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Archives : Dossiers
Les nouveaux visages du transport régional
Sur 22 responsables des transports en région, 14 sont nouveaux. On ne peut pas dire que cela se traduise par une féminisation. Il n’y avait qu’une seule vice-présidente chargée des transports, la socialiste Janine Marquaille, en Nord-Pas-de-Calais. Elles ne sont aujourd’hui que deux, l’écologiste Françoise Coutant en Poitou-Charentes, la socialiste Bernadette Laclais en Rhône-Alpes. Le monde politique français est très masculin, celui des transports aussi. De ce point de vue, malgré le renouvellement des personnes, c’est la stabilité.
À première vue, ce qui est très stable, aussi, c’est le poids des formations politiques. L’UMP avait deux représentants, elle a perdu la Corse et n’a plus que l’Alsace. Les communistes aussi ont perdu un représentant, mais leur influence est tout aussi forte. Ils étaient 12 communistes à gérer les transports régionaux sur 22. Ils sont 11 maintenant aux manettes dans les 20 régions sur les 22 métropolitaines qui sont responsables des TER. Ils s’étaient souvent imposés à ces postes, du fait de la proximité entre le PCF et la CGT Cheminots. On espérait ainsi qu’ils pourraient mettre en musique, et sans couac, la régionalisation des TER, voulue notamment par un communiste, Jean-Claude Gayssot, mais devant laquelle les cheminots renâclaient plutôt. Ce pari a été remporté, la régionalisation étant un succès.
L’étape suivante, voulue par l’Europe, s’annonce moins évidente. Ces 11 responsables, à peine élus, ont d’ailleurs tenu à marquer, par un communiqué commun, leur soutien à la récente grève de cheminots. Comme nous le rappelle tout de suite l’un d’eux, ils vont batailler pour s’opposer à la « casse du service public et à la privatisation des TER ». Ce rapport de force politique n’est pas pour rien dans le report à septembre de la publication du rapport Grignon, portant sur l’ouverture progressive à la concurrence des TER.
Mais, plus que cette stabilité, ce qui marque, c’est l’arrivée d’écologistes aux commandes. Aucun d’entre eux n’occupait de telle vice-présidence dans les précédents conseils régionaux. Ils sont quatre. Françoise Coutant en Poitou-Charentes, Alain Fousseret en Franche-Comté, Jean-Yves Petit en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Jean-Vincent Placé en Île-de-France. Des écologistes qui, à l’exception de Jean-Yves Petit, écolo, cégétiste et cheminot, n’ont pas les mêmes affinités que les communistes avec les cheminots. Des écologistes qui ne sont pas hostiles par principe à la concurrence, et seront peut-être des partenaires plus difficiles que les communistes pour les présidents socialistes.
Des figures bien connues s’effacent, pour assumer d’autres fonctions. C’est le cas des deux « pères » de la régionalisation des TER, Jean-Claude Gayssot en Languedoc-Roussillon, Hubert Haenel en Alsace. C’est aussi le cas de Bernard Soulage en Rhône-Alpes, pourtant vice-président du Gart et secrétaire national aux transports du Parti socialiste. Au bout du compte, dans les plus grandes régions françaises, avec Jean-Vincent Placé en Île-de-France, Bernadette Laclais en Rhône-Alpes, Jean-Yves Petit en Paca, Alain Wacheux en Nord-Pas-de-Calais, le transport régional présente bel et bien de nouveaux visages.ALSACE
Antoine Herth : De l’alimentaire au transport
Antoine Herth, député (UMP) du Bas-Rhin depuis 2002 et nouvel élu régional, a été nommé président de la commission transports à la région Alsace. Cet agriculteur d’Artolsheim (Bas-Rhin) se voit de surcroît confier l’animation d’un des deux pôles transversaux dans l’action de la collectivité, qui regroupe les transports, le développement des territoires, l’environnement et l’habitat, et le tourisme. Ancien syndicaliste agricole, rapporteur en juin 2008 de la loi sur les organismes génétiquement modifiés, il a concentré son expertise politique sur des questions agroalimentaires. Depuis quelques années, il relayait à l’Assemblée nationale des sujets relatifs aux transports, chers à l’ancien président Adrien Zeller, tels que l’ouverture à la concurrence de la SNCF sur les TER. « Je ne défends pas une position idéologique, mais une ouverture pragmatique à des opérateurs alternatifs », explique Antoine Herth, qui attend les conclusions de la mission confiée au sénateur Francis Grignon, son voisin en Alsace centrale, pour soumettre la question au débat à l’Assemblée régionale. Au Palais-Bourbon, il envisage de migrer de la commission des affaires économiques, où il siège actuellement, à celle du développement durable et de l’aménagement du territoire, où il estime pouvoir valoriser davantage ses nouvelles compétences dans le transport.
En Alsace, ses dossiers prioritaires concernent le tram-train de Mulhouse, mis en service en décembre 2010, et le cadencement des horaires des TER dans le sud de la région, promis en 2011 avec l’arrivée du TGV Rhin-Rhône. En guise de desserte ferroviaire de l’Euroairport, promesse électorale chiffrée à 171 millions d’euros pendant la campagne, Antoine Herth propose une première étape avec des bus à haut niveau de service cadencés toutes les 15 minutes depuis la gare de Saint-Louis.AUVERGNE
Luc Bourduge : beaucoup de projets de remise à niveau
Avec ce portefeuille, le plus important de la région en termes de budget, Luc Bourduge, conseiller municipal de Montluçon, récupère un dossier qu’il connaît bien : il était membre de la commission transports lors du précédent mandat. « Je me suis frotté à quelques dossiers chauds : le plan rail, le CPER, la convention SNCF en 2009 », rappelle-t-il.
Objectif principal en Auvergne ? Renforcer l’attractivité du train. « C’est compliqué, on a la gestion du transport régional, pas celle de l’entretien des lignes, et elles sont en piteux état », indique celui qui était farouchement opposé à une dépense hors compétence régionale, car « c’est comme si le propriétaire demandait au locataire de refaire la toiture de la maison » ! Mais, devant l’urgence, il s’est rendu, « deux lignes ont dû fermer dans l’Allier », la région a mis 107 millions d’euros dans un plan rail. Depuis 2004, elle a aussi entièrement renouvelé le parc de matériel roulant pour 86 millions d’euros.
Les TER enregistrent une légère hausse de fréquentation dans la périphérie clermontoise. « On a développé l’attractivité », en déduit Luc Bourduge, tout en reconnaissant que ce n’est pas « proportionnel aux investissements ». Ce conseiller régional sortant, technicien chez ERDF, était, dans l’Allier, la tête de liste du Front de gauche mené par André Chassaigne. Il promettait alors la gratuité aux moins de 25 ans.
Le projet socialiste est différent, il s’incline : « Nous étudions la possibilité de proposer les trajets domicile – travail ou lieu d’études à un euro. »
Ses autres objectifs : le cadencement en 2012, une centrale de mobilité et « une billetterie commune » à tous les transporteurs du territoire. Du pain sur la planche…AQUITAINE
Bernard Uthurry : contre l’asphyxie routière, le projet de LGV
Pour la première fois élu au conseil régional, Bernard Uthurry, qui a brillamment conduit la liste des Pyrénées-Atlantiques – il obtient 52 % au second tour malgré une triangulaire –, occupe une place de choix dans l’équipe renouvelée d’Alain Rousset, qui débute son 3e mandat. Le maire d’Oloron-Sainte-Marie (12 000 habitants) depuis mars 2008 et président de la communauté de communes du Piémont Oloronais est jeune en politique, mais il a acquis la confiance du président. Ce natif de la vallée de Barétous, dans le Béarn, dont il a gardé l’accent prononcé, sait se sortir de la mêlée. Et pour cause, dans les années 70 et 80, il était 3e ligne au FCO-Rugby, le club oloronais. Il devient ensuite prof de gym, entraîneur, président de l’office municipal des sports, puis directeur du service départemental du sport scolaire. De sa carrière sportive il a gardé l’esprit d’équipe. Et des qualités de rassembleur. Si on est venu le chercher pour animer une liste régionale, c’est parce qu’il a « gagné Oloron de manière collective ». Il s’est déjà bien imprégné du dossier transports. Au programme : poursuite de la modernisation du matériel roulant – 400 millions d’euros ont été engagés pour les rames neuves à réceptionner de 2013 à 2020 et la rénovation – et de la mise en œuvre du cadencement. Sur le projet controversé de LGV, Bernard Uthurry, sur la même longueur d’onde qu’Alain Rousset, rappelle que le projet est « européen », « nécessaire au désenclavement » et « indispensable pour dégager des sillons fret et TER alors que la région subit l’asphyxie routière ». Il promet de traiter « les possibles dégâts » entre Bayonne et Hendaye « de manière chirurgicale ».BOURGOGNE
Jean-Paul Pinaud défendra les intérêts de Nevers
En Bourgogne, un communiste succède à un communiste, et c’est un nouvel élu, Jean-Paul Pinaud, (58 ans), « tout neuf dans la maison », dit-il, qui succède à Jean-Claude Lebrun. Technicien agricole retraité, Jean-Paul Pinaud n’est pas un spécialiste du chemin de fer. Certes, il a « pas mal échangé » avec son prédécesseur, mais pour l’instant le nouveau responsable du transport ferroviaire s’en tient plutôt une approche programmatique : prendre appui sur ce qui a été fait depuis 2004, poursuivre les aménagements qui vont permettre de répondre aux besoins de façon « moderne, confortable, rapide », préserver le maillage ferroviaire et l’accès équitable au service public de transport, assurer son accessibilité au plus grand nombre grâce à des tarifs attractifs. Batailler aussi, ou surtout, contre « la politique libérale impulsée par le gouvernement sous couvert de politique européenne », qui a pour effet « de casser le service public, de privatiser le TER ».
Le nouvel élu a sur son agenda quelques projets importants : terminer l’électrification de Nevers -Dijon, faire avancer le projet de ligne Centre Europe Atlantique, rouvrir de part en part Nevers -Clamecy – Auxerre – Troyes, poursuivre la modernisation de l’existant. Et, même si on sort de la stricte compétence régionale, faire en sorte que la future LGV Paris – Orléans – Lyon passe par Nevers. Un dossier sans doute cher à ce maire adjoint de Garchizy, petite ville de 3 800 habitants de la banlieue de Nevers.
BRETAGNE
Gérard Lahellec : didactique, pragmatique et visionnaire
Quand on lui demande ce qu’il pense de son prestataire SNCF, Gérard Lahellec y va de sa sentence d’instituteur : « Bons résultats, mais peut mieux faire. » Ceux qui l’ont pratiqué vous le diront, le vice – président transports de la région Bretagne est connu pour s’exprimer comme un prof de lettres, de manière châtiée et construite. Le natif de Plufur (Côtes-d’Armor) a bien été auxiliaire de l’Education nationale au collège de Bégard, mais c’était entre 1973 et 1975. De formation, Gérard Lahellec est technicien des installations des télécommunications. Sa première vie professionnelle, il l’a d’ailleurs passée à France Télécom entre 1978 et 2004. Elu communiste au conseil régional de Bretagne depuis 1994, Lahellec s’est présenté en 2004 sur la liste d’union conduite par Jean-Yves Le Drian. Il obtient à cette occasion son premier portefeuille aux Transports dont le bilan est salué de toutes parts. « Gérard Lahellec s’est bien débrouillé avec le dossier du TER », estime le quotidien Ouest France. Les collectivités renchérissent : « c’est un partenaire agréable et compétent, qui habite sa fonction. Il a une vraie vision des transports », souligne Guy Jouhier, son homologue de Rennes Métropole. Ses objectifs pour le mandat rétréci qui s’ouvre ? Déployer dans toute la Bretagne la carte intermodale Korrigo, préparer le doublement, voire le triplement de la fréquentation sur les lignes TER, mettre en place le plan ferroviaire breton et déjà préparer l’arrivée du TGV, avec le difficile arbitrage sur les dessertes. Bon négociateur, Lahellec est connu pour son pragmatisme : « Je n’attends pas le grand soir, j’œuvre au quotidien pour améliorer la qualité de la vie de gens », résume-t-il.
CENTRE
Jean-Michel Bodin : l’homme des dossiers de longue haleine
Il est de toutes les inaugurations, nombreuses dans sa région, touchant au domaine des transports. En particulier sur rails : gares rénovées et rendues accessibles aux handicapés, nouveaux espaces voyageurs, nouveaux trains… Consensuel et subtil lors de ces événements, son discours prend des accents plus politiques sur son blog, sa déclaration contre le rapport de la Cour des comptes sur le TER ou sa signature au bas de la déclaration des vice-présidents communistes délégués aux transports au sujet de la récente grève à la SNCF.
Car c’est sous la bannière du PCF que Jean-Michel Bodin est élu au conseil régional du Centre depuis 1986, comme représentant de l’Indre-et-Loire. Il affiche également une belle longévité comme vice-président délégué aux transports, poste qu’il occupe depuis le basculement à gauche du conseil régional en 1998, sous trois différents présidents socialistes (Michel Sapin, Alain Rafesthain et François Bonneau). Devenu un acteur-clé du transport régional français, il préside depuis 2005 les Rencontres nationales du transport régional de Tours.
En une douzaine d’années, Jean-Michel Bodin a poursuivi la modernisation du parc TER dans sa région, pionnière des nouveaux matériels roulants. Le Centre se retrouve ainsi avec un des parcs TER les plus modernes de France, y compris sur le réseau métrique du Blanc-Argent, doté d’un nouvel atelier sur mesures. En temps que président de l’association Raco (association pour la modernisation de l’axe Rhône-Centre-Océan) depuis maintenant dix ans, Jean-Michel Bodin suit de près la modernisation de l’axe Nantes – Lyon, sur lequel il a inauguré l’électrification Tours – Vierzon en 2008. Son volontarisme s’est heurté à de nombreux obstacles sur un autre projet de longue haleine : la ligne Orléans – Chartres, où la desserte voyageurs n’est pas encore restaurée.
CHAMPAGNE-ARDENNE
Pierre Mathieu : faire entendre sa petite musique
Pierre Mathieu n’est pas mécontent du bilan de son premier mandat, qui a valu à Champagne-Ardenne notre dernier Prix des régions. Le plan de transport du TER a été recomposé, le nouveau contrat avec la SNCF finalisé, la première phase de l’électrification de Paris – Troyes contractualisée. En reprenant une délégation à laquelle s’ajoute la mobilité durable, il veut « faire vivre tous ces dispositifs ». La région va faire passer d’un aller-retour à deux la relation Troyes – Dijon et améliorer l’étoile ferroviaire de Reims. Elle va développer Vitici, sa centrale de mobilité, pour en faire un outil d’aide à la mise au point de plans de déplacements d’entreprise ou de développement du covoiturage. Elle va s’attacher aux territoires ou populations mal desservis en organisant des rabattements, par forcément par le ferroviaire, sur le réseau structurant des TER. De grands sujets s’annoncent sur les pôles d’échanges, dont la région veut être un « acteur actif ». Sur la tarification, Pierre Mathieu a le sentiment de ne pas entonner « la même petite musique » qu’on peut entendre ailleurs sur la quasi-gratuité : ce qui ne l’empêche pas de proposer avec le Pass’Solidaire des gammes tarifaires qui tiennent compte des revenus des utilisateurs. Autre sujet : la billettique transports publics-TER. « On aimerait bien être un peu opérationnel avec la mise en service du tramway de Reims », avance-t-il prudemment.
Communiste depuis ses 18 ans, Pierre Mathieu a été conseiller municipal de Troyes, a exercé des responsabilités nationales au PCF, est aujourd’hui vice-président du Gart. Aux dernières élections régionales, il a fait partie dès le premier tour de la liste d’union de la gauche emmenée par Jean-Paul Bachy, option qui s’est « faite sans drame » dans les quatre départements, même si elle n’était pas celle du PCF au niveau national.
CORSE
Paul-Marie Bartoli : gérer la panade
Se voir confier la présidence de l’office des transports de la Corse (OTC), l’équivalent d’une vice-présidence aux transports dans les autres régions françaises, est une lourde charge dans le contexte politique et social qui règne en Corse. Paul-Marie Bartoli, maire de Propriano et président de la communauté de communes du Sartenais-Valinco, hérite de plusieurs dossiers explosifs : dans les proches semaines, la suppression de l’aide sociale dans les transports maritimes et la reconduction – ou pas – de la convention pour l’exploitation des Chemins de fer de la Corse. Ce proche d’Emile Zuccarelli devra également gérer les relations très tendues entre la SNCF (les Chemins de fer de la Corse – CFC) et la collectivité territoriale de Corse (CTC), et dénouer la crise née de la mise en service des nouveaux trains AMG 800, qui semblent incapables de rouler sur le réseau corse.
Les premiers de ces trains mis en service sur le réseau corse ont été retirés précipitamment de la circulation, fin avril, par la SNCF, suite à des problèmes techniques, supprimant du même coup sans préavis l’une des deux rotations quotidiennes entre Bastia et Ajaccio.
FRANCHE-COMTÉ
Alain Fousseret : le TER?mais pas la LGV Rhin-Rhône
Alain Fousseret entame sa deuxième mandature comme vice-président de la région Franche-Comté, mais change de délégation. En 2004, il avait pris la vice-présidence du conseil régional en charge de l’éducation, des lycées et des TIC. Désormais en charge des transports, Alain Fousseret voit toutefois lui échapper les questions liées à la LGV Rhin-Rhône, dont Marie-Guite Dufay, présidente de région depuis 2008, est directement responsable. Ce partage des rôles découle des prises de position respectives du PS et d’Europe Ecologie pendant la récente campagne des régionales, le désaccord étant total entre les deux composantes de la majorité régionale sur les futurs prolongements de la ligne nouvelle. Elu depuis 1998 au conseil régional de Franche-Comté, pour le Territoire-de-Belfort, Alain Fousseret, ingénieur écologue, a mené une carrière politique qui se confond avec celle des Verts, parti au sein duquel il occupe de nombreuses fonctions au niveau national depuis plus d’un quart de siècle. Il occupe en outre plusieurs postes à responsabilités dans son département d’élection (vice-président de l’aéroparc Belfort-Fontaine, directeur du service des eaux et président d’une association d’insertion), ainsi qu’à l’échelle régionale (président du pôle énergie de Franche-Comté) et nationale (président de la Palme, association nationale de développement durable dans les parcs d’activités et industriels).
ÎLE-DE-FRANCE
Jean-Vincent Placé : Un Vert aux commandes des transports IDF
Né à Séoul, en Corée du Sud, adopté à sept ans par une famille normande, Jean-Vincent Placé est né en politique avec son second père d’adoption, Michel Crépeau, radical de gauche et maire de La Rochelle, écolo avant l’heure. Depuis, celui qui a étudié à la fac de Caen l’économie et le droit bancaire a rejoint les Verts, dont il est secrétaire national adjoint délégué, en particulier aux régions. Au sein d’Europe Ecologie, on le présente volontiers comme « le meilleur ennemi de Daniel Cohn-Bendit », auquel il s’oppose notamment sur le projet de ne pas proposer de candidat écolo en 2012.
Conseiller régional d’Ile-de-France depuis 2004, président du groupe Verts durant la précédente mandature, il franchit un véritable palier en accédant à ce poste, très stratégique et convoité, de vice-président chargé des transports. Il succède à Serge Méry, en charge des transports de 1998 à 2010, personne-clé de l’exécutif régional et du Syndicat des transports d’Ile-de-France. Une succession qui s’est faite dans la douleur. Ce dernier, qui n’a pas été représenté par le PS aux élections régionales de 2010, en a démissionné en décembre dernier.
Depuis 2005, Jean-Vincent Placé représente la région Ile-de-France au Comité des régions de l’Union européenne. Depuis juin 2008, il préside également Natureparif, l’agence régionale de la nature et de la biodiversité en Ile-de-France, première structure de ce type en Europe.
LANGUEDOC-ROUSSILLON
Christian Bourquin : Le TER à 1 € en 2011
La nouvelle assemblée régionale est dépourvue de hiérarchie officielle. Le fidèle lieutenant de Georges Frêche, parfois désigné comme le « petit frère », Christian Bourquin, n’est donc plus le premier vice-président – il avait la charge de la commission finances –, mais il hérite tout de même d’un portefeuille stratégique. Entré à 23 ans comme cadre territorial à la mairie, il avait été rapidement repéré par le maire de l’époque. Président du conseil général des Pyrénées-Orientales depuis 1998, Christian Bourquin est un ami de… 33 ans de l’homme fort de Montpellier. Ce que ce dernier n’a pas manqué de relever : « II aurait dû me trahir. Il ne l’a pas fait, c’est louche ! », a-t-il lancé.
En juin 1992, il prend la direction départementale du PS ; en mars 1993, il obtient 46 % au second tour des législatives ; en 1995, il décroche la mairie de Millas et en 1997 enlève un siège de député. Il y a deux ans, il est élu pour la 4e fois à la présidence du conseil général. Membre du bureau national du PS depuis 2005, Christian Bourquin en a été exclu pour deux ans en raison de sa fidélité à Georges Frêche. Pour ce quatrième enfant d’une famille d’agriculteurs catalans, ingénieur en topographie, l’important, c’est de « réaliser des choses qui touchent à la vie quotidienne ». Ainsi, l’une de ses propositions phare, « le train à 1 euro, c’est du concret ! » Objectif : janvier 2011. Dans « son » département, déjà, le car à 1 euro a fait bondir le trafic de 400 % en un an et demi. Les 20 000 voyageurs quotidiens du TER devraient devenir 80 000 en deux ans et demi, estime-t-il. Et une fois le TGV arrivé à Montpellier, il prédit que la voie ferrée dégagée permettra de transformer le TER en « tramway régional ».
LIMOUSIN
Gilles Pallier : un socialiste prend les transports
Seul vice-président parmi les nouveaux élus du conseil régional, Gilles Pallier, professeur de biologie et ornithologue reconnu, admet ne pas être un spécialiste du transport et ne pas maîtriser encore tous les dossiers. Des dossiers dans lesquels, soulignent ceux qui l’épaulent à la région, il s’est intensément plongé depuis sa nomination. Ses amis et adversaires politiques, notamment d’Aubusson où il est élu depuis 1989 et maire-adjoint en charge du développement économique et du tourisme depuis 2001, le qualifient de volontaire et tenace. Gilles Pallier définit quatre enjeux prioritaires : « la poursuite de la modernisation des dessertes TER, que ce soit par train ou par route ; la remise à plat du conventionnement pour son renouvellement en 2012 ; l’amélioration des lignes Paris – Limoges – Toulouse et Bordeaux – Lyon et l’ouverture de la région au réseau européen LGV, via le barreau Limoges – Poitiers ». Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si c’est un élu de la Creuse qui a reçu la charge de la commission transports, alors que le projet de LGV inquiète beaucoup dans ce département. En revanche, le fait que le poste revienne à un socialiste et non, comme lors des précédentes mandatures, à un communiste, réputé proche des cheminots, est consécutif au refus du Front de gauche de participer à l’exécutif suite à la campagne des régionales, au cours de laquelle la majorité limousine s’est divisée, notamment au sujet de la LGV.
LORRAINE
Patrick Hatzig : De la marge pour le covoiturageLorrain, sidérurgiste d’origine, même si, précise-t-il, il était « plutôt du côté administratif et comptable », Patrick Hatzig a été, à 25 ans, à la CGT, le premier responsable syndical de la Société nouvelle des aciéries de Pompey, qui comptait alors 4 000 salariés et qui a fermé ses portes en 1986. Inscrit au parti communiste dès l’âge de 22 ans, il poursuit au conseil régional de Lorraine la même tâche qu’au cours des six précédentes années. Mais « le périmètre a un peu changé », reconnaît-il, en devenant totalement centré sur la question de la mobilité.
