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Archives : Dossiers
Le multiservice entre en gare dans le Rhône-Alpes
La région Rhône-Alpes a pris de l’avance. Fin janvier, elle a lancé avec la SNCF un appel à projet groupé pour l’implantation en gare d’activités commerciales, associatives ou libérales. « L’objectif de l’appel à projet est de revitaliser les gares, d’améliorer le sentiment de sécurité et l’ambiance, et surtout de répondre à la demande croissante des clients, nombreux à souhaiter trouver des services en gare », explique Bruno Mercader, le directeur adjoint TER Rhône-Alpes à la SNCF. Il vient de recevoir, deux mois après, les dossiers de candidatures. Reste à les dépouiller.
On sait déjà que sur les 14 gares retenues pour accueillir ces nouvelles activités sous le label « Point TER » (Die, Luc-en-Diois, Saint-Chamond, Villefranche-sur-Saône, Saint-Etienne-Carnot, Belleville-sur-Saône, La Tour-du-Pin, Chasse-sur-Rhône, Estressin, Thonon-les-Bains, Saint-Gervais-les-Bains-Le Fayet, Voiron, Roanne, Lyon-Saint-Paul, représentant un total de 2 300 m2 de surface), une dizaine de sites ont fait l’objet de propositions. « Un site a un peu moins accroché l’attention des entrepreneurs : celui d’Estressin. Sans doute car il est un peu isolé », précise Bruno Mercader.
Les propositions des candidats potentiels sont essentiellement axées sur les boutiques multiservices, qui proposent à la fois restauration rapide, épicerie, presse ou point-relais colis ou pressing. « C’est la dominante », résume Bruno Mercader. Des suggestions plus originales ont été formulées. Dans le secteur de la Drôme, des associations proposent d’installer des activités basées sur la vente de produits locaux, comme l’installation d’une « Maison de la lavande » ou d’une « Maison de l’apiculture ». A Thonon-les-Bains, une représentation de la chambre de commerce voudrait avoir une vitrine de valorisation du tissu commercial local. A Lyon-Saint-Paul, l’installation d’une boutique de location de vélos est proposée. A Roanne et à Chasse-sur-Rhône, en plus des vélos, un entrepreneur souhaiterait aussi louer des voitures électriques. Et une association propose de monter des « microcrèches » dans plusieurs gares de la région. Ce dossier nécessite un examen plus poussé, en raison des conditions de sécurité et d’aménagement très strictes qui entourent toute création de crèches.
« Nous avons atteint notre objectif. Nous avons beaucoup de créateurs d’emplois. Mais nous pensions que d’autres partenaires plus expérimentés se présenteraient, comme par exemple des franchisés de grandes chaînes. Nous avons pourtant communiqué sur cette opération par des insertions dans la presse, des informations en gare ou via des articles dans les journaux. Nous sommes étonnés par le manque de réactivité des grandes enseignes », regrettent les responsables du projet, qui se donnent maintenant deux mois pour analyser les propositions, site par site. Fin juin, les premiers jurys se réuniront pour choisir les projets qui répondent le mieux aux besoins. Un jury est composé d’un représentant du conseil régional, autorité organisatrice des TER, d’un représentant de la ville, de l’agglomération et de la SNCF.
Si tout se passe bien, les projets les plus faciles à lancer pourraient voir le jour début 2010. La SNCF estime que le coût moyen d’un projet pourra aller de 50 000 à 100 000 euros. Au total, l’investissement devrait représenter plus d’un million d’euros sur deux à trois ans. Il sera soit totalement pris en charge par la SNCF si c’est une activité commerciale traditionnelle, soit cofinancé par la région s’il s’agit d’un projet associatif.
La SNCF devrait rentrer dans ses frais grâce aux loyers, fixés sur la base du prix de marché. « Si un projet apporte un service important aux voyageurs, nous pourrons diminuer le prix du loyer », précise Bruno Mercader. « Notre but n’est pas de gagner de l’argent. Mais avant tout de rendre des services aux clients. Nous voulons aussi mieux intégrer les gares aux villes. C’est pour cela que les collectivités locales sont associées. Et plus tard, peut-être, les recettes générées par les loyers pourront être utilisées pour améliorer l’entretien des gares ».
Marie-Hélène POINGT
Bordeaux trace sa route
Finalement, il ne devrait y avoir que six mois de retard… La communauté urbaine de Bordeaux venait d’inaugurer le dernier tronçon d’une deuxième phase du développement de son réseau de trams achevée dans les délais et sans surcoût. Elle s’était lancée dans une troisième phase qui devrait voir le réseau croître de 24 km d’ici les prochaines élections. Et elle avait osé congédier son opérateur historique. Et puis, le 10 décembre, patatras ! Le tribunal administratif a annulé l’attribution de la délégation de service public (DSP) des transports publics de l’agglomération à Keolis. Finalement, le Conseil d’Etat a cassé cette décision le 1er avril. Et ce n’est pas un poisson ! Sauf succès du nouveau recours que vient de former Veolia, l’opérateur déchu, la filiale de la SNCF va donc bien prendre les commandes de la société locale Tram et bus de la Cub (Tbc). Les élus bordelais, dont les relations avec Veolia étaient devenues exécrables, espèrent maintenant que cette péripétie judiciaire ne leur fera pas perdre trop de temps dans leur stratégie de renaissance du réseau de bus. En attendant, ils poursuivent la construction du tramway.
Les longs mois de négociations qui ont précédé l’attribution contrariée de la DSP à Keolis auront au moins permis aux élus de la Cub de se faire une idée très précise de la situation. « On a choisi le cheval tramway, mais le cheval bus est resté à la traîne, résume Gérard Chausset, le vice président (Vert) chargé des Transports de demain. Le bilan des 44 premiers kilomètres de tramway est positif, on ne va pas dire le contraire ! Maintenant, tout le monde veut le tramway. La communauté urbaine a réussi son pari, et les habitants de l’agglomération sont satisfaits. Mais on a un réseau très déséquilibré. Et 70 % de nos moyens vont vers le bus pour 30 % de la clientèle. » Comme d’autres villes qui ont beaucoup investi dans un mode lourd, Bordeaux a négligé ses bus – si bien que les déplacements en transports publics sont parfois aventureux hors des axes du tram. « Nous n’avons que 20 km de couloirs de bus aujourd’hui, deux fois moins qu’à Nantes ! » La comparaison a du sens, puisque Nantes, qui s’était lancée plus tôt dans le tramway, a réalisé il y a quelques années qu’il fallait d’urgence muscler un réseau de bus un peu trop laissé pour compte.
