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  • Descente au cœur du futur Grand Paris Express

    Descente au cœur du futur Grand Paris Express

    Encore combien d’années ? On a beau désespérer du calendrier hasardeux du métro automatique Grand Paris Express qui ne sera pas au rendez-vous des JO de 2024, une chose est sûre, au fond du gigantesque cratère de 53 mètres de profondeur, au pied de l’Institut de lutte contre le cancer Gustave-Roussy (IGR), la centaine d’ouvriers, les hydrofraises, les pelleteuses, et autres engins de creusement mettent du cœur à l’ouvrage sur le chantier phénoménal de la future gare de Villejuif-IGR sur la ligne 15 Sud. Si tout va bien, elle sera en service en 2025 (voir le tracé).

    En activité 24h/24h, le chantier a déjà produit 600 000 m3 de déblais acheminés par une route spécifique, vers l’autoroute A6. Sur ce site où se croiseront la ligne 15 Sud et la ligne 14 de la RATP, les amorces sont faites pour que le futur tunnelier qui creusera le prolongement sud de la ligne 14 entre Olympiades et l’aéroport d’Orly entre en action. On n’ose pas donner de date, mais le calendrier est fixé aux JO de 2024 pour relier au final Saint-Denis-Pleyel à l’aéroport d’Orly.

    Au fond de ce puits de 63 mètres de diamètre, la statuette de sainte Barbe, patronne des mineurs et des travailleurs souterrains, est déjà en place, prête à protéger les pilotes des deux tunneliers qui se croiseront dans l’une des gares les plus profondes du Grand Paris Express (GPE), dessinée par l’architecte Dominique Perrault. Tous les deux attendent encore leur nom de baptême. Celui de la ligne 14 œuvrera fin 2019. Une quinzaine de mètres plus bas, c’est le tunnelier de la ligne 15 Sud qui déploiera ses mâchoires début 2020, en provenance de la gare d’Arcueil-Cachan où il est en cours de montage, à ciel ouvert.

    Le bout du tunnel ?

    « Nous avons aménagé une passerelle piétonne au-dessus du puits de départ afin que les Cachanais puissent voir le tunnelier dont la roue de coupe est déjà en place, avant qu’il parte à l’assaut des 3,4 km de tunnel entre Cachan et Villejuif-IGR », explique Jack Royer, chef de projet à la Société du Grand Paris, pour le secteur Bagneux-Cachan. Une manière de faire patienter jusqu’à mi-2025 les riverains qui endurent de lourds travaux de génie civil depuis leur démarrage en 2015, dans cette commune du Val-de-Marne déjà desservie par le RER B. « Avec le GPE, ils pourront dans six ans rejoindre rapidement l’ouest de la capitale sans passer par Paris », avance Jack Royer. Et si tout va bien, la Défense en 2030 (les travaux ne sont pas encore lancés pour le tronçon entre Pont-de-Sèvres et La Défense).

    tunnelier arcueil-cachan grand pars express
    Puits de départ du tunnelier à Arcueil-Cachan.
    Sur le site de la future gare d’Arcueil-Cachan, située trois kilomètres au sud de la porte d’Orléans, dans une zone dense en fort développement démographique, on découvre deux chantiers en un : le puits de départ du tunnelier et les travaux de génie civil qui façonnent la « boîte » de la gare. Les parois moulées(1) sont achevées depuis fin 2018, la fin du génie civil est prévue pour 2021 juste avant que ne démarre la construction des équipements de la gare (ascenseurs, escaliers mécaniques, voies) construite sur quatre niveaux souterrains.

    Le RER B et le Grand Paris Express y seront interconnectés, ce sera l’une des plus fréquentées de la ligne 15 Sud, avec 95 000 voyages par jour selon les estimations de la SGP. Une fois construite, la gare conçue par l’atelier Ar-thème accueillera un immeuble de bureaux de six étages, projet de la SGP et de la ville de Cachan. En attendant, c’est l’état-major de Vinci Construction, attributaire de la ligne 15 Sud entre Fort-d’Issy et Villejuif et de la ligne 14 Sud (Olympiades – aéroport d’Orly) qui est installé sur la base-vie de ce chantier titanesque.

    Les riverains commenceront à apercevoir le bout du tunnel avec les premiers travaux de terrassement prévus au printemps 2019, suivis de la pose des appuis définitifs du tablier du RER B, la gare du Grand Paris étant construite sous le viaduc du RER.

     

    Sainte-Monique, priez pour eux

    chanatier de la gare de Bagneux grand paris express
    Travaux de génie civil pour la future gare de Bagneux.

    A Bagneux, les dizaines de milliers d’habitants des barres HLM qui encerclent la future gare du Grand Paris Express, située Rond-Point des Martyrs, en sont encore loin. Ils voient le ballet incessant des grues devant leurs fenêtres et doivent composer depuis 2015 avec les travaux de la ligne 15 Sud, mais aussi du prolongement de la ligne 4 du métro, depuis Montrouge. La tour Pasteur et ses 15 étages de logements ainsi que ses commerces ont été détruits il y a quatre ans pour accueillir la base-vie du génie civil de la gare. Coincée entre la route et le chantier en activité permanente, l’église Sainte Monique est comme écrasée. « Le curé nous a demandé d’améliorer la signalétique pour rendre l’église plus visible », confie un représentant de la Société du Grand Paris. Les fidèles manquent à l’appel.

    Ici quatre chantiers cohabitent : celui de la ligne 4 de la RATP, celui du tunnelier du Grand Paris Express, celui de la gare de Bagneux, et enfin, les travaux du projet de l’écoquartier Victor Hugo. A 150 mètres du rond-point des Martyrs, de son église et des HLM, le tunnelier Ellen (du nom de la navigatrice Ellen Mac Arthur) a commencé à creuser depuis le puits Robespierre de Bagneux vers Arcueil-Cachan le 14 février dernier. « Dans un mois [début avril, NDLR], Ellen atteindra le tympan Est de la gare de Bagneux pour ensuite la traverser et passer sous l’ouvrage de la ligne 4 du métro en juin 2019 », explique Jack Royer. Comme la navigatrice, le tunnelier poursuivra ensuite sa course en solitaire jusqu’à la gare d’Issy-Vanves-Clamart, à raison de 16 mètres par jour, soit quatre kilomètres en 16 mois. Dès mi-2021, les habitants de cette partie désolée de Bagneux, dans les quartiers nord de la commune des Hauts-de-Seine, seront reliés à Paris par le métro.

    Il leur faudra attendre 2025 pour emprunter le Grand Paris Express. Si la « gare monument » conçue par l’atelier Barani (trois niveaux, 120 mètres de long, 28 de large, les quais à 33 mètres de profondeur), dimensionnée pour accueillir 60 000 voyages/jour, a vu ses parois moulées posées fin 2018, le terrassement de la « boîte » de la gare doit démarrer en avril. La gare sera prête fin 2024 selon les prévisions de la SGP, mais les habitants de Bagneux devront attendre 2025 pour l’emprunter, le temps que les autres stations du tronçon sud du Grand Paris Express soient elles aussi livrées.

    Nathalie Arensonas

    (1) les parois moulées permettent de faire l’entourage des « boîtes » des gares

    Ligne 15 Sud : de Pont de Sèvres à Noisy-Champs
    Date prévisionnelle de mise en service : mi-2025
    33 km
    22 communes desservies (plus d’un million d’habitants)
    250 000 à 350 000 voyageurs à l’heure de pointe du matin
    16 gares reliées en 37 minutes, interconnectées avec des lignes de RER, métro, tramway et/ou transports en commun en site propre.

    Attributaires des lots de génie civil :

    Gare Fort-d’Issy-Vanves-Clamart (exclue) et la gare Villejuif-Louis-Aragon (inclue) : Vinci Construction, Spie Batignolles TPCI, Dodin Campenon Bernard, Spie Fondations et Botte Fondations

    Gare de Fort-d’Issy-Vanves-Clamart : Bouygues Travaux Publics (mandataire solidaire) et trois filiales du groupe Soletanche Bachy

    Réalisation du tunnel foré entre les Noisy-Champs et Bry-Villiers-Champigny : groupement Alliance, composé de Demathieu Bard Construction (mandataire), NGE Génie Civil, GTS, Guintoli, Impresa Pizzarotti, Implénia, Franki Foundations Belgium et Atlas Fondation

    Arrière-gare de Noisy-Champs, à la jonction des lignes 15 Sud et 16 : groupement constitué des entreprises Parenge, Dacquin parois moulées et Léon Grosse TP (mandataire du groupement)

    Tronçon T2A entre les gares Villejuif-Louis-Aragon et Créteil-l’Echat : groupement constitué de Bouygues Travaux Publics, en qualité de mandataire solidaire, et de : Soletanche Bachy France, Soletanche Bachy Tunnels, de Bessac et de Sade.


