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Equipementiers et services : RAILwAI exploite la richesse des données ferroviaires

Fondée fin 2021, RAILwAI pratique l’analyse de données ferroviaires et s’appuie sur l’intelligence artificielle pour révolutionner la maintenance ferroviaire. Après une longue phase de consolidation, la start-up montpelliéraine aborde celle de la croissance pour conforter sa position et ses marchés.
Disposer d’informations fiables pour améliorer le service ferroviaire, c’est la promesse de Bruno Dabilly, dirigeant de RAILwAI. Le nom de la start-up née à Montpellier fait référence à l’intelligence artificielle (AI pour Artificial Intelligence). Grâce à une suite logicielle, elle réussit à faire communiquer entre elles différentes données du réseau collectées en silo.
Dans un secteur déjà fortement numérisé, les acteurs du rail sont confrontés à une multitude d’informations brutes, inutilisables en l’état. Toutes ces données doivent être analysées et filtrées avant de pouvoir être exploitées. D’autant que tous les outils numériques à la disposition des opérateurs ferroviaires n’empêchent pas les dysfonctionnements, les retards et les perturbations multiples.
Par l’analyse et la transmission des informations, RAILwAI a développé une solution logicielle destinée à améliorer le fonctionnement des réseaux. L’idée est de faciliter la maintenance prédictive pour anticiper les pannes. La start-up promet de réduire de 30 % les incidents, et de 15 % les coûts générés. Ses clients – gestionnaires d’infrastructures, opérateurs de transport, sociétés d’ingénierie, constructeurs – disposent d’un accès à une plateforme collectant des informations ciblées et contextualisées qui, en principe, leur permettent d’anticiper les dysfonctionnements. Parmi les paramètres pris en compte, le volume du trafic, la fréquence ou encore la météo pour réaliser une « photographie » des possibles défauts d’exploitation, explique son dirigeant.
Ces informations portent exclusivement sur les infrastructures des réseaux, sans s’intéresser au matériel roulant. Un choix assumé, l’entreprise cherchant à se positionner sur un marché de niche, celui des gestionnaires d’infrastructures. Et pas forcément des poids lourds comme SNCF Réseau en France ou Infrabel en Belgique, mais aussi des exploitants privés, des réseaux portuaires ou des opérateurs de métros et tramways. D’autres marchés sont passés avec des sociétés d’ingénierie de construction d’infrastructure. RAILwAI travaille aussi avec les fabricants de capteurs de données qui cherchent à adapter leurs outils aux réalités du marché et développer des solutions idoines. C’est du « gagnant gagnant », note Bruno Dabilly.
De nouveaux contrats pour RAILwAI
L’année 2023 aura été faste pour la start-up qui a signé de nouveaux contrats, parmi lesquels les chemins de fer catalans en Espagne (300 km d’infrastructure), Europorte, AltaMetris (filiale de SNCF Réseau) et Transdev qui viennent compléter le portefeuille clients, comme Oc’via Maintenance chargée de la réalisation du contournement ferroviaire de Nîmes et de Montpellier. Une entreprise que connaît bien Bruno Dabilly puisqu’il en a été le président. RAILwAI est également en discussion avec la RATP pour équiper la ligne 13 du métro parisien, réputée pour ses difficultés d’exploitation et ses dysfonctionnements.
Classée au top 4 de l’European Start-up Prize for Mobility organisé fin 2023, l’entreprise est également lauréate de l’appel à projets I-Nov valorisant les solutions à fort potentiel pour l’économie. Ce qui lui a permis de décrocher un financement de la Banque publique d’investissement (Bpifrance) de 1,2 million d’euros, sur trois ans.
La start-up se place aujourd’hui dans une perspective de croissance et cherche à recruter une vingtaine de nouveaux collaborateurs. Avec une équipe composée d’une quinzaine de personnes réparties en trois secteurs – maintenance ferroviaire, transports, datas, RAILwAI est en sous-effectif. L’objectif est d’élargir le spectre des solutions proposées aux clients et de se positionner davantage sur le marché des collectivités locales urbaines et régionales pour le réseau TER. Plusieurs régions seraient intéressées : Grand Est, Occitanie, Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur ainsi que des réseaux portuaires.
Mais pour cela, il faut d’abord couvrir l’ensemble des modules de l’activité qui est divisée en sept secteurs : la collecte de données, la géométrie (voies et caténaires), la signalisation, le trafic (l’impact des circulations), la météo, l’inspection (les contrôles de l’infrastructure) et les règles de surveillance et de maintenance en fonction des données, appelées « Mida ». Ce dernier module permet d’évaluer les économies ou à l’inverse, les surcoûts liés à une juste maintenance par rapport à un excès d’opérations inutiles.
« Noyés sous les données »
La phase de croissance passe par le développement de deux secteurs sur lesquels la start-up n’est pas encore présente, la signalisation et « Mida ». Elle est aujourd’hui à une période charnière et doit impérativement réaliser une levée de fonds pour accompagner et accélérer son développement. Avec des ambitions nationales et internationales, l’enjeu du prochain semestre est d’approcher les réseaux de transport urbain. Si Tisséo à Toulouse, la Semitan à Nantes ou encore les tramways de Grenoble ou Montpellier utilisent les services RAILwAI, d’autres collectivités sont plus frileuses. « Il faut proposer des offres adaptées au marché avec des formules innovantes, un abonnement mensuel pour un service », note Bruno Dabilly. « Beaucoup d’acteurs sont noyés sous les données sans savoir comment les exploiter », analyse t-il.
Confiant sur les objectifs 2024, le dirigeant table sur une accélération de l’activité et une transformation pour conquérir ces nouveaux marchés. Une nouvelle étape qui passera par la recherche d’un partenaire « pour accompagner et amplifier cette transformation ».
Philippe-Enrico Attal