Sur le papier, la réflexion a pourtant commencé depuis déjà un certain temps à Bordeaux. La Cub a même identifié seize axes lourds ayant vocation à voir rouler ce que l’on appelle généralement des bus à haut niveau de service, avec leurs exigences minimales en termes de régularité, fréquence, vitesse commerciale, confort, accessibilité, etc. « Le problème, c’est qu’on en est toujours au même point, constate Gérard Chausset. Les études sont faites, il faut lancer les travaux. Avec la DSP, nous exigeons beaucoup de notre futur exploitant. Mais le délégataire n’exonérera pas la Cub de ses obligations ! Il va falloir accompagner le nouveau réseau. » Et de citer un exemple : « La ligne 16, une ligne majeure qui conduit à Mérignac, on sait que pour qu’elle soit efficace, il faut faire sauter une centaine de places de stationnement ! » Ce cas n’est pas isolé : la plupart des lignes fortes envisagées – qui correspondent grosso modo aux « lianes » que propose Keolis – empruntent des axes notoirement encombrés… L’élu Vert promet donc de faire tout son possible pour ouvrir la voie aux bus. « L’enjeu, c’est de se mettre à niveau. Les gens veulent du tramway, bien sûr. Mais pas que du tramway. Ils veulent du transport en commun efficace. »
Quant au fameux tramway, le vice-président chargé des Transports de demain voit en lui un « formidable instrument de conversion aux transports en commun ». A condition bien sûr que le reste du réseau soit fiable, et que… le tram lui-même soit digne de confiance. Or, si les Bordelais sont fiers de leur tramway, ceux qui le prennent régulièrement râlent souvent. Certes, les grandes pannes de la mise au point du système d’alimentation par le sol (APS) ne sont plus qu’un souvenir, mais le service est notoirement irrégulier. Il arrive souvent qu’on attende plus que de raison un tram qui finalement arrive bondé et est de plus en plus retardé par la bousculade aux portes à chaque arrêt, de même que le suivant, etc. ça craque souvent aux heures de pointe, notamment vers la rive droite ou vers le campus. Déjà saturé, le tram bordelais ? Le constat pouvait sembler étrange, car les chiffres de fréquentation fournis par Veolia n’étaient pas énormes. « On a beaucoup plus de passagers qu’on ne le pensait », note Etienne Lhommet, chef de la mission tram à la Cub. Ses services ont récemment fait leurs propres comptages : la ligne A transporte actuellement près de 120 000 passagers par jour, la B pas loin de 110 000 et la C plus de 60 000. Cela dit, certaines villes françaises ne s’en sortent pas trop mal avec des lignes plus chargées ! « Il y a un sentiment assez partagé de dysfonctionnement, alors qu’on est encore assez au-dessous de la capacité théorique, admet-il. Sur le tronçon le plus chargé de la ligne A, par exemple, au Pont de pierre, on doit avoir environ 3 000 passagers par sens et par heure, quand la capacité est de 4 500. Or, le système est saturé même si on est aux deux tiers, à cause des irrégularités. Un tram sur trois a au moins deux minutes de retard. Et si le tram arrive avec deux minutes de retard à Stalingrad, au bout du pont, on a déjà beaucoup de gens qui attendent, vu le nombre de lignes de bus qui y sont rabattues. Il faut au moins deux trams pour éponger ça. » Et le phénomène se répète tout au long de la journée. La raison ? Des carences dans l’exploitation surtout. Et peut-être aussi, s’interrogent certains, des micropannes de l’APS qui n’arrangeraient pas les choses.
Comment désengorger le tram bordelais ? En reportant du trafic sur les bus, en améliorant la régularité, en augmentant les fréquences – et il y a de la marge –… ou en encourageant la pratique du vélo. Pour ce qui est des bus, il s’agit d’abord de réparer une erreur historique, selon Gérard Chausset : « On avait tellement peur que le tram ne marche pas qu’on a dit qu’il fallait rabattre les bus partout ! » Le réseau proposé par Keolis a de fait séduit les élus car il rompait avec le principe du rabattement systématique ; compte tenu des circonstances, il faudra encore attendre un peu, et/ou trouver quelque chose d’approchant. Pour la régularité aussi, la Cub espère beaucoup du nouvel opérateur. En revanche, pour la fréquence, il va falloir investir : « on a un problème de capacité du réseau électrique. Il n’y a pas assez de sous-stations », pointe le vice-président de la Cub, qui plaide aussi pour l’achat de six rames supplémentaires. Il veut en outre rallonger les véhicules de la ligne C, plus courts que les autres.
La Cub a intérêt à améliorer le fonctionnement de son tramway, car il va devoir absorber la croissance du réseau. D’ici le début 2014 – la date correspond au début de la DSP suivante –, ce dernier devrait atteindre les 68 km de long, quand aura été achevée la « troisième phase » qui commence à se concrétiser : 15,2 km de prolongements des lignes A, B et C du tram, le lancement de la ligne D (avec 1,8 km programmé pour l’instant jusqu’aux boulevards, même si le sort de cette liaison vers la partie nord-ouest de l’agglomération n’est pas totalement clair) et la construction du « tramway périurbain du Médoc », une branche à voie unique de 7 km vers Blanquefort. En tout, il y en a pour 402 millions d’euros. Soit une nette baisse du prix moyen du prix au kilomètre, qui devrait passer – si l’on exclut cette ligne périurbaine, moins chère – à une vingtaine de millions d’euros, contre une trentaine pour la deuxième phase. « On ne va pas faire du tram au rabais, mais quelque chose de plus sobre », précise le directeur général des services de la Cub Pierre Langrand. Sur cette somme, l’agglo bordelaise espère obtenir 85 millions de l’Etat.
La Communauté urbaine ne pourra cependant pas en rester là. « On est en train d’affiner nos prévisions de trafic, note aujourd’hui Etienne Lhommet à la mission tram. On a transporté 69 millions de personnes en 2005, 92 millions en 2008, l’objectif est de 146 millions en 2013, on devrait atteindre 215 millions en 2020… La question est : comment on fait pour répondre à ça ? » Réponse de Gérard Chausset : « On ne va plus arrêter de faire du TCSP, on est dans l’obligation d’investir ! » Du tram bien sûr, et sans doute aussi du Busway à la nantaise. Avec une conséquence logique, selon le patron de la mission tram : « Pour 2013, on voit déjà que prolonger les lignes va un peu surcharger les tronçons centraux. » Et cette situation ne devrait pas s’arranger. D’où l’idée, qui commence à faire son chemin au bord de la Garonne, de compléter le maillage du réseau, avec cette ligne de rocade et ces extensions rive droite qui figurent en pointillés depuis un certain temps sur les plans à long terme, mais aussi en complétant le dispositif dans le centre de Bordeaux. En construisant un tram sur les cours, par exemple, pour relier directement le quartier de l’hôtel de ville à la gare Saint-Jean ? « On pense qu’il faut sacrément muscler la gare », souligne à ce propos Etienne Lhommet. Effectivement, l’importance de celle-ci a été sous-estimée dans les schémas initiaux : historiquement excentrée, elle n’a droit qu’à une station de la ligne C, la ligne la plus modeste du réseau qui ne va pas directement dans l’hypercentre (ou à peine) et dont les rames sont plus courtes que les autres. Or, le secteur de Saint-Jean est promis à un grand avenir, dans la perspective de l’achèvement du TGV Atlantique et de la construction du quartier des affaires d’Euratlantique, prévu derrière la gare.
Plus généralement, Etienne Lhommet rêve d’un véritable maillage du réseau bordelais, qui profiterait des possibilités présentes et à venir. Pour appuyer ses dires, il montre volontiers ses plans de réseaux de chevet, Zurich et Strasbourg… précisant aussitôt qu’aucune décision n’a encore été prise en ce sens. Tout juste la Communauté urbaine a-t-elle commandé – à Systra – une étude sur les stratégies d’exploitation du réseau à l’horizon 2020. Ce serait une révolution ! Car les trois lignes actuelles ne font que se croiser. Il n’y a par exemple pas eu d’aiguillage installé à Porte de Bourgogne, qui permettrait d’aller directement de la gare à l’hôtel de ville… Les élus, à commencer par Alain Juppé, seront-ils convaincus ? En tous cas, le vice-président de la Cub chargé des Transports de demain, Gérard Chausset, l’est déjà : « Il reste à réfléchir à l’avenir du réseau. ça serait dommage de se priver de toutes les possibilités qu’il offre. Il faut qu’on soit imaginatif ! En tous cas, pour les prochaines extensions, je n’oublierai pas de faire les aiguilles ! »
François ENVER
Le réseau classique turc à électrifier
Ces projets sont moins spectaculaires que la grande vitesse. Il s’agit de moderniser une grande partie du réseau existant, principalement à voie unique, non électrifié et souvent très vétuste. Faute d’investissements notables depuis plus de cinquante ans… D’ici à 2013, près de la moitié du réseau principal est concerné. L’un de ces chantiers, attribué à Ansaldo STS pour 130 millions d’euros en novembre dernier, vient de débuter en janvier. En joint-venture avec l’espagnol Getinsa et le turc Yüksel Proje, Systra supervise les travaux de modernisation engagés pour 39 mois et financés par la Banque mondiale. Le groupement est aussi chargé des essais et de l’assistance à la mise en service du système. Le programme comprend l’installation d’ERTMS de niveau 1, la mise à niveau des télécommunications, ainsi que des modifications de quais dans certaines gares. Deux lignes du sud du pays sont concernées (Bogazköprü – Yenice et Mersin – Toprakkale), totalisant 426 km. Moins spectaculaires donc, « mais complémentaires, souligne Hermann Schneider, directeur commercial chez Systra. Le principal but est d’améliorer le trafic des marchandises dont les volumes sont très faibles et qui perd beaucoup d’argent. » Entre autres projets parmi les investissements majeurs, figurent : la réhabilitation de la ligne Irmak – Zonguldak (2e port de la mer Noire), afin d’augmenter sa capacité de moitié ; la réhabilitation et l’électrification de la ligne Eskisehir – Kütahya – Balikesir, soit 238 km, pour un coût estimé à 130 millions de dollars ; ainsi que de la ligne entre Samsun et Kalin (378 km, 150 millions de dollars). D’autres plans d’améliorations sont encore à l’étude, à l’instar de la modernisation de la ligne entre Zonguldak et Ankara ; l’électrification et le doublement des voies sur Ankara – Kayseri, Kayseri – Devrigili ; Kayseri – Ulukisla ; enfin, sur Konya – Karaman – Ulukisla. Par ailleurs, d’autres projets de création de lignes nouvelles sont envisagés. Par exemple, une relation entre Antalya et Alanya (120 km). Pour les financer, le ministère envisage d’avoir recours aux partenariats public-privé.
