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  • Villes moyennes : L’appel du BHNS

    Villes moyennes : L’appel du BHNS

    S’agit-il encore d’une conséquence de la crise ? Ou bien d’une illustration des nouvelles ambitions des villes moyennes en matière de transports urbains ? Quelle qu’en soit la cause, il semble que le bus à haut niveau de service (BHNS) soit en train de se faire une place de choix dans le paysage des transports publics urbains français. Moins structurant qu’un tram, moins abouti dans son design, on l’a parfois remisé au dépôt avec les vieux bus. Un peu vite, sans doute. Car la vague d’engouement qui a porté les projets de trams depuis les années 1990 semble aujourd’hui s’appliquer à ces bus fiables, rapides, cadencés et capacitaires. En France, c’est de l’Ouest qu’est venue cette mode : il y a eu Nantes et son Busway, Rouen et son Teor et Lorient et son Triskell. Ces précurseurs, auxquels on peut ajouter Evry et plus récemment Maubeuge, voient maintenant des dizaines de projets leur emboîter le pas. Dans le premier appel à projets du Grenelle, en 2009, 21 des 46 projets retenus étaient des BHNS. Dans le deuxième appel à projets finalisé en ce moment, les BHNS représentaient 44 projets déposés sur 82.

    Évidemment, il serait souvent plus adéquat de parler de « bus en site propre », car la plupart des projets sont assez éloignés de la définition du BHNS établie par le Certu. Dans beaucoup de projets, on prévoit d’améliorer le service bus, mais sans tenir les fréquences tout au long de la journée et de la semaine, et sans véritablement avoir une approche « système ». Beaucoup des projets des villes moyennes sont d’ailleurs avant tout des troncs communs de sites propres partagés par plusieurs lignes. « Des projets en site propre de bout en bout, il y en a peu », confirme Cécile Clément-Werny, chargée de projets « technologie et exploitation des systèmes de transports collectifs » au Certu. « Dans les villes de taille moyenne, l’intérêt du site propre est avant tout de passer l’entonnoir que constituent les entrées de ville. » Dans ces villes, le BHNS fait office de réseau structurant. « C’est un moyen moins coûteux en investissement que le tram, et qui correspond bien aux problématiques des villes de taille moyenne. Le BHNS leur permet de porter des ambitions élevées en matière de transports collectifs. Et puis, pour les villes qui hésitent à se doter d’un tram, cela peut constituer un premier pas », affirme Cécile Clément-Werny. « Le mode BHNS est particulièrement adapté aux agglomérations de taille moyenne, voire aux petites villes, qui n’ont pas les moyens de se payer un tramway car évidemment la contrainte financière est un élément fort du succès du BHNS », confirme-t-on du côté du Gart. On note qu’il est également de plus en plus utilisé par des grandes agglos (Lille, Marseille, Lyon ou Toulouse) pour des liaisons « secondaires » en complément d’un mode plus lourd et plus capacitaire. L’effet prix est indéniable.

    « Si l’on excepte le coût des aménagements urbains, le tramway coûte de 15 à 20 millions d’euros/km, le BHNS est moitié moins cher », note le Gart. Evidemment, à l’instar de Nîmes, certaines agglos font gonfler la facture avec un projet emblématique de renouvellement urbain. Le BHNS nîmois reviendra donc à environ 10 millions d’euros/km. Quand dans le même temps Besançon promet du tram à 15 millions d’euros… L’achat ou non de matériel roulant spécifique influe aussi sur la facture finale. Ainsi, Chambéry Métropole, qui prévoit d’utiliser ses bus habituels, annonce un coût très raisonnable de 3 millions d’euros/km. Sur cette question du matériel roulant, les AO se posent d’ailleurs beaucoup de questions. L’offre ne semble pas aussi mature que dans le domaine du tram, notamment pour les bus hybrides. Or beaucoup de projets du Grenelle prévoient une exploitation avec ce type de véhicules.
     

     

    SAINT-NAZAIRE : LE BHNS POUR METTRE FIN AU TOUT-AUTO

    La proximité géographique du Busway de Nantes n’est pas totalement étrangère au projet HélYce, le futur BHNS de l’agglomération de Saint-Nazaire. « Quand on a commencé à parler de transport à haut niveau de service, les gens ont tout de suite su de quoi on parlait, c’est un élément facilitateur pour le projet et son acceptabilité », estime Yann Dufour, chargé de mission transports et déplacements à la communauté d’agglomération de la région nazairienne et de l’estuaire (Carene, 10 communes). Avec ses larges artères, cette agglomération à l’urbanisme issu de la reconstruction ne souffre pas de souci de circulation ni de stationnement, un stationnement qui était même gratuit jusqu’à il y a peu. Résultat, 74 % des déplacements se font en automobile, 4 % en transports en commun. On espère atteindre 6 à 7 % fin 2013, quand 27 000 habitants se trouveront à moins de 400 m d’une station de BHNS. « Lors de l’élaboration du Scot, les nouvelles orientations ont prévu de développer une ligne structurante de transport public et de concentrer l’urbanisation autour », relate-t-il. A l’issue des élections municipales de 2008, le projet a été boosté. Jamais le tramway n’a effleuré l’esprit des élus. « Avec 115 000 habitants dans l’agglo et 50 000 dans la ville centre, nous n’avons pas la densité suffisante pour un tramway », estime Olivier Richard, 1er vice-président de la Carene, chargé des grands services publics.

    L’étude de faisabilité réalisée en 2009 confirme l’intérêt d’un BHNS. Ce sera une ligne en Y qui ira de Gavy-Université à la gare, soit 9 km dont 6 en site propre, et 20 stations, avec un prolongement vers Trignac (nord) et un autre vers Montoire-de-Bretagne (est), importante zone d’emploi (chantiers navals, usine Airbus) dotée d’aménagements plus légers, portant le total à 20 km et 43 arrêts. Le site propre, un tapis beige qui sera déroulé sur 2 km en centre-ville et sur 4 km de la RD492 à l’ouest de la ville où se trouvent plusieurs projets urbains, notamment la construction d’une cité sanitaire (hôpital et cliniques), et l’opération Ville-Ouest labellisée Anru. De quoi garantir un trajet centre-ville – cité sanitaire en 15 minutes chrono promet-on, la vitesse commerciale étant de 20 km/h. A la jonction des deux branches se trouvera le pôle d’échanges multimodal (PEM) à la gare, une gare qui devrait ultérieurement subir un bon lifting. La construction d’un pont traversant les voies ferrées permettra aussi aux cars du réseau Lila d’utiliser le site propre.

    Selon les projections, de 470 000, le nombre de déplacements dans l’agglomération de Saint-Nazaire devrait atteindre 570 000 d’ici à six ans. La date de mise en service du BHNS est déjà connue : ce sera le 1er septembre 2012. Une grande rapidité de mise en œuvre pour une idée lancée fin 2007 : « Quatre ans et demi tout compris, c’est extrêmement rapide pour ce genre de projet », se félicite Olivier Richard. Les maîtres d'œuvre ont été désignés l’été dernier : Tetrarc et SCE pour le PEM, groupement qui a travaillé sur le Busway nantais ; le bureau d’études en régie de la mairie pour le tronc commun, ainsi qu’une assistance à maîtrise d’ouvrage d’AUP (insertion urbaine), de JB Conseils (priorité aux feux) et de Cap Gemini (SAEIV). Les travaux préliminaires viennent tout juste de débuter, le génie civil, ce sera pour mai, l’appel d’offres pour le matériel roulant est prévu avant l’été.

    Grâce à cette épine dorsale traversant la ville d’est en ouest, on espère une hausse de fréquentation de 43 %, sachant que le trafic actuel sur l’axe est de 14 000 voyageurs par jour. La refonte du réseau de bus de la Stran (SEM à majorité publique et prochainement SPL) et « une offre kilométrique améliorée de 600 000 km pour 1,6 million d’euros doivent permettre de capter 30 % d’automobilistes et faire passer le ratio recettes sur dépenses de 20 à 25 % », explique Yann Dufour. De plus, les fréquences sur le réseau secondaire passeront de 30 ou 45 minutes à 20 minutes. Quant à celles des 14 bus articulés dédiés à la ligne : 10 minutes sur le tronc commun et 20 minutes sur chaque branche, et une amplitude élargie de 5h30 à 23h30. Le projet est estimé à 62,3 M€ TTC et bénéficie de 3,2 M€ de subventions d’Etat (1er appel à projets TCSP). Il peut prétendre à 2,25 M€ dans le cadre du second appel, pour la traversée du PEM et la branche nord. En cas de refus, « le VT passé à 1,25 cette année et à 1,50 en 2012 n’est pas au taquet… », rappelle l’élu, qui préférerait toutefois ne pas avoir à l’augmenter à 1,80. Ce serait le prix à payer pour sonner la fin du tout auto à Saint-Nazaire.
     

     

    CHAMBÉRY : SIX AXES STRUCTURANTS

    Quand un trajet en bus prend en moyenne deux fois plus de temps que le même parcours en voiture, quelle est la probabilité de voir les citadins dans les transports en commun ? Elle est faible, naturellement. C’est actuellement le cas de figure à Chambéry, et d’ailleurs la part de marché des transports collectifs y est d’à peine 5 %, celle de l’automobile de 63 %, tandis que 27 % des déplacements se font à pied. Alors, pour inverser la tendance, Chambéry Métropole mise tout sur le bus à haut niveau de service. Et envisage d’emblée six axes structurants. « Il s’agit d’un réseau en étoile à partir des principaux pôles de périphérie en première couronne et en direction du centre-ville et du centre d’échanges des bus, qui sera déplacé vers la gare où sera créé un pôle d’échanges multimodal », décrit Alexandre Laymand, ingénieur au service transports et déplacements de l’AO.

    « Le projet de BHNS découle d’un constat global, raconte Henri Dupassieux, vice-président chargé des transports à Chambéry Métropole. Nous avons une offre plutôt meilleure que la moyenne des réseaux de même taille, puisqu’elle est 10 % supérieure à la moyenne en kilomètres parcourus, une fréquentation 15 % supérieure à la moyenne nationale, mais notre vitesse d’exploitation pêche, puisqu’elle est 10 % inférieure à la moyenne nationale. » Seul moyen de l’améliorer : créer des axes structurants, en ont déduit les élus. Les BHNS devraient à terme desservir 80 % des 125 000 habitants de l’agglo (24 communes). Le réseau couvrira en tout 15 km, dont la moitié sera en site propre. L’autre moitié bénéficiera d’aménagements fonctionnels destinés, d’une part, à donner la priorité aux bus aux carrefours et ronds-points – il y en a 90 à traiter –, d’autre part, à gagner du temps sur l’insertion des bus après les arrêts, en supprimant les encoches qui permettent aussi aux voitures de doubler les bus à l’arrêt. La centaine de nouveaux quais en béton désactivé, accessibles aux PMR bien sûr, avec leur 21 cm de haut, seront directement sur le bord de la chaussée et les automobilistes patienteront derrière le BHNS à l’arrêt.

    Le projet se mène grâce à un plan pluriannuel d’aménagement d’axes, dont certains sont déjà opérationnels sur quelques portions, d’autres en travaux, d’autres en cours d’études. « Au printemps 2011, la moitié du projet devrait être réalisée », estime Alexandre Laymand. Pour autant l’agglo attend fébrilement le résultat du second appel à projets TCSP du Grenelle. Elle y a en effet candidaté pour une section de l’axe D, celui qui dessert les Hauts-de-Chambéry, un quartier dense qui accueille notamment un projet Anru de 15 000 habitants. Avec le pôle de correspondances, l’investissement est de 7,5 millions d’euros, ce qui permet de prétendre à 1,5 million de subventions de l’Etat. La totalité du projet avait été évaluée à 25 millions d’euros HT en 2003. Un coût raisonnable pour une agglomération de cette taille, de « 3 millions d’euros le kilomètre d’aménagement de voirie » en moyenne, a calculé l’élu. Il faudra prévoir également le redéploiement complet du reste du réseau de bus. Cela fera l’objet des négociations pour la prochaine DSP, l’actuelle, débutée en 2004 avec Veolia, arrivant à échéance au 31 décembre prochain. Le planning prévisionnel des six axes forts sera donc « une donnée d’entrée », prévient l’ingénieur, car pour l’heure rien de ferme. D’autant que « l’étude de la traversée de Chambéry, un autre projet piloté par la ville, impacte aussi le projet de BHNS ». De son côté, Henri Dupassieux précise qu’« il est souhaitable que le réseau TCSP soit achevé en 2016 ».

    Si le BHNS n’a pour l’instant ni nom ni véhicules dédiés, une chose est certaine, les fréquences seront fortes : trois lignes aux 10 mn, voire 5 mn en heure de pointe, et trois lignes au quart d’heure. Le réseau secondaire proposant, lui, des fréquences aux 20, 30 ou 60 mn selon les liaisons. Des horaires valables y compris pendant les vacances scolaires sauf l’été, afin d’attirer les pendulaires. Chambéry souhaite de plus offrir un service de transport à la demande en soirée. Et bien sûr améliorer cette mauvaise vitesse commerciale. Un SAEIV est, pour ce faire, en cours de déploiement. Mais l’AO espère aussi que le futur exploitant jouera sur les gains de productivité. Même si depuis 2007 la fréquentation croît « de 4 à 7 % l’an », il reste fort à faire pour atteindre l’objectif du PDU.
     

     

    BAS-RHIN : UNE DESSERTE PÉRIURBAINE EN CAR EXPRESS

    Philippe Richert, l’ancien président (UMP) du conseil général du Bas-Rhin, voulait un tramway sur pneus depuis 2001. Mais il n’a pas pu trouver les financements, estimés à cette époque à 260 millions d’euros pour l’aménagement de 25 km de rails de guidage depuis Wasselonne. Son successeur Guy-Dominique Kennel (UMP) a tranché en 2008 : le transport en site propre à l’ouest de l’agglomération strasbourgeoise, promis aux habitants des communes au long de l’ancienne RN4, sera un car express. Sa réalisation sera phasée, et il circulera en site propre en 2014.

    « Le projet vient d’entrer dans ses procédures administratives », annonce Francis Genet, chef de projet du transport en site propre de l’Ouest-strasbourgeois (TSPO) au conseil général du Bas-Rhin. « L’étude d’impact sur l’environnement est lancée. La mise à l’enquête publique est attendue dans trois mois, en avril. Nous recruterons des entreprises en 2012, et la première tranche interurbaine sur 15 km entre Wasselonne et Ittenheim sera mise en service en 2014. » Le budget de cette première phase, incluant les acquisitions foncières et les travaux de voirie, est estimé à 40 millions d’euros. Le tracé intégral mobilisera environ 170 millions d’euros d’investissements, matériel compris.

    L’axe routier de la RD1004 conservera sa capacité actuelle : la route offre trois voies de circulation, réduites à deux dans la traversée des communes. Alfred Becker, le maire de Saint-Pierre et élu référent du TSPO au conseil général du Bas-Rhin, espère décongestionner lentement cet axe routier, « en gagnant de 18 à 20 % de fréquentation dans les transports en commun ». Francis Genet confirme cette logique de progression lente : « La première tranche fiabilisera les horaires, très volatiles, des lignes de transport en commun départementales qui desservent Wasselonne en 35 minutes depuis la gare routière de Strasbourg. Aux horaires de pointe du matin et du soir, les voyageurs gagneront une vingtaine de minutes. »
    Guy-Dominique Kennel n’a pas arrêté son choix du matériel roulant, le matériel articulé ou à deux niveaux est envisagé par la collectivité alsacienne. Le conseil général explique qu’un transport guidé sera envisageable dans un deuxième temps, après 2016, quand la section de transition Ittenheim – Strasbourg aura été aménagée par l’Etat, le long de l’autoroute pénétrante A351. Le conseil général du Bas-Rhin songe déjà à une deuxième branche du TSPO, au nord de l’axe initial, vers la commune résidentielle de Truchtersheim.

    Chez Lohr, l’industriel local implanté à 10 km au sud de l’axe à aménager, le renoncement à un transport guidé est mal vécu. Jean-François Argence, directeur commercial, dénonce « des coûts redondants » et estime que les acquisitions foncières nécessaires à l’aménagement de deux voies pour les cars en site propre sont plus importantes – la plateforme aura 29 m de largeur – et donc plus chères.
     

     

    TOULOUSE : LE BHNS PREND LA PLACE DU TRAM

    A Toulouse, les projets de tramway et de prolongement du métro ont cédé la place aux études sur les BHNS. Peu après l’inauguration de la première ligne de tramway (T1) du réseau toulousain, fin 2010, le conseil syndical de Tisséo-SMTC a validé un projet de révision du PDU faisant la part belle à ce mode plus léger de transport en site propre. D’ici fin 2013-2014, il y aura, certes, encore la réalisation d’une ligne intra-muros (la ligne Garonne) et de deux morceaux de lignes dans le secteur de Blagnac, connectés à la ligne T1 (la ligne Envol vers la zone aéroportuaire et un prolongement de 800 m jusqu’au futur parc des expositions), pour un montant total de 280 millions d’euros. Mais pour les liaisons ultérieures de Toulouse vers les villes de première couronne, c’est le BHNS qui a la cote.

