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  • Le métro automatique confirme sa percée mondiale

    Le métro automatique confirme sa percée mondiale

    La ligne 14 a 20 ans depuis le 15 octobre. La RATP a, depuis, automatisé la ligne 1 et elle est en train d’automatiser la ligne 4. L’aventure parisienne est remarquable. Mais c’est le monde entier qui s’y met. En 2018, le cap des 1 000 km de métros automatiques dans le monde a été franchi.

     

    La ligne 14 a fêté ce 15 octobre ses vingt ans. Paris, avec la RATP, a un parcours remarquable dans le domaine des métros automatiques. Une première ligne en 1998, suivie de l’automatisation complète de la ligne 1 de 2011 à 2013. En 2022 s’ajoutera l’automatisation complète de la ligne 4, aujourd’hui en cours. Puis, en 2024 – si tout va pour le mieux – le prolongement de la ligne 14 dont les travaux sont en cours et qui va tripler de longueur. Soit, pour la seule RATP, un prochain réseau automatique de 47 km, pour 25,5 aujourd’hui exploités (compte non tenu des 7,5 km d’Orlyval). Réseau auquel s’ajoutera le Grand Paris Express entièrement automatique qu’édifie la SGP.

    Saluer la performance et les perspectives n’empêche pas de regarder au-delà de la capitale. L’appel à candidature pour la conception et la réalisation du système de transport de la ligne 3 du métro de Toulouse, lancé le 16 octobre, vient opportunément nous y inciter.

    Les villes pionnières en France, c’est bien connu mais il est bon de le rappeler, ont été Lille et Lyon. Lille, avec son Val, dont la première ligne est ouverte en 1983. Certes, un métro de petit gabarit (2,06 puis 2,08 m), composé de deux voitures qui pourront à terme circuler par deux. Et, quoi qu’il en soit, un métro automatique sans conducteur. Une technologie développée par Matra (aujourd’hui dans Siemens Mobility) sur la base des travaux de l’Université des sciences et technologies de Lille. Depuis, le Val a conquis Toulouse et Rennes où, bientôt, sur la ligne nouvelle, circulera le Cityval à plus grand gabarit, dont les tests de roulage ont commencé en septembre.

    Pour sa part, Lyon a automatisé en 1992 sa ligne D, longue de 12,6 kilomètres. Maggaly, c’était son nom, a précédé Météor de 6 ans. Système sans porte palière mis au point là encore par Matra. Et pour un métro à grand gabarit. L’automatisation de la B, aujourd’hui en cours, doit être achevée en 2020.

    Paris versus la Province ? On retrouve là le fondement de la petite bataille de références que se livrent RATP et Keolis. Keolis, exploitant de Lille, Lyon et Rennes, est vainqueur en longueur de lignes (65 km en service). La RATP, elle, l’emporte en nombre de passagers transportés. Les deux lignes automatiques parisiennes de la RATP cumulent aujourd’hui, en effet, 1,3 million de passagers quotidiens. Le réseau de Lille en a 438 000, la ligne D de Lyon 295 000, Rennes 130 000. Loin d’être négligeable.

    Dans le monde, Keolis l’emporte, comme le montre l’étude Wavestone de 2017. Avec les Docklands, Hyderabad, Shanghai. Pour sa part le groupe RATP exploite, en partenariat avec Transdev, la ligne 9 du métro de Séoul et la ligne unique du métro de Mumbai. Et s’apprête à exploiter les lignes 1 et 2 du futur métro de Riyad et, en partenariat avec Keolis, le réseau de Doha, dont la première mise en service devait avoir lieu le 31 octobre dernier.

    Car le monde entier s’y est mis. En mars 2018, 37 ans après l’ouverture de la première ligne entièrement automatique, à Kobé, en 1981, l’UITP a noté que les réseaux automatiques de métro à grand gabarit venaient de dépasser le cap des 1 000 km. 1 003 précisément, grâce à la mise en service de la ligne de Pujiang, à Shanghai, (exploitée par Keolis). Avant celle-ci, les dernières venues sur la liste ont ouvert à Beijing, Santiago, Istanbul, Séoul, Kuala Lumpur, Singapour.

    Actuellement, selon les comptes de l’UITP, 63 lignes de métro automatiques sont en service sur 42 réseaux dans 19  pays. Il avait fallu 29 ans (1981-2010) pour atteindre les 500 km. Huit ans ont suffi pour ouvrir les 500 km suivants. Les trois plus longs réseaux automatiques sont actuellement Singapour (116 km), Kuala Lumpur (97 km) et Dubai (80 km).

    Pour autant, le métro automatique ne domine pas dans le monde. Selon les chiffres de l’an dernier, 1 270 km de nouvelles infrastructures ferroviaires urbaines ont ouvert en 2017 : 969 km de métros à grand gabarit et 301 km de LRT (Light rail transit), correspondant à la mise en service de 120 projets. Année marquée par un grand essor aussi bien des LRT (+27 %) que des métros (+33 %) par rapport à 2016.

    La domination de la zone Asie-Pacifique, déjà colossale dans le métro à grand gabarit, s’est accentuée l’an dernier, avec un total de 836,4 km sur les 970 ouverts. Cependant, les métros entièrement automatiques ne représentent que 15 % du kilométrage des nouveaux métros à grand gabarit. C’est le fait de la Chine, jusqu’alors à la traîne et qui pèse d’un poids énorme sur les statistiques mondiales : elle a ouvert en 2017 près de la moitié des infrastructures ferroviaires urbaines du monde… Mais si l’on considère les infrastructures nouvelles des cinq pays les plus dynamiques en mettant la Chine entre parenthèses, comme le fait l’UITP, le kilométrage des métros automatiques atteint 45 % du total. La puissance chinoise franchit tout juste le pas de l’automatisme intégral. Rappelons qu’il y a une résistance culturelle forte à l’absence de présence humaine. alors que la doxa occidentale voit dans le manless le comble du progrès. On peut se demander si les pannes qu’ont connues cet été les lignes 1 et 14 de la RATP ne montrent pas les limites de ce choix dans la gestion des incidents. Quoi qu’il en soit, et que les villes décident in fine d’exploiter les métros simplement driverless ou d’aller jusqu’au manless, la Chine se met aux automatismes les plus élaborés. A la RATP, on a bien relevé que les technologies occidentales éprouvées, qu’elle connaît bien et intègre dans ses réalisations, vont avoir à faire à une technologie nouvelle et naturellement conquérante. Avec la démesure propre à l’empire qui se dit du Milieu.
    F. D.

  • InnoTrans. Un renouvellement permanent

    InnoTrans. Un renouvellement permanent

    L’édition 2018 du premier salon ferroviaire mondial a encore battu des records de fréquentation. A part les trains à grande vitesse, tous les matériels roulants étaient représentés cette année sur les voies d’exposition, où CRRC a fait une arrivée remarquée.

     

    Quatre jours, du 17 au 21 septembre cette année, ne suffisaient pas pour effectuer une visite exhaustive des stands de 3 062 exposants présents dans les 41 halls et voir les quelque 145 matériels roulants garés le long de 3,5 km de voies ferrées, sans oublier dix bus électriques exposés au Jardin d’été du Parc des expositions de Berlin. Pour sa douzième édition, le salon ferroviaire mondial était plus riche et fréquenté que jamais, avec 161 157 visiteurs professionnels, contre 144 470 il y a deux ans. S’y sont ajoutés, le week-end suivant, quelque 12 000 visiteurs « grand public » venus voir le matériel roulant exposé, ce qui est moins qu’à l’accoutumée. La faute au mauvais temps, peut-être, alors que les professionnels ont bénéficié d’un temps estival, sauf le dernier après-midi.

    Certaines tendances observées lors de la précédente édition ont été confirmées, en particulier la faible visibilité d’Alstom et Bombardier sur les voies d’exposition, contrebalancée par la présence massive de Siemens et de Stadler, avec des matériels innovants et d’une grande variété.

    Nouveauté de l’édition 2016, l’exposition de bus électriques (voir p. 60-61) a pris de l’ampleur en 2018, offrant même aux visiteurs la possibilité de parcourir quelques centaines de mètres à leur bord.

    D’autres absents des voies avaient des excuses valables, comme le polonais Pesa, qui étalait les multiples facettes de son savoir-faire jusqu’à l’édition 2016, avant de frôler la faillite. Autre habitué polonais, Solaris n’avait pas de tramway à montrer, tout en étant bien présent côté bus électriques. Nouvelle maison mère de Solaris, CAF avait, comme à l’accoutumée, concentré ses efforts sur son stand pour présenter ses récents succès (tram de Luxembourg, automotrice pour le nord de l’Angleterre) sous forme de maquettes.

    CRRC particulièrement visible

    Le constructeur chinois CRRC était présent au point de passage le plus fréquenté de l’exposition avec sa voiture de métro Cetrovo en PRFC et une locomotive hybride pour le S-Bahn de Hambourg. Deux catégories de matériel roulant très tendance cette année !

    Pour autant, l’édition 2018 d’InnoTrans s’est distinguée des précédentes. Avant même de franchir l’entrée principale sud, les visiteurs pouvaient voir sur la rotonde de cette dernière la grande publicité achetée par le constructeur chinois CRRC. Et découvrir quelques minutes plus tard, à l’emplacement de choix où l’axe principal entre les halls croise les voies d’exposition, deux matériels roulants innovants siglés CRRC. En apparence, « cette fois ça y est, les Chinois sont là ». En fait, ces matériels avaient chacun un lien avec l’Allemagne. Le premier, une voiture de métro à caisse et châssis de bogie en PRFC (polymère renforcé de fibres de carbone), dont les vitres étaient aussi des écrans tactiles, a été coproduit avec la joint-venture sino-allemande CG Rail. Quant au second, il s’agissait d’une locomotive hybride de 750 kW (batteries au lithium et diesel) commandée par la DB pour le réseau S-Bahn de Hambourg, dite Kleinstlok HH (« toute petite locomotive, Hambourg »).

    D’une certaine façon, les deux matériels exposés par CRRC traduisaient deux tendances nettement observables cette année : la multiplication des locomotives hybrides et le retour en grâce du métro.

    Autre différence cette année : l’absence de trains à grande vitesse sur les voies, mais pas dans les stands, en ces temps de transition qui ont vu l’annonce du TGV du futur et du Velaro Novo de Siemens. Ce dernier présentait une reproduction grandeur nature du nez de son futur train à grande vitesse, tandis que JR East étalait ses Shinkansen sous forme de modèles réduits et qu’une maquette de « train à grande vitesse à 350 km/h » trônait au centre du stand géant CRRC, non loin de « rames intercités universalisables ».

    Du matériel voyageurs très varié

    La rame réversible Skoda à deux niveaux.

