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« Ce que fait Paris, les autres grandes métropoles le font aussi »
Entretien avec Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris chargé des Transports, de la Voirie, des Déplacements et de l’Espace public.
Christophe Najdovski dresse pour VR&T le bilan à mi-mandat de la politique parisienne des transports. L’Hôtel de Ville doit désormais prendre en compte la révolution numérique, les vélos et scooters en libre service et sans station que l’on n’envisageait pas il y a trois ans et qui viennent bouleverser les modèles existants.
Ville, Rail & Transports. Anne Hidalgo est maire depuis mars 2014 : déjà le mi-mandat, quel bilan pour les déplacements ?
Christophe Najdovski. Un bilan à mi-mandat, c’est un exercice un peu frustrant. Beaucoup de chantiers sont lancés mais pas achevés. Le prolongement du tramway, le prolongement du RER E, les prolongements des métros, les BHNS… Les grands chantiers d’envergure, pour ce qui est des modes de transport structurants, ont été lancés. C’est aussi le cas du plan bus ou du Réseau express vélo. Mais nous n’avons pas encore les fruits de ce qui a été semé. De plus, nous sommes dans un environnement mouvant. La révolution numérique et l’apparition des scooters ou des vélos en libre service sans station que l’on n’imaginait pas forcément il y a trois ans, ajoutent des offres nouvelles mais bouleversent l’économie de modèles existants.VR&T. La Ville a présenté le 25 octobre le nouveau Vélib’ qui circulera dans les rues de Paris et de 64 communes limitrophes à partir de janvier. Les vélos en libre service et sans station qui font leur apparition pourraient-ils mettre à mal le Vélib’ ?
C. N. Sur le principe, nous sommes pour le développement de la mobilité partagée. Il y a déjà des scooters électriques en free floating, des vélos de GoBee Bike depuis peu, d’ailleurs opportunément placés près des stations Vélib’ qu’on est en train de démonter… Ofo annonce aussi vouloir installer ses vélos. Ce développement de l’offre est une très bonne chose mais on sait aussi que, dans certaines grandes villes chinoises, ce phénomène a engendré des désordres comme l’envahissement de l’espace public, avec des vélos à l’abandon laissés à l’état d’épave. Cela nécessite une régulation. Nous devons donner un cadre.VR&T. Quelle forme pourrait prendre cette régulation ?
C. N. Nous avons demandé à nos services juridiques de nous dire si on pourrait instaurer une redevance d’usage de l’espace public.VR&T. Allez-vous remanier le contrat Vélib’ ?
C. N. Non. En fait, les deux services ne sont pas sur les mêmes modèles. Vélib’ répond à une obligation de service public de couverture du territoire. Il va être déployé dans 64 communes, dans des territoires où ce service ne serait pas rentable pour un opérateur privé. C’est d’ailleurs une grande satisfaction d’avoir réussi à « métropoliser » le Vélib’ et à faire en sorte que le développement des mobilités douces se diffuse au-delà des frontières du périphérique. Vélib’ sera financé à la fois par l’usager et par la puissance publique, c’est-à-dire les villes mais aussi la Métropole du Grand Paris qui va aider à hauteur de 10 000 euros par station les communes hors Paris.
Autre différence, les vélos sans station sont simples, mécaniques, sans vitesse. C’est du vélo low cost, prévu pour des distances courtes et des courtes durées. A 50 centimes d’euros la demi-heure vous avez intérêt à faire des trajets courts. Le Vélib’, lui, sera, pour le tiers du parc au moins, un vélo à assistance électrique. Il permettra des déplacements sur de plus longues distances avec un meilleur confort. Les deux systèmes sont plutôt complémentaires.VR&T. Après les scooters, voici les vélos en libre service sans station… Demain, les voitures ?
