-TGV
La ligne nouvelle Paris – Normandie a une particularité forte, que signale son intitulé. C’est une ligne nouvelle, pas une ligne à grande vitesse. Le projet, dont on a connu une première forme il y plus de vingt ans sous le sobriquet de TGV Fabius, a depuis bien changé. L’idée initiale de grande vitesse de Paris jusqu’au Havre s’est métamorphosée en une proposition plus complexe, tenant compte de la nécessité d’assurer avant tout une desserte robuste, régulière et rapide entre Paris et Rouen en 45 minutes, d’accélérer les relations avec Le Havre et Caen, qui l’une et l’autre seraient à 1 heure 15 de Paris, et d’améliorer la desserte entre Caen et Rouen. Celle-ci passerait à 45 minutes, ce qui redonnerait des chances au train face à l’automobile. Le projet est d’emblée à dimensions multiples. D’autant qu’aux divers aspects du transport de voyageurs, vient s’ajouter une dimension fret, vitale pour le premier port français. Parmi les grands choix qui seront mis au débat, celui du site de la future gare de Rouen. La gare actuelle est saturée, et deux sites sont envisagés pour une gare nouvelle. Ce sera soit Saint-Sever, projet mûri de longue date par la communauté d’agglomération et la région, soit Sotteville.
Les élus normands tenaient beaucoup à une relation directe avec l’aéroport de Roissy. L’objectif semble retenu… à long terme, la solution initiale étant la correspondance avec le métro du Grand Paris dans une gare à La Défense. Deux sites sont envisagés pour celle-ci : soit à Nanterre-la-Folie, soit près de la Grande Arche. Le coût total du projet selon les choix effectués devrait s’établir entre 10 et 15 milliards d’euros. Le président de la commission particulière du débat public est Olivier Guérin, qui était membre de la commission du débat public Eole. La Commission nationale a arrêté le calendrier du débat qui aura lieu du 3 octobre 2011 au 3 février 2012. Vingt-trois réunions publiques sont programmées. Au-delà même de la desserte normande, la ligne fait figure de laboratoire. Pour un nouveau type de desserte, et pour une nouvelle gamme de trains aux caractéristiques différentes de celles des TGV : en termes d’accélération, de freinage, de vitesse maximale, de structure de caisse aussi, afin de faciliter les descentes et montées fréquentes. Bref, l’ensemble des caractéristiques font de cette ligne, dont on ne donnait pas cher il y a vingt ans, un laboratoire du train post-grande vitesse.F. D.
Paris – Lyon : les élus vont plaider pour une meilleure desserte du grand Centre
A partir du 3 octobre et jusqu’au 31 janvier, 26 réunions publiques sont prévues pour présenter la LGV Paris – Orléans – Clermont – Lyon, ou POCL, un des projets retenus par le Grenelle de l’environnement et devant être lancé après 2020. Le public est appelé à s’exprimer sur les quatre scénarios de tracé proposés par Réseau ferré de France, ainsi que sur tous les autres aspects : gares nouvelles, financement ou impact sur l’environnement. « Nous observons déjà une mobilisation très forte des élus dans les régions Centre, Bourgogne, Auvergne, mais aussi en Rhône-Alpes autour de Roanne », souligne Michel Gaillard, le président de la Commission particulière du débat public (CPDP). Les élus auvergnats ont déjà fait connaître leurs préférences pour deux passages : le tracé dit Ouest et celui dit Ouest Sud, irriguant l’Auvergne, notamment Montluçon et Vichy avant de relier Lyon. Deux options rejetées par les élus de la Nièvre, qui plaident pour un tracé plus à l’est, plus proche de Nevers. Tous craignent qu’une logique purement financière ne dicte les choix pour ce projet évalué entre 12,5 et 14 milliards d’euros suivant les options. La perspective d’une saturation de la ligne actuelle à grande vitesse Paris – Lyon a relancé l’intérêt d’un projet souvent évoqué. Selon RFF, la LGV permettrait d’abaisser le temps de parcours entre Paris et Clermont-Ferrand à moins de deux heures et de relier Orléans au réseau à grande vitesse. Elle améliorerait aussi la desserte de Bourges et des villes du grand centre. Barbara Dalibard, directrice générale SNCF Voyages ; dit simplement que la SNCF « souhaite pouvoir arriver à Lyon dans des conditions au moins aussi bonnes qu’aujourd’hui. C’est-à-dire en moins de deux heures ». Ce qui privilégierait un tracé très direct entre Paris et Lyon et mécontenterait nombre d’élus. A la fin du débat public, la CPDP disposera de deux mois pour présenter son compte rendu. Ce sera alors au tour de RFF de prendre position dans les trois mois.
Marie-Hélène POINGT
Campagne pro TGV. La Nièvre utilise l’image de Mitterrand«Avec le TGV à Nevers, il aurait pu être là tous les jours. » Ce message apposé au-dessus du profil du plus célèbre des Nivernais, François Mitterrand, s’affichera durant tout le mois de septembre dans la Nièvre. La ville de Nevers, son agglo, la CCI et le conseil général ont en effet décidé de lancer une grande campagne de communication « Mobilisez-vous ! sur lgv-en-nievre.info », alors que le débat public sur le projet de LGV Paris – Orléans – Clermont-Ferrand (POCL) doit se tenir du 4 octobre au 25 janvier. « Le TGV doit s’arrêter dans la Nièvre et les Nivernais se mobilisent en masse pour l’exiger », affirme le communiqué des collectivités. Avec un temps de parcours en TGV de Paris qui passerait de 1 h 50 à une heure, l’enjeu est considéré comme « vital » pour le département. L’un des quatre scénarios envisagés, le tracé ouest – sud, s’écarterait trop de Nevers aux yeux de la Nièvre qui le juge aussi « le plus coûteux, le plus long, le moins respectueux de l’environnement ».
La campagne de mobilisation se déroulera en deux temps. Après l’affiche à l’effigie de l’ex-Président de la république, qui avait inauguré la première LGV en 1981, deux enfants penchés sur une maquette de TGV prendront le relais pendant trois mois pour mobiliser la population sur cette ligne attendue à horizon 2020. Slogan : « Avec le TGV à Nevers, à nous la France à grande vitesse ! ». « En choisissant le TGV, c’est à l’avenir de nos enfants que nous pensons », justifie le département. Quant à l’utilisation de l’image de Mitterrand, ce n’est pas une démarche politique, précise-t-on. D’ailleurs, la photo choisie est antérieure à son élection. Le but est juste de jouer sur l’effet de surprise…C. N.
Auvergne et Allier en campagne également…
Dans l’Allier, les abris-voyageurs sont déjà constellés d’affiches, plus traditionnelles, montrant un homme rêveur et le slogan : « Le TGV dans l’Allier. C’est demain et c’est possible ! ». La campagne est relayée par une pétition en ligne (www.allier.fr) sur la page Facebook du département et dans les publications municipales des villes et agglos de Moulins, Montluçon et Vichy. A partir du 4 octobre, le message sera : « Tous pour le TGV ! C’est maintenant ». Car « dans un débat public, l’avis de chaque citoyen compte », martèle le président du conseil général, Jean-Paul Dufrègne. Et, bien sûr, impossible d’imaginer que la région la plus mobilisée pour le TGV depuis le début, l’Auvergne, ne lance pas sa campagne également. En exergue, le temps gagné. Trois visuels à peine différents montrent un quai de gare et un message : « En TGV, vous pourriez déjà être… en Auvergne », ou encore : « … à Paris », « … à Lyon ». La région a également relancé sa pétition sur www.faisonsbougerleslignes.fr et créé sa page Facebook/oui-au-tgv-en-auvergne.