    Première raison de cet engouement pour le BHNS : son coût. « Les économies sont de 0,9 à 1 milliard entre le PDU initial et le nouveau, affirme Joël Carreiras, adjoint aux finances à la mairie de Toulouse et président de la commission déplacements et transports du Grand Toulouse. Pour la connexion du terminus du métro Ramonville à Labège, le coût du BHNS est de 90 à 100 millions d’euros au lieu de 390 à 450 millions d’euros pour le VAL et de 150 millions d’euros pour le tram. »
    Autre motif : la volonté de mailler le territoire. « Après trente années consacrées à la création d’infrastructures lourdes (métro et tram), nous voulons passer à des réponses en termes de maillage, explique Pierre Cohen, maire de Toulouse et président de Tisséo-SMTC. Sortir de cette culture de lignes hors de laquelle il n’y a pas de transports en commun pour créer des déplacements de tous les points de l’agglomération vers tous les autres points. »

    Toulouse a déjà une expérience ancienne de bus en site propre, puisque son premier tronçon a été inauguré fin 2005 à partir du terminus du métro à Balma, dans l’est de l’agglomération. Deux lignes de bus en site propre existent à ce jour : le TCSP secteur est relié au terminus nord de la ligne A du métro Balma-Gramont sur 7,8 km et le TCSP RD 813 partant du terminus sud de la ligne B sur 7,7 km. Deux autres TCSP sont en cours d’études, sous la direction de la Smat (Société de la mobilité de l’agglomération), pour une mise en service fin 2013-début 2014 : l’un, avenue Tolosane au sud-est de Toulouse, partira de la station de métro Université-Paul-Sabatier sur la ligne B et combinera sur 2,85 km le site propre intégral et le site aménagé. L’autre, au sud, sur la VCSM (voie du canal Saint-Martory), fera 5,4 km à partir du terminus sud de la ligne A du métro. Son premier tronçon de 1,4 km est annoncé pour fin 2012.

    De nombreux projets préalablement étiquetés BSP sont maintenant des projets de BHNS. Quelle différence ? « Le BHNS est plus proche du tram que du bus avec des stations, un système d’information et une régularité précise », souligne le président de Tisséo. Le SMTC est parvenu à un accord sur cinq lignes à l’ouest, au nord, au sud-est et au sud de Toulouse. « C’est une programmation de 400 millions d’euros d’ici 2015 », détaille Joël Carreiras.

    Stéphane Coppey, l’ex-président de Tisséo qui avait travaillé sur le précédent projet de révision du PDU, juge insuffisant le projet de maillage en BHNS couplé à l’abandon des modes lourds structurants. « Avec l’absence de ligne de rocade tram et de prolongement du métro, le PDU ne sera pas conforme à la loi sur l’air qui impose une réduction de la circulation automobile, assène-t-il. Je ne suis pas contre les BHNS. Mais si la capacité d’un BHNS de 30 000 voyageurs par jour ne pose pas de problème en périphérie, elle sera rapidement explosée à Toulouse. »
     

     

    NANTES : LA LONGUE MARCHE DES « CHRONOBUS »

     


    A Nantes, les « chronobus » sont devenus le projet de transport public du début de la décennie. Sur le papier, l’innovation tient en quelques lignes : dès le centre-ville, compléter le réseau principal des trois lignes de tramway (110 000 voyageurs par jour pour la principale) et de la ligne de busway (26 000) par une dizaine de lignes de bus à haut niveau de service. Passage toutes les dix minutes, toutes les six minutes aux heures de pointe, régularité à 95 %, amplitude horaire, information aux arrêts, pas de vacances scolaires. L’ambition est de provoquer un nouveau transfert dans la ville de l’automobile vers le transport public. « L’équivalent d’une nouvelle ligne de tramway », lance le maire, Jean-Marc Ayrault, en référence à un fort symbole de la modernité nantaise.

    Le projet a commencé, en 2009, par une « optimisation » de l’offre de transport public : 1 million de kilomètres supprimés là où le bus transportait moins de cinq voyageurs par kilomètre. En compensation, 2,5 millions de kilomètres nouveaux iront sur les futurs « chronobus ». Mais seulement une fois les lignes percées dans la ville. Entre 2 et 7 millions d’euros d’aménagements par ligne sont prévus.
    L’an dernier, avec l’abandon du lancement à court terme d’une cinquième ligne de tramway, le rythme de la mise en place a été accéléré. De deux fois cinq lignes, une dans le mandat municipal en cours, une autre après, on est passé à trois lignes en 2012, quatre en 2013, donc sept avant 2014, les trois autres ensuite.

     Des travaux ont été effectués dès l’annonce du projet, au printemps 2009. Ils supprimaient des « points noirs » sur les lignes vouées à devenir des « chronobus ».  Le chantier vient de reprendre sur l’une d’entre elles. Le nouveau concept de base de circulation nantaise y est affiché : c’est la « station apaisée ». Fini le bus en encoche qui se range sur le côté pour laisser passer les voitures. Il reste en ligne, les automobiles, coincées derrière, patientent. Question de rapidité de manœuvre, de sécurité des voyageurs et de voie libérée pour le bus quand il redémarre. Dans ses habits « chrono », le bus nantais prend un nouvel ascendant sur la voiture. Il doit devenir plus régulier et plus rapide qu’elle pour convaincre. Un nouveau plan de circulation devrait l’aider. Il aura pour axe, l’« usage raisonné » de la voiture. « Priorité aux feux, percement des giratoires quand c’est possible, élargissement de chaussée parfois, suppression des stationnements, très ponctuellement, nous savons ce que nous voulons faire », indique Alain Boeswillwald, directeur général des transports de l’agglomération nantaise.

    Au nom de Nantes Métropole, Jean-François Retière, le vice-président aux transports enchaîne déjà les réunions de concertation sur ces aménagements. Tous les élus municipaux seront appelés à la rescousse pour aller au contact de leurs concitoyens sur le sujet dans la deuxième moitié de l’année. « Les chronobus, c’est la nouvelle offre alternative à la voiture. Mais, dans la mise en œuvre, il faut être prudent. Nous touchons au quotidien des gens. Les sondages le montrent, ils aiment le transport public. Mais la décision d’abandonner leur voiture et de les emprunter n’appartient qu’à eux », rappelle Alain Boeswillwald.

    Nantes Métropole étudie donc plus finement que jamais les clés, en la matière, du changement des comportements. Pour donner envie de passer à l’acte.

  • Transports au quotidien : 10 mesures anti-pagaille

    Transports au quotidien : 10 mesures anti-pagaille

    Après le grand chaos blanc et la pagaille, voici le temps des mesures annoncées pour améliorer l’organisation des transports terrestres. Dix précisément, sorties tout droit de la table ronde organisée le 10 janvier dernier en présence de représentants de la SNCF, de la RATP et de Météo France, des gestionnaires d’infrastructures ainsi que des fédérations professionnelles, des associations d’usagers.

    Annoncées de concert par Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, Thierry Mariani, secrétaire d’État aux Transports, et Frédéric Lefebvre, secrétaire d’État chargé des services et de la consommation, les nouvelles mesures visent à tirer sans tarder les leçons pour une meilleure gestion dans l’avenir de ces situations exceptionnelles et des « événements neigeux ». Ceci à partir d’un diagnostic tiré des premiers rapports sur les dysfonctionnements, sur les routes et sur le réseau ferré.

    Pas question toutefois de souffler sur les braises. Pour la ministre, les responsabilités sont établies mais « nous ne voulons pas désigner de boucs émissaires. Les propositions se concentrent sur les solutions ». À l’origine, il s’agissait avant tout de tirer les enseignements du blocage des routes d’Île-de-France début décembre 2010, comme l’avait d’ailleurs demandé, dès le 10 décembre, Thierry Mariani. Depuis, le train Strasbourg – Port-Bou est passé par là, incident ferroviaire majeur parmi d’autres plus minimes. En tête des mesures retenues : la présence d’un représentant de Météo France dans chaque PC de zone en cas de crise météo grave.

    Et quatre mesures spécifiques aux routes : modalités des interdictions de circulation, identifications des zones à risque pour les poids lourds, itinéraires prioritaires pour les secours et transports en commun, renforcement des moyens matériels et équipements en GPS des véhicules d’intervention. Et puis très large information des usagers, en s’appuyant sur les principaux médias : radios, télés, web…

    Quant à la RATP, avant l’hiver prochain, elle devra définir des voies de bus prioritaires afin d’adapter le déneigement en conséquence, en particulier en Petite Couronne.
     

     

    Quatre mesures concernent les trains :

    La SNCF devra travailler avec les constructeurs afin de rendre les trains en France « plus résistants au froid et à la neige dès la conception ». La maintenance doit également être adaptée, « en généralisant par exemple les installations de dégivrage. » Et puis, si la limitation de vitesse est jugée inévitable, « d’autres pistes doivent être examinées, comme le garage à l’abri des rames les plus exposées. »

    Pour que l’infrastructure supporte mieux les intempéries, un renforcement des moyens concernant les réchauffeurs d’aiguillage et les élagages est préconisé. Dans le mois à venir, SNCF et RFF devront identifier les actions à entreprendre prioritairement en 2011.

    Améliorer la qualité de l’information aux voyageurs est, une nouvelle fois, affiché comme une priorité. À la SNCF, cela doit passer par tous les canaux possibles, « y compris par le biais d’une radio SNCF » qui pourrait émettre dans les trains et les gares. Toutefois, cela passe avant tout par des contrôleurs bien formés et informés. Pour cela, un programme de formation à la prise de parole en situation perturbée pour les agents en relation avec des passagers va être lancé. Pour qu’ils bénéficient d’un maximum d’informations à transmettre en temps réel dans le train sur la situation, les 10 500 contrôleurs seront équipés de smartphones dès l’an prochain. Le coût de cette mesure, y compris les communications, est estimé à 10 millions d’euros. L’envoi plus généralisé de SMS est également préconisé. Il concernerait actuellement 30 % des voyageurs Grandes Lignes, 15 % de ceux des trains du quotidien ; Guillaume Pepy mise sur un doublement de ces proportions dans les 18 mois à venir. Parallèlement, de nouvelles astreintes seront mises en place au centre opérationnel pour diffuser l’information vers les agents. Enfin, il est demandé à la SNCF de faciliter le remboursement des billets annulés, notamment par le biais des bornes automatiques.

    Le dispositif de prise en charge des voyageurs en cas de perturbation exceptionnelle devra être renforcé, l’accent étant mis sur l’information qui doit bien parvenir à la destination finale, les taxis, le ravitaillement…
     

     

     

    UN PLAN DE SECOURS POUR 12 LIGNES MALADES

     

    Cette fois, le président de la SNCF et la ministre de l’Écologie sont sur la même longueur d’ondes. Nathalie Kosciusko-Morizet avait d’abord critiqué les explications données par Guillaume Pepy sur l’absence d’un conducteur pour assurer la relève à Belfort dans « l’affaire » du Strasbourg – Nice – Port-Bou. Signe d’un réchauffement des relations diplomatiques : NKM a utilisé les termes mêmes du président de la SNCF pour tirer la conclusion de cet incident majeur. Des erreurs ont été commises, ces erreurs sont humaines, mais, comme l’a précisé Guillaume Pepy, « il n’y a aucune faute individuelle de telle ou telle personne, un lampiste que l’on désignerait, un bouc émissaire qui mériterait des sanctions. » Fermez le ban ? Pas si vite. Car au-delà de « l’affaire » qui focalise l’attention et l’essentiel des récriminations, la SNCF se trouve bien en zone de turbulences.
    Quelques exemples significatifs parmi d’autres. Rhône-Alpes fustige la SNCF pour l’augmentation considérable du nombre des trains en retard. Tout comme les associations d’usagers, en première ligne desquels les abonnés du Paris – Le Mans où, là aussi, les retards s’accumulent. Ou dans le Grand Ouest. De multiples pétitions y circulent de clients qui se voient comme des « vaches à lait de la SNCF ». Sans oublier les soucis, devenus presque habituels, d’Eurostar quand le grand froid arrive…

    Depuis quelques semaines, le président de la SNCF s’était astreint à une relative cure d’abstinence médiatique. Compréhensible dans une période aussi politiquement délicate pour la direction de l’entreprise, marquée par les dernières grèves liées à la réforme des retraites ou la commande de rames Siemens par Eurostar, filiale de la SNCF, aux dépens d’Alstom. Dimanche 11 janvier, il est revenu sur la scène à l’occasion du Grand Jury RTL-Figaro-LCI. À la veille d’une table ronde avec la ministre et Thierry Mariani, secrétaire d’État aux Transports, cela a pris la forme d’une mise en bouche de l’annonce ministérielle du lendemain : dix mesures pour améliorer l’organisation des transports terrestres. Plus question donc de déraper.

    Outre les mesures spécifiques liées aux situations exceptionnelles, du type climatique, Guillaume Pepy a aussi avancé une nouvelle « proposition concrète pour douze lignes malades » (voir la carte) qui a immédiatement bénéficié d’un large écho. Soit des lignes saturées, soit « vraiment des lignes à problèmes. » Ce « plan d’urgence » pour lignes volontiers dénommées fragiles ou sensibles est destiné à « attaquer le problème à sa racine, avec Réseau ferré de France, avec la coopération des élus, de l’État ». Pour que l’action soit menée « en transparence », le président de la SNCF promet la mise en place sur chacune de ces lignes d’un baromètre mensuel de satisfaction des clients. Et il l’assure : avec RFF, sur le sujet, désormais, c’est bras dessus, bras dessous. « Nous sommes des militants du réseau existant […]. L’urgence de l’urgence, particulièrement en Île-de-France, ce sont les voies d’aujourd’hui et les problèmes d’aujourd’hui. Ce plan d’urgence sera commun à RFF et la SNCF. Sinon, la SNCF n’y arriverait pas toute seule. » L’exploitant se dit prêt à passer à la caisse, grâce aux bénéfices d’une entreprise qui « sera probablement dans le vert », même si les comptes 2010 ne seront publiés que dans trois semaines. Pour « soigner » chacune des douze lignes, l’enveloppe pourrait représenter quelques dizaines de millions d’euros. Même si elle ne devrait être précisée que dans quelques semaines.

    Une fois l’annonce faite par Guillaume Pepy, une dizaine de jours ont toutefois été nécessaires pour s’accorder, le 20 janvier, sur la liste des douze lignes… ou presque : le Lunéa représente à lui seul l’ensemble des trains de nuit. Et le TGV Paris – Lyon – Marseille tout comme le TER Paca, évoqués par le président de la SNCF sur RTL, ne sont plus sur la liste. Raison invoquée : ils bénéficient déjà d’actions spécifiques.

    Quoi qu’il en soit, la SNCF affirme sa volonté d’améliorer le service, « en mettant tous les moyens possibles » sur les secteurs où l’on rencontre le plus de difficultés. En tenant compte tant des indices « bruts » de régularité, que de la perception des clients. Quant aux effets attendus, une fois les investissements supplémentaires débloqués, le président se réfère à l’exemple du TER en Paca, avec notamment sa ligne du littoral, entre Marseille et Vintimille, où l’on a comptabilisé pendant de longs mois un taux d’irrégularité rarement inférieur à 20 %… Une région où il a signé, ce 14 janvier, avec son président Michel Vauzelle un protocole pour une amélioration du service public TER. « Voilà un produit, une ligne, un service qui est malade […]. Nous avons peigné, mis à plat tous les problèmes. On a pris les choses une à une. La bonne nouvelle, c’est que pendant l’année 2010 il y a eu en Paca tout simplement 30 % de trains annulés en moins. » Lorsque le mauvais élève devient l’exemple à suivre, tous les espoirs sont permis…

  • Le pôle transports au cœur du projet des Halles

    Le pôle transports au cœur du projet des Halles

    En plein cœur de la capitale, le quartier des Halles va vivre une nouvelle révolution. À l’horizon 2016, ce qui fut « le Ventre de Paris » devrait voir achevé son dernier grand chantier. Soumis depuis huit ans à une large concertation, cet ambitieux projet urbain et architectural, avec un aménagement des espaces publics et des jardins, marque les esprits. Avec notamment cette canopée, sorte de toit translucide qui couvrira l’ensemble de l’édifice, plus vaste qu’un terrain de football. Un ouvrage d’art objet de toutes les discussions et polémiques, et que ses promoteurs voient tel « un abri à l’échelle urbaine contre les intempéries et contre les chaleurs excessives. »

    Toutefois, ce qui fait l’ampleur du projet et sans doute son enjeu majeur pour la Région, c’est le « pôle transports » qui va subir un profond réaménagement. C’est tout sauf un luxe dans ce quartier devenu le centre névralgique de la capitale. Car, depuis la création du pôle d’échanges RER-métro Châtelet-Les-Halles en 1977, et celle du Forum des Halles au-dessus, le site a mal vieilli, victime d’un succès en termes de fréquentation, qui a mis en lumière ses limites.

    On recense 750 000 voyageurs par jour dans l’ensemble de ce pôle RER-métro, dont 520 000 transitent dans la gare RER et 440 000 dans sa salle d’échanges. Et les reproches sont nombreux : on s’y bouscule, on s’y perd plus que l’on ne s’y repère, en particulier dans la salle d’échanges, et certains ressentent une impression d’étouffement, sans parler d’un confort d’une autre époque. L’ambiance est même jugée inquiétante par beaucoup et les normes de sécurité « limites »… Et pourtant, comme le précise Frédéric Dupouy, directeur à la RATP de l’Agence de développement pour Paris, « c’est le cœur du réseau. Et engorgé, ce pôle transports a vieilli prématurément. »

    C’est sans doute pour tout cela que son réaménagement a fait l’objet de peu de contestations lors des huit années de discussions. « Une quasi-unanimité » qui n’est pas si fréquente, souligne le responsable de la RATP. Significatif : en octobre, le feu vert a été donné à la nouvelle gare des Halles par tous les élus parisiens. Et c’est après les conclusions favorables « sans réserve » de trois enquêtes publiques que le Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif) vient, le 8 décembre, de se prononcer favorablement sur le caractère d’intérêt général du projet.
     

