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Archives : Dossiers
Prima II, une locomotive pour reconquérir l’Europe
Une nouvelle Prima…
Ce n’était pas une surprise : les locomotives Prima d’Alstom abandonnent leur aspect anguleux pour un design plus inspiré, présenté depuis plusieurs mois à la presse. Et le 3 juin, cette dernière a pu voir et visiter le nouvel engin de traction assemblé à l’usine Alstom de Belfort. Si cette Prima II ne renie pas sa filiation avec la première, dévoilée en grande pompe fin 2000, son design et ses nombreuses améliorations en font véritablement une nouvelle locomotive pour les nouveaux marchés – en particulier européens –, où les Traxx de Bombardier et autres EuroSprinter ou EuroRunner de Siemens remportent de nombreux succès. Car, à part 31 unités commandées – maintenance comprise – par Veolia Cargo, les grands clients de la Prima (première du nom) restent de grandes entreprises « historiques » commandant leurs locomotives par centaines, au premier rang desquelles Fret SNCF. Et il est indéniable que, en comparaison avec ses concurrentes sur le marché d’Europe continentale à voie normale, la Prima (I) a essentiellement des clients français. Échec relatif en Europe, la Prima (I) reste toutefois une belle réussite à l’échelle mondiale où, toutes versions confondues (électrique et diesel-électrique, à voie normale ou large), elle s’est vendue à plus de 2 000 unités. Les locomotives de la famille Prima (au sens large) circulent ainsi dans les pays desservis par Fret SNCF et Veolia Cargo, ainsi qu’au Proche et Moyen-Orient (Syrie, Iran, Israël), mais aussi au Sri-Lanka, et surtout en Chine.
… pour le nouveau marché européenD’ores et déjà, comme la Prima (I), la deuxième du nom est présente sur les marchés extra-européens, puisque l’on peut considérer que les 500 prochaines CoCo fret pour la Chine – qui sont les plus puissantes locomotives du monde avec 9 600 kW par unité simple – et les 20 nouvelles BoBo voyageurs et fret pour l’ONCF (Maroc) font partie de la nouvelle génération. Mais la Prima II – ou plus précisément EL II, car elle est pour l’instant une locomotive électrique – se veut « conçue pour le marché européen », indique Pierre Chanal, directeur technique de la plateforme locomotive d’Alstom et chef du projet. L’objectif de la nouvelle machine d’Alstom est de « reconquérir le marché ». Bref, la Prima II remplace la Prima (I) en version électrique sur les réseaux à voie normale ; pour la voie large, une locomotive sera développée avec le russe Transmashholding, avec possibilité de réemploi de sous-systèmes de la Prima II. La nouvelle locomotive d’Alstom n’a pas choisi le meilleur moment pour voir le jour, avec un marché ferroviaire européen frappé par la récession. Ce marché se caractérise par la prédominance des grands opérateurs publics « historiques » dans le fret, où les « privés » ne représentant que 12 %, rappelle Thierry Picollet, directeur de la plateforme Locomotives d’Alstom Transport. Mais, ajoute ce dernier, ces « nouveaux entrants », ainsi que les loueurs de locomotives, sont en fort développement, avec des besoins qui leur sont propres : petites commandes, maintenance externalisée, modularité (options, adaptabilité aux différents réseaux), délais raccourcis… Comme le souligne François Lacôte, senior vice-président technique d’Alstom Transport, « nous sommes face à un marché fragmenté avec des opérateurs moins impliqués dans la technique, mais plus impliqués dans les services ».
Anciens ou nouveaux, tous ces opérateurs sont à la recherche d’une meilleure rentabilité, dans un contexte où les grands corridors fret transeuropéens sont appelés à assurer un trafic croissant, ce qui implique un haut degré d’interopérabilité. C’est ainsi qu’Alstom « a développé avec la plateforme Prima II un produit standardisé destiné au marché des opérateurs privés européens », conclut Thierry Picollet, qui ajoute que pour les « autres marchés » (qui devraient rester légèrement majoritaires), Alstom « fournira des produits customisés, basés sur la même plateforme de composants ».
Des équipements à la carteNouvelle locomotive, la Prima II n’en reprend pas moins des éléments déjà connus. Comme son nom l’indique, elle bénéficie du retour d’expérience de la Prima (I). Elle hérite du bogie et de l’architecture globale à couloir central (élargi, celui-ci est plus spacieux que dans les locomotives de la concurrence). Les questions d’environnement ont (évidemment) été prises en compte avec une réduction de la consommation énergétique, un objectif de recyclabilité à 95 %, des matériaux propres et un niveau sonore moins élevé, en cabine comme en extérieur. Le tout conformément à la norme ISO 14025 de marquages et déclarations environnementaux. Certains modules constitutifs de la Prima II sont communs avec d’autres produits Alstom parmi les plus récents. Essayée sur le prototype Prima 6000, la chaîne de traction à modules de puissance Onix 233 à IGBT est commune avec l’AGV et les rames automotrices pour la Chine. Les quatre moteurs de traction asynchrones triphasés, qui développent une puissance totale de 6 400 kW et permettent un effort de traction au démarrage de 320 kN (à 40 % d’adhérence), sont éprouvés. L’informatique embarquée est basée sur des architectures standards Agate Link 3 (surveillance des sous-systèmes embarqués) et Agate Control 3 (commande de traction), que l’on retrouve sur l’AGV et les métros Metropolis. Le pupitre de conduite reprend les principes et l’ergonomie de celui de l’AGV, dans le cadre du projet de recherche EU-HDD (acronyme en anglais de « pupitre de conduite harmonisé européen »). Ce pupitre, qui peut s’implanter à droite ou à gauche (avec possibilité de siège accompagnateur) est ainsi conforme à la future norme UIC 612, qui vise une uniformisation des cabines de conduite pour une meilleure interopérabilité. Reste que la conception mécanique a été complètement revue depuis la Prima (I), les différences les plus visibles étant la suppression de l’anguleux « affûtage » de la cabine, avec réduction de l’important (et inesthétique) porte-à-faux de cette dernière. Ceci en intégrant les critères de sécurité passive : la Prima II est équipée d’une zone de déformation à trois étages caractérisée par des modules fusibles implantés derrière les tampons. Remplaçables, ces modules permettent, conformément aux normes européennes EN 15227, d’absorber une énergie de choc de 2,4 MJ par extrémité (équivalent à deux locomotives lancées à 36 km/h ou à locomotive heurtant un camion sur un passage à niveau à 110 km/h) sans déformation de la structure – à la différence des cabines de locomotives « de la concurrence ». L’architecture de la locomotive a été conçue pour faciliter sa reconfiguration au cours de son cycle de vie. Ainsi, la conception de la caisse facilite l’intégration des variantes et des options. Par exemple, il est possible de changer les bogies (à deux ou trois essieux) entre version fret 140 km/h et voyageurs 200 km/h ; ainsi, la plateforme Prima II présente principalement trois versions : BoBo fret, BoBo voyageurs et CoCo fret. Et en toiture, les pantographes permettent de capter les quatre tensions en vigueur sur le réseau à voie normale en Europe continentale : 1,5 kV et 3 kV continus, ainsi que 25 kV 50 Hz et 15 kV 16,7 Hz. Comme « qui peut le plus, peut le moins », le nombre de pantographes peut varier, de même que celui des blocs moteurs, en fonction des tensions utilisées sur les réseaux ou corridors auxquels la locomotive est destinée. Pour les mêmes raisons d’ordre technico-géographique, la modularité permet d’installer, en plus de l’armoire système ERTMS de référence (dispositif Atlas), des modules KVB, LZB, PZB, ZUB ou Integra. Les différentes options ne sont pas purement techniques : question confort, des aménagements permettent d’intégrer, en cabine ou à proximité, une couchette, des toilettes, un four à micro-ondes ou un réfrigérateur. Et pour le suivi du parc ou des trains assurés, la géolocalisation est également en option. La stratégie de plateforme permet de réduire les délais de production de la Prima II qui, après homologation (2010), devrait tomber de quinze à neuf mois. Les premières unités devraient entrer en service en 2011 et Alstom vise un « objectif de fiabilité, atteint dès le premier jour » de 97 % (sachant que la disponibilité de la première génération de Prima est supérieure à 97 %). En vue d’atteindre cet objectif, le prototype présenté le 3 juin est parti la semaine suivante pour le centre d’essais de Wildenrath (Allemagne), où il restera jusqu’en novembre. Deux autres prototypes seront employés pour la validation et l’homologation dans différents pays Europe, dans une gamme de température de – 40 ºC à + 50ºC.
