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Archives : Dossiers

L’Hérault prépare le premier car à haut niveau de service
Retenu dans la liste des projets cofinancés par l’Etat au titre du Grenelle, le futur car à haut niveau de service Lodève – Clermont-l’Hérault – Gignac – Montpellier (51 km) sera une originalité dans le paysage français du transport. Prévu pour une mise en service en 2015, ce CHNS est porté par le syndicat mixte Hérault Transports, qui réunit le conseil général et les agglomérations du département, pour une enveloppe de 15 millions d’euros. L’Etat offre une aide de plus de 2 millions d’euros.
Sur ce budget d’investissement qui équivaut au quart du budget de fonctionnement annuel d’Hérault Transports, la plus grosse tranche (12 millions d’euros) sera consacrée à la réalisation d’une première en France : la création sur 4,5 km d’une voie bus axiale par élargissement de deux à trois voies de la chaussée entrante de la RN109 vers Montpellier, à hauteur de Juvignac. Cette voie protégée sera réservée aux autocars arrivant à Montpellier et, si la législation évolue, au covoiturage. Les deux autres voies réservées bus sur routes à chaussées séparées (Grenoble et Strasbourg) sont situées sur la bande d’arrêt d’urgence.
Il s’agit de répondre à l’engorgement croissant de cet aboutissement de l’autoroute A750, qui dessert la zone Cœur d’Hérault et dont le trafic croît de 4,5 % par an, en favorisant le transport public. Le temps de parcours moyen de ces derniers kilomètres d’entrée de Montpellier était en 2008, pour les autocars d’Hérault Transports, de 9 minutes 30 secondes. Il devrait, sans aménagement, bondir à 15 mn en 2018. La voie axiale permettra de diviser par trois le temps actuel, à 3 mn 18 s.
Trois autres millions d’euros seront consacrés à l’aménagement de trois pôles d’échanges au moins au nord du CHNS, entre cars, vélos, automobiles, voire, selon le souhait de Jean-Marcel Castet, délégué aux transports au conseil général de l’Hérault (PS) et vice-président d’Hérault Transports, « aux lignes de transport à la demande, qui permettraient d’irriguer au meilleur rapport coût/service les zones moins peuplées ». Ces trois pôles seront situés à Gignac, Clermont-l’Hérault et Lodève. Ils offriront chacun entre 50 et 150 places de parking auto, des garages à vélos, des quais d’embarquement et des zones d’attente.
Le projet comporte un important volet exploitation, avec un système d’aide à l’exploitation (0,6 million d’euros) destiné à réguler une offre qui sera doublée, atteignant, sur la section Gignac – Montpellier (25 km) une fréquence de 5 mn en heures de pointe et 30 mn en heures creuses, avec une fin de service portée de 20h à 23h. Ce bond sera favorisé par l’amélioration de la productivité permise par la section protégée : les 25 km Gignac – Montpellier devraient être parcourus à la vitesse commerciale moyenne de 55 km/h, « un chiffre exceptionnel dans le transport départemental routier », relève Olivier Renard, directeur des études chez Hérault Transports, porteur du projet. Le budget de fonctionnement sera quant à lui augmenté de 2,5 millions d’euros par an, soit une hausse de 60 % pour une offre plus que doublée.
L’autre caractéristique de ce CHNS est qu’il sera greffé à l’entrée de Montpellier sur la station Mosson, commune aux lignes 1 et 3 de tramway. « Montpellier est une des rares villes à avoir prévu des jonctions de deux lignes de tramway en périphérie », relève Jean-Marcel Castet, par ailleurs vice-président de TAM, l’exploitant du réseau urbain montpelliérain. Une aubaine pour ce CHNS qui, par ce fait, « permettra d’atteindre 60 % des destinations intramontpelliéraines avec la seule rupture de charge de la Mosson », se félicite Régine Dautrey, directrice générale de Hérault Transports. « Lorsque nous avons proposé ce projet au ministère, chaque préambule des deux dossiers (CHNS et ligne 3 du tramway) appelait l’autre », relève Olivier Renard. En 2015, 4 500 voyageurs sont attendus chaque jour sur ce CHNS. « Je ne connais pas de réseau départemental qui offrira une fréquence telle, qui équivaudra à un bus pour deux tramways à La Mosson », conclut Jean-Marcel Castet.
Michel Gabriel LÉON

Congrès Velo-City : le vélo est-il rentable ?
Par kilomètre parcouru, les accidents de vélo coûtent plus cher que ceux des automobilistes : 14,71 centimes du kilomètre parcouru contre 3,29. Voici un des nombreux paradoxes auxquels peuvent mener les calculs économiques. Si l’on poursuit l’addition au tableau noir en gardant cette logique, le vélo revient aussi plus « cher » au kilomètre que la voiture, qui transporte en moyenne 1,36 personne contre 1 pour le vélo et roule en moyenne à 25 km/h contre 15. Mais si l’on se penche sur les coûts pour l’ensemble de l’économie, alors, tout change.
Lors du congrès Velo-City, qui s’est tenu à Séville au mois de mars, le chercheur Michael Meschick a démontré que le vélo revenait à 10,20 c./km, contre 38,30 pour l’auto, à partir du moment où l’on incorpore dans le coût la valeur du temps de travail nécessaire à son acquisition, le stationnement et l’entretien…
Les gains en santé, cependant, l’emportent sur toutes les autres considérations, et cela fut répété plusieurs fois, notamment par Francesca Racioppi, responsable du programme transport, santé et environnement de l’OMS. Ils battent tous les records, même si l’on ignore les effets indirects de l’automobile que sont le bruit, la pollution et les gaz à effet de serre.
Au bout du compte, les coûts externes de l’automobile sont très élevés, alors que le vélo apporte gain économique et usage raisonné des ressources.
Toujours selon Michael Meschick, le vélo « économise » 89,89 c./km en santé et coûte 8,42 c./km en accidents, tandis que l’automobile coûte 4,35 c./km en bruit, accidents, polluants et CO2. Des coûts de -81,47 c./km contre +4,35…
Si, comme l’a dit en ouverture Manfred Neun, le président de l’ECF (European Cyclist’ Federation), les enjeux majeurs d’aujourd’hui sont bien la raréfaction de la ressource en énergie fossile, la gestion des déplacements dans les grandes villes, les changements climatiques, la santé et la bonne gestion des deniers et des espaces… alors, c’est bien sur les externalités que le vélo trouve sa pleine rentabilité.
Ces externalités ont aussi été calculées par le chercheur madrilène Joaquìn Nieto. Selon ses calculs, les externalités des transports représenteraient 13 % du PIB si on comptait ce qui devrait l’être, à savoir accidents, bruit, changement climatique, gaz à effet de serre. Mais, comme sa collègue Pilar Vega, il met l’accent sur notre modèle de société.
La productivité du travail a été multipliée par 3 depuis vingt ans. Or, fait-il remarquer, aujourd’hui, on a besoin à la fois de plus d’emplois et de moins de pollution. Cela implique de modifier nos modes de vie, notamment pour les déplacements. Selon ses calculs les plus ambitieux, il y aurait entre la construction, la vente, les services, un emploi pour 53 bicyclettes… Le président de l’ECF estime également que le vélo est surtout un investissement qui bénéficie à l’ensemble de la société.
Pour Eva Willumsen, économiste et mathématicienne de Copenhague, le plus gros des effets du vélo est le gain en santé, bien supérieur à ce qu’on peut attendre des gains en sécurité. Autrement dit, les effets de la pratique du vélo sont tels qu’ils annulent largement sa lenteur, en termes économiques, mais aussi les accidents, la pollution, le bruit et la congestion. « Au total, la bicyclette a les coûts largement les plus bas de tous les modes de transport », conclut-elle. Elle ajoute que le bon emploi des deniers publics implique d’établir clairement les coûts et avantages de chaque projet. Par exemple, la construction d’une passerelle cyclable, bien que chère, peut avoir un retour sur investissement de 7,6 % si on y inclut l’économie de temps de déplacement, l’entretien de l’infrastructure et les accidents évités. Par contre, la même passerelle aurait plutôt un effet positif sur la santé, puisque les temps de vélo diminuent et le risque d’accident avec lui ! Plus flagrant encore, la réduction de la largeur d’un carrefour, qui fait chuter le nombre d’accidents, peut coûter peu, et avoir finalement un taux de rentabilité calculé de 33 %, alors que le rendement d’une nouvelle ligne de chemin de fer sera, selon ses calculs, de 5,8 %.
L’Espagnol Manel Feri montre que l’emploi dans les chemins de fer espagnols avait baissé de 18,67 % entre 2003 et 2008, et augmenté dans les autobus, métros, tramways et location d’autos, portant le solde d’emplois dans les transports soutenables à 5,10 %.
Mais il a aussi calculé que pour 2020 le secteur du vélo pouvait, si l’on en faisait une priorité, atteindre à Madrid 20 562 emplois directs, contre 15 500 pour le métro et 2 760 pour le tramway.Encadré
Une déclaration pour promouvoir le vélo en outil de politiques publiques
Dans la « Déclaration de Séville », signée le dernier jour, il est souhaité que soient reconnus par tous les avantages du vélo, notamment en ce qu’il :
• permet la mobilité pour tous, à tous âges, et encore plus désormais avec les assistances électriques,
• invite les sociétés à prendre davantage en compte les petits budgets,
• se répare facilement,
• améliore l’environnement et la santé, et réduit le danger,
• diminue les sous-produits de la motorisation que sont la pollution, le bruit et les gaz à effet de serre,
• réduit les embouteillages et participe à une meilleure utilisation de l’espace public.En outre,
• les vélos en libre-service améliorent la qualité des services publics de transport,
• la combinaison des TC et du vélo pour les moyennes et grandes distances est un moyen optimal de se déplacer,
• le potentiel de transport de marchandises à vélo est sous-estimé,
• les investissements publics dans le vélo sont hautement rentables,
• beaucoup de villes ont déjà renoncé à tout organiser autour de l’automobile, mais elles attendent le soutien de leur gouvernement.
Cette déclaration devait être soumise en mai aux ministres des Transports, lors du Forum international des transports,
à Leipzig, dont le thème sera « transport et société ».
Zones rurales : le TAD ne fait pas l’unanimité chez les taxis
Les taxis du territoire de Val de Semouse (Haute-Saône) n’ont pas voulu du transport à la demande (TAD). La communauté de communes s’est cassée les dents, il y a deux ans, en leur proposant la mise en place d’un tel service pour permettre aux habitants trop éloignés des arrêts de bus de se déplacer. « Ce sont des petites courses, donc peu rentables », résume Christophe Cadet, président de l’Union des taxis ruraux du département. Ce dispositif aurait en effet contraint les taxis à rester disponibles, lors de tranches horaires fixées à l’avance, pour les courses conventionnées par la collectivité. Quitte à rater des courses médicales, l’activité très largement majoritaire des taxis en zone rurale, subventionnées cette fois par la Sécurité sociale. « Nous sommes dans une zone très rurale, les hôpitaux sont très éloignés les uns des autres, ce sont donc des grandes courses très rentables, raconte le taxi. Elles sont largement plus intéressantes que celles proposées par la communauté de communes. » Philippe Guilbert, quatorze ans de taxi au compteur, est en revanche très content de faire partie des taxis-bus, dispositif de TAD qu’il a contribué à créer avec la communauté d’agglomération d’Evreux (Eure) il y a neuf ans. Ces courses représentent environ 1/6 de son chiffre d’affaires, soit 800 à 1 000 euros par mois. Un « complément de revenus parmi d’autres, comme le transport médical, le ramassage scolaire ou encore le transport de colis, dans un métier où tout est complément de revenus, explique-t-il. On ne vit pas aujourd’hui du taxi pur ».
