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Archives : Dossiers

Palmarès des mobilités 2024
Le 33e Palmarès des Mobilités a eu lieu le 10 décembre à l’espace Saint-Martin dans le 3e arrondissement de Paris. Après une conférence sur la montée en puissance de l’intelligence artificielle et ses conséquences sur les mobilités, puis la tenue d’un atelier d’expert, les neuf prix de ce Palmarès 2024 ont été remis. La soirée s’est conclue autour d’un verre de l’amitié.
Grand Prix VRT
le SMmag pour l’unification du réseau de la métropole de grenoble et du reseau gresivaudan

Prix remis par Annelise Avril, directrice générale France, grands réseaux urbains (Keolis) à Maïlis Floriet, cheffe du service transport exploitation développement, Syndicat Mixte des Mobilités de l’Aire Grenobloise (SMMAG), Sylvain Laval, président du SMMAG, Emmanuelle Bertrand, responsable communication (SMMAG), Yves Baesen, directeur réseaux (SMMAG) Ville Moyenne
Saint-Nazaire, la ville où il fait bon pédaler

Prix remis par Franck Gbenou (à droite), directeur information voyageurs et accompagnement clients (SNCF Connect & Tech) à Christophe Cotta, vice-président délégué à la mobilité et Hélène Guerlais, responsable du service vélo, modes actifs mobilité et circulation (Saint-Nazaire Agglo). Coup de chapeau à…
Mélanie Veissier pour son engagement en faveur du titre unique

Prix remis à Mélanie Veissier, cheffe de projet titre unique à la DGITM Grand Prix européen
Milan connecte ses transports

Marta Álvarez (à droite), stakeholder & partnership manager (EIT Urban Mobility) a remis ce prix à Manuela Bozzolan, responsable communication, ATM France. Mobilité numérique
Rennes Métropole lance Handimap au service de l’accessibilité

Prix remis à Eric Diserbeau, directeur de la mobilité et des transports (Rennes Métropole) Mobilités durables/douces
Le nouveau transport scolaire S’Cool bus pour les enfants de la communauté d’agglo Seine-Eure

Prix remis à Jérôme Feliza, directeur territoire (Transdev Seine-Eure), Hervé Gamblin, vice-président délégué voirie sud, Marc Monnier, directeur des mobilités, (Communauté d’agglomération Seine-Eure). Innovation
Le « validomètre » anti-fraude
du Grand Besançon Métropole
Prix remis à Laurent Sénécat, directeur général (Keolis Besançon Mobilités). Mixité-diversité
Transdev facilite l’embauche
de réfugiés
Prix remis à Eric Ferreres, directeur des ressources humaines (Transdev Île-de-France). Intermodalité
La Roche-sur-Yon Agglomération pour le déploiement de ses 30 stations multimodales

Remis par Arnaud Vahlas, directeur des systèmes d’information (Transdev France) à Gilles Beasse, directeur transports et déplacements durables, Malik Abdallah, adjoint délégué mobilités publiques et déplacements (La Roche-sur-Yon agglomération) et Sylvain Liebart, directeur Impulsyon (RATP dév). x (x)
Autocar Expo 2024 – À Lyon, cars et bus ont fait salon
Durant quatre jours, tout début décembre, Lyon a, une nouvelle fois, accueilli Autocar Expo. La huitième édition de ce salon français des autocars et autobus se plaçait, plus que jamais, sous le signe de la transition énergétique. Une perspective riche de promesses, mais aussi génératrice d’inquiétudes.
Textes et photos de Philippe Hérissé
Rendez-vous incontournable des acteurs du transport routier de voyageurs, Autocar Expo s’est déroulé, cette année, du 3 au 6 décembre 2024. Pour la circonstance, une centaine d’exposants avait investi, selon une tradition désormais bien établie, le hall 6 du parc des expositions Eurexpo de Lyon. Ce salon biennal de la FNTV (Fédération Nationale des Transports de Voyageurs), remarquablement organisé comme à l’accoutumée, attire de nombreux professionnels, toujours très fidèles, du directeur d’exploitation au conducteur, dans une atmosphère plutôt conviviale. Cette année, en parcourant les allées d’une édition où l’urbain était nettement moins présent, les propos échangés avec certains responsables, croisés sur les stands des constructeurs européens, n’étaient pas tous emprunts du plus grand optimisme.
Si, aujourd’hui, les carnets de commande sont bien remplis, en revanche l’avenir, à court terme, s’assombrit. Ces mêmes responsables redoutent déjà un tassement du marché en 2025.
L’ambitieuse trajectoire de transition énergétique, telle que tracée par l’Europe, leur paraît difficile, voire quasi-impossible à suivre dans les temps impartis. Parallèlement, elle les contraint, en raison de l’exigence du « zéro émission », à renoncer toujours davantage à la motorisation thermique, sur laquelle ils détenaient jusqu’ici, au niveau mondial, un incontestable leadership technique. Les efforts que les motoristes avaient eux-mêmes déployés dans le cadre de la norme Euro 6, dont les performances environnementales restent indéniables, n’ont guère pu être mis à profit, du fait d’un revirement obligé, et peut-être trop précipité, vers l’électromobilité.
Révélation d’Autocar Expo 2024, le tout nouveau Crossway Elec concrétise la déclinaison, selon Iveco, de l’électromobilité pour l’autocar interurbain. 
Les aménagements intérieurs du Crossway Elec, le poste de conduite, ainsi que le chargeur mobile d’EMS (Energy Mobility Solutions), service proposé par Iveco, pour les opérateurs ne disposant pas encore d’infrastructures de recharge fixes. Résister à la concurrence asiatique
Si le bus 100 % électrique s’impose, sans nul doute, dans un futur proche, en revanche l’hydrogène paraît nettement moins pertinent, ne serait-ce que par son rendement « du puits à la roue » des plus mauvais, et par son coût particulièrement élevé, tant en investissements initiaux qu’en exploitation. De plus, sur le marché de l’électromobilité, les constructeurs européens se retrouvent plus que jamais confrontés à des concurrents asiatiques qui étaient partis très tôt dans le développement de ces technologies, dont certains ont bénéficié de beaucoup d’aides publiques, et qui engrangent aujourd’hui toutes les heureuses retombées d’une production de masse, à commencer par l’abaissement significatif des coûts de fabrication. Quant aux cellules des batteries, elles restent aussi l’apanage d’industriels localisés vers cette même partie du monde. Dans un tel contexte, les constructeurs européens ne se sentent nullement protégés face à pareille concurrence, tout en regrettant, dans le même temps, les normes toujours plus nombreuses et souvent pénalisantes qui leur sont imposées. Du coup, certains cherchent à se repositionner bien davantage sur des marchés extra-européens, notamment sur le marché américain, voire abandonnent carrément la production de véhicules complets pour l’Europe, au profit des seuls châssis. En valeur relative, le bus a toujours représenté une très faible part dans le « business model » des industriels du poids lourd et, vis-à-vis du camion tout puissant, a fortiori dans un contexte difficile, certains choix stratégiques pourraient être vite tranchés. Il serait néanmoins hautement dommageable d’assister à la disparition, pour partie, de ces fleurons de l’industrie, d’autant que l’autobus européen, jusqu’ici, demeurait très en avance sur le plan de la qualité comme sur celui des performances…