Le marché des autobus : plutôt de la haute couture que du prêt-à-transporter
Pour les Jeux olympiques de 2012, Londres va recevoir six autobus de présérie d’un modèle totalement inédit, conçu et construit « de A à Z » pour la seule capitale britannique. Ces machines révolutionnaires doivent être mises à disposition du groupe Arriva, l’un des acteurs majeurs des transports de surface londoniens. Si l’autobus urbain est aujourd’hui encore, à la différence de l’autocar, un marché sur lequel les constructeurs doivent en permanence adapter, au gré des commandes, leurs véhicules pour répondre aux spécifications très particulières de chaque opérateur, pareille radicalisation de la tendance outre-Manche n’a pas manqué de semer le trouble dans les milieux industriels comme chez nombre d’observateurs. A l’heure de l’Europe, où les exploitants seraient plutôt invités à rédiger des cahiers des charges ne spécifiant que les performances mais n’entrant plus dans la définition technique des produits, le futur autobus londonien, lui, fait figure de retour aux errements du passé. Il est né d’une promesse électorale de Boris Johnson, l’actuel maire de Londres, qui souhaitait une nouvelle « icône » ambassadrice de sa ville vis-à-vis du monde entier. Du coup, en attendant qu’un nom lui soit officiellement trouvé, le projet n’a pas tardé à être baptisé « Borismaster » par la presse comme par les professionnels, en mémoire du mythique Routemaster, qui était justement un pur produit de l’exploitant « London Transport » des années cinquante, et qui aura circulé plus de quarante ans dans les rues de la capitale avant d’être retiré du service en décembre 2005 pour non-compatibilité avec les nouvelles normes d’accessibilité. Cultivant un air rétro « so british », avec sa carrosserie toute en rondeur et sa plateforme arrière ouverte permettant aux voyageurs d’y monter ou d’en descendre librement, le Borismaster n’en sera pas moins un autobus « high-tech », avec sa transmission hybride-série.
Londres est l’exemple même d’un réseau urbain aux conditions d’exploitation redoutables, qui ne peut visiblement se satisfaire de l’offre standard des constructeurs. Déjà, au tout début des années 70, le « London Transport » avait voulu jouer la carte d’un retour au produit « sur étagère », en achetant à plus de deux mille exemplaires des autobus à étage sur châssis « Fleetline », majoritairement construits par Daimler. Le fiasco des DMS fut mémorable, les premiers de la série étant réformés pour disponibilité calamiteuse avant même que les derniers n’aient seulement été livrés. Curieusement, beaucoup connurent ensuite une seconde vie exempte de pannes chez de nombreux exploitants de province (et même de la capitale), laissant aussi accréditer l’idée que le « London Transport » n’avait pas su (ou pas voulu) changer ses méthodes de maintenance ancestrales pour les adapter au « Fleetline ». Mais ne serait-ce pas là une constante universelle dans le monde des opérateurs de transport urbain que de se montrer d’autant plus inflexibles à l’égard de l’industrie qu’ils sont en position de monopole sur leur propre terrain ?
Plus près de nous, la RATP n’a jamais eu, elle non plus, la réputation d’être un client facile. A tout seigneur tout honneur, les constructeurs sont souvent prêts à consentir bien des efforts pour décrocher un marché avec un client d’une telle envergure. Inversement, à la Régie, on ne manque pas de spécialistes compétents pour « passer à la moulinette » les offres reçues, et se montrer d’une intransigeance implacable à l’égard du respect de chacune des spécifications exigées. Et il n’est pas rare qu’une génération nouvelle d’autobus soit développée prioritairement, par un constructeur, en fonction des attentes de son plus gros client. Quand, dans les années 80, Renault opte, sur le futur R 312, pour une motorisation montée transversalement à l’arrière avec renvoi d’angle (une solution très discutable au plan de la consommation), il faut y voir le choix stratégique de la RATP d’acquérir à nouveau des autobus à trois portes et plancher plat, choix qui sera d’ailleurs remis en cause, un peu plus tard, par le même opérateur, en raison notamment de l’évasion tarifaire constatée et des problèmes d’incivilité…
Dans sa campagne électorale, l’actuel maire de Londres Boris Johnson avait aussi promis de débarrasser ses administrés des autobus articulés Citaro O 530G que son prédécesseur Ken Livingstone avait introduit en grand nombre dans la capitale. Et pas seulement pour l’envolée de la fraude liée au self-service incontournable sur un « 18 m » ! En fait, le véhicule allemand du constructeur Mercedes avait fait l’objet d’une attaque en règle par un tabloïd britannique, à la suite d’accidents de circulation impliquant des cyclistes. Là encore, les professionnels n’ont pas manqué de s’interroger sur la pertinence économique d’un tel retrait anticipé, au demeurant désormais bien engagé. Quant aux « poids lourds » européens de l’autobus, après moult hésitations pour certains, ils ont finalement tous décliné l’offre de construire le Borismaster : trop compliqué (encore que les moteurs-roues initialement envisagés aient été fort heureusement abandonnés en cours de développement), et surtout beaucoup trop particulier ! C’est Wright, en Irlande du Nord, qui a relevé le défi. Un industriel atypique qui ne cesse de grandir, et dont on n’a sûrement pas fini d’entendre parler…
Pourtant, sous tous les cieux, les constructeurs n’ont toujours rêvé que de standardisation. Par le passé, les organismes fédérateurs au plan national des opérateurs de transports urbains ont d’ailleurs essayé d’impulser de telles dynamiques. En France, au tout début des années 60, l’Utpur (Union des transports publics, urbains et régionaux, ancêtre de l’UTP, Union des transports publics), en conjonction bien sûr avec la RATP, avait justement lancé le projet de l’« autobus standard » (le si bien nommé !), avec un cahier des charges très contraignant, auquel répondirent nos trois constructeurs de l’époque, Berliet, Saviem et Verney. Le PCM du premier et, surtout, le SC 10 du deuxième furent produits en très grandes séries pour les réseaux français. En Allemagne, on observa exactement la même démarche de la part des organismes équivalents, VöV puis VdV (Verband Öffentlicher Verkehrsbetriebe, Verband Deutscher Verkehrsunternehmen), avec le Standard I dans les années 70, puis le Standard II dans les années 90. Là encore, il s’agissait d’une unification extrêmement poussée dans la définition comme dans la réalisation des véhicules (entre autres construits par Büssing, Mercedes et MAN), jusqu’à l’aspect extérieur qui, pour le commun des mortels, ne se différenciait plus, d’une marque à l’autre, que par la seule calandre et son logo. Cette approche pragmatique avait été aussi celle des Etats-Unis entre les deux guerres. On se souvient surtout du PCC (Presidents’ Conference Committee), qui réunit les dirigeants des grands réseaux américains, et d’où sortit ce concept de matériel « tramway » absolument révolutionnaire (particulièrement en ce qui concerne les équipements électriques de traction-freinage), auquel on continue toujours de faire référence, dans le monde entier, sous les trois fameuses initiales précitées. Actuellement encore, de très nombreuses motrices PCC circulent sur de grands réseaux européens. Au regard des chiffres de production atteints, la standardisation a donc toujours été synonyme de succès. Pourtant, elle n’a jamais réussi à s’imposer bien longtemps. A cela, au moins deux raisons. Sans doute aujourd’hui plus encore qu’hier, les élus entendent marquer d’empreintes visibles et durables leur mandature. Une certaine personnalisation, au moins « cosmétique », des matériels de transports urbains, en particulier pour les autobus, leur en fournit l’opportunité. Sans avoir accompli une œuvre comparable à celle de Boris Johnson, les élus de France ne semblent toutefois pas en reste, avec notamment l’invention du BHNS (bus à haut niveau de service). La deuxième raison qui ne milite pas en faveur de la standardisation est la tendance persistante des opérateurs eux-mêmes à vouloir répondre aux enjeux techniques avec, chacun, « leur » propre solution. Il y a une dizaine d’années, l’UITP avait bien essayé, à la demande pressante des constructeurs, de standardiser les logiques de commande des portes. Mais entre vantail louvoyant ou coulissant, à déplacement vers l’intérieur ou vers l’extérieur, avec rampes d’accès PMR (personnes à mobilité réduite) ou sans, la recherche même d’une unification des systèmes qui respecte l’enveloppe des textes réglementaires et apporte un « plus » au plan sécuritaire était vite devenue un véritable enfer ! Tout espoir n’est cependant pas perdu pour autant, puisqu’en septembre 2008 l’UITP a lancé un vaste projet de recherche et développement, planifié sur une période de quatre ans, en collaboration avec Mercedes, Irisbus, MAN, Scania et Volvo, afin de définir les contours d’un autobus du futur. Gageons néanmoins qu’autorités organisatrices et opérateurs continueront encore à avoir de fortes demandes de personnalisation, et que les constructeurs devront continuer à développer des prodiges de réactivité pour pouvoir s’y adapter…
Philippe Hérissé
Irisbus et Heuliez : la proximité avec les clients français
A eux deux, en France, Irisbus et Heuliez représentent aujourd’hui, dans le secteur urbain, 65 % du marché. Selon les années, la part du premier oscille entre 40 et 45 %, et celle du second entre 25 et 30 %. Mais hormis leur appartenance commune au groupe italien qui les réunit, chaque constructeur n’en mène pas moins sa propre vie. « Nous avons la chance, chez Iveco-France, de disposer de deux sites industriels spécialisés dans l’urbain, Annonay et Rorthais, avec chacun leur bureau d’études de proximité », explique Antoine Garnier, directeur commercial car et bus, en charge des grands comptes internationaux bus. « Chaque constructeur est ainsi motivé pour répondre aux demandes particulières de ses clients. » Bruno Maurin, responsable du pôle personnalisation d’Annonay, le confirme, l’objectif premier reste la compréhension des besoins : « Parfois, il arrive que certains clients aient déjà transformé leurs demandes en “solutions à eux”, et c’est à nous d’être alors force de proposition pour y répondre aussi bien, voire mieux, mais surtout sans que cela ne nuise ni à la qualité du véhicule ni à sa maintenance. » Après une lecture approfondie de l’appel d’offres, le constructeur entame les discussions avec l’opérateur. Le processus peut paraître simple, mais c’est dans le détail que tout devient rapidement compliqué. « Quand on doit monter cinq antennes différentes sur le toit d’un véhicule qui ont leur propre zone d’ombre, dont les unes vont parasiter les autres et pour lesquelles le câblage ne saurait excéder une certaine longueur, on ne fait sûrement pas cinq trous n’importe où ! », commente Bruno Maurin, qui rappelle que le constructeur est d’abord un « intégrateur », de la billettique aux portes, en passant par les girouettes, la télésurveillance, les systèmes d’aide à l’exploitation ou encore la radiotéléphonie. Le deuxième volet de la personnalisation, lui, est souvent moins technique, puisqu’il intéresse des aspects « marketing », comme l’implantation des sièges ou encore la livrée extérieure.