Kilomètres à vide non payés
Sur 25 taxis, ils sont une douzaine à avoir signé la convention taxi-bus. Pourquoi les autres ont-ils refusé ? Comme le chauffeur de taxi de Haute-Saône, le Normand avance l’aspect pécuniaire : « Le transport en ville chez un kiné, c’est un aller et un retour assurés, soit deux courses. Avec le tarif de la Sécurité sociale, fixé ici à 12,71 euros la course, on gagne donc 25 euros. Un trajet taxi-bus n’assure qu’un aller et rapporte, en fonction de l’heure et de la zone, entre 10 et 25 euros. » L’usager, lui, paie son trajet 1,10 euro, et la collectivité finance la différence. Certains ont aussi refusé de signer la convention en pensant récupérer les courses en ville que les autres taxis ne pourraient plus assurer à cause des taxis-bus, raconte-t-il. « Chacun choisit sa façon de travailler. »
Autre inconvénient du TAD, souligné par Jean-Charles Gautier, président fondateur de la Fédération européenne des taxis européens et ruraux : les trajets à vide non payés par la collectivité. « Quand on dépose quelqu’un à l’arrêt de bus ou au marché, on n’attend pas qu’il ait fini ses courses, le temps d’attente n’est pas rémunéré. Nous assurons d’autres courses, puis revenons le chercher », explique l’ancien chauffeur de taxi. Soit des kilomètres sans clients, le cas de figure honni de la profession. Le TAD permet-il d’atteindre une nouvelle clientèle ? « Pas vraiment, répond Philippe Guilbert, à 99 %, ce sont des clients qui ne prennent pas le taxi, faute de moyens. »Assurer des courses
Mais le TAD conventionné représente un avantage non négligeable : il assure des revenus. « On n’est pas dans une situation où l’on peut se permettre de refuser des courses », glisse Jean-Claude Françon, président de la Fédération nationale des taxis indépendants (FNTI), pour expliquer pourquoi les taxis continuent de s’engager auprès des collectivités. « C’est aussi une carotte brandie par le conseil général pour décrocher d’autres contrats, comme le ramassage scolaire », avance Jean-Charles Gautier. Moins intéressantes que les allers-retours à l’hôpital, ces courses sont tout de même payées au tarif taxi : à Evreux, la différence de prix avec une course de taxi classique – avec compteur – n’est aujourd’hui que de deux ou trois euros, estime Philippe Guilbert. Le renouvellement du conventionnement des taxis-bus par la communauté d’agglomération, sous forme d’appel d’offres, est prévu dans deux ans. Le taxi craint l’arrivée sur ce marché des transporteurs comme Veolia ou Keolis. Une inquiétude qu’il partage avec ses collègues.
Pauline Houédé
Edmée Richard, chargée de projet au Certu : « Les taxis ont du mal à se regrouper »
Ville, Rail et Transports : En quoi un taxi est-il adapté au TAD pour le transport public ?
Edmée Richard : Cette solution existe depuis plus de trente ans. Le taxi est adapté car entièrement souple. Il n’est pas utile de déplacer un véhicule de 48 places à chaque course. Le taxi peut aussi être très utile en cas de carence de l’offre, quand il n’existe pas d’entreprises de transport en zone rurale. Sur un territoire rural, la proximité est vécue comme un atout, et les entreprises de taxi comme les autres entreprises de transport en font un de leur levier de réussite.VR&T : Quels sont les avantages et les inconvénients du TAD pour un taxi ?
E. R. : Le TAD peut garantir des revenus. C’est souvent un engagement pour six mois ou un an par exemple. Dans certaines conventions entre les taxis et l’autorité organisatrice de transport (AOT) – c’est-à-dire la commune, le groupement de communes ou le conseil général –, il peut y avoir selon les négociations un « seuil de déclenchement » qui assure au taxi le paiement d’un nombre de courses minimal, même si celles-ci ne sont pas assurées faute de demande. Les pouvoirs publics savent tenir compte des sujétions imposées aux taxis.
Toute contrainte peut devenir une force si on la maîtrise bien. Le taxi ne négocie pas avec chaque passager mais uniquement avec l’AOT. C’est un gain en simplicité. La procédure de publicité et de mise en concurrence garantit également le même traitement pour tous. Mais la procédure implique aussi un formalisme (des documents à fournir…) qui peut intimider les entreprises de taxis, souvent peu structurées pour répondre à de telles demandes.VR&T : Comment expliquer l’arrivée des groupes de transport sur ce marché ?
E. R. : De plus en plus d’AOT préfèrent traiter avec un seul interlocuteur parce que cela facilite la négociation. Elles passent donc par un groupe, ou leurs filiales, qui peut sous-traiter les courses aux taxis ou les assurer eux-mêmes. C’est un des problèmes des taxis, qui n’arrivent pas se regrouper : sur la route toute la journée, ils n’ont pas l’ingénierie nécessaire.
Propos recueillis par P. H.

Développement de la voiture électrique : question de stratégie
Avec trois véhicules de la série ZE (comme zéro émission) présentés au Grimaldi Forum de Monaco, dont la Fluence proposée en essais et la Twizy avec ses allures de gros scooter à quatre roues, Renault affirme clairement son option pour le véhicule électrique « de masse ». Ce que confirme son responsable du développement des véhicules électriques, Christophe Chevreton : « L’objectif de Renault-Nissan est d’être capable de produire 500 000 véhicules électriques à l’horizon 2015, pour le marché des particuliers et des flottes. » Un marché qui devrait représenter, selon lui, 10 à 15 % des ventes de Renault grâce à une gamme complète et, surtout des prix abordables. La Zoé, absente à Monaco, mais présentée lors du mondial de l’automobile de Paris, devrait représenter deux tiers des volumes. « Les modèles électriques seront vendus au prix des thermiques, hors location de la batterie. Tout compris, leur coût sera celui d’un véhicule thermique », assure Christophe Chevreton. L’intérêt ? « La voiture électrique est la seule solution pour réduire significativement les émissions de CO2, répond-il. Avec la voiture électrique le bilan global d’émission du puits à la roue, c’est-à-dire de la production de l’électricité à son utilisation est de 12 g de CO2 par kilomètre. Là, on parle véritablement de rupture ! »
D’autres constructeurs, comme Mercedes-Benz avec la Smart, jouent aussi la carte électrique. Si la Smart ED équipe des flottes d’entreprises depuis 2010 (1 500 véhicules produits depuis 2009 dont moins de 200 pour la France), celle qui sera commercialisée à partir de 2012 devrait rapidement être produite à 15 000 ou 20 000 véhicules par an, assure-t-on chez Smart. Toute la gamme Smart doit d’ailleurs être proposée avec des moteurs thermique ou électrique. C’est donc un marché de masse que vise la petite deux places : grand public, autopartage et flottes… Le groupe BMW, a présenté une Mini électrique actuellement testée par des entreprises et des particuliers. La Mini E ne sera commercialisée qu’en 2013 mais une BMW Série 1 électrique doit être présentée dès 2012 et la firme allemande a aussi en projet une petite berline électrique, la Megacity. Bien qu’exposant une C-Zéro et un Berlingo électriques, Pierre Laromiguière, responsable Véhicules utilitaires et énergies nouvelles chez Citroën, se montre plus prudent sur le développement de la voiture électrique. « L’intérêt du véhicule électrique ? C’est avoir une offre la plus large possible, en complément, pour des usages spécifiquement urbains. Chez Citroën, nous croyons plus au développement de l’hybride. La DS5 sera d’ailleurs commercialisée à la fin de l’année 2011 », annonce-t-il.
Citroën estime de 4 à 5 % la part de marché du véhicule électrique vers 2015 et à 10 % celle de l’hybride. « La commercialisation de nos véhicules électriques commence par les flottes d’entreprises et de collectivités. Les AOT représentent une offre complémentaire. Il y aura quelques Berlingo en libre service à Nice. A La Rochelle, nous venons de livrer 20 C-Zéro pour le renouvellement de la flotte et nous avons d’autres projets en Bretagne. L’autopartage est un des axes de développement du véhicule électrique. Pour les particuliers, je pense que le démarrage passera par le marché de l’occasion », estime Pierre Laromiguière
L’analyse est la même chez Peugeot, dont la iOn va constituer la flotte de l’Auto Bleue, le système de location en libre services de voiture électriques mis en place à Nice à partir du 9 avril. « Il n’y a pas encore un marché de masse pour la voiture électrique, estime Isabelle Javary, de la direction de la communication. Les premiers intéressés sont les collectivités et les flottes d’entreprises et d’administrations. Chez Peugeot nous avons une approche globale multimodale qui ne va pas privilégier que l’électrique. »La iOn (proposée essentiellement à la location, 500 euros par mois, batterie, assistance, garantie compris) doit néanmoins être produite à 3 500 exemplaires en 2011 en France. Et toute la production du premier semestre serait déjà écoulée.
Si Honda se place du côté des constructeurs qui visent le marché des particuliers, il a choisi, lui, le moteur hybride. A Monaco, le japonais a ainsi exposé trois modèles à moteur essence assisté par un moteur électrique : Insight, CR2 et Jazz. Celle-ci est présentée comme la première citadine hybride. Son prix : de 18 900 à 21 000 euros. Mais Honda ne néglige pas l’électrique pour autant. « La volonté de Honda est de développer les véhicules électriques. La Jazz électrique, présentée au dernier salon de Genève, arrivera fin 2012, annonce Christophe Lefêvre, du service qualité de Honda. L’idée est d’avoir un véhicule électrique pour tous pas seulement pour les flottes. » Enfin, Toyota reste fidèle au moteur hybride (plus de 3 millions de véhicules depuis 1994). Mais la mythique Prius, n’est pas son seul atout. A Monaco, le japonais tablait aussi sur sa filiale haut de gamme, avec la Lexus CT 200H, commercialisée depuis mars 2011 entre 29 000 et 43 000 euros. C’est l’entrée du moteur hybride chez les « premium » compacts. Ni flottes, ni masse, elle suit une autre voie.José SOTO
Louis Nègre, premier vice-président du Gart : « Il y aura 13 villes pilotes, dont Monaco »
VR&T. Est-ce que l’électricité est l’avenir du transport public ?
Louis Nègre. Un moteur électrique est un moteur très bien adapté au milieu urbain parce qu’il ne fait pas de bruit et le bruit est la nuisance numéro 1. Malgré les inconvénients dus au poids des batteries et à une autonomie insuffisante, avec des véhicules de transports publics moins polluants, moins bruyants, et plus confortables, parce que les véhicules électriques sont plus confortables, on aura trois avantages non négligeables pour attirer les gens vers les transports en communs.VR&T. A quand alors des BHNS électriques ?
L. N. Les constructeurs y travaillent d’arrache-pied. Un moyen porteur devrait prochainement sortir, mais j’attends de voir. J’espère que cela viendra le plus tôt possible, mais je demanderai à voir d’abord comment cela fonctionne.VR&T. Allez-vous inciter les AOT, les collectivités à s’équiper davantage en véhicules électriques ?