    Les étapes de construction d’une gare du Grand Paris express : visionner la vidéo (source: SGP)

  • Electromobilité partie 2 : Amsterdam, numéro 1 de l’électromobilité en Europe

    Electromobilité partie 2 : Amsterdam, numéro 1 de l’électromobilité en Europe

    Depuis l’été dernier, cent autobus électriques articulés du constructeur néerlandais VDL sont en service autour de l’aéroport international d’Amsterdam-Schiphol, sur le territoire de l’autorité organisatrice Amstelland-Meerlanden. Chaque jour, ils parcourent globalement plus de 30 000 km. C’est pour le moment la plus grosse exploitation d’autobus 100 % électriques de toute l’Europe.

    Aux Pays-Bas, le « zéro émission » est aussi, ces temps-ci, la grande préoccupation. Et la capitale, Amsterdam, entend bien donner le ton. Le 15 avril 2016, un « agrément administratif » a été signé entre toutes les parties prenantes aux transports publics régionaux de voyageurs par autobus. Cet agrément ne manque pas d’ambitions. De fait, il stipule que, dès 2025, toutes les nouvelles acquisitions de véhicules neufs devront répondre au critère « zéro émission ». Il indique aussi que toute l’électricité alors utilisée devra intégralement provenir de sources renouvelables. Enfin, il décrète qu’à l’horizon 2030 seuls les autobus « zéro émission » pourront demeurer en circulation.

    Pour l’organisation de ses transports de voyageurs, la région d’Amsterdam est divisée en quatre concessions. Une seule d’entre elles se trouve directement confiée à l’opérateur public GVB (Gemeentelijk Vervoerbedrijf, compagnie de transport municipale). Il s’agit, bien sûr, de celle qui régit les transports urbains (métro, tramway et autobus) dans la partie la plus centrale de l’agglomération. Les trois autres (qui ne concernent, au demeurant, que des lignes d’autobus) sont attribuées à la faveur d’appels d’offres périodiquement lancés au niveau européen. L’une de ces trois concessions est l’Amstelland-Meerlanden, dont le territoire présente la particularité d’inclure l’aéroport de Schiphol, avec un grand nombre de dessertes 24/7 (de zéro heure à minuit et du lundi au dimanche). Cette dernière concession a été remportée, en décembre 2017 et pour une durée de dix ans, par l’opérateur néerlandais Connexxion, qui compte aujourd’hui 5 800 collaborateurs et exploite près de 2 000 autobus. Le groupe Transdev possède 83 % des actions de cet opérateur, une banque néerlandaise détenant le reste.

    Le rouge pour la région, le blanc pour l’aéroport

    Les cent nouveaux autobus articulés 100 % électriques, tout récemment livrés par le constructeur néerlandais VDL pour l’Amstelland-Meerlanden, parcourent déjà, au total, plus de 30 000 km par jour. Ils se répartissent en deux sous-parcs aux spécifications légèrement différentes, utilisés sur deux réseaux étroitement interconnectés mais qui restent distincts dans leur concept opérationnel. Ces réseaux ont pour nom : « R-net » et « Schipholnet ». Le premier se caractérise par une vocation régionale et urbaine, et il s’étend de la zone aéroportuaire vers toute une partie de la conurbation. Son rôle essentiel consiste à relier les terminaux aux localités voisines, en s’immisçant toutefois jusqu’à la gare centrale d’Amsterdam. Ce réseau se dégroupe en quatre lignes dont la plus longue dépasse les 24 km, distance parcourue dans le temps d’une heure et une minute avec 34 arrêts. Il lui fallait donc des véhicules d’un niveau de confort supérieur, et aménagés intérieurement selon un diagramme privilégiant la capacité en places assises. Trois des quatre lignes de R-net circulent 24 heures sur 24. La fréquence peut atteindre huit passages par heure. Les autobus attachés à ce premier réseau se reconnaissent à leur livrée rouge orangé, qui les distingue de ceux de Schipholnet, uniformément peints en blanc. Plus dense, ce second réseau, lui, a pour mission essentielle de mettre en relation les différentes installations aéroportuaires entre elles, ainsi qu’avec les zones résidentielles du bassin d’emploi de Schiphol. En priorité, il cible les employés qui travaillent quotidiennement auprès de ces installations, mais aussi l’ensemble des passagers aériens en transit, au départ ou à l’arrivée. Surtout, il doit pouvoir faire face, chaque jour, à des flux importants de voyageurs se déplaçant entre les terminaux, les parkings, les bureaux et autres zones d’activité de l’aéroport dont il assure une desserte fine. L’accent a donc été mis sur la brièveté et la rapidité des trajets, ainsi que sur la capacité totale d’emport par véhicule. Le réseau Schipholnet, tel qu’il a été dessiné, ne compte pas moins de douze lignes, dont la plus courte mesure 4 km, et la plus longue ne dépasse guère les 17 km. En revanche, la fréquence peut y grimper jusqu’à 15 passages par heure ! Les parcours journaliers, par véhicule, varient entre 120 et 400 km sur R-net, et entre 150 et 500 km sur Schipholnet.

    Seulement 20 minutes pour faire le plein d’électricité

    Le dimensionnement préalable des sous-parcs nécessaires à l’exploitation de ces deux réseaux a conduit à prévoir, dès le départ, 49 véhicules pour le premier et 51 pour le second. Compte tenu de l’amplitude et de la densité assez remarquables (tout au moins aux yeux d’usagers français) des services sur ces lignes qui sont souvent exploitées 24 heures sur 24 sans interruption aux heures les plus creuses de la nuit, le choix s’est d’emblée porté sur le concept de charge rapide qui, seul, pouvait garantir la disponibilité et l’autonomie indispensables. Les batteries finalement retenues affichent une capacité de 169 kWh, et ont été conçues pour pouvoir être rechargées sous une puissance maximale de 420 kW. Cela signifie qu’une batterie vide redevient totalement opérationnelle en vue de la poursuite du même service après un stationnement pour charge rapide de seulement 20 minutes. Le dimensionnement des infrastructures nécessaires, compte tenu de la trame des services à assurer, s’est soldé par un choix de quatre lieux stratégiques où implanter les installations de recharge des batteries. A côté des 23 chargeurs « rapides » de marque Heliox, d’une puissance de 450 kW et répartis sur ces quatre lieux, on trouvera aussi 84 chargeurs « lents » de 30 kW, fournis par la même entreprise néerlandaise, et qui se situent tous en dépôt. Actuellement, la répartition géographique des installations selon ces quatre lieux d’implantation est la suivante : Schiphol Parking P30 (quatre chargeurs rapides), Schiphol Knooppunt Noord (quatre chargeurs rapides), Amstelveen Meerlandenweg (huit chargeurs rapides implantés sur des emprises provisoires), auquel s’ajoute l’ancien dépôt diesel reconverti de Schiphol Cateringweg (sept chargeurs rapides et 21 chargeurs lents de 60 kW à deux points de charge de 30 kW chacun). A terme, ce dépôt gérera 51 véhicules, tandis que les 49 autres seront rattachés au futur dépôt d’Amstelveen, qui est en construction sur un terrain contigu aux emprises de Meerlandenweg, et qui regroupera alors huit chargeurs rapides ainsi que vingt chargeurs lents, également de 60 kW et à deux points de charge. L’ensemble des infrastructures de recharge pour les cent véhicules représente une puissance totale de 13 MW. Sur une année, on devrait comptabiliser pas moins de 160 000 cycles de charge rapide ! La consommation d’électricité annuelle résultant de l’exploitation des deux réseaux R-net et Schipholnet serait équivalente à celle de 3 400 ménages. Et la réduction concomitante de dioxyde de carbone, dans le même laps de temps, atteindra les 15 000 t.

    Un pantographe qui sert indifféremment aux charges rapide ou lente

    Comme il est souvent d’usage dans les pays nordiques, Connexxion pratique le remisage à l’air libre, d’autant que les amplitudes journalières d’utilisation des véhicules sont déjà très élevées. Pour la charge rapide comme pour la charge lente, en ligne comme au dépôt, l’interface entre chargeur et véhicule se trouve réalisée par un pantographe ascendant de marque Schunk, qui est monté sur toiture, au-dessus de l’essieu avant. En se déployant, ce pantographe vient au contact de l’entonnoir solidaire de l’infrastructure, et dont les quatre barres conductrices peuvent, si nécessaire, être chauffées. Ainsi VDL a repris pour Amsterdam les dispositions constructives déjà mises en œuvre, avec succès, à Eindhoven. L’utilisation d’un seul pantographe conçu pour les deux modes de charge, sous la puissance de 450 kW comme sous celle de 30 kW, présente l’avantage, en dépôt, de permettre un remisage des véhicules aussi dense qu’avec un parc diesel conventionnel. Aux dires des techniciens de l’opérateur, le recours au seul système avec prise standard Combo 2 aurait nécessité, en revanche, d’intercaler des postes de rechargement entre les véhicules, à l’intérieur de la zone de remisage, sans parler des sujétions liées à la manutention manuelle des câbles de raccordement ou encore du risque d’arrachage accidentel de l’un d’eux en cas de remise en marche intempestive d’un véhicule. Compte tenu de l’importance inusitée du parc de matériel roulant à Amsterdam, on trouve pour la première fois, sur la zone de remisage à l’air libre du dépôt de Caterinweg, de longs portiques parallèles, qui enjambent toute la largeur d’emprise et portent, chacun, une série d’entonnoirs. C’est un mode d’organisation (et un « paysage ») de dépôt d’autobus que nous ne connaissions pas encore, mais qui pourrait devenir très courant dans les années à venir…