L’industriel Daimler Buses était présent sous ses deux marques : Mercedes, avec un Tourismo (en haut), et Setra, avec le S516 HDH (ci-dessus). L’incroyable succès du Crossway
Fort heureusement, cette année, de très belles perspectives se dessinent du côté d’Iveco Bus. Le constructeur faisait, à lui-seul, l’actualité du salon, en dévoilant, en première mondiale, son nouveau Crossway Elec, autocar interurbain 100 % électrique. Dans le cadre d’un « mix énergétique » qui lui est cher, le constructeur décline donc désormais sa gamme Crossway dans de nouvelles versions pour l’électromobilité. Bien sûr, les produits révélés lors du salon capitalisent sur les fondamentaux qui ont fait l’incontestable succès de ce « best-seller » européen de l’autocar interurbain, avec le chiffre, assez incroyable, de plus de 65000 unités immatriculées à ce jour !
A l’exportation, Iveco a déjà vendu 1200 Crossway à la DB (Deutsche Bahn), en Allemagne, et 1300 autres à ÖBB Postbus, en Autriche. Ce dernier opérateur doit, en outre, recevoir 900 unités supplémentaires d’ici la fin de 2028, portant son effectif à 2200 véhicules. Si l’on y ajoute les très nombreux Crossway acquis, ces dernières années, par Postauto, en Suisse, il est clair que la renommée du Crossway a largement dépassé nos frontières…
Traditionnellement fabriqué dans l’usine Iveco de Visoké Myto, ancien fief de Karosa en République tchèque, le Crossway l’est aussi, désormais, dans la nouvelle unité de production du constructeur, localisée en Turquie. Ces deux sites tournent actuellement à plein régime. Avec des potentiels de production annuels respectifs de l’ordre de 4600 et 1500 véhicules, Iveco ne connait pas les difficultés auxquelles ses concurrents sont confrontés pour faire face à l’actuelle demande…
Ainsi, Iveco est-il devenu le deuxième constructeur de l’Union européenne, avec 23 % de parts de marché. Bien sûr, il demeure le « numéro 1 » dans certains d’entre eux, tels la France, l’Italie, la République tchèque ou la Slovaquie, et parvient à se hisser désormais au deuxième rang en Autriche, historiquement acquise aux constructeurs germaniques. Comme on le dit volontiers chez Iveco, le constructeur a toujours voulu rester sur une approche de « neutralité technologique » par rapport au mix énergétique. C’est ainsi qu’il développe des solutions gaz (GNV et biométhane), thermique (diesel, compatible avec les biocarburants HVO et B100), ou encore hydrogène (pour le moment, limité à l’urbain). Cette même approche semble prévaloir en matière d’architecture de véhicules puisque, l’an passé, Iveco avait déjà lancé son Crossway 100 % électrique « Low Entry » (LE). Or l’architecture LE, qui pourtant semble idéale en interurbain puisque combinant accessibilité, confort, et simplicité mécanique – et qui est, au demeurant, plébiscitée entre autres par les marché scandinaves et germaniques-, ne rencontre décidément que peu d’échos dans l’Hexagone : en moyenne, seulement 70 Crossway LE (toutes énergies confondues) y sont annuellement vendus, contre 1700 en configuration normale avec plancher mi-haut…

Sur son stand, le constructeur Volvo exposait l’un des tout derniers 9700 construits dans l’usine de Wroclaw qu’il ferme définitivement (en haut), ainsi que cet imposant 9700 DD sur châssis B13 RLE (ci-dessus). Packs à la carte
Le nouveau Crossway Elec, lui, a été conçu selon le principe de la modularité, pour offrir un maximum de flexibilité, et être en mesure de s’adapter à tout type de mission, sans aucun compromis sur le nombre de passagers, tout en maximisant l’emport de bagages. D’extérieur, il arbore la nouvelle face frontale déjà dévoilée, l’an passé, à Busworld, et il est équipé du tout dernier tableau de bord. Le Crossway Elec exposé à Autocar Expo était l’une des versions en 13 m, mais d’autres en 12 m sortiront très vite. Il était équipé de quatre packs de batteries, dont deux à l’intérieur du compartiment arrière, et les deux autres en toiture, légèrement enfoncés dans le pavillon, pour éviter de majorer de manière significative la hauteur hors tout, sans pour autant diminuer par trop la hauteur sous plafond. Cette astuce, inventée par Iveco, avait été déjà mise en œuvre sur les versions gaz du Crossway, afin de loger les réservoirs. Elle permet aussi d’abaisser légèrement le centre de gravité, ce qui rejaillit favorablement sur le comportement routier. Toutefois, sur le véhicule exposé, l’unité de refroidissement pour la chaîne de traction et les batteries était encore montée directement sur le pavillon, en extrémité arrière, portant la hauteur hors tout à 3,65 m. La propulsion du véhicule est réalisée par un unique moteur central Siemens d’une puissance de 290 kW, situé dans le porte-à-faux arrière, et qui attaque un essieu classique. Cette disposition constructive présente l’avantage d’être simple et robuste. Le Crossway Elec bénéficie aussi de la dernière génération de batteries NMC (nickel-manganèse-cobalt) à haute densité, qui est fabriquée par FPT Industrial, marque du groupe Iveco, dans sa nouvelle usine de Turin, en Italie. Chaque pack offre une capacité unitaire de 69 kWh. Bien sûr, le caractère modulaire du véhicule s’exerce en premier lieu sur son stockage d’énergie, avec la latitude de choisir de trois à six packs selon le type de missions qu’il aura à assurer.

