On paiera son transport avec son mobile à Nice

Elle avait déjà été pionnière en lançant sa Suncarte, titre sans contact pour les transports urbains, il y a dix ans. Cette fois, « Nice sera prochainement une des villes européennes les plus en pointe dans le domaine de la technologie du sans-contact mobile ». Christian Estrosi, le maire UMP de la ville l’a annoncé officiellement le 22 mai, lors de la visite du secrétaire d’Etat à l’Industrie et à la Consommation, Luc Chatel, venu apporter le soutien de l’Etat à ce projet unique en France. Lancement prévu au printemps 2010, avec 3 000 utilisateurs – un millier par opérateur de téléphonie mobile – qui pourront s’équiper de mobiles NFC et tester un bouquet de services sur le territoire de la Communauté urbaine de Nice Côte d’Azur (Cunca, 500 000 habitants). Qu’ils soient chez Orange, Bouygues Telecom ou SFR, ces clients disposeront d’un portefeuille électronique à utiliser dans les transports en commun du réseau Ligne d’Azur, chez les commerçants, sur le campus universitaire et dans les musées.
Le groupe Veolia Transport, titulaire de la DSP dans l’agglo, est donc partenaire, de même que les banques, et le projet est soutenu par le Forum des services mobiles sans contact créé par Luc Chatel en avril 2008. Les voyageurs pourront acheter leur titre à distance, valider avec leur téléphone et obtenir des informations sur les horaires et les dessertes. « En 2005 déjà, nous avions développé un projet NFC complet avec Orange, se rappelle Dominique Descolas, directeur de programme billettique et services à la direction du développement et de l’innovation de Veolia. Durant un peu plus d’un an, une cinquantaine de testeurs ont acheté et validé leurs titres de transports avec un mobile NFC prototype. Nous avions volontairement choisi de surreprésenter une clientèle plutôt “technophobe” comme les personnes âgées, et personne n’a abandonné le test en cours de route. » Tickets unitaires, en carnet ou titre journalier étaient vendus par ce canal et payés en ligne par carte bancaire. Pas d’abonnement car il s’agissait de tester au maximum l’acte d’achat. « La faisabilité technique a été prouvée à ce moment-là, l’adhésion des clients aussi, et la volonté niçoise ne s’est jamais arrêtée », poursuit-il.
Plus qu’une expérimentation, l’opération qui se prépare est un vrai pilote commercial. Avec des vrais mobiles, chaque opérateur télécoms ayant promis de disposer d’au moins un modèle dans leur gamme, dont un qui sera commun. « On choisit le premier mobile ensemble à Nice pour que le développeur ait suffisamment de volumes », explique Laurent Jullien, directeur des services sans contact chez Bouygues Telecom. Mais aussi « avec de vrais clients, un vrai service, des vrais titres de transport et du vrai argent. L’opération à vocation à être pérennisée et à s’étendre », souligne Dominique Descolas. Même s’il reconnaît : « On va être en mode réglage tout de même, en fonction de la réaction des clients ». C’est en effet une première, cela mérite d’être souligné. Même si Caen, avec 500 testeurs, et Strasbourg (400 cobayes) ont éprouvé en 2008 le paiement d’achats via téléphone dans le cadre de l’opération “Payez mobile” menée avec les banques. Et si quelques villes l’ont expérimenté dans les transports, jamais il n’y avait eu de tests multiservices et multi-opérateurs.
Ancien, le système billettique niçois a dû être remis à niveau. Cela tombait bien ! Pour la NFC, il n’y aura qu’à le mettre aux normes ISO. Le transporteur prévoit dans son univers une boutique avec onglet solde, dates de validité et derniers achats, ainsi qu’une rubrique information voyageurs. Le tout « simple basique et ergonomique, avec l’achat en un ou deux clics ». Pour Pierre Noizat, le délégué général de l’Association française du sans-contact mobile créée en avril 2008 par une douzaine de membres (3 opérateurs de téléphonie et l’opérateur virtuel Energie Mobile, 3 banques, 2 fournisseurs de cartes SIM), « Nice est une étape importante du lancement commercial et industriel du NFC mobile en France, le point de départ d’un déploiement national ». Une charte de partenariat entre la ville de Nice, la Cunca, Bouygues, SFR, Orange, l’université de Nice-Sofia-Antipolis et Veolia définira le cadre d’intervention de chacun. Elle est en cours de préparation. Et qu’on le reconnaisse ou non, l’application transport est primordiale pour l’avenir de la technologie, une sorte de passage obligé pour un lancement à grande échelle. Ne serait-ce que parce qu’elle fait partie des usages quotidiens et concerne d’emblée pas mal de monde. L’expérience niçoise permettra donc de capitaliser pour l’avenir, sans préjuger en rien d’un déploiement plus large pour les voyageurs. Tout en rappelant son rôle de force de proposition face aux AO « afin qu’ils s’approprient les enjeux », le responsable de Veolia reconnaît aussi : « Le pire qui puisse nous arriver, ce serait de ne pas être suivis par les autres transporteurs… »
 

Cécile NANGERONI