La tête, le corps et les jambes
La conception de la Prima II a été accompagnée d’une démarche design assurée en interne, Alstom étant le seul constructeur ferroviaire à avoir un bureau de design intégré, depuis 2005. À la tête de ce bureau regroupant neuf designers, Xavier Allard, vice-président Design & Styling, a pour missions de piloter la démarche design, de la première ébauche au produit fini, et de rendre ce dernier plus attractif. Il s’agira également de rendre plus visible la marque Alstom, ainsi que les livrées des utilisateurs de la Prima II. Pour ce qui est de la visibilité des marques sur cette locomotive, la signature d’Alstom est bien visible sur le nez, sous lequel la grille de climatisation, légèrement asymétrique, est caractéristique. Quant aux livrées des utilisateurs, elles personnaliseront plus facilement les grandes faces latérales lisses de la Prima II que les flancs ondulés de la première. Mais ces faces latérales sont loin d’être le seul élément retravaillé au cours de la refonte complète du design de la Prima II, opération qui a pris trente-six mois. Ce design revendique une combinaison de puissance, de performance, de fiabilité et de « virilité », avec un découpage en trois grands ensembles : « tête » (conduite), « corps » (organes vitaux) et « jambes » (roulement) – qui ne sont pas sans rappeler les designs antérieurs de Xavier Allard chez Renault Trucks. D’ailleurs, « si cette locomotive est un peu le camion du rail, je le prends comme un compliment », concède-t-il. Mais tête, corps et jambes ne se distinguent pas franchement les uns des autres sur le résultat, qui se compare bien aux locomotives concurrentes. Ce qui a son importance car, même si le design extérieur ne fait pas la locomotive, il contribue à donner « la part d’attractivité qui peut faire la différence ». Et indéniablement, l’aspect général de la Prima II est plutôt à son avantage !
Patrick LAVAL
Le Kent à l’heure de la grande vitesse
Les premières rames Class 395 livrées par le constructeur japonais Hitachi sont entrées en service commercial le lundi 29 juin, lançant officiellement le tout nouveau service régional à grande vitesse de Southeastern, l’opérateur ferroviaire du sud-est de Londres (dont le groupe français Keolis, filiale de la SNCF, détient 35 % du capital). Ce service emprunte, pour partie, High Speed One (HS1), la première ligne à grande vitesse du Royaume-Uni, qui n’était jusqu’ici utilisée qu’en trafic international avec les rames Eurostar pour Paris et Bruxelles. Les Class 395 y circulent désormais à 140 mph (miles par heure), soit 225 km/h.
Quelques jours avant le lancement du service, le jeudi 18 juin, les journalistes de la presse britannique et les actionnaires de Southeastern avaient été invités à une marche de présentation à bord des rames 395.002 et 395.006 couplées en unité multiple, entre la gare londonienne de Saint Pancras et Ashford International (Kent). Malgré un rendez-vous plutôt matinal (6h30 en gare de Saint Pancras !), les médias britanniques n’avaient nullement boudé l’événement, bien au contraire. Et un « direct » était même programmé sur l’une des chaînes nationales de la télévision. De fait, pour les Anglais, l’événement est d’importance, puisqu’à leurs yeux il s’agit, ni plus ni moins, du tout premier train à grande vitesse « britannique », à la différence d’Eurostar, de vocation internationale, qu’ils sont parfois tentés de considérer comme un train « venu de l’extérieur »… Au demeurant, le ministre des Transports de Sa Majesté, Lord Andrew Adonis, avait lui-même tenu à assister, en gare de Saint Pancras, au départ de la première marche. « Cette mise en service commerciale va considérablement renforcer nos arguments en faveur de la construction d’une deuxième ligne à grande vitesse High Speed Two (HS2), de Londres vers les West Midlands et le Nord », devait-il déclarer à l’occasion. Il se trouve que Lord Adonis est un fervent partisan de ce dernier projet. Et le ministre des Transports de promettre que le groupe de travail qu’il a constitué à cet effet, sous la direction Sir David Rowlands, ancien secrétaire d’Etat et homme du rail, rendra bien ses conclusions au gouvernement à la fin de cette année, donc suffisamment en amont des prochaines élections nationales prévues en 2010. Elections dont beaucoup d’observateurs, outre-Manche, s’accordent à considérer qu’elles devraient être fatales à l’actuel gouvernement (scandale dit « des notes de frais » oblige !), ce qui pourrait aussi laisser craindre, compte tenu des problèmes de financement liés à la crise, un ajournement, voire une remise en question pure et simple du projet HS2…
En réalité, le lancement du premier service régional à grande vitesse sur HS1 a été avancé au 29 juin, alors que la date initialement envisagée par Southeastern devait être celle du 13 décembre prochain. Il correspond donc à la mise en place d’une exploitation commerciale probatoire, sur une échelle réduite, et qui va permettre à l’opérateur d’acquérir tranquillement un maximum de retour d’expérience avant que la grille horaire ne se densifie. « Nous sommes extrêmement fiers d’avoir été capables de lancer ce service avec une avance de six mois sur le calendrier, reflet du travail acharné de nos collaborateurs comme de nos partenaires industriels », soulignait Charles Horton, directeur exécutif de Southeastern. « Etre ainsi en mesure de montrer par avance au public à quoi ressemble un trajet ferroviaire régional à 225 km/h, mettant Ebbsfleet à seulement 17 minutes et Ashford à 37 minutes de Londres, représente déjà une fantastique réussite. »
En réalité, dès le lundi 22 juin, l’opérateur assurait en « marches à blanc » (avec des employés de la compagnie simulant les voyageurs) l’intégralité du service commercial probatoire, qui allait donc être lancé une semaine après. Ce service comporte, en termes d’offre aux voyageurs : trois trains d’Ashford à Saint Pancras pendant la pointe de matinée, avec leurs mouvements d’équilibre sur celle de soirée ; six trains d’Ebbsfleet à Saint Pancras le matin, et leurs retours du soir ; enfin, un cadencement à la demi-heure entre ces deux dernières gares tout au long de la journée. Pour le moment, les trains commerciaux ne circulent que du lundi au vendredi. Cette desserte nécessite l’engagement de trois rames en roulement régulier, avec une quatrième disponible aux seules fins de pouvoir couvrir les immobilisations liées à la maintenance, voire la survenue d’une éventuelle défaillance. Le 19 juin, lendemain de la présentation à la presse britannique, arrivait justement au dépôt d’Ashford la 19e rame Class 395. Au total, 21 rames se trouvaient alors sur le territoire du Royaume-Uni, deux d’entre elles étant encore dans les emprises portuaires. Quant aux 7 dernières, elles avaient déjà quitté le Japon et naviguaient sur les mers vers leur futur lieu d’utilisation. A leur arrivée, ces rames doivent être réassemblées, et elles font ensuite l’objet d’une série d’essais, d’abord statiques, puis dynamiques. Chacune doit alors parcourir sans incident 4 000 miles sous la forme de marches d’endurance qui sont pratiquées moitié sur le réseau classique de Southeastern et moitié à grande vitesse sur HS1. Ces parcours de « déverminage » requièrent environ trois semaines pour chaque rame à réceptionner. Sur le terrain, situation encore très inhabituelle en Europe, le japonais Hitachi porte les deux « casquettes » : il fournit le matériel roulant et en assure ensuite l’entretien. « C’est un avantage », assure sans détour Jean-Christophe Foucrit, adjoint au directeur du programme High Speed chez Keolis. « En cas de problème, le mainteneur ne peut plus renvoyer la balle au constructeur. Même s’il s’agit de deux entités différentes, l’une britannique et l’autre japonaise, la maison-mère reste la même, et la collaboration entre les deux s’instaure donc d’emblée. Et puis, c’est aussi un show-room pour Hitachi ! » A l’évidence, l’enjeu paraît singulièrement important pour le constructeur japonais, et motive peut-être de sa part une certaine « culture du secret » que d’aucuns lui prêteraient assez volontiers…
