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Rio – São Paulo : le Paris – Londres des tropiques
On attendait plutôt l’Argentine ou la Californie, mais la crise a mis sérieusement à mal les finances des deux Etats. Au bout du compte, le Brésil, qui vient d’ailleurs de reprendre le chemin de la croissance avec un PIB en hausse de 1,9 % au second trimestre, pourrait coiffer les autres pays au poteau. Le pays deviendrait donc le premier du continent américain à réaliser une ligne à grande vitesse. C’est du moins ce qu’a estimé Dominique Bussereau, le 9 septembre. Le lieu comme la circonstance se prêtaient mal à une déclaration pessimiste : le ministre inaugurait à Brasília un colloque franco-brésilien consacré à l’expérience française dans la grande vitesse et le tramway. De plus, il venait de signer, le 7 septembre, avec son homologue brésilien, en présence des présidents Lula et Sarkozy, une lettre d’intention sur la coopération des deux pays dans les transports. Mais la circonstance et la défense des intérêts français n’expliquent pas tout. Le 18 juillet, le gouvernement brésilien avait rendu publique une étude du cabinet Halcrow-Sinergia. Son objet : une ligne à grande vitesse Campinas – São Paulo – Rio. Le 3 septembre, un séminaire gouvernemental, à São Paulo, donnait à grands traits les options financières retenues par les Brésiliens. Le président de la BNDES, la Banque nationale de développement, y assistait : c’est paraît-il un signe du sérieux du projet. Surtout, on ne doute pas de la volonté politique : Lula veut un Trem de Alta Velocidade (TAV) dans les meilleurs délais. L’occasion est toute trouvée : la Coupe du monde de Futebol se tiendra dans 12 villes brésiliennes en 2014.
2014 ? Le calendrier ne convainc pas. Très « volontariste », il apparaît peu réalisable. Cinq ans pour construire une ligne alors que le tracé n’est pas arrêté, que la géologie n’est pas bien connue, que les acquisitions foncières ne sont pas faites… La mise en service d’un premier tronçon Campinas – São Paulo, d’une centaine de kilomètres, serait une solution de repli. En fait, les Brésiliens, qui parlaient jusqu’à présent à propos de cette date d’un « objectif, pas d’une obligation », ont reconnu dernièrement, par la voix de leur ministre des Transports, que la LGV dans son ensemble ne serait pas prête pour la Coupe du monde. Pour l’instant, le calendrier officiel n’a pas bougé. Et, par hypothèse, l’étude Halcrow-Sinergia se fonde sur une mise en service en 2014. Mais qu’importe la Coupe, la ligne est bien partie. « Le Brésil est en retard, et nous allons rattraper ce retard », explique fermement Paulo Sérgio dos Passos, secrétaire général du ministère des Transports et homme clé du projet. La demande de transport est énorme entre Rio et São Paulo, les deux plus grandes villes du pays. L’aire métropolitaine de la première compte 11 millions d’habitants, celle de la seconde, 19. L’ensemble des populations concernées représente 36 millions d’habitants dans une zone, précise Alfredo Pereira do Nascimento, le ministre des Transports, « dont dépend 45 % du PIB brésilien ». Tout cela le long d’une ligne qui dépassera à peine les 500 km dans son intégralité, 400 km si on s’en tient à la relation São Paulo – Rio de Janeiro. En termes de distance comme de volume, ce sont les dimensions d’un Eurostar.
Si Eurostar a fait renaître le train entre Paris et Londres, que dire du projet brésilien ? L’Amérique du Sud n’a quasiment plus de trains de voyageurs. Au Brésil, il y a du fret. Il est d’ailleurs considérable. Comme le rappelle Gerson Toller, le directeur de la Revista Ferroviária, le pays détient même un record du monde, établi l’an dernier avec un train de plus de 3 000 m tiré par cinq locomotives. Il y a aussi des trains de banlieue. Mais de l’intercité, quasiment plus. C’est simple : entre São Paulo et Rio de Janeiro, la part de marché du train est égale à zéro. Les déplacements se font en car, en voiture ou en avion. Pour l’avion, trois compagnies assurent 70 navettes quotidiennes entre les deux villes. Avec un avantage énorme, coupant l’herbe sous le pied à l’argument classique du train, la célébrissime (et parfois discutable) desserte en centre-ville. Car à São Paulo l’aéroport de Congonhas n’est qu’à 11 km du centre. A Rio, Santos-Dumont n’en est qu’à 2 km, si bien que la marche à pied est un moyen de déplacement non négligeable pour aller prendre l’avion. Mais les deux aéroports réservés aux vols intérieurs sont complètement saturés. Le car, lui, a supplanté le train comme moyen de transport collectif terrestre, et le trafic de la gare routière de Tietê, à São Paulo, en fait la deuxième au monde après celle de New York. Les études de marché montrent (quelle surprise !) que les riches préfèrent l’avion et que les pauvres prennent le car. Ce qui est plus notable, c’est que, du fait de la congestion, les deux types de population délaissent l’automobile, possédée pourtant par 84 % de ceux qui font le trajet entre les deux villes.
Autre particularité du projet, à l’ouest de la ligne, le corridor Campinas – São Paulo serait tout bonnement, selon l’étude Halcrow-Sinergia, la « première mégapole de l’hémisphère sud ». L’étude préalable conclut donc à une double mission, régionale et express, de la ligne, qui devrait nécessiter d’emblée deux types de trains : un matériel régional à grande vitesse pour la desserte de la « mégapole » ; un matériel à un seul niveau pour les dessertes à très grande vitesse de point à point. On retrouve des solutions prévues depuis longtemps, et mises en œuvre aujourd’hui, à grand mal entre la Belgique et les Pays-Bas, plus allègrement dans le Kent. La demande régionale est de loin la plus forte. Si l’étude prévoit 7 millions de passagers pour la desserte Express Campinas – São Paulo – Rio, elle en escompte 28 pour le transport régional dès 2014. Soit un total de 35 millions qui pourrait se monter à plus de 100 en 2044, selon des prévisions à prendre avec les pincettes de rigueur…
Le projet est aujourd’hui estimé à 34,6 milliards de reais (13 milliards d’euros, 18 milliards de dollars). Selon les décisions gouvernementales du 3 septembre, l’ensemble du projet fera l’objet d’un seul et unique appel d’offres, du génie civil à l’exploitation. Il sera attribué à un concessionnaire qui ne pourra être qu’un consortium associant, au strict minimum, un génie-civiliste national à un constructeur ferroviaire étranger. Le consortium devra apporter au minimum 30 % du montant du projet, le gouvernement apportant jusqu’à 70 % par des prêts bonifiés. Il semble que les Français, dans leur lobbying, aient préconisé des solutions éprouvées et n’aient pas tenu à faire la promotion du PPP, vérité de ce côté-ci de l’Atlantique, erreur au-delà.
L’appel d’offres serait quasiment prêt. Il le faut, si on s’en tient au calendrier officiel, qui le promet pour octobre. Des spécialistes doutent. Le gouvernement ne devait-il pas s’assurer une assistance à maîtrise d’ouvrage ? Les cinq experts de haut niveau recommandés par la Banque mondiale suffiront-ils à aider les Brésiliens à rédiger l’appel d’offres ? Autre point qui a fait couleur beaucoup d’encre à propos de la vente des Rafale : les Brésiliens demandent des transferts de technologie. C’est évidemment légitime, et d’autant plus fondé qu’ils souhaitent ne pas s’en tenir à cette ligne : « Ce premier projet fait partie d’un réseau », assure Bernardo Figueiredo, directeur général d’ANTT, l’Agence nationale des transports terrestres, chargée de mener à bien le projet. Car les Brésiliens projettent, pour la suite, un Curitiba – São Paulo et un São Paulo – Belo Horizonte qui croiseraient la première ligne. Et, cette fois, ils voudront avoir la maîtrise technique du projet. Mais à qui transférer la technologie ferroviaire ? A un organisme qui reste à créer, à des ingénieurs qui restent à former… Pas facile de retrouver le savoir-faire ferroviaire qu’on a laissé tomber 50 ans plus tôt et qui, depuis, n’a pas fait que du surplace…
Ces difficultés ne font évidemment pas reculer les candidats à la concession. Les groupes nationaux de génie civil ont été auditionnés. Six groupes ferroviaires étrangers aussi : Alstom (France), Siemens (Allemagne), Mitsubishi (Japon), Hyundai Rotem (Corée du Sud), Talgo (Espagne) et Siemens Espagne (Allemagne et/ou Espagne). Des observateurs ont trouvé Alstom jusqu’à présent peu « agressif » sur le sujet, et on a cru remarquer que Nicolas Sarkozy, lors de sa visite au Brésil, n’a pas abordé le sujet. De quoi se demander si, après le coup d’éclat du Rafale et la jolie vitrine du tram de Brasília, l’industrie française ne s’apprêterait pas à passer un tour. Pourtant, le camp français a l’air très mobilisé. D’où le colloque organisé par l’ambassade. « On tient la corde », disent des Français. Le principal adversaire identifié, ce ne sont pas les Allemands, avec qui les Brésiliens avaient fait des premières études sur le même corridor il y a dix ans, qui n’ont pas abouti. Ce ne sont pas les Coréens, qui viennent avec « leur » technologie du KTX, transférée par Alstom. Ce sont les Japonais. D’autant que leur offre s’accompagne, comme d’habitude, d’un packaging financier. Aussi Antoine Pouillieute, ambassadeur de France, pense que, pour compléter l’offre technique, il faudrait convaincre la BEI de s’impliquer dans le financement. Comme dans tous les pays, c’est la clé. La question à résoudre pour que le Brésil soit la première terre américaine à voir circuler un train à grande vitesse.
