Résultats de recherche pour « LOM »

  • Retour sur la folle semaine des trottinettes !

    Retour sur la folle semaine des trottinettes !

    4 juin : Lime France, leader autoproclamé des trottinettes électriques en free-floating (en libre service et sans station) à Paris, organise des interviews à la chaîne dans un hôtel du IIe arrondissement parisien, quartier des start-up, pour annoncer le lancement imminent d’une campagne publicitaire décalée (photo ci-dessous). Et s’afficher au passage comme le meilleur élève des entreprises de trottinettes qui déferlent sur les villes. Promis juré, les erreurs de jeunesse c’est fini. Dorénavant, Lime va montrer l’exemple et éduquer les « trotteurs » : terminé le stationnement sauvage et les rodéos sur les trottoirs à un ou deux. Faire de la trottinette électrique n’est pas un jeu d’enfant (lire l’interview du patron de Lime France).

    Lime_trottinettes metro

     

    6 juin : au tour d’Anne Hidalgo

    La maire de Paris convoque la presse à l’Hôtel de Ville pour mettre fin au Far West. L’intitulé de l’invitation ne laisse pas de doute : « En finir avec l’anarchie » (photo ci-dessous). Lasse d’attendre la loi Mobilités (LOM) qui a pris un an de retard, et ses dispositions pour réguler les vélos et trottinettes en free-floating, Anne Hidalgo prend le mors aux dents et annonce une série de mesures afin de contraindre les « trotteurs » à rester sur la chaussée (pour circuler comme pour stationner), à rouler moins vite (20km/h, 8km/h en zone piétonne), et à éviter les jardins publics. La maire annonce aussi l’organisation d’un appel d’offres pour sélectionner, in fine, deux à trois opérateurs (ils sont 12 aujourd’hui à battre le pavé parisien et à se livrer concurrence). Objectif, limiter le nombre d’engins en circulation : ils seraient 20 000 selon les décomptes de la mairie, 40 000 selon les données collectées par Géo4cast . « Trois opérateurs avec 5 000 trottinettes suffiraient », tranche Jean-Louis Missika, adjoint chargé de l’Urbanisme.

    Anne_Hidalgo_trottinettes

    La mairie de Paris promet une étude sur l’accidentologie liée à cette nouvelle forme de mobilité, en partenariat avec la préfecture de police et l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, recommandant au passage le port du casque. Aucun chiffre consolidé n’est disponible à ce jour, mais dès mars dernier, le corps médical tirait le signal d’alarme devant le nombre de blessures graves liées aux accidents de trottinettes. Au lendemain de la mise en ligne de cet article, un premier accident mortel de trottinette survenait à Paris.

    7 juin : la LOM à contretemps

    Au lendemain des annonces des édiles parisiens, et trois jours après le buzz autour de la campagne publicitaire de Lime qui avait bien orchestré sa com’, le ministère des Transports fait partir un communiqué de presse triomphal, mais à contretemps : ça y est, l’article de loi sur la régulation des trottinettes et vélos électriques en free-floating a été adopté par les députés dans le cadre de l’examen de la LOM.

    Que dit cet article qui valait un communiqué à lui tout seul (la loi contient 50 articles) ?

    • que les opérateurs de vélos et trottinettes en libre service seront soumis à l’autorisation préalable des maires et devront payer une redevance d’occupation du domaine public. Si le maire est aux commandes, « la bonne coordination avec l’autorité organisatrice de la mobilité [AOM] est nécessaire , précise le texte. Son avis sera sollicité avant la délivrance d’une autorisation ». Et si l’AOM ne veut pas entendre parler de free-floating ?
    • Pour obtenir l’autorisation de déployer leur flotte en ville, les entreprises devront respecter les règles de stationnement et informer leurs utilisateurs du Code de la route, qui jusqu’à aujourd’hui encore, ne connaît pas les trottinettes, ni les gyropodes et les monoroues. Il devrait être modifié en septembre prochain, après être passé par les fourches Caudines de la Commission européenne, du Conseil national d’évaluation des normes (CNEN), du Comité interministériel de la sécurité routière (CISR), puis du Conseil d’Etat (lire)
    • Enfin, les municipalités pourront sélectionner les opérateurs par appel d’offres. Objectif, limiter leur nombre, ce qui va immanquablement accélérer la consolidation des start-up de la micromobilité.

    Qui sont les « trotteurs » ?

    Recensement des opérateurs en France en juin 2019. Source : 6T-Ademe

    Toujours le 7 juin : dernier acte de cette folle semaine de la trottinette, le bureau d’étude 6T publie une étude très fouillée qui dessine le profil type des « trotteurs » et les usages de ce nouveau mode de transport. On y apprend par exemple que :

    • Un tiers sont des touristes étrangers, 9 % sont des visiteurs français, 58 % sont des locaux (ils l’utilisent dans leur ville de résidence).
    • 66 % des « trotteurs » locaux sont des hommes, plus de la moitié d’entre eux ont moins de 35 ans, les plus représentés sont les 25-34 ans,
    • 19 % sont des étudiants,
    • 53 % sont des cadres,
    • 38 % empruntent une trottinette chaque semaine, 7 % tous les jours pour des déplacements professionnels ou domicile – travail.
    • 23 % font des trajets multimodaux : transports en commun + trottinettes (66 %), marche + trottinettes (19 %),
    • Peu de trotteurs étaient cyclistes, le report modal se fait aux dépens du transport collectif et de la marche : ce sont des « piétons augmentés »,
    • 69 % jugent le free-floating pratique et efficace, même si près d’un quart renonce à l’utiliser faute de trouver une trottinette à proximité,
    • 27 % sont inscrits à plusieurs services de trottinettes,
    • 57 % jugent les prix trop élevés.

    Et s’il fallait ne retenir qu’une donnée, l’étude estime entre 0,8 et 1,9 le pourcentage des déplacements en trottinettes en free-floating dans Paris. Pas négligeable.

    Nathalie Arensonas

    Synthèse de l’étude « Usages et usagers des trottinettes électriques en free-floating en France » : ici


    Méthodologie 

    Questionnaire en ligne diffusé du 5 au 15 avril 2019, après une douzaine d’entretiens exploratoires. Lime a diffusé cette enquête indépendante auprès de ses utilisateurs pour obtenir un échantillon représentatif. Les 4382 personnes interrogées ont utilisé les trottinettes dans les villes de Paris, Lyon ou Marseille.