    Un nez d’avion pour le bus de l’aéroport

    Reflets de leurs conditions d’utilisation respectives, les deux sous-parcs d’Amstelland-Meerlanden ne diffèrent pas seulement par leur livrée, même si, techniquement, ils demeurent extrêmement proches. Ces deux véhicules articulés partagent, en effet, le même gabarit de 2,55 m, la même hauteur de 3,51 m et le même poids total en charge de 28,745 t. Leur chaîne cinématique est identique, avec un unique moteur central Siemens triphasé 1DB2022 d’une puissance de 210 kW sous 700 V, qui est apte à développer un couple de 3 800 Nm. Il en va de même, pour les deux véhicules, de leur alimentation électrique, qui fait appel à un pack de batteries d’une capacité de 169 kWh, organisé en quatre modules fixés sur le pavillon. Ces batteries sont refroidies à l’aide d’un circuit parcouru par un fluide caloporteur neutre pour l’environnement, en l’occurrence le R100.2. Après un parcours de 80 km, ce pack peut être rechargé en vingt minutes. Si, dans le modèle d’exploitation adopté pour l’Amstelland-Meerlanden, le pantographe Schunk de 450 kW reste privilégié pour les deux modes de charge, les véhicules sont néanmoins munis, à mi-longueur de leur face latérale droite, d’une prise de 60 kW au standard Combo 2, qui permettrait également un rechargement lent, au dépôt, le cas échéant.

    Si le véhicule articulé rouge conçu pour le réseau R-net, de type SLFA-180, se caractérise par une longueur totale hors tout très exactement égale à 18 m, le véhicule articulé blanc SLFA-181 de Schipholnet, comme sa désignation peut le laisse deviner, mesure en réalité 18,15 m. Cette différence résulte du choix, pour le véhicule Schipholnet, de la face avant version BRT (Bus Rapid Transit), équivalent de notre concept BHNS (Bus à Haut Niveau de Service), et qui se traduit, pour ce véhicule, par un nez davantage profilé, dont la forme et la couleur blanche suggèrent quelque peu le cockpit d’un avion. Pour parfaire une certaine impression de fluidité, les roues des deuxième et troisième essieux ont été carénées. En revanche, le véhicule pour R-net reprend la face avant standard de la famille Citea, et il est naturellement dépourvu de tout carénage de roue.

    Hormis l’aspect extérieur, les deux véhicules diffèrent aussi sensiblement sur les configurations d’accès et l’implantation des sièges. Le SLFA-180 possède, sur sa face latérale droite, trois portes Ventura à deux vantaux avec commande électrique, libèrant chacune un passage de 1 200 mm. La porte avant, correspondant à l’entrée, s’ouvre vers l’intérieur, tandis que les deux autres portes, réservées à la sortie, sont de type louvoyant-coulissant, avec vantaux se dégageant vers l’extérieur, afin de faciliter et d’accélérer la descente des voyageurs. Les aménagements intérieurs font appel à des sièges Kiel Lexxo CT avec appuie-tête. Une rampe UFR (Usagers en Fauteuil Roulant), à déploiement manuel, est montée au droit de la deuxième porte. Dans son implantation de sièges pour le R-net, le SLFA-180 offre 49 places assises et 78 debout, soit une capacité totale de 127 voyageurs. Deux équipements Thermoking 700H, du type « pompe à chaleur », assurent la climatisation intérieure, hiver comme été. Pour le chauffage, il peut être aussi fait appel, en cas de besoin, à l’énergie calorifique dégagée par les résistances de freinage rhéostatique, voire, en période de très grand froid, à un brûleur auxiliaire Webasto qui utilise un carburant bio-diesel. L’éclairage intérieur à LED et des prises USB complètent ces aménagements.

    Le SLFA-181 de Schipholnet partage les mêmes éléments de confort que le SLFA-180 de R-net. Toutefois, il s’en distingue par la configuration des portes, au nombre de quatre, dont celle pour l’entrée des voyageurs, à l’avant, ne dispose que d’un seul vantail de 600 mm à ouverture rapide par coulissement vers l’extérieur. Les trois autres portes demeurent identiques à celles du SLF-180. Le véhicule de Schipholnet offre 45 places assises et 79 debout.

    Pas question de livrer simplement les véhicules dans la cour de l’opérateur !

    Qu’il s’agisse du dimensionnement des parcs de véhicules, ou de celui du nombre et de la puissance des stations de charges, rien ne s’est fait ici sans une collaboration extrêmement étroite entre l’opérateur et le constructeur. Au plan général, on a déjà bien compris que ce serait là un nouvel invariant de l’électromobilité, sauf que, pour le néerlandais VDL, l’importance de cette démarche apparaît absolument capitale. Pas question pour lui de venir simplement livrer chez son client les autobus commandés ! Tout au contraire, le constructeur a monté ex nihilo une structure dédiée, dénommée « Enabling transport solutions » (structure facilitant l’élaboration de solutions pour le transport), qui a pour mission de procéder, avec l’opérateur, à toute l’étude technique préalable, en prenant en compte l’ensemble des contraintes d’exploitation de ce dernier. Un travail itératif très important s’instaure ainsi, dès le début, entre les deux parties. En quelque sorte, VDL joue le rôle d’entreprise pilote, en planifiant avec l’opérateur l’ensemble des travaux, puis en assumant la responsabilité des différentes phases de livraison de l’ensemble du projet d’électromobilité, y compris pour la totalité des infrastructures nécessaires. Il est vrai que VDL n’en est plus à son coup d’essai ! Pour lui, l’aventure de l’électromobilité avait commencé dès 2013, lorsqu’il présenta, à Genève, le premier autobus Citea SLF-120 Electric, à la faveur du salon UITP (Union internationale des transports publics). A l’époque, le constructeur avait aussitôt saisi l’intérêt de se concentrer très fortement sur la mobilité 100 % électrique. Sa première réalisation, en avril 2015, concerna la ville de Münster (Allemagne), avec cinq Citea SLF-120 Electric, dont quatre fournis dans le cadre du projet ZeEUS (Zero emission bus system). A peine quatre mois plus tard, en octobre 2015, VDL livrait le premier de huit Citea SLFA Electric aux KVB (Kölner Verkehrs-Betriebe, entreprises de transport de Cologne), permettant à l’opérateur rhénan d’exploiter entièrement, dès 2016, sa ligne 133 en mode 100 % électrique. Avec les KVB, VDL a pu se forger une première expérience significative dans le domaine du partenariat constructeur-opérateur qu’il lui semblait si important d’instaurer sur tout projet d’électromobilité, aux seules fins d’optimiser les futurs résultats en exploitation commerciale. Sur le marché néerlandais des transports en commun 100 % électriques, le constructeur joue, bien entendu, un rôle de pionnier. On pense, tout naturellement, à la concession de l’autorité organisatrice du Brabant Sud-Est (groupe Transdev), centrée sur la ville d’Eindhoven, avec son parc de 43 Citea articulés SLFA Electric déjà présenté dans nos colonnes. Le 18 avril 2017, tout juste quatre mois après la mise en service du réseau, le cap du million de kilomètres parcourus était franchi ! La même année, VDL a livré 14 Citea SLF-120 Electric, quatre Citea SLFA-180 Electric et 12 Citea LLE-99 Electric au groupe Arriva pour les concessions de la Frise et du Limbourg.

    Le constructeur travaille avec une dizaine d’opérateurs et d’AO

    Chemin faisant, le constructeur néerlandais est ainsi devenu, apparemment sans difficulté, le leader incontesté du marché européen en matière d’électromobilité. Outre aux Pays-Bas et en Allemagne, des Citea 100 % électriques circulent au Luxembourg. Jusqu’à présent, VDL a réalisé, au total, 14 projets de ce type, mettant en œuvre 220 véhicules qui ont déjà parcouru plus de dix millions de kilomètres. Actuellement, le constructeur néerlandais travaille aussi avec une bonne dizaine d’autres opérateurs et autorités organisatrices en Belgique, Suisse, Suède, Norvège, et également en France. Il entend bien conforter sa position de leader européen dans les prochaines années. Sa raison sociale complète, VDL Bus & Coach, rappelle qu’il fait partie de VDL Groep (groupe VDL). Ce groupe international, dont le siège est situé à Eindhoven, a pour vocation première le développement, la production et la vente de produits industriels, semi-finis ou déjà prêts à l’emploi, dans les secteurs de l’automobile, des autobus et des autocars. Chaque année, 1 500 bus et cars quittent ainsi les chaînes de fabrication aux Pays-Bas ou en Belgique. Toutefois, le groupe œuvre aussi dans des domaines hautement scientifiques comme les télescopes géants, les accélérateurs de particules, ou encore la conquête spatiale. L’entreprise familiale, créée en 1953, est devenue, au fil du temps, une société tentaculaire qui compte aujourd’hui 97 filiales réparties dans une vingtaine de pays, avec plus de 17 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires annuel supérieur à cinq milliards d’euros. Au-delà des chiffres, la force du groupe réside indubitablement dans les synergies de collaboration qu’avec constance et méthode celui-ci a réussi à mettre en œuvre entre les différentes entreprises qui le composent. C’est tout simplement impressionnant, et augure bien de nouveaux succès pour le constructeur néerlandais.