Cécile NANGERONIOn n’arrête plus la grande vitesse en Turquie
Jusque-là, la grande vitesse en Turquie, c’était l’Arlésienne. Les gouvernements successifs en rêvaient, l’évoquaient, mais rien ne se passait. Depuis le 13 mars dernier, le rêve est devenu réalité avec l’inauguration d’un premier tronçon de 206 km entre Ankara – ou plus précisément Esenkent – et Eskisehir, sur la ligne qui atteindra bientôt Istanbul.
Un coup d’accélérateur soudain à un projet d’envergure auquel l’Etat envisage de consacrer 20 milliards de dollars, soit près de 15 millions d’euros en dix ans environ. « En 2003, le nouveau gouvernement mené par Erdogan a véritablement décidé de mettre l’accent sur le ferroviaire et s’en est donné les moyens. En fait, c’est devenu une priorité nationale », note un observateur. Il faut dire que le pays souffre d’un réseau incroyablement vétuste, faute d’investissements depuis soixante ans. Résultat : ni les voyageurs ni les marchandises ne se déplacent en train, les premiers préférant la voiture à plus de 95 %.
Deux projets emblématiques de cette nouvelle politique : la grande vitesse avec pas moins de 2 000 km de réseau envisagé et le projet Marmaray (voir p. 33). Avec son tunnel sous le Bosphore, qui sera le plus profond du monde et dont le creusement a été achevé en octobre dernier, Marmaray permettra de relier les parties européenne et asiatique du pays, mais aussi de doter Istanbul d’un RER. Ce projet titanesque est lié à la grande vitesse car il permettra d’offrir un système de transport sans rupture. Il devrait également soulager la circulation dans Istanbul et ses environs.
Le jour de l’inauguration des premiers kilomètres de la LGV dont la construction a démarré en décembre 2003, suivie des tests à partir d’avril 2007, le président des TCDD (la Direction générale de l’administration des chemins de fers turcs, monopole d’Etat), Erol Inan, a précisé que la compagnie des chemins de fer travaillait dur pour compléter la ligne entre Eskisehir et Istanbul. « Quand l’ensemble du projet sera achevé, la Turquie disposera d’un service de train à grande vitesse allant de Sivas à Istanbul, a-t-il précisé au Hurriyet Daily News. Un autre projet consiste à relier Ankara à la province centrale de Konya. Nous lancerons cette ligne l’an prochain. Tous nos projets seront finis dans trois ans. » Ces projets de grande vitesse ont vocation à s’inscrire dans les RTE-T (réseaux transeuropéens de transport, corridors IV et X) et ont d’ailleurs reçu un prêt de 850 millions d’euros de la BEI en mars 2007.
Sur cette première tranche, menée par un consortium turco-espagnol OLH/Alsim Alarko, le chantier avait initialement été estimé à 459 millions d’euros. Il a été réévalué à 628 millions d’euros, compte tenu d’un relèvement de la vitesse programmée des trains de 200 à 250 km/h et d’un maintien des circulations durant les travaux. La deuxième phase d’Ankara – Istanbul, a été attribuée à un consortium turco-chinois (CRCC/Cengiz/Içtas). Récemment, Thales et Alcatel Lucent Teletas ont signé un contrat de fourniture de la signalisation et des télécommunications pour une partie de cette extension (deux sections totalisant 58 km).
Avec l’arrivée du YHT – c’est le sigle équivalent à TGV en turc –, ce pays et ses 73 millions d’habitants vont progressivement assister à une réduction substantielle des temps de trajet entre les villes principales. Ainsi, alors qu’il fallait compter 6 heures 30 avec le Baskent Express ou de 7 à 8 heures avec les autres trains pour se rendre d’Ankara à Istanbul (536 km dont 364 de voie unique), il suffira de 3 heures une fois les 533 km de LGV achevés. D’ores et déjà, il en suffit de 5 heures, puisque le trajet Ankara – Eskisehir ne nécessite plus que 1 heure 20 au lieu de 3 heures. Et ce premier tronçon, stratégiquement choisi, permet aussi de gagner du temps sur un voyage Ankara – Izmir, second corridor ferroviaire du pays pour les voyageurs, qui nécessite environ 1 heure 50.
Sachant que pour couvrir la distance entre les deux principales métropoles – la capitale Ankara compte 4 millions d’habitants, Istanbul, 12,5 millions –, il faut prévoir 5 heures 30 de voiture et 50 minutes de vol, rien d’étonnant à ce que le train ne prenne que 3 % de parts du marché des déplacements. Mais le YHT sera, lui, compétitif, d’où de grandes ambitions : atteindre 20 % vers 2025 sur tout le pays… Et même plus de 70 % pour la ligne majeure entre Ankara et Istanbul.
Trois autres LGV sont prévues et en chantier. D’abord Ankara – Konya (212 km), dont les travaux sont bien avancés. C’est une liaison qui ne comporte qu’une seule autoroute de 258 km. Par le train, elle nécessite un important détour : passer par Eskisehir, puis Afyon, soit… 987 km et environ 10 heures 30. Avec la LGV, il suffira de 1 heure 15. Et pour se rendre à Konya à partir Istanbul, 3 heures 30 au lieu de 12 heures 30. Le projet est mené en deux phases : la première, les 100 premiers kilomètres au départ de Polatli (à 24 km d’Ankara, sur la LGV récemment inaugurée), a été lancée en janvier 2007 et est avancé à 65 % ; la seconde, les 112 km manquants entre Kesim et Konya, a été démarrée en 2006 et le génie civil est fini à 63 %, le contrat des infrastructures ferroviaires ayant été signé en janvier 2008.
Troisième LGV, l’axe est-ouest Ankara – Sivas, dont le chantier a symboliquement débuté le 13 mars dernier, le contrat pour la première section (Yerköy – Yozgat – Sivas) ayant été signé en novembre 2008. L’appel d’offres pour la seconde tranche est en cours. Cette fois, il s’agira de raccourcir le trajet de 12 à 3 heures en 2012. Une importante amélioration, l’actuelle ligne passant au sud par Kayseri comptant 136 km de plus que le projet de LGV. Viendront enfin : une liaison à grande vitesse depuis la capitale vers Izmir (606 km), la 3e ville du pays, qui, comme pour le projet de Konya, partira de Polatli et ira directement à Afyon ; un axe Istanbul – Edirne – Kapikule à la frontière avec la Bulgarie (l’appel d’offres est attendu en fin d’année) et une transversale Bursa – Osmanli pouvant se poursuivre jusqu’à la mer Noire, à Adapazari.
Ces six projets seront éventuellement complétés ultérieurement par deux lignes ligne Ankara – Kayseri (350 km au centre) et Eskisehir – Antalya au sud (430 km). Avec un réseau quadrillant le territoire, le parc de matériel roulant choisi initialement – 12 rames CAF (voir ci-contre) – devra bien sûr être complété. Entre-temps, le pays aura investi quelque 15 milliards d’euros dans cette gigantesque entreprise de modernisation du système ferroviaire. Et passé des dizaines de contrats. Un gâteau qui attise les convoitises de toute la planète.