Le « midicar » 100 % électrique de 7,4 m à deux portes, du constructeur turc Isuzu, est propulsé par le tout nouvel essieu motorisé fabriqué par Allison. 
Sur le stand du turc Otokar, le nouvel autocar interurbain e-Territo U de 13 m et d’une capacité de 63 passagers, à l’esthétique particulièrement réussie. 
Spécialiste de longue date des énergies alternatives, Scania avait apporté un Touring HD de 10,9 m, carrossé par Irizar, et équipé pour rouler au B100 exclusif. Dix ans de garantie sur les batteries
Pour aider l’exploitant à faire le bon choix, Iveco propose désormais tout un écosystème qui comporte des prestations sur mesures, allant du conseil pour le déploiement de flottes électriques, sous la dénomination d’EMS (Energy Mobility Solutions), jusqu’aux outils numériques de gestion (Iveco On). L’EMS sert d’ailleurs tout autant à apporter une aide aux clients qu’à permettre au constructeur de mieux répondre, très en amont, aux appels d’offres. Dans la configuration maximale à six packs, qui ne sera disponible qu’en 2026, la capacité totale atteindra les 414 kWh, conférant au véhicule une autonomie comprise entre 450 et 500 km. Dans le sens des valeurs de capacité ascendantes, les packs sont répartis d’abord à l’arrière, en lieu et place du traditionnel moteur thermique, puis sur le pavillon, et enfin en soute. On trouvera donc toujours deux packs à l’arrière et, au minimum, un troisième sur le pavillon. Une telle configuration peut suffire au transport scolaire, où de grandes autonomies ne sont généralement pas nécessaires. Avec six packs, deux d’entre eux devront alors occuper un espace sous plancher, en avant de la porte médiane, réduisant corrélativement la capacité d’emport des bagages de quelque 30 %. La recharge s’effectue en « plug-in », à l’aide d’une prise au standard CCS-Combo 2, le branchement s’effectuant à l’arrière, sur la face latérale droite. D’autres emplacements sur le véhicule devraient toutefois pouvoir être spécifiés.
Dans les dépôts dépourvus d’infrastructure d’électromobilité, la recharge pourra aussi s’effectuer avec un petit chargeur portatif, à simplement raccorder sur une alimentation triphasée 400 V, courante dans les ateliers. Cinq heures et demie permettront alors une recharge complète. Le constructeur Iveco garantit ses batteries jusqu’à dix ans, avec 70 % d’énergie résiduelle encore disponible. Le chauffage, tout électrique, et réalisé par circulation d’eau chaude, laissera ultérieurement place à une pompe à chaleur. Le Crossway Elec peut accueillir jusqu’à 57 voyageurs en version 12 m, et 63 en 13 m. Les commandes sont d’ores et déjà possibles, les premières livraisons devant intervenir au troisième trimestre 2025.
Le tout nouvel essieu électrique, à moteur central unique, conçu et produit par l’équipementier Allison. 
Un Crossway du constructeur Iveco, originellement Euro 6, et converti par l’équipementier RetroFleet en véhicule 100 % électrique. Volvo migre de la Pologne au Brésil
Sur le stand de Daimler Buses, le constructeur allemand était présent sous ses deux marques : Mercedes, avec un Tourismo L, autrement dit la version la plus longue (13,9 m), montée sur trois essieux, de cet autocar de grand tourisme ; et Setra, avec un S516 HDH de 13,3 m, représentant la nouvelle génération TopClass à surélévation maximale, sur trois essieux également. Ce dernier modèle, de longueur intermédiaire, est déjà le plus populaire de sa classe, en particulier à cause de sa polyvalence, et il peut s’adapter facilement à des trajets de durée très variable. Toutefois, Daimler Buses n’exposait pas de véhicules urbains.
Au printemps 2023, Volvo Bus annonçait la fermeture prochaine de sa très belle usine de Wroclaw. En conséquence, il devait abandonner la construction de véhicules intégraux, pour se recentrer sur la seule fabrication de châssis nus, comptant désormais sur les carrossiers pour continuer à proposer des autobus et autocars sur le marché. Dans le cadre de la mise en place de ce nouveau « business model », la production de la série 9 se voit transférée vers l’usine du groupe actuellement implantée aux abords de Mexico (Mexique), et qui fabriquait déjà les 9800 destinés au continent américain, aux nombreuses analogies avec les 9700. Un transfert de technologie s’est aussi opéré avec l’égyptien MCV.
« Nous ouvrons désormais la possibilité de faire carrosser des véhicules complets sur base Volvo, dont nous assurerons ensuite le service après-vente dans notre propre réseau, confie Philippe Glarner, directeur général de Volvo Bus France. Pour cela, nous travaillons avec des partenaires de renom, comme Irizar, Beulas, et Unvi, d’où une grande diversité d’offres que nous pourrons proposer à l’avenir ». Le grand retour des livraisons sur les marchés européens interviendrait au deuxième semestre de l’an prochain. Sur son stand, Volvo Bus présentait l’un des tous derniers 9700 construits dans l’usine de Wroclaw, ainsi qu’un autocar à étage 9700 DD, sur châssis B13 RLE 6×2.
Autre industriel – suédois également – à avoir abandonné la fabrication de véhicules intégraux, Scania avait choisi d’exposer un Touring HD de 10,9 m, carrossé par Irizar, avec motorisation de 265 kW et boîte de vitesse Opticruise. Destiné aux Transports G. Bajolle, ce véhicule est équipé pour rouler au B100 exclusif, ce qui le rend éligible à la vignette CRIT’Air 1.
Le constructeur Iveco, soucieux de proposer toutes les options énergétiques, présentait également son Crossway en version GNV/biogaz. 
L’autocar Irizar i6S « Efficient » de 12,9 m, reconnaissable entre tous par son design avant-gardiste très caractéristique. 
Le constructeur MAN avait choisi d’exposer ce très beau Tourliner, richement équipé, commercialisé sous sa célèbre marque Neoplan, et compatible avec le biodiesel. Les Turcs toujours davantage présents
Si l’industriel espagnol Irizar continue de carrosser, il construit aussi, depuis déjà quelques temps, des véhicules complets, et tout particulièrement des autobus 100 % électriques. Sur son stand, il avait apporté son bel autocar i6S « Efficient » de 12,9 m à motorisation DAF de 449 ch et boîte robotisée à douze rapports de ZF. Il s’agit d’un véhicule « haut de gamme », super équipé, et reconnaissable entre tous par son design avant-gardiste très caractéristique, qui constitue, de longue date, la signature du constructeur espagnol…
Sur le stand du constructeur allemand MAN, on pouvait admirer le très beau Tourliner C-P20 de la marque Neoplan, avec une motorisation de 480 ch, compatible avec le biodiesel (HVO/B100), et qui attaque une boîte robotisée signée MAN. Cet autocar offre 55 places, avec une siégerie Premium Line First. Ses équipements de sécurité sont extrêmement complets, avec l’aide au maintien dans la voie, l’assistance d’embouteillage et l’alerte de collision, la surveillance active des angles morts, ou encore la surveillance de l’attention du conducteur (Attention Guard).
Les constructeurs turcs, eux, étaient venus en force à Autocar Expo 2024.
Ainsi, Temsa exposait son nouveau modèle interurbain LSDB-E 100 % électrique de 12,4 m, capable d’emporter 59 passagers. Avec dix packs de batteries d’une capacité totale de 350 kWh, qui alimentent une motorisation d’une puissance de 250 kW capable de développer un couple de 2600 Nm, il est donné pour une autonomie maximale de 400 km. A ses côtés, le HD 13 de 13 m recourait à un moteur DAF de 330 kW attaquant une boîte de vitesse ZF à douze rapports.
Autre constructeur turc, Isuzu présentait son « midicar » électrique Novo Volt de 7,4 m, à deux portes, d’une capacité de 29 passagers. Ce véhicule est équipé d’un nouvel essieu motorisé produit par Allison, et il dispose d’une climatisation intégrale de 27 kW. Avec sa capacité de batteries égale à 176 kWh, son autonomie atteint les 225 km. Enfin, le turc Otokar présentait son nouvel e-Territo U elecric de 13 m dans une version pour 63 voyageurs, avec une motorisation d’une puissance de 410 kW, et quelque 450 kWh en capacité de stockage d’énergie.
Autre équipementier, Finkbeiner propose des colonnes de levage mobiles, à entrainement électro-hydraulique. L’art de transmettre en douceur
Pour sa deuxième participation à Autocar Expo, Allison se retrouvait en excellente compagnie, son stand faisant face à celui d’Isuzu, et se situant à proximité immédiate de ceux de Temsa et d’Otokar, trois constructeurs turcs pour lesquels l’équipementier spécialiste de la transmission entièrement automatique sur les autocars et autobus est fournisseur. Sur son stand, Allison présentait pour la première fois son tout nouvel essieu électrique eGen Power 85S, à moteur central unique attaquant une boîte à deux vitesses. Particulièrement compact, il se loge aisément entre les roues arrière, libérant du même coup davantage d’espace pour les batteries. Avec une puissance maximale de 325 kW, pour une puissance en régime continu de 225 kW, il offre des valeurs élevées d’accélération comme de vitesse maximale, sans pénaliser pour autant l’autonomie, ce qui en fait l’une des propulsions les plus performantes de sa catégorie.
Cet essieu est, en particulier, monté sur le « midi » Novo Volt d’Isuzu, qui se trouvait exposé à quelques mètres du stand d’Allison. Un autre produit-phare de l’équipementier est la boîte à neuf vitesses entièrement automatique. « C’est une boîte plus ouverte, explique Stéphane Gonnand, directeur commercial d’Allison Transmission France. En passant de six à neuf vitesses, on améliore de plus de 50 % le rapport de démultiplication, ce qui se traduit par une plus grande souplesse, ainsi qu’une baisse de la consommation de carburant ». Cette boîte est aujourd’hui proposée pour des applications en urbain, interurbain ou tourisme, sur des véhicules jusqu’à 15 t et pour des couples n’excédant pas les 895 Nm. Elle est notamment disponible sur le Navigo Giga, qui était justement présenté sur le stand d’Otokar.

Sur le stand du constructeur turc Temsa, l’interurbain LSDB-E 100 % électrique de 12,4 m, doué d’une autonomie maximale de 400 km (en haut), et l’autocar de grand tourisme HD 13, de 13 m, motorisé par DAF (ci-dessus). Quatre colonnes à la une…
Repris par CBM, le spécialiste de la pièce détachée pour autocars et autobus, RetroFleet propose la conversion de Crossway d’Iveco et d’Intouro de Mercedes, originellement à la norme Euro 6, en véhicules 100 % électriques. L’industriel assure la conception et la production en interne des kits de conversion et des systèmes-batteries, pour des recharges normales et rapides. Vers le milieu du hall 6, trônait très en hauteur un véhicule quasiment visible depuis les quatre coins du hall ! Et pour cause : il se retrouvait propulsé dans les airs, sur quatre colonnes de levage fabriquées par le spécialiste allemand Finkbeiner. Sa colonne mobile EHB 905V11DC, sans câble, d’une capacité de 5,5 t, permet une course effective de 1750 mm.
Le levage, comme la descente, requiert environ 70 secondes. L’entrainement est de type électro-hydraulique, réalisé à l’aide d’un moteur d’une puissance de 2,2 kW alimenté par batteries sous une tension de 24 V. Il s’agit-là d’un équipement de qualité, produit en Allemagne, et bien nécessaire pour intervenir dans les ateliers de maintenance.
Vision insolite à Autocar Expo 2024, ce « schoolbus » du continent nord-américain, naguère construit par Ford, est propriété de BBS Brandner, opérateur et loueur d’autobus et autocars en Allemagne. x (xx (x)xx (x)x (xx (x)
33e palmarès des mobilités: les lauréats
Cette année, notre Palmarès des Mobilités est légèrement resserré et remanié. Resserré, car nous n’attribuons plus que cinq pass thématiques contre sept auparavant. Nous n’avons pas eu moins de candidatures (merci à tous ceux qui nous ont fait connaître les initiatives mises en place pour améliorer le transport public). Mais certaines catégories étaient moins pertinentes que d’autres, ce qui justifie cette clarification. Remanié, car faute de chiffres de l’année 2023 sur lesquels s’appuyer, notre jury a décidé de n’attribuer qu’un seul Grand Prix au lieu de nos habituels Pass d’or, d’argent et de bronze. Et a désigné à l’unanimité le syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise pour sa politique d’élargissement de son réseau visant à gommer les frontières administratives et à simplifier la vie des voyageurs. La direction à suivre pour convaincre les automobilistes de laisser leur voiture au garage pour prendre les transports publics. C’est aussi le but de Saint-Nazaire Agglo qui parie sur le développement du vélo, tellement adapté aux déplacements urbains. Saint-Nazaire obtient donc notre Prix des villes moyennes.
Au niveau européen, le jury s’est tourné vers Milan, un exemple de coexistence réussie entre l’ancien et le moderne qui s’adaptent à la géographie. C’est le Grand Prix européen de cette 33ème édition du Palmarès des Mobilités.
Cette édition prend place dans un contexte budgétaire plus que difficile. Le secteur sait qu’il devra compter avant tout sur lui-même et sur ses bonnes idées. C’est pourquoi nous avons aussi décidé, cette année, de donner un coup de chapeau à une personnalité des transports publics que vous découvrirez dans les prochaines pages. Son nom a été cité spontanément par plusieurs membres du jury. Son engagement pour avancer coûte que coûte, malgé les obstacles, a été souligné. à l’image de ce que font, au quotidien, de nombreux professionnels du secteur.