C. N. Ce qui se passe dans l’univers des vélos est une illustration de l’ubérisation de l’économie, de l’ubérisation de la mobilité. Demain, oui, se posera aussi la question des voitures en libre service et en free floating. Et donc la question d’une régulation nationale. Les Autolib’ ont été créés en 2011, dans le cadre d’une DSP de 12 ans. En six ans, ils ont été en partie victimes de l’ubérisation. En 2011, les VTC n’existaient alors quasiment pas. Depuis, ils ont explosé.
Or, la durée moyenne d’utilisation d’Autolib’, c’est 35 minutes et la distance moyenne, huit ou neuf kilomètres. Comme un taxi ou un VTC. Autolib’ c’est un taxi qu’on conduit soi-même. S’il y a une absence de régulation et que les prix des VTC diminuent fortement, le modèle est menacé. Aujourd’hui, les VTC sont au moins aussi nombreux que les taxis. Et leur développement non régulé participe à la congestion. C’est le cas à Londres, à New York et on l’observe aussi à Paris. Une partie du trafic qui tourne à vide dans les rues est constituée de VTC, puisqu’ils ne disposent pas de station. Le laisser-faire n’est pas possible.
L’Etat va devoir se pencher sur cette question. Les Assises des mobilités sont l’occasion de la poser. Il faudra là encore réguler, peut-être via un numerus clausus. Pour faire évoluer les statuts des taxis et des VTC en allant, à terme, vers le mieux-disant social. Et pour intégrer toutes les formes nouvelles de mobilité dans un schéma de transport public. Les taxis sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, cela fait partie de l’Histoire de France. La décision devrait être décentralisée au niveau de l’autorité organisatrice, c’est-à-dire d’Ile-de-France Mobilités.VR&T. La Ville de Paris est beaucoup attaquée sur sa politique antivoiture. Quelle place voulez-vous donner aux voitures ?
C. N. Ce que fait Paris, les autres grandes métropoles le font aussi. Et en prenant des mesures qui parfois sont beaucoup plus radicales que celles mises en œuvre à Paris. Londres vient de décider une Toxicity Charge, pour tous les véhicules immatriculés avant 2006 qui ne respectent pas la norme Euro 4. Cette taxe vient s’ajouter à son péage urbain, la Congestion Charge. Madrid limite dès 2018, la vitesse sur les grands axes à 70 km/h et, surtout, dès le mois de juin de l’année prochaine, il sera prohibé de rouler dans le centre, à l’exception des véhicules utilitaires, des voitures électriques, des bus ou des voitures qui servent au covoiturage.
Toutes les grandes métropoles sont confrontées à la congestion et à la pollution. Les mesures qu’elles prennent s’inscrivent dans un mouvement qui est de remettre la voiture à sa juste place, alors qu’elle a occupé tout l’espace pendant de longues années. Aujourd’hui, à Paris, les voitures et les deux roues motorisés assurent seulement 13 % des déplacements mais occupent 50 % de l’espace public. La voiture individuelle est le mode le moins capacitaire. L’autosolisme, c’est déplacer une personne qui pèse peut-être 70 kg dans deux tonnes d’acier et de plastique qui occupent 10 m². Il faut changer de paradigme. Ce n’est pas mener une guerre contre la voiture mais penser la ville différemment. La voiture y aura toujours une place, mais ce sera une voiture plus partagée, plus connectée, plus propre.VR&T. Les communes limitrophes se plaignent de l’égoïsme parisien dans ce domaine…
C. N. Dans Paris, un Parisien sur dix, et seulement trois Franciliens sur dix se déplacent en voiture. Même les non-Parisiens utilisent majoritairement les transports en commun. Cessons de nous focaliser sur l’automobile alors que c’est un mode minoritaire mais source de nuisances. Paris est plus touché que le reste de l’Ile-de-France par la pollution. Un Francilien sur dix est exposé à des valeurs supérieures aux seuils fixés par l’Union européenne pour les NOx. A Paris, c’est un habitant sur deux. Il suffit de regarder une carte d’Airparif pour voir que les Parisiens sont plus exposés. Et pour les 100 000 riverains du périphérique, c’est la double peine : non seulement ils subissent les nuisances sonores et polluantes, mais en plus ils paient des impôts pour entretenir le périphérique. C’est le principe pollué-payeur !