François DUMONT

LGV Rhin-Rhône branche est : ce qu’en attendent les villes
Dijon regarde d’abord vers Paris
La problématique dijonnaise est sensiblement différente de celle des autres villes concernées par la branche est de la LGV Rhin-Rhône. Ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la ligne actuelle TGV Dijon – Paris satisfait pleinement les usagers avec un trajet direct de 1h40. Ensuite, historiquement, Dijon s’est beaucoup plus tourné vers Paris que vers l’est. La nouvelle ligne devrait avoir tendance à équilibrer un peu mieux les choses, mais l’attrait de Paris pour les Dijonnais restera très important. La future branche ouest qui traversera la capitale bourguignonne permettra toutefois un rapprochement significatif avec Besançon. Sur ce plan, Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon, a annoncé le 14 mai lors des « 2e Rencontres de la grande vitesse » la signature le même jour d’un accord-cadre entre les CHU de Besançon et de Dijon qui marque d’une pierre blanche l’avenir de ces deux établissements bientôt unis en un vaste pôle hospitalier sud du Grand Est. Ce contrat va favoriser l’émergence et le développement de projets communs portant sur les activités de soins, les partenariats avec les universités, le développement de la recherche et de l’innovation ou encore le partage d’expérience sur les procédures administratives et les fonctions support. Distants de 100 km, mais parcourus en 40 minutes dès 2011 avec la future LGV, les établissements intégreront dans leur organisation les effets bénéfiques de ce rapprochement territorial. Le projet de traversée de l’agglomération dijonnaise consiste en une première section de la branche ouest de la LGV Rhin Rhône, entre Genlis et Turcey. Il présente plusieurs objectifs : en tant que tronçon central de la branche ouest, la traversée de l’agglomération dijonnaise s’inscrit dans une volonté de maillage du réseau français et européen à grande vitesse. Sa position à proximité de la convergence des trois branches de la LGV placera Dijon dans une position de carrefour européen de la grande vitesse. Pour répondre à la décision convergente de tous les acteurs impliqués en 1997, le projet traverse l’agglomération dijonnaise au lieu de la contourner, cela en prévoyant toutefois la création d’une gare nouvelle urbaine dans Dijon. Un véritable pôle multimodal y sera conçu, permettant de diffuser l’effet de la grande vitesse à l’échelle locale, notamment grâce à des correspondances efficaces avec les transports urbains et régionaux. Un pôle urbain fort sera prévu par avance autour de cette gare, dans une logique d’aménagement durable de l’agglomération. Dijon est un des nœuds les plus importants du réseau français, avec son étoile à cinq branches et son complexe fret de grande dimension (Perrigny, Gevrey). De ce fait, il est confronté à des problématiques de fonctionnement qui risquent de rendre plus complexe encore son exploitation dans les années qui viennent. La réalisation du projet permettra d’améliorer la desserte des voyageurs et de mieux utiliser les voies existantes pour les TER et le transport périurbain. Elle sera également l’occasion de rechercher de nouvelles formules pour améliorer la circulation du fret.
Dole va perdre son privilège
La ville jurassienne chère à Dominique Voynet fait partie des grandes perdantes dans ce dossier. En effet, en décembre 2011, les TGV ne s’arrêteront plus à Dole, hormis les TGV Lyria qui couvrent Paris – Lausanne. Dans ce contexte, difficile d’être optimiste, d’autant que le Jura subit durement la crise économique (lunetterie, injection plastique, filière du bois, tourisme). Comme le précise Claude Chalon, président de la communauté d’agglomération du Grand Dole, il est intéressant de rappeler que la création de l’autoroute A39 avait eu un effet ventilateur sur la population doloise, permettant aux habitants d’aller travailler plus loin, mais créant une forme d’exode, contre lequel les élus locaux doivent lutter… La presque suppression des passages des TGV risque également de dépeupler la petite ville jurassienne pour cause d’enclavement.
Besançon va-t-elle bouder sa gare ?
La nouvelle gare Besançon Franche-Comté TGV, située à 15 km au nord de Besançon, présente avant tout la nécessité de revoir totalement le transport au sein de la capitale comtoise. Fini le temps où l’on prenait son TGV à 5 minutes à pied du centre-ville à la gare Viotte. Pour rejoindre la future gare, il sera nécessaire d’emprunter une navette ferroviaire depuis la gare Viotte, via une ancienne ligne dont les travaux de rénovation viennent de commencer (Besançon Viotte – Devecey). Temps de trajet ? Comptez 20 minutes… Des bus Liveo assureront également la liaison, mais il est possible qu’à certaines heures, il faille plus de temps… Autant dire que les Bisontins ont vite fait le calcul. Si l’on prend l’exemple d’un trajet Besançon – Paris qui est annoncé en 1h40 et que l’on ajoute les 20 minutes de navette (plus si c’est un bus) cela fait deux heures. Actuellement le trajet direct dure 2h30. Prendre une navette pour au final ne gagner qu’une demi-heure et cela au prix d’un billet qui a toutes les chances d’augmenter, ce n’est pas très engageant… Ça l’est encore moins pour les petits trajets (Besançon – Dijon, Besançon – Mulhouse) pour lesquelles on devra passer autant de temps en transfert qu’en TGV ! A deux ans de l’ouverture de la ligne, la zone d’activité économique de 10 ha qui jouxte la nouvelle gare n’intéresse pas les entreprises bisontines, ni celles venant de l’extérieur, car la crise touche directement les PME locales qui, pour beaucoup, vivent de la sous-traitance automobile. Les CHU de Besançon et Dijon jouent le jeu en ayant signé un accord-cadre de partenariat qui a pu voir le jour grâce à la LGV. Les Bisontins se posent encore beaucoup de questions sur les avantages qu’offrira la LGV et acceptent difficilement de ne plus pouvoir prendre leur TGV en centre-ville, avec un trajet direct, certes un peu plus long, mais beaucoup plus confortable.
Vesoul veut voir la grande vitesse
Département rural par excellence, la Haute-Saône a longtemps été le parent pauvre de la Franche-Comté : aucune autoroute, quelques rares tronçons de voies express, des milliers de camions qui circulent chaque jour sur des routes nationales, aucune ligne ferroviaire à grande vitesse. Voici pour le bilan. Autant dire que le projet de la LGV Rhin-Rhône est apparu comme la divine providence aux yeux de nombreux Haut-Saônois. Car la gare Besançon Franche-Comté TGV est située au nord du département du Doubs, à 5 km au sud du département de la Haute-Saône, ce qui permettra aux Haut-Saônois d’accéder plus facilement aux villes voisines. C’est donc incontestablement un progrès pour ce département, qui pour l’occasion s’est vu attribué par le contrat de projets Etat/région Franche-Comté de quoi moderniser son réseau routier avec la création de plusieurs voies rapides. Un service de bus Liveo sera mis en place depuis Vesoul jusqu’à la gare Besançon Franche-Comté TGV. Le sénateur Yves Krattinger a bien compris l’intérêt que représente cette gare pour son département. L’aménagement à moyen terme de la ligne ferroviaire Vesoul – Besançon pourra proposer une navette pour rejoindre la gare, mais rien n’est encore décidé à son sujet.
Montbéliard/Belfort, un véritable désenclavement
Pôle industriel majeure dans l’est de la France avec Peugeot, Alstom et des centaines de PME, cette zone est un véritable patchwork d’agglomérations qui s’étend sur près de 30 km (Sochaux, Montbéliard, Mandeure, Audicourt, Belfort, etc.). Il est donc logique qu’une gare TGV ait été prévue sur ce secteur. La gare TGV de Meroux accueillera dès son ouverture un trafic annuel d’environ 1,1 million de passagers, ce qui la place d’emblée dans la première moitié des gares TGV françaises les plus fréquentées. Une trentaine de TGV sont prévus chaque jour, notamment vers les centres de décisions européens que sont Paris (en 2h20), Lyon, Zurich, Francfort, Strasbourg mais aussi vers Dijon, Marseille, Nice et même Barcelone. La gare sera alors un véritable pôle d’échange multimodal. Cet espace sera divisé en deux avec au nord la gare et les services et au sud un vaste parking longue durée de 1 300 places. Au nord, près de la gare TGV/TER, se trouveront un parking courte durée d’une capacité de 150 places, un dépose-minute pour les voitures, une station de taxis, un parking de locations de voitures et la gare routière. La future gare offrira des services d’attente au voyage, de restauration, de presse, avec un soin particulier dans l’articulation avec les autres transports, régionaux et locaux. Enfin, elle mettra en œuvre les équipements conformes aux nouvelles normes pour l’accueil et le confort des personnes à mobilité réduite. Le projet de LGV Rhin-Rhône et le positionnement d’une gare TGV à Meroux ont amené à étudier l’opportunité de la réouverture de la ligne Belfort – Delle dans le cadre du contrat plan Etat-région. Cette étude d’opportunité a montré qu’en plus du rabattement vers la LGV pour les communes françaises (de Lure à Delle) et suisses (jusqu’à Bienne), la ligne pourrait également jouer un rôle dans la desserte de l’agglomération belfortaine. La Suisse a d’ores et déjà annoncé sa volonté de participer à hauteur de 20 millions de francs suisses (13,2 millions d’euros) pour les travaux sur le territoire français. Le taux de participation de l’Etat français pour cette opération est fixé à une valeur de l’ordre de 25 %. Aucun doute que la future gare soit un succès, car Montbéliard et Belfort ont toujours souffert d’une position très excentrée.