La tribune de 6t : Cars Macron cherchent gares routières accueillantes, un enjeu pour les collectivités locales
En 2015, la « Loi Macron » a libéralisé le marché du transport interurbain de voyageurs en France, ouvrant la voie à des opérateurs privés pour offrir des trajets longue distance en car. Couramment appelés « cars Macron », les Services Librement Organisés (SLO), présentés comme inclusifs et durables, ont rapidement séduit les usagers : entre 7,8 et 9,3 millions de passagers transportés en 2022, contre seulement 110 000 en 2016. Cependant, cette libéralisation a soulevé une question cruciale pour la qualité du service qui reste en suspens aujourd’hui : celle des arrêts et des gares routières.
Hugo Chapuis (chargé d’études stagiaire), Léa Wester (cheffe de projet), Nicolas Louvet (directeur)
Les services librement organisés : le train des plus précaires
Historiquement, les politiques publiques dans le domaine des transports longue distance ont privilégié le développement du TGV, rapprochant les grandes agglomérations grâce à la réduction des temps de trajet. Les lignes de cars SLO sont comparables au réseau ferroviaire national, reliant principalement les grandes agglomérations et marquées par des liaisons radiales convergentes depuis Paris. Mais, plutôt que de miser sur la vitesse, les SLO proposent un modèle axé sur l’accessibilité tarifaire avec des longs temps de trajet. Ce modèle attire une clientèle spécifique : principalement des jeunes, des étudiants et des personnes à revenu modeste.
Cependant, les cars longue distance ne constituent pas une concurrence directe au train et aux TGV, en raison de tarifs et de services radicalement différents. Selon les données de l’Autorité de régulation des transports, environ 90 % des passagers des SLO disposent d’une alternative de transport, mais choisissent l’autocar en raison de ses prix compétitifs. Environ 37 % des utilisateurs interrogés ont indiqué avoir délaissé le train, dont 24 % le TGV, principalement en raison des différences de prix significatives entre ces deux modes de transport1.
L’essor des cars longue distance pourrait représenter un tournant durable dans les habitudes de voyage des Français, en particulier pour les jeunes générations. Habitués à utiliser ce mode de transport pour des raisons économiques, ces usagers pourraient devenir des clients fidèles à long terme. En effet, 17 % des passagers des SLO déclarent qu’ils n’auraient pas voyagé sans cette option de transport, soulignant l’importance de l’offre en termes d’accessibilité et d’inclusion sociale1.
Un développement rapide malgré des infrastructures inadéquates
L’essor rapide des SLO en France s’est heurté aux aménagements et services insuffisants des gares routières. En effet, le réseau des arrêts routiers répond rarement aux besoins des voyageurs (absence de toilettes, d’abris, d’information claire) ni des transporteurs (quais de régulation, local pour les chauffeurs) comme le relate régulièrement la presse locale. Ces gares sont un élément clé de l’intermodalité, pourtant, leur aménagement s’est souvent fait dans l’improvisation pour répondre à l’augmentation rapide du trafic. Avant 2015, la plupart des gares routières étaient conçues pour gérer le flux des cars conventionnés opérés par les départements, sans tenir compte des besoins spécifiques des SLO. Selon l’Autorité de régulation des transports (ATR), l’état actuel des gares routières est l’un des principaux freins au développement de la filière des cars longue distance. En 2022, 192 unités urbaines étaient desservies par des SLO, mais la localisation, l’équipement et l’organisation des gares routières demeurent un défi majeur.
Une gouvernance floue et un intérêt limité pour les collectivités locales
Cette situation complexe est exacerbée par l’absence de clarté sur l’identification d’une autorité compétente sur les gares routières ou des obligations d’aménagement ou de services. La libéralisation du marché des SLO s’est faite à l’échelle nationale, mais la gestion des gares routières reste sous la responsabilité des collectivités locales, en particulier des Autorités organisatrices de la Mobilité (AOM). En pratique, la loi ne précise pas que les AOM doivent obligatoirement gérer les arrêts SLO, laissant aux communes, aux régions, aux gestionnaires d’infrastructures ferroviaire ou aéroportuaire, la possibilité de proposer un arrêt routier.
Cependant, cette responsabilité est souvent perçue comme un fardeau plutôt que comme une priorité. En effet, les collectivités locales, déjà chargées de financer leurs propres services de transport conventionnés, sont réticentes à investir dans des aménagements pour des services privés d’intérêt national. Les gares routières, bien qu’essentielles pour le bon fonctionnement des SLO, figurent rarement dans les priorités d’investissement des collectivités territoriales.

Vers une gouvernance nationale repensée pour les gares routières
Face aux défis actuels, les compagnies de SLO et les associations d’usagers appellent à une refonte de la gouvernance des arrêts routiers pour assurer la pérennité et la qualité des infrastructures. Comme l’ont souligné plusieurs acteurs du secteur dans une tribune récente : « jamais un aéroport ou une gare ferroviaire ne pourrait être supprimé sur simple décision d’un exécutif local. Pourtant, c’est le cas avec les gares routières ! »2.
Pour ces acteurs, il est crucial de mettre en place une gouvernance à l’échelle des bassins de vie, avec une meilleure coordination entre les intercommunalités et les régions. Cette approche pourrait s’appuyer sur les contrats opérationnels de mobilité prévus par la loi d’orientation des mobilités (LOM), afin d’assurer une gestion cohérente et durable des infrastructures de transport.
L’Autorité de Régulation des Transports (ART) a récemment pris l’initiative de se saisir du dossier de la fermeture annoncée de la gare de Paris-Bercy, en raison de l’importance stratégique de cet arrêt pour les services SLO et de l’impact potentiellement déstabilisateur de sa fermeture sur l’ensemble du marché et de l’offre de transport SLO. En effet, un passager SLO sur cinq transite par cette gare qui accueille chaque année près de 4 millions de voyageurs. C’est la première fois que l’ART intervient dans une décision de déménagement ou de fermeture d’un arrêt routier, illustrant l’évolution vers une régulation plus proactive. Bien que l’avis de l’ART soit consultatif et ne possède pas de force contraignante, cette prise de position marque une étape importante qui pourrait annoncer une régulation plus stricte à l’avenir. Une telle régulation viserait à garantir que les gares routières, tout comme les gares ferroviaires et les aéroports, soient traitées comme des infrastructures essentielles nécessitant une gestion planifiée et concertée.
Ainsi, les cars longue distance répondent à une demande croissante d’usagers, souvent jeunes ou précaires, souhaitant se déplacer facilement et à moindre coût. Cependant, l’avenir des SLO en France dépend largement de l’état du réseau des gares routières. Leur état actuel témoigne d’un manque d’intérêt des pourvoir publics pour les déplacements en car, alors qu’il constitue une alternative abordable à la voiture personnelle pour la mobilités longue distance. De fait, le secteur semble avoir besoin de davantage d’encadrement et de régulation.