    Les autres matériels roulants exposés brillaient comme toujours par leur variété : tramways (moins nombreux qu’à l’accoutumée), trains de banlieue ou régionaux, trains grandes lignes automoteurs ou remorqués, wagons innovants pour toutes les catégories de fret et engins d’inspection ou de travaux. Et comme on a pu le revoir cette année, le matériel remorqué pour le transport de voyageurs n’est pas totalement has been en Allemagne ou en Europe centrale. Ce que les visiteurs ont pu voir avec la rame réversible à deux niveaux NIM (Nuremberg – Ingolstadt – Munich) de Škoda pour la Bavière, à accès de plain-pied de quais de 760 mm et aménagements très étriqués. Ou encore avec les voitures « classiques » encore produites ou rénovées, avec la climatisation ou de nouveaux aménagements, comme de vastes compartiments pour vélos, par MÁV Start (Hongrie), ZOS Vrútky (Slovaquie) ou encore H. Cegielsky (Pologne). Comme en 2016, Alstom a plus misé sur son stand que sur le

    Les deux matériels roulants ferroviaires Alstom exposés cette année : une locomotive hybride H4 pour CFF Infra…
    … et une rame régionale Coradia Stream (de face) exposée par FS Trenitalia à droite de l’automotrice « Rock » à deux niveaux d’Hitachi.

    matériel exposé, tout en mettant l’accent la toute récente mise en service en Basse-Saxe de son « train à hydrogène » iLint, présenté il y a deux ans. Cette année, le constructeur aura déplacé à Berlin une des 47 locomotives hybrides H4 destinées à CFF Infra, en version alimentée par caténaire ou diesel-électrique, et le troisième prototype du bus électrique Aptis. S’y ajoute une rame régionale Coradia Stream, produite en Italie par Alstom pour FS Trenitalia… qui l’a rebaptisée « Pop » et l’a présentée en compagnie d’une autre automotrice, à deux niveaux cette fois, elle aussi produite en Italie, par Hitachi (ex. AnsaldoBreda) et baptisée « Rock ». Deux matériels ayant en commun un aménagement intérieur coloré par des nuances vives de bleu et de jaune, tout en proposant d’innovante des prises pour la recharge de vélos à assistance électrique.

    De son côté, Bombardier n’a dû sa présence sur les voies d’InnoTrans qu’au fait que son client ÖBB voulait exposer la toute nouvelle automotrice Talent 3, annoncé lors de la précédente édition. Jusqu’à 300 de ces unités pourront être livrées aux Chemins de fer fédéraux autrichiens en vertu d’un contrat-cadre. A ses invités, Bombardier présentait à l’usine de Hennigsdorf une autre rame Talent 3, à batteries et destinée aux lignes régionales partiellement électrifiées du sud du Bade-Wurtemberg. Nous reviendrons sur ce matériel dans le prochain numéro, de même que sur une autre automotrice dotée de batteries, le prototype Desiro ML ÖBB cityjet eco de Siemens, dans le cadre d’un dossier sur les solutions présentées à InnoTrans pour disposer de trains régionaux plus « verts ».

    Siemens omniprésent

    La prochaine génération de matériel pour
    le réseau S-Bahn de Berlin sera coproduite par Stadler et Siemens sous forme
    d’automotrices de deux longueurs différentes (deux ou quatre caisses).

    De même que Stadler, Siemens a répondu massivement présent. Les deux constructeurs ont réalisé en commun l’un des matériels les plus attendus par les usagers berlinois : la prochaine génération de rames de S-Bahn BR 484, alimentées en courant continu par troisième rail. Au total, ce sont 21 éléments à intercirculation de deux caisses et 85 de quatre caisses qui doivent être livrés par l’usine Stadler de Pankow, implantée dans le nord de Berlin, la première ligne à équiper étant la Petite Ceinture (Ringbahn, lignes S41 et 42). Large (3,14 m) et faisant alterner des groupes de 2+2 sièges de front avec des espaces à strapontins pour vélos et PMR, ce matériel est climatisé, ce qui est une première dans le S-Bahn de Berlin. Le système dynamique d’information voyageurs n’est pas en reste et indique entre autres l’heure d’arrivée à chaque gare.

    Les rames Desiro HC construites par Siemens pour le réseau RRX (Rhin-Ruhr Express) présentent des voitures d’extrémité à un niveau et des voitures intermédiaires à deux.

    Outre le prototype à batteries Desiro ML ÖBB cityjet eco, d’aspect standard, Siemens exposait deux déclinaisons très particulières de sa gamme Desiro. L’une était la rame Desiro HC destinée au RER Rhin-Ruhr (RRX), en Rhénanie du Nord-Westphalie, à un niveau pour les voitures d’extrémité et deux niveaux pour les voitures intermédiaires. Une configuration qui n’est pas sans rappeler le RER NG… L’autre était la version « Moorgate » (Class 717) du Desiro City développé pour les trains de banlieue de Londres. Cette nouvelle version est destinée au réseau de Kings Cross et à la ligne souterraine de Moorgate, ce qui a impliqué l’ajout d’une issue de secours sur la face avant du train.

    Non loin des rames Desiro, le Cityval Rennes B était en vedette. Décrite dans

    Produit par Siemens sur un design signé RCP, le Cityval pour la 2e ligne (B) de métro de Rennes procure une réelle sensation d’espace dans ses caisses de 2,65 m de large.

    notre n° 599 (mai 2017), cette nouvelle génération de VAL automatique à roulement « pneu » est destinée à la deuxième ligne B de métro de Rennes. Pour la réaliser, Siemens a dû incorporer le design ambitieux développé par l’agence RCP, qui procure une réelle sensation d’espace. Composée de deux caisses, chaque rame à intercirculation large pourra recevoir une caisse supplémentaire.

    Plus classique que le Cityval était le métro Inspiro pour Sofia, coproduit avec le polonais Newag. Vingt rames, plus dix en option, ont été commandées pour la ligne 3, à alimentation par pantographe (1,5 kV continu). L’intérieur est très dépouillé, avec un large couloir, des aménagements PMR de type bus (plus ceinture de sécurité) et la climatisation.

    Pour ce qui est du tram, Siemens présentait son Avenio M pour Ulm à système anticollision Siemens Tram Assistant. Par rapport aux versions de l’Avenio présentées lors des éditions précédentes d’InnoTrans, celui de cette année se distinguait par son architecture à cinq modules (pour 31,47 m) sur trois bogies, dont deux motorisés sous les modules d’extrémité. Le plancher bas n’est pas tout à fait plat (305 mm au niveau des accès, 380 mm au-dessus des bogies) mais les pentes sont assez faibles. Unidirectionnel, ce modèle offre un nombre assez élevé de places assises (69 sièges) et un large passage, en combinant les sièges transversaux d’un côté et longitudinaux de l’autre.

    Enfin, Siemens développe toujours sa gamme de locomotives et a présenté pour la première fois la Smartron, nouvelle version « low cost » standardisée (allemande) de la Vectron, dont la 500e était également sur les voies de Berlin.

     

    Conçue par Stadler pour la franchise britannique Greater Anglia, cette version bimode du Flirt comprend un module moteur en milieu de rame.

    L’adaptabilité selon Stadler

    Non loin de ces deux engins, Stadler faisait une fois de plus la preuve de son adaptabilité avec une rame pour le Subway de Glasgow, aux dimensions inhabituelles (écartement de 1 220 mm, largeur de 2,34 m, hauteur de 2,65 m avec une hauteur de plancher de 695 mm). Longue de 39,24 m et présentant six portes à deux vantaux par côté, elle offre 104 places assises sous les baies vitrées (plus six strapontins) et 199 personnes (à six par m2) peuvent s’y tenir debout. Aussi étonnant que cela puisse paraître, même les plus grandes personnes sont à l’aise dans le couloir central ; en revanche, elles doivent faire très attention en rentrant ou en sortant de la rame ! Les 17 rames commandées par SPT (Strathclyde Partnership for Transport) ont des postes de conduite avec équipements Ansaldo STS permettant un passage ultérieur au mode automatique.

    Autre matériel Stadler adapté pour le marché britannique, cette fois pour le réseau ferré national, le Flirt bimode pour la franchise Greater Anglia (Class 755) peut aussi bien être alimenté par caténaire 25 kV 50 Hz que par les groupes diesels du module moteur au centre de la rame. Cette nouvelle version au gabarit britannique se caractérise aussi par son accès de plain-pied des quais hauts autorisés par ce gabarit.

    La rame réalisée par Stadler pour le Subway de Glasgow affiche des dimensions inhabituellement petites, y compris pour
    les aménagements intérieurs. Si les plus grands doivent baisser la tête pour y entrer,
    ils devraient quand même pouvoir voyager debout dans le couloir central. Le passage
    au mode automatique est prévu.

    Plus classique d’apparence, mais toute aussi innovante, était la nouvelle version intercités Traverso (160 km/h) des rames Flirt, à plancher bas et nouveaux bogies moteurs. Sous sa livrée cuivrée du « privé » suisse SOB (Südostbahn), l’élément exposé présentait des aménagements intérieurs variés. Destinée aux relations Mälartåg d’une à deux heures autour de Stockholm, à la limite entre train régional et intercités, l’automotrice Dosto à deux niveaux de Stadler a été très remarquée pour son aménagement intérieur spacieux et élégant à 2+2 sièges de front. Apte à 200 km/h, ce matériel exploite le large gabarit suédois, offrant ainsi en 2e classe des sièges aux dimensions de la 1re classe, que certains ont jugés un peu durs. Mais c’était à la demande du client…

    Sur mesure et « pleine d’idées », l’automotrice quadricaisse Worbla de Stadler pour le réseau métrique suisse Berne – Soleure (RBS, Regionalverkehr Bern – Solothurn) tire son nom du terminus de Worb, sur la ligne S7 du RER de Berne. L’accent a été mis sur la facilité des échanges aux arrêts, avec huit portes sur une longueur de 60 m, et l’accessibilité pour les voyageurs avec bagages ou poussettes, ainsi que les PMR. L’arrivée du Worbla s’effectue dans le cadre d’un renforcement de la fréquence, avec un intervalle minimum de 7 min 30 s.

    Depuis la reprise de l’usine Vossloh de Valence, Stadler produit aussi des locomotives bimodes comme l’Eurodual, qui peut non seulement être utilisée à pleine puissance (7 MW) en mode électrique (15 kV 16,7 Hz et 25 kV 50 Hz), mais aussi à une puissance très honorable en mode diesel-électrique (moteur Caterpillar 2,8 MW).