C’est pourquoi nous soutenons l’idée d’une redevance d’usage pour le trafic poids lourd de transit sur le périphérique et, au-delà, sur le réseau d’autoroutes non concédées d’Ile-de-France. Une demande que nous portons dans le cadre des Assises des Mobilités.VR&T. Que pensez-vous de l’initiative lancée par Valérie Pécresse pour soutenir le covoiturage ?
C. N. Nous sommes très favorables à l’idée de soutenir le covoiturage et les start-up qui le proposent. Pour l’heure, l’expérimentation mise en place dans la région est prévue pour trois mois. Ce n’est pas la solution miracle, c’est une solution parmi d’autres.
Les routes sont saturées par les véhicules, pas par les personnes, puisqu’on compte 1,1 personne en moyenne par véhicule aux heures de pointe. La route pourrait transporter beaucoup plus de monde. De ce point de vue, avec son plan antibouchons, Valérie Pécresse en reste à une vision du siècle dernier : celle où on double les voies. Il faut doubler le nombre de personnes dans les voitures. Nous demandons à l’Etat qu’il définisse clairement le covoiturage et qu’il permette de mettre en place des voies dédiées sur les autoroutes d’Ile-de-France et, pourquoi pas, sur le périphérique.
Optimiser la route, c’est notre leitmotiv. Grâce à la révolution numérique, il existe des solutions simples et souples. Nous sommes prêts à faire des aménagements pour disposer d’aires de covoiturage, même si la question se pose plus sur la grande couronne que dans l’agglomération dense. Nous réfléchissons aussi à des parkings-relais. Nous avons fait la proposition à Valérie Pécresse de mieux utiliser des parkings dans lesquels nous comptabilisons 6 000 places mobilisables. Nous travaillons avec Ile-de-France Mobilités et avec les concessionnaires pour bâtir un modèle économique qui convienne à tout le monde.VR&T. Vous allez bientôt adopter votre nouveau Plan Climat. Quel est son objectif ?
C. N. Nous avons discuté avec de nombreux acteurs et l’Etat doit accompagner les collectivités. Nous avons fixé des trajectoires : 2024 pour la fin du diesel à Paris. 2030 pour l’essence. Ce que nous visons en 2030, c’est la fin de l’utilisation des énergies fossiles. Pas celle des véhicules thermiques : le biogaz, par exemple sert à des véhicules thermiques et nous voulons l’encourager.
C’est une trajectoire volontariste qui nous permet de tenir un cap. Cet objectif est partagé par un certain nombre de grandes métropoles mondiales. Le 23 octobre, à Paris, 12 maires de grandes villes ont déclaré qu’ils souhaitaient aller vers le zéro émission. Nous visons la neutralité carbone. Or, les transports et le bâtiment sont les deux secteurs les plus émissifs de gaz à effet de serre.VR&T. C’est souvent compliqué pour les industriels qui ne sont pas forcément prêts…
C. N. Il y a encore deux ans des constructeurs automobiles venaient nous dire : le diesel est formidable, nos systèmes de dépollution sont magnifiques. On ne peut plus être dans ce schéma.VR&T. Encore faut-il avoir des solutions de remplacement. Les bus électriques, ce n’est pas si simple…
C. N. La commande publique oriente les choix industriels. Il y a deux ans, quand nous avons lancé un appel d’offres pour le transport scolaire des enfants de la Ville de Paris, nous avons spécifié que nous ne voulions pas de bus diesel. On nous a dit que nous n’y arriverions pas. Il y a quelques jours, les 12 cars électriques nous ont été livrés.