Cécile NANGERONI
Marmaray, un tunnel sous le Bosphore
C’est l’un des projets les plus importants au monde. Si l’idée date de… 1860, les premières études de faisabilité sont beaucoup plus récentes, puisque c’est en 1987 qu’elles sont faites. La décision de poursuivre par des études détaillées est prise en 1995. Concrètement, il s’agit d’un projet de 76 km, dont 1,4 km de tunnel antisismique sous le Bosphore, à 60 m sous le niveau de la mer. S’y ajoutent 12,2 km de tunnels d’approche et 63 km de lignes ferroviaires en surface à moderniser entre Halkali, sur la partie européenne (19,6 km), et Gebze, en Anatolie (43,4 km). Objectifs : connecter l’Europe et l’Asie selon les standards de l’Union européenne – le projet s’inscrit dans la continuité des constructions de lignes entre Ankara et Istanbul et Kars et Tbilissi – mais aussi proposer à la région d’Istanbul une sorte de RER.
Conçu comme la colonne vertébrale du système de transport de la capitale industrielle du pays, le projet Marmaray offrira en effet une desserte voyageurs grande lignes, mais aussi urbaine et périurbaine. Pour ce faire, trois voies : deux destinées au réseau de banlieue de grande capacité (« Commuter Rail System »), la troisième utilisée par le trafic longue distance, les trains intercités et le fret. Marmaray est donc dimensionné pour une capacité de 75 000 voyageurs par heure et par sens, soit un million par jour, ce qui impliquera de réserver le tunnel au trafic banlieue durant la pointe (entre 6 et 9 h et entre 16 et 19 h). On prévoit un intervalle entre les trains de 2 à 10 min aux heures d’affluence.
Le projet Marmaray a été divisé en trois parties. La première, c’est la réalisation du tunnel, des tunnels d’approche et de trois gares souterraines, confiée en 2004 à un consortium turco-japonais (Taisel, Kumagai, Gama et Nurol). La deuxième, la reconstruction des 63 km de voies (650 millions d’euros) ainsi que la rénovation de quelque 37 gares existantes, est en cours de réalisation par le consortium Alstom (leader), Dogus et Marubeni, sélectionné en 2007. La part du Français représente 120 millions d’euros pour la fourniture de la voie, l’électrification, la signalisation et la coordination de l’ingénierie système. La troisième, la fourniture de matériel roulant périurbain (440 unités). Un contrat attribué en novembre 2008 pour 580 millions d’euros : c’est Hyundai Rotem qui devra livrer les voitures entre 2011 (160) et 2014.
En 1999, un accord de financement avait été signé entre la République de Turquie et la Japanese Bank for International Cooperation (JBIC) sur 35 % des coûts de ce projet pharaonique évalué à 3,2 milliards de dollars. Les travaux ont débuté en mai 2004 et l’achèvement est prévu en 2012. Les prévisions du ministère des Transports turc (DLH) sont ambitieuses, puisqu’il s’agira de faire passer la part du rail dans les déplacements de la région d’Istanbul de 3 % à 27 %…
Cécile NANGERONI
Le premier contrat de grande vitesse pour CAF
Ce sera une première : la première fois qu’une entreprise espagnole produit de A à Z des trains à grande vitesse qui ne sont pas destinés à la péninsule ibérique. Dernier cri et dotés de nombreux éléments de confort, les douze trains CAF, des rames de six voitures pouvant transporter 419 voyageurs, rouleront en Turquie à 250 km/h. Ils sont dotés de la climatisation, d’un système de compensation de l’onde de pression, de la vidéosurveillance et d’un système d’information voyageurs. Côté confort à la place, on trouve, comme dans un avion, un bouton d’appel du personnel de bord, un système d’écoute musical et des écrans vidéo LCD (ces écrans sont même individuels, incrustés dans l’appui-tête, pour les 55 sièges de « business class »). Les deux premiers trains roulent depuis le 13 mars sur la ligne nouvelle Ankara – Eskisehir, tandis qu’un troisième exemplaire poursuit ses tests dynamiques. A la fin de 2010, les neuf autres rames devraient avoir été livrées aux chemins de fer turcs (TCDD).
C’est en juillet 2005 que le constructeur espagnol a été sélectionné par les TCDD, à l’issue d’un appel d’offres auquel avaient participé Bombardier ainsi qu’une alliance des deux japonais Hitachi et Mitsubishi. Il s’agissait de dix rames pour un montant de 180 millions d’euros. En octobre 2007, alors que la première rame sortie d’usine venait d’être réceptionnée en Turquie, le président des TCDD, Süleyman Karaman, en visite en Espagne a souscrit un avenant pour deux rames supplémentaires. Le total du contrat s’élève à 215 millions d’euros, soit quelque 18 millions d’euros la rame. A l’heure actuelle, deux trains ont été livrés et circulent déjà sur la première portion de LGV ; un troisième est en cours de tests, et c’est fin 2010 que les douze rames devraient être arrivées en Turquie.
Côté technique, les trains livrés aux TCDD sont dotés d’« équipements électroniques et de sécurité modernes, précise le constructeur. Comprenant la détection incendie, un détecteur de boîte chaude et un système de surveillance de la transmission. » A noter, la présence de deux moteurs électriques sous caisse par motrice (les quatre voitures centrales), alimentés par un convertisseur à IGBT, ainsi que d’un système de freinage dynamique à récupération. Deux types de pantographe équipent le matériel, adaptés au gabarit turc conventionnel et à celui de la grande vitesse. Les équipements de signalisation sont doubles : ATS, le système turc, et ERTMS sont embarqués, avec un switch automatique de l’un à l’autre. Ceux de communication également, avec la radio sol-train classique et le GSM-R.
En mois de trois ans, CAF a remporté trois contrats en Turquie. En plus de celui de la grande vitesse, mi-2007, en joint-venture avec le constructeur turc Alarco, la ville côtière d’Antalya lui a passé une commande pour son réseau de tramways. Il s’agit de la conception, du développement et de la mise en route (commissioning) de quatorze trams sur une ligne nouvelle de 11 km (11 millions d’euros). A l’été, CAF a également signé un contrat avec Izban (joint venture entre les TCDD et Izmir Metroplitan Municipality) pour la fourniture de trente-trois trains de banlieue destinés aux « navetteurs » de la région d’Izmir, pour un montant de 123 millions d’euros.
En additionnant ces trois contrats, CAF dépasse les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en Turquie. L’unique contrat de grande vitesse à l’export doit en tout cas servir de vitrine pour concurrencer Alstom sur ce secteur. Comme le constructeur espagnol le fait déjà avec ses métros.Cécile NANGERONI
Tramway T1 : plusieurs projets en un
Noisy-le-Sec : faut-il passer par la grand-rue ?
La question est toujours la même. Un passage du tramway tout droit au-delà de son terminus actuel de la gare de Noisy-le-Sec par la rue Jean-Jaurès, la très commerçante et relativement étroite grand-rue de la ville, signerait-il l’arrêt de mort du centre, ou serait-il au contraire une chance de renouveau pour ledit centre ? Trois tracés sont envisagés pour la traversée de la commune, entre la gare et l’entrée de Romainville. Deux d’entre eux empruntent les 800 m de la fameuse rue, le troisième évitant carrément le centre-ville.
– Le premier tracé (dit « tracé Jaurès ») est le plus court et le moins cher. Le plus contesté aussi. Il envisage un passage du tram dans les deux sens dans la Jean-Jaurès, avec deux options envisagées : site propre dans le sens sud-nord et site partagé dans l’autre sens, ou piétonnisation partielle de la rue (avec accès aux riverains, aux livraisons et aux véhicules de service). Il y a selon les ingénieurs chargés du dossier 300 m vraiment difficiles, avec un passage où la voie n’est large que de 14,3 m. Les 2 km de cette variante coûteraient environ 75 millions d’euros.
