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Les résultats du palmarès des mobilités 2010
Après la distinction de Nice l’an passé, qui sonnait comme une récompense pour le réveil des transports urbains après des années de tout routier, les grandes cités du transport urbain sont de retour sur les plus hautes marches du Palmarès des mobilités de Ville, Rail & Transports. Nous nous sommes basés cette année encore sur les chiffres 2009 de l’UTP, en pondérant ces données de faits plus subjectifs survenus en 2010. Le pass de Bronze revient à Lyon qui, malgré des mois compliquées sur le plan social, a lancé l’exploitation de son T4, les travaux de ses trolleybus C1 et C2 et le prolongement de la ligne B de son métro. Strasbourg reçoit l’Argent pour une politique des transports toujours plus volontariste : l’agglo la plus cyclable de France a lancé son VLS, teste des Prius rechargeables et continue de développer son réseau classique qui, avec 55,5 km de longueur commerciale, se revendique comme étant le plus long de France. Le pass d’Or revient à Rennes dont le métro ne désemplit pas et qui affiche la plus haute vitesse commerciale de France pour ses bus. L’ouverture des données publiques à Rennes pour la création d’applications smartphone est par ailleurs récompensée par l’un des nouveaux prix thématiques de ce palmarès, le prix Mobilité 2.0. Le palmarès crée un autre prix décerné aux agglomérations moyennes créatives qui revient à Roanne pour sa crèche en gare. La plupart des réalisations structurantes en milieu urbain sont liées au mode ferroviaire, notre palmarès ne s’en écarte pas, mais plus que des modes de transport, il récompense des politiques de mobilité. Dans cette logique, le grand prix des Régions, qui récompensait traditionnellement la qualité de l’exploitation ferroviaire régionale, n’est pas décerné cette année. Un nouveau palmarès VR&T, entièrement consacré au transport ferroviaire régional, sera lancé en avril, dans le cadre du salon Sifer.
PASS D'OR : RENNES, LE RÉSEAU STAR DÉPLOIE SES AILES
Rennes est une habituée des places d’honneur du Palmarès des mobilités. Récompensée en 1992, 1994, 2007 et 2009, Rennes reçoit cette année le pass d’Or du palmarès VR&T pour de très bons résultats en 2009-2010, associés à des efforts pour améliorer la qualité de l’offre.
Ce n’est pas forcément plus, mais c’est mieux. En termes de fréquentation, en 2009 et 2010, le réseau Star de Rennes n’a pas connu de véritable explosion : 67 millions de voyages en 2009, soit 250 000 voyages en moyenne par jour. La capitale bretonne fait partie des agglomérations qui ont réussi à stabiliser « en bon père de famille » leur fréquentation et surtout leurs coûts de production dans un contexte de morosité de la mobilité. Avec 168 déplacements par habitant et par an, Rennes pointe à la cinquième place des réseaux français en termes d’utilisation des transports. L’agglomération bretonne a surtout travaillé à l’amélioration et à la fluidité de son offre, qui augmente en moyenne de 3 % par an. Et sur ce plan-là, cela décoiffe : en 2009, la vitesse moyenne de ses bus est passée à 19,2 km/h, de très loin la meilleure de France. On attend maintenant à l’échéance 2013 la deuxième tranche de l’axe est-ouest de site propre bus, qui devrait permettre aux lignes majeures du réseau d’atteindre la vitesse commerciale de 22 km/h. A la rentrée de 2010, l’agglo a renforcé les lignes de bus de 15 communes, diminuant les temps de trajet de 15 à 20 % et augmentant les fréquences, notamment sur la ligne 9, la plus chargée de l’agglomération (4 millions de voyageurs annuels), qui préfigure le tracé de la ligne B du métro attendue en 2018. Les trois lignes de bus (30, 32, 53) qui desservent les principales zones d’emplois ont par ailleurs été renforcées. Rennes reste une ville de métro, ce qui est un luxe au regard de la dépense publique (1 milliard d’euros au total pour la ligne B, pour laquelle Siemens vient d’être retenu pour fournir le système de transports), mais également pour la qualité des déplacements que le mode métro offre dans l’agglomération. Le métro est à tel point un succès que la ligne A commence à atteindre ses limites de capacité. La charge se situe autour de 5 000 personnes par heure de pointe et par direction sur le tronçon le plus chargé, ce chiffre s’élevant aux alentours de 6 000 aux périodes d’hyperpointe, alors que la capacité théorique actuelle est de 5 700. Pour faire face à cette croissance du trafic, l’acquisition de six nouvelles rames décidée cette année (+25 % de parc) doit permettre d’augmenter les fréquences. Ces nouvelles rames ne rentreront en service qu’en 2012-2013 pour des questions de rentabilisation des chaînes de montage. Dans les rames actuelles, il est par ailleurs prévu de réorganiser l’espace intérieur pour augmenter la capacité. En cumulant ces deux mesures, le gain possible de capacité est de l’ordre de 30 %, soit 7 500 personnes par heure de pointe et par direction. Selon les études, la ligne A devrait voir sa fréquentation croître de l’ordre de 30 % lors de la mise en service de la ligne B.PASS D'ARGENT : PIONNIÈRE DU TRAM ET DU VÉLO, STRASBOURG PRÉPARE SON TRAM-TRAIN
Après les grands aménagements des deux décennies passées, Strasbourg peaufine ses réseaux, expérimente de nouvelles technologies de voitures propres et se lance tardivement dans le vélo partagé.
La mise en service, le 27 novembre 2010, de la partie urbaine du projet de tram-train de l’agglomération de Strasbourg marque une étape importante dans les aménagements multimodaux voulus depuis 2001 par les deux dernières municipalités. Ce petit tronçon (moins de 1 km) d’infrastructures de la ligne C du tramway relie désormais la gare centrale à la rue du Vieux-Marché-aux-Vins. Il dédouble les capacités souterraines des lignes A et D dans le secteur le plus saturé du réseau strasbourgeois : avec un trafic supérieur à 20 000 montées et descentes par jour, la station enterrée de la gare constituait un point noir de l’exploitation aux heures de pointe. Fabienne Keller, maire (UMP) de 2001 à 2008, avait présidé aux premiers réaménagements à la surface de la place de la gare, où la ville accueille le TGV Est depuis 2007. Elle avait tenté de rendre la place plus adaptée aux déplacements des vélos et des piétons, et reléguant le trafic automobile sur deux boucles périphériques. Roland Ries (PS) a rendu la circulation automobile moins dangereuse, en lui accordant deux couloirs de circulation parallèles à l’opposé du bâtiment voyageurs de la SNCF. L’aménagement de la ligne C, lancé avant 2008, ne lui incombe pas vraiment, mais la réorganisation des dessertes existantes couronne le palmarès du maire de Strasbourg, président du Gart : avec 55,5 km de longueur commerciale, six lignes maillées et 69 stations, son réseau devient le plus long de France. La fréquentation quotidienne, 300 000 voyageurs, vient d’augmenter de 35 % en cinq ans.En attendant la réalisation complète du tram-train périurbain, dans les cartons des collectivités strasbourgeoises depuis plus de dix ans et prévue après 2015, le réseau strasbourgeois va se doter d’une extension vers l’est, à Kehl, la banlieue allemande de Strasbourg. Ce tramway qui franchira le Rhin grâce à 2,9 km d’infrastructures nouvelles s’inscrit dans la volonté municipale d’aménager le quartier du Heyritz, un territoire 250 ha, en cours de requalification urbaine, composé de friches industrielles et militaires et enclavé dans 250 ha entre le port et le centre-ville. Cette extension de la ligne D constituera « l’épine dorsale est-ouest d’un système de déplacements durable à l’échelle de l’Eurodistrict », selon Roland Ries et ses conseillers communautaires, auteurs d’une délibération synonyme de lancement du projet en septembre 2010. Le coût total des tronçons français et allemand s’élèvera à 57 millions d’euros, pour un début de chantier en 2011 et une mise en service en 2013. Roland Ries et les élus de la communauté urbaine ont également décidé de prolonger la ligne A du tramway vers le sud, au-delà du terminus actuel d’Illkirch-Graffenstaden. Ce projet correspond à 1 850 m d’infrastructures nouvelles, soit un budget de 32,5 millions d’euros pour un engagement des travaux en 2013.
PASS DE BRONZE : LE RÉSEAU LYONNAIS POURSUIT SA PROGRESSION
L’offre de transport augmente et reste diversifiée dans le tramway, le métro et les trolleybus. Et le public suit, avec une fréquentation en hausse de 3,2 % en 2010.
Rares sont les villes qui, la même année, peuvent inaugurer 10 km de ligne de tramway et lancer la construction d’une ligne de métro. C’est pourtant ce qu’a fait Lyon en 2009 avec le nouveau tramway T4 reliant Vénissieux/Feyzin à Lyon 8e (10 km et 18 stations, près de 200 millions d’euros) et le prolongement de la ligne de métro B entre Gerland et Oullins (1,8 km, 222 millions d’euros). Au passage, on notera le rapport coût/tramway, qui est environ cinq fois moins cher que le métro. Un argument que ne se privent pas d’utiliser les tenants du tramway – la majorité municipale – dans le débat remis sur le tapis à intervalle régulier sur le choix entre métro ou tramway. C’est le cas pour le futur prolongement du tramway du nouveau quartier Confluence vers Gerland. L’opposition UMP, elle, verrait bien un métro, mais la cause semble bel et bien entendue en faveur du mode de surface.En attendant, le tramway T4 s’est imposé dans le paysage autant par sa qualité environnementale de “ligne verte” que par les services rendus. En un an de fonctionnement, T4 est passé de 25 000 voyageurs/jour à ses débuts à 33 000 aujourd’hui, soit 30 % d’augmentation de fréquentation. Et, selon Bénédicte Guénot, directrice commerciale et marketing des TCL (Keolis Lyon), « l’effet T4 n’est pas terminé ». Le petit dernier devance même son aîné T3 mis en service en 2006 sur la ligne Part-Dieu – Meyzieu ZI.
D’une façon générale, la fréquentation du réseau lyonnais a enregistré une hausse sensible en 2009 avec 395 millions de voyages (+ 1,6 %). Cependant, le bilan aurait pu être meilleur sans les perturbations liées à des mouvements sociaux. La progression “corrigée” est ainsi estimée par les TCL à 2,5 % en 2009. Ce qui est confirmé pour les neuf premiers mois de 2010 avec une augmentation de la fréquentation qui atteint 3,2 % au 30 septembre. Par mode de transport, la progression est la plus élevée dans le tramway, alors qu’elle reste mesurée dans le métro et stable pour les bus.
En revanche, au nord de Lyon, le bus s’ouvre un bel avenir avec deux nouvelles lignes de trolleybus dont les travaux ont été lancés lors de l’année écoulée. Coût : 78 millions d’euros. Les lignes C1 (8,4 km) et C2 (12,1 km), dont 3,5 km en commun, relient La Part-Dieu respectivement aux plateaux de Caluire et de Rillieux-la-Pape, en empruntant la montée des Soldats, un itinéraire congestionné aux heures de pointe. Le temps de transport devrait être réduit de 50 minutes (en voiture) à 33 minutes grâce à C2 avec ses allures de tramway sur roues bénéficiant d’un site propre, de la priorité aux feux et même d’un tronçon réservé avec barrières. La fréquentation attendue est de 28 000 voyageurs/jour pour une mise en service de C1 en janvier prochain. Celle de C2, d’abord prévue au printemps, est décalée à août 2011 afin de s’intégrer dans la mise en œuvre de l’ambitieux projet Atoubus.
Ce dernier vise à redéployer à grande échelle le réseau de bus sur l’agglomération pour mieux répondre aux modes de vie actuels et aux enjeux de mobilité durable. Elaboré en 2009 par les services du Sytral et de Keolis, présenté aux communes et au public en 2010, Atoubus va faire l’objet des aménagements nécessaires et d’une campagne d’information au premier semestre 2011 pour un lancement en septembre. Son principe vise à hiérarchiser le réseau (26 axes structurants, 35 lignes complémentaires et 10 lignes de proximité) en simplifiant l’offre de bus et en la renforçant sur les principaux pôles d’activité.
Le secteur des transports à Lyon en 2010 a été aussi l’occasion de révéler trois moments forts, à commencer par la reconduction de l’exploitant Keolis pour la DSP. Ensuite, le lancement, pendant l’été, de Rhônexpress (tramway rapide Part-Dieu – aéroport Lyon-Saint-Exupéry) avec deux caractéristiques : un tarif fortement augmenté (+ 46 %) par rapport à l’ancien système de navette par bus, et la première incursion de l’exploitant Veolia Transport en terres lyonnaises. Enfin, le 5e anniversaire de Vélo’V, mis en scène par l’artiste plasticien Ben, dont le succès n’a cessé de se confirmer au fil des ans. Mais le dispositif, aux conditions actuelles, semble avoir atteint ses limites. Ajoutons-y la généralisation de la zone 30 en centre-ville et l’extension du stationnement payant (de 22 000 à 32 000 places). Autant de conditions qui ont conduit les élus dont Jean-Louis Touraine, premier adjoint de Lyon, chargé des déplacements, à se féliciter « de la diminution de manière notable de la part de la voiture dans les déplacements des Lyonnais, soit 17 % de moins sur la Presqu’île ».
LES PRIX THEMATIQUES :
PRIX INTERMODALITÉ/ACCESSIBILITÉ : Le tram-train de Mulhouse, l’ambition d’un RER de surface
Depuis le temps qu’il est annoncé, le voici enfin, le premier tram-train de France. Coup d’envoi à Mulhouse le 12 décembre. Directement connecté au tram urbain depuis le parvis de la gare centrale, il rejoindra Thann, à l’entrée de la vallée de la Thur, une zone de 50 000 habitants où la circulation automobile est particulièrement chargée. L’agglo et la région qui ont travaillé de concert sur ce projet de 150 millions d’euros y attendent quelque 10 000 voyageurs quotidiens. Depuis quelques mois déjà, se croisent en ville les Citadis jaunes du réseau Soléa et l’Avanto (Siemens) aux couleurs vives, qui effectue ses essais. Bimode, ce nouveau matériel s’adapte au voltage différent des deux réseaux, tram et SNCF. Les véhicules seront conduits par des agents SNCF ou Soléa, de bout en bout. Une absence de rupture de charge économe en argent et en temps tant pour les exploitants que pour l’usager. Au rythme d’un tram-train toutes les demi-heures, soit un peu moins que prévu en 2002 (on parlait de 20 minutes), les 22 km seront parcourus en quelque 40 minutes. Et dans la partie urbaine, les trams classiques s’intercalant, la cadence sera d’un quart d’heure. Côté TER, des dessertes renforcées pour offrir 45 allers-retours par jour jusqu’à Thann, au lieu de 23. Mais le mieux reste à venir, fin 2011, avec l’arrivée du TGV Rhin-Rhône : les horaires seront revus afin d’offrir un cadencement généralisé…
Le détail qui change tout :
Le projet s’accompagne d’un billet multimodal zonal (9 niveaux de prix) utilisable dans tous les modes (TER, tram-train, tram, car ou bus), à l’intérieur d’une zone géographique. Il préfigure ce que pourrait être une carte Orange en Alsace.
PRIX MOBILITÉ DURABLE : la politique vélo de la CUB sur le grand braquet
« L’Appel de Bordeaux » a été lancé par Alain Juppé au terme de Cyclab, la première rencontre internationale sur le vélo en ville, qui s’est tenue en février dernier à Bordeaux. Il promet la généralisation des choix et des engagements en faveur du vélo, avec pour idées fortes : une refonte du code de la route, l’intégration systématique du vélo dans les politiques urbaines et l’innovation industrielle. Une politique appliquée à la lettre par la capitale girondine, qui possède plus de 700 km de pistes et bandes cyclables reliant les 27 communes de la CUB et permettant de rejoindre les grands itinéraires cyclables départementaux. Les VCub, VLS bordelais lancés également en février (1 545 vélos, 139 stations) et gérés par les Tram et bus de la communauté urbaine de Bordeaux (TBC, Keolis), ont immédiatement fait un tabac. Un million d’utilisations étaient dénombrées début octobre, et la moyenne d’usages quotidiens est en constante progression : 4 800 en mai, 6 550 en septembre. La ville propose aussi 4 500 vélos gratuitement (sauf une caution) pour une longue durée, un service dont le succès est croissant. Une panoplie complète qui permet au vélo de représenter plus de 5 % des déplacements dans la CUB.
Le détail qui change tout :
C’est en seulement quelques années que Bordeaux est devenue une véritable ville où la petite reine est reine. La création en 2003 d’une maison du Vélo pour le prêt de bicyclettes était une première en France.