     

    L’HÉRITAGE DES ANNÉES SOIXANTE-DIX

    Retenue par le Stif et la Ville de Paris, c’est la RATP qui a été choisie pour être maître d’ouvrage. À elle de mener à terme le chamboulement d’un site ayant subi ses derniers grands travaux dans les années soixante-dix, avec six étages en souterrain dans un « trou des Halles » creusé à plus de vingt mètres de profondeur, soit environ la hauteur de Beaubourg ! Avec ses 60 000 m2 de commerces en sous-sol, le Forum des Halles serait le site commercial le plus rentable… mais aussi celui où il y a le plus de vols de tous ceux de la capitale. Il abrite notamment sur trois niveaux la plus grande librairie de la Fnac, le premier cinéma UGC d’Europe en termes de fréquentation. Et plus de 85 % de ceux qui fréquentent le Forum arrivent par les transports de la RATP. Ce qui fait dire à Frédéric Dupouy : « Un gros problème sur le réseau à Châtelet-Les-Halles, et c’est 80 % de perte de chiffre d’affaires sur le Forum ».

    Dans ce contexte, la gare (avec ses trois lignes RER et ses cinq lignes de métro) dont la salle d’échanges est située au niveau – 4 et les quais au niveau – 5, fait régulièrement le trop-plein. Depuis sa mise en service en 1977, on recense trois fois plus de voyageurs. Plus de 1 500 RER par jour se déversent dans ce pôle immense couvrant plus de 500 m… Et le trafic ne cesse d’augmenter.
     

     

    CE QU'IL FAUT CHANGER

    Pour rejoindre le RER depuis l’extérieur, le voyageur – sauf s’il est fin connaisseur des voies détournées – doit passer par le centre commercial. D’où ce paradoxe, exprimé par Frédéric Dupouy : « C’est la plus grande gare du réseau RATP et pourtant en surface, elle ne se voit pas. Ce qui rend d’ailleurs compliqué (même si nous avons toujours fait en sorte) le respect des normes de sécurité incendie, évacuation, etc. »

    Outre la salle d’échanges, d’autres nombreux espaces sont régulièrement saturés. Et on note deux véritables « goulets d’étranglement » : au niveau – 4, le point de convergence entre l’arrivée des trottoirs roulants venant des lignes 1, 7 et 11, et les couloirs venant des lignes 4 et 14 ; au niveau – 3, la correspondance entre les lignes 4 et 14 et le RER. Et puis, il y a ce fameux problème d’orientation. Certes, on trouve beaucoup de signalétique, mais elle est « complexe et foisonnante » et il y a peu de repérage spontané, un « mélange des flux » pour mieux gérer la situation ayant été privilégié à l’origine… « Quel que soit le point où l’on se trouve dans la salle d’échanges, il n’y a pas de perspective lointaine », note Jérôme Dupouy. Quant aux espaces dédiés aux voyageurs, ils ont aussi vieilli. Et pour les personnes à mobilité réduite, l’accès est particulièrement difficile.
     

     

    CINQ OBJECTIFS MAJEURS

    1 – Contribuer au désenclavement du pôle d’échanges


    • Un accès direct à la gare RER depuis la surface va être créé place Marguerite de Navarre, entre le Forum et la rue de Rivoli. Cet accès « à l’échelle de la gare souterraine », souligne Frédéric Dupouy, comprendra quatre escaliers mécaniques, deux escaliers et deux ascenseurs.

    • Porte Berger et porte Rambuteau, deux accès existants desservant les divers niveaux du Forum vers la salle d’échanges vont être prolongés jusqu’à la salle d’échanges. Chaque accès comportera deux escaliers mécaniques, un escalier, les équipements de vente et de contrôle des billets.

    • Enfin, à partir de l’accès de la place Carrée, les voyageurs pourront atteindre directement la salle d’échanges depuis le Forum. Un ascenseur sera mis en place pour les personnes à mobilité réduite. À partir de l’accès porte Lescot, les lignes de contrôle seront réaménagées pour faciliter la circulation et un ascenseur installé.

     

    2 – Améliorer qualité des espaces et confort des cheminements


    • La salle d’échanges va être profondément restructurée et agrandie, bénéficiant d’une véritable perspective. Avec un objectif majeur : permettre aux voyageurs de s’orienter plus aisément et réduire le sentiment d’inconfort, voire d’insécurité. Les cheminements seront plus fluides, avec des flux dissociés entre métro et RER.

    • Il y aura 50 % (11 000 m2 contre 7 000) d’espaces supplémentaires dédiés à la circulation, grâce à la reconversion d’une partie du parking Berger, qui ne faisait d’ailleurs pas souvent le plein de voitures dans ce lieu où l’on vient « naturellement » par les transports en commun. La salle d’échanges sera également libérée de la majeure partie des commerces et des locaux techniques qui s’y trouvent. Les accès aux quais RER seront réaménagés.

    • En bordure de la salle d’échanges, une nouvelle galerie de circulation sera créée, reliant les accès place Marguerite de Navarre et place Carrée. Cette galerie latérale simplifiera les cheminements dans la gare et doit contribuer à désengorger certains points de la salle d’échanges. Dans tous ces mondes, la signalétique sera totalement repensée en fonction de ces espaces plus vastes afin de permettre une identification et une distinction rapide des différents cheminements, avec des « hypersignes » visibles de loin dans un univers dégagé. De même, l’éclairage, le sol et les parements muraux seront totalement repensés, les faux plafonds retirés pour gagner en hauteur et réduire le stress lié au sentiment d’enfermement.

     

    3 – Améliorer les accès et les circulations

    Au sein des espaces de transport en commun, les accès et les circulations seront plus repérables et mieux adaptés au flux de voyageurs. Les espaces qui leur sont dédiés vont être largement agrandis.
     


    4 – Améliorer l’accessibilité

    Les personnes à mobilité réduite bénéficieront de cinq ascenseurs dont un direct de la surface et deux de grande capacité.

    5 – Améliorer le dispositif de sécurité

    Les installations incendie et évacuation du public seront revues.
     

     

    LES PROCHAINES ÉTAPES

    Dans le jardin des Halles, partie intégrante du vaste chantier, les travaux ont commencé. Début 2011 commencera la démolition des pavillons Willerval, présentés voici une trentaine d’années comme un modèle « d’architecture éphémère ». La cité de chantier sera aménagée, les voiries souterraines seront restructurées. La pose de la canopée, élément majeur du projet architectural, est prévue en 2014.

    Côté pôle transports, les travaux de l’accès place Marguerite de Navarre sont prévus de 2012 à 2015, après des travaux préparatoires en 2011, pour une mise en service globale en 2016. Ceux de réaménagement de la salle d’échanges RER devraient débuter en 2012 pour s’achever en 2015. Responsable du projet à la RATP, Frédéric Dupouy l’affirme : « Nous sommes toujours dans les clous par rapport au planning programmé pour ce projet ambitieux malgré la complexité des lieux. Ce n’était pas gagné d’avance. On en a rêvé, on va le faire en allant au bout de nos ambitions… »

    La fin de l’ensemble du projet, avec l’achèvement du jardin, est attendue en 2016.
     

     

    L’ARCHITECTE DAVID MANGIN, COORDINATEUR DU PROJET

    En décembre 2005, la mairie de Paris, à l’issue du concours auquel avaient répondu les architectes Jean Nouvel, Rem Koolhaas et Winy Maas et David Mangin, a retenu ce dernier, avec l’agence Seura,  pour coordonner le réaménagement du Forum des Halles. Parmi les points forts relevés, un nœud de transports en commun plus « spacieux et lumineux » et un réaménagement des espaces au niveau de la gare RER et des stations de métro, son projet prévoyant d’ouvrir le toit de manière à laisser entrer la lumière jusque sur les quais. En offrant, avec une perspective plus large, davantage de facilité aux usagers pour s’orienter, et en rationalisant les échanges et les correspondances pour que ce nœud ferroviaire soit « moins anxiogène. »

    David Mangin défend le principe de la « ville passante et métisse », un principe qui repose notamment sur l’idée d’une moindre dépendance à l’automobile et sur une orientation des efforts vers une harmonisation des transports en commun. Un principe bien adapté au site, avec son Forum des Halles qui est à la fois le plus grand centre commercial de Paris et la plus grande gare d’Europe. L’architecte et urbaniste précisait alors : « La difficulté va être de faire fonctionner les différentes échelles : l’échelle de cette grande métropole, puisqu’il y a ce grand réseau ferroviaire dessous, l’échelle parisienne, et l’échelle locale de quartier, si on veut continuer à avoir des habitants ». Coordinateur de ce vaste chantier, il a affirmé sa volonté d’être « le garant de la cohérence » du projet « pour éviter les collages qui ont été faits il y a vingt-cinq ans et les interventions disparates et même parfois contradictoires. »

    En juin 2006, le projet de couverture du Forum, avec la canopée, a été confié, lui, aux architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti.
     

     

    COMBIEN CA COÛTE ?

    • Le pôle transports
     129,8 millions d’euros (aux conditions économiques de 2008) :
    – 54,7 millions pour le réaménagement de la salle d’échanges RER
    – 51,8 millions pour la création de l’accès Marguerite de Navarre
    – 12 millions pour la reconversion du parking Berger
    – 3,9 millions pour le prolongement de l’accès Rambuteau
    – 7,4 millions pour le prolongement de l’accès Berger.

    • Projets complémentaires de la RATP : 45 millions d’euros sur fonds propres.
    Reste à préciser le montant des acquisitions foncières, estimé aux alentours de 30 millions (notamment pour l’acquisition du parking).
    Ce projet de réaménagement du pôle RER Châtelet-Les-Halles est cofinancé par la Ville de Paris et la région Île-de-France. Parallèlement, la RATP finance les budgets nécessaires pour les espaces dont elle est gestionnaire.

    • L’ensemble du chantier des Halles s’élève à 802 millions d’euros. Sur cette somme, 482 millions seront consacrés au Forum et à son toit, la canopée.

  • Veolia, les conquêtes d’un français en Bavière

    Veolia, les conquêtes d’un français en Bavière

    Dès lors que les Länder sont devenus autorités organisatrices de leurs trains régionaux, donc libres de choisir un opérateur autre que la DB, Veolia Transports – en allemand, Veolia Verkehr – s’est placé sur la ligne de départ dès le début de la compétition, il y a maintenant quinze ans. Et a peu après repris le groupe privé allemand DEG, qui avait remporté le premier réseau bavarois entièrement ouvert à la concurrence : la Bayerische Oberlandbahn (BOB), que l’on peut traduire par « chemin de fer du haut-pays bavarois ».

    Le contrat d’exploitation de ce réseau devant faire l’objet d’un renouvellement d’ici 2013, il est légitime de tirer un premier retour d’expérience en Bavière. Si, en superficie, cet « Etat libre » – comme il préfère s’intituler – est le plus grand parmi les Länder allemands, il est seulement deuxième en population, avec 12,5 millions d’habitants, derrière la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Mais si la Bavière était une région française, elle serait la première, avec près d’un million d’habitants de plus qu’en Ile-de-France ! Ce qui se reflète dans l’importance du trafic ferroviaire périurbain et régional bavarois : en comptant les réseaux S-Bahn (RER) de Munich et de Nuremberg, on totalise quatre fois le trafic TER de Rhône-Alpes, première région française par le nombre de trains régionaux et deuxième par la population (2,2 fois moins importante que celle de Bavière). Et la croissance de ce trafic bavarois est tout aussi impressionnante, passant en 20 ans de 75 millions de trains-km à 110 millions de trains-km.

    Les hausses de fréquentation des TER français sont également impressionnantes ces dernières années, mais elles partent de très bas : le réseau bavarois transporte chaque jour une fois et demie tous les voyageurs des TER français ! « A la différence de la France, le point de départ est très haut au niveau de la fréquentation en Bavière, où le réseau S-Bahn de Munich est déjà en service depuis 1972 », rappelle Dietmar Strobel, directeur Allemagne Veolia Transport Rail. Et le réseau ferré bavarois est une réalité historique, contrairement à nombre de réseaux TER français. En effet, comme la moitié de Länder allemands, la Bavière a existé comme Etat indépendant jusqu’aux années 1860 et a contrôlé son réseau ferré jusqu’à sa reprise par la Reichsbahn en 1920. Particulariste et conservatrice, la Bavière a aussi vu circuler le premier train allemand, en 1835, à Nuremberg.

    Bref, la Bavière, c’est plus qu’une région, et son réseau ferré est bien plus qu’un TER. Autorité organisatrice des transports de proximité des personnes sur rail (SPNV, en allemand) depuis le 1er janvier 1996, l’Etat libre a mis sur pied une organisation déléguée pour la planification (de concert avec les gestionnaires d’infrastructure et les exploitants), la commande, le financement, la mise en concurrence et la supervision des dessertes ferroviaires périurbaines et régionales de service public. Dénommée Bayerische Eisenbahngesellschaft (BEG, littéralement « compagnie ferroviaire bavaroise »), cette organisation s’est fixé pour buts la mise en œuvre d’un horaire cadencé intégral (un train par heure au moins, voire toutes les demi-heures), « l’assurance durable d’un haut niveau de qualité », des offres tarifaires « attractives », la mise en concurrence, ainsi qu’un système d’information des voyageurs « au goût du jour et fiable ».

    En quinze ans, le saut qualitatif est indéniable : du temps où le Land n’avait pas son mot à dire, les trains régionaux étaient assurés essentiellement pour les scolaires et les salariés, avec du matériel « ancien et vétuste », sur des lignes menacées de fermeture car « occasionnant de lourdes pertes à la Bundesbahn », selon Fritz Czeschka, directeur de la BEG. Aujourd’hui, les buts fixés à cette dernière lors de sa création sont largement atteints, avec une offre en hausse de 34 % sur quinze ans et 62 % de voyageurs supplémentaires. Ceci alors qu’un milliard d’euros est versé chaque année dans les transports ferroviaires en Bavière et que « DB Regio [la filiale de la DB chargée des trains régionaux, ndlr] est devenu une des plus importantes sources de revenus de la DB ».

    Car l’opérateur historique, qui assure toujours 90 % du trafic bavarois, ramasse pour l’instant l’essentiel des dividendes de la nouvelle mise. C’est une surprise : alors que la mise en concurrence fait explicitement partie des objectifs de la BEG, seuls 25 % du trafic (soit 28 millions de trains-km par an) ont fait l’objet d’appels d’offres en quinze ans. Les 50 % sont attendus en 2015, et ce processus ne devrait être terminé qu’en 2023 !

    Très prudemment, la BEG est allée par petits pas, en commençant par les petites lignes, dont celles du réseau BOB. Les gros réseaux, dont le plus massif sera sans conteste le S-Bahn de Munich, ce sera pour plus tard. Mais toujours « sans discrimination et en toute transparence » : les offres sont détaillées, poste par poste, et si un de ces postes est objectivement trop bas, l’offre sera disqualifiée pour cause de dumping. Ceci dit, parmi les candidats, « la DB a des avantages structurels, par ses moyens », et elle n’est plus « la DB lourde » : « La DB s’est améliorée et DB Regio s’est décentralisé pour plus de flexibilité. » Bref, « la concurrence a modifié la DB ».

    La philosophie de la BEG est de signer des contrats de dix ans au moins (idéalement douze, soit grosso modo la moitié de la durée de vie d’un matériel roulant, estimée à 25 ans), pour des groupes de lignes de 2 à 6 millions de trains-km (l’équivalent d’un petit réseau TER français), avec des contrats nets en échange desquels l’exploitant assume le risque des coûts de production et de la recette. Ce qui laisse une grande marge de manœuvre pour fixer les tarifs à l’intérieur de chaque groupe de lignes.

    Ceci dit, il s’agit bien d’un service public : la couverture des coûts d’exploitation reste assurée pour un tiers par les voyageurs, l’Etat libre versant les deux tiers restants. En compensation, la Bavière reçoit 1 milliard d’euros par an du Bund (niveau fédéral) pour l’exploitation du réseau… et « se paye » elle-même grâce aux économies permises par la mise en concurrence ! Reste que selon la ligne concernée, le versement de l’Etat libre est très variable, allant de 1 euro à 9 euros par train-kilomètre (à titre de comparaison, selon la région concernée, les TER reviennent de 13 à 21 euros par train-kilomètre à la collectivité).

    L’aspect économique est une chose, mais comment se traduit la mise en concurrence du point de vue social ? « La transition d’une compagnie à l’autre donne toujours lieu à des problèmes. Le personnel et le matériel roulant sont liés à la même ligne. Le successeur a intérêt à reprendre les employés, mais ce n’est ni simple, avec les conventions collectives, ni obligatoire », constate Fritz Czeschka. Vu par Veolia, « on reprend les bons ! », tranche Heino Seeger, directeur du réseau BOB.

    Quant au matériel roulant, il dépend de sa mise à disposition par l’ancien exploitant, le successeur n’étant pas obligé de reprendre le parc de la ligne. Chez Veolia, on se scandalise : « Au début de la concurrence, il y a eu de la rétention de matériel roulant par la DB pour l’envoyer à la ferraille. » Aujourd’hui, la fourniture d’un nouveau matériel va de pair avec les contrats. Un exemple est le réseau S-Bahn de Nuremberg, pour lequel DB Regio a commandé des rames Talent 2 à Bombardier.