    Philippe Hérissé

  • Les nouveaux défis  des commissionnaires de transport

    Les nouveaux défis des commissionnaires de transport

    Mutation de la cartographie des flux, digitalisation, montée du e-commerce : les commissionnaires de transport font face à une transformation radicale du marché, à laquelle s’ajoutent la nécessaire prise en compte d’exigences environnementales renforcées et un fort enjeu sur l’attractivité des métiers. Comment s’adaptent-ils ? Ville, Rail & Transports a choisi de donner la parole à des acteurs traditionnels gros et moyens, mais aussi à de nouveaux entrants.

    On s’attendait à trouver la digitalisation sur la première marche du podium. Mais lorsque l’on interroge les commissionnaires de transport internationaux sur les défis auxquels ils sont confrontés, c’est finalement la transformation géographique des flux qui arrive en tête, parmi d’autres enjeux comme l’adaptation au développement du e-commerce, les contraintes environnementales ou les problématiques RH. « La bonne nouvelle, c’est que nous sommes sur un marché en croissance, qui nécessite une véritable expertise », synthétise Marie-Christine Lombard, la présidente du directoire de Geodis.

    Un bouleversement géographique des flux

    « Nous évaluons la valeur du marché des produits manufacturés à 32 000 milliards de dollars, dont 11000 milliards qui s’exportent et concernent donc nos activités de commission de transport international. Aujourd’hui, les flux intercontinentaux entre les trois grandes zones que sont l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis restent importants. Mais avec une croissance de 5 % par an, ils progressent moins vite que les flux intrarégionaux, c’est-à-dire intra-Asie, intra-Amériques et intra-Europe, qui augmentent 7 % par an et représentent aujourd’hui environ 6 000 milliards de dollars. Nous sommes évidemment dans un monde globalisé, mais certains éléments nous font dire qu’il le sera demain un peu moins », analyse Marie-Christine Lombard.

    Le phénomène est notamment encouragé par les nouvelles stratégies des deux grandes puissances mondiales que sont la Chine et les Etats-Unis. Exemple : le plan « Made in China 2025 », adopté par le gouvernement chinois en 2015, vise à soutenir une montée en gamme de l’industrie chinoise, qui ne sera plus l’usine du monde pour des produits de piètre qualité, mais un fournisseur de produits de qualité pour la population chinoise et notamment la nouvelle classe moyenne. Ce plan produit déjà ses effets. Peu à peu, les usines qui travaillaient pour les Américains ou les Européens se déplacent vers l’Inde, le Bangladesh, le Vietnam, les Philippines ou encore la Thaïlande.

    « Globalement, la géographie des flux a énormément changé ces cinq dernières années au profit d’un rapprochement des lieux de production et de consommation », constate par ailleurs Hugues Morin, directeur général de Clasquin. Le marché américain en apporte une autre illustration et comme en Chine, l’action politique n’y est pas étrangère. Le président Trump a clairement affiché sa volonté de rapatrier un certain nombre de productions aux Etats-Unis, et la panoplie de mesures incitatives pourrait avoir un réel impact. Des entreprises commencent également à favoriser la proximité avec le marché américain en implantant notamment des outils de production au Mexique, et le mouvement pourrait s’élargir à l’Amérique du Sud.

    En Europe aussi, les lignes bougent. L’élargissement de l’Union a d’abord fait émerger au nord une sorte de pôle économique associant autour de la puissante et industrielle Allemagne, le Bénélux et les pays de l’Est. Désormais, les flux évoluent aussi au sud. Certes, la Chine reste pour les économies européennes une source d’importations essentielle, mais l’on constate des relocalisations dans les pays du Maghreb, « notamment pour les petites productions qui demandent de la réactivité », relève Hugues Morin. Ces pays présentent, pour certains, un autre attrait : constituer une porte d’entrée vers l’Afrique. « C’est en particulier le cas du Maroc qui en fait une véritable stratégie », signale Joël Glusman, président de Crystal Group, maison mère du commissionnaire de transport Qualitair & Sea.

    Souvent présenté comme l’eldorado du XIXe siècle, ce continent pèse encore peu dans les chiffres. Mais le frémissement est là. « Les flux traditionnels pour la France, c’est-à-dire ceux qui concernent l’Afrique de l’Ouest, sont en croissance. Mais l’on voit aussi des pays comme l’Ethiopie ou le Kenya faire leur entrée la plate-forme mondiale de production, par exemple dans le textile », constate Hugues Morin. Par ailleurs, les commissionnaires de transports doivent s’adapter au développement galopant des échanges entre l’Afrique et la Chine. Car ce pays n’a définitivement pas dit son dernier mot dans le concert mondial. La « Belt and Road Initiative » est là pour le rappeler si besoin. Ce projet faramineux prévoit de connecter la Chine à l’Europe, mais aussi à l’Asie centrale, à l’Asie méridionale et à l’Afrique, au service du commerce extérieur chinois. Il se traduit notamment par le développement d’une offre ferroviaire qui n’en est qu’à ses débuts (voir notre encadré sur l’offre ferroviaire de Clasquin0).

    Enfin, des pays autrefois essentiellement exportateurs commencent à devenir des zones de consommation importantes, engendrant un nouvel équilibre des flux. « C’est en particulier le cas de plusieurs pays asiatiques et en particulier de la Chine », précise Guillaume Col.

    La digitalisation du marché

    « Historiquement, le commissionnaire de transport gagnait de l’argent grâce au différentiel entre le kilo acheté et le kilo vendu. Cette époque est définitivement révolue. Demain, nous gagnerons de l’argent sur le kilo-octet », aime répéter Joël Glusman. Thierry Ehrenbogen, président de Bolloré Logistics, confirme : « Notre métier, c’est aujourd’hui la gestion de flux physiques, de flux d’informations et de flux financiers. » « Le défi, c’est que la donnée soit fiable et disponible pour notre client, alors que de nombreux intermédiaires interviennent dans la réalisation d’une opération logistique », renchérit Hugues Morin.

    Les commissionnaires de transport traditionnels sont-ils les mieux placés face à ces nouveaux enjeux ? « Comme toutes les activités d’intermédiation, c’est un secteur très challengé, à la fois par des nouveaux venus purement digitaux qui cherchent en général à mettre en face une offre et une demande, mais aussi par des détenteurs d’actifs lourds. On voit notamment les grands opérateurs maritimes mettre en place des plates-formes permettant au client d’acheter directement de la capacité », constate Marie-Christine Lombard. Les nouveaux venus, eux, se sont pour l’instant surtout attaqués au marché du transport routier. Une cible rêvée, tant le secteur est atomisé, peu transparent et à la traîne dans l’usage des nouvelles technologies, estiment les nouveaux entrants.

    Les spécialistes de l’international ne sont pas non plus à l’abri, et l’on voit d’ailleurs émerger quelques initiatives dans ce domaine. « Il y a une banalisation du métier. Il y a 20 ans, peu de gens savaient organiser des flux entre l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis. Aujourd’hui, la prestation s’est standardisée et la marge est donc moindre. Il faut désormais être capable d’apporter de la valeur ajoutée en amont et en aval de la prestation de transport », analyse Hugues Morin. Effectivement, pour l’instant, les plates-formes, qu’elles soient positionnées sur le transport routier ou l’overseas, captent surtout des prestations standards. Mais elles vont quand même aussi aiguillonner les acteurs historiques dans la recherche d’interfaces plus modernes et plus conviviales. « Gérer des capacités dont on n’est pas propriétaire, comme le font Uber ou Booking, c’est finalement le propre de notre métier. Nous avons les compétences et les systèmes d’information. Mais il est vrai qu’on a un vrai travail à faire pour faciliter la communication avec les clients », admet Hugues Morin.

    Thierry Ehrenbogen, président de Bolloré Logistics, voit quant à lui d’abord dans la digitalisation une formidable opportunité. « Ce n’est pas une rupture. C’est une nouvelle évolution qui nous aide, en simplifiant la charge opérationnelle, en fluidifiant et en accélérant les process. » Même l’émergence de nouveaux acteurs n’est pas perçue comme une menace. « Les logisticiens gèrent des opérations complexes. Notre offre va bien au-delà de ce que proposent la plupart de ces plates-formes d’achat et de vente de fret, dont nous pouvons d’ailleurs utiliser les services. »

    La révolution du e-commerce

    Autre effet du digital, mais cette fois sur les habitudes de consommation : l’explosion du e-commerce. « C’est une révolution qui transforme la distribution des produits de consommation au sens large. Les centres-villes desservis par les magasins de proximité, mais aussi les hypers et les supermarchés, constatent un rétrécissement des volumes au profit d’entrepôts gérés par des logisticiens qui vont amener la marchandise directement chez le consommateur », remarque Marie-Christine Lombard.