PRIX INNOVATION : À Nice, on paye sans contact depuis l’été
Bien sûr, l’opération débute, peu de Niçois sont déjà équipés d’un téléphone mobile NFC (Near Field Communication), l’objectif étant 3 300 appareils en circulation mi-2011. N’empêche qu’elle existe, que c’est une première en France et qu’elle donne satisfaction moins de six mois après son lancement. « Techniquement, tout est fonctionnel, précise Florence Barale, conseillère communautaire à l’innovation numérique Et la satisfaction des utilisateurs est là. Ils apprécient la simplicité, l’ergonomie et le fait de ne pas avoir besoin de monnaie ni de borne d’achat. » L’opération « Nice, ville du sans-contact mobile » permet de régler ses achats, dont les transports, avec le téléphone mobile ou une carte bancaire nouvelle génération. Le téléphone sert bien sûr à stocker ses tickets puis à les valider. Et Veolia Transport, opérateur de Lignes d’Azur, propose un bouquet de services “Cityzi” : horaires en temps réel et perturbations à un arrêt donné, parfois plan de quartier… Il suffit d’approcher le mobile d’une étiquette NFC (tag) présente sur 1 400 arrêts (1 800 à terme) du réseau bus et tram. Bilan fin octobre : 400 connexions aux cibles Cityzi, 3 800 aux Flashcodes, 15 300 demandes de SMS et 4 500 connexions au Web mobile. Pour Alain Philip, maire adjoint chargé des déplacements, « c’est très prometteur et dans la lignée de la ville intelligente que nous souhaitons promouvoir ».
Le détail qui change tout :
Pour que ce service soit accessible au plus grand nombre, des étiquettes Flashcodes (pour les smartphones) et un système d’information par SMS complètent le dispositif.PRIX NOUVELLES MOBILITÉS : Des bus express entre aires de covoiturage sur Albi – Toulouse
Relier une ligne de transport collectif avec des aires de covoiturage, encore une première en France. Début mars, le conseil général du Tarn a lancé T’EX, une ligne de bus express qui va de Lavaur à Albi en desservant les aires de covoiturage de Gaillac/Brens et de Saint-Sulpice, sur l’A68 (Albi – Toulouse). Elle part toutes les 30 minutes aux heures de pointe et ne comporte que cinq arrêts, ce qui lui permet de relier Lavaur à Albi en 50 minutes (au lieu de 1 heure 20) et Saint-Sulpice à Albi en 35 minutes. « Comme ce sont des autocars modernes et confortables de dernière génération, leur consommation n’est pas plus élevée qu’une voiture de dix ans », soulignait de plus Jacques Pages, conseiller général, responsable des transports, le jour de l’inauguration. Les concepteurs de cette nouvelle ligne n’ont pas voulu opposer autocar et train. Déléguée à Veolia Midi-Pyrénées et à Gaillac Tourisme, la liaison T’EX s’appuie sur plusieurs correspondances avec les TER en gare de Saint-Sulpice. Le ticket coûte 2 euros comme sur tout le reste du réseau, le carnet de 10 voyages à est 15 euros et l’abonnement mensuel à 40 euros. Le coût annuel supporté par le conseil général du Tarn s’élève à 235 000 euros. Le département, qui a financé l’aire de Saint-Sulpice (78 places) et celle de l’échangeur autoroutier de Brens (60 places) projette l’aménagement de deux nouvelles aires aux échangeurs de Coufouleux et de Montans.
Le détail qui change tout :
Pas besoin de fiche horaire, la ligne assure un service régulier avec un départ toutes les demi-heures en heure de pointe, entre 6h30 et 9h et entre 16h40 et 19h10.
PRIX AMÉNAGEMENT URBAIN : Angers, un pont rien que pour le tram
Le huitième pont d’Angers est un ouvrage entièrement dédié aux modes doux. Entre le centre hospitalier universitaire, rive droite, et le multiplexe Gaumont, rive gauche, le tout nouveau pont Confluences est un franchissement de 271 m de long et 17 m de large au-dessus de la Maine et de la voie sur berges qui accueillera le futur tramway. Mais aussi les deux-roues sur une piste cyclable de 3 m de large côté amont (nord) et les piétons sur une emprise de 3 m de large également côté aval, avec une vue imprenable sur le centre-ville. Pour des raisons de sécurité, il peut toutefois être emprunté par des véhicules routiers en cas d’urgence, par exemple pour gagner le CHU. Ce pont de béton à charpente métallique a été dessiné par le cabinet d’architectes Lavigne-Cheron, et son impact visuel a été étudié en tenant compte des sept autres, datant de toutes les époques. Accessible depuis la mi-octobre et baptisé pont Confluences – parce qu’il est au cœur de la ville, entre la terre et la rivière, et que le territoire d’Angers est né de la confluence entre la Maine, la Sarthe et le Loir –, il se situe dans un espace intermédiaire. A quelques centaines de mètres du centre-ville, mais dans une zone appelée à s’urbaniser dans les prochaines années.
Le détail qui change tout :
Sur l’espace face au multiplexe, un vaste parvis situé entre le cinéma et la voie sur berges est largement réservé aux piétons. Un escalier leur permet d’accéder au pont. Un autre escalier, quelques mètres plus loin, permet aux promeneurs d’accéder directement aux rives de la Maine, après avoir enjambé la voie sur berges.
PRIX AGGLOMÉRATION MOYENNE CRÉATIVE : Roanne, la première crèche en gare
Exemple type de service “Arlésienne”, la crèche en gare ! Et pourtant elle est souvent citée en premier parmi les services qui paraissent à forte valeur ajoutée dans un tel lieu. Il y a presque dix ans, Connex (aujourd’hui Veolia Transport) tentait l’expérience outre-Manche avec deux structures, à Londres et à Brighton, sans succès. Et c’est finalement dans une agglo de taille moyenne, Roanne, que la première expérience française a été inaugurée le 23 août. Issue d’un appel à projets lancé en 2009 pour revitaliser 14 gares de la région, une mini-crèche, installée dans les 170 m2 de l’ancienne bagagerie, accueille une dizaine d’enfants de 1 mois à 4 ans, du lundi au vendredi, de 6h45 à 19h. C’est Garderisettes, société lyonnaise spécialisée dans les solutions d’accueil clés en main, qui s’est chargée de ce projet qui a coûté 210 000 euros, financé par la SNCF, la région, la ville et la communauté d’agglomération du Grand Roanne. D’autres projets sont à l’étude, notamment à Saint-Chamond (Loire) ou à Bischwiller en Alsace. Les crèches ou haltes-garderies en gare, bientôt un service “banal” ?
Le détail qui change tout :
Priorité d’accès est donnée aux abonnés du TER allant travailler notamment à Lyon ou à Saint-Etienne, et les horaires peuvent être élargis en cas de perturbations du trafic.PRIX MOBILITÉ 2.0 : Rennes Métropole met ses données de transport en accès libre
C’est la première fois en France qu’une collectivité ouvre les données publiques de son réseau de transport, ainsi que les données d’informations pratiques géolocalisées de 1 500 organismes publics et associatifs. Depuis le 1er octobre, les informations de mobilité, le trafic des bus de la Star, l’infrastructure, l’accessibilité, la disponibilité des équipements tels qu’ascenseurs, stations vélos ou encore escalators, etc., ainsi que les données de localisation de lieux publics sont gratuitement mises à disposition des créateurs d’applications mobiles pour smartphones (http://data.keolis-rennes.com).Beaucoup de collectivités travaillent sur la mise à disposition de leurs données de transport ou de voirie, mais toujours en les verrouillant dans leurs propres applications mobiles. Rennes a fait le choix inverse, afin que les usagers puissent définir et créer eux-mêmes leurs propres applications de transport. Cela devrait stimuler les développeurs. D’autant qu’un concours de créativité est organisé jusqu’en avril prochain, doté de 50 000 euros de prix.
Le détail qui change tout :
Non seulement Keolis Rennes n’a pas fait de rétention d’informations, mais l’opérateur a aussi accompagné la collectivité en mettant en œuvre la plateforme d’accès aux données transports, en utilisant sa connaissance du voyageur, des besoins du citoyen et son expertise technique pour conseiller l’AO.
PRIX VILLE ET AUTOMOBILE : Le Mans décide d’un meilleur partage de la rue
A défaut d’un code national, Le Mans a choisi l’initiative locale, en publiant un code de la rue en avril dernier. Une démarche qui va dans le sens d’un meilleur partage de la voirie pour la sécurité de tous, motivée, il faut bien le dire, par l’incivisme des citadins : stationnement gênant et conduite dangereuse perdurent en ville. « On peut observer tous les jours que les usagers de la voie publique ne se respectent pas, expliquait alors Marc Deligny, vice-président aux circulations douces du Mans Métropole. C’est donc un rappel de quelques règles de convivialité. »Ce fascicule de vingt pages expose les règles de conduite en zone 30 ou piétonne, en zone « de rencontre » acceptant les voitures à 20 km/h et le stationnement réglementé (la ville en compte une petite dizaine), ou encore le fonctionnement des doubles-sens cyclables. Il ne s’agit pas un code de la route bis, le document n’a d’ailleurs pas de valeur juridique ou répressive. « La rue n’est pas une route. Trop souvent encore, nos rues ou avenues sont appelées des routes : route d’Angers, route de Tours, de Parigné, de Laval, d’Alençon, de Sablé… », relève le maire du Mans, Jean-Claude Boulard, dans les colonnes de Ouest-France. Début novembre, Rennes a formalisé le même type de charte.
Le détail qui change tout :
Le maire invite à plus de respect, en rappelant la « spécificité » de la rue, « lieu des usagers fragiles : piétons, cyclistes, usagers du transport collectif ».PRIX EUROPÉEN : Copenhague crée des autoroutes pour cyclistes
A Copenhague, on compte plus de vélos que d’habitants ! 85 % des habitants possèdent au moins un vélo, et beaucoup confessent même en avoir plusieurs. Contrairement à la France, où le vélo sert plus pour les loisirs ou le sport, 60 % des cyclistes de la capitale danoise disent utiliser leur vélo pour se déplacer tous les jours. Les services municipaux communiquent toute l’année vers les nouveaux habitants pour les convaincre des bienfaits du vélo. Le 1,6 million d’habitants du Grand Copenhague bénéficie de 300 km de pistes cyclables entretenues avec soin (les pistes cyclables sont déneigées avant les routes !).Et ce n’est pas tout, cette année, le Folketing (Parlement danois) a décidé de consacrer 135 millions d’euros en appui aux communes de Copenhague, Arhus, Odense et Aalborg pour aménager des “autoroutes” cyclables, parfois dotées de 3 voies dans les deux sens, d’ici à 2014. Ces axes dédiés au vélo visent à convaincre les automobilistes qui ont entre 5 et 20 km pour se rendre à leur bureau. A Copenhague, selon le journal Jyllands Posten, 200 à 300 km de ces voies express pour cyclistes seraient en projet.
Le détail qui change tout :
On s’efforce aussi de créer des “ondes vertes” aux intersections à feux tricolores – comme pour les trams – calées sur un cycliste roulant à 20 km/h. Sinon, des contournements ou passages souterrains permettent aussi de ne pas s’arrêter aux carrefours.
La SNCF et la Région Paca enterrent la hache de guerre
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, responsables de la Région et de la SNCF veulent enterrer la hache de guerre. Et croire dans un « new deal » permettant de faire repartir dans le bon sens un réseau TER particulièrement décrié ces dernières années. C’est tout le sens de l’accord pour une amélioration des services TER que vient d’adopter, ce 22 octobre, le conseil régional. Cela doit marquer, selon les termes de son président, Michel Vauzelle, « un tournant significatif ». Parallèlement, les élus se sont majoritairement prononcés en faveur d’une transaction entre la Région et la SNCF. Histoire de solder le passé récent et, d’une certaine façon, de repartir de zéro. Simplement banal, tout cela ? Pas vraiment, dans cette région marquée par des années de tensions très vives, notamment entre responsables en Paca de la SNCF et de la Région.
Au-delà des querelles personnelles, il y a surtout les chiffres. Ils montrent, incontestablement, une dégradation des circulations ferroviaires, particulièrement marquée depuis 2007. De quoi en faire le mauvais élève des trains régionaux au niveau national. Ils sont en effet bien loin, les objectifs fixés entre Région et SNCF par le contrat d’exploitation pour la période 2007-2016. « Et pourtant, la Région a consacré 3 milliards d’euros aux trains régionaux, près de 230 millions pour la seule année en cours », comme tient à le rappeler Michel Vauzelle. Or « plus de 20 % des trains ne sont pas conformes à la commande (retards à répétition…), dont 8 % de trains supprimés. »
C’est face à ces manquements répétés, en pleine période de guerre froide, que la Région Paca avait pris la décision, en février 2008, de doubler les pénalités et d’accroître la responsabilité de la SNCF au-delà du seuil de 3,5 % de trains supprimés. « Cette décision unilatérale, ce coup de semonce, ont été contestés juridiquement par la SNCF. » Depuis, chacun veut sortir de cette querelle au quotidien, de cette spirale entraînant un service en régulière dégradation. Ces derniers mois, les principaux responsables ont changé. Le directeur régional SNCF, celui de Réseau ferré de France, le vice-président chargé des Transports au conseil régional, à la suite des dernières élections. Et, s’il serait abusif d’attribuer la situation actuelle à un « simple » conflit de personnes, il n’en reste pas moins qu’entre nouveaux arrivés, on s’est vite accordés pour mettre à plat la situation afin de trouver une solution globale de « sortie de crise. »
Au premier semestre 2010, la SNCF a ainsi fait réaliser un audit interne, classé « hautement confidentiel » et que nous nous sommes procuré. Ses principaux résultats ont été présentés en mai dernier aux élus de la Région. Il y a le bilan, qui se résume en quelques chiffres, accablants : sur l’année 2009, il y a eu plus de 12 % de trains en retard de plus de cinq minutes, près de 16 000 trains ont été supprimés, soit plus de 7,2 % de l’offre en trains/km. Et sur une seule ligne du littoral, entre Marseille et Vintimille, là où l’exploitation est à la fois la plus dense et la plus fragile, le taux d’irrégularité est rarement inférieur à 20 %…
L’audit analyse, également, les dysfonctionnements et leurs causes majeures. Comme le note Michel Vauzelle, « de cette analyse ressortent des difficultés liées à l’état de nos infrastructures mais surtout aux moyens humains et matériels ainsi qu’à l’organisation mise en place par l’entreprise. »
C’est sur cette base qu’un plan baptisé PrioriT a été élaboré par la SNCF. Objectif affiché : tenter d’améliorer notablement la qualité de service. Signe de l’importance de la démarche, c’est Guillaume Pepy, président de la SNCF, qui devait le présenter en personne aux élus du conseil régional. Puis signer un protocole d’accord, longuement négocié, pour l’amélioration des services TER et, parallèlement, une transaction en règlement des litiges. En résumé, d’un côté, la SNCF prend des engagements, notamment en investissant dans les infrastructures, en affectant des cheminots pour que les trains roulent mieux, et de son côté la Région efface une partie de son ardoise.
Ce 22 octobre, Guillaume Pepy n’était pas là, bloqué par le mouvement social en cours sur les retraites. C’est d’ailleurs, selon ses propos, Michel Vauzelle lui-même qui a recommandé au président de la SNCF de ne pas s’aventurer à Marseille, ce 22 octobre, histoire de ne pas risquer d’éventuelles tensions et de ne pas brouiller le message visant à témoigner d’une « confiance retrouvée ». Le rendez-vous sur place, pour la signature, est donc remis à plus tard. Toutefois l’essentiel, c’est que le protocole d’accord et la transaction aient été approuvés par une majorité d’élus du conseil régional Paca. L’ambition du protocole, c’est donc « un redressement significatif » de l’exploitation TER d’ici à la fin 2011. Une étape dite transitoire avant un retour, espéré, aux objectifs de qualité prévus au contrat d’exploitation 2007-2011, puis un dépassement de ceux-ci. Pour Michel Vauzelle, la première illustration de cette volonté côté SNCF, c’est son engagement de « couvrir le déficit des personnels roulants, conducteurs et contrôleurs, affectés au niveau régional ». Vice-président délégué aux Transports, Jean-Yves Petit souligne que « la SNCF a reconnu ses carences et s’est remise en ordre de marche ». Des carences, comme le manque reconnu en fin d’année passée d’une soixantaine de contrôleurs pour assurer le service…
Quant au règlement des contentieux en cours, hérités du passé récent, il conjugue factures à régler pour la SNCF (pour solde de tout compte à condition qu’il y ait une amélioration notable), et nouveau système de malus. La surveillance des principaux critères à respecter sera scrutée tous les trois mois. Et un « mode de gouvernance spécifique » est mis en place afin de garantir ce suivi régulier des engagements pris par le biais d’un comité de pilotage trimestriel, avec « une large communication des résultats aux usagers. »
Derrière cet ensemble d’actions, qui se veulent les plus concrètes et immédiates possible, il y a à la clé, comme le martèle Michel Vauzelle, « un rétablissement dans la durée de la confiance entre la Région, la SNCF et, surtout, les usagers des TER. » Qui commençaient à se lasser sérieusement d’un service trop dégradé et des promesses non tenues, comme en témoigne cet autre chiffre évoqué par les élus et qui fait mentir les prévisions établies de progression de la fréquentation des trains : on misait sur 20 % de voyageurs en plus. Or le bilan est plus proche de zéro.