    En complément de l’approche quantitative, 21 entretiens semi-directifs ont été menés avec des usagers de Lime, centrés sur l’évolution des pratiques modales et l’usage intensif des trottinettes.


  • Fréquentation en hausse dans les transports strasbourgeois

    Fréquentation en hausse dans les transports strasbourgeois

    La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) a transporté 124,8 millions de voyageurs sur son réseau en 2018, soit 4,2 % de plus que l’année précédente. Cette performance représente environ 255 voyages par an et par personne à l’échelle de cette agglomération de 490 000 habitants. L’offre kilométrique de la CTS a augmenté de 2,7 %, avec deux évolutions significatives : l’extension en novembre 2018 de la ligne de tramway transfrontalière sur 1,2 kilomètre jusqu’au centre de la commune allemande de Kehl, et la restructuration des lignes de bus dans la deuxième couronne de l’agglomération.

    Le taux de couverture des dépenses par les recettes commerciales (55,99 millions d’euros) s’est établi à 47 %. « La contribution versée par la collectivité à la CTS pour chaque kilomètre produit a baissé de 25 % en dix ans », note Jean-Philippe Lally, son directeur général. L’année passée a aussi été marquée par le passage à la billetterie sans contact qu’il qualifie de « réussi », notamment pour ses aspects liés au développement durable.

    Changement de statut

    La CTS a changé de statut le 6 juin : la société d’économie mixte (SEM) opérationnelle depuis 1912 a été remplacée par une société publique locale (SPL) détenue à 80 % par l’Eurométropole et à 20 % par le conseil régional du Grand Est. La collectivité s’affranchira ainsi d’une procédure d’appel d’offres au terme du contrat de concession en cours, fin 2020. Le contrat de partenariat se poursuit avec Keolis qui assure pour un forfait annuel de 200 000 euros des prestations d’animation métiers, de partage de bonnes pratiques financières et technologiques, de promotion de l’innovation, de communication et de centralisation d’achats.

    L’extension du réseau de tramway se poursuivra le 17 juin avec la mise en service d’un tronçon de 1,4 kilomètre supplémentaire (trois stations) sur la ligne E dans le secteur résidentiel de la Robertsau. Cette extension présente des caractéristiques environnementales spécifiques : elle s’insère dans une trame verte engazonnée et encadrée par des allées arborées, afin de répondre aux caractéristiques urbaines de ce quartier pavillonnaire. Un autre chantier, encore au stade des travaux de voirie et de plate-forme dans le faubourg de Koenigshoffen, aboutira mi-2020 à la mise en service de la ligne F prolongée vers l’ouest depuis le quartier gare.

    Saturation en centre-ville

    « Il faudra très vite trouver des solutions alternatives pour contrer la saturation du réseau de tramway en centre-ville. Un tramway passe toutes les 45 secondes en moyenne au croisement de l’Homme-de-Fer », observe Jean-Philippe Lally. Deux projets de lignes tangentielles sont déjà à l’étude. Le premier projet (ligne H) consistera à mettre en service dès novembre 2019 un BHNS entre le Parlement européen et la gare centrale. Le matériel roulant sera fourni par Alstom (Aptis). La CTS prévoit également l’extension du BHNS existant (ligne G), en provenance de la zone tertiaire de Schiltigheim jusqu’au quartier administratif de l’Etoile.

    Olivier MIRGUET

  • Les trottinettes mises au pas à Paris

    Les trottinettes mises au pas à Paris

    « La loi d’orientation des mobilités a malheureusement été reportée plusieurs fois et n’est toujours pas adoptée à ce jour par le Parlement. L’une des dispositions de la loi actuellement examinée à l’Assemblée consiste à réguler les vélos et trottinettes électriques en libre-service et sans station, dite en free floating. La Maire de Paris, tout comme de nombreux autres maires de France, ont donc décidé d’agir sans attendre » : dans un communiqué du 6 juin, Anne Hidalgo annonce la fin du débarquement sauvage des trottinettes avec de nouvelles mesures de régulation dans la capitale.

    Elles devraient être mises en œuvre dès début juillet. Sans attendre l’adoption de la loi Mobilités (LOM) prévue courant juillet, si les sénateurs et les députés arrivent à se mettre d’accord sur le texte final.

    Cinq nouvelles mesures

    • interdiction de stationner sur les trottoirs et dans les jardins publics : les utilisateurs de trottinettes devront les garer sur les places de stationnement situées sur la chaussée et déjà utilisées par les voitures et les deux-roues motorisés. Aux opérateurs de faire appliquer cette règle, au risque de voir leurs engins mis en fourrière.
    • vitesse bridée à 20km/h maximum dans tout Paris et à 8km/h maximum dans les aires piétonnes (la vitesse s’abaisserait automatiquement lorsque le GPS de la trottinette repère une zone piétonne).
    • gel (voire réduction) du nombre de trottinettes disponibles à Paris, « tant que le gouvernement n’aura pas précisé le cadre légal« . Elles sont 20 000 actuellement selon le décompte de la mairie.
    • la ville, la Préfecture de police et l’Assistance publique des hôpitaux de Paris vont évaluer l’accidentologie liée aux trottinettes électriques.
    • Le port du casque est recommandé pour les conducteurs de trottinettes électriques.

    Trois opérateurs de trottinettes maximum

    « Dès que le gouvernement aura précisé le cadre légal des trottinettes électriques – ce qui devrait être effectif à la rentrée 2019 – la Ville de Paris franchira une nouvelle étape, en lançant un appel d’offres qui limitera à 3 le nombre d’opérateurs et fixera un nombre maximum de trottinettes électriques en libre-service à Paris« , précise la mairie. A ce jour, les équipes d’Anne Hidalgo estiment à 20 000 le nombre de ces engins en circulation. Sans compter les trottinettes privées.

    « La sélection de ces trois opérateurs se fera sur la base de clauses sociales et environnementales« , précise le communiqué. Un autre volet de la LOM porte sur le statut des travailleurs des plate-formes numériques, afin de lutter contre le travail précaire des employés des start-up des nouvelles mobilités. Et un autre, sur la filière de recharge des véhicules électriques. En attendant, Lime, l’un des 12 opérateurs, se targue d’être en mesure de recycler 77% des batteries de ses trottinettes (lire l’interview de son dirigeant en France : ici).

    N.A.