L. N. Il y a déjà des agglomérations qui ont du transport en commun électrifié avec le métro, le tramway, les trolleys… Nous avons fait un pas considérable dans ce sens. Il nous faut continuer et le Premier ministre m’a confié une mission : un rapport sur les bornes de recharge de véhicules électriques. Il est prêt et j’attends de pouvoir le remettre officiellement au gouvernement. Il y aura 13 villes pilotes, dont Monaco. Des bornes de recharge permettront à tous ceux qui possèdent un véhicule électrique de n’avoir aucun souci à se faire sur l’autonomie à l’intérieur d’une agglomération.Sous la roue des vélos, de nouvelles « pistes cyclables »
A Paris, pas moins de 600 km d’aménagements cyclables sont prévus d’ici la fin 2013, dont deux « axes structurants nord-sud et est-ouest ». A Lille, ce sont 120 km de doubles-sens cyclables qui verront le jour d’ici 2012, pour atteindre 360 kilomètres cyclables à court terme, plus 230 km de voies vertes et vélos-routes à moyen terme. Blagnac, qui possède 37 km de pistes, veut les doubler au cours de la mandature, donc en trois ans. A Reims, qui s’estime « en retard », 30 km de linéaire cyclable sont programmés dans les cinq ans, pour passer le plus vite possible de 60 à 90 km. A la suite de « négociations » avec les associations, 7 km vont s’ajouter dès cette année à ceux accompagnant le nouveau tramway. A Nantes, deux axes cyclables « en croix » traverseront l’agglomération de part en part d’ici 2014, 80 rues seront mises en double-sens cyclistes. A Saint-Nom-la-Bretèche, la région Ile-de-France va aider à financer cette année 3 km de pistes le long de la départementale 307. A Vincennes, c’est juste 585 m pour favoriser le rabattement vers le RER A. On pourrait, à peu de choses près, égrener tout le dictionnaire des communes. Un peu partout en France, s’annonce le grand retour des pistes cyclables sous toutes leurs formes. L’un après l’autre, les plans de déplacements urbains nouvellement signés le montrent. Au Gart (Groupement des autorités responsables de transport), Denis Jullemier, vice-président et adjoint au maire de Melun, confirme la tendance : « Il est très clair que le vélo est devenu partout un maillon essentiel des politiques globales de déplacement. Pas un seul projet n’existe sans plan vélo. 60 % des AOT possèdent un schéma directeur de leurs aménagements cyclables. »
Jusqu’ici, beaucoup d’efforts pour peu de résultatsCe nouvel engouement devrait bientôt apparaître dans les statistiques. Le Club des villes et territoires cyclables y travaille. Il publiera de nouveaux chiffres à son congrès d’octobre. Il interroge les plus grandes des villes et agglomérations françaises – au moins 100 – sur leurs réalisations cyclables depuis 2007, date de sa dernière enquête. Selon sa méthodologie certifiée, il compte les zones 30, les zones piétonnes, les zones de rencontres, les doubles-sens cyclables, les bandes cyclables, les contre-allées aménagées et les pistes cyclables (sites propres). Il y a quatre ans, il en avait recensé 8 000 km. Il les évalue à 14 000 km aujourd’hui. A Tours, par exemple, ils sont passés de 131 km en 2007 à 168 en 2010. A Lille, de 573 km à 798 km. A Bordeaux, de 458,5 km à 576. Alexandre Laignel, chargé de cette enquête à l’Observatoire des mobilités actives, dépendant du Club des villes et territoires cyclables, y voit les premiers effets du Vélov, lancé en 2005, et du Vélib, en 2007. Le vélo est réapparu comme une solution pour les déplacements urbains. Reprenant l’estimation de 14 000 km de linéaire cyclable existant en France, le Gart calcule : « Cela fait 0,29 m par habitant. » Et ajoute : « Les collectivités y consacrent 1,8 euro par habitant, soit un investissement cumulé de 108 millions d’euros par an. » Ce qui fait dire à Yan Le Gal, spécialiste des circulations urbaines à l’Agence d’urbanisme de Nantes : « Les élus font beaucoup d’efforts. Malgré cela, en France, il n’y a pas de vélos. » Dans notre pays, son utilisation reste faible. Derrière les scores de Strasbourg (9 % des déplacements) et Bordeaux (8 %) ou Grenoble (5 %), la plupart des villes en sont à 1 ou 2 %. « Le retard est colossal par rapport à l’Allemagne », souligne Christophe Raverdy, président de la Fédération française des utilisateurs de la bicyclette (Fubicy). Le Conseil national des professions du cycle vient même d’annoncer une baisse globale des ventes de bicyclettes de 3,5 % l’an dernier, et en même temps un regain du vélo de ville, par comparaison à celui de loisir ou de sport, grâce à l’essor des vélos en libre-service et des pistes cyclables.
Des axes cyclables structurants
C’est pour accentuer le mouvement que les élus se mobilisent aujourd’hui. « Le vélo, c’est la grande réserve de report modal, de réduction significative de la prééminence de la voiture dans les villes au profit de moyens de transport plus adaptés, la chance encore disponible d’inverser les valeurs, de faire en sorte que la vie des territoires l’emporte sur les logiques de flux et de routes, les habitants sur leurs véhicules. Le patrimoine est abîmé par l’excès de gaz des voitures. L’ambiance est altérée par l’excès de bruit des deux-roues motorisés. Alors que le vélo, c’est la tranquillité retrouvée des villes », explique Yan Le Gal.
Le coup d’accélérateur passe par de grands axes en site propre, sortes de pénétrantes cyclistes qui doivent permettre aux vélos d’aller vite : de la banlieue au cœur de la ville, du quartier résidentiel au bureau, de l’appartement à l’école ou à l’usine. Pour servir aux trajets domicile – travail, ces « déplacements pendulaires » entre centre et le périurbain qui, en automobile, provoque les embouteillages, le vélo doit pouvoir aller vite et loin.
A Paris, le premier axe nord – sud ira du parc de La Villette, dans le XIXe, au parc Montsouris, dans le XIVe. Il sera terminé l’an prochain. Un second s’étirera d’est en ouest en 2014. Ils seront largement signalés, balisés. « Déjà, en 1996, Jean Tiberi, à la suite des grandes grèves de 1995 où les Parisiens avaient sorti leurs vélos, avait demandé de nouveaux aménagements qui prennent sur la chaussée mais n’enlèvent rien aux piétons, soient efficaces pour les cyclistes et se voient », rappelle Isabelle Lesens, spécialiste en aménagements urbains, devenue journaliste spécialiste en vélo. D’ailleurs, ce nouveau plan vélo a été adopté à l’unanimité du Conseil de Paris. « Des pistes protégées là où on peut le faire, il faut le faire, mais ma priorité ce sont plutôt les continuités cyclables. Nous avons beaucoup d’aménagements déjà réalisés, il s’agit de les relier », explique Annick Lepetit, adjointe au maire de Paris, en charge des déplacements, des transports et de l’espace public.
La même démarche est à l’œuvre à Nantes. Deux axes nord – sud et est – ouest figurent au PDU 2010-2015. Le premier tronçon ouvre à l’occasion de l’inauguration en mai de deux ponts en ligne sur la Loire. C’est un double couloir sécurisé, si possible protégé, d’une largeur de 2 m par sens de circulation. L’autre « axe structurant » empruntera d’est en ouest la piste touristique de la « Loire à vélo ». Ces deux « routes cyclables » seront prolongées au-delà des limites de l’agglomération après 2014. Elles formeront l’armature du réseau des bandes cyclables qui existent déjà, mais qui va être revu. « Nous rehausserons d’abord l’existant. Un contrat va être passé pour nettoyer ces bandes qui accumulent les gravillons projetés par la circulation automobile et refaire les marquages au sol. Mais pour la circulation cycliste, le point dur, ce sont les carrefours. Les maires de l’agglomération sont invités à généraliser les tourne-à-droite à 700 carrefours sur 1 000. Nous retraitons aussi les ronds-points par un contournement, comme pour les piétons, pour les plus grands. Par un marquage au sol spécifique au centre pour ceux de taille moyenne », indique Hadrien Bedok, en charge du vélo à Nantes Métropole. L’affichage de la continuité des parcours cyclables va se faire par une signalétique forte.Des passages pour les sangliers, pas pour les vélos
Pour Alain Méneteau, directeur de la mobilité et des transports à Strasbourg, ces grands axes structurants pour vélos, tout à fait nécessaires, sont néanmoins difficiles à installer. « Il nous faut favoriser le vélo sur une artère d’entrée de Strasbourg par le nord, une route départementale. Elle est trop étroite. Le bus, le busway, le vélo, tout ça ne loge pas. Il nous faut un itinéraire parallèle, mais la ligne de désir de déplacement passe par cette artère. » Autre grand frein au déplacement à vélo, les obstacles infranchissables : « Pour le cycliste et le piéton, la difficulté, ce sont les grandes emprises en centre-ville, par exemple un hôpital, comme à Strasbourg, qui s’étend sur 12 ha. » La ville travaille la question pour les vélos aussi, par le biais d’un plan directeur piétons.
Ces infrastructures infranchissables, Jean-Marie Darmian, président du Club des villes et territoires cyclistes, lutte contre. « Quand Réseau ferré de France construit une ligne à grande vitesse, il prévoit des passages pour les sangliers, les chevreuils. Rien pour les cyclistes ! » Début, avril à Paris, la question de la présence du vélo dans les documents de planification, urbaine en particulier, a été posée lors des Rencontres du Club des villes et territoires cyclables. « Le schéma de cohérence territoriale (Scot) de l’agglomération bordelaise ne prévoit rien pour le vélo. Mais les tabous tombent. Le vélo transgresse peu à peu les normes des documents d’urbanisme, bâtis par des gens qui aiment surtout les routes. On s’aperçoit que le vélo, c’est rentable. Que trois arceaux à vélos sont plus rentables qu’une place de stationnement automobile, qu’une piste cyclable le long du canal Seine-Nord, c’est très efficace », explique Jean-Marie Darmian. Dans le même sens, Denis Jullemier, du Gart, insiste pour que les départements se saisissent de la question du vélo et des liaisons douces : « Il faut que le vélo des villes s’articule avec les schémas de déplacements départementaux. »
Donner le sentiment de sécurité
En attendant, les élus des villes veulent « donner une nouvelle place au vélo », expression qui s’entend littéralement : sur la chaussée. Cette logique expansionniste est à l’œuvre partout. L’idée prévaut que pour en développer la pratique, le vélo puisse se déployer partout dans l’espace public. « Avec priorité absolue accordée aux piétons dans le cadre d’une pédagogie du code de la rue », précise Annick Lepetit. Percer des rues en impasse pour les vélos. Leur ouvrir des raccourcis, leur donner de la souplesse, de la fluidité, telle est devenue la priorité. Les pistes, les bandes, les couloirs se déclinent en doubles et contresens cyclables. « Il faut que le vélo, comme les transports en commun, devienne un moyen de transport plus rapide en ville », rappelle Isabelle Lesens.
L’autre impératif est la sécurité ou plus exactement le sentiment de sécurité. « Si 2 % des Français en moyenne roulent à vélo, c’est qu’il y en a 98 % à convaincre de remonter sur leur bicyclette. Si l’on veut que la mère de famille le fasse et le permette à ses enfants, il faut qu’elle se sente en sécurité », rappelle Hadrien Bedok. La sécurité réelle, quant à elle, existe quasiment déjà. Les chiffres de l’accidentologie à vélo sont en effet très faibles. Pour donner le sentiment de la sécurité à vélo, le précédent des pistes cyclables nuit, isolées qu’elles étaient des autres circulations. « Qu’on arrête de cantonner les cyclistes dans leur réserve indienne. Pour la sécurité de tous, il faut que les gens se voient. La meilleure garantie pour éviter les accidents est apportée si les cyclistes, comme les autres, restent aux aguets », rappelle Benoît Hiron, du Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu).
Mieux, pour que les circulations cohabitent en toute sécurité, l’heure n’est plus seulement aux aménagements cyclables en ligne, mais à l’abaissement général des vitesses. Nouvelle coqueluche des élus, la zone 30 (vitesse maximale pour les voitures) fleurit abondamment. Strasbourg y a converti 70 % de son centre-ville. « 70 % de la voirie en zone 30 et 30 % en zone 50 pour les pénétrantes avec couloirs cyclables, voilà le modèle », explique Benoît Hiron, du Certu. Encore plus tranquilles, les zones de rencontres, interdites aux voitures, piétonnières et ouvertes aux vélos, sont aussi prisées des élus. Bordeaux y a converti une zone centrale de 80 ha. Devant l’ampleur du changement de culture à opérer, Yan Le Gal, à Nantes, propose même de prescrire ces abaissements de vitesse non plus à l’échelle des communes mais des intercommunalités. « Plus de choix. La ville de Ferrare, en Italie, est passée ainsi à 27 % de circulation
à vélo. » Ces manifestations de bonne volonté ne suffisent pas, néanmoins, à convaincre quelques sceptiques. « Le retour des investissements publics dans les continuités cyclables n’est certainement pas encore une réalité à l’échelle de la France », estime Isabelle Lesens, qui se déplace beaucoup à vélo. Elle craint les simples effets d’annonce. Même incrédulité du côté de Nicolas Pressicaud, consultant en mobilité douce, auteur de Le Vélo à la reconquête des villes : « Beaucoup de villes sacrifient en tout premier lieu, en ce moment, leurs projets d’aménagements cyclables pour cause de restrictions budgétaires. » Jean-Marie Darmian, à la tête du Club des villes et territoires cyclables, n’y croit pas vraiment. « Il est terminé, le temps où l’on était pionnier grâce au vélo. C’est devenu simplement une demande, forte, de nos concitoyens. »Hubert Heulot

Le cadencement à pas comptés
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cadencement
1 Après le big bang, la contractionComment faire passer auprès du public un radical changement d’horaires ? Première option, dramatiser. Façon de prendre le public à témoin du chamboulement, d’en vanter les avantages, mais aussi d’alerter sur les risques de l’opération. C’est la communication big bang. Deuxième option, euphémiser, tenter de faire passer en douce. Solution intermédiaire : dire grosso modo la vérité. C’est le parti finalement pris après une valse-hésitation. Il y a eu la fronde des usagers des trains, la crise de la régularité : ce n’était pas le moment de jouer à chamboule-tout. Si on n’a jamais vraiment promis le big bang (de crainte d’un effet boomerang), le 11 décembre 2011 a souvent été présenté comme le point de départ du cadencement généralisé. RFF tenait ce langage, même si, rappelle Yann Le Floch, le Monsieur cadencement du gestionnaire d’infrastructure, il a toujours précisé prudemment qu’il s’agissait du début d’un processus. Le début sans doute, mais la nuit du 10 au 11 décembre était quand même le grand soir des horaires. Aujourd’hui, l’euphémisation l’emporte dans l’appellation retenue : « service annuel 2012 ». Comme si c’était l’équivalent du service 2010 ou du service 2011. Or, le changement va être beaucoup plus profond. RFF, la SNCF et l’Etat vont largement communiquer pour présenter les nouveautés et en expliquer les raisons. Au bout du compte, on sera passé d’une première présentation assez ultra et centrée sur le cadencement à une présentation dans laquelle le cadencement n’apparaît que comme l’un des volets du dispositif. D’une communication qui pouvait être inquiétante à une autre qui se veut apaisante. Donc, comme on dit du côté de la SNCF pour présenter les futurs horaires en réfutant l’idée d’un big bang du cadencement : « Ce n’est pas que ça, et c’est moins que ça. » Alors, c’est quoi ? Réponse au paragraphe suivant.