Mulhouse/Bâle, du mieux en attendant la deuxième tranche
Le tronçon qui concerne la ville de Mulhouse concerne la seconde tranche des travaux. La première tranche de la LGV s’arrête à hauteur de Petite Croix, dans le Territoire de Belfort. Pour rejoindre Mulhouse, le TGV Rhin-Rhône empruntera sur près de 40 km le réseau classique et circulera à 140 km/h, dans l’attente de la réalisation de la deuxième tranche entre ces deux localités, fortement attendue par la CCI Sud Alsace Mulhouse. Son atout est d’offrir à Mulhouse une double desserte nord-sud (sur un axe Francfort – Mulhouse – Lyon – Marseille) et est-ouest (Zurich – Bâle – Mulhouse – Paris). A cette échéance (2011), Mulhouse se trouvera ainsi à environ 2h45 de Paris et de Lyon. L’aboutissement du projet global devrait ensuite permettre aux voyageurs au départ ou à destination de Mulhouse de gagner une demi-heure supplémentaire sur l’ensemble des relations desservies. Dès sa mise en service à l’horizon 2011, concomitante à la réalisation du raccordement court de Mulhouse, Strasbourg sera à environ 3h (contre 4h45 en 2005) et Mulhouse à 2h25 de Lyon (contre 3h45 en 2005). On attend donc beaucoup du TGV Rhin-Rhône, même s’il faudra patienter sans doute quelques années supplémentaires pour bénéficier de la grande vitesse sur toute la ligne. Comme Dijon à l’opposé, Mulhouse se trouve à un carrefour avec d’un côté la Suisse (Bâle et Zurich), l’Allemagne voisine et les grandes villes françaises à l’ouest. De bonnes raisons pour que ce carrefour soit doté des meilleurs équipements.LGV Rhin-Rhône branche est : ce que les élus attendent de la grande vitesse
L'échéance du 11 décembre 2011, date de mise en circulation de la branche est de la LGV Rhin-Rhône, approche à grands pas. Située au coeur de cette charnière stratégique entre la vallée du Rhône et son débouché sur la Méditerranée et le nord de l'Europe, la région de Franche-Comté voit en ce projet une occasion à ne pas rater. Comment la Franche-Comté, la Bourgogne et l'Alsace peuvent-elles tirer parti de cette ligne qui s'annonce comme une opportunité que leur envient bien d'autres régions? Rappelons que ce chantier bénéficie d'un budget de 2,5 milliards d'euros, ce qui en fait le plus grand en France. Si les élus sont unanimes sur la nécessité de penser «région» plutôt que «département», la spécificité de chaque département est bien réelle. La mise en place d'une politique commune de transport demande beaucoup de temps. Celui-ci passe vite car en matière de transport décembre 2011, c'est demain. Et les sujets sont aussi complexes que nombreux. Comme le précisait Yves Krattinger, sénateur et président du conseil général de Haute-Saône lors d'un colloque, «la ligne LGV et sa gare peuvent être autant un ventilateur qu'un aspirateur de population» . La prise de conscience est là, mais personne n'est en mesure d'apporter la moindre garantie quant à la venue d'entreprises nouvelles sur les 100 000 mde zone d'activité commerciale et industrielle prévue autour de la future gare Besançon-Franche-Comté TGV Vincent Fuster, vice- président du conseil général du Doubs, estime pour son compte que l'on a mis l'accent sur le développement économique alors que le tourisme n'a pas assez été pris en compte. Au vu de la conjoncture économique, cette remarque n'est pas anodine. Du côté des futurs usagers, notamment les utilisateurs des TGV actuels, les questions concernent le prix des billets sur la future ligne et celui des parkings. Là encore, ces questions ne sont pas accessoires, car la fréquentation des TGV pourrait fortement pâtir d'une tarification trop élevée qui pénaliserait les TGV face à la route ou aux TER. La directrice générale déléguée SNCF Voyages, Mireille Faugère, répond sans ambages que la grande vitesse coûte extrêmement cher, et qu'il faudra probablement s'attendre à des prix revus à la hausse. Christian Proust, conseiller général dans le Territoire-de-Belfort, estime que la LGV tombe mal en ces temps de crise économique. Et cette ligne coûte très cher à la région Franche-Comté qui aimerait une aide supplémentaire de l'Etat. Ce qui amène les usagers des TER à dénoncer «une politique ferroviaire à deux vitesses» en Franche-Comté et à craindre une réduction des services de TER.
Rêve de mégapole
L'union fait la force. C'est sur ce principe bien connu qu'Yves Krattinger se prend à rêver d'un rapprochement entre les villes qui jalonnent la branche est. Car au total les huit villes et leurs agglomérations voisines comptent près d'un million de personnes. Il est vrai qu'avec le TGV le temps l'emporte sur les distances (voir encadré ci-contre), mais certaines villes et la plupart des villages se trouvent à plusieurs dizaines de kilomètres des gares. Aux temps de parcours du TGV, doivent donc être ajoutés ceux nécessaires pour rejoindre les gares. Dure réalité de la vie en province. En effet, le choix des gares pour la branche est s'est porté sur Besançon et Montbéliard-Belfort. La future branche ouest permettra un arrêt à Dijon, et la branche sud, dont les premières études de projets ont déjà commencé, desservira Lyon. Des services de bus ou des navettes ferroviaires permettront de faciliter l'accès aux gares. Dans tous les cas, l'idée d'une unité économique et sociale via le TGV à travers les villes sur une distance de plus de 150 km semble de prime abord complexe et onéreuse pour l'usager.
Les ambitions européennes de la LGV Rhin-Rhône
Cet axe qui permet de relier l'Europe de l'Est à celle du Sud n'a jamais cessé d'agiter les esprits avec, durant plusieurs décennies, le projet plus ou moins latent et finalement abandonné du canal à grand gabarit qui devait emprunter la vallée du Doubs. La LGV Rhin-Rhône vient donc concrétiser une volonté politique placée au rang de priorité nationale. Ainsi, c'est l'axe Francfort – Lyon – Marseille – Barcelone qui est visé à moyen terme, via les branches est et sud de la LGV Rhin-Rhône. La véritable raison d'exister de cette ligne se trouve avant tout ici. Les régions qu'elle traverse doivent alors saisir la balle au bond et faire au mieux pour en profiter. La LGV est une opportunité pour la Franche-Comté, la Bourgogne et l'Alsace, mais encore faut-il savoir comment l'utiliser et à qui elle peut profiter. Dans toutes les villes concernées, ça gamberge dans tous les sens. Il est très difficile d'affirmer dans quelle mesure la nouvelle ligne peut apporter un peu d'espoir au secteur économique, notamment aux PME en difficultés, dans ces régions touchées de plein fouet par la crise. Certes, en facilitant les déplacements sur plusieurs axes, la LGV verra de toute évidence ces rames se remplir de voyageurs, qu'il s'agisse de déplacements à but professionnel, de loisirs ou touristiques. Une chose est certaine, ce type de ligne joue uniquement le jeu des grandes villes de province. En dessous du seuil des 100 000 habitants, il n'y a tout simplement pas de gare. Certaines villes qui disposaient d'un service TGV (comme Dole, dans le Jura) le perdront en 2011. De quoi isoler un peu plus les départements ruraux comme le Jura ou une bonne partie de la Haute-Saône.
