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Quand l’intelligence artificielle s’invite dans les transports
Champ d’expérimentation pour les opérateurs, l’intelligence artificielle transforme peu à peu leurs métiers, tout en augmentant la qualité de service et le sentiment de sûreté.
Il y a quelques années le big data faisait les gros titres de nos journaux. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle (IA) qui envahit notre univers médiatique. « L’intelligence artificielle existe depuis longtemps, acquiesce Arnaud Julien, directeur Innovation, Data et Digital chez Keolis. Mais depuis quelque temps, le sujet s’impose par l’explosion de la quantité de données, corrélées aux capacités de calcul en croissance et à la performance des algorithmes. »
Données, algorithme et puissance de calcul : trois ingrédients qui constituent le socle de l’IA. Que l’un d’entre eux manque, et celle-ci perd sa raison d’être : sa capacité à prédire une situation à partir de l’analyse de données récoltées.
En matière de transports publics, urbains ou ferroviaires, l’IA s’exprime dans de nombreux domaines : la sûreté (des personnes mais aussi du matériel), la maintenance prédictive, la gestion des flux, l’automatisation de la conduite, la lutte contre la fraude… et bien d’autres.
Si certains usages ne posent pas de problèmes juridiques, d’autres, en revanche, sont plus sensibles, notamment ceux qui questionnent le respect du droit à la vie privée. « Ce sont des enjeux importants, insiste Claude Faucher, délégué général de l’UTP. Nous sommes favorables au développement de l’innovation servicielle si elle est respectueuse des principes constitutionnels qui régissent la société. Déployer l’intelligence artificielle ne peut se faire que dans le respect de la législation, même si des évolutions législatives nous apparaissent nécessaires ». Un point de vue partagé par Julien Réau, directeur Innovation France chez Transdev : « La réglementation française sur le traitement automatique des images vidéo contient des zones de vide juridique, et elle nous place, nous opérateurs, dans une forme d’incertitude sur notre capacité à déployer l’utilisation de ces algorithmes fort utiles à grande échelle dans les transports publics. La technologie existe, nous devons pouvoir expérimenter en toute transparence. »
Car sur un certain nombre de sujets, l’intelligence artificielle est en train de transformer le métier d’opérateur. Les images, le son et le texte constituent des champs d’analyse de prédilection. Premier exemple, le plus connu : le véhicule autonome, équipé de caméra ou de radars qui analysent l’image à 360°. Objectif : l’autonomie totale. L’analyse des images s’exerce aussi dans une logique de sécurité routière.
Mais d’autres expérimentations existent. Pour mieux comprendre la fréquentation et apporter des éléments prédictifs les plus fiables possibles, Keolis utilise plusieurs champs de données issus de la météo ou de l’historique des données de fréquentation de sa ligne 1 (Aéroport / gare Saint-Jean). L’intelligence artificielle permet d’avoir une prédiction de fréquentation, fiable à plus de 92 %, sur l’heure, voire sur le jour suivant.
Autre domaine d’action, le texte. A Dijon, grâce à l’application Diviamobilité, un coach vocal accompagne les voyageurs afin de répondre aux trois demandes les plus fréquentes des voyageurs : les horaires, la recherche d’itinéraires ou l’état du trafic. Les usagers peuvent lui poser des questions d’itinéraires dans le « mauvais sens », c’est-à-dire en commençant par dire où ils veulent se rendre, puis en spécifiant le point de départ, sans spécifier d’adresse précise mais en évoquant un POI (un point d’intérêt) : la piscine, le musée, la mairie… « L’intelligence artificielle a été entraînée pendant six mois pour que le coach puisse comprendre la question et donner une réponse vocale satisfaisante », précise Arnaud Julien.
Reste le son. A Rouen, Transdev a équipé les 22 véhicules qui circulent la nuit de capteurs d’incivilité. Un système permet d’analyser la prosodie des phrases, l’intonation entre les différents mots, et de repérer des situations d’agression en tenant compte du son ambiant. Couplé à un système de vidéo en temps réel déclenché par le conducteur, il permet, en cas d’alerte, de renvoyer les images au PC et de lever le doute, ou de déclencher les secours. « C’est un système qui renforce le sentiment de sécurité pour le conducteur comme pour les voyageurs », se félicite Gaetan Dubois, responsable Sureté et Sécurité chez TCAR Transdev Rouen.
Toutes ces innovations, et bien d’autres (identification des bagages abandonnés en temps réel, maintenance prédictive pour anticiper les pannes, contrôle de la consommation d’énergie, simulation des évolutions de réseaux…) transforment dès à présent le métier des opérateurs. Au bénéfice d’une sûreté accrue.
Véronique Pierré