    L’arrivée – même limitée – de nouveaux exploitants et de leur nouveau matériel a-t-elle été bénéfique, ou s’est-elle faite au détriment de la qualité ? Les autorails Integral mis en service il y a douze ans sur le réseau BOB ont fait couler beaucoup d’encre à l’époque, avant de fonctionner correctement. « Aujourd’hui, es problèmes du réseau BOB sont faibles par rapport à ceux de la DB, remarque Fritz Czeschka, il y a beaucoup de problèmes de sécurité sur le nouveau matériel roulant de la DB et sur leurs patins magnétiques. »
     

     

     

    BOB Le réseau symbole de Veolia

    Totalisant 120 km, le réseau BOB se ramifie, au sud du tronc commun Munich – Holzkirchen (37 km), en trois courtes lignes desservant des fonds de vallées alpines : vers Lenggries (30 km), Tegernsee (12 km) et Bayrischzell (41 km). De tels groupes de lignes existaient en France jusque dans les années 1980, sur les versants pyrénéens ou vosgiens. Dans le haut-pays bavarois, de telles petites lignes existent toujours et chaque branche est désormais reliée à Munich par des rames directes au moins une fois par heure. Ceci avec du matériel moderne, 96,5 % de trains à l’heure… et trois fois plus de voyageurs qu’il y a quinze ans !

    Le tableau actuel de la situation du réseau BOB, plutôt flatteur, a succédé à un démarrage assez mouvementé entre 1998 et 2002. Remporté en 1996 par un groupement entre l’exploitant privé allemand DEG (75 %) et le célèbre train de montagne bavarois de la Zugspitze (25 %), le contrat d’exploitation de ce réseau pendant quinze ans à compter de 1998 était assorti d’une commande au constructeur autrichien Jenbacher d’autorails Integral spécialement adaptés aux dessertes ramifiées (voir encadré). Ces autorails seront les principaux responsables de ce lancement difficile, alors que la CGEA (devenue par la suite Connex, puis Veolia) englobait DEG et reprenait les 25 % de la Zugspitze dans le capital de l’exploitant du réseau BOB. Ce capital sera même détenu à 50 % par la DB de mars 2002 à décembre 2003, le temps pour l’exploitant « historique » de résoudre les multiples problèmes de jeunesse de l’Integral.

    Depuis, ce dernier est devenu le symbole du réseau et de l’Oberland bavarois, les rames ayant été baptisées chacune du nom des communes desservies. Toutefois, ce parc très spécial est aujourd’hui complété par trois autorails Talent bien plus classiques. Mais l’exploitant a plus d’un atout pour améliorer la desserte. Tout d’abord, une présence locale avec une commande centralisée et le personnel réparti entre cinq Kundcenter (« centres clientèle »), dont un à Munich et un à chacune des deux bifurcations. Enfin, le réseau possède son propre atelier, évidemment spécialisé dans la maintenance de l’Integral.

    Un autre atout du réseau BOB pour gagner des clients est la politique tarifaire qu’il a été libre de mettre en œuvre sur ses dessertes (mais pas sur les parcours impliquant l’emprunt d’un autre réseau). La marge de manœuvre laissée à l’exploitant se retrouve dans le domaine touristique, par la promotion de la région desservie (Munich, sports d’hiver…) ou l’organisation d’autorails spéciaux pour des excursions hors du réseau BOB à travers la Bavière et les régions voisines, mais aussi en invitant deux associations locales à faire circuler des trains à vapeur sur son réseau.

    Pour Veolia, le réseau BOB est un des plus beaux exemples de sa présence outre-Rhin. Veolia Verkehr exploite essentiellement des trains de voyageurs dans le cadre de contrats de service public ; elle est également pionnière depuis 2002 des dessertes effectuées à ses risques et périls sous l’appellation InterConnex.
     

     

     

    Integral : un autorail pas comme les autres

     

    Le réseau BOB peut légitimement s’enorgueillir de faire circuler un matériel roulant unique au monde : l’Integral, dont 17 rames (numérotées VT 101 à 117) ont été commandées au constructeur autrichien Jenbacher dans le cadre du contrat d’exploitation de 1996. De conception modulaire proche de celle des tramways modernes et autorisant trois types de traction (diesel-hydraulique, diesel-électrique ou électrique), ce matériel « révolutionnaire » est doté d’essieux orientables permettant une vitesse accrue sur les lignes sinueuses avec une moindre usure. Mais pour l’exploitation des ramifications du réseau BOB par des éléments séparés, le tronc commun vers Munich étant parcouru en unités multiples de trois éléments, le point le plus important est la sécabilité, vu que 60 000 opérations de séparation ou de couplage s’avèrent ici nécessaires chaque année ! Pour ces rames sécables, Jenbacher a développé un nouveau concept qui fait sans doute d’elles les plus pratiques du monde.

    Mais à mettre en œuvre trop de nouveautés à la fois, l’Integral allait connaître une mise en service problématique. Livré en version diesel-hydraulique de 5 caisses (53 m de long et 85 t en ordre de marche par élément) et mis en service fin 1998 sur le réseau BOB, l’autorail fut retiré de service au bout d’un an, suite à de multiples dysfonctionnements touchant aussi bien le freinage d’urgence que les portes, les toilettes, la motorisation 3 x 315 kW ou l’attelage automatique. La fin 2001 a vu le retour des Integral sur le réseau BOB, au moment choisi par son constructeur d’abandonner le secteur ferroviaire, laissant à Connex (aujourd’hui Veolia) la licence pour construire ce matériel ! Mais il y a fort à parier que la commande de ces autorails pour le réseau BOB, qui était la première, restera également la dernière. En effet, au lieu de relancer la production pour compléter son propre parc, l’exploitant a préféré acheter trois Talent produits par Bombardier.

  • Les constructeurs auto se lancent dans la location à la carte

    Les constructeurs auto se lancent dans la location à la carte

    Après un siècle de commerce automobile basé sur la vente, les constructeurs automobiles découvrent le service. Une nouvelle tendance en vogue ? Plutôt un signe des temps, qui pointe l’essoufflement d’un modèle unique fondé sur la propriété. Ainsi, les grandes marques françaises (PSA et Renault) proposent chacune leur propre solution de mobilité, ou location « à la carte ». Le principe : louer des véhicules de leur gamme via leur réseau commercial, concessionnaires ou distributeurs. Inspirées à la fois des formules de location de courte durée classique et de l’autopartage en vogue dans les grandes villes, ces offres directement concurrentes permettent à n’importe qui de réserver un modèle (voiture, scooter ou utilitaire) sur Internet ou par téléphone. De quoi répondre à des besoins ponctuels et précis : une course en ville, un déménagement, un week-end à la campagne… Si Renault s’est lancé le premier dans la course en 2005 avec son enseigne Renault Rent, Peugeot a répliqué en début d’année avec un service encore plus abouti, Mu by Peugeot, qui fonctionne avec un original système de points mobilité partout en Europe. De son côté, Citroën prépare un projet de mobilité étudié avec livraison de véhicule à domicile. Chacun affûte ses armes pour affronter un marché qui devrait décoller ces prochaines années. Et générer une concurrence inédite entre opérateurs de mobilité et constructeurs…

     

    Reconquérir les jeunes


    Confrontée à l’une des pires crises de son histoire, économique mais aussi existentielle, l’industrie automobile est poussée à se réinventer, à trouver des alternatives à la propriété. Surtout en milieu urbain où les conditions de circulation et de stationnement de plus en plus difficiles ont tendance à dissuader les gens d’acheter. « Notre relation à l’automobile a évolué, la notion de possession n’est plus aussi forte qu’avant, explique Rémi Cornubert, consultant au cabinet Olivier Wyman. De plus en plus de citadins préfèrent louer plutôt qu’acheter, parce que c’est plus de flexibilité et moins de contraintes. » Ainsi, l’automobile suit la tendance lancée par la téléphonie mobile ou les contrats d’assurance à la carte, qui consiste à payer uniquement ce que l’on consomme. Plusieurs raisons à cela : la prise de conscience écologique, mais surtout un pouvoir d’achat en baisse et l’incapacité pour nombre de citoyens d’assumer les coûts automobiles. Premiers touchés, les jeunes se détournent massivement de l’auto : ils passent leur permis de conduire de plus en plus tard et se contentent de véhicules d’occasion. L’âge moyen d’un acheteur de voiture neuve atteint 52 ans en France, selon le CCFA (Comité des constructeurs français d’automobiles), un vieillissement qui va en s’accentuant. Selon une récente étude menée par l’observatoire Cetelem, 30 % des jeunes de moins de 30 ans étaient prêts à acheter une voiture neuve en 2000, ils ne sont plus que 20 % en 2010. Cette tendance est au cœur des préoccupations de Renault, qui planche activement sur la question au sein de la direction des programmes « nouvelles offres de mobilité » crée en 2009. « Nous pensons que les nouveaux services de location couplés avec les TIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), via l’Internet mobile et les smartphones, vont permettre de renforcer voire de recréer le lien entre le produit et les jeunes générations », indique une porte-parole de la marque. Une démarche aussi valable pour les seniors qui seraient de plus en plus nombreux à rechercher des facilités et du service pour éviter la possession d’une voiture.
     

     
    Réhabiliter l’image de l’auto


    « La vente automobile pure n’est plus suffisante aujourd’hui, avoue Pierre Bugeya, responsable du projet Mu by Peugeot. Nous devons prendre en compte l’évolution des modes de consommation et être à l’écoute de nos clients. Aujourd’hui, la voiture est moins perçue comme un outil de liberté que comme un ensemble de contraintes. Il y a un véritable engouement pour la multimodalité que nous ne pouvons plus ignorer. » Le service serait-il la nouvelle planche de salut des constructeurs automobiles ? « Il faut relativiser, rappelle Mathieu Flonneau, historien de l’automobilisme et auteur de Autorefoulement aux éditions Descartes & Cie, l’industrie automobile est encore totalement ancrée dans le “fordisme” et continuera à faire de la vente sa priorité. Mais on constate effectivement un repositionnement à travers ces nouvelles offres de mobilité : les constructeurs ont pris conscience d’un certain désamour de la voiture de la part d’une clientèle citadine et exigeante. Il s’agit donc de réhabiliter l’image de l’automobile là où elle est contestée, dans les grandes villes occidentales, de déculpabiliser l’utilisation de la voiture. »
     

     
    Un nouveau modèle économique

    Encore marginale et embryonnaire, la location à la carte proposée par les grandes marques automobiles nourrit de grandes ambitions. Peugeot entend devenir leader sur ce marché en 2015. Pour François Roudier, directeur du CCFA, cette tendance pose les bases d’un nouveau modèle économique. « Le marché se fragmente, les constructeurs généralistes doivent donc être présents sur toutes les niches et redoubler d’imagination. » Parallèlement à la vente de voitures traditionnelles, une multitude d’offres de services intelligents devraient se développer autour du véhicule en location ou en partage, autrement dit la voiture servicielle. « La mobilité tend à se dématérialiser, confirme Rémi Cornubert, on est en train de passer d’un marché automobile monolithique à des offres plurielles. » Pas question pour les constructeurs ne rater le coche, d’autant qu’ils ont une vraie légitimité dans ce domaine et des cartes à jouer. Les nouvelles offres de mobilité relèvent d’ailleurs d’une vision stratégique, une manière notamment de préparer le terrain du véhicule électrique, qui en raison du coût élevé de ses batteries devrait être tributaire de la location. Citroën et Peugeot ont d’ailleurs conçu leur service de mobilité en rapport avec leur modèle respectif, iOn et C-Zéro. Par ailleurs, le concept de location à la carte fournit une occasion rêvée pour les marques de faire découvrir leur gamme de produits, d’attirer de nouveaux clients dans les concessions. Un effet vitrine propice pour le commerce, qui implique aussi de nouvelles pratiques susceptibles d’instaurer une relation différente avec le client, plus conviviale car dédramatisée par rapport à l’acte de vente. Une aubaine donc, à condition que les constructeurs ne soient pas victimes de leur succès…

    Renault Rent joue la proximité


    Lancé en 2005, le service de location courte durée de Renault s’appuie sur un réseau d’agences de proximité réparties sur tout le territoire, soit 341 sites et près de 6 000 véhicules. Un choix de modèles particuliers ou utilitaires (de 3 à 22 m3) de la gamme Renault est proposé pour répondre à divers usages, de très courte ou moyenne durée. A la base, ce service était réservé aux clients de la marque : en cas d’immobilisation de leur véhicule, un modèle de remplacement leur était attribué. Renault Rent est ensuite devenu l’agence de location courte durée de la marque au losange, s’attaquant ainsi aux grandes enseignes du secteur comme Avis, Europcar ou Hertz. On retrouve les mêmes types de contrats et de garanties, avec notamment une réduction de franchise, la protection individuelle du conducteur et l’agrément d’un second conducteur sans supplément de prix. Depuis peu, la réservation et le paiement peuvent être effectués en ligne depuis le site Internet Renault Rent. 30 % des réservations de véhicules à particulier se font par ce canal, contre 32 % via les agences et 13 % par téléphone.

     


    Le concept de mobilité Citroën, une voiture en 3h maxi

    Sur le modèle de Mu by Peugeot, Citroën a lancé le 30 septembre dernier son service de location à la carte, le concept de mobilité Citroën. Opéré en partenariat avec National/Citer, cette offre est accessible à tous et disponible 7 jours/7 sans abonnement. Son principal atout : la fonction Call Car qui permet de commander, sur Internet ou depuis un smartphone, un véhicule sur le lieu de son choix dans un délai maximal de 3 heures et de le restituer dans les mêmes conditions, moyennant un supplément de 14 euros. A la base, le concept a été développé pour faciliter le démarrage commercial de la C-Zéro, le premier véhicule électrique de la marque. Etant donné l’autonomie réduite des batteries, la livraison-restitution du véhicule permet de rassurer l’usager. Facturé 11 euros de l’heure et comprenant des formules week-end à partir de 37 euros par jour, ce nouveau service est déjà disponible à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Il devrait s’étendre à toutes les grandes villes de France. Un site Internet dédié sera mis en place début 2011 pour faciliter la sélection des véhicules et des lieux de réservation en fonction des trajets et des utilisations prévus. Un choix de services annexes d’assurances, de cartographie et d’accessoires sera proposé. Le client aura la possibilité d’organiser ses déplacements en combinant plusieurs modes de transport (voiture, train, avion, transports en commun). Il pourra réserver en ligne un billet d’avion ou une chambre d’hôtel.
     

     
    Mu by Peugeot, l’intermodal

    Lancé en début d’année, Mu by Peugeot propose à tous la possibilité de louer le modèle de son choix chez un concessionnaire de la marque : un monospace pour partir en vacances en famille, un utilitaire pour un déménagement, un cabriolet pour un week-end en amoureux, mais aussi des scooters, des vélos à assistance électrique et même des accessoires (GPS, barres de toit, siège enfant…). La citadine électrique iOn est également disponible. Pour accompagner ce nouveau service de location de courte durée, Peugeot a imaginé un système original d’unités prépayées sur le principe de la téléphonie mobile. Il suffit de créer un compte mobilité sur Internet (10 euros les droits de souscription) et de le créditer ensuite sous forme d’unités. Le paiement se fait en ligne par carte bancaire afin d’éviter des formalités sur place. Chaque prestation correspond à un nombre d’unités, lesquelles sont automatiquement débitées sur le compte du client selon un barème établi. Mu by Peugeot fonctionne aussi comme un outil intermodal susceptible d’accompagner le client dans l’organisation de ses déplacements. Outre la réservation de son véhicule Peugeot, il peut, grâce à une plateforme téléphonique, réserver un billet de train ou d’avion, et même une chambre d’hôtel auprès d’un partenaire de la marque. Mu by Peugeot est déjà opérationnel dans 60 sites répartis dans la plupart des grandes villes françaises, mais aussi dans de nombreux pays d’Europe.
     


     
    Car2go de Daimler descend dans la rue

    Après des expérimentations concluantes menées à Ulm en Allemagne et à Austin au Texas, le concept de mobilité Car2go de Daimler va s’étendre à plusieurs grandes villes européennes dans le cadre d’un programme de déploiement international. Ce service de voiture en libre-service va être lancé à Hambourg début 2011. Au départ, une flotte de 300 Smart Fortwo sera proposée, qui pourra être étendue en nombre et en types de modèles en fonction de la demande. Contrairement à l’autopartage et à la location de voitures, le système Car2go met les véhicules à disposition directement dans la rue. Les clients peuvent les louer immédiatement, sans réservation ni formalité, et s’en servir librement sur la zone couverte. Ils peuvent aussi se garer sur n’importe quelle place de parking public, tous les frais de stationnement étant inclus dans la location et automatiquement calculés par Car2go. Dans le cas de Hambourg, Daimler s’est associé avec le loueur Europcar Allemagne, en créant une société commune, Car2go Hambourg GmbH. Ainsi, Daimler fournit les voitures et leurs équipements (panneaux solaires, système télématique embarqué) et Europcar apporte son expertise en matière de gestion de flotte, de logistique et de financement de véhicules. Son réseau étendu d’agences permettra d’augmenter le nombre de guichets pour s’inscrire au service Car2go.

  • Le Paris Autolib’

    Le Paris Autolib’

    Simple, proche, moderne, abordable, avec un modèle économique robuste. Ce sont ces caractéristiques qui ont fait la différence et permis au groupe Bolloré de remporter mi-décembre le contrat Autolib’, le système de voitures électriques en libre-service à Paris et sa banlieue, face à Veolia et au groupement Vinci-RATP-SNCF-Avis, également en lice.

    Ce contrat de délégation de service public pour douze ans prévoit, à partir d’octobre prochain, de mettre à la disposition du public des véhicules tout électrique pouvant se garer indifféremment dans l’une des quelque 1 000 stations (dont 700 à Paris) implantées en voirie ou en souterrain. En octobre 2011, seuls 250 véhicules seront mis en service, puis 1 740 en mars 2012. La montée en puissance se fera progressivement, pour aboutir d’ici à 2016 à plus de 3 000 véhicules proposés.

    Durant toute la phase de l’appel d’offres, les deux candidats écartés ont plusieurs fois laissé entendre qu’il serait impossible, sinon très compliqué, de gagner de l’argent avec un tel dispositif. Ils mettaient aussi en avant d’autres difficultés, comme la lutte contre le vandalisme ou la régulation des véhicules entre les stations (pour éviter qu’une station ne soit vide ou au contraire qu’un automobiliste ne cherche sans fin une place où garer sa voiture).

