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Quelles perspectives pour le métro automatique
Depuis le tout premier pilotage automatique des années soixante sur le réseau parisien, la France n’a cessé de détenir le leadership mondial en matière d’automatisation des métros. Le mérite en revient à ses industriels, à son ingénierie et à ses opérateurs. Nombre de grandes métropoles en expansion devraient continuer à leur offrir, tant en construction qu’en exploitation, d’alléchantes perspectives de marchés.
Qu’elle porte sur les lignes actuellement en construction ou sur les réseaux les plus anciens, l’automatisation des métros a tout d’une lame de fond. Et le phénomène s’observe à l’échelle mondiale. C’est ainsi qu’en 2018, le cap des mille kilomètres de métros automatiques a été franchi. Il est vrai que, plus que tout autre, ce mode de transport urbain se prête particulièrement bien à l’automatisation.
Voilà qui explique d’ailleurs pourquoi il a historiquement fait l’objet des premières tentatives pour suppléer aux tâches essentielles du conducteur, puis carrément pour se dispenser de ce dernier.
Les raisons en sont simples. La plupart du temps, les réseaux de métros sont exploités ligne par ligne, sans interconnexion réelle et, sur chacune d’elles, tous les trains assurent la même mission.
De plus, ces lignes sont d’abord construites en souterrain ou en viaduc et, même lorsqu’elles affleurent le sol naturel, leurs emprises demeurent bien protégées vis-à-vis d’intrusions extérieures. Enfin, la conception générale et les dimensions modestes des stations permettent relativement aisément, si on le souhaite, d’implanter des portes palières en bordure des quais, afin de rendre la plate-forme et ses voies de circulation absolument étanches à toute intrusion.
Ces caractéristiques propres aux métros les rendent beaucoup plus facilement compatibles avec la conduite autonome que d’autres modes ferroviaires urbains, tels le RER et le tramway. En outre, la possibilité de faire rouler des trains « manless », c’est-à-dire sans conducteur (« driverless ») mais aussi sans agent d’accompagnement, s’avère très intéressante dans l’exploitation d’une ligne de métro, car elle permet à l’opérateur d’engager ponctuellement, et de manière très réactive, un certain nombre de rames supplémentaires, par exemple pour couvrir l’afflux de voyageurs à la sortie d’un stade après une rencontre de football, sans devoir pour autant anticiper la commande de personnels supplémentaires.
Dossier réalisé par Philippe Hérissé

Châteauroux augmente le Versement Mobilité pour financer ses transports
Faut-il le rappeler, la gratuité des transports a un coût. L’agglomération de Châteauroux, qui avait instauré la gratuité de ses transports en 2001, a décidé de faire passer le taux du versement mobilité, payé par les entreprises de l’agglomération, de 0,6 à 0,8 % de la masse salariale.La décision d’augmentation a été approuvée par le conseil communautaire à l’unanimité, le 23 octobre dernier, en séance extraordinaire. « Il fallait que nous votions avant le 1er novembre, afin que la mesure prenne effet au 1er janvier prochain », explique Marc Fleuret, premier vice-président de Châteauroux Métropole, en charge des transports, et maire de Déols. « Nous avons comparé les taux pratiqués par les agglomérations de même taille qui ont opté pour la gratuité, et nous restons sous la moyenne puisque certaines appliquent même un taux de 2 % », poursuit-il.Cette revalorisation du taux, permise grâce au statut de l’agglomération classée comme touristique depuis le 2 septembre, devrait dégager un peu plus d’un million d’euros. « Avec la gratuité, on avait réussi à équilibrer les dépenses, en supprimant les frais liés à la billetterie, aux contrôles. Mais depuis, nous avons considérablement augmenté l’offre de transports. Le nombre de kilomètres annuels effectués par les bus a augmenté de 39 % ces 20 dernières années. Désormais, les quinze communes de l’agglomération sont desservies », explique encore l’élu. Il y aussi « la prise en charge de nouvelles compétences, comme l’organisation des transports scolaires depuis 2008 ».Selon Marc Fleuret, il s’agit aussi de financer la transition vers des transports plus respectueux de l’environnement. « Nous allons acquérir six bus à hydrogène et développer l’hybride sur le reste de la flotte au fur et à mesure du renouvellement du matériel », souligne-t-il. La flotte compte 42 véhicules. Châteauroux Métropole investit également dans un nouveau centre de maintenance. Il est en cours de construction au nord de la commune, sur l’ancien site de l’usine de carrelage Cerabati, livrable en fin d’année prochaine.Yann Goubin
Alstom fera rouler la 3ème ligne du métro de Toulouse
Tisséo Collectivités, l’organisateur des transports de l’agglomération toulousaine, a désigné lors de son comité syndical du 4 novembre Alstom comme ensemblier du système de transport de sa troisième ligne de métro, pour un montant de 713,56 millions d’euros.
Alstom a été préféré aux 3 autres candidats (Ansaldo STS, CAF et Siemens) qui avaient participé à un dialogue compétitif démarré en 2018. « L’offre d’Alstom était à la fois la moins chère et la meilleure techniquement, a indiqué Jean-Michel Lattes, le président de Tisséo Collectivités. Nous avons obtenu un bon prix (800 M€ estimés au départ) suite à la guerre économique entre les quatre entreprises. » Les deux précédentes lignes du métro toulousain avaient été construites par Siemens.
Alstom sera en charge de la conception, de la construction et de la maintenance du système de transport, ce qui comprend la construction de la voie, le cœur du système des rames, les façades de quai, les automatismes de conduite et les véhicules de maintenance. Implantée en Occitanie, l’entreprise dispose d’une usine de 1 000 salariés à Tarbes et de son centre d’excellence dédié aux systèmes électriques ferroviaires à Toulouse avec IGE+XAO et Safran.
Le futur métro appartiendra à la gamme Métropolis, qui équipe 25 villes dont Barcelone, Buenos Aires, Budapest, Singapour et bientôt Bucarest. Les rames auront une largeur de 2,70 mètres (contre 2,06 pour les VAL actuels) et une longueur de 36 mètres, extensibles à 48 mètres. Elles pourront rouler à 41 km/h (contre 35 km/h pour les deux premières lignes). La capacité à terme sera de 15 000 personnes par heure et par direction.