  • Stationnement. Les nouveaux conflits d’usage de l’espace public

    Stationnement. Les nouveaux conflits d’usage de l’espace public

    En ville, la voirie a retrouvé un peu d’espace libéré sous l’effet de la réforme du stationnement de janvier 2018. 18 mois plus tard, elle est de nouveau sous pression dans les grandes villes sursollicitées par l’essor fulgurant de la mobilité partagée. Ces bouleversements remettent le problème du stationnement sur le devant de la scène urbaine, au moment où le salon Parkopolis prend ses quartiers à Paris, les 19 et 20 juin.

     

    Un an et demi après l’entrée en vigueur de la réforme du stationnement payant qui autorise les maires à fixer le montant des amendes et actionner ce levier pour guider leurs politiques de déplacements, les effets de cette mesure sont déjà chahutés dans les grandes villes françaises où une autre révolution s’est opérée dans le même temps : le boom de la micromobilité et de la mobilité partagée, porté par la massification de l’usage des smartphones et des objets connectés.

    A Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux par exemple, l’irruption des voitures, scooters, vélos et trottinettes – électriques et le plus souvent en flotte libre, c’est-à-dire sans station fixe – masque l’espace public libéré grâce à la dépénalisation et la décentralisation du stationnement. Décriée avant d’entrer en vigueur, la réforme n’a pas mis longtemps à porter ses fruits en chassant les voitures ventouses et en baissant le taux d’occupation des places en centre-ville (-10 % à Lyon) favorisant les taux de rotation. Ce qui n’est pas pour déplaire aux commerçants. Avant, un PV à 17 euros, ça se tentait. Aujourd’hui, à 35 euros comme à Bordeaux, Grenoble, Paris, Le Havre, Biarritz ou Toulouse, et jusqu’à 60 euros sur la presqu’île de Lyon, on y réfléchit à deux fois.

    En attendant la loi
    sur les mobilités

    Les habitants des villes-centres lâchent progressivement le volant. Sans forcément basculer vers les transports collectifs, mais plutôt vers la mobilité partagée, organisée ou en free-floating : voitures en libre service comme Yea! Citiz à Lyon (dont l’opérateur n’est autre que la société d’économie mixte chargée du stationnement, Lyon Parc Auto) et Strasbourg, Mobilib’ à Paris qui a succédé à Autolib’ et est exploité par des entreprises sélectionnées par la Ville (Renault, Peugeot, Daimler, Ada, Europcar, etc.). Ces opérateurs paient une redevance d’occupation de l’espace public à la municipalité, leurs clients peuvent alors se garer sur n’importe quelle place réglementaire. Idem pour les scooters partagés (quand leurs conducteurs respectent la règle) qui, comme les scooters privés, sont autorisés à stationner gratuitement sur des places réglementaires.

    Objectif, désengorger les trottoirs

    En revanche, les quatre opérateurs de vélos en flotte libre et les 11 opérateurs de trottinettes (bientôt 12 avec l’arrivée sur le marché de la société du sprinter olympique Usain Bolt) ne déboursent pas un sou pour occuper l’espace public, et surfent sur le flou juridique qui entoure ces nouveaux services de mobilité. Dans les villes les plus touchées par le phénomène, les élus (et les administrés) dénoncent le « désordre généralisé » (Christophe Nadjovski, maire adjoint de Paris, chargé des Transports et de la Voirie) sur la chaussée et les trottoirs.

    A Paris, la municipalité a récemment instauré une redevance annuelle au titre de l’occupation de l’espace public (de 26 à 65 euros par engin), signé une « charte de bonne conduite » avec les principaux opérateurs, décidé de créer des zones de stationnement spécifiques délimitées au sol et, si cela ne suffit pas, de mettre en fourrière les engins en stationnement gênant. Sentant l’exaspération grandir à dix mois des élections municipales, l’équipe d’Anne Hidalgo s’interroge sur une interdiction provisoire, le temps que la future loi sur les mobilités (LOM) actuellement examinée par les députés, entre en vigueur et encadre cette pratique qui a rencontré son public. La perspective de 40 000 trottinettes avancées par les opérateurs d’ici à fin 2019 dans les rues de la capitale paraît incontrôlable.

    Si « la digue du tout-voiture se fissure », comme le constatait notre confrère Olivier Razemon, dans un post consacré à la réforme du stationnement dans sa Chronique impatiente de la mobilité quotidienne, la digue du stationnement a également sauté, et les maires ont visiblement été pris de court par la révolution de la mobilité. « Combiné aux mesures de la LOM, les effets de la réforme du stationnement dont nous allons publier un premier bilan en juin(1), devraient permettre aux élus de se réapproprier l’espace public et de réorganiser la voirie en élargissant les trottoirs, par exemple, pour faire de la place aux nouveaux usages », anticipe, optimiste, Marc Cippola, responsable du pôle Mobilité durable au Groupement des autorités responsables de transport (Gart). L’association d’élus a conçu et vivement défendu, avec l’Union des transports publics (UTP), la réforme du stationnement payant. « Les autorités organisatrices de mobilité (agglomération, métropole, intercommunalité, syndicat mixte, selon les cas), continueront de donner les orientations générales, les maires, au titre de leur pouvoir de gestion de l’espace public décideront des lieux de stationnement des nouveaux engins de déplacements personnels, ils ont l’approche terrain », dit Marc Cippola.

    La voiture a horreur
    du vide

    L’un des côtés positifs de l’économie du partage, ce sont les milliers de places de stationnement mutualisées dans les parkings privés : ceux des immeubles d’habitation, de bureaux, des administrations, des centres commerciaux ou des hôtels. Comme la voiture a horreur du vide, l’idée consiste à ne pas laisser vacantes les milliers de places de parking inutilisées. Et la mayonnaise commence à prendre. La start-up Zenpark, leader du marché en France, voit le marché du parking partagé et connecté « croître de 10 % par an », selon son PDG et fondateur William Rosenfeld. Créée en 2011, elle affiche 200 000 clients actifs pour 15 000 places partagées à Paris, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Marseille, etc. Dans 1 000 parkings privés en France et en Belgique.

    Optimiste, William Rosenfeld qui vient de signer avec les parkings du Forum des Halles à Paris, recensait « 50 000 à 60 000 places à aller chercher et rendre partageables sur l’Hexagone, et chez nos voisins européens », lors d’une nouvelle levée de dix millions d’euros, en janvier, avec la RATP et EDF. La Régie pour son parc immobilier (400 places de parking en Ile-de-France, connectées aux réseaux de transport public), EDF parce que le parking partagé, c’est encore mieux avec des bornes de recharge pour les voitures électriques.