    Sur toutes ces questions, Bolloré n’a pas lésiné. Le groupe a accepté de s’impliquer financièrement de façon très conséquente en apportant 60 millions d’euros dans la société qui exploitera Autolib’. Il prendra en charge la location des voitures – en fait, il se louera à lui-même via cette société d’exploitation les voitures qu’il va fabriquer –, ainsi que les assurances, l’entretien, le service aux clients. Sur l’ensemble du contrat, le chiffre d’affaires est estimé à un milliard d’euros. Bolloré a même ajouté dans le contrat qu’il supporterait les pertes en cas d’échec commercial jusqu’à concurrence d’une perte cumulée de 60 millions d’euros.

    Les prévisions tablent sur 200 000 abonnés pour atteindre le point d’équilibre. Une perspective attendue par Vincent Bolloré, le patron du groupe, « au mieux » dans sept ans.

    « Pour remporter le marché Autolib’, il fallait non seulement proposer une voiture et surtout des batteries, qui sont le cœur du véhicule électrique, mais aussi présenter une borne de recharge et un système d’information », souligne l’homme d’affaires, qui rappelle que son groupe a derrière lui quinze ans de recherches pour mettre au point des batteries LMP (lithium-métal-polymère). Il vante aussi la diversité de compétences de son groupe : 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (sans compter Havas) dont 5 milliards réalisés dans la logistique. « Nous ne sommes pas là par hasard. Nous avons la capacité d’investir et d’innover, sans que des actionnaires nous limitent. »

    Autre argument de poids, le groupe Bolloré prévoit la création de 800 emplois affectés au nouveau service. « Il y aura au moins une station humanisée par arrondissement à Paris », précise Sylvain Marty, le directeur du syndicat mixte Autolib’. Les personnels pourront accueillir le public, l’assister et lui faciliter ses démarches administratives. « Ils pourront aider à la prise en main du véhicule, louer des sièges enfants, tandis que d’autres pourront participer à la régulation des stations », poursuit Sylvain Marty. « Nous savons que c’est un challenge difficile. Il faut que le 30 septembre 2011 nous soyons prêts. Et que nous puissions rapidement monter en régime », rappelle Vincent Bolloré.

    S’il peut perdre gros, Bolloré a aussi beaucoup à gagner. Le groupe parie sur la formidable vitrine offerte par Autolib’, qui doit faciliter les déplacements de plus de 4 millions de citoyens. Après avoir dépensé près d’un milliard d’euros d’investissements ces dernières années, Bolloré veut vendre sa technologie basée sur le LMP, dont les applications sont prometteuses, notamment dans les bus et les trams. « Notre objectif, ce n’est pas d’être producteur automobile. C’est d’être le plus grand stockeur d’électricité dans le monde », explique Vincent Bolloré, qui espère prendre une longueur d’avance, dans cette compétition, sur ses concurrents.
     

     

    QUI PAIE QUOI ?

    Les collectivités locales vont financer les stations en apportant 50 000 euros par station. Il devrait y avoir au total plus de 1 000 stations en mars 2012. Bolloré reversera aux communes 750 euros annuels par place de redevance d’occupation des sols.

    De son côté, Bolloré garantit la livraison des véhicules et des stations à temps, faute de quoi le groupe devrait débourser 20 millions d’euros de pénalités. Il louera chaque véhicule 250 euros par mois. En cas d’un très fort taux de vandalisme et d’une fréquentation du service plus faible que prévu, Bolloré supporterait alors seul une baisse de ses recettes jusqu’à concurrence d’une perte cumulée de 60 millions d’euros. Inversement, si le système gagne de l’argent, une clause de partage est inscrite dans le contrat : un tiers versé au syndicat mixte Autolib’, deux tiers pour Bolloré.
     

     

    AUTOLIB’, C'EST AUSSI DU TRANSPORT PUBLIC

    La « première mondiale » tant vantée par Bertrand Delanoë prend forme. C’est désormais aussi « un sacré défi », selon les mots du maire de Paris, qui présentait le 17 décembre le nouveau service Autolib’. « Ce service est complémentaire des autres. Nous pouvons dire aux citoyens : Vous avez le choix ! », explique Bertrand Delanoë. Et il ajoute : « Ce n’est pas une politique anti-voiture. C’est une politique antipollution. » Un slogan particulièrement adressé aux élus écologistes, qui critiquent de longue date ce projet, estimant que la place accordée aux voitures va augmenter dans Paris.

    Pas du tout, répond Sylvain Marty, le directeur du syndicat mixte Autolib’, se basant sur des études concernant l’autopartage, qui démontrent qu’une voiture utilisée en autopartage supprime 5 véhicules du parc privé.

    Quand elle a adhéré en octobre 2009, la région Ile-de-France avait défendu sa participation en expliquant que selon un sondage 73 % des Parisiens et 39 % des Franciliens de petite couronne se disaient intéressés par ce dispositif, même s’ils ont une voiture personnelle. Elle estimait aussi qu’à terme les émissions de CO2 pourraient être réduites de 22 000 t par mois. Pour évaluer plus exactement les diminutions des nuisances polluantes, une étude sera réalisée au bout d’un an de mise en service d’Autolib’.

    Par ailleurs, l’aménagement des stations sur la voirie, qui comprendront de 4 à 6 places, se traduira par la suppression de quelque 2 000 places en surface à Paris pour les véhicules particuliers. Des parkings souterrains, également prévus, pourront accueillir plus de véhicules : entre 6 et 10. « On peut avoir besoin d’une voiture sans en être propriétaire. Ce n’est pas le même usage que le taxi ou que l’autopartage. Autolib’ trouvera sa justification avec l’usage qu’en feront ses utilisateurs », affirme Bertrand Delanoë, en évoquant un exemple : un aller effectué en transport en commun pour aller faire ses courses, mais un retour au volant d’une Autolib’ pour transporter ses paquets. La tarification a été fixée de manière à favoriser les déplacements courts : peu coûteux la première demi-heure, le prix augmente avec la durée d’utilisation. L’objectif est de faire « tourner » le plus possible les voitures.
     

     

    BLUECAR, UNE BRETONNE A L'ACCENT ITALIEN

    Certains disent que la Bluecar ne sera jamais prête à temps. Cet argument n’a pas fait reculer le syndicat mixte Autolib’. Pour lui, face aux autres offres concurrentes, la Bluecar « était la meilleure ».

    Longue de 3,65 m, cette voiture est équipée des batteries Batscap LMP (lithium-métal-polymère). Ces batteries « tout solide », développées par Bolloré au terme de 15 ans de recherche, ont l’avantage d’être peu sensibles aux variations de température comparées aux batteries liquides. D’une capacité de 30 kWh, elles permettent de parcourir 250 km en milieu urbain et de se recharger en 8 heures (4 heures en moyenne).

    La carrosserie de la Bluecar a été dessinée par Pininfarina dans le cadre de VEPB, la filiale commune de Bolloré et de Pininfarina. Le modèle retenu pour Autolib’ disposera de 4 places à bord (et deux portes) et sera équipé d’un écran assurant un guidage GPS. Un bouton d’appel permettra d’être mis en relation avec un opérateur.
     
    Les véhicules vont être fabriqués dans deux usines à Turin, tandis que les batteries sont produites dans le Finistère et à Montréal. Le 7 janvier prochain, des travaux vont commencer pour augmenter les capacités de production en Bretagne. Capable actuellement de fournir l’équipement pour 2 500 voitures, l’usine bretonne de Pen-Carn/Ergué-Gabéric, qui va s’étendre sur une surface de 30 000 m2, devrait pouvoir, à terme, en équiper 15 000 chaque année. Une capacité équivalente à celle qu’aura l’usine de Montréal, qui va également monter en puissance. « Nous avons déjà la capacité de produire 7 500 voitures par an. Il n’y a donc pas de problèmes de production », assure Vincent Bolloré. Selon lui, le modèle est sûr : « Nos voitures roulent depuis 5 ans et ont circulé sur des centaines et des centaines de kilomètres. » Et le coût de production (200 000 euros pour une voiture) va diminuer grâce à des économies d’échelle dues à une production plus importante. « Produite à 40 000 ou 50 000 exemplaires, le coût sera comparable à celui d’une voiture à moteur thermique. » Le groupe Bolloré va commencer par produire les Autolib’, puis il honorera les précommandes de bus électriques. Fort de cette expérience, il espère répondre par la suite « à tous les appels d’offres ».
     

     

    MODE D'EMPLOI

    Une prise en mains en moins de 2 minutes


    Pour utiliser Autolib’, il faudra forcément être titulaire d’un permis de conduire et s’inscrire pour recevoir une carte sans contact permettant d’utiliser les véhicules. Pour être certain d’avoir une voiture, mieux vaut réserver, ce qui n’est pas obligatoire. Il faut ensuite aller dans une station Autolib’, passer sa carte sans contact sur la borne interactive et taper son code confidentiel. Il est possible de réserver sa place dans la station de sa destination pour une durée de 90 minutes. Après avoir débranché le véhicule et vérifié son état extérieur, la carte sans contact doit être passée sur le lecteur situé sur le pare-brise, ce qui déverrouille la voiture. En cas d’anomalie constatée sur le véhicule, il faut le signaler sur l’écran tactile embarqué. « La prise en mains se fait en moins de 2 minutes », souligne le syndicat mixte Autolib’. Lors de la restitution du véhicule, il faut le rebrancher et passer sa carte sur le lecteur pour verrouiller les portes. La borne interactive de la station délivre un reçu récapitulant la location.

    Le coût d’utilisation du service


    • Abonnement un an : 12 euros par mois.
    5 euros pour la première demi-heure, 4 euros pour la deuxième demi-heure, puis 6 euros les suivantes.
    • Abonnement à la semaine : 15 euros.
    7 euros la première demi-heure, puis 6 euros, puis 8 euros.
    • Abonnement à la journée : 10 euros.
    7 euros la première demi-heure, puis 6 euros, puis 8 euros.
    « Bolloré travaille auprès des hôtels pour implanter son système et permettre des réservations », explique un des promoteurs d’Autolib’.
     


    Cautions et franchises


    La franchise est de 500 euros. Elle peut être ramenée à 250 euros pour les abonnés au bout de six mois sans accident. Les occasionnels peuvent aussi la ramener à 250 euros s’ils la rachètent pour 2 euros par trajet.

  • Bain de jouvence pour les gares

    Bain de jouvence pour les gares

    Si seule une poignée de chantiers majeurs ont été menés en 2010 – Paris-Gare-de-Lyon, Saint-Lazare, Bellegarde-sur-Valserine et Belfort-Montbelliard –, pas moins de 85 gares ont actuellement des projets de restructuration en cours ou en émergence. Deux raisons à cela, selon la directrice de Gares & Connexions, Sophie Boissard : « D’abord, les collectivités s’approprient la problématique gare, cela touche maintenant les villes moyennes comme La Rochelle, Angoulême ou Lons-le-Saulnier. Ensuite, il y a l’effet booster de la grande vitesse : onze gares sont impactées par la LGV Rhin-Rhône ; les projets du grand Ouest entraîneront la création de dix pôles d’échanges en Bretagne… »

    Par ailleurs, le projet du Grand Paris engendrera de nouveaux projets pour les « gares du quotidien, de la proximité », et, à plus court terme, la tangentielle Nord touchera sept gares de Seine-Saint-Denis.

    En 2010, comme prévu, environ 350 millions d’euros tous financements confondus (fonds propres SNCF et contributions des collectivités) auront été investis dans les gares, sachant que pour les dix ans à venir la SNCF a évalué le besoin à au moins 4,5 milliards. « La dynamique est là et pour 2011, le rythme sera identique, entre 350 et 400 millions », estime Sophie Boissard.

    Dans chaque transformation, la gare devient désormais pôle d’échanges multimodal, un PEM, le nouvel acronyme à la mode, afin de faciliter les liaisons avec les transports publics, taxis ou modes doux, sans oublier le traitement de la voiture particulière avec la création de parcs-relais. Un autre dada est la mise en place de nouveaux services… à foison, mais en test afin de vérifier qu’ils tiennent la route. Entre autres réussites de l’année : « des guichets intermodaux à Toulouse et Dijon, bientôt Bordeaux puis Toulon ; un point d’accueil office du tourisme à Marseille ». Il y a aussi les voituriers à Montparnasse et gare de l’Est, un service gratuit qui sera généralisé aux grandes gares de façon annuelle ou saisonnière. Quant aux rickshaws entre Austerlitz et les gares de Lyon et de Bercy, ils seront déployés à l’été sur la côte d’Azur ou l’Atlantique.

    Les commerces éphémères liés à l’actualité culturelle ou touristique sont également prometteurs. De même que les relais-colis : à Paris-Est et Montparnasse, le seuil fixé de 40 retraits quotidiens est dépassé. Bientôt Marseille-Saint-Charles et la gare du Nord devraient accueillir les premiers laboratoires d’analyse médicale. De plus, « l’intérêt pour un grand centre de soins a été identifié à Paris, il  reste à trouver 100 000 m2 », indique Sophie Boissard. Par ailleurs, six centres d’affaires devraient ouvrir prochainement (Melun, Nancy, Le Havre, Le Mans, Angers, Bordeaux, Lille, Rennes, Brest et gare du Nord). Enfin, quelques magasins pilotes de vente rapide de restauration et d’articles du quotidien à petits prix, suivant un concept suisse et néerlandais, seront testés en 2011, avec la possibilité de coupler ce service à la gestion d’un espace d’attente confortable et chauffé. Le premier test se fera à Chalon-sur-Saône fin 2011.

    Des commerces qui ne sont pas forcément au goût de tout le monde. « Les projets sont bien ciblés quand ils s’adressent aux utilisateurs de la gare, comme les points multiservices, banques, cabinets paramédicaux, les Photomaton et photocopies, liste Jean Sivardière, président de la Fnaut. Mais attirer des gens qui ne prennent pas le train, c’est dangereux : la gare est d’abord un lieu ferroviaire, la gestion des flux de voyageurs doit rester la priorité. » Or ce n’est pas toujours le cas : salles d’attente dignes de ce nom, consignes, toilettes… « des tas de fonctions sont loin d’être satisfaites », déplore-t-il. Qu’il s’agisse de la Part-Dieu – « un foutoir indescriptible, des usagers du tram obligés de traverser la gare, des guichets impossibles à trouver », de Montparnasse, « où les seules choses visibles sont les commerces, les guichets planqués dans un coin sombre et l’unique salle d’attente minuscule…», ou de gare de Lyon, aucune ne trouve grâce aux yeux de la Fnaut. Pour cette dernière, prix citron ! « Que d’obstacles entre les sucettes publicitaires, les kiosques toujours vides, les bacs à palmiers transformés en cendrier ou poubelle. Et la petite salle d’attente au fond, sale, mal éclairée, malodorante. C’est paraît-il par manque d’espace, mais on en a trouvé pour Virgin dans la salle des Fresques…» Selon Jean Sivardière, les exemples à suivre viennent surtout de l’étranger : Cordoue (grande vitesse) ou Francfort : « On s’y repère et dirige immédiatement et sans entrave. » Pour Jean-Claude Favin-Lévêque, auteur de Concurrence ferroviaire : la France peut-elle gagner ?, la trentaine de grandes gares françaises doit muter vers le « ferroport », un concept de gestion qui recouvre tout le quartier gare. « Parce que l’approche réaménagement du bâtiment voyageurs et faire une ville dans la ville, c’est encore trop partiel. » A l’instar de ce qui se pratique dans l’aéroportuaire, avec Aéroport de Paris qui chapeaute les aérogares, cet ex-cheminot, mais qui a fait l’essentiel de sa carrière dans l’aérien, propose la création d’une entreprise « Gares de France » (SNCF, RFF et investisseurs) qui serait propriétaire des grandes gares. « Elle pourrait les gérer et exporter son savoir-faire… »
     

     

     

     

    MONTPELLIER IMAGINE LE NOUVEAU SAINT-ROCH


     


    Le vaste réaménagement des emprises ferroviaires encadrant la gare Saint-Roch à Montpellier est lancé. Déjà amorcé avec la construction en 2006 d’une section de la ligne 2 du tramway sur des terrains vendus à l’agglomération par la SNCF et RFF, il s’est poursuivi le 7 décembre par la signature d’une première vente d’emprises RFF à la municipalité et la publication d’une nouvelle mouture d’un projet global de zone d’aménagement concerté (ZAC) de dix hectares remontant à plusieurs années et piloté par la société publique SERM.

    Le premier îlot cédé, au sud des voies côté Sète, permettra de construire 3 000 m2 de bureaux, 4 500 m2 de résidence étudiante, 5 300 m2 de maison de retraite et 4 000 m2 de logements, d’ores et déjà commercialisés. Cette zone était autrefois occupée par une usine d’engrais.

    Mais le principal du projet se situe sur l’autre rive du faisceau de voies, toujours côté Sète, avec l’urbanisation prévue dite du « Nouveau Saint-Roch », sous la direction des architectes Paul Chemetov et Emmanuel Nebout et du paysagiste Michel Desvigne.

    La zone s’étire du bâtiment voyageurs jusqu’au boulevard Rabelais, sur les anciennes emprises de la « petite vitesse », puis Sernam, et d’un ancien faisceau de wagons devenu un temps chantier rail-route puis vaste parking automobiles. Elle inclut la direction régionale et la maison médicale de la SNCF, ainsi que le central sous-stations de l’axe languedocien, bâtiments qui ne sont pas concernés par la première phase du projet mais pourraient l’être à l’avenir.