2 Qu’est-ce qui change ?
Au prochain service, 85 % des sillons vont bouger. Et RFF a réorganisé en profondeur 15 000 à 20 000 sillons sur un total de 40 000. Quelle mouche a piqué le gestionnaire d’infrastructure ? Il y en a plusieurs : pour commencer, les débuts du TGV Rhin-Rhône. De plus, il va falloir reprendre la ligne classique Tours – Bordeaux, et déjà préparer le chantier de la LGV SEA. C’est du fait de ce double rendez-vous que RFF a considéré que le moment était venu de franchir le pas : puisqu’il faut quasiment tout revoir, autant tout reprendre de fond en comble. Les travaux eux-mêmes vont être conduits d’une nouvelle façon. Il s’agit, dit-on à la SNCF, de mettre en place un nouveau « système de gestion de la capacité du réseau pour les travaux en fenêtres de disponibilité », offrant des plages de temps plus importantes que les classiques « blancs travaux ». Ces derniers laissent des plages d’une heure cinquante. Avec le nouveau système, on dispose de trois heures ou plus. Les blancs travaux se glissent mieux dans les horaires ; mais il faut « rendre la voie » très vite, et la productivité du système est faible. Le nouveau système est plus efficace, mais il consomme beaucoup de sillons d’un coup.
On peut encore ajouter, parmi les nouveautés, que sur certaines sections de lignes, notamment sur le Nord, RFF doit préparer l’ouverture du réseau, et donc dégager des sillons pour des opérateurs en droit de se présenter.
3 Le cadencement, qu’est-ce que c’est ?RFF et SNCF sont d’accord sur la définition. On parle de cadencement si et seulement si on a sur une relation sept trains au moins par jour dans un horaire répétitif, et cela 200 jours au moins par an. Sept trains par jour, soit, au minimum, un train toutes les deux heures. Selon cette définition stricte, 8 % des TER sont aujourd’hui cadencés, ils seront 16 % au prochain service. Les TGV, qui donnent en fait la cadence à l’ensemble du réseau, sont aujourd’hui moins de 10 % à être cadencés ; ils vont passer à 30 %.
4 Ne pas confondre mise en ordre et mise en rythme
La définition ci-dessus est stricte. Mais que se passe-t-il quand on a six trains par jour circulant dans le même horaire (ou ayant pour être plus précis le même repère minute), et non pas sept ? On peut avoir toute une gamme de trains qui ne sont pas strictement cadencés même s’ils s’inscrivent dans une trame dont les sillons disponibles, s’ils étaient activés, formeraient une desserte cadencée. SNCF et RFF parlent en ce cas de desserte structurée ou de grille organisée. On pourrait dire que les sillons de cette trame sont cadencés en puissance, mais qu’ils ne le sont en acte qu’une fois franchi le seuil de sept trains. Ou, comme le dit Yann Le Floch pour qualifier les trains qui se trouvent en deçà de ce seuil, ils sont « mis en ordre » mais ne sont pas « mis en rythme ». Au prochain service, 60 % des TGV vont se loger dans cette grille organisée, la moitié d’entre eux étant au sens strict cadencés, comme on l’a vu ci-dessus. Ce sera le cas de 30 % des TER dont, une fois encore, la moitié sera précisément cadencée.
On a donc essayé de mettre en ordre tout ce qui peut l’être, dit-on à RFF. C’est dire que tout ne se prête pas à la structuration. Par exemple, les trains de fret de nuit. Et puis, un conseil régional peut juger, sur une desserte très lâche, qu’il n’est pas utile de changer des horaires pour se plier au cadencement général, au risque de manquer par exemple la sortie d’un collège. Or, si la ligne est peu fréquentée, personne ne peut prétendre que la non structuration locale gêne le bel ordonnancement global. Aussi les conseils régionaux demandent-ils en certains cas qu’on fasse « vibrer le cadencement », comme on dit à RFF. Au total, RFF, qui s’est engagé dans la démarche depuis 2006 a mené avec les partenaires du transport plus de 500 réunions au cours des deux dernières années, reprenant des horaires à plusieurs reprises. Ceci n’empêche pas certains élus de trouver que le changement vient d’en haut. Remarque inévitable, puisque ce sont les trains à grands parcours qui sont la colonne vertébrale du graphique. Les TGV donnent le la.
5 Effet papillon dans le chemin de fer péninsulaireAu bout du compte, tout l’Hexagone va se trouver, plus ou moins, mis au pas cadencé… sauf les régions qui ne le seront pas du tout. Résolument, la Bretagne et les Pays de la Loire ne sont pas de cette fournée. Elles préfèrent attendre la future ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire pour refondre leurs horaires. A la SNCF on mentionne encore, comme semi-exception, l’Aquitaine qui, du fait des travaux très importants « bénéficiera d’un régime adapté ». RFF signale que la Champagne-Ardenne et la Lorraine vont attendre la deuxième phase de la LGV Est pour emboîter définitivement le pas aux autres régions.
La Bretagne, c’est sûr, attend son heure. Et pourtant, à défaut de LGV bretonne, la LGV Rhin-Rhône aura des effets sur le TER breton. En effet, la future desserte comportant des TGV d’interconnexion vers la Bretagne, l’ensemble de la trame bretonne des TGV se trouve affectée… d’où le changement de la moitié des horaires des TER bretons.
Cela dit, il y a des changements liés au TGV qui n’en sont pas vraiment. Par exemple sur la ligne C du RER. Le changement essentiel, c’est une rotation de 7 minutes : du fait du passage à Massy de nouveaux TGV d’interconnexion, tout se trouve décalé. Un train de 8 h sera programmé à 8 h 07, et ainsi de suite. Mais comme les intervalles entre les trains ne changent pas, la desserte reste structurellement stable. Quant à la région Rhône-Alpes, elle aussi doit réaménager ses horaires mais le fait d’être passé au cadencement la première lui permet de ne pas tout reprendre de zéro.
6 Attention travaux !
Un point qui est plus fondamental que les autres, pour la SNCF, ce sont les travaux. L’importance des travaux de régénération a doublé en peu d’années. On est passé de 500 à 1 000 km par an (chiffres RFF). Cette année, il y a surtout, on l’a mentionné plus haut, le renouvellement de la ligne classique Tours – Bordeaux. C’est énorme. On veut gêner le moins possible les voyageurs… mais on va sérieusement les gêner tout de même dès l’an prochain avec une interruption des circulations de 7 heures toutes les nuits. Conséquence, les trains de fret qui circulent la nuit vont devoir passer le jour. Pour faire passer tout le monde, il faut ranger. C’est ainsi que l’enjeu travaux se trouve lié à la structuration et finalement au cadencement. Autre lien difficile : la transversale sud entre Bordeaux et Narbonne. Le Sud-Est aussi va devenir très difficile, de la gare de Paris-Lyon jusqu’au sud de Lyon. On considère qu’avec la signalisation d’aujourd’hui, la LGV Est est saturée lorsqu’y circulent 13 trains par heure. Avec le TGV Rhin-Rhône, et le basculement des trains de la Suisse alémanique sur la ligne Paris – Lyon, via Dijon – Besançon, on va les atteindre. De plus, à certains moments, du fait de travaux sur la LGV, on disposera de 12 sillons au mieux au lieu de 13. C’est plein comme un œuf, dit-on à la SNCF. Cela, alors que le poste 1 de Paris-Lyon, l’un des plus anciens du réseau, arrive à obsolescence… Solution ? le basculement de Téoz sur la gare de Bercy va libérer de la place. Sur certains secteurs, il y aura moins de trains. Pas sur le Transilien. Mais sur TGV Sud-Est, à certaines heures, l’offre devrait être moins dense. Et du fait des travaux à l’Ouest, on ne fera pas trois heures entre Paris et Bordeaux mais, au premier semestre, trois heures quinze.
7 Intentions vertueuses, effets pervers
A priori, on est d’accord sur les effets bénéfiques du cadencement. La SNCF se félicite de voir l’ensemble des horaires « rangés », comme une valise bien faite qui peut être bien pleine. De quoi assurer la robustesse de la grille, souci numéro un. Ensuite, la SNCF insiste sur le pragmatisme et la progressivité dans la généralisation du cadencement. A RFF, on est plus prolixe sur les effets vertueux. A priori, rappelle-t-on, le but du cadencement, c’est de faire en sorte que les circulations s’améliorent. Pour Alain Quinet, directeur général délégué : « On gagne en volume de trafic et/ou en régularité. Soit on met davantage de trains en circulation à régularité inchangée, soit cela permet de faire progresser la régularité à volume de trains inchangé. On cite généralement un gain de 15 % en quantité ou qualité de service. » Qui plus est, en gagnant en régularité on peut optimiser les correspondances.
La minute repère, dit encore Yann Le Floch permet à l’ensemble des acteurs d’avoir l’intelligence du système. Les voyageurs mémorisent plus facilement les horaires et, grâce à la structuration très en amont du graphique et sa structure répétitive, pourraient même, comme c’est le cas en Allemagne, savoir que leur train se trouve toujours sur le même quai de la gare. Les cheminots de leur côté se trouvent plus impliqués dans le respect d’horaires réglés comme du papier à musique. Parmi eux, les responsables de la circulation sont en mesure de mettre au point des routines, par exemple de rattrapage de retards, qui peuvent être dupliqués sur tous les points d’une même série horaire.
A la SNCF, on pointe un peu plus les bugs du système. Et on ne nie pas qu’il y ait des effets pervers. Surtout quand on fonctionne à moyens constants, ce qui est l’hypothèse de base, la crise et la pénurie budgétaire généralisée se prêtant mal à l’extension des services.
Sur les avantages qu’offriraient de plus nombreuses rotations de matériels induites par la cadencement, la SNCF commente : « C’est vrai… quand c’est vrai. C’est vrai si on a déjà suffisamment de fréquence, de la densité, sinon cela va être moins vrai, voire l’opposé. » Si on a beaucoup de trains, on augmente la productivité du système. Mais, dans des zones à faible densité, l’application d’une trame cadencée peut amener à louper des correspondances, conduire à des « désoptimisations ». Par exemple, quand pour respecter l’horaire cadencé on fait partir un train alors que le train montant n’est pas encore arrivé.8 Quel vainqueur, quel vaincu ?
RFF était en pointe sur le sujet du cadencement, la SNCF en retrait. Il faut dire que les champions du cadencement sont les Suisses, qui ont une philosophie de l’exploitation différente de celle de la SNCF et auprès de qui, depuis au moins le rapport Rivier, RFF est allé bâtir sa culture ferroviaire. Cette difficulté culturelle n’est pas la seule raison. Il y a aussi la question d’opportunité : après la forte grogne des usagers à l’hiver, était-ce vraiment le moment de se lancer dans un bouleversement plutôt risqué. Il y a aussi le risque social : tout changement de service, avec ses nouveaux roulements, ouvre la porte à des conflits. Méfiance, donc, à l’idée d’un changement majeur. A la SNCF, on juge que la « posture de l’entreprise » a fait évoluer les choses. La SNCF a demandé pragmatisme (se donner le droit de déroger) et progressivité (étape par étape). Ce qui a déjà été observé pour les premiers pas du cadencement ; on a commencé avec Rhône-Alpes il y a trois ans, l’année d’après Paca a suivi, ainsi qu’une partie de Bourgogne, les Normandie, et un peu l’Ile-de-France.