Les enjeux environnementaux de la course à l’intelligence artificielle
De nombreuses entreprises parient sur l’intelligence artificielle générative pour faciliter la vie de leurs employés et gagner en temps et en efficacité. Mais cette technologie extrêmement gourmande en énergie pose des questions sur sa soutenabilité. Jusqu’où aller dans son développement?
Créer un texte, une image, une vidéo, à partir d’une simple requête écrite ou parlée sur son ordinateur ou smartphone : difficile d’y résister. Depuis le lancement de ChapGPT, il y a tout juste deux ans, les intelligences artificielles (IA) génératives créent une certaine frénésie. Mais combien de temps numérique nous reste-t-il avant l’épuisement des ressources naturelles (minerais, eau) qui servent à fabriquer les équipements, les infrastructures, et à faire tourner les puissants centres de données (data centers) où se trouvent les ordinateurs et leurs processeurs spécialisés permettant de faire fonctionner l’IA ? La France qui accorde un tarif d’électricité préférentiel aux centres de données, sous certaines conditions, a l’intention d’accueillir de nouveaux centres de données et de développer les existants, « Un enjeu de souveraineté », selon Emmanuel Macron.
Voraces en énergie, ils dévorent des milliards de kilowattheures par an. « Un sujet soigneusement ignoré », constate Frédéric Bordage, fondateur de Green IT, collectif d’experts indépendants qui s’intéressent depuis vingt ans à la sobriété numérique, et a créé en 2014 un éco-index des sites Internet. C’est tout le paradoxe de l’IA : elle ouvre des pistes de progrès considérables dans une multitude d’activités humaines – santé, mobilité, industrie, agriculture, information, etc. – et si l’on s’inquiète des possibles dérives éthiques de l’IA, la consommation exponentielle d’énergie que nécessite cette technologie construite sur des puissances de calcul et des bases de données gigantesques, reste sous silence. Les besoins en calcul vont augmenter on développe les usages en mettant de l’IA générative partout. « La question à se poser c’est, qu’est-ce qu’on veut faire avec l’IA ? », interroge Frédéric Bordage. Un usage récréatif, des devoirs scolaires et universitaires, ou bien détecter des cancers, prédire des pannes sur un train ou un avion, monitorer une infrastructure, gérer des flux de visiteurs hors norme lors d’évènements exceptionnels ? L’IA est capable de surperformer les capacités d’un humain, sans pour autant se passer de son expertise, « alors autant l’utiliser là où c’est utile et préserver le plus longtemps possible nos ressources », plaident les adeptes de la frugalité numérique qui étaient réunis début novembre au Forum GreenTech, à Paris.

Centre de supervision de Getlink. L’IA grignote déjà près d’1 % du budget annuel soutenable de chaque individu, et en consommera toujours plus, craignent les auteurs du Baromètre annuel de l’éco-conception digitale, réalisé par GreenIT et Razorfish, filiale numérique du groupe Publicis qui conçoit des sites web pour les grandes entreprises.
« La consommation d’énergie est beaucoup plus forte avec l’IA générative, confirme Denis Coutrot, directeur des mégadonnées et responsable IA chez Getlink (Eurotunnel). Mais si on consomme plus en amont pour entraîner les algorithmes, à contrario, on consomme moins en matières premières : il convient donc aussi de comparer le coût environnemental des algorithmes versus les coûts évités lors d’une intervention lourde sur les matériels et les infrastructures », tente-t-il de relativiser. Et souvent, les algorithmes les plus simples sont aussi efficaces, poursuit l’expert passé par Ile-de-France Mobilités, Transdev, Vinci et Systra. Le gestionnaire du tunnel sous la Manche et du Shuttle utilise de l’IA traditionnelle pour détecter des anomalies sur les matériels roulants, et de l’IA générative pour doter les techniciens d’un « compagnon de maintenance ». « Pour certaines tâches, on gagne en productivité, en efficacité, et cela permet aux experts de se recentrer sur leur cœur de métier : on ne va pas laisser un neurone liquide rédiger les procédures ferroviaires. Mais si on laisse passer le train de l’IA, on risque de passer à côté de quelque chose », insiste le data scientist.

Kiloutou s’attaque à l’outillage ferroviaire
Le loueur d’outils et de matériels professionnels Kiloutou qui ne réalise qu’une faible partie de son chiffre d’affaires avec les particuliers, renforce sa présence auprès des acteurs des travaux publics et étend son activité au secteur ferroviaire.
Avec ses ponceuses, perceuses, scies circulaires, pulvérisateurs électriques et autres Karcher, le loueur de machines et d’outils de bricolage s’est taillé une réputation auprès du grand public.
Mais ce n’est pas auprès des particuliers que Kiloutou réalise la plus grande partie de son chiffre d’affaires, loin s’en faut. Comme l’explique son directeur général France, Pierre Knoché, la location en B to C ne représente en réalité que 5 % de l’activité du loueur. Kiloutou travaille pour l’essentiel avec des professionnels, à commencer par les entreprises du BTP, avec une gamme de 1000 références.
Quatre grandes catégories de matériels sont proposées, le terrassement, l’élévation (avec des nacelles), les véhicules (en particulier des camions), et enfin l’outillage, petit et gros.
Plutôt bien implanté sur les territoires, Kiloutou dispose d’un réseau de 470 agences en France et des antennes en Europe comme en Pologne, Espagne, Danemark, Italie, Allemagne, ou encore au Portugal. Pour Pierre Knoché, l’objectif est d’être présent sur des marchés porteurs à fort potentiel : « On cherche à peser là où nous sommes présents. Notre objectif est d’être un acteur majeur dans la location ».
Kiloutou ne s’implante que là où il est assuré de prendre d’importantes parts de marché. Une stratégie payante, qui a fait de la marque jaune et noire un poids lourd de la location. Elle occupe la deuxième place en France et la troisième au niveau européen. Ses ambitions ne s’arrêtent pas là.
En mai 2024, Kiloutou a créé la surprise en annonçant son arrivée sur le marché du ferroviaire, un secteur pourtant très spécialisé. « Ce sont les grands noms des travaux ferroviaires qui nous ont sollicités. Les acteurs du secteur, ETF, TSO, Colas et Eiffage, ont des besoins spécifiques pour des outillages qu’ils ne vont utiliser qu’une brève période, le temps d’un chantier », commente Pierre Knoché. Avec près de 30 000 km de voies ferrées à entretenir, un millier de kilomètres à régénérer chaque année, les besoins sont énormes. Les opérations engagées, en particulier depuis la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, n’empêchent pas le réseau d’afficher un âge moyen d’une trentaine d’années.
« On travaillait déjà avec ces quatre majors pour des travaux de terrassement et de travaux publics, poursuit le dirigeant. En investissant le domaine ferroviaire, on va sur des métiers de spécialistes. On veut donc se différencier avec une efficacité et une proximité avec nos clients, tout en leur offrant une grande sécurité ». Les outillages proposés au catalogue de location ont été spécifiquement demandés par ces quatre entreprises et sont homologués par la SNCF. Une stratégie d’offre limitée qui s’inscrit dans un modèle économique.
Deux fabricants travaillent en exclusivité avec Kiloutou, Geismar et Sambre & Meuse. De son côté, le loueur dispose de centres d’essais, et assure l’entretien et la maintenance des matériels de travaux ferroviaires.
Louer, c’est plus écolo
L’autre enjeu derrière la location, c’est la décarbonation. D’autant que SNCF Réseau, dans ses appels d’offres, veut désormais choisir des acteurs « engagés » dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Emprunter plutôt qu’acheter (ce qui revient en fait à mutualiser) s’avère beaucoup plus vertueux que d’acquérir un outillage pour le laisser dormir dans un atelier l’essentiel du temps. D’autant que « l’impact carbone de la location n’est pas négligeable, avec 50 % d’émissions de Co2 en moins », selon Pierre Knoché.
« Autrefois, les entreprises achetaient le matériel et n’en avaient qu’une très faible traçabilité, ne sachant pas toujours où le trouver en cas de besoin. Nous, on sait exactement, en temps réel, où se trouvent nos matériels » argumente-t-il.
Dans les faits, les entreprises de maintenance n’ont besoin d’un outillage précis que le temps d’une opération dans le cadre d’un chantier. A l’inverse, une autre entreprise peut en avoir besoin sur un autre chantier, dans la même région ou à l’autre bout du pays. Kiloutou dispose ainsi de sept à huit grosses agences à sur l’Hexagone, dotées des matériels et des outillages les plus demandés. Quand les entreprises ont besoin d’un outillage, elles le réservent auprès de leur agence régionale. S’il est déjà en location, le réseau le fait acheminer dans une agence proche du client qui dispose d’un matériel « de dernière génération », vérifié et maintenu régulièrement, assure Kiloutou. Qui amortit ses outils plus vite. Les boulonneuses et les perceuses de rail existent en thermique et en électrique. Les louer permet directement de passer à l’électrique.
Pas de grues sur rail chez Kiloutou
Aujourd’hui, la dizaine de références proposée par le loueur concerne essentiellement de l’outillage. L’objectif est de se concentrer sur les besoins identifiés des entreprises. Pas question de se lancer dans les grosses machines de maintenance et de RVB comme les bourreuses et autres grues sur rail. « C’est un autre métier » explique le directeur général France. « On ne se l’interdit pas, mais pas pour le moment. D’autant que d’autres acteurs sont déjà présents sur ce marché, à la différence de la location d’outillage où nous sommes novateurs. Ce segment n’existait pas, on a un coup d’avance ».
Kiloutou étudie les perspectives de marché avec l’ambition de dupliquer la location de matériel destiné au ferroviaire dans d’autres pays européens.