    Nathalie Arensonas

    (1) Le Groupement des autorités responsables de transport (Gart) publiera en juin une étude dressant un premier bilan de la réforme dans plus de 500 villes françaises, réalisée avec le Cerema.

  • Spécial UITP – Le modèle suédois

    Spécial UITP – Le modèle suédois

    Comme tous les deux ans depuis plus de 130 ans, le Sommet de l’UITP rassemble les professionnels du transport public (entreprises, institutions, associations et organisations) de 80 pays. Après une édition nord-américaine, à Montréal, retour en Europe avec l’édition 2019, qui se tient du 9 au 12 juin à Stockholm, en Suède. L’occasion pour les visiteurs de mieux connaître les spécificités suédoises.

     

    Souvent précurseur. C’est ce qu’on peut dire du plus grand et du plus central des pays nordiques, la Suède, et tout particulièrement de sa capitale, Stockholm, dans le domaine des transports. C’est en effet une des premières villes à avoir appliqué le péage urbain, une mesure plébiscitée par les habitants du centre mais loin de faire l’unanimité ailleurs. Les résultats sont toutefois là : le trafic automobile avec la périphérie a reculé de 25 % depuis que cette mesure a été définitivement introduite le 1er août 2007 après une période d’essai précédant le référendum de 2006.

    C’est l’Etat qui, par le biais de l’agence Transportstyrelsen, gère le péage urbain (trängselskatt, c’est-à-dire « taxe d’encombrements »). Cette taxe doit être acquittée par les automobilistes se rendant dans le centre de Stockholm et, depuis peu, empruntant l’autoroute contournant le centre-ville par l’ouest.

    Les transports publics sont de leur côté gérés par la région de Stockholm (2,2 millions d’habitants), nouvelle dénomination administrative depuis le 1er janvier dernier de l’ancien département (län) environnant la capitale, qui regroupe 26 communes et compte dix agglomérations. Plus précisément c’est l’entité régionale Trafikförvaltningen, qui en est l’autorité organisatrice sous la marque commerciale SL. Avant 1967, les transports étaient du ressort des différentes communes, voire de l’initiative privée.

    Cette répartition des rôles n’a pas pour autant privé les communes de tout rôle dans les transports. Par exemple, du fait que Stockholm garde la main sur la gestion des rues et l’urbanisme, la ville a son mot à dire sur l’implantation des couloirs de bus ou de pistes cyclables, le retour du tram ou la réorganisation du pôle d’échanges de Slussen, dans un secteur en pleins travaux.

    Depuis les années 1990, SL n’exploite plus en direct son propre réseau (métro, tram, trains d’intérêt local et bus) mais choisit les opérateurs (Arriva, Keolis, MTR, SS, Transdev) au moyen d’appels d’offres périodiques. Egalement sous l’autorité de SL, le Pendeltåg (équivalent du RER) fait aussi l’objet d’appels d’offres, de même que les lignes régulières de bateau, gérées en ville par SL et sous-traitée dans l’archipel par diverses compagnies de navigation (dont une récemment reprise par Transdev) pour la compagnie Waxholmsbolaget.

    Entre le bassin du lac Mälaren et la mer Baltique, la région de Stockholm connaît une des croissances les plus dynamiques d’Europe (700 000 nouveaux habitants sont attendus d’ici dix ans). Pour accompagner la hausse de population attendue, le logement et le réseau de transports se développent, même si les progrès ne sont pas aussi rapides que le souhaiteraient les usagers, de plus en plus nombreux. En moyenne, 2,8 millions de voyages sont effectués chaque jour sur le réseau SL par 800 000 personnes.

    Patrick LAVAL

  • Keolis restera à Château-Thierry neuf ans de plus

    Keolis restera à Château-Thierry neuf ans de plus

    Le réseau de transport urbain Fablio de Château-Thierry, dans l’Aisne, continuera d’être exploité par Keolis. La nouvelle délégation de service public entre la Communauté d’agglomération de la région de Château-Thierry (CARCT) et l’exploitant commencera le 1er juillet pour neuf ans. Elle devrait générer un chiffre d’affaires de 23 millions d’euros.

    Keolis s’engage à augmenter le nombre de voyages de 14,3 % grâce à une restructuration du réseau urbain et à la création de nouvelles lignes de transport à la demande. Celles-ci permettront de desservir les 87 communes de l’agglomération, contre 35 actuellement. La gamme tarifaire doit être simplifiée et les voyageurs bénéficieront d’informations en temps réel à la rentrée. Une application et un site de réservation en ligne sont également au programme.

    Keolis vise une hausse des recettes de 22,6 % d’ici à la fin du contrat.

  • Devenir des champions de l’e-industrie

    Devenir des champions de l’e-industrie

    Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau était l’invité du Club Ville Rail & Transports pour parler de son livre Les nouveaux industriels. Nourri par son expérience dans le BTP et les services, en France et à l’International, que ce soit la gestion et la distribution de l’eau, l’aéroportuaire ou le transport urbain, il expose sa vision sur la façon dont l’industrie doit se développer. Un point de vue qu’il applique à SNCF Réseau.

     

    Le Club VRT accueillait Patrick Jeantet
    le 9 avril dernier, dans les Salons de la mairie
    du VIIe arrondissement à Paris.

    « J’ai écrit ce livre après avoir constaté qu’aujourd’hui on parle davantage de virtuel et de plateformes que d’industrie. Les Gafa captent l’attention et la capitalisation boursière. En réalité ces plateformes ne sont possibles que parce que des industries et des infrastructures réelles extrêmement puissantes existent », soutient Patrick Jeantet. Contrairement aux idées reçues, estime-t-il, nous ne sommes pas dans une ère de désindustrialisation, mais dans une ère hyper industrielle : « Cela ne se voit pas sur les indicateurs, car le PIB industriel a baissé, mais cela est dû aux gains de productivité réalisés qui ont permis de faire baisser les prix. » Selon sa thèse, développée dans son livre, les entreprises qui gagneront demain seront à la fois capables d’avoir des actifs industriels et de faire la convergence avec l’actif digital. L’e-industrie reposera sur l’alliance du virtuel et du réel. « Les Gafa ne s’y trompent pas. Google travaille à la conception de la Google Car, Elon Musk a lancé Space X et Tesla et une usine de batteries entièrement automatisée, qui permettra de les produire aux Etats Unis pour 10 % moins cher que le marché mondial. La convergence du virtuel et du réel est essentielle pour les entreprises de demain. Celles qui ne feront que du virtuel perdront pied », prédit-il.

