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Archives : Dossiers
Les chantiers de l’avenir du Rhône-Alpes
Deux grands changements sont attendus à la fin de l’année. A partir du 14 décembre, la liaison Lyon – Bourg-en-Bresse sera cadencée avec 23 trains supplémentaires. Soit une augmentation de l’offre de 50 % sur cette ligne. Cette amélioration est permise grâce aux travaux de mise à double voie de la ligne, qui doivent être achevés à ce moment-là.
Sur la vallée du Rhône, le cadencement devient aussi réalité entre Lyon et Valence avec quatre trains supplémentaires et entre Valence et Avignon, où les circulations ont été réorganisées et un aller-retour de plus est proposé. La région accompagne ainsi sa voisine, Paca, qui se lance à son tour dans le cadencement à partir du service d’hiver.
Enfin, sur le reste du réseau, des adaptations vont être menées, ligne par ligne, avec la création de dessertes locales pour répondre à des demandes de comités de ligne. Au total, la création de trains nouveaux représente un surcoût de 3,5 millions d’euros en 2009 pour la région. Soit la création de 400 000 trains/km.
Dans un an, fin 2009, de nouveaux progrès sont attendus, liés à la mise en double voie de la liaison entre Saint-Marcellin et Grenoble sur le sillon alpin et à la mise en service du saut-de-mouton de Moirans. Dans cette perspective, la SNCF réfléchit à un renforcement du service entre Saint-Marcellin et Grenoble et à une nouvelle offre sur l’ouest lyonnais.
« A l’ouverture de la ligne du TGV Haut-Bugey, la remise en circulation d’une desserte ferroviaire entre Bourg et Oyonnax est prévue. Enfin, l’ouverture de la halte Jean-Macé, dans le centre de Lyon, permettra l’arrêt de trains périurbains Villefranche – Vienne, des trains périurbains Lyon – Saint-André-le-Gaz et des trains de maillage régional Lyon-Perrache – Valence, favorisant ainsi la diffusion des usagers du TER dans les quartiers de la rive gauche du Rhône, et au-delà, via la connexion avec la ligne B du métro, la ligne T2 du tramway et plusieurs lignes de bus », précise la région, qui estime qu’en 2010, l’offre TER aura progressé au total de 15 % par rapport à 2007.
Enfin, à plus long terme, RFF planche sur une nouvelle organisation de l’exploitation. Et le gestionnaire des infrastructures ferroviaires d’expliquer : « Tout ce qui relève de la circulation de transit n’aura plus rien à faire sur les parties congestionnées du réseau. D’où nos projets de contournements ferroviaires et nos réflexions sur le regroupement des fonctions d’exploitations. C’est dans ce sens que nous avons posé la première pierre, fin novembre, du futur site de commande centralisée du réseau dans le secteur de Gerland, à proximité de la future halte ferroviaire Jean-Macé, entre les deux gares de Lyon-Part-Dieu et Lyon-Perrache. »
Marie-Hélène POINGT
La grande vitesse américaine à petites foulées
Trois immenses bannières étoilées flottent au vent. Debout, à leur pied, un trompettiste ponctue de fausses notes le répertoire de Louis Armstrong, sous l’œil indifférent des “commuters” qui se rendent au bureau, la cravate bien nouée et le gobelet de café à la main. Vous êtes devant Union Station, la gare historique de Washington. Le pôle sud de la seule et unique ligne à grande vitesse du continent. Le train s’appelle Acela (pour « acceleration » et « excellence »). Exploité par l’opérateur public Amtrak, sa vitesse de pointe culmine à 150 miles par heure (240 km/h). On est loin des standards européens, mais, aux Etats-Unis, on parle de « grande vitesse » dès que la barre des 110 miles par heure (180 km/h) est franchie.
Par une belle matinée d’automne, nous avons pris place à bord de ce TGV à la sauce yankee pour plus de 3 heures de voyage entre Washington et New York. La ligne, longue de 362 km, est l’une des seules des Etats-Unis qui soit entièrement détenue par Amtrak. Autrement dit, l’une des seules du pays où les trains de voyageurs n’ont pas besoin d’attendre que les puissantes compagnies de fret veuillent bien leur accorder un créneau.
En remontant à contre-courant le flot des travailleurs, on pénètre dans le hall de la gare. Sous une voûte monumentale, s’étire un parterre de marbre à la propreté étincelante. Pas un papier qui traîne. Tout n’est que dorures, statues ou colonnes ; même la signalétique brille en lettres d’or. « Union Station, la gare où l’on aimerait que les trains arrivent en retard », vante un panneau publicitaire. Une succession de boutiques haut de gamme dispute les clients aux innombrables enseignes de restauration. Maroquinerie, parfums, chocolats… Les guichets paraissent presque noyés dans cette immense galerie commerciale.
Tout dans Union Station rappelle l’univers aérien. Douze portes d’embarquement barrent l’accès aux quais. Devant elles, des rangées de sièges sont alignées comme dans une salle d’attente d’aéroport. Des écrans de télévision déclinent en boucle les consignes de sécurité. Un peu plus loin, des hommes d’affaires se font reluire les chaussures, confortablement installés dans des fauteuils en cuir. Des chariots sont disponibles à la location. Il y a même un tapis roulant pour récupérer les bagages.
La scénographie ne doit rien au hasard. Tout au long de la côte Est, l’Acela se positionne comme un concurrent du mode aérien, laissant aux bus et à la route le transport des voyageurs à bas prix. Entre New York et Washington, le prix du billet peut être deux à quatre fois plus cher qu’un ticket de bus, en fonction du remplissage de la rame… pour un temps de parcours inférieur de 1 heure 30. Et ça marche ! La fréquentation, en forte hausse, commence à poser des problèmes aux heures de pointe. Quand bien même il afficherait des tarifs moins élevés, l’opérateur ferroviaire n’aurait pas les capacités de faire face à la demande.
« La route n’a jamais été la cible », explique Clifford Black, un porte-parole de l’entreprise publique. « Nous nous adressons surtout à une clientèle d’affaires, habituée à prendre l’avion. Sur ce segment, notre part de marché par rapport au transport aérien se situe entre 50 et 60 %. » Une performance, au regard des débuts chaotiques de la ligne (voir encadré). Après trois interruptions de service au cours des cinq premières années d’exploitation, l’Acela a su regagner la confiance des clients, pas à pas. Depuis deux ans, le train n’a connu aucun incident technique majeur. Une première depuis son inauguration, en décembre 2000.
Le train de 9h25 vient d’être annoncé au micro. Une queue se forme devant les portes d’embarquement, où des cheminots d’Amtrak vérifient la validité des billets. Une fois sur le quai, grosse déception. L’Acela n’a pas vraiment l’allure d’un train à grande vitesse, plutôt d’une longue boîte de conserve en aluminium. Compressées dans un mince liseré bleu, les vitres ont l’air de hublots. Seules les motrices ont le profil élancé des TGV. L’intérieur n’est pas beaucoup plus joyeux. Les couleurs sont usées, le design peu soigné. Au plafond, d’immenses porte-bagages blanc-cassé assomment un intérieur déjà bien morne. L’aménagement, en revanche, brille par son côté fonctionnel. Les fauteuils sont larges, espacés, confortables. Il y a de la place pour les pieds, et des prises pour brancher les ordinateurs… y compris en 2de classe.