La logique adoptée tant par Irisbus qu’Heuliez consiste à traiter chaque personnalisation comme s’il s’agissait d’une option de série, soigneusement étudiée dès le plan de montage. Ainsi, un trou supplémentaire sera-t-il toujours percé avant le passage en cataphorèse, pour que la résistance à la corrosion ne soit en rien altérée par la modification. Environ 70 % des clients viennent réceptionner leur véhicule « tête de série » à l’usine, et c’est alors l’occasion pour le constructeur, sur une à quatre journées de vérifications communes, de « reboucler » avec eux… En moyenne, Irisbus et Heuliez reçoivent 50 demandes particulières par marché, représentant à chaque fois quelque 250 heures d’études supplémentaires. Dans le cas particulier de la RATP, ces chiffres sont évidemment largement dépassés. « En réalité, c’est presque un véhicule à part que nous faisons, autrement dit un “modèle RATP” de telle année ou pour tel marché, tant sont nombreuses les demandes particulières. Mais il peut y avoir heureusement 200 véhicules à produire à la clé… » Les autres clients des deux constructeurs n’ont pas, loin s’en faut, les mêmes appétits. La commande moyenne des opérateurs s’élève à deux ou trois véhicules par marché chez Heuliez, cinq ou six chez Irisbus, qui a la chance de compter parmi ses gros clients Paris et Lyon. « Mais même pour un seul véhicule commandé, nous déploierions les mêmes forces », assure Antoine Garnier. Le challenge est d’autant plus difficile qu’à chaque nouveau marché à peine 15 % des solutions à mettre en œuvre ont été déjà développées antérieurement et peuvent être reprises directement…
Parmi les récents marchés les plus emblématiques, les 14 Citelis articulés pour Saint-Etienne (dont les deux premiers ont été livrés en décembre 2010 et les douze autres en début d’année) auront requis, pour circuler dans la « ville du design », une refonte complète de leur pavillon, avec profilés en aluminium spécifiques intégrant deux rampes lumineuses continues en remplacement de l’éclairage intérieur en quinconce, sans pour autant changer, au final, la puissance et le niveau d’éclairement. Le designer avait aussi prescrit des colonnes « double coude », pour lesquelles Irisbus a suggéré, avec succès, une variante d’exécution ne trahissant pas l’idée d’origine, mais sauvegardant l’utilisation des pièces d’accastillage habituelles, afin de préserver la sécurité des voyageurs debout ainsi que la facilité de maintenance. Pour les Citelis standards à trois portes destinés à la SRWT (Société régionale wallonne du transport), le constructeur a dû concevoir des postes de conduite entièrement fermés, supportant de surcroît de volumineux monnayeurs et distributeurs de billets. En Suède, Veolia spécifie des rampes PMR manuelles sur porte avant pour ses Citelis GNV de 10,60 m. A la faveur d’un marché norvégien, le constructeur a été amené à étudier un système de projection de sable devant les roues arrière pour restaurer l’adhérence sur chaussée enneigée. Enfin, à Athènes, les Citelis GNV standards à trois portes devaient être chacun impérativement livrés avec… un jeu de chaînes ! Et l’on s’étonnera que les constructeurs éprouvent parfois quelque difficulté à comprendre les souhaits de leurs clients…
La prouesse des équipes réside dans la rapidité avec laquelle il faut opérer, puisque la définition technique, le développement, les études, l’industrialisation et le montage doivent se dérouler dans le délai commercial de livraison des véhicules. De fait, le détail des demandes particulières émanant des opérateurs n’est connu qu’une fois leur commande acquise. Autrement dit, le constructeur ne dispose que de six à sept mois pour réagir. « Mais nous avons pour nous la proximité géographique et culturelle avec nos clients, bien utile pour le développement comme pour la réception des véhicules, et puis nous n’avons pas à traduire les documents dans une autre langue… », ajoute Antoine Garnier. C’est là sans nul doute l’avantage d’une implantation du constructeur au pays de l’opérateur…Ph. H.
Scania : l’enrichissante expérience parisienne
Mis en service au printemps 2003, les dix Omnicity articulés à moteur de 260 ch livrés pour la desserte Orlybus, entre Paris (Denfert-Rochereau) et l’aéroport d’Orly, ont représenté, à l’époque, une vraie révolution. Pour la première fois, la RATP diversifiait ses fournisseurs en faisant entrer un constructeur étranger, achetait un véhicule avec climatisation complète (continuité du confort avec le transport aérien), et de surcroît un véhicule qui était entièrement multiplexé. « Pour nous, qui n’avions jamais encore travaillé avec un opérateur aussi important en France, c’était une vraie découverte », se souvient Stéphane Boidin, l’actuel directeur des ventes cars et bus de Scania France. La plus sérieuse difficulté ? Saisir les attentes du client et les retranscrire pour la production. « Nous devions d’abord bien comprendre nous-mêmes les spécificités techniques voulues par l’opérateur, car ce qui est écrit au cahier des charges ne reflète pas toujours en totalité les besoins réels du client, d’où la nécessité de nombreuses réunions à notre bureau d’études en Suède, avec souvent la participation des ingénieurs de la RATP », rappelle Stéphane Boidin. Depuis la fin de l’année 1999, l’Omnicity n’est plus produit à Angers, mais à Slupsk, en Pologne. Aussi y avait-il également un important travail de traduction de l’ensemble des spécifications à l’intention de ceux qui allaient devoir les mettre en œuvre. Les points délicats intéressaient la cabine de conduite anti-agressions, les processus de gestion des cycles d’ouverture et fermeture des portes avec leur synoptique de sécurité, l’aménagement des racks à bagages (entre autres, au droit de l’intercirculation !), et l’intégration particulièrement complexe du volumineux SAEIV (système d’aide à l’exploitation et d’information des voyageurs) propre à la RATP, avec ses équipements de géolocalisation ou encore ses interfaces vers l’électronique générale de l’autobus. Il a fallu, par exemple, modifier la structure même du véhicule pour que la centrale électrique du SAE, logée dans le pavillon, n’entraîne pas une réduction de la hauteur sous plafond en dessous du 1,80 m réglementaire. Trois mois avant l’arrivée de la série, les spécialistes de la RATP ont pu valider à Slupsk un véhicule « tête de série », opération d’une durée de deux jours avec vérifications et mesures systématiques. « Avec l’opérateur, nous sommes partenaires et devons apprendre à travailler ensemble », insiste Stéphane Boidin, qui n’hésita pas à consacrer une journée suivie d’une nuit entière au centre-bus d’Ivry pour présenter le véhicule à l’ensemble des mécaniciens de l’établissement…Ph. H.