Si le lobbying immédiat de la SNCF a porté, RFF n’a pas perdu la partie. D’ailleurs, la ministre de l’Ecologie (et des Transports) a tranché en faveur d’une solution prise dans une famille (dite A) présentée par RFF, et non prise dans la famille (dite B) présentée par la SNCF. Une famille qui met tout de même la généralisation du cadencement à l’horizon. En fait, on a l’impression que personne n’a gagné ni perdu définitivement la partie. On remarque au passage, avec ce compromis, que le système ferroviaire français, si critiquable, n’a pas si mal fonctionné. D’ailleurs, si les deux entreprises se sont affrontées, Alain Quinet, à RFF, fait remarquer que la divergence est plus complexe et qu’elle est « présente dans chaque entreprise, entre les équipes dédiées aux travaux et celles dédiées aux circulations ». Sans doute. Mais le dossier du cadencement a quand même été un nouvel épisode de l’affrontement sourd entre RFF et la SNCF sur les horaires. Les enjeux sont énormes. Car tenir la construction des horaires, c’est avoir une bonne partie du pouvoir sur le chemin de fer.François dumont
Le Limousin cadence les trois quarts de ses TER
La position du Limousin pourrait paraître paradoxale : la région, malgré sa faible densité de population, malgré ses TER souvent déserts dans la journée, est favorable au cadencement de ses liaisons. Sur cette base, le conseil régional a planché avec la SNCF et RFF sur une nouvelle grille de circulation. « Nous souhaitons optimiser l’offre de transport par TER. Nous avons travaillé sur un certain nombre de lignes, avec deux nœuds de correspondances : Brive et Limoges. Nous avons essayé d’améliorer les correspondances, en prenant aussi en compte l’intermodalité avec les cars », explique Gilles Pallier, le vice-président socialiste chargé des Transports à la région, qui ajoute : « Ce réaménagement des horaires interfère bien sûr avec les circulations des Téoz et du Brive – Limoges – La Souterraine – Paris. »
Selon lui, l’objectif est d’offrir plus de circulations aux heures de pointe, tout en améliorant la lisibilité pour le voyageur qui sait que son train passe toujours aux mêmes heures, de façon répétitive. Il s’agit aussi de mieux mailler le territoire en desservant plus de gares avec plus d’arrêts.
La région espère attirer une nouvelle clientèle qui laissera sa voiture au garage. Elle a déjà testé le cadencement avec succès le printemps dernier sur la ligne Brive – Tulle en Corrèze. En un an, la fréquentation a bondi de près de 20 %.
Selon Gilles Pallier, les trois quarts des TER limousins devraient être cadencés. Des discussions sont en cours avec la SNCF pour que le prix à payer ne soit pas trop cher. Avec plusieurs arguments : « nous négocions ferme car en contrepartie du cadencement, nous supprimons des trains en milieu de journée ou très tôt le matin qui étaient peu utilisés. De plus, le cadencement peut aussi permettre de rationaliser les coûts en utilisant mieux le matériel ».
M.-H. P.
Rhône-Alpes rejette les changements d’horaires à répétition
Rhône-Alpes, passé au cadencement dès 2007, assume son rôle de région pionnière. La région en mesure d’autant mieux les avantages et les inconvénients qu’elle a fait face à une grogne des usagers, furieux de vivre un bouleversement de leurs horaires de transports au moment du lancement et de subir les perturbations et retards qui ont accompagné les débuts.
Bernadette Laclais, la vice-présidente socialiste chargée des transports, rappelle que le cadencement s’est traduit par une hausse de l’offre TER de 15 % en trois ans et par une croissance de la fréquentation de 30 % en cinq ans. « Le cadencement a permis un saut quantitatif et qualitatif. Il simplifie l’usage du train, souligne l’élue avant d’ajouter : Toutefois, comme nous sommes dans une région avec un certain nombre d’infrastructures anciennes et à voie unique, ce système peut aussi compliquer l’exploitation. Nous avons enregistré des difficultés sur certains axes, des problèmes de robustesse et de régularité. »
La région affirme affronter de nouveau une montée du mécontentement des usagers. D’autant que l’année dernière, avec l’ouverture de la ligne du Haut-Bugey, il a fallu de nouveau modifier profondément les horaires des TER : au total 40 % ont été impactés plus ou moins fortement selon les lignes. Et aujourd’hui, il faut de nouveau travailler à d’importantes modifications de la grille horaire avec l’inauguration en décembre du TGV Rhin-Rhône. D’où une mise en garde de Bernadette Laclais : « Il ne faut pas que les partenaires, SNCF et RFF, donnent le sentiment que les TER sont les parents pauvres du ferroviaire en subissant les arrivées des TGV. »
M.-H. P.
Pour la Bretagne, c’est un oui mais…
Pour Gérard Lahellec, vice-président communiste chargé des transports au conseil régional de Bretagne, la région n’est pas opposée par principe au cadencement. Mais il fait d’emblée une distinction entre le cadencement et l’optimisation du trafic, « c’est-à-dire la hausse du nombre de trains qui circulent et contribuent à augmenter les recettes du péage ». C’est sa première réserve.
La seconde tient aux particularités régionales. « Sur un territoire comme la Bretagne, on ne peut dissocier l’objectif du TGV de l’objectif du TER. Nous souhaitons une réelle complémentarité entre les deux. Nous avons réalisé beaucoup d’investissements pour mettre la pointe bretonne à 3 heures de Paris et à 1 heure 30 de Rennes. Donc nous cherchons aussi des gains de temps sur les parcours intrarégionaux. Il ne faudrait pas que le cadencement détériore ces temps de parcours. »
La Bretagne attendra donc l’arrivée de son futur TGV Bretagne-Pays de la Loire vers la fin 2016 pour revoir totalement sa grille horaire. D’ici là, elle s’intéresse à d’autres chantiers : un plan de rénovation des gares TER, dix projets de pôles d’échanges multimodaux et une réflexion sur la gare de Rennes, sorte de poumon ferroviaire pour la région, qui accueille et diffuse les trafics TGV et TER.
« Ne confondons pas vitesse et précipitation. Les Suisses ont mis 20 ans pour cadencer leur réseau. Il n’est pas scandaleux de prendre cinq ans pour le faire », souligne Gérard Lahellec.
Reste que la Bretagne va tout de même revoir quelques-uns de ses horaires au prochain service d’hiver, avec le lancement du TGV Rhin-Rhône dont les effets, dessertes et correspondances des trains les uns avec les autres, se répercuteront jusqu’à la pointe de la Bretagne : pas moins de la moitié des TER devront être repositionnés. « C’est un travail technique très important. Mais il ne modifie pas l’économie globale de la desserte TER », note Gérard Lahellec. Selon lui, des TGV de fin de semaine et en soirée pourraient peut-être aussi devoir s’arrêter à Rennes, sans aller jusqu’à la pointe bretonne. A la place, de nouveaux TER pourraient être mis en circulation pour assurer la desserte de tout le territoire régional.
M.-H. P.
La patate chaude du Nord-Pas-de-CalaisAlain Wacheux ne s’en cache pas : le cadencement, « on ne l’a pas voulu », dit le vice-président (PS) chargé des transports au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais à propos du grand chantier des régions, associées à RFF et la SNCF : des trains à fréquence régulière, associés aux autres réseaux de transports.
Dans le Nord-Pas-de-Calais, « le travail est immense. Nous sommes très inquiets », relève Dominique Plancke, président Vert de la commission transports du conseil régional. « RFF propose, l’Etat valide, la SNCF s’en inquiète, et nous avec, résume Alain Wacheux. Le délai est prévu pour la fin de l’année 2011. Vu l’ampleur de la réforme d’une telle organisation du transport, le délai ne paraît pas raisonnable. C’est ce que disent beaucoup de conseils régionaux. Tous les éléments ne sont pas réunis pour une optimisation sereine. »
« Le gros du travail est derrière nous », estime pour sa part Lucette Vanlaecke, directrice régionale de RFF, qui « comprend les inquiétudes ». Elle souligne qu’« il s’agit de préparer l’intermodalité des transports », pas de « bouleverser les habitudes des usagers ».
Alain Wacheux fait une autre lecture du chantier : « RFF propose le cadencement pour optimiser ses sillons, c’est-à-dire, outre une utilisation plus rationnelle des sillons, améliorer ses résultats commerciaux. Si on n’a pas compris qu’il s’agit d’une démarche économique depuis le début, on passe à côté du sujet. » Au-delà de toute polémique, le conseil régional, qui plaide pour le développement du trafic de voyageurs, craint que le chantier du cadencement, qui « concerne le fret et les voyageurs, les grandes lignes interrégionales, le TGV et le TER », fasse de ce dernier « une variable d’ajustement ».
Mathieu Hébert
L’Europe en cadenceOn croit parfois que la Suisse a été le premier pays d’Europe à adopter l’horaire cadencé dans l’idée de Rail 2000. En réalité, dès 1939, les Pays-Bas s’y étaient essayés, bientôt imités par l’Allemagne et le Danemark. Mais c’est sans nul doute la Suisse qui aura su mener la formule jusqu’à son apogée, en l’étendant d’emblée à tous les modes de transport en correspondance. Trains nationaux et régionaux, chemins de fer secondaires, téléphériques, bateaux et cars postaux entraient ainsi en résonance, jouant désormais leur partition au même rythme pour le plus grand bonheur des voyageurs… Dans la foulée du grand succès helvétique, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et la Finlande se mirent, eux aussi, à cadencer leurs trains. L’Allemagne réussissait même, dès 1991, à intégrer dessertes régionales et trafic grandes lignes à l’échelle d’un réseau dont on sait pourtant qu’il demeure géographiquement fort étendu. Longtemps demeurée à l’écart de pareille mouvance, la France semblait plus attachée à une conception traditionnelle de l’offre « voyageurs » qui voulait qu’on optimise très finement les conditions de mise en circulation des trains, leur mission et leurs horaires en fonction des fluctuations supposées du trafic au long des semaines comme des années. Au fur et à mesure qu’ils se lançaient dans l’heureuse aventure, nos voisins européens s’étonnaient parfois de nos réticences endémiques à l’égard du cadencement, se moquant gentiment des indicateurs horaires de la SNCF où ils s’attendaient à voir un jour figurer, disaient-ils, des trains ne circulant que « les mois en R » ou encore « les nuits de pleine lune »… Encore récemment, un magazine suisse traitant des transports ferroviaires pointait du doigt l’un de nos trains « réguliers » qui nécessitait, à lui seul, une dizaine de colonnes horaires différentes selon les jours de la semaine ou les dates du calendrier ! Chaque variante horaire ainsi définie pouvait, sans nul doute, justifier séparément de sa propre pertinence. Mais devait-on raisonnablement espérer, pour autant, qu’une telle complexité dans l’optimisation puisse aider le voyageur à s’y retrouver ? Autrefois, les administrations ferroviaires étaient des entreprises intégrées, qui assuraient par elles-mêmes la planification de l’offre, qu’elle soit ou non cadencée. Depuis leur éclatement en deux entités, la première (l’opérateur) comme la seconde (le gestionnaire d’infrastructures) cherchent d’abord à optimiser leur propre activité, chacune pour elle-même. Est-ce à dire que la situation qui prévalait avant cette séparation, voulue par Bruxelles, des comptes et responsabilités entre les deux grands acteurs traditionnels de tout système ferroviaire était préférable ? Nombre d’observateurs des plus éclairés estiment que Bruxelles continue de traiter le chemin de fer comme l’avion. Pour eux, la libéralisation du trafic à grande vitesse ne marchera pas : « C’est une idée de juristes ou d’économistes, qui ne connaissent pas la complexité du monde ferroviaire. Un trafic doit toujours vivre avec d’autres, on ne peut pas ignorer qu’il existe une chaîne des transports, et qu’il faut gérer des correspondances. Qu’un seul maillon soit défaillant, et l’on perd aussitôt énormément de temps… » Et ces mêmes observateurs d’insister volontiers sur les bienfaits à attendre, pour la collectivité, d’une planification intelligemment menée. Sauf que, désormais, ledit planificateur ne saurait être qu’extérieur…
Tobi Mayer
Le NFC dans les starting-blocks
Il n’y a jamais eu de campagne de promotion du NFC, cette technologie de sans-contact mobile (Near Field Communication) dont le principal support est le téléphone mobile. Et pourtant sa notoriété est élevée : 45 %. C’est l’un des enseignements du baromètre Perception et intérêt pour les mobiles sans contact, réalisé par MV2 Conseil pour le Forum mobile des services mobiles sans contact (FSMSC). « 69 % des personnes interrogées se disent intéressées par les services mobiles et 72 % prêtes à changer d’appareil pour en bénéficier », souligne Edouard Duffau, directeur des études stratégiques de MV2 Group. Et si le public montre un intérêt marqué pour un bouquet de services, celui qui est toujours cité en tête des services les plus importants, c’est le transport. Ainsi 49 % de l’échantillon (999 habitants de villes de plus de 100 000 habitants) affirment leur intention d’utiliser le NFC pour les informations déplacements et l’achat de billets, 68 % estiment qu’il simplifiera les déplacements. Ceux qui prennent les transports tous les jours sont encore plus emballés : les deux tiers sont partants. « Le NFC ne laisse personne sur le bord de la route, il a un potentiel très mass market », conclut le directeur de MV2.