A peine les voyageurs sont-ils installés que le train se met en branle. Nouvelle vérification des titres de transport par le contrôleur. Il en sera de même après chaque arrêt en gare. Alors que la rame prend de la vitesse, on comprend vite que toute tentative de trouver le sommeil sera vaine. Les nombreux à-coups et le raclement des roues témoignent d’une géométrie des voies bien douteuse. Les courbes sont nombreuses, les voies en mauvais état. Le tracé de la ligne remonte au XIXe siècle. Amtrak n’a pas eu les moyens d’en construire une nouvelle. Conséquence : la vitesse de pointe (240 km/h) du train ne peut être atteinte que sur deux maigres tronçons dans le Rhode Island et le Massachusetts. 29 km au total.
Dès lors, les temps de parcours en pâtissent. Il faut au minimum 6 heures 36 pour parcourir la totalité du corridor, soit une moyenne de 116 km/h entre Washington et Boston. Entre Washington et New York (362 km), les performances sont un peu meilleures : 2 heures 48 pour le train le plus rapide, soit 129 km/h en moyenne. Une expérience a bien été tentée en 2007 pour créer un train semi-direct en 2 heures 35 (via une escale unique à Philadelphie). « Nous avons abandonné l’expérience, faute de clientèle », explique Clifford Black. De fait, l’Acela a besoin d’arrêts fréquents pour soigner son taux de remplissage.
Le long des voies, un mince filet de forêt isole les rails des banlieues interminables qui se succèdent à travers les feuillages. Pavillons clonés à l’infini, centres commerciaux, zones industrielles. De Washington jusqu’à Boston, l’urbanisation est quasi continue, formant une immense mégalopole de plus de 60 millions d’habitants. L’extraordinaire densité de ce corridor sert de socle à la croissance constante du trafic. Acela est une affaire qui marche. Le train assure à lui seul plus du quart des recettes de l’entreprise, soit 467 millions de dollars de recettes sur 1,7 milliard l’an passé. Entre le 31 septembre 2007 et le 1er octobre 2008, près de 4 millions de voyageurs ont été transportés. Un record absolu dans l’histoire d’Amtrak.
Dès lors, les 20 rames du parc sont utilisées à plein. Si on exclut les trois rames en maintenance, plus une quatrième en cours de reconstruction, les 16 rames restantes assurent à elles seules 32 allers-retours par jour. « Nos trains ont parcouru 1 million de miles (1,6 million de km) en 8 ans », souligne Clifford Black. Soit une moyenne de 200 millions de km par an.
Pour faire face à cette popularité croissante, Amtrak réfléchit à des solutions pour augmenter les capacités de son parc. Une première étape – en attendant de pouvoir s’offrir de nouvelles rames flambant neuves – pourrait consister à commander une ou deux voitures supplémentaires par train. Ces deux voitures permettraient d’ajouter 600 voyageurs à des voitures qui comptent déjà 1 500 sièges à l’heure actuelle. Aucune décision n’a cependant été prise.
Les gratte-ciel de Philadelphie sont dépassés. Ceux de New York sont tout proches. Le train s’engouffre dans un long tunnel qui le conduit dans les entrailles de Manhattan, au pied de Penn Station, terminus du train. La foule qui se déverse sur les quais de la gare souterraine donne la mesure du succès de l’Acela. On n’ose imaginer ce que cette foule serait si le pays se mettait à la grande vitesse pour de bon.
Guillaume KEMPF
Le rail force les portes du Congrès américain
Même en sabrant au maximum, Rod Diridon a besoin de deux feuilles A4 au minimum pour résumer son parcours. En dessous, il n’aurait pas assez de place pour lister tous les comités, conseils, administrations qu’il a eu l’occasion de diriger en Californie, aux Etats-Unis et dans le monde. En 2004, Metro Magazine l’a classé parmi les 50 personnes qui ont marqué le transport nord-américain au cours des 100 dernières années. En Californie, il y a même une gare qui porte son nom. Pas une obscure gare de la Sierra Nevada, non ! celle de San José, en plein cœur de la Silicon Valley.
Car Rod Diridon est quelqu’un d’influent. Quelqu’un qui collectionne députés et sénateurs dans la mémoire de son téléphone portable. Et qui peut les appeler sans se faire filtrer par un zélé conseiller. Comme administrateur, la High Speed Rail Authority (HSRA) californienne ne pouvait pas rêver mieux. Depuis sept ans, ce fils de cheminot travaille le Congrès américain sans relâche pour faire progresser la cause du ferroviaire en général et de la grande vitesse en particulier. Ses réseaux lui donnent un accès direct au Capitole, ce qui n’est pas rien dans un pays où il faut généralement rémunérer des intermédiaires pour faire passer ses messages.
Bien rodés, les arguments de Rod Diridon font mouche. « Les grandes agglomérations telles que Boston, Chicago, New York, San Francisco connaissent toutes une forte hausse de la fréquentation, quand bien même leurs réseaux sont sous-dimensionnés et mal adaptés. Il n’y a plus d’autre choix que d’investir dans les transports de masse », nous explique cet avocat du ferroviaire. Les caisses sont vides ? Qu’à cela ne tienne, « nous devons faire ce qu’a fait Roosevelt dans les années 1930. Investir massivement pour soutenir l’économie et le pouvoir d’achat des travailleurs américains ».
De telles prises de positions, longtemps minoritaires, rencontrent un succès grandissant dans les couloirs du Capitole. Pour preuve, ce vote historique du Congrès. Fin septembre, sénateurs et députés ont adopté à une très large majorité le “Rail Safety Bill”, un texte qui prévoit d’accorder à Amtrak 13 milliards de dollars de crédits sur cinq ans (Authorization). C’est plus du double de ce que l’opérateur touche actuellement. Ces subventions devront, certes, être validées chaque année par le Congrès (Appropriation), mais, pour la première fois de son histoire, Amtrak dispose d’un horizon budgétaire lui permettant de se projeter sur plusieurs années. Malgré sa forte hostilité au texte, George Bush s’est d’ailleurs résigné à le promulguer, le 16 octobre. A la surprise générale.