Catherine Stern

Keolis continuera à exploiter le réseau de transport de l’Agglo du Haut-Bugey
L’Agglomération du Haut-Bugey dans l’Ain a décidé début octobre de garder, pendant sept nouvelles années, Keolis pour l’exploitation et la maintenance de son réseau de transport public. Ce nouveau contrat de délégation de service public débutera le 1er janvier 2021. Il générera un chiffre d’affaires cumulé d’environ 18 M€.
Exploitant du réseau Duobus depuis 1998, Keolis devra notamment créer une ligne interurbaine et un service de transport à la demande, qui permettront d’accroître le nombre de communes desservies, les faisant passer de 10 à 42. Il est aussi prévu de mieux cadencer le service de transport urbain et de proposer à la location longue durée des vélos électriques. Enfin, outre le renouvellement de bus, une navette électrique de 9 places sera mise en circulation pour assurer le service de transport à la demande des personnes à mobilité réduite.

Un manifeste contre les grandes villes. Tous aux champs, vraiment ?
Le géographe Guillaume Faburel, après avoir dénoncé les « Métropoles barbares », appelle dans un manifeste à en finir avec les grandes villes. Un retour à la terre bien dans l’air du temps…
C’est un thème qu’on n’a pas fini d’entendre. Il était déjà là avant le nouveau coronavirus, on l’entend maintenant que le Covid-19 est là. De ce dernier mal comme de presque tous nos maux, les métropoles sont la cause. Il faut de toute urgence redonner vigueur aux villages, au local, au mieux aux villes moyennes. Guillaume Faburel est l’un des hérauts de ce retour. Avant la crise sanitaire, il avait déjà publié, avec Les métropoles barbares, une critique de la métropolisation. Il sort aujourd’hui Pour en finir avec les grandes villes. Si l’auteur est géographe, professeur d’Etudes urbaines à l’université Lumière Lyon 2, l’ouvrage qu’il publie n’est pas un livre universitaire ou savant. Pas d’appareil critique, il écrit un manifeste, et précisément, comme le dit le sous-titre, un manifeste pour une société écologique post-urbaine.
Le constat que fait Faburel ne surprendra pas. Exemples ? 127 villes « ne pèsent pas moins de 48 % du PIB pour seulement 12 % de la population mondiale ». Il dénonce une « globalisation du béton, responsable à elle seule de 9 % des émissions mondiales de CO2 ». (*) En France, dix-sept des vingt-deux métropoles dépassent très régulièrement les normes d’exposition aux particules fines fixées par l’Organisation mondiale de la santé.
Mais la concentration, la bétonisation, la pollution, les Français ne supportent plus. L’ampleur de ce rejet n’apparaît pas vraiment, du fait de biais statistiques que dénonce Faburel. « Si les villes de Lyon, Bordeaux, Montpellier, Nantes ou Rennes ont gagné de 1 à 2 % d’habitant·es en cinq ans, les dix-sept autres [métropoles] ont un solde légèrement négatif. Pourtant, cette réalité est dissimulée à coups de tours de passe-passe statistiques, en la noyant dans des périmètres plus larges comme les aires urbaines ou en mettant en avant d’autres indicateurs comme le solde naturel. De plus, la population française serait en fait urbaine à seulement 48 %, et non à 80 %, si l’on intégrait le critère de continuité de l’urbanisation et de densité, comme cela a été demandé quinze années durant aux autorités françaises par Eurostat et par l’OCDE. Et même si ces données officielles ont tendance à masquer cette réalité, l’Insee est désormais contraint d’admettre que ce sont aujourd’hui les communes de faible densité qui gagnent en France le plus d’habitant·es, de l’ordre de 0,7 % par an dans les zones rurales, à commencer par douze départements historiquement considérés comme les moins « dynamiques ». Ce « brouillard statistique » des organismes officiels est « tout sauf anodin, l’enjeu étant d’invisibiliser des manières de vivre différentes de celles promues par l’idéologie urbaphilique d’État. »
En réalité, dit-il « tout l’Hexagone se repeuple allègrement. Nombre de ses hameaux, villages et bourgs, y compris dans sa fameuse « diagonale du vide » nord-est/sud-ouest, abusivement présentée comme en déclin, sont ainsi progressivement revigorés par la lassitude métropolitaine. »
Certes, il y a bien la solution qui consiste à rester et à « verdir » la ville mais qui ne trouve pas grâce aux yeux de Faburel, très peu vélo – bobo. Pour lui, les verdisseurs en herbe (si l’on peut dire) sont des « agents involontaires – ou idiot·es utiles – de la métropolisation, participant à la production de la ville « apaisée », « adaptable », « écologique », « vivable » et « durable », dit-il en usant de guillemets qui sont autant de pincettes. Il leur préfère « des collectifs menant des luttes autrement plus politiques. » Et, quoi qu’il en soit, penche pour la solution radicale post-urbaine sur laquelle se termine son livre : « aux champs citadin.es. »
On s’attend à voir vertement (si l’on peut dire encore) critiqué ce manifeste. La métropolisation qu’il dénonce demande sans doute une description plus fine. Des monographies locales montrent le fonctionnement de chaque grande ville, et sa complexité. On peut se référer, par exemple, à la description très fine de Bergame que fit en pleine crise de coronavirus Marco Cremaschi, ce qui l’amène précisément à prendre ses distances avec le « concept catch all » de métropolisation et l’usage qu’en fait Guillaume Faburel dans un précédent texte.
Pour Cremaschi, il faut se défier d’un concept « qui désigne à la fois la densification, le surpeuplement, la promiscuité des modes de vie uniformisés et la surmodernité ; en somme, tout ce qui nous aurait éloignés de la « nature ». Et de préciser : « si l’on exclut les situations de surpeuplement extrême de quelques mégapoles des pays en développement, rien n’indique que la densité de population soit un bon indicateur des relations humaines et en dernière analyse de la propagation des maladies. En effet, comme l’a déjà amplement montré la critique faite à la thèse « écologique » (Offner 2020), les caractéristiques de l’environnement physique ne reflètent que marginalement la culture et les modes de vie. Ce n’est qu’au niveau de la coprésence physique, telle qu’on la trouve dans les transports en commun que la densité de la population conduit directement à une intensification des contacts humains. » Précisons que la mention « Offner 2020 » renvoie au récent livre du directeur de l’agence d’urbanisme de Bordeaux, Anachronismes urbains (Les presses de Sciences Po), dont nous avons largement rendu compte dans notre numéro de juin. Un livre qui invite notamment à se méfier de la vogue des circuits courts et rappelle que la vie sociale et économique s’enrichit de la combinaison des échelles.