Pour le TER, c’est la continuité, mais la région va s’intéresser aux infrastructures : rétablissement de la relation directe entre Verdun et Reims, via Saint-Hilaire-au-Temple, avec Champagne-Ardenne ; développement de dessertes pour les transfrontaliers vers l’Allemagne et le Luxembourg : ils sont aujourd’hui 65 000 chaque jour, dont 15 % captés par le TER – l’objectif étant d’en prendre 25 % sur plus de 100 000 attendus les prochaines années ; augmentation de la desserte nouvelle Thionville – Belval-Université – Longwy, testée jusqu’à présent avec un aller-retour ; amélioration du temps de parcours Verdun – Nancy ; réouverture de la ligne Laveline – Gérardmer.
Priorité d’un autre ordre, la création d’un partenariat nouveau avec les AOT départementales et les agglomérations débouchant, « pourquoi pas, sur la création d’un syndicat mixte des transports lorrains » : sujet que pratique cet élu du Grand Nancy depuis 1995. Cette « nouvelle gouvernance » pourrait permettre une généralisation du versement transport.
Enfin, la Lorraine va s’intéresser de très près au covoiturage. A l’heure de pointe, du domicile au travail, 97 % des déplacements se font avec une seule personne par automobile : il y a de la marge.
MIDI-PYRÉNÉES
Charles Marziani : un communiste consensuel
Charles Marziani entame son deuxième mandat de vice-président aux transports de Midi-Pyrénées, malgré un cavalier seul au premier tour des élections en tant que tête de liste du Front de gauche en Haute-Garonne. « Face à la politique libérale de Sarkozy, nous voulions faire des propositions de gauche qui manquaient au PS national, pas forcément chez Malvy », explique l’élu. Avec ses 6,91 %, le Front de gauche récolte sept sièges et une vice-présidence : la sienne.
Electricien industriel au Cnes, Charles Marziani fréquente les couloirs du conseil régional depuis 1986, alors assistant du groupe communiste. Il s’intéresse aux transports avec son élection comme conseiller municipal de Toulouse, en 1989. « J’ai participé à tous les débats sur le métro et je suis devenu le spécialiste des transports de l’opposition », se souvient-il. Lors de son premier mandat régional, en 1998, il est très proche du vice-président en charge des transports, Bernard Marquié, un « camarade » communiste, aujourd’hui adjoint au maire de Toulouse, aux transports. C’est donc naturellement qu’il arrive à cette fonction lorsque ce dernier ne se représente pas.
Entre 2004 et 2010, celui qui est devenu salarié de Tisséo-SMTC en charge des programmes de qualité mène trois gros chantiers : le deuxième plan régional des transports, le renouvellement de la convention avec la SNCF et le plan rail, colossal chantier de rénovation du réseau. Sa méthode ? « Le dialogue et la construction commune de projets dans la concertation la plus large. » Pour le mandat qui s’ouvre, l’élu a du pain sur la planche : l’achèvement du plan rail, la généralisation de la carte Pastel, le déploiement de l’information voyageur en temps réel, l’amélioration de l’intermodalité et la LGV.
NORD-PAS-DE-CALAIS
Alain Wacheux : cap sur le bassin minier
Vu de Lille, c’est un homme du Sud. Le nouveau vice-président aux transports de la région Nord-Pas-de-Calais, Alain Wacheux, est maire de Bruay-la-Buissière et président de la communauté d’agglomération Béthune-Bruay (Artois Comm). Il est un élu de la très puissante fédération socialiste du Pas-de-Calais. Et à ce titre il peut être considéré comme un homme du président du conseil régional, Daniel Percheron. Alain Wacheux, qui a démissionné de son mandat de président de la commission des finances du conseil général du Pas-de-Calais, est un néophyte en matière de ferroviaire. Il s’intéresse toutefois de très près aux transports, sa communauté d’agglomération étant concernée par l’un des deux tramways du bassin minier, dont les travaux doivent débuter en 2011. « J’apprends vite », a-t-il glissé à quelques élus lors d’une première réunion de travail. Il faudra car en quatre ans la tâche à abattre est immense : il s’agira de mettre en place du fameux « Smirt » et son ticket unique, de faire avancer le dossier du canal Seine – Nord, celui du futur anneau d’essais ferroviaires, de gérer la mise en place complexe du cadencement sur les lignes régionales et de mener à bien la négociation avec la SNCF en vue d’une nouvelle convention débutant en 2014. Et puis, il y a le fameux projet de liaison rapide entre le bassin minier et la métropole lilloise. L’un des grands rêves de Daniel Percheron qu’un vice-président transports élu du bassin minier pourrait bien contribuer à rendre concret.BASSE NORMANDIE
Pierre Mouraret : le désenclavement ferroviaire est son chemin de Compostelle
Ses collaborateurs le disent « homme de dialogue, à l’écoute ». Lui se définit comme « volontaire, travailleur, mais parfois rêveur, voire lunaire ». Ardéchois d’origine mais né en Algérie, il débarque en Basse-Normandie en 1962 et se découvre une passion grandissante pour cette région. Educateur spécialisé dans l’enfance handicapée, il adhère au PCF en 1972 et rejoint le conseil municipal de Dives-sur-Mer, cité ouvrière de 6 000 habitants et seule station balnéaire communiste de la côte Fleurie. Il en est le maire aujourd’hui, après un long et douloureux combat : la fermeture de l’usine Tréfimétaux (1 600 salariés) en 1986, dont le site a depuis été reconverti, entre autres, en Port-Guillaume, port de plaisance de 600 anneaux. A la région, il entame son troisième mandat comme spécialiste des transports, dans l’opposition d’abord (René Garrec), « quand Jean-Claude Gayssot était ministre », rappelle-t-il, puis aux côtés de Philippe Duron et de Laurent Beauvais. Il en tire une certaine fierté côté réseau TER : « une offre élargie de 33 % en six ans et une fréquentation accrue de plus de 40 % ». Il sait en revanche qu’un défi reste à relever : le désenclavement ferroviaire de sa région, avec les espoirs placés dans le projet de LGV Paris-Normandie. « Un dossier décisif », insiste-t-il. Le peu de temps libre que lui laissent ses mandats, il le consacre à la lecture, à sa passion pour les sports collectifs et surtout à la randonnée aux côtés de son épouse. « Nous avons fait le chemin de Compostelle, mais en plusieurs fois. »
HAUTE NORMANDIE
Noël Levillain: le poucet du Petit-Quevilly n’a pas oublié ses valeurs
Il ne s’en cache pas. Ce qu’on ne lui a pas enseigné à l’école quittée juste avant 16 ans, il l’a appris au fil des ans et des rencontres au sein du PCF auquel il adhère, un simple certif en poche, au début des années 70. Dernier d’une famille de douze enfants, ce Cauchois pure souche se cherche d’abord dans de petits boulots avant de passer un CAP de soudeur. La rencontre de la classe ouvrière et de ses élus se fait au Petit-Quevilly, d’où sa passion (d’actualité) pour l’USQ, club de foot où il joue avant de s’y impliquer. Devenu fonctionnaire territorial et élu municipal, il atterrit à Tourville-la-Rivière comme dircab de René Durel, le maire. Son mentor. Ensemble, ils parviennent à implanter sur cette discrète cité cheminote de 2 300 âmes la plus vaste zone commerciale à la périphérie de Rouen, y attirant en 2008 le très convoité premier magasin Ikea de Normandie.
Elu maire en 2002, il est aussi devenu en janvier dernier vice-président de la Crea (Communauté de l’agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe, 494 000 habitants), en charge du tourisme. Puis vice-président du conseil régional. « Ce n’était pas annoncé », commente-t-il sobrement. Depuis, au moindre temps libre, il « se gave » des dossiers « très techniques » des transports régionaux : nouvelle gare de Rouen, LGV Paris-Normandie, titre unique, liaison A28-A13… Autant de sujets délicats, voire polémiques, qu’il entend « faire avancer, dans le compromis mais sans compromissions ».
PAYS DE LA LOIRE
Gilles Bontemps : un combatif, proche du terrain
« Il connaît chaque boulon de traverse par son prénom… », glisse un témoin des récentes nominations au conseil régional des Pays de la Loire. Gilles Bontemps, nouveau vice-président aux transports et aux infrastructures, a d’abord obtenu son poste en « incontournable » expert du monde ferroviaire. Depuis six ans, il était déjà le « patron » du TER à la région des Pays de la Loire, au sein d’une délégation transports plus large. A son actif, l’aboutissement du dossier compliqué du tram-train Nantes – Châteaubriant et la montée en puissance des comités de lignes. « Il a conduit un dialogue très fort avec les usagers et très ferme avec la SNCF et RFF », précise Jacques Auxiette, le président socialiste, réélu. Gilles Bontemps sera encore plus exigeant avec eux compte tenu des nouvelles contraintes financières des régions. « Avec l’Etat, Gilles Bontemps se montre naturellement combatif », ajoute Jacques Auxiette. C’est aussi un homme politique d’expérience et de terrain. Ancien docker, secrétaire fédéral en Loire-Atlantique et membre du Conseil national du parti communiste, jugé en général « loyal dans ses rapports avec les ouvriers comme avec les patrons, avec l’opposition comme avec la majorité ». A la région, il va devoir composer avec des élus d’Europe Ecologie qui ne veulent pas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, dont il est un fervent partisan. Mais l’homme est reconnu pour être adroit, chaleureux. Et les écolos ont au moins en commun avec lui de vouloir développer le train.
PICARDIE
Daniel Beurdeley n’hésite pas à monter au créneau
Daniel Beurdeley a débuté sa carrière politique à l’occasion des élections municipales de 1995, lorsqu’il est élu pour la première fois maire de Longueil-Annel, commune de 2 200 habitants, dans l’Oise, entre Compiègne et Noyon. Cet ancien syndicaliste CGT chez Case-Poclain sera réélu maire en 2001 et 2008. Entre-temps, en 1999, il entre également au conseil régional de Picardie, en remplacement d’un élu démissionnaire. Suite aux élections en 2004, qui ont entraîné un changement de majorité régionale, Daniel Beurdeley devient vice-président chargé des transports. Mais la cohabitation à la tête du nouveau « gouvernement » picard se révèle difficile et, fin 2006, Daniel Beurdeley devient premier vice-président en remplacement d’un autre communiste, le bouillant Maxime Gremetz. Jusque-là quasi inconnu, le nouveau numéro deux de la région poursuit la modernisation de son TER et se fait remarquer quelques semaines avant les élections régionales de 2010 en se plaignant au directeur régional de la SNCF de « plusieurs agents en contact avec les usagers » ayant « fait référence à un manque de moyens attribués par la région pour assurer correctement les renforcements de desserte ». Réélu, Daniel Beurdeley est reconduit comme vice-président chargé des transports, alors que Nicolas Dumont (PS) le remplace comme premier vice-président.
POITOU-CHARENTES
Françoise Coutant : une ascension fulgurante
« Je suis une fille indépendante et autonome. » C’est ainsi que Françoise Coutant se définit. A 44 ans, la nouvelle vice-présidente de la région Poitou-Charentes, chargée des transports propres et innovants, de l’intermodalité, des équipements et des infrastructures, succède à ce poste au socialiste Jacques Santrot. Un poste clé dans une région fermement tenue par Ségolène Royal, avec qui elle a scellé une alliance lors du second tour des élections régionales.
La porte-parole du groupe Europe Ecologie-Les Verts connaît une ascension fulgurante depuis qu’elle a rejoint les Verts en 2005. Titulaire d’une maîtrise de sciences naturelles de l’université de Bordeaux et du Capes de biologie-géologie, elle enseigne depuis 1999 au lycée de l’image et du son d’Angoulême. Malgré ses mandats (elle est également maire adjointe d’Angoulême, chargée du développement durable et des déplacements urbains, et déléguée communautaire de l’agglomération du Grand Angoulême), elle n’a pas voulu arrêter son métier, même si elle n’enseigne plus que trois heures par semaine. Elle réfléchit à la façon dont elle va pouvoir continuer à concilier vie professionnelle et vie politique. Sans oublier sa vie familiale car elle est mère de deux enfants.
Parmi ses priorités, elle cite la mise au point d’un schéma régional et interrégional des infrastructures. Elle souhaite aussi améliorer le TER, en proposant des arrêts « hors gares », sortes de haltes ferroviaires aménagées permettant aux voyageurs de venir par exemple avec leurs vélos. A propos de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique qui doit traverser la région et fait l’objet d’âpres débats, elle espère convaincre l’Etat que c’est à lui d’en assumer les financements, puisqu’il s’agit d’une liaison nationale en concurrence avec l’avion.
PACA
Jean-Yves Petit : vert et cégétiste, sera-t-il l’homme de l’apaisement ?
C’est un homme de l’ombre, de ceux que même ses adversaires qualifient de véritable homme de dossier. Et pourtant, Jean-Yves Petit se retrouve à l’un des postes de vice-président les plus exposés, celui des transports. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, là où la rivalité entre son prédécesseur, Gérard Piel (PC), ancien boucher dans la grande distribution, et la direction SNCF de la région, accusée d’une rigidité extrême, a fait figure de cas d’école. Un duel arbitré par une CGT qui ne fait pas dans la dentelle… Résultat, pour celui que l’on nomme client ou usager : un maximum de trains calés, en retard, annulés.
La nouvelle donne, nouveau vice-président, nouveau directeur régional SNCF, peut « permettre d’avancer avec des relations apaisées : un défi essentiel », dit tranquillement Jean-Yves Petit. Sa carrière, il l’a débutée dans un garage automobile. Originaire du Charolais, il a vite rejoint la SNCF, d’abord par le biais de l’atelier de Périgny, ensuite dans la conduite, sur Marseille. Retraité de la SNCF depuis 2007, conseiller municipal d’opposition à Gémenos, dans les Bouches-du-Rhône, c’est un élu issu des Verts, dont il est membre de la commission transports depuis 2004. Ancien du bureau de la CFDT Cheminots passé unanimement à la CGT sur fond de querelles avec la confédération CFDT, spécialiste des questions internationales et européennes, il se dit fier d’avoir contribué à négocier la licence européenne des conducteurs et la réglementation du travail au niveau européen pour le personnel roulant. « Un accord si précis, il ne doit pas y en avoir beaucoup… »
Ce poste, c’est donc pour lui « une suite logique ». Un poste que revendiquait Europe Ecologie, fort de ses 11 % de voix au premier tour des régionales. Un poste, on l’a compris, tout sauf confortable. Jean-Yves Petit ironise : « Un bon nombre de journalistes de la région m’ont dit : le PS vous veut du mal… »
RHÔNE-ALPES
Bernadette Laclais : l’étoile montante
Bernard Soulage, son prédécesseur, passait pour un fin connaisseur des transports. Pour la socialiste Bernadette Laclais qui lui succède au poste de 1re vice-présidente, déléguée aux transports, déplacements et infrastructures, le secteur est relativement nouveau. Mais il l’a toujours intéressé, affirme-t-elle. « Dans mon département, la Savoie, trouver des solutions pour favoriser le report de la route vers le rail est fondamental », insiste-t-elle.
Si sa délégation est nouvelle – elle était auparavant 2e vice-présidente, chargée des formations, après avoir été déléguée à la culture en 2004 –, Bernadette Laclais, 43 ans, mère d’une petite fille de 14 mois, a déjà un long passé politique derrière elle. Diplômée de l’IEP de Grenoble et de l’Institut d’urbanisme de Grenoble, elle est élue conseillère municipale de Chambéry en 1995. Elle démissionne pour devenir, à 28 ans, directrice de cabinet du maire de Chambéry, Louis Besson. Elle prendra sa place en août 2007, après la démission de ce dernier. Entre-temps, elle a été élue conseillère régionale en 1998.
Etoile montante du monde politique savoyard, elle est très proche de Jean-Jack Queyranne, le président socialiste de la région. Réputée travailleuse, elle incarne une image jeune et renouvelée.
Dossier réalisé par François DUMONT, Pascal GRASSART, Cécile NANGÉRONI, Patrick LAVAL, Guillaume LEBORGNE, Marie-Hélène POINGT, Olivier MIRGUET, Olivier JACQUINOT, Catherine STERN, Richard GOASGUEN et Hubert HEULOT
Les réformes suédoises font école en Europe
Pour le grand public suédois, les premiers mois de l’année 2010 auront été marqués par les dysfonctionnements liés à l’interminable hiver, mis en exergue par les tenants du « c’était mieux avant ». « Avant », c’était il y a plus de vingt ans, quand les hivers « étaient encore des hivers », comme en 1985 et 1987. « Avant », il y avait deux fois plus de personnel, au sein d’une entreprise intégrée. Car, avant 1988, l’infrastructure et l’exploitation du réseau ferré suédois étaient sous la responsabilité des SJ (Chemins de fer de l’Etat). Mais, depuis 1988, le paysage a bien changé. Après les nombreux départs des années 1990, une nouvelle génération de cheminots est arrivée, qui a essentiellement connu des hivers doux, au cours desquels les plus gros problèmes ont été les chutes de pins sur les voies et les caténaires lors des grandes tempêtes de 2005 et 2007. Parallèlement, les robustes trains classiques, dont certaines voitures et locomotives remontaient aux années 1930, ont cédé la place à de modernes rames pendulaires ou automotrices, dont les portes coulissantes, la chaîne de traction ou les toilettes peuvent être sensibles aux conditions hivernales. Enfin, le trafic ferroviaire a connu depuis 1988 une remarquable progression, en offre et en demande : deux fois plus de voyageurs, ce sont deux fois plus de mécontents en cas de problème…
Beaucoup moins remarqué, en ce début d’année 2010, le grand événement institutionnel du secteur ferroviaire suédois est la création, le 1er avril, d’une nouvelle administration des transports, Trafikverket, qui reprend, entre autres, les activités de Banverket, le gestionnaire du réseau ferré national suédois. Une démarche dans laquelle la Suède a pour une fois été précédée par un pays, la Finlande, en janvier 2010.
Presque vingt-deux ans après sa création, Banverket a vécu, après avoir été la première étape du modèle suivi en Europe dans le domaine institutionnel ferroviaire. Mais cette disparition ne s’est pas faite dans le sens prévu par les critiques, qui laissaient entendre que, tôt ou tard, on reviendrait à une organisation intégrée. Bien au contraire, puisque la gestion des infrastructures ferroviaires est maintenant prise en main par le même organisme que celui des routes et, à terme, des ports et aéroports : le chemin de fer devient un transport « comme les autres ». Par ailleurs, si le secteur privé est appelé à se développer sur les rails, cette nouvelle organisation est tout sauf une privatisation du réseau ferré : l’Etat s’en trouve plus directement responsable du réseau ferré national. Officiellement « pour gérer les transports de manière plus efficace et plus durable, avec une vue d’ensemble ».?Mais également en vue de réaliser des économies dans l’organisation du nouvel ensemble, qui sera le plus important investisseur de Suède.Infrastructures : l’investissement est de retour
Rapportés aux 154 ans d’existence du réseau ferré suédois, les vingt-deux ans d’existence de Banverket laisseront des traces, dans le sens positif du terme.
Concrètement, un voyageur qui retrouverait les chemins de fer suédois pour la première fois depuis les années 1980 ne reconnaîtrait pas la scène. Sur la façade de la gare, les initiales SJ ne trônent plus au-dessus de l’entrée, mais un petit panneau discret à hauteur des yeux indique que cette gare appartient à « Jernhusen » et liste les différentes entreprises ferroviaires dont les trains marquent ici l’arrêt. On y retrouve souvent « SJ », mais pas toujours. À l’intérieur de la gare, l’aménagement est moderne et confortable, mais les guichets y ont peut-être disparu, la vente des billets sur place étant en ce cas sous-traitée à un commerce ou assurée par des automates. Vers les différents quais, rehaussés et équipés d’une signalétique dernier cri, des passerelles couvertes ou des souterrains, accessibles par ascenseur, ont remplacé les dangereux passages planchéiés sur les voies. À l’exception des rames tractées, composées de voitures des années 1980 rénovées une ou deux fois, des trains pendulaires X 2000, des automotrices rapides à un ou deux niveaux et des autorails à faible niveau d’émissions assurent de fréquents départs à intervalles réguliers. En ligne, le train file jusqu’à 200 km/h sur les rails soudés des lignes principales, où les cahots, les sonneries des passages à niveau et les attentes pour croisement ne sont plus qu’un souvenir. Bienvenue au XXIe siècle !
Sans être vraiment vétustes, les chemins de fer suédois des années 1980 étaient pour l’essentiel surannés : à quelques améliorations près, les normes des années 1930 étaient de rigueur sur les infrastructures – du moins pour celles qui avaient survécu aux fermetures massives des années 1960. Très en avance question électrification (débuts en 1915, mise sous caténaires du triangle Stockholm – Göteborg – Malmö entre 1926 et 1937), le réseau suédois présentait de nombreuses courbes et une majorité de voies uniques. De quoi décourager des pointes supérieures à 130 km/h ou des moyennes de plus de 100 km/h ! « Il ne faut pas oublier que la situation des SJ?était un reflet de la politique des décennies précédentes, pendant lesquelles on a surtout investi dans les routes » rappelle un ancien cadre des SJ .
Face à un transport aérien démocratisé et à des autoroutes gratuites, le rail suédois était condamné à une mort lente, même si son déclin avait été enrayé par une campagne de prix bas en 1979. Il fallait investir pour moderniser ou développer le réseau, ce qui était hors de portée des SJ, administration à but commercial. En revanche, une administration chargée des infrastructures d’intérêt public saurait plus facilement financer et étaler ces frais dans le temps, les trains payant alors une redevance pour leur utilisation de la voie. Cette administration des infrastructures ferroviaires, Banverket, a donc vu le jour en juillet 1988, libérant les SJ d’un gros fardeau.
Techniquement, le bilan de Banverket est éloquent : les améliorations envisagées du temps des SJ ont été poursuivies (modernisation de l’électrification, balises ATC de contrôle de vitesse, commande centralisée, traverses béton, GSM-R en attendant ERTMS…) mais, en outre, plusieurs centaines de kilomètres de lignes ont été rectifiées, mises à double voie, débarrassées de leurs passages à niveau ou ponts mobiles, voire totalement reconstruites avec ponts et viaducs si nécessaire. À ces modernisations s’ajoutent depuis 1995 les lignes nouvelles aptes à 200 km/h, la prochaine étant celle de Botnie (190 km) en août 2010. Si l’essentiel de ces lignes nouvelles sont construites sous l’autorité de Banverket, souvent avec le concours des collectivités locales (de l’étude au financement), la ligne pour la liaison aéroportuaire Stockholm – Arlanda a été réalisée par un PPP, alors que la partie suédoise du lien fixe de l’Öresund est propriété d’un consortium partagé entre les gestionnaires des réseaux routiers et ferrés danois et suédois. Sur les 11 028 km du réseau ferré suédois, Trafikverket n’en reste pas moins gestionnaire de 9 830 km. Outre deux lignes techniquement isolées dans la banlieue de Stockholm, la plus grande ligne à statut particulier est Inlandsbanan (1 091 km), qui appartient à un syndicat intercommunal.Concurrence : arrivée progressive des nouveaux entrants
Un autre changement visible introduit par la réforme des chemins de fer suédois est la reprise en main des trains régionaux par les collectivités locales. Avec comme résultats des réouvertures de lignes et de gares, l’apparition de titres multimodaux, une meilleure coordination entre trains et autres modes de transport… mais aussi la concurrence entre exploitants au gré des appels d’offres.