POUR SOLDER LE CONTENTIEUX
Négocié plusieurs mois entre la SNCF et la Région Paca, le protocole d’accord adopté par les élus régionaux et qui doit prochainement être signé contient certains points essentiels :
• Pour régler différends et contentieux relevant tant de l’ancien contrat d’exploitation (2002-2006) que du contrat actuel (2007-2016), la SNCF versera à la Région 5,5 millions d’euros. Une transaction estimée « souhaitable afin d’établir un nouvel esprit partenarial et comme gage de la confiance retrouvée. »
• Pendant une période « probatoire », du 1er octobre 2010 au 31 décembre 2011, un avenant au Contrat d’exploitation 2007-2016 prévoit plusieurs dispositifs pour inciter la SNCF à redresser ses résultats. Il y a, en particulier, un mécanisme de malus industriel sur la base de trois nouveaux indicateurs, en fonction de la cause de suppression et du niveau de responsabilité de la SNCF : taux de ponctualité hors cause infrastructures, taux de km/trains supprimés toutes causes SNCF mais hors grèves interprofessionnelles, taux de km/trains supprimés pour cause de production TER. Le choix de ces nouveaux indicateurs vise à « remobiliser les équipes locales de la SNCF ». Le montant maximal du malus est de 12 millions d’euros sur la période.
• Pendant cette période transitoire, la Région suspend les effets de sa délibération de 2008, contestée par la SNCF, visant à doubler les pénalités pour km/trains supprimés lorsque ce taux dépasse le seuil des 3,5 %. Le retrait de cette délibération est envisagé, correspondant à un retour aux objectifs du Contrat d’exploitation.
• Par ailleurs, « pour compenser le préjudice subi du fait du trop grand nombre d’incidents enregistrés depuis 2007 », la SNCF va apporter une contribution exceptionnelle de 2,25 millions d’euros au financement du programme pluriannuel d’investissement.
• À plus long terme, pour inscrire ce rétablissement dans la durée et dépasser ainsi les objectifs de qualité contractuels, des actions sont esquissées qui portent sur : la conception du cadencement 2012, les moyens de maintenance, les ressources en matériels roulants, la maintenance et la correction, avec l’appui de Réseau ferré de France, des points de faiblesse chronique des infrastructures, et enfin des efforts communs de communication.
CE QUE DIT L'AUDIT
Classé « hautement confidentiel », l’audit communiqué aux élus de la Région en mai 2010, sur la qualité de la production du TER Paca, se veut un document d’étape. Outre les principaux axes de progrès et les actions à mettre en œuvre, qui ont notamment contribué à l’élaboration du plan PrioriT, il passe en revue les sources de dysfonctionnements diverses dans cette région pas tout à fait comme les autres. Un constat sans fioritures, là où « la situation de gestion de crise est devenue quasi quotidienne » et où « l’on ne sait plus ce que signifie vivre une situation normale. » État des lieux à la lecture de morceaux choisis de cet audit.
• Régularité à la traîne
Avec des résultats globaux en deçà des objectifs et inférieurs aux résultats nationaux, Paca a multiplié en 2009 les mauvaises additions. Outre la régularité à 5 minutes qui s’établit à – seulement – 87,9 %, près de 16 000 TER ont dû être supprimés. Et sur la ligne du littoral, entre Marseille et Vintimille, celle dont l’exploitation est à la fois la plus dense et la plus fragile, les taux de 80 % de régularité font l’exception.
Au cours de l’an passé, seule la régularité s’approche en novembre des objectifs fixés. Pour le reste, elle subit des variations très importantes au fil des événements, entre chute de rochers à Èze et conflit social sur la résidence Traction de Nice. Et puis, les conséquences de « la tension sur les ressources agents » ont été importantes à partir de mi-mai. Leur impact sur la régularité est ainsi estimé à 1,9 point et correspond également à 42,5 % des TER supprimés, hors périodes de grèves.• Effet domino
En Paca, la récurrence des incidents est deux fois supérieure à la plus élevée des autres régions. C’est dû, notamment, aux causes externes : incendies, chutes de pierres, accidents de personne, détresses de matériel, dérangement d’installations… Parallèlement, la saturation du réseau fait croître l’impact d’un incident sur les autres trains. Et celle des nœuds ferroviaires – Marseille, Miramas, Nice – accentue le phénomène. Cette situation devient d’autant plus difficile à gérer qu’aucun itinéraire de détournement n’existe entre Marseille et Nice où l’on dénote également l’absence partielle d’installations de contresens.• Les filets d’Èze.
Globalement, le vieillissement des installations entraîne mécaniquement une augmentation des dysfonctionnements. À cet état de fait se sont rajoutées des défaillances ponctuelles : attaches au niveau de la voie, isolateurs inefficaces parce que shuntés dans des conditions climatiques particulières, filets de détection de chute de pierres…
Le cas d’Èze, sur la ligne Marseille – Vintimille, est sur ce dernier point très significatif. Les seuls déclenchements, intempestifs ou non, de ces filets de détection de chutes de pierres sur cette paroi rocheuse ont entraîné l’an passé le retard de 1 300 TER. Soit 4,5 % de l’irrégularité sur cet axe et la suppression de 280 TER. Et ceci même si les filets les plus anciens ont été remplacés pour limiter les cas de déclenchements intempestifs… Globalement, les problèmes de signalisation – dont les filets d’Èze – ont affecté 2 800 TER, entraînant 2,31 % d’irrégularité. Autre secteur particulièrement touché : Marseille – Aubagne, avec 778 trains impactés et 3 points d’irrégularité.• Caténaires et intrusions
Hors signalisation, les autres causes de retard ou suppressions liées aux infrastructures sont : les problèmes caténaires (716 TER en retard, 300 supprimés), les rails cassés (102 TER impactés), les ralentissements (580 TER impactés), les problèmes liés aux intrusions sur les emprises (1 400 TER en retard et 224 supprimés).• Un matériel hors d’âge
Certaines séries de matériels montrent des signes de fragilité. Ce sont les locomotives BB 25500, présentant des faiblesses sur plusieurs organes clefs, tels les compresseurs. Quant à la fiabilité des portes des rames Rio, elle est insuffisante. Tout comme celle des rames réversibles Corail. Dans ce contexte, en fonction de l’activité qui lui est demandée, le Technicentre de Marseille est saturé. Et son encombrement rend complexes les manœuvres supplémentaires et la rentrée de rames à plus de deux éléments.• Incivilités à la hausse
Vols de câbles et incendies touchant les installations, jets de pierres, tags, bris de vitres sur le matériel, agressions, vols, insultes, bagarres à bord des rames… L’impact de l’ensemble de ces incivilités représente près d’un point de l’irrégularité régionale et génère la suppression de trains ainsi que des périodes d’indisponibilité importantes liées à la remise en état du matériel. Quant au sentiment d’insécurité, il est ressenti de façon croissante par les voyageurs et les contrôleurs sur plusieurs lignes : Aix – Marseille, Cannes – Grasse, la Côte Bleue.
LES 10 PRIORITÉS DU PLAN PrioriT Ter
Pour accompagner la « dynamique d’amélioration » de la qualité de service en Paca, la SNCF vient de décliner son plan PrioriT Ter en dix thèmes majeurs. En voici les grandes lignes.
1. L’information et la prise en charge des voyageurs
Mieux informer les clients, en améliorant les outils : sonorisation, déploiement généralisé des afficheurs légers, numéro vert… Améliorer l’information et la prise en charge en situation perturbée. Cela passe, exemple parmi d’autres, par des formations à la prise de parole en gare et à bord des trains. Un plan de veille va être élaboré.2. La gestion des aléas et le traitement des crises
Un cycle d’astreinte supplémentaire va être spécialisé dans la prise en charge et l’information des voyageurs. Des cellules locales de crise vont être déployées, fin 2010, dans les principales gares.3. La maintenance et les travaux sur l’infrastructure
Deux catégories d’actions sont proposées à RFF et à la Région. D’une part, des actions de petite ou moyenne régénération ou des évolutions d’installations, nécessitant financement et allocation de « plages travaux ». D’autre part, des actions « de progrès » : étude détaillée des installations, schéma directeur de régénération, fiabilisation des caténaires sur Marseille – Vintimille, limitation de l’impact des coupures d’alimentation caténaires d’urgence…4. L’exploitation
Parmi les priorités des capacités de remisage sûres et adaptées, avec notamment l’augmentation de la capacité sur Miramas ou sur le chantier des Arcs, l’adaptation et la mise en sécurisation du site d’Avignon… Ou encore des matériels roulants qui répondent aux contraintes des infrastructures et à la densification des circulations. Et cela passe par une adaptation de l’offre et de la composition des trains. Quant à la saturation de la gare de Marseille, le développement de la gare de Blancarde est évoqué. Une construction « en robustesse » de l’offre et des roulements qui intègrent les particularités locales est aussi préconisée, tout comme l’établissement « en concertation » d’une liste de « Priori’Trains ». L’ensemble sera accompagné d’un plan de mobilisation des acteurs sur chaque site : Nice, Toulon, Marseille, Avignon, Gap.5. La maintenance du matériel roulant
Actuellement sur Marseille et Nice, la maintenance sera délocalisée sur des sites de remisage importants : Avignon en janvier 2011, Toulon et Les Arcs, Briançon. Les dépannages devront être plus réactifs. Et le système de maintenance sera renforcé sur Cannes où seront reportées des opérations réalisées sur Marseille.6. L’accompagnement des trains
Des équipes d’intervention délocalisées seront mises en place. Une concertation visera à améliorer la robustesse des roulements. Et sera mise en place une « mise sous veille » pour maîtriser les variations et les pics de charge.7. La conduite
Sont au programme une réactivité plus grande pour la couverture des trains, une maîtrise plus « affirmée » des effectifs de production, une « amélioration du dialogue social et un parcours professionnel motivant. »8. La sûreté
C’est un véritable catalogue, avec la mise en sûreté des gares et le développement de la vidéo surveillance des trains, des sites de remisage, des voies… Sans oublier le traitement des colis suspects et des vols de câbles. La ligne Marseille – Aix bénéficiera de renforts estivaux à la Suge, voire de l’arrivée d’agents de sécurité…9. La lutte contre la fraude
La volonté est de densifier les actions sur les gares et lignes où le taux de fraude est élevé. Cela passe, par exemple, par des opérations de bouclage dans les gares de Toulon et d’Avignon.10. Les relations sociales
Les partenaires sociaux ont été associés à toutes les phases de la construction du plan. Et une concertation trimestrielle leur est proposée, ainsi que des concertations spécifiques conducteurs, contrôleurs, rames . Enfin, un dispositif de « veille renforcée » doit permettre le plus en amont possible d’identifier tout sujet potentiel de conflictualité.
Saint-Gothard : le tunnel le plus long du monde est percé
C’est avec une précision toute suisse qu’avait été programmé le percement du dernier mètre du premier des deux tubes du tunnel de base du Saint-Gothard. Le 15 octobre, de 14 h à 14h17, en présence de Moritz Leuenberger, vice-président de la Confédération et conseiller fédéral (démissionnaire) chargé des Transports, le tunnelier Sissi s’est attaqué à la distance de 1,8 m qui séparait encore les deux parties du tube Est, à 30 km du portail Sud et 27 km du portail Nord, avant que les « mineurs » puissent se rejoindre. Et déployer les drapeaux des cantons du Tessin et d’Uri. D’autres drapeaux cantonaux, le drapeau suisse et ceux des ouvriers (Italie, Autriche, Portugal…) ont suivi, saluant une nouvelle traversée alpine et le plus long tunnel du monde : 57 km entre Erstfeld (Uri) et Bodio (Tessin). Et performance du jour : l’écart entre les deux parties du tube n’était que de 8 cm horizontalement et 1 cm verticalement.
La Suisse reprend ainsi un titre que lui avaient ravi deux autres tunnels ferroviaires, mais sous-marins : l’ouvrage japonais du Seikan (53,8 km), qui relie l’île principale Honshu à Hokkaido depuis 1988, et le Tunnel sous la Manche (50,4 km), ouvert en 1994. Le Gothard chasse d’ailleurs du podium l’autre tunnel ferroviaire de base suisse, celui du Lötschberg (34,6 km), en service depuis 2007.
Comme le Lötschberg de base, le Gothard fait partie des « Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes » (NFLA) dont la réalisation a fait l’objet d’un engagement de la Suisse vis-à-vis de la Communauté européenne (mai 1992). Doublant des ouvrages sommitaux, dont courbes et rampes d’accès limitent fortement la vitesse et le tonnage des trains tout en présentant une capacité insuffisante pour un report modal de la route, les ouvrages de base accélèrent le transit en restant à une altitude proche de celle des vallées alpines et en autorisant les 250 km/h. Le financement des projets par la Confédération, approuvé par les électeurs suisses en 1998, repose à 65 % sur la Redevance poids lourds liée à la prestation (RPLP), la Taxe sur les hydrocarbures (25 %) et la TVA (10 %). Sur les quelque 30 milliards de francs suisses ainsi financés sur une vingtaine d’années, quelque 34 % ont été budgétés pour le Gothard.
C’est pour sa position clé sur l’axe nord-sud européen entre la mer du Nord (Rotterdam) et la Méditerranée (Gênes), via Zurich et Milan, que le Gothard, fruit d’une réflexion lancée en 1947 et d’études de faisabilité réalisées dans les années 1970, a été retenu.
En 1993, la Confédération désigne AlpTransit Gotthard, groupe de projet puis filiale à 100 % des CFF en 1998, comme maître d’ouvrage. Avant l’adoption du tracé en 1995, les galeries de sondage sont creusées à partir de 1993, les puits d’accès en 1996, avant démarrage des travaux sur les deux tubes, sur cinq fronts (du nord au sud : Erstfeld, Amsteg, Sedrun, Faido et Bodio), lancés entre 1999 et 2002. Quatre tunneliers Herrenknecht ont excavé 56,3 % du tunnel, le reste ayant été réalisé à l’explosif : 24 millions de tonnes de gneiss et de granite, soit 13,3 millions de m3 de déblais ont ainsi été extraits. « Cinq fois le volume de la pyramide de Khéops », précise AlpTransit. Ils seront utilisés pour la fabrication de béton.
À l’heure où le premier tube est terminé, le chantier du nouveau tunnel, qui emploie 2 600 personnes, est déjà évalué à 7,3 milliards d’euros. Mais pour le montant final, il faudra attendre sa mise en service, fin 2017, peut-être même 2016. D’ici là, d’importants travaux sont encore nécessaires, à commencer par l’achèvement du deuxième tube (ouest), prévu en avril prochain. Jusqu’en 2014, il s’agira de revêtir et bétonner tous les tubes et toutes les galeries, avant mise en place des installations mécaniques et électromécaniques (portes, portails ou installations de ventilation et de domotique). Enfin, les travaux ferroviaires proprement dits (voie, caténaire, câblages, installations de sécurité, etc.) seront effectués parallèlement aux derniers travaux de gros œuvre et d’équipement ; ils ont déjà démarré en mai.
La mise en service du Gothard diminuera le temps de parcours entre Zurich et Milan de plus de 4 heures (actuellement en train classique [rame tractée] ou 3 heures 40 en Pendolino) à 2 heures 50 en pendulaire apte à 250 km/h. Ce temps pourrait être raccourci de 10 minutes supplémentaires en décembre 2019 par la mise en service, au sud du Gothard, du tunnel de base du Ceneri (15,4 km, dont 24 % sont percés). Quelques minutes de plus pourraient enfin être gagnées avec le prolongement, au sud de Zurich, du tunnel de base du Zimmerberg. Son percement (20 km), a été suspendu après l’ouverture de 9,4 km en première étape, dans le cadre de Rail 2000. Mais mieux Gothard que jamais !
UN TUNNEL DE BASE BITUBELe Gothard est constitué de deux tubes parallèles, d’un diamètre de 8,83 m à 9,58 m selon les tunneliers utilisés, dont la distance entre axes est normalement de 40 m, avec un maximum à 70 m. Entre les deux tubes, 176 rameaux de communication sont établis, tous les 325 m, pour l’évacuation des voyageurs si nécessaire. Et pour les trains, deux paires de raccordements permettent de passer d’un tube à l’autre (en cas de travaux ou de problème), sans que les voies se croisent, à la différence des deux « cross-over » du Tunnel sous la Manche. Ces raccordements sont situés dans les gares multifonctions de Sedrun et de Faido, qui abritent une partie des installations de ventilation, des locaux techniques contenant des équipements de sécurité et de distribution d’énergie électrique ainsi que deux gares de secours. Ces dernières sont prévues pour l’arrêt d’urgence d’un train mais servent également de zones d’évacuation pour les voyageurs.