– Le deuxième tracé (dit « tracé dissocié Jaurès-Michelet ») prévoit le passage du tram par les 800 m de la rue Jean-Jaurès dans le sens nord-sud (en reprenant le couloir de bus existant), et par le boulevard Michelet, parallèle, dans l’autre sens, au prix d’un parcours un peu plus long (1,4 km). Ce schéma est bien connu des habitants, puisqu’il correspond à l’itinéraire actuel du bus 105. Les 2,2 km de ce tracé sont estimés à 80 millions d’euros. Il n’a bizarrement pas été envisagé de faire passer le tramway dans les deux sens par le boulevard Michelet.
– Enfin, le « tracé ouest » évite le centre de Noisy. Plus long (2,4 km) et plus coûteux (environ 115 millions d’euros), il irrigue la zone d’activités du nord-ouest de la ville, et passe à proximité de la future base régionale de plein air et de loisirs de la Corniche des forts. Plus long, mais aussi plus rapide, puisqu’il échappe aux secteurs les plus denses. Si les adversaires de ce tracé lui reprochent, outre son coût, de négliger les principaux équipements de la ville – et de laisser en suspens le problème d’une requalification de la rue Jean-Jaurès jugée nécessaire –, ses partisans voient en lui une chance de requalification de toute la zone traversée, pour ne pas parler de la construction d’un morceau de ville nouvelle qui agrandirait le centre. Sans parler de ceux qui ne jurent que par lui faute de mieux, parce qu’ils ne veulent pas entendre parler d’un tram en ville.Toujours à Noisy : le pôle gare.
Une nouvelle problématique s’est ajoutée au débat, au grand dam sans doute du Stif, qui n’avait pas forcément prévu une telle dépense si tôt : la nécessité de reconstruire la gare de Noisy-le-Sec. Reconstruite après guerre et modernisée à l’arrivée du RER, celle-ci est jugée trop petite, malcommode. Idem pour ses accès. Or, sa fréquentation ne cesse de croître. Et la gare a vocation à devenir un nœud important de l’est francilien, avec, si tous les projets se réalisent, le RER E, les trams T1 et T4, la Tangentielle nord et éventuellement – sait-on jamais – Arc Express. D’où l’idée de reconstruire carrément la gare, avec pourquoi pas des bâtiments surplombant les voies. Il faudrait aussi réaménager le parvis, et en profiter pour raccrocher au reste de la ville le Petit-Noisy, le quartier isolé de l’autre côté du faisceau ferroviaire. La maire de Noisy Alda Pereira-Lemaître en a fait un « préalable » au prolongement du tramway. Reste que ce beau projet devrait coûter assez cher. Pour l’instant, il n’existe que quelques esquisses…Romainville : franchir l’A3.
A Romainville, le tram T1 doit traverser la ville sur une longueur de 1,4 km. Pour cette commune qui attend depuis plus de soixante-dix ans son métro vers Paris, l’idée est de faciliter les communications vers le reste du département – notamment la gare de Noisy-le-Sec et a préfecture à Bobigny –, et d’ouvrir un accès commode vers le nœud d’échanges de Val-de-Fontenay. Dans le centre-ville, le tram doit jouer le rôle assez classique de catalyseur de la rénovation urbaine, avec notamment la constitution d’un pôle d’échanges à la place Carnot – en attendant le métro… Mais c’est au sud du territoire communal que la mairie attend le plus du prolongement du T1. Il s’agit de créer une liaison directe vers le quartier situé de l’autre côté de l’autoroute A3, et de remodeler ce quartier autour d’une nouvelle « avenue paysagère » construite sur les restes de l’autoroute A186, qui, elle, serait détruite.Montreuil : oublier l’A186.
Dans la continuité de ce qui précède, le tramway T1 doit à Montreuil faire oublier la saignée de l’autoroute A186. Par sa destruction là où elle a été construite, tout d’abord, et par le réaménagement à sa place – et aussi dans son prolongement, là où l’autoroute n’a jamais été construite mais où les emprises avaient été réservées – d’un boulevard urbain autour duquel doit être reconstruit un nouveau morceau de ville. Il va falloir détruire des viaducs, supprimer des échangeurs, combler des tranchées… La discussion reste ouverte quant aux détails de l’aménagement de cette trouée dans le tissu urbain qui peut parfois atteindre 100 m de large, la nouvelle municipalité de Montreuil voulant une avenue moins large avec une circulation plus apaisée. Il y a selon la maire Dominique Voynet environ 150 ha de foncier disponible, ce qui est appréciable si près de Paris. Dans ce cadre, il reste à élaborer un plan d’ensemble pour le secteur des Murs à Pêches, où la RATP voulait installer un atelier-dépôt d’une surface de 2,3 ha – ce que refuse la nouvelle équipe municipale. Pour la fin du parcours à Montreuil, en forte pente (7 %), l’équipe de Mme Voynet ne veut pas entendre parler d’ouvrages d’art (trémies, talus ou viaduc) destinés à adoucir la déclivité, qui mettraient à mal ce tissu urbain que l’on cherche justement à réparer. Cette exigence disqualifie le matériel roulant actuellement en service sur la ligne T1.Fontenay-sous-Bois : pacifier la N186.
En fin de parcours, le tramway franchirait l’autoroute A86 sur un nouvel ouvrage – ou sur une bretelle existante, ce qui inquiète les riverains –, avant d’emprunter l’ex-RN186 qu’il doit assez classiquement aider à requalifier en un axe moins routier. Le secteur, actuellement occupé par des locaux d’activités, est appelé à se développer avec une vocation majoritairement tertiaire.
François ENVER
Tramway T1 : des territoires morcelés
Le territoire de Noisy-le-Sec, ville comptant environ 38 000 habitants, est très marqué, et morcelé, par les infrastructures de transport. Au nord, la voie ferrée Paris-Est coupe la commune en deux. Si la gare de triage n’est plus, les emprises ferroviaires sont encore très importantes, séparant le quartier du Petit Noisy du centre-ville. Les autoroutes A3 et A86 ceinturent l’ensemble, laissant aussi leur lot de rues isolées. Le centre, reconstruit après d’importants bombardements en 1944, est relativement compact, s’organisant autour de sa rue Jean-Jaurès, maintenant rendue célèbre par le projet de prolongement du tramway. Il est assez commerçant, mais plutôt fragile. Les deux zones urbaines sensibles de Noisy, qui regroupent le cinquième des habitants de la commune, ne sont pas directement concernées par le projet du tram. Sur le plan politique, une élection partielle en 2003 avait mis fin à plus de quarante ans de gestion communiste à la mairie, avec la victoire de l’UDF Nicole Rivoire. On avait à l’époque beaucoup parlé d’insécurité et… d’opposition au passage du tramway. Ce dernier thème a largement alimenté le débat ces dernières années, y compris lors de la campagne des dernières municipales, qui a vu la victoire de la socialiste Alda Pereira-Lemaître. L’ancienne ministre PS Elisabeth Guigou, députée de la circonscription, est maintenant adjointe au maire de Noisy, chargée de l’intercommunalité. Il est à noter que pendant que la ville changeait de mains, le canton – qui correspond à la commune – est resté communiste.
Romainville (25 000 habitants environ) est une des rares villes de la proche banlieue parisienne à n’être pas desservie par un mode lourd. Le prolongement de la ligne 11 du métro parisien a bien été déclaré d’utilité publique en 1939, mais les Romainvillois doivent toujours prendre le bus pour aller récupérer le métro aux Lilas. La commune est comme ses voisines assez disparate. Sur le plateau, un vieux bourg est entouré de cités HLM, le tout étant bordé par la fort peu discrète autoroute A3 qui, avec son antenne l’A186, fait pencher une partie de la ville vers Montreuil. Romainville comprend aussi une ville basse industrielle, les Bas-Pays, elle aussi assez isolée (l’aménagement prévu sur les pentes des espaces verts de la base régionale de plein air et de loisirs de la Corniche des forts ne devrait d’ailleurs pas forcément améliorer cette coupure). La commune plaide d’ailleurs pour la construction d’un funiculaire. La vie politique a été très mouvementée à Romainville ces dernières années. Contestée par ses anciens camarades de parti, l’ex-communiste Corinne Valls (aujourd’hui divers gauche) s’est toutefois imposée à quatre reprises en sept ans, aux municipales de 2001, 2007 et 2008, ainsi qu’aux cantonales de 2004.