Depuis 1990, les autorités organisatrices, émanant des conseils généraux, des communes ou d’associations entre collectivités, ont le droit de lancer des appels d’offres pour l’exploitation des trains régionaux. Dès 1990, le transporteur routier BK remporte le premier contrat perdu par les SJ : 511 km de lignes desservies par 20 autorails pour le compte des trois départements du Småland. Au cours de la décennie suivante, les SJ réussiront à se maintenir sur la plupart des trains régionaux, tout en reprenant certains marchés perdus.
En 1993, un deuxième marché s’ouvre à la concurrence : les relations « déficitaires », c’est-à-dire les lignes interrégionales ou transversales, ainsi que les trains de nuit vers le grand Nord. Depuis 1999, l’autorité organisatrice de ces relations est l’agence Rikstrafiken (« Transport national »), dont la mission est d’assurer la coordination et le développement du réseau de transports de voyageurs dans toute la Suède. Cette agence, qui dépend du ministère de l’Économie, attribue au terme d’appels d’offres l’exploitation des relations déficitaires, par rail (contrats avec les exploitants ferroviaires ou conventions avec les autorités organisatrices départementales) ou par air, mer et autocar.
La concurrence est devenue beaucoup plus forte autour de l’an 2000, avec l’arrivée de nouveaux entrants, qu’ils soient suédois (l’entreprise privée Tågkompaniet, aujourd’hui reprise par les NSB, chemins de fer norvégiens de l’Etat) ou français (Keolis, initialement en consortium avec BK, et Connex – aujourd’hui Veolia – qui a pris pied en rachetant l’autocariste suédois Linjebuss). Depuis, les groupes britanniques ont fait leur apparition (Arriva en 2007, suivi de First en 2009, en consortium avec les DSB, chemins de fer danois de l’Etat) et c’est en Suède que la DB exploitera en décembre prochain son premier train régional hors d’Allemagne. Toujours sur rail, même s’il ne s’agit pas strictement de trains, notons que MTR, de Hong Kong, a pris à Veolia l’exploitation du métro de Stockholm en 2009.
Veolia a fait œuvre de pionnier dans un autre domaine : concurrencer l’entreprise historique SJ sur les trains grandes lignes. Après le « train du défi » pour les vacances de février 2008 et les trains d’été vers le grand Nord, le groupe français a été le premier à lancer un train régulier privé entre Stockholm et Malmö, dès juillet 2009, c’est-à-dire lorsque le monopole SJ est tombé pour les week-ends. L’ouverture totale des grandes lignes attendra octobre 2010.
Qui dit train dit matériel roulant. Cher et plus long à amortir que des autocars, ce matériel est rarement la propriété des entreprises exploitant les services pour le compte des autorités organisatrices ; ces dernières ont donc mis sur pied Transitio, une entreprise de financement des nouvelles rames et de la construction de leurs centres de maintenance.
Entreprises ferroviaires : les « historiques » dominent le marché
Au printemps 2010, à l’heure où Banverket disparaît, l’appellation « historique » SJ survit et se porte assez bien. L’entreprise SJ, qui a succédé à l’activité Voyages des SJ en 2001, a fait en 2009 un chiffre d’affaires de 8,7 milliards de couronnes (près de 900 millions d’euros), inférieur de 3 % à celui de 2008. Reste un bénéfice après impôt de 460 millions de couronnes (près de 50 millions d’euros), en baisse de 13 % mais positif pour l’Etat actionnaire ! Ces baisses en 2009 ne traduisent pas uniquement une fréquentation en recul de 2 % à périmètre constant. En effet, 5 % ont été perdus suite au transfert des trains interrégionaux de l’Öresund au consortium DSB First. Car SJ vit maintenant avec la concurrence, cette dernière assurant désormais 10 % des trajets supérieurs à 100 km et 30 % des déplacements plus courts.
Côté fret, l’ancienne activité Marchandises des SJ est devenue l’entreprise Green Cargo en 2001. Aussi mal en point à ses débuts que la plupart de ses homologues européens, Green Cargo va faire un énorme effort de productivité et de qualité qui va lui attirer de nouveaux tonnages en dépit d’une concurrence totale depuis 1996. C’est ainsi que Green Cargo a été bénéficiaire de 2004 à 2008. Et en dépit de la crise, cette entreprise qui a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 5,9 milliards de couronnes (près de 600 millions d’euros) a renoué avec les bénéfices au troisième trimestre 2009. Il faut dire que Green Cargo bénéficie d’un fort effet de groupe, avec des participations dans plusieurs entreprises de logistique et de transport ferroviaire, comme CargoNet (avec les NSB) et TGOJ Trafik, entreprise privée « historique » suédoise.
Au total, 26 entreprises ferroviaires sont aujourd’hui présentes sur le réseau suédois (108 en comptant les embranchements). Le fret donne du travail à 16 exploitants, contre 11 pour les voyageurs (l’entreprise Tågab est présente sur les deux marchés). Celui qui « monte » actuellement est le consortium regroupant les DSB et First, qui formera la deuxième entreprise ferroviaire en Suède pour les voyageurs en décembre 2010, avec trois lignes du RER de Göteborg, huit lignes régionales dans l’ouest de la Suède et les trains régionaux du Småland, qui s’ajouteront aux trains interrégionaux de l’Öresund.
Personnel : moins nombreux, plus dispersé mais plus fortLes premières années de la réforme ferroviaire suédoise n’ont pas amélioré l’emploi au sein des SJ ou de Banverket. Au cours des années 1980, avec un passage de 37 000 à 26 000 agents, les SJ avaient fini par être un des exploitants les plus productifs d’Europe. Si 7 000 des « disparus » étaient alors passés à Banverket, les effectifs ont continué à diminuer dans les années 1990, puisqu’en janvier 2001, au moment de l’éclatement des SJ, 3 300 travaillaient dans l’activité Voyages et 3 000 dans l’activité Marchandises. Outre par les postes disparus (un sur deux en exploitation), la différence s’explique également par la filialisation de l’immobilier (Jernhusen, gestionnaire des gares), du nettoyage des trains (TraffiCare) et de la maintenance du matériel roulant (entreprise EuroMaint, privatisée par la suite), ainsi que par la vente du département informatique.
De plus, qui dit concurrence dit transfert du personnel lors de la reprise d’un trafic par un nouvel exploitant. Pour chaque cheminot se pose alors le choix entre garder son poste, le repreneur s’engageant à donner la priorité au personnel en place, ou rester fidèle à son employeur, sans garantie de garder un emploi. Le transfert du RER de Stockholm des SJ à Keolis a sans doute été le cas le plus problématique, entraînant une démission massive du personnel exploitant en janvier 2000. « La nouvelle direction voulait supprimer des avantages et des primes : c’était une convention collective au rabais », rappelle un ancien responsable syndical. Cet épisode a marqué un tournant, le personnel ayant pris conscience de sa force du fait de la pénurie de main-d’œuvre qui régnait dans le secteur ferroviaire après les rationalisations des années 1990 et le gel des formations. Les syndicats, qui étaient idéologiquement plutôt contre l’arrivée de nouveaux acteurs, ont su habilement tirer parti de la situation dans laquelle se trouvaient leurs adhérents en obtenant des conditions plus intéressantes, les négociations se faisant désormais dans de plus petites structures que par le passé.
Aujourd’hui, SJ est le principal employeur du secteur, avec presque 4 000 salariés qui assurent pour la plupart des tâches directement liées au transport de voyageurs sur rail : conducteurs, contrôleurs, vendeurs de billets… L’avenir de ces derniers n’est pas garanti, avec des guichets ouverts de moins en moins longtemps, la sous-traitance des billets aux commerces en gare, la multiplication des automates et la généralisation d’Internet.
Avant de disparaître, Banverket s’est séparé de son activité chargée des travaux sur les infrastructures ferroviaires, qui doit également faire face à la concurrence. Ainsi, depuis le 19 novembre 2009, les 3 000 salariés de Banverket Produktion ont été repris par l’entreprise Infranord, dont le capital reste détenu par l’Etat et qui a réalisé en 2009 un chiffre d’affaires de 4,3 milliards de couronnes (environ 400 millions d’euros).
Fret : en hausse jusqu’en 2008C’est dans le fret que le transport ferroviaire est le plus ouvert en Suède. Après les premiers opérateurs de proximité en 1991, les concurrents des SJ sont apparus en 1996 avec l’ouverture totale du marché de fret. Toujours en 1996, la compagnie minière LKAB a repris le transport de ses propres minerais par le biais de sa filiale MTAB. Moins réussie fut l’expérience grandeur nature des magasins de meubles IKEA, dont la compagnie de fret ferroviaire internationale lancée en 2002 s’est arrêtée dès 2004.
Pourtant, le développement du fret ferroviaire suédois avant la crise avait montré la même tendance positive qu’en Grande-Bretagne ou en Allemagne, avec une suite d’années record entre 2003 et 2008. Le fret ferroviaire suédois accompagnait la hausse des exportations de produits sidérurgiques, de minerai de fer, de bois ou de produits dérivés de ce dernier, de biens de consommation, de pièces automobiles et de produits chimiques ou pétroliers, alors que la qualité de service s’améliorait avec 76,5 % de trains à l’heure. Ainsi, la part de marché du rail pour le transport de fret au-dessus de 100 km est remontée à 25 %. La crise a ralenti la progression sur ce marché où Green Cargo reste l’acteur principal avec 14,8 milliards de t-km sur les 23,3 milliards de t-km du réseau suédois en 2008. Sur la différence, les transports de minerais MTAB ont représenté 4,4 milliards de t-km et les nouveaux entrants 4,1 milliards de t-km.
Un autre élément structurel qui rend le rail plus compétitif est l’adaptation progressive du réseau suédois aux trains plus lourds (la charge par essieu passe de 22,5 t à 25 t, voire 30 t sur la ligne des Minerais) et plus volumineux (nouveau gabarit C pour des wagons plus hauts et plus larges). Sans oublier l’accélération des trains : après avoir abandonné le tri ambulant en 1996, la Poste suédoise est revenue au train et roule depuis février 2001 à 160 km/h maximum avec des vitesses moyennes supérieures à celle des trains classiques pour voyageurs !
Voyageurs : plus fréquent, plus rapide mais plus cherEn deux décennies, les trains de voyageurs suédois ont changé de siècle. Hier vieillots et lents, ils sont devenus compétitifs face à l’automobile et aux lignes aériennes intérieures grâce au renouvellement du matériel roulant, au raccourcissement des temps de parcours et à une fréquence plus élevée des dessertes, entraînant à son tour une fréquentation plus élevée des trains.
Depuis 1988, la vitesse commerciale des trains grandes lignes a bondi de 35 % : alors qu’à la création de Banverket les 100 km/h de moyenne n’étaient dépassés que sur la relation Stockholm – Göteborg (456 km), cette dernière est désormais assurée à plus de 140 km/h, de même que Stockholm – Malmö (614 km). Pour ces deux relations, l’emploi de rames pendulaires X 2000 aptes à 200 km/h a amplifié les gains de temps apportés par les améliorations de l’infrastructure. Les seuls trains grandes lignes ayant connu une baisse de performances sont les IC, vu que les meilleurs ont été remplacés par des X 2000.
Sur les parcours régionaux ou interrégionaux de 100 à 200 km, la vitesse a crû de 20 à 40 % dans les meilleurs des cas (emprunt de tronçons reconstruits ou de lignes nouvelles), avec des moyennes de l’ordre de 100 à 120 km/h. Toutefois, certaines transversales n’ont pas connu d’amélioration notable en temps de parcours, ni de dégradation d’ailleurs, restant autour de 80 km/h de moyenne.
Enfin, si les parcours inférieurs à 100 km n’ont été accélérés que sur les lignes récemment électrifiées, ce sont les fréquences qui y ont explosé : les dessertes locales ou de banlieue offrent deux fois plus de départs qu’en 1988, alors que les rétablissements de trains régionaux sur des lignes interurbaines auparavant desservies par des trains grandes lignes sans arrêts intermédiaires ont permis localement de tripler à quintupler la fréquence.
Car, même si les effets de la crise actuelle avaient commencé à se faire sentir, les chiffres 2008 sont ceux d’une année record : en vingt ans, le trafic voyageurs est passé de 6,6 à 11 milliards de v-km, la progression ayant été plus faible au-dessus de 100 km (de 4,6 à 6,4 milliards de v-km) que sur les trajets plus courts (de 2 à 4,6 milliards de v-km). Ainsi, face à l’automobile, au car et à l’avion, le train a une part de marché de 15 % au-dessus de 100 km, ce qui est moins qu’en 1980 (20 %), mais plus qu’en 1993 (13 %). Les trains de voyageurs suédois affichent une ponctualité de 91,7 %, en légère progression : ce résultat est honorable, mais entaché par le mauvais score des X 2000, avec 75 % seulement de trains à l’heure.?Dommage, pour le train SJ?le plus prestigieux, en concurrence directe avec l’avion…
Le dernier changement notable de ces vingt dernières années concerne les tarifs, qui étaient avant 1988 la principale arme du train face à la concurrence. Même pour les relations de service public, le rail suédois est passé d’une logique « sociale » à une logique de marché, la concurrence étant censée faire baisser les prix lors des appels d’offres. Le résultat n’est pas évident : si le contribuable suédois paye environ 20 % moins cher pour les services subventionnés qu’il y a vingt ans, l’usager paye souvent son train plus cher. Les abonnements mensuels valables sur les trains régionaux reviennent 60 % plus cher, alors que le prix au kilomètre des trains IC a globalement suivi l’inflation. Quant aux X 2000, leur prix est passé d’une logique kilométrique en 1990 (0,20 euro/km) au yield management : d’un extrême à l’autre, le tarif varie du simple au sextuple (0,05 à 0,30 euro/km). Les améliorations se payent…
Patrick LAVAL
Le Gautrain prêt pour le Mondial
Roulera ? roulera pas ? La question a agité l’Afrique du Sud pendant tout cet été austral qui s’achève : le Gautrain, ce super-RER qui doit relier Johannesburg à Pretoria, sera-t-il prêt à temps pour la Coupe du monde de football ? Finalement, oui : le fameux train construit par Bouygues et exploité par la RATP sera mis en service le 8 juin, sauf nouvelle surprise. Trois jours avant le coup d’envoi du tournoi ! Bien sûr, tout n’ouvrira pas tout de suite, loin de là. Les premiers trains conduiront de l’aéroport de Johannesburg à Sandton, centre des affaires situé au nord de la métropole sud-africaine. Le reste, c’est-à-dire la ligne principale vers le centre de Johannesburg et Pretoria, n’ouvrira pas avant l’an prochain.
Les relations n’ont pas été franchement détendues ces derniers mois entre les autorités locales et le consortium Bombela – qui regroupe notamment Bouygues, Bombardier et la RATP – chargé de construire et d’exploiter l’ouvrage. Bombela a annoncé quelques mois de retard, quand les Sud-Africains voulaient au contraire ouvrir un peu en avance, pour la Coupe. Et ce sans surcoût.
« Contractuellement, la première phase doit être construite en quarante-cinq mois, et donc ouvrir le 27 juin », reconnaît Jack van der Merwe, le patron de l’agence provinciale qui porte le projet. Or, la Coupe du Monde commence le 11 ! « Mais quand le chantier a été lancé, nous pensions tous que la Coupe aurait lieu en juillet, ajoute-t-il. Ses dates ont été avancées… malheureusement pour nous ! » M. van der Merwe a beau dire que le projet du Gautrain était déjà bien avancé quand son pays a obtenu l’organisation du tournoi et qu’il ne fait officiellement pas partie du programme d’infrastructures lancé pour l’occasion, il ne peut nier que la Coupe a été un formidable catalyseur. Et rater le rendez-vous aurait fait très mauvais effet ! « Bouygues et Bombardier ne peuvent pas se permettre de ne pas participer à l’événement », ajoute Pascal Pellacœur, le futur directeur de l’exploitation, détaché par la RATP. Du côté de l’opérateur parisien, on se dit « prêt ». Et on attend la remise des clefs, courant avril, pour se mettre aux manettes.
C’est une première phase un peu réduite qui doit être mise en service le 8 juin, mais les passagers ne devraient pas trop en souffrir. Trois trains (sur cinq) feront la navette entre Sandton et l’aéroport O. R. Tambo aux heures de pointe, toutes les douze minutes. Soit 20 km parcourus en un petit quart d’heure. Il en coûtera l’assez coquette somme, pour le pays, de 80 rands (8 euros). Particularité du système : les trains marqueront deux arrêts en cours de route, mais les portes des deux voitures destinées à la navette aéroportuaire ne s’ouvriront pas dans ces stations intermédiaires, dédiées au trafic local. Celles des deux autres voitures ne s’ouvriront pas à l’aéroport. Contrairement aux prévisions initiales, la station de Sandton restera inachevée à l’inauguration. De même que ses immenses parkings ne seront que partiellement accessibles. En outre, le système de billetterie ne sera pas immédiatement disponible.
Sur le terrain, évidemment, on s’active. Depuis le 1er mars, des trains d’essai font la navette entre Sandton et l’aéroport. Sans problèmes majeurs. Les rames arrivent régulièrement au dépôt de Midrand, au nord de Johannesburg. « Tous les trains seront livrés en juin », note Brendon de Vos, chez Bombardier. Le parc du Gautrain en comprendra 24, composés de quatre voitures chacun. Il s’agit d’une version de l’Electrostar de Bombardier, fabriqué au Royaume-Uni. 81 voitures sur 96 auront été assemblées en Afrique du Sud, dans l’usine du constructeur local Union Carriage and Wagon Partnership (UCWP), à Nigel, à une cinquantaine de kilomètres de Johannesburg. Sur les 24 rames capables de rouler à 160 km/h, 9 seront destinées à la desserte de l’aéroport. Leurs deux voitures dédiées offriront plus de place (avec quatre sièges de front et des porte-bagages), tandis qu’il faudra se serrer un peu dans les autres, de même que dans les wagons des 15 trains devant rouler sur la ligne principale entre Johannesburg et Pretoria : leurs rangées alignent cinq sièges de front (3 + 2). Comme il nous l’a dit à plusieurs reprises ces dernières années, Jack van der Merwe voulait en finir avec l’héritage de l’apartheid et rêvait d’un moyen de transport moderne et destiné à toute la population, tel qu’il en avait vu en Europe. Finalement, il est arrivé à ses fins : le Gautrain ressemble à un train de banlieue comme les autres. Peut-être un peu spartiate.
Pendant les essais de la première phase, les travaux continuent sur le reste de la ligne. Au sud, le tunnel est creusé jusqu’au terminus de Park Station, la gare centrale de Johannesburg. Il n’attend plus que les rails. Au nord, les choses sont bien moins avancées. Le chantier s’est heurté à quelques difficultés inattendues, dues notamment à la nature du sol à l’entrée de Pretoria. « La phase 2 doit ouvrir le 27 mars 2011 », affirme Jack van der Merwe, se référant au contrat de concession. Avant de concéder qu’« elle pourrait avoir quelques mois de retard, nous verrons » !
Du côté du consortium Bombela, on murmure que ledit retard pourrait atteindre six mois, voire plus. « C’est difficile à dire, observe Pascal Pellacœur : pour la première phase, on a eu à un moment deux mois de retard, et, finalement, on sera prêt en avance, avant la Coupe du monde… Bouygues est toujours capable de faire de grandes choses ! »
Cet éventuel retard ne semble pas entamer l’éternel optimisme de Jack van der Merwe, qui en a vu d’autres depuis le lancement du projet, en 1998. Il peut maintenant recevoir la presse dans « son » train, dont il est plus que jamais convaincu du futur succès. « A la fin de 2009, nous avons fait une nouvelle étude de fréquentation qui a montré qu’elle serait de 25 % supérieure aux estimations précédentes, et que nous pouvons compter sur 165 000 à 180 000 voyageurs par jour. Cela nous a confortés dans ce que nous pensions ! » Sur le papier, en effet, la perspective de relier sans peine Johannesburg (plus de 4 millions d’habitants) à Pretoria (près de 2 millions dans la métropole de Tshwane) en 38 minutes est séduisante. Mais les habitants de cette vaste conurbation se convertiront-ils au rail pour échapper aux inextricables bouchons qui rendent de plus en plus longs leurs déplacements quotidiens ? Certes, la région est déjà parcourue par les trains de banlieue du réseau Metrorail – de facto réservés aux Noirs, car ils conduisent dans les townships –, mais ils sont lents et souvent considérés comme dangereux. La révolution culturelle reste à faire.
« Le Gautrain rencontrera-t-il son public ? A cela, je réponds par un oui franc et massif, avance Alain Estève, directeur général de Bombela Operating Company, le futur exploitant contrôlé par la RATP. C’est une agglomération énorme qui n’a pas de colonne vertébrale de transports publics ! » Ce succès, certes, « ne viendra peut-être pas tout de suite », et a fortiori pas avant que le gros de la ligne ouvre l’an prochain. Le responsable se demande maintenant s’il fallait bien construire à voie unique, pour réduire les coûts, le tunnel sous Johannesburg au sud de Sandton.
Deux éléments seront déterminants : la sécurité, un aspect extrêmement important dans ce pays où le taux de criminalité est effrayant. A cet égard, « on va mettre le paquet dès le début », promettent les envoyés de la RATP sur place. Caméras de surveillance, vigiles et postes de police doivent rassurer les passagers. Autre pari à gagner : assurer les trajets de bout en bout, grâce à 36 lignes de bus rayonnant autour de la plupart des stations (un dispositif qui s’ajoute aux parkings-relais). La RATP n’attend plus que le feu vert des autorités locales pour valider les parcours des bus. Accessoirement, elle se demande s’il est bien utile de lancer d’emblée, comme prévu, les six lignes devant accompagner un premier tronçon qui ne desservira en gros que l’aéroport. « Nos plans sont prêts à être imprimés. Si on doit raccourcir certaines lignes de bus ou en supprimer, il faudrait le savoir assez vite », indique M. Estève. Les municipalités concernées ont il est vrai été assez échaudées par le difficile lancement du BRT (système de bus rapides) de Johannesburg, torpillé par les taxis collectifs desservant les townships. « Nous n’avons pas la même clientèle, observe à ce propos Pascal Pellacœur. Notre cible, c’est les automobilistes. Ils ne prennent pas les taxis ! »
En outre, ajoute le chef de projet Jack van der Merwe, « au 1er avril 2011, les autoroutes de la région vont être mises à péage. Elles coûteront de 50 à 60 cents (5 à 6 centimes d’euro) du kilomètre. Cela veut dire qu’un voyageur se déplaçant tous les jours entre Johannesburg et Pretoria devra payer plus de 1 000 rands (100 euros) par mois. L’abonnement au train coûtera le prix du péage ! Et les automobilistes devront payer en plus la voiture, l’essence, l’assurance, etc. ». Du côté de la RATP, on opine. « Malheureusement, s’il se confirme que la seconde phase est en retard, le péage sera mis en place avant le Gautrain, regrette Alain Estève. C’est un peu dommage. »
Reste une question de taille : le prix. Officiellement, le Gautrain est estimé à environ 26 milliards de rands (2,6 milliards d’euros). Ce montant n’est en soi pas énorme pour un investissement de cette importance. Mais il a fait grincer bien des dents en Afrique du Sud. N’y avait-il pas d’autres priorités ? Il faudra de toute façon attendre un peu pour connaître le coût final du projet. Bombela pourrait en effet réclamer une rallonge devant les tribunaux, compte tenu des difficultés rencontrées. La presse sud-africaine a évoqué la somme de 10 milliards de rands (1 milliard d’euros)… Tandis que le consortium concessionnaire ne commente pas cette information, Jack van der Merwe estime que la procédure en contentieux, certes « habituelle pour ce type de contrat », est « infondée ». Le père du Gautrain voit de toute façon plus loin, et se projette déjà bien au-delà de 2011 : il envisage trois stations supplémentaires, deux courts prolongements et surtout une nouvelle branche vers l’ouest de Johannesburg et le mythique township de Soweto.