    Trois défis à surmonter

    Pour réussir leur mue, les industries sont face à trois défis. Il faut, d’abord, continuer à développer ses produits phares tout en développant ceux de demain. « En ce qui concerne le ferroviaire, cela implique de s’intéresser au projet Hyperloop ou à la lévitation magnétique. La technologie a tellement évolué qu’elle pourrait être celle de demain. Les entreprises doivent être ambidextres, pour continuer à développer leurs produits historiques, tout en s’organisant pour investir sur des systèmes en rupture qui pourront remplacer ces produits historiques. Si la lévitation magnétique coûte moitié moins cher que le TGV, ce dernier pourrait disparaître à son profit. » C’est pourquoi il plaide pour que soient montées dans les entreprises, parallèles aux anciennes structures, des entités séparées capables de produire des innovations de rupture.

    Le deuxième enjeu pour les entreprises consiste, selon Patrick Jeantet, à revoir la méthode de développement de produits nouveaux. « Historiquement, les ingénieurs avançaient dans leurs recherches de manière séquentielle. Ils ne cherchaient pas à savoir ce qui existait dans d’autres secteurs. Aujourd’hui, il faut aller voir ce qui a été inventé ailleurs pour croiser ces avancées avec la recherche de notre domaine. Les start-up apportent beaucoup de bonnes idées. Il faut articuler leur travail avec les grands groupes. Parce que l’organisation de produits nouveaux se fait différemment qu’avant, la SNCF a créé les “574“ pour accélérer les projets digitaux. C’est à la fois une place de coworking, un endroit où on teste, où l’on fait travailler les start-up avec des ingénieurs maison, un showroom… La transdisciplinarité permet l’agilité avec les partenaires à la fois internes et externes à l’entreprise », assure Patrick Jeantet.

    Et le troisième défi auquel les entreprises doivent se préparer, c’est d’être capable de combiner la force de l’industrie et du digital. L’industrie s’est fondée sur l’idée de standardiser pour réduire les coûts et vendre en masse, tandis que l’approche du digital permet la personnalisation en fonction de la connaissance de chaque client. « Les nouveaux industriels seront capables de garder des coûts bas en prenant en compte la connaissance des clients. C’est ce qu’essaye de faire l’industrie automobile. A la place des chaînes, on a des équipes qui personnalisent les voitures. »

    En plus de ces défis, les industries doivent prendre en compte l’écologie et le développement durable. « Car même si la France est parmi les pays les plus vertueux, nous sommes en retard par rapport aux objectifs de la COP21, et les jeunes générations réclament une réaction. Dans tous les produits, il faut du low carbon by design, et ne pas faire les choses après coup. »

    L’e-industrie, une chance pour l’Europe

    Patrick Jeantet voit dans l’émergence de l’e-industrie une opportunité de relancer le projet européen autour d’objectifs concrets et fédérateurs. « L’Europe a perdu la révolution du numérique (B to C) contre les Gafa et les BATX [Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, NDLR], c’est irrattrapable, mais l’e-industrie démarre seulement. Si on parle beaucoup d’intelligence artificielle, de maintenance prédictive, des drones d’Amazon, cela reste des concepts, des trucs de communicants. Il y a là quelque chose à jouer. Mais pour pouvoir transformer l’essai, il faut une fédération européenne. Si une politique industrielle n’est pas poussée par l’Europe, chaque pays européen deviendra le vassal des Chinois ou des Américains », prévient-il. A ce titre il regrette que l’Europe n’ait pas autorisé la fusion Siemens-Alstom. « Ensemble ces deux entreprises auraient eu plus de moyens pour financer des projets d’innovation. La Commission était contre pour des raisons de concurrence, parce que la fusion aurait limité le nombre de concurrents dans certains pays, mais le refus a aussi été motivé parce qu’ensemble ces entreprises auraient représenté 66 % des parts de marché de la très grande vitesse. Mais il n’y a pas de marché de la grande vitesse, il y a un appel d’offres tous les trois ans. Ensemble ces sociétés auraient pu faire des TGV moins cher pour faire face à la concurrence chinoise qui arrive. Cette décision pose la question de savoir où est la politique industrielle de l’Europe. Nous avons su faire Airbus, mais depuis nous avons perdu la vision originaire de l’Europe de la CECA. Il faut la reconstruire. Si les Français n’aiment pas leurs industries, il y a peu de chance qu’elles reviennent en France. Une étude récente a démontré que la jeune génération attend beaucoup de la renaissance industrielle, ce qui laisse de l’espoir. Mais on a besoin d’une Europe fédérale. L’Europe économique sans politique budgétaire ne marche pas. Si on ne fait rien au niveau Européen, on risque de décliner. Il faut une convergence physique et digitale pour créer les grands groupes de demain. C’est ce que j’explique dans ce livre. »

    Une révolution culturelle nécessaire

    Et, pour faire le lien avec le ferroviaire, le président-directeur général de SNCF Réseau explique : « La SNCF a toujours été innovante, mais le temps du transport ferroviaire n’est pas celui du digital. Il est beaucoup plus lent. Dans les années 50 l’électrification a été une rupture majeure, comme les TGV dans les années 80, et le site Internet ouisncf.com est l’un des sites qui vend le plus. Le groupe a rarement raté un tournant. Aujourd’hui il prépare celui de l’automatisation complète du transport ferroviaire prévue pour dans 10 ou 20 ans. On commence en installant Nexteo sur Eole, et ERTMS niveau 2 et bientôt niveau 3 sur le réseau structurant. C’est un premier pas vers l’automatisation. Pour les attributions de sillons, demain nous aurons des systèmes intelligents qui reconnaîtront les conflits, sauront simuler et, en cas d’incident, optimiser le système pour aider à la décision puis donner des ordres aux trains. On arrivera ensuite aux trains autonomes. Ce sera une grande révolution dans le ferroviaire. »

    Le deuxième champ d’application du digital à la SNCF concerne la maintenance prédictive avec l’analyse des données. « Pour avoir davantage d’informations, SNCF Réseau va rajouter des capteurs qui permettront de surveiller ses 30 000 km de voies automatiquement. Pour mettre cela en place et pouvoir travailler avec le monde du digital, nous avons monté les Fab 574, un digital open lab, avec la FIF et nous travaillons avec Fer de France pour améliorer l’ensemble du système ferroviaire avec tous les industriels », détaille-t-il.