Signalisation ferroviaire : pourquoi la France est en retard
La ligne à grande vitesse Paris-Lyon a été fermée à la circulation, pendant quatre jours peu avant la mi-novembre, afin de poursuivre son équipement avec le nouveau système de signalisation ferroviaire ERTMS. Une opération réalisée en un temps record mais qui arrive tardivement compte tenu des objectifs européens. Bruxelles pousse les Etats membres à investir dans cette nouvelle technologie qui permet d’accroître la capacité des lignes et de faciliter les passages d’un réseau à un autre. Mais elle nécessite de lourds investissements qui ne sont pas toujours à la hauteur en France.
Le réseau ferré français ne doit pas seulement être renouvelé vu son grand âge, il doit aussi être modernisé. Ce qui passe notamment par le déploiement d’un nouveau système de signalisation ERTMS (European Rail Traffic Management System). C’est l’objet de l’opération qui s’est tenue sur la ligne à grande vitesse Paris-Lyon, du vendredi 8 novembre 23 h à mercredi 13 novembre à 4 heures du matin. La SNCF s’est ainsi privée, pendant quatre longs jours (dont le jour férié du 11 novembre), de sa ligne la plus rentable qui a été alors totalement fermée pour franchir une nouvelle étape dans le déploiement de ce système européen de signalisation.
Interopérabilité européenne
L’ERTMS doit permettre de réduire l’intervalle entre les trains et donc d’augmenter le nombre de passages sur cette ligne de 460 kilomètres, la plus fréquentée de France avec 240 trains quotidiens en moyenne. Avec ce nouvel équipement, la capacité de la ligne augmentera progressivement, passant de 13 trains par heure et par sens en heure de pointe aujourd’hui, à 16 trains par heure et par sens en 2030. Soit un gain de capacité de 25%, sans nouvelle infrastructure, précise SNCF Réseau, en ajoutant « qu’une opération de cette ampleur est une première mondiale sur une ligne à grande vitesse en exploitation ». Cette technologie vise aussi, dès 2025, l’amélioration de la régularité des trains car elle permet de donner en temps réel la position et la vitesse de tous les trains et d’informer le conducteur sur la vitesse à respecter, explique SNCF Réseau dans un communiqué. Plus sûre, elle réduit le risque d’erreurs. Et elle facilitera l’interopérabilité, autorisant les trains à traverser les frontières sans qu’il soit nécessaire de changer de signalisation.

6100 km de lignes équipées en 2044
C’est pourquoi la Commission européenne demande aux gouvernements d’accélérer son déploiement. Or la France est en retard. Aujourd’hui, seules les trois LGV inaugurées en 2017 (LGV Est, Tours-Bordeaux, Bretagne) ont été conçues en intégrant l’ERTMS. Et des travaux sont donc en cours sur la LGV Sud Est et sur la ligne Marseille-Vintimille qui devrait connaître vers 2027 le même type d’opération que celui mis en oeuvre en novembre sur la LGV Paris-Lyon. Le gouvernement prévoit d’envoyer, vers la fin de l’année, à la Commission son nouveau programme de déploiement actualisé. Ce plan vise l’équipement en ERTMS de 6100 km de lignes à l’horizon 2044. Loin des objectifs européens qui demandaient 9 000 km en 2030 et 11 700 en 2040. Maigre consolation, les équipements mis en place aujourd’hui en France relèvent d’une technologie plus avancée que les premières générations mises en oeuvre il y a quelques années dans d’autres pays européens. Le programme français cible prioritairement les LGV, quelques lignes classiques comme Marseille-Vintimille ou Nantes-Angers-Sablé et les corridors européens.
En attendant la conférence de financement
Mais il nécessite du temps, des ressources humaines et de lourds financements : l’ensemble du seul projet ERTMS sur la ligne Sud Est représente un investissement de 820 millions d’euros. Il sera co-financé par SNCF Réseau (700 millions) et par la Commission européenne (120 millions ). Comme pour la régénération du réseau, la France n’a pas mis suffisamment de moyens pour la modernisation. Le retard est tel qu’il est difficile à rattraper. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut désormais mettre les bouchées doubles si on veut disposer d’un réseau performant. L’objectif gouvernemental est de consacrer 500 millions d’euros annuels à la modernisation (qui comprend aussi le déploiement onéreux de nouveaux centres de commandes centralisés et digitalisés pour les aiguillages). Mais il reste fragile compte tenu du contexte budgétaire. La conférence de financement, récemment annoncée pour le premier trimestre 20325 par François Durovray, le ministre des Transports, doit donner de la visibilité à la programmation des grands investissements.
Marie-Hélène POINGT