« La liste des parlementaires qui nous soutiennent est de plus en plus longue. Pour la première fois, républicains et démocrates ont voté ensemble un texte pour promouvoir le transport ferroviaire de voyageurs », se félicite David Dean, chargé de la promotion du TGV au Texas. Mais ce coup de maître du lobby prorail doit beaucoup aux circonstances très particulières de cette fin de mandat. D’une part parce que l’administration Bush, sur le départ, a relâché la pression sur le Congrès. D’autre part parce que la catastrophe ferroviaire de Los Angeles – qui a fait 25 morts et 134 blessés, le 12 septembre dernier – a créé un contexte émotionnel dans lequel se sont engouffrés tous les partisans du ferroviaire. C’est ainsi que le Rail Safety Bill, visant une plus grande sécurité sur le réseau ferré, comporte toute une série de dispositions qui n’ont aucun rapport direct avec l’esprit du texte, comme cette ligne de crédits pour Amtrak ou encore une enveloppe de 1,5 milliard de dollars pour l’étude des corridors à grande vitesse. Ces mesures, en souffrance au Sénat depuis le printemps, ont été rajoutées au texte à la dernière minute. Auraient-elles été adoptées dans un tout autre contexte ? C’est là que réside tout l’enjeu de la prochaine législature…
Difficile en effet de prévoir quelle sera l’attitude de ce nouveau Congrès, qui prend ses fonctions en janvier. Les majorités démocrates sont certes supposées moins hostiles au ferroviaire mais rien ne garantit que de telles largesses seront répétées. Les modes routier et aérien disposent eux aussi de solides relais au Congrès. Et les vieux réflexes ne sont jamais très loin. La preuve par les faits. Vers la mi-novembre, le législateur devrait se prononcer sur un vaste plan de relance de l’économie, où plusieurs dizaines de milliards de dollars pourraient être investis dans de grands projets d’infrastructure. Dans un document préparatoire que nous avons pu consulter, figurent des pages entières de tableaux de tous les chantiers envisagés dans le secteur de l’eau, du bâtiment, de l’énergie. Sans oublier les transports routiers, qui se taillent la part du lion avec plusieurs dizaines de chantiers d’autoroutes et de ponts envisagés. Le rail, en revanche, se fait beaucoup plus discret… voire totalement absent lorsqu’on sort des grandes villes. « Tant qu’ils continueront d’utiliser l’avion plutôt que les trains, la bataille sera loin d’être gagnée », soupire Ross Capon, directeur de la National Association of Railroad Passengers, l’association des usagers du ferroviaire.?Depuis peu, cette dernière est sur la brèche pour inclure quelques chantiers ferroviaires dans la liste. La réponse au cours des prochaines semaines.
Début 2009, le lobby prorail aura par ailleurs d’autres occasions de mesurer son audience. Plusieurs textes sont en effet dans les tuyaux. Le vote des crédits d’Amtrak sera un premier test (les crédits accordés seront-ils à la hauteur des sommes promises ?). Puis, il y aura la LGV californienne (quelle sera la somme allouée par le gouvernement fédéral ?). Il se murmure que le sénateur John Kerry serait sur le coup.?Il préparerait une proposition de loi établissant la participation de l’Etat à 11 milliards de dollars. Reste à connaître l’impact de la crise.?En période de vaches maigres budgétaires, les parlementaires pourraient être tentés de réserver leur générosité à d’autres secteurs.
Guillaume KEMPF
Genèse chaotique pour le train le plus rapide du continant américain
Accouché dans la douleur, le seul train à “grande vitesse” du pays a connu une jeunesse difficile. Son histoire commence en 1993, lorsqu’Amtrak complète l’électrification du “BosWash”, cette immense zone urbaine longue de plus de 800 km entre Boston et Washington. Toute la côte Est est alors électrifiée. L’idée naît alors de créer un service à grande vitesse reliant toutes les grandes villes de cette mégalopole : Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, Washington, pour ne citer que les plus importantes. 60 millions d’habitants au total. Un potentiel énorme en termes de trafics.
Des entreprises européennes sont sollicitées pour des campagnes d’essais. Les Américains applaudissent des deux mains. Seul hic, les normes ferroviaires ne sont pas les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. L’administration fédérale juge le matériel européen trop léger pour côtoyer les colossaux trains de fret américains et impose d’accommoder le matériel européen à la sauce nord-américaine. Pour répondre à l’appel d’offres, Bombardier et Alstom décident d’unir leurs forces. Le premier est très présent sur le continent, le second dispose de motrices à grande vitesse. Pari gagnant. Le consortium remporte le contrat en 1996, pour un montant de 600 millions de dollars. Et c’est là que s’arrête le long fleuve tranquille.
Car l’hybridation des matériels débouche sur un casse-tête interminable, où les ingénieurs d’Amtrak, de Bombardier et d’Alstom discutent les rames jusque dans leurs moindres détails. De contraintes en restrictions, les fabricants s’éloignent progressivement du modèle originel.
« Nous avons conçu un prototype, l’Acela est un projet de recherche et développement », explique Clifford Black, un porte-parole d’Amtrak. Fin 1999, lorsque la première rame est livrée, elle pèse deux fois plus lourd que les rames TGV français dont elle s’inspire. « Pour répondre aux normes américaines, nous avons créé l’un des trains les plus robustes qui soit, avec d’énormes capacités de freinage et d’accélération. »
Passés les premiers enthousiasmes, les cadres d’Amtrak doivent vite déchanter. Dès 1999, un premier défaut est mis à jour. Le matériel est trop large d’une dizaine de centimètres. Dans certaines courbes, le mécanisme de pendulation pourrait provoquer des collisions entre les trains. Des restrictions de vitesse sont donc décidées sur les tronçons à risques. A quoi s’ajoute une oscillation des roues très étrange, dont il faut déterminer l’origine, décalant d’autant la mise en service.
Lorsque le train est finalement inauguré, le 12 décembre 2000, l’objectif de relier Boston et New York en 3 heures n’est pas tenu. Il faut 3 heures 20 pour rejoindre “Big Apple” et plus de 6 heures et demie pour parcourir les 734 km de la ligne. Malgré des pointes théoriques à 240 km/h, l’Acela n’atteint sa vitesse maximale qu’à deux reprises. Sur le reste du parcours, la vitesse moyenne ne dépasse pas les 115 km/h. Un peu juste pour de la grande vitesse !
Pour ne rien arranger, la série noire se poursuit. Dans les années qui suivent sa mise en service, Amtrak découvre de nouveaux défauts dans le mécanisme d’ouverture des portes, les freins, les amortisseurs… Certains liés directement au poids excessif de la rame. A trois reprises, Amtrak est contraint de suspendre le service pour réaliser des inspections et adapter le matériel.
Cerise sur le gâteau. Amtrak et le consortium se traînent mutuellement en justice. Cet épilogue juridique – les poursuites seront ensuite abandonnées – se soldera par une révision de l’accord initial, notamment sur l’entretien des rames. En raison des coûts beaucoup plus élevés que prévu, il est décidé qu’Amtrak reprendra la main sur la maintenance. Depuis 2005, le matériel n’a plus connu d’incidents techniques majeurs.