En exploitation normale, chaque tube permettra la circulation des trains dans un des deux sens (tube ouest vers le nord et tube est vers le sud). Chaque tube mesurant 57 km entre Erstfeld (au nord, altitude 460 m) et Bodio (sud, altitude 312 m), le Gothard comprendra un total de 115 km de voies sur béton, et 43 appareils de voie, commandés par deux postes d’aiguillage, pour les deux raccordements entre les deux tunnels et les voies de service. L’altitude maximale du tunnel sera de 549 m et sa rampe ne dépassera pas 6,76 ‰ au sud du point culminant (contre 4 ‰ au nord). Les 39 km de voies d’accès (soit 19,5 km de ligne), sur ballast, présenteront en revanche des profils plus difficiles : 15 ‰ maximum sur l’accès sud et 7 ‰ maximum côté nord.
Électrifiées sous 15 kV 16,7 Hz comme le reste du réseau suisse, par une caténaire tendue à 5,2 m au-dessus du rail, les voies seront autorisées à 250 km/h, équipées ETCS et longées par 120 km de câble rayonnant. Au total, 260 balises seront posées, ainsi que 200 compteurs d’essieux, et deux radio block centres (RBC) assureront la couverture de l’ouvrage.
Le tunnel sera entièrement parcouru par un réseau électrique 50 Hz pour les nombreux équipements qui s’y trouveront (éclairage, climatisation) et équipé de tous les équipements de sécurité pour en permettre l’évacuation (main courante, éclairage secouru, téléphones, 417 bornes d’appel…).
UN TUNNEL EUROPÉENLe nouveau tunnel est d’intérêt européen. Réunis devant un écran au Luxembourg, les ministres européens des Transports ont fait part de la « reconnaissance de l’Union Européenne envers la Suisse » et « regretté de n’avoir pas pu assister physiquement à l’événement ». De son côté, la CER (Communauté européenne du rail et des compagnies d’infrastructure) « ne peut que féliciter la Suisse pour sa véritable volonté politique d’encourager un transfert modal. Quoique ne faisant pas partie de l’UE, la Suisse peut paradoxalement être considérée comme un “laboratoire” d’une mise en œuvre intégrale de la politique de l’UE, que l’UE elle-même a jusqu’à présent eu des difficultés à appliquer dans sa totalité. » Et l’UIC, tout en félicitant le gouvernement helvétique, souligne « l’engagement des chemins de fer suisses dans les travaux de coopération ferroviaire internationale au sein de l’UIC », tout en rappelant que les CFF ont reçu en juin le premier prix des « UIC Sustainability Awards 2010 » pour leur implication dans les objectifs de mobilité durable.
Enfin, pour le Comité pour la Transalpine, qui mène « toute action de nature à faciliter ou accélérer la réalisation de la liaison ferroviaire voyageurs et marchandises entre Lyon et Turin », la réalisation du Gothard est d’autant plus intéressante qu’elle montre qu’un tunnel comparable par sa longueur et son prix au tunnel de base de la liaison Lyon – Turin est techniquement faisable.
LE TROISIÈME TUNNEL DU GOTHARDLe tunnel de base, dont les travaux de percement s’achèvent sous le massif du Saint-Gothard, obstacle naturel majeur sur l’axe nord-sud reliant Zurich à Milan, est le troisième du nom. Et chacun a été à son tour le plus long du monde dans sa catégorie ! Avant l’ouverture du premier, le seul point de passage entre les cantons suisses d’Uri (alémanique, côté nord) et du Tessin (italophone, côté sud) était le col du Saint-Gothard, à plus de 2 100 m d’altitude. Creusé en 11 ans 1 000 m plus bas, dans des conditions éprouvantes et entraînant d’ailleurs la mort de 177 ouvriers, le tunnel de 1882 restera le plus long du monde jusqu’en 1906, avec son tube de 15 km et sa double voie entre Göschenen (Uri), à 1 106 m d’altitude et Airolo (Tessin), à 1 142 m, le point culminant étant à 1 151 m. Électrifié depuis 1920, cet ouvrage qui voit actuellement passer jusqu’à 150 trains de fret par jour devrait continuer de voir passer un train de voyageurs par heure dans chaque sens après l’ouverture du tunnel de base, ne serait-ce que pour l’intérêt touristique de l’itinéraire sommital.
Göschenen et Airolo sont également reliés depuis 1980 par un tunnel routier monotube de 16,9 km, qui fut le plus long du monde de sa catégorie jusqu’à l’ouverture, en 2000, de l’ouvrage norvégien de Lærdal (24,5 km). Ce tunnel a été fermé deux mois fin 2001 après un incendie qui a fait 11 morts. Depuis, la circulation y est plus réglementée, ce qui en a réduit le débit.
OÙ EN SONT LES AUTRES TUNNELS ?Lötschberg : inauguré, mais inachevé
Doublant à grande profondeur le tunnel sommital du Lötschberg (1913), le tunnel de base (34,6 km) est en principe constitué de deux tubes parallèles à voie unique. Mais pour la première étape, inaugurée en juin 2007 et mise en service commercial en décembre suivant par BLS Alptransit (filiale du chemin de fer privé suisse BLS), seuls les 11 km au départ de l’entrée sud (Rarogne, altitude 654 m) sont à double voie, alors que les 8 km entre Mitholz et Frutigen (entrée nord, altitude 776 m), ne comprennent encore qu’un tube. La partie restante compte deux tubes, mais une seule voie ! La rampe maximale, qui se trouve côté sud, est de 13 ‰. L’achèvement du deuxième tube et la pose de la deuxième voie ont été remis. Toujours est-il que la première étape (2,2 milliards d’euros + 325 millions pour l’ETCS) a atteint son objectif : 119 sillons quotidiens sur 121 sont pris, soit bien plus que prévu. Problème : le fret ne dispose que de 30 % de la capacité, ce qui ne permet pas à la Suisse de transférer sur rail le surcroît de trafic assuré par camions. Ce sera au Gothard (ou aux étapes suivantes du Lötschberg) de faire la différence !
Lyon – Turin : nouveau tracé côté italien
Avec 57 km suite aux récentes modifications du tracé côté italien, le tunnel de base franco-italien entre Saint-Jean-de-Maurienne et le Val de Suse est le maillon clé de la liaison fret et TGV Lyon – Turin, qui comprend aussi les accès côté français et italien (avec tunnel de 19 km sur ce dernier). Cette liaison de base se distingue des autres nouvelles liaisons transalpines par son orientation est-ouest plutôt que nord-sud.L’altitude du tunnel variera de 570 à 750 m, avec une rampe maximale de 12 ‰, et son coût devrait avoisiner 10,3 milliards. La prochaine étape doit être la signature d’un nouvel accord international entre la France et l’Italie, d’ici le 31 décembre, sur la base du traité de Turin de 2001, afin de nommer le maître d’ouvrage commun et définir la répartition des coûts entre les deux pays et l’UE. Viendront ensuite l’enquête d’utilité publique de l’accès côté français (Lyon Saint-Exupéry – Maurienne) et les appels d’offres, qui prendront un à deux ans, avant le lancement de la construction en 2013 pour rester dans le calendrier du financement européen. À ce jour, les trois descenderies totalisant 9 km ont été réalisées du côté français et la mise en service est attendue en 2023-25.
Brenner : en attente de financementDoublant la ligne classique par le col, le tunnel de base du Brenner a été conçu comme un ouvrage bitube de 55 km entre Innsbruck, en Autriche, et Fortezza, dans le nord de l’Italie. En y ajoutant le contournement d’Innsbruck, le total de l’ouvrage atteindrait 62,7 km, ce qui en ferait le plus long du monde. Contournement qui a pour intérêt de réduire à 7,4 ‰ la rampe maximale pour les trains de fret, et 12,5 ‰ pour les voyageurs. Si ce projet à près de 8 milliards, cofinancé par l’UE, possède son maître d’ouvrage, BBT, le financement par l’Autriche et l’Italie pose toujours problème. Mais l’ouverture reste prévue en 2022.

La fureur des TCSP à Bologne
Si tout va bien, le Civis, le véhicule à guidage optique d’Irisbus qui fut en son temps rejeté par Rouen et Clermont-Ferrand, circulera enfin dans les rues de Bologne en 2013, en version trolleybus. Dix ans après avoir été commandé et quinze ans après la présentation du véhicule au salon du Gart ! Sur place, les travaux avancent, assez lentement. Il faut dire que le nouveau trolley n’est qu’un des projets de la ville italienne. Elle s’est lancée dans la réalisation d’un ambitieux plan de développement des transports en commun, centré sur la gare. Un vaste Meccano associant notamment Civis et trolleybus classiques, tramway souterrain, monorail et trains régionaux.
Pour l’instant, la capitale de l’Emilie-Romagne, grosse ville de 380 000 habitants (et pas loin de 800 000 dans l’agglomération) n’a pas de transports en commun en site propre. Tout juste quelques couloirs de bus ici et là. Les transports publics se débrouillent pourtant plutôt bien : la compagnie locale ATC a transporté 109 millions de personnes l’an dernier et est, insistent ses dirigeants, une entreprise rentable qui réinvestit ses bénéfices dans l’amélioration du réseau (notamment l’achat de nouveaux trolleybus et de bus au gaz). Il faut dire aussi que la quasi-totalité du centre est interdite à la circulation automobile, ou presque. Même si les exemptions sont nombreuses, des deux-roues aux véhicules électriques, le flux automobile est largement contenu aux portes de la ville.
LA NOUVELLE GARE TGV ET LE RESEAU REGIONAL
Le chantier bat son plein à l’arrière de la gare centrale de Bologne. On y creuse un vaste parallélépipède rectangle long de 640 m et large de 56 m qui accueillera des quais dédiés aux trains à grande vitesse. La ligne nouvelle Milan – Rome, ouverte le 13 décembre dernier, est en effet inachevée : il reste à construire les traversées de Bologne et Florence (dans le second cas, les travaux ont à peine commencé, et la municipalité a remis le projet en cause). A Bologne, il s’agit de percer un tunnel de 10 km. Au niveau de la gare centrale, les trains à grande vitesse auront quatre voies pour eux, à 23 m sous terre. La mise en service est annoncée pour 2012… ce qui paraît assez optimiste. Les travaux ne seront pas finis pour autant, puisqu’une énorme boîte translucide signée par l’architecte japonais Arata Isozaki doit ensuite venir recouvrir le tout. Coût annoncé de la gare nouvelle : 340 millions d’euros.
L’achèvement de la ligne à grande vitesse à travers l’agglomération bolonaise va permettre de séparer les flux, et donc de libérer des sillons pour le trafic local. Et la région Emilie-Romagne n’attend que ça. Elle travaille depuis 1994 à la conception du Servizio Ferroviario Metropolitano (SFM, service ferroviaire métropolitain), une sorte de RER parcourant sur 350 km l’ensemble de l’étoile ferroviaire de Bologne, qui comprendra six lignes (dont quatre diamétralisées). Un investissement de 400 millions d’euros, notamment consacré à la construction de 23 nouveaux arrêts. L’objectif officiel est de lancer le SFM en 2012, quand les voies seront dégagées. Côté exploitation, la compagnie régionale Ferrovie Emilia-Romagna (FER) est pour l’instant associée à Trenitalia pour la gestion des TER locaux. Elle pourrait à l’avenir se voir confier seule le RER bolonais, indique-t-on sur place. Avec à la clef, pourquoi pas, une fusion avec la compagnie des transports publics de la ville, ATC. Cette dernière ayant déjà
absorbé sa petite sœur de Ferrare dans la province voisine, on créerait ainsi un géant régional des
transports.LE TRAM SOUTERRAIN
De surprenants panneaux carrés ont fait leur apparition dans le centre de Bologne : avec un W blanc sur fond rouge, ils rappellent, inversé, le logo des métros italiens, de Gênes, Milan, Naples ou Rome. « C’est de l’art », explique-t-on doctement à l’office du tourisme de la Piazza Maggiore… Le W devrait devenir M avant la fin de la décennie, quand la ville aura enfin son petit métro. Sur place, on l’appelle Metrotranvia. Inventé à Milan, le terme désigne un tramway rapide (par opposition au tram traditionnel et vieillot, encore présent dans plusieurs villes italiennes, dont justement Milan). A Bologne comme dans la ville voisine de Parme, on revendique ses deux composantes, métro et tranvia (tramway). « En Allemagne, on appellerait ça un Stadtbahn, explique Michele Tarozzi, responsable du projet à la mairie. Un tramway en site propre, avec une section souterraine dans le centre-ville. »
Cette section souterraine constitue le gros du projet : il s’agit de relier le secteur de la foire, au nord-est, l’hôpital principal, à l’ouest, via la gare centrale et l’hypercentre. Soit une liaison de 7,1 km pour commencer (6,5 km de tunnel, 0,5 km de rampe et 0,1 km en surface, à l’hôpital), avec treize stations. Les douze stations souterraines seront plutôt étriquées : des boîtes de 40 m sur 20 m, dont les quais – larges de seulement 2,60 m – seront équipés de portes palières. « C’était une exigence de sécurité du ministère pour approuver le projet », précise M. Tarozzi. Pour le matériel roulant, Bologne veut un tramway moderne à plancher bas, long de 35 m environ et a priori large de 2,40 m. L’appel d’offres devrait être lancé l’an prochain.
Le passage en tunnel était la seule solution dans le centre médiéval, compte tenu de la topographie des lieux, argumente l’ingénieur. Et aussi sans doute parce que la ville n’était pas prête à libérer ses rares rues un peu larges… Quant au choix du tramway, il s’explique par un virage à 90° dans l’hypercentre et par la volonté de prolonger la ligne en surface. D’où la modeste largeur des véhicules prévue, le tram étant prié de ne pas trop prendre de place aux voitures dans les avenues de la périphérie.
Pour l’instant, Bologne a réussi à financer un tronçon d’un peu plus de 3 km entre la foire et la gare – qui comprend le dépôt –, ainsi que le creusement de la suite du tunnel de la gare à l’hôpital. Le devis pour cette tranche est très exactement de 388,86 millions d’euros, financés à 70 % par l’Etat italien. Selon les calculs de la mairie, il faudra à cette somme ajouter 297,03 millions pour parachever la ligne jusqu’à l’hôpital. L’achèvement de la première partie (les 3 km de la foire à la gare et le gros œuvre du tunnel dans le centre et jusqu’à l’hôpital) est pour l’instant prévu au premier semestre 2018. « Nous espérons réunir l’argent rapidement, afin de pouvoir mettre la deuxième phase en service en même temps, ou un peu après », précise Michele Tarozzi. L’idée est de faire circuler des trams toutes les deux minutes aux heures de pointe – et toutes les quatre minutes le reste de la journée – dans cette courte ligne de 7,1 km qui devrait donc coûter 686 millions d’euros.
Au début de la décennie 2020, on devrait continuer les travaux en surface sur 4,9 km à l’ouest, le long de la Via Emilia Ponente (la route de Milan) jusqu’au quartier de Borgo Panigale. Il faudra, pour réaliser cette extension qui comportera un arrêt devant le siège du célèbre fabricant de motos Ducati, trouver 103 millions de plus. A plus long terme, la ligne serait prolongée à son autre extrémité, vers un pôle agroalimentaire situé au nord-est. Une branche pourrait également mener de l’hôpital au nouveau quartier de Lazzaretto. Mais on en est encore loin… Francesco Sutti, le patron de la société bolonaise des transports en commun ATC (qui n’est pas directement associé au projet), ne cache d’ailleurs pas son scepticisme : « J’ai bien peur que ce projet de Metrotranvia ne rencontre de nombreux problèmes, dit-il. Le coût est très élevé, et le nombre de passagers ne sera pas si important. »
LE MONORAIL DE L'AEROPORT
Particularité de Bologne : son aéroport international Guglielmo-Marconi est à deux pas du centre-ville, juste de l’autre côté de l’autoroute périphérique. Sans trop gêner, visiblement. Les autorités locales ont de grandes ambitions pour cette plateforme régionale qui accueille notamment de nombreux vols de Ryanair. Il s’agit notamment d’en doubler la capacité à 10 millions de passagers par an et d’améliorer les relations avec le centre-ville. Les élus ont pour ce faire choisi un monorail : une sorte de petit métro automatique, officiellement appelé « People Mover », qui fera la navette en sept minutes et demie, et toutes les sept minutes et demie aux heures de pointe, entre l’aéroport et la gare centrale.
Longue de 5 km, la ligne sera en grande partie construite en viaduc, à environ 5 m au-dessus d’un espace pour l’instant assez vide. Elle sera à voie unique, pour faire des économies. Les rames, longues de 16,90 m, se croiseront au passage d’une station intermédiaire construite au cœur du futur quartier de Lazzaretto (où une branche de la Metrotranvia pourrait également mener un jour), à mi-chemin. Un doublement sera toutefois possible, et deux ouvrages d’art importants seront dès l’origine prévus pour. A la gare, le terminus sera installé à niveau, à l’emplacement de l’ex-quai 16 (le dernier, au nord), actuellement englouti dans le chantier de la gare TGV.