Ce n’est pas simple mais nous n’avons pas le choix. Sur le sujet du bus électrique, la Chine est très en avance. Cela montre que c’est possible. Et d’autres technologies sont disponibles : par exemple, un réseau comme Nantes exploite des bus au GNV. On ne peut pas rester dans le schéma dans lequel on est resté trop longtemps. Et puis, Paris doit tenir un rôle d’impulsion. Nous sommes très regardés dans le monde entier.VR&T. Le plan bus a été présenté. Ne risque-t-il pas de se traduire par une diminution de l’offre ?
C. N. Il n’est pas question de refondre les bus pour en arriver à une diminution de l’offre ! C’est un chantier gigantesque, qui va changer le paysage. Il permettra à des territoires périphériques d’être mieux desservis, au plus tard en 2019. Cela va de pair avec la volonté de redonner un coup d’accélérateur aux bus en leur donnant la priorité avec des aménagements de type couloir bus pour qu’ils circulent mieux. Même si aujourd’hui, sur ces couloirs, ils sont trop souvent ralentis par du stationnement gênant ou d’autres incivilités.VR&T. Comment faire en sorte qu’ils circulent mieux ?
C. N. A partir de 2018, avec la loi sur le statut de Paris, nous allons « récupérer » les agents de surveillance de Paris, les ASP (dont les « Pervenche »), qui sont aujourd’hui payés par la Ville mais sont l’autorité du préfet de Paris. La moitié des ASP, soit 800 personnes, sera affectée à des missions d’hygiène et de propreté. L’autre moitié sera chargée de la lutte contre ces incivilités routières. Ils pourront travailler avec la préfecture de police sur le respect des couloirs bus, des pistes cyclables, ou la lutte contre le stationnement gênant… Cela va se traduire par la création d’une sous-direction de la régulation des déplacements de la Ville qui comprendra 800 personnes. Nous pourrons développer la vidéoverbalisation. La préfecture dispose de cet outil, qui est efficace, mais elle n’a pas les effectifs suffisants pour bien l’utiliser. Demain, nous aurons les moyens de le faire.
Ces agents pourront aussi contrôler la ZCR (zone à circulation restreinte) et s’assurer du respect des pastilles Crit’Air qui doivent équiper les véhicules en fonction de leur niveau de pollution. Ils pourront verbaliser le non-port de cette vignette, obligatoire depuis juillet. Aujourd’hui, les contrôles assurés par la préfecture de police se font au fil de l’eau et sont insuffisants. L’Etat nous a donné un outil mais sans les moyens de contrôle qui vont avec.
Pour renforcer les contrôles, nous demandons à l’Etat de permettre une automatisation du contrôle avec le système de type Lapi (Lecture automatique de plaque d’immatriculation). Cela fait partie des demandes fortes que nous faisons. Sans contrôle automatisé, le respect de restriction des circulations n’est pas assuré. C’est essentiel. N’oublions pas que la France – et plus précisément une dizaine d’agglomérations dont l’Ile-de-France – est sous la menace d’une sanction européenne pour dépassements des seuils de pollution. En juillet, le Conseil d’Etat a fait une injonction à l’Etat pour lui demander de prendre des mesures d’ici mars 2018.VR&T. Dans le cadre des jeux Olympiques, quelles sont vos priorités ?
C. N. Nous espérons que les JO vont être un accélérateur de projets de transport. Il faut déjà que le Grand Paris Express soit au rendez-vous de 2024. C’est une volonté forte de la Mairie de Paris. L’ensemble forme un tout, cela fait système, et on ne peut pas accepter qu’il ne soit pas réalisé dans son intégralité. Et il faut que les délais soient tenus. On ne peut pas se permettre d’avoir des retards à répétition, comme sur cela a été le cas sur le prolongement au nord de la ligne 14 avec, notamment, l’inondation de la future station Porte-de-Clichy. S’il doit y avoir une Loi olympique pour accélérer les procédures, cela doit être au service du système des transports. Ce sont des projets très attendus, notamment en Seine-Saint-Denis où, au-delà des JO, ils sont au service d’un rééquilibrage territorial et de désenclavement de quartiers aujourd’hui délaissés.VR&T. Quels projets propres à Paris ?