Troisième ville d’Ile-de-France par sa population, Montreuil (souvent appelée Montreuil-sous-Bois) compte aujourd’hui un peu plus de 100 000 habitants. Assez vaste, la commune est marquée par l’opposition entre le Bas Montreuil (proche de Paris, avec notamment la mairie) et un plateau coupé en deux par les emprises de l’A186. C’est sur ces emprises parcourues par le tramway que devrait être construit un vrai morceau de ville nouvelle.
Montreuil fut longtemps réputée pour ses pêches, activité florissante dans les vergers du plateau jusqu’à la fin du XIXe siècle, quand la concurrence des fruits du midi apportés par le chemin de fer lui a porté un coup fatal. Les pêchers étaient cultivés sur des espaliers adossés à des murs, dits « murs à pêches ». Le devenir de ces murs, ou du moins de ce qu’il en reste, a agité la scène politique locale ces dernières années. La protection de 50 ha du secteur adoptée dans les années 1950 – ce qui n’empêchait pas alors d’y prévoir la construction d’une autoroute ! – a été abandonnée lors de la révision du schéma directeur de 1994 au profit d’une zone urbanisable à 80 %. La commune et le conseil général ont alors déclassé 37 ha restants en « réserve foncière » pour implanter des activités, mais 8,5 ha ont finalement été classés définitivement en 2003. C’est dans ce contexte que la RATP a envisagé aux Murs à Pêches la construction d’un atelier-dépôt commun au tram T1 et à la ligne 9 du métro prolongée jusque là. La nouvelle municipalité de Montreuil a fait une priorité de la sauvegarde de la zone, actuellement en piètre état – les murs sont en partie ruinés, les jardins restants sont souvent occupés par des ferrailleurs ou des gens du voyage –, ce qui pourrait remettre ces projets en question. Longtemps bastion communiste, Montreuil a été prise en mars dernier par l’ancienne ministre Verts (et sénatrice de Seine-Saint-Denis) Dominique Voynet, qui a mis un terme au long règne de Jean-Pierre Brard (ex-PC, par ailleurs toujours député). Beaucoup ont vu dans cette élection la conséquence de la « boboïsation » d’une ville jusque-là très populaire.Des deux autres communes concernées par le projet, Rosny-sous-Bois (41 000 habitants) ne l’est qu’à la marge. Fontenay-sous-Bois (51 000 habitants), où aboutit le projet de prolongement du T1, est une vaste commune composite, bourgeoise près du bois de Vincennes, populaire ailleurs. Point de croisement de deux lignes de RER, Val-de-Fontenay, où doit arriver le tram, est une sorte de ville nouvelle dans la ville, à la vocation tertiaire assez marquée. Excentré dans la commune, ce quartier est implanté sur un ancien espace agricole qui fut célèbre pour sa pomme de terre, la belle de Fontenay.
François ENVER
Le T1 de Noisy est-il un luxe ou une necessité ?
« On dirait une liste au Père Noël ! » Il était un peu désabusé, cet ingénieur francilien, au sortir d’une réunion publique à Noisy-le-Sec, fin décembre… On croyait le projet de prolongement du tramway T1 enfin débloqué depuis la défaite de ses plus farouches opposants aux dernières municipales. Et voilà que la nouvelle équipe, pourtant plus favorable au tram, se met à multiplier les exigences, suivie par les autres municipalités concernées… Du coup, le coût annoncé pour ces 8 petits kilomètres devant conduire de la gare de Noisy à Val-de-Fontenay vers 2015 commence à donner un peu le vertige. On devrait largement dépasser le demi-milliard d’euros ! Le chiffre donne à réfléchir, d’autant que la fréquentation attendue n’est pas énorme. Sans parler du spectre d’Arc Express, ce métro en rocade qui pourrait dans quelques années être construit sur une bonne partie du tracé envisagé… Le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) avait mis les petits plats dans les grands pour la nouvelle phase de concertation, qui s’achevait le 30 décembre. Une procédure de luxe, menée sous l’égide d’un garant impartial, comprenant de nombreuses réunions publiques, et, à Noisy-le-Sec, des visites guidées des parcours possibles et des ateliers urbains. Il faut dire que le terrain était miné. Car le projet de prolongement du tram pourrit la vie de ce petit bout de banlieue depuis maintenant quelques années. Morceau du Grand Tram que l’on voyait à l’époque faire assez rapidement le tour de Paris, il avait été inscrit au contrat de plan en 2000. Les élus franciliens prévoyaient alors son achèvement en 2006 ! Mais l’équipe municipale de droite élue à Noisy-le-Sec lors d’une élection partielle en 2003 a complètement bloqué le projet. Au grand dam de Romainville et Montreuil, les communes situées derrière, qui, elles, en attendaient beaucoup. Du coup, les sommes prévues – d’ailleurs insuffisantes – sont parties ailleurs, et le Stif s’est attaqué au prolongement de la ligne T1 de l’autre côté, entre Saint-Denis et Asnières-Gennevilliers. On a ici et là décrit Noisy-le-Sec comme un « village gaulois » résistant seul contre l’invasion du tramway. Pourquoi une telle opposition ? La première cause semble être le tramway lui-même, qui dessert déjà la ville depuis décembre 2003. Sa construction a en effet laissé des traces dans l’avenue Gallieni, la principale artère du quartier du Petit-Noisy, au nord de la commune. Celle-ci a dû être élargie, les travaux ont traîné, les commerçants ont souffert… Aujourd’hui encore, il y reste de nombreuses « dents creuses » qui témoignent de ce traumatisme. En outre, l’aménagement du tramway lui-même – jugé bruyant par les riverains – est contesté : le site propre axial séparé des chaussées par des bordures plantées crée une véritable coupure. Inquiets des projets de prolongement du tram au-delà de la gare de Noisy, les commerçants du centre-ville, à la situation déjà précaire, n’ont donc qu’à regarder de l’autre côté du pont de chemin de fer, pour voir leurs craintes s’aggraver. Pour couronner le tout, une première cession de concertation, en 2001, a été organisée en pleine campagne électorale. On y a évidemment beaucoup parlé du tram, contre qui la droite locale est partie en bataille. Si la gauche l’a alors emporté, elle a été battue quelques mois plus tard après une annulation du scrutin. La nouvelle maire de Noisy, Nicole Rivoire (UDF à l’époque, aujourd’hui Modem), est devenue la championne du non au projet, se refusant à « sacrifier l’âme de [la] ville sur l’autel du tramway ». Les oppositions se sont focalisées sur les 800 mètres de la rue Jean-Jaurès, l’axe commerçant de Noisy-le-Sec qui commence à la gare, juste au terminus actuel du tram T1. C’est une rue sans attrait particulier, pas désagréable non plus, grâce surtout à son animation. Une rue assez étroite par endroits, ce qui ne l’empêche pas d’accueillir un couloir de bus, une file pour les voitures, bon nombre de places de stationnement et des trottoirs assez larges. Peut-on y faire passer un tramway ? Sans doute. Mais il faut alors faire des choix ! Le premier projet de 2001 prévoyait de ne faire passer le tram que dans le sens montant (nord-sud) par cette rue Jean-Jaurès alors fraîchement refaite. Dans l’autre sens, on aurait fait un petit détour de 600 m par le boulevard Michelet, parallèle. Les Noiséens connaissent bien ce schéma qui correspond à la répartition actuelle des flux de circulation (le bus 105 passe d’ailleurs par là). L’équipe de Mme Rivoire ayant après son installation mis son veto au projet, le Stif s’est remis à l’ouvrage, pour proposer deux autres solutions, présentées lors d’une nouvelle consultation en 2005 : un passage dans les deux sens par la rue Jean-Jaurès en site banalisé – une hypothèse immédiatement rejetée par la municipalité – et un tracé alternatif plus long et plus cher, contournant le centre par l’ouest en desservant des zones d’emplois et d’anciens espaces ferroviaires à aménager. Cette dernière solution aurait-elle pu être un pis-aller ? On parlait alors encore d’une mise en service possible vers 2012… Cette deuxième phase de consultation s’est très mal passée, le projet ayant été immédiatement massacré par les élus et les représentants d’associations anti-tram. Et