MAN : sans discrimination de volume ou de perspective
« Nous nous attachons en permanence à adapter nos véhicules aux besoins de nos clients, et nous avons su mettre en place des structures et une organisation orientée “projets” qui nous permettent de traiter des demandes parfois bien éloignées de la définition de la série, sans aucune discrimination de volume ou de perspective », assure Laurent Gugumus, directeur de la division bus et car chez MAN France.
En 2006, pour la communauté d’agglomération d’Albi, le Lion’s City se dote d’une nouvelle carrosserie, avec un découpage des panneaux latéraux tout à fait spécifique à ce marché. L’adoption de bas de caisse segmentés facilite la maintenance, en permettant le remplacement facile d’un élément en cas d’accrochage. Deux autres agglomérations (Evry, dans l’Essonne, et Périgueux) adopteront, dans la foulée, le concept proposé. La même année, pour satisfaire à une exigence de luminosité accrue à l’intérieur des véhicules de transport public, MAN entreprend d’équiper ses autobus articulés d’un soufflet d’articulation translucide totalement innovant, dont non seulement les côtés mais aussi la partie supérieure assurent la transmission de la lumière.
« En 2007, dans le cadre du marché de la SMTC (Syndicat mixte des transports en commun) à Belfort, MAN valide le projet d’un bureau de design local et modifie l’aménagement intérieur de ses véhicules en adoptant une implantation spécifique présentant trois zones distinctes, à l’avant, au milieu et à l’arrière, avec trois harmonies de couleurs différentes », rappelle Laurent Gugumus. « Le concept BHNS s’approprie ainsi une formule qui, depuis, a été reprise en d’autres endroits… »
A la recherche constante d’innovations esthétiques, le constructeur a livré en 2009 au réseau d’Annemasse des autobus articulés avec « spoiler » de pavillon s’inspirant de celui du Lion’s City Hybrid qui, sur ce dernier véhicule, sert de carénage pour les supercapacités du système de stockage de l’énergie. Apparu au congrès UITP de Vienne en 2009, l’Hybrid avait alors fait sensation pour son design
futuriste…Ph. H.
Solaris : un BHNS franco-polonais pour l’export
Parmi les commandes françaises où le respect des demandes spécifiques du client a nécessité, de la part des équipes du constructeur Solaris, une importante adaptation du véhicule en amont et lors de sa production, se détachent le marché dit « Transdev Aéroport Services » pour le pôle de Roissy et l’exploitation Air France, ainsi que le BHNS (bus à haut niveau de service) « T-Zen » du Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France), également exploité par le même opérateur.
Sur Roissy, Solaris a dû concevoir des racks à bagages modulaires en fonction de l’exploitation et des capacités souhaitées, notamment pour les véhicules utilisés par les personnels navigants commerciaux. Le constructeur a également réalisé un véhicule avec toit solaire pour la récupération d’énergie. Concernant le BHNS, il s’agit d’un développement complet du véhicule sur la base de l’articulé Urbino 18. Au rang des modifications et innovations, on relève une toute nouvelle face avant de type « tramway », s’inspirant justement du nouveau Tramino produit depuis peu par le même constructeur, une face arrière dédiée, un poste de conduite également inspiré du tram avec tableau de bord tactile, des pneumatiques « supersingle » sur l’essieu 2 pour élargir le passage à l’intérieur, une articulation translucide, des portes coulissantes, et des luminaires de type « spot » avec éclairage du plancher. Le véhicule T-Zen est équipé du système de guidage optique de Siemens. Développé initialement pour le Stif, ce projet pourrait assez vite faire école. « Nous répondons actuellement avec le même BHNS sur d’autres marchés français ou étrangers », confie Christian Weintz, président de Solaris France. « Notre plateforme de véhicules urbains a justement été étudiée pour une flexibilité maximale, elle peut recevoir toutes les technologies envisageables (diesel, GNV, hybride, trolley, BHNS), et nous permet une grande réactivité. »Ph. H.

En deux jours, Lyon a révolutionné ses bus
A 4h22 du matin, Nicolas et Giovanni ont quitté le dépôt Alsace au volant de leurs Cristalis, des trolleybus articulés flambant neufs, pour rejoindre Cuire et Vancia, au nord de Lyon. Ces conducteurs pionniers de la mise en service d’Atoubus sur deux lignes fortes (C1 et C5) seront suivis quelques minutes plus tard par Gilles Thénard, qui inaugure la toute nouvelle ligne C2(*), programmée pour ce premier jour d’Atoubus, l’ambitieuse opération de restructuration en profondeur et d’amélioration du réseau de surface des TCL.
Cette nouvelle ligne est tout un symbole de la démarche visant à mieux s’adapter aux changements de mode de vie des clients et à l’évolution de l’agglomération urbaine. C2 s’affirme ainsi comme l’une des 26 lignes fortes créées par Atoubus, elle apporte une offre supplémentaire attractive – avec du matériel neuf et des horaires cadencés – et dessert une commune importante au nord de Lyon, Rillieux-la-Pape, densément peuplée et dotée d’une zone d’activités dynamique. Dès le premier jour de mise en œuvre d’Atoubus, les responsables du Sytral et des TCL (Keolis Lyon) se sont félicités des résultats du lancement de l’opération, les 132 lignes réorganisées fonctionnant « avec une ponctualité et une régularité très satisfaisante, de façon conforme à la moyenne nationale ».
Sur la forme, la mécanique de mise en place d’Atoubus, longuement préparée en amont, a donc tenu ses promesses. D’ailleurs, s’ils ont conscience de participer à un mouvement de grande ampleur, beaucoup de conducteurs que nous avons rencontrés le 29 août dans les trois dépôts d’Alsace, des Pins et de Vaise reconnaissent que leur travail au quotidien continue comme avant. Sur le fond, la restructuration opérée par Atoubus tire le réseau vers le haut, avec une offre de trois millions de kilomètres supplémentaires (+8%) grâce à la réorganisation des itinéraires, le recrutement de 250 conducteurs et l’acquisition de 79 véhicules articulés. Au bout du compte, l’objectif est d’augmenter de 10 % d’ici fin 2012 la fréquentation des bus, qui représente actuellement 500 000 voyages par jour sur un total de 1,4 million de voyages.
L’objectif semble facile à atteindre, selon Michèle Vullien, maire de Dardilly et élue du Sytral en charge du plan Atoubus : « La tendance est favorable aux transports en commun depuis plusieurs années, Atoubus va renforcer ce cercle vertueux par rapport à la voiture, qui voit sa part de marché en baisse continue à Lyon. » L’élue, connue comme grande utilisatrice des TCL, estime que le changement peut perturber certains clients, et même inquiéter certains maires, mais reste confiante : « Il faut laisser aux voyageurs entre trois à six mois pour s’habituer. » Selon elle, la concertation menée entre l’automne 2009 et le printemps 2010 avec les maires des 65 communes du périmètre Atoubus a permis de régler la grande majorité des problèmes. Les élus ont fait part de leurs remarques, souvent en relayant celles de leurs administrés, qui ont été traitées jusqu’à fin 2010.