Ajoutons qu’un bon connaisseur des villes françaises, Olivier Razemon, auteur de Comment la France a tué ses villes (éditions de l’Echiquier, 2016) dans son blog du Monde, sous un titre faussement naïf, La métropolisation c’est mal mais c’est quoi exactement fait un tableau moins apocalyptique des grandes villes et rappelle aux partisans du retour à la terre qu’il est toujours bien venu de se retrouver au café du coin.
Il n’empêche que Faburel n’est pas seul et que, sans aller jusqu’à nous envoyer tous aux champs, « l’Observatoire en réseau de l’aménagement du territoire européen de l’UE va même jusqu’à recommander un développement territorial s’appuyant sur les réseaux nationaux de villes moyennes, ce afin de réduire les écarts économiques et les inégalités sociales ». Et, ajoute notre auteur, « un groupe d’expert·es français·es du Forum vies mobiles préconise un réaménagement total du territoire autour de ces mêmes villes, en vue cette fois-ci de satisfaire la demande sociale de ralentissement des rythmes de vie. » De fait, à l’issue de sa récente Enquête nationale mobilité et modes de vie, le Think tank de la SNCF veut à la fois « imaginer un aménagement du territoire privilégiant les villes moyennes aux dépens des grandes agglomérations denses et mener une politique de déconcentration de l’activité de l’Île-de-France vers le territoire national. » (voir Réservoir Mob du numéro de mai).
Peut-on ménager la chèvre et le chou ? Par exemple, métamorphoser la métropole pour en faire la mise bout à bout de « villes du quart d’heure », selon les préceptes de l’urbaniste Carlos Moreno. Des villes françaises y pensent. Exemple donné tout récemment par Le Monde, Metz veut faire en sorte que ses quartiers deviennent des villages dans la ville.
On ne sait pas si Faburel verra dans de telles initiatives les dernières tentatives désespérées d’« idiot.es utiles » qui volent au secours des grandes villes condamnées. Quoi qu’il en soit cette dernière initiative montre à son tour que le propos du militant-géographe — qu’on l’approuve ou qu’on soit très réservé — s’appuie sur une tendance forte que le Coronavirus ne fait qu’accentuer.
Là où, par contre, on est pantois, c’est quand Faburel en arrive à la description du fonctionnement des futurs espaces repeuplés de la campagne. On ne sait par quel sortilège tout n’y sera qu’entraide et solidarité, cogestion et réciprocité. « Les nuages et les animaux, la terre et les fougères redeviennent des partenaires » ne craint pas d’écrire notre auteur. On ne peut pas dire que la description qui s’ensuit, et qui combine au charme d’un tract électoral en écriture inclusive celui d’une leçon d’école primaire donne vie à l’utopie. N’est pas Fourier qui veut. F. D.
* De quoi faire pousser des hauts cris à l’architecte Rudi Ricciotti, auteur d’un autre Manifeste, pour le béton celui-ci (Manifeste pour un béton en garde à vue, éditions Textuel, 2015) qui est venu sur France Culture alors même que le livre de Faburel allait sortir, défendre le béton tant décrié, dénoncer l’incompétence de ceux qui le dézinguent, avancer que le bilan carbone du béton rapporté à la durée de vie n’est pas si mauvais que cela, et soutenir que le matériau, à l’origine énorme consommateur de sable, est de plus en plus souvent issu du recyclage.

L’Occitanie va investir 800 millions d’euros pour ses petites lignes
La région Occitanie a annoncé, aujourd’hui, qu’elle allait investir 800 millions d’euros pour l’amélioration des « lignes de desserte fine du territoire, qui représentent plus de la moitié du réseau ferroviaire d’Occitanie utilisé par les trains liO », a indiqué Carole Delga, la présidente de la région. Lors de la prochaine assemblée plénière, elle proposera d’allouer cette enveloppe de 800 M€, permettant une contractualisation sur un plan pluriannuel de 10 ans. « Ce montant représente le double du précédent Plan Rail 2007-2013 », précise l’élue. L’Occitanie espère que l’Etat complétera, à hauteur de 800 millions également, pour atteindre le montant de « 1,6 milliard d’investissement nécessaire pour pérenniser ces infrastructures vitales », ajoute-t-elle.
L’Occitanie souhaite aussi se voir confier la gestion directe des chantiers de réhabilitation, comme la loi LOM le prévoit à titre expérimental. Cela concernerait les lignes Montréjeau-Luchon et Alès-Bessèges, actuellement fermées à la circulation et pour lesquelles SNCF Réseau a réalisé les études de faisabilité, mais dont « les montants de travaux et les délais annoncés ne satisfont en rien la Région ». L’Occitanie souhaite pouvoir mettre les moyens humains et techniques nécessaires à une avancée rapide des projets, notamment en installant localement des équipes SNCF, au moins le temps du contrat de plan. Jean-Pierre Farandou, venu à Montpellier, s’est montré favorable à l’implantation d’agents SNCF dans la région, précisant toutefois, que les modalités devaient encore être contractualisées.
Carole Delga a aussi renouvelé son attachement au fret, à travers le transfert à l’Occitanie, associée à la Nouvelle-Aquitaine, de la ligne de fret ferroviaire Auch – Agen fermée depuis 2016. La Région a aussi rappelé son opposition à la fermeture de la ligne Perpignan – Rungis, maintenant « la pression pour que l’Etat et SNCF Réseau acceptent l’aménagement des quais de Rungis qui permettraient l’accueil des trains combinés, embarquant directement les containers ».
Jugeant que « l’Occitanie compte aujourd’hui les villes les plus éloignées de Paris par le train, avec plus de 60 % des personnes habitant en Occitanie situées à plus de quatre heures de train de Paris », Carole Delga veut que « le raccordement de Toulouse et de Perpignan se concrétise, d’autant que toutes les études nécessaires ont été réalisées et que seul le feu vert de l’Etat manque sur ces deux projets ». La présidente a confirmé « la mise en enquête publique » du tronçon Béziers-Montpellier « en 2021 ». L’Occitanie est aussi engagée dans la protection environnementale et compte investir dans du matériel plus respectueux de l’environnement. Ainsi, elle souhaite, tester sur la ligne Montréjeau – Luchon, le futur train à hydrogène de l’usine Alstom installée à Tarbes. Elle veut aussi mener une étude sur le transport mixte qui achemine à la fois des voyageurs et de petites quantités de marchandises dans un même train. Cela permettrait, notamment, de mieux répondre à la démarche de circuit court souhaitée par de nombreux producteurs et consommateurs.