Guillaume KEMPF
La Californie vote pour la grande vitesse
Le tsunami financier n’y aura rien changé. Le 4 novembre, lors d’un référendum local organisé en marge de l’élection présidentielle, les Californiens ont approuvé à 52,3 % la construction de 1 280 km de lignes à grande vitesse. Par ce vote, ils autorisent l’Etat de Californie à emprunter 9,95 milliards de dollars pour financer le projet. Moteur de l’économie américaine, la Californie a un besoin criant d’infrastructures. Sa population ne cesse de s’accroître. Ses autoroutes sont vieillissantes. « D’ici à 2020, il faudrait construire 3 000 miles [4 800 km, ndlr] d’autoroutes, 5 pistes d’aéroport et 90 portes d’embarquement pour déplacer autant de voyageurs qu’une ligne à grande vitesse », souligne sur son site Internet la High-Speed Rail Authority (HSRA), l’autorité en charge du projet. Il s’en est fallu de peu, cependant, pour que le destin bascule. Après une campagne sans encombre, où les adversaires du projet ont été très vite ringardisés, la crise financière est venue subitement changer la donne. Suivant les cours de la Bourse, les 60 % d’opinions favorables des sondages ont fondu comme neige au soleil, confortant les adversaires du TGV dans leurs critiques sur son coût exorbitant. Mais les partisans du « oui » ont su redresser la barre, contre-attaquant avec beaucoup d’habileté sur tous les emplois que la ligne permettrait de créer. L’argument semble avoir fait mouche. L’analyse de la carte électorale offre d’ailleurs un éclairage intéressant. Outre Los Angeles et San Francisco qui ont voté « oui » avec une majorité confortable (pas loin de 80 % à San Francisco), la plupart des comtés desservis se sont prononcés en faveur du projet. A l’inverse, le « non » est majoritaire dans tous les comtés où la grande vitesse ne va pas. Ceux-là ne voient pas pourquoi ils devraient payer pour un service dont ils ne bénéficieront pas. Un vote de frustration, en somme. C’est le signe que les Californiens sont globalement convaincus des vertus de la grande vitesse. Le signe que les mentalités évoluent.
1. Qu’y a-t-il dans le projet ?
Dans les documents qu’elle communique HSRA parle d’un réseau à grande vitesse de 800 miles (1 280 km) permettant une vitesse de 350 km/h. La première phase se compose d’un corridor central qui relie les deux principales villes de la côte Ouest, Los Angeles et San Francisco. Ces travaux débuteront dès que le tour de table financier sera complété, pour une mise en service programmée à l’horizon 2020. Puis trois autres branches pourraient suivre : une première vers Irvine, au sud de Los Angeles, une deuxième vers San Diego, près de la frontière mexicaine, une dernière vers Sacramento, au nord de San Francisco. Aucun calendrier n’est encore établi. Fait notable : c’est une société d’ingénierie française qui est chargée de concevoir la ligne. Systra, filiale de la SNCF et de la RATP, gère le design et les référentiels techniques pour le compte de la HSRA. « Le principe d’une voie double semble acquis », confie Christian Schang, directeur des grands projets ferroviaires chez Systra. « En revanche, nous n’avons pas encore tranché entre le ballast et la voie sur dalle. » Pour des raisons de coûts, le ballast pourrait être privilégié, sauf sur les tronçons les plus difficiles. HSRA envisage par ailleurs un corridor dédié sur l’essentiel du parcours. Mais à l’entrée des grandes villes, les rames à grande vitesse devront emprunter le réseau classique. Sur son site Internet, HSRA permet de calculer sur une carte dynamique le temps de parcours, la distance, le CO2 et même le prix du billet entre chacune des 26 destinations envisagées. Exemple : le trajet San Francisco – Los Angeles, long de 432 miles (690 km) se parcourra en 2 heures 38, pour la modique somme de 55 dollars (contre 86 dollars pour la route et 120 dollars pour l’avion).2. Les 10 milliards suffiront-ils à financer le projet ?
Non. Les 10 milliards ne couvrent qu’un tiers du budget, estimé à 30 milliards de dollars. Concrètement, les électeurs californiens autorisent un emprunt de 9,95 milliards de dollars sur le marché obligataire. Les deux autres tiers devront être financés par le gouvernement fédéral d’une part et par le secteur privé d’autre part. Côté privé, les candidats ne devraient pas manquer. Le financement de Washington, lui, est plus délicat. En 2009, un projet de loi sera présenté au Congrès pour porter cette participation à 11 milliards de dollars. Ce vote du Congrès est capital pour que le chantier puisse démarrer. « Le projet ne fait que commencer, note Christian Schang de Systra.?Grâce à ce vote, nous aurons plus de ressouces pour mener des études et démarrer des acquisitions foncières. » Durant la campagne, les estimations budgétaires ont été l’objet de nombreuses critiques. Inflation oblige, l’enveloppe globale, évaluée il y a plusieurs années a de grandes chances de dépasser les 30 milliards de dollars annoncés. On entend circuler les chiffres de 35, 40… voire 60 milliards de dollars. « La vérité, c’est que nous n’en savons rien », glisse un proche du dossier. Lors d’une conférence de presse, le PDG d’Alstom, Patrick Kron, a évoqué un budget total de 40 milliards, le 6 novembre (soit plus de 30 millions d’euros le kilomètre). En gardant cette hypothèse et en soustrayant les 10 milliards de la Californie et les 11 milliards de Washington, il resterait une vingtaine de milliards de dollars à la charge du privé. Ce qui reste une belle somme. Il n’est pas exclu, dès lors, que la Californie soit contrainte de remettre la main à la poche.3. Quelles sont les difficultés à prévoir ?
La question du coût est bien évidemment cruciale. A 30 millions d’euros du kilomètre, la facture du TGV californien est déjà l’une des plus salées au monde. Et celle-ci pourrait l’être encore plus, en raison du prix du foncier, très élevé dans cette partie des Etats-Unis. La principale difficulté sera de trouver des terrains en périphérie des grandes villes. Les agglomérations telles que San Francisco ou Los Angeles sont déjà extrêmement saturées. Dans un pays où le droit à la propriété privée n’est pas un vain mot, il faudra négocier, payer cash, voire régler un grand nombre de négociations devant les tribunaux. D’où cette inconnue très forte sur le coût des expropriations. Autre difficulté et non des moindres : les normes fédérales ne permettent pas, en l’état, la circulation de trains à grande vitesse. Les standards américains imposent en effet du matériel lourd, capable de résister aux chocs, à l’image de l’Acela, qui plafonne aujourd’hui à 240 km/h. Interrogé sur ce point, Roelof Van Ark, président d’Alstom Transport en Amérique du Nord, se veut rassurant : « La Californie a bien compris qu’elle ne devait pas répéter les erreurs de l’Acela. Elle travaille avec l’administration ferroviaire fédérale pour adapter les normes. Il faudra bien trouver un compromis, sinon il n’y aura jamais de grande vitesse aux Etats-Unis. » Mais l’administration s’interroge. Pour pénétrer au cœur des grandes villes, les TGV devront emprunter le réseau classique, où ils seront amenés à côtoyer des trains beaucoup plus lourds. Une collision entre ces deux types de matériel pourrait avoir des conséquences tragiques. Avant qu’une telle cohabitation puisse être envisagée, des investissements massifs seront nécessaires sur la signalisation pour améliorer la prévention des accidents. Or – ça n’a rien d’une coïncidence – dans le “Rail Safety Bill”, récemment adopté par le Congrès, il est prévu que le pays se dote progressivement de dispositifs de veille automatique (“positive train control”) qui déclenchent un arrêt automatique de la rame lorsqu’un conducteur rate un signal. C’est un bon début. Certains vont encore plus loin en préconisant l’adoption des normes UIC par l’administration fédérale.4. Quelles sont les entreprises candidates ?