Dans le cadre du nouveau service régional à grande vitesse de Southeastern, la gare d’Ebbsfleet International, où s’arrête déjà Eurostar, doit jouer le rôle majeur. Désormais à 17 minutes de Londres (quand il fallait autrefois compter une heure), doté d’un parking de 2 500 places et desservi par l’excellent système de bus rapides en site propre Fastrack (liaisons vers Dartford, Gravesend et les bords de la Tamise), cette gare va servir de point de rabattement depuis de nombreuses localités du Kent. Outre l’intérêt immédiat pour les nombreux habitants de cette région qui travaillent déjà à Londres et doivent ainsi, chaque jour, effectuer le trajet, on s’accorde ici à penser que de très nombreux Londoniens vont également vite comprendre tout l’intérêt qu’ils auraient désormais à venir s’établir dans le Kent, qui leur offre l’attrait d’une qualité de vie « à la campagne », avec un prix de l’immobilier bien inférieur à celui des faubourgs de la capitale… Selon Locate in Kent, l’agence de promotion des investissements dans le Kent et l’estuaire de la Medway, ce comté du sud-est de l’Angleterre, qui reste le plus proche du continent en étant désormais à quelques minutes (ou dizaines de minutes) seulement du centre de Londres, va se retrouver dans une position exceptionnelle pour attirer hommes d’affaires et entreprises. Des villes de l’est du Kent, comme Canterbury, Folkestone et Ramsgate, autrefois à plus d’une heure et trente minutes de train de la capitale, vont devenir beaucoup plus accessibles, avec des temps de parcours respectifs de 59, 57 et 80 minutes. La ville d’Ashford ne s’y est pas trompée, elle qui vient de passer la vitesse supérieure à la faveur de l’arrivée des Class 395, avec une réhabilitation majeure du centre-ville, un nouveau centre commercial et une extension des lotissements. Sur son territoire, elle implante aussi des zones pour bureaux et petites industries, comme Eureka Park, qui connaît un incroyable succès malgré la récession économique…
Autre grand gagnant, Canary Wharf (« La Défense » made in London). Grâce au métro automatique des Docklands (DLR, Docklands Light Railway) qui le relie à la gare de Stratford, elle-même à 7 minutes de Saint Pancras, le nouveau quartier d’affaires londonien devient remarquablement accessible, tant du centre de la capitale que de la région du Kent. La gare de Stratford, par ailleurs, connaîtra dans trois ans une animation exceptionnelle, puisqu’elle jouxte le village olympique des Jeux de 2012. A cette occasion, les Class 395 doivent être mises à profit pour assurer un service sur mesure baptisé « Javelin »…
L’exploitation commerciale probatoire doit également servir à tester les nouveaux tarifs envisagés. Par exemple, entre Ebbsfleet et Saint Pancras, l’aller simple « grande vitesse » a été fixé à 12,20 £, contre 9,10 £ par la ligne classique. « Le supplément est à peine plus cher que le prix d’un café ! », s’amuse Jean-Christophe Foucrit. « Mais si le tarif devait être modifié, ce serait seulement pour le revoir à la baisse. » En fait, si les premiers trains se révélaient déjà pleins, comme s’y attendent d’ailleurs les responsables de Southeastern, les tarifs seraient maintenus en l’état. Mais dans l’éventualité où le coefficient de remplissage s’avérerait moins spectaculaire, l’opérateur proposerait alors un différentiel de prix encore plus attractif… A noter que, compte tenu de la brièveté des trajets, il n’a pas été prévu de réservation des places. Toutefois, l’aménagement intérieur des rames inclus des marque-places électroniques pour autoriser ultérieurement cette possibilité.
Le 13 décembre prochain, commencera le « grand » service commercial, qui s’accompagnera, dans le même temps, d’une refonte totale de l’offre complémentaire par le réseau classique. Ce ne sont plus alors trois rames Class 395, mais 25 qui seront simultanément engagées, aux heures de pointe, en roulement régulier. Un roulement qui apparaît d’ores et déjà d’une excellente « robustesse » : avec un parc total de 29 unités, la réserve reste largement dimensionnée, compte tenu de la possibilité d’effectuer une partie de la maintenance au dépôt d’Ashford entre la pointe du matin et celle du soir. A l’origine, seulement 28 rames devaient être commandées, mais une unité supplémentaire a finalement été financée par l’Etat suite à des pressions politiques en faveur de la desserte du port de Douvres. Les trains circuleront en unité double aux heures de pointe et en unité simple aux heures creuses. Comme l’on sait, cette introduction de la grande vitesse sur des services régionaux en Grande-Bretagne a été rendue possible grâce à l’expertise de Keolis, qui s’est d’abord appuyé, en ce domaine, sur les compétences mondialement reconnues de la SNCF, son actionnaire de référence. L’école française marque à nouveau des points…
Philippe HÉRISSÉ
Nancy prépare déjà l’après TVR
Le tramway sur pneus ne fait plus parler de lui à Nancy. Un bon signe ! Pourtant, la nette amélioration de son fonctionnement ne veut pas dire qu’il n’y a plus de problèmes… Justement, parce que le public est au rendez-vous. « On est déjà presque à saturation, constate Thierry Marchal, le directeur général adjoint des services de la communauté urbaine du Grand Nancy. On n’a pas plus de 25 véhicules, on ne peut pas les allonger, et Bombardier n’en fait plus. En plus, on en a toujours un certain nombre en rade, qu’ils soient en maintenance ou en réparation. »
Pour faire face à la demande, il faudrait donc augmenter les cadences, et donc améliorer la vitesse commerciale, qui ne dépasse pas les 15 km/h. Or le tram perd pas mal de temps en station – et elles sont nombreuses, et très rapprochées –, et surtout lorsqu’il « droppe » et « dédroppe » pour entrer et sortir des sections où il est guidé. Quatre manœuvres par voyage, qui exigent autant d’arrêts… « Bombardier l’avait vendu comme un système très souple », et il ne l’est pas tant que ça, pointe Thierry Marchal. En revanche, note-t-il, « là où il n’est pas en site propre, on ne peut pas considérer qu’il perd du temps ». De toute façon, ajoute-t-il, « on est déjà à 4 minutes 30 aux heures de pointe, dans un site très urbain ; on s’aperçoit qu’on aura du mal à descendre plus bas si on ne veut pas détériorer tout le fonctionnement de la ville ».
Que faire ? Le Grand Nancy n’est pas vraiment intéressé par l’achat de rames supplémentaires au cas où Bombardier relancerait ses chaînes pour satisfaire Caen (qui, elle, est demandeuse). Les démêlés de ces dernières années ont rendu exécrables les relations avec le constructeur. En outre, la publication en novembre du rapport d’un expert mandaté par le tribunal administratif n’incite guère à l’optimisme. Il relève en particulier que si les coûts de maintenance devaient pouvoir être abaissés au niveau promis à l’origine par Bombardier, le vieillissement du matériel entraînerait des dépenses supplémentaires à relativement court terme. Or la fréquentation de la ligne devrait encore augmenter car l’agglomération a de nouveaux projets sur le tracé…
Pour faire face à la saturation qui menace, la communauté urbaine compte donc agir sur plusieurs fronts : négocier avec les institutions desservies un étalement de leurs horaires de façon à pouvoir déverser le trop-plein des heures de pointe vers les heures creuses, doubler la ligne par une ligne de bus « campus » – prévue pour la rentrée de septembre – qui irriguera les facultés et… envisager sérieusement le remplacement du TVR par autre chose.