    Ce phénomène a plusieurs impacts sur les commissionnaires de transport. Pour les plus grands du secteur, c’est un marché sur lequel il faut donc savoir se positionner avec une offre de distribution urbaine. Et la concurrence est féroce. Non seulement les prestataires traditionnels veillent au grain, mais les grands clients sont eux aussi devenus des concurrents, à l’instar des géants Amazon ou Alibaba qui ont créé leurs propres structures logistiques. D’autre part, les commissionnaires de transport, bien que prestataires B to B, doivent intégrer les exigences du B to C. « L’e-commerce a profondément transformé les habitudes de consommation. Auparavant, les consommateurs achetaient ce qui était en stock et attendaient plusieurs semaines pour recevoir leurs marchandises. Désormais, le client final veut être livré tout de suite, et cet impératif rejaillit sur nous », explique Guillaume Col, président de Kuehne+Nagel France.

    Enfin, la montée en puissance du e-commerce induit une transformation profonde de la répartition des flux. « Auparavant, on pouvait anticiper les saisons hautes ou les jours de pointe. Désormais, dans la mesure où tous les fabricants utilisent le canal de distribution e-commerce, nous devons savoir gérer des flux 365 jours par an et 24 heures/24, ce qui représente une grande complexité. Tous les réseaux doivent s’adapter », note Marie-Christine Lombard, ajoutant que les opérateurs ont un vrai travail à faire sur l’amélioration de la prédictibilité des volumes par secteur économique et par axe géographique, notamment grâce au big data.

    Les enjeux sociétaux

    Au-delà des mutations du marché, les commissionnaires de transport doivent aussi savoir répondre à des pressions sociétales ou réglementaires nouvelles. Ainsi en va-t-il de l’environnement. Les engagements sont longtemps restés verbaux, mais le législateur se montre maintenant de plus en plus contraignant, notamment dans les zones urbaines. « La population mondiale est de plus en plus répartie dans des mégapoles. Pour le transporteur logisticien, cela signifie qu’il va devoir assurer une distribution la plus écologique possible, avec des véhicules propres, des emports à vide minimisés, etc. », prévoit Marie-Christine Lombard.

    En dehors des villes aussi le débat est soulevé, même s’il se pose avec moins d’acuité. Les grands groupes, notamment, se montrent soucieux de pouvoir afficher un bilan en progrès, et intègre donc dans leurs appels d’offres des critères environnementaux. Et ce d’autant plus volontiers que les réponses apportées sont en général source d’économies, par exemple en basculant des flux de l’aérien vers le maritime ou le ferroviaire.

    Les commissionnaires de transport identifient par ailleurs une autre tendance qui est à la fois un défi et un atout pour eux : le renforcement des règles de compliance, autrement dit le respect de toutes les normes et réglementations, et ce dans tous les pays. L’éthique dans les affaires n’est-elle pas toutefois un concept naïf à l’échelle de la planète ? « Certes, tout le monde n’applique pas les mêmes règles. Mais c’est un élément de différenciation. Nous veillons scrupuleusement au choix de nos fournisseurs, c’est pour nous un critère essentiel. Il nous coupe de certaines affaires, et en apporte d’autres », estime Thierry Ehrenbogen.

    Au-delà même de l’éthique, le respect de la conformité est aussi un indicateur de la maîtrise du métier. « Quand vous êtes commissionnaires et que vous faites le dédouanement des marchandises, vous devez vous assurer que vous n’êtes pas en infraction par rapport à la réglementation du pays, ce qui n’est pas forcément simple dans un monde où les composants d’un produit peuvent avoir de multiples provenances. Ça paraît anecdotique, mais ce sont des équipes entières qui s’en occupent car le risque est énorme », souligne la présidente du directoire de Geodis. « Le passage d’une frontière ne se résume plus à une simple déclaration en douane. Si la prestation de conseil et de gestion des opérations douanières est un métier cœur du groupe, il faut aussi être capable de collecter, d’analyser et de mettre à disposition des données, ce qui nécessite des outils. Mais nous devons aussi renforcer notre rôle de conseil, ce qui nous oblige à acquérir des compétences dont nous ne disposions pas forcément », complète Joël Glusman.

    Le recrutement, précisément, figure également en bonne place dans la liste des défis que citent les commissionnaires de transport. Les métiers de la logistique peinent à attirer les jeunes générations. « Quel que soit le secteur, les personnes bien formées sont de toute façon très recherchées. A chacun de travailler son attractivité », relativise Hugues Morin. Et pour les PME, il faut savoir jouer d’autres cartes que le salaire…

    Anne Kerriou

  • Rennes chamboule tout avant l’arrivée de sa deuxième ligne de métro

    Rennes chamboule tout avant l’arrivée de sa deuxième ligne de métro

    Hôte d’inOut, laboratoire à ciel ouvert des mobilités dernier cri organisé fin mars à Rennes, la métropole bretonne a présenté le 31 janvier un plan de déplacements très ambitieux sur dix ans. Il doit accompagner les nouveaux usages de la mobilité quotidienne dans l’agglomération en pleine croissance démographique et mieux desservir son territoire en archipel. Un investissement de plus de 500 millions d’euros d’ici à 2030.

     

    A peine tournée la page de la grève perlée qui touchait depuis deux mois les lignes de bus aux heures de pointe(1), les élus de la métropole rennaise ont présenté fin janvier un vaste projet de réorganisation des transports (voyageurs et marchandises) dans la capitale bretonne et son chapelet de communes alentour. Ce nouveau plan de déplacement urbain (PDU) de 543,5 millions d’euros sur dix ans, qui doit être voté cette année, résulte d’une concertation publique organisée sur sept mois et qui a réuni, indique la collectivité, 1 300 citoyens. Dans l’air du temps.
    Le plan entend restructurer et développer l’offre de mobilité de la métropole qui connaît une forte croissance démographique (8 000 nouveaux habitants entre 2011 et 2016 selon l’Insee), avant la mise en service de la deuxième ligne de métro automatique fin 2020 entre Cesson-Sévigné, au nord-est de Rennes, et Saint-Jacques-de-la-Lande, au sud-ouest. S’il anticipe l’arrivée de la deuxième ligne de métro automatique
    , le PDU, qui deviendra « plan de mobilité » avec la loi d’orientation des mobilités (LOM), prépare aussi l’un des principaux enjeux de cette future loi : la nouvelle gouvernance des transports publics afin d’éradiquer les zones blanches de mobilité dont les habitants sont « assignés à résidence », selon la ministre de tutelle, Elisabeth Borne.

    « Notre modèle de ville archipel, et non pas en tache d’huile, a préservé Rennes du phénomène d’étalement urbain et de sa cohorte de problèmes de déplacement illustrés par les “gilets jaunes“ », décrit Jean-Jacques Bernard, vice-président Transport de Rennes Métropole. Autour du noyau urbain et de sa proche couronne, s’égrènent 43 communes de la ceinture verte, sur plusieurs dizaines de kilomètres. « La qualité de vie, la ligne à grande vitesse depuis 2017, le dynamisme économique de la ville expliquent son attractivité », poursuit l’élu. « Mais au final, nous devons faire face à des besoins de mobilité exponentiels », ajoute-t-il.

    Rennes serait donc victime de son succès et lorgne au-delà de son territoire administratif, à la recherche de « la bonne échelle » : le Pays rennais, soit quatre intercommunalités, 77 communes. « Ce bassin de vie, c’est le vécu quotidien des habitants qui se déplacent. Pour eux, les frontières administratives doivent être invisibles, ils ne doivent pas voir passer un bus devant chez eux qui ne s’arrête pas. En associant les quatre EPCI [établissement public de coopération intercommunale, NDLR], nous serons la parfaite illustration des ambitions de la LOM », s’enflamme le vice-président de la métropole. Ce n’est plus un archipel, c’est un minicontinent.

    Le lancement d’études d’opportunité pour l’extension des lignes de métro et la création d’un transport en site propre est inscrit dans le plan. Mais le premier acte du grand chamboule-tout voté le 31 janvier par l’agglomération, c’est le redéploiement du réseau d’autobus dont l’offre devrait augmenter de 40 % pour atteindre un million de kilomètres d’ici à 2024 pour desservir les 43 communes de l’extra-rocade, dimanche compris, jusqu’à 21h45 en semaine (22h45 en 2024) dans les communes « les plus peuplées » (plus de 6000 habitants).

    35 km de voies réservées au covoiturage

    Sur le vaste réseau autoroutier gratuit que compte la Bretagne, il est prévu d’aménager 35 km de voies réservées au covoiturage, aux cars des lignes régulières BreizhGo et aux bus suburbains, sur 11 routes pénétrantes vers Rennes (voir la carte ci-dessous). Objectif, « que les habitants de la deuxième ceinture de l’agglomération covoiturent au moins un jour par semaine », espère Jean-Jacques Bernard.

    En amont des voies réservées, sortes de « coupe-file » pour éviter les embouteillages entre Rennes et sa périphérie et concurrencer l’autosolisme, il y aura des parkings-relais pour les covoitureurs ou les automobilistes qui souhaitent y stationner leur voiture et prendre les transports collectifs sur des voies express. Covoit’Star, l’offre de covoiturage du réseau urbain est intégrée dans la carte d’abonnement multimodale Korrigo.