Fort de ce constat, les membres du FSMSC réunis à Bercy le 31 mars pour débattre de la filière NFC semblent d’accord sur la perspective d’un boom et d’une chance à saisir. « La France a un coup d’avance sur le sans-contact mobile », a ainsi lâché son président, Jean-Michel Gadrat, afin de motiver ses membres. Mais « des initiatives japonaises, anglaises et surtout américaines avec l’arrivée remarquée de Google et peut-être d’Apple ne peuvent qu’inciter à une large mobilisation. » Le géant de la Silicon Valley a en effet annoncé qu’il lancerait prochainement un pilote de paiement sans contact à San Francisco et New York, mais, souligne Jean-Michel Gadrat, « il demande l’appui des entreprises françaises ». Au Japon, l’offre complète, incluant les transports de NTT DoCoMo existe depuis 2004.
Chez nous, depuis le lancement de Citizy à Nice en 2010, le secteur cherchait un second souffle, qu’il vient de trouver avec la sélection de neuf territoires prêts à se lancer (voir encadré ci-dessous). La majorité des services susceptibles d’utiliser le NFC étant publics (transports, universités, parkings, monuments, piscines, bibliothèques, etc.), « les territoires, au travers des collectivités, ont un rôle majeur d’initiateur », poursuit le président du Forum. Autres éléments favorables : les leaders de la fabrication de mobiles mondiaux (Nokia, RIM, Samsung, LG) ont annoncé le lancement, en 2011, de nombreux modèles intégrant le NFC. Et les opérateurs de téléphonie mobile français prévoient d’en vendre un million d’ici à la fin de l’année.
« 260 millions d’euros ont été investis dans le sans-contact mobile de 2006 à 2010, et 330 millions seront investis de 2011 à 2015, souligne pour sa part Jean-Claude Deturche, vice-président chez Gemalto. Pour ce leader mondial de la sécurité numérique, « le mobile deviendra un outil transactionnel, le marché va exploser, plusieurs milliers d’emplois seront créés et le chiffre d’affaires généré par la filière française en 2015 sera supérieur à un milliard ». Pour autant, nombre d’acteurs lancent un cri d’alarme, derrière Jean-Yves Müller, directeur général de NXP, l’inventeur de la norme NFC : « Il y a un raz-de-marée de services aux Etats-Unis, il ne faudrait pas se faire prendre ces opportunités de marché, ni en arriver à importer des solutions logicielles alors que nous avons inventé le NFC ! »
Sous « le regard du monde entier », selon l’expression d’Etienne Costes, directeur associé de Greenwich Consulting, Citizy à Nice a atteint ses objectifs avec 3 400 utilisateurs, malgré un mobile unique et au design préhistorique. La ville pionnière accueillera le premier NFC world congress en septembre. « Information, achat, validation, tous les services transports sont utilisés et fonctionnent impeccablement depuis le début », assure Dominique Descolas, directeur du programme billettique et services sur mobile de Veolia Transport. Et l’enjeu transport est crucial : « C’est le service le plus naturel car il améliore la productivité et permet de toucher très vite un gros volume d’utilisateurs, donc d’atteindre la masse critique générant un cercle vertueux », rappelle Etienne Costes. Le Gart et l’UTP ayant finalisé mi-mars le document fonctionnel commun, un référentiel technique établi au travers du parcours client, plus rien n’empêche un déploiement à grande échelle.
« Les applications sur le mobile sans contact vont révolutionner le rapport de l’individu avec son environnement, à travers le paiement, la billettique pour les transports… a prédit Eric Besson, en clôture des débats. Couplée à l’explosion de la mobilité, la diffusion de la technologie va créer de multiples usages, dont beaucoup restent à trouver. » Le ministre a par ailleurs annoncé un nouvel appel à projets dédié au NFC avant la fin du 1er semestre et a, lui aussi, appelé à la mobilisation des entreprises. L’enjeu est de taille : « En 2016, l’e-commerce mobile représentera 6 milliards d’euros en France et 27 milliards en Europe, a chiffré le président du FSMSC. Nous sommes donc entrés dans une course. Cette course a l’allure d’une guerre économique. »
Cécile NANGERONI
Les transports, moteur du sans-contact
« La technologie mobile est en train de faire passer le ticket du distributeur automatique à nos poches. » C’est avec cette formulation imagée que l’auteur de l’étude du cabinet Juniper Research publiée en mars dernier a précisé comment il envisageait l’essor du ticketing mobile. Selon l’étude, d’ici à 2015, un utilisateur sur huit dans le monde, soit 750 millions de personnes, aura acheté un ticket depuis son téléphone mobile ou reçu une contremarque virtuelle, contre un sur vingt actuellement, soit 230 millions de personnes. Si bien que les deux prochaines années devraient être décisives pour le titre électronique, qu’il s’agisse de SMS, codes-barres, applications de smartphones ou de NFC, cette dernière offre étant la plus conviviale et intuitive. Avec le secteur du divertissement et de l’événementiel, les transports seront le moteur de cette évolution, prédit le cabinet. Premiers intéressés par le service : tous ceux qui achètent leur ticket au dernier moment.
C. N.
Neuf territoires leaders pour le NFC
Le 6 juillet 2010, le gouvernement lançait l’appel à déclaration d’intentions « Territoires leaders du mobile sans contact ». Les neuf projets les plus avancés ont été sélectionnés par le ministère de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique en janvier dernier. Ils concernent les villes ou territoires de Bordeaux/Pessac, Caen/Manche, Lille, Marseille, Nice, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse. Tous sont accompagnés par une instance de coordination nationale animée par le FSMSC dans le but d’affiner leurs projets (services, calendrier de déploiement), mais aussi de favoriser les échanges d’expériences, et enfin de « poser un socle méthodologique qui constituera une boîte à outils pratique pour les collectivités », a précisé Eric Besson. C’est une nouvelle étape pour le NFC, son développement dans les services de la ville, les transports, le commerce local ou encore les services aux citoyens.
Ainsi Rennes, qui estime que « la suite logique, c’est le NFC », selon Noël Philippe, directeur général des services urbains de Rennes Métropole. Cependant, « sans renoncer aux autres supports, les cartes à puces et clés USB doivent continuer à fonctionner ». A Marseille, Christophe Martin, directeur de la mission numérique, explique que « les nombreux événements culturels Marseille Provence 2013 nous obligent à structurer une offre de services numériques innovante. Le NFC est intéressant dans deux dimensions : économique avec le paiement simplifié, culturelle et touristique car il facilite l’usage ». La billettique transport déployée l’an passé est compatible NFC. Un NFC qui devrait être lancé fin 2011 ou début 2012 dans la cité phocéenne. Et au-delà, promet Bruno Marie, directeur adjoint des transports à Marseille Provence Métropole : « Le syndicat mixte qui regroupe huit AOT sur le département des Bouches-du-Rhône y travaillera afin qu’en 18 à 24 mois tout le territoire soit sans contact et NFC ». Seul bémol : pour les contrôles ou pour les tarifs sociaux, un impératif : « identifier formellement le porteur du téléphone. Il faut trouver des solutions ! »
C. N

Pérou : Lima veut rattraper le temps perdu
Quand Alan Garcia a annoncé en 2009 la reprise des travaux du « train électrique », tel qu’on le nomme à Lima, la nouvelle a été accueillie avec un mélange de surprise, de méfiance et d’humour. Personne n’avait oublié l’échec de sa première tentative, dans les années 80, de créer un système de transport massif surélevé. Les neuf premiers kilomètres de rail construits sont restés suspendus au-dessus de la ville comme un rappel constant. C’est donc un geste symbolique que le président péruvien a réalisé en rouvrant ce chantier vingt ans plus tard. Mais surtout un geste de bon sens, dans une mégalopole qui compte uniquement sur ses routes pour transporter ses 8 millions et demi d’habitants.
A Lima, se déplacer est une lutte. Le transport public dépend presque entièrement d’entreprises privées, générant un trafic gigantesque sur tous les axes de Lima aux heures de pointe. 35 000 bus et minibus, sans compter plus de 20 000 non autorisés, se partagent les 652 lignes de la métropole. Et à cela s’ajoutent quelque 330 000 taxis. Des chiffres et une pollution qui font facilement tourner la tête et qui nuisent gravement à Lima et au Pérou. Tout autant que le temps perdu dans les transports, puisqu’il faut entre une heure et demie et deux heures pour traverser la ville. Selon l’ONG Luz Ambar, ce chaos coûterait environ un milliard de dollars par an. Pour une ville qui rêve de modernité et de devenir un centre majeur en Amérique du Sud, le développement d’un système de transport massif reste incontournable. La mairie de Lima a posé une première pierre en créant l’année dernière un TCSP, le Metropolitano, semblable au TransMilenio de Bogota (Colombie). Il s’agit d’un couloir nord – sud sur 26 km, parcouru par des bus articulés. Sauf que seulement six mois après son lancement le service était déjà saturé.
L’idée d’un métro à Lima remonte bien avant les années 80. Dès 1965, la municipalité avait commandé une étude au suédois Traffikkonsult AB sur la viabilité d’un métro souterrain. Cela faisait suite à la suppression par le gouvernement du tramway, sur fond de mauvaise gestion et de conflit social avec les employés. Les experts avaient conclu qu’il était plus que nécessaire d’implanter un métro avant 1985, sinon la situation deviendrait ingérable. Et encore, leurs évaluations sous-estimaient la vague migratoire venue des zones rurales qui frapperait Lima. Depuis cette époque, plusieurs études ont recommandé la création d’un métro. Mais l’instabilité politique et le manque de moyens et de volonté ont eu raison à chaque fois de ces programmes, favorisant plutôt le développement du transport routier. Alan Garcia, en 1986, a donc été le premier à mettre en œuvre ce type de projet. Il crée une autorité du « train électrique », la Autoridad Autonoma del Tren Eléctrico (AATE). L’idée est de construire un rail surélevé, moins coûteux et moins complexe dans un sol au fort risque sismique. Mais l’hyperinflation et la crise économique auront raison de son gouvernement et de son métro, laissant l’œuvre inachevée.
Les gouvernements qui suivront abandonneront le projet, en grande partie pour des raisons politiques. « Ils ne voulaient pas donner du crédit à Alan Garcia », explique Neydo Hidalgo, historien spécialiste des questions d’électricité. Pour les ingénieurs impliqués, la traversée du désert commence. « Nous étions toujours sur le projet, mais il n’y avait aucune volonté et surtout aucun financement », se rappelle Walter Arboleda, coordinateur des travaux à l’époque. « Nous ne faisions qu’attendre. »
En 2001, la municipalité de Lima a pris le contrôle de l’AATE et a tenté de se servir des rails existants pour créer un système de transport incluant métro et bus approvisionneurs avec un ticket unique. Mais l’expérience tournera court seulement six mois plus tard, faute de rentabilité.
Revenu au pouvoir malgré l’échec de son premier gouvernement, Alan Garcia a promis en milieu de mandat la relance des travaux du métro avec 11 km supplémentaires, reprenant exactement là où ils s’étaient arrêtés. « Ce qui avait été fait avant nous a servi de point de départ et nous avons ensuite appliqué toutes les mises à jour », raconte Oswaldo Plasencia, directeur exécutif de l’AATE, revenue dans le giron du ministère des Transports. « Grâce à la modernisation de la technologie, nous n’avons eu besoin que d’un an et demi pour réaliser ce qui aurait pris quatre ans à l’époque. »
Cet aspect est très important, puisque le Président a insisté plus que tout sur la vitesse d’exécution de l’œuvre. 5 000 ouvriers ont travaillé sur le chantier jour et nuit. « Sans le moindre accident invalidant », se félicite Oswaldo Plasencia. Le gouvernement a par contre connu plus de difficultés sur la commande de trains. L’AATE ne dispose à ce jour que de cinq trains, ceux achetés pendant la première phase. Pourtant, le ministre des Transports s’est rendu en personne au Japon début 2010 pour négocier l’achat de plusieurs trains d’occasion. Mais n’étant pas d’accord sur le calendrier de livraison, rien n’a été signé.