    Des locos innovantes

    Vossloh continue de produire des locomotives à Kiel, parmi lesquels les deux modèles classiques exposés cette année, la G 6 diesel-hydraulique et la DE 18 diesel-électrique. Dès 2020, cette dernière pourra être reconditionnée en SmartHybrid par l’adjonction de batteries, permettant de conduire cette machine sans polluer dans des espaces clos (bâtiments, tunnels, etc.). De plus, Vossloh a présenté son projet DM 20 de locomotive bimode à alimentation par caténaire ou diesel-électrique, qui sera produite si « un client ou un groupe de clients » se manifestent. En outre, Vossloh avait un des stands les plus imposants des deux halls spécialisés dans l’infrastructure, présentant de nombreuses innovations, la plus spectaculaire étant la fraiseuse compacte mobile MPM (Multi purpose milling) de 16 tonnes, réalisant ses fraisages (passages de 2 mm) dans le sens opposé à l’avancement.

    Potentiellement bimode, mais avec un moteur diesel de puissance limitée pour le « dernier kilomètre », la Dragon 2, nouvelle version interopérable de la locomotive produite en Pologne par Newag, côtoyait la nouvelle version Impuls 2 de l’automotrice produite par ce constructeur, ici pour le RER de l’agglomération de Łódź.

    Autre habitué d’InnoTrans, le constructeur turc Tülomsas exposait une locomotive HSL 700 hybride réalisée en équipant de batteries lithium-ion un engin de manœuvre diesel-électrique DE11000 des Chemins de fer turcs (TCDD).

    Encore un engin hybride : la DE75 BB de Gmeinder, qui propose des combinaisons entre presque tous les modes imaginables (diesel-électrique et batteries lithium-ion, avec ou sans alimentation par caténaire, voire par troisième rail). Une autre caractéristique de cet engin est le pilotage indépendant des quatre moteurs de traction (un par essieu), qu’elle partage avec l’EffiShunter 1000 de CZ Loco, exposée était aux couleurs de FS Mercitalia et disponible pour la voie normale comme pour l’écartement russe.

    Côté chemin de fer « lourd », Škoda était revenu avec la locomotive électrique Emil Zátopek (BR 102, déjà vue il y a deux ans) et sa rame réversible à deux niveaux NIM (voir plus haut).

    Des trams inédits

    Et côté tramway, le constructeur tchèque présentait l’un des 14 ForCity Classic commandés par la CVAG (transports de Chemnitz). Bidirectionnel, ce tram de cinq modules (31,39 m) repose sur trois bogies moteurs. Son plancher bas est plat, mais légèrement plus élevé (350 mm) que les accès (290 mm). Dans une largeur de 2,65 m aménagée avec 2+2 sièges de front, cette version offre 56+8 places assises et quatre espaces pour les PMR ou les vélos.

    Le Lev (« lion ») de PKTS/PC Transport, tramway russe de trois modules au look occidental.

    Deux autres tramways étaient présentés par un nouvel exposant, PKTS, alias PC Transport Systems : le Lev (Lion), de trois modules (34,7 m) sur quatre bogies motorisés, et le Lvionok (Lionceau) de 16,7 m sur deux bogies motorisés. De 70 et 34 places assises respectivement, ces trams ont un aspect plutôt « occidental », avec des cabines en matériaux composites, un plancher bas et plat, des aménagements pour PMR, des écrans d’information et un aménagement intérieur coloré. La conception modulaire de ces tramways de 2,5 m de large permet de choisir entre des versions uni ou bidirectionnelles. Transportant 111 voyageurs (à cinq par m2), le Lvionok représente dans le fond un retour à la formule très classique de la motrice de tramway, plus courte et presque aussi capacitaire que le tram compact « à la française » de Besançon ou Aubagne…

    Terminons le tour des tramways par un fidèle visiteur d’InnoTrans, le « ver à soie » (Silkworm) de Durmazlar, cette année sous un pelliculage présentant les réseaux ayant choisi les modèles du constructeur turc, pour la plupart en Turquie sauf Olsztyn (Pologne).

    Des wagons à profusion

    Les wagons étaient particulièrement nombreux et variés à InnoTrans cette année : wagons-citernes, wagons fermés, wagons pour le transport de conteneurs, coils, remorques routières ou automobiles… Leurs constructeurs sont principalement basés en Europe centrale ou orientale : en République tchèque (Legios Loco), en Slovaquie (Tatravagónka), en Pologne et en Roumanie (Greenbrier), en Croatie (Duro Dakovic) ou en Russie (United Wagon Company). Mais la France était également représentée, par Inveho (anciens Ateliers d’Orval) et Lohr.

    Sous des apparences très classiques, les wagons continuent d’innover, comme l’ont montré les exemples exposés par le programme « Innovativer Güterwagen », qui associe le ministère fédéral allemand des Transports et des Infrastructures numériques, la DB et VTG : porte-conteneurs de 80 pieds (25,9 m), wagon plat à bogies à trois essieux pouvant transporter 100 tonnes de marchandises, wagon-citerne « court » de 14,4 m (même capacité qu’un wagon de 16,5 m) avec bogies à essieux orientables, wagon porte-autos de 33 m adaptable à la taille des véhicules transportés…

    Un autre exemple innovant était le conteneur de 45 pieds développé par Rail Cargo Group (RCG), filiale des ÖBB, avec Voestalpine dans le cadre du concept TransANT « moins de poids, plus de fret ».

    Nous aurons l’occasion de revenir sur les trains de fret « intelligents » présentés par la SNCF et Traxens dans le numéro de décembre.

    Mélangeant professionnalisme et passion, InnoTrans recevait une fois de plus la locomotive à vapeur Emma, sous pression même pendant les journées professionnelles. Dommage toutefois que lors de la dernière de ces journées, de nombreux exposants se soient montrés si pressés de remballer leur stand dès l’heure du déjeuner…

    Patrick LAVAL

  • Au rendez-vous des bus du futur

    Au rendez-vous des bus du futur

    Du 20 au 27 septembre, la Foire de Hanovre a accueilli la 67e édition de l’IAA (Internationale Automobil Ausstellung, exposition automobile internationale) consacrée aux véhicules utilitaires. Cette manifestation, qui se déroule tous les deux ans, en alternance avec le célèbre salon automobile de Francfort, a rassemblé, cette année, 250 000 visiteurs du monde entier. Les constructeurs d’autobus et d’autocars y présentaient leurs dernières nouveautés. Dossier réalisé par Philippe Hérissé.

     

    Un nouveau système de construction modulaire pour BYD

    Ce véhicule est le tout premier dont la structure a été réalisée à partir d’un nouveau système de construction modulaire, qui augmente de 80 % la rigidité en torsion.

    Dans ses nouvelles usines ultramodernes de Shanwei, à l’est de Shenzhen, le constructeur chinois BYD, leader mondial de l’électromobilité, est désormais en capacité de produire 32 autobus 100 % électriques par jour, soit quelque 7 500 unités par an ! A Hanovre, il dévoilait un nouveau système de construction modulaire où les faces latérales et le pavillon sont séparément terminés avant de rejoindre les chaînes de montage pour être assemblés à un châssis. Ce système est réputé accélérer encore le rythme de production, diminuer de 4 % la masse du véhicule, et augmenter de 80 % la rigidité de sa structure à la torsion ! Une telle modularité offre également l’avantage de réduire les temps de développement ainsi que le nombre de pièces et composants de rechange. Sur le stand de BYD, on découvrait le premier standard de 12 m conçu selon ce système, et assemblé à l’usine hongroise de Komarom. Il était accompagné par un articulé de 18 m équipé pour le rechargement de ses batteries par pantographe, et dont l’assemblage a été réalisé sur le site français d’Allonne, près de Beauvais. Cet autobus était en essai, depuis décembre dernier, sur le réseau d’Oslo. La capitale norvégienne, satisfaite des résultats obtenus, en a commandé une quarantaine.

     

    Une forme inédite d’hybridation signée Daimler

    Longtemps attendu, l’eCitaro de Mercedes
    a emmené ses tout premiers voyageurs
    dans les faubourgs de Hanovre pour une démonstration probante de ses performances,
    à la veille de l’ouverture de l’IAA.

    Comme à l’accoutumée, c’était le stand le plus impressionnant. Il est vrai que le groupe rassemble plusieurs entités assez différenciées, du japonais Fuso au nord-américain Thomas Built Buses, en passant naturellement par les allemands Mercedes et Setra. Le nouvel autobus eCitaro 100 % électrique du constructeur Mercedes, déjà décrit dans nos colonnes (voir VR&T n° 610), avait naturellement fait le voyage de Hanovre. Juste en amont de l’ouverture du salon, il a été possible, pour la première fois, de rouler dans ce véhicule de présérie, sur un parcours urbain et suburbain. Jusqu’ici, nous n’avions testé qu’un prototype sur le circuit d’essai de Stuttgart. Là encore, l’accélération au démarrage nous a surpris : elle reste exceptionnelle, même si l’électronique de commande la bride volontairement afin d’éviter tout risque de chute pour les voyageurs debout. En réalité, la réserve de puissance est telle qu’avec 88 voyageurs à son bord le véhicule conserve exactement les mêmes performances en accélération que celles qu’il développe à vide !

    Autre spécificité, la fonction « coasting », équivalent à la marche sur l’erre pour les engins moteurs ferroviaires, permet au eCitaro de rouler sur son inertie, en étant alors capable de parcourir une distance de 400 m environ sans perdre significativement de vitesse, après que le conducteur a relâché totalement la pression sur la pédale d’accélérateur. Le parcours proposé à Hanovre incluait une courte portion de route au revêtement en mauvais état, qui a permis de constater que la suspension avait été volontairement un peu durcie. De fait, la présence de batteries en toiture élève le centre de gravité et rend, par voie de conséquence, le véhicule plus sensible au phénomène de roulis. A Stuttgart, les virages du circuit étaient relevés, mais ils ne le sont plus, bien évidemment, dans la vraie vie ! C’est à l’évidence un léger inconvénient que d’avoir ce confort dynamique en vertical qui devient un peu « brutal » en certaines circonstances, mais il faut toutefois reconnaître que, sur tout le reste du parcours, le durcissement nécessaire de la suspension est resté, fort heureusement, totalement inaperçu.