« On a eu des vicissitudes, pour employer un mot faible, avec la ligne 1, note Christian Parra, le vice-président du Grand Nancy, chargé de la politique des transports. Cela dit, nous avons quand même, et j’ose dire paradoxalement, le succès au rendez-vous. Car le tracé de la ligne était un bon choix ! » L’élu, qui était déjà responsable du dossier lors du choix du TVR à la fin des années 1990, n’a pas de mal à expliquer les décisions de l’époque. « On ne l’a pas acheté sur catalogue. Les rapports allaient tous dans un sens très positif, et il y a eu une validation du matériel signée par un ministre que la décence m’empêche de nommer ici (Jean-Claude Gayssot, ndlr). Dans le matériel existant et validé à l’époque, on a choisi ce qui semblait répondre le mieux à nos besoins. On voulait quelque chose qui puisse monter les pentes. Et on a fait les comptes : avec ce que proposait Bombardier, on pouvait réutiliser une partie des infrastructures aériennes du trolleybus, et on n’était pas obligés de construire une ligne pour le dépôt. Cela dit, si Alstom avait pu nous proposer un matériel sur deux rails qui montait les pentes, je pense qu’on l’aurait choisi – à condition qu’il ne coûte pas beaucoup plus cher. Au vu de ce qui se fait aujourd’hui, évidemment qu’on aurait pu faire un autre choix. Mais, à l’époque, on n’avait pas d’alternative. »
Tirant les conséquences de ce choix – et peut-être parce qu’il faut limiter les dégâts –, le Grand Nancy a convenu de poser sérieusement en 2013 la question du remplacement du TVR sur la ligne 1. Pourquoi 2013 ? Les mauvaises langues diront que c’est pour proposer quelque chose avant les municipales de l’année suivante. En fait, l’agglomération devrait alors avoir une ligne 2 flambant neuve, et même une ligne de bus à haut niveau de services préfigurant une future ligne 3. Elle aura alors réalisé – avec deux ans de retard – l’armature préconisée par son PDU et pourra s’occuper de l’amélioration de l’existant.
Ce système à trois lignes n’est pas une nouveauté : il reprend et prolonge le tracé des trois axes de TVR que la communauté urbaine prévoyait pour 2006 il y a une dizaine d’années. Axes qui eux-mêmes correspondent en grande partie aux lignes de trolleybus installées au début des années 1980 et dont l’essentiel des installations électriques est toujours en place.
De trolleybus, il en est à nouveau question à Nancy. Pour la ligne 2 (nord-ouest – centre – sud-est), dont le potentiel est évalué à 25 000 passagers par jour, l’agglo s’intéresse à un modèle moderne à guidage optique. C’est-à-dire au Civis version trolley qu’Irisbus a vendu à Bologne, en Italie (et auquel s’intéresse aussi Valenciennes). Longue de 11 km et perpendiculaire à la ligne 1, la 2 sera comme son aînée, en site propre sur sa partie centrale et mêlée à la circulation générale aux extrémités (peu encombrées). Il y en a pour 168 millions d’euros, la mise en service étant prévue pour le début 2013.
Quant à la ligne 3, une boucle sud – ouest – centre – est reprenant une branche de la ligne 1 abandonnée à cause des déboires du TVR, elle ne figure pour l’instant qu’en pointillés sur les plans du Grand Nancy. Mais son tracé devrait se préciser assez rapidement, puisque l’ouverture d’une ligne de bus à haut niveau de services (BHNS) est annoncée pour 2013, en même temps que la ligne 2. « Pour l’instant, on prévoit 15 000 voyageurs par jour. Mais il n’est pas impossible qu’elle passe ensuite du BHNS au vrai TCSP, indique Christian Parra. Car à l’est, on a une zone de 220 ha libres à urbaniser. C’est beaucoup, 220 ha ! On ne sait pas encore ce qu’on va y faire, mais on aura sans doute des entreprises, de l’habitat… Comme on ne sait pas bien ce qu’on mettra dessus, on ne sait pas bien combien on aura de clients. Mais la 3 devrait logiquement dépasser la 2, d’où une réflexion sur un passage à un mode plus lourd. »
Cette réflexion est donc annoncée pour 2013. Avec la volonté de lier l’éventuelle promotion de la ligne 3 et l’éventuel changement de mode de la ligne 1 qu’elle complète. « La 1 et la 3 sont intimement liées, insiste Laurent Garcia, jeune vice-président du Grand Nancy, chargé des lignes de TCSP. Rien n’est arrêté, rien n’est figé, mais ce n’est pas déconnant d’imaginer qu’il puisse y avoir une harmonisation du matériel pour deux lignes sur trois. » Pour le choix du système, « on n’exclut rien a priori », insiste-t-il. « Gardons-nous des “y’a qu’à, faut qu’on” ! » Et d’annoncer une campagne d’« observation de ce qui se fait dans les pays européens, ou en France, sans exclusivité », et de rappeler que le futur délégataire des transports publics nancéiens sera en charge du matériel : « Ce sera à lui, aussi, de faire des propositions. Il est en droit d’avoir des idées ! »
A ce propos, Guy Pierron, le directeur du réseau Stan qui entend bien se succéder à lui-même, reste prudent : « Il faudra voir quel sera le meilleur moment pour arrêter le TVR ? et à quel prix ? – et comment on va vivre pendant la période de transition. Et bien sûr par quoi on le remplacera ! » Tous citent le trolleybus tricaisse, le Translohr ou, pourquoi pas, du tram fer « si le tramway dit léger permet de monter des pentes de 11 à 12 % ».
Si elles sont décidées, transformation de la ligne 1 et/ou construction d’un véritable TCSP pour la ligne 3 seraient réalisées « à l’horizon 2017, pas avant », estime Christian Parra. Ce n’est donc pas tout de suite que Nancy cédera ses TVR à Caen, qui en aurait bien besoin ! D’ici là, la communauté urbaine devrait aussi avoir beaucoup avancé sur sa « ligne 4 », aussi appelée tram-train. Il s’agit d’un train de banlieue qui utiliserait l’ancien chemin de fer de ceinture (qu’il faudra en partie reconstruire), passant à l’est du centre. Un groupe de travail a été mis en place avec la région, le département, le Syndicat mixte des transports suburbains de Nancy, les intercommunalités voisines, RFF et la SNCF, qui planchera plus généralement sur l’amélioration de la desserte ferroviaire du « bassin de vie ». Après avoir déjà réalisé une ligne de TCSP pendant ce mandat, le Grand Nancy aura-t-il les moyens de toutes ses ambitions sur le prochain avec ces lignes 1, 3 et 4 ? Réponse en chœur et sans appel de Laurent Garcia et Christian Parra : « Ca s’appelle un choix politique. »
François ENVER
Faut-il investir dans les bus hybrides ?
De retour de Vienne, quelques élus enthousiastes ont passé un coup de fil à leur exploitant : « Au fait, vous nous en proposez quand, des bus hybrides ? » Star du Salon UITP, avec son image écolo, le bus à double motorisation, diesel et électrique, fait craquer les élus. Mais est-il bien raisonnable de succomber ? Pas si évident, car si les hybrides s’étalent sur les salons, la plupart des constructeurs n’en sont rendus qu’à l’étape du « proto ». Et s’ils sont intarissables sur ce véhicule que nombre de spécialistes présentent comme LA technologie d’avenir proche, c’est qu’ils ont englouti des grosses sommes en R&D et espèrent un retour sur investissement.
Opérateurs de transport et AO sont-ils prêts à se précipiter sur l’innovation comme certains l’ont fait autrefois pour les bus au GNV ? Pas gagné. Dans la majorité des grandes agglomérations, les AO sont propriétaires du matériel roulant, dont le choix s’effectue en concertation avec le délégataire. « Bien que sensibles aux perspectives de cette alternative, les AOT sont dubitatives », estime Réginald Babin, responsable du pôle aménagement, environnement et système de transport du Gart. Un peu échaudés par leur expérience peu glorieuse avec le gaz, les élus affichent une prudence de bon aloi. Vive les solutions fiabilisées ! Ils attendent que « les phases d’expérimentation des choix techniques soient achevées », poursuit Réginald Babin. La commission innovation du Gart s’apprête à effectuer un benchmarking pour aider les AO à s’y retrouver parmi les dizaines de possibilités d’hybridation existantes.