François ENVER
De l’électricité dans l’air au salon Ever de Monaco
« Les constructeurs ont compris que c’est important pour eux d’être ici. Sur une centaine d’exposants, il y a quarante constructeurs. Il n’y en avait qu’une vingtaine il y a cinq ans », assure Vanessa Cantel, responsable de l’exposition des véhicules écologiques. Nissan a réservé tout son stand à la Leaf électrique et à son châssis avec un éclaté du système électrique. Chez le constructeur Peugeot, à côté de la sportive RCZ Hybrid 4, la iOn, version maison de la iMiev de Mitsubishi, fait figure de petite douée. A la fin de cette année, quelques centaines d’exemplaires seront destinés aux flottes des administrations et des collectivités. Cette quatre-places de 3,48 m sera seulement disponible en location : moins de 500 € tout compris, annonce-t-on chez Peugeot. Tout électrique sur le stand Citroën : la Berlingo version Venturi et la C-Zéro, autre « jumelle » de la Mitsubishi iMiev. Mitsubishi, qui présentait, évidemment, sa petite électrique retenue par la poste de Monaco, prévoit de produire 8 500 véhicules électriques en 2010… sur un million, mais 30 % de sa production totale dès 2013 ! Le seul frein au développement du véhicule électrique serait la capacité de production des fabricants de batteries, essentiellement au lithium-ion. La motorisation électrique domine aussi l’hybride chez les « petits » constructeurs présents à Monaco, comme chez Venturi par exemple, avec sa Fetish dotée d’une vitesse de pointe de 180 km/h… et d’un prix de près de 300 000 € HT. Goupil avec un utilitaire 100 % électrique ou en core GoElectrix sont fidèles à cette énergie. Enfin, du côté des deux-roues, l’électricité gagne aussi du terrain. Du VAE à la moto, en passant par le scooter et le tricycle, les modèles prennent de plus en plus d’autonomie.
LeafCommercialisée en Europe à la fin de cette année, la Leaf de Nissan est née pour être électrique. Son châssis le prouve, qui accueille sous l’habitacle les batteries lamellaires lithium-ion et, sous le capot équipé d’une trappe pour les branchements d’alimentation, un moteur électrique d’une puissance équivalent à 110 ch. L’autonomie annoncée est de 130 à 160 km pour une vitesse maximale de 140 km/h. Cette berline compacte est dotée d’un coffre généreux et de cinq vraies places. Nissan veut produire la Leaf à grande échelle à un prix « pas plus cher » qu’une voiture thermique de même catégorie et équipement
SimpliCity Sun
Après un utilitaire décliné en pick-up, fourgon et isotherme, Eco et Mobilité, entreprise implantée dans la Vienne, présente sa première quatre places, la SimpliCity Sun. Ce véhicule ludique qui peut rouler à 80 km/h avec une autonomie de 40 à 60 km (il va aussi recevoir une bâche pour les jours pluvieux) est doté de batteries au plomb par souci d’économie et de recyclage à 100 %. Son prix : 10 990 €, aide Ademe de 2 000 € déduite.Fetish
Une vitesse de pointe de 180 km/h, une autonomie de 290 km… à 90 km/h et un prix de 297 000 € HT. C’est la Fetish, « première voiture électrique de sport », produite à 25 exemplaires par Venturi. De quoi faire des (petites) étincelles.Tri’Ode
Prêt à être produit en présérie par Véléance, à Meyreuil (Bouches-du-Rhône), le Tri’Ode est un tricycle électrique destiné aux flottes d’entreprises et de collectivités pour un usage urbain. Sa stabilité naturelle est renforcée par une centrale inertielle embarquée qui contrôle l’inclinaison en virages. Ses batteries au plomb lui donnent une autonomie de 50 km avec une charge de 50 kg en plus du conducteur. Le Tri’Ode sera vendu au prix de 5 000 € HT. Véléance travaille sur un Quat’Ode qui sera présenté à l’Ademe en juin.Kosmob
Scooter urbain électrique, le nouveau scooter Kosmob série L de B-Power est équipé d’une batterie au lithium-fer qui ne pèse que 7 kg (18 kg sur la version au plomb) et résiste mieux aux fortes décharges, améliorant ainsi l’autonomie (de 15 à 40 km) sur des parcours pentus… comme à Monaco où il a été conçu. Il est commercialisé dès le mois d’avril au prix de 1 690 €.DBT
Leader des bornes d’alimentation en électricité, DBT a présenté à Monaco celle qui va être livrée à Strasbourg pour alimenter les véhicules électriques en libre service. Outre qu’en charge la prise ne peut pas être arrachée, elle est capable de donner la consommation du véhicule, de le localiser et de fournir des données sur la batterie.Clean Energy Planet
Verrouillage du vélo et alimentation de la batterie d’un même geste. C’est le système créé par Clean Energy Planet pour ses stations de vélos à assistance électrique. Alors que des vérins de part et d’autre du moyeu de la roue avant empêchent l’arrachage de l’engin, le même axe permet une recharge automatique de la batterie et fournit des indications sur son état. Breveté, le dispositif a reçu la médaille de la mairie de Paris au concours Lépine 2009. Il est déjà exploité et équipera les VAE des stations que la Compagnie des autobus de Monaco expérimente avec Clean Energy Planet pour les intégrer au réseau de transports urbains. Une première « mondiale ».Smart électrique
Elle n’est pour le moment produite qu’à un millier d’exemplaires, essentiellement pour des villes européennes et américaines. Mais Daimler promet pour 2012 la production à grande échelle de la Smart électrique « Electric Drive » présentée à Monaco. Deux places, équipée d’une batterie lithium-ion, la Smart électrique dispose de 135 km d’autonomie et est destinée aux déplacements urbains.VLV
Peugeot n’a pas manqué de rappeler que la firme au lion a depuis longtemps travaillé sur le véhicule électrique. La preuve sur son stand avec la VLV, pour voiture légère de ville. Ce petit cabriolet deux places apparu en 1941 a été produit à 377 exemplaires jusqu’en 1945. Ses batteries (160 kg) lui offraient une autonomie de 70 à 80 km et une vitesse maximale de 30 km/h.
José SOTO
Transport par câble : chaînon manquant pour l’urbain ?
Après Bogota, qui nous a inspiré le BHNS, piquera-t-on l’idée du « métrocâble » à Medellin ? Encore incongrue il y a un an, l’idée de transporter les citadins en téléphérique fait son chemin en France. « Cela paraissait un peu fou de faire du transport urbain avec le même matériel que celui qui est utilisé dans les stations de ski. A Medellin, les gens pensaient que ça ne marcherait jamais. Aujourd’hui, le câble transporte un million de personnes par mois », s’enthousiasme Dominique Abinal, du cabinet français Eric, qui a mené la plupart des études préalables à l’installation du système. Grande force : des télécabines parfaitement intégrées au réseau de métro, et l’on emprunte les trois lignes avec le même ticket. Une réussite telle que Certu, Service des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG) et Gart planchent désormais sur la question du transport par câble en milieu urbain et périurbain. Les premiers parce qu’ils détectent « un foisonnement d’idées, des projets portés localement, mais pas encore de passage à l’acte », raconte Sébastien Rabuel, chargé de projets transports publics au Certu et coresponsable de l’étude lancée avec le STRMTG en janvier. Un travail qui réalisera un état de l’art exhaustif en France et à l’étranger et définira les domaines de pertinence du câble selon les thèmes habituels (services, coûts, insertion, environnement, technologies…). Les conclusions sont attendues en fin d’année.
Le second parce qu’il se dit qu’il y a quelque chose à creuser. « A partir du moment où il est démontré qu’un téléphérique urbain est peu onéreux, qu’il se met en œuvre rapidement et que ses coûts d’exploitation sont extrêmement bas, cela intéresse les élus », explique Réginald Babin, responsable du pôle aménagement, environnement et systèmes de transport du Gart. Le président de la commission innovation, également chargé des déplacements dans le Bassin d’Arcachon, Philippe Peyroux, est carrément conquis. Une journée technique du Gart est organisée en novembre 2009, et il s’en prépare une deuxième pour l’automne prochain.
Deux députés, Martial Saddier (UMP, Haute-Savoie) et François Brottes (PS, Isère), s’emparent aussi de la nouveauté. Ils réussissent à faire voter un amendement à la loi du Grenelle 1 qui donne ses premières lettres de noblesse au transport urbain par câble, tout simplement en le reconnaissant officiellement comme un complément. Car, bien entendu, il n’est pas question de le voir remplacer bus et tram. Même les constructeurs, pourtant champions du lobbying, le reconnaissent. « Nous n’avons pas la prétention d’être un transport alternatif, mais un transport complémentaire, précise ainsi Christian Bouvier, directeur commercial de Poma. Le transport urbain par câble ne trouvera sa place dès lors qu’il y aura un obstacle à franchir ou une pente trop importante qui impose un détour. Passer au-dessus des rues à l’horizontale sur 10 ou 15 km, je ne crois pas que ce soit notre place. On est dans le transport hectométrique. »
Le transport par câble recouvre en effet une foule de technologies, et celui qui semble avoir la faveur de tous les professionnels pour la ville, c’est plutôt le système téléporté. « Au niveau de l’emprise au sol, c’est imbattable, il suffit de planter un pylône tous les 100 à 150 m, estime Laurent Reynaud, directeur du Syndicat national des téléphériques de France (SNTF). Dans certaines villes, on aurait pu éviter de se payer un super-tramway et économiser de l’espace au sol pour les autres formes de transport. » Un avis partagé par le STRMTG, qui cible son étude sur les téléphériques, par Pierre Jaussaud ou encore par le fabricant Doppelmayr. Avec son infrastructure béton au sol, le funiculaire, d’ailleurs plus éprouvé en ville, ne possède pas autant d’avantages, notamment économiques et de rapidité de mise en œuvre. « Les constructeurs affirment qu’ils sont capables de fournir le système en neuf mois. Avec notre expérience du tramway où cela peut prendre de huit à dix ans, cela paraît à peine croyable », s’extasie-t-on dans les services de la Métro à Grenoble.
« Nous avons en France des préjugés très défavorables qui ont cantonné ce mode de transport à la montagne, dit-on au Gart. L’innovation n’est pas forcément technologique ! On a cloué au pilori le trolley, qui a retrouvé ses jours de gloire… » Le come-back du tramway ne s’est pas fait sans heurt non plus. « Les arguments contre le câble sont les mêmes que ceux qu’on entendait autrefois contre le tram : c’est moche, ça fait du bruit, c’est cher, ça tombe en panne », constate Pierre Jaussaud. Dès lors, pourquoi ne pas évaluer sérieusement une nouvelle piste avec le câble ? Certes, il lui manque encore une vraie vitrine en France, mais une fois le « test » de Grenoble passé, il y a fort à parier que, tout comme pour le tram ou le BHNS, les délégations d’élus et techniciens viendront se renseigner plus avant. Les promoteurs de ce mode rappellent aussi la loi. La Loti, selon laquelle
« les projets doivent satisfaire les besoins dans des conditions économiques, sociales et environnementales les plus avantageuses pour la collectivité. » Et le Grenelle 1 qui la complète en demandant d’apporter la preuve qu’une solution plus favorable à l’environnement est impossible « à coût raisonnable ». Or, selon les calculs de l’ingénieur, avec seulement 3 % de coefficient de frottement contre 12 à 30 % pour le rail, le câble consomme 3,5 fois moins d’énergie qu’un tram par personne transportée. Il est 3 à 5 fois moins cher à construire (5 à 10 millions d’euros du km), et son entretien revient à « 0,3 à 1,5 % de l’investissement ». Pierre Jaussaud a aussi chiffré l’exploitation : tandis qu’un bus coûte en moyenne « 4 euros du km, un tram, 7 euros, le câble téléporté se situe entre 1,6 et 3,2 euros du km ».
Alors que plusieurs projets ont capoté, par exemple à Givors, Rodez ou Issy-les-Moulineaux, souvent laminés par la pression associative et parfois « mal ficelés par le constructeur par méconnaissance de l’urbain », juge l’expert, d’autres se font jour. A Grenoble, à Annecy (vers La Balme), à Magland (vers Flaine), dont la gare est reliée à Genève, à Namur en Belgique… Une timide percée pour ce « tramway aérien » qui doit encore gagner la bataille de l’image. Effacer son image d’Epinal, puisque les matériels modernes ont une vitesse moyenne de 6 m/sec (21 km/h) et un débit de 3 600 personnes/h « pouvant monter à 5 000 avec du bi ou tri-câble », précise Pierre Jaussaud. Démontrer qu’il ne sera pas la cible privilégiée du vandalisme, un phénomène marginal aux sports d’hiver, mais une plaie dans les transports urbains. Prouver aussi qu’il n’offrira pas un magnifique point de vue sur les habitations au-dessous, ce qui est le plus gros frein à son développemnent. A Grenoble, plus personne ne se plaint des bulles. Il faut dire qu’elles font partie du paysage depuis 1934…
Cécile NANGERONI et Guillaume LEBORGNE
Les « pour » et les « contre » du câble
Le transport par câble en France aujourd’hui
En 2011, Grenoble enjambe l’Isère
L’idée d'un téléphérique germe dans le Grésivaudan
Un téléphérique pour desservir l’île de Nantes ?
Grasse a dû revoir la copie de son funiculaire
Le come-back du téléphérique
Transports par câble : une offre sur mesureHess, la « haute couture » de la carrosserie suisse
En Suisse, un peu à l’image de l’horlogerie, des chocolats ou du cor des Alpes, la « Carrosserie Hess » a toujours eu valeur d’institution nationale. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette seule raison que l’industriel implanté à Bellach, dans les faubourgs de Soleure, n’a jamais changé de nom. Pourtant, il joue désormais dans la cour des vrais constructeurs, puisqu’il fabrique aussi, chez lui, les châssis de tous ses trolleybus comme de ses autobus « double-articulés ». Et il a d’ores et déjà acquis une renommée qui s’étend bien au-delà des frontières helvétiques…
En France, Hess reste d’abord connu pour avoir fourni, en 1999, les sept « miditrolleybus » NMT 222, engins singuliers à gabarit réduit réalisés sur châssis « midi » de MAN avec chaîne de traction Kiepe, qui depuis escaladent vaillamment les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, sur la ligne 6. Plus près de nous, en novembre dernier, c’est le tout premier autobus « double-articulé » hybride du monde qui a été essayé, avec de vrais voyageurs à son bord, sur le Busway nantais. Fort de ses 24 m de long, ce prototype entièrement conçu par Hess et incorporant, là encore, une partie électrique de Vossloh-Kiepe (le fidèle équipementier de l’industriel helvétique) ne pouvait certes passer inaperçu…
En Suisse, la Carrosserie Hess est une entreprise familiale qui cultive volontiers la tradition, et parfois une certaine culture du secret. Pas question, par exemple, de pouvoir photographier la fabrication des véhicules dans ses ateliers ! Le constructeur entend visiblement se démarquer de ses pairs par une priorité à la qualité et, surtout, la préservation de son savoir-faire particulier. Là, doit se jouer toute la différence entre lui et les « poids lourds » du marché qu’il ne saurait autrement concurrencer. Le site emblématique de Bellach, où s’effectuent aujourd’hui l’assemblage et la finition des véhicules, est le plus important des quatre de Suisse, regroupant 300 des 400 collaborateurs de l’entreprise. Autobus et trolleybus pour l’urbain et l’interurbain constituent, bien sûr, le « core-business » de Hess. Mais le constructeur suisse est aussi le leader incontesté des véhicules de très grand gabarit « hors code » pour le transport des passagers sur les plateformes aéroportuaires du monde entier. Ses fameux « Cobus » (une marque presque devenue un nom commun) ont été vendus à plus de 2 500 exemplaires, dont une centaine pour les aéroports français. Les composants élaborés par Hess en Suisse rejoignent, sous forme de « bus-kits », les ateliers du carrossier portugais Caetano, qui les assemble pour les expédier par bateau, seul mode de transport raisonnablement envisageable pour de tels engins…
A côté des activités phares précitées, Hess réalise aussi des minibus et des utilitaires légers, et assure une importante activité de maintenance et de réparation qui mobilise, à longueur de temps, environ 20 % de son personnel. Les révisions des véhicules peuvent se faire à Bellach, mais aussi directement chez le client, tout comme les opérations d’entretien préventif. Tel est par exemple le cas sur les transports urbains de Zurich, avec deux techniciens en détachement. Hess tient beaucoup à cette activité annexe qui lui procure un retour d’expérience direct sur ses propres produits, d’une irremplaçable valeur pour le développement de ses futures gammes. Le site de Bellach procède également à la remise en état des véhicules accidentés, qu’ils soient de marque Hess ou non. Une façon de jeter aussi un œil sur ce que fabrique la concurrence ?
« Si vous ne voulez commencer que le 3 janvier, ne vous donnez même pas la peine de venir ! » avait-il été sèchement répondu à Heinrich Naef, lorsque ce jeune charron, tout juste embauché chez Hess, souhaitait simplement demander un sursis de quelques heures pour pouvoir s’acheminer vers son nouveau lieu de travail après les fêtes du Nouvel An. Finalement, Heinrich se présentera le 2 janvier au petit matin, comme exigé, devant la porte de l’atelier : c’était en 1927 ! Bien lui en a pris, car depuis la famille Naef est restée sans discontinuité aux commandes, et aujourd’hui le petit-fils Alex, lui-même ingénieur, préside aux destinées d’une entreprise qui fêta son 125e anniversaire en 2007.
Effectivement, c’est en 1882 qu’Heinrich Hess créait à Soleure un atelier de chaudronnerie et une forge pour la réparation des charrettes. Ses deux fils reprennent l’affaire en 1919 et commencent à construire des carrosseries de voitures, de camions et surtout d’autobus, cette dernière activité prenant rapidement un caractère prépondérant. En 1933, l’entreprise réalise ses premières caisses d’autobus en aluminium. A l’époque, elle est, dans le monde, l’une des toutes premières (sinon la première) à se lancer dans l’utilisation de ce matériau pour les structures de ses véhicules de transport en commun. L’aluminium restera d’ailleurs jusqu’à nos jours sa spécialité incontestée. Dès 1940, les villes suisses de Bienne et Bâle commandent les premiers trolleybus Hess. « Depuis, nous n’avons jamais cessé d’honorer des commandes de trolleys, c’est pourquoi nous disposons de 70 ans d’expérience sur les bus en traction électrique, que nous mettons à profit aujourd’hui sur nos autobus hybrides », explique Alex Naef.
En 1957, pour répondre aux demandes de différents constructeurs et exploitants, l’entreprise attribue ses premières licences de fabrication des structures en aluminium soudées ou rivetées. Une première étape d’importance intervient en 1980, quand Hess commercialise son système révolutionnaire appelé « Co-Bolt », qui met en œuvre des profilés d’aluminium extrudé dont l’assemblage s’effectue à l’aide d’équerres vissées, pour la réalisation de structures autoportantes. L’an dernier, de par le monde, plus de 2 500 autobus ont été construits sous licence Co-Bolt, en particulier par Gillig aux Etats-Unis et Volgren en Australie. Le Cobus, dont le premier exemplaire a été construit en 1977 pour l’aéroport de Zurich, utilise naturellement cette technologie. Une deuxième étape tout aussi déterminante dans le devenir de l’entreprise coïncide avec l’arrivée du Swisstrolley, en 2002. Pour partie basée sur les décennies d’expérience accumulée en matière de véhicules électriques, l’apparition de cette toute nouvelle gamme de trolleybus résultait aussi de la cessation d’activité de l’industriel suisse NAW, auquel Hess se fournissait jusqu’alors en châssis, et dont il décidera de racheter, dans la foulée, tout le savoir-faire hérité de Mercedes. Depuis 2002, le carrossier de Bellach produit ainsi la totalité de ses châssis de trolleybus et d’autobus hybrides. En revanche, pour les autobus, il continue de se fournir essentiellement (mais sans exclusive) chez Scania, ses attentes techniques se mariant plutôt bien à l’offre de l’industriel suédois. Cela dit, Hess a aussi travaillé, par le passé, avec Mercedes et Volvo, et monte actuellement des moteurs Cummins sur ses propres châssis. « Tout ce que nous pouvions acheter à l’extérieur, nous n’avons jamais eu l’intention de le faire par nous-mêmes. A l’inverse, notre stratégie de niches consiste à fabriquer entièrement chez nous ce qui nous est vraiment spécifique », insiste Alex Naef. L’an passé, Hess a vendu ses premiers Swisstrolley à l’étranger, avec quinze unités à Solingen (Allemagne) et neuf à Arnhem (Pays-Bas). Il s’agit de Swisstrolley 3, la troisième et toute dernière génération dont 35 unités sont actuellement en cours de construction pour le réseau de Lausanne.
L’autre grand cheval de bataille chez Hess est désormais le « double-articulé » de 24 m, en version trolleybus comme en version autobus hybride : une idée de Genève, pourtant proposée à NAW dès 1996, mais à l’époque restée sans suite. A la reprise des activités de l’industriel par Hess, ce dernier relance Genève, qui se déclare toujours intéressée au projet. En neuf mois, un prototype est réalisé à partir d’un véhicule articulé existant, puis mis en service commercial probatoire peu avant Noël 2003. Et quelques mois plus tard, en mars 2004, l’exploitant commandait déjà une dizaine de véhicules de série. Aujourd’hui, Hess commercialise ce produit sous l’appellation de « Lightram », qui doit affirmer le nouveau créneau ainsi défini entre tramway et trolleybus (ou autobus). Par rapport à un véhicule articulé conventionnel, un Lightram en version hybride offre 45 % de places assises en plus, et un Lightram en version trolley environ 50 % ! Pour les places debout, les augmentations de capacité s’établissent respectivement à 25 % et 42 %, les différences entre versions s’expliquant par la nécessité de loger, dans le cas de l’hybride, le groupe diesel électrogène. Ces chiffres témoignent du gain très significatif qu’on réalise en passant de l’articulé au double-articulé. La ville suisse de Saint-Gall, qui a déjà franchi le pas, exploite aujourd’hui son réseau à la fréquence de huit minutes (contre six antérieurement, allongement de l’attente à peine ressenti par la clientèle), mais avec pratiquement un tiers de véhicules et autant de conducteurs en moins…
La Carrosserie Hess reste également indissociable d’une autre icône d’outre-Léman, à savoir… le car postal. C’est une relation très ancienne, puisqu’initiée dès les années 20 avec les PTT suisses. L’exploitant des fameuses « automobiles postales », qui deviendra plus tard l’opérateur Car Postal, officiant dans son pays sous la marque Postauto, a justement poussé le constructeur de Bellach à travailler l’aluminium, lui qui spécifiait des carrosseries très résistantes à la corrosion et surtout, pour les véhicules dits « alpins », aussi légères que possible, afin de gravir économiquement les très fortes déclivités rencontrées sur certaines lignes de montagne. Aujourd’hui, Hess produit toujours, entre autres, des cars postaux alpins de capacité « midi », au gabarit nominal de 2 400 mm mais avec une largeur hors pneumatiques arrières de 2 425 mm (les pneus « débordent » légèrement de la caisse), afin de concilier gabarit réduit pour l’aisance d’évolution sur route très étroite et recours à un châssis standard (en l’occurrence Scania) pour une robustesse optimale. Sur ces engins, une motorisation d’une puissance jusqu’à 310 ch peut ainsi être proposée…
Si les cars postaux (tout au moins les véhicules alpins) et autres interurbains suivent plutôt le concept « low-entry », les autobus urbains, l’ensemble des trolleybus et le Lightram sont naturellement conçus en « plancher bas », et de surcroît « plancher plat » pour ces deux dernières catégories. Le Swisstrolley est aujourd’hui l’un des produits les mieux vendus : 250 unités de la seule troisième génération roulent déjà depuis 2004, ou ont été commandés. En Suisse, Lausanne, mais aussi Fribourg, Neuchâtel, Saint-Gall, Zurich et Lucerne sont parmi les derniers clients. Quant aux autobus hybrides articulés, ils ont déjà été retenus (à titre expérimental) par les villes allemandes de Düsseldorf, Dortmund, Dresde et Wuppertal. Dans le nouveau siècle, l’inoxydable Carrosserie Hess roule toujours à pleine vitesse…
Philippe HERISSE
A New York, le métro le plus cher du monde
Dans l’imaginaire new-yorkais, un souvenir revient souvent : le « El ». El pour elevated railway, c’est-à-dire littéralement chemin de fer aérien, ou plutôt métro aérien. Avec leurs arches d’acier et leurs stations ouvragées aux quais de bois, ces quatre lignes ouvertes du sud au nord de Manhattan entre 1868 et 1880 ont fait pendant des décennies le bonheur des poètes et des photographes. Les riverains étaient visiblement moins enthousiastes : passant au raz de leurs fenêtres, les trains étaient fort bruyants. Et les 2e, 3e, 6e et 9e Avenues au-dessus desquelles ils circulaient manquaient d’air et de lumière. Du coup, leur démolition à partir de 1938 a semblé aller de soi. Mais si le centre et l’ouest de la grande île new-yorkaise avaient entre-temps été bien maillés par des métros souterrains, rien n’a remplacé à l’est les Els des 2e et 3e Avenues, disparus en 1940 et 1955. Une seule ligne de métro passe dans le coin. Elle est aujourd’hui complètement saturée. L’idée était de construire une ligne nouvelle le long de la 2e Avenue. Quatre-vingt-dix ans après avoir lancé les premiers plans, et quarante ans après avoir creusé les premiers trous – en partie rebouchés depuis –, New York s’est enfin lancée dans ce chantier spectaculaire. Il devrait l’occuper pendant une bonne vingtaine d’années. Et coûter une vingtaine de milliards de dollars (une quinzaine de milliards d’euros), ce qui devrait en faire le métro le plus cher du monde.