Cela pousse certains à critiquer l’empressement du gouvernement pour finir ce projet. « Le Président veut uniquement venir, se faire prendre en photo, puis repartir », regrette l’architecte urbaniste Harry Max Leon, qui a étudié le projet au cours de ses deux phases. Le fait est qu’avec seulement cinq trains pour assurer des allers-retours sur une vingtaine de kilomètres, dont un obligatoirement en réserve, le service sera vite saturé. La commande de trains revient maintenant à Consorcio Tren Electrico Lima, le concessionnaire en charge des opérations après l’inauguration du métro. Gonzalo Ferraro, responsable de l’infrastructure chez Graña y Montero, l’une de deux entreprises associées, explique que « des négociations sont en cours pour acheter les 19 trains qui manquent, mais il faudra un an et demi environ avant que la commande puisse être traitée ». Lorsque tout le matériel roulant sera disponible, le métro pourra satisfaire les besoins de 200 000 à 300 000 personnes. En attendant, le chaos continue à Lima.
Cédric sanchezCinq rames pour 20 km de ligne
La construction des 20 km de rail de la ligne 1 qui sera inaugurée en juillet s’est donc faite en deux temps. Aux 9,2 km bâtis entre 1986 et 1990, s’ajoutent 11 km, qui permettront d’unir le quartier périphérique de Villa el Salvador au centre de Lima, pour un coût total de 520 millions de dollars.
Pour le moment, le métro de Lima ne dispose que de cinq trains, achetés dans les années 90 à l’entreprise italienne Ansaldo Trasporti. Ce sont des ensembles de six voitures, dont quatre voitures motrices, semblables aux MB300 de la ligne B du métro de Rome. Selon le directeur exécutif de l’Autoridad Autonoma del Tren Eléctrico (AATE), Oswaldo Plasencia, il s’agit de trains
« neufs-anciens », puisqu’ils sont actuellement modernisés, notamment au niveau des résistances de puissance et avec l’implémentation d’air conditionné.
L’AATE, qui dépend du ministère des Transports, est l’organisme qui a élaboré les plans et supervise la construction, mais les opérations en elles-mêmes sont réalisées par des entreprises concessionnaires.
Pour la construction des rails, l’Etat a fait appel à un consortium formé par les brésiliens d’Odebrecht (66 %) et Graña y Montero, numéro un du bâtiment au Pérou. En ce qui concerne la gestion du système final, l’appel d’offres réalisé en février a été remporté par Graña y Montero encore, en collaboration avec l’argentin Ferrovias. Ils auront à charge notamment l’expansion de l’atelier de réparation actuel et la création d’un entrepôt moderne pour l’entretien des 24 trains que comptera à terme la ligne 1 du métro.
Le métro en quelques dates• 1965 : Première étude de faisabilité, menée par l’entreprise suédoise Traffikkonsult AB.
• 1972 : Deuxième étude, menée par le consortium « Metrolima » et acceptée par le gouvernement militaire. Le projet sera finalement abandonné sur fond de crise politique et institutionnelle.
• 1986 : Début du « train électrique » actuel, sous l’impulsion du gouvernement d’Alan Garcia.
• 1990 : Fin du gouvernement Garcia, crise économique et arrêt du financement des travaux, interrompus en plein milieu.
• 2009 : Alan Garcia, revenu au pouvoir, annonce la réouverture du chantier.
• Décembre 2010 : Signature d’un décret implémentant la création d’un réseau de métro de cinq lignes sur toute la métropole.
• 11 juillet 2011 : Date prévue d’inauguration de la première ligne du métro de Lima.Walter Arboleda, responsable des travaux :
« Nous avons patienté et continué à travailler sur le projet »
Ville, Rail & Transports : Comment vit-on l’arrêt d’un projet d’une telle envergure, alors qu’il est en pleine construction ?
Walter Arboleda : Nous avons connu beaucoup de difficultés et beaucoup de désillusions au cours de toutes ces années. Je fais partie de ceux qui ont cru à ce projet dès le début et nous nous sommes toujours efforcés de le voir un jour aboutir. Lorsque les travaux se sont arrêtés dans les années 90, avec le gouvernement d’Alberto Fujimori, nous n’imaginions pas forcément que la pause serait si longue. Nous avons donc patienté et continué à travailler dessus.
Pour mieux faire connaître notre œuvre, nous avons organisé des opérations auprès du public, qui pouvait voyager gratuitement dans le train. Puis en 2001, lorsque l’AATE est passé sous le contrôle de la municipalité de Lima, nous avions espoir que tout allait reprendre. Dans un premier temps, la mairie a mis en place un système de transport incluant à la fois le train électrique et des bus, avec un ticket unique à 1,20 soles (environ 0,30 euro). Le train entrait donc enfin en fonctionnement, mais nous avons vite dû arrêter au bout de six mois, puisque ce n’était pas assez rentable sur une simple portion de 9 km, qui plus est dans une des extrémités de la ville.
VR&T : Pourquoi, selon vous, ce projet s’est-il retrouvé bloqué si longtemps ?
W. A. : Malheureusement, c’est une question avant tout politique, puisque les études menées en amont étaient sérieuses. Il y a eu comme un divorce entre la partie politique et technique. Il n’y avait pas de financement pour le métro. Mais surtout il n’y avait aucune volonté.
VR&T : C’est une grande victoire alors que de voir le train bientôt en fonctionnement…
W. A. : Oui, parce que nous nous sommes énormément investis. Je dirais que c’est une question d’amour du maillot, du projet, et un espoir qui ne nous a jamais totalement quittés. Aujourd’hui, c’est comme si l’on voyait naître notre bébé.Propos recueillis par Cédric sanchez
Les futures lignes seront souterraines
En décembre 2010, le Président Alan Garcia a fait promulguer un décret prévoyant la création d’un réseau de métro de cinq lignes sur l’ensemble de la métropole de Lima et Callao. Pour l’instant, les tracés sont uniquement indicatifs, puisque toutes les études n’ont pas encore été menées. La ligne 2,
qui traversera la ville d’est en ouest, est encore en phase d’élaboration, et le début des travaux est prévu pour l’an prochain. Cette fois, les autorités prévoient la création de lignes majoritairement souterraines. Avant cela, l’objectif est de terminer la ligne 1, reliant le sud-est et le centre-ville au très dense quartier de San Juan de Lurigancho, dans le nord-est de Lima. Il s’agit d’une rallonge de 13 km, dont la construction sera décidée via un appel d’offres qui se fera entre fin mars et début avril.
Palmarès des TER 2011 : régions, l’ambition sans réforme
de leur TER. En plus des rails d’or, d’argent et de bronze, un jury, composé de professionnels du secteur, dont notamment Jacques Chauvineau, a décerné des prix thématiques. Voici donc notre palmarès des régions 2011.
Photo : L’ensemble des lauréats 2011 (de gauche à droite) : Bernard Raquin pour la Bourgogne, Noël Levillain pour la Haute-Normandie, Gérard Lahellec pour la Bretagne, Patrick Hatzig pour la Lorraine, Luc Bourduge pour l’Auvergne, Jean-Michel Bodin pour le Centre et Alain Wacheux pour le Nord-Pas-de-Calais.
Nous sommes décalés, avouons-le d’emblée. Notre palmarès repose sur les chiffres de 2009, dernières données que les régions ont pu établir et nous communiquer, et donc, puisqu’il s’agit de récompenser la progression, sur l’écart entre cette année et 2008. Ce décalage prend un relief singulier quand on se souvient que la crise économique majeure remonte à la fin 2008, qu’on n’en était pas sorti en 2009, mais qu’en 2010 une reprise a été enregistrée dans les transports en deuxième partie d’année. Aurait-on pour autant changé d’époque ? Non, car personne ne peut assurer que la reprise du trafic est durable. Qui plus est au-delà d’une conjoncture chahutée, les résultats de notre palmarès s’inscrivent pour une bonne part dans le long terme.
On remarque par exemple le fort impact des travaux sur l’offre. Si l’on avait un doute sur la réalité des investissements de rénovation, les chiffres permettraient de les dissiper. Dans huit régions, de 2008 à 2009, l’offre a baissé : c’est qu’il fallait remettre le réseau d’aplomb. Quand les travaux sont menés à bien, l’offre fait des bonds, comme le montre la hausse de plus de 20 % en Paca, de plus de 10 % dans chacune des Normandie. Mais quand on les engage, l’offre dégringole, comme en Midi-Pyrénées, où elle baisse de près de 13 %, ce qui est en fait le signe de l’important travail de régénération dopé par le plan rail de Martin Malvy. Aussi la moyenne pour l’ensemble des régions d’une hausse de l’offre de 1,73 % masque-t-elle, sous son allure sage et modérée, des écarts considérables.
Ils sont plus légers quand on regarde la fréquentation, en hausse légère, à 2,26 %. La meilleure région, Franche-Comté, monte de quelque 8 %, tandis que la dernière, Limousin baisse d’un peu plus de 4 %. La fréquentation dans le Limousin souffre de la hausse des travaux programmés. On sait, de plus, que la région pâtit structurellement d’un habitat dispersé peu propice au ferroviaire. Que faire en ce cas ? Passer à l’autocar peut-être, comme y incitait un récent rapport de la Cour des comptes. Il est vrai que l’idée mérite examen, et pas seulement dans le Limousin, quand on voit le faible remplissage national des TER. Chaque train transporte en moyenne 76 personnes, en traction diesel dans plus de la moitié des cas, ce qui rend l’usage du train écologiquement moins correct que celui d’un car mieux rempli. Le débat n’est pas facile à trancher. Combiner le car en heure creuse au train en heure de pointe sur les mêmes relations peut dérouter le voyageur, rendre l’exploitation plus complexe, et se révéler peu sûr économiquement, quand on a parfois intérêt à faire tourner le matériel ferroviaire acquis. Le calcul doit sans doute se faire au cas par cas.
Quoi qu’il en soit, le matériel ferroviaire régional apparaît aujourd’hui comme profondément rénové. Faut-il aller au-delà, acquérir encore ? Les commandes passées par les régions de trains appelés d’abord des noms barbares de porteurs soit polyvalents (remportés par Alstom), soit hyperdenses (attribués à Bombardier) vont dans ce sens. Cependant, la marge considérable entre les commandes fermes et les généreuses tranches en option témoigne de l’assèchement financier des régions après réforme fiscale. Le contexte budgétaire va pousser les conseils régionaux à serrer les boulons : l’exploitant SNCF, une fois le rapport Grignon sorti et mis en application, va devoir revoir ses comptes. L’écart avoué par la SNCF de 30 %, en sa défaveur, pour le coût de production de ses trains par rapport à ses prochains concurrents européens ne peut échapper à la vigilance de conseils régionaux devenus à leur tour impécunieux. Jean Yves Le Drian, président d’une Bretagne qui ne se plaint pourtant ni de son TER ni de son exploitant, nous a récemment fait part de sa volonté de mettre, dès 2013, à la fin de l’actuel contrat, l’opérateur historique en concurrence. On n’imagine pas qu’il soit le seul.
Malgré les contraintes budgétaires, nos prix thématiques le montrent bien, le TER a devant lui, dès à présent, de grandes marges de progrès. Partout, la billettique intégrée progresse ; avouons que le prix attribué à la région Centre aurait pu récompenser Rhône-Alpes ou la Bretagne, d’autres régions encore, et que nous avons longuement discuté avant de trouver notre lauréat. Le MooviTER breton, en ce qui concerne le matériel, nous a semblé l’esquisse la plus aboutie du train de demain et montre que la SNCF, qui l’a concocté, garde une forte capacité d’innovation. Nous avons aussi tenu à saluer la Lorraine, qui, non seulement occupe la troisième marche du podium sur les critères quantitatifs, mais qui, de plus, est primée qualitativement pour avoir su développer l’offre avec le Luxembourg : c’est un marché d’avenir que ces liaisons transfrontalières pour lesquelles, en raison de la faible interopérabilité des trains et d’un regrettable chauvinisme ferroviaire que nous partageons avec nos voisins, la part du ferroviaire est bien faible. La Lorraine montre la voie du progrès. Enfin, en Bourgogne, sous l’acronyme de Pimm’s, qu’on renonce à développer, réapparaît la vieille idée, toujours remise sur le métier, d’une véritable maison du service public : idée majeure pour s’y retrouver dans des lieux un peu perdus, quel que soit dans chaque région l’exploitant de demain.