    Et pour ceux qui se déplacent à vélo, 11 % des Rennais, 7 % des habitants de l’agglomération (Rennes est la 4e ville cyclable après Strasbourg, Grenoble et Bordeaux), 102 kilomètres de pistes cyclables doivent être réalisés de la ville centre jusqu’à sa deuxième couronne. Le réseau de transport public Star a élargi depuis plusieurs années son offre aux 650 vélos en libre service et aux 1 800 vélos électriques en location longue durée (120 à 220 euros par an). Les opérateurs de nouveaux engins, vélos cargo et trottinettes électriques, sont aussi présents.

    Zéro livraison en véhicule diesel dans le centre-ville

    Le plan de déplacement urbain s’attaque aussi aux livraisons de marchandises et à la logistique urbaine « laquelle génère un tiers de la pollution atmosphérique émise sur le territoire par le trafic de camions », invoque l’élu rennais. Avec un objectif très optimiste : zéro livraison en véhicule diesel en 2030. Comment ? Les solutions sont encore au stade des déclarations d’intention : « Nous avons signé une charte d’engagement pour une logistique plus durable avec des acteurs logistiques majeurs comme La Poste et l’enseigne de commerce U », lit-on dans le dossier de presse de la métropole.

    Et comme il n’y a pas que les camions qui roulent au diesel, depuis 2015, l’autorité organisatrice des transports n’achète plus aucun bus équipé de moteur diesel. Le réseau Star est en train de tester sept bus électriques, dont un articulé, les Bluebus du constructeur Bolloré. Objectif 2024, 75 bus électriques et une flotte 100 % électriques en 2030. Enfin, l’étude pour l’instauration d’une zone à faibles émissions (ZFE) est inscrite dans le PDU.

    Afin de répondre en partie à la procédure d’infraction lancée en mai 2018 par la Commission européenne contre la France pour dépassement des limites de pollution de l’air, la LOM prévoit la création de 14 zones à faibles émissions (ex-zones à circulation restreinte) d’ici à 2021. Il en existe trois aujourd’hui : Paris, Grenoble et Lyon qui ont instauré la vignette Crit’Air.

    RER, serpent de mer

    Compétence régionale oblige, le plan de déplacement urbain voté par la métropole n’évoque pas le RER rennais, véritable serpent de mer. « Si le potentiel ferroviaire est important avec un réseau en étoile qui dessert de nombreuses gares du bassin de vie, des investissements massifs seraient nécessaires sur le réseau ferré breton déjà saturé pour permettre le passage d’un train cadencé toutes les 15 minutes », indique Jean-Jacques Bernard. Pas sûr non plus que la gare de Rennes puisse accueillir des RER. « L’intérêt est certain, la faisabilité technique impossible », résume l’élu métropolitain.

    Seule condition, la création de lignes nouvelles pour désaturer le réseau. En déplacement à Rennes, le 8 février, Edouard Philippe a signé le pacte d’accessibilité pour la Bretagne qui va permettre, entre autres, la relance des études sur les liaisons nouvelles entre l’ouest de la Bretagne et les Pays de la Loire, mises en sommeil. L’horizon est lointain, 2030 voire 2035. Le RER attendra.

    Nathalie Arensonas

    (1) Le réseau Star est exploité par Keolis, dont
    le contrat de délégation de service public a été renouvelé en janvier 2018 pour six ans.

  • Le Sytral lance la consultation pour la nouvelle ligne de métro E

    Le Sytral lance la consultation pour la nouvelle ligne de métro E

    Le Sytral et la Métropole de Lyon, associant plusieurs communes, ont lancé le 4 mars la concertation à grande échelle  (prévue jusqu’au 6 mai) permettant au public de donner son avis sur le projet de futur métro E. Cette 5ème ligne du réseau, la première dans le secteur du sud-ouest lyonnais, devrait voir le jour en 2030. Sa principale caractéristique est topographique : il s’agit de relier le centre-ville de Lyon au futur pôle mutlimodal-terminus d’Alaï via le plateau de Saint-Just sur la colline de Fourvière avec, à la clé, une pente de 12% à franchir.

    La contribution du public est attendue principalement sur deux points. D’une part, sur le choix du tracé parmi les deux scénarios retenus sur une douzaine possibles. L’un prévoit une infrastructure en tunnel de 6,6 km au départ de l’Hôtel de Ville de Lyon (nord presqu’île) avec 6 ou 7 stations pour une fréquentation estimée entre 45 000 et 60 000 voyageurs/jour. L’autre compte 6 km depuis la place Bellecour avec 5 ou 6 stations pour une fréquentation comprise entre 50 000 et 70 000 voyageurs/jour. Dans les deux cas, la durée du trajet est de moins de 10 minutes via les 2ème et 5ème arrondissements de Lyon et les communes de Tassin la Demi-Lune et Francheville. D’autre part, la consultation porte sur les zones d’implantation des stations à mi-trajet (Trion ou Saint-Irénée) et avant d’arriver à la gare d’Alaï (une ou deux stations à définir parmi trois possibles).

    Perçue comme tirée du chapeau par Gérard Collomb lors des élections municipales de 2014, la nouvelle ligne n’apparaissait pas justifiée selon ses détracteurs. Aujourd’hui, Fouzyia Bouzerda, présidente du Sytral, estime que les prévisions de fréquentation de la ligne E sont équivalentes à celles de la ligne D à ses débuts. Le métro E répond au fort développement urbain et démographique d’un secteur à fort relief avec une voirie contrainte et une congestion automobile aux heures de pointe. Le taux de motorisation y atteint 44% de véhicules particuliers contre 26% sur Lyon-Villeurbanne. Le métro E prévoit un investissement d’ 1,2 milliard d’euros environ sur deux mandats et une économie de 8200 tonnes CO2/jour. Après le vote du projet  du métro E  dans le plan de mandat 2021-2016, le chantier sera réalisé entre 2025 et 2030.

    Claude Ferrero

  • La loi Mobilités entame son marathon parlementaire

    La loi Mobilités entame son marathon parlementaire

    Avec près d’un an de retard, et des revirements in extremis liés à la crise des gilets jaunes (les péages urbains et la taxe poids lourd ont disparu du texte), le projet de loi d’orientation sur les mobilités (LOM) arrive cette semaine devant le Parlement. A commencer par le Sénat où la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable examine le texte à partir de mercredi 6 mars. La LOM sera ensuite débattue en séance du 19 mars au 2 avril. Avant de reprendre sa course devant l’Assemblée nationale en mai, en vue d’un vote définitif avant l’été.

    Plus de 600 amendements ont été déposés par les sénateurs, un certain nombre ne sont pas passés sous les fourches caudines des articles 40 et 45 de la Constitution, soit parce qu’ils n’avaient aucun rapport avec la loi, soit parce que leur application diminueraient les ressources publiques ou à l’inverse, aggraveraient les charges pour les collectivités. Morceaux choisis.

    Financement

    L’angle mort du projet de LOM, c’est le financement. Alors que l’enjeu de cette loi très attendue, 37 ans après la LOTI (1) de 1982, est de couvrir tout le territoire français, notamment les zones isolées périurbaines et rurales, avec des solutions de mobilité, le texte reste flou sur les ressources financières pour déployer des offres de transport, partout.

    L’un des amendements les plus symboliques consiste à remonter en ouverture du projet de loi les articles relatifs à la programmation des infrastructures. « Tous les autres éléments de la LOM en découlent », justifie Didier Mandelli (LR), rapporteur du texte au Sénat, et auteur de cet amendement, comme de 130 autres.

    • Budget de l’AFITF: le rapporteur veut aussi que les ressources de l’Agence de financement des infrastructures de France (routes, voies ferrées, voies navigables, ports, etc), qui finit l’année avec un déficit de 340 millions à cause de la chute des recettes des radars (dommage collatéral du 80km/h, de la révolte des gilets jaunes, et de l’annulation de la taxe sur les carburants), soient « sanctuarisées » dans la loi, avec le fléchage de l’intégralité des recettes issues de la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) prévue dans la loi de finances pour 2019.
    • Vignette poids lourds pour les camions étrangers : un amendement déposé par la sénatrice centriste Jocelyne Guidez, soutenu par une trentaine de sénateurs, veut ouvrir le débat sur la taxation des poids lourds étrangers. Levée de boucliers immédiate des fédérations professionnelles du transport routier de marchandises qui affirment que cette mesure n’est pas conforme au droit européen et s’appliquerait par conséquent aux entreprises françaises, lesquelles financent déjà la TCIPE et l’AFITF.
    • Faire sauter le verrou du versement mobilité (ex-versement transport) : cette taxe versée par les entreprises de plus 11 salariés et qui finance 48% des transports publics réguliers, s’appliquerait aussi aux transports non réguliers, avec un taux minoré à 0,3%. L’objectif est de permettre aux collectivités de financer des solutions de transport dans les zones peu denses non desservies.
    • Péage urbain inversé : un amendement déposé par des sénateurs du Nord vise à tenter d’introduire un système de péage inversé, comme souhaite l’instaurer la métropole de Lille. Il s’agit d’inciter financièrement les automobilistes à ne plus prendre le volant aux heures auxquelles ils avaient l’habitude de le faire, pour soulager le trafic automobile dans les grandes villes. Cette mesure risque de ne pas passer le cap de l’article 40 (charges supplémentaires pour les collectivités). Quant au péage urbain classique, inscrit puis retiré du projet de loi, « on laissera les députés prendre la responsabilité de déposer un amendement s’ils souhaitent le réintroduire », glisse Didier Mandelli.