Yann Goubin

Ouverture à la concurrence : quel avenir pour les petites lignes ?
Les petites lignes ferroviaires ont souffert d’un désinvestissement chronique, qui les laisse aujourd’hui dans un état de délabrement généralisé au grand dam des élus. Les petites lignes ferroviaires peuvent-elles connaître un renouveau ? Oui, ont répondu sept experts lors de la table ronde qui a précédé la remise des Grands Prix des Régions. Un élu s’est aussi invité au débat.
« Il y a 12 000 km de lignes UIC 7 à 9 en France, un quart dédié au fret et 9 200 km empruntées par des trains de voyageurs. Principalement des TER, mais aussi des trains nationaux, des lignes terminales TGV et du fret », détaille François Philizot, préfet interministériel, auteur d’un rapport sur le sujet. Ce réseau, qui a 38 ans d’âge moyen, est dégradé, obligeant souvent d’y réduire la vitesse des trains, et 40 % de ces lignes risquent une fermeture dans les 10 ans.
Pour l’éviter, un plan de régénération a été lancé en 2018. Il prévoit de réaliser 7,6 milliards d’investissements en 10 ans. « On est passé de 250 millions de travaux par an à 400, mais on est encore loin de ce qu’il faudrait réaliser pour parvenir à les régénérer en une décennie, car il reste 6,4 milliards de travaux à réaliser », souligne François Philizot. « Et comme ce réseau est composé à la fois de lignes s’inscrivant dans de grandes étoiles ferroviaires autour de grandes villes, tandis que d’autres sections sont des itinéraires interrégionaux unissant des grandes métropoles, et d’autres encore des sections terminales où circule un train par jour dans des zones peu denses, cela complique la façon de concevoir un grand soir des petites lignes. »
En effet, si en moyenne 400 000/voyageurs/an circulent sur ces lignes, la plus fréquentée en compte deux millions et la moins circulée 4 000. Le gouvernement prévoit de réintégrer dans le réseau structurant 1 000 km, soit 14 de ces lignes assurant une cohérence de grands itinéraires interrégionaux et une desserte d’itinéraires nationaux de premier rang. Ce qui veut dire que leur régénération incombera intégralement à SNCF Réseau. Sur les 6,4 milliards qui restent à engager, un milliard sera consacré à ces lignes.
Une deuxième catégorie de lignes porte sur 12 000 km identifiés. Il est prévu une prise de responsabilité par les Régions, partant du principe que ce réseau à un intérêt très local. « C’est un point de départ qui peut s’enrichir. Une fois que les Régions auront fait l’apprentissage de leurs nouvelles responsabilités, d’autres lignes pourront basculer dans leur giron et celui des exploitants qu’elles auront choisis », précise François Philizot.
Enfin, une troisième catégorie est envisagée, pour laquelle l’Etat propose de poursuivre le dispositif actuel : c’est-à-dire continuer à porter l’essentiel de la charge de la maintenance, soit un montant annuel de l’ordre de 700 millions par an financé à 85 % par l’Etat, le reste par les régions. « Sur la régénération, ce que nous proposons, c’est que les Régions restent financeurs principaux, à hauteur de 65 %, avec la possibilité de moduler la participation de l’Etat en fonction de l’intérêt des lignes. Nous avons signé des conventions avec deux régions et les discussions se poursuivent avec toutes les autres. Le plan de relance vient sécuriser la trajectoire financière et les investissements d’urgence avec une enveloppe qui permet de les traiter », conclut François Philizot.
S’inspirer du rapport du Cerema…
Pour exploiter les petites lignes, Vincent Pouyet, directeur général France du loueur de matériel ferroviaire, Alphatrains, préconise de s’inspirer du rapport Cerema. « Les lignes de dessertes fines souffrent plus souvent d’un déficit d’offre que de demande », rappelle-t-il en citant le rapport. « Cadencer l’offre diminue le coût unitaire et augmente le trafic ». Et de poursuivre : « un système frugal pour baisser les coûts peut être envisagé avec les équipements existants, une infrastructure légère et une signalisation simple. »
Selon Vincent Pouyet, le rapport propose de reprendre les recettes qui fonctionnent dans d’autres pays et à les adapter. « En Allemagne, cette recette consiste à offrir un cadencement d’au moins un train par heure, avec une exploitation locale par un exploitant dédié à une ligne ou quelques lignes, avec une flotte dédiée et du matériel utilisé à son maximum », constate le directeur d’Alphatrains qui propose de réévaluer la pertinence de certaines lignes françaises en difficulté, en appliquant cette méthode, pour voir quel résultat on obtient. Le rapport Cerema pointe aussi la manière dont l’infrastructure est tarifée. « Les Régions payent l’effort de régénération et le coût des péages dépend de l’utilisation. Le reste est pris en charge par l’Etat. Les coûts d’une infrastructure sont majoritairement fixes. » C’est pourquoi, Vincent Pouyet, suggère d’examiner le coût global d’une ligne pour évaluer sa pertinence. « Y faire circuler 2 ou 30 trains par jour, a peu d’impact. Si un acteur prenait la gouvernance de l’ensemble de ces coûts, les évaluations financières et techniques de ces lignes seraient totalement différentes », assure-t-il. Le sujet du matériel roulant vient loin après l’offre pour redynamiser une ligne. Parce que le matériel a un coût fixe, Vincent Pouyet encourage une utilisation maximale. « La désaffection des petites lignes vient d’une offre trop faible, alors que l’infrastructure et le matériel sont là », constate-t-il avant d’ajouter : « en France, on peut réaliser d’énormes économies sur l’achat et la rénovation, car nous ne retrouvons pas chez nous les économies constatées en Allemagne. »
…et des expériences menées à l’étranger
En 2019, Edouard Hénaut, directeur général de Transdev a réalisé une enquête mettant en évidence l’attachement des Français au réseau ferré, mais aussi au fait qu’ils veuillent plus de fréquences et une meilleure qualité de service. Les Français se prononcent pour la réouverture de lignes et déplorent les fermetures de gare de proximité, mais 70 % d’entre eux considèrent le train surtout utile pour des trajets longs.