Les temps de parcours (estimation pour 2012)
– Dijon – Strasbourg : 2h 10
– Dijon – Francfort : 4h 05
– Besançon – Paris : 1h 40
– Besançon – Marseille : 3h 35
– Besançon – Zurich : 2h 10
– Belfort-Montbéliard – Paris : 2h 20
– Belfort-Montbéliard – Dijon : 0h 50
– Mulhouse – Lyon : 2h 25
Deux colloques pour en parler
La reflexion sur les villes et l'arrivée de la desserte à grande vitesse ont fait l'objet de deux colloques qui se sont tenus les 7 et 14 mai à Vesoul (Haute-Saône) et Besançon (Doubs). Deux thèmes avaient été choisis: «Transports et mobilité durable» et les «2Rencontres de la grande vitesse». Ces deux colloques faisaient appel à des «grands témoins» parmi lesquels: Mireille Faugère, directrice générale déléguée SNCF Voyages, Alain Bonnafous, professeur de sciences économiques à l'IEP de Lyon, ou encore Patrice Noisette, docteur en urbanisme, chercheur associé au CNRS.Covoiturage : les collectivités prennent la main
Depuis un an ou deux, ce sont les collectivités, et plus particulièrement les départements, qui semblent vouloir prendre la main sur le covoiturage. La plupart du temps, la mise en place d’un service dédié s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre d’un agenda 21 ou d’un PDU. Les élus misent sur le sentiment de proximité pour lever les freins au développement de cette pratique et inciter les administrés à franchir le pas. « C’est bien plus simple pour une collectivité de communiquer sur un site local qui porte leur nom plutôt que d’essayer de renvoyer les gens vers un site national », explique Arnaud Sarfati, président de Green Cove Ingénierie, l’éditeur de 123envoiture.com, qui propose comme ses concurrents une plateforme de base avec toute une série d’options : standard téléphonique pour ceux qui n’ont pas accès à Internet, garantie retour en cas de défection du chauffeur, kits de communication… Le prix varie de 4 000 à 30 000 euros selon la prestation retenue. A cela, il faut ajouter le coût de gestion du site, qui va varier de 400 euros à 4 000 ou 5 000 euros par an. Une paille dans le budget transports d’un département et même d’une agglomération. D’autant que la plupart du temps, la mise en place du site est subventionnée par l’Ademe et les fonds européens Feder. Cependant, il ne suffit pas de se doter d’un outil informatique pour que le covoiturage fonctionne. De fait, le succès ou non du service de rapprochement va largement dépendre de l’implication de la collectivité et des acteurs locaux.
Un travail de longue haleine
En effet, une politique de communication active est indispensable pour générer du trafic sur un site de covoiturage et atteindre une taille critique qui permettra une rencontre de l’offre et de la demande. « Cela suppose d’aller voir les entreprises et les administrations situées sur le territoire concerné, note Régis Lippinois, du cabinet Ecolutis, de sensibiliser des groupes ciblés comme les étudiants, d’associer au maximum les communes du territoire concerné… » Trop souvent, les collectivités font cet effort au lancement mais ne donnent pas suite. Il faut pourtant une action suivie dans le temps pour arriver à un nombre d’inscrits et de trajets satisfaisants. Les sites qui ne sont que de simples vitrines ne dépassent pas les quelques centaines d’inscrits. Pour susciter l’adhésion des automobilistes, en plus des campagnes de communication régulières, certaines collectivités financent l’aménagement d’aires de covoiturage. Le Morbihan a été précurseur dans ce domaine, suivi par le Finistère, lequel compte déjà 18 aires installées autour des grands axes et consacre 500 000 euros par an à ce chantier. « Il s’agit de sécuriser la pratique mais aussi de lui donner de la visibilité », explique Jean Baptiste Huet, directeur des déplacements au conseil général du Finistère. Les collectivités qui se lancent dans ce type d’investissement ont généralement une vision plus intégrée de la place du covoiturage. Il s’agit non seulement de réduire le nombre d’autosolistes mais aussi d’organiser une complémentarité avec le réseau de transports en commun. Le covoiturage aurait pour vocation de devenir le dernier maillon de la chaîne de déplacement, la solution pour les zones du territoire non ou mal desservis.Le dernier maillon de la chaîne ?
« Dans le Morbihan, nous allons vers le développement de lignes haute performance qui ne pourront pas passer dans tous les villages, explique Marc Letourneux, chargé de mission covoiturage. Une des voies d’avenir consiste à encourager l’utilisation mutualisée de la voiture pour faire du rabattement vers ces transports en commun. Nous essayons de développer des aires de covoiturage à proximité des nœuds multimodaux. » Le syndicat mixte des transports de l’Oise, qui a lancé son site au début de l’année, est sur la même ligne. « Nous voulons vraiment coordonner le covoiturage et l’offre de transports existante. Quand un voyageur fait une recherche sur le site, le système liste toutes les solutions pour se rendre là où il veut aller », note François Ferrieux, vice-président délégué aux transports du conseil général et président du syndicat mixte, qui devrait se lancer lui aussi dans l’aménagement d’équipements spécifiques. «Nous avons demandé aux communes d’identifier les besoins en matière d’aires de covoiturage. Nous prévoyons aussi de réserver des places aux covoitureurs dans les parcs d’échange comme celui qui va être construit près de la gare de Compiègne. » L’idée d’une utilisation mutualisée de la voiture à grande échelle pour les trajets où cette dernière est vraiment indispensable est séduisante. Reste à savoir si cela relève de l’utopie ou si, avec le soutien des pouvoirs publics, le covoiturage peut vraiment s’imposer comme un mode de transports semi-collectif. Pour l’instant, il est difficile de connaître l’impact réel des politiques volontaristes sur les flux de déplacements. Les collectivités qui se lancent dans une politique active ont plus d’inscrits et de trafic sur leur site que celles qui se contentent d’une simple vitrine. De plus, les aires de covoiturage mises en place sont en règle générale très fréquentées. De là à conclure à un impact signifiant sur les flux de déplacement, il y a une marge.Manque d’indicateurs fiables
« C’est difficile de savoir quelle est l’efficacité de ce que l’on déploie, reconnaît Jean-Baptiste Huet, directeur des déplacements du conseil général du Finistère. C’est encore trop tôt. Nous manquons de recul et d’indicateurs. » En effet, aujourd’hui, ni les collectivités ni les prestataires ne sont capables de compter les mises en relations effectives. C’est une des limites du système. « Nous ne savons compter que les mises en relation théoriques, reconnaît Régis Lippinois. Nous avons des modules de déclaration d’équipage pour les utilisateurs qui se mettent à covoiturer, mais beaucoup ne les remplissent pas. Le seul moyen pour nous de savoir l’impact réel du service, ce sont les enquêtes de satisfaction. » Sur La Rochelle, qui compte aujourd’hui plus de 6 000 inscrits, Ecolutis en a mené deux : la première, sept mois après la mise en service du site, la seconde, après un an et demi. « Sur l’échantillon de personnes inscrites, 26 % déclaraient covoiturer, note le gérant d’Ecolutis. Ce n’est pas énorme. Il faut cependant relativiser ces résultats : plusieurs années sont nécessaires pour qu’une plateforme décolle. » Cette incertitude peut faire hésiter certains élus à aller plus loin que la simple mise en place d’une vitrine soutenue par une communication minimaliste. Elle pose aussi la question de la gouvernance. A quel niveau le service est-il le plus pertinent ? Dans une agglomération, l’effet de proximité jouera à plein. Par contre, il n’est pas certain que le nombre de trajets proposés soit suffisant pour qu’il y ait un impact réel sur les flux.Une nécessaire rationalisation
A terme, la solution réside certainement dans la mutualisation des bases de données. D’abord, pour limiter les redondances. Trop souvent, les initiatives se font de manière non concertée, au détriment des utilisateurs. Pourtant, des solutions existent. L’an dernier, par exemple, de nombreuses collectivités sont venu solliciter des financements auprès du conseil régional de Poitou-Charentes pour mettre en place des services de rapprochement. Cet afflux de demandes a incité la collectivité à développer un site mutualisé, grâce à un groupement de commande publique. Cette mise en commun permet de centraliser les offres mais aussi de mieux prendre en compte les dynamiques interdépartementales en matière de déplacements. Des projets de mutualisation sont en cours dans certaines régions. En Bretagne, le Morbihan, le Finistère et les Côtes-d’Armor travaillent au rapprochement de leurs bases de données. La Seine-Maritime, de son côté, a développé une base de données commune avec l’Eure. Le lien, cependant, reste à faire avec le site de la communauté d’agglomération de Rouen. L’implication des collectivités sur ce sujet est encore récente. Il faudra sûrement encore attendre quelques années pour arriver à une rationalisation de l’offre et à l’émergence de bonnes pratiques.
Nicolas REYNAUD
Le covoiturage : gadget ou avenir des transports ?
Cela a été un des effets inattendus de la hausse du pétrole l’an dernier : jamais les médias n’ont autant parlé du covoiturage. Les collectivités qui ont été nombreuses à lancer des services de rapprochement ces dernières années suite à l’adoption d’« Agenda 21 » et de plans de déplacement urbains ont ajouté leur voix au concert de louanges. L’idée de partager sa voiture avec des personnes qui vont au même endroit n’était pourtant pas nouvelle. Une association, Allostop, propose un service de mise en relations pour les trajets longue distance depuis la fin des années 70. Dans les entreprises, il y a toujours eu des collègues qui s’arrangeaient pour faire les trajets ensemble. Cette pratique, cependant, restait marginale, surtout pour ce qui concerne les déplacements domicile – travail. La flambée des prix du pétrole a-t-elle changé la donne ? « Cela a certainement permis de faire tomber des réticences. Cependant, maintenant que la contrainte économique est moins forte, rien ne dit que les personnes sont nombreuses à continuer », observe Stéphanie Vincent, sociologue, post-doctorante au Laboratoire d’économie des transports (LET) et auteur d’une thèse sur les altermobilités et le covoiturage. « Les usages automobiles restent majoritairement des usages individuels, particulièrement pour certains motifs de trajets », note la chercheuse, en faisant référence à la récente « enquête ménages déplacements » (EMD) réalisée à Lyon. Cette dernière montre que le taux d’occupation tous motifs des voitures est de 1,37. Ce taux descend jusqu’à 1,03 pour le trajet domicile – travail.