    Sur le stand de Daimler, on trouvait également le nouveau Citaro Hybrid, qui venait d’être couronné « Bus of the year 2019 » (autobus de l’année 2019). Le jury a visiblement été convaincu par cette forme inédite d’hybridation, qui arrive à se dispenser de tout réseau haute-tension. De fait, il s’agit du premier autobus hybride dont la partie électrique fonctionne sous 48 V : plus besoin, en conséquence, d’habilitation particulière pour les techniciens de maintenance ! Le stockage d’énergie utilise des condensateurs du type « supercap ». La masse de l’équipement additionnel nécessaire à l’hybridation n’excède pas les 156 kg. Cela permet de ne perdre aucun siège à l’intérieur, tandis que le véhicule peut transporter, au total, jusqu’à 105 voyageurs. Quant à l’économie de carburant réalisée avec cette technique particulière d’hybridation associée à la nouvelle direction électro-hydraulique que propose Mercedes, elle peut atteindre les 8,5 % par rapport à un Citaro diesel conventionnel. Dès le printemps prochain, l’usine française de Ligny-en-Barrois produira le Citaro Hybrid qui devrait se révéler un succès…

    Autre distinction remportée cette année par Daimler, celle de l’IBC (International Bus & Coach Competition, compétition internationale autobus et autocars), qui a été décernée au nouveau Tourismo. Avec un score de 1 685 points attribué par le jury de l’IBC, l’autocar de Mercedes a devancé tous ses concurrents de plus de cent points. Il a particulièrement impressionné les jurés au niveau de la sécurité, étant à la fois équipé de l’« Active Brake Assist 4 », système automatique de freinage d’urgence capable de réagir à l’irruption intempestive d’un piéton sur sa trajectoire, et du « Sideguard Assist », qui alerte son conducteur s’apprêtant à tourner à droite de l’éventuelle présence d’un cycliste dans l’angle mort…

    Enfin, à l’entrée de son stand, Daimler présentait le tout premier prototype d’un concept futuriste de mobilité connectée, qu’il a baptisé « Vision Urbanetic ». Ce concept abandonne, en particulier, la distinction traditionnelle entre transport de personnes et transport de marchandises. Il s’agit d’une plate-forme à traction 100 % électrique, se déplaçant en conduite autonome, et qui pourrait indifféremment recevoir diverses carrosseries de minibus ou d’utilitaires légers. Pour développer le projet, Daimler s’est associé à l’industriel allemand BASF, ainsi qu’à la start-up nord-américaine Via.

    Dans la course à l’électromobilité, où de plus en plus de constructeurs se retrouvent aujourd’hui engagés, le groupe a finalement décidé de révéler, à Hanovre, sa « feuille de route » pour les prochaines années. Elle prévoit notamment une amélioration continue des performances pour les batteries Lithium-ion NMC (nickel-manganèse-cobalt), puis une migration vers des batteries à électrolyte solide, qui permettront d’augmenter très significativement l’autonomie. « Après en avoir longuement discuté entre nous, c’est un risque que nous prenons, puisque nous dévoilons ainsi à nos concurrents tous nos plans », concède Ulrich Bastert, responsable Vente, Après-vente et Marketing Monde de Daimler-Buses. Le leader mondial de l’autobus et de l’autocar a pourtant décidé de jouer la carte de la plus parfaite transparence, sans doute pour que ses clients puissent mieux anticiper l’avenir excitant qu’il leur promet. Ainsi Daimler est-il en mesure d’affirmer aujourd’hui que sa stratégie de développement en matière de batteries permettra à l’eCitaro de couvrir, dès 2020, 50 % des services actuellement « graphiqués » en diesel chez les opérateurs de transports urbains sans qu’ils n’aient à envisager la moindre adaptation, et que ce taux atteindra 70 % en 2022, voire 100 % avec dispositif d’extension d’autonomie. En 2030, les trois-quarts des ventes d’autobus chez Mercedes ne devraient plus concerner que des véhicules 100 % électriques. D’ici là, la part relative de l’eCitaro va grandir, et celle du Citaro Hybrid rétrécir. Mais cela ne se fera pas en un jour. « Pour nous, l’autobus hybride a encore de l’avenir, car il constitue la meilleure solution, à titre transitoire, pour réduire les coûts », commente Gustav Tuschen, responsable Recherche et Développement Monde de Daimler-Buses. D’autant que l’électromobilité, selon les pays, reste très diversement subventionnée.

    Une autre solution d’avenir, qu’Ulrich Bastert se déclare « bien content » d’avoir largement développée, est le GNV (gaz naturel pour véhicules), « dont le bilan CO2 est excellent. » Quant au diesel, il ne faudrait pas le jeter aux oubliettes. « Nous essayons d’insister auprès des autorités organisatrices sur tout le bien qu’elles pourraient faire à leurs villes en seulement trois mois, simplement en décidant d’acheter des autobus Euro VI pour remplacer les Euro III encore en circulation, indique le responsable Vente, Après-vente et Marketing Monde. Bien souvent, elles ne réalisent absolument pas combien cela pourrait contribuer à diminuer la pollution. »

     

    Le trolleybus qui prend son autonomie chez Iveco

    Nouveauté particulièrement remarquée au salon de Hanovre, le premier trolleybus IMC (ici réalisé sur base Crealis de 18 m) qui soit labellisé « Origine France garantie »

    Une indiscrétion nous l’a d’abord appris sur le salon. Très vite, la nouvelle était officielle. Limoges aussi est intéressé par l’IMC. Mieux encore, la Communauté d’agglomération devient la première autorité organisatrice, en France, à passer commande du Crealis IMC, alors que ce tout nouveau véhicule, hasard du calendrier, venait tout juste d’être élu « Sustainable Bus of the Year 2019 » (autobus durable de l’année 2019). Les trois initiales IMC sont celles de « In motion charging » (recharge en mouvement), un concept révolutionnaire qui est en passe de faire du trolleybus, considéré parfois à tort en France comme ringard, le véhicule sans doute le plus pertinent de toute la galaxie « électromobilité ».

    On l’oublie parfois, mais le trolleybus est, depuis des décennies, l’autobus 100 % électrique par excellence. Jusqu’ici, il restait toutefois tributaire, sur l’essentiel de son parcours, de l’existence d’une ligne bifilaire. L’idée a donc été de lui adjoindre des batteries, propres à lui conférer une certaine autonomie, qui sera fonction du volume et de la capacité de celles-ci. De la sorte, le trolleybus pourrait s’affranchir de ligne bifilaire sur une partie plus ou moins longue de son parcours.

    En France, nombre de municipalités sont enclines à vouloir rejeter la présence des fils au centre-ville, qui ne semblent, au demeurant, nullement traumatiser les milliers de visiteurs français et autres, qui lèvent les yeux, chaque année, sur les merveilles architecturales de la cité de Salzbourg, en Autriche, ou d’autres grandes métropoles européennes ayant adopté de longue date ce mode de transport… L’IMC est donc « la » solution pour faire du trolleybus sans fils, partout où l’on ne les souhaite pas. C’est aussi le moyen d’éviter ou de supprimer des aiguilles et croisements compliqués, comme Zurich l’a récemment pratiqué sur certains carrefours. Les techniques d’emperchage automatique le permettent aujourd’hui.

    Dans le cas du Crealis IMC, Iveco semble, pour le moment, avoir délibérément choisi de n’embarquer qu’un minimum de batterie. Choix dicté par un souci d’économie ? Ainsi équipé d’une batterie LTO (Lithium-oxyde de titane), ce véhicule peut néanmoins rouler déjà sur 25 à 40 % de son parcours en autonomie, ce qui est considérable. D’autres constructeurs exploreraient actuellement des pourcentages encore plus importants. Le profil en long des lignes parcourues joue beaucoup dans ce réglage, car les déclivités sont très favorables à l’IMC. Cela dit, le trait de génie de ce concept réside dans le fait que les batteries se rechargent non pas à l’arrêt, aux terminus ou pendant la nuit au dépôt, mais pendant que le véhicule circule sous ligne bifilaire. L’IMC, outre le fait qu’il permet de recharger « en temps masqué », donc sans aucune perte de temps, assure d’abord au processus de charge le meilleur rendement énergétique qui soit.

    A Hanovre, Iveco présentait, en avant-première, son trolleybus articulé Crealis IMC de présérie. Le constructeur a pris la résolution de proposer également le concept IMC sur base Urbanway et, pour chacun des deux modèles, dans les deux configurations standard (12 m) et articulée (18 m). Il a aussi, semble-t-il, fait le choix raisonné du moteur asynchrone unique, d’une puissance de 250 kW, et qui développe un couple de 3 300 N.m. C’est l’industriel Skoda qui fournit la partie électrique.

    Autre curiosité chez Iveco, le concept Easy Bus, pour lequel un prototype sur base Crossway LE était, pour la première fois, présenté. Il s’agit d’un projet mené conjointement avec les Chemins de fer allemands (DB) et une grande école d’outre-Rhin (Fresenius), dont l’objet est d’adapter les véhicules de transport public aux capacités fonctionnelles des personnes âgées. Le professeur Christian Haas, de Fresenius, liste les difficultés auxquelles lesdites personnes sont confrontées : « A cause des sièges trop bas, elles ont du mal à s’asseoir, et plus encore à se relever ; elles ne peuvent pas monter par l’avant avec leur déambulateur, sous la protection du conducteur, car la rampe se situe souvent au niveau de la porte médiane ; elles identifient difficilement les places qui leur sont réservées ; elles mettent du temps à embarquer et à s’installer, ralentissant le flux des autres voyageurs, et risquant de tomber quand le véhicule démarre ». Du coup, les personnes âgées appréhendent de voyager. « Un quart d’entre elles disent renoncer à consulter leur médecin à cause du transport, ce qui coûte des millions d’euros à notre système de santé, assure le Professeur Haas, sans parler des milliers d’heures qui seraient annuellement économisées sur la durée des stationnements aux arrêts si elles pouvaient monter et trouver leur place plus rapidement ». Sur le prototype, on trouve une rampe à l’avant ; le couloir laisse passer un déambulateur ; le cheminement à suivre vers les places réservées est balisé au sol par des bandes jaunes ; les sièges réservés ont un revêtement différent ; et leur assise a été relevée de 16 cm. Mis en exploitation probatoire dans l’agglomération de Munich, ce prototype Easy Bus a déjà permis de raccourcir les temps d’embarquement et débarquement de 20 % !

     

    Une gamme entièrement renouvelée chez MAN

    Dévoilé à l’occasion du Salon, le Lion’s City 12E, premier autobus 100 % électrique de MAN, y a fait sensation pour son esthétique très réussie, avec une ceinture de caisse extrêmement basse.

    Incroyable, ce que MAN a réussi à boucler dans un laps de temps à peine supérieur à deux années ! Toutes les gammes de produits ont été renouvelées, du grand tourisme à l’urbain en passant par l’intercités, et toutes les solutions propres ont été explorées, du diesel au gaz et à l’électricité. Après avoir fait déjà sensation à Nuremberg (Allemagne) en y présentant, en mars dernier, son tout nouveau Lion’s City diesel (voir VR&T n° 610), dont la réduction de masse de 800 kg se traduit par une diminution substantielle de la consommation en carburant, MAN avait choisi Hanovre pour dévoiler son tout premier autobus 100 % électrique, en version standard de 12 m.