Si des modifications – remontées à partir du terrain – peuvent encore être envisagées, « elles seront marginales », concède Michèle Vullien, en réfutant certaines récriminations. Par exemple sur la ligne 3, qu’elle pratique au quotidien : « Il est reproché à Atoubus de “couper” (décaler la correspondance) la ligne dans le centre-ville alors qu’elle bénéficie de 23 bus supplémentaires par jour. Quelques clients occasionnels peuvent se plaindre, mais les abonnés y trouvent leur compte », dit-elle en définissant Atoubus comme « le réseau du futur ». Un projet devenu réalité, pour lequel le personnel des TCL a décidé de pavoiser les bus, une tradition habituellement réservée aux jours de fête nationale et de la foire de Lyon.Claude Ferrero
Un coût de 40 millions d’euros
Le budget d’Atoubus est évalué à 40 millions d’euros, dont la plus grande partie (30 millions) est consacrée à l’achat de 79 véhicules livrés en 2011. Le solde se répartit entre le changement de signalétique, les aménagements dans les dépôts (aires de stationnement, dispositifs de maintenance en hauteur pour les nouveaux trolleybus, etc.), les aménagements de voirie (terminus, accès aux dépôts…) et la communication auprès du public (sites Internet, 1,2 million de plans, 2,4 millions de fiches horaires, etc.).
Les TCL ont aussi informé sur le projet Atoubus directement au contact des voyageurs depuis le printemps avec des minibus sur les marchés et les lieux publics. Pour le lancement, les TCL ont mobilisé 470 agents d’information dans 80 points stratégiques, du 24 août au 10 septembre : agents médiateurs AMIS, salariés de Keolis et intérimaires, dont une trentaine de jeunes retraités de Keolis Lyon.35 000 panneaux d’informations changés en deux jours
Si le projet Atoubus a pris deux ans et demi de préparation entre les services du Sytral et de Keolis Lyon, le changement de signalétique traduisant sa nouvelle identité visuelle a été une affaire rondement menée pendant le week-end du 27-28 août, la veille de la mise en service. Il s’agissait d’afficher les nouveaux itinéraires et les nouveaux horaires des nouvelles lignes sur pas moins de 4 000 points d’arrêt du réseau et sur les plans embarqués des bus, du métro et des tramways. Soit au total quelque 35 000 supports à revêtir de la nouvelle signalétique affichant les 26 lignes majeures (en C), les 71 lignes complémentaires et les 35 lignes spécifiques d’Atoubus. En outre, 230 points d’arrêts supplémentaires ont été créés pour l’occasion.
Pour réussir à dévoiler la nouvelle signalétique en deux nuits et une journée avec 120 agents, les promoteurs d’Atoubus ont procédé en deux temps. Le plus gros du travail a été réalisé en amont, à partir du 25 juillet, par 70 agents qui ont d’abord installé les nouveaux panneaux de signalétique, puis les ont recouverts d’un adhésif comportant les mentions habituelles de la ligne. Deuxième temps, les 27 et 28 août : les agents n’avaient plus qu’à ôter le masque adhésif pour révéler le changement de signalétique.
LGV Est-européenne : Strasbourg en trace directe, objectif 2016
La réalisation de l’acte II de la ligne à grande vitesse Est-européenne est désormais entrée dans sa phase active. Objectif, une mise en service de ce tronçon long de 106 km au printemps 2016. Un « raccourci » qui fera encore gagner une demi-heure sur l’axe Paris – Strasbourg, ces deux villes étant alors reliées en 1 heure et 50 minutes. Et, bien sûr, cette nouvelle amélioration des temps de parcours profitera à de nombreuses autres destinations, vers l’Allemagne d’un côté, vers l’ouest, le sud-ouest, et le nord de la France de l’autre…
Les grands chantiers de terrassement et de construction d’ouvrages d’art sont aujourd’hui en pleine effervescence. « Nous avions lancé les premiers grands lots de génie civil en 2010. Aujourd’hui, les dix lots constituant cette deuxième phase, dont trois sont proposés sous forme de conception/réalisation, sont tous attribués et ont démarré au cours de cet été. En parallèle, nous avons lancé l’appel d’offres équipement pour la voie et la caténaire et la base travaux de Réding, également sous forme de conception/réalisation. Les autres consultations – télécommunications, alimentation des caténaires, signalisation, etc. – suivent », explique Alain Cuccaroni, directeur RFF des opérations de la LGV Est-européenne.
Sur le terrain, dans d’impressionnantes norias, les dumpers chargés de matériaux sains ou déposés, incompatibles avec la structure d’assise, s’activent ; les scrapeurs, bouteurs et autres engins de Guintoli, Valérian ou autre Eiffage brassent et nivellent inlassablement les millions de mètres cubes nécessaires au modelé de la future plateforme. Les entreprises de terrassement doivent profiter de la saison « sèche ». En prenant le maximum de précautions pour éviter toute rencontre impromptue avec ces monstres, mi-août, il était même déjà possible de rouler en véhicule de service sur une partie de la trace, pourtant à l’allure de véritables montagnes russes par endroits.
Ça et là, quelques ouvrages courants sont d’ores et déjà achevés, même s’ils ne sont pas encore raccordés à la voirie. Le pont-rail du canal des Houillères, par exemple, est en passe d’achèvement. Dans le parc naturel de Lorraine, les deux grands ouvrages de passage supérieur pour la faune – 40 et 45 m de largeur ! – sont aussi presque dans leur état définitif. L’un d’eux a même été découvert par plusieurs centaines de personnes lors d’une « porte ouverte » organisée par RFF, le 18 juin. Plus loin, un saut-de-mouton enjambe déjà la future LGV. Il la reliera à la petite ligne à voie unique de Drulingen, qui vient d’être intégralement réhabilitée sur ses cinq premiers kilomètres, pour offrir la possibilité de relations directes par TGV entre Nancy et Strasbourg. En attendant, elle va permettre d’ici à deux ans aux premiers trains-travaux d’alimenter la ligne nouvelle en matériels de superstructure : les rails, les traverses, le ballast et les installations caténaire stockées sur la future base-travaux de Réding. Quelques piles de plusieurs grands viaducs sont sorties de terre, d’autres sont en cours de ferraillage, des terrains compressibles par création de pieux ou traitements lourds sont confortés… C’est le cas notamment au niveau de l’approche du futur viaduc de la Sarre, près de Sarraltroff, qui marque en quelque sorte la « frontière » entre les 27 km du lot TOARC 41 (terrassement, ouvrages d’art et rétablissement des communications) et les 17 km du TOARC 42. L’ouvrage de 441 m, dont les premiers éléments de la charpente métallique arrivés par convois exceptionnels de l’usine italienne de la société Cordioli & C sont en cours de soudage, franchira une route départementale (RD43), la ligne à double voie Luxembourg – Metz – Strasbourg et la Sarre. Deux de ses huit piles sont achevées, la structure ferraillée de plusieurs autres attend le bétonnage.
Mais le gros de l’activité règne surtout autour : d’immenses cages d’armature métallique sont en cours de fabrication, et celles achevées sont descendues dans le sous-sol à l’aide d’une grue pour la réalisation des pieux de fondation du viaduc. « Sous son remblai d’accès, qui sera haut de 16 m, long de 470 m et large à la base de 60 m, environ 1 800 inclusions rigides, des colonnes bétonnées d’un diamètre de 600 mm et de 9 m de profondeur sont en cours de réalisation », indique Pierre Nicolas, directeur de projets chez Inexia, la filiale de la SNCF, mandataire d’un groupement avec Arcadis, chargée de la maîtrise d’œuvre des 71 km du tronçon G, la partie Lorraine du projet. Un tronçon dont les sols particulièrement médiocres doivent être impérativement traités avant toute montée de remblais ou création d’ouvrages.
Quelques kilomètres plus loin, dans la vallée du Bruchbach, ce sont des zones comportant des cavités qui ont été détectées. Des traitements gravitaires, mélange de sablon et ciment, cumulant déjà quelque 1 300 m3, sont injectés sous faible pression dans le sol. Ils sont doublés d’un renforcement en pied de remblai, consistant à dérouler sur une base drainante en matériaux rapportés un géotextile susceptible de parer à d’éventuels fontis jusqu’à 3 m de diamètre.
