Transports au quotidien : 10 mesures anti-pagaille

Après le grand chaos blanc et la pagaille, voici le temps des mesures annoncées pour améliorer l’organisation des transports terrestres. Dix précisément, sorties tout droit de la table ronde organisée le 10 janvier dernier en présence de représentants de la SNCF, de la RATP et de Météo France, des gestionnaires d’infrastructures ainsi que des fédérations professionnelles, des associations d’usagers.

Annoncées de concert par Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, Thierry Mariani, secrétaire d’État aux Transports, et Frédéric Lefebvre, secrétaire d’État chargé des services et de la consommation, les nouvelles mesures visent à tirer sans tarder les leçons pour une meilleure gestion dans l’avenir de ces situations exceptionnelles et des « événements neigeux ». Ceci à partir d’un diagnostic tiré des premiers rapports sur les dysfonctionnements, sur les routes et sur le réseau ferré.

Pas question toutefois de souffler sur les braises. Pour la ministre, les responsabilités sont établies mais « nous ne voulons pas désigner de boucs émissaires. Les propositions se concentrent sur les solutions ». À l’origine, il s’agissait avant tout de tirer les enseignements du blocage des routes d’Île-de-France début décembre 2010, comme l’avait d’ailleurs demandé, dès le 10 décembre, Thierry Mariani. Depuis, le train Strasbourg – Port-Bou est passé par là, incident ferroviaire majeur parmi d’autres plus minimes. En tête des mesures retenues : la présence d’un représentant de Météo France dans chaque PC de zone en cas de crise météo grave.

Et quatre mesures spécifiques aux routes : modalités des interdictions de circulation, identifications des zones à risque pour les poids lourds, itinéraires prioritaires pour les secours et transports en commun, renforcement des moyens matériels et équipements en GPS des véhicules d’intervention. Et puis très large information des usagers, en s’appuyant sur les principaux médias : radios, télés, web…

Quant à la RATP, avant l’hiver prochain, elle devra définir des voies de bus prioritaires afin d’adapter le déneigement en conséquence, en particulier en Petite Couronne.
 

 

Quatre mesures concernent les trains :

La SNCF devra travailler avec les constructeurs afin de rendre les trains en France « plus résistants au froid et à la neige dès la conception ». La maintenance doit également être adaptée, « en généralisant par exemple les installations de dégivrage. » Et puis, si la limitation de vitesse est jugée inévitable, « d’autres pistes doivent être examinées, comme le garage à l’abri des rames les plus exposées. »

Pour que l’infrastructure supporte mieux les intempéries, un renforcement des moyens concernant les réchauffeurs d’aiguillage et les élagages est préconisé. Dans le mois à venir, SNCF et RFF devront identifier les actions à entreprendre prioritairement en 2011.

Améliorer la qualité de l’information aux voyageurs est, une nouvelle fois, affiché comme une priorité. À la SNCF, cela doit passer par tous les canaux possibles, « y compris par le biais d’une radio SNCF » qui pourrait émettre dans les trains et les gares. Toutefois, cela passe avant tout par des contrôleurs bien formés et informés. Pour cela, un programme de formation à la prise de parole en situation perturbée pour les agents en relation avec des passagers va être lancé. Pour qu’ils bénéficient d’un maximum d’informations à transmettre en temps réel dans le train sur la situation, les 10 500 contrôleurs seront équipés de smartphones dès l’an prochain. Le coût de cette mesure, y compris les communications, est estimé à 10 millions d’euros. L’envoi plus généralisé de SMS est également préconisé. Il concernerait actuellement 30 % des voyageurs Grandes Lignes, 15 % de ceux des trains du quotidien ; Guillaume Pepy mise sur un doublement de ces proportions dans les 18 mois à venir. Parallèlement, de nouvelles astreintes seront mises en place au centre opérationnel pour diffuser l’information vers les agents. Enfin, il est demandé à la SNCF de faciliter le remboursement des billets annulés, notamment par le biais des bornes automatiques.

Le dispositif de prise en charge des voyageurs en cas de perturbation exceptionnelle devra être renforcé, l’accent étant mis sur l’information qui doit bien parvenir à la destination finale, les taxis, le ravitaillement…
 

 

 

UN PLAN DE SECOURS POUR 12 LIGNES MALADES

 

