Le titre unique se conjugue au pluriel

Application transport © Fairtiq titre unique

Le titre unique avance. Il a été voulu par Emmanuel Macron pour se déplacer en France avec un seul billet quel que soit le mode de transport. Une expérimentation devrait se dérouler selon le calendrier prévu, mais le développement sur plusieurs régions se heurte à la multiplication d’initiatives locales de tickets dématérialisés.

Le projet de ticket unique avance. La plateforme de paiement est prête et son développement se poursuit, piloté par le spécialiste français Worldline. L’application destinée aux voyageurs, deuxième brique technologique du projet de ticket unique, est, elle aussi, bien avancée.

En juin, la phase de test de ce titre dématérialisé valable pour TER, métro, tramway, RER, bus, vélo, pourra être lancée. Le syndicat des mobilités de Touraine (SMT) été le premier, il y a un an, à signer une convention d’expérimentation. Elle devrait se dérouler selon le calendrier, évoqué au printemps dernier par Patrick Vergriete, alors ministre des Transports, mais pas avec les partenaires annoncés à l’époque.

Si la liaison Tours-Caen-Le Mans avait été choisie pour tester le billet unique, la région Pays de Loire s’est finalement retirée du projet. Il y a trois mois, la collectivité qui regroupe cinq départements, sept grandes agglomérations et environ 1200 communes, a même annoncé avoir confié à la société Kuba, spécialiste des systèmes de paiement dédiés aux mobilités innovantes, associée à La Banque Postale, la mise en place de sa propre solution de billettique unifiée pour son réseau de transport en commun.

Ce type d’initiatives régionales va à l’encontre de la vision nationale du projet de ticket unique voulu par le président Macron et porté par la DGITM, la direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités. Or, maintenant que sa plateforme est prête, l’intégration de nouvelles collectivités est déterminante pour le succès de l’initiative d’envergure nationale.

Trois régions et neuf AOT

Au total, mi-février, trois régions et 9 AOT avaient accepté de la tester. Des discussions sont aussi bien avancées avec quatre autres régions dont une dans les Dom-Tom. A la DGITM, on assure que l’essentiel des sujets sensibles a été réglé. C’est le cas du partage des recettes entre collectivités qui sera assuré par des chambres de reversement à l’échelle régionale tandis que la tarification restera bien à la main de chaque région. «L’expérimentation devrait durer quatre ans, mais on devrait y arriver plus tôt », prédit Mélanie Veissier de la DGITM, responsable du projet depuis son lancement il y a deux ans et demi jusqu’en février dernier.

La direction des infrastructures et des mobilités mise sur une accélération des candidatures, notamment dans le sillage des projets de services express régionaux métropolitains dont une quinzaine ont déjà reçu la labélisation, première étape pour boucler leur financement. « Occupez-vous de lancer de nouvelles infrastructures, nous avons développé la plateforme de billetterie qui va harmoniser le paiement des transports publics à l’échelle nationale», assure la DGITM aux collectivités, qui préfèrent continuer à distribuer des titres prépayés ou développer leur propre système.

Appli mobile nationale

Le titre unique de transport dématérialisé mis au point sera donc accessible via une application mobile nationale qui centralisera l’achat de billets pour bus, trains, tramways, vélos ou toutes autres solutions de transport public. Il s’adresse aux voyageurs occasionnels dont les trajets représentent des recettes conséquentes pour les AOM. Selon une étude de la Fabrique des Mobilités publiée en octobre 2023, les voyages occasionnels (achat de tickets unitaires ou par carnet, à distinguer des abonnements d’une durée minimum de 1 mois), représentent en moyenne 29 % des achats de titres et 51 % des recettes.

Le lancement du ticket unique correspond aussi au développement inexorable du numérique. Les ventes « dématérialisées » ne représentent encore que 15 % dans les transports publics, contre 80 à 90 % pour le ferroviaire ou l’aérien. Sur cette part, 54 % sont aujourd’hui constitués de ticket sur mobile, contre 25 % en paiement ouvert avec carte bancaire et 11 % en post paiement. Cette dernière option constitue la solution retenue pour le ticket unique: le voyageur est débité à la fin de son parcours, comme le propose, en Ile-de- France, le pass Navigo Liberté. Pour les autorités organisatrices de la mobilité, cette solution clé en main de billettique mutualisée et interopérable devrait se révéler pertinente avec l’ouverture du rail à la concurrence. Elle doit aussi permettre d’éviter les coûts de développement d’une offre dématérialisée au niveau régional.

La feuille de route du projet est construite depuis 2023 par l’Etat, des représentants de collectivités (GART, Régions de France, AGIR transport…), des associations usagers (FNAUT) et des opérateurs de transport (UTPF). Une équipe projet dédiée a travaillé sur les différentes briques du projet avec les territoires volontaires et des usagers. Un hackathon a été lancé pour explorer plusieurs pistes. Des voyages d’études ont été menés en Suisse et aux Pays-Bas où des billets uniques ont été lancés.

Mise en commun des données

Techniquement, le projet français prévoit une plateforme nationale d’interopérabilité permettant la connexion des systèmes billettiques et la redistribution des recettes. Cœur du réacteur, cette plateforme doit permettre à l’AOM de traiter, émettre et accepter des titres de trans- ports émises par d’autres sociétés. Sa mise en œuvre est complexe. Elle implique une mise en commun des données : topographie des lignes, avec liste des arrêts, des horaires, perturbations et accessibilité. Le système nécessite la signature de conventions permettant aux AOM de vendre des titres au-delà de leur réseau.

La validation du titre dématérialisé va aussi nécessiter des outils et des procédures de vérifi- cation de conformité, une intégration des appli existantes et la qualification d’équipements de contrôle. L’extension progressive du service à d’autres territoires, prévue à partir du début de l’année 2026 doit s’accompagner d’un programme de sensibilisation. Des actions de communication et des formations seront proposées pour familiariser les usagers avec l’application et ses usages. D’ici là, un petit nom devra avoir été choisi et donné au service.