C. N. Nous avons le projet d’une ligne des quais, que nous appelons « ligne à dimension olympique » pour relier l’est et le centre de Paris, en desservant le nouveau quartier de Bercy-Charenton. Dans cinq ou dix ans, ce quartier, ce sera le nouveau Batignolles. Malheureusement, dans le quartier des Batignolles, les emplois, les activités, les habitants arrivent avant les transports… Nous militons pour cette ligne auprès d’Ile-de-France Mobilités. J’ai donné à son directeur général, Laurent Probst, les études que nous avons effectuées, pour qu’on s’attelle à la réalisation d’un dossier d’objectifs et de caractéristiques principales, DOCP, préalable au lancement d’une concertation et d’une enquête publique. Cette ligne comprendrait la requalification de la voie express quai de Bercy et quai de la Rapée, avec la desserte du nouveau quartier, à cheval sur Bercy et Charenton, et une connexion avec le Grand Paris Express.
L’actuelle ligne 72 de la RATP devrait être remplacée par une nouvelle ligne de BHNS (perspective) © DR VR&T. Ce serait un BHNS ou un tramway ?
C. N. Les études répondront à la question. Une ligne de BHNS est déjà prévue sur les quais de Seine, fin 2018-2019. C’est en fait une amélioration de la ligne de bus 72, avec des premiers aménagements, accompagnés de la mise en service de bus électriques standard de 12 mètres, et d’un prolongement jusqu’à la gare de Lyon. C’est le prélude à la ligne à dimension olympique.
Un véritable hub pourrait être constitué au niveau du pont d’Austerlitz et du quai de la Rapée, qui permettrait de connecter la ligne des quais, la future rocade des gares, Montparnasse – Gare du Nord, et la ligne 5 du métro. Cela fait partie des projets que nous soutenons et pouvons porter à l’échéance 2024.VR&T. Comment les vélos seront-ils au rendez-vous des JO ?
C. N. Nous souhaitons un réseau cyclable métropolitain à l’horizon 2024. Il faut pour cela que l’on sorte de l’éclatement institutionnel qui empêche de progresser. Aujourd’hui, Paris a son plan vélo, et chaque commune décide ce qu’elle souhaite sur son territoire. Nous avons besoin d’un réseau à l’échelle métropolitaine. Nous pensons à un aménagement reliant le futur village olympique, en bord de Seine [sur le territoire de Plaine Commune, NDLR] à un certain nombre de sites de l’ouest : l’hippodrome de Longchamp et les équipements de la porte d’Auteuil, le Parc des princes, Roland-Garros et le stade Jean-Bouin. Ce serait une belle avenue cyclable qui servirait, au-delà des Jeux, aux besoins du quotidien.
VR&T. Où en est aujourd’hui le plan vélo de la Ville ?
C. N. Il nous tient à cœur, même si nous avons connu des difficultés avec la préfecture de police à propos des grands axes de circulation. Les discussions se sont prolongées avec des approches différentes. Mais la rue de Rivoli est en cours d’aménagement, le chantier de la voie Georges-Pompidou a été mené à bien cet été. Ce sont des éléments importants du Réseau express vélo. Les aménagements cyclables de l’avenue de la Grande Armée sont sur le point d’être terminés. Cela va se poursuivre avec le déploiement du Réseau express vélo sur la rive gauche de la Seine. Mais il ne faudrait surtout pas oublier le premier mode de déplacement. C’est la marche, tout à fait adapté à Paris, et c’est pourquoi nous avons voté une stratégie piétons.
