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Trains de demain : le grand retour du cocooning
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On croyait l’ère du cocooning révolue ou du moins en déclin. Les designers lui prédisent un retour en force. C’est mécanique : « La crise engendre le repli sur soi, sur la cellule familiale », analyse Stéphane Pottier, directeur du design de MBD Design. Et en matière d’architecture intérieure des trains, cela se traduit par la personnalisation à outrance de l’espace dévolu à chaque passager. Le but : différencier sa place par rapport à celle du voisin de siège. « Aujourd’hui, un train reste un espace collectif, poursuit-il. Demain, il y aura tellement de possibilités d’ajustement à son goût personnel, jusque dans les tissus électroniques dont on pourra choisir la couleur, que ce sera comme si des parties communes donnaient accès à un espace individuel. » Même vision prospective chez Compin Seats. « On s’oriente de plus en plus vers le confort individuel, le siège cocoon, pronostique Claude Martin, directeur de l’ingénierie. Par exemple, c’est le grand retour de l’accoudoir entre les sièges. On n’aura plus rien à partager si on le souhaite, même plus la poubelle : la tendance est de proposer une corbeille individuelle. »
En plus de cette dynamique de l’individualisation, la tendance s’oriente indéniablement vers le service maximum. Ces petits plus qui sont encore considérés comme des avantages du voyage en 1re classe deviendront des services de base. « Tout cela est intimement lié à l’évolution générale de la société : tout le monde dispose d’une profusion de matériels électroniques, et, qu’il voyage pour son travail ou ses loisirs, le passager a besoin d’accéder à l’électricité et éventuellement à une connexion Internet », observe Vincent Créance, président de MBD Design. « Je déplore de ne pas voir la prise électrique individuelle proposée systématiquement dès aujourd’hui », estime pour sa part Claude Martin. Une question de prix ? De câblage ? « Rien d’insurmontable, poursuit-il. Le surcoût est d’environ 5 % du prix du siège. De plus, une fois le courant à la place, on ajoute facilement une liseuse, un écran vidéo… »
Pour tous les professionnels, la référence ultime, c’est ce que propose l’aviation, précurseur dans bien des aménagements de service. « Dans les avions, le design travaille aussi à l’isolement avec des sièges en quinconce, décalés, des minicloisons, des écrans individuels. C’est une direction qu’il faudra explorer dans le ferroviaire », assure Stéphane Pottier. L’écran vidéo équipe désormais les avions récents au sortir d’usine, dès le moyen-courrier. L’ICE allemand s’y est mis pour ses sièges de 1re classe, et, en Asie, un grand nombre de trains en disposent aussi. « En réalité, le problème n’est pas tant de mettre l’écran que de gérer le programme », poursuit-il. Toutefois, l’heure n’est pas pour autant à sa généralisation à toutes les classes dans un futur proche. « L’écran renchérit de 40 à 100 % le prix d’un siège, reconnaît Claude Martin. Les constructeurs qui parlent de plus en plus de proposer trois classes de confort les choisiront pour la classe Premium. »
Le siège possède déjà un grand nombre d’accessoires – tablette, porte-revues, porte-verres, repose-pieds, patère… –, mais la recherche des designers est insatiable. Dans le but d’améliorer l’accessibilité au siège près de la fenêtre, l’assise relevable pourrait se développer, à l’instar de ce que proposent certains opérateurs de pays nordiques. « On travaille également à un système qui permettra de verrouiller quelques affaires sur son siège », annonce Claude Martin. Un gadget utile pour pouvoir aller aux toilettes ou au bar sans être obligé de trimballer son PC avec soi… Le regard se porte aussi sur le monde de l’automobile et même sur l’ameublement. Entre autres aménagements de confort dans la voiture : les multiples réglages du siège. Dans les trains, le réglage dorsal du siège (en plus de son inclinaison) et celui de l’appui-tête font partie de cette volonté de procurer une “niche” individuelle au voyageur. De même que la possibilité de régler l’intensité lumineuse ou la température à la place. A l’horizon, pas encore de sièges chauffants, mais les revêtements deviennent intelligents. « Les fabricants de tissus inventent des matières absorbantes et des tissus techniques, rafraîchissants par exemple », poursuit le directeur de Compin Seats.
Autre sophistication qui participe du confort perçu : les poignées lumineuses qui changent de couleur au fur et à mesure que le train prend de la vitesse, comme celles présentées sur le MooviTER. « Inutiles et péjorantes », décrète le canal historique de la direction du matériel SNCF. « Une super idée ! », répondent les élus qui grimpent dans MooviTER. Même constat pour les jeux d’échecs : ça ne sert à rien, mais ça améliore le service. Enfin, les technologies d’avenir promettent aussi la multiplication des films-écrans et des écrans minces comme une feuille. Ces applications toucheront l’éclairage, l’habillage des parois et plafonds, les vitres… « Ce futur porte un nom de code : O-Led, à savoir la lampe écran », assure Jean-Christophe Mayeur, cofondateur de PM Design. Il prédit que la diode électroluminescente organique se glissera partout, même dans les tissus. Avant d’en arriver là, verra-t-on dans nos trains des sièges pivotants à 180° par groupe de deux, comme on en rencontre régulièrement en Asie ? Ils permettent à chacun de choisir d’être dans le sens de la marche ou non, de s’installer en file ou en vis-à-vis. « La SNCF n’est pas chaude, analyse Stéphane Pottier. Outre la perte de 15 à 20 % de sièges, il faut un sens aigu du collectif et un respect de l’autre pour que cette possibilité n’engendre pas d’interminables conflits. » Mais dans la mesure où le siège pivotant pourrait être perçu comme critère de différenciation, rien n’interdira en revanche à un éventuel opérateur privé de le tenter…
Cécile NANGERONI