Une flopée de nouveaux sites
Cette observation tranche donc avec le battage médiatique observé ces derniers temps et les discours angéliques tenus par des acteurs pas forcément désintéressés. Car à côté des collectivités, de nombreux acteurs économiques ont lancé des services de rapprochement : des assureurs comme la MAIF et la Macif, des distributeurs comme Casino ou Ikea, le loueur de voitures Budget, la compagnie low-cost Transavia qui appartient à Air France… Evidemment, à chaque fois, le bénéfice environnemental est mis en avant. L’opération de communication est d’autant plus rentable qu’elle est peu coûteuse. Ces sites ne sont que des passerelles vers les bases de données gérées par les principaux opérateurs de covoiturage qui exercent au niveau national : 123envoiture.com, covoiturage.fr, covoiturage.com, roulezmalin.fr, easycovoiturage.fr, envoituresimone.com… En fait, une fois passée l’impression de diversité, on s’aperçoit qu’une dizaine de PME, dont trois ou quatre commencent à émerger, se disputent le marché du covoiturage. Ces opérateurs « professionnels », qui viennent jouer sur le terrain des acteurs associatifs encore présents dans certaines régions, démarchent élus et entreprises en mettant en avant leur capacité à apporter tout de suite des trajets grâce au portefeuille d’inscrits alimenté par leur site national et les sites partenaires. Le modèle repose donc sur la mutualisation des trajets et la croissance du « réseau ». La course à la taille est lancée entre les différents acteurs. « Le prix des prestations est déjà en train de chuter, note Régis Lippinois, d’Ecolutis, cabinet spécialisé qui édite easycovoiturage.com, un site grand public, et propose des solutions clés en main. Ceux qui survivront sont ceux qui réussiront à nouer des partenariats pour se développer et alimenter leur base d’inscrits. »
La SNCF investit
Les premiers rapprochements ont eu lieu avec des acteurs du transport public. Ecolutis a noué un partenariat avec Transdev. De son côté, Green Cove, qui exploite le site de covoiturage 123envoiture.com, a lancé une augmentation de capital à laquelle ont souscrit la SNCF et Norauto. L’entreprise publique, à travers son fonds Eco-mobilité Partenaires, et le groupe de services automobiles ont payé à eux deux environ un million d’euros pour détenir chacun 20 % du capital. « Nous attendons beaucoup de rentabilité à terme », a déclaré Fabienne Herlaut, présidente d’Eco-mobilité Partenaires. Une façon de dire qu’il est temps qu’un modèle économique émerge. Pour l’instant, l’inscription et la mise en relation sont gratuites sur les sites nationaux, qui sont avant tout des vitrines pour démarcher les entreprises et les acteurs institutionnels. Cependant, rien ne dit qu’il ne faudra pas payer une fois le marché structuré. Reste à définir les modalités. « On peut par exemple imaginer un service de base gratuit avec des options payantes comme la validation des coordonnées du contact, la possibilité d’arriver en tête de liste des annonces », explique Arnaud Sarfati, qui mise sur le volume pour que ce modèle soit rentable. Aujourd’hui Green Cove revendique 350 000 utilisateurs. L’entreprise vise le million d’ici trois à cinq ans. Cette montée en puissance de quelques grands acteurs devrait permettre une meilleure efficacité, en limitant la dispersion de l’offre. Cela va-t-il entraîner pour autant une massification de la pratique, notamment au niveau des trajets domicile travail. Pas si sûr. Les plus optimistes font valoir la montée inéluctable des prix du carburant, les enjeux liés au réchauffement climatique. Les mauvais esprits, eux, soulignent qu’on ne change pas aussi facilement les habitudes de déplacement.La voiture : un espace privé
Même les professionnels le reconnaissent : il y a des freins au développement du covoiturage, au premier rang desquels le sentiment d’insécurité. Le fait de ne pas connaître son partenaire de voyage peut rebuter. Autre obstacle de taille : le sentiment de contrainte. Le covoiturage oblige l’automobiliste à rentrer directement chez lui après le travail. Or les personnes peuvent avoir des impératifs ou des activités en fin de journée. Sans compter que la voiture reste un espace privé, un prolongement du domicile dans lequel on veut pouvoir écouter sa radio préférée, fumer comme un pompier, s’emporter contre le conducteur de devant… Cette difficulté pose la question de la gouvernance. Qui doit piloter le covoiturage ? Si on raisonne en technicien, la base de données centralisée au niveau national ou régional est la meilleure réponse. Par contre, si on prend en considération la « dimension psychologique », les démarches locales prennent tout leur sens. « L’entreprise peut être un bon terrain pour mettre en place un service, explique Stéphanie Vincent. Cela permet de rassurer les gens, de jouer sur le sentiment d’appartenance à la même structure pour enraciner la pratique. Cependant, tant que les PDE ne seront pas obligatoires, il ne faut pas s’attendre à une massification du covoiturage. » Sans oublier que l’on retombe inévitablement sur le problème de la taille critique de la base de trajets. Les opérateurs estiment qu’environ 10 % des salariés s’inscrivent quand un système est mis en place. Pour contourner ce problème, des collectivités, parmi lesquelles beaucoup de départements, lancent des sites de rapprochement qui ont pour vocation de centraliser les offres, tout en jouant sur l’effet de proximité pour rassurer les utilisateurs. Pour l’instant, les résultats sont contrastés et difficiles à évaluer. Certains sites ont du mal à décoller, d’autres comme ceux des départements du Morbihan et du Finistère ou de l’agglomération de La Rochelle, qui se sont lancées parmi les premiers dans l’aventure, dépassent les 5 000 à 6 000 inscrits. Rien ne permet cependant de savoir quel est l’impact réel de ces services. La plupart des automobilistes ne remplissent pas les « formulaires d’équipage » facultatifs proposés par les opérateurs. Une meilleure connaissance des usages, des types de trajets effectués, de la typologie des utilisateurs permettraient pourtant de se faire une idée plus précise de l’efficacité réelle du covoiturage à une échelle locale, de son potentiel et de la place qu’il peut occuper dans la chaîne des transports.
Nicolas REYNAUD
Grippe A : les exploitants sont-ils prêts ?
Un grippé éternue dans le métro, le lendemain, quinze personnes manquent le boulot. Pour contenir la propagation du virus, il paraît évident qu’il faille limiter l’usage des transports, lieux confinés par excellence. D’ailleurs, ralentir avait été le mot d’ordre lorsque la grippe aviaire menaçait. Seulement, « imaginez les conséquences d’un fonctionnement au ralenti des transports pendant 120 jours, durée théorique de la pandémie, soulève Eric Ritter, le secrétaire général de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV), ce serait le chaos ». A l’ère du just-in-time, de légères perturbations dans les transports peuvent mettre tout le pays à mal. Alors, cette fois, « afin de ne pas ajouter à l’aspect médical des conséquences économiques désastreuses, la philosophie des pouvoirs publics est de préserver la continuité des activités », a indiqué Didier Houssin, le délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire, lors d’une réunion avec l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), le 7 juillet dernier. Hors de question que le virus A-H1N1 ne grippe les transports, secteur d’activité d’importance vitale (SAIV). « Cependant, en cas de pandémie importante, il est probable que les taux d’absentéisme pourront être forts et les entreprises de transport doivent s’y préparer », a-t-il averti. Branle-bas de combat. Dans un arrêté, qui devait être publié au journal officiel avant la rentrée, celles-ci ont été invitées à préparer des plans de continuité d’activité (PCA) « précisant les services de transport public maintenus ou modifiés en fonction des hypothèses de disponibilité des personnels ».