Propos recueillis par François Dumont et Marie-Hélène Poingt

« Il y a 850 km de métros automatiques dans le monde. En 2025 il devrait y en avoir 2 300… »
Entretien avec Philippe Martin, président de la division métro de l’UITP
Ville, Rail & Transports. Quelle part représentent aujourd’hui les métros automatiques dans le monde, et quelle est la tendance ?
Philippe Martin. Globalement, il y a aujourd’hui 600 lignes de métro dans le monde, dont 60 lignes de métro automatique. Dans la majorité des pays, les nouvelles lignes que l’on construit sont automatiques. A Dubai, à Riyad, à Doha, elles sont de type GoA4, c’est-à-dire pleinement automatiques.
La vraie différence avec le GoA3 est une différence de service. Le GoA4 est beaucoup plus souple. Si, pour un événement exceptionnel, vous voulez mettre dix navettes supplémentaires, en GOA3, il faut disposer de dix personnes. Mais ces métros sont tout de même des systèmes tout à fait modernes. C’est par exemple le cas à Londres, avec le DLR, où il y a un agent, ou, à Hongkong, où il y a aussi une personne à bord sur une ligne automatique. D’une manière générale, en Asie, il peut y avoir encore quelques réticences culturelles par rapport à l’absence de personnel de bord. En Europe et prochainement en Amérique, ce cap a été franchi.VR&T. Un problème de coût peut-il freiner le développement des métros automatiques ?
Ph. M. Construire un métro coûte cher quoi qu’il en soit. Entre 100 et 150 millions d’euros du kilomètre. Le coût d’un métro automatique n’est pas beaucoup plus élevé, et au bout du compte, c’est moins cher en life cycle cost, en tenant compte des coûts totaux d’exploitation et de maintenance.VR&T. A côté de ce marché du neuf, il y a celui de la transformation. Comment va-t-il évoluer ?
Ph. M. A Paris, la RATP a été pionnière avec la ligne 1 en automatisant la ligne tout en maintenant son exploitation. C’est aujourd’hui le tour de la ligne 4. Bruxelles, Marseille ou Vienne ont annoncé des projets. Pour des raisons d’amélioration du service, de plus en plus de réseaux y pensent. Mais une telle transformation suppose de conduire un projet à multiples facettes : un projet technique certes mais aussi un projet de service et un projet social.
Sur le plan technique, c’est un projet complexe qui fait appel à des expertises très pointues et qui coûte assez cher en adaptation de l’infrastructure et installation de portes palières. Il y a un enjeu de service : mieux vaut le faire en maintenant l’exploitation, et on sait que c’est possible avec l’expérience de la ligne 1 à Paris. C’est aussi un projet social, et c’est un aspect évidemment important qu’il ne faut pas négliger.VR&T. Au bout du compte, c’est cher…
Ph. M. Pas beaucoup plus qu’un renouvellement classique. Pour la ligne 1 de Paris, le surcoût a été autour de 100 millions d’euros. Mais, pour que ce soit efficace, il faut le faire en profitant du renouvellement du matériel. C’est le schéma de la ligne 4 à Paris. En un peu plus compliqué, puisque le matériel de la ligne 4 va aller sur la ligne 6 dont le matériel, lui, va aller au rebut.VR&T. Toutes les lignes sont-elles promises à devenir automatiques ?
Ph. M. Non. Cela a du sens quand il y a un flux important, et une forte variation de la demande en fonction d’événements. Par exemple quand la ligne dessert un stade ou un lieu touristique. Par exemple, pour le métro parisien, il serait complètement déraisonnable ou inadapté de penser que toutes les lignes pourraient être automatisées.
VR&T. Au bout du compte, que représenteront prochainement les métros automatiques ?
Ph. M. En 2016, on dénombrait 850 km de lignes, de type GoA3 et GoA4. En 2025, il devrait y en avoir 2 300. Ce sera pour l’essentiel en Asie, en Europe occidentale et au Moyen-Orient. Mais pas uniquement. Moscou a gardé la conduite manuelle mais évolue, São Paulo a un métro automatique, Montréal a le projet de créer trois lignes automatiques.VR&T. Devant le coût d’un métro, on est souvent à la recherche de financements innovants. C’est par exemple ce que demande l’Inde, dans la « Metro Rail Policy » que le gouvernement vient d’adopter. Vous avez des solutions ?