    Dans un premier temps, seront construits un hôtel et des commerces dans le triangle gare-Pont de Sète pour 9 000 m2, avec parking de 1 400 places. Puis sont prévus, à proximité des voies en aval vers Sète, toujours côté nord, des bâtiments de 8 étages appelés les « Tourettes » donnant sur un parc de 13 000 m2 dans une zone comportant, à l’ouest, un important dénivelé et au nord la ligne 2 du tramway. Une salle de spectacles est annoncée à l’arrière de la direction régionale de la SNCF.

    Au total, 1 700 logements collectifs et 50 000 m2 dédiés aux activités tertiaires et commerciales sont prévus dans ce projet présenté le 2 décembre au salon de l’immobilier d’entreprise de Paris par Hélène Mandroux, maire (PS) de Montpellier.

    Notons que par rapport à la première mouture, les « Tourettes » ont été éloignées des voies par des bâtiments de bureaux.

    Les travaux des deux premiers bâtiments de l’îlot sud commenceront en même temps que la rénovation et l’extension du bâtiment voyageurs de la gare Saint-Roch, début 2011. Rappelons qu’il s’agira là d’ouvrir partiellement la dalle qui recouvre voies et quais, de la couvrir en partie d’un dôme axial ajouré doté de commerces et services, le reste étant orné d’éléments paysagers. Cette opération « pôle multimodal » – quatre lignes de tramway s’y croiseront début 2012 – est réalisée sous la direction de l’architecte de la SNCF Jean-Marie Duthilleul et sous la maîtrise d’ouvrage de Gares & Connexions de la SNCF.

    Enfin, RFF s’apprête à vendre, hors Nouveau Saint-Roch, les vastes emprises de l’ancien chantier intermodal Novatrans dans le quartier des Prés d’Arènes, au sud-ouest de la commune de Montpellier.

    Il ne demeurera donc plus des importantes emprises ferroviaires qui parsemaient jadis la capitale languedocienne que le faisceau de la gare voyageurs et le faisceau d’entretien et de remisage des Prés d’Arènes.
     

     

     

     

    LA GARE DE PARIS-LYON SE MET À L'HEURE DE 2020


     


    Sa dernière grosse restructuration date de 1981 et de l’arrivée du TGV Paris-Lyon. On avait alors créé de toutes pièces la salle Méditerranée. Mais la gare de Lyon, dont les premiers bâtiments datent de 1855 et de 1900, doit maintenant se préparer à absorber de nouveaux flux de voyageurs, notamment ceux du TGV Rhin-Rhône, dans un an. « Nous anticipons 30 % de trafic supplémentaire d’ici à 2020, explique Sophie Boissard, directrice de Gares & Connexions. Actuellement, 90 millions de voyageurs sont accueillis chaque année par les gares de Lyon et de Bercy, dont 35 millions sur la gare de surface de l’axe TGV Sud-Est. Dans dix ans, ils devraient être 45 à 50 millions. » Voilà pourquoi depuis un an la gare est en chantier, et ce jusqu’à la mi-2012, même si l’essentiel des installations devrait être prêt à Noël 2011 pour accueillir les quinze TGV quotidiens supplémentaires. Un chantier de 78 millions d’euros, financé sur fonds exclusivement SNCF, l’un des plus importants engagés avec celui de la gare Saint-Lazare et qui représente environ un tiers du budget annuel d’investissement dans les gares.

    Baptisé « Gare de Paris-Lyon 2012 », le projet vise à agrandir les espaces, puis à repenser entièrement les itinéraires des voyageurs et à fluidifier leurs déplacements. Autre but attendu : une meilleure connexion avec les autres modes de transports (métro, RER, bus, taxis) et une information-voyageurs plus moderne (avec des écran TFT actualisés en temps réel). Partie la plus spectaculaire : la multiplication par quatre des surfaces d’attente, qui passeront d’environ 1 000 m2 à 4 000 m2, avec l’adjonction de deux nouvelles halles, suite à la démolition d’un bâtiment de bureaux et à la couverture de la place Henri-Frenay. « En respectant la tradition des agrandissements de halles, les deux nouvelles constructions de 60 m par 30 et de 50 m par 15 m reprennent la volumétrie des halles de 1927 sur laquelle elles s’accolent, mais avec des matériaux contemporains », décrit Jean-Marie Duthilleul, l’architecte en chef de la SNCF et PDG d’Arep.

    A l’intérieur, une grande mezzanine, un espace d’attente confortable et une cinquantaine de nouveaux commerces, services et restaurants occuperont 2 850 m2. « Nous lancerons un appel à intérêt, afin de trouver des opérateurs commerciaux prêts à s’implanter sur le site et à créer ainsi une façade urbaine », précise Sophie Boissard. Au passage, la SNCF en profite pour un grand toilettage de la salle des fresques et de son débouché sur le parvis, dit « triangle d’or », « qui est aujourd’hui dans un état de délaissement qui ne fait pas honneur à la gare », avoue-t-elle. Parallèlement, les accès entre la salle Méditerranée, souterraine, et la plateforme « jaune » en permanence saturée d’une part et vers les transports en commun d’autre part seront complètement revus. Une large rampe inclinée, dotée d’un « travelator » où poser ses valises, permettra de rejoindre directement le nouvel espace sous verrière.

    Parmi les difficultés du chantier, la nécessité de faire fonctionner la gare quasi normalement. Depuis l’été dernier, les voyageurs sont déviés de la salle des fresques via des cheminements extérieurs, et du 12 décembre au 2 juillet 2011, il faudra déplacer une partie des trains Téoz vers la gare de Bercy, les 16 allers-retours quotidiens Paris – Clermont-Ferrand. Bercy devra donc absorber un trafic de l’ordre de 16 000 voyageurs par jour au lieu des 12 000 habituels, avec des pointes à 21 000 (contre 15 000) les vendredis. Et en 2012 les travaux ne seront pas totalement terminés, les études sont en cours pour enchaîner avec des « travaux d’humanisation de la dalle sur la rue de Bercy, le long de la gare ». De son côté, RFF poursuivra son énorme chantier de commande centralisée du réseau. Les appareils de voie datent en effet des années 30, ou 70 pour les plus « récents ». « De 2010 à 2015, tous les postes d’aiguillage seront changés pour un montant de 170 millions d’euros, c’est le plus gros chantier de signalisation de France, expose François-Régis Orizet, directeur Ile-de-France de RFF. Ils seront reliés au PCC de Vigneux en 2020. » Une modernisation qui permettra aussi d’allonger certaines voies et d’en créer trois nouvelles (les 25 à 27) pour éventuellement augmenter la capacité du RER D. Mais là, pour le coup, il n’y a pas d’échéance…
     

     

     

     

    LA GARE HAUSSMANNIENNE NICE-THIERS SE REFAIT UNE JEUNESSE (voir photo)


     


    C’est « une redéfinition complète du site » que souhaite la municipalité  de Nice pour sa gare historique Nice-Thiers. Et pour les voyageurs, la principale métamorphose résidera sans doute dans la création d’un vaste parvis, plus de 10 000 m2 réservés aux piétons et aux deux-roues. De même que dans la réalisation, côté est, d’un cheminement vers la station de tramway située sur l’avenue Jean Médecin – qui sera piétonnisée depuis la place Masséna – à environ 200 mètres de la future esplanade. « En novembre 2007 déjà, la ville demandait à ce qu’on améliore la liaison entre la gare et le tramway, rappelle Dominique Lécluse, directeur du projet Nice-Thiers à Gares & Connexions. Le projet de réaménagement a été inscrit dans la quinzaine de projets nationaux de Gares & Connexions et la liaison avec le tram a été intégrée à l’ensemble. »

    L’ensemble, c’est un projet d’aménagement de la gare, mais aussi de son quartier, chiffré à plus de 80 millions d’euros, dont 46 pour sa première phase. La convention d’études validée en juin 2009, a permis d’aboutir le 3 décembre dernier à un comité de pilotage – réunissant les collectivités locales, SNCF et RFF – qui a validé à l’unanimité ce projet de pôle d’échanges multimodal qui verra le jour progressivement entre 2013 et 2015. « Il sera complémentaire au pôle de Saint-Augustin (voir encadré, ndlr), et permettra à Nice et à la Côte d’Azur de disposer de deux pôles nécessaires au développement de ses activités économiques et humaines », rappelle-t-on à la mairie.

    Au bord du futur parvis, seront disposés les nouveaux arrêts de bus et de cars, la dépose-minute et les taxis, les places de parkings étant regroupées côté ouest (silo de 6 niveaux, parc de stationnement courte durée de 120 places créés dès l’an prochain). Ainsi les flux se croiseront le moins possible et les voitures ne passeront plus devant le bâtiment voyageurs. L’accès au parvis, pour ceux qui viendront en voiture, sera facilité par l’ouverture d’une travée dans l’aile ouest du bâtiment dont le hall sera totalement rénové. Une nouveauté : les kiosques. Afin de récupérer de l’espace à l’intérieur de la gare qui accueille 7 millions de voyageurs par an, et alors que 11 millions sont attendus d’ici à 2020, la SNCF reportera certains de ses services sur le parvis. Elle occupera au moins l’un des 4 kiosques, les autres seront réservés aux commerces (l’étude détaillée sera réalisée en 2011).

    Construite par l’architecte Louis Bouchot en 1867, la gare du PLM est déjà saturée en heure de pointe. Second centre névralgique après l’Ile-de-France, Nice voit passer 105 TER par jour, contre 60 il y a seulement cinq ans. Et 180 TER quotidiens sont prévus à l’horizon 2020, qu’il y ait ou non construction de la LGV Paca. « Les scénarios des études de flux voyageurs ont montré la nécessité de redimensionner les escaliers qui mènent au souterrain et de créer un nouvel accès aux quais à partir de l’aile est, poursuit Dominique Lécluse. En 2015, une passerelle ira du bâtiment voyageurs aux différents quais, qui auront par ailleurs été réhaussés et équipés d’ascenseurs pour l’accessibilité PMR. » Cet important projet a en effet pour but trois améliorations : le confort de la gare et de ses abords, l’intermodalité et l’accessibilité.

    De plus, la réalisation « ouvrira la perspective à l’angle des avenues Thiers et Jean Médecin où un bâtiment de deux étages coupe actuellement l’accès à la gare », poursuit le directeur de projet. Avec un trottoir de 10 mètres de large et sans obstacles, l’allée remontera jusqu’au parvis (il y a 5 m de dénivelé depuis le tram). En 2015, un bâtiment de liaison de 16 000 m2, évalué à environ 40 millions d’euros, ira jusqu’à l’avenue Jean Médecin. Une grande verrière de 20 mètres de haut, adossée au bâtiment voyageurs, abritera commerces et services (y compris SNCF), hôtel, bureaux et un parking de 150 places. La ville entend signer les conventions maîtrise d’ouvrage et financement début 2011. Ne restera plus alors qu’à prolonger la passerelle d’accès au nord afin de réaliser la liaison avec les quartiers nord. Une opération qui au final devrait grandement embellir le quartier de la gare.

  • Le Dualis lyonnais aux essais

    Le Dualis lyonnais aux essais

    Si le Dualis tourne aujourd’hui en rond, c’est bien pour que sa mise au point puisse avancer. Sur la grande boucle du centre d’essai de Wildenrath, en Allemagne, la rame T1 du projet « tram-train » de l’Ouest-lyonnais enchaîne tour après tour. Cette fois, il s’agit du premier Dualis bitension 1,5 kV/750 V d’une commande de 24 unités, les véhicules nantais, eux, étant bicourant 25 kV, 50 Hz/750 V. A Lyon, l’inauguration reste programmée pour septembre 2011…

    Comme à Nantes (puisque les deux matériels partagent environ 80 % de composants en commun), la rame mesure 42 m de long et… 2,65 m de large. Son constructeur, Alstom, avait bien proposé une version à 2,40 m, qui est le gabarit de l’actuel tramway lyonnais, mais l’autorité organisatrice a fait le choix d’acquérir un parc spécifique. Autrement dit, voici encore un tram-train qui ne roulera pas de sitôt sur un réseau urbain, sauf à envisager, un jour, une adaptation des infrastructures. Opération certes toujours envisageable après-coup, mais à l’évidence jamais gratuite ! On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi, en France, l’avantage majeur d’un tel matériel, à savoir la suppression des ruptures de charge, a semble-t-il été si souvent laissé pour compte jusqu’à aujourd’hui. Heureusement que Mulhouse vient justement de nous donner, ces jours-ci, l’exemple d’une première réalisation enfin aboutie… Car si le voyageur monté dans sa lointaine gare de banlieue à bord du tram-train peut éviter d’en descendre après être arrivé au terminus ferroviaire, et continuer tout au contraire dans le même véhicule jusque dans les rues du centre-ville, là où précisément il veut se rendre, ce n’est certainement pas lui qui devrait s’en plaindre ! Toutes les enquêtes menées à ce jour ont démontré que la correspondance obligée entre deux modes successifs était, aux yeux de l’usager non captif, l’un des repoussoirs majeurs à l’emprunt des transports collectifs…

    Cela dit, même avec une circulation limitée aux seules infrastructures ferroviaires « lourdes », un tram-train comme le Dualis de l’Ouest-lyonnais n’est pas sans présenter encore de très nombreux avantages. Le premier réside dans ses performances de type « tramway urbain » en accélération comme en freinage. Grâce à elles, il est désormais possible de multiplier les points d’arrêt le long de la ligne de chemin de fer sans allonger pour autant les temps de parcours. Ou de traiter en traversée de carrefour routier, protégée par de simples feux tricolores, un ancien passage à niveau (PN), ce qui ouvre la voie à la réouverture d’infrastructures autrefois fermées sans pour autant provoquer une réapparition non souhaitable de PN classiques. Au plan de la sécurité vis-à-vis d’une collision avec un obstacle sur une traversée routière, on peut d’ailleurs considérer que les performances en freinage d’urgence du tram-train (avec mise en action des patins électromagnétiques), qui lui confèrent des distances d’arrêt extrêmement courtes, le rendent déjà « globalement au moins équivalent » (le fameux principe dit « Gamé ») à un matériel ferroviaire lourd satisfaisant aux plus hautes exigences en matière de sécurité passive. De plus, l’aptitude du Dualis à pouvoir négocier des rayons de courbure de 25 m permet aussi de créer des « shunts » sur l’infrastructure existante afin de desservir de nouvelles zones d’habitation en s’inscrivant au plus fin dans le tissu urbain, évitant toute expropriation. Tel est le cas à Tassin, sur l’Ouest-lyonnais, où la technologie tram-train a permis une insertion particulièrement réussie. Enfin, sur le plan de la capacité comme de l’économie et de l’environnement, mieux vaut un seul élément Dualis électrique qu’une unité multiple (UM) de plusieurs autorails X 73500 diesels qui, par ailleurs, « promènent » à longueur de temps des cabines de conduite inutilisées ! La rame TTNG (Tram-Train de Nouvelle Génération) définie pour l’Ouest-lyonnais, bénéficiant de l’espace supplémentaire procuré par l’absence de toilettes présentes à Nantes, n’offre pas moins de 105 places assises et 151 places debout. Et s’il le faut, grâce à des attelages rétractables à sortie automatique, cette rame est même conçue pour pouvoir circuler en UM de trois, multipliant ainsi par trois les chiffres précédents…

    Sans exagération aucune, le Dualis, premier tram-train du monde à plancher bas intégral, apparaît d’emblée comme un concentré réussi de nouvelles technologies. Parvenir à rentrer dans l’enveloppe d’un tramway les fonctionnalités de ce mode de transport urbain en même temps que celles d’un train régional relevait de l’exploit. Le volume de l’appareillage électrique embarqué, par exemple, demeure tout à fait comparable à celui du futur matériel Interconnexion MI 09 de la RATP ! Si l’équation technique a donc été magistralement résolue, reste toutefois à progresser désormais sur son pendant institutionnel. Comment mettre d’accord des élus et décideurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble, voire une municipalité et un conseil régional qui n’appartiennent pas à la même famille politique, tel est l’enjeu véritable qui conditionne aujourd’hui le développement ultérieur, en France, du « vrai » tram-train…

    Retour à Wildenrath pour observer, cette fois, l’ergonomie de conduite du Dualis. Elle s’écarte quelque peu de celle du Citadis en proposant un manipulateur de traction-freinage « à main droite » (et non « à main gauche » comme sur la quasi-totalité des tramways du marché), qui n’est pas sans rappeler la disposition du manipulateur unique sur le pupitre des autorails X 73500. La veille automatique (isolée, comme d’habitude, lors des essais) n’est pas celle utilisée sur les tramways urbains, mais au contraire reconduit dans sa définition même ce qui existe sur les matériels de la SNCF. Surtout, la conduite du Dualis est extraordinairement souple, avec des mises en vitesse très rapides, et la possibilité de s’arrêter en douceur sur des distances étonnement courtes. En tout cas, aucun autre matériel automoteur électrique (et a fortiori diesel) ne saurait rivaliser avec lui sur ce terrain-là…
     

     

    LE PREMIER TRAM-TRAIN « 100 % PLANCHER BAS »

     