Le métro de la 2e Avenue est apparu sur les cartes avec le schéma directeur ébauché en 1919. Dix ans plus tard, les projets se sont précisés, dans la perspective de la démolition des Els (de même que la municipalité s’est lancée dans la construction d’une ligne de métro sous la 6e Avenue pour y remplacer la ligne aérienne). Mais la crise, puis le déclenchement de la guerre ont tout remis à plus tard. L’idée a été reprise à la fin des années 1940, puis dans les années 1960, avec un début des travaux en 1972. Mais la ville de New York s’est bientôt retrouvée en cessation de paiement, et le chantier s’est arrêté. Dans les années 1980, la MTA, l’agence métropolitaine des transports, a proposé de louer les morceaux de tunnels déjà creusés : ils auraient été transformés en prison, en caves à vin, en discothèques, en bowlings ou en champignonnières… Serpent de mer des transports de la mégalopole nord-américaine, le métro de la 2e Avenue est peu à peu devenu « the most famous thing that’s never been built in New York City » (la chose la plus célèbre qui n’a jamais été construite à New York). Jusqu’à ce que la MTA reprenne les études en 1995. Ensuite, il aura encore fallu près de dix ans pour que le dossier soit bouclé. Les travaux ont été officiellement (re)lancés en avril 2007.
Appelé SAS par les intimes, pour Second Avenue Subway, le métro tel qu’il est maintenant en construction fera 13,7 km de long lorsqu’il sera achevé. Avec seize stations. Il reliera du nord au sud la gare de la 125e Rue, à Harlem, au quartier des affaires, tout en bas de Manhattan. Mais on ne fera pas tout d’un coup : les travaux concernent actuellement une première phase de 2,7 km, supposée ouvrir en décembre 2016 au mieux. Ce petit bout doit déjà coûter 4,45 milliards de dollars (3,25 milliards d’euros). Concrètement, il s’agit de connecter un bout de tunnel inutilisé sous Central Park à la 2e Avenue (vers le nord), où seront d’abord ouvertes trois stations, jusqu’à la 96e Rue. Il est prévu d’y prolonger la ligne Q, venue du fin fond de Brooklyn, qui s’arrête actuellement au centre de Manhattan (au niveau de la 57e Rue).
La deuxième phase prévoit d’ajouter trois stations à cette ligne Q prolongée jusqu’à la 125e Rue. Pour ce tronçon, deux morceaux de tunnels creusés dans les années 1970 – de la 99e à la 105e et de la 110e à la 120e Rues – seront réutilisés. C’est ensuite avec la troisième phase que le métro de la 2e Avenue prendra toute sa dimension : il aura alors sa propre ligne, la T, qui figure en bleu clair sur les cartes de la MTA. On aura alors progressé de six stations vers le sud, tout le long de l’avenue. Une ultime phase enfin doit ajouter quatre stations supplémentaires dans le bas de Manhattan. Pour ce dernier tronçon, la future ligne T ignorera un autre bout de tunnel creusé dans les années 1970. Elle passera quelques mètres plus bas.
Reste qu’on ne sait pas très bien quand cette ligne T verra le jour… si elle doit voir le jour. Car la ligne de la 2e Avenue semble décidément maudite. Depuis le premier coup de pioche en avril 2007, la première phase a déjà pris près de quatre ans de retard ! Il faudra donc une dizaine d’années de travaux pour que le métro new-yorkais progresse de moins de 3 km. Et encore : de nombreux esprits chagrins, dont l’Administration fédérale des transports en commun (FTA), estiment qu’ils ne seront pas finis avant 2017, voire 2018… et que la facture augmentera encore. La première phase doit déjà coûter 20 % de plus que prévu, alors qu’on a renoncé à la voie d’évitement dans la station de la 72e Rue pour faire des économies.
Dans ces conditions, quid des deuxième, troisième et quatrième phases ? Elles sont plus que jamais au programme, jure-t-on à la MTA. Mais toute mention des dates d’ouverture prévues à l’origine – respectivement 2017, 2018 et 2020 – a disparu. Le service de presse a même oublié qu’elles aient pu être évoquées ! De fait, la MTA n’a pas réuni le début du financement pour la suite des événements. Il sera compris, si tout va bien, dans son plan d’investissement 2015-2019. D’ailleurs, plus personne n’ose dire combien coûtera(it) la ligne dans son ensemble. Vingt milliards ? Plus ? Autant dire que les travaux ne sont pas pour tout de suite et que la ligne T n’est pas près d’arriver en bas de Manhattan. D’autant que New York a lancé de nombreux autres chantiers, que les projets concurrents ne manquent pas… et qu’il est à nouveau question de restrictions budgétaires. Cent ans après les premières études, le métro de la 2e Avenue sera peut-être une fois encore enterré !
François ENVER
Un réseau gigantesque, entre rêve et réalité
Les grands projets de New YorkElections des 14 et 21 mars : 22 régions en campagne
En Auvergne, les candidats rivalisent pour être le premier à décrocher le TGV. En Bretagne, c’est l’union sacrée pour en profiter au plus tôt. Les deux Normandie se demandent si la LGV promise ne sera pas le plus beau symbole de leur réunification. En Rhône-Alpes, une fois encore, Lyon – Turin focalise les attentions. En Aquitaine aussi, le débat porte sur le TGV, mais cette fois avec de nombreux opposants. En Franche-Comté, socialistes et Verts se déchirent sur la LGV Rhin-Rhône. En Lorraine, où le débat concerne l’axe Metz – Nancy, la question est aussi celle du lieu de correspondance de cette ligne avec la LGV Est.
On n’est pas étonné de ces débats et de ces vœux régionaux, qui sont assez constants. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils soient, dans le domaine des transports, souvent en tête des préoccupations des candidats. Après tout, les LGV, ce n’est pas directement de la compétence des conseils régionaux. Mais on peut voir une double raison à cet emballement. D’abord, comme on ne fait plus une seule LGV sans demander aux collectivités concernées de mettre la main au portefeuille, c’est à bon droit que les candidats s’emparent du dossier.
Ensuite et surtout, en période de crise économique et sociale, de prise de conscience de la désindustrialisation et de crainte de son accélération, la peur, c’est l’enclavement. La grande vitesse à elle seule n’est pas la solution, mais elle est une carte maîtresse qu’il vaut mieux avoir dans son jeu. A défaut, au moins faut-il avoir une bonne relation avec Paris : en Champagne-Ardenne, il faut mener à bien l’électrification de Paris – Troyes.
Autant dire que l’organisation des TER est rarement le sujet majeur. Et pourtant, les trains, c’est le plus gros budget de la Région, et c’est à peu près la seule chose que les citoyens, quand on les interroge, lui attribuent spontanément. Certes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le service est tellement mauvais que la question est sur la table. Dans le Limousin, on se demande parfois s’il ne faudrait pas mettre un jour des cars à la place des trains. Dans les Pays de la Loire, on se lance dans une course aux tarifs les plus bas. Mais c’est en Ile-de-France, et là seulement, que le dossier transports est le sujet incontournable, l’énorme dossier de la campagne. Et, naturellement, il s’agit des transports au quotidien, qui prennent aux Franciliens en moyenne deux heures par jour, comme l’établit la dernière enquête de L’Observatoire régional de santé. Deux heures, et souvent plus, dans des conditions bien médiocres.
En province, donc, le TER n’est pas ce qui préoccupe. La décentralisation des trains régionaux ne fait pas débat : c’est dire qu’elle est acceptée. Hubert Haenel, jusqu’à présent vice-président Transports d’Alsace, peut quitter ses fonctions pour le Conseil constitutionnel la tête haute. Le bilan des TER est peut-être contestable vu de la Cour des comptes, mais il est très positif vu par l’usager. Les Régions ont renouvelé dans la mandature une grande partie de leurs trains, si bien que le parc de matériel roulant des régions françaises est à 70 % neuf (sauf en Ile-de-France où cette proportion est inversée). L’offre également est en hausse. Peut-on s’afficher contre le développement des TER ? Cela semble difficile. Pour se singulariser, l’opposition donne donc souvent dans la surenchère, au risque de flirter avec la démagogie.
Alors qu’on s’attend à une large victoire de la gauche, la question se pose des équilibres en son sein. Qui seront les prochains vice-présidents Transports ? Au fil des mandats et de la réussite de la décentralisation, les transports sont devenus une compétence stratégique des Régions et surtout une compétence « visible ». Ces fonctions risquent d’être bien plus prisées qu’en 2004. Les Verts, qui les exercent souvent dans les villes, réussiront-ils à s’en emparer dans certaines Régions ? Les présidents de gauche avaient souvent fait le choix de confier le transport à des élus communistes. Le calcul était simple : les communistes ont de bons rapports avec la CGT, syndicat largement majoritaire à la SNCF. Tout le monde s’entendant bien, le service public sera bien rendu. Une forte poussée des Verts pourrait changer la donne. Mais la crise sociale porte moins les Verts que la gauche, et l’élection régionale leur est peut-être moins propice que le scrutin européen. Les sondages ne les montrent pas le vent en poupe. On n’est pas sûr, dans ces conditions, que les attelages soient amenés à changer. Si les mêmes alliances étaient reconduites, ce sont elles qui auraient à mettre en place le règlement européen sur la concurrence. On a observé un silence général sur ce sujet pendant la campagne.
ALSACE : l’héritage d’Adrien Zeller en questionLa mémoire de l’action d’Adrien Zeller, président (UMP) du conseil régional d’Alsace décédé en exercice en août 2009, plane sur la campagne. Avec Hubert Haenel, son vice-président auquel il avait délégué la compétence du transport, l’équipe sortante revendique un bilan favorable dans sa gestion du développement ferroviaire : en trois mandats successifs, la politique régionale a abouti au doublement du nombre de TER en circulation et à la multiplication par trois de leur fréquentation. Le parc de matériel régional est neuf ou rénové à 90 %, et des accords de cofinancement ont été trouvés pour le TGV Rhin-Rhône et la deuxième phase du TGV Est.
Hubert Haenel, président sortant de la commission Transports, ne se représentera pas : nommé ce 23 février au Conseil constitutionnel, il siégera pendant neuf ans dans l’aile Montpensier du Palais-Royal. Ancien administrateur de la SNCF, jusqu’en février 2008, il a porté l’essentiel des dossiers ferroviaires en Alsace, y compris le projet de carte Orange régionale, à l’étude depuis une dizaine d’années. Philippe Richert, tête de liste UMP, revendique cet héritage, y compris la volte-face sur l’ouverture à la concurrence des lignes régionales de la SNCF, finalement refusée en décembre 2009. « Sur le cadencement de TER et la construction des trams-trains de Strasbourg et Mulhouse, je poursuivrai la politique engagée », confirme Philippe Richert. Président entre 1998 et 2008 du conseil général du Bas-Rhin, il a porté un projet de création d’un transport en commun en site propre entre le piémont vosgien et l’entrée ouest de Strasbourg, sans parvenir à le concrétiser. Autre sujet délicat, la situation des aéroports dans le Rhin Supérieur demandera des arbitrages financiers entre Strasbourg, largement déficitaire sur ses lignes vers Paris depuis la mise en service du TGV Est, l’Euroairport, qui réclame depuis dix ans un raccordement ferroviaire, et les aéroports allemands de Karlsruhe-Baden et Francfort, avec lesquels les socialistes strasbourgeois et les écologistes réclament une meilleure complémentarité.
Numéro trois sur la liste socialiste, Alain Fontanel a fait ses armes depuis un an au sein de l’équipe municipale strasbourgeoise de Roland Ries. En cas de fusion entre les deux tours, le PS et les Verts partiraient en position favorable pour succéder à la droite alsacienne, pour la première fois depuis 1974. Dans sa politique transport, Alain Fontanel propose une alternative à la poursuite de la politique pilotée depuis quatorze ans par Adrien Zeller et son équipe. « Le conseil régional a continué de dépenser pour la route, alors que ce n’est pas sa compétence », estime Alain Fontanel. Le projet de grand contournement autoroutier à l’ouest de Strasbourg (GCO), soutenu par la droite régionale, est précisément visé : « le GCO est une mauvaise réponse à un vrai problème. Les 15 % promis de report du trafic autoroutier seraient récupérés en deux à trois ans ». Le candidat socialiste, en mesure de prétendre à la présidence de la commission transports en cas de victoire d’une alliance entre la gauche et les Verts, préfère promettre des investissements dans le ferroviaire – la ligne du Florival – et maintenir des capacités d’investissement pour améliorer l’accessibilité de l’Euroairport. Le projet de déviation de la ligne Mulhouse – Bâle et de création d’une gare, chiffré à 171 millions d’euros, est déjà soutenu par l’Allemagne et la Suisse.
Les Verts, bien placés pour se maintenir au deuxième tour de l’élection régionale, fustigent l’absence de leadership dans la coordination des autorités organisatrices de transport en Alsace : ils y voient un frein au développement de l’intermodalité. Andrée Buchmann, en seconde position sur la liste, reconnaît l’engagement ferroviaire d’Hubert Haenel à la présidence de la commission régionale Transports, mais juge « contre-productives » les mesures engagées fin 2009 pour l’information multimodale des usagers, avec le site internet Vialsace, et propose la réalisation « urgente » des lignes Mulhouse – Guebwiller et Colmar – Fribourg, souvent évoquées par l’équipe sortante du conseil régional. « Rapprochons les futurs lycées des gares existantes, construisons davantage de véloparcs et autorisons les vélos dans tous les trains en rééquipant le matériel », suggère Andrée Buchmann, en référence à l’interdiction des vélos dans certains trains aux heures de pointe.
AQUITAINE : une LGV sous haute tensionPomme de discorde majeure en Aquitaine : le dossier des LGV Bordeaux – Toulouse et surtout Bordeaux – Hendaye – Espagne, deux branches censées achever le projet Sud-Europe Atlantique (SEA) à l’horizon 2020. Massacre environnemental pour ses détracteurs, liaison indispensable pour relier Bordeaux à Madrid en 2 heures tout en dégageant des sillons pour le fret et les TER pour ses défenseurs, le sujet divise depuis qu’il est en projet. Au point que le gouvernement a récemment nommé une médiatrice, Marie-Line Meaux. Cette dernière a cependant déjà déçu, en affirmant que sa mission n’était pas « de revenir sur la question de l’opportunité d’une voie nouvelle ».
Et voici que la campagne des régionales, qui se cristallise autour de cette question, vient exacerber les clivages. Côté UMP, on est officiellement pour la LGV. Mais Xavier Darcos, qui se présente pour la seconde fois contre le socialiste Alain Rousset, élu depuis 1998, a beau assurer que son camp est rassemblé, l’opposition de Michèle Alliot-Marie est dans toutes les têtes. Favorable à l’aménagement de la ligne existante, la garde des Sceaux est également élue à Saint-Jean-de-Luz, ville dont le maire UMP Peyuco Duhart ajoute, pour enfoncer le clou : « Les passagers doivent passer par la ligne actuelle jusqu’à saturation. » Au MoDem, où l’on a voulu rassembler largement en créant localement Force Aquitaine, le candidat Jean Lassalle a tranché « pour l’arrêt immédiat et total du processus entre Bayonne et la frontière ». Il ne semble pas chaud pour une alliance au second tour.
De son côté, Alain Rousset, qui brigue un troisième mandat, se pose en adepte régional de « la croissance verte ». Et défend mordicus la construction d’une LGV jusqu’à Bordeaux et au-delà, car « on ne fera rien sans la LGV dans la région ». Tout en admettant entendre les inquiétudes du Pays basque et de la Gironde, il estime que cette LGV est la condition de la poursuite du développement économique de la région. Mais comment se réconcilier avec les Verts pour une éventuelle alliance au second tour ? Car pour la tête de liste régionale Europe Ecologie, Monique De Marco, le projet est « inutile, ruineux et destructeur ». Pour Noël Mamère – en position non éligible sur la liste girondine –, c’est « un tuyau pour des privilégiés qui n’amènera rien aux territoires régionaux ». Certes, en visant plus de 15 %, les Verts parient sur une triangulaire…
AUVERGNE : émulation pour le TGV à Clermont-FerrandPlus que l’arrivée tant attendue d’un TGV à Clermont-Ferrand à l’horizon 2020 ou plutôt 2025 – un projet qui fait désormais consensus –, c’est sur la paternité de l’idée que les prétendants à la présidence de l’Auvergne s’étripent ! Déjà, lors des municipales en 2008, le candidat éphémère, Brice Hortefeux, avait fait son possible pour se présenter comme l’instigateur du projet qui vise à mettre la capitale régionale à environ 2 heures de Paris, contre 3 heures 30 actuellement. Pourtant, le président sortant, le socialiste René Souchon, revendique aussi cette paternité. Il a beaucoup œuvré en 2007 : lancé une campagne de marketing politique « Faisons bouger les lignes » (qui lui a valu le prix CB News du Meilleur Dispositif Marketing !) avec une pétition en ligne qui a recueilli 90 000 signatures.
Ces chicaneries prêtent à sourire. D’autant que le ministre de l’Intérieur, conseiller régional UMP en Auvergne et tête de liste dans le Puy-de-Dôme, ne brigue finalement pas la présidence. Il a renoncé à la demande de Nicolas Sarkozy qui souhaitait garder son « ami » Place Beauvau. Par ailleurs, René Souchon expliquait en novembre dernier à Cyberbougnat.com que le projet de TGV n’appartenait « à personne et à aucun élu en particulier » et que la question devait « fédérer au-delà des clivages politiques ».
Au-delà de la paternité d’un projet désormais retenu par la loi du Grenelle 1, c’est maintenant le tracé qui fait l’actualité. Les premières études préliminaires sont lancées. Option choisie : un doublement par l’ouest (Bourges, Nevers, Clermont) de la ligne Paris – Lyon au bord de la saturation. Or, toutes les familles de tracés ne répondraient pas de la même façon à la desserte locale entre Auvergne et Rhône-Alpes (Vichy, Roanne, Saint-Etienne). Certaines n’y répondraient même pas du tout. D’où la vigilance des élus. « De nombreux obstacles sont encore à lever mais les socialistes mettront tout en œuvre pour faire avancer ce dossier majeur pour l’Auvergne […]. Et pour militer pour un tracé Paris – Orléans – Clermont – Lyon qui irrigue l’Auvergne », explique René Souchon dans son programme.
De son côté, l’UMP a joué sur l’effet de surprise avec une expérience grandeur réelle, en faisant symboliquement venir un TGV en gare de Clermont fin novembre. Le candidat Alain Marleix, secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales, a fait du TGV sa « deuxième priorité » après le développement économique et l’emploi. Et précisé qu’il devrait « se faire à une échéance raisonnable de dix ans ».
BOURGOGNE : le canal de la discordeC’est le Grenelle de l’environnement qui a remis au goût du jour le projet de canal Saône-Moselle. Le débat public prévu d’ici à 2012 promet de belles empoignades. François Sauvadet, candidat de la majorité présidentielle à la présidence de la région Bourgogne, lui, n’a pas de doute : « Je plaide depuis longtemps pour que la jonction entre Pagny et la mer du Nord soit mise en œuvre le plus rapidement possible. Peu importe la solution qui sera choisie, cette liaison entre la mer du Nord et la Méditerranée est un enjeu majeur pour la Bourgogne et surtout pour la France. La Bourgogne a perdu trop de temps avec ce dossier délaissé par le conseil régional. » Cette ardeur n’est pas partagée par tout le monde. « On a beaucoup parlé du canal Rhin-Rhône il y a quelques années. Ce projet pharaonique a été enterré en 1997 par Dominique Voynet quand elle était au gouvernement Jospin. Voilà qu’on nous sort maintenant la liaison Saône-Moselle ! », s’exclame Jean-Marc Zambotto, sur la liste Europe Ecologie menée par Philippe Hervieu. « Il est certes prévu de favoriser le report modal de la route vers le rail dans le cadre du Grenelle, mais cela ne doit pas se faire dans n’importe quelle condition. » Selon lui, le Saône-Moselle est « inutile, “climaticide”, coûteux ».
Rappelons que ce projet vise à mettre à grand gabarit le canal Saône-Moselle, chaînon manquant de plus de 200 km, qui permettra de relier la mer du Nord à la Méditerranée. Le coût tournerait autour d’une dizaine de milliards d’euros. Pour Europe Ecologie, cette liaison fluviale va venir doublonner la ligne ferrée à double voie électrifiée entre Toul et Dijon. « Le transfert de trafic risque de se faire au préjudice du rail », prévient-il.
François Patriat, le président socialiste sortant de la région, se veut rassurant. « S’il y a une réflexion à mener sur ce chaînon manquant, lançons-la ! Je souhaite qu’on évalue l’utilité économique de cette liaison, son impact environnemental et bien sûr son coût. Mais relativisons sa perspective : l’échéance se situe autour des années 2025-2030. » L’élu en course pour un nouveau mandat rappelle que la Bourgogne, irriguée par plus de 1 000 km de voies navigables, a réalisé d’importants efforts financiers pour moderniser ses infrastructures fluviales, en particulier à Pagny, où plusieurs millions d’euros ont été investis sur la plateforme portuaire. La région est aussi la première en France à expérimenter, depuis le 1er janvier 2010, la responsabilité de gestion de trois de ses canaux (canal du Nivernais, du Centre et de Bourgogne) et la partie navigable de la rivière de Seille.