ÉQUIPEMENTIERS & SERVICES: Expliseat promet des sièges de train ultra light
Avec sa nouvelle usine inaugurée à Angers le 13 septembre, Expliseat passe du niveau start-up à celui de PME industrielle. Le fabricant de sièges d’avion veut se faire une place sur le marché des sièges de train.
Business France 1 parle de « véritable pépite ». Expliseat (jeu de mot jouant sur seat, siège en anglais qui se prononce site) fait partie de ces « success story » à la française. Avec l’usine inaugurée le 13 septembre à Avrillé dans la banlieue d’Angers, la start-up change d’échelle pour passer à la production industrielle. Spécialisé dans la fabrication de sièges ultra légers d’avions, Expliseat a révolutionné le secteur aérien en réduisant de 35 % le poids de ces équipements. Soit, trois kilogrammes en moins par passager, sans rogner sur le confort, jure-t-il. Un gain particulièrement apprécié par les avionneurs qui en font un argument commercial, et par les compagnies aériennes qui réalisent ainsi des économies de kérosène, les appareils pesant moins lourd
37 000 sièges allégés par an
Pour alléger ses sièges, Expliseat utilise de la fibre de carbone et du titane, plutôt que de l’aluminium et du plastique, prenant ici le contrepied de ses concurrents et de leurs méthodes de fabrication. Pour lier ces matériaux, l’équipementier a mis au point de complexes procédés d’assemblage, des technologies de pointe protégées par une centaine de brevets. Le Petit Poucet français a ainsi réussi à percer sur un marché verrouillé par les trois géants du secteur, Safran, Recaro et Collins. Il est parvenu à s’imposer et fait déjà voler 10 000 sièges allégés à travers le monde. Jusqu’à présent, la production était réalisée en sous-traitance chez un partenaire installé à Montauban. Pour passer à la vitesse supérieure et produire davantage, il était devenu nécessaire de maîtriser l’ensemble de la chaîne et donc, d’avoir sa propre usine. Les 6 000 mètres carrés du site d’Avrillé devraient permettre à Expliseat de produire 37 000 sièges par an.
Amaury Barberot, le pdg de l’entreprise, voulait un site de production à la fois proche des axes de communication, sans artificialiser de nouveaux sols, pour éviter l’empreinte carbone d’une nouvelle construction. L’entreprise de sellerie a donc installé son unité de production dans une usine délaissée par Hörmann, un fabricant allemand d’ouvrants industriels. Dans le vaste hall de montage, travaillent une quarantaine d’employés. Pour gagner en efficacité, une énorme machine de huit mètres de haut, stocke et répartit un millier de références de pièces détachées.
« Les informations sont directement transmises depuis Paris, sans intervention humaine », explique le pdg. Ce magasin automatisé sélectionne tous les éléments nécessaires à l’assemblage final, « sans risque d’erreur, avec une optimisation maximale et sans qu’il soit nécessaire de perdre du temps à chercher et déplacer des pièces. On gagne entre 60 et 70 % d’efficacité », assure-t-il. Dans la zone de travail, une douzaine de postes de collage permet de réaliser les structures de cadres avant de solidifier l’assemblage par le passage dans un four à 150° C. Quand le siège est prêt, le client vient en prendre livraison dans l’usine, où il est possible de stocker l’équivalent de trois avions à plat.
Et maintenant les trains
Juste à côté de la zone de production, un vaste espace reste encore inoccupé. C’est là que sera installée une seconde chaîne de production, plus particulièrement destinée aux sièges de trains. « Depuis deux ans, nous sommes en R&D avec la SNCF pour mettre au point un siège destiné au ferroviaire », indique Amaury Barberot. Si aucun contrat n’est encore signé, il veut croire que la compagnie nationale ne se serait pas engagée aussi longuement sans finir par passer commande. Si tout se passe bien, les sièges Expliseat pourraient s’inviter à bord des Ouigo, à l’occasion d’opération de rétrofit de rames TGV Inoui. Un secteur particulièrement intéressant, explique le dirigeant puisque « les marchés portent généralement sur de très grosses quantités, 25 000 pièces à livrer sur cinq ans ». L’équipementier pourrait donc produire 5 000 sièges par an pour le ferroviaire.
Mais les contraintes de l’avion et du train ne sont pas les mêmes, avec notamment un prix de vente plus faible pour le rail, compensé par des volumes plus élevés. C’est donc un nouveau siège spécifique au ferroviaire qu’Expliseat a mis au point. Ce modèle a été présenté au salon ferroviaire InnoTrans qui se déroulait fin septembre à Berlin. « InnoTrans sera déterminant. Beaucoup d’opérateurs se disent intéressés mais attendent de voir le produit », relèvait Amaury Barberot, avant de faire le déplacement en Allemagne.
Pas les constructeurs ? « Ce sont avant tout les opérateurs qui profiteront du gain de poids à bord des trains », explique-t-il. Ce sont donc eux qu’il va falloir convaincre. Ce qui ne devrait pas être si compliqué tant la question de l’emport est devenue une priorité dans le monde ferroviaire. « Avec un poids maximal à l’essieu désormais atteint, il est devenu indispensable de réaliser des allégements pour installer de nouveaux équipements ou davantage de places assises », argumente le pdg qui assure que son nouveau siège pourrait alléger de sept tonnes une rame de TGV.

CRRC avance ses pions
La menace chinoise ? Les dirigeants d’Alstom et Siemens évoquaient la concurrence pressante de CRRC pour justifier leur projet de fusion, il y a six ans. Il fallait s’unir pour résister au rouleau compresseur asiatique. Pourtant, le géant chinois du ferroviaire à la technologie désormais éprouvée et aux prix bas —numéro un mondial avec environ un quart du marché— est jusqu’à présent resté bien discret sur les rails européens. Un train par ici, des tramways par là, quelques locomotives… Avant une déferlante, finalement ?
« Ils avancent leurs pions, doucement, mais ils avancent. Ils ont les moyens de leurs ambitions », juge un fin connaisseur de l’industrie. « Ils prendront le temps nécessaire, ils ne veulent pas faire peur ! »
La Commission européenne n’avait pas retenu l’argument de la menace chinoise quand elle avait bloqué la fusion Alstom-Siemens en 2019. L’Europe a depuis adopté une nouvelle législation, et Bruxelles a ouvert en février dernier une enquête approfondie sur une filiale de CRRC qui proposait des trains peu chers à la Bulgarie, et qu’elle soupçonnait d’avoir reçu des subventions susceptibles fausser le marché européen. CRRC a retiré son offre, amenant la Commission à clore son enquête. Pas de trains chinois en Bulgarie, donc —l’espagnol Talgo, resté seul en lice après le retrait de CRRC, n’était pas en mesure de respecter les délais de livraison requis et le marché a été annulé—, mais des tramways à Porto au Portugal et à Bucarest en Roumanie, quelques trains à l’essai ou annoncés en Autriche, en République tchèque, en Serbie, en Roumanie, des locomotives pour la Deutsche Bahn ou le port de Rotterdam…
Il ne s’agit souvent que d’une poignée de véhicules. Mais CRRC commence à montrer le bout de son nez en Europe, visant surtout les Balkans pour l’instant. Une usine est même annoncée en Hongrie, en partenariat avec la firme locale Acemil (une coquille vide fondée en 2022 et liée au pouvoir hongrois, d’après le site d’investigation VSquare) : après le rachat du constructeur allemand Vossloh Locomotives (devenu Vossloh Rolling Stock) en 2020, le géant chinois aurait ainsi une bonne tête de pont, dans un pays ami.
« Je suis convaincu qu’on va avoir des trains CRRC en Europe dans les prochaines années, c’est une question de temps », prédit Julien Joly, spécialiste des transports chez Wavestone. Le processus est « un peu long et parfois chaotique », d’autant qu’il y a de très longues démarches de certification des produits, mais « ils ont tout pour réussir » selon lui : « Ils ont des produits de bonne facture, ils ont la technologie, ils ont la force de frappe… »
Colosse aux 46 filiales et 155 000 employés, CRRC impressionne. Le groupe chinois est, de loin, le numéro un mondial du ferroviaire, avec en 2023 un chiffre d’affaires de 234 milliards de yuans (29,4 milliards d’euros) réalisé à 88,2% en Chine continentale, et un bénéfice net part du groupe de 11,7 milliards de yuans (1,5 milliard d’euros). Le premier en hausse de 5% par rapport à 2022 (retrouvant et dépassant les niveaux d’avant-Covid), le second de 0,5%.

CRRC a livré 18 rames au métro léger de Porto et est candidat à un appel d’offres pour le métro de Lisbonne © CRRC Les seuls Chemins de fer chinois ont absorbé l’an dernier 38,4 % des ventes de CRRC, l’équivalent de 11,4 milliards d’euros. Par comparaison, le chiffre d’affaires d’Alstom atteignait 17,6 milliards d’euros sur son dernier exercice.
CRRC est l’abréviation de China Railway Rolling Stock Corporation, c’est-à-dire Compagnie chinoise de matériel ferroviaire. Ce mastodonte est né en 2015 de la fusion de CNR et CSR, les compagnies d’Etat de production de locomotives et de matériel roulant du nord et du sud, elles-mêmes issues du démantèlement douze ans plus tôt d’un conglomérat dépendant du ministère chinois des Chemins de fer baptisé LORIC. Si le groupe est coté à Shanghai et Hong Kong, l’Etat chinois contrôle 51,4 % du capital et la direction suit fidèlement la ligne du Parti. Dès la première page de son rapport annuel, CRRC s’engage à « adopter pleinement l’esprit du 20e Congrès national du PCC », le Parti communiste chinois.
« On ne peut pas comparer CRRC à Alstom, Siemens ou CAF », souligne notre fin connaisseur de l’industrie. « CRRC est un outil industriel au service d’une stratégie géo-politique et géo-économique. Ce n’est pas le marché et les clients qui font la stratégie de CRRC; la stratégie de CRRC est la stratégie de l’Etat chinois. Et ça va être très difficile d’arriver à enrayer sa montée en puissance ! »
La direction ne cite plus le grand plan « Made in China 2025 » qui portant concerne directement CRRC en donnant pour objectif la création de champions capables de dominer le monde dans leur secteur, et d’imposer leurs normes. Elle évoque le « 14e Plan quinquennal pour le développement économique et social de la République populaire de Chine et le schéma des objectifs à long terme jusqu’en 2035 », publié en 2021 et révisé l’an dernier.
Le propos n’est guère différent, puisqu’il s’agit de « bâtir des entreprises leaders qui possèdent une compétitivité de base et peuvent dominer dans leurs écosystèmes respectifs ».
La direction veut, entre autres, « consolider et améliorer la compétitivité de l’ensemble de la chaîne industrielle dans le domaine du train à grande vitesse et dans d’autres domaines, et créer des normes et des marques chinoises dans les domaines du transport ferroviaire et d’autres équipements techniques ».