la mairie de conclure à l’époque : « Le tramway n’est décidément pas le bienvenu à Noisy-le-Sec. » Et puis… les choses ont changé. Une majorité de gauche plurielle dirigée par la socialiste Alda Pereira-Lemaître a emporté les dernières municipales, ce qui a permis la reprise du dialogue avec la Région et le Stif. Mais si elle est a priori favorable au prolongement du tramway à travers Noisy, cette nouvelle majorité n’en est pas moins divisée. Par où passer ? Le Stif propose maintenant trois solutions, inspirées des scénarios précédents : un passage direct par la rue Jean-Jaurès – avec ou sans piétonnisation partielle –, un passage dissocié associant rue Jean-Jaurès dans un sens et boulevard Michelet dans l’autre, et enfin une variante du passage à l’ouest. De l’une à l’autre, il y a quelques centaines de mètres de voies et 40 millions d’euros de différence. Et surtout des visions de la ville assez divergentes. De l’avis général, les esprits se sont beaucoup calmés à Noisy-le-Sec, depuis quelques mois. Bien sûr, ce sont les opposants au tram qu’on a le plus entendus lors de la concertation qui vient de s’achever (pêle-mêle, ils en critiquent les vibrations, les nuisances sonores, les lignes aériennes et le coût, ils s’inquiètent pour l’accès aux commerces et les problèmes de stationnement, ou ils regrettent l’absence de pistes cyclables, quand ils ne craignent pas carrément l’arrivée de voyous depuis les cités des villes voisines…). Mais ils ont plutôt fait moins de bruit que prévu. Résignés ? On a même entendu des partisans du projet ! Reste que ces semaines d’explications et de discussions ont laissé un certain goût d’inachevé. Car la nouvelle municipalité n’a pas tranché : « Très solennellement, je ne me prononcerai pas », a déclaré à la clôture des débats – à la stupeur de nombreux auditeurs – la maire Alda Pereira-Lemaître. Et d’ajouter aussitôt – sans préciser comment – que « le tracé qui sera retenu suite à cette concertation sera le choix des Noiséens ». Certains observateurs ont cru comprendre au travers des discours que l’on s’orienterait quand même vers le choix du passage par l’ouest, au nom de la conquête de nouveaux espaces urbains qui agrandiraient le centre… ce qui permettrait aussi d’éviter d’avoir ledit centre en travaux lors des prochaines municipales. Du côté du Stif et de la région Ile-de-France, l’élu en pointe sur ce dossier, le vice-président des deux institutions Serge Méry, ne cache pas sa préférence pour le tracé le plus direct : « Je suis globalement plutôt contre le tracé passant à l’ouest, nous dit-il. Car un tramway, c’est un outil d’urbanisme, et si on le fait passer à l’écart du monde, ça ne sert à rien ! »
« On va essayer de ne pas prendre la solution la plus coûteuse », ajoute M. Méry. Mais ce n’est pas gagné… Car si elle n’a pas été très diserte sur le choix du tracé, Mme Pereira-Lemaître s’est dite « déterminée à [se] battre pour qu’on ait un projet de qualité ». Ce qui risque de faire monter un peu plus la facture. Elle a notamment pointé deux exigences : la prise en compte du réaménagement de sa gare, jugée obsolète et trop petite, et le remplacement des rames actuelles par un matériel roulant plus moderne. La maire de Noisy a été suivie sur ce point par ses collègues de Romainville et Montreuil, Corinne Valls et Dominique Voynet. Dans ce dernier cas, ce désir de qualité est d’ailleurs aidé par la topographie des lieux, les « vieux rossignols » de la ligne T1 étant incapables de grimper la pente envisagée à la fin du parcours… Les trois élues ont été entendues : avant même la fin de la concertation, Serge Méry a déjà promis des trams neufs. Et voilà la note qui augmente… des 140 millions d’euros imprudemment inscrits au contrat de plan en 2000, on est passé à environ 400 millions. Auxquels il faut ajouter le prix du matériel roulant : 45 millions pour l’achat des quinze rames supplémentaires exigées par le prolongement, et une centaine de millions de plus si l’on remplace avant terme les 35 véhicules actuels. Le tout pourrait donc atteindre allègrement les 550 millions d’euros, et peut-être davantage si l’on envisage d’alimenter les tramways par le sol dans la traversée de Noisy (une solution voulue par certains riverains, qui pourraient être aidés par d’éventuelles exigences des pompiers compte tenu de l’étroitesse de la voirie). Le jeu en vaut-il la chandelle, vu que le Stif n’attend que 40 000 passagers par jour sur le nouveau tronçon ? « C’est cher, mais c’est la poursuite d’une ligne de rocade, qui va de plus permettre de retravailler la ville, relève Serge Méry. Et on aura largement plus de 40 000 passagers ! » C’est en fait en dépassant le microcosme de Noisy que l’on saisit mieux l’importance du projet. Derrière, Romainville et Montreuil attendent le tramway depuis des années. Il doit y être un outil de désenclavement, et aussi – surtout ? – un moyen de réparer les erreurs du passé : il s’agit de détruire une autoroute inutile qui, même si elle n’a jamais été achevée, a durablement affecté les environs, et de reconstruire un vrai morceau de ville. Le tram doit donc être le catalyseur de la renaissance de ce bout de banlieue ravagée, un bout de banlieue d’autant plus intéressant qu’il est riche en foncier disponible. Et la destruction de l’autoroute est comprise dans le prix. Reste un petit problème, qui a pesé sur les débats. N’était-il pas prématuré de se lancer dans une nouvelle concertation alors qu’on ne sait pas tout du futur des transports publics dans la région ? En effet, tout le secteur concerné par le projet de prolongement du T1 est compris dans la zone d’étude d’Arc Express, la ligne de métro en rocade appelée à faire un jour le tour de Paris. Ces villes qui acceptent aujourd’hui le tramway seront-elles à l’avenir privée de métro ? Pas forcément, répondent en chœur Stif et Région. Car les deux projets sont plus complémentaires que concurrents, dans une optique de maillage du territoire. Et, note Serge Méry, « Arc Express est un projet à beaucoup plus long terme, surtout à cet endroit ». Reste que le tramway lui-même n’est pas pour demain. « Aujourd’hui, nous n’en sommes pas à décider définitivement du programme des travaux, précise Jean-François Hélas directeur de la direction des projets d’Investissements du Stif. Si toutes les bonnes fées sont avec nous, on est à dix-huit mois de la décision de lancer le projet. » Il faudra de toute façon le financer. Pour l’instant, le dernier contrat de projets Etat-Région ne prévoit que des crédits d’étude, avec une clause de revoyure en 2010 (après l’enquête publique, envisagée dans un an). Serge Méry compte inclure le prolongement du T1 dans le « plan de mobilisation pour les transports » doté de 17,8 milliards d’euros que la Région négocie avec l’Etat.
François ENVER
Aix – Marseille : dix nouveautés sur la ligne
1/ Deux fois plus de trains
Au total, 97 trains au lieu de 47 avant la fermeture pour deux ans de la ligne. Soit plus du double. Et en fonction du cadencement mis en place dans la région, une amplitude journalière accrue des circulations, qui s’étendra de 5h05, premier départ de Marseille, à 23h11, dernier train au départ d’Aix. Le cadencement amène aussi, naturellement, une meilleure lisibilité de l’offre, une clarification des missions. Avec des horaires réguliers, faciles à mémoriser. Au départ de Marseille-Saint-Charles : H + 5, H + 36, H + 44. Depuis Aix-en-Provence : H + 11, H + 31, H + 51. Avec, aussi, une claire distinction entre les missions des trains, Intercités, semi-directs, omnibus (sept arrêts intermédiaires). L’offre sera plus dense en heure de pointe, soit de 6h à 9h et de 16h à 19h, dans le sens des flux principaux : trois TER par heure et par sens entre Marseille et Aix-en-Provence ; deux omnibus, avec sept arrêts intermédiaires ; un semi-direct avec un seul arrêt à Gardanne ; et également une navette urbaine entre Saint-Charles et Saint-Antoine. Parallèlement, l’offre sera plus « soutenue » en heures creuses avec, en principe, deux omnibus aller-retour par heure.