    Les essais du Dualis en région Rhône-Alpes doivent commencer en janvier 2011, dès livraison sur place de la première rame. Les mises en service au départ de Lyon-Saint-Paul s’effectueront ensuite selon trois phases successives, qui correspondent aux trois branches de l’étoile ferroviaire concernée. La première, dès septembre 2011, intéressera la branche de Sain-Bel et le dépôt de l’Arbresle. Puis, fin 2012, ce sera au tour de celle de Brignais et enfin, à l’horizon 2015, la troisième branche à destination de Lozanne devrait être ouverte. L’arrivée du Dualis en région Rhône-Alpes ne passera pas inaperçue. Outre sa qualité de premier tram-train du monde « 100 % plancher bas », avec de surcroît une hauteur de plancher égale à 370 mm seulement, le nouveau matériel se distingue par son traitement de l’accessibilité (il est ainsi le premier à satisfaire pleinement aux normes STI PMR), sa modularité tant en capacité qu’en alimentation en énergie, ses performances de type « tram » en accélération et freinage, et sa résistance au crash conforme aux spécifications ferroviaires. Comme pour le matériel nantais, les nouvelles rames sont assemblées sur le site Alstom de Valenciennes, les autres usines françaises du constructeur étant, comme à l’accoutumée, mises à contribution en fonction de leur spécialisation : Tarbes fournit l’électronique de puissance, Villeurbanne l’« intelligence du train » (essentiellement, la partie informatique), Le Creusot les bogies, Ornans les moteurs de traction triphasés synchrones à aimants permanents, Reichshoffen les cabines de conduite, et Saint-Ouen les équipements embarqués de signalisation. D’une architecture articulée entièrement modulaire, le Dualis est disponible en deux longueurs : 42 m (quatre caisses) et 52 m (cinq caisses). La version à quatre caisses existe en deux largeurs, 2,40 ou 2,65 m, tandis que celle à cinq caisses se voit systématiquement offerte au gabarit de 2,40 m. De fait, la caisse ajoutée pour passer de 42 à 52 m étant une remorque, la puissance massique d’une rame au gabarit de 2,65 m aurait été un peu limite… Dans le cadre de son projet, Strasbourg devrait justement acquérir entre 14 et 17 rames Dualis de ce type (à six portes par face), qui seront compatibles avec le gabarit du réseau urbain, et pourraient donc permettre, une fois l’aménagement de l’arrière gare achevé, la mise en place d’une véritable exploitation de tram-train. Autrement, le modèle de 42 m de long et 2,65 m de large semble demeurer aujourd’hui le plus prisé, que ce soit en version à quatre portes pour Lyon, ou à cinq portes pour les futures tangentielles d’Ile-de-France. Sur le Dualis, la longueur de la rame constitue, au demeurant, un choix initial particulièrement important car, à la différence du Citadis, l’adjonction ultérieure, en cour de vie, d’une caisse supplémentaire serait tout sauf facile. Parvenir à intégrer dans l’enveloppe d’un tramway le « fonctionnel » habituel d’un tel matériel et, en même temps, celui d’un train régional relève, en effet, de l’exploit technologique. D’autant que les concepteurs, dans un souci d’optimisation de la disponibilité, ont opté pour l’indépendance des essieux moteurs, ce qui se traduit, bien évidemment, par un câblage très important…

    Atout majeur, le Dualis repose sur le nouveau et « vrai » bogie pivotant Ixège, qui autorise une vitesse de 100 km/h dans les meilleures conditions de confort et de sécurité. Dans sa version motorisée, ce bogie est mû par deux moteurs triphasés synchrones à aimants permanents de 150 kW (analogues dans leur principe à ceux essayés sur la rame TGV POS du dernier record du monde mais, bien sûr, cinq à six fois moins puissants), et dont la compacité exceptionnelle permet un montage aisé sur le châssis de bogie sans requérir la moindre marche à l’intérieur de la caisse…

  • A Bergen, les voitures paient pour le tram

    A Bergen, les voitures paient pour le tram

    Cap au nord pour découvrir le tramway d’Europe le plus récent (après Toulouse). Il circule dans les rues de Bergen depuis le 22 juin. Long de 9,8 km dont plus du quart en tunnels, il fait pour l’instant la navette entre l’hypercentre de la deuxième ville de Norvège, ses gares ferroviaire et routière, et la banlieue sud. C’est un tram sans fioritures, simple mais efficace, très design sans pour autant avoir exigé des aménagements excessifs, et dont les rames construites par Stadler à Berlin offrent tout de même le Wifi à bord… Financé aux deux tiers par les automobilistes via le péage urbain, il est exploité par un groupement associant Keolis et un exploitant de bateaux des environs.

    Bien que deuxième ville du pays, Bergen ne compte que 255 000 habitants (et environ 380 000 si l’on prend en compte une région métropolitaine très élargie). Mais si le centre historique se parcourt facilement à pied, l’agglomération est relativement étendue, et assez éclatée du fait de la présence de nombreux bouts de fjords, bras de mer et collines (parfois assez élevées). Les ingénieurs des ponts et chaussées norvégiens s’en sont donnés à cœur joie, multipliant les ponts et surtout les tunnels routiers un peu partout en ville. Jusqu’à une date récente, la voiture était en effet considérée comme l’instrument de choix pour se déplacer, aidée peut-être par quelques bus. Et le péage urbain, mis en place dès 1986, a d’abord servi à financer de nouvelles infrastructures routières.

    Les esprits ont évolué peu à peu, quand les habitants ont commencé à prendre conscience que leurs rues étaient littéralement envahies par les voitures, que leurs places étaient transformées en parkings et que leur air était souvent bien pollué, raconte Paul Nilsen, le directeur général de l’administration du comté du Hordaland (l’équivalent du département, responsable des transports dans la région), « Bergen est une vieille ville dont le centre est contraint, constate-t-il. Il n’y a pas beaucoup de place libre. La ville était en train d’être étouffée par la circulation automobile, malgré les tunnels ! » La qualité de l’air en a également pâti, les jours de smog se multipliant l’hiver dans cette agglomération coincée entre mer et montagne.

    « Un système ferroviaire rend la ville plus douce », lance M. Nilsen, un rien lyrique, en bon français. De fait, pendant que l’on construisait tunnels routiers et échangeurs plus ou moins souterrains en ville, les autorités locales ont assez tôt réfléchi à la réintroduction d’un tramway à Bergen. Les trams de première génération avaient disparu en 1965, remplacés par des trolleybus dont il subsiste encore, cahin-caha, une ligne menant à l’hôpital régional. Dès les années 1970, on a étudié un réseau inspiré des exemples de Stadtbahn allemands, avec un tram moderne souterrain dans le centre. Le dossier, moins ambitieux, est ressorti en 1995. Après quelques tergiversations, le conseil municipal a donné son feu vert à la construction d’une première ligne en 2000, lançant un processus d’approbation du financement qui a duré cinq ans (y compris un passage devant le Parlement du Royaume). La concrétisation du projet, ensuite, a duré cinq ans de plus. Non sans de fortes oppositions, venues notamment d’automobilistes qui ont protesté contre l’utilisation d’une partie des revenus du péage urbain pour le financer. Sans parler d’habitants de l’agglomération qui, sans être forcément contre le tram, regrettaient que leurs allées et venues en voiture puissent payer pour un équipement construit dans d’autres quartiers que le leur !

    La première ligne, inaugurée le 22 juin par la reine Sonja, fait 9,8 km de long et compte 15 stations. Depuis le jardin central du musée des Beaux-Arts (Byparken), à un pâté de maison de la grand-place de la ville, elle conduit d’abord à la gare ferroviaire un arrêt plus loin, puis à l’importante gare routière au suivant, avant de se diriger vers la périphérie sud. Elle finit sa course dans le quartier de Nesttun, après un parcours d’environ 25 minutes réalisé à une vitesse commerciale de 28 km/h. Le terme choisi est symptomatique de la volonté de rompre avec le passé : Bybane, traduction littérale en norvégien de l’allemand Stadtbahn, et non pas Sporvogn ou Trikk, appellations locales du bon vieux tram classique comme il y en a à Oslo. Pour le matériel roulant, Bergen a acheté douze rames à plancher bas de type Variotram au constructeur suisse Stadler, fabriquées à Berlin. Elles sont longues de 32,18 m et larges de 2,65 m.

    Presque partout en site propre, la ligne a coûté 2,2 milliards de couronnes norvégiennes (270 millions d’euros au cours actuel), ce qui donne un prix au kilomètre somme toute acceptable dans un pays aussi cher que la Norvège, d’autant qu’il a fallu percer 2,6 km de tunnels. L’Etat a apporté environ 35 % de la somme, les automobilistes finançant le reste, explique Paul Nilsen. Il en coûte en effet 15 couronnes (1,85 euro) pour entrer dans le centre de Bergen en voiture, ou même pour traverser la ville.

    La ligne suivante est déjà en construction : longue de 3,5 km entre Nesttun et le centre commercial Laguna dans le quartier de Rådal, elle devrait entrer en service en 2013. Les automobilistes continueront de payer, puisqu’ils devraient encore apporter les deux tiers du 1,4 milliard de couronnes (170 millions d’euros) nécessaire pour ce prolongement plus cher en raison de l’importance des travaux nécessaires, le comté apportant le tiers restant. Il restera ensuite près de 8 km à construire pour amener le tram jusqu’à l’aéroport, ce qui devrait coûter 2 milliards de couronnes (245 millions d’euros) au maximum. « J’espère que l’on pourra trouver un financement acceptable et lancer les travaux dans la foulée, ce qui permettrait d’achever la ligne vers 2016 », indique M. Nilsen. Cette ligne qui fera environ 21 km de long du centre-ville à l’aéroport ne devrait pas trop concurrencer l’actuelle navette routière qui y mène, celle-ci devant rester nettement plus rapide, juge le responsable. Mais elle permettra de structurer tout le secteur, desservant au passage d’importantes zones d’activités.

    Pour la suite, le comté a ébauché tout un réseau. Le principe d’une nouvelle ligne conduisant vers le nord dans le prolongement de la première semble acquis, selon Paul Nilsen. Elle conduirait à Åsane, une importante banlieue désormais rattachée à la commune de Bergen. Longue de 10 km environ, cette liaison est pour l’instant estimée à 2,5 milliards de couronnes (310 millions d’euros), un devis sans doute un peu osé puisqu’on ne sait pas très bien où elle passera et qu’il faudra sans doute creuser pas mal de tunnels, y compris sous le centre historique ! Ensuite, un troisième axe long de près de 8 km relierait d’ici 2040 le centre-ville au quartier de Fyllingsdalen, au sud-ouest. Le tout devrait être complété par des bus rapides. Mais l’unique ligne de trolleybus pourrait être sacrifiée dans l’aventure, pointe M. Nilsen. Car Bergen ne pourrait se permettre de juxtaposer trop de modes différents.
    En attendant, les autorités locales et l’exploitant se réjouissent car le tramway plaît, et il commence à trouver son public. Il transportait déjà quelque 22 500 personnes par jour en octobre, alors qu’il ne fonctionnait qu’à 60 % de sa capacité, avec un passage toutes les dix minutes. Des accidents ont en effet endommagé trois rames au printemps, ce qui n’a permis qu’une montée en charge progressive. Depuis le 1er novembre, dix rames (sur les douze du parc) sont en service comme prévu aux heures de pointe – avec un passage toutes les cinq à six minutes –, et des bus ont pu être rabattus. Les précédentes prévisions de fréquentation devraient en conséquence être revues à la hausse. On attend maintenant plus de 40 000 voyageurs par jour à l’ouverture de la deuxième phase, en 2013.

    Côté exploitation, le tramway de Bergen est un parfait exemple de l’usage intensif des délégations de service public par les autorités organisatrices norvégiennes. Car l’entreprise publique qui gère les bus de l’agglomération, Tide, n’a pas été retenue pour ajouter le tram à son réseau. C’est en effet le groupement Fjord1 Partner qui a été choisi, au terme d’un appel d’offres auquel ont également participé les chemins de fer norvégiens NSB et Veolia. Le vainqueur est un groupement associant Keolis (51 %) à Fjord1 (49 %), le partenaire de la filiale de la SNCF étant une entreprise des comtés voisins de Sogn og Fjordane et Møre og Romsdal exploitant un important réseau de bacs sur les fjords, bateaux, cars et bus.

    « Keolis allait sur un marché nouveau et voulait pour ce faire trouver un partenaire local », rappelle Svein Kleppe, le directeur d’exploitation du tram. Et si Fjord1 n’avait aucune expérience ferroviaire, l’entreprise est devenue, d’appels d’offres gagnés en acquisitions, un acteur de poids dans le paysage norvégien des transports publics, au-delà de ses deux comtés d’origine. « Aujourd’hui, il n’y a plus que des Norvégiens dans l’équipe », qui compte une soixantaine de personnes, souligne M. Kleppe. Les soutiens venus de Keolis Nordic – la branche scandinave, basée à Stockholm – ou du siège du groupe français à Paris sont rentrés chez eux mais sont susceptibles d’intervenir au cas où, raconte-t-il. Tout le personnel de Fjord1 Partner a fait ses classes au Mans.

     

     

     

    Keolis, un poids lourd en Scandinavie

    Dans les comptes de Keolis, le contrat du tramway de Bergen passe inaperçu. Il représente environ 3 millions d’euros par an, un chiffre à rapporter aux quelque 4 milliards de chiffre d’affaires du groupe (dont 1,8 milliard à l’international). Mais il est éminemment symbolique et permet à la filiale de la SNCF de mettre un pied dans son troisième pays scandinave. Keolis est déjà bien connu dans cette partie de l’Europe, qui lui apporte actuellement près de 10 % de ses revenus.

    Au Danemark, le groupe a peu à peu pris le contrôle total de City-Trafik, une fédération de petits opérateurs locaux qui s’étaient unis pour se positionner ensemble dans la perspective de l’ouverture à la concurrence des transports urbains de Copenhague. Avec un chiffre d’affaires de près de 70 millions d’euros, « c’est aujourd’hui une des plus belles sociétés de bus du Danemark, certes loin derrière Arriva », se réjouit Patrick Jeantet, directeur international de Keolis.

    En Suède, Keolis a exploité le Pendeltåg, le RER de Stockholm, de 2000 à 2006. « C’est un contrat qu’on n’a pas regagné et sur lequel on a perdu beaucoup d’argent », note pudiquement M. Jeantet. Le groupe n’en a pas pour autant quitté la capitale suédoise, puisqu’il y gère environ 55 % des bus via sa filiale Busslink, dont il possède la totalité du capital depuis l’été dernier. Depuis Stockholm, cette entreprise issue de la privatisation de la société publique locale a étendu ses activités dans d’autres villes, dont Göteborg, la deuxième ville du Royaume. Elle pèse aujourd’hui un peu moins de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et doit être prochainement rebaptisée Keolis Sverige, annonce Patrick Jeantet.

    Quant au cas de Bergen, « on a créé un partenariat avec Fjord1 et l’idée derrière ça, c’est de se développer sur les bus en Norvège », indique le patron des opérations internationales de Keolis. Même si ce n’est pas toujours simple, reconnaît-il : « On a déjà répondu à deux appels d’offres pour des bus à Bergen et on a perdu. On est en train de répondre à un troisième… »

  • Rabat-Salé, un tramway pour aménager la ville

    Rabat-Salé, un tramway pour aménager la ville

    Les 7, 8 et 9 octobre, les habitants de Rabat et de Salé, ainsi que des élèves d’établissements scolaires, ont découvert deux rames de leur futur tramway exposées place Al Joulane, à Rabat. La mise en œuvre de ce moyen de locomotion moderne et rapide représente une grande première au Maroc. Il réunira bientôt ces deux villes distantes de quelques kilomètres seulement, mais séparées de la vallée du Bouregreg. Une mise en exploitation commerciale partielle est prévue dès fin décembre côté Rabat. Des essais dynamiques sont en cours sur un tronçon de ligne à Salé, où l’ouverture interviendra début 2011. Mais pour relier les deux villes par le tram, et aussi permettre aux rames circulant à Rabat d’atteindre l’atelier-dépôt situé à Salé, il faudra cependant que le nouveau pont Moulay El Hassan encore en construction soit achevé et reçoive les voies ferrées. Ce qui laisse présager une mise en service complète au cours du premier semestre 2011.
     
    Le tramway fait partie d’un très important projet d’aménagement et de mise en valeur de la vallée du Bouregreg sur une zone d’environ 6 000 ha. Cette vaste opération, lancée en 2005, comprend des programmes immobiliers et commerciaux, un port de plaisance, un centre technologique, une cité des arts et métiers. Les aménagements d’infrastructures concernent le creusement en cours du tunnel routier urbain des Oudayas, passant sous la citadelle historique, et donc la création d’un pont enjambant le fleuve pour le tramway, les véhicules individuels et les circulations douces. Le montage de l’opération tramway a nécessité la constitution d’une entité dédiée, la Société du tramway Rabat-Salé (STRS), maître d’ouvrage, ayant pour missions sa réalisation, sa conception, son financement et son exploitation. « Créer le tramway, c’est avant tout une réponse à une problématique de transport. Il y a eu une dégradation de l’offre au niveau de l’agglomération », explique Loubna Boutaleb, directrice du projet tramway au sein de l’Agence pour l’Aménagement de la vallée du Bouregreg (AAVB). Plusieurs éléments se sont combinés. Une régie des bus qui a fait faillite et une politique de privatisation à plusieurs opérateurs qui s’est avéré être un échec. La concurrence anarchique entre ces derniers a déclenché l’arrivée de moyens de transport subsidiaires, les grands taxis, qui ont alors grignoté une part des transports en commun. A cela s’est ajouté un fort développement du transport scolaire puisque, par nécessité, beaucoup d’écoles privées ont fourni leurs propres moyens. Enfin, se greffe là-dessus une flotte non négligeable de transports administratifs, 500 environ. Soit l’équivalent estimé du nombre de bus de transport en commun avant la reprise en 2009 de la gestion par Stareo, détenue à 51,04 % par Veolia et les groupes marocains Bouzid (28,06 %) et Hakam (20,90 %). A terme, le parc en cours de renouvellement de ces derniers devrait atteindre les 400 unités. « Tout cela s’est traduit par un constat : les transports en commun n’étaient pas organisés et, malgré, leur nombre, ils ne répondaient pas à la demande », poursuit Loubna Boutaleb.