Pour leur faire aimer le train du quotidien, Edouard Hénaut table sur l’ouverture à la concurrence, plébiscitée par 75 % des Français et met en avant son expérience acquise en Suède et en Allemagne. « En Allemagne, où la concurrence a été ouverte en 94, Transdev s’est attaché à avoir des lignes avec des équipes dédiées, une logique de territoire très ancrée, et une offre permettant d’intégrer toutes les stratégies intermodales de déplacement, parce que dans les espaces à faible densité, la voiture, le car, le vélo, ou le TAD peuvent être des solutions pour rejoindre un axe ferroviaire structurant », explique-t-il.
Pour réussir l‘intégration d’une ligne et la rendre attractive, Transdev mise sur le cadencement, sur l’intermodalité et sur une exploitation frugale donc moins coûteuse. « En 1996, dans la Banlieue de Stuttgart nous avons rouvert une ligne de 17 km fermée depuis 66. Nous avons proposé un service client amélioré, un train toutes les 30 minutes, une optimisation de la maintenance des voies, l’exploitation du service de transport et mis en place de l’intermodalité pour permettre le rabattement. Dès la première année, nous avons fait voyager 3 700 passagers par jour. Aujourd’hui, il y en a 10 000 ».
Fort de cette expérience, Transdev se prépare à répondre aux consultations des autorités organisatrices en France. Mais Edouard Hénaut rappelle que les Régions attendent le décret portant sur l’article 172 de la LOM et il regrette que le décret gares soit passé inaperçu. « Une gare ferroviaire c’est un pied dans la porte des réseaux locaux de transport collectif, mais leur gestion sera celle d’une structure ferroviaire, plus que d’un pôle intermodal car le projet de décret n’est pas de nature à apporter de la simplicité aux conditions d’accès aux gares ». Il le juge peu orthodoxe vis-à-vis du principe de séparation infrastructure et exploitation, et pas de nature à apporter de la transparence sur les conditions d’accès et l’impartialité. Selon lui, « Gares et connexions n’est pas la bonne entité. ».
Une politique de décentralisation
« La volonté politique de réinvestir la desserte fine des territoires est en cohérence avec la stratégie du président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou : une SNCF des territoires, acteur de la transition écologique, plus digitale et plus humaine », affirme Franck Lacroix, directeur général adjoint SNCF, en charge des territoires, également directeur des TER. Pour inventer la SNCF des territoires, l’organisation a été décentralisée. « Nous avons créé 45 directions de lignes réparties sur l’hexagone. » Et pour mieux répondre à la demande, la SNCF propose une ingénierie de l’offre. « Pour être capable de concevoir une offre répondant aux besoins de mobilité des territoires dans leur diversité, nos équipes développent depuis deux ans des solutions de rupture, et dont on compte se servir dans les appels d’offres. »
Pour relancer ces lignes, Franck Lacroix mise sur l’innovation technologique et souhaite mobiliser l’ensemble de la filière industrielle sur cet effort de recherche et d’innovation. « Il faut innover sur la substitution au diesel, avancer sur les batteries, l’hydrogène, le train hybride, le biogaz, sur l’automatisme, créer des navettes autonomes pour augmenter la fréquence. Il faut avoir une démarche modulaire, faire de l’expérimentation du design to cost pour aller vite, parce que les Régions nous le demandent. Il y a une opportunité à saisir tous ensemble, Etat, Régions, entreprises ferroviaires et constructeurs de matériel, toute une gamme à créer entre le train régional classique et la navette routière. Nous sommes prêts à créer une union industrielle pour mener ce projet. »
La ligne du Blanc-Argent, un modèle à suivre
Keolis travaille en complémentarité avec sa maison mère, la SNCF. Didier Cazelles, directeur général adjoint de la branche territoires de Keolis met en avant son expérience acquise en France et aux Pays-Bas. Et notamment le succès en Centre-Val de Loire, de la Compagnie du Blanc Argent, filiale de Keolis depuis 1999. « Cette société de 65 salariés exploite une ligne de 60 km assurant 225 000 voyages par an. On s’occupe de la gestion, du petit entretien de voie, de circulation, de l’entretien de l’infrastructure, de la maintenance du matériel, de la conduite et de la gestion des gares », décrit Didier Cazelles qui a la conviction que sur ces petites lignes, il faut de la rapidité, de la fréquence, du confort et une offre intermodale. Bref, grâce à une infrastructure de bonne qualité, il faut mettre au point un modèle d’exploitation allégé, adapté au cas par cas avec des standards de maintenance, permettant un coût optimisé pour la collectivité. « Sur la Compagnie du Blanc Argent, les conducteurs sont formés en quatre semaines, parce qu’on se limite aux stricts besoins. Chaque salarié est capable d’exercer deux à trois métiers : conduite de train, de car, agent de gare, accompagnement de train… ce qui permet de jouer à fonds la carte de la polyvalence sur l’exploitation opérationnelle, dans une logique économique, mais aussi de qualité de service. On n’a jamais supprimé un train pour un problème de conducteur », souligne Didier Cazelles. Mais, ajoute-t-il, « il faut articuler d’autres systèmes de mobilité de bout en bout autour de l’épine dorsale ferroviaire, pour créer une demande et du trafic ». Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence, Keolis répondra aux appels d’offres, soit avec la SNCF, soit seule. Les deux entreprises ne seront jamais en concurrence. Ainsi, par exemple, sur les lots que Grand Est souhaite ouvrir à la concurrence, c’est ensemble qu’elles travaillent.
Régionéo, le nouveau venu
RATP Dev exploite depuis plus de 15 ans des services interurbains sur le territoire et ses équipes se préparent à l’ouverture à la concurrence depuis deux ans. Pour être plus efficace sur le transport ferroviaire et répondre aux appels d’offres pour les TER, RATP Dev s’est alliée avec Getlink, premier gestionnaire d’infrastructure ferroviaire en France, qui exploite notamment le tunnel sous la Manche. Les deux entités viennent de créer Régionéo, un opérateur ferroviaire, dont Ronan Bois, a pris la présidence. « On regarde les différents appels d’offres et le Grand Est est le premier dossier sur lequel Régionéo s’est mobilisé. On veut apporter de l’excellence opérationnelle pour rétablir la qualité attendue par les passagers et briser la spirale négative qui a conduit à la fermeture de lignes. Il y a une dimension d’investissement non négligeable à la relance des petites lignes. On y travaille et on est à même d’apporter une solution et même de participer aux financements », assure celui qui est également président de RATP Dev Rail.