    Gouvernance

    La gouvernance des transports est actuellement le titre I du projet de LOM. C’est logique puisque l’enjeu clé de la loi est de répondre aux besoins de mobilité dans les zones non desservies, ces « zones blanches » qui représentent 80 % du territoire français. Pour lutter contre cet isolement qui touche 25 à 30 % de la population, la LOM prévoit que tout l’Hexagone soit couvert par des autorités organisatrices de mobilité (AOM).

    • Transfert de compétence aux régions : les régions deviendraient les « chefs de file » de la mobilité si les communautés de communes ne s’emparent pas de cette compétence au 30 septembre 2020, avec un transfert effectif aux régions le 1er janvier 2021. Un amendement du rapporteur Mandelli prévoit de reporter de six mois ces dates butoir. Un autre propose d’allonger le délai accordé aux AOM pour élaborer les plans de mobilité (ex plans de déplacement urbain).
    • Contrats opérationnels de mobilité : supprimés en réunion interministérielle, ils font leur retour dans un amendement sénatorial. De quoi s’agit-il ? Pour mieux articuler les politiques et mutualiser l’offre de transport des régions et des autres AOM, ces contrats seraient signés par les membres des « comités de partenaires », coprésidés par la région et le département qui réuniraient les intercommunalités, les syndicats mixtes et les acteurs de l’emploi et du social. Ces comités devront être consultés avant toute évolution importante de l’offre de transport, des tarifs et du taux du versement mobilité.

    Petites lignes ferroviaires : le sujet épineux sur lequel le préfet Philizot doit remettre un rapport cette semaine et dont il exposé les grandes lignes dans une interview accordée à Ville, Rail & Transports (lire) fait l’objet de deux amendements portés par des sénateurs LR et RDSE prônant le transfert de leur gestion aux collectivités territoriales.

    Open data : l’article 11 de LOM fera sans doute l’objet d’un intense débat, certains grands opérateurs de transport (notamment la RATP) qui ont ouvert leurs données (et les ont vu aspirées par les Gafa) considèrent qu’en l’état actuel, les dispositions de la loi favorisent les acteurs privés aux dépens des autorités organisatrices de mobilité (AOM). Didier Mandelli a déposé un amendement afin de remettre les AOM au centre du jeu, pour bénéficier de la création de valeur par les données et préserver ainsi le modèle économique du transport public. Avec son projet d’ »assistant personnel de mobilité », la SNCF ne partage pas forcément cette position.

    Forfait mobilité durable : limité à 400 euros par an, exonéré de cotisations sociales pour les employeurs et d’impôt pour les bénéficiaires, un amendement sénatorial propose de le rendre cumulable avec le remboursement de 50% de l’abonnement transport en commun.

    Nathalie Arensonas

    (1) loi d’orientation sur les transports intérieurs
  • « Mon objectif est de rationaliser la gestion du réseau ferré »

    « Mon objectif est de rationaliser la gestion du réseau ferré »

    Le Préfet François Philizot, qui mène une mission sur les petites lignes, s’apprête à rendre la semaine prochaine un premier rapport à Elisabeth Borne. Il a livré ses premiers constats à Ville, Rail & Transports.

     

    Vous avez reçu mi-janvier une lettre de mission de la ministre des Transports vous demandant un diagnostic sur les petites lignes et des solutions au cas par cas pour leur sauvegarde. Comment avez-vous abordé cette mission ?

    François Philizot : Entre la mi-janvier et la semaine dernière, j’ai rencontré tous les présidents ou vice-présidents régionaux pour avoir avec eux un échange général sur la politique à conduire et réaliser un premier « balayage » ligne par ligne. J’ai pu les rencontrer tous, très vite, car le sujet les intéresse beaucoup.

    Durant cette première phase d’écoute, j’ai entendu leurs avis, que j’ai croisé ensuite avec ceux des services de l’État, de SNCF Réseau, d’autres entreprises (ferroviaires, loueurs de wagons…) et de toutes les associations concernées (Afra, OFP…)

    V, R & T : Quels sont vos premiers constats ?

    F. P. : Le sujet intéresse de façon très large. Le réseau des lignes 7 à 9, constitué durant la deuxième moitié du 19 ème siècle, représente toujours, 150 ans après, un symbole de modernité. Le chemin de fer est toujours vu comme un outil de désenclavement.

    J’ai constaté aussi qu’il y avait un intérêt très large pour l’innovation. Les parties concernées attendent beaucoup de l’ouverture du réseau à la concurrence, des possibilités offertes par les nouvelles technologies et des réflexions en cours sur le référentiel technique.

    V, R & T : Peut-on dresser un état général des petites lignes?

    F. P. : Les lignes UIC 7 à 9 constituent un réseau d’une absolue hétérogénéité. Elles représentent environ 9000 km (je laisse de côté les 3000 km de capillaire fret). Certaines lignes accueillent moins de 5 circulations par jour, tandis que d’autres en voient passer des dizaines quotidiennement. Certaines, en bon état, ne posent pas de problèmes.

    Elles peuvent se situer en pleine zone rurale comme en périphérie des grandes villes du fait des critères de classement pris en compte : le réseau UIC répond en effet à une formule mathématique qui a une pertinence technique car elle met en relation les tonnages des circulations et la maintenance à réaliser : plus de trains lourds y circulent, plus l’entretien est important. Le classement est donc très sensible à l’intensité des circulations fret et une ligne peut facilement basculer de la catégorie « petites lignes » à une autre.

    Dans le dernier contrat de plan Etat-Région (CPER), 2,4 milliards d’euros étaient prévus entre 2015 et 2020 pour les rénover. Fin 2018, le taux d’engagement était de 40 %.

    Globalement, cela représente quelque 200 millions d’euros par région sur une période de 10 ans. Pour certaines régions, c’est un niveau d’investissement convenable. C’est le cas par exemple pour la Bretagne ou pour la Normandie où les investissements sur le réseau ont été réalisés régulièrement sur le réseau. Mais pour d’autres régions, c’est réellement insuffisant. Tout particulièrement en Nouvelle Aquitaine et en Occitanie, où les réseaux sont les plus longs et nécessiteraient des investissements dépassant le milliard d’euros. Si on veut régénérer l’ensemble des petites lignes, il faudrait donc sensiblement plus d’argent, les pessimistes parlent d’un doublement.

    Quels objectifs vous fixez-vous ?

    Mon objectif est de rationaliser la gestion du réseau ferré.

    Il faut se poser des questions, se demander s’il faut tout régénérer pour faire du train lourd ? Ou aborder la question autrement avec d’autres idées : regarder par exemple si on ne pourrait pas dans certains cas recourir à des trains légers. On pourrait aussi utiliser des plateformes pour d’autres formes de transport public. Mais il faut d’abord bien sûr évaluer les investissements.

    Ma mission se décompose en deux étapes. La semaine prochaine, je rendrai un premier rapport à la ministre pour proposer une stratégie de long terme avec l’État, les Régions et SNCF Réseau. L’État devra dire ce qu’il veut.

    Selon moi, l’objectif est de reposer les fondements d’une politique propre aux « petites » lignes, de donner un cadre dans un contexte d’évolution ferroviaire. Il est nécessaire d’avoir un pilotage structuré entre les trois bouts du triangle : Etat, région, Réseau. C’est ce que j’appelle le pilotage global du système ferroviaire.

    Dans un deuxième temps, je referai le tour des régions pour voir comment on peut partager cette vision nationale et décliner cette stratégie région par région.

    VR&T : Allez-vous proposer une nouvelle classification des lignes ferroviaires?

    F. P. : La question est sur la table. Dès lors qu’il y a une politique nationale, il faut un cadre. Ce qui passe par une bonne connaissance et la hiérarchisation du réseau.

     

    V, R & T : Allez-vous proposer de nouvelles modalités d’entretien des petites lignes pour alléger les coûts?

    F. P. : Aujourd’hui, le contrat de performance Etat-SNCF Réseau plafonne la participation de Réseau à 8,5 % du coût de régénération des petites lignes.

    Il faut donc revoir tous les éléments participant à la politique nationale et se poser toutes les questions : le maintien du réseau est-il pertinent ? Quelles peuvent être les formes d’exploitation pour qu’il soit pertinent… ? Les réponses à ces questions passent par une analyse ligne par ligne.

     

    V, R &T : Que pensez-vous du kit méthodologique comportant une palette de solutions pour réduire les coûts d’entretien des « petites lignes » proposé par SNCF Réseau ?

    F. P. Ce kit va dans le bon sens. Il montre une prise de conscience et répond à un besoin de maîtrise des dépenses publiques. Il répond également à un besoin de diversification du système ferroviaire. Des opérateurs ferroviaires se positionnent aussi pour proposer leurs prestations.

    Il existe d’ailleurs déjà un référentiel spécifique pour les lignes 7 à 9 n’accueillant pas de voyageur.