De nombreuses entreprises du monde entier pourraient être intéressées par l’appel d’offres. A ce jour, HSRA a recueilli 41 déclarations d’intérêt. Un chiffre qui donne une idée du formidable engouement autour du projet. L’ampleur de la ligne, ajoutée au prestige de la côte Ouest, offrirait au consortium lauréat une vitrine de son savoir-faire. Une vitrine d’autant plus stratégique que d’autres Etats américains ont des projets similaires. Les modalités de l’appel d’offres n’ont pas encore été totalement arrêtées. A ce stade de la réflexion, la Californie envisage de regrouper le design, la construction, l’exploitation, le matériel et la maintenance au sein d’un même contrat. Candidat déclaré, Alstom mène des discussions en vue de former un consortium. Le constructeur français a par ailleurs versé 20 000 dollars pour financer la campagne du référendum. En face, les Japonais sont très présents. Siemens et Talgo occupent également le terrain, ce qui n’exclut pas d’autres candidatures, qui pourraient être chinoises, taïwanaises ou encore canadiennes. Il est cependant encore un peu tôt pour y voir clair. En revanche, si les normes UIC venaient à être adoptées, il se pourrait que le Shinkansen soit exclu, de fait, de la compétition.5. Les entreprises françaises ont-elles une chance ?
Les entreprises françaises ont un boulevard devant elles. Preuve de l’efficacité du lobbying, plusieurs Américains rencontrés ne jurent que par l’AGV. Certains ne connaissent d’ailleurs de la France que l’usine Alstom d’Aytré ou les fauteuils du TGV Est. « En 2008, nous avons accueilli sept délégations d’élus californiens », confie un porte-parole de SNCFI. Abreuvés de voyages d’études et de documentation ciblée, les Américains tendent à considérer la France comme leur point de référence. Du pain bénit pour les nombreuses entreprises hexagonales, qui s’intéressent de près au projet. Outre Systra, déjà engagée comme “project manager” et Alstom dont la candidature n’est un secret pour personne, on entend parler de Veolia, de la SNCF ou encore de Bouygues. Pour la SNCF, qui s’intéresse à la partie exploitation, un tel contrat serait une première, puisqu’elle n’a jamais fait rouler de TGV ailleurs qu’en France. Des discussions sont en cours et pourraient aboutir à la formation d’un consortium à forte dominante bleu-blanc-rouge. Mais rien n’est encore figé. Sur ce dossier, la SNCF et Alstom semblent très liés. Récemment, Guillaume Pepy et Patrick Kron ont sollicité un entretien commun auprès du gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger. Inversement, la SNCF a mis fin aux discussions avec Veolia, suite à la catastrophe ferroviaire de Los Angeles, dossier dans lequel le groupe français (qui employait le conducteur responsable de l’accident) est poursuivi par les familles de victimes. Un tel partenariat était jugé trop risqué en termes d’image. Mais les groupes français ont beau faire la course en tête, rien n’est acquis d’avance pour autant.?Chez l’oncle Sam, on croit beaucoup aux vertus de la concurrence. Le meilleur consortium ne sera pas le plus actif ou le plus expérimenté, mais bien celui qui versera à l’Etat le plus gros dividende.
Guillaume KEMPF
Avec Obama, le train fait son come-back
Le 4 novembre aura été une journée historique. Pas seulement parce que les Etats-Unis ont élu le premier président noir de leur histoire. Mais également parce que tout au long de cet “election day”, les électeurs américains ont esquissé un nouveau rapport de force sur les questions environnementales. Au fil des scrutins, l’Amérique pétrie de certitudes, incarnée par George Bush, s’est effacée, laissant sa place à une autre Amérique, résolue à miser sur les énergies renouvelables pour affronter la crise énergétique.
L’élection de Barack Obama à la Maison-Blanche et la poussée démocrate au Congrès participent de cette même dynamique. Tout comme ce référendum local que nous aurons l’occasion d’étudier en détail dans ce dossier. Fort de 52,3 % des scrutins, l’Etat de Californie s’apprête à débloquer une enveloppe de 9,95 milliards de dollars pour se doter du premier train à grande vitesse du continent. Après deux mandats, marqués par un sous-financement d’Amtrak et un refus catégorique d’investir sur le réseau, c’est bien une nouvelle ère qui s’ouvre aux Etats-Unis.
L’ entourage néoconservateur de George Bush considère, en effet, que le transport ferroviaire n’a pas vocation à être subventionné. Menacé de démantèlement, pris au piège entre la nécessité d’équilibrer ses comptes et sa vocation d’aménagement du territoire, l’opérateur public, Amtrak, a connu huit années de contrition, quand bien même – prix du pétrole oblige – ses trafics s’envolaient.
Barack Obama, à l’inverse, est bien plus ouvert que ses prédécesseurs sur toutes les questions ferroviaires. Contrairement au site Internet de John McCain, désespérément muet sur la question, celui du président élu promet une réforme pour Amtrak, des investissements sur le réseau et des ressources pour les lignes à grande vitesse. Le 29 septembre, en plein cœur de la campagne, il a par ailleurs voté pour le “Rail Safety Bill”, une loi qui dégage plusieurs milliards de dollars de crédits pour Amtrak. Quant au futur vice-président, Joe Biden – dont le fils siège au conseil d’administration d’Amtrak –, il se présente comme un “commuter”, un utilisateur régulier du rail. Par rapport aux précédentes administrations, le changement de ton est majeur.
Même son de cloche du côté du Congrès américain. En dégageant une nette majorité démocrate à la Chambre des représentants et au Sénat, les électeurs américains ont garanti au transport ferroviaire un climat politique plus serein. En tout cas moins hostile. Une association s’est récemment félicitée du non-renouvellement de sept parlementaires sur les « douze salopards » identifiés comme des adversaires systématiques des énergies renouvelables. Certes, le Congrès américain s’est pas rempli de militants écologistes pour autant. Mais pour faire contrepoids aux lobbies routier et aérien, toute une nuée de lobbyistes prorail gravite désormais autour de Capitol Hill. Des propositions de lois très ambitieuses commencent à voir le jour. Rien ne garantit qu’elles se traduisent toutes par des lignes de crédit, surtout en temps de crise, mais l’intention est bien là. Au niveau institutionnel, toutes les pièces du puzzle sont en place pour permettre un grand retour du transport ferroviaire sur le devant de la scène.
Guillaume KEMPF
A Reims, le sacre annoncé de la concession…
Que n’a-t-on entendu depuis deux ans sur l’audace rémoise, dans le petit monde du transport public… Quoi, une ville française « donne » ses transports au privé ? Pour plus de trente ans ! Déjà que les DSP étaient critiquées, voilà que des élus abandonnent leurs prérogatives régaliennes. Dans la ville où furent sacrés les rois… Une erreur politique, ou pire, une hérésie…
En fait, tout commence par un cauchemar, le refus du tram en 1991 par un le maire, Jean Falala, à la surprise générale puisque les études avaient été très positives – mais pas à celle de certains commerçants et riverains qui s’étaient ligués contre le projet. La volte-face avait coûté cher aux contribuables rémois : la ville avait dû rembourser une jolie somme au district d’alors, dirigé par… Jean-Louis Schneiter. C’est ce dernier, une fois aux commandes de la ville en 2001, qui relance l’idée d’un TCSP, mais avec moultes précautions, sur les termes, les choix techniques, les conditions financières et la concertation en amont.