Côté exploitants français, l’heure est encore à la découverte. La commission techniques, énergies et développement durable de l’UTP a inscrit le sujet au programme de travail du mandat prochain. Toutefois, avec son parc de 4 000 bus, qu’elle renouvelle à hauteur d’au moins 300 véhicules par an, la RATP est prête à sauter le pas. A tester en grandeur réelle la qualité des véhicules présents sur le marché (Man, Evobus, Solaris et Volvo), via « un appel d’offres d’une cinquantaine de véhicules sans doute, allant du midibus jusqu’à l’articulé. Il sera lancé à l’été et au plus tard en septembre », confie Laurent Méret, directeur du département du matériel roulant bus. Une tête de série serait livrable en 2010 afin d’en vérifier les performances avant de lancer la série.
En attendant, les tests réalisés par la RATP en 2008 et 2009 avec des véhicules de prêt ont été plutôt convaincants. Dans les trois configurations classiques de trafic – circulation urbaine, ligne de banlieue, ligne parisienne avec un peu de site réservé et site propre intégral sur le TVM –, les bus se sont bien comportés. Les prototypes Irisbus Cityclass, Man Lion’s City et Solaris Urbino 18 m tiennent presque leurs promesses. « Nous nous sommes particulièrement penchés sur la consommation, explique Henri Bordenave, responsable de l’unité ingénierie autobus au département matériel roulant bus de la RATP. Globalement, elle est inférieure de 20 % à celle d’un bus diesel, et non 30 % comme l’annoncent les constructeurs. »
Les avantages de l’hybride sont bien connus. En plus de sa consommation réduite en carburant grâce au système « stop & start » et à la récupération de l’énergie au freinage, qui lui permet d’afficher 20 % d’émissions de CO2 en moins, il serait aussi plus propre au regard des NOx et des particules. Même si « cela reste à vérifier », estime prudemment Henri Bordenave. De plus, sa conduite est souple et son redémarrage est de velours : aucun bruit, du fait de la motorisation électrique. Les inconvénients sautent moins aux yeux. Il y a le prix, d’abord : le joujou hybride coûte entre 30 % et 50 % de plus à l’achat suivant la gamme. « Le surcoût est fixe, que l’on implante une hybridation sur un bus articulé de 24 m ou un midibus de 10 m, explique Pierre Moïse, responsable accessibilité, produits et services de Transdev. Entre 100 000 et 150 000 euros. » D’où l’intérêt de promouvoir l’hybridation sur les bus articulés pour un meilleur retour sur investissement.
Car pour bien évaluer la rentabilité du système hybride, il faut raisonner en coût complet. « Nous calculons à partir du “ life cycle cost ”, incluant l’achat, la consommation de carburant sur 15 ans et une partie du coût de maintenance », précise Henri Bordenave, enfilant sa casquette de président du comité bus de l’UITP. Ce calcul se fait pourtant rarement dans les agglomérations, qui placent une muraille de Chine entre les budgets d’investissement et de fonctionnement. De plus, deux inconnues auront un impact majeur sur la rentabilité de l’investissement. Il y a d’abord l’évolution du prix du pétrole, dont la visibilité sur 15 ans est faible. A la RATP, on prend une hypothèse neutre de +3 % par an. Et puis, il y a la maintenance : « Sur la durée de vie d’un bus, les batteries se changent une à deux fois et les constructeurs affirment que les supercapacités tiendront la distance », précise Henri Bordenave. A première vue, « on est en limite de rentabilité », conclut-il. Mais si la rentabilité n’est pas acquise, encore faut-il souligner « que l’hybride est le seul système alternatif pour lequel on parle de rentabilité économique. Le gaz et les biocarburants étant subventionnés… »
Très clairement, l’hybride n’est pas encore arrivé aux prix du marché. « Puisqu’on n’est pas encore dans la grande série, les modèles intègrent les coûts de recherche et de développement », reconnaît Pierre Moïse, de Transdev. La filiale de la Caisse des dépôts a été précurseur en France, à Avignon, puis avec un bus Solaris à Strasbourg depuis le début de l’année. Enfin, depuis le 11 juin, le premier Urbino 12 Solaris roule à Coulommiers et, au second semestre, trois BHNS d’Evobus circuleront à Meaux.
A l’étranger, Veolia a déjà mené des campagnes de tests sur l’hydride à Malmö et à Maastricht, et il poursuivra cette année en France à Argenteuil et à La Rochelle. « En termes d’usage, c’est une bonne solution. Mais on prévient les collectivités qu’on ne dispose que de peu de retour d’expérience sur la durée, notamment sur ce que coûtent les batteries », assure Vincent Rouet, du groupe recherche innovation de Veolia Transport. Alors faut-il y aller maintenant ? Pour Pierre Moïse, « l’hybride, c’est la solution pour aujourd’hui. On optimise l’utilisation des énergies actuelles ». « C’est une bonne marche intermédiaire entre les bus thermiques et les futurs bus tout électriques », complète Vincent Rouet. D’ailleurs, chez EDF Véhicules électriques, on le dit tout de go : « Les bus hybrides ne nous intéressent pas. » Forcément, puisqu’ils génèrent leur propre énergie, les hybrides ne se branchent pas sur le secteur. En Europe, l’hybride a le vent en poupe : Van Hool a placé 79 véhicules à la société VVM de Gand, des bus Man roulent à Nuremberg depuis 2007. Le marché pourrait être entraîné par le volontarisme de Transport for London (TfL), qui souhaite que la totalité des minivéhicules utilisés pour les JO soient des hybrides. Une expérimentation à grande échelle avec des bus s’y déroule actuellement, le premier bilan à trois mois est imminent. Et surtout Londres a annoncé son vœu d’acheter systématiquement de l’hybride en 2011 et 2012. Avec sa dizaine de transporteurs, c’est 500 à 600 bus hybrides à fournir chaque année !
Evidemment, pour faire décoller la filière, un petit coup de pouce de l’Etat serait le bienvenu. En France, l’Ademe envisagerait une aide à l’achat. « L’avenir est dans la question des moteurs, et notamment hybrides », a d’ailleurs assuré le ministre de la Relance, Patrick Devedjian, en visite chez Irisbus Iveco, à Annonay, le 16 juin. Un porte-parole de Man précise pour sa part que subventionnée la technologie pourrait pénétrer 50 % du marché en dix ans. Sans aide, elle stagnerait à 20 %, se limitant aux villes voulant afficher une touche environnementale…
Guillaume LEBORGNE et Cécile NANGERONI
Les hybrides à la parade : la Suède est de la partie
SCANIA : grandes longueurs en essai.
Avec de telles perspectives, on ne s’étonnera plus de cette éclosion soudaine de véhicules hybrides au salon de Vienne. Pour relever magistralement le défi, Scania exposait l’un des six « rigides » de 13,7 m à trois essieux, de type Omnilink à propulsion hybride avec moteur thermique à l’éthanol, qu’il teste actuellement, sur une période de deux ans, en service commercial probatoire, avec la collaboration de SL (Transports urbains de Stockholm) et Swebus. Comme l’on sait, depuis 1989 le constructeur suédois s’est fait une spécialité de ce carburant de substitution, puisqu’il a jusqu’ici fourni quelque 400 autobus fonctionnant à l’éthanol pour Stockholm. Et il sera donc tout à fait intéressant de voir les fruits de ce mariage apparemment réussi entre les deux technologies… L’hybridation devrait permettre une réduction de 25 % de la consommation de carburant, en l’occurrence l’éthanol qui, lui, diminue déjà jusqu’à 90 % les émissions de dioxyde de carbone. Le cercle vertueux s’avère donc bien amorcé… Comme ses concurrents, Scania a naturellement choisi l’hybridation « série », à l’évidence la mieux adaptée au « stop-and-go » caractéristique de l’exploitation en site urbain, et qui se caractérise par l’absence de liaison mécanique entre moteurs thermique et électrique. Sur le nouveau « rigide » de 13,7 m, le stockage de l’énergie met en œuvre des supercapacités, dont Scania considère qu’elles auront une longévité considérablement supérieure à celle des batteries d’aujourd’hui. De fait, l’Omnilink hybride à éthanol a été conçu pour que l’ensemble de ses éléments constitutifs possèdent une durée de vie de dix à quinze ans, y compris les modules de stockage d’énergie. La nouvelle unité de propulsion hybride développée par Scania est installée en lieu et place de l’ensemble « moteur thermique + boîte de vitesse » du véhicule habituel, tandis que l’unité de stockage a été montée en toiture, sous carénage.VOLVO : le choix de l’hybridation parallèle.