    Dénommé Lion’s City 12E, il accueille toutes ses batteries en toiture, grâce à la structure spécialement renforcée de son pavillon. On nous assure toutefois que cette charge de quelque 500 kg, en partie haute du véhicule, n’altère pas son comportement routier, et ne génère, en particulier, aucun réel phénomène de roulis. Ce positionnement des batteries libère l’habituel compartiment moteur de l’autobus diesel, et permet ainsi de tirer le meilleur parti du porte-à-faux arrière au profit des aménagements voyageurs. Le constructeur a opté pour une motorisation centrale, écartant par la même occasion le petit moteur logé à chacune des extrémités de pont, à proximité immédiate des roues. « Ces moteurs de roue nous paraissent être une solution trop compliquée, et nous préférons, de loin, devoir gérer un seul risque plutôt que deux ou quatre ! », s’amuse Uwe Jurgeleit, responsable Flottes International bus et car. L’unique gros moteur, d’une puissance (pour le standard de 12 m) de 160 kW en régime continu, mais apte à développer jusqu’à 270 kW en crête, offre tout au contraire simplicité et robustesse. Les batteries Lithium-ion qui l’alimentent ont une capacité de 480 kWh.

    Pour la délicate question des modalités de leur rechargement, le constructeur a vite tranché : « Nous savons que 90 % des opérateurs préfèrent la charge lente, de nuit, au dépôt, raison pour laquelle nous avons décidé de ne proposer que cela », explique Jean-Yves Kerbrat, président de MAN Truck & Bus France. Cependant, le plus surprenant est l’autonomie annoncée. « Nous garantissons les 200 km, qui ont été scrupuleusement vérifiés, insiste Uwe Jurgeleit. C’est effectivement un résultat exceptionnel, mais nous avons pris le temps du développement, et sommes sûrs de ce que nous annonçons. » Dont acte.

    Le Lion’s City 12E peut transporter 29 voyageurs assis, 61 debout, ainsi qu’une personne en fauteuil roulant. Il est équipé des sièges cantilevers spécialement conçus par MAN pour sa nouvelle génération d’autobus, et qui se distinguent par leur ergonomie et leur confort. Les véhicules de présérie mis en exploitation probatoire sur les réseaux urbains de Nuremberg et Munich donneraient déjà pleine et entière satisfaction à leurs opérateurs. Hambourg doit prendre le relais dans le courant de l’année prochaine. Le démarrage de la série est programmé pour fin 2019. La production devrait ensuite monter graduellement en puissance au cours de l’année 2020, d’autant que nombre de nouveaux opérateurs potentiels, déjà clients ou non de MAN, ont manifesté leur intérêt.

    Par ailleurs, le constructeur entend bien répondre au prochain appel d’offres RATP concernant l’électromobilité. Il a d’ailleurs fêté, l’an dernier, le millième autobus livré à la Régie. Cependant, l’histoire de la coopération entre l’industriel allemand et l’opérateur parisien remonte à bien plus longtemps encore. En effet, c’est MAN qui avait fourni tous les moteurs des autobus alors officiellement dénommés « Standard » de la RATP, apparus à partir de 1965. Ces tout premiers véhicules de 11 m (longueur maximale autorisée à l’époque) avaient été définis selon un exigeant cahier des charges rédigé conjointement par la RATP et l’UTPUR (Union des transports publics urbains et régionaux). Ils étaient construits par Saviem (SC 10) et Berliet (PCM). Leur moteur à six cylindres D 0836, monté à plat dans le porte-à-faux avant gauche, sous le poste de conduite, développait une puissance de 150 ch…

    Par ailleurs, soucieux d’améliorer toujours davantage la qualité de service pour ses clients, MAN France met en place, depuis trois ans, des équipes hautement professionnalisées dans le bus et le car, qui se répartissent aujourd’hui sur une trentaine de points géographiques. Dans l’Hexagone, le constructeur ne cesse d’accroître sa part de marché, avec 7,9 % l’an passé et 9,7 % actuellement.

     

    Un site à Angers pour les finitions avant livraison chez Scania

    Le Citywide LE (Low Entry) en version suburbaine, avec sa transmission hybride économisant jusqu’à 25 % de carburant, peut fonctionner au biodiesel ou à l’huile végétale hydrogénée.

    Deux véhicules se trouvaient exposés sur le stand du constructeur suédois. Le premier était un Citywide LE (Low Entry) en version suburbaine, avec une transmission hybride capable d’économiser jusqu’à 25 % de carburant par rapport au diesel traditionnel, et également compatible avec l’utilisation de biodiesel ou de HVO (huile végétale hydrogénée). Il se trouve que la gamme Citywide remporte en France un succès grandissant.

    Ainsi Scania a récemment vendu, à Grenoble, 35 véhicules LF (Low Floor) de 12 m fonctionnant au GNV (gaz naturel pour véhicules) pour le SMTC (Syndicat mixte des transports en commun), ainsi que 13 LE pour la Semitag (Société d’économie mixte des transports de l’agglomération grenobloise), dont les quatre derniers exemplaires viennent juste d’être livrés. Ce double achat (48 véhicules au total) reste d’autant plus significatif que Grenoble n’avait jamais eu, jusqu’ici, d’autobus Scania.

    L’opération a été considérablement facilitée par la coopération parfaite entre Scania Rhône-Alpes et le CAPS d’Angers (Centre d’adaptation et de préparation Scania). En charge de l’ensemble des finitions sur les véhicules, le CAPS présente deux avantages : il permet d’adapter très précisément les véhicules aux desiderata des exploitants avec le niveau de qualité et de fiabilité Scania, et il permet aussi aux clients de venir suivre, à Angers, les ultimes travaux juste avant livraison. Cette formule marche si bien que Scania, après avoir loué des locaux, s’est résolu à construire un bâtiment entièrement dédié à cette activité, sur son site français d’Angers, qui verra le jour en 2020. « La culture Cars et Bus prend vraiment de l’ampleur chez nous», note Vanessa Cerceau, responsable Communication de Scania France.

    Un autre succès emblématique du Citywide GNV, cette fois en version articulée de 18 m, concerne les derniers marchés RATP. Sur le marché 2015, la tête de série a d’ores et déjà été réceptionnée, et la livraison d’une tranche de 18 véhicules interviendra dès la fin de l’été prochain. Sur le marché 2018, la tête de série doit arriver en avril.

    Quant au second véhicule Scania exposé à Hanovre, il s’agissait du tout nouvel Interlink GNL (gaz naturel liquéfié), le premier à recourir à ce combustible particulier qui le dote d’une autonomie de 1000 km. Une quinzaine d’Interlink Gaz ont justement été livrés dans les jours précédant le salon, destinés à la STAO basée au Mans (Société des transports automobiles de l’Ouest, groupe Transdev), à la région Bretagne, ainsi qu’à la SAT (Savoie Autocars Transports). Enfin, dans la continuité des expérimentations initiales sur le réseau Citram Aquitaine, Scania a reçu la commande de neuf Interlink fonctionnant à l’éthanol pour la desserte de l’Ile de Ré (Ocecar). C’est assurément une grande première en France !

     

    Une structure et des coûts allégés chez SOR

    En plein essor, le constructeur tchèque SOR avait apporté à Hanovre son nouveau bus électrique NS 12 motorisé par Pragoimex.

    Ce constructeur tchèque, jeune encore dans le métier puisque fondé en 1991, et qui est aujourd’hui représenté en Allemagne, Suisse et Autriche, s’est spécialisé, dès le début, dans la production d’autobus caractérisés par un rapport qualité/prix avantageux, assorti d’un faible coût de possession, en partie grâce à un allègement des ossatures avec recours à l’aluminium et aux composites. Outre, naturellement, son marché national, il vend aussi en Slovaquie, Pologne, Allemagne, aux Pays-Bas, en Serbie, au Luxembourg, en Russie, au Danemark, aux pays Baltes, en Ukraine, Croatie, Belgique, Bulgarie et même aux îles Féroé. Le constructeur a connu, en 2015, une année record, avec 757 véhicules livrés. Parmi ses clients importants, on recense les opérateurs des transports urbains de Prague (DPP) ainsi que de Bratislava (DPB). A Hanovre, SOR avait apporté son autobus 100 % électrique NS 12 de 12 m, mû par un moteur électrique triphasé-asynchrone fourni par Pragoimex, refroidi par eau, et susceptible de développer une puissance maximale de 160 kW. Ce moteur est alimenté par des batteries de type NMC, d’une capacité de 225 kWh, qui sont montées en toiture.

     

    Des ventes qui s’envolent grâce à la nouvelle gamme de Volvo

    L’excellence Volvo en matière d’électromobilité était représentée par l’autobus 7900 Electric Hybrid à charge par pantographe descendant.

    Le constructeur de Göteborg (Suède) exposait à Hanovre ses trois derniers fleurons : les tout nouveaux autocars 9700 et 9900, ainsi que l’autobus 7900 Electric Hybrid de 12 m. La sortie de ces trois produits semble avoir aujourd’hui une incidence évidente sur la progression des ventes. Parallèlement, en France, Volvo est en passe de carrément doubler le rythme de ses immatriculations. L’envolée des entrées de commandes résulte, en premier lieu, de la nouvelle gamme d’autocars. « Elle a été fort bien perçue, si bien que nous enregistrons actuellement un grand nombre de commandes, qui émanent autant de clients historiques que de nouveaux venus », commente Philippe Glarner, directeur général de Volvo Bus France. Surtout, l’arrivée du 9700 en 13 m sur deux essieux, véhicule dont nous ne disposions pas, est le parfait complément de gamme dont nous avions besoin, puisque ce segment, boosté par le récent développement des cars autoroutiers intercités, représente aujourd’hui, dans notre pays, plus de 40 % du marché ! »

    Côté autobus, le constructeur s’apprête à livrer une trentaine d’hybrides répartis entre Ile-de-France Mobilités et, surtout, Tadao (Artois-Gohelle). « Notre solution hybride avec récupération d’énergie au freinage, associée à une offre croissante en carburants alternatifs, constitue la meilleure transition vers le tout-électrique », assure également Philippe Glarner.