Ph. M. Je ne vois que deux grands modèles de financement. L’un, classique avec une autorité organisatrice, ville, région, Etat, qui finance l’infrastructure et qui confie l’exploitation à un opérateur, soit de gré à gré soit après un appel d’offres. C’est ce qu’on connaît en Europe ou aussi en Chine.
Il y a aussi le modèle de PPP. Par exemple, à Montréal, où la réalisation du REM (Réseau électrique métropolitain) va nécessiter la création de trois lignes. Montréal a demandé à trois groupements – une ingénierie, un BTP, un opérateur – de remettre une offre pour la construction et pour l’opérationnel, et cela pour une durée de 50 ans.VR&T. En Afrique, on s’attend à un accroissement considérable de la population, surtout dans les villes. L’heure des métros africains a-t-elle sonné ?
Ph. M. Il y a déjà des métros en Afrique, à Alger et au Caire. En dehors de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud, où il y a le Gautrain, et du Sénégal où il y a un projet de TER, je vois plutôt se développer des bus et des tramways, ou des trains régionaux. Le tram peut prendre une large place, comme au Maroc ou en Algérie.
Pour construire un métro, il faut une politique d’investissement stable avec une sécurisation des financements. Compte tenu de la durée de construction (de cinq à dix ans) d’une ligne de métro, il est indispensable de penser global et de lier l’aménagement urbain avec la planification du transport.
VR&T. On a longtemps vanté le BRT, en disant, en gros : c’est du métro low cost. Est-ce le cas ?
Ph. M. Le BRT est une solution intéressante, et je l’ai vu fonctionner à Curitiba au Brésil. Mais c’est un cas très particulier : la ville est conçue autour des moyens de transport. Le BRT permet une belle offre, à condition d’avoir des voies vraiment dédiées, la capacité du système dépendant à la fois de la vitesse et de la capacité unitaire. C’est une bonne solution, avec des capacités maximales limitées (60 000 à 100 000 voyageurs/jour), au total c’est un mode qui est plutôt en concurrence avec le tramway ou le métro léger.VR&T. Donc la croissance du métro dans le monde n’est pas près de s’interrompre…
Ph. M. Non, la tendance est affirmée. La croissance du chiffre d’affaires mondial des métros est estimée à environ 3 % par an durant les 20 à 30 prochaines années. Los Angeles veut interdire les voitures, il y a des grands projets en Ontario, à Toronto, Ottawa. En Amérique latine, il y a un gros marché potentiel, Mexico étant une sorte d’exception qui confirme la règle, avec une douzaine de lignes. Au-delà, les plus gros développements sont attendus en Asie et au Moyen-Orient et plus particulièrement en Chine, où le métro est déjà présent dans 20 villes et ce pays construit 100 nouveaux kilomètres de métro par an !
Propos recueillis par F. D.
Berlin – Munich, dernier des grands travaux de la réunification
Après 25 ans de travaux, le dernier des grands projets d’infrastructure de la réunification est enfin achevé outre-Rhin. Les deux grandes villes allemandes, Berlin et Munich, sont désormais reliées en train en moins de quatre heures. Il fallait plus de six heures auparavant pour faire 500 kilomètres ! La ligne comprend une section neuve (NBS) de LGV sur 230 km, une des plus rapides du pays (avec la NBS Cologne – Francfort) puisqu’on pourra y rouler à 300 km/h, le reste de la ligne ayant été agrandie ou modernisée. Il s’agit aussi de la LGV la plus chère jamais construite sur le réseau allemand (deux milliards d’euros). L’ensemble ce grand projet d’infrastructures, le