    Mais le dirigeant constate que les changements qui arrivent nécessitent une révolution culturelle. « Le premier frein dans les groupes comme la SNCF, c’est la culture trop cartésienne de nos ingénieurs. Ils proposent trop souvent une seule solution pour un problème donné. Il faut transformer la culture et analyser les risques de probabilité. Cette transformation culturelle est essentielle, mais implique le droit à l’erreur. Et il faut amplifier la coconstruction. Nous avons lancé un programme de poste d’aiguillage du futur sous forme de partenariat d’innovation avec quatre industriels qui ont comme objectifs finaux d’être 15 % moins cher et compatibles avec ERTMS, mais ont la liberté des moyens technologiques pour y parvenir. Cette nouvelle approche partenariale permettra de faire baisser les coûts des trains, et d’augmenter la qualité de service et la capacité du système ferroviaire. » 

    Valérie Chrzavzez

     


    Questions & Réponses

    Un membre du club demande à Patrick Jeantet si une entreprise comme la SNCF peut être disruptive et comment il envisage le financement de la recherche dans les grandes structures. Il reconnaît : « A la SNCF nous sommes des cartésiens au carré, mais on sent un ras-le-bol de ce système de la part des ingénieurs de Réseau. Il faut devenir disruptif, changer, sinon nous disparaîtrons. Avec l’équipe de direction nous en avons la volonté. Nous avons lancé le programme Nouvel’R pour travailler différemment : en coconstruction, en transversalité, en ouverture. Nous allons y arriver, mais cela nécessite de convaincre. Nous avons longtemps eu tendance à faire des infrastructures pour des infrastructures et à poser, après seulement, la question du service, tandis que le digital part des failles du marché pour proposer quelque chose qui y réponde. Il faut parvenir à combiner les deux approches. Le Comex de SNCF Réseau est aligné avec cette stratégie. L’enjeu de la réforme du ferroviaire, c’est le changement radical de la façon dont le groupe est géré, il nous faut le décentraliser. Concernant les recrutements, les Gafa sont tellement riches qu’elles peuvent embaucher tous ceux qui font de l’intelligence artificielle à des salaires triples de ceux que nous pouvons offrir. Heureusement, il existe encore des gens qui ne veulent pas travailler pour elles et considèrent que le service public reste essentiel. Et comme la SNCF a la réputation d’être une société innovante, elle a un pouvoir d’attractivité envers de jeunes talents qui ont envie de faire avancer les choses. Si, face aux Gafa, il y a un sujet financier, il faut reconnaître que les sociétés d’Etat ont les moyens d’innover, y compris via le Crédit impôt recherche, que la SNCF n’utilise pas assez. »

    On interroge aussi Patrick Jeantet sur la façon dont SNCF Réseau se positionne sur l’ouverture à la concurrence. « Il y a déjà de la concurrence dans le fret. On y compte 20 entreprises autres que la SNCF, ce qui implique des interfaces plus complexes à gérer. Le rôle de SNCF Réseau est de piloter et coordonner ces activités. En matière de concurrence, mon objectif est de donner confiance aux nouveaux entrants. La réforme réunifie l’ensemble du système et on pourrait penser que SNCF Réseau ne sera pas impartial, même si la loi a mis des garde-fous. Aussi, pour donner confiance, j’ai mis en place une équipe qui démarche les entreprises ferroviaires pour étudier avec elles la mise en place de nouveaux services. Il y a deux ans, j’avais déjà mis en place une équipe pour accompagner les Régions dans l’ouverture du marché. Nous avons besoin de concurrence, car nous avons le réseau ferroviaire le plus grand d’Europe, mais il est aussi le moins circulé. Il faut y mettre davantage de trains. C’est possible, mais il faut convaincre les entreprises pour qu’elles ouvrent de nouveaux services. Et c’est pour cela que nous travaillons sur les péages, et proposer des mesures spécifiques pour les nouveaux entrants, par exemple des péages adaptés durant les trois premières années. »

    Avez-vous un avis sur l’ouverture des données ? « L’ouverture des données fait l’objet d’un chapitre de la LOM. A titre personnel je suis favorable à l’ouverture de beaucoup de données, mais je ne vois pas pourquoi le TGV donnerait celles qui relèvent du secret commercial à ses concurrents. On peut aussi se poser la question de leur ouverture dans la maintenance. Il est légitime de donner les standards de maintenance, mais l’optimisation qu’a pu faire un opérateur, c’est son savoir-faire. Il ne faut pas le lui enlever, au risque de l’affaiblir. »

    Vous avez évoqué l’intérêt d’externaliser certaines activités, comment avancez-vous sur ce sujet avec vos équipes ?

    « On se cherche et on avance en marchant. Dans l’externalisation, il faut faire plus de prestations complètes, alors qu’aujourd’hui on externalise des métiers par spécialité et cela pose la question du pilotage. Il faut que les industriels s’améliorent sur la gestion de la sécurité, mais plus encore sur la gestion de projet. Autant nous sommes remarquables dans la gestion de grands projets comme Eole, autant, dans la gestion de projets de taille moyenne, il faut progresser. Nous n’avons pas encore de stratégie claire sur l’optimum de l’externalisation. En ingénierie, nous externalisons 20 à 30 %, paradoxalement, nous sommes frileux pour externaliser les études d’exécution alors que nous externalisons trop souvent des études d’exploitation ou de conception. »

    V. C

  • Patrick Jeantet fait souffler son Nouvel R’ sur le terrain

    Patrick Jeantet fait souffler son Nouvel R’ sur le terrain

    Après Lyon (20 mai pour tout le Sud-Est), Poitiers (23 mai pour l’Atlantique), et Lille (30 mai pour les Hauts-de-France, la Normandie et le Grand Est), c’est en Ile-de-France que se sont terminées, ce 4 juin, les conventions de managers de SNCF Réseau. Elles rassemblaient à chaque fois environ 500 personnes, soit les managers de terrain, « là où se crée la valeur », dit Patrick Jeantet.