Par mesure de sécurité, de nombreux sondages de reconnaissance ont été menés au droit de la future plateforme. Exemple, sur le futur remblai 506, situé dans la vallée du Bruchbach, qui atteindra 2,5 km de longueur, quelque 400 forages cumulant 6 000 m ont été effectués. Un processus similaire va être mené pour le remblai 509 de 1 800 m au droit de la commune de Hérange. « Entre la découverte de toutes ces cavités, principalement sur le lot 42, et le fait d’avoir été contraint de faire plus de purges que prévu, c’est-à-dire de substituer plus de mauvais matériaux, nous avons dû approvisionner 173 000 m3 supplémentaires de matériaux de qualité zone inondable. Le planning est tendu », poursuit Pierre Nicolas.
Un autre facteur joue beaucoup sur l’avancement des travaux : les conditions météorologiques. Si le printemps s’est montré favorable aux terrassements, juin et surtout juillet l’ont été beaucoup moins. « Nous avons eu cinq jours d’intempéries en juillet, ce qui correspond à plus de 10 mm de pluie en vingt-quatre heures consécutives. Avril et mai ayant été très beaux, les travaux avaient bien avancé et il n’y a pas de retard », explique Agathe Casaert, chargée du suivi des 8 km du lot TOARC n° 43A.
Confiés à Valérian (mandataire), les travaux, représentant 1,5 million de m3, de déblais ont débuté dès mai 2010 et doivent s’achever pour les grandes masses en fin de cette année. Ce lot, intégrant le futur viaduc de franchissement de l’autoroute A4 construit par Spie Batignolles, se situe sur l’autre tronçon, le H, qui se caractérise par une innovation technique expérimentée lors de la phase 1 : la mise en œuvre d’une couche en grave-bitume sur une trentaine de kilomètres.
Représentant les derniers 35 km de la LGV, ce tronçon comprend les 7 km du lot 47, caractérisé par le tunnel de Saverne, puis le TOARC 43A de 8 km, et le 43B, un autre TOARC de 15 km, ces lots encadrant le 48, correspondant aux deux viaducs (séparés par un remblai) de la vallée de la Zorn qui franchiront la voie classique Paris – Strasbourg et une route départementale pour le premier, la rivière et le canal de la Marne au Rhin pour le second. La notification pour réaliser ce chantier vient d’être confirmée à Bouygues le 11 juillet dernier.
Et enfin le 49, lot compact en longueur mais complexe, puisqu’il s’agit des raccordements de la LGV sur la ligne classique à Vendenheim (Bas-Rhin), à l’entrée de Strasbourg, qui vont être réalisés par Razel-Bec. La maîtrise d’œuvre de ce tronçon H est assurée par Setec International. Comme sur le G, de multiples précautions sont prises au niveau des terrassements, qui, au total, représentent environ 6 millions de m3 à extraire, 2,5 millions à mettre en dépôt, le reste servant à l’édification de remblais. Quelque 350 000 m3 provenant du creusement du double tunnel seront par ailleurs réutilisés sur le 49, très déficitaire en matériaux. « La majorité des terrains alsaciens sont constitués de sols fins, difficiles à terrasser par temps humide, avec des marnes en fond de déblais et des matériaux compressibles en fond de vallon », résume Bernard Mitte, de Setec International, directeur maîtrise d’œuvre travaux pour ce tronçon H. Conséquences, de nombreuses mesures sont prises, comme des traitements à la chaux et des préchargements provisoires par d’énormes volumes destinés à accélérer le tassement de l’assise des futurs remblais. La recherche de cavités de dissolution de gypses sous le tracé nécessite, comme sur le lot G, des investigations poussées par géoradar et sondages. Selon leur nature et leur importance, elles peuvent être bouchées au béton, voire, si elles se trouvent en proximité de surface, ouvertes de façon à effectuer une substitution avec du matériau sain.
Michel BARBERONLe calendrier des travaux
-Juin 2010 à 2013, travaux de génie civil
– Fin 2012 à mi-2015, pose des équipements ferroviaires
– Mi-2015 à printemps 2016, essais et procédure d’autorisation d’exploitation
– Printemps 2016, mise en service commercialPhase 2, les chiffres du génie civil
– 106 km de plateforme
– 18,5 millions de m3 de déblais
– 12,8 millions de m3 de remblais
– 10,4 millions de m3 de dépôts
– 129 ouvrages d’art, dont 9 principaux
– 1 tunnel de 4 km
– 8 aires de stockage de matériaux de génie civil
Cassiopée, le premier car-simulateur
Quand un opérateur d’autocars ou d’autobus déclare trop de sinistres, il voit sa prime augmenter. Pour le réseau Réunir, qui fédère en France nombre d’entreprises indépendantes œuvrant dans l’interurbain, l’urbain, le scolaire et le tourisme, ce mécanisme régulateur n’est sûrement pas le meilleur. Bien au contraire, priorité devrait être donnée à la prévention, aux seules fins d’éviter que les conducteurs d’autocars ou d’autobus ne se placent eux-mêmes, bien involontairement, dans des situations réputées « à risque ». L’analyse des sinistres montre que tout accident met invariablement en cause l’un des trois éléments suivants : l’infrastructure routière, le véhicule, ou le conducteur. Or il n’y a guère que le troisième sur lequel Réunir peut agir, mais c’est finalement tant mieux puisque 95 % des sinistres sont justement consécutifs à une erreur humaine ! Et comme le réseau se veut également très impliqué dans le développement durable, l’idée lui est donc venue de se doter d’un outil pédagogique totalement révolutionnaire pour la formation à la conduite économique et à la sécurité routière…
Cassiopée (« ca » de car, « s » de sécurité, « s » de simulation, « i » de innovation, « o » d’optimisation, « p » de prévention) est un car-simulateur développé et construit en partenariat avec Develter Innovation et Irisbus. Projet de 400 000 euros, c’est aujourd’hui, en Europe, le seul simulateur de conduite capable de reproduire 50 scénarios d’accidents dans 20 configurations différentes (ville, route, autoroute, brouillard, pluie, neige, nuit), tout en allant lui-même à la rencontre des entreprises sur leur propre territoire. Le véhicule choisi est un Evadys quasi-neuf mis à disposition, pour un euro symbolique, par Irisbus. Il est aménagé avec espace de simulation à l’avant, salle de réunion à l’arrière, et groupe générateur d’autonomie sous le plancher. Stéphane Develter, le concepteur, est formel : « Sur la route, quelques dixièmes de secondes, ça peut tout changer ! » Installé au poste de conduite, le conducteur voit défiler la route sur trois écrans de 40 pouces. Toutes ses actions et temps de réaction sont enregistrés. Dans chaque région française, un formateur de Réunir assurera le fonctionnement du car-simulateur, animant les séances (douze personnes au maximum). Et il exposera les comportements qui auraient pu éviter l’accident…
Philippe Hérissé
Pour rendre les transporteurs heureux…
Réunir est une association loi de 1901, qui est née en 1998 de la volonté de quatre chefs d’entreprise appartenant au secteur du transport par autocar. « Notre rôle est d’apporter tout ce qu’il faut pour rendre un transporteur heureux ! », résume en forme de boutade Christian Rey-Renaux, responsable du pôle recherche et développement d’un réseau d’adhérents dont la vocation première est de fédérer les entreprises indépendantes, autrement dit non rattachées à un grand groupe. Aujourd’hui quatrième opérateur national, Réunir rassemble 120 entreprises certifiées, représentant globalement 6 000 véhicules et 7 000 salariés, qui transportent de 160 à 170 millions de voyageurs par an, réalisant un chiffre d’affaires d’environ 430 millions d’euros. Ces entreprises œuvrent dans les transports publics interurbains (19 régions et 62 départements), le transport scolaire (plus de 3 500 services par jour), le transport urbain (avec 31 exploitations dont 21 en tant que titulaires), et enfin les transports touristique et occasionnel. Pour appartenir au réseau, le chef d’entreprise doit accepter un audit social, signer une convention d’engagements réciproques et, surtout, obtenir la certification « qualité Réunir » dans les quatre ans suivant l’adhésion.
