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Spécial BUS

Mercedes va construire des bus électriques en France
En région Grand-Est, l’histoire du site industriel de Ligny-en-Barrois, situé dans le département de la Meuse, commence dès 1962, avec l’édification d’un tout premier bâtiment pour la fabrication de structures métalliques. En 1980, ce site est racheté par Otto Kässbohrer, génial entrepreneur allemand à qui l’on doit l’invention de la « caisse-poutre » autoportante, qui allait bientôt universellement supplanter l’architecture traditionnelle avec caisse et châssis séparés pour la construction des autocars et autobus. Un an après le rachat du site, sort de chaîne, à Ligny, le premier autocar de la marque Setra, dont le nom n’est autre que la contraction de l’allemand « selbsttragend », qui se traduit justement par autoportant. Bientôt, une centaine d’unités y sont produites chaque année. En 1986, l’autobus urbain fait son apparition à Ligny. Il deviendra bientôt le cœur de métier de l’usine meusienne. Un premier changement institutionnel survient en 1995, année où le groupe allemand Daimler rachète la marque Setra, pour constituer, avec Mercedes, l’entreprise EvoBus. En 1996, débute, dans l’usine de Ligny, la construction de l’autobus Mercedes Citaro C1, destiné à y remplacer son prédécesseur, le O 405N, qui était le standard de seconde génération à plancher surbaissé du VdV (Verband Deutscher Verkehrsunternehmen, Association allemande des entreprises de transport). Et il n’y aura, au demeurant, jamais de troisième « standard VdV », les constructeurs allemands reprenant la main, à la faveur d’une évolution générale dans l’Union européenne, voulant que les exploitants renoncent à toute velléité de conception technique pour se limiter à un rôle de prescripteur…

L’usine française est l’une des plus modernes d’Europe
En l’an 2000, la production annuelle des autobus, à Ligny, atteint déjà les 535 véhicules. Dix ans plus tard, ce chiffre grimpe à 551. En 2012, intervient le lancement de la production du C2, deuxième génération de la famille Citaro, tandis que, quatre ans plus tard, c’est le grand retour dans la Meuse de la marque historique Setra, avec la fabrication de ses autobus interurbains. Dans le même temps, il est procédé à une rationalisation des méthodes et outillages à disposition pour assurer la production. C’est ainsi que l’année 2017 voit la mise en place de la fameuse ligne unique d’assemblage, en forme de U, pour pouvoir gagner un maximum d’espace dans le hall principal. En 2019, le passage à deux équipes (en 2×8 heures) permet d’augmenter significativement le rythme de production qui, à peine un an plus tard, atteint déjà les 2000 véhicules par an !
Ce résumé d’une histoire d’une rare densité, cela sur une période relativement courte, explique pourquoi l’usine de Ligny-en-Barrois, qui a constamment été adaptée aux technologies les plus récentes, est aujourd’hui reconnue comme l’une des plus modernes d’Europe. De plus, ces dernières années, le Citaro Hybrid représentait déjà la moitié de son volume de production. Il n’est donc pas si surprenant que, pour la business unit Daimler Buses de Daimler Truck – qui a été séparée de Daimler AG (aujourd’hui Mercedes Group AG) en 2021 – le choix de Ligny pour produire l’autobus à propulsion 100 % électrique eCitaro, à partir du premier trimestre 2024, se soit finalement imposé.
C’est en 2018 que l’eCitaro avait été introduit sur le marché, en version standard de 12 m. Depuis, s’est ajoutée la version articulée de 18 m, sous la dénomination d’eCitaro G. Lors du lancement des eCitaro, tout comme autrefois lors de celui des tout premiers Citaro diesel ainsi que des générations qui les ont précédés, Hambourg a joué un rôle primordial, comme partenaire privilégié de Mercedes, pour leur mise au point et la correction des quelques défauts de jeunesse inhérents à tout nouveau matériel roulant. Cela explique en partie pourquoi l’eCitaro est aujourd’hui particulièrement présent dans le grand port hanséatique. La Hamburger Hochbahn (HH) – le métro aérien de Hambourg, qui est l’opérateur de l’ensemble des transports urbains de cette ville – possède déjà 87 eCitaro de 12 m et 23 de 18 m. Et son homologue régional, les Verkehrsbetriebe Hamburg-Holstein (VHH), viennent de signer, en sus des 37 eCitaro que compte déjà son parc, un nouveau contrat-cadre qui établit cette fois un vrai record, puisqu’il porte sur non moins de 250 unités !
En Allemagne, outre bien sûr Hambourg, l’eCitaro roule notamment déjà à Wiesbaden, Mannheim et Heidelberg. Dans son propre pays, rien que pour l’an dernier, Daimler Buses a immatriculé près de 300 nouveaux eCitaro, ce qui représente déjà quasiment la moitié des bus électriques de plus de huit tonnes qui y ont été commercialisés. Près de 700 eCitaro sont aujourd’hui en service en Allemagne, dont un quart en version articulée. En France, l’eCitaro a déjà été livré à Rennes, qui se distingue pour avoir passé une très importante commande de 92 véhicules articulés équipés pour la charge par opportunité. Les villes de Rouen et Nice figurent également parmi les autres clients. Jusqu’ici, l’eCitaro n’était fabriqué que sur le site historique de Mannheim. Désormais, il le sera donc également dans l’usine de Ligny-en-Barrois. « C’est le résultat d’une Europe forte, qui joue la collaboration entre pays et, dans le cas présent, entre l’Allemagne et la France. En achetant nos composants dans toute l’Europe, en y fabriquant nos véhicules et en les vendant dans l’espace européen, nous arrivons toujours à être compétitifs » assure Holger Duerrfeld, CEO d’Evobus France.