Régionéo cherche à repenser le service ferroviaire intégralement. « Nous voulons chercher de l’efficacité dans l’organisation de la production du train, travailler avec les Régions, comprendre ce qu’elles souhaitent, être un partenaire avant d’être un exploitant et faire du sur-mesure ». Le tout nouveau président assure que ses équipes se mettent en ordre de marche pour anticiper tout un tas de solutions en prenant le meilleur de RATP Dev et de Getlink pour proposer aux Régions de refaire du train « la colonne vertébrale d’un plan mobilité régional et d’y raccrocher tous les autres modes de transport ».
Prudence sur les débouchés d’un nouveau train
Si plusieurs intervenants ont évoqué la possibilité de recourir à des matériels roulants plus légers pour rouler sur les petites lignes, reprenant l’idée du gouvernement qui souhaite le lancement d’une filière industrielle autour du train léger, Pierre Michard, vice-président des Ventes et des services de Bombardier France et Benelux, se montre prudent. « Nous sommes partie prenante de ce sujet des petites lignes. Nous sommes partenaires des régions depuis 30 ans. Nous avons 60 % du parc TER. Mais sur la conception de nouveaux trains, on est prudent. Avant de partir tête baissée sur un concept de train léger, il faut savoir qu’il y a de très grandes diversités de besoins et qu’on risque de créer du matériel sans avoir un volume industriel suffisant. Je ne suis pas sûr qu’il soit pertinent de créer un train léger, car son développement demanderait beaucoup d’investissements, sans avoir l’assurance de trouver des débouchés suffisants ».
Reste que Bombardier veut être acteur du débat au travers de l’innovation. « On travaille au train autonome, qui peut faire partie du panel de solutions, au verdissement du parc sans avoir à électrifier des kilomètres de lignes. On regarde ce qui peut être fait sur la maximisation de l’actif en place. Il y a beaucoup de matériel dans les régions. Nous allons avoir 1 000 trains à rénover dans les 10 ans. Il faut regarder comment on peut les réadapter sur certains usages ». Bombardier veut aussi aller chercher des gains du côté de la maintenance, pour contribuer à rendre ces lignes plus dynamiques. « On a des solutions à proposer ». Et il ajoute : « C’est dans cette optique qu’on discute avec les différents opérateurs ».
Interrogation sur les capacités financières des régions
Un huitième intervenant s’est invité sur la scène, Franck Dhersin, présent dans la salle. Le vice-président chargé des Transports de la région Hauts-de-France s’est interrogé sur la capacité des régions à financer les petites lignes comme le prévoit le plan gouvernemental. « On demande aux Régions de récupérer une situation liée à 40 ans d’incurie des politiques de droite comme de gauche. La difficulté des petites lignes, ce n’est pas la faute de la SNCF. Avec quel argent voulez-vous qu’on relance ces lignes qui nécessitent un milliard d’investissement dans chaque région. L’aménagement du territoire, c’est le rôle de l’Etat. Pour les régions aussi la situation est très difficile financièrement. Ouvrir à la concurrence, d’accord, mais comment rentabiliser autant d’investissements ? » a-t-il lancé. Le débat n’est pas clos.
Valérie Chzravez

Résoudre la mobilité quotidienne par le télétravail
Depuis les années 1970 et la diffusion d’internet, de nombreux chercheurs et experts appellent de leurs vœux la démocratisation du télétravail. Cette pratique est présentée comme une solution pour réduire les nuisances générées par les déplacements domicile-travail. Malgré des politiques publiques incitatives en Europe et aux Etats-Unis, le nombre de télétravailleurs ne connaît pas le développement escompté.
Le confinement sanitaire du printemps 2020 a été l’occasion d’une expérimentation forcée et généralisée du télétravail. Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, un tiers
des actifs ont pratiqué le télétravail pendant la crise sanitaire.Cette expérience soulève un certain nombre d’interrogations qui ont été largement médiatisées : Quelle dynamique peut-on espérer à l’avenir pour le télétravail dans
le contexte de la crise sanitaire et au-delà ? Quel serait l’impact d’une généralisation pérenne du télétravail sur la mobilité ? Dans ce contexte, 6t-bureau de recherche
a mené une étude pour l’ADEME. La problématique du télétravail et de l’impact
de son développement sur la mobilité des Français a été abordée grâce
à une méthode développée par 6t. Elle repose sur une enquête quantitative
diffusée en ligne et analysée par nos soins.Par Nicolas Louvet et Léa Wester
De manière générale, le télétravail est apprécié par les actifs français. Qu’ils soient habitués du télétravail ou que le confinement ait été l’occasion d’expérimenter ce mode d’organisation pour la première fois, plus de 70 % des télétravailleurs voudraient continuer à télétravailler voire télétravailler davantage. Les télétravailleurs mettent en avant que le télétravail permet de travailler mieux. En effet, l’activité professionnelle peut ainsi être effectuée dans un environnement plus calme, avec une meilleure concentration et une meilleure gestion du stress. Les télétravailleurs affirment ainsi être plus productifs et bénéficier d’un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.
Partant de ce constat, le télétravail semble avoir un potentiel de développement relativement important en France. Plus précisément, le confinement a été l’occasion d’essayer le télétravail pour 24,3 % des actifs français et 76 % d’entre eux voudraient continuer au moins une fois par mois. Le nombre de télétravailleurs1 en France pourrait passer de 17 % des actifs avant le confinement à 35 % des actifs à l’avenir. Ainsi, malgré la forme particulière qu’a prise le télétravail pendant le confinement (télétravail à 100 % à la fois pour les individus, les entreprises et les familles), cette pratique a montré ses avantages.