    Augmenter la capacité du réseau

    Objectif : les sensibiliser à Nouvel R’, le projet d’entreprise de Réseau. Pour son président, le pacte ferroviaire voulu par le gouvernement donne de nouveaux leviers. Et Nouvel R’ les utilise pour améliorer les performances du système. En termes économiques, mais aussi en qualité de service et en innovation. Exemple, l’augmentation des capacités du réseau. Soit avec ERTMS : en cours d’appel d’offres pour la LGV Paris – Lyon, afin de passer de 13 à 16 trains par heure et par sens ; en projet sur Marseille – Vintimille, pour augmenter de 20 à 30 % la capacité de la ligne. Soit, en Ile-de-France, avec le CBTC Nexteo. Déployé d’abord sur le RER E, puis sur les RER D et B, en profitant à chaque fois de l’arrivée de nouveaux matériels, le système, après un palier à 22 trains, permettra à terme le passage de 28 trains par heure et par sens à 120 km/h.

    Patrick Jeantet voit dans ces capacités nouvelles une « révolution technologique un peu similaire à celle qu’on a connue avec les LGV dans les années 80 ». Sauf que la construction des LGV nécessite des milliards, tandis que les systèmes de signalisation ou de contrôle-commande se chiffrent en centaines de millions.

    Confier les flux des trains et des passagers
    à Gares & Connexions

    Deuxième grand sujet des conventions, le nouveau rôle de Gares & Connexions, qui va migrer de SNCF Mobilités à Réseau et devenir une SA. L’idée, c’est, « comme dans un aéroport », dit l’ancien directeur général d’ADP, de confier à la future filiale de Réseau la gestion de l’intégralité des flux : mouvements des trains, flux des passagers en gare, accès aux gares aussi afin d’assurer la plus grande fluidité. Le projet précédemment porté par Patrick Ropert de déploiement de commerces et services connus sous le nom de « City Booster » n’est pas remis en cause, mais s’inscrit dans ce cadre plus large. Patrick Jeantet reprend l’équilibre vertueux mis en place par Gares & Connexions : la moitié de la valeur dégagée par les commerces et services est rétrocédée au système ferroviaire, et permet de faire baisser les redevances demandées aux opérateurs pour accéder aux gares. Prochain grand rendez-vous pour les City Booster, la future gare de Paris-Nord, qui doit (cela fait partie des rares rendez-vous confirmés pour cette échéance), être ouverte pour les JO.

    Parallèlement, Gares & Connexions va lancer son programme « Mille et une gares », dans le cadre de ses missions de services publics. Le programme sera mis en œuvre dans 300 gares pour commencer. Il s’agit d’offrir aux maires ou aux présidents d’agglomération un catalogue de services dans lesquels ils pourront puiser. Comme Réseau équipe en fibre optique quelque 15 000 km, avec des surcapacités par rapport aux besoins ferroviaires, cela permet de proposer la mise en place dans les gares d’espaces de coworking ou d’incubateurs. Les services (heureusement) ne se limitent pas à la high-tech : Metz a mis en place en gare une mairie annexe.

    800 collaborateurs à recruter pour la régénération
    du réseau en Ile-de-France

    En Ile-de-France, on le sait, le grand défi à relever, ce sont les travaux de régénération. Leur montée en puissance nécessite des recrutements. Cette année, Réseau doit embaucher 800 collaborateurs dans la région capitale. Pas facile à trouver, malgré la garantie logement offerte par SNCF Réseau (comme par Transilien), pour faire venir les agents en région parisienne. Réseau peut faire appel à la sous-traitance et ne s’en prive pas. Mais les Egis, les Setec ou les Systra ont les mêmes problèmes de recrutement. Et, même si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles avec la SGP, les besoins énormes en travaux ferroviaires dans la région rendent la question du recrutement capitale…

    F. D.

    Lire aussi : Devenir des champions de l’e-industrie

  • Interview – Lime France cherche à s’acheter une conduite pour ses trottinettes

    Interview – Lime France cherche à s’acheter une conduite pour ses trottinettes

    Lime lance une adresse mail pour signaler les trottinettes mal garées : [email protected].

    L’opérateur de trottinettes en flotte libre Lime qui se revendique leader sur le marché français avec 1,2 million d’utilisateurs et 65 000 utilisations quotidiennes à Paris, a senti le vent du boulet. Depuis qu’il a lancé ses petits bolides couleur citron vert dans les rues de la capitale en juin 2018, la colère des habitants ne faiblit pas devant les écarts de conduite des « trotteurs ». En cause, la circulation et le stationnement sauvage sur les trottoirs et la chaussée.

    En attendant la régulation du free-floating actuellement examinée par les députés dans le cadre de la discussion sur la loi Mobilités (LOM), Lime joue les bons élèves et lance une campagne d’affichage choc et 12 mesures pour tenter d’éduquer ses utilisateurs. L’effet boule de neige aura t-il lieu ?

    Interview du dirigeant de Lime France, Arthur-Louis Jacquier.

    Ville, Rail & Transports. « Marre de ces trottinettes de m…, Ras le c… de ces trottinettes ». Vous lancez jeudi une campagne publicitaire choc reprenant les amabilités des Parisiens et des élus vis-à-vis de ce nouveau mode de transport. L’exaspération risque t-elle d’avoir raison de l’entreprise en France où Lime connait sa plus belle croissance ?
    Arthur-Louis Jacquier. Le phénomène trottinettes s’est développé à toute vitesse sur l’Hexagone et beaucoup d’utilisateurs n’ont pas eu le temps de prendre de bonnes habitudes, menant à l’exaspération des autres usagers de la ville. En tant que leader – un million d’utilisateurs en un an à Paris, 65 000 utilisations par jour, 30 000 en hiver – notre responsabilité est de rappeler les règles de bonne conduite pour nous inscrire dans le long terme.

    Impossible de survivre dans un milieu de plus en plus hostile ?
    Si on continue comme ça, c’est no future. La mairie de Paris a été très claire et la capitale est une vitrine en France et à l’international. Encore une fois, rien ne nous préparait à une croissance aussi rapide. Dès l’automne 2018, soit trois mois après notre arrivée à Paris, nous avons tenté de sensibiliser nos utilisateurs aux règles de bon sens, mais cela n’a pas suffi. Et comme nous sommes les plus visibles dans les rues par le nombre [Lime ne communique pas sur le nombre de trottinettes, fabriquées en Chine, actuellement en circulation, NDLR], nous portons la responsabilité de nos concurrents.