Grippe et grève, même combat
Une disposition déjà prise à l’époque où la grippe aviaire menaçait. Les entreprises l’ayant déjà appliquée ont pu se contenter de dépoussiérer leur PCA, en tenant compte d’une différence notable entre les deux virus : H1N1, lui, se transmet d’homme à homme. « Nous avons un plan de transport prêt et validé par la préfecture pour chaque région », indique-t-on à la SNCF. Lesquels sont rodés puisque calqués sur le « service garanti » déjà mis à l’épreuve lors de conflits sociaux. Grippe et grève, même combat. Sauf que cette fois, il s’agira de convaincre les conducteurs et les chauffeurs de ne pas faire valoir leur droit de retrait. « Pour que les salariés les plus exposés donnent leur assentiment pour travailler en cas de pandémie, il faut les sensibiliser préalablement et leur donner les moyens d’être protégés », conseillait Didier Houssin à l’UTP le 7 juillet. Conformément à leur plan de continuité d’activité, les entreprises ont acquis des masques de protection. La RATP – 45 000 agents – en possède trois millions, stockés « sur deux plates-formes tenues secrètes ». Pour fournir une protection à ses conducteurs, contrôleurs ou agents en gare, la SNCF – 160 000 agents –, en a acquis huit millions, d’ores et déjà répartis dans les établissements. Ceux-ci permettront de tenir pendant les 120 jours que durerait la pandémie assure le porte-parole de la société nationale des chemins de fers. Les entreprises ne distribueront les masques qu’à la demande de l’Etat, comme l’indique l’arrêté. Une coordination entre les pouvoirs publics et les autres services de transport sur laquelle insiste le porte-parole de la RATP : « Il ne faut pas que l’on commence à mettre des masques à la SNCF si la consigne n’est pas passée à la RATP. »
« On peut se passer d’Eglise d’Auteuil, pas de Châtelet »
Si les entreprises de transport peuvent convaincre leur personnel non atteint d’avoir pris toutes les précautions pour leur permettre de travailler en toute sécurité, elles devront faire sans ceux qui auront contracté le virus. L’Institut de veille sanitaire a modélisé l’impact potentiel de la pandémie : « En l’absence d’intervention sanitaire, le bilan français pourrait s’établir de 9 à 21 millions de malades », soit 15 à 35 % de la population touchée. Les entreprises pourraient devoir faire face à un taux moyen d’absentéisme de 25 % tout au long de la vague pandémique (8 à 12 semaines) avise l’Etat dans le plan national de prévention et de lutte « pandémie grippale ». La SNCF se dit prête à affronter un fort absentéisme, quant à la RATP, son porte-parole rappelle que le virus étant peu virulent, le personnel touché sera en mesure de revenir travailler après 7 à 10 jours d’arrêt. « Dans un premier temps, nous déplacerons du personnel pour assurer le service. Et dans une hypothèse plus difficile, il sera dégradé, selon un système de lignes prioritaires. » Les trajets travail-domicile et ceux depuis et vers la banlieue, seront privilégiés tandis que des lignes moins chargées en temps normal pourraient être ralenties et certaines stations fermées. « On peut se passer d’Eglise d’Auteuil, mais pas de Châtelet », sourit le porte-parole de la régie. Même son de cloche à la SNCF, qui assure que seront privilégiés les transports « essentiels et vitaux », tels le travail-domicile, les grands axes, le fret notamment pour les céréales, les hydrocarbures, les eaux et boissons. « Si une pandémie se déclarait, il y aurait des suppressions ou des modifications d’horaires et de fréquences, confirmait le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, invité d’Europe 1 le 14 août, et les clients pourraient être invités à porter des masques », ajoutait-il. Mais cette dernière mesure est en totale contradiction avec le discours tenu par le délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire, Didier Houssin, le 7 juillet dernier. Lequel déclarait à l’UTP : « En aucun cas, l’Etat n’a l’intention de recommander le port du masque anti-projections pour les voyageurs non malades dans les transports en commun ou interdire leur accès à des personnes malades ». Alors, masque ou pas masque pour les usagers ? Qu’importe la réponse, les entreprises de transport s’en lavent les mains, ce qui est prudent par les temps qui courent. « La SNCF ne pourra pas elle-même mettre à disposition des masques pour le public. Ne serait-ce parce que la mise du masque requiert un protocole », se décharge la société. « Les pouvoirs publics ne pourront pas obliger les usagers à les porter, seulement le recommander. En tout cas, donner des masques relève du rôle de l’Etat, pas du nôtre », renchérit la RATP.
En ce qui concerne le public, les entreprises n’ont en effet d’autre obligation que son information, selon l’arrêté qui définit les rôles de chacun. A la SNCF, une campagne d’affichage est déjà lancée, avec des messages de prévention dans plus de 150 gares, des annonces dans celles, comme la gare du Nord, qui accueillent le plus fort trafic international. « Lavez-vous les mains plusieurs fois par jour… Lorsque vous éternuez, couvrez-vous la bouche et le nez avec votre bras ou un mouchoir à usage unique… Jetez vos mouchoirs usagers dans une poubelle puis lavez-vous les mains. » Cette campagne pourrait être renforcée pour être diffusée pendant les trajets ou sur des supports fournis par les autorités sanitaires. L’Etat peut également demander aux entreprises de transports de renforcer les procédures de nettoyage et d’aération des véhicules.
Louise ALLAVOINE
Neuf lauréats aux Railway Industry Innovation Awards 2009
SÉCURITÉ
Décerné par l’Irse (Institution of Railway Signal Engineers, c’est-à-dire « institution des ingénieurs en signalisation ferroviaire »), le prix Wing de la sécurité a été remis à Westinghouse Rail Systems pour la démarche sécurité au sein de cette entreprise et pour la campagne « Make a Difference », menée en association avec le gestionnaire d’infrastructure britannique Network Rail, qui vise à « introduire une approche comportementale à la gestion de la sécurité ».INGÉNIERIE
Sponsorisé par la Railway Industry Association britannique, le prix de l’ingénierie a été remis à Bombardier pour son système Orbita de surveillance de l’état du matériel roulant. Ce système « intelligent » identifie les problèmes et gère leur résolution avant qu’ils prennent des proportions qui puissent avoir un impact sur le service. Aujourd’hui utilisé par plus de 2 500 engins en Europe, ce système a été expérimenté au Royaume-Uni sur le parc d’autorails Turbostar exploité par ScotRail en Ecosse.
Mentions :
– London Underground (AO du métro de Londres) pour sa gestion optimisée des petites fenêtres de temps destinées aux travaux d’ingénierie.
– Hegenscheidt pour son installation mobile de reprofilage des roues Mobiturn, qui ne nécessite pas de travaux de génie civil avant sa mise en service.ENVIRONNEMENT
Ce prix a récompensé Eurostar pour sa campagne Tread Lightly (« marcher d’un pas léger »), dont le but est de neutraliser les émissions de CO2 des voyages effectués à bord de ses trains. Concrètement, l’exploitant du train transmanche veut réduire de 35 % ses émissions par voyageur d’ici 2012 par une série de mesures (conduite économique, remplissage optimisé des trains, mesures techniques adoptées en vue de la révision à mi-vie du parc) ou par des compensations auprès d’organismes agréés.
Mentions :
– L’exploitant Southern et ses partenaires industriels pour la mise en œuvre de la récupération de l’énergie de freinage sur le réseau alimenté par 3e rail au sud de Londres.
– L’exploitant National Express East Anglia pour sa politique de recyclage au dépôt d’Ilford.VÉCU DU VOYAGEUR
Ce nouveau prix sponsorisé par l’Atoc (Association des exploitants ferroviaires britanniques) a été reçu par First Capital Connect, l’exploitant de la ligne nord – sud Thameslink à travers le bassin londonien, pour sa campagne d’information baptisée « Crikey ». Menée dans le cadre d’une série de fermetures préalables à de grands travaux de modernisation sur la traversée du centre de Londres, cette campagne s’est distinguée par sa haute visibilité pour les usagers, avec application d’une livrée très colorée sur des rames entières.
Mentions :
– La vitre de guichet Safetell Eye2Eye.
– L’exploitant National Express East Anglia pour son application collaborative dans l’intranet de l’entreprise.INNOVATEUR DE L’ANNÉE
Sponsorisé par Ian Allan, l’éditeur de notre confrère Modern Railways, le prix John Armitt de l’innovation distingue First Capital Connect pour la deuxième fois cette année. Cette récompense a été remise personnellement à Steve Castle, responsable opérationnel, pour ses méthodes innovantes de lutte contre les franchissements de signaux fermés, y compris la réalisation d’un DVD « très efficace » intitulé It can happen to you (« ça peut vous arriver »), qui rassemble des témoignages de conducteurs de trains.
Mentions :
– Steve Judd, responsable de l’environnement à Tube Lines (PPP du métro de Londres).
– Richard Rowson, directeur du développement produit du site de réservations thetrainline.comEXPLOITATION ET PERFORMANCE
Sponsorisé par Bombardier, ce prix récompensant la ponctualité a été remis à First Great Western pour sa progression de 7,4 % d’une année sur l’autre, avec 91,2 % de trains à l’heure sur l’exercice comptable 2008-09 et 94,6 % en mai 2009.PROJET A PETITE ECHELLE
Ce prix a été remporté par Balfour Beaty pour ses bulldozers à commande par laser 3D utilisés lors d’interventions rapides de haute précision sur le ballast (par exemple dans le cadre de renouvellement d’appareils de voie ou d’éléments de passages à niveau).
Mentions :
– L’exploitant Chiltern pour la gare à parking de rabattement d’Aylesbury Vale, dans la grande périphérie de Londres.
– L’exploitant First Capital Connect pour son programme de rénovation des gares.PARTENARIAT TRANSVERSAL
Sponsorisé par l’exploitant First Great Western, ce prix très disputé a été partagé entre Tube Lines (PPP du métro de Londres), Alstom et London Underground (AO du métro de Londres) pour leurs efforts communs ayant permis d’augmenter la distance moyenne entre pannes sur le matériel roulant de la Northern Line.