Deux autres constructeurs avaient apporté leurs réalisations en matière d’autobus hybrides. Le suédois Volvo présentait son 7 700, un standard de 12 m qui présente la particularité, peu commune en transport urbain, d’être un hybride « parallèle » dont les moteurs diesel et électrique peuvent indifféremment travailler en simultanéité ou de manière indépendante. Le stockage d’énergie s’effectue dans des batteries lithium-ion. Avec une économie de carburant pouvant atteindre les 30 %, le constructeur estime que les opérateurs pourront amortir le surcoût du véhicule en seulement cinq à sept ans. D’autant que ce dernier peut accueillir jusqu’à sept voyageurs supplémentaires par rapport à la version diesel traditionnelle, simplement grâce à une meilleure répartition des masses, alors que le poids total à vide n’est pas significativement supérieur…
Philippe HÉRISSÉ
Les hybrides à la parade : la crinière du lion de Man
L’autre grand constructeur allemand, Man (très présent en Autriche, entre autre par l’intermédiaire de sa filiale Gräf & Stift qui assemble localement certains véhicules de la marque), se devait, à Vienne, de créer lui aussi l’événement. Comme chez Mercedes, plutôt que de multiplier les messages, Man avait choisi d’articuler son stand autour d’un seul véhicule, qui devait faire figure de star du salon. Comme son nom l’indique, le Lion’s City Hybrid est, lui aussi, un autobus hybride. Véhicule de présérie préfigurant la sortie, en 2010, de nombreuses unités appelées à rouler sur différents réseaux européens, il arborait un nouveau design très futuriste (sur base Lion’s City), dont on nous dit qu’il a été définitivement retenu pour ce matériel high-tech. Sa livrée et ses aménagements intérieurs, étrangement proches de ceux des Wiener Linien (l’exploitant viennois), ne relevaient certainement pas du hasard, même si le véhicule était présenté sans aucun marquage… Le design vient ici tirer le meilleur parti des contraintes techniques résultant du positionnement en toiture (à l’avant, pour des raisons de répartition des masses) des supercapacités du système de stockage de l’énergie. Ces supercapacités se trouvent parfaitement dissimulées sous un carénage aérodynamique qui se fond totalement dans la silhouette du véhicule, supprimant tout effet de « pièces rapportées ». Les formes adoptées assurent l’optimisation des écoulements d’air et du refroidissement des composants. De toute évidence, le constructeur a réussi là un bel exercice d’intégration technique, tout en ménageant une parfaite solution de continuité avec l’esthétique Lion’s City apparue en 2004.
Sur ce véhicule, à l’image du Centroliner de Neoplan, les passages de roues arrières sont couverts. Cette disposition peu commune, qui rejoint le souhait des autorités organisatrices souvent soucieuses d’avoir « des bus qui ressemblent à des tramways », n’a pas seulement qu’un intérêt visuel. Elle évite les salissures des faces latérales par projection d’eau, limite l’injection de poussière au travers des entrées d’air situées juste derrière, et augmente la surface disponible pour le pelliculage publicitaire. Le nouvel autobus hybride de MAN met en œuvre le moteur diesel standard D0836 du constructeur, réglé à la puissance de 184 kW, et qui, grâce à l’hybridation, est utilisé dans sa plage optimale de vitesses de rotation, ce qui contribue à réduire davantage encore sa consommation tout comme les émissions de polluants. Par l’intermédiaire d’un réducteur, deux moteurs électriques de type triphasé asynchrone, d’une puissance unitaire de 75 kW, entrainent l’essieu arrière, qui demeure de type standard. Cette disposition constructive permet de maintenir les masses non suspendues à un niveau particulièrement bas, en comparaison avec des formules de moteurs de roue conventionnelles. Tournant extrêmement vite, ces moteurs peuvent transmettre un couple considérable (3 000 N.m), même aux plus basses vitesses, et cela sans aucune discontinuité puisqu’il n’y a bien sûr plus la boîte de vitesse habituelle. Comme sur les véhicules Mercedes, les auxiliaires sont désormais mus par l’électricité, qu’il s’agisse de la climatisation ou encore de la pompe intervenant dans la direction assistée, ce qui permet de rouler ou de stationner diesel complètement arrêté. L’unité compacte de stockage d’énergie, enveloppée par le carénage de toiture, se compose de six modules à haute puissance du type « ultracap ». Dans 80 % des cas, le départ, après respect d’un arrêt pour prendre ou laisser des voyageurs, ainsi que la mise en vitesse consécutive, s’effectue en pure traction électrique, groupe diesel coupé. Selon l’état de charge des condensateurs et le nombre de voyageurs présents dans le véhicule, le fonctionnement à partir de la seule énergie électrique stockée à bord peut couvrir plusieurs centaines de mètres. Des essais en conditions réelles ont par ailleurs montré que le moteur diesel pouvait finalement être coupé sur environ 40 % du temps. Et si l’unité de stockage se trouve être déjà pleine à l’amorce d’un freinage, les moteurs électriques débitent alors dans une résistance rhéostatique, ce qui permet d’économiser aussi au maximum les freins classiques… Dès l’an prochain, une petite série doit être répartie entre plusieurs opérateurs présélectionnés, dont Vienne (Wiener Linien) et Munich. Le lancement à grande échelle du véhicule, toujours au standard de 12 m, reste programmé pour 2011. Fonction de la concrétisation des incitations attendues de la part des pouvoirs publics en faveur de cette nouvelle technologie, le constructeur estime qu’à moyen terme, dans le segment de l’urbain stricto sensu, la moitié des autobus commandés devraient l’être avec une propulsion hybride…
Philippe HÉRISSÉ
Les hybrides à la parade : première mondiale pour Mercedes
Economie d’énergie oblige, tous les constructeurs d’autobus (ou presque) présentaient un modèle hybride à transmission diesel-électrique. Avec décidément toujours un temps d’avance, Mercedes montrait, en première mondiale, son Citaro FuelCELL Hybrid avec pile à combustible. On pourrait disserter longuement sur le bien-fondé du vocable « hybride » retenu pour la désignation de ce produit, dans la mesure où il pourrait ici engendrer une sérieuse confusion. Jusqu’à une date récente, Mercedes lui-même, mais aussi d’autres industriels, ont construit des prototypes ou des préséries (voire de petites séries), qu’ils dénommaient alors hybrides en raison de leur mode de transmission de type diesel-électrique. Cette transmission est aussi celle des autobus hybrides d’aujourd’hui, sauf justement dans le cas du nouveau Citaro FuelCELL dit « Hybrid », mais qui ne fait nullement appel au diesel ! De surcroît, une pile à combustible produit naturellement de l’électricité, ce qui n’est pas le cas d’un moteur thermique, qui doit alors être couplé à un alternateur. En réalité, l’acception du terme a changé, l’hybridation faisant désormais plutôt référence à la notion énergétique de récupération… Quoi qu’il en soit, ce Citaro hybride de Mercedes constitue bien une vraie révolution. Il combine les avantages du tout nouvel autobus articulé Citaro G Blue Tec Hybrid, avec ceux de la pile à combustible sur laquelle le constructeur travaille déjà depuis de nombreuses années, avec un indéniable acharnement. Cette dernière technologie qui, à la différence des hybrides, garantit en toutes circonstances le « zéro émission polluante » (puisqu’elle ne rejette que de la vapeur d’eau !), utilise comme carburant l’hydrogène, et requiert bien sûr une transmission électrique. Après avoir réalisé en 1997, sur base O 405N, le prototype Nebus, le constructeur a mené, de 2003 à 2006, une expérimentation à grande échelle. Cette expérimentation mettait en œuvre 36 véhicules, cette fois sur base Citaro, et qui ont été confiés à une douzaine d’opérateurs pour une exploitation probatoire, dans le cadre notamment du projet européen baptisé