    Qu’attendez-vous de la LOM ?
    Qu’elle mette en place le cadre des opérations pour que chacun soit au courant de ses droits et devoirs. Une fois les règles posées, la relation entre les loueurs de trottinettes électriques et les villes sera gravée dans le marbre. Le but n’est pas de prendre d’assaut le marché, mais d’être acceptables pour continuer à exister.

    Les contraintes réglementaires et de régulation qui attendent le free-floating deviennent-elles un argument concurrentiel pour Lime qui vise l’hégémonie sur le marché français ?
    Oui, s’il devait n’en rester qu’un, ce serait Lime! Préserver notre domination sur le marché français, c’est mon boulot. Aujourd’hui, personne d’autre ne peut se permettre d’apposer 500 affiches sur les Abribus pour dire « Trottinettes de m… ». Mais nous avons conscience que cela ne peut pas suffire, on veut aller plus loin en accompagnant les utilisateurs sur les règles de circulation et de stationnement sur des emplacements dédiés – près des arceaux à vélos, scooters, motos, entre deux voitures, etc. Nous avons recruté 50 personnes pour déplacer les trottinettes mal garées, ouvert un site pour signaler les abus, nous ouvrons des juice bars pour recharger les batteries dans les superettes Franprix, recyclons à 77% nos batteries, achetons l’électricité auprès d’un fournisseur d’énergie verte, Planete.oui, etc.

    A quel mode de transport avez-vous pris des parts de marché ?
    Le sondage commandé à Odoxa et réalisé en Ile-de-France en avril dernier, montre que la trottinette a pris des parts modales sur la voiture en ville : 59% des trotteurs ont réduit leur déplacement en voiture. Il montre aussi que c’est un usage intermodal : pour le premier et le dernier kilomètre.

    C’est aussi le dernier mètre aussi dans les couloirs de métro…
    Dorénavant, toutes les gares, les stations de métro et tous les parcs de Paris sont en zone rouge, ce qui signifie que si  l’on entre dans l’enceinte du métro avec sa Lime, le compteur continue à tourner. C’est dissuasif.

    Quelles leçons avez-vous tiré de l’aventure malheureuse de Gobee.bike que vous dirigiez en France et qui a jeté l’éponge en Europe et à Hongkong, sa ville d’origine ?
    Qu’il ne faut pas viser le volume avant de comprendre les marchés.

    Propos recueillis par N. A.


    Lime en France

    • Présent à Paris depuis juin 2018, également présent à Marseille et Bordeaux qui vient d’autoriser l’opérateur après la signature d’une « charte d’engagements ».
    • Plus de dix millions de trajets
    • 960 000 utilisateurs uniques à Paris, 1,2 million en France
    • 12 minutes de trajet moyen en France
    • 350 employés en France

     

  • CDG Express : un projet mal né

    CDG Express : un projet mal né

    Le retard de deux ans infligé au CDG Express n’est sans doute pas la pire des choses qui lui soit arrivée. Il ne faut jurer de rien avec cette idée qui cherche sa voie depuis une trentaine d’années, mais cela commence à ressembler aux retards classiques que connaissent les projets quand ils entrent en phase de réalisation. On n’est apparemment plus dans le questionnement existentiel. Le conseil régional d’Ile-de-France, du temps de Jean-Paul Huchon, ne voulait pas en entendre parler. Bertrand Delanoë non plus. La gauche s’en est toujours prise à ce « train des riches ». Mais ce n’est pas la seule opposition entre la droite et la gauche qui a pénalisé la réalisation du CDG Express. Le projet n’a pas été soutenu unanimement par le monde économique.

    Christian Blanc, qui voulait rendre irréversible le métro du Grand Paris, était un adversaire farouche du CDG Express : il aurait pu lui prendre une partie de la clientèle justifiant son grand projet. Le métro du Grand Paris doit, et cela était prévu dès le début, relier lui aussi l’aéroport Charles-de-Gaulle. Certes, ce n’est pas une liaison spéciale pour les voyageurs. Le métro qui a un peu changé d’allure depuis la fusion  entre le projet du  Conseil régional et celui de Christian Blanc desservira aussi la zone d’activité autour de CDG Express et sera bien utile aux salariés qui y travaillent. Quoi qu’il en soit, un  RER B à rénover, plus un CDG Express et un  Grand Paris Express à construire, trois relations ferroviaires pour l’aéroport, cela fait beaucoup, surtout quand on doit mener les travaux de front.

    Pierre Mongin, quand il était à la tête de la RATP, avait lui aussi tout fait pour torpiller le CDG Express, avançant le projet concurrent, dans le cadre du Grand Paris Express, d’une ligne 14 prolongée au nord comme au sud reliant les deux aéroports d’Orly et de Roissy. L’idée d’une ligne de métro d’une cinquantaine de kilomètres n’a pas été retenue. Mais le Grand Paris Express, même s’il y a une correspondance à Saint-Denis Pleyel, reliera bel et bien les deux aéroports.

    Les rivalités entre les projets ont été masquées par la suite du fait de la candidature aux JO. Il était plus simple de tout promettre et les promoteurs des Jeux en France ne s’en sont pas privés. Or, au-delà du seul CDG Express, c’est tout de même le fiasco. La ligne 15 sud ne sera pas prête pour 2024. Il est vrai qu’elle n’était gère utile aux Jeux. La ligne 14 doit à l’échange 2024 être prolongée jusqu’à Orly, c’est toujours promis mais ce n’est pas encore gagné. La desserte du village des médias, par le tronçon commun des lignes 16 et 17 du Grand Paris Express, est sérieusement compromise ; au moindre aléa de chantier, reconnaît la SGP, le rendez-vous sera manqué. Or les chantiers sans aléas, ça n’existe quasiment pas.

    Pour CDG Express, on dit aujourd’hui, du côté de Paris 2024, que ce retard n’est pas pénalisant. Et après avoir promis la lune, on s’en tient maintenant sur le site des organisateurs à vanter la compacité du projet (tout ou presque concentré en Seine-Saint-Denis), et à dire que « cette compacité sera renforcée par l’excellence du réseau de transport en commun – le plus performant au monde. » Sans CDG ni Grand Paris…  Pour autant, les politiques ne renoncent pas aux belles promesses. Emmanuel Macron l’a dit, Anne Hidalgo aussi : Notre-Dame sera reconstruite pour les Jeux. Ils sera toujours temps de dire après que les épreuves peuvent se passer de la cathédrale.

    F. D.