Mentions :
– Le transfert à titre temporaire des rames Siemens Desiro entre les exploitants London Midland et Southern.
– First Capital Connect et ses partenaires industriels pour les transferts de matériel roulant rendus nécessaires par les travaux sur la ligne Thameslink.GRAND PROJET
Ce prix spécial du jury, sponsorisé cette année par Invensys Rail Group, a récompensé le projet de modernisation de la ligne de la côte Ouest, qui a abouti au lancement d’un horaire cadencé à 20 minutes entre Londres, Birmingham et Manchester pour les dessertes assurées par des rames Pendolino à 200 km/h. Après une dizaine d’années, l’aboutissement de ce laborieux projet de modernisation, le plus complexe d’Europe sur réseau classique, n’a été possible que grâce à la coopération entre Virgin Trains, Alstom, Network Rail et Bechtel, désormais récompensés pour leur persévérance.Le métro de Dubaï toujours pionnier
L’ennui d’une date bien choisie, c’est qu’il faut s’y tenir. Les Chinois avaient décidé que les Jeux olympiques de Pékin commenceraient le 08/08/08. Pas moyen d’échapper à une obligation contractée envers le CIO devant la planète entière. Pari tenu. Dubaï n’avait aucune obligation. L’émirat s’est lié les mains tout seul, en affirmant très vite que son métro automatique ouvrirait ses portes le 09/09/09. Nom de code : 999. Nous y voici. Or, entre la décision et la date butoir, l’inattendu s’est produit : l’effondrement de la finance mondiale, mettant Dubaï à genoux. Adieu les tours, adieu les îles ? Peut-être pas, mais l’émirat doit se résoudre à attendre des jours meilleurs. La tour Burj Dubai, la plus haute du monde, sera finie à la fin de l’année. On y verra l’achèvement d’un cycle plus qu’un tremplin pour un nouvel élan.
Et le métro ? Il ne s’en sort pas si mal. Il aura un peu de retard, mais cela n’a pas grand-chose à voir avec la crise mondiale. Au terme d’un accord intervenu au printemps entre l’autorité de transport de l’émirat (Roads & Transport Authority, RTA) et le constructeur (Dubai Rail Link Consortium, groupement japonais emmené par Mitsubishi Heavy Industries), dix stations seront ouvertes ce 9 septembre, sur un total de 29 que comporte la ligne rouge. Mais les automatismes fonctionnent, et les stations ouvertes desservent quasiment l’ensemble de la ligne, depuis le terminus de Rashidiya, à l’est, pour s’arrêter, à l’ouest, quelques stations avant le terminus de Jebel Ali. Après tout, ce n’est pas le seul projet qui aura connu quelques décalages.
Au fait, pourquoi le retard ? Pas facile de le savoir. L’émirat étant très sourcilleux sur sa réputation (et ayant été sérieusement épinglé sur les conditions de travail des ouvriers immigrés qui ont fait le métro), les fournisseurs et prestataires sont priés de ne parler que s’ils en ont reçu la formelle autorisation. Il semble que le programme ait pas mal bougé au cours du temps. Les stations du projet initial ne sont plus toutes au même endroit. De plus, leur concept a changé. Comme on est à Dubaï et que les décisions ont été prises avant la crise, on est allé dans le sens du luxe. Exemple : les 25 stations sur Cheikh Zayed Road sont desservies, comme prévu, par des viaducs enjambant cette immense autoroute urbaine mais, désormais, les passerelles sont équipées de tapis roulants : plus lourdes, plus coûteuses, plus complexes à installer. Le design initial des stations, plutôt sobre, a été revu sur une proposition plus clinquante du constructeur, et les stations du métro sont désormais surmontées de dômes plus dorés que nacrés mais imitant, paraît-il, les perles dont la pêche était, avec la piraterie, l’activité principale des habitants de l’émirat. Autre difficulté, technique celle-ci : la climatisation. Le système définitif n’est pas prêt, et le froid sera fourni par des dispositifs mobiles provisoires.
Mais ce ne sont que les classiques aléas d’un projet. Le chantier s’est plutôt bien déroulé. Pas si simple de le réaliser dans des délais assez contraints. Les Japonais se sont donné les moyens, allant jusqu’à employer 30 000 ouvriers. Quelques entreprises françaises aussi ont participé au chantier. Pas trop. En partie faute de candidats. Car si la bataille pour le métro a été sanglante entre Alstom, Siemens et les japonais qui l’ont contre toute attente emporté, tout le monde ne se précipite pas pour aller à Dubaï. Un français très présent au Qatar nous confie avoir toujours refusé d’aller dans cet émirat à risque. Il se dit d’ailleurs que les génie-civilistes japonais auraient perdu des millions de dollars dans le contrat du métro. Parmi les français, on trouve VSL (groupe Bouygues), entreprise mandataire sur un contrat de 110 millions d’euros, qui a réalisé, en joint-venture avec Freyssinet International (groupe Vinci) et l’italien Rizzani de Eccher, la préfabrication et la pose des 13 000 voussoirs du viaduc en U – grande fierté de Systra. Un observateur le confirme : poser tant de kilomètres de viaduc, et jusqu’à cinq en un seul mois, cela ne se fait pas si facilement. Quant au percement de la partie de la ligne en tunnel, il s’est aussi déroulé sans encombre. Pour le système de transport lui-même, les japonais ont eu recours au savoir-faire européen : Thales, qui a repris le contrat de 250 millions d’euros qu’Alcatel avait décroché, a été chargé des automatismes des lignes rouge et verte, savoir-faire que le consortium japonais n’avait pas en portefeuille.
Au bout du compte, c’est au premier trimestre 2010 que la ligne rouge sera ouverte tout du long. La ligne verte, qui devait l’être aussi à cette date, le sera fin 2010. Dubaï sera donc à même d’honorer un rendez-vous important avec le monde professionnel des transports : le 59e congrès de l’Union internationale des transports publics, qui doit se tenir en 2011 dans l’émirat. Quant aux deux lignes suivantes, la bleue et la pourpre, elles ont été repoussées sine die, à mesure que l’émirat renonçait à ses gigantesques programmes d’urbanisation et que les deux grands aménageurs, Emaar et Nakheel, s’enfonçaient dans le marasme. Car si la crise financière a épargné les « coups partis » – en grande partie grâce à l’aide d’Abou Dhabi –, l’heure, on l’a dit, n’est plus au lancement des grands programmes. Reste que Dubaï table toujours sur une croissance de sa population de 1 à 4 millions d’habitants dans les quinze ans à venir. Que les encombrements, moins présents avec la crise, menaceront de plus belle. Et que l’émirat a ouvert la voie dans la région du Golfe en se convertissant au transport public. C’est toute la portée de l’inauguration du 9 septembre. Fastueuse, pas tout à fait finie, la ligne rouge de Dubaï s’impose comme le premier métro automatique du Moyen-Orient. Et pas le dernier.
François DUMONT
Les grands projets de Thalès passés en revue
Si on vous dit « Thales », vous penserez en premier lieu aux hautes technologies pour l’aéronautique, l’espace ou la défense, voire la sécurité (ou alors, c’est que vous pensiez à Thalès de Milet). Mais il est rare qu’on pense automatiquement à ce groupe en tant qu’un acteur du transport public. Et pourtant, Thales présente un catalogue de produits et d’équipements très diversifié pour les transports terrestres au sein de son activité solutions de sécurité et services, basée à Vélizy, en région parisienne. Organisée autour de la signalisation ferroviaire, des systèmes intégrés de communication ou de supervision et de la billettique, l’activité transport terrestre de Thales est loin d’être négligeable. Elle emploie quelque 6 000 personnes – sur 20 000 travaillant dans le domaine de la sécurité et 68 000 au total pour le groupe – pour un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros (3 milliards pour la sécurité et 12,7 milliards pour l’ensemble de Thales en 2008). Et dans chacune des spécialités concernées, Thales occupe une place majeure, revendiquant la place de « numéro deux mondial des systèmes critiques dans le domaine de la signalisation ferroviaire », « un des deux seuls acteurs mondiaux en mesure de proposer une solution globale » en matière de systèmes de communication et « leader mondial sur le marché des systèmes de billettique », en particulier dans le domaine du sans-contact et des titres multimodaux. Une visite à Vélizy lors de l’opération TechnoDay 2009 organisée dans ses locaux par Thales fournissait un échantillon des quelque 300 innovations apportées chaque année par ce groupe qui consacre 19 % de son chiffre d’affaires à la R&D. Signe des temps, c’est un tramway qui avait été choisi pour symboliser les nouveaux défis à relever en matière de transport public.