Cute (Clean Urban Transport for Europe – Transport urbain propre pour l’Europe). Ces véhicules ont parcouru, au total, plus de deux millions de kilomètres, transportant sept millions de voyageurs. Le succès a été tel que certains auront finalement roulé pendant plus de six ans, alors qu’initialement l’expérience ne devait pas dépasser les deux ans ! Aujourd’hui, avec le FuelCELL Hybrid, Mercedes franchit donc une étape supplémentaire de développement, qui doit occuper le constructeur jusqu’en 2015. A nouveau, une trentaine de ces véhicules vont être confiés à différents opérateurs, dont Hambourg, qui s’est déclaré d’ores et déjà preneur. Il s’agit, comme dans le cadre du projet Cute, de « standards » de 12 m, à plancher bas et plat sur toute leur longueur. Mais à la différence des précédents, ils sont équipés, en toiture, d’un ensemble de batteries lithium-ion, de surcroît absolument uniques sur le marché, avec une puissance de 250 kW pour une masse de 330 kg. Cet ensemble est refroidi indépendamment par circulation de liquide. A partir de l’hydrogène, la pile à combustible fournit de l’électricité qui est alors emmagasinée dans les batteries, celle-ci alimentant en retour les deux moteurs de traction et les auxiliaires du véhicule. Durant les phases de freinage, ces moteurs de roue, refroidis par eau, fonctionnent en alternateur pour ralentir le véhicule et recharger ses batteries, selon le principe de la récupération d’énergie. La consommation s’en trouve réduite de 50 % ! Les sept réservoirs en toiture, d’une capacité totale de 1 435 l, permettent d’embarquer 35 kg d’hydrogène à la pression de 350 bars, ce qui offre, avec une consommation de 10 à 14 kg aux cent kilomètres, une autonomie de 250 km. Autre particularité, liée au souci d’efficacité et de facilité de maintenance, les auxiliaires sont désormais tous électrifiés. Du coup, on peut aussi les repositionner en des points qui, pour l’aménagement intérieur, ne risquent en rien de gêner. Quant aux imposants systèmes de refroidissement, ils se démarquent de ceux des autobus avec pile à combustible des générations précédentes par leur grand silence de fonctionnement. Enfin, Mercedes prévoit pour la nouvelle pile du FuelCELL Hybrid une espérance de vie égale à six ans. Par rapport à l’étape précédente, cette espérance se trouve donc multipliée par trois !
Philippe HÉRISSÉ
Des « Watt » pour les bus du futur
L’innovation est très prometteuse sur le papier. Le fonds démonstrateur de recherche de l’Ademe va lui permettre de faire ses preuves. Watt, pour wireless alternative trolley technology, a été inventé par l’entreprise PVI, spécialiste français du véhicule industriel urbain, qui a déposé un brevet mondial. Il s’agit de doter le bus d’un bras télescopique automatisé qui se connecte au totem de l’abribus où se trouvent des batteries et supercondensateurs. Précision : l’abribus est relié au secteur par une simple ligne électrique de type domestique. En dix secondes, soit le temps de montée ou descente d’un seul voyageur, suffisamment d’énergie peut ainsi être emmagasinée. Le bus poursuit sa route jusqu’à l’arrêt suivant, où il pourra de la même façon stocker de l’électricité dans sa batterie à supercapacité.
« L’idée est venue du Montmartrobus qui se recharge tous les tours pendant 4 minutes, nous avons cherché à pousser le concept plus loin, explique Pierre Midrouillet, directeur général de PVI. Nous avons réussi à concevoir une infrastructure très légère. Le bus est également équipé d’une batterie de secours de façon à pouvoir rouler en se connectant seulement une fois sur trois. » En l’absence de site propre, en effet, il n’est pas rare que le bus soit entravé par un véhicule mal stationné et ne puisse s’aligner à l’abribus. Avec Watt, il est ainsi possible d’envisager un bus 100 % électrique à autonomie illimitée. Ses promoteurs précisent que la technologie peut s’adresser à n’importe quel bus quel que soit le constructeur. Le rêve ! D’autant qu’il promet d’être économe. « Alors qu’un bus diesel coûte 0,50 euro du km, un bus alimenté par Watt coûtera 0,10 euro du km, estime Michel Bouton, président de PVI. Si bien que le coût de l’équipement est amorti en moins de douze ans. »
Avec ses partenaires, Veolia Environnement, Robosoft (spécialiste des solutions robotiques de services) et MDO Mobilier urbain, PVI va toutefois devoir vérifier encore pas mal de choses. C’est l’objet du démonstrateur : « une ligne System’Watt sera expérimentée en 2011 dans une grande ville française », poursuit-il. Une ville gérée par Veolia Transports bien sûr, et peut-être en Ile-de-France. Et le souhait spontané du ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo suggérant « Valenciennes ! » ne pourra être exaucé. A moins d’un changement d’opérateur d’ici à l’expérimentation, Transvilles étant géré sous forme de SEM avec Transdev. Trois points devront notamment être validés : la sécurité du système en cas de vandalisme, celle des piétons en cas d’accident et l’absence d’émission d’ondes électromagnétiques lors du transfert d’énergie. A part cela, le constructeur, expérimenté en bus électriques via sa filiale Gépébus, annonce une durée de vie équivalente à un bus conventionnel, soit « au moins douze ans ». Il espère un lancement commercial, en tant que fournisseur des industriels du bus et des spécialistes du mobilier urbain, dès 2012.
Cécile NANGERONI
Les hybrides à la parade : la Belgique, les Pays-Bas et la Pologne ne sont pas en reste
VLD : de Philéas à Citea
In future also hybrid (à l’avenir aussi en version hybride), apparaissait en grosses lettres sur le Citea CLF de 12 m qu’exposait VDL, le constructeur néerlandais qui détient, chez lui, 60 % du marché. Mais son produit phare reste d’abord le Phileas, dont la propulsion n’en est pas moins hybride au sens premier du terme, dans la mesure où elle fait appel à un moteur thermique associé à une transmission électrique, et qui sera aussi proposé en versions trolley et pile à combustible. Ce produit intermédiaire entre l’autobus et le tramway, roulera un jour prochain à Douai. La ville a commandé deux articulés de 24 m et dix autres de 18 m. Le retard dans leur mise en service n’est imputable, selon VDL, ni au constructeur ni au client, mais bien à la nouveauté que représente la nécessité de devoir solliciter des instances administratives deux autorisations différentes, relatives aux réglementations autobus et tramway. La mise en service commerciale sur le réseau de Douai pourrait intervenir, dans l’hypothèse la plus favorable, au 1er janvier 2010 ou, de manière plus probable, au 1er juillet, à la faveur du changement d’horaires. Avec Vossloh-Kiepe pour la partie électrique, et l’industriel néerlandais Nedstack pour la pile à combustible, VDL va également construire quatre véhicules articulés de 18,5 m fonctionnant à l’hydrogène, et capable de transporter 105 voyageurs. C’est une première mondiale, puisque tous les autobus fonctionnant avec ce carburant avaient été jusqu’ici des standards de 12 m. Deux prototypes sont destinés à Amsterdam, et les deux autres à Cologne, subventionnés par l’Etat néerlandais et le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Les premiers d’entre eux sont attendus pour la mi-2010…
VAN HOOL : le Benelux conquisLe constructeur belge Van Hool, qui construit annuellement 1 600 autobus et autocars, exposait un A 300 hybride diesel-électrique dans la livrée caractéristique de l’opérateur néerlandais Connexxion. C’est lui qui, très tôt, a proposé un plancher bas et entièrement plat, en adoptant une disposition tout à fait originale de la motorisation, rejetée latéralement entre les essieux, en saillie à l’intérieur de la caisse. Van Hool offre aujourd’hui une gamme complète d’hybrides « série » avec supercapacités, du « midibus » à l’articulé. Depuis 2004, il construit également des autobus à pile à combustible destinés au marché nord-américain.