    Le constructeur Volvo, dans le cadre de son programme ElectriCity 2, propose désormais, sur ses autobus 100 % électriques, l’ensemble des modes de recharge existants : ligne, dépôt, ou combinaison des deux. Et le directeur général de Volvo Bus France de préciser qu’en dépôt les batteries embarquées sur les véhicules de la marque peuvent être entièrement rechargées en seulement une heure, soit l’équivalent de la pause de midi pour le conducteur…

    En France, Volvo restructure également son réseau. La nouvelle organisation résulte de l’idée que tous les établissements doivent désormais être en mesure d’intervenir sur la chaîne cinématique d’un bus ou d’un car, après que leurs techniciens ont reçu la nécessaire formation de base, même si la vocation de l’établissement était, à l’origine, le camion. Cette organisation repose donc sur trois niveaux : les anciens « points trucks » assurant le service 24/24, qui sont maintenant aptes à également réaliser des opérations de maintenance et réparation sur les châssis et la partie mécanique des bus et cars ; les « points bus », qui traitent indifféremment leur carrosserie et leur châssis ; et les « points bus experts », qui assurent la préparation des véhicules en ayant aussi une vocation d’appui aux autres points. Les « points experts » disposent, en outre, d’un service mobile susceptible de se rendre directement chez les clients. Grâce à cette nouvelle organisation, le réseau bus et car compte désormais 113 points au total, dont 34 « points bus » stricto sensu, parmi lesquels sept sont « experts ». Cette activation de l’ensemble des établissements sur le bus et le car se trouve grandement facilitée par la standardisation des composants constitutifs des châssis de véhicules Volvo.

    Par ailleurs, un outil de télédiagnostic a été mis au point, qui permettra aux techniciens de maintenance d’être connectés à distance, depuis leur ordinateur et à l’aide de lunettes 3D, avec des experts pouvant, à tout moment, les aider. Le constructeur est ainsi entré de plain-pied dans l’ère du digital, soucieux de s’orienter vers la pratique d’un entretien de plus en plus préventif, facteur essentiel de la qualité de service.
    Philippe Hérissé

  • Les nouvelles batailles de Keolis

    Les nouvelles batailles de Keolis

    Le secteur du transport public connaît de multiples métamorphoses : croissance urbaine, ouverture de nouveaux marchés, nouvelles concurrences, arrivée de technologies nouvelles, spectre des Gafa… Face à ce constat, Jean-Pierre Farandou, PDG de Keolis, invité du Club VR&T, a expliqué comment il comptait assurer l’avenir de son groupe.

     

    Jean-Pierre Farandou dresse l’état des lieux. Le secteur des transports publics est confronté à l’arrivée de nouveaux concurrents. Uber s’intéresse au transport collectif et se positionne comme un opérateur de transport public. L’entreprise américaine a signé un accord avec l’agglomération de Nice pour assurer des transports collectifs dans les quartiers mal desservis par les bus et lève des fonds auprès d’acteurs puissants pour se développer. Toyota a ainsi investi 500 millions d’euros dans Uber. De son côté, le constructeur Daimler a racheté une entreprise de VTC pour, lui aussi, mettre un pied dans le transport partagé. Les Gafa s’intéressent également au secteur. Google a passé des accords avec Renault-Nissan-Mitsubishi pour équiper leurs véhicules avec ses applications. La frontière entre transports publics et privés s’estompe. Pour proposer de nouveaux moyens de transport, l’imagination est sans limite, on voit apparaître des solutions de plus en plus originales, comme des taxis drones déjà testés en Chine. En matière d’énergie, les choses bougent aussi. La loi énergétique commence à produire ses effets. Certaines agglomérations prévoient d’acheter des équipements 100 % propres, et des gouvernements veulent interdire le diesel, à l’horizon 2025 pour la Norvège, 2030 pour la Suède. Et le premier train à hydrogène a circulé en Basse-Saxe, en Allemagne.

    Jean-Pierre Farandou évoque ensuite l’histoire de la mobilité. Rappelant qu’on est passé d’un XIXe siècle où le train dominait en utilisant la vapeur, pour arriver à l’émergence de la voiture individuelle roulant au pétrole au XXe siècle. Siècle au cours duquel débutent l’automatisme industriel et l’informatique et où en termes sociétaux régnaient l’individualisme, la liberté et le plaisir. Au XXIe siècle, la révolution de la mobilité s’accélère. La première décennie est marquée par l’arrivée du mass transit, la création de métros partout dans le monde pour répondre à l’urbanisation, puis sont arrivés les métros automatiques et la voiture partagée sous forme d’autopartage, de covoiturage ou de VTC. Sur les dix premières années de ce siècle, on a assisté à l’essor de l’électronique et du digital. Nous entamons une nouvelle révolution, où les modes de transport se multiplient, où l’on parle de modes doux et où le développement de la voiture partagée s’accélère. Pour le PDG de Keolis, la métropolisation en cours nécessite qu’on aide les gens à se déplacer, mais il constate qu’on n’a pas encore traité les problèmes de transport en commun en zones rurales. « Si l’un des enjeux des transports est de répondre à la métropolisation et à la construction de mégapoles, il ne faut pas oublier les territoires déshérités », prévient-il. Ces dernières années, on a aussi assisté à l’arrivée des algorithmes, de la data, du digital et des nouvelles technologies. Avec ces progrès se pose la question de la place de l’Homme. La robotisation, après avoir supprimé des postes d’ouvriers, va-t-elle substituer des machines aux métiers du savoir ? En matière d’énergie deux écoles s’affrontent. Pour l’une, la rareté va devenir un problème et on se déplacera moins, tandis que l’autre a confiance dans la capacité de trouver de nouvelles sources d’énergie abondantes.

    Face à cette situation, Jean-Pierre Farandou s’interroge sur la façon dont il peut anticiper et éviter de subir. « Sur le mass transit nous avons la capacité de transporter plus de monde de manière fiable. Keolis est un des leaders mondiaux du métro automatique. On peut décliner le mass transit sur le RER ou le tramway où nous sommes leader mondial. Le BHNS, nous savons faire aussi. Mais nous sommes aussi capables de proposer des services innovants. Pour la voiture partagée, comme nous n’avons pas la puissance des Gafa, nous sommes partis tôt, en mode pionnier. Nous avons pris une participation dans les navettes autonomes Navya pour comprendre, apprendre, et nous opérons un service de navettes à Lyon, dans le quartier de la Confluence. Nous avons aussi des expérimentations en cours à la Défense, dans un environnement piéton, à Las Vegas où notre navette circule en voie ouverte, au milieu des voitures, en Australie, en Angleterre, au Québec… Partant du principe que les véhicules autonomes seront plus pertinents s’ils sont partagés, ce qui nécessite d’utiliser des algorithmes pour optimiser leurs déplacements, Keolis a pris une participation dans une start-up israélo-américaine, VIA. Nous sommes leur partenaire en France et en Australie. Nous apprenons le métier de la voiture partagée… » Et, reconnaît-il « pas toujours avec succès » : il revient sur l’expérimentation de véhicules partagés lancée à Paris avec LeCab, une autre start-up partenaire avec laquelle Keolis proposait du VTC partagé à cinq euros la course. Pour être à l’équilibre, il aurait fallu avoir plus de deux personnes à bord. Mais, malgré la montée en puissance du service, Keolis n’est pas parvenu au point mort et a décidé de suspendre ce service qui lui coûtait cher.

    En matière d’énergie, Keolis s’intéresse à l’électricité sous toutes ses formes, mais aussi au GNV et au biogaz qui réconcilie énergie et écologie. « Dans les agglomérations qui se dotent de centrales de méthanisation, on peut faire circuler les transports avec du carburant issu des déchets, cela permet de mettre en place une économie circulaire et d’être moins dépendants des importations énergétiques. » L’hydrogène intéresse aussi l’entreprise qui suit de près la mission trains à hydrogène du député Benoît Simian. Concernant le digital, Keolis, conscient que l’attractivité des transports publics passe par un accès simple et facile aux réseaux pour les clients, a développé la solution « plan-book-ticket », pour acheter des titres de transport, s’informer, valider. Mais le service le plus innovant lancé par l’entreprise, c’est l’open payment mis en place à Dijon. Dans le tramway, il suffit de passer sa carte bancaire devant le valideur pour payer son titre de transport. Le service connaît déjà un grand succès et a conquis 35 % de voyageurs supplémentaires.

    L’opposition des transporteurs classiques aux Gafa/Uber commence à être connue. Mais, remarque le PDG de Keolis, les autorités organisatrices semblent la regarder de loin, alors qu’elles ont toutes les raisons, elles aussi, de se méfier des Gafa. « S’ils rentrent dans les territoires, dans cinq ans, ils connaîtront mieux les transports et les priveront de la connaissance des déplacements, met-il en garde. Les Gafa sont des monstres technologiques très puissants. Selon qui va gagner, l’avenir de Keolis ne sera pas le même. Si les Gafa gagnent, il y a du souci à se faire. Il nous restera les métros. Aussi espère-t-on que les autorités organisatrices résisteront et que les valeurs humanistes prévaudront. On se battra contre des approches mécaniques et froides de l’organisation du monde », assure M. Farandou qui regrette aussi qu’on ne défende pas assez l’apport des transports publics dans notre société. « On oppose nouveau monde porteur de modernité et de progrès et ancien monde, supposé lourd, et coûteux. Mais à l’étranger, on envie nos transports collectifs. On offre un service de grande qualité, il faut le dire. Le mass transit, on ne peut pas s’en passer. Uber ne peut pas le remplacer et serait de toute façon plus coûteux que les transports publics » note-t-il avant d’ajouter : « Il faut faire la promotion de nos activités en termes de qualité de service, d’emplois offerts. Des emplois mieux protégés et avec davantage de protection sociale que ce qu’Uber propose. De plus, à l’export, il y a peu de secteurs où trois des quatre premières entreprises mondiales sont françaises. Et ces entreprises entraînent toute une filière, tout un écosystème qui bénéficie du fait que nous sommes en pointe. Il faut le dire, valoriser nos métiers et ce que nous apportons. »

    Interrogé sur la façon dont Keolis s’est développé et entend continuer à le faire, le PDG détaille : « Au départ nous avons exploité notre savoir-faire français pour gagner des marchés à l’étranger, puis nous sommes arrivés à une phase où l’international nous a permis de nous développer à l’international. La troisième phase pourra être de gagner des marchés en France en important ce qu’on aura appris à l’international. » Pour les années à venir, Keolis prévoit de se renforcer dans les territoires où il est présent : les Etats-Unis, le Canada, l’Europe du Nord, la Chine, l’Inde, ou encore l’Afrique de l’Ouest où Keolis a des projets, à Dakar et à Abidjan. « Le continent africain ayant une démographie galopante, il est important d’y avoir une référence, une expérience pour pouvoir ensuite aller sur d’autres villes », précise le dirigeant qui veut développer le mass transit partout où c’est possible. Et donc en Chine.  « Nous avons eu la chance de rencontrer le président du métro de Shanghai au moment où il avait besoin de métro automatique et cherchait un partenaire. On s’est choisi, et on a créé ensemble une joint-venture pour réaliser des lignes de métro automatique et de tramway. Etre en Chine, nous ouvre un potentiel énorme. Le grand Shanghai a un projet de 1 000 km de tram. Nous sommes bien positionnés pour en obtenir quelques-uns et nous servir de cette expérience pour gagner des marchés sur les zones d’influence chinoises, en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud. »

    En France, Keolis va saisir l’opportunité offerte par la fin du monopole de la RATP pour tenter de croître en Ile-de-France. L’opérateur de transport s’intéresse aussi aux petites villes. « Il faut s’occuper des 40 % de la population qui vivent en zone rurale. Keolis a l’ambition de le faire, en proposant de mutualiser les transports qui y existent déjà. L’une des clés de la solution, c’est le partage. On pousse le concept d’agréger les lignes régulières de cars, de transports scolaires en l’ouvrant à d’autres, en développant le covoiturage, voire en partageant les transports sanitaires effectués en véhicules sanitaires légers… Si on met en commun la capacité de transport existante, on a déjà quelque chose de mieux en matière de transport collectif pour pas trop cher. Améliorer les transports dans ces zones fait partie de notre métier. »

    D’ailleurs Keolis se définit comme un pionnier, militant de la mobilité publique, à même de répondre aux besoins de vivre dans un monde meilleur.