L’idée était pourtant tellement logique. Le réseau de bus avait trouvé ses limites, avec une baisse continue de la vitesse commerciale, une fréquentation qui stagnait, de la saturation aux heures de pointe. Reims, en outre, est une bénédiction pour les transports collectifs. L’aire urbaine de l’agglomération est réduite ; la densité très importante induit des taux élevés de fréquentation. Et un tram, c’est trois bus ou 150 voitures… Un tracé nord-sud s’impose naturellement, des quartiers d’habitat au nord à l’université au sud, en passant par le centre-ville, les gares, les espaces publics… Mieux, le tram permettra aussi de créer une nouvelle zone d’activité à proximité de la gare TGV. Car depuis 2007, le TGV Est s’arrête à Reims, qui bénéficie déjà d’une nouvelle attractivité, à 45 minutes de Paris.
Mais Jean-Louis Schneiter, s’il avance sûrement, procède prudemment. Pas question de s’endetter outre mesure : mission est donnée à une toute nouvelle mission tramway de mettre au point un système original de financement. Sous la direction d’un jeune et brillant ingénieur, Yann Leriche, qui recrute de solides compétences (notamment Jean-Louis Lacéna au juridique et financier, ou encore Jean Manca à la communication), le cahier des charges d’une concession est mis au point, avec une pierre angulaire, le partage des risques entre le concédant (l’agglomération rémoise) et le futur concessionnaire.
Suspense : qui allait donc succomber à ce tout nouveau modèle jamais importé en France, malgré quelques réussites ailleurs en Europe, notamment en Grande-Bretagne et en Irlande (Dublin) ? Une seule offre, c’était dramatique, deux offres, c’était un peu juste. Il y en eut trois… « D’excellente qualité », témoigne aujourd’hui, Alain Lescouet, maire divers gauche de Saint-Brice-Courcelles, l’élu fil rouge du projet depuis le début. Finalement, ce fut Mars qui gagna, au grand dam de ses challengers.
Jean-Louis Schneiter avait gagné ? Presque… Car les fantômes politiques rôdent souvent. Alors que le contrat de concession est signé en juillet 2006, au printemps 2008, à quelques jours des élections municipales, la DUP, elle, n’est toujours pas officiellement signée… Un candidat UMP, Renaud Dutreil, prend parti contre le tram, quand sa collègue Catherine Vautrain est prête à l’assumer. Leurs querelles politiques profiteront à la socialiste Adeline Hazan, qui a toujours soutenu le projet sur le fond. Et comme dans un conte de fées, tout se termine bien avant le premier tour, le secrétaire d’Etat aux Transports Dominique Bussereau annonce que la DUP est signée…
Depuis, la nouvelle équipe s’est installée et a repris en mains sans surprise le dossier, avec aux commandes la présidente de Reims Métropole et Alain Lescouet. Aujourd’hui les fouilles archéologiques touchent à leur fin, une première levée de fonds a été réalisée en septembre par Mars (non sans quelques sueurs froides, vu la crise économique et financière). Les Rémois s’apprêtent à connaître comme beaucoup d’autres citadins avant eux les joies des travaux du tram, avant d’en découvrir les charmes en 2011…
Jeanne BELLEVUE
Comment Reims Métropole a mis au point la concession de transports urbains, un système inédit en France
Qu’est-ce que Mars ?
MAR SAS, encore appelée Mars, acronyme de « Mobilité Agglomération RémoiSe ». Ainsi fut baptisée la société menée par Alstom et créée pour répondre à l’appel d’offres de la collectivité rémoise. Une société dont les composants sont bien connus dans le secteur des transports : Alstom, Bouygues Travaux Publics, Quille, Colas pour le pôle constructeur ; Transdev, Pingat Ingenierie, SNC Lavalin pour le groupement opérateur ; et enfin côté financement la Caisse des dépots, la Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Champagne Ardenne, et Natixis qui assure le conseil financier. La société se flatte d’avoir un ancrage local, à travers la Caisse d’Epargne, Pingat ou l’antenne rémoise de la SNC Lavalin. Cette structuration est à l’image du projet de concession unique. Une seule société, un interlocuteur unique pour la collectivité… mais en réalité une bonne dizaine de sociétés partenaires, des branches et des compétences multiples. Aujourd’hui une dizaine de personnes travaillent au siège de Mars à Reims. Mais sur le terrain ce sont 800 salariés pour le compte du groupement constructeur, et 600 pour le compte du groupement opérateur qui sont engagés dans la réalisation du tramway. MARS est présidée par Christian Messelyn, 39 ans, un ancien de Supelec qui est passé chez Spie et Alstom, pour lequel il a mené les négociations rémoises. C’est justement Alstom, du pôle constructeur, qui a proposé sa candidature mais formellement, c’est le pôle opérateur qui l’a choisi. Car le contrat qui lie les entreprises au sein de Mars définit aussi le mode de désignation de son président : un président pour trois ans, choisi par les entreprises du groupement constructeur parmi des candidatures proposées par le groupement opérateur. La procédure s’inverse ensuite. Et très naturellement, après la phase travaux, c’est l’opérateur Transdev qui reprendra la main. Mars, c’est donc une petite structure dotée de 24 millions d’euros de fonds propres qui en coiffe une bonne dizaine d’autres, parmi les plus grandes du marché des transports. Ces entreprises partenaires interviennent sous une responsabilité unique : en sus des contrats de conception-construction et d’exploitation, existe un contrat d’interface qui définit les termes de l’association réelle des entreprises entre elles, sur le terrain,et à tous les niveaux d’intervention. Pas une réunion qui ne prenne une décision portant sur la construction à laquelle n’assiste l’exploitant. En cas de désaccord entre les pôles constructeur et opérateur, il revient à Mars de trancher. Une responsabilité de plus à son actif.Qui paie quoi ?