Un Intouro électrique pour le marché français
Daimler Truck, dont Daimler Buses est partie intégrante, emploie actuellement en France quelque 2500 collaborateurs embauchés en CDI, dont environ le quart travaillent justement à Ligny, premier employeur privé du département. « Notre usine tourne à plein régime. Avec un carnet de commandes bien rempli, les perspectives sont très bonnes… » se félicite Faruk Celik, responsable du site de production meusien. Une nouveauté d’importance devrait encore venir « booster », dans les prochaines années, ce carnet de commandes. Il s’agit de la commercialisation, dès 2025, d’une version 100 % électrique de l’autocar interurbain Intouro. C’est en partie l’œuvre d’Holger Duerrfeld, qui a su convaincre les dirigeants de Daimler de l’intérêt qui existait, pour le marché français, à « électrifier » plutôt ce véhicule à plancher mi-haut qu’un « Low-Entry », dans la mesure où cette dernière architecture, pourtant assez répandue partout ailleurs en Europe et tout spécialement en Scandinavie, a toujours eu curieusement du mal, en France, à trouver ses adeptes. Cette nouveauté s’inscrit, bien sûr, dans la stratégie de Daimler Buses d’électrifier progressivement l’ensemble de son offre, afin de ne plus vendre en Europe, à partir de 2030, que des bus électriques.
La concrétisation, dès l’an prochain, du projet de construction de l’eCitaro à Ligny-en-Barrois, en double avec l’usine de Mannheim, doit également beaucoup au soutien des instances locales. L’actuel maire de Ligny, Jean-Michel Guyot, ancien collaborateur de l’entreprise Kässbohrer qu’il avait rejointe dès 1980, a lui-même travaillé pendant 32 ans sur le site meusien. Il est l’un des nombreux élus qui ont œuvré à cette réussite. « En réalité, la première opportunité saisie, nous la devons à Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, qui permit à l’époque l’implantation de Setra à Ligny-en-Barrois, à la suite de la fermeture d’une entreprise métallurgique, rappelle-t-il. Et quarante ans plus tard, en 2020, notre conseil municipal a voté, à l’unanimité, la vente à Evobus de 3,5 ha de terrain communal (et la relocalisation des infrastructures sportives qui s’y trouvaient) pour permettre d’agrandir l’usine ».
Daimler Buses qui, malgré la crise des semi-conducteurs, est parvenu à éviter les pertes justement grâce à la flexibilité inhérente à ses différents sites de production, a donc décidé d’investir, d’ici 2030, 50 millions d’euros supplémentaires pour adapter Ligny à la fabrication de l’eCitaro. Dans le même temps, 250 collaborateurs vont être embauchés sur le site, auxquels la formation nécessaire, dont celle spécifique à la « haute tension », sera dispensée par le constructeur. Déjà, ces dernières années, le nombre de collaborateurs, sur le site de Ligny, n’avait cessé d’augmenter avec, depuis 2021, plus de 150 nouveaux postes créés. Pour marquer l’évènement, Daimler Buses avait organisé à Ligny-en-Barrois, le 3 avril dernier, une « Journée d’électrification », en présence de nombreuses personnalités. Parmi elles, le préfet de la Meuse, Xavier Delarue, qui devait déclarer à l’occasion : « Cette usine est un symbole, à l’heure du grand défi de la réindustrialisation du territoire, aussi les services de l’Etat seront-ils au rendez-vous pour accompagner votre développement, car c’est le genre d’entreprise que nous voulons encourager ».
Vienne, Rome et Berlin s’approvisionnent à Ligny
Les lignes d’assemblage existantes vont donc être entièrement transformées, pour pouvoir assurer la mixité de production des versions diesel et électrique du Citaro. Les spécificités à prendre en compte sur l’eCitaro sont essentiellement les batteries, qui doivent être montées pour partie en toiture et pour partie dans la zone arrière autrefois occupée par le groupe thermique, l’électronique de puissance et de commande, avec son onduleur, et l’essieu arrière ZF AVE 130 qui incorpore deux petits moteurs électriques, à raison d’un par moyeu de roue. Une conception optimisée du flux de production, visant son augmentation, répartira désormais la partie « logistique » au Nord, la production proprement dite au centre, et les activités de qualité et de finition au Sud, dans un nouveau bâtiment qui doit justement être construit sur les terrains récemment rachetés à la commune. Le 3 avril dernier, l’usine et ses parkings extérieurs étaient partout remplis de Citaro diesel en versions standard et articulée, avec notamment de très nombreux véhicules en livrée rouge et blanc « Wiener Linien » destinés aux opérateurs des transports urbains de Vienne, en Autriche, ainsi que d’autres pour Atac, à Rome. Lors de notre précédente visite, c’était une foultitude de Citaro pour la BVG (Berliner Verkehrsbetriebe, l’opérateur de Berlin) qui se trouvaient stationnés là, en attente de livraison. Plus que jamais, l’avenir de l’usine française de Mercedes s’écrit aux dimensions de l’Europe.