SOLARIS : une expérience de 500 000 kmQuant au jeune constructeur polonais Solaris, qui a justement sorti le 5 000e véhicule de son usine de Bolechowo en mai dernier (à peine treize ans après le démarrage de la production !), il était venu à Vienne avec l’un de ses articulés Urbino 18 hybrides. Apparus dès 2006, ces véhicules ont été livrés à dix réseaux appartenant à quatre pays européens différents, et ont globalement parcouru quelque 500 000 kilomètres en service commercial. L’économie de carburant constatée par les opérateurs avoisine les 25 %. Comme mode de stockage de l’énergie dissipée au freinage, Solaris a choisi des batteries nickel-métal montées sur la toiture, d’une longévité de six ans. Le calcul du prix d’achat du véhicule comprend celui d’un pack de remplacement. Et Solaris annonce, pour l’an prochain, la sortie d’une version standard de 12 m…
Philippe HÉRISSÉ
Des aménagements Vélib’ qui tardent
Les aménagements cyclables dans les 30 villes concernées par l’extension de Vélib’ ? Il suffit d’ouvrir la carte établie par le conseil régional à partir des déclarations des maîtres d’ouvrage pour constater qu’il y a un beau chantier à mener à bien. Bien souvent, le réseau se résume à des bouts de pistes éparpillés sans grande cohérence. Il faut dire que pendant longtemps le vélo n’était pas une priorité. Des aménagements ont été réalisés au gré des travaux de requalification de voirie ou d’implantation de transports en commun en site propre. Mais de là à arriver à un maillage satisfaisant du territoire, il y a de la marge. « Les élus et les collectivités sont pris de cours. Ils n’ont pas vu venir l’engouement pour le vélo », remarque Pierre Toulouse, secrétaire général de l’association Mieux se déplacer à bicyclette. Les villes qui ont une politique cyclable un tant soit peu consistante et des réalisations concrètes à leur actif sont peu nombreuses. Ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent : Pantin, Montreuil ou encore Issy-les-Moulineaux. Quelques communes comme Vincennes ou Ivry-sur-Seine donnent des gages de bonne volonté depuis deux ou trois ans. Pour le reste, on en est encore aux déclarations d’intention. Tout le monde annonce qu’il va s’y mettre. « Difficile, de toute façon, de dire qu’on ne se soucie guère du vélo aujourd’hui », ironise Pierre Toulouse, qui attend de voir pour croire.
En fait, beaucoup de villes n’ont pas de schéma directeur qui offre une vision d’ensemble des déplacements cyclables. « Du coup, elles ont du mal à hiérarchiser les investissements et à les programmer dans le temps, note Cyrille Campana, chef de projet circulation douce au conseil général du Val-de-Marne, collectivité qui subventionne la mise en place de pistes cyclables dans les villes dans le cadre de sa politique de promotion de la pratique du vélo. Le regard extérieur d’un cabinet spécialisé peut être utile dans ce cas, mais souvent les élus craignent ce regard neuf. Les bureaux d’études appuient là où ça fait mal. » Pas facile de s’entendre dire que la zone 30 mise en place et les quelques portions aménagées ici et là ne constituent pas une politique consistante. Pire encore, qu’il faut travailler plus activement sur le partage de la voirie. Le sujet reste un peu délicat. « Souvent, tout le monde est d’accord sur le principe, mais quand il s’agit d’implanter un équipement, les débats peuvent être vifs », note Odile Séguret, maire adjointe, en charge du développement durable et de l’attractivité du territoire à Vincennes, ville qui s’active depuis deux ans. La piste cyclable a le don d’attiser les conflits entre usagers. Sans surprise, c’est souvent la question du stationnement qui déchaîne les passions. Jusqu’à présent, les élus n’avaient pas toujours à cœur de se mettre à dos les riverains. Le succès grandissant du vélo change un peu la donne.
Mais les villes ne sont pas les seules responsables du manque d’aménagements. En effet, en banlieue, une partie non négligeable de la voirie est gérée par les conseils généraux, qui ont hérité des anciennes nationales en 2005 en plus de leur réseau traditionnel. La multiplicité des acteurs ne facilite pas la mise en cohérence des aménagements, même si un travail de prospective a déjà été réalisé. Les trois départements voisins de Paris ont élaboré des schémas directeurs d’aménagements au début des années 2000 qui décrivent le maillage idéal et fixent des priorités. Une étape nécessaire pour que l’argent dépensé le soit à bon escient. Mais encore faut-il qu’il y ait de l’argent… En fait, ce n’est que depuis deux, voire trois ans qu’il est question de programmation pluriannuelle et d’échéances précises. Le conseil général du Val-de-Marne a été un des premiers à bouger et à consentir un effort financier significatif. « Jusqu’en 2007, la plupart des aménagements cyclables étaient réalisés à l’occasion de la rénovation des voies urbaines ou de la mise en place de TCSP, comme le prévoit la loi sur l’air, note Daniel Davise, vice-président, chargé des transports et des déplacements. Nous avons alors décidé de travailler à la mise en place d’un réseau cohérent. » Le schéma directeur a été révisé. Dix-neuf itinéraires prioritaires ont été définis. Et surtout des crédits ont été débloqués pour faire du lien entre les aménagements existants (voir page ci-contre). Dans le même esprit, le conseil général des Hauts-de-Seine vient d’annoncer la mise en œuvre d’un plan vélo qui prévoit des actions de sensibilisation en direction des scolaires, l’implantation d’abris sécurisés pour le stationnement et… un effort particulier pour la mise en cohérence des équipements existants. La collectivité prévoit de débloquer 3 millions d’euros par an pour créer à terme un réseau de 245 km d’itinéraires cyclables. Une étape intermédiaire a été fixée : en 2011, le département devra avoir aménagé 100 km de pistes en plus des 75 existants.
Mais le challenge pour les départements ne consiste pas seulement à multiplier les aménagements et à combler les trous. Il faut aussi sécuriser les itinéraires sur des axes structurants où la voiture règne en maître aujourd’hui. Les cyclistes sont des usagers comme les autres : ils vont au plus court et empruntent bien souvent les mêmes voies que les automobilistes. En cas de difficulté, la tentation des services techniques est souvent grande de proposer un itinéraire bis plus long plutôt que de décider d’une réduction de capacité routière au profit des circulations douces. « Je ne connais pas de gros axes traités de manière sérieuse, note Pierre Toulouse. On est encore dans une politique du tout voiture en banlieue. » Certains « réflexes » abandonnés à Paris n’ont pas disparu au-delà du périphérique. Il n’est pas rare de voir la piste cyclable reléguée dans les contre-allées ou tout simplement disparaître à l’approche d’un carrefour important. Il faut dire que certains axes comme la RD 910 qui traverse Boulogne-Billancourt ou encore l’ex-RN 1 qui traverse Pierrefitte et Saint-Denis ne sont pas faciles à traiter. « Le trafic est très dense. Il y a de nombreux échangeurs, des coupures urbaines », explique Emmanuel Petiot, directeur de la voirie et des déplacements au conseil général de Seine-Saint-Denis, tout en soulignant qu’un partage de la chaussée est toujours possible, au prix toutefois d’importants travaux. « La mise en place de transports en commun en site propre sur ces axes est un bon moyen pour faire de la place aux circulations douces », souligne le technicien. A condition encore une fois d’organiser la complémentarité avec le réseau existant.
Nicolas REYNAUD