Cette fois, le président de la SNCF et la ministre de l’Écologie sont sur la même longueur d’ondes. Nathalie Kosciusko-Morizet avait d’abord critiqué les explications données par Guillaume Pepy sur l’absence d’un conducteur pour assurer la relève à Belfort dans « l’affaire » du Strasbourg – Nice – Port-Bou. Signe d’un réchauffement des relations diplomatiques : NKM a utilisé les termes mêmes du président de la SNCF pour tirer la conclusion de cet incident majeur. Des erreurs ont été commises, ces erreurs sont humaines, mais, comme l’a précisé Guillaume Pepy, « il n’y a aucune faute individuelle de telle ou telle personne, un lampiste que l’on désignerait, un bouc émissaire qui mériterait des sanctions. » Fermez le ban ? Pas si vite. Car au-delà de « l’affaire » qui focalise l’attention et l’essentiel des récriminations, la SNCF se trouve bien en zone de turbulences.
Quelques exemples significatifs parmi d’autres. Rhône-Alpes fustige la SNCF pour l’augmentation considérable du nombre des trains en retard. Tout comme les associations d’usagers, en première ligne desquels les abonnés du Paris – Le Mans où, là aussi, les retards s’accumulent. Ou dans le Grand Ouest. De multiples pétitions y circulent de clients qui se voient comme des « vaches à lait de la SNCF ». Sans oublier les soucis, devenus presque habituels, d’Eurostar quand le grand froid arrive…

Depuis quelques semaines, le président de la SNCF s’était astreint à une relative cure d’abstinence médiatique. Compréhensible dans une période aussi politiquement délicate pour la direction de l’entreprise, marquée par les dernières grèves liées à la réforme des retraites ou la commande de rames Siemens par Eurostar, filiale de la SNCF, aux dépens d’Alstom. Dimanche 11 janvier, il est revenu sur la scène à l’occasion du Grand Jury RTL-Figaro-LCI. À la veille d’une table ronde avec la ministre et Thierry Mariani, secrétaire d’État aux Transports, cela a pris la forme d’une mise en bouche de l’annonce ministérielle du lendemain : dix mesures pour améliorer l’organisation des transports terrestres. Plus question donc de déraper.

Outre les mesures spécifiques liées aux situations exceptionnelles, du type climatique, Guillaume Pepy a aussi avancé une nouvelle « proposition concrète pour douze lignes malades » (voir la carte) qui a immédiatement bénéficié d’un large écho. Soit des lignes saturées, soit « vraiment des lignes à problèmes. » Ce « plan d’urgence » pour lignes volontiers dénommées fragiles ou sensibles est destiné à « attaquer le problème à sa racine, avec Réseau ferré de France, avec la coopération des élus, de l’État ». Pour que l’action soit menée « en transparence », le président de la SNCF promet la mise en place sur chacune de ces lignes d’un baromètre mensuel de satisfaction des clients. Et il l’assure : avec RFF, sur le sujet, désormais, c’est bras dessus, bras dessous. « Nous sommes des militants du réseau existant […]. L’urgence de l’urgence, particulièrement en Île-de-France, ce sont les voies d’aujourd’hui et les problèmes d’aujourd’hui. Ce plan d’urgence sera commun à RFF et la SNCF. Sinon, la SNCF n’y arriverait pas toute seule. » L’exploitant se dit prêt à passer à la caisse, grâce aux bénéfices d’une entreprise qui « sera probablement dans le vert », même si les comptes 2010 ne seront publiés que dans trois semaines. Pour « soigner » chacune des douze lignes, l’enveloppe pourrait représenter quelques dizaines de millions d’euros. Même si elle ne devrait être précisée que dans quelques semaines.

Une fois l’annonce faite par Guillaume Pepy, une dizaine de jours ont toutefois été nécessaires pour s’accorder, le 20 janvier, sur la liste des douze lignes… ou presque : le Lunéa représente à lui seul l’ensemble des trains de nuit. Et le TGV Paris – Lyon – Marseille tout comme le TER Paca, évoqués par le président de la SNCF sur RTL, ne sont plus sur la liste. Raison invoquée : ils bénéficient déjà d’actions spécifiques.

Quoi qu’il en soit, la SNCF affirme sa volonté d’améliorer le service, « en mettant tous les moyens possibles » sur les secteurs où l’on rencontre le plus de difficultés. En tenant compte tant des indices « bruts » de régularité, que de la perception des clients. Quant aux effets attendus, une fois les investissements supplémentaires débloqués, le président se réfère à l’exemple du TER en Paca, avec notamment sa ligne du littoral, entre Marseille et Vintimille, où l’on a comptabilisé pendant de longs mois un taux d’irrégularité rarement inférieur à 20 %… Une région où il a signé, ce 14 janvier, avec son président Michel Vauzelle un protocole pour une amélioration du service public TER. « Voilà un produit, une ligne, un service qui est malade […]. Nous avons peigné, mis à plat tous les problèmes. On a pris les choses une à une. La bonne nouvelle, c’est que pendant l’année 2010 il y a eu en Paca tout simplement 30 % de trains annulés en moins. » Lorsque le mauvais élève devient l’exemple à suivre, tous les espoirs sont permis…