Cette augmentation du nombre de télétravailleurs s’accompagne d’une démocratisation du phénomène. Le confinement a permis une féminisation de cette pratique qui était auparavant davantage masculine. L’organisation des entreprises s’est adaptée et les freins liés à la confiance des manageurs ont été levés : les télétravailleurs habituels, qui étaient principalement des cadres, ont été rejoints par des employés et professions intermédiaires. La diffusion du télétravail a également pris une troisième dimension plus géographique : les agglomérations de taille moyenne ont vu leur nombre de télétravailleurs augmenter alors qu’ils se concentraient principalement dans les grandes agglomérations auparavant.
Le télétravail est donc un mode d’organisation plébiscité par les travailleurs mais représente-t-il réellement une solution pour limiter significativement les nuisances liées à la mobilité domicile-travail ? Pour répondre à cette question, nous avons analysé la mobilité des télétravailleurs habituels et le constat est simple : le télétravail permet de remodeler la mobilité. On observe une réduction de 69 % du volume des déplacements et de 39 % des distances parcourues les jours de télétravail par rapport aux jours de travail au bureau. Ainsi, le passage au télétravail permet en moyenne de passer de 24,8 à 20,5 déplacements par semaine ou de 234,5 km parcourus à 185,9.
Si nous faisons l’hypothèse qu’à l’avenir 35 % des actifs se met à pratiquer le télétravail, la mobilité de la population serait transformée : les déplacements de l’ensemble de la population seraient réduits de 1,8 % et les distances parcourues de 2 % soit 3,3 millions de déplacements pour 42,9 millions de kilomètres évités par jour moyen de semaine. Les effets d’une telle réduction se feraient ressentir différemment selon les modes de transport. Par exemple, 17 millions de kilomètres parcourus en voiture et 3 200 t. de CO2 seraient économisés. A l’échelle annuelle, cela permettrait de réduire de 1,3 % les émissions automobiles en France. Concernant les transports en commun et la congestion des voiries, une baisse de 1 à 2 % de la fréquentation aux heures de pointe pourrait permettre d’écrêter les pics de fréquentation, améliorant ainsi la fluidité de la circulation et le confort dans les transports en commun.
Ces chiffres peuvent sembler relativement faibles au regard de l’ensemble de la mobilité des Français et des enjeux de congestion et de pollution qui y sont liées. Cependant, le télétravail est une pratique plébiscitée par les travailleurs et dont les coûts de mise en place sont faibles. Les transformations dans les déplacements induites par une telle pratique permettraient finalement de réduire les nuisances à faible coût.
1 Les actifs sont comptés comme télétravailleurs à partir d’une journée de télétravail par mois.

Fret ferroviaire : que peut-on raisonnablement espérer ?
Dans un double souci de relancer l’économie et d’assurer la transition écologique, le gouvernement s’est fixé pour objectif de doubler d’ici 2030 la part du fret ferroviaire. Ce serait un renversement historique, alors que cette activité ne fait que dégringoler depuis des années. Parvenir à stabiliser enfin la part du rail ne serait déjà pas si mal… Par Yves Crozet
Le monde du transport ferroviaire de marchandises se mobilise. Le lancement de l’Alliance 4F révèle une forte volonté collective de redresser une situation de plus en plus préoccupante. Le gouvernement s’est également saisi du dossier et affiche un objectif ambitieux : 18 % de part modale du ferroviaire en 2030, soit deux fois plus qu’en 2019. Une telle performance est-elle possible ? Pour répondre à la question, il est nécessaire de revenir aux profondes mutations qui ont affecté depuis 20 ans le transport de marchandises, routier et ferroviaire.
Les données rassemblées, dans la figure 1 ci-dessous, sont trimestrielles et corrigées des variations saisonnières, des mouvements erratiques des trafics ferroviaires (indice des tonnes-km transportées, échelle de gauche) y apparaissent clairement. Les grèves nationales (2001, 2003, 2010, 2014, 2016, 2018, 2019) provoquent des échancrures sur la courbe. Mais le choc le plus évident se manifeste lors de la récession consécutive à la crise financière de 2008. La baisse du PIB et de la production manufacturée (en millier d’euros courants, échelle de droite) se traduit par une chute brutale des trafics de marchandises plus marquée pour le ferroviaire que pour la route (indice des t.km transportées en France pour compte d’autrui).

Flux de marchandises et activité économique : 20 années de profondes mutations Au-delà de ce choc conjoncturel, les courbes de trafic révèlent une transformation structurelle. Les marchandises, comme les voyageurs, connaissent une certaine « dé-mobilité ». Depuis 10 ans, un découplage a vu le jour. Alors que le PIB reprenait son ascension, fut-ce à un rythme ralenti, les transports ferroviaires et routiers ont plafonné, comme le fait d’ailleurs, en monnaie courante, la production de biens manufacturés. La désindustrialisation est une des causes du découplage. Une économie fondée sur les services et le numérique limite les tonnages transportés. Ils diminuent d’ailleurs tendanciellement depuis plus de 40 ans. Il est donc illusoire de compter sur une hausse forte des volumes transportés pour asseoir un rebond du fret ferroviaire. D’autant que ce dernier est de plus en plus déconnecté des chaînes logistiques. Eurotunnel en est une illustration. Il passe sur les navettes transportant des camions 14 fois plus de tonnes que dans les trains de fret !
Comme chacun peut le constater, les entrepôts non embranchés, desservis seulement par la route, se multiplient le long des grands axes et autour des grandes villes. Les marchandises qui y transitent sont le plus souvent conditionnées en palettes dont les couples origines destinations sont très variés. Le transport ferroviaire ne peut pas répondre à cette demande. La logistique moderne est caractérisée par la réduction de la taille des lots et leurs déplacements par sauts de puce successifs. Les marchandises font rarement une trace directe du lieu de production au lieu d’utilisation comme en témoigne le fait que le trajet moyen d’un camion sur les autoroutes concédées est de 76 km.
Le ferroviaire se trouve ainsi cantonné à certains types de fret se déplaçant sur des distances importantes et sous forme de trains complets (céréales, produits chimiques, véhicules, matériaux divers). En témoigne le fait qu’en Allemagne, depuis le début du siècle, la forte progression du trafic ferroviaire de fret (+ 40 % depuis 2000) n’a pas changé la part de marché de la route. Les gains du rail ont été réalisés aux seuls dépens de la voie d’eau. Pour éviter cette relégation du ferroviaire, les opérateurs cherchent à attirer de nouveaux trafics comme les conteneurs. Mais les marges de progrès sont limitées car un conteneur déchargé dans un grand port maritime est rarement transporté sur des centaines de kilomètres. Il est le plus souvent dépoté près du port pour optimiser la distribution des lots qui le composent.