2/ 26 km en double voie.Débutés en décembre 2006, les travaux ont avant tout consisté à doubler la voie de manière discontinue sur l’équivalent du tiers du parcours, soit plus de 12 km. Parmi les changements notables aussi, la modernisation de la signalisation, l’installation d’une commande centralisée, la suppression de cinq passages à niveau. Sans oublier, c’est essentiel, l’aménagement de voies et d’installations techniques en gare Marseille-Saint-Charles.
3/ De nouvelles haltes
A l’occasion de la rénovation de la ligne, trois nouvelles haltes voient le jour. A Saint-Antoine, Saint-Joseph-Le Castellas et Picon-Busserine. Elles illustrent une forte volonté de desservir les quartiers au nord de la ville de Marseille. Ce sont donc des gares de quartier, où l’on se rend à pied, sans parking. Toutefois, ces quartiers desservis sont bien différents les uns des autres : noyau villageois à Saint-Antoine, grands immeubles à Saint-Joseph et Picon. Et village dans la quatrième gare, en zone urbaine, celle de Sainte-Marthe-en-Provence. Un bémol : pour les deux premières haltes nouvelles, certaines installations ne sont pas opérationnelles dès la mise en service de la ligne. Elles ne sont que « partiellement utilisables », avec notamment des passerelles inachevées ou non encore équipées d’ascenseurs.
4/ Des gares rénovéesLes gares déjà existantes, elles, sont sérieusement rénovées. Cela concerne les bâtiments voyageurs et les équipements mis à disposition des clients : information, distribution… Les quais, en hauteur et en longueur, et leurs accès sont mis aux normes nouvelles pour les passerelles, les ascenseurs. La rénovation comprend aussi, « dans la mesure du possible », la prise en compte de l’intermodalité avec les véhicules particuliers, donc des parkings repensés, mais avec également les réseaux de transport urbains, comme à Gardanne, Aix, Simiane, ou les réseaux interurbains, à Gardanne et Aix.
5/ Un parc moderne et homogèneDu matériel récent de type BGC (B 81600) et AGC (X 76500) de Bombardier circulera sur l’axe. Ainsi, la capacité offerte – avec quatre caisses et 220 places – par ces matériels sera proche, chaque jour, de 30 000 places. C’est la première fois qu’une telle ligne va bénéficier de matériels homogènes aussi modernes. Ils seront entretenus à Blancarde. Circulant sur Aix – Gap ou Briançon, les trains Intercités, avec 150 places assises, compléteront la desserte entre Marseille – Gardanne et Aix. A terme, ils seront assurés par des autorails TER de type X 72500.
6/ Une commande centralisée pour gérer les circulationsCette gestion s’effectue à partir d’une commande centralisée basée au PRCI de Marseille. Une gestion spécifique pour une ligne avec des parties de voies banalisées, le block automatique lumineux de Marseille à Gardanne, une voie unique équipée de BAPR (block automatique à permissivité restreinte) à compteur d’essieux entre Gardanne et Aix. Il a également fallu redéfinir, en fonction des nouveaux équipements – infrastructure, gares, matériels… – et de nouveaux processus, tous les mouvements en gare : arrêts, manœuvres, départs… Du fait de la mise en place de la commande centralisée, il n’y aura plus d’agent circulation dans chaque gare. En revanche, avec le doublement du nombre de trains, il y aura davantage de conducteurs sur la ligne.
7/ Un contrôleur dans chaque rameModerne, le matériel Bombardier permet techniquement au conducteur d’assurer toutes les missions de sécurité, y compris d’effectuer seul le départ des trains. Ceci grâce à l’assistance au départ, avec visualisation des quais, de la fermeture des portes, la gestion du système d’information embarquée… La question s’est donc posée de laisser, ou pas, un contrôleur dans chaque train. Voire de privilégier, en prenant en compte certaines zones sensibles, le contrôle aléatoire par des brigades de contrôleurs. En fait, suivant les vœux, tant des syndicats de cheminots que de la région, il y aura bien un contrôleur dans chaque rame. En tout cas au début. Cela permettra de voir, sur le terrain, les difficultés éventuelles sur cette ligne, voire « d’apprendre » au voyageur à payer, à utiliser et à respecter le train. Cela permettra aussi de ne pas laisser le conducteur seul. Cet accompagnement « classique » sera ensuite évalué, avec un processus « partagé » d’observation, d’expérimentation, voire d’évolution. « On ne sait pas comment vont se comporter les gens. On va voir les difficultés avec tous les métiers concernés, des conducteurs et contrôleurs aux vendeurs. C’est d’autant plus utile que le processus de surveillance n’est pas stabilisé », note Jean-Luc Rouan qui affirme : « On s’est engagé à mettre tous les moyens qu’il fallait pour l’ouverture. Sans rechercher la productivité absolue. »
8/ Des distributeurs de billets partoutDans les haltes, pas de point de vente avec du personnel. Mais il y aura des DAB – distributeurs automatiques de billets – à tous les points d’accès au réseau. Certains seront sans monnayeurs, en particulier dans la banlieue proche de Marseille, afin d’éviter les actes de vandalisme. Ils seront uniquement utilisables avec des cartes de crédit à Picon, Saint-Joseph, Saint-Antoine. Pour compléter, la distribution peut également être assurée dans des commerces de proximité proches de ces gares. Quant aux points de vente avec du personnel SNCF, dans les gares déjà existantes, ils sont entièrement rénovés et délivrent billets TER et Voyageurs France Europe. Reste toutefois à terminer l’espace vente d’Aix-en-Provence, encore en construction, qui devrait être livré au printemps prochain. Le nombre et l’amplitude d’ouverture de ces points de vente seront sensiblement équivalents à la situation précédente.
9/ Cati dit toutUne information en temps réel sur le trafic ferroviaire est disponible dans chaque point d’arrêt. C’est le système « Cati TER », reposant sur un réseau de dispositifs visuels et sonores. Avec des panneaux à diodes électroluminescentes et des haut-parleurs installés dans les haltes et les gares. Cet ensemble est relié à la régie d’information TER, qui supervise le fonctionnement et intervient en cas de situation perturbée. En complément, des bornes d’appel sur chaque quai doivent donner la garantie au voyageur d’avoir, au bout du fil, un agent disposant des éléments nécessaires pour lui répondre. La SNCF souhaite avoir la possibilité, par caméra, de visualiser ce qui se passe autour de la borne. Et travaille à compléter ce dispositif par un système vidéo, gage d’efficacité et de réactivité pour optimiser l’exploitation de la ligne. Il y en aurait une centaine. Les images collectées seraient relayées vers un centre de sûreté SNCF, spécialisé dans le traitement des alertes, et vers un centre de stockage. Le visionnage en temps réel pourrait être réalisé dans une régie opérationnelle. Reste à s’accorder là-dessus avec le conseil régional, pas forcément enthousiasmé par la vidéosurveillance, qui peut apparaître comme un « flicage » des voyageurs. Et puis, cela coûte cher. Soit 1,6 million en investissement et, surtout, 700 000 euros par an pour le « transport » des images. Ces investissements ne sont donc pas encore financés.
10/ Du personnel pour assurer et rassurerEn fonction du contexte de la ligne, une « approche sociétale » a été privilégiée. Dans les gares, la présence de personnel aux guichets sera complétée par l’intervention de vigiles en périodes sensibles ainsi que celle, ponctuelle et aléatoire, d’agents de la Suge. Pour humaniser les haltes, un travail avec des associations spécialisées a conduit à engager une quinzaine de personnes « locales » pour des missions d’accueil, de médiation, d’information et de services. Ces agents de liaison devraient rester dix-huit mois. Parallèlement, huit personnes sont chargées de la médiation dans les gares et à bord des trains.
Pascal GRASSART