Signalisation et contrôle : il n’y a pas que ERTMS
En matière de signalisation ferroviaire, domaine où Thales a repris les activités d’Alcatel il y a deux ans et demi, un simulateur avec interface homme/machine embarquée mettait à l’honneur le standard européen ERTMS, sur lequel Thales est leader côté infrastructures (30 % du marché). Pour le contrôle des métros, Thales fournit également des solutions CBTC. Et pour les tramways, la solution innovante TM&CS (Tramway Management & Control Solution), qui offre des possibilités inédites pour optimiser la supervision et le contrôle des circulations, y compris la gestion des intervalles entre trams ou les modes dégradés. La localisation des trams pour le suivi depuis le poste de contrôle centralisé peut être réalisée de plusieurs façons (GPS, balises, odométrie…), et de nombreuses options sont proposées (gestion des appels d’urgence, annonces publiques, contrôle de vitesse ou des franchissements de signaux, statistiques…).?Billettique : multimodalité et dématérialisation
Les solutions en matière de titres de transport étaient bien représentées au TechnoDay, qu’il s’agisse de solutions à base de cartes sans contact ou utilisant les téléphones portables, voire des clés USB. Désormais bien connue (par exemple, le passe Navigo à Paris), la carte sans contact est une arme décisive pour imposer un titre véritablement multimodal à l’échelle d’une région, voire d’un pays. C’est ainsi que d’ici la fin de l’année le système sans contact fourni par Thales doit être étendu aux principales entreprises de transport public des Pays-Bas, l’architecture ouverte de ce système permettant l’interfaçage avec d’autres acteurs. Le maître-mot étant ici est la simplicité de mise en œuvre soit pour le réseau (ne pas modifier les lecteurs de cartes déjà installés), soit pour le voyageur (ne pas être obligé de se rendre préalablement à un point de vente). Thales travaille également sur des solutions mettant en œuvre des clés USB rechargeables à domicile et validées comme des cartes sans contact. L’autre piste explorée, la lecture optique d’un code-barres sur téléphone mobile, implique en revanche l’installation de nouveaux lecteurs optiques aux accès. Mais, pour l’usager, elle a pour avantage de permettre l’achat du titre de voyage en tout lieu avec un objet dont il dispose déjà. Et pour se prémunir contre la duplication du titre, ce dernier ne sera valable que sur le téléphone qui a servi à l’acheter, et son utilisation sera enregistrée dans le back-office billettique pour éviter un deuxième usage.Information et sécurité : jamais seul !
La localisation des véhicules permet d’informer à tout moment le voyageur de la position du tram qu’il attend ou dans lequel il a pris place, grâce à des dispositifs sonores ou à des affichages. Inversement, l’exploitant du réseau peut être mis en relation avec un voyageur par bornes d’appel d’urgence ou par vidéosurveillance en cas de besoin, avec transmission en temps réel et possibilité d’enregistrement. On se rapproche ici du cœur de métier de l’activité sécurité à Thales au sens plus général (en particulier pour les lieux sensibles), mais dans le cadre du TechnoDay, l’accent avait été mis sur la surveillance en temps réel d’une station de tramway. Mimées sur une maquette de la station à l’échelle 1, les situations anormales (voyageur trop près de la voie ou sur celle-ci, perte de signal d’une caméra suite à un masquage, acte de vandalisme…) déclenchaient aussitôt une alarme au poste de contrôle centralisé installé dans une autre salle. L’occasion pour Thales de souligner l’intérêt d’intégrer les diverses fonctions en un seul système, permettant ainsi de réaliser des économies en coût d’installation, de maintenance et de câblage.
Patrick LAVAL
CDG Express, la quadrature du cercle ?
Les négociations sont d’autant plus délicates à mener que, dès la fin 2007, le gouvernement s’est retrouvé face à un seul candidat intéressé, le groupement mené par Vinci, après que les quatre autres groupements un moment en lice ont jeté l’éponge. D’où des tractations serrées entre un candidat unique en position de force et un gouvernement soucieux de ne pas se lier les mains dans une affaire évaluée à quelque 640 millions d’euros.
Elles se sont encore compliquées tout récemment avec l’annonce de Nicolas Sarkozy, le 29 avril dernier, de lancer pour Paris et sa région un grand programme de transports. Le président de la République a décidé la construction d’une desserte en rocade, estimée à 21 milliards d’euros, qui consiste notamment à prolonger la ligne de métro automatique 14 jusqu’à l’aéroport de Roissy. Il a aussi précisé que CDG Express n’était pas remis en cause. Dominique Bussereau, le secrétaire d’Etat aux Transports, a affirmé à des journalistes, le 5 mai, lors d’un déjeuner organisé par l’AJF (Association des journalistes ferroviaires), qu’il avait « demandé à Vinci s’il renonçait à son projet. Il nous a dit qu’il continuait ».
Pour les pouvoirs publics, ce projet présente un avantage : il a déjà été étudié, il a été déclaré d’utilité publique fin 2008, et pourrait donc être lancé rapidement. Pierre Van de Vyver, le délégué général de l’Institut de la gestion déléguée, un organe de réflexion réunissant les acteurs concernés par la gestion des services publics, estime que « c’est parce qu’il y a déjà des projets déjà bien engagés que le Grand Paris sera réalisable. On ne financera pas simultanément CDG Express et le métro automatique jusqu’à Roissy. La liaison voulue par Nicolas Sarkozy ne pourra pas se faire avant longtemps ».
Mais pour le groupement mené par Vinci, la donne risque de changer avec la perspective de voir arriver un concurrent potentiel, un métro automatique pouvant desservir un jour l’aéroport du nord de Paris. Pas du tout, assurent les services techniques du secrétariat aux Transports : « Le projet de métro du Grand Paris n’entre pas en compétition avec CDG Express. D’un côté, on a un métro avec des arrêts qui mettra du temps à relier l’aéroport. De l’autre, un service haut de gamme direct demandé par les passagers aériens qui veulent aller facilement et rapidement à Paris. Les clientèles visées ne sont pas les mêmes, les services non plus. »
Le futur métro prévu par Nicolas Sarkozy n’est pas le seul obstacle mis sur la route de CDG Express. S’il entre en service comme prévu en 2016, il fera également face un RER B amélioré, sorte de métro cadencé permettant aussi de relier l’aéroport de Roissy (voir p. 50). « Le choix du voyageur pour un mode de transport se définit en fonction des temps de parcours. La Piccadilly Line qui relie l’aéroport londonien d’Heathrow au centre de Londres n’a pas empêché de faire la liaison dédiée Heathrow Express. L’objectif n’est pas d’enlever des passagers à la ligne 14 ou au RER B mais aux taxis et à la voiture particulière », note un dirigeant de la SNCF.
Les taxis pourraient justement devenir plus compétitifs à l’avenir. Depuis quelques mois, une voie leur est réservée sur une petite portion de l’autoroute A1 pour leur permettre d’éviter les embouteillages. Le futur concessionnaire de CDG Express pourrait donc demander des garanties contre le risque de voir se pérenniser cette expérimentation.
Mais, plus que tout, un obstacle s’est dressé sur la route des navettes ferroviaires : la crise financière et économique, qui a suscité une chute brutale du trafic aérien. Les premières offres de Vinci reposaient sur un marché aérien en plein boom. Il a dû revoir son modèle économique car tout l’équilibre de la concession repose sur les prévisions de trafics : le concessionnaire rembourse ses frais par la vente ultérieure de billets. Les calculs sont d’autant plus compliqués que la projection porte sur soixante années. Une durée très longue prévue par le contrat de concession pour permettre les retours sur investissements. Mais comment savoir comment se portera le transport aérien à ce moment-là et à quel niveau sera le prix du pétrole ?
Autre difficulté, le concessionnaire ne peut pas demander de subventions à l’Etat. C’est l’une des bases du contrat de délégation de service public qu’il devra signer avec les pouvoirs publics. Il aurait dû le signer à la fin du premier semestre 2008. La nature de ce contrat complexe, qui porte tout à la fois sur la construction, l’exploitation et la maintenance de la future liaison, a contribué à allonger les délais. « Même si nous avions signé le contrat il y a un an, la chute du trafic aérien aurait conduit Vinci à demander la remise en cause de la validité du contrat. Car c’était un événement imprévisible. Le Conseil d’Etat lui aurait immanquablement donné raison », estime Daniel Bursaux, le directeur général de la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer.
D’où les pressions du candidat à la concession pour obtenir des garanties de l’Etat. Toute la question est de savoir sous quelle forme et combien. C’est l’objet des négociations actuelles, et c’est cela qui freine le projet. Le dossier est désormais entre les mains de Bercy. Les gardiens des finances de l’Etat sont en train de regarder dans quelle mesure le projet peut entrer dans le cadre du plan de relance. Avec, à la clé, une garantie de l’Etat et l’appel à des fonds d’épargne sur une partie du projet. En clair, le concessionnaire pourrait à la fois emprunter plus facilement sur le marché, mais aussi se faire prêter de l’argent par l’Etat à des conditions extrêmement avantageuses. Le secrétariat d’Etat aux Transports devait envoyer le cahier des charges final en juin au groupement mené par Vinci. Deux mois plus tard – ou peut-être un peu plus s’il tient compte de la trêve estivale –, il devrait recevoir une offre définitive du candidat. Aujourd’hui, il y a une seule certitude : le groupement mené par Vinci ne s’engagera que s’il gagne de l’argent. A l’Etat de déterminer ce qu’il est prêt à donner pour mener ce projet à son terme.
Marie-Hélène POINGT