    Interrogé sur la gratuité des transports, le PDG de Keolis s’y dit clairement opposé. « Les transports ont besoin de recettes. Les ventes de billets représentent 15 à 20 millions d’euros pour une ville moyenne et jusqu’à trois milliards pour Paris. Si ce n’est pas l’usager qui paye, c’est le contribuable. » Il constate que certaines villes ont mis en place la gratuité en utilisant le versement transport, et critique : « C’est un peu scier la branche sur laquelle on est assis. Le Medef ne paye pas le VT pour qu’on offre la gratuité, mais pour donner les moyens d’investir. » Le risque étant de voir le VT remis en cause, alors qu’il représente sept milliards sur les 21 dont les transports collectifs ont besoin. En période de précampagne électorale des municipales il met en garde : « Il y a un risque de démagogie à proposer les transports gratuits. »

    Que pense M. Farandou de la loi LOM ? « Elle nous inquiète concernant l’ouverture des données. Ce n’est pas les transmettre aux start-up qui nous gêne, mais ce qu’en feraient les Gafa qui les récupéreraient gratuitement… alors que les produire nous coûte de l’argent. Si tel était le cas, les Gafa risquent de nous reléguer au rôle de production du service, alors qu’on a investi pour offrir des solutions digitales. Il faut une régulation de l’accès à la donnée, sans quoi des centaines de millions d’investissements pourraient être saccagés par l’arrivée de nouveaux entrants qui auront la vie facilitée par cette ouverture. Nous nous sommes battus pour faire entrer la notion de propriété intellectuelle dans la loi Lemaire. Si on n’arrive pas à se protéger, on n’investira plus, ou seulement dans les pays où les données seront protégées. » Mais le dirigeant de Keolis apprécie que cette même loi prévoie que toute partie de territoire soit rattachée à une autorité organisatrice. « C’est une bonne chose, car il n’y a pas de transport public intelligent sans AO, sans élus pour les organiser. Dans le cas contraire, ce serait le monde de la jungle où seul l’intérêt privé prévaudrait. »

    Keolis qui était peu présent dans le rail a gagné en crédibilité en remportant l’important marché du ferroviaire au pays de Galles. « Nous avions quelques opérations en Allemagne, aux Pays-Bas et à Boston. Mais sur le marché britannique, nous étions minoritaires sur nos franchises et insuffisamment reconnu. C’est pourquoi nous nous sommes alliés avec Amey pour gagner DLR, le métro aérien de l’est de Londres, puis le tram de Manchester avant de remporter le plus gros contrat de notre histoire : l’exploitation, la maintenance et la rénovation de la totalité du réseau ferroviaire du pays de Galles. » Un marché de six milliards répartis sur 15 ans. « Cela nous permet de changer de dimension et de nous renforcer à la fois au Royaume-Uni et dans le ferroviaire », prévoit le patron de Keolis.

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • « Nous sommes vigoureusement opposés à une vignette sur les autocars »

    « Nous sommes vigoureusement opposés à une vignette sur les autocars »

    Interview de Jean-Sébastien Barrault, président de la FNTV

    Le congrès de la Fédération nationale des transports de voyageurs se tient le 14 novembre à Paris. Jean-Sébastien Barrault, président de la FNTV, fait le point pour VR&T sur les grands sujets qui inquiètent les transporteurs. Parmi eux, la crainte d’une application de la vignette poids lourd aux autocars, la grande difficulté de recruter des conducteurs ou l’équilibre économique des cars Macron.

     

    Ville, Rail & Transports. Trois ans après la libéralisation du transport par autocars, quel bilan tirez-vous des cars Macron ?

    Jean-Sébastien Barrault. Les autocars Macron ont pris leur place parmi les différentes offres de transport en France, à côté du train, de l’avion ou des modes de mobilité partagée. C’est un véritable succès populaire. Depuis la loi Macron de 2015, ils ont transporté en tout 18 millions de personnes. Et une part très significative de ces personnes, de l’ordre de 17 %, n’aurait jamais voyagé sans eux.

    Ils représentent, de plus, près de 2 500 emplois, non délocalisables par définition.

    Enfin, ils ont fortement contribué à revaloriser le mode autocar. Il était souvent vu comme un mode low cost à faible qualité de service. Ils ont montré que c’est un mode compétitif financièrement, et attractif en termes de qualité de service, de confort pour le voyageur.

    VR&T. Donc un bilan extrêmement positif ?

    J.-S. B. Avec néanmoins une très forte inquiétude. Tous les opérateurs et les sous-traitants perdent de l’argent. Un mode n’est viable que s’il atteint son équilibre économique. Ces déficits importants sont dus aux prix de vente insuffisants, à la concurrence très forte entre opérateurs et avec d’autres modes. L’offre ferroviaire Ouigo, notamment, leur fait une forte concurrence.

    Je dois avouer que je suis assez préoccupé par toutes les mesures fiscales qu’entend prendre le gouvernement sur notre secteur et qui vont encore alourdir la balance économique des autocars Macron, à une époque où, au contraire, il faudrait réfléchir aux mesures pour les sauver.

    VR&T. A quelles mesures pensez-vous?

    J.-S. B.Nous avons des frais de péage colossaux. Nous avions appelé de nos vœux avant la loi une réflexion avec les sociétés concessionnaires des réseaux autoroutiers, qui ont vu dans les autocars Macron un effet d‘aubaine pour augmenter leurs recettes. Nous avions espéré des mesures d’accompagnement. C’est le moment de se remettre autour de la table. Il faut une vraie réflexion sur la fiscalité du mode autocar.

    VR&T. Les régions sont devenues vos autorités organisatrices, les appels d’offres changent de taille. Cela ne fragilise-t-il pas les PME face aux grands groupes ?

    J.-S. B. Il faut tout faire pour que les PME puissent exister demain. Elles représentent une formidable richesse. Or, elles vont avoir de grands challenges à relever dans les années qui viennent.

    Parmi ceux-ci, il y a effectivement des contrats avec les grandes régions et des appels d’offres qui, on l’imagine, peuvent être plus grands. Il y a aussi des investissements très lourds pour la transition écologique, alors même qu’on manque de visibilité sur les choix technologiques. De plus des connaissances de plus en plus fortes sont requises pour faire face à la transition numérique. C’est le rôle d’une fédération comme la FNTV d’accompagner les PME.

    VR&T. Comment remplissez-vous ce rôle ?

    J.-S. B. Nous poursuivons des travaux avec Régions de France sur la contractualisation. L’année dernière, nous avions présenté des travaux sur la transition énergétique dans le monde de l’autocar qui méritent d’être actualisés. En matière numérique, nous avons créé une nouvelle structure, FNTV Nouvelles mobilités, qui a vocation à accueillir tous les nouveaux acteurs de la mobilité. Ces acteurs font peur, mais je pense qu’on est plus fort en travaillant avec eux au sein de notre fédération plutôt qu’en les regardant de l’extérieur sans les connaître.

    VR&T. On a parfois l’impression que les grands groupes rachètent les PME. Est-ce le cas ?

    J.-S. B.  Au sein de notre fédération, la part des PME et des grands groupes n’a pas évolué de manière significative depuis des années. Les PME représentent toujours 55 % des entreprises de Transport routier de voyageurs, et les grands groupes 45 %. Des PME se vendent à des groupes, des PME se vendent à d’autres PME, de nouveaux acteurs apparaissent. Et l’on voit apparaître de « grosses PME ». Les entreprises sont obligées d’atteindre une taille critique et de se diversifier pour ne pas être dépendantes d’une seule région.

    VR&T. Autres grands sujets pour lecongrès
    de la FNTV ?

    J.-S. B. Pour nous, c’est le congrès des transitions, du fait de tous les changements que l’on observe dans notre secteur. La Loi d’orientation des mobilités va avoir une part importante. Et l’on essaiera de parler de ce qui n’est pas dans la LOM et qu’on aurait aimé y trouver. Un accompagnement de la transition technologique, environnementale. On avait eu des garanties qu’on bénéficierait d’un suramortissement pour les véhicules à zéro émission, étendu à tous les types de véhicules, gaz, électrique hydrogène et allongé dans la durée. Aujourd’hui, cela ne figure pas dans la LOM.

    On parlera des plateformes numériques. On souhaiterait qu’il y ait dans la LOM un dispositif d’encadrement des plateformes qu’on voit apparaître, afin que les clients aient la garantie que ces entreprises travaillent avec des transporteurs qui respectent la réglementation, et que ces plateformes aient les mêmes contraintes que ces entreprises. On parlera de contractualisation. Le président de Régions de France, Hervé Morin, sera présent pour présenter les travaux que j’évoquais sur les modes de contractualisation. Et on parlera de deux sujets qui sont nos préoccupations majeures. 

    VR&T. Lesquels ?

    J.-S. B. Le premier, ce sont les mesures fiscales et les charges supplémentaires. Nous sommes vigoureusement opposés à la mise en place d’une taxe poids lourd qui s’appliquerait aussi aux autocars. Ce serait méconnaître les vertus écologiques de l’autocar. Et méconnaître l’équilibre économique de nos entreprises. Une vignette poids lourd pesant sur l’autocar fragiliserait considérablement des entreprises dont les marges sont déjà très faibles.

    On parlera également du CICE qui va être fiscalisé à partir de 2019. C’est important dans les comptes des entreprises. On parlera aussi du financement des formations obligatoires. Il y a des enjeux de sécurité et il est normal qu’il y ait des formations obligatoires. Mais ces formations vont être directement financées par les entreprises de plus de 50 salariés qui ne pourront plus se faire rembourser. Ceci va alourdir considérablement le coût du transport.

    VR&T. Quel est le deuxième sujet de préoccupation ?