Le portage financier du projet est assumé par Mars, société concessionnaire. Si le système de la concession unique a été élaboré puis retenu, c’est d’ailleurs précisément parce qu’il évitait à une collectivité de s’endetter au-delà du raisonnable. L’aurait-elle pu d’ailleurs ? Rien n’est moins sûr. Avant même que le contexte économique ne se tende, tout laisse à penser qu’une ville de la dimension de Reims n’aurait pu porter le crédit et son coût. « Du jour où la collectivité a signé jusqu’à la mise en service, cette même collectivité ne donne pas un sou à la société concessionnaire », confirme Jean-Louis Lacena. Comment Mars finance-t-il un tel projet ? A partir de trois postes distincts : des fonds propres à hauteur de 24 milliards d’euros, le recours à des financements externes à hauteur de 215 millions, la subvention transport que lui verse Reims Métropole. Au total, 345 millions d’euros. A charge donc pour Mars de chercher et de trouver des financements. Tâche plus difficile aujourd’hui qu’hier, vu l’état des marchés financiers. Quelle garantie Mars peut-il apporter aux sources de financement externe ? Les revenus des flux de voyageurs à la mise en service du tram. Qu’on se rassure : pour se garantir à plus courte échéance, l’organisme prêteur ne verse en réalité que la somme empruntée déjà déduite du coût du crédit. Reste qu’à l’évidence, Mars n’a guère d’autre choix que de remplir ses engagements, tant en termes de coût que de délais, pour pouvoir espérer gagner de l’argent. Ce qu’il devrait faire au terme de dix ans d’exploitation, selon les prévisions avancées. Que la garantie financière du projet soit, en dernier ressort, la mise en service du tram, est à l’avantage de la collectivité. L’agglomération rémoise a conçu là, on l’a beaucoup dit, le moyen de se doter d’un tram avec endettement zéro. Et de conserver sa capacité d’endettement pour d’autres projets. Mais endettement zéro ne signifie pas coût zéro. Il a été convenu que Reims Métropole verse 13 millions d’euros annuellement à Mars au titre d’une subvention forfaitaire d’exploitation. Et ce durant 28 ans, durée pendant laquelle Mars exploite le réseau de bus (Transdev ayant repris en janvier dernier le marché à Kéolis après quelques déboires judiciaires) et met en oeuvre le tram. Au total, Reims Métropole versera 174 millions d’euros à Mars, qui se répartissent ainsi : outre quelques millions de subventions que la collectivité est allée chercher, 91 millions au titre de la Subvention équipement. Une ligne « transport » a été créée dans le budget. Le Versement Transport perçu par la Communauté de l’Agglomération Rémoise qui était de 1 % depuis 1979 a été porté à 1,8 % en avril 2005 : c’est ce surplus de 0,8 % qui paie le tram. Enfin, la municipalité de Reims verse à Mars via la CAR 75 millions, contribution de la ville à la rénovation et aux travaux d’urbanisme. Rappelons que l’aménagement du tramway est de façade à façade et va donc bien au-delà de la ligne elle-même. A proprement parler, il n’y a donc pas d’emprunt de la CAR ou de la mairie de Reims au titre du réseau de transport public. CQFD. Et dans 34,5 ans, tout devient propriété de l’agglomération rémoise, avec probablement à suivre une délégation de service public classique. En attendant, la collectivité regarde vers le Grenelle de l’Environnnement. A juste titre, car le projet est à plus d’un titre conforme aux engagements du Grenelle. Pour le moment l’Etat ne s’est engagé qu’à hauteur de 8 millions d’euros. Et si le montage financier est déjà clos, l’Agglomération voit déjà le moyen d’économiser pour… financer une éventuelle deuxième ligne de tramway.Quelles relations concédant/concessionnaire ?
Dès la constitution du projet, la collectivité a fixé ses objectifs mais ce fut à la charge du concessionnaire de déterminer les moyens d’y parvenir. Aujourd’hui, alors que les travaux ont commencé, les termes du contrat qui lie la concession et le concédant n’ont guère changé : « concevoir, réaliser, exploiter, financer » sur 30 ans. L’engagement de Mars est chiffré : il doit augmenter le nombre de voyageurs d’ici 2013 de 40 %, le portant de 30 à 42 millions. La concession a donc auprès de la collectivité une obligation de résultat ; mais la manière dont elle remplit ses engagements ne relève pas de la compétence de la mission Tramway. Bien entendu, l’agglomération s’est donnée des garanties juridiques. Mais le mandat à contrat unique permet à la collectivité de n’avoir qu’un seul interlocuteur, et de concentrer les espaces de discussion et les responsabilités. « Rigoureusement, la collectivité pourrait ne regarder le résultat qu’à la remise », note Jean-Louis Lacena. Et de donner la formule de la cohabitation heureuse : « Le concessionnaire bénéficie d’une autonomie de gestion sous le contrôle de la collectivité ». Reste à positionner le curseur délicatement, entre contrôle et ingérence… La prudence est de mise. Mars et la collectivité rémoise semblent partager le souci d’une bonne entente, adossée à des discussions et des rencontres très régulières, au moyen d’une structuration de l’interface entre le concessionnaire et le concédant. Plus espacées mais non moins importantes, des rencontres de revoyure sont prévues annuellement à date fixe, les unes autour des questions de réseau ou de tarifs, les autres sur la question des gains à la mise en service. Du côté de Mars, on juge, par le voix de son président Christian Messelyn, le contrat « strict », voire « dur ». A quoi Jean-Louis Lacena répond, pour Reims Métropole : « tout ce qu’on doit contrôler est dans le contrat. » Les clauses fixent un cadre extrêmement précis pour chacune des parties en présence (voir les risques) ; elles définissent tous les aspects des rapports entre la concession et le concédant, jusqu’à la communication externe. Mais il est probable qu’une fois le tram mis en service, ne resteront en piste concrètement et essentiellement que la collectivité et l’exploitant, qui aura pris la présidence de Mars. C’est-à-dire une situation plus classique du transport public, que connaît bien Transdev, et même si la structure Mars aura toujours comme mission formelle de surveiller les intérêts financiers de tous les membres du groupement.
Jeanne BELLEVUE
Tracé, matériel, design… Tout sur le tram de Reims
Le tram rejoint Neufchâtel au nord à l’hôpital et au-delà à la gare de Bezannes au sud, au moyen de 23 stations avec des interstations de 450 à 500 m. La ligne est doublée sur une partie du tracé, entre la gare de Reims-centre et la gare Champagne-Ardenne TGV de Bezannes. Le tracé permet de relier et desservir des secteurs d’activité économique, des pôles d’enseignement, des pôles culturels, des pôles sportifs, des infrastructures publiques. Autour et alentour des 11,2 km de voies le tram entraine avec lui la requalification des espaces : nouvelles zones de stationnement, 7,7 km de pistes cyclables, zones 30, zones piétonnes, friches industrielles reconquises. Trois P+R le long du tracé, avec parkings à vélo. La ville se remodèle. Jusqu’à participer à l’essor de nouvelles zones, comme à Bezannes entre Blum et la gare Champagne-Ardenne : si l’extension n’était pas justifiée par la seule logique des flux -elle n’avait d’ailleurs pas été inscrite dans le projet initial- elle participe de la création d’une ZAC située à l’extrémité sud de la ligne du tramway. Il faut aussi repenser l’habitat, l’équipement collectifs et les espaces publics des quartiers traversés par le tram. Bâtir et rebâtir ici, préserver là. C’était une forte contrainte pour le centre rémois que d’éviter l’alimentation aérienne, notamment autour de la cathédrale. Alstom met ici en oeuvre l’Alimentation Par le Sol (APS) sur 2 km en plein centre ville.
C’est aussi Alstom qui fournit un matériel roulant entièrement fabriqué en France : le Citadis, d’une capacité de 205 places (56 assis + 149 debout). Mis en service pour la première fois à Montpellier en 2000 Citadis a depuis été choisi par de nombreuses autres villes, en France et dans le monde. Reims a choisi le confort et l’accessibilité : plancher bas intégral, éclairages lumineux et larges baies vitrées, espaces spacieux, nombreuses portes d’accès. Le réseau doit être d’usage aisé pour les personnes à mobilité réduite : sur les quais les distributeurs de titres de transport sur les quais, les monnayeurs et les écrans seront accessibles pour à un individu en fauteur roulant. De même dans les rames les moyens de préhension et boutons d’appel. L’intérieur de la rame a l’ampleur nécessaire au déplacement d’un fauteuil roulant ; et les annonces sonores et visuelles devraient permettre à tous d’être informé sur le parcours.