BRETAGNE : l’union sacrée pour le TGVRennes à 1 heure 27 de Paris, Brest et Quimper à un peu plus de 3 heures de la capitale, c’est pour demain ou presque. Avec l’arrivée tant attendue, cette fois annoncée, de la ligne à grande vitesse en 2014 sur Rennes, la Bretagne va vivre son grand rendez-vous ferroviaire. Pour ces 182 km de ligne à grande vitesse entre Connerré et Rennes et, en parallèle, la modernisation des lignes Rennes – Brest et Rennes – Quimper qui permettra d’atteindre les 220 km/h, l’investissement est lourd : 3,2 milliards d’euros, dont un milliard sera financé par les collectivités bretonnes. Au premier rang desquelles le conseil régional. Ce sujet est donc naturellement majeur à la veille des élections régionales. Majeur, mais pas polémique, même en cette période électorale. Comme le souligne Philippe Gaillard, reporter à Ouest France et spécialiste de ces questions, « c’est l’union sacrée autour du train ».
Difficile, en effet, de percevoir ce que peuvent être, sur le sujet, les différences entre l’ex-préfète, devenue tête de liste UMP, Bernadette Malgorn, et le président socialiste sortant, Jean-Yves Le Drian, deux personnalités qui chacun dans leur rôle d’hier ont porté le projet. Comme c’est classique en Bretagne, ces différences, on les voit plutôt entre élus de l’est, autour de Rennes, et de l’ouest de la région, du côté du Finistère. Car si chacun s’accorde à penser que Rennes à 3 heures de Paris, c’est acquis, certains doutent encore de la réalité de la promesse faite par l’équipe sortante de Jean-Yves Le Drian de mettre Brest et Quimper aux alentours des 3 heures dès 2014. Tout pour l’est de la région, au risque de laisser tomber le reste de la Bretagne ? Du coup, cela pourrait accentuer le décalage persistant entre l’Est et l’extrême Ouest. Et d’autant plus si le rapprochement territorial entre Bretagne et Loire-Atlantique, préconisé à leur façon par les deux candidats majeurs, se confirme.
Si le volet transport est un sujet aussi majeur que consensuel pour les prochaines élections, c’est également parce que l’arrivée de la grande vitesse vient s’insérer dans un tissu TER qui a fait ses preuves, comme en témoignent régulièrement ses « bonnes notes » dans notre Palmarès. La Bretagne est première en termes de régularité (96 %), deuxième en fiabilité de l’offre. Le réseau TER est aussi en pointe en termes d’accessibilité, de tarification et d’innovation dans le système de billetterie, et c’est l’un des TER les moins chers de France. Parallèlement, des coopérations intelligentes avec les régions voisines, Pays de la Loire et Basse-Normandie, simplifient les déplacements interrégionaux. Pas de quoi, là encore, susciter la polémique alors qu’en 2014 tous les horaires seront revus et adaptés, de nouvelles liaisons créées, des rames neuves mises sur les rails, la gare de Rennes entièrement rénovée.
CENTRE : le bilan contre les projetsPour le PS, les réalisations de la majorité régionale depuis 1998 dans le domaine des transports sont une raison suffisante pour reconduire François Bonneau à la tête de la région Centre, où ce dernier a succédé à Michel Sapin en 2007. En absolu, ce bilan comprend de nombreuses réalisations, avec un parc TER renouvelé ou modernisé, la première étape de l’électrification sur la ligne transversale Tours – Saincaize, des gares plus accessibles aux handicapés et des tarifs en faveur des plus démunis. Pour autant, les réouvertures de lignes au programme de Michel Sapin en 2004, à commencer par Orléans – Chartres, se font toujours attendre. C’est début 2010 – juste à temps pour les élections ! – que des travaux ont été lancés entre Orléans et Voves, première étape de ce projet transversal.
De quoi donner matière à ironiser pour l’opposition UMP, dirigée par Hervé Novelli, qui vise à « accélérer la mise en place du TGV Grand Centre pour un démarrage le plus rapidement possible dans le cadre d’un schéma régional des transports routiers et ferroviaires », en commençant par l’implantation d’une gare après l’embranchement de Courtalain sur la LGV Atlantique.
Au sein de la majorité de gauche, les déplacements sont plutôt l’affaire du PCF et de Jean-Michel Bodin, vice-président chargé des grandes infrastructures et des transports. Quant au Front de gauche, il propose en particulier la mise en place d’un syndicat mixte des transports collectifs, une plus grande diversification de l’offre de transport, la simplification des tarifs et une nouvelle tarification solidaire.
En mesure, selon les sondages, de jouer un rôle d’arbitre, Europe Ecologie présente comme souvent le programme le plus exhaustif et le plus concret question transports. Pour les écologistes, les réouvertures de lignes sont au programme, avec l’ambition de relier Orléans au nord-est de la région par le fer. Explicitement, Europe Ecologie demande de conserver les « opérateurs historiques (SNCF et Compagnie du Blanc-Argent) comme uniques opérateurs du transport régional de voyageurs, tout en exigeant d’eux une meilleure qualité du service des TER, avec en particulier une réduction drastique des retards ». Les modes non ferroviaires ne sont pas oubliés par les écologistes, qui encouragent l’achat de vélos pliants (« fabriqués en France », est-il précisé) par les abonnés du TER ou à développer un réseau de voies vertes structuré par les voies d’eau, ces dernières étant « à entretenir ou moderniser », « dans le cadre de la navigation de plaisance et du développement touristique ». Mais, sans surprise, les modes aérien (« arrêt des subventions indirectes aux vols low-cost ») et routier (non-financement d’infrastructures, opposition à deux projets autoroutiers) ne trouvent pas grâce aux yeux d’Europe Ecologie.
CHAMPAGNE-ARDENNE : adieu Bâle, bonjour ParisC’est dans les Ardennes que se concentre la bataille politique de la région. C’est là que se présentent les chefs de file du PS, Jean-Paul Bachy, président sortant, de l’UMP, Jean-Luc Warsmann, et du Front national, Bruno Subtil, qui espère bien troubler le jeu bipolaire. Cependant le grand dossier transport de la région, l’électrification de Paris – Troyes, concerne les deux départements du Sud : l’Aube, avec Troyes, et la Haute-Marne, avec Chaumont. D’ailleurs, le 18 février, alors que le conseil régional réceptionnait à Epernay, fort opportunément, sa 44e et dernière rame AGC, le même jour, à Troyes, Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, attaquait le président Jean-Paul Bachy, sur la ligne Paris – Troyes : « Plutôt que de fanfaronner sur un quai de gare, j’aimerais bien qu’il vienne ici à Troyes expliquer pourquoi le Paris – Bâle est systématiquement en retard… » Riposte de Pierre Mathieu, vice-président communiste du conseil régional chargé des Transports, qui fait liste commune avec le PS dès le premier tour : « Si la situation est aussi dégradée et pénalise aussi fortement les voyageurs (retards, annulations, qualité de service insuffisante), c’est tout simplement la faute au gouvernement et à la SNCF qui ont la responsabilité de ces liaisons et qui n’ont pas mis jusqu’à présent l’argent nécessaire pour renouveler les trains, faire les investissements indispensables sur l’infrastructure et la signalisation. »
Paris – Troyes – Mulhouse – Bâle, encore appelée ligne 4, vit depuis des années sous une triple menace. La première, effective, c’est la LGV Est, qui permet un Paris – Bâle plus rapide par Strasbourg. La seconde, à venir, c’est la LGV Rhin-Rhône, et sa desserte de Mulhouse et Bâle via Dijon, laissant de côté la région Champagne-Ardenne. Voici donc la ligne 4 prise en tenaille. Et si, de Reims à Châlons-en-Champagne, la région bénéficie du TGV Est, le Sud reste à l’écart des grands flux. Il y a une troisième menace, qui est aussi une chance : c’est l’électrification de Paris – Troyes. Troyes en rêve. Mais, sur la même ligne 4, plus à l’est, Bar-sur-Aube, Chaumont ou Langres la redoutent. L’électrification de Paris – Troyes, c’est quasiment l’assurance de voir une ligne nationale céder la place d’un côté à un tronçon électrifié dans le Bassin parisien, de l’autre à une longue ligne en déshérence et en traction diesel. Pour les Troyens, pour le dynamisme régional, l’électrification pourtant s’impose. Jean-Paul Bachy a donc conditionné sa part de financement de la deuxième phase de la LGV Est à l’assurance d’une électrification concomitante de Paris – Troyes. Et il a obtenu satisfaction auprès de Jean-Louis Borloo. Cet accord ne facilite pas la tache aux élus de droite. On ne peut pas se désolidariser de l’engagement pris par le gouvernement, mais le bénéfice politique régional en revient à Jean-Paul Bachy, qui a fédéré les conseils généraux sur le dossier. Les Verts divers, assez divisés, se retrouvent sur un projet où ils voient la promesse d’un report modal. Le candidat de l’UMP, présenté dans la presse locale comme le « discret Jean-Luc Warsmann », l’est de fait sur le sujet, bien plus en tout cas que Xavier Bertrand. Le frontiste Bruno Subtil se distingue, lui, en étant contre une électrification qui « profitera à la SNCF tandis que c’est le contribuable qui va payer ».
L’ironie de l’histoire, c’est que les AGC bibi commandés par la région, et qui fonctionnent sous caténaire de Paris à Gretz, comme, au-delà, en diesel, ont pu être vus comme des moyens de retarder l’électrification. Maintenant qu’elle est décidée de Gretz à Troyes, ces mêmes automoteurs pourraient offrir à Paris – Bâle, sans caténaires ni ambition nationale, une deuxième vie plus régionale.
CORSE : l’île de la tentationLe plus grand débat sur les transports en Corse a porté sur la rupture pendant plusieurs jours à partir de la fin février des liaisons maritimes entre la Corse et le continent, suite à une grève. Fin novembre, sous l’impulsion de son président Camille de Rocca Serra (UMP), l’Assemblée territoriale de Corse avait réduit de 11 millions d’euros (sur un total de 106 millions) le budget de la desserte maritime de service public entre Marseille et la Corse et supprimé 108 traversées.
Dénonçant les « atteintes à la délégation de service public » de la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM) et de la Compagnie méridionale de navigation (CMN) et l’attribution d’aides par l’Assemblée de Corse à la compagnie privée italienne Corsica Ferries, les syndicats ont procédé au blocage du trafic durant plusieurs jours, fin février. On a peu entendu la gauche corse (Emile Zuccarelli ou Paul Giacobbi) sur ce sujet traditionnellement compliqué pour elle : difficile de critiquer ouvertement la grève, plus difficile encore de la soutenir quand les Corses souffrent de ne pouvoir se rendre sur le continent. « Il faut regretter que la proposition de la majorité régionale sortante d’instaurer en cas de grève un service minimum ait été rejetée par les autres groupes de l’Assemblée de Corse », a au contraire dénoncé l’UMP dans un communiqué. Les élections territoriales corses n’ont pas fait l’objet d’un débat très véhément sur le sujet des transports intérieurs, sans doute du fait du particularisme corse qui fait de la CTC (Collectivité territoriale Corse) une assemblée territoriale dont le rôle et les attributions sont bien plus étendus que ceux d’une région classique. Sans doute aussi parce que le réseau ferroviaire corse ne compte que deux lignes (Bastia – Ajaccio et Ponte-Leccia – Calvi). La Collectivité territoriale de Corse (CTC) se prépare toutefois à lancer un appel d’offres pour l’exploitation de son réseau de chemin de fer entre 2011 et 2020. Depuis 1983, c’est la SNCF qui est l’opérateur de ce réseau au statut particulier de chemin de fer d’Etat, et il n’est pas exclu que la CTC choisisse de confier à un autre opérateur que la SNCF son exploitation. Certains sujets d’aménagement ont malgré tout été évoqués durant la campagne, comme la réouverture de la ligne de chemin de fer Bastia – Bonifacio. Un sujet porté notamment par Jean-François Battini, candidat de Demain la Corse, et par Jean Toma (MoDem).
FRANCHE-COMTÉ : verts et PS s’opposent sur la LGV Rhin-RhônePour les toutes prochaines années, la grande affaire en matière de transports pour la Franche-Comté est la LGV Rhin-Rhône, qui traverse son territoire de part en part. Dans vingt-deux mois, la première partie de cette ligne nouvelle devrait accélérer les relations de la région avec le reste de la France, voire avec la Suisse par les aménagements qu’elle implique, comme la réouverture de la ligne transfrontalière Belfort – Delle.
Pour la candidate sortante, qui a succédé à Raymond Forni à la mort de ce dernier (2008), la poursuite de cette LGV s’impose, à commencer par sa branche Est vers l’Alsace. Pour la région, cet enjeu est également industriel avec Alstom présent sur plusieurs sites. Mais l’industrie automobile joue également un grand rôle en Franche-Comté, avec PSA. Ainsi, « en appuyant les filières automobiles et ferroviaires », le PS s’engage « pour la mise en valeur des transports de demain : véhicule du futur et moteurs des TGV, TER et tramways ».
Les autres propositions socialistes sont consensuelles, en particulier vis-à-vis du programme écologiste : encourager « l’usage des transports en commun » par « une politique tarifaire des TER », la « complémentarité des différents réseaux de transports en commun » ou « l’usage du vélo en ville ». Mais le désaccord est total sur la LGV Rhin-Rhône entre le PS et Europe Ecologie, qui ne souhaite pas « s’engager dans le financement de la seconde phase de la branche Est en ligne nouvelle », proposant de « stopper le projet de branche Sud en ligne nouvelle et engager une réflexion pour réaliser la connexion de la LGV vers le sud en modernisant et recalibrant une des lignes existantes ».
Question transports, le programme de l’UMP n’oublie personne : dans cette région où la desserte de vastes espaces ruraux ou de montagne dépend totalement de l’automobile, l’opposition « s’engage pour l’ensemble du mandat sur le principe de 0 % d’augmentation de la fiscalité régionale, tout en préservant le service public », rappelant aux électeurs que « depuis 2004 les socialistes et les Verts ont augmenté les impôts de 40 %, dont la taxe sur le carburant auto de 13 % ». C’est sur les questions routières et aéroportuaires que l’UMP se distingue le plus clairement de la majorité sortante, en voulant « désenclaver le Nord-Franche-Comté avec l’autoroute Langres – Vesoul – Belfort » et « travailler aux côtés de l’Etat pour la modernisation du réseau routier : RN 19, RN 57, RN 83 », tout en soutenant « le développement d’activités économiques sur les aéroports et gros aérodromes francs-comtois, en particulier Dole/Tavaux ».
Côté ferroviaire, l’UMP se met du côté de la LGV Rhin-Rhône pour « assurer l’avenir de la ligne Paris – Bâle en la reliant au TGV par le rail » ou « désenclaver le Jura avec la LGV reliant Besançon à Lyon ». Le reste semble très convenu : modernisation des TER et intermodalité par une « carte régionale de transports permettant de combiner train et bus ». Toutefois, la « nouvelle politique de desserte », pour « mieux répondre aux usagers des lignes ferroviaires » en « donnant suite aux recommandations des comités de ligne » relance le débat, sous-entendant que les comités de lignes ne seraient pas écoutés actuellement…
ILE-DE-FRANCE : guérilla autour des trains du quotidienEn Ile-de-France, la question des transports est le principal enjeu de la campagne des régionales. Ensuite, ils jouent chacun leur partition. Jean-Paul Huchon défend son bilan, la nécessité de son plan de mobilisation estimé à 18 milliards d’euros pour les dix ans à venir, et fustige le désengagement de l’Etat. Valérie Pécresse, son principal challenger de l’UMP, déclare : « Les transports, c’est le principal échec de Jean-Paul Huchon et c’est au cœur de mon projet. »
Avant de se projeter dans les décennies à venir, Jean-Paul Huchon ne manque jamais l’occasion d’effectuer un rapide retour dans le passé. Pour rappeler qu’en juin 2006, lorsque la région a véritablement pris le contrôle des transports avec le Stif, il a trouvé une situation « particulièrement calamiteuse ». Depuis, « nous avons plus investi en trois ans que l’Etat en trente ans ». Traduction concrète, les neuf trams en construction et les trois en circulation, les cinq prolongations de lignes de métro, les projets de banlieue à banlieue et le nouveau train Francilien dont les premières rames viennent d’arriver et qui représentent, pour 172 rames, un investissement de 2 milliards d’euros. A la clé, à moyen terme, il y aura la fin d’un « triste » symbole, celui des « petits gris », du nom des rames inox d’une autre époque qui vont quitter le paysage ferroviaire d’Ile-de-France. Pas de quoi satisfaire Valérie Pécresse, qui dénonce rituellement « la galère des transports ». Tout comme le manque d’ambition de ses rivaux : « Quatre stations de métro et quatre trams en onze ans de mandat, ce n’est pas beaucoup. Et pour la question du service, il y a eu du retard à l’allumage de la part du Syndicat des transports d’Ile-de-France. »
Cécile Duflot (Verts), dont le parti a « cogéré » la région et qui fait bande à part pour le premier tour, met son bémol. « Il y a eu des améliorations mais ce n’est pas suffisant. Il faut franchir une marche, avoir vraiment une politique d’investissement très importante pour les trajets de banlieue à banlieue. » Mettre en priorité des fonds pour jouer la tarification allégée ou, dans le plan de mobilisation, pour améliorer la qualité de service ? La question est centrale. Cécile Duflot propose un « pass vert » à tarif unique, 65 euros, « une mesure de solidarité pour sortir de la logique de zones » au sein de l’Ile-de-France. La facture est estimée à 152 millions d’euros selon les Verts, mais à 600 millions selon Jean-Paul Huchon, compte tenu des répercussions sur les autres tarifs. Ce dernier évoque aussi, sceptique, la suggestion faite par Jean-François Copé (UMP), avec le tarif unique à 45 euros et une facture de 800 millions par an, ou celle d’Yves Jégo (UMP), à 30 euros pour une facture de 1,5 milliard, toujours selon les estimations de Jean-Paul Huchon. Cela dit, ces deux dernières propositions ne sont pas directement reprises par Valérie Pécresse. Sur ce même thème, le Front de gauche propose un « pass Unigo » à 56 euros pour le transport de tous les habitants d’Ile-de-France. Ce serait « un progrès sur l’égalité des transports. […] Et pour faire en sorte d’utiliser de moins en moins les voitures en Ile-de-France. »
La tarification, et ses éventuels aménagements, c’est donc l’un des éléments forts du débat à la veille des régionales. Pour Jean-Paul Huchon, toutes ces propositions de tarif unique et peu élevé reviendraient trop cher à la région. Surtout que les investissements à réaliser sont considérables. Son message : il faut en priorité investir pour la qualité de service, réaliser le plan de mobilisation axé sur les priorités immédiates, de la désaturation de la ligne 13 aux divers RER à moderniser, en passant par les liaisons banlieue – banlieue à réaliser.
Le président sortant de la région plaide toutefois pour une nouvelle tarification sociale, « afin de ne pas traiter tout le monde de la même façon. Et d’abord s’adresser à ceux qui en ont le plus besoin ». Après la gratuité aujourd’hui effective pour les bénéficiaires du RSA, il promet pour demain la gratuité aux 150 000 jeunes en insertion, mais également le dézonage de la carte Navigo le week-end. Il veut également étendre les horaires, avec l’ouverture de certaines lignes de RER et de métro plus tôt le matin, l’ouverture toute la nuit du samedi des lignes de métro. Coût estimé pour l’ensemble de ces mesures : 100 millions d’euros « au maximum ».?
Au-delà de la tarification, le grand enjeu, c’est le Grand Paris. Un « projet révolutionnaire, visionnaire, celui que Jean-Paul Huchon n’a pas su faire », s’enthousiasme Valérie Pécresse, avec pour pièce forte sa double boucle qui permettrait d’avoir « la même qualité d’emploi et de service en région que dans Paris ». Elle préconise « une toile d’araignée pour compléter ce super-métro. C’est l’avenir de l’Ile-de-France, il faut commencer maintenant ».
Le Grand Paris version Verts ? Cécile Duflot y voit l’excuse du gouvernement pour ne rien faire en proposant un projet gigantesque. « Le Grand Paris est un projet des années 1960 », estime de plus la chef de file d’Europe Ecologie, évoquant l’établissement de « pôles » qui génèrent des temps de transport « insupportables ». Elle préfère des projets « modestes mais inventifs. Il y a possibilité d’agir tout de suite, comme pour la ligne 13… ». Le Grand Paris version PS ? Si « l’idée de départ nous va, elle se réduit à un métro circulaire qui dessert des pôles où il n’y a personne et n’est pas financé », tranche Jean-Paul Huchon.
LANGUEDOC-ROUSSILLON : sur les transports, pas de dérapage !Georges Frêche (président de région sortant, divers gauche), qui met en avant son soutien passé aux projets de LGV contournement de Nîmes et Montpellier et Montpellier – Perpignan, insiste sur le développement du fret sur rail par TGV fret. Un argument important dans une région chauffée à blanc par la superposition des trafics régionaux, d’une population en forte croissance et d’un trafic routier de transit massif. Europe Ecologie de Jean-Louis Roumégas penche pour une dominante fret sur les futures lignes nouvelles, préférant « le scénario moins onéreux à 220 km/h pour les voyageurs et 120 km/h pour les marchandises ». En totale opposition avec la liste UMP. Cette dernière, menée par Raymond Couderc, très axé sur le tourisme, opte pour la priorité à la grande vitesse voyageurs, accusant RFF « de ne pas avoir mis toutes les cartes sur la table en vendant son projet mixte, car le fret aura beaucoup de peine à franchir les rampes du tunnel du Perthus ».
La liste socialiste officielle, menée par la maire de Montpellier Hélène Mandroux, veut des TER Intercités à grande vitesse. Pour les dessertes de proximité, la liste de René Revol (NPA, PCF, PG) veut le développement des lignes secondaires, bien que « la région n’ait pas à se substituer à l’Etat ». Mais le programme le plus détaillé revient à Europe Ecologie, qui propose la priorité aux lignes régionales avec un surplus de 300 millions d’euros sur les lignes secondaires.
Cette question de la contraction du réseau languedocien, une des plus fortes de France jusqu’en 1973, est venue dans le débat, encouragée par un dossier de la revue Historail (éditions La Vie du Rail, ndlr) relayé par une enquête du quotidien Midi Libre. Ainsi, France Jamet, tête de liste FN, a déclaré que « le réseau TER actuel n’était pas revenu au niveau des années 70 » et qu’il faudra rouvrir des lignes, rééquilibrant son programme axé sur la voiture. Patrice Drevet, écologiste indépendant, propose la remise en service « de lignes désaffectées ». Raymond Couderc, qui propose un « train-métro régional » à haute fréquence, envisage des réouvertures « à l’horizon 2020-2025 ».
Le sortant, Georges Frêche, fait valoir son bilan avec une hausse de fréquentation des TER de 20 % en quatre ans, bientôt 54 voitures Corail rénovées, les abonnements zonaux, le cofinancement de rénovations de voies dans l’arrière-pays. Et un voyage d’élus du Teil à Nîmes en janvier, préludant un TER sur la rive droite du Rhône, un thème phare… d’Hélène Mandroux.
LIMOUSIN : des cars à la place des trains vides ?A la fin de l’année dernière, lors d’une séance plénière du conseil régional du Limousin, l’opposition a lancé un débat sur le TER, fondé sur le rapport de la Cour des comptes, qui estime que « la pertinence du mode ferroviaire pour des lignes situées en zone rurale supportant un très faible trafic n’est en effet avérée ni sur le plan financier ni sur le plan environnemental ».