     

    V, R & T : Certaines idées émises par des élus ne sont-elles pas de fausses bonnes idées, soit parce qu’elles risquent d’être chères à mettre en place, soit parce qu’elle sont très futuristes et donc loin d’être au point ?

    F. P. : Si on veut réutiliser une plateforme en démontant les voies, il faut en évaluer le coût et voir ce qui pourrait circuler à la place. On observe quelques expériences de réussite de réutilisation de plateforme de type vélo-route. Mais très peu avec du transport public.

    Quant à l’utilisation des véhicules autonomes, ça n’existe nulle part en Europe ! Les véhicules autonomes que l’on voit circuler aujourd’hui (à 10 ou 15 km/h) sont des expérimentation sur des circuits de quelques kilomètres à la Défense ou ailleurs… Je ne doute pas des avancées technologiques mais le déploiement de solutions autonome se fera sur le long terme et est plus compliqué qu’il n’y paraît.

    Pour évaluer ces idées, il faudra adopter une approche au cas par cas. Ce qui ressort surtout de tout cela, c’est que les régions demandent l’ouverture du système, la sortie du monolithisme. C’est le sens du pacte ferroviaire et de l’ouverture à la concurrence.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

  • RATP Dev donnée vainqueur pour les transports urbains d’Angers

    RATP Dev donnée vainqueur pour les transports urbains d’Angers

    La décision définitive doit intervenir le 11 mars avec le vote des élus d’Angers Loire Métropole, mais selon Angers Info, RATP Dev serait en passe de déloger Keolis, aux manettes depuis plus 40 ans de l’exploitation des transports urbains d’Angers. Le tram arc-en-ciel, dont les lignes B et C sont attendues en 2022, et les 180 bus de la ville du roi René devraient donc rouler aux couleurs de la filiale du groupe RATP.

    Un contrat de 225 millions d’euros sur six ans. Avec quarante millions de voyages en 2018 (bus et tramways) sur les 30 communes de l’agglomération, Angers Loire Métropole a l’ambition de voir ces chiffres décoller dans le nouveau contrat de délégation de service public (DSP). Objectifs inscrits dans la DSP : transport à la demande, covoiturage, baisse des tarifs pour les personnes en situation de handicap (1,50 euro le voyage au lieu de 3,40 euros aujourd’hui), nouveaux moyens de paiements par carte bancaire et smartphone, bus au biogaz.

    Le changement d’opérateur doit intervenir le 1er juillet 2019.

    N. A.

  • L’Argus investit dans la trottinette de fonction

    L’Argus investit dans la trottinette de fonction

    Le groupe Argus annonce un investissement de près d’un million d’euros dans la start-up Mobistreet, qui propose un service de trottinettes électriques de fonction aux entreprises. Orangina, dont les locaux sont à quinze minutes à pied de la plus proche station de métro à Neuilly, a mordu à l’hameçon en août 2018, suivi du chauffagiste Cram, filiale d’Alkia et d’EDF. Le numéro deux des soft drinks propose une trentaine de trottinettes à ses employés pour leurs déplacements professionnels, le chauffagiste en teste trois et calcule avoir augmenté d’un tiers le nombre de tournées quotidiennes. « D’autres entreprises le testent », indique Eric Clairefond, cofondateur de Mobistreet. Parmi elles, le groupe Danone pour ses bureaux parisiens. La start-up vise également les acteurs publics, les hôtels, les campus universitaires.

    « Nous sommes convaincus que ce service de mobilité verte peut s’imposer au sein des flottes de véhicules professionnels », justifie Alexandrine Breton, présidente de l’Argus, le groupe de services aux professionnels de l’automobile, créée en 1927.

    Mobistreet propose deux types de trottinettes électriques dont la vitesse est bridée à 25 km/heure avec une autonomie de 25 kilomètres : la citadine légère pliable qui peut être embarquée dans le métro, et la trois roues plus puissante. Elles sont entreposées dans des meubles connectés, branchés à une recharge électrique. Via une application pour smartphone, les salariés réservent la trottinette et ouvrent le meuble. La location longue durée (64 euros par mois/trottinette) inclut la livraison, les assurances, la formation, la maintenance, et la gestion de flotte via l’application mobile Mobistreet.

    La dernière levée de fonds vise à développer des flottes de trottinettes de fonction en free-floating, réservables sur l’application, pour les salariés des entreprises uniquement. 

    N. A.

  • Ile-de-France Mobilités s’oppose à la Société du Grand Paris sur l’interopérabilité de la ligne 15

    Ile-de-France Mobilités s’oppose à la Société du Grand Paris sur l’interopérabilité de la ligne 15

    Interopérabilité ou correspondance ? La Société du Grand Paris voudrait supprimer l’interopérabilité entre la ligne 15 Sud et la 15 Est à Champigny-sur-Marne, même si les travaux la permettant ont déjà commencé. La SGP en attend une économie de 127 millions d’euros, ainsi qu’une exploitation plus simple et plus robuste. En effet, la ligne 15 ne serait plus qu’une immense spirale, et ne se combinerait plus, comme ce serait le cas avec l’interopérabilité, à une rocade. A ce prix, pour se rendre de Villejuif à Rosny-Bois-Perrier ou de Val-de-Fontenay aux Ardoines, les passagers devraient prendre une correspondance à Champigny.

    A lire : Les pistes de Thierry Dallard pour abaisser les coûts du Grand Paris Express

    Les présidents de département se sont tous opposés à cette idée. Lors du dernier conseil d’Ile-de-France Mobilités, un vœu voté à l’unanimité a demandé le maintien de l’interopérabilité. Le vendredi 22 février, Laurent Probst, le directeur général d’Ile-de-France Mobilités, invité du Club Ville, Rail & Transports, a d’abord rappelé que « la ligne 15 dans sa totalité est une priorité pour désaturer les transports franciliens ». Et, selon lui, la combinaison entre exploitation en rocade et exploitation en spirale ne pose pas de grande difficulté à un métro automatique.

    A lire : Les présidents de départements contre le plan Dallard

    Les propos très mesurés de Laurent Probst s’appuient sur une Analyse multicritère sur l’interopérabilité à Champigny d’IDFM, très sévère envers la suggestion de la SGP.

    Pour les experts d’IDFM, la souplesse du schéma d’exploitation de l’interopérabilité, qui peut se faire en rocade et/ou spirale, « permet de répondre et s’adapter à l’évolution des besoins en trafic » beaucoup mieux que ne le ferait, sans l’interopérabilité, une exploitation en spirale seulement. De plus, elle offre « une liaison technique 15 Sud – 15 Est pour améliorer l’exploitation, en particulier dans la gestion des situations perturbées et l’organisation de la maintenance des infrastructures ». En effet « l’organisation de l’exploitation est d’autant plus complexe sur la ligne 15 que celle-ci, avec ses 75 km, est particulièrement longue en comparaison des lignes de métro du réseau existant qui ne dépassent pas 23 km ». Or, le secteur ouest de la ligne 15 est dépourvu de SMR (site de maintenance et de remisage). Les deux seuls SMR de la ligne sont à l’est : l’un à Rosny-sous-Bois, l’autre à Champigny-sur-Marne. La suppression de l’interopérabilité les isolerait l’un de l’autre. De ce fait, souligne IDFM, « la survenance d’un incident avant la sortie des trains des SMR et terminus fait peser le risque de l’incapacité de l’exploitant à mettre en œuvre l’offre de transport ».

    En conclusion (voir le tableau de synthèse multicritères en tête d’article) « cette piste d’économie induirait une dégradation majeure de l’attractivité de la ligne (-20 % sur le tronçon Rosny – Champigny) et présente des risques forts sur la performance d’exploitation, en particulier dans la gestion des situations perturbées, qui n’ont été analysées par la SGP ». Qui plus est « cette revoyure du projet est contraire aux positionnements et engagements pris antérieurement par la SGP. Elle nécessite une DUP modificative qui fait peser un risque sur la réalisation du tronçon 15 Est ».

    Christian Favier, en pointe dans la défense de l’interopérabilité, ne dit pas autre chose quand il affirme « que remettre en cause cette fonctionnalité n’est pas qu’un problème local, mais un problème pour l’ensemble de la ligne 15, longue de 75 kilomètres à terme ».

    Cette prise de position du président du conseil départemental du Val-de-Marne fait suite à la réunion du conseil de surveillance de la SGP du 20 février. Thierry Dallard, président du directoire y a « partagé avec les membres du conseil de surveillance la méthode de concertation et le calendrier de décision » sur le métro du Grand Paris Express, dont il doit optimiser la réalisation. Des ateliers, « avec des experts qualifiés extérieurs à la SGP » (Etat, région, IDFM, départements, etc.) travailleront sur trois thématiques : la desserte des territoires : l’exploitation et le fonctionnement des gares, avec l’étude de deux options : « gare d’interopérabilité et gare de correspondance à Champigny-Centre » ; les « impacts sur les chantiers et les économies (mesure des conséquences des travaux sur la ligne 15 Est dans la zone de Champigny avec ou sans l’interopérabilité et analyse des coûts et économies des deux hypothèses) ».
    La synthèse des ateliers sera présentée au conseil de surveillance de juin 2019.

    F. D.