François Dumont, avec Patrick Laval
Trois rails pour quatre régions
Nous avions prévu de récompenser les trois premières régions au classement général du palmarès… mais elles sont finalement quatre à se partager les rails d’or, d’argent et de bronze. Car aussi discriminants soient-ils, les critères adoptés ont placé à parfaite égalité l’Auvergne et le Nord-Pas-de-Calais, qui se voient donc remettre le rail d’or ex aequo. Troisième au classement, la Haute-Normandie reçoit le rail d’argent, alors que la Lorraine, quatrième, reçoit le rail de bronze.
Rail d’or ex æquo
Auvergne
Des efforts sur tous les fronts
Petite région TER par son trafic, l’Auvergne fait peu parler d’elle, si ce n’est pour évoquer des fermetures de lignes il y a quelques années, puis des ralentissements sur de longs tronçons ou des fermetures pour travaux, souvent interprétées localement comme de futures fermetures définitives. En dépit de ces problèmes, cette région se défend, et sur les critères que nous avons retenus elle affiche une grande constance dans ses efforts sur tous les fronts, avec la meilleure amélioration question ponctualité ou fiabilité de l’offre, et un parc en plein renouvellement. Sur d’autres critères non chiffrables, évoquons également les abonnements multimodaux Tandem, les projets de développement de l’offre périurbaine et la mise en place du premier service régional d’assistance humaine pour les PMR (Accès TER). Efforts récompensés par une première place – fût-elle ex aequo.
Nord-Pas-de-Calais
Une offre fiable et ponctuelle
Région de l’industrie ferroviaire, des premiers trains régionaux français hors Ile-de-France, des seuls TER à grande vitesse de l’Hexagone… et du Sifer depuis 2003, le Nord-Pas-de-Calais s’est souvent distingué dans ce palmarès. Côté performances chiffrables, on notera l’excellent classement de la région questions ponctualité et fiabilité de l’offre, ainsi que des bons scores presque partout, sauf pour l’âge du matériel roulant. Mais sur ce dernier point, le Nord-Pas-de-Calais se rattrape largement par ses commandes en cours. Et pour les critères plus qualitatifs, citons une très large gamme de tarifications et un engagement de la région et de l’ensemble des autorités organisatrices de transport, partenaires dans une démarche d’interopérabilité qui doit permettre d’assurer l’interconnexion des différents systèmes billettiques déployés sur le territoire régional. C’est dans cette perspective que s’est constitué le Syndicat mixte intermodal régional de transport (Smirt), réunissant l’ensemble des AOT du territoire et faisant de celles-ci des partenaires de l’intermodalité.
Rail d’argent
Haute-Normandie Cure de jouvence pour le matériel roulant
Pas facile d’être une région limitrophe de l’Ile-de-France ! Car alors les priorités ne sont pas toujours données à des projets strictement régionaux, mais plutôt à des améliorations des relations avec Paris, qui attirent l’essentiel de la clientèle.
Avec le cadencement introduit fin 2008, la Haute-Normandie est passée à la vitesse supérieure, non sans difficultés au tout début. Mais le public a visiblement apprécié l’importante hausse de l’offre, accompagnée d’une cure de rajeunissement du matériel roulant. Alors que les rames Corail sont une nouvelle fois rénovées et parées d’une livrée propre à la région (il en est de même en Basse-Normandie), les habitués des relations avec Paris bénéficient désormais de rames TER 2N NG dont la décoration est tout sauf terne ! Mais question TER, la Haute-Normandie ne se limite pas aux navettes avec Paris. Il y a aussi le travail de coopération avec la Codah (communauté d’agglomération du Havre) qui a porté ses fruits depuis 2001, en partie pour ce qui est de l’intégration tarifaire. Cette dernière devrait être étendue à tous les réseaux de transport de la région en 2013, avec une tarification multizonale.
Rail de bronze
Lorraine TER sans frontières
Déjà distinguée lors de notre précédent classement général en compagnie des deux régions voisines, la Lorraine a su capitaliser l’effet TGV au-delà de sa mise en service intervenue en 2007 (de même que l’Alsace, en cinquième place dans notre nouveau classement général). Egalement récompensée dans cette édition du Palmarès des TER pour sa nouvelle relation transfrontalière avec le Luxembourg, la Lorraine affiche de remarquables performances questions ponctualité et fiabilité de l’offre, avec un parc 100 % neuf ou rénové. Question intermodalité, la carte SimpliCités poursuit son déploiement à travers les agglomérations de la région. Cette dernière fait également preuve d’innovation en associant les TER à des opérations « loisirs » (Centre Pompidou de Metz, marchés de Noël, Ski Pass Vosges). Enfin, depuis décembre 2010, la Lorraine est la deuxième région à offrir un service de réservation régional pour les personnes handicapées, appelé Accès TER Lorraine Métrolor, sur 29 gares.Les prix thématiques – Matériel roulant
Bretagne. Avec MooviTER, le design fait ses preuves en exploitation
Avec MooviTER, la Bretagne veut offrir plus que du transport. Dans cette région péninsulaire, les temps de parcours entre Rennes et les villes de l’Ouest peuvent facilement atteindre de trois quarts d’heure à deux heures. Ce trafic « intervilles » a connu une hausse de plus de 40 % entre 2003 et 2008 (contre 35 % sur l’ensemble du TER breton) car sur ce créneau le train s’est montré plus performant que la route, à laquelle il prend du trafic. Pour accompagner cette progression, la région a vu quel intérêt présenterait la transformation du temps de parcours, somme toute comparable au temps que d’autres voyageurs passent en TGV ou en Corail, en temps utile.
C’est ainsi qu’une rame automotrice X 21500 appartenant au réseau TER Bretagne a été entièrement rééquipée en 2008 par la SNCF et présentée au salon Innotrans à Berlin la même année. À son bord, les voyageurs des lignes de Rennes à Saint-Malo, Brest ou Quimper ont découvert un bouquet de services innovants et communicants : accès gratuit à Internet en Wifi, borne interactive multimédia vers des sites liés aux transports et au tourisme, afficheurs d’information en temps réel (dessertes, arrêts, évolution du trajet, correspondances, retards et incidents éventuels), écrans d’animation et d’informations sur la Bretagne ou les événements culturels et touristiques… Le tout en combinant différents espaces : « solo-travail » (avec prise et liseuse), « ludo’space » (poufs, jeux aux murs, etc.) et « découverte » avec sièges orientés vers l’extérieur, sans oublier des éléments de confort pour les personnes à mobilité réduite et un éclairage très économe à base de LED.
L’avenir dira lesquelles de ces innovations seront reconduites dans la prochaine génération de TER !
Les prix thématiques – Billettique
Centre. StarTER, l’intermodalité ligérienne
Le long de la Loire, les TER de la région Centre desservent plusieurs agglomérations, dont certaines – Orléans et Tours en particulier – sont très étendues et sont au cœur de bassins de vie à l’échelle départementale. C’est-à-dire qu’un voyage en TER entre ces villes implique généralement un parcours initial ou terminal en transports urbains ou départementaux.
C’est ainsi que l’abonnement mensuel régional de travail TER Centre (salariés et stagiaires de la formation professionnelle) peut s’accompagner en option, pour les parcours en région Centre, d’un abonnement mensuel de transport urbain ou interurbain dénommé StarTER. Cet abonnement permet d’utiliser non seulement le TER, mais aussi les réseaux de transports publics (autobus, voire tramway) de Tours, d’Orléans et de Blois, ainsi que les autocars départementaux d’Indre-et-Loire.
Ce gros effort de coordination (région, réseaux urbains et conseil général) pour favoriser l’intermodalité se traduit non seulement par une simplification pour l’usager, mais a également un aspect économique : le prix de cet abonnement représente la somme des deux abonnements diminuée de 15 euros, voire 30 euros si l’abonnement TER est combiné avec deux réseaux, urbain(s) et/ou départemental.
L’intermodalité en région Centre ne se limite pas aux abonnements de travail. D’une part, la carte à puce gratuite Multipass pour les abonnés TER (train et/ou autocar) peut aussi contenir les abonnements des réseaux de bus de Tours (Fil bleu) et d’autocars Touraine Fil vert. D’autre part, grâce à TER Bus, les titres de transport urbain de l’agglomération orléanaise sont valables dans les TER Centre circulant dans cette agglomération entre Les Aubrais, Orléans, Saint-Cyr-en-Val et La Chapelle-Saint-Mesmin.
Les prix thématiques – Information
Bourgogne. Revitalisation de la gare de Chauffailles et création d’un Pimm’s en gare
L’installation du Pimm’s – pour « point information médiation multiservice » – du canton de Chauffailles est née de l’absence de présence humaine dans cette gare où transitent environ 15 voyageurs quotidiens, dans un territoire rural aux confins de la Saône-et-Loire, du Rhône et de la Loire.
Sous forme d’association loi 1901, ce Pimm’s est un point d’accueil de la population, ouvert à tous du lundi au vendredi et rassemblant un bouquet de services publics, qu’il s’agisse d’entreprises (SNCF, EDF, Veolia Eau) ou de services publics d’intérêt général (Caisse d’allocation familiale de Saône-et-Loire, Caisse primaire d’assurance maladie de Saône-et-Loire, Pôle emploi, Cram, Mife, Mutualité sociale agricole, Mission locale du Charolais, Bourgogne Sud Activ).
En 2010, sur six mois d’ouverture, 1 840 accueils ont été assurés par le Pimm’s implanté en gare, soit plus de 30 personnes par jour d’ouverture, avec une tendance à la hausse début 2011.
Ultérieurement, deux agences postales (Coublanc et Châteauneuf) ont été reprises par l’association du Pimm’s, ayant permis à 1 605 clients de bénéficier des services postaux.
Ce projet a été soutenu par les pouvoirs publics : conseil régional de Bourgogne (financement de l’aménagement des locaux en gare à hauteur de 38 000 euros), commune de Chauffailles, communauté de communes du canton de Chauffailles, Pays charollais-brionnais et Etat (préfecture de Saône-et-Loire).
Sur les trois bureaux, 8 emplois ont été créés à temps partiel. Ainsi, 25 demandeurs d’emploi sont suivis régulièrement et 8 personnes ont retrouvé une activité, alors qu’un agent médiateur a déjà quitté le Pimm’s pour une autre activité. Enfin, des services supplémentaires sont projetés avec de nouveaux partenaires (GDF, ERDF, GRDF et point d’information jeunesse).
Les prix thématiques – Innovation
Lorraine. Création d’une nouvelle desserte TER transfrontalière Lorraine – Luxembourg
Cette première liaison directe lancée depuis que la région Lorraine est AOT du TER traverse deux fois la frontière luxembourgeoise et répond à un enjeu socio-économique important, lorsque l’on sait que plus de 72 000 Lorrains travaillent au Luxembourg (actuellement, le TER Métrolor assure 15 000 trajets transfrontaliers par jour).
L’enjeu de cette nouvelle liaison est la desserte entre Thionville et Longwy du côté lorrain, et le site luxembourgeois d’Esch-Belval à proximité immédiate de la frontière. En complémentarité avec le développement de ce site d’emplois (20 000), de loisirs et d’études, les collectivités lorraines concernées et l’Etat travaillent avec leurs partenaires luxembourgeois à la réalisation d’une véritable éco-agglomération transfrontalière. Ceci alors que du côté français le secteur Alzette-Belval devrait accueillir 10 000 à 15 000 habitants d’ici 20 ans sur une ancienne friche industrielle de 600 ha, dans le cadre d’un projet labellisé EcoCité.
Un des principes forts du développement de cette éco-agglomération transfrontalière est justement la promotion d’une mobilité durable. C’est ainsi que la nouvelle desserte ferroviaire a été lancée fin 2009 et renforcée en septembre 2010 (quatre allers et retours par jour). Ce projet est une action concrète qui s’inscrit dans le cadre du schéma stratégique de mobilité transfrontalière (Smot), démarche multimodale transfrontalière pionnière en Europe. Il s’agit d’une action portée par la Lorraine et le ministère du Développement durable et des Infrastructures du Luxembourg, en partenariat avec la SNCF et les CFL.
Assurés par des TER 2N NG, ces services permettent aux frontaliers de gagner du temps (30 minutes), d’éviter des embouteillages, de réaliser des économies et de réduire leurs émissions de CO2, transformant le réseau TER Métrolor en véritable réseau express métropolitain transfrontalier.