Le transport terrestre de conteneurs a représenté en France en 2018, 11,7 milliards de tonnes-km, seulement 3 % du total des t.km du transport intérieur. Le ferroviaire fait dans ce domaine jeu égal avec la route (5,5 mds de t.km chacun). Même si le ferroviaire récupérait la totalité du transport de conteneurs, sa part modale ne gagnerait que 1,5 point. Or depuis 2014, c’est le contraire qui s’est produit, la part des conteneurs dans le trafic ferroviaire est passée de 25 à 15 %. C’est la raison pour laquelle les espoirs mis dans le transport combiné ne se sont pas concrétisés.
Une telle évolution, à rebours des annonces gouvernementales, nous rappelle que de façon générale, le fret ferroviaire connaît en France depuis le début du siècle une descente aux enfers. En 20 ans, l’indice des tonnes-km transportées est presque divisé par deux. La chute commence au début du siècle, bien avant l’ouverture à la concurrence. Effective depuis 10 ans, cette dernière a plutôt permis de stabiliser les trafics un peu au-dessus de 30 milliards de tonnes-km (55 en 2001). La part de marché des nouveaux entrants ne cesse de progresser. Mais le résultat est à l’exact opposé des annonces faites par les ministres Gayssot (1999) ou Borloo (2008). La part modale de la route a atteint 86 % en 2018, 10 points de plus qu’en 2000 !
L’année 2020 va encore assombrir le tableau comme le montrent les données publiées par l’ART. Le fret ferroviaire a d’abord été fortement affecté par la grève contre la réforme des retraites, puis par la crise sanitaire. Après le confinement, comme après chaque choc conjoncturel, les circulations peinent à retrouver le niveau antérieur et des clients sont perdus. C’est la raison des mesures décidées par le gouvernement dans le plan de relance. La baisse des péages ferroviaires est une nécessité pour éviter l’effondrement des entreprises ferroviaires (EF), mais il s’agit d’un plan de sauvetage pour limiter la casse, pas d’un changement structurel pouvant changer la donne. Les efforts consentis par la puissance publique sont réels, mais les subventions ne garantissent pas la hausse des trafics. Les péages faibles améliorent la marge des entreprises, mais ils ne règlent pas les autres difficultés qui brident l’activité. Les problèmes clés du fret ferroviaire ne sont pas d’abord des problèmes de coût (ou de subventions) mais des problèmes organisationnels.
Une des difficultés récurrentes rencontrées par les EF est l’inadéquation entre les sillons proposés par le gestionnaire d’infrastructure (GI) et les besoins des chargeurs, clients des EF. A cela s’ajoute le fait que la vitesse moyenne proposée pour un sillon donné est souvent faible et ne permet pas une bonne rentabilisation du matériel. La vitesse moyenne est pour les EF un facteur clé de productivité grâce à une meilleure rotation du matériel. Les plages travaux, nombreuses dans la phase actuelle de rattrapage en matière de rénovation du réseau, sont en plus une cause de dégradation de la qualité de service. Or tout cela ne peut pas changer dans la mesure où les priorités nationales, régionales et métropolitaines concernent les TGV et les TER. Les annonces sur la relance du ferroviaire se succèdent depuis 20 ans. A chaque fois elles se polarisent sur des réalisations emblématiques locales (une infrastructure, un nouveau service de ferroutage, un « train de primeurs »…) mais une hirondelle ne fait pas le printemps. La seule transformation structurelle que l’on peut raisonnablement espérer est que le GI et les EF s’entendent pour améliorer vraiment la qualité des sillons fret. Cela permettrait de stabiliser la part modale du rail, voire de l’améliorer un peu, ce serait déjà un beau résultat.

Lancement de la consultation pour la conception-réalisation de la ligne 15 Ouest
La Société du Grand Paris a annoncé avoir lancé, le 29 septembre, la consultation pour le premier marché de conception-réalisation du tronçon Ouest de la ligne 15, entre l’ouvrage de service Ile de Monsieur (Sèvres), qui fera la jonction avec le tronçon Sud de cette ligne, et l’ouvrage de service Parc des Bruyères (Courbevoie), au nord de La Défense.
La SGP a envoyé le dossier de consultation des entreprises aux différents groupements d’entreprises qui ont répondu à la consultation. La notification est attendue au troisième trimestre 2022.
La SGP rappelle avoir publié l’avis d’appel public à la concurrence (AAPC) de ce marché de conception-réalisation le 4 février dernier. Ce marché comprend une tranche ferme pour la conception et la réalisation des gares Saint-Cloud, Rueil-Suresnes Mont-Valérien, Nanterre La Boule et Nanterre-La-Folie mais aussi pour la construction d’environ 10 kilomètres de tunnel, 11 ouvrages de service et un ouvrage d’entonnement. Une tranche optionnelle est également prévue dans ce marché pour la gare de La Défense, les tunnels de part et d’autre de cette gare sur un linéaire total d’environ quatre kilomètres ainsi que six ouvrages de service. Cette tranche optionnelle sera notifiée après obtention de la déclaration d’utilité publique (DUP) modificative du tronçon ouest de la ligne 15, initialement accordée en novembre 2016. Cette DUP modificative est nécessaire pour tenir compte du nouvel emplacement de la gare de La Défense. L’instruction sera menée sous l’égide des services de l’État parallèlement à la procédure de dialogue compétitif et comprendra notamment une enquête, prévue au deuxième trimestre 2021.
La SGP rappelle avoir également publié, cet été, l’avis d’appel à concurrence pour le tronçon Est de la ligne 15 pour la section allant de Champigny-Centre (y compris les ouvrages d’interopérabilité) à l’ouvrage de service situé sur la commune de Bobigny comprenant les gares Champigny-Centre, Nogent-Le-Perreux, Val-de-Fontenay, Rosny-Bois-Perrier, Pont de Bondy et Bobigny-Pablo Picasso. Le dossier de consultation des entreprises de ce marché sera envoyé aux candidats sélectionnés à la fin de cette année. Les deux marchés restants (l’un pour le tronçon Ouest, l’autre pour le tronçon Est) feront l’objet de publications ultérieurement en 2021.