Pour le matériel roulant, Bologne a choisi l’Intamin 30, un véhicule modulable (et extensible) construit par la société Intamin, basée au Liechtenstein, également active dans les montagnes russes de parcs d’attraction. Le projet est estimé à 95 millions d’euros. Il sera réalisé grâce à un partenariat public-privé (PPP) : la société SPV Marconi Express, chargée de construire et d’exploiter l’ouvrage, a signé avec la commune de Bologne un contrat de concession de 35 ans, jusqu’en 2044. Elle comporte le groupe de BTP local Consorzio Cooperative Costruzioni (CCC) et l’opérateur local ATC, qui exploitera l’ouvrage. La mise en service est annoncée pour la fin 2013. Le billet de la gare à l’aéroport sera alors à 6,50 euros. Le bus actuel, qui met souvent plus d’une demi-heure, coûte 5 euros.
CIVIS ET LA RENAISSANCE DES TROLLEYBUS
Dans la banlieue est de Bologne, à San Lazzaro di Savena, les bus de la ligne 19 roulent sous des bifilaires tout neufs, sur une chaussée fraîchement refaite. Au sol, la double ligne discontinue d’un marquage au sol qui rappelle beaucoup le Teor rouennais. Bienvenue sur les 3,2 km achevés de la future piste de Civis ! Civis ? C’est ce gros bus à guidage optique carrossé comme un tramway, mis au point dans les années 1990 par RVI et Matra (aujourd’hui Irisbus et Siemens). Si sa version diesel a été rapidement rejetée par Rouen et Clermont-Ferrand pour cause de manque de fiabilité et de consommation trop importante – alors qu’elle donne semble-t-il satisfaction à Las Vegas, aux Etats-Unis –, sa version trolleybus a eu une carrière plus brillante : sous le nom de Cristalis (sans guidage optique), elle roule à Lyon, Limoges, Saint-Etienne et Milan. Sur une très courte ligne à Castellón de la Plana en Espagne, il s’agit bien d’un Civis ; dans la pratique, un Cristalis doté du guidage optique Optiguide de Siemens (celui de Teor). Les 49 véhicules commandés par Bologne ont en plus une cabine de conduite centrale. Ils font 18,5 m de long.
Lorsque nous annoncions la vente du Civis à Bologne, en novembre 2003, nous évoquions une inauguration en 2007… Aujourd’hui, Francesco Sutti parle de 2013. Les raisons de ce très important retard ? Sans doute un peu trop d’optimisme au départ, des changements dans le projet à cause de l’arrivée de la Metrotranvia sur sa partie ouest, des difficultés à récupérer les subventions promises par Rome et bien sûr quelques palabres. Le parcours a du coup été modifié (et il est passé de 25 km à 17,8 km), tandis que l’importance des sites propres descendait de 60 à 40 % du total. « Il y a eu des compromis », regrette le président de l’opérateur local. Quant au coût, il est estimé à 182 millions d’euros, dont 62,6 millions pour le matériel roulant. Au moins, « les Civis sont à Bologne », note M. Sutti. Ils sortent de temps en temps pour faire des tours de roue sur le petit tronçon achevé à San Lazzaro di Savena. Le reste du tracé est aménagé progressivement, petit bout par petit bout. En 2013, l’ATC doit mettre en service quatre lignes menant du centre et de la gare à la périphérie est, avec un long tronc commun le long de la Via Emilia Levante (la route de Rimini).
S’il est conscient des imperfections du projet, le patron de l’ATC souligne qu’aménagements routiers et priorité aux feux permettront aux Civis de rouler à une moyenne de 18 km/h, contre 14 km/h pour les bus actuels. Et si le projet est décidément long à se concrétiser, c’est une véritable orgie de trolleybus qu’il annonce pour ces prochaines années. Les trolleys, Bologne y est déjà habituée depuis longtemps : elle en a eu de 1955 à 1982, et en a à nouveau depuis 1991. Aux deux lignes actuelles doivent s’ajouter les quatre de Civis, mais aussi une nouvelle transversale est-ouest à (ré)électrifier. Francesco Sutti évoque maintenant deux axes supplémentaires vers le nord et le sud-ouest où seraient prolongés les Civis. « L’objectif, c’est d’avoir 128 km de lignes de trolleybus avec 131 trolleys à l’horizon 2015 », dit-il. Seule ombre au tableau : les travaux du tram souterrain devraient passablement perturber ce joli réseau à peine achevé…

Stuttgart, le quartier de la gare entre projet et polémique
… d’être nommé.?L’affaire est remontée au Bundestag, et elle a d’autant plus d’importance en Bade-Wurtemberg que des élections régionales auront lieu au début de l’année prochaine et que la majorité conservatrice est menacée par une forte poussée des Verts.?Transformer la gare terminus de Stuttgart en gare passante autour d’un gros nœud ferroviaire souterrain va demander dix ans et remodeler tout le centre-ville. Les voies de surface doivent être abandonnées et l’espace urbanisé. A ce chantier s’ajoute une liaison vers l’aéroport, connectée à une future LGV. Détails d’un chantier contesté.
C’est une opération urbaine d’une ampleur inconnue depuis la reconstruction de l’après-guerre que devrait entraîner, d’ici 2020, le projet Stuttgart 21, dont les travaux ont été lancés le 2 février 2010. Au terme de dix années de chantier, le nœud ferroviaire de la capitale du land de Bade-Wurtemberg devrait avoir été réorganisé et dévié vers un réseau de tunnels traversant une gare passante qui remplacera l’actuelle gare principale (Hauptbahnhof, en abrégé Hbf), établie en cul-de-sac au nord du centre-ville historique.
Par la même occasion, toutes les emprises ferroviaires doivent disparaître de la surface du centre-ville. À l’exception du bâtiment de cette gare, qui perdra ses ailes. C’est la destruction de ces ailes, entamée fin août malgré les protestations de grands noms de l’architecture, qui a été le catalyseur de toutes les oppositions à Stuttgart 21. Car plus qu’un projet ferroviaire, c’est une remise en cause fondamentale de l’urbanisme de ces cent cinquante dernières années qui est proposée ici. Sans faire l’unanimité.
D’un terminus…
La configuration en cul-de-sac de l’actuelle gare de Stuttgart n’a rien d’exceptionnel pour une grande ville européenne : ne serait-ce qu’en France, on la retrouve par exemple dans les gares parisiennes, ainsi qu’à Lille-Flandres, Orléans, Tours ou Marseille-Saint-Charles. Mais, à Stuttgart Hbf, s’ajoute un handicap de taille pour la desserte ferroviaire, lié à la situation géographique du centre-ville, en fond de cuvette à quelque 250 m d’altitude, contre 400 à 500 m pour les environs. Entre cette gare et la banlieue, la dénivelée atteint jusqu’à 150 m et entraîne des détours importants pour les trains grandes lignes ou régionaux, en particulier ceux en direction ou provenance du sud. L’accès à la gare se faisant par le nord du centre-ville, c’est dans ce secteur que convergent la ligne du sud et les lignes de l’ouest, cet ensemble se mêlant à son tour aux lignes de l’est à faible distance du bout des quais. Ces convergences posent problème sur un faisceau dont la capacité est réduite du fait des rebroussements ou des cisaillements. La capacité est d’autant plus limitée que l’avant-gare présente un goulot d’étranglement. Bref, la situation n’est pas idéale pour un trafic atteignant près de 600 trains par jour (164 trains grandes lignes, dont le TGV vers Paris et des ICE vers toute l’Allemagne et la Suisse, plus 426 trains régionaux fin 2009). Parmi ces trains, ceux pour lesquels Stuttgart n’est qu’un arrêt en cours de route continuent d’y perdre de longues minutes, en particulier sur l’axe européen « de Paris à Bratislava et Budapest », évoqué par ses promoteurs, où d’autres minutes sont gagnées sur des tronçons à grande vitesse.Une amélioration a toutefois été apportée à cette situation en 1978, lorsque les dessertes S-Bahn (RER) de Stuttgart ont été transférées dans une gare souterraine (déjà !) de deux voies, établie dans l’axe des voies de surface, désormais réservées aux trains grandes lignes et régionaux. Au sud de la gare, la traversée du centre-ville par les rames de S-Bahn se fait en tunnel, situation comparable aux gares parisiennes d’Austerlitz, de Lyon ou du Nord, où seuls les RER sont passants.
… à une gare souterraine
En premier lieu, Stuttgart 21 vise à remplacer l’actuelle gare principale en cul-de-sac par une gare de passage souterraine, desservie par un nouveau nœud ferroviaire, également souterrain. Une opération autrement plus ambitieuse que les récentes transformations des gares centrales d’Anvers (réinaugurée il y a un an) ou de Malmö (en cours d’achèvement), où l’on a construit, sous les voies en cul-de-sac, une gare passante souterraine, prolongée par un tunnel sous la ville. Car à Stuttgart, rien du nœud actuel ne doit être conservé.À commencer par l’orientation de la gare principale : les huit voies et quatre quais à établir sous terre seront parallèles au bâtiment voyageurs et à proximité immédiate de ce dernier, c’est-à-dire perpendiculaires aux voies actuelles (ces dernières seront raccourcies de 120 mètres pendant la durée des travaux avant de disparaître). Devant bénéficier largement de l’éclairage naturel à travers des ouvertures vitrées pratiquées sur une « place de Strasbourg » à créer à l’emplacement des voies actuelles, la gare souterraine « zéro énergie » présentera trois niveaux sous celui de cette place, qui est également le niveau de la salle des pas perdus. Situé cinq mètres au-dessous, le niveau de la rue sera le même que celui de la mezzanine d’accès aux quais souterrains. Ces derniers seront à 12 mètres sous la place de Strasbourg, de même que la station de métro. Enfin, au niveau inférieur, la gare de S-Bahn conservera son orientation actuelle, perpendiculaire aux futures voies souterraines.
Un nœud ferroviaire entièrement repensé et relié à l’aéroport
Entièrement souterrain en centre-ville, le nouveau nœud ferroviaire est axé autour de la nouvelle gare passante. Les voies venues du nord-ouest passeront en souterrain à Feuerbach, obliqueront vers le sud et entreront par l’ouest dans la gare souterraine. C’est également par l’ouest que les actuelles voies venues de l’est (!) via Bad Cannstatt gagneront la gare souterraine, après franchissement aérien du Neckar et un quasi-demi-tour sous le nord du centre-ville. Par l’est de la gare souterraine, une branche gagnera sans détour la ligne de la vallée de la Fils (un raccordement permettra également de gagner les autres lignes vers l’est et les nouvelles voies de garage) et surtout, vers le sud, le tunnel de Filder (9,5 km) gagnera l’aéroport, le sud de la région et la ligne nouvelle vers Ulm.Au terme de l’opération, la DB abandonnera 140 km de voies en surface. En remplacement, elle disposera d’un nœud de 57 km de lignes nouvelles (voie double sans ballast), dont 30 km à grande vitesse (250 km/h maximum). En comptant le tunnel de Filder, le nœud comptera 16 ouvrages souterrains totalisant 33 km, ainsi que 18 ponts.
Outre la nouvelle gare principale, deux gares seront construites : l’une desservant l’aéroport et le parc des expositions (à noter qu’une relation entre le centre de Stuttgart et l’aéroport est déjà offerte en S-Bahn) et l’autre, appelée Mittnachtstrasse, sera créée au cœur des nouveaux quartiers à construire à l’emplacement des emprises ferroviaires au nord-est de la gare principale. Cette gare de Mittnachtstrasse, qui offrira une correspondance entre l’est et l’ouest de l’agglomération sans passer par la gare principale, sera réservée aux seules dessertes S-Bahn, dont les lignes garderont pour l’essentiel leur itinéraire mais seront enterrées.
Une ligne nouvelle vers Ulm
Plus largement, Stuttgart 21 s’inscrit dans le projet ferroviaire Stuttgart-Ulm, officiellement surnommé « le nouveau cœur de l’Europe » en raison de sa position centrale sur l’axe « de Paris à Bratislava et Budapest ».Mais l’objectif premier de cette ligne nouvelle autorisant une vitesse de 250 km/h est de « relier Stuttgart et Ulm en 28 minutes au lieu de 54 » (cette dernière ville ne serait plus qu’à 24 minutes de l’aéroport de Stuttgart au lieu de 1 heure 34 !). Ce qui implique la construction de 60 km de double voie sans ballast entre Wendlingen (raccordement avec le réseau classique à l’est de l’aéroport) et Ulm.
Si le tracé de la ligne nouvelle est pour l’essentiel parallèle à celui de l’autoroute A8, il doit s’en éloigner à mi-parcours, au franchissement de la crête du Jura Souabe (qui marque ici la ligne de partage des eaux entre le bassin rhénan et le bassin danubien). Pas moins de dix tunnels – pour une longueur totale de 30 km – sont prévus, ainsi que 37 ponts. C’est le prix à payer pour un raccourci d’une trentaine de kilomètres par rapport à la ligne classique établie en 1850 dans la vallée de la Fils (affluent du Neckar). Un prix de quelque 2,89 milliards d’euros selon les chiffres officiels, revus à la hausse par la DB en juillet 2010, alors qu’un bureau indépendant avance 10 milliards (un montant « tellement élevé qu’il se disqualifie lui-même », commente la DB).
Complétant Stuttgart 21 et la ligne nouvelle s’ajoute enfin le projet Neu-Ulm 21, qui consiste à aménager, pour 160 millions d’euros, la traversée ferroviaire d’Ulm en la dotant de quatre voies sur 4 km, dont 1,5 km en tranchée, autorisant 160 km/h et empruntant six ponts (traversée du Danube comprise).
Si le trafic voyageurs de Paris à Bratislava ou Budapest a peu de chance d’être important, les améliorations apportées devraient être intéressantes pour les parcours de ville à ville le long de cet axe. Ainsi, le simple fait de passer par la nouvelle gare de Stuttgart devrait contribuer à réduire le trajet avec Paris de 29 minutes (3 heures 39 actuellement). Mieux : en ajoutant la contribution de la ligne nouvelle vers Ulm, la durée d’un Strasbourg – Munich (actuellement 3 heures 47) devrait être réduite de 54 minutes.
CENT HECTARES RÉCUPÉRÉS POUR LES PROJETS URBAINS
Pour ses promoteurs, Stuttgart 21 est « une chance unique pour le développement urbain ». Si de nombreuses villes ont récupéré des terrains avec la disparition progressive de gares marchandises ou de certains dépôts dans leur proche périphérie, alors que d’autres édifient de nouveaux quartiers sur des dalles couvrant les voies d’avant-gare (comme Paris-Rive Gauche), rares sont les exemples de disparition totale des emprises ferroviaires en surface mises à profit pour des opérations d’urbanisme (si ce n’est à Monaco). Un tel surcroît de terrain sera le bienvenu à Stuttgart où le centre-ville est limité dans sa croissance spatiale par sa situation en cuvette. D’autant plus que les coteaux environnants sont sacrés : pas touche au vignoble et aux forêts !En additionnant les 82 hectares des actuelles emprises des voies de la gare ou de l’avant-gare et la surface des emprises connexes, on obtient une zone de quelque 100 hectares, soit la taille d’un petit arrondissement parisien. Un emplacement de choix, en prolongement des principaux axes du centre-ville et ouvrant au nord de nouvelles perspectives vers le château et le parc de Rosenstein, ce dernier étant agrandi à l’occasion. Car si Stuttgart 21 se traduit par la construction de bureaux dans le futur « quartier de l’Europe » à proximité de la gare principale et de 11 000 logements, en particulier dans le futur « quartier de Rosenstein » au centre de l’ancienne emprise ferroviaire, quelque 30 hectares sont destinés à être transformés en espaces verts (4 200 arbres à planter), remplaçant l’actuel « mur infranchissable » des emprises ferroviaires séparant les quartiers nord et est.
La prise de conscience des problèmes écologiques étant élevée outre-Rhin – d’où de nombreuses protestations contre les nuisances et destructions qu’entraînera immanquablement Stuttgart 21 pendant une décennie – un assainissement de grande envergure sera entrepris sur les emprises que la DB remettra à la ville. Pour les travaux qui s’ensuivront, la logistique du chantier sera organisée autour d’une desserte ferroviaire « dans la mesure du possible », alors que les camions n’emprunteront pas la voirie publique, un réseau indépendant de voies devant être établi entre la base travaux (elle-même directement reliée à l’autoroute) et les différents sites de construction. Enfin, la gestion des eaux fera l’objet des plus grands soins, le bassin de Stuttgart étant un grand producteur d’eau minérale.