Le réseau Réunir travaille sur des domaines aussi variés que la qualité, les services, le marketing, les relations sociales, l’environnement ou encore l’assurance, avec un effort particulier sur la prévention des risques. Il a notamment créé une centrale de référencement des fournisseurs (pour permettre aux adhérents de bénéficier des meilleurs rapports qualité/prix), une cellule de réservation des autocars (pour faciliter les démarches des donneurs d’ordre nationaux), une structure d’assurance dédiée (« Réunirassurance », pour accompagner au quotidien ses adhérents dans la gestion des sinistres), une permanence « gestion de crise » mobilisable à tout instant, ou encore différentes structures régionales (qui participent au développement des transports de voyageurs par autocar dans tout l’hexagone, en phase avec les nouveaux enjeux de la profession). Enfin, le réseau fournit assistance et conseil à ses adhérents confrontés à la complexité actuelle des appels d’offres. En mettant en commun leur savoir-faire, les entreprises indépendantes appartenant à Réunir peuvent ainsi mieux répondre aux attentes des autorités organisatrices comme à celles de leurs passagers…Ph. H.

Eurolines débute timidement dans les liaisons interrégionales
Si Eurolines avait fait grand bruit en février dernier pour annoncer son intention de proposer dès le mois de mai plus de 500 trajets entre les régions françaises, la société est cette fois-ci beaucoup plus discrète. C’est sans tambours ni trompettes qu’elle a mis en ligne cet été ses billets pour les six premières liaisons. « Les ventes ont ouvert le 8 juillet sur les six lignes pour lesquelles nous avons obtenu l’autorisation du ministère des Transports, fin juin », se borne-t-on à confirmer au service communication. Il s’agit de dessertes en cabotage, comme le permet le décret d’application.
Quid des 494 autres lignes envisagées par la filiale de Veolia Transport ? Elles sont visiblement en attente des autorisations ministérielles. « Nous avons pris du retard sur notre agenda et avons un certain nombre de demandes en instances », confirme-t-on laconiquement. Les premières villes concernées sont toutes situées dans l’ouest de la France : Caen, Rouen, Rennes, Nantes et Angers, toutes desservies au départ de Paris. Et s’y ajoute un Rennes – Rouen. Une offre qui s’adresse aux habitués d’Eurolines, dont 46 % de la clientèle sont constitués d’étudiants et de jeunes trentenaires à petits revenus. Huit billets sur dix sont achetés au cours des quatre jours précédant le départ, à des prix garantis « les plus bas du marché ».
Il s’agit bien de dessertes en cabotage, c’est-à-dire en faisant faire des escales aux autocars effectuant des liaisons internationales, seule possibilité actuellement ouverte par la loi française. Suite à l’autorisation de Bruxelles, en 2010, un décret d’application est paru en novembre 2010, puis un arrêté en janvier 2011, fixant les conditions à remplir pour les opérateurs. Exigence impérative : le chiffre d’affaires réalisé sur la partie nationale doit représenter moins de la moitié de la totalité du CA de la ligne. Les places proposées par Eurolines sont donc puisées dans le stock des invendus des liaisons internationales, qui affichent un taux de remplissage de l’ordre de 60 à 70 %.
Sur le papier, tout est clair, alors, pourquoi tant de mystère et ce lancement en catimini ? La situation agace un peu le président de la FNTV, Michel Seyt, même s’il salue cette première. « Le ministère des Transports n’est pas en mesure de donner des informations précises sur l’examen et l’avancée des autorisations, on se demande pourquoi, s’interroge-t-il. Nous sommes plutôt en retard par rapport à des pays comme l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Avec notre très forte culture du train, c’est comme si la France autorisait ces dessertes de cabotage à contrecœur. »
Cette ouverture préfigure l’évolution future promue par la FNTV, qui nécessite une révision de la Loti et est en cours de discussion avec le ministère : la mise en œuvre d’une offre interrégionale structurée à l’initiative de deux ou trois régions sans autorisation ministérielle – c’est aussi l’objet de l’amendement d’Hervé Mariton. « Il y a un marché pour l’autocar express, notamment sur des transversales mal desservies en train comme Clermont – Montpellier, estime le président. Nous espérons que quelques expérimentations verront le jour au cours des douze prochains mois… » Il est toutefois à craindre des réticences de certaines régions, qui risquent d’y voir une concurrence avec le TER. Pourtant, la loi a déjà prévu un verrou, puisque dans le cadre du cabotage les AOT peuvent contester une desserte en car qui menacerait l’économie d’une ligne existante.
Cécile NANGERONI
Carte d’identité
– Eurolines est une association de 32 entreprises de transport privées créée en 1985. La marque fédère le plus vaste réseau de transport par car d’Europe : 600 destinations (Europe et Maroc) au départ de 92 villes de France, mais aussi d’un pays à l’autre (un Sicile – Helsinki ou un Casablanca – Moscou sont notamment proposés).
– En 2005, Veolia Transport est devenu actionnaire à 100 % du groupe VT-Eurolines, si bien que Veolia détient et exploite la marque en Belgique, en France, aux Pays-Bas et au Portugal, et est en partenariat en Pologne, Espagne et République tchèque.
– En 2009, 110 millions de kilomètres ont été parcourus sur le réseau Eurolines, qui a accueilli près de 4 millions de voyageurs en 2010.
– Près de 500 véhicules circulent quotidiennement, soit 2 % des déplacements motorisés intereuropéens.Le match autocar/train
Pour chacune des destinations, nous avons interrogé les sites Internet d’Eurolines et de la SNCF, avec une date de départ imminente et une lointaine. A noter que la desserte Eurolines se résume à trois allers-retours par semaine, c’est-à-dire un trajet proposé un jour sur deux, soit les mardis, jeudis, et samedis au départ de Paris. Et si le match tarifaire est parfois serré, le temps de parcours est toujours en faveur du train, a fortiori pour les trois liaisons assurées en TGV. Voici les résultats :
• Paris – Rouen : dans un mouchoir
En autocar, le trajet dure 1h45 et le billet ne coûte que 8 €. En train, 1h10 à 1 heure 38 suffit pour un prix de 21,60 € en Intercités tarif normal et de 16 € en Prem’s.• Paris – Caen : parfois au même prix
Eurolines assure la liaison en 3h30, tandis que la SNCF le fait en 1h48 ou 2h34. Le car coûte 15 €, le train 32,90 € en tarif normal, mais on peut trouver un Prem’s pour 15 € !
• Paris – Angers : kif-kif seulement en Prem’s
A partir de 17 € le parcours de 4h45 en autocar (parfois à 22, 27 ou 33 €), tandis que le TGV file en 1h30 ou 1h47 et offre des Prem’s à 28 €, et des billets plein tarif loisirs à 58,70 €, des loisirs réduits à 40, 41, 43 ou 46 €, entre autres.
• Paris – Nantes : gros avantage au TGV
Il faudra patienter six longues heures dans le car et débourser au moins 22 € (mais il en coûte 27 ou 33 € en dernière minute ou le samedi), alors que le TGV trace sa route en 2h01 (meilleur temps) et au pire 2h22 pour un prix de 58,70 € en plein tarif loisirs, le billet loisirs réduit pouvant descendre à 44 €, le Prem’s étant à 33 €.
• Paris – Rennes : l’autocar ne fait pas le poids
Moyennant 24 € et 5h45 d’autocar, les voyageurs qui ne sont pas pressés arriveront à bon port. Le TGV lui emmènera les voyageurs en 2h04 ou 2h31 pour 55,80 € (loisirs plein tarif) ou 35 € s’ils arrivent à dénicher un billet Prem’s.
• Rouen – Rennes : vive l’autocar !
Sur cette liaison qui n’est jamais directe en train, la SNCF ne fait pas le poids. Il faut passer par Paris ou Le Mans, voire les deux pour rallier ces deux villes de province, soit un temps de parcours allant de 4h12 à 5h58 pour couvrir 315 km ! Le tarif est à l’avenant : 71,20 € en plein tarif loisirs via Paris, ou 58 € via Le Mans. On peut aussi trouver des Prem’s à 57 ou 61 €. Le match est gagné haut la main par le car qui devrait faire le plein en promettant un trajet de 4h et moyennant un tarif défiant toute concurrence : à partir de 19 € !