« Cela conforte ce que nous disons depuis des années », commente Raymond Archer, tête de liste UMP. D’où la question de savoir si, dans cette région fortement rurale, certains trains peu fréquentés ne pourraient pas être remplacés par des autocars. D’autant que le réseau, peu électrifié, oblige à recourir principalement à des machines diesel qui peuvent être plus polluantes que des autocars bien remplis.
« Peut-on considérer “raisonnables” des dessertes ferroviaires qui transportent moins de cinquante personnes par jour en moyenne ? C’est le cas de Guéret – Felletin, qui a une moyenne journalière de trente-six », écrit encore l’UMP dans sa “lettre” régionale de décembre. L’opposition locale estime qu’« il y a urgence à réfléchir à d’autres alternatives. La région, autorité organisatrice, doit améliorer la qualité des services pour les usagers, et leur rentabilité. Quand c’est la bonne solution, il faut proposer des services routiers beaucoup plus souples pour les zones rurales ».
« Remplacer des trains par des cars n’est pas à l’ordre du jour », répond André Pamboutzoglou, le vice-président (PC) du conseil régional chargé des infrastructures et des transports collectifs, qui ne se représente pas, ni sur la liste du Front de gauche ni sur la liste du président socialiste sortant Jean-Paul Denanot.
LORRAINE : la gauche pour Vandières, la droite pour LouvignyLe long feuilleton de la gare de Vandières va connaître à l’occasion des élections de nouveaux développements sans que le dénouement soit forcément acquis. La singularité du nouveau débat, c’est que tout le monde tient désormais pour une interconnexion ferroviaire entre l’axe est-ouest de la LGV et la perpendiculaire Metz – Nancy. On se souvient sans doute que la LGV Est a ignoré le site de Vandières, qui permettait la réalisation d’une gare d’interconnexion TGV-TER, au profit de Louvigny, où a été édifiée la gare Lorraine TGV, accessible en automobile uniquement. Vandières a cependant eu droit à une session de rattrapage quand Jean-Claude Gayssot était ministre des Transports. Mais la gare d’interconnexion n’est toujours pas déclarée d’utilité publique. Et elle est une pomme de discorde entre la majorité sortante emmenée par le socialiste Jean-Pierre Masseret et la droite régionale, avec pour chef de file l’UMP Laurent Hénart.
L’enjeu, c’est l’avenir de l’axe ferroviaire Luxembourg – Metz – Nancy. Tout le monde veut le développer, mais le tracé divise. Solution préférée par Laurent Hénart, on fait passer une nouvelle ligne par la gare Lorraine TGV déjà construite. Avantage, selon les tenants de cette solution : on évite la construction d’une gare à Vandières, et on s’appuie sur la relative proximité (7 km) de la gare TGV avec l’aéroport de Louvigny pour donner un coup de fouet à ce dernier, qui reste à la traîne. Laurent Hénart compte bien sur l’arrivée de compagnies low cost comme Ryanair.
Louvigny a aussi la préférence du MoDem local. La réalisation de la ligne du réseau rapide régional (RRR) Metz – Nancy via Louvigny se chiffrerait selon le MoDem à 800 millions d’euros, tandis que la gare de Vandières, compte tenu de travaux d’accessibilité par la route, reviendrait en fin de compte à quasiment 250 millions d’euros.
Jean-Pierre Masseret, lui, joue la continuité : l’interconnexion ferroviaire par ligne existante et la construction d’une gare TGV à Vandières. Il peut s’appuyer sur un engagement signé le 7 novembre 2000 par le conseil régional de droite, alors présidé par Gérard Longuet, et, surtout, sur l’avis favorable, remis le 21 décembre 2009, par le commissaire enquêteur chargé de l’enquête d’utilité publique sur la gare de Vandières. La solution est soutenue naturellement par les communistes, qui font liste commune avec les socialistes, par Europe Ecologie, qui se présente au premier tour sous sa verte couleur, et par la Fnaut locale. Elle a, aux yeux de Jean-Pierre Masseret, le bon sens pour elle. Et, selon le candidat socialiste, le coût d’un raccordement de Louvigny au réseau Metrolor TER serait d’« un milliard d’euros, soit un projet dix fois plus cher que le coût du projet de Vandières qui s’élève à 80 millions d’euros ». Le président sortant annonce une mise en service de Vandières en 2014. Mais, même s’il est réélu, comme le pronostiquent les sondages, et même si le Conseil d’Etat déclare Vandières d’utilité publique dans les 18 mois, on peut se demander si Vandières et Louvigny ne seront pas à nouveau sur le tapis lors des élections régionales de 2016.
MIDI-PYRÉNÉES : plan rail contre plan routeThématique importante de la campagne des élections régionales en Midi-Pyrénées, les transports arrivent tout de même loin derrière l’emploi, la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat dans les préoccupations des habitants. Un sondage CSA réalisé fin 2009 indiquait que 14 % des électeurs plaçaient l’environnement en tête des enjeux de la campagne, 10 % les infrastructures routières, et 8 % les transports en commun. Martin Malvy, le président socialiste sortant avec deux mandats derrière lui, est donné par un sondage BVA/20 minutes de fin février vainqueur de l’élection avec 37 % des voix au premier tour, loin devant l’UMP, créditée de 25 %, et Europe Ecologie, de 17 %.
Les transports collectifs ont été la deuxième grande priorité de son mandat précédent, avec 28 % du budget 2009 (deuxième poste derrière l’éducation). Son bilan sur les TER – le passage du nombre de dessertes ferroviaires quotidiennes de 150 à 348 et l’augmentation du nombre de passagers de 5 à 12 millions, le lancement d’un plan rail de 820 millions d’euros pour rénover les voies vieillissantes – est peu contesté par ses adversaires. Tout juste la tête de liste UMP, députée et maire de Montauban, Brigitte Barèges, trouve-t-elle que le plan rail n’est pas assez rapide et cite-t-elle le rapport de la Cour des comptes dénonçant le manque de visibilité sur la rentabilité des TER de Midi-Pyrénées…
Europe Ecologie, le Front de gauche et le PS sont les listes dont les projets concernant les transports sont les plus fournis et détaillés, notamment sur les tarifs, les modes doux et la recherche d’alternatives à la voiture. Mais peu de sujets transports portent de réelles lignes de fracture. La LGV Bordeaux – Toulouse et son prolongement futur vers Narbonne font l’unanimité ou presque : personne n’est contre et tous préconisent la consultation de la population pour les tracés litigieux. Brigitte Barèges et Jean-Michel Baylet, président radical de gauche du conseil général du Tarn-et-Garonne figurant sur la liste Malvy, ont d’ailleurs tous deux proposé des tracés alternatifs à ceux de RFF. Gérard Onesta d’Europe Ecologie est aussi pour la LGV, du moment que cela ne met pas en péril les TER et la ligne Paris – Orléans – Limoges – Toulouse : « Nous voulons concilier le TGV avec le développement des TER, la protection des territoires traversés et une vraie connexion à l’Europe du Sud ; privilégier, en concertation, l’amélioration des lignes actuelles pour les tracés LGV en zones sensibles ; maintenir des trains rapides Toulouse – Paris desservant les gares du Lot. »
Autre sujet de consensus, même si chacun essaye de jouer sa petite musique personnelle : la nécessité d’une carte unique pour les transports régionaux, interurbains et urbains, dont la mise en œuvre est déjà enclenchée. Qu’elle soit « Pastel» pour le PS/MRG et le Front de gauche, « pass Vert » pour Europe Ecologie, « pass Mobilité » pour l’UMP ou « carte Orange » pour le MoDem d’Arnaud Lafon.
En revanche, le débat fait rage autour des routes, principalement la liaison Toulouse – Castres réclamée par les laboratoires Fabre. « Nous sommes opposés à la création d’une autoroute Castres – Toulouse qui représenterait un investissement énorme déconnecté des réalités de l’ère du post-pétrole », avance Gérard Onesta, d’Europe Ecologie. « Nous pensons qu’il faut améliorer les conditions de circulation mais nous sommes opposés à une autoroute payante dont l’idée est portée par l’UMP », poursuit Charles Marziani. De son côté, l’équipe Malvy joue la prudence : « On demande la décision de l’Etat sur cette liaison et si l’Etat dit oui, on suit. »
Autre sujet sensible : le fret ferroviaire. « C’est un zéro pointé, alors que nous pensons que la région doit être moteur, voire opérateur s’il ne s’en trouve pas sur le marché », affirme Gérard Onesta. « Aujourd’hui, le fret est totalement abandonné en Midi-Pyrénées, c’est une catastrophe ! reconnaît le communiste Charles Marziani, qui était pourtant aux affaires. Nous proposons que la région ait une action forte, qu’elle organise des assises régionales du fret ferroviaire. »
NORD-PAS-DE-CALAIS : qui osera croiser le fer avec Percheron ?Avec 350 millions d’euros consacrés en six ans au ferroviaire en Nord-Pas-de-Calais, l’ensemble du parc de matériels roulants rénové, le développement du TER GV vers la côte et Arras, le doublement de la voie sur la ligne Lille – Béthune, bientôt le cadencement des trains, un centre d’essais ferroviaires à Aulnoye et le chantier du titre unique engagé avec le Smirt, Daniel Percheron sait qu’à défaut « d’unifier la région par le rail » il s’est démené pour le développement de ce mode durant son deuxième mandat. Le bilan ferroviaire de l’exécutif régional sortant n’est d’ailleurs sérieusement contesté par aucun des adversaires de Daniel Percheron, qui préfèrent l’attaquer… par la route : « Nous regrettons que la région ait complètement oublié les routes. Ç’aurait été bien qu’elle accompagne la réfection de l’A25 et on n’a toujours pas de solution pour l’engorgement de l’A1 », a confié l’UMP Jacques Vernier au quotidien Nord Eclair. La critique la plus sérieuse qui soit faite au président sortant vient de ses alliés écologistes : il s’agit d’un certain manque de poigne vis-à-vis de la SNCF. Daniel Percheron n’est pas tendre pour Guillaume Pepy, il fustige les suppressions d’arrêts Eurostar et de dessertes TGV, mais « il est localement trop tendre avec la SNCF quand elle profite de la période pour ergoter sur la convention », estime le Vert Dominique Plancke, président de la commission transports du conseil régional. A défaut de critiquer, la tête de liste UMP, la secrétaire d’Etat chargée des Technologies vertes Valérie Létard donne dans la surenchère. Après avoir parlé de gratuité des transports, elle propose finalement le titre unique à 1 euro. Valérie Létard propose également de généraliser la vidéoprotection dans toutes les gares et tous les trains, ainsi qu’aux abords des lycées. Autre proposition, la prolongation de la ligne 1 du métro de Villeneuve-d’Ascq à Lesquin. Idée intéressante, sauf que le métro n’est pas géré par le conseil régional mais par la communauté urbaine de Lille ! Quand à Marine Le Pen (Front national), ses deux propositions pour les transports sont de généraliser la vidéorsurveillance dans les trains et de créer un tram-train entre le bassin minier et la métropole lilloise. Cette dernière proposition est justement l’un des dadas de Daniel Percheron, qui a longtemps chéri l’idée d’un métro automatique qui relierait Lille et sa chère ville de Lens, laquelle accueillera bientôt une succursale du Louvre. Le projet serait maintenant d’améliorer la voie ferroviaire afin de proposer une desserte rapide qui mette le bassin minier à 20 minutes de la métropole lilloise.
BASSE ET HAUTE NORMANDIE : le TGV unifiera-t-il les Normandie ?En Haute-Normandie comme en Basse-Normandie, les prises de position présidentielles sur les collectivités territoriales comme sur les transports ont cristallisé les débats préélectoraux, avec en vedette la future ligne ferroviaire à grande vitesse.
« Depuis le début de l’année, c’est vraiment très difficile de travailler sur les dossiers. Les élections et les scories politiciennes qui vont avec, tordent la réalité des choses. » Ce constat désabusé émane d’un fonctionnaire spécialiste des transports qui participe notamment au comité de pilotage placé sous l’autorité de Jean-Pierre Duport, préfet et conseiller d’Etat, pour le projet de « ligne nouvelle » Paris – Normandie.
Qualifié de « TGV qui mettra Le Havre à 1 heure 15 de Paris en 2017 » par le président de la République, au Havre en juillet 2009, ce dossier exalte les ardeurs des hommes politiques en campagne. Courrier ministériel à l’appui, certains comme le sénateur de la Manche, Jean-François Le Grand, n’hésitaient pas à claironner le 4 février dernier : « le TGV débarque en Normandie ». D’autres, tel Alain Le Vern, président de Haute-Normandie depuis 1998, se veulent résolument « pragmatiques » et évoquent une future « ligne à haute performance ». Pour l’heure, hors installation en octobre par Dominique Bussereau, le comité de pilotage ne s’est réuni que le 22 décembre. « L’occasion d’évoquer de grandes orientations », témoigne un participant tenu au droit de réserve. En fait, deux hypothèses vont s’affronter et forcément diviser les deux Normandie que Nicolas Sarkozy souhaiterait réunifier.
La première dite nord partirait de Saint-Denis (carrefour Pleyel) pour se diriger vers le nord de Rouen via Pontoise puis rejoindre Calais et l’Angleterre. L’idée-force est de proposer une alternative à l’axe Paris – Lille dont on prévoit la saturation à horizon de quinze-vingt ans. Elle séduit énormément les élus havrais, le maire Antoine Rufenacht en tête, qui voient là « une opportunité exceptionnelle » de faire de leur port celui de la capitale comme l’imagine Antoine Grumbach, l’un des urbanistes pressentis pour imaginer le Grand Paris.
Pour imaginative qu’elle soit, cette version se heurte à plusieurs difficultés. « Elle est à construire et à financer », reconnaît Edouard Philippe, adjoint au maire du Havre en charge de l’urbanisme et du projet Grand Paris. « Elle tuerait la Basse-Normandie », s’insurgent les politiques bas-normands de tous bords. Et elle remettrait en cause le projet bien avancé et financé d’une nouvelle gare SNCF d’agglomération sur la rive sud de la Seine à Rouen-Saint-Sever. Face à cette option, l’hypothèse sud partirait de La Défense pour gagner Mantes via une ligne doublée et, en amont de Rouen, rejoindrait Le Havre d’un côté et Caen puis éventuellement Cherbourg de l’autre. Un grand débat public est censé trancher entre ces deux possibilités. Mais on ne sait déjà plus très bien s’il se déroulera en 2011, comme affirmé dans un premier temps, ou en 2012, comme le dit aujourd’hui la SNCF.
En toile de fond de ce dossier redevenu brûlant, se faufilent le serpent de mer d’une Normandie réunifiée et la pomme de discorde de sa future capitale. Rouen ? Caen ? Le Havre ? Ministres de l’Agriculture et de la Défense, Bruno Le Maire et Hervé Morin, qualifiés d’« envoyés spéciaux du Sarkozysme » par Alain Le Vern, annoncent cette fusion pour 2014. Le choix de la capitale viendrait… après.
Deux sujets plus terre à terre et plus chauds retiennent l’attention. En Basse-Normandie, les dysfonctionnements de la ligne Corail Intercités Paris – Granville alimentent la chronique depuis plusieurs années. « Chacun en attribue la paternité à l’autre alors que tout le monde connaît les solutions techniques à apporter », se désole le fonctionnaire normand déjà évoqué. En Haute-Normandie, c’est le contournement routier à l’est de l’agglomération rouennaise.
PAYS DE LA LOIRE : demain on transporte gratis !En Pays de la Loire, la campagne des régionales a vraiment commencé à propos des transports. Le 22 février, au Mans, Christophe Béchu, le candidat UMP, annonce son « principal engagement de campagne » : le car scolaire gratuit s’il est élu. « Démagogie, populisme, incompétence ! Le transport scolaire n’est pas de la compétence des régions », rétorque aussitôt Jacques Auxiette, le président (PS) sortant, candidat à sa réélection. Il promet, lui, le voyage domicile – travail à 1 euro. Les transports servent de boussoles dans cette élection pour départager les options politiques.
Un certain consensus se dégage de prime abord sur le développement du TER. « Quatre-vingt-trois rames achetées plus de 350 millions d’euros. 60 % de monde en plus dans les trains depuis six ans », clame Jacques Auxiette. Il veut rouvrir d’autres lignes, augmenter les dessertes encore de 30 % en quatre ans, surtout dans les zones périurbaines. Il voit dans son « trajet domicile – travail à 1 euro » l’esquisse d’une carte Orange régionale à mettre sur pied avec les entreprises.
Dans ce même souci du « transport du quotidien », Christophe Béchu entend « réaliser l’intermodalité » en regroupant les autorités organisatrices de transport (AOT) dans un syndicat mixte qui planche sur l’organisation globale, les horaires, etc. Il maintient aussi le soutien régional aux transports en site propre des agglomérations. Mais il entend se distinguer de son concurrent en parlant d’« infrastructures » et donc d’« ambitions pour l’avenir » : programme d’électrification de lignes, plan régional des gares TER sur quinze ans, plan parkings autour des vingt plus grandes gares de la région. Il ajoute un schéma des grands axes routiers structurants pour la région. L’investissement régional dans la route fracture la gauche, le MoDem avec la droite. Le Front de gauche, le MoDem n’en veulent pas ou très peu, le candidat socialiste le refuse a priori, même si ce n’est pas « dans tous les cas ». Europe Ecologie, qui prône la création d’une agence régionale de développement des transports, « concentre tous les maigres moyens des régions » sur les transports publics.
La démarcation droite-gauche est plus brouillée sur le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Son déménagement au nord de Nantes est prévu pour 2013. Le MoDem, le Front de gauche sont contre. Europe Ecologie mène campagne en « mobilisant contre l’aéroport ». Les deux principaux candidats, PS et UMP, sont pour. Christophe Béchu se fait fort d’obtenir du gouvernement une nouvelle LGV entre Rennes et Nantes au nord. De même qu’au sud un nouveau pont sur la Loire ou un tunnel. Des infrastructures de transport que réclame aussi le candidat socialiste.
PICARDIE : ne plus être une zone de transitComment exister entre Paris et la métropole lilloise à l’heure du Grand Paris et de la réforme territoriale ? C’est le problème de la Picardie, traversée par des grands axes (autoroute A1, LGV Nord) qui en ignorent jusqu’à sa capitale, Amiens. Si d’autres autoroutes et voies rapides récentes convergent désormais vers cette agglomération, l’idée d’une « LGV Robien », via Amiens, entre Paris et le tunnel sous la Manche est aujourd’hui en sommeil, l’ancien maire de la capitale picarde n’étant plus ministre et ayant été battu aux dernières élections régionales par le socialiste Claude Gewerc.
Et en matière de transports, ce dernier a remisé ses grands projets de 2004 au profit d’une modernisation de l’existant. Avec un bilan en demi-teinte. Côté positif, le matériel roulant est en plein renouvellement et, ligne après ligne, les quais des gares sont refaits, de même que les systèmes d’information aux voyageurs. De l’autre côté, les retards ou annulations de trains s’accumulent, alors que les places assises et l’information font défaut, en particulier pour les navetteurs picards se rendant à Paris. Le problème pour l’équipe sortante est que les points négatifs sont si visibles qu’en janvier 2010 Daniel Beurdeley (PCF), premier vice-président, chargé des transports, s’est ouvertement plaint au directeur régional de la SNCF de « plusieurs agents en contact avec les usagers » ayant « fait référence à un manque de moyens attribués par la région pour assurer correctement les renforcements de desserte » sur deux axes !
Car même très divisée la gauche revendique les aspects les plus positifs de la politique menée depuis 2004 dans les transports. « Conscients que des difficultés subsistent », les socialistes picards lient ces dernières aux « choix de l’Etat et de la SNCF », préconisant une poursuite des actions mises en œuvre par la région : accessibilité aux handicapés, tarifications avantageuses, comités de lignes… mais aussi amélioration des routes. Une initiative novatrice de l’équipe Gewerc est de favoriser l’urbanisation autour des gares, où seraient déployés des véhicules électriques en libre-service. Un programme compatible avec les propositions très concrètes d’Europe Ecologie comme les « quartiers de gare » ou l’encouragement du vélo sous toutes ses formes (y compris électrique). Les écologistes picards, qui rejettent la « vision déshumanisée » de leur région comme « simple zone de transit », visent à faire d’Amiens « une capitale régionale clairement identifiée », réactivant le projet ferroviaire Creil – Roissy et appuyant les départements et l’Etat pour « sécurisation des axes routiers d’importance régionale et interrégionale ».
A côté, le programme « Envie de Picardie » (regroupant l’UMP et sept partis) manque de souffle, ne reprenant concrètement qu’un mot d’ordre national : des caméras de vidéoprotection « afin d’assurer une meilleure protection des habitants dans nos villes et nos villages […] à bord des trains régionaux ou encore aux abords des gares et des zones d’activités économiques ». En attendant le « plan transport, aménagement durable du territoire et ruralité » promis par l’équipe « Envie de Picardie », qui vise à assurer à la région « un réseau d’infrastructures routières, ferroviaires, fluviales et numériques performant ».
POITOU-CHARENTES : Royal joue la révolte contre l’Etat centralQue reste-t-il à l’opposition quand l’équipe sortante se positionne sur le terrain de la réforme ? Envoyé au front par l’Elysée en Poitou-Charentes, sa région d’origine, le secrétaire d’Etat aux Transports et tête de liste UMP Dominique Bussereau s’est rapidement trouvé en situation défensive face à la présidente PS du conseil régional, Ségolène Royal, qui s’ingénie à nationaliser le débat. La campagne a démarré au quart de tour sur le sujet Heuliez, dont la région est devenue actionnaire à hauteur de 5 millions d’euros. Ségolène Royal a accusé « le pouvoir en place » de vouloir « freiner » Heuliez, le soupçonnant de vouloir favoriser « ses amis » Renault et Bolloré. Ségolène Royal « ment effrontément », a répliqué Dominique Bussereau. L’opposition s’est par ailleurs cristallisée sur le sujet de la LGV SEA. Cet été, la présidente PS du conseil régional avait vertement critiqué le mode de financement de la ligne qui doit mettre Poitiers et Limoges à 30 minutes l’une de l’autre (au lieu de 1 heure 30 aujourd’hui).
« Contrairement à ce qu’affirme l’UMP, aucun chef de gouvernement n’a par le passé menacé, comme vient de le faire François Fillon, une région de ne pas desservir des villes par un TGV si elle ne participait pas aux financements. Comment s’appelle une menace pour obtenir des financements, en l’occurrence à hauteur de 100 millions d’euros ? Cela s’appelle du racket. » Le ton était donné. Dominique Bussereau, bien en peine de boucler le financement en tant que ministre, mène le combat dans la région. Il fustige le refus de la présidente sortante « de collaborer à de grands projets comme la LGV Poitiers – Limoges ». « Il y a un devoir de solidarité envers le Limousin », a-t-il expliqué lors d’un débat organisé fin janvier dans la région avec Ségolène Royal. Si la région Poitou-Charentes a accepté de participer au financement des études (actuellement au stade de l’avant-projet sommaire), Ségolène Royal estime désormais que « le projet ne lui paraît pas acceptable en l’état » et elle met en doute sa pertinence économique par rapport à une amélioration de la ligne existante. Au grand dam d’autres socialistes du Grand Ouest, dont la députée PS de la Vienne Catherine Coutelle, laquelle s’est battue aux côtés d’élus de toutes tendances pour faire inscrire cette liaison parmi les 2 000 km de lignes nouvelles à grande vitesse à lancer d’ici à 2020 dans le cadre de la loi du Grenelle de l’environnement. La LGV Poitiers – Limoges, lancée dans le passé par Bernadette Chirac, dépassait jusqu’alors les clivages droite-gauche. Elle redevient un thème majeur, défendu par le gouvernement et donc par Dominique Bussereau, également président du conseil général de la Charente-Maritime. En se démarquant ainsi, la présidente sortante rejoint Europe Ecologie, qui défend le rail « mais pas à n’importe quel prix », selon sa tête de liste Françoise Coutant. Elle s’aligne aussi sur la position du PC et de NPA, qui réclament un moratoire, un arrêt des financements, une expertise économique indépendante et une consultation démocratique.