UNE GARE AUX AILES COUPÉES
Imposante et reconnaissable par sa tour couronnée de l’étoile Mercedes (la région accueille de nombreuses industries liées à l’automobile), la gare de Stuttgart frappe par sa modernité pour un bâtiment dont la construction avait été lancée en 1914 (en comparaison, la gare « très allemande » de Metz, achevée six ans seulement auparavant, semble remonter au Moyen Âge !). Cette gare principale est aussi la dernière grande réalisation du temps où Stuttgart était la capitale du royaume du Wurtemberg, sur une proposition des architectes Bonatz et Scholer qui avaient remporté le concours lancé par les chemins de fer d’État wurtembergeois. Interrompus en 1917 par la guerre, les travaux de construction de ce bâtiment sont repris par la Deutsche Reichsbahn après sa création en 1920 et terminés en 1928. Mais dès octobre 1922, cette gare était en mesure d’accueillir les trains qui, jusque-là, arrivaient à l’ancienne gare centrale, dotée de quatre voies seulement ! Endommagée pendant le conflit, la « gare de Bonatz » a été pour l’essentiel restaurée à l’identique, ce qui lui a valu un classement en 1987. Entre-temps, cette gare en cul-de-sac comptant huit quais et dix-sept voies en surface (1-a et 1 à 16) a été complétée par une gare souterraine de deux voies pour les S-Bahn, qui traversent le centre-ville en tunnel depuis 1978. Un autre transport public qui dessert la gare principale de Stuttgart en souterrain est le métro (type « Stadtbahn » à voie normale et doté de quais hauts), dont six lignes passent par la station ouverte en 1976 sous le parvis (place Arnulf Klett). Cette station était également desservie par le réseau de tram à voie métrique de Stuttgart jusqu’au remplacement de sa dernière ligne par une ligne de métro, en 2007.Le bâtiment principal de la gare, qui voit passer plus de 200 000 personnes par jour et abrite une quarantaine de commerces, devrait être épargné par le projet Stuttgart 21, de même que la tour, actuellement aménagée (sur quatre des neuf étages) pour une exposition présentant le projet. En revanche, ce projet prévoit la démolition des ailes nord et sud de la gare. Fin août, cette démolition a commencé, sous les protestations de nombreux manifestants.

Les cinq questions que pose l’affaire Eurostar
Cela a commencé comme une opération de communication rondement menée. Le 7 octobre, alors qu’Eurostar révélait tambour battant, lors d’une conférence de presse au Royal Albert Hall, la célèbre salle de concert londonienne, qu’il avait choisi Siemens comme constructeur de ses futures rames à grande vitesse dites « e320 », livrables en 2014, la maquette « grandeur nature » d’une motrice de cette même rame trônait déjà de l’autre côté de la rue, dans les jardins de Hyde Park. Cette motrice – apparemment réalisée à partir d’un vrai chaudron directement issu, comme les futurs trains, de la plateforme Velaro –, révélait le nouveau design extérieur du matériel Eurostar dessiné par le styliste italien Pininfarina. Jusque-là, on restait dans le registre classique de la présentation d’un nouveau train par un opérateur. Mais les jours suivants, patatras ! Le choix de la compagnie a déclenché une véritable levée de boucliers en France, orchestrée par les ministères de l’Écologie et des Transports et le constructeur éconduit, Alstom. Eurostar s’est-il fourvoyé en choisissant des rames non conformes, ou s’agit-il de manipulations visant faire capoter l’affaire au profit d’Alstom ? Éléments de réponse.
1. POURQUOI EUROSTAR A-T-IL CHOISI SIEMENS ?
À la suite de la passation d’un appel d’offres européen, Eurostar a retenu le constructeur allemand Siemens pour la fourniture de dix trains à grande vitesse e320 (désignation qui fait référence à leur vitesse maximale en service commercial, égale à 320 km/h). Sous réserve, comme à l’accoutumée, de la finalisation des actuelles négociations contractuelles. La signature définitive devrait intervenir dans les prochaines semaines. Pour Nicolas Petrovic, directeur général d’Eurostar, cette décision est bien tout, sauf un hasard : « Notre choix résulte d’un processus très rigoureux, où de nombreux ingénieurs de chez nous ont été impliqués ». Les critères mis en avant ont été essentiellement l’aptitude à l’interopérabilité, le prix, le confort et la capacité. L’interopérabilité semble de toute évidence au cœur des plus récentes préoccupations d’Eurostar qui, le 1er septembre 2010, a abandonné un statut de partenariat entre opérateurs nationaux « historiques » ou assimilés (SNCF, SNCB et LCR), pour celui d’une entité juridique unique passant, au demeurant, pour être aujourd’hui la toute première entreprise ferroviaire paneuropéenne de transport de voyageurs. Une situation qui lui donne clairement de nouvelles ambitions : « En 2014, nous voulons posséder la meilleure flotte de trains à grande vitesse en Europe, celle qui offrira à la fois le plus de confort et d’élégance, pour que le voyage devienne un vrai plaisir », clame Nicolas Petrovic. Dans cette perspective, le plan d’investissement de 820 millions d’euros sur le matériel roulant, tel qu’annoncé au Royal Albert Hall le 7 octobre, est pour sa plus large part, consacré à l’acquisition des nouveaux trains e320, une enveloppe de 200 millions étant toutefois réservée à la rénovation des rames TMST actuelles aux ateliers SNCF d’Hellemmes et leur « relookage » dans le même style signé Pininfarina. L’opérateur qui, depuis ses débuts en 1994, a déjà transporté quelque 103 millions de passagers dont neuf l’an passé, entend mettre à profit le caractère éminemment interopérable des futures rames e320 pour desservir de nouvelles destinations en Europe, notamment aux Pays-Bas (Amsterdam) et en Suisse (Genève). Grâce à leur vitesse de 320 km/h, elles autoriseraient le tracé de trains Paris – Londres en à peine plus de deux heures, Londres – Genève en cinq, et Amsterdam – Londres en quatre heures.2. POURQUOI AVOIR VOULU CACHER CET APPEL D'OFFRES ?
En mars 2009, quand nous avons révélé dans nos colonnes l’existence d’une consultation pour de nouveaux trains (portant au départ sur huit rames en tranche ferme, plus quinze en options) Eurostar nous avait opposé un démenti. « Un appel d’offres… mais il n’y a pas d’appel d’offres ! », avait-t-on souligné à cette occasion. Le démenti est ensuite venu à plusieurs reprises du plus haut niveau à la SNCF, chez Eurostar et même chez Alstom. « Nous ne savions pas, jusqu’à la remise des offres, si nous allions ou non acheter de nouvelles rames », justifie Nicolas Petrovic. « Nous testions le marché pour savoir si un constructeur pouvait répondre à nos attentes… ». Au sens littéral du terme, ce n’est pas faux, il n’y a pas eu d’appel d’offres. Mais si l’on veut être parfaitement honnête, la procédure d’ITN (invitation to negociate) qui a été utilisée revient pratiquement au même. Cet appel à fourniture réservé aux sociétés de droit privé (dont fait partie Eurostar malgré son capital public), est simplement moins contraignant que les appels d’offres (call for tender). Dans un ITN, on peut s’affranchir d’une bonne partie des contraintes légales pesant sur les marchés publics, notamment l’obligation de publicité. On limite par ailleurs la possibilité de recours pour les entreprises éconduites. Même si Alstom a annoncé examiner les possibilités sur le terrain légal. Cette procédure aura permis à Eurostar de traiter sa commande en sous-marin. Avantage : ne pas révéler trop tôt à la concurrence sa future stratégie de dessertes en faisant état de ses besoins en matériel roulant. L’appel d’offres a bel et bien été dévoilé et le 7 octobre, Eurostar a annoncé avoir désigné Siemens candidat préféré. Après le « coming out » de la commande, il reste un dernier pas à franchir, celui de la signature. Paradoxalement, ce n’est pas forcément le plus facile.
3. EUROSTAR VEUT-IL DESSERVIR L'ALLEMAGNE ?
Le matériel e320 est directement issu de la plateforme Velaro (nouveaux trains à grande vitesse construits à 100 % par Siemens, qui circulent déjà en Espagne, Chine et Russie, et dont la dernière version, dite « Velaro D », commandée par la DB, sera mise en service l’an prochain entre la France et l’Allemagne). Ce matériel se présentera sous la forme d’une rame de 400 m, composée de seize voitures reposant chacune sur deux bogies, avec intercirculation de bout en bout, disposition la rendant équivalente au matériel actuel au regard des modalités d’évacuation en tunnel. Avec une capacité supérieure à 900 voyageurs, cette rame offrira, pour une longueur égale à celle des trains TMST, un accroissement de 20 % du nombre de places. L’e320 est annoncé comme tricourant (continu 1,5 et 3 kV, alternatif monophasé 25 kV), apte à circuler sur les réseaux belges, français et néerlandais, ainsi que sur la nouvelle LGV « High-Speed One » en Grande-Bretagne. La tension alternative 15 kV à la fréquence de 16,7 Hz demeure jusqu’ici « optionnelle ». Ce qui laisse dans l’ombre l’utilisation éventuelle, un jour, sur le réseau allemand, dudit matériel… Mais on sait que la relation Francfort – Londres est « à fort potentiel »… Aucune décision ne semblerait avoir été arrêtée, pour le moment. Toutefois, l’arrivée programmée de l’ICE en Grande-Bretagne pourrait hâter les choses. En vue d’une exploitation Londres – Allemagne, à laquelle la DB est candidate à partir de décembre 2013, deux rames à grande vitesse de la DB devaient être présentées à Londres le 19 octobre, après un test d’évacuation d’urgence en grandeur réelle dans le Tunnel le dimanche précédent. Une chose est sûre : si Eurostar ne va pas en Allemagne, c’est l’Allemagne qui va venir à lui.
4. VELARO ET TUNNEL SOUS LA MANCHE SONT-ILS COMPATIBLES ?
Avec les normes actuelles, Eurostar et Alstom disposent de fait d’un monopole technique d’accès au Tunnel pour le segment grande vitesse. Mais Eurotunnel souhaite vivement optimiser l’utilisation du Tunnel : 50 % de sa capacité seulement est aujourd’hui utilisée.
L’e320 est un train « à motorisation répartie » avec 16 bogies moteurs sur un total de 32. La puissance de traction ainsi embarquée s’élève à 16 000 kW, tandis que la charge à l’essieu demeure inférieure à 17 t. À la différence des TMST, cette rame ne sera pas « sécable » au sens de la Commission intergouvernementale (CIG) garante de la sécurité dans le Tunnel, puisque cette disposition a été abrogée par ladite commission le 31 mars dernier, le conducteur d’arrière étant néanmoins, bien sûr, conservé en exploitation. La « sécabilité », avec attelage fusible en milieu de rame, permettait de la « couper » en un minimum de temps en deux demi-rames, pour qu’en cas d’incident grave affectant l’une d’elles, ses voyageurs puissent tous être regroupés dans l’autre et acheminés jusqu’à l’air libre. La procédure n’a jamais été mise en œuvre depuis 1994, année de lancement du service…
Si la sécabilité n’est plus exigée, un certain flou semble subsister quant à la motorisation répartie, question qui ne s’était nullement posée pour la première génération de rames Eurostar conçues sur le modèle du TGV, à une époque où seuls les Japonais exploitaient des trains à grande vitesse pourvus d’une telle motorisation. Aux dires d’un proche du dossier, cette architecture nouvelle n’est pas rédhibitoire, mais nécessiterait néanmoins un audit de sécurité. Aussi serait-il donc sage pour le « client », opérateur ou constructeur, d’anticiper, selon lui, en déposant un dossier que la CIG puisse valider pour le Tunnel, à la manière des homologations « classiques » sur les réseaux appelés à être parcourus par le nouveau matériel. Les détracteurs de la motorisation répartie mettent en avant, évidemment, le fait que moteurs et équipements de traction n’étant plus concentrés sur les motrices d’extrémité mais au contraire distribués sous le plancher des voitures tout au long de la rame, le départ d’un incendie d’origine électrique pourrait survenir en beaucoup plus d’endroits différents et avec davantage de proximité par rapport aux voyageurs. Pour faire bonne mesure, il faudrait néanmoins se souvenir que l’immense majorité des RER et métros dans le monde sont à motorisation répartie, ce qui ne paraît pas émouvoir grand monde… « Il semble y avoir désormais des doutes émis par la partie française de la Commission intergouvernementale qui nous avait pourtant dit, quelques mois auparavant, qu’il n’y avait pas de problème. C’est comme si on refusait les avions à réaction au prétexte qu’on veut garder les avions à hélices ! », s’étonne Nicolas Petrovic, face à la réaction de la France. « Il y a eu une consultation publique en fin d’année dernière et au début de cette année et, en mars, la CIG a écrit qu’elle avait l’intention de moderniser les règles de sécurité dans le Tunnel. Nous avons donc basé les spécifications de notre appel d’offres sur les résultats de cette consultation binationale. En particulier, la commission nous avait donné son accord de principe sur la motorisation répartie. Bien sûr, nous ferons toutes les études complémentaires qui se révéleraient nécessaires. Mais l’ensemble des soumissionnaires nous ont remis des offres en motorisation répartie. Y compris Alstom qui proposait son AGV, en nous disant qu’il n’y avait pas de dégradation de la sécurité avec une telle solution. S’ils pensaient que c’était si dangereux que ça, ils n’auraient pas pris un tel risque ! », poursuit Nicolas Petrovic. L’argumentation française fondée sur l’utilisation de la motorisation répartie a de quoi laisser pantois : « Quand Eurostar a lancé son appel d’offres, nous nous sommes préparés à y répondre avec un train évidemment conforme à la réglementation. Mais la direction d’Eurostar nous a demandé une proposition à motorisation répartie, en précisant que l’appel d’offres ne serait pas mené à son terme si la technologie n’était pas homologuée. C’est dans cet esprit que nous avons travaillé », a indiqué, pour sa part, le patron d’Alstom, Patrick Kron, dans un entretien au Figaro. « Nous pensons que la motorisation répartie est une technologie d’avenir, nous ne voyons pas pourquoi elle serait interdite dans le Tunnel. On ne va pas continuer d’exploiter ce tunnel jusqu’en 2086 avec les règles de 1986 », a indiqué Jacques Gounon, président d’Eurotunnel.
5. COMMENT INTERPRÉTER LE GRAND ÉCART FRANCAIS ?
Jean-Louis Borloo et Dominique Bussereau, qui sont les ministres de tutelle de la SNCF dont Eurostar est maintenant une filiale à 55 %, ont dit leur « stupéfaction » de « la non prise en compte par Eurostar des règles de sécurité applicables dans le Tunnel ». Le fond du problème réside-t-il vraiment dans l’anticipation de l’évolution de règles de sécurité que la CIG a engagée, ou, comme on peut le penser, dans le résultat de la consultation, défavorable au champion français du TGV, Alstom ? En tous les cas, les deux ministres étaient bien moins « stupéfaits» qu’ils ont souhaité le laisser entendre à l’opinion. Comme l’a révélé Challenges, Jean-Louis Borloo avait écrit à Eurostar dès le 4 octobre pour le mettre en garde sur le choix d’un train à motorisation répartie. D’après certaines sources, une stupéfaction plus authentique serait venue de l’Élysée ou, comme on le sait, Alstom a ses entrées. Après l’invitation en grandes pompes à Londres, le 7 octobre, en présence de Philip Hammond, secrétaire d’État britannique aux Transports, le gouvernement français a sifflé la fin de la récréation. Nicolas Petrovic, qui devait déjeuner avec des journalistes français le vendredi, ne s’est pas présenté. Et les meilleures sources sur le sujet se sont taries, cédant le terrain à la contre-offensive politico-industrielle des deux ministres et d’Alstom, la SNCF se gardant de tout commentaire. Mais en Europe, pas plus qu’en France, les objections du camp tricolore n’ont convaincu. « Si la faute d’Eurostar avait été rapidement établie de manière convaincante, cette position de la France pourrait tenir, mais ce ne semble pas être le cas. La France offre au contraire l’image d’un pays protectionniste, et ce, à l’encontre d’un de ses principaux partenaires européens », regrette un industriel.
Trop désireuse de placer son AGV, l’industrie française n’aura pas su appréhender toutes les facettes de la mutation stratégique d’Eurostar. À travers la prise de participation majoritaire de la SNCF au capital d’Eurostar, la France aura peut-être lu « on est chez nous ». Il fallait sans doute également relever qu’Eurostar gardait 40 % de capital britannique et surtout, devenait une entreprise de plein droit, c’est-à-dire libre de ses choix, au premier rang desquels celui du matériel roulant : un enjeu majeur pour la survie dans un marché libéralisé. Pour Eurostar, la cause est entendue. Aujourd’hui, l’opérateur ne veut pas être l’otage de préférences nationales. Il doit simplement gagner son argent en offrant le meilleur à ses clients. Et qu’importe si ce « meilleur » vient de France, d’Allemagne ou d’ailleurs… Les semaines qui viennent diront si Eurostar est véritablement en capacité de choisir ses trains librement.