    J.-S. B. L’emploi et le recrutement. Nos entreprises ne trouvent plus de conducteurs. Il faut un véritable plan pour résoudre ce problème, dans lequel chacun des acteurs prendrait ses responsabilités : le gouvernement, les organisations patronales, les organisations salariales. On y prendrait des engagements, pour lever des barrières à l’entrée, pour rendre le secteur plus attractif, pour faire des campagnes de communication sur les besoins du secteur. Nous tirons la sonnette d’alarme. Le secteur est menacé à moyen terme si on ne traite pas ce problème. Nous souhaitons une vraie réflexion sur l’âge du permis de conduire. On ne peut pas aujourd’hui devenir conducteur avant 21 ans : c’est trop tard. On souhaiterait aussi une réflexion sur les indices de nos contrats. L’indice sur le coût de la masse salariale est extrêmement large et ne tient pas compte spécifiquement de notre secteur. Ce qui ne nous permet pas de travailler sur ce problème de l’attractivité de notre secteur.

    Propos recueillis par François Dumont

     

  • Mise en service mouvementée pour le tram-train de Sheffield

    Mise en service mouvementée pour le tram-train de Sheffield

    Pas de chance pour le premier tram-train britannique, qui dessert le nord de l’agglomération de Sheffield. L’après-midi de son premier jour de service régulier, le 25 octobre, le nouveau véhicule est rentré dans un camion sur un croisement entre la voie de tram en site propre et une rue. Le tram-train ne circulant alors qu’à une petite trentaine de km/h, le bilan de la collision se limite à cinq blessés légers. Sans attendre les conclusions de l’enquête lancée par la RAIB (Rail Accident Investigation Branch, direction des enquêtes sur les accidents ferroviaires), le service a pu reprendre dès le lendemain de l’accident entre la cathédrale de Sheffield et la ville voisine de Rotherham, via les voies de tramway et le réseau ferré national.

    Ce contretemps aura finalement été plus bref que les retards qui ont marqué la mise en service de ce premier tram-train britannique, avec deux ans de retard et un surcoût considérable, le montant du projet passant de 15 à 75 millions de livres (de 17 à 85 millions d’euros). En fonction de sa fréquentation, ce tram-train expérimental pourrait rester en service après une période d’essai de deux ans. Financé par le gouvernement britannique, approuvé en 2012 et géré par Network Rail (le gestionnaire des infrastructures ferroviaires), ce projet a pour objectif d’évaluer le coût et les éventuels problèmes techniques générés par la mise en service d’un tram-train, en vue du déploiement de ce dernier ailleurs en Grande-Bretagne.

    P. L.

  • Ripage express en gare de Noisy-Champs

    Ripage express en gare de Noisy-Champs

    Pas simple d’interrompre le RER A qui transporte chaque jour 1,2 million de voyageurs. La RATP profite de la période de la Toussaint pour réaliser l’une des dernières grosses opérations de ripage en gare de Noisy-Champs. Un chantier qui s’inscrit dans le cadre des travaux de la ligne 15 du Grand Paris Express dont deux tunneliers sont déjà à l’œuvre. Le RER est donc interrompu du 27 octobre au 1er novembre entre Noisy-le-Grand-Mont-d’Est et Torcy, exploité en deux branches distinctes avec trois gares fermées. 120 bus de substitution sont engagés durant cette période. Ces moyens exceptionnels ont permis la mise en place d’un élément préfabriqué en remplacement d’une partie de la gare du RER. Avec ses 46 m de long, 20 m de large et 10 m de haut, le tout pour un poids de 7 300 tonnes, l’ouvrage est l’un des plus importants ripé sur le Grand Paris Express. Sa mise en place permettra de construire les gares des lignes 15 et 16 en contrebas. À terme, il sera surplombé d’une nouvelle gare commune au RER A et aux lignes 15 et 16. La ligne A se situera au niveau – 1 surplombant la 15 au niveau – 2 et la 16 au niveau – 3.

    Durant plusieurs mois, l’élément a été construit en bordure des voies. Dès le samedi 26 octobre à la fin de service, les travaux ont commencé par la découpe des quais, des rails et des caténaires pour excaver l’emplacement du nouvel ouvrage sur une cinquantaine de mètres. Plus qu’un ripage ordinaire, l’élément a été glissé à son emplacement, reposant sur des chariots automoteurs Kamag commandés à distance. Il aura fallu 50 Kamag déployés sur dix rangées de cinq (totalisant 190 essieux) pour déplacer le coffre de béton. Au préalable, des plaques de métal avaient été installées sur le parcours des chariots pour faciliter leur mouvement. Le lundi 29 à 10 h, tout était prêt pour commencer le déplacement de l’ouvrage.

    Grâce à cette méthode de chariots mobiles, il n’aura fallu qu’un peu plus d’une heure pour achever les opérations et à 11 h 15 l’ouvrage était en place. Ensuite, c’est une course contre la montre qui s’est engagée pour rétablir la ligne au plus vite. Réajuster les quais, reposer et souder la voie, raccorder la caténaire et rétablir les circuits électriques, tout doit être impérativement achevé jeudi pour les premiers essais de circulation. La reprise du service est prévue vendredi 2 novembre à 5 heures.

    Philippe-Enrico ATTAL

  • Frontière franco-suisse : une première pour le covoiturage

    Frontière franco-suisse : une première pour le covoiturage

    La société Autoroutes et Tunnel du Mont-Blanc (ATMB) et le Canton de Genève ont ouvert la première voie de covoiturage sur une autoroute transfrontalière. L’opération expérimentale prévue pendant un an crée une voie réservée aux heures de pointe pour les véhicules ayant au moins 2 personnes à bord à la douane de Thônex-Vallard, sur un kilomètre de part et d’autre de la frontière. Le dispositif devrait permettre un gain de temps de 33 % sur un trafic de 20 000 véhicules/jour et une meilleure fluidité de circulation dans Genève.

    C. F.

  • Pour RATP Group,  « la ville a de l’avenir »

    Pour RATP Group, « la ville a de l’avenir »

    « La ville a de l’avenir. » La RATP veut le croire, et en fait la signature de la marque ombrelle RATP Group. Il s’agit plus précisément de l’adaptation française d’une signature dont la version originale est : « Moving towards a better city ».

    Ily a dix ans, la RATP déclarait « Aimer la ville ». Il s’agissait, commentaient Les Echos, d’installer « la RATP comme une véritable marque, compétitive à l’international, prête à se frotter en France à la concurrence du marché des transports collectifs privés à compter du 1er janvier 2010… et non plus seulement comme un service public de qualité ».

    En 2015, « Demandez-nous la ville » remplace « Aimer la ville ». Le discours est moins général, plus professionnel, comporte une forte notionde service, tout en s’inscrivant dans la continuité. Cette signature demeure aujourd’hui celle de l’Epic.

    L’attention à la ville vient de loin. En 1984, par exemple, la RATP avait organisé à Royaumont le colloque « Crise de l’urbain, futur de la ville » où intervenaient notamment le médiéviste Jacques Le Goff et l’urbaniste Marcel Roncayolo, qui vient de disparaître. L’ouverture intellectuelle de la RATP doit sans doute beaucoup à la personnalité d’Edith Heurgon. Longtemps directrice de la prospective dans l’entreprise, elle est toujours directrice du centre culturel de Cerisy-la-Salle, l’un des hauts-lieux, avec Royaumont précisément, des grands colloques d’avant l’empire des médias. Mais l’attention à la ville vient surtout d’une pratique quotidienne. Pas tant celle du métro, nous faisait remarquer un bon connaisseur de l’entreprise, que celle du réseau de surface.

    C’est donc dans une stricte continuité que s’inscrit Catherine Guillouard. Et c’est à juste titre qu’elle fait de cette attention un facteur différenciant. Transdev n’a pas grand discours sur le sujet. Et la SNCF, pourtant si présente dans l’agglomération francilienne, est quasi muette. On peut penser que le développement de mégacités englobant des RER, ou la centralité nouvelle des gares dont les fondateurs d’Arep, Jean-Marie Duthilleul et Etienne Tricaud, ont depuis longtemps pris la mesure, devraient conduire la SNCF à s’emparer d’un sujet qui de fait est devenu le sien. Mais la RATP a sur ce point des décennies d’avance .

    La nouveauté qu’apporte Catherine Guillouard, c’est de revendiquer cette attention à la ville comme un métier, à l’égal de la mobilité. Et donc comme un relais de croissance. La RATP veut marcher sur deux jambes. Ce qui se résume par la formule :« Nous sommes à la fois un opérateur de mobilité et un acteur de la transformation de la ville intelligente et durable ».

    Le travail global de positionnement stratégique, d’architecture de marque, de design et de déploiement de RATP Group a été mené avec l’agence Havas Paris. Sous la marque ombrelle, les noms de filiales sont « ratpisés » , comme l’était déjà RATP Dev . Apparaissent donc RATP Travel Retail (ex Promometro), RATP Real Estate (ex SEDP), RATP Smart System (ex Ixxi), RATP Connect (ex TelCité), RATP Coopération… La nouvelle plateforme de marque est révélée par une campagne B to B presse et digitale diffusée depuis le 15 octobre.

    F. D.

  • Transdev perd son contrat historique à Nancy

    Transdev perd son contrat historique à Nancy

    Coup très dur pour Transdev : selon plusieurs sources internes, l’opérateur a perdu le contrat de transport public du Grand Nancy, au profit de Keolis. Cette délégation des transports publics nancéiens était détenue depuis quasiment toujours par Transdev (qui a succédé à la CGFTE et Veolia Transport, dont Transdev est issue). La métropole refuse de s’exprimer sur son choix qui doit être rendu publique le 23 novembre après le vote des élus.

    C’est donc Keolis qui succédera à Transdev à partir du 1er janvier, pour six ans dans le cadre d’un contrat estimé à 400 millions d’euros, de source syndicale citée par la presse locale.

    Pour la filiale de la Caisse des dépôts et consignations, c’est un nouvel échec après une série noire : échecs à Bayonne et Biarritz fin 2016 pour le contrat de l’agglomération de Côte Basque-Adour, à Besançon à l’été 2017, puis à Lille (où le groupe était en offensif) quelques mois plus tard et tout dernièrement, perte du contrat de Béziers.

    Pas sûr que le gain de Nîmes annoncé il y a quelques jours suffise à rétablir la balance, surtout que, si l’on en croit ses concurrents (et détracteurs), le contrat aurait été gagné au détriment des marges tant il devenait urgent d’afficher une victoire sur le territoire français.

    A l’intérieur de l’entreprise, les rumeurs vont bon train sur un remaniement du management, d’autant qu’un nouvel actionnaire, l’Allemand Rethmann, va bientôt s’installer au tour de table.

    M.-H. P.