PACA : haro sur les TERLorsque Thierry Mariani, tête de liste UMP, entame le débat consacré aux élections régionales sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, c’est avec Ville, Rail & Transports sous le bras et le dernier palmarès sur les TER. Il en cite deux chiffres : la région Paca est la première en France pour le nombre de trains annulés et la dernière pour la hausse de la fréquentation. D’où cette conclusion : « Les TER sont boudés par les voyageurs. »
En Paca, les TER, c’est le sujet qui fâche à coup sûr. Même s’il est bien difficile de trouver dans les divers programmes les propositions bien concrètes qui permettraient d’inverser rapidement une lourde tendance. En 2009, les divers dysfonctionnements ont concerné près d’un quart des trajets. Président sortant du conseil régional, Michel Vauzelle juge que ce mauvais fonctionnement est avant tout le fait de l’Etat, « qui n’a pas su établir un dialogue social ». Le fruit de l’histoire aussi, avec le manque de fuseaux. La nécessité de concrétiser beaucoup de « gros » projets qui dépassent largement le temps d’une mandature. Et il rappelle les 3 milliards d’euros investis pour les TER depuis 1998. « La région a investi beaucoup. Dans le même temps, la SNCF ne fait pas les efforts et l’Etat ne met par l’argent. Le compte n’y est pas, la région est volée. » Faute de l’Etat, faute de la SNCF…
« Avec Michel Vauzelle, c’est toujours la faute des autres », se plaît à ironiser Thierry Mariani. Et s’il y avait un palmarès des plus mauvaises relations entre SNCF et conseil régional, la région décrocherait là aussi, à coup sûr, la palme. « Les rapports sont détestables avec la SNCF, le conflit est permanent. Il y a un problème de gestion avec cette région. Pourquoi ce qui marche ailleurs ne peut pas marcher en Paca », s’interroge Thierry Mariani. D’où la proposition de l’opposition régionale visant à « refonder les relations avec la SNCF ».
Du côté d’Europe Ecologie, lorsque l’on évoque le manque de régularité, fléau numéro un, le constat est assez proche. « On voudrait comprendre où sont vraiment les effectifs, les centres de maintenance… C’est à réétudier avec la SNCF. » Dans sa région la plus forte, Jean-Marie Le Pen ne dit pas autre chose : « Il faut parvenir à un autre accord avec la SNCF. Michel Vauzelle lui fait grief de la plupart des retards, certes insupportables. » Mais pour le leader du FN, il y a un autre reproche majeur : l’insécurité dans les trains, « la peur des gens. Sept trains saccagés à Nice sans qu’il y ait un policier, un gendarme, un cheminot, ni même une caméra… C’est extravagant ».?
Quant à l’équipe sortante, elle promet d’ores et déjà de négocier serré la clause de revoyure prévue en 2011, à mi-parcours du contrat de dix ans qui fixe les relations entre région et SNCF. Déjà, Michel Vauzelle a dit, à diverses reprises, envisager d’examiner le recours à une compagnie ferroviaire privée.
RHÔNE-ALPES : polémique sur le Lyon – Turin«Jusqu’à présent, il y avait un consensus très large en Rhône-Alpes sur le Lyon – Turin. Ce consensus va peut-être exploser à droite », s’inquiète Bernard Soulage, vice-président PS du conseil régional chargé des transports, qui se présente sur la liste du président sortant Jean-Jack Queyranne.
« Nous souhaitons simplement obtenir toutes les garanties sur la double composante du projet, fret et voyageurs », répond Xavier Dullin, conseiller régional UMP de Savoie, également dans la course aux élections régionales sur la liste de Françoise Grossetête. Selon lui, un courrier du 25 janvier du ministère de l’Ecologie se référant à une nouvelle réglementation européenne impose une réalisation en bitube du tunnel Dullin-L’Epine, initialement prévu monotube. « Compte tenu du contexte économique actuel et du phasage du projet qui prévoit de construire ultérieurement sous la Chartreuse le tunnel dédié au fret, nous craignons que ce tunnel bitube ne finisse par être utilisé à la fois par les voyageurs et le fret », s’inquiète l’élu. Ce dernier craint que, si le trafic fret croît fortement, il finisse par passer aussi sur la ligne actuelle longeant le lac du Bourget et traversant les agglomérations. « Ce n’est pas acceptable car le rail peut transporter des matières dangereuses. Et c’est contraire à la dimension environnementale du projet », explique Xavier Dullin.
Europe Ecologie s’étonne de cette prise de position. « L’UMP, comme le PS, d’ailleurs, est favorable à la candidature d’Annecy aux Jeux olympiques d’hiver de 2018. Et c’est cette candidature qui rend prioritaire l’aspect voyageurs du Lyon – Turin. Les priorités sont en train d’être inversées », souligne Gérard Leras, président de la commission transports du conseil régional, président du groupe des Verts en Rhône-Alpes, placé en deuxième position sur la liste d’Europe Ecologie. Une liste farouchement opposée à la candidature d’Annecy aux JO : « L’organisation des JO conduira à la destruction de milliers d’hectares de terres agricoles et des milieux montagnards. »
Gérard Leras estime que « le Lyon – Turin est utile s’il permet un report modal effectif de la route vers le rail, c’est sa raison d’être. Tout le monde sait que si on réalise le tunnel nord il n’y aura jamais de tunnel sud pour le fret. Le fret, qui comporte des matières dangereuses, continuera de passer par Chambéry. Il ne pourra pas se développer car il sera en concurrence avec les TER. D’où une saturation des infrastructures ». De nouvelles tensions en perspective ?
Dossier réalisé par François DUMONT, Guillaume LEBORGNE, Olivier MIRGUET, Cécile NANGERONI, Marie-Hélène POINGT, Pascal GRASSART, Patrick LAVAL, Michel Gabriel LÉON, Catherine STERN, Richard GOASGUEN et Hubert HEULOT
Valideurs : faîtes votre choix !
ACS : de l’affichage LCD au large écran tactile
Après avoir produit ses premiers valideurs magnétiques à microprocesseur en 1985, ACS a été le premier constructeur à installer en France un système billettique à base de valideurs et cartes sans contact en 1995. Sa gamme actuelle de valideurs Proxibus couvre tous les besoins pour les bus et les tramways, en mettant en œuvre les techniques sans contact (tickets jetables, cartes à puces, téléphones portables NFC et cartes USB en 0,2 s maximum, voire carte bancaire en 0,3 s), tout en étant également disponible sous forme mixte avec validation des titres magnétiques. Les valideurs Proxibus VPE 411 – VPE 412 – VPE 413 – VPE 414 – VPE 415 lisent les titres, contrôlent leur validité et, si nécessaire, les mettent à jour. Ils informent les voyageurs et les conducteurs à l’aide de trois voyants lumineux et d’un écran LCD, tout en enregistrant un journal des opérations. Autonomes (ils fonctionnent sans adaptateur entre 9 et 32 V et indépendamment des connexions informatiques), ces valideurs dotés d’un processeur 32 bits, d’une grande capacité mémoire et d’interfaces rapides (Ethernet) s’intègrent dans des réseaux de communication performants, avec une vitesse de traitement et de dialogue élevée. Ils peuvent ainsi transmettre leurs données d’exploitation de façon quasi instantanée à des fins statistiques et comptables. Ces valideurs embarqués peuvent ainsi être seuls ou en liaison avec d’autres valideurs, reliés par Wifi à une balise de transmission entre le bus et le sol, reliés à un pupitre conducteur ou reliés à un système d’aide à l’exploitation (SAE). Ouverts à l’interopérabilité, ils sont en outre faciles à installer ou à maintenir et à l’épreuve du vandalisme. Enfin, les opérations de maintenance logicielle s’effectuent très simplement par liaison infrarouge, en face avant des valideurs, qui disposent également d’un port USB en mode esclave pour le raccordement de PC. Enfin, ils peuvent recevoir des mises à jour de logiciels par le réseau depuis les pupitres conducteurs par exemple. Deux nouveautés sont venu enrichir la gamme ACS. Disponible en version embarquée (pour bus et tramway) ou fixe (pour borne ou portillon), le valideur VPE 420 innove avec son large écran tactile avec ses fonctions d’affichage et de saisie. Alors que le terminal portable billettique TXP 420 est un outil portable construit autour d’un PDA, qui permet aussi bien la validation des titres (sans contact, mais aussi magnétiques !) que l’exploitation des données de contrôle et de vente, en passant par l’information des voyageurs
Elgeba : une conception sans point
Entreprise fondée en 1952 et implantée à Königswinter (Allemagne), Elgeba offre une gamme d’oblitérateurs et de valideurs embarqués et stationnaires pour les transports en commun. Avec plus de 350 000 valideurs vendus dans le monde, Elgeba se présente comme « le leader du marché dans ce secteur ». Sa gamme de valideurs Ticompact met en œuvre les technologies avec et sans contact, dans des boîtiers ABS ou métalliques. Afin de réduire au maximum les coûts d’entretien et de maintenance, l’accent a été mis sur une conception sans point d’usure. Grâce à l’équipement d’une mémoire électronique dans laquelle les paramètres des valideurs sont enregistrés, tous les défauts occurrents sont recensés et évalués en statistiques. Les fonctions test, diagnostic et paramétrage des valideurs peuvent être effectuées via un banc test de maintenance connecté à un PC. L’installation des valideurs Ticompact peut aussi bien être embarquée sur colonne, intégrée à une table de perception ou stationnaire sur socle. La gamme Ticompact comme les autres produits Elgeba ont Seipra?Score pour distributeur exclusif en France.
ERG : mascotte sur le CP 6000
Fin 2009, ERG a renouvelé 100 % de sa gamme en lançant les équipements Ival, qui vont se déployer progressivement sur les réseaux français en 2010. Basés sur une nouvelle génération de carte électronique PC, ces matériels sont tous dotés d’un système d’exploitation Linux et possèdent des caractéristiques distinctives telles qu’un capteur de luminosité permettant d’ajuster automatiquement l’affichage à l’environnement du véhicule, de nuit comme de jour. Tous les nouveaux équipements disposent par ailleurs de possibilités de communication en Wifi et GPRS. Nouveau valideur mixte pour billets magnétiques et cartes sans contact, le V 6000 est compatible avec les valideurs V 3000 des réseaux français (Grenoble, Bordeaux, Caen, Le Mans…). Il dispose d’une sécurité renforcée en matière de contrôle des titres magnétiques, d’un afficheur couleur et de 10 touches optionnelles éclairées par LED. Après Limoges, ce produit sera déployé à Orléans, Saint-Etienne, Aix-en-Provence et Troyes en 2010. Le valideur CP 6000, au design original combinant une signalétique à collerette de LED multicolores et un afficheur couleur tactile de grande dimension, offre des possibilités nouvelles de communication comme par exemple l’affichage d’un personnage dit « mascotte » à chaque validation, comme à Limoges. Ce valideur a notamment été choisi par Monaco et le conseil général de la Drôme. ERG propose également deux pupitres combinant l’émission de billets papier et la validation sans contact. Le TP 5700 permet d’assurer des fonctions de type SAE et de pilotage d’information embarquée et équipe déjà les réseaux urbains de Monaco, Carcassonne ou Dole, en attendant plus de six départements français. Le DC 6000 est plus à vocation urbaine, avec écran tactile et touches rapides, partageable entre la billettique et le SAEIV afin d’offrir une interface « unique intuitive et confortable pour les conducteurs ». Ces pupitres traduisent une tendance forte dans le transport interurbain ou les petits réseaux urbains : la mutualisation de la billettique, du SAE et du système d’information voyageur, intégrant la géolocalisation et permettant de piloter les périphériques nécessaires à une mise en conformité aux lois sur l’accessibilité, avec en particulier l’annonce sonore et visuelle du prochain arrêt.
Indra : un espagnol « partout dans le monde »
L’entreprise espagnole Indra se présente comme « un leader de la billettique pour les opérateurs de transport » avec des produits et des projets « partout dans le monde ». Ses systèmes de contrôle d’accès comprennent plusieurs types de portillons spécialement conçus pour les transports publics et les lieux publics (parcs à thème, stades, etc.). Que ce soit dans ses propres laboratoires de recherche & développement qu’avec des partenaires externes, Indra étudie toutes les solutions sans contact, du téléphone à la carte de crédit.
Thales : simplicité de mise en œuvre
Thales cumule plus de trente ans d’expérience dans la validation de titres de transport embarqués ou aux points d’arrêt, qu’il s’agisse de solutions classiques, à bande magnétique, ou sans contact, à base de cartes ou utilisant les téléphones portables des voyageurs, voire des clés USB. C’est ainsi que le système de validation sans contact fourni par Thales doit être étendu à l’ensemble des Pays-Bas (première application à l’échelle d’un pays), l’architecture ouverte de ce système permettant l’interfaçage avec d’autres acteurs. D’autres équipements à grande échelle fournis par Thales sont l’intégralité des bus et trams de la RATP en lecteurs de pass Navigo, le parc CTS (Strasbourg) avec intégration des parkings, le système sans contact multi-opérateur des transports d’Oslo ou l’équipement mixte avec et sans contact pour KCRC (Hong Kong). Le maître-mot étant ici la simplicité de mise en œuvre soit pour le réseau (ne pas modifier les lecteurs de cartes déjà installés), soit pour le voyageur (ne pas être obligé de se rendre préalablement à un point de vente), Thales travaille également sur des solutions mettant en œuvre des clés USB rechargeables à domicile et validées comme des cartes sans contact. L’autre piste explorée, la lecture optique d’un code-barres sur téléphone mobile, implique en revanche l’installation de nouveaux lecteurs optiques aux accès. Mais pour l’usager elle a pour avantage de permettre l’achat du titre de voyage en tout lieu avec un objet dont il dispose déjà. Et pour se prémunir contre la duplication du titre, ce dernier ne sera valable que sur le téléphone qui a servi à l’acheter et son utilisation sera enregistrée dans le back-office billettique pour éviter un deuxième usage.
Parkeon : une gamme adaptée aux PMR
Les systèmes de billettique pour les transports publics sont un des deux domaines pour lesquels Parkeon produit des équipements, avec les parkings. Pour cette entreprise qui faisait partie jusqu’en 2003 du groupe Schlumberger, la diversification vers les transports publics a débuté en 1992-93 par la fourniture d’« horodateurs » modifiés pour la vente automatique de titres de transports SNCF dans les petites gares. Après des marchés remportés seul ou en partenariat, Parkeon propose désormais une offre billettique complète clés en main, avec possibilité de faire partie d’un consortium pour équiper des lignes nouvelles à créer. L’acquisition en 2007 de l’entreprise Wayfarer, leader des systèmes billettique bus (embarqués) au Royaume-Uni, a complété l’offre de Parkeon (jusque-là spécialisé dans les équipements sol pour tram et réseaux ferrés), tout en lui ouvrant les marchés anglophones (Parkeon étant plutôt présent en France, en Belgique et en Europe du Sud). Suite à ce rachat, Parkeon a investi dans son offre billettique Transfolio, multimodale (bus, métro, tramway, systèmes ferrés, ferries, etc.), multi-autorité organisatrice et multi-exploitant. Cette offre Transfolio comprend Axio, une gamme de valideurs embarqués bus ou tramway, mais aussi fixes pour les gares et les stations de tramway ou de métros « ouverts ». Cette gamme complète est orientée à 100 % vers les techniques sans contact, dans la perspective d’une disparition du ticket magnétique ou papier (toutefois, un équipement mixte magnétique et sans contact peut toujours être proposé). Fonctionnement sur système d’exploitation ouvert, les valideurs Axio se mettent en service en une minute ; de plus, ils se montent et se démontent sans outillage spécifique en moins de trois minutes. Ils sont à l’épreuve du vandalisme et des vibrations. Ces valideurs sont dotés d’équipements communicants variés : interface Ethernet, RS 232 et 485, port USB (pour l’exploitation et la maintenance) ou carte SD. Chaque valideur est connecté au pupitre ou à la SAE du véhicule, qui communique avec le sol par Wifi (au dépôt) ou GPRS. L’afficheur peut prendre l’aspect d’un écran graphique 3 1/2 pouces avec ou sans boutons tactiles, voire d’un écran tactile 6 1/2 pouces. Le choix a été fait d’une séparation entre l’écran et la cible sans contact, pour plus d’ergonomie et de simplicité. Par ailleurs, la problématique des malvoyants a été prise en compte, avec des voyants lumineux et bips sonores indiquant la validité, mais aussi un haut-parleur pour les messages en synthèse vocale ! En France, les valideurs Axio équipent les quais des gares TER Haute-Normandie et Nord-Pas-de-Calais ; ils se retrouvent également sur les quais et dans le parc (bus, métro, tramway) de Transpole (Lille métropole). Par ailleurs, Parkeon a développé pour la Stib (Bruxelles) un valideur sur mesure, qui présente comme particularités de fonctionner sur Linux et de communiquer avec l’unité centrale des bus et tramways équipés par le Wifi embarqué, supprimant ainsi les câblages à bord.?Comme pour les valideurs Axio, les équipements pour la Stib dont dotés d’un transpondeur RFID pour leur localisation (intéressant pour la maintenance). Enfin, les valideurs en stations seront intégrés à des barrières quand le métro de Bruxelles sera « fermé ».
Cécile NANGERONI
Billettique : ce qu’il faut savoir avant de valider son choix
Commencer par lister les fonctionnalités
« On ne choisit pas une solution technologique, car on se fermerait immédiatement des tas de portes ! Le choix d’une technologie dicterait ses contraintes, par exemple en imposant de nouvelles méthodes de travail. Il faut d’abord lister les fonctionnalités dont on a besoin : c’est ce qui sera le moteur du choix. » C’est le premier conseil que donne Dominique Bièvre, PDG fondateur de DTB Consult, consultant spécialisé dans les systèmes billettiques. Car le monde de la billetterie dans les transports publics reste très contrasté : « des technologies de pointe pilotées par des systèmes complexes côtoient des solutions beaucoup plus anciennes où les opérations restent mécaniques ou manuelles », rappelle-t-il. Et si le règne du sans-contact peut paraître aujourd’hui sans partage, c’est entre autres à cause du lobbying des fabricants.
Se souvenir que le billet électronique n’est pas universel
Plébiscité pour son image moderne, ses possibilités d’analyse des flux, et donc la connaissance des habitudes des voyageurs, et considéré comme un « must » pour faciliter l’intermodalité, le billet électronique ne répond pourtant pas à toutes les problématiques. En particulier, il n’est pas la solution pour le billet unitaire, qui représente encore 20 à 30 % des ventes des réseaux. Tout simplement parce qu’il est encore très cher. « Au mieux, un ticket sans contact jetable coûte 30 centimes la pièce alors que le coût d’un billet magnétique au format Edmonson [celui du ticket de métro parisien, ndlr] est inférieur à 1 centime ! Quand on sait qu’un réseau comme celui de la RATP compte environ 800 millions d’occasionnels par an, on voit tout de suite que l’enjeu est énorme », explique le consultant. « Typiquement, les cartes sans contact prennent tout leur sens quand elles portent des titres d’une durée de vie supérieure à un jour », conclut le consultant.Bien tenir compte de la structure tarifaire
Avant de changer tous les valideurs d’un réseau, quelles sont les bonnes questions à se poser ? « Le valideur est un équipement “grand public” qui doit avoir un rapport qualité/prix performant », souligne Alain Combette, directeur commercial de l’unité transport public de Parkéon. En fait, il faut commencer par visiter sa structure tarifaire, qui peut être plus ou moins complexe. Car « tout part de là : mono-opérateur ou multi-opérateur ? Veut-on favoriser la multimodalité ? Quel est le poids de l’occasionnel ? ». Ainsi, si la transaction sans contact sécurisée procure un avantage aux réseaux importants de grandes agglomérations, en fluidifiant le trafic aux heures de pointe, encore faut-il que la structure tarifaire ne soit pas une usine à gaz. Car plus elle sera complexe, plus elle nécessitera d’utiliser de la mémoire et pourra ralentir la transaction. Or un système performant doit procurer une vitesse de traitement comprise entre 250 et 300 millisecondes, estiment les spécialistes. Autre détail important : « la validation doit rester possible quand la carte est dans le portefeuille ou le sac à main, sinon ce n’est pas très ergonomique », conseille Dominique Bièvre. Et si pour les petits réseaux les solutions, a priori, sont les mêmes, la question financière n’est pas neutre. Pas tant au niveau de l’équipement matériel, qui reste abordable, qu’au niveau des développements logiciels. « Il n’y a pas un réseau pareil, moralité, il y a une customisation importante du système central, rappelle l’expert. Un grand réseau n’a pas de problème pour s’offrir le logiciel ad hoc, mais un petit n’aura pas forcément le volume suffisant pour amortir les frais de développement. » Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, même de nos jours, un réseau interurbain qui privilégie la vente au sol et la vente à bord peut tout à fait se contenter d’un système de tickets papier avec un compostage mécanique.
Ne pas croire que le titre magnétique est mortQuant au titre magnétique, celui qui est né dans les années 60, il a encore de beaux jours devant lui, surout grâce à un prix compétitif. La plupart des grandes agglos utilisent des systèmes mixtes, sans contact et magnétique : l’Ile-de-France avec le Navigo (une carte Calypso) et les tickets magnétiques basse coercitivité (ils se démagnétisent facilement) ; idem pour la région lyonnaise avec un système plus récent, donc à haute coercitivité ; à Marseille, le magnétique sera bientôt complété par du sans-contact; à Toulouse, il a muté avec l’ajout du sans-contact partout… Et l’on peut multiplier les exemples. « En Italie, après un passage en full sans contact, un réseau a fait machine arrière, cela lui coûtait trop cher, raconte aussi Dominique Bièvre. Et en un an d’économies sur les tickets unitaires sans contact, ils ont payé les valideurs magnétiques neufs ! »
Etre prêt à embarquer le WifiTrois grandes familles de valideurs coexistent. Les purement sans contact, qui acceptent toutes les cartes actuelles et futures à la norme ISO 14443 ; les systèmes mixtes et enfin les valideurs magnétiques avec toutes les déclinaisons de formats (carte de crédit piste iso ou piste sur le côté, Edmonson…). Seul le composteur de tickets carton serait en voie de disparition. « En France, tous les appels d’offres en zone urbaine portent sur des équipements sans contact, multisupports, multicanaux de rechargement, multi-opérateurs et multi-autorités organisatrices », analyse Philippe Millet, directeur de l’unité Transport public de Parkéon. Ainsi, dans sa gamme, le fabricant propose des valideurs pouvant recharger le pass transport et qui bientôt liront les cartes bancaires sans contact. Il souligne une tendance récente « en voie de généralisation » : le Wifi embarqué dans bus et tram, permettant aux appareils de communiquer avec l’unité centrale sans câblage à bord. Et quid des dernières tendances à base de NFC (Near Field Communication) ? Juste un support de plus ! « Tout comme les jetons sans contact qui peuvent servir de titre unitaire car ils sont recyclables, les montres et téléphones NFC sont des déclinaisons du sans-contact », estime Dominique Bièvre. Séduisants sur le papier, ils se heurtent encore à des surcoûts. C’est pourquoi malgré ses avantages, le NFC n’a pas ecore trouvé de débouchés en Europe. « L’opérateur téléphonique réclame une rémunération pour le service procuré en mettant un billet de transport dans “son” téléphone. Cela renchérit le coût du transport. »
Cécile NANGERONI