    Une autre problématique est liée au développement démographique et économique de l’agglomération, où 60 % des déplacements s’effectuent à pied, les transports en commun représentant 12 %, la voiture particulière 12 à 14 %, le reste étant des moyens réguliers ou irréguliers. A l’origine ville administrative, Rabat (600 000 habitants) développe désormais une importante activité économique, liée à la création de plusieurs centres d’activité, d’une zone franche, du Technopolis, de l’un des principaux pôles universitaires du Maroc et aussi d’un pôle hospitalier.

    Sur l’autre rive, Salé (800 000 habitants) est devenue en quelque sorte une « ville-dortoir ». D’où de très importants flux quotidiens de personnes venant travailler à Rabat qui provoquent d’interminables bouchons routiers matin et soir. Elles franchissent le fleuve par trois ponts, l’ouvrage Moulay El Hassan qui relient les centres-villes totalisant à lui seul environ 70 % des déplacements.

    Dans ce contexte difficile, les autorités devaient impérativement passer à un autre système de transport, plus adapté en termes de capacité, de fréquences, de fonctionnement et de rapidité. « C’est là que l’opportunité de mettre un tram est devenue critique. » La décision de le réaliser est prise en 2002 dans le cadre du projet d’aménagement de la vallée. L’étude de faisabilité a lieu en 2003. Deux ans plus tard, le tram s’inscrit dans le programme général, et les études débutent. Les travaux sont lancés « officiellement » le 23 décembre 2007 par le roi Mohammed VI.

    Le réseau comporte deux lignes émaillées de 31 stations espacées les unes des autres d’environ 500 m et pouvant accueillir des rames de 64,75 m. La ligne 1 (9,25 km), structurante de l’agglomération, s’étend de Hay Karima à Salé au quartier de l’Agdal à Rabat, en reliant les pôles émetteurs-attracteurs majeurs comme les ministères, les gares ONCF, les facultés, la bibliothèque, le domaine universitaire et hospitalier de Souissi. La ligne 2 (5,5 km) dessert les quartiers denses de Rabat et de Salé. Un tronc commun de 2,75 km assurera la liaison pour la traversée du Bouregreg sur le nouveau pont. Pour sa part, Veolia va réorganiser ses lignes de bus autour du tram avec des pôles d’échanges, l’objectif consistant à ne pas leur faire traverser le fleuve mais à rabattre les voyageurs en périphérie. Les prévisions de fréquentation du tramway, qui circulera de 6h à 23h avec une fréquence de 8 mn (4 mn sur le tronc commun), annoncent 170 000 voyageurs/jour, soit environ 56 millions par an.
     

     

    Transdev, le premier exploitant

    Transdev Rabat-Salé SA a été créée le 15 juin 2010. « Nous sommes partis de zéro », explique Serge Rigoulay, directeur exploitation de cette société qui compte aujourd’hui trois expatriés français. L’homme est un spécialiste de longue date des tramways. Il a travaillé sur la première ligne de Grenoble en 1985, a été maître d’œuvre de la première ligne de Strasbourg, exploitant de la deuxième, responsable d’unité d’exploitation, collaboré à Montpellier, apporté son expertise sur les troisième et quatrième lignes de Grenoble, a participé à Orléans et à Toulouse, contribué aux lignes de Porto pour la maintenance et l’organisation… « Mais ici, au Maroc, c’est une première en tant que partie prenante dans un projet complet. Les maîtres d’œuvre viennent de construire la plateforme et l’ensemble du système. Nous, Transdev, nous arrivons pour monter un système complet au niveau exploitation, préparer la mise en service du tramway et surtout l’après-mise en service, pour faire en sorte que tout fonctionne correctement. Ceci avec des Marocains et uniquement des Marocains, de façon à ce que dans sept ans, en 2017, nous leur donnions les “clés”. Ce sont eux qui géreront alors l’entreprise. »

    Missions actuelles de Transdev : assurer les recrutements et formations. Le directeur administratif et des ressources humaines, le responsable du marketing et du commercial viennent d’arriver. Début novembre, c’était au tour des responsables des installations fixes, de la maintenance du matériel roulant et de techniciens qui vont partir en stage en France et en Italie pour découvrir les secrets du matériel roulant. Un agent de maîtrise marocain (deux autres devaient arriver d’ici fin octobre) forme déjà depuis quelques semaines les conducteurs – qui seront environ 70 – sur les rames. Le gros des troupes de la nouvelle société concernera les quelque 180 contrôleurs à embaucher. « Les autorités nous ont demandé de beaucoup travailler sur le fait que le passager doit payer. Dans chaque unité simple, il y aura systématiquement un contrôleur et des brigades de 8 à 10 personnes sillonneront la ville pour mener des contrôles inopinés. »

    Autre mission de taille pour Transdev, préparer la réglementation et écrire les procédures d’exploitation, notamment le règlement de sécurité démontrant à l’autorité comment le système transport dans son intégralité va être maintenu en état. Celle dite « R430 » sur la maintenance, le plan d’intervention de sécurité (PIS) pour des événements particuliers. Quels moyens l’exploitant va mettre en œuvre pour, d’une part, prévenir les autorités en cas d’accident et, d’autre part, déclencher les moyens nécessaires pour y pallier. Un troisième document est le règlement public d’exploitation, véritable mode d’emploi du tram pour les voyageurs. Enfin, il y a celle sur la circulation des rames à l’intention du conducteur : comment doit-il agir dans tel ou tel cas. « Le mode dégradé du matériel roulant est identique à Marseille avec un Citadis, donc la procédure est la même partout. Nous avons suivi le modèle du système tram que Transdev applique aujourd’hui dans les villes françaises qu’il exploite comme à Nantes, Strasbourg, Montpellier ou Orléans par exemple. Nous avons compilé et “rabatisé”, c’est-à-dire adapté au cru en fonction de leur système, car ici ce n’est pas la police nationale, mais la sûreté nationale. Ce ne sont pas les pompiers, mais la sécurité publique. Les procédures d’accidents sont différentes des nôtres. »
     

     

    Colas Rail, le poseur de voies didactique

    « Un projet de tramway comme à Rabat, c’est un mariage des compétences de la route avec celles de la voie ferrée pour donner une voie ferrée urbaine », résume Philippe Zuliani, directeur de projets chez Colas Rail. Après les terrassements de la plateforme démarrés en avril 2008 par sa filiale GTR (Grands Travaux routiers), chargée aussi du revêtement final, la société française a installé les voies. Ce marché d’environ 37 millions d’euros a consisté pour les 130 collaborateurs à poser quelque 55 000 traverses béton bibloc fournies par Sateba, dont l’épaisseur réduite à 120 mm a permis un gain sur la hauteur des terrassements, et 4 500 t de rails fabriqués chez Corus. A cela s’ajoutent 36 appareils de voie et le peigne à 10 itinéraires conçu chez Kihn au Luxembourg, qui donnera aux rames l’accès aux voies de remisage du centre de maintenance situé à Salé, à l’extrémité nord de la ligne 1. « Pour former les compagnons marocains, nous avions monté une petite école avec une quarantaine de mètres de voies. Ils s’y sont mis très vite et il n’y a pas eu de problèmes particuliers dans la pose proprement dite, la seule contrainte était le respect des jalons et des délais. »

    Outre certains secteurs où le principe de dalle flottante a été retenu pour éviter la transmission de vibrations aux bâtiments proches lors du passage des rames, Colas Rail a proposé au client une variante au niveau de carrefours très circulés. Grâce à la mise en œuvre de modules préfabriqués, longs de 18 m et comportant les rails déjà intégrés dans une dalle béton, quatre d’entre eux ont ainsi été réalisés en un temps record. Un week-end seulement au lieu d’une semaine d’interruption de la circulation avec une méthode classique… Mi-octobre, les activités autour du dépôt – centre de maintenance prévu opérationnel à 100 % au premier trimestre 2011 – et du futur poste de commande et de contrôle (PCC) étaient encore en pleine effervescence.

    Ici, le planning initial est un peu débordé, en partie à cause d’une prise de possession tardive des 5 ha de terrain ayant nécessité au préalable le déplacement d’habitants pauvres et d’une zone de commerces. « Le projet a démarré en octobre 2009 avec un délai de 17 mois de réalisation, ce qui est très court pour un centre de maintenance, puisqu’en France on a l’habitude d’avoir 20 à 22 mois. Aujourd’hui, la partie systèmes avance bien, le local technique du PCC est livré à Vossloh pour la signalisation, la sous-station à Cegelec pour l’alimentation du centre », indique Xavier Froidure, expert infrastructure réseaux chez Systra.

    La société d’ingénierie, qui assure l’assistance à maîtrise d’ouvrage du tramway, a dépêché depuis plusieurs années quatre experts sur place. Un à la tête de cette mission qui aide l’Agence de l’aménagement de la vallée du Bouregreg, un pour la voie ferrée, un pour la partie systèmes. Au démarrage, l’un était chargé du suivi de la déviation des réseaux d’électricité, d’eau potable et d’eaux usées. Une tâche complexe pour laquelle peu d’archives fiables existaient. « Environ 30 % du linéaire seulement. Le reste a été découvert au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Il y a eu beaucoup d’aléas, mais nous avons réussi à combler le retard sur cette phase en tronçonnant les secteurs et en livrant des parties un peu plus petites aux entreprises de génie civil et de voies pour réaliser la plateforme. »

    Si le linéaire ferroviaire est aujourd’hui achevé sur la majorité du tracé, il manque cependant encore un maillon essentiel : la partie sur le pont toujours en construction. Celui-ci ne devrait être livré à l’entreprise ferroviaire qu’à partir de janvier. Un avenant au contrat de prolongation et d’accélération de délais est en cours. « Nous avons un gros avantage. Les effectifs de la filiale que nous venons de créer au Maroc vont partir sur d’autres chantiers, mais nous les remobiliserons le moment venu », conclut Philippe Zuliani.
     

     

    Des marchés prometteurs pour Colas Rail au Maroc

    Colas Rail veut se faire une place au soleil et suit pour cela de près les marchés ferroviaires prometteurs du Maroc. « Le tramway Rabat-Salé est notre premier projet. Une quinzaine d’expatriés français sont venus pour mener à bien ce chantier. Aujourd’hui, ils ne sont plus que six ou sept et c’est une vraie fierté de transmettre notre savoir-faire technologique aux Marocains », reconnaît Patrick Guénolé, le PDG de la société qui voit aussi d’alléchantes perspectives à Casablanca où elle vient tout juste de soumissionner sur le tram en construction. L’implantation depuis plus de 50 ans de Colas dans ce pays, par ses activités routières au travers de ses diverses filiales (GTR, LRM, GTRS), représente un atout indéniable. « Dans notre stratégie de développement, nous essayons de nous appuyer sur les pays où Colas est déjà présent car nous bénéficions ainsi de leur expérience. Les pays assez proches sur le plan géographique, de notre culture et où il y a un potentiel. Le Maroc remplit toutes ces conditions et nous avons envie de participer à son développement. » Cette stratégie semble d’ores et déjà porter ses fruits. La société a emporté toutes les opérations auxquelles elle a soumissionné en 2010 : la création de l’embranchement de 7 km sur la zone industrielle de Tanger où va s’installer Renault, une voie portuaire à Nador, un renouvellement de voies entre Settat et Marrakech, le marché national avec Railtech des soudures de rails sur les voies du réseau ONCF… « C’est le “fonds de commerce”, des opérations de 1 à 5 millions d’euros, poursuit Patrick Guénolé. Nous essayons aujourd’hui d’apporter la stratégie Colas : le service à la collectivité. Notre axe prioritaire concerne surtout les activités récurrentes de maintenance. Nous nous positionnons en ce moment sur les chantiers de renouvellement de la caténaire et d’électrification de lignes. » A côté de Cegelec, société déjà bien ancrée ici dans ce domaine, Patrick Guénolé estime qu’« il y a de la place pour un deuxième acteur ». Et puis il y a bien sûr la future ligne nouvelle à grande vitesse entre Tanger et Kénitra dont les tout premiers travaux démarrent. « De par le financement de la France à ce projet de LGV, nous espérons bien prendre notre part en tant qu’entreprise française… »
     

     

    Egis Rail, déjà présent dans la pré-ingénierie

    La structure d’Egis Rail basée à Rabat compte une vingtaine de personnes, dont sept expatriés français. Mandataire d’un groupement avec CID, un bureau d’études marocain, la société d’ingénierie a démarré sa mission très en amont. Dès 2002, l’Agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg, maître d’ouvrage, la sollicitait en effet pour étudier la faisabilité de deux lignes de tramway devant relier Rabat à Salé.

    Le partenariat s’est poursuivi par un contrat de maîtrise d’œuvre d’environ 12 millions d’euros, le premier dans son genre au Maroc pour un projet de grande envergure. Il a consisté à réaliser les études préliminaires de l’avant-projet en 2005-2006, l’élaboration des cahiers des charges des entreprises précisant la conception du système en fonction des besoins du client, la phase de consultation des entreprises (DCE), puis les travaux. « Ce sont des missions complètes qui vont se poursuivre jusqu’à la mise en service, explique Alain Rousseau, d’Egis Rail, directeur du projet de tramway. C’est un beau contrat pour nous qui équivaut à peu près aux deux premières lignes du tramway de Lyon. A chaque réalisation de ce type, nous nous adaptons au mode de fonctionnement local. »

    Le plus difficile à gérer pour le groupement ? La planification, le phasage, certains marchés un peu longs à passer, des décisions parfois attendues, une mise à disposition tardive des terrains, notamment celui de l’atelier-dépôt à Salé. « C’est un projet de grande ampleur nouveau pour le Maroc. Globalement, il se déroule dans une collaboration fructueuse et il y a une bonne cohésion entre maître d’ouvrage et maîtrise d’œuvre. On retrouve ici tous les outils qui existent sur les tramways réalisés en France ou dans d’autres pays. Celui de Rabat n’a rien à leur envier. Les équipements et systèmes offrent le même niveau de service et de qualité. » Alors que les lignes 1 et 2 ne sont pas encore en service, le maître d’ouvrage prépare deux extensions de celles-ci côté Rabat, totalisant 2,2 km. Egis Rail a aussi déjà mené les études préliminaires pour définir les couloirs et les destinations des futures lignes 3 et 4. Le réseau de tramway Rabat-Salé n’en est qu’à ses prémices…
     

     

    Le pont Moulay El Hassan, trait d’union entre Rabat et Salé

     

    « Plus qu’un pont, un trait d’union », l’image de synthèse de l’ouvrage soulignée de ce logo apparaît sur d’immenses panneaux masquant les clôtures de ce grand chantier débuté fin 2007, parallèle à l’actuel ouvrage qui vit ses derniers mois.

    D’une élégance et d’une finesse très prometteuses, le futur pont Moulay El Hassan, long de presque 1,3 km, « une première au Maroc pour un franchissement de cette taille », selon un spécialiste, a été dessiné par l’architecte ingénieur Marc Mimram, qui travaille en partenariat avec le cimentier Lafarge. Il comportera trois tabliers situés à environ 14 m au-dessus du fleuve Bouregreg, deux pour les voitures, un large de 8,6 m pour le tramway, un dédié aux cyclistes et piétons, et conçus avec un béton très résistant à haute performance fait à partir de ciment blanc.

    Présenté il y a tout juste un an lors de la conférence internationale « Architecture et développement durable » au salon Batimat de Paris, le pont a été cité comme étant un « projet exemplaire de développement urbain à partir de l’infrastructure ». L’architecte, qui souhaite en effet une infrastructure habitable au sens noble du terme, pense qu’elle formera un toit dans la ville et l’imagine déjà accueillant des marchés…
     

     

    Des motifs en zelliges sur les rames Citadis

    Si les 22 rames de tramway sont d’origine française, des Citadis 302 d’Alstom fabriquées à Barcelone et à La Rochelle, le parti pris graphique retenu marque bien leur appartenance marocaine. Il s’inspire de l’identité de l’agglomération de Rabat-Salé au travers de son histoire et de sa culture. Le peintre illustrateur Miloudi Nouiga a souhaité « développer une poétique graphique à partir du motif traditionnel des zelliges », un art qui fait partie intégrante de la vie et du patrimoine culturel du pays. Le choix du motif, du plus bel effet tant sur la livrée extérieure qu’à l’intérieur sur le plafond et sur les sièges, s’est porté sur celui des fontaines du mausolée Mohammed V de Rabat.

    Côté dimensions des rames, les promoteurs marocains ont vu large. Elles mesureront 2,65 m de largeur, soit une vingtaine de centimètres de plus que les trams en France. Constitué systématiquement de deux rames en unité multiple, le véhicule atteint presque 65 m et pourra transporter jusqu’à 500 passagers à la vitesse commerciale moyenne de 20 km/h avec priorité aux carrefours, les terminus étant reliés en 35 minutes. Mi-octobre, les phases d’essais étaient largement entamées. « Huit rames ont été livrées, trois à Rabat et cinq côté Salé. Nous en avons déjà testé cinq, les autres sont en cours. Elles ont déjà été testées et validées en France, mais compte tenu des particularités du site, avec le profil, les rampes, des tests de performances sont redéroulés ici avec la maîtrise d’œuvre et en présence du maître d’ouvrage, explique Noureddine Hmidani, responsable des essais et de la mise en exploitation à la STRS. Nous vérifions aussi les conformités par rapport au cahier des charges des marchés, l’écartement des voies, la hauteur des quais, le gabarit des rames, le passage du pantographe par rapport à la ligne aérienne de contact, la puissance délivrée par les 17 sous-stations. »

    Cette panoplie d’essais va se poursuivre jusqu’au début de l’exploitation commerciale. Les marches à blanc pour tester la conformité de tous les systèmes sont prévues à partir du début décembre.