Innotrans 2024 Hydrogène, Asie et numérique
Après une treizième édition reportée de deux ans et en retrait, question fréquentation, par rapport aux niveaux d’avant-Covid, le salon Innotrans renoue avec les records pour sa quatorzième édition, qui s’est tenue au parc des expositions de Berlin du 24 au 27 septembre. Un parc unique en son genre, car intégrant quelque 3,5 km de voies, occupées en quasi-totalité par une grande variété de matériels roulants.
En quatre journées, mais avec une concentration des principaux événements sur les deux premières, quelque 170 000 visiteurs sont venus de 133 pays cette année à Innotrans, qui peut ainsi confirmer son ambition d’être le plus grand salon consacré aux techniques de transport du monde. Quand bien même ces transports sont essentiellement ferroviaires. Mais les matériels roulants exposés sur les rails, qui étaient 133 cette année, n’étaient pas seuls, puisque 11 bus avaient également fait le voyage jusqu’à Berlin pour être présentés en mouvement dans le jardin d’été du parc des exposition.
Parmi les rendez-vous incontournables de la première journée d’Innotrans figure à chaque édition la présentation de l’étude sur le marché ferroviaire mondial, commandée par l’UNIFE et présentée cette année par Enno Wiebe, nouveau DG de l’Union des industries ferroviaires européennes, en remplacement de Philippe Citroën.
Cérémonies d‘ampleur
Toute la gamme de ce qui roule sur rail était ici représentée : tramways et métros (dont les matériels Alstom et Stadler destinés à Berlin), tram-train (Stadler pour Sarrebruck), train léger (de l’Université d’Aix-la-Chapelle), nombreux trains régionaux, trains classiques grandes lignes (neufs, avec le lancement de la plateforme Vectrain de Siemens et Škoda, ou rénovés, avec la voiture polonaise présentée par H Cegielski), locomotives voyageurs (dont celle de Talgo, en première), de manœuvre ou de fret, wagons en tous genres de huit fournisseurs différents, trains d’inspection ou d’intervention, trains de chantier, engins rail-route… sans oublier les trains à grande vitesse. La présentation de ces derniers a donné lieu à des cérémonies de grande ampleur. Le premier jour, la version du Velaro de Siemens adaptée pour l’Egypte a été ouverte aux visiteurs par Kamel Al-Wazir, vice-premier ministre du pays, ministre de l’Industrie et du Commerce et ministre des Transports. Et le lendemain, le vice-ministre italien de l’Infrastructure et des Transports Edoardo Rixi a honoré de sa présence la nouvelle version de l’ETR1000, alias Frecciarossa, précédé par l’ambassadeur d’Italie en Allemagne, Armando Varricchio, le PDG de Trenitalia, Luigi Corradi et le PDG du constructeur Hitachi Rail, Giuseppe Marino.
Retour aux records
Retour au rythme biennal, retour aux records… et retour aux tendances amorcées lors des précédentes éditions. Place aux véhicules à batteries ou à hydrogène de série, tant pour le train régional RS Zero de Stadler, destiné à remplacer les autorails actuels, que la locomotive Modula de Vossloh Rolling Stock pour le port fluvial de Duisbourg ou le tram à hydrogène de Hyundai Rotem pour Daejon.
Automatisation, intelligence artificielle, signalisation… L’édition 2024 aura donné lieu au total à 226 premières mondiales
Place également aux exposants asiatiques, plus particulièrement au chinois CRRC et donc au coréen Hyundai Rotem, qui ne se sont pas fait seulement remarquer dans les stands, mais aussi sur les voies, où plusieurs caisses de matériel roulant avaient fait un détour depuis l’Extrême-Orient avant de gagner leur destination. Mention spéciale au train intelligent CINOVA H2 et au tramway sur pneus ART 2.0 de CRRC, dévoilés à midi le premier jour, sous une pluie diluvienne ! Plus largement, les 2 940 exposants étaient venus de 59 pays. Pas de la Russie, certes, mais de l’Ukraine en revanche, avec cependant moins de visibilité qu’il y a deux ans. Comme à l’accoutumée, l’Europe centrale était présente en force : Pologne (Newag, Pesa), République tchèque (Škoda, Nymwag), Slovaquie (Tatravagónka), Croatie (Končar), Roumanie (Astra). La Turquie était présente, mais en recul par rapport aux précédentes éditions, alors que l’organisateur Messe Berlin souligne l’arrivée du Maroc, de la Malaisie, de l’Indonésie et de l’Afrique du Sud.
Solutions numériques
lace enfin aux solutions numériques, toujours plus présentes dans l’exploitation des trains, que ce soit avec l’automatisation des trains régionaux allemands par Alstom, l’intelligence artificielle HMAX développée par Hitachi Rail en collaboration avec Nvidia pour optimiser la gestion des trains, de la signalisation et de l’infrastructure, ou encore Track Value, lancé à l’occasion par Europorte et Kerlink pour assurer un suivi en temps réel des marchandises et des wagons qui les transportent. Mais le numérique n’est pas le seul domaine d’innovation dans l’industrie ferroviaire. Au total, selon Kerstin Schulz, directrice d’InnoTrans, l’édition 2024 aura donné lieu à « 226 premières mondiales »
Un train léger à l’allemande : la « navette d’Aix-la-Chapelle », développée localement par l’Université technique RWTH. Photos © Patrick Laval La nouvelle version de l’ETR1000, alias Frecciarossa, dont 36 rames (plus 10 en option) ont été commandées par Trenitalia à Hitachi Rail. Photos © Patrick Laval Destinée au port fluvial de Duisbourg, cette Modula BFC est la première représentante de la version à batteries et pile à hydrogène de la nouvelle locomotive Vossloh Rolling Stock. Photos © Patrick Laval Destiné à remplacer les autorails actuels, le RS Zero de Stadler se présente comme un train à batteries côté pile et comme un train à hydrogène côté face ! Photos © Patrick Laval Le « tramway sur pneus » à guidage optique ART 2.0 (Autonomous Rapid Transit) de CRRC est censé combiner un prix modique et la possibilité d’automatisation de la conduite. Photos © Patrick Laval Destinée aux relations assurées à une vitesse maximale de 160 à 200 km/h sur lignes non électrifiées, la rame CINOVA H2 à hydrogène produite par CRRC présente tout le confort actuel… et d’un futur proche, avec une autonomie de 1 000 km. Photos © Patrick Laval Développé par Qbuzz en collaboration avec RobotTUNER sur la base d’un Mercedes Citaro C1 de12 m exploité par Busitalia, ce bus régional autonome était un des onze véhicules routiers présentés en mouvement dans le jardin d’été du parc des expositions. Photos © Patrick Laval rame de métro petit gabarit JK construite dans l’arrondissement berlinois de Spandau par Stadler. Photos © Patrick Laval Désignée BR 105 par la DB, à qui elle est destinée, cette locomotive électrique est la première développée par Talgo Photos © Patrick Laval Le Velaro de Siemens pour l’Egypte, pavoisé aux couleurs de ses pays d’origine et de destination. Photos © Patrick Laval pour les transports de Berlin (BVG) : le tramway bidirectionnel Flexity d’Alstom, monté sur une nouvelle génération de bogies et le plus long du réseau (50 m) Photos © Patrick Laval Pour Siemens et Škoda, qui présentent la déclinaison tchèque de leur nouvelle la plateforme Vectrain, le train classique en rame tractée réversible a de l’avenir en Europe. Photos © Patrick Laval Tramway à hydrogène développé par Hyundai Rotem, dont 34 doivent être produits pour le futur réseau de Daejon, dépourvu de ligne aérienne de contact. Une autonomie de 200 km est prévue pour ce véhicule dont la production du combustible fait l’objet d’un programme de recherche et de développement sud-coréen. Photos © Patrick Laval L’affluence au parc des expositions de Berlin lors du deuxième jour d’Innotrans 2024. © Patrick Laval