Les facilités d’accès pour les personnes à mobilité réduite assurent le confort de tous. Un confort qui ne saurait se faire au détriment de l’esthétique. En matière publicitaire l’agglomération a fait un choix radical : dédier des espaces à la publicité, à l’exclusion du reste du réseau. Ainsi trois rames de tramway sur les 18 au total et quelques bus, seront entièrement dévolues aux annonceurs. Cela permet de conserver intact le projet « couleurs » élaboré par Rudi Bauer et élu par les rémois en septembre 2005. Un projet haut en couleurs mais assez épuré : chaque véhicule sera d’une seule couleur parmi les huit couleurs sélectionnées. Les mêmes couleurs recouvriront peu à peu les bus dont le parc est ainsi renouvelé à l’occasion. L’habillage d’un tram qui traverse ainsi la ville est plus qu’un habillage : « l’identité d’un tramway, c’est l’identité d’une ville », aime à dire le designer du tram de Reims. Outre la gaîté, le dynamisme, les couleurs sont plurielles, et chacune d’entre elles se décline sur le véhicule en dégradé. Manière de donner à la ville non pas une couleur, mais des couleurs, changeantes, au gré des paysages urbains qu’elles mettent en couleur et en valeur. Le même artiste a d’ailleurs conçu un projet original et cohérent pour le design des stations. Mais Mars a aussi son designer et son projet. A ce jour la question demeure ouverte… L’avant du tram est, lui, définitivement dessiné. Il a été conçu pour Reims Métropole par MBD : le nez en flûte de champagne et le pare brise concave ont été choisis par la population en janvier 2007.
Jeanne BELLEVUE
Trains de demain : le grand retour du cocooning
On croyait l’ère du cocooning révolue ou du moins en déclin. Les designers lui prédisent un retour en force. C’est mécanique : « La crise engendre le repli sur soi, sur la cellule familiale », analyse Stéphane Pottier, directeur du design de MBD Design. Et en matière d’architecture intérieure des trains, cela se traduit par la personnalisation à outrance de l’espace dévolu à chaque passager. Le but : différencier sa place par rapport à celle du voisin de siège. « Aujourd’hui, un train reste un espace collectif, poursuit-il. Demain, il y aura tellement de possibilités d’ajustement à son goût personnel, jusque dans les tissus électroniques dont on pourra choisir la couleur, que ce sera comme si des parties communes donnaient accès à un espace individuel. » Même vision prospective chez Compin Seats. « On s’oriente de plus en plus vers le confort individuel, le siège cocoon, pronostique Claude Martin, directeur de l’ingénierie. Par exemple, c’est le grand retour de l’accoudoir entre les sièges. On n’aura plus rien à partager si on le souhaite, même plus la poubelle : la tendance est de proposer une corbeille individuelle. »
En plus de cette dynamique de l’individualisation, la tendance s’oriente indéniablement vers le service maximum. Ces petits plus qui sont encore considérés comme des avantages du voyage en 1re classe deviendront des services de base. « Tout cela est intimement lié à l’évolution générale de la société : tout le monde dispose d’une profusion de matériels électroniques, et, qu’il voyage pour son travail ou ses loisirs, le passager a besoin d’accéder à l’électricité et éventuellement à une connexion Internet », observe Vincent Créance, président de MBD Design. « Je déplore de ne pas voir la prise électrique individuelle proposée systématiquement dès aujourd’hui », estime pour sa part Claude Martin. Une question de prix ? De câblage ? « Rien d’insurmontable, poursuit-il. Le surcoût est d’environ 5 % du prix du siège. De plus, une fois le courant à la place, on ajoute facilement une liseuse, un écran vidéo… »
Pour tous les professionnels, la référence ultime, c’est ce que propose l’aviation, précurseur dans bien des aménagements de service. « Dans les avions, le design travaille aussi à l’isolement avec des sièges en quinconce, décalés, des minicloisons, des écrans individuels. C’est une direction qu’il faudra explorer dans le ferroviaire », assure Stéphane Pottier. L’écran vidéo équipe désormais les avions récents au sortir d’usine, dès le moyen-courrier. L’ICE allemand s’y est mis pour ses sièges de 1re classe, et, en Asie, un grand nombre de trains en disposent aussi. « En réalité, le problème n’est pas tant de mettre l’écran que de gérer le programme », poursuit-il. Toutefois, l’heure n’est pas pour autant à sa généralisation à toutes les classes dans un futur proche. « L’écran renchérit de 40 à 100 % le prix d’un siège, reconnaît Claude Martin. Les constructeurs qui parlent de plus en plus de proposer trois classes de confort les choisiront pour la classe Premium. »
Le siège possède déjà un grand nombre d’accessoires – tablette, porte-revues, porte-verres, repose-pieds, patère… –, mais la recherche des designers est insatiable. Dans le but d’améliorer l’accessibilité au siège près de la fenêtre, l’assise relevable pourrait se développer, à l’instar de ce que proposent certains opérateurs de pays nordiques. « On travaille également à un système qui permettra de verrouiller quelques affaires sur son siège », annonce Claude Martin. Un gadget utile pour pouvoir aller aux toilettes ou au bar sans être obligé de trimballer son PC avec soi… Le regard se porte aussi sur le monde de l’automobile et même sur l’ameublement. Entre autres aménagements de confort dans la voiture : les multiples réglages du siège. Dans les trains, le réglage dorsal du siège (en plus de son inclinaison) et celui de l’appui-tête font partie de cette volonté de procurer une “niche” individuelle au voyageur. De même que la possibilité de régler l’intensité lumineuse ou la température à la place. A l’horizon, pas encore de sièges chauffants, mais les revêtements deviennent intelligents. « Les fabricants de tissus inventent des matières absorbantes et des tissus techniques, rafraîchissants par exemple », poursuit le directeur de Compin Seats.
Autre sophistication qui participe du confort perçu : les poignées lumineuses qui changent de couleur au fur et à mesure que le train prend de la vitesse, comme celles présentées sur le MooviTER. « Inutiles et péjorantes », décrète le canal historique de la direction du matériel SNCF. « Une super idée ! », répondent les élus qui grimpent dans MooviTER. Même constat pour les jeux d’échecs : ça ne sert à rien, mais ça améliore le service. Enfin, les technologies d’avenir promettent aussi la multiplication des films-écrans et des écrans minces comme une feuille. Ces applications toucheront l’éclairage, l’habillage des parois et plafonds, les vitres… « Ce futur porte un nom de code : O-Led, à savoir la lampe écran », assure Jean-Christophe Mayeur, cofondateur de PM Design. Il prédit que la diode électroluminescente organique se glissera partout, même dans les tissus. Avant d’en arriver là, verra-t-on dans nos trains des sièges pivotants à 180° par groupe de deux, comme on en rencontre régulièrement en Asie ? Ils permettent à chacun de choisir d’être dans le sens de la marche ou non, de s’installer en file ou en vis-à-vis. « La SNCF n’est pas chaude, analyse Stéphane Pottier. Outre la perte de 15 à 20 % de sièges, il faut un sens aigu du collectif et un respect de l’autre pour que cette possibilité n’engendre pas d’interminables conflits. » Mais dans la mesure où le siège pivotant pourrait être perçu comme critère de différenciation, rien n’interdira en revanche à un éventuel opérateur privé de le tenter…
Cécile NANGERONI