L’Ecoliner, un bus sans fuel et sans fils
Sur la voie de gauche de cette autoroute à six voies dans chaque sens (!) qui quitte Los Angeles en direction de l’Est, on roule vraiment plein pot sans aucune difficulté. Rien d’étonnant à cela : c’est la voie estampillée « Carpools only », autrement dit celle réservée aux véhicules qui transportent, outre leur conducteur, au moins un passager. Sur les cinq autres voies, voitures (et camions) avancent désespérément au pas. Avec, bien sûr, leur seul conducteur à bord ! Sous les cocotiers de Californie, le transport individuel (au sens premier du terme) semble vouloir encore se donner l’illusion d’avoir l’avenir devant lui…
Pourtant, les transports collectifs ne restent pas inactifs, loin s’en faut. A preuve, le réseau modèle de Foothill Transit, du groupe Veolia, qui dessert une superficie de 850 km2 incluant la partie est du comté de Los Angeles, autour des vallées de San Gabriel et Pomona, avec une incursion d’une trentaine de kilomètres vers le centre de la métropole. C’était la fameuse promesse de Los Angeles : « Vous travaillerez en ville et habiterez la campagne. » Mais le tramway interurbain construit a l’époque héroïque a vite fait faillite. Et n’a été que bien partiellement remplacé par un métro léger, certes ultramoderne, mais qui, toujours faute de crédits, s’achève encore au milieu de nulle part. « Dans ma voiture et sans bouchons, c’est bien ce qu’ont toujours voulu les Américains », déplore Doran J. Barnes, vice-président Transit Management chez Veolia et directeur exécutif de Foothill. « Une culture de l’autoroute a grandi en même temps que la ville de Los Angeles et, pour relever ce challenge, nous nous devions d’être vraiment très, très bons. »
Bons, assurément, les gens de Foothill le sont. Cet opérateur est reconnu comme l’un des plus performants aux Etats-Unis. Pareil résultat est pour partie attribué à un mode d’organisation considéré, sur un réseau d’autobus, comme unique dans ce pays, à savoir un PPP (Public Private Partnership) entre les 22 villes du comté de Los Angeles, secteur public, et Veolia, entreprise privée qui, par l’entremise de Foothill, assure un rôle d’exploitant confinant souvent à celui d’autorité organisatrice. Ce PPP a démarré en décembre 1988 à titre expérimental. « Rassemblant ainsi le meilleur du public et du privé, nous avons vite découvert qu’un tel modèle, dicté par le souci de satisfaire les clients mais également centré sur les résultats, pouvait se révéler extrêmement bénéfique pour la communauté », commente Doran J. Barnes. « Ainsi, à la différence du secteur public, nous sommes en mesure de mettre plus d’argent sur la table si nous savons que nous pourrons ensuite en gagner davantage encore. »
L’opérateur Foothill, qui dessert 33 lignes régulières, exploite un parc de 260 autobus, essentiellement des marques Nabi (North American Bus Industries) et Orion. La plupart sont récents, les plus anciens ayant à peine dix ans. Seuls 66 véhicules sont encore à plancher haut, et l’effectif des « articulés » s’élève à 30 unités. Mis à part les derniers 18 autobus diesel Gillig dont les jours sont désormais comptés, l’ensemble du parc utilise comme carburant le GNV (gaz naturel pour véhicules), auquel l’opérateur se dit très attaché. Le remisage et l’entretien s’effectuent dans deux dépôts, Pomona et Arcadia, ouverts respectivement en 1997 et 2002. Foothill transporte 14 millions de voyageurs par an. Avec la crise économique, ce trafic est hélas en chute de 10 % sur les deux dernières années…
En mars dernier, le premier « Ecoliner » est arrivé. C’est le tout nouvel autobus électrique que le constructeur américain Proterra appelle « EcoRide BE-35 », et qui est fabriqué à 80 % aux USA. Sa particularité réside à la fois dans la rapidité de sa charge (à peine dix minutes) et dans son autonomie (plus de 60 km). C’est en poursuivant un programme de recherche sur les autobus à pile à combustible subventionné par l’Etat américain que Proterra en est tout naturellement venu à développer ce projet en partenariat avec l’université de Clemson. Deux autres Ecoliner sont arrivés en Californie depuis et, le vendredi 3 septembre, le premier service régulier était officiellement inauguré. « C’est le bus le plus cool que j’ai jamais vu dans ma vie ! », s’enthousiasmait à l’inauguration David Dreier, représentant au Congrès. « Quand je pense qu’il aura mis moins de temps à se recharger que, ce matin même, mon rasoir électrique… »PORTRAIT D'UN AUTOBUS PAS COMME LES AUTRES
Dix minutes d’arrêt pour la charge de ses batteries, et l’autobus redémarre avec 50 à 70 km d’autonomie ! Aux vitesses commerciales pratiquées, il peut ainsi fonctionner pendant environ trois heures, avant de devoir être à nouveau rechargé. Ces simples chiffres se suffisent à eux-mêmes pour jauger de l’importance du saut technologique accompli. Le nouvel EcoRide BE-35 que son constructeur, l’américain Proterra, compare volontiers à un « trolleybus sans fil », concrétise bien une petite révolution dans la recherche de l’autobus idéal « à zéro émission ». Outre ses performances exceptionnelles, ce véhicule se distingue par l’extrême célérité avec laquelle ses batteries lithium-titane peuvent être chargées et la non moins extrême facilité avec laquelle l’opération est menée. Le conducteur se contente… de conduire ! Pas de « plug-in » comme sur les désormais classiques petits véhicules électriques, autrement dit aucune manipulation de câble, et pas davantage de prise à raccorder. A la faveur d’un arrêt qui peut être, par exemple, le stationnement au terminus, le système de charge rapide se met automatiquement en fonctionnement. Avant même que le véhicule ne se soit immobilisé à l’emplacement habituel, le long du quai ou du trottoir, pour permettre l’échange de voyageurs, une potence installée à cet endroit a déjà identifié la présence d’un véhicule EcoRide. Les tolérances sur les trajectoires d’approche sont suffisamment larges pour que cette potence puisse être installée pratiquement en n’importe quel endroit de la ligne. La « tête chercheuse » qui équipe la potence descend alors en direction de la toiture en se guidant d’elle-même vers les bornes de charge qui s’y trouvent. Une fois le contact établi, la charge peut commencer. Quand celle-ci est terminée, la tête « décolle » de la toiture et vient se repositionner, tout aussi automatiquement, dans sa position de repos. Et dans l’opération, le conducteur n’a rien eu à faire… Si le processus complet (avec l’approche de la tête, l’établissement du contact et le retrait) dure bien dix minutes, le temps de charge stricto sensu, lui, n’excède pas, en réalité, six minutes, ce qui en dit long sur la capacité du système…
Or l’EcoRide BE-35, en termes de positionnement sur l’échelle de capacité des véhicules routiers de transport en commun, n’est nullement un « mini », ni même un « midi », mais bien un « standard » au gabarit américain de 35’ (35 pieds de long, soit pratiquement notre précédent standard français de 11 m), et qui peut transporter 68 voyageurs avec un maximum de 37 assis ! Il s’agit donc indubitablement d’une première mondiale avec un autobus qui, de surcroît, n’a plus rien d’expérimental, puisque les trois autobus mis en service régulier par Foothill, le mardi 7 septembre, sur la ligne 291 qui relie La Verne à Pomona, ne se différencieront normalement pas des neuf autres que l’opérateur a d’ores et déjà commandés en option.
L’EcoRide BE-35 est un autobus à deux portes et plancher surbaissé, dont la caisse fait très largement appel aux matériaux composites. Du coup, il est de 20 à 40 % moins lourd qu’un véhicule classique (sa masse n’excède pas 10,9 t), plus résistant au crash, et il devrait aussi se distinguer par une longévité supérieure d’au moins 40 % ! En plus, les matériaux composites ne conduisent pas l’électricité comme les métaux, ce qui se révèle toujours très intéressant dès lors qu’il s’agit d’un véhicule « pur électrique » (on connaît, en effet, l’importance des dispositions constructives à prévoir sur les trolleybus pour s’assurer que leur structure demeure en permanence au potentiel de la terre…). Les batteries, qui représentent inévitablement un poids relativement important, sont très intelligemment positionnées non sur la toiture mais à hauteur du soubassement, le long des faces latérales. Ce choix, combiné avec le recours à une caisse composite, permet d’avoir un centre de gravité exceptionnellement bas, facteur bien évidemment d’un excellent comportement dynamique, d’autant que la suspension avant est indépendante. Le « design » de cette caisse tout en rondeurs a été voulu drôle, sympathique et reposant. « Il y a beaucoup d’influence française dans ce bus », s’amuse Dale Hill, président de Proterra, citant notamment le design extérieur, mais aussi la suspension ou encore le tableau de bord. En 2002, Dale fit un passage de neuf mois chez Irisbus, à Vénissieux, et avoue aujourd’hui avoir été « un bon étudiant »…
Les batteries lithium-titane de l’EcoRide se composent de modules de 23 V regroupés en conteneurs de huit unités conçus pour s’insérer parfaitement dans la structure composite du plancher elle-même dessinée pour eux, tout en optimisant en même temps la répartition des masses. Le « pack » de batteries ne devra être changé qu’une fois dans la vie du véhicule. Sa propulsion fait appel à un unique moteur de traction UQM Power Phase de type triphasé synchrone à aimants permanents (sans doute le nec plus ultra en matière de motorisation à l’heure actuelle), qui développe une puissance unihoraire de 150 kW pour 100 kW en régime continu, et génère un couple de 650 Nm. Il confère à l’autobus une remarquable capacité d’accélération, les 30 mi/h (environ 50 km/h) « départ arrêté » étant atteints en un temps de 5,6 s. Monté à l’arrière gauche parallèlement à l’axe du véhicule, ce moteur est couplé à une transmission Borg-Warner avec boîte ZF à trois vitesses tout nouvellement conçue pour satisfaire aux exigences des applications « transport urbain » de Proterra. Cette transmission permet au moteur de travailler dans une plage de rendement de 92 à 95 %, et ce aussi bien en mode « traction » qu’en mode « freinage par récupération ». Et si l’EcoRide BE-35 se veut avant tout un véhicule « pur électrique », il a néanmoins été conçu, dès l’origine, pour pouvoir être équipé, si nécessaire, d’un groupe thermique d’autonomie pour la recharge du système électrique de stockage de l’énergie. Cette disposition conservatoire permettra à des réseaux qui choisiront cette option d’exploiter aussi leurs véhicules sur des lignes dépourvues de poste de charge.Compte tenu de ses aptitudes et de ses performances, cet autobus se démarque donc assez significativement des véhicules hybrides (et a fortiori diesel), fussent-ils les plus récents et les plus perfectionnés du marché. Sur le seul plan des économies réalisées par rapport à la non-utilisation de carburant fossile, les résultats des tests pratiqués par le centre d’essai et de recherche « autobus » d’Altoona montrent que l’EcoRider est déjà 500 % meilleur que n’importe lequel de ses homologues diesel ou hybrides. A partir de l’ensemble des données fournies par Altoona, le constructeur s’est amusé à calculer quel serait l’impact global de la mise en service, au niveau national, de 10 000 de ses autobus BE-35, étant entendu que les seuls trois plus gros réseaux des Etats-Unis représentent déjà un parc total supérieur à 12 000 unités. En prenant comme hypothèse une durée de vie de l’autobus égale à douze ans (valeur visiblement minorée compte tenu de la longévité escomptée), l’opération se solderait par l’économie de 37 millions de barils de combustible diesel. Même avec les projections les plus raisonnables sur l’évolution future du différentiel de prix, aux Etats-Unis, entre le fuel et l’électricité, il apparaît ainsi que les opérateurs gagneraient facilement 430 000 dollars (environ 547 000 euros) par véhicule, soit, pour le parc des 10 000 unités, 4,3 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros) ! En toute rigueur, et sans nier leurs fondements, il conviendrait toutefois de s’interroger sur les limites de ces calculs, dont on ne voit a priori comment ils pourraient intégralement refléter l’origine et le coût énergétique du kWh produit à la centrale, ni même prendre en compte les pertes intermédiaires jusqu’aux batteries. Cela dit, côté émissions polluantes, on éviterait aussi le rejet dans l’atmosphère de 17 millions de tonnes de dioxyde de carbone…
A l’évidence très performant vis-à-vis de l’économie en carburant, et de surcroît totalement respectueux de l’environnement, le nouvel autobus devrait se distinguer aussi par la sobriété de sa maintenance. La raison première réside dans l’absence de motorisation thermique et l’utilisation d’un moteur électrique à aimants permanents, avec peu de pièces en mouvement, qui offre la plus forte puissance massique sous un faible volume et une masse très réduite. Ce moteur devrait avoir la robustesse nécessaire pour garantir une longévité au moins égale à celle du véhicule. Comme plus de 90 % de l’énergie de freinage sera récupérée pour être stockée sous forme électrique dans les batteries, les freins à disques, présents sur toutes les roues, ne devraient guère être très sollicités, d’où une moindre usure et moins de remplacements. Enfin, l’EcoRide BE-35 n’est pas le premier autobus à recourir aux matériaux composites pour sa structure de caisse, aussi le retour d’expérience existe-t-il déjà en ce domaine : les réparations de carrosserie sont généralement 80 % moins chères qu’avec l’acier, et la durabilité comme la résistance aux chocs sont supérieures. Au total, les économies réalisées sur la maintenance d’un véhicule pendant sa durée de vie devraient se situer, selon le constructeur, dans la plage des 75 000 à 150 000 dollars. Quant au coût d’acquisition du nouvel autobus de 35 pieds, à 1,2 million de dollars (environ 950 000 euros), il équivaut, selon Kevin McDonald, directeur des opérations à Foothill, au double de celui de l’un de ses autobus GNV de 42 pieds (12,80 m). Sur une commande d’une centaine, Jeff Granato, directeur général de Proterra, anticipe un prix de 900 000 dollars, soit deux fois celui d’un autobus diesel de même longueur…
DIX MINUTES POUR DEUX TOURS
Simple en apparence, la procédure de chargement rapide des batteries sans aucune intervention du conducteur est, en réalité, la juxtaposition de plusieurs phases successives qui ont chacune nécessité le développement de systèmes « high-tech » aux seules fins de réaliser un interfaçage parfait entre le véhicule et le poste de charge. Lorsqu’un EcoRide BE-35 approche de la potence du poste, il est d’abord identifié par elle. Un dialogue radio sous forme de transmission de données s’établit entre le poste et le véhicule dont la vitesse se trouve alors automatiquement limitée. Grâce à un dispositif ultrasonique de mesure des distances, la potence reconnaît en premier lieu la position de la toiture du véhicule. Dans un deuxième temps, elle localise avec plus de précision des éléments caractéristiques comme la casquette de pavillon, certains équipements en toiture et, bien sûr, la future cible d’atterrissage de la tête de charge, tout en s’assurant, par de multiples contrôles, qu’ils vont tous s’inscrire peu à peu dans les bonnes « fenêtres » de positionnement en vue de pouvoir respecter les tolérances finales. Lorsque le véhicule est enfin parfaitement positionné pour permettre l’atterrissage de la tête, il est automatiquement stoppé, et celle-ci descend sur de courts rails de guidage solidaires de la toiture du véhicule. L’autobus avance alors automatiquement de quelques centimètres, et la tête désormais matériellement guidée s’enfonce pour venir se positionner exactement sur les contacts électriques, ce qui va provoquer successivement l’immobilisation du véhicule, la sortie des brosses de contact, le début de la charge effective et l’ouverture des portes afin de permettre l’échange de voyageurs. Une fois le chargement des batteries terminé (le système est en mesure de les charger de 0 à 95 % de leur capacité, les 92 % étant atteints dès les six minutes mais les 60 % suffisant généralement), les brosses se rétractent dans leur logement, la tête décolle de la toiture, et le conducteur peut « reprendre la main », autrement dit quitter son arrêt après avoir fermé ses portes, repartant ainsi pour 60 km. En pratique, le véhicule pourra faire deux « tours » sur la ligne 291 avant d’être rechargé. Le plus impressionnant demeure que l’ensemble de l’opération n’aura pas duré dix minutes…Les chargeurs rapides mis en œuvre dans l’application Foothill proviennent de la firme américaine AV Aerovironment, leader en ce domaine, mais aussi grand spécialiste des drones (avec, pour l’un de ses avions sans pilote généralement utilisés dans les armées, un record mondial d’altitude à près de 100 000 pieds !). La charge s’effectue en courant continu, sous une tension de 300 à 400 V (mais on pourrait aller jusqu’à 600 V), et avec une intensité pouvant atteindre les 1 100 A. Compte tenu des courants forts ainsi générés, des protections performantes existent au niveau du poste de charge afin que la disjonction intervienne pratiquement dans l’instant d’apparition d’un défaut.

Les collectivités s’apprêtent à lancer le véhicule électrique en France
C’est reparti pour un tour. Malgré ses défauts (coûts élevés, temps de charge long, autonomie réduite) et les expériences pas toujours concluantes du passé (comme celle d’EDF à la fin des années 90 avec sa flotte de 106 et Saxo électriques), la voiture électrique (VE) retente sa chance, persiste et signe. En effet, la situation sur le front du véhicule propre a beaucoup évolué ces deux dernières années. La technologie des batteries lithium-ion permet une meilleure autonomie (jusqu’à 150 km) et, surtout, l’offre de VE s’est enfin concrétisée : PSA démarre la commercialisation des Peugeot iOn et Citroën C-Zero, tandis que Renault s’apprête à lancer sa berline Fluence et son utilitaire Kangoo ZE. Il y a aussi les modèles hybrides rechargeables (VHR), la nouvelle génération de Toyota Prius et la Chevrolet Volt qui vont bientôt débarquer. Et ce n’est qu’un début. Les projets comme Autolib’ à Paris ou le développement des systèmes d’autopartage dans les grandes villes (Mobizen, Okigo, Zipcar) semblent également propices à l’automobile électrique ou électrifiée. Une dynamique nouvelle se met en place. Côté clients, entreprises et collectivités territoriales notamment, ça bouge aussi. Dans le cadre du plan Borloo pour le développement du véhicule décarboné, un contrat historique a été signé le 13 avril dernier portant sur la commande massive de 50 000 véhicules électriques (23 000 au minimum). Une première. Coordonné par l’Ugap (Union des groupements d’achats publics) et piloté par la Poste, ce projet d’envergure rassemble quelque 20 grands acteurs publics et privés. On y trouve la SNCF, RATP, Air France, Bouygues, Veolia, Areva, mais aussi des associations d’élus des grandes collectivités locales comme l’Acuf (Association des communautés urbaines de France) et l’AMGVF (Association des maires de grandes villes de France). L’objectif est, au mieux, de créer un mouvement de masse pour lancer le véhicule électrique en France. Au moins, de mettre en confiance les industriels, encore frileux, pour qu’ils lancent leur production. Une étape a déjà été franchie dans le dialogue entre futurs acheteurs et constructeurs. « La première phase de discussion est maintenant terminée, prévient Stéphane Zunino de l’Ugap. On attend maintenant les propositions afin de pouvoir les étudier et retenir les meilleurs spécimens d’ici la fin de l’année. » Suspens.
UNE NOUVELLE DONNE POUR LES COLLECTIVITÉSPar la suite, les collectivités territoriales, services de l’Etat et autres établissements publics pourront satisfaire leurs besoins directement auprès de l’Ugap. Sur l’ensemble des véhicules commandés, l’organisme s’est en effet engagé à leur revendre environ 15 000 voitures dans un premier temps. Ce qui pourrait faire entrer jusqu’à 25 % de véhicules électriques dans les flottes publiques, selon l’Acuf. « Grâce à cette centrale d’achat dans laquelle elles sont représentées, les villes font désormais cause commune autour du véhicule électrique et profitent d’une nouvelle organisation qui leur facilite la tâche », explique Stéphane Zunino. Finies donc les initiatives isolées et les expérimentations hasardeuses, l’Ugap s’occupe de tout. « Les collectivités territoriales n’auront plus qu’à se servir, elles ne seront plus obligées de lancer seules appels d’offres, consultations et autres études de faisabilité onéreuses. Elles auront en outre la garantie d’avoir des véhicules conformes à leurs attentes ainsi qu’un cadre juridique assuré », poursuit-il. Si l’expérience est concluante, le dispositif devrait s’élargir et proposer un plus large choix de modèles tout en augmentant le nombre des commandes. « La situation a profondément changé ces deux dernières années », constate Olivier Landel, délégué général de l’Acuf. « Notre volonté de s’équiper en véhicules électriques n’est pas nouvelle, mais les conditions n’étaient jusqu’ici pas réunies ou favorables. En 2007, nous avions déjà tenté une commande groupée de 500 véhicules en partenariat avec la Poste. Mais sans succès, puisque seul un constructeur avait répondu sur 30 participants. Le marché n’était pas prêt, il y avait encore trop d’incertitudes. »
DES COÛTS BIEN MAÎTRISÉS
Si l’offre des constructeurs a fortement évolué, le véhicule électrique reste cher : 35 000 € pour une Peugeot iOn. C’est presque trois fois plus qu’un véhicule thermique équivalent. La faute au coût encore très important des batteries li-ion, qui représentent environ 20 % du prix de la voiture. Pour encourager particuliers, entreprises et collectivités à s’équiper, l’Etat accorde donc un crédit d’impôt de 5 000 euros pour l’acquisition d’un VE. Un joli coup de pouce. N’émettant aucune émission de CO2, les véhicules électriques (de même que tout véhicule rejetant moins de 60 g/km de CO2) sont également exemptés de la TVS (taxe sur les véhicules de société). Un argument de poids pour les gestionnaires de parcs. Le plus gros des économies se fait toutefois à l’usage. Le prix du kW (1,5 euro le plein d’électricité) étant largement inférieur au prix du carburant, le véhicule électrique devient alors rentable dans le temps, à condition de l’utiliser intensivement. Ce qui est souvent le cas dans les entreprises.
Le cahier des charges fixé par l’Ugap ne fait aucun compromis sur ce point : « Le TCO (coût total de possession) du véhicule électrique doit rester inférieur ou égal à celui du véhicule thermique. Grâce aux formules de location longue durée (leasing), la garantie des batteries sur toute la durée de vie du véhicule, voire la revente de celles-ci, les gestionnaires de flottes pourraient donc s’y retrouver. » C’est en tout cas la promesse faite par les constructeurs dans leurs offres. « La partie devrait cependant être plus facile pour le véhicule utilitaire (VU), moins lourdement taxé et plus rentable dans son exploitation que le véhicule particulier (VP) », estime Philippe Brendel, directeur de l’OVE (Observatoire du véhicule d’entreprise). « Pour l’instant, l’écart de TCO est de 30 à 40 % en faveur du VU, c’est donc ce type de modèle qui a le plus de chance de pénétrer le monde des entreprises et des collectivités dans un premier temps. »LE VASTE CHANTIER DE L'INFRASTRUCTURE
Le développement du véhicule ne se fera pas sans le déploiement d’une infrastructure de bornes de recharge sur le territoire. Un vaste chantier qui passe forcément par l’appui des pouvoirs publics. Le plan Borloo prévoit notamment la création de 900 000 points de recharge privés et 75 000 accessibles au public dès 2015. Avec l’obligation pour les communes d’installer des prises de recharge dès 2012 pour toute nouvelle construction d’immeuble (bureaux et habitations) avec parking. La création de bornes sera également facilitée dans les parkings, les centres commerciaux, dans le réseau des stations-service et sur la voirie. Si la plupart des bornes seront privées (domiciles et bureaux) et adaptées aux charges lentes afin de lisser la consommation d’énergie, « la présence de points de recharge rapide (entre 20 et 40 kW de débit) sur la voie publique sera indispensable pour rassurer l’usager », précise Patrick Coroller, de l’Ademe. « L’idée est de permettre à l’automobiliste en panne de recharger en partie sa batterie en 15 minutes, mais uniquement en cas d’urgence. » Mais où les installer, comment gérer leur utilisation ? Rien n’est encore décidé. Une expérimentation financée par l’Ademe est actuellement menée à Strasbourg avec une flotte de 100 Toyota Prius hybrides rechargeables et autant de bornes de recharge. De même esprit, le projet Save mené par Renault-Nissan dans les Yvelines prévoit l’installation de 300 points de recharge en 2011. Par ailleurs, 13 villes se sont engagées à déployer une première vague d’infrastructure dans le cadre du plan Borloo pour le véhicule décarboné : Bordeaux, La Rochelle, Grenoble, Rennes, Nice, Angoulême, Aix-en-Provence, Orléans, Paris, Rouen, Strasbourg, Le Havre et le Grand Nancy. Chacune devrait bénéficier prochainement d’un plan d’aides. « On est encore au début du processus », prévient Jean-Louis Legrand, coordinateur interministériel pour le véhicule décarbonné, mais nous allons bientôt présenter dans un “livre vert” les modalités techniques, juridiques et financières du déploiement des bornes. » En attendant, on sait d’ores et déjà que le dossier est complexe et que les mesures s’appliqueront aux cas par cas et de manière variable, qu’il s’agisse d’entreprises privées, semi-publiques ou des collectivités locales. « La répartition des véhicules électriques et hybrides rechargeables est encore très diffuse, et il faut tenir compte de la spécificité des communes, de leurs plans de déplacements urbains, de leur politique de mobilité », rappelle Jean-Louis Legrand.

Eole : trois fois trois choix pour une ligne
TROIS TRACÉ POUR UN TUNNEL (voir carte)
1 De Haussmann-Saint-Lazare à La Défense, en suivant l’avenue des Ternes
A la sortie de Saint-Lazare, la ligne suivrait le boulevard Haussmann en longeant la ligne A du RER. Elle passerait au nord du palais des Congrès puis sous la Seine au nord du pont de Neuilly.
Comme il n’y a aucune gare entre Paris et La Défense, c’est le tracé le plus direct et le plus court, soit 7,8 km. Il offrirait donc le meilleur temps de parcours, six minutes, ce qui le rend attractif par rapport au RER A. Conséquence : il devrait avoir le meilleur impact en ce qui concerne le report de trafic du RER A vers le RER E. En revanche, par rapport aux deux autres hypothèses de tracés examinées, sans gare nouvelle dans Paris, il ne permettrait pas de desservir de nouveaux territoires dans la capitale et participerait moins au « maillage » des transports collectifs.
2 De Haussmann-Saint-Lazare à La Défense par la porte MaillotLe tracé est le même à la sortie de Saint-Lazare avant de rejoindre la porte Maillot. Là, une nouvelle gare, souterraine, serait créée, implantée entre le terre-plein central et le palais des Congrès. Après avoir longé l’avenue Charles-de-Gaulle à Neuilly-sur-Seine, elle franchirait également la Seine au nord du pont de Neuilly.
D’une longueur de 7,9 km, ce tracé permettrait d’avoir un temps de parcours relativement faible, 7,5 mn, également attractif par rapport au RER A. Autres atouts majeurs : grâce à la gare nouvelle, ce scénario permettrait de renforcer le maillage des transports collectifs en assurant des correspondances avec la ligne C du RER et la ligne 1 du métro. Elle desservirait également un quartier de Paris promis à un certain développement, structuré autour du palais des Congrès. Reste le coût de la gare nouvelle : environ 300 millions d’euros.
3 De Haussmann-Saint-Lazare à La Défense par la porte de ClichyA la sortie de Saint-Lazare, la ligne effectuerait une courbe en direction du nord pour se diriger vers la porte de Clichy. Elle rejoindrait La Défense en passant sous la Seine à la hauteur de l’île de la Jatte. Ce tracé serait le plus long des trois variantes étudiées, 9,4 km. D’où un coût plus élevé, un temps de parcours plus long, 8,5 mn, et un impact plus faible sur la décharge recherchée du RER A. Les contraintes techniques sont également estimées plus importantes.
Avec une nouvelle gare créée porte de Clichy, ce tracé mettrait le RER E en correspondance avec le RER C, la ligne 13 et la ligne 14 lorsqu’elle sera prolongée. Elle desservirait également le quartier Clichy-Batignolles où sera installée la future cité judiciaire de Paris.
Il existe toutefois des solutions alternatives pour la desserte de ce quartier, en particulier avec la station porte de Clichy de la ligne 14 prolongée. Et puis, les actuels trains directs entre Saint-Lazare et La Défense, puisqu’il y aurait des directs entre Haussmann et La Défense par la ligne E, pourraient s’arrêter à Pont-Cardinet et renforcer ainsi la desserte du secteur des Batignolles. Enfin, en dehors de la correspondance avec le RER C, ce tracé n’apporte pas d’autres correspondances que celles permises en gare d’Haussmann-Saint-Lazare. En fait, ce tracé dit « historique », qui était légitimé avant tout par la candidature de la France pour les Jeux olympiques de 2012, n’a plus le même intérêt.
TROIS SITES POUR LA GARE DE LA DÉFENSE1 Sous le Cnit
Placée à moins de 150 m du pôle d’échanges La Défense-Grande Arche, cette gare optimiserait au mieux les correspondances entre le RER E et les autres modes de transport en commun qui desservent ce vaste pôle d’échanges. Ce qui devrait permettre d’optimiser la décharge du RER A. En fonction de ses caractéristiques – distance par rapport à la gare existante, longueur des couloirs de correspondances, localisation des sorties sur le parvis… –, elle favoriserait également la réorganisation de ce pôle d’échanges et donc la gestion des flux de voyageurs. De quoi séduire en particulier la SNCF qui avoue sans détours sa préférence « comme exploitant. On est au plus près du cœur des transports », souligne Jacques Tribout. En revanche, son implantation serait complexe. C’est dû, en particulier, à son insertion dans un sous-sol occupé par de nombreuses infrastructures. Des études techniques détaillées seront nécessaires en vue de préciser son implantation exacte, si possible le plus près de la gare de correspondances, afin de limiter les couloirs.
Depuis la gare sous le Cnit, le tunnel rejoindrait la gare en surface de La Folie, suivant approximativement le boulevard de La Défense. Entre ces deux gares, la pente du tunnel serait de 4 %. Légèrement supérieure au maximum normalement admissible (3,6 %), cette pente est estimée acceptable pour le matériel roulant du fait de la courte distance. A titre de comparaison, la pente du tunnel du RER B est de 4,5 % sur 600 m entre les gares Saint-Michel-Notre-Dame et Luxembourg.2 Sous le boulevard circulaire
Cette gare serait en bordure du nouveau quartier du faubourg de l’Arche et à 360 m environ du pôle d’échanges La Défense. Elle desservirait un secteur comprenant de nombreux immeubles de bureaux existants ou en projet, actuellement moins bien desservis par les transports en commun. Globalement, cette localisation serait bénéfique pour les secteurs d’habitation situés au nord du quartier d’affaires de La Défense.
Parmi les handicaps, certains sont techniques : son positionnement sous un axe urbain en viaduc, près de la tour Phare, implique de nouvelles études pour vérifier sa faisabilité technique. D’autres tiennent à l’une des finalités essentielles du projet : son relatif éloignement du pôle d’échanges de La Défense pourrait affecter le report de voyageurs du RER A vers le RER E.
3 Sous l’avenue GambettaA l’intersection entre l’avenue Gambetta et le boulevard circulaire, la gare se situerait à 550 m du pôle d’échanges de La Défense. Comme pour la gare précédente, son positionnement sous un axe urbain en simplifierait la construction. De même, sa localisation permettrait de mieux desservir le nord du quartier d’affaires, dans un secteur avec de nombreux immeubles de bureaux existants ou en projet, et notamment tout le secteur « Esplanade » actuellement desservi par la seule ligne 1 du métro, saturée dans cette station aux heures de pointe.
Contrepartie majeure : cette variante pourrait affecter les reports du RER A vers le RER E des voyageurs se rendant vers le secteur Grande Arche de La Défense, les correspondances étant estimées à plus de 10 mn. Quant à la pente du tunnel entre cette gare et celle de La Folie, elle serait de 3,8 %. Une pente, là aussi, « acceptable ».
TROIS VARIANTES POUR REJOINDRE LES VOIES VERS MANTES-LA-JOLIE
Pour raccorder la ligne Mantes-la-Jolie – Poissy – Saint-Lazare à la voie nouvelle à Nanterre et y franchir le faisceau de voies ferrées, trois variantes sont proposées.
1 Un saut-de-mouton, autrement dit un pont de chemin de fer au niveau du pont de franchissement de l’autoroute A6, dit pont de Rouen, qui devra être élargi. Ce pont de chemin de fer de 900 m permettrait de franchir le faisceau.
2 Un saut-de-mouton au niveau de la Seine. Ce pont de chemin de fer, d’une longueur de 650 m, se situerait au-dessus de la Seine sur le pont de la Morue et serait plus éloigné du quartier du « Petit Nanterre ».
3 Un terrier, passage souterrain sous les voies ferrées et sous l’autoroute A86. Ce souterrain ferrait 1 200 m de longueur. L’avantage, c’est l’insertion urbaine. L’inconvénient, une dégradation des performances d’exploitation, puisque la vitesse du RER E en provenance de Mantes serait réduite à 90 km/h, contre plus de 100 km/h pour les sauts-de-mouton, au sortir des voies Mantes-Saint-Lazare, ce qui nuirait à la capacité de la ligne, tant sur la ligne E du RER que sur le réseau SNCF de Paris-Saint-Lazare.
Dossier réalisé par François DUMONT et Pascal GRASSART