Les low-cost bousculent le monopole des taxis
Grâce à l’assouplissement de la réglementation, de nouveaux acteurs du transport à la demande (TAD) se lancent sur le marché, quitte à concurrencer directement les taxis. Une libéralisation qui ne va pas sans poser problème. Le marché des taxis s’ouvre progressivement à la concurrence. Trois ans après le rapport Attali qui préconisait une déréglementation du secteur et notamment la fin du numerus clausus, le gouvernement a fini par lâcher la bride au transport à la demande (TAD). La loi de développement et de modernisation des services touristiques du 22 juillet 2009 a autorisé la création de nouvelles licences, en particulier celle de « véhicule de tourisme avec chauffeur (VTC) ». Celle-ci est délivrée par Bercy, via le ministère du Tourisme et l’organisme Atout France, contrairement aux licences de taxis traditionnels qui dépendent de l’Intérieur. Une petite révolution qui fait renaître en France une vieille activité, la petite remise, ou l’équivalent des Minicabs à Londres et des Livery Cabs à New York. Jusqu’ici, seules étaient autorisées les sociétés de transport haut de gamme (les grandes remises) utilisant des limousines ou des fourgons aménagés avec chauffeur pour transporter une clientèle VIP ou d’hommes d’affaires. Mais désormais n’importe qui peut se lancer dans le transport à la demande, à condition de respecter certaines règles strictes : les courses se font sur réservation uniquement, les prix sont fixés à l’avance, les véhicules doivent mesurer au moins 4,50 m de long et il est interdit de marauder ou de s’afficher comme taxi.
Une concurrence déloyale ?Problème, ces nouvelles dispositions ne plaisent pas du tout aux taxis, et les premières expériences ont déjà tourné à l’affrontement. A Avignon, la profession a manifesté à plusieurs reprises contre l’arrivée du transporteur low-cost Easy Take. Créée en février 2010, cette petite société de transport sillonne déjà la région avec une vingtaine de véhicules utilitaires, des Renault Kangoo et Ford Tourneo Connect bardés de publicité, en proposant des tarifs alléchants à partir de 7 € les 7 km. Pour les fédérations de taxis, il s’agit ni plus ni moins de concurrence déloyale. Ils dénoncent également des pratiques frauduleuses et des inégalités. Gilles Boulin, président de Gescop Alpha Taxis, explique : « Les taxis traditionnels sont soumis à un cadre juridique très strict, alors que les petits transporteurs bénéficient encore d’un flou artistique leur permettant d’évoluer sans contrainte, voire de tromper le consommateur. » En cause, notamment, la possibilité de fixer librement leurs tarifs et d’utiliser des véhicules ressemblant trop aux taxis traditionnels, mais aussi la formation des chauffeurs ou encore la communication commerciale. « Si on ne peut empêcher leur présence, le plus important pour nous est que ces nouveaux arrivants respectent les lois qui leur sont imposées. Ce qui n’est pas toujours le cas. » Le bras de fer qui s’engage promet en tout cas des rebondissements politico-judiciaires, le puissant lobby des taxis pesant de tout son poids pour freiner la concurrence. Plusieurs députés ont récemment saisi le Sénat pour tenter de réformer la loi, tandis qu’Easy Take a été poursuivi en justice.
Un service d’intérêt public
« Notre activité a été reconnue comme parfaitement légale », se défend Jean-Marc Sibade, fondateur de l’entreprise avignonnaise, qui s’apprête à développer son service à Nîmes et Montpellier selon un système de franchise. « Notre principe, c’est la complémentarité, pas la concurrence », insiste-t-il pour calmer le jeu, rappelant que les taxis ne représentent que 2 % des transports en France. Il entend d’ailleurs offrir un service de proximité et d’intérêt public, en ciblant une clientèle qui ne prend pas les taxis. Exemple : les jeunes de retour de discothèque les soirs de week-end. « Nous avons déjà transporté 42 000 jeunes depuis le début de notre activité, sans aucun incident à signaler », rappelle fièrement M. Sibade. Une action qui aurait contribué à faire baisser fortement l’accidentologie dans la région. « Le Vaucluse a enregistré une baisse de 40 % de la mortalité sur les routes en avril dernier, alors que dans le même temps le bilan national augmentait de 18 %. » Un argument imparable. En face, les taxis invoquent les dégâts chez les artisans taxis. « L’entreprise Easy Take est très préjudiciable pour la profession, elle a déjà fait perdre 30 % du chiffre d’affaires aux taxis », déplore Gilles Boulin.
La conquête de Paris
Si les effets de la libéralisation commencent à se faire sentir en province, ils pourraient gagner la capitale, où l’on dénombre plus de 500 entreprises de TAD. Pas de quoi inquiéter pour l’instant les grandes compagnies comme G7 et Taxis bleus qui règnent en maîtres, mais le marché pourrait évoluer rapidement avec des offres compétitives. Exemple avec la société EcoCab, qui lance à Paris et ses environs un service TAD s’inspirant des Minicabs anglais, véritable alternative aux taxis. « On part du principe que la demande n’est pas satisfaite et que les grandes compagnies de taxis abusent de leur monopole », explique Nathan Reiner, fondateur d’EcoCab, persuadé que « le marché mérite de grossir et qu’il y a une place pour de nouveaux acteurs ». Et pas forcément sur le low-cost, la démarche d’EcoCab vise plutôt à démocratiser l’offre du transport haut de gamme avec des tarifs abordables à partir de 13 e la course (35 e pour un trajet Paris – Orly). Cela avec une flotte de 25 véhicules écologiques de standing, des Toyota Prius équipées de sièges en cuir et de prises USB, conduites par des chauffeurs en costume. Si les clients sont avant tout des entreprises, EcoCab vise clairement le grand public, avec l’ambition de s’installer sur un marché de volume, à l’instar des grandes compagnies de taxis. Ça promet.
Roman Scobeltzine
Richard Darbéra, chercheur au CNRS : « On ouvre enfin le marché »
Ville, Rail & Transports : Que va changer l’arrivée des nouveaux acteurs du transport à la demande ?
Richard Darbéra : On ouvre enfin le marché ; ça risque d’être dur pour les taxis, mais c’est une bonne chose pour la mobilité. L’offre de transport va s’enrichir pour mieux répondre à la demande des usagers. La bonne nouvelle, c’est qu’on est en train de ressusciter les services anciennement appelés « petites remises » grâce à la nouvelle licence VTC. Comme l’initiative de libéraliser le marché vient du ministère du Tourisme et non plus du ministère de l’Intérieur qui a toujours protégé les taxis, il est fort probable que ces nouvelles règles tiennent. Je doute qu’on revienne en arrière, même s’il ne faut pas minimiser le pouvoir de blocage des taxis.VR&T : Comment le marché va-t-il évoluer ?
R. D. : En ville, les taxis vont garder un avantage certain par rapport aux VTC pendant longtemps, cela grâce à leur réseau et leurs centrales d’appels téléphoniques. A la campagne, la situation est plus précaire, car les taxis sont moins organisés et plus isolés. L’arrivée des petits transporteurs low-cost va forcément perturber le secteur. Un signe qui ne trompe pas : les prix des licences ont déjà tendance à baisser en province. D’ici cinq ans, on peut aussi s’attendre à voir des grands groupes comme Veolia-Transdev se lancer dans la course en rachetant les petits transporteurs. C’est couru d’avance. Dès lors, la concurrence sera redoutable, y compris pour les grandes compagnies de taxis comme la G7 et autres.VR&T : Les taxis de province sont-ils condamnés à terme ?
R. D. : Il faut savoir que, hors agglomération, 80 % des courses de taxi dépendent du transport subventionné pour les personnes malades, âgées ou handicapées. Elles sont donc prises en charge par la Caisse d’assurance-maladie ou d’autres organismes complémentaires. Si les taxis perdent ces clients au profit des transporteurs, cela pourrait être très dur pour eux, voire fatal. Tout dépendra de leur capacité à se fédérer entre eux, notamment pour répondre aux appels d’offres. Il y a là une vraie incertitude pour la profession, qui ne semble d’ailleurs inquiéter personne. Aucune information, donnée statistique ou étude ne sont disponibles, et les collectivités et institutions compétentes ne communiquent plus sur le sujet depuis deux ans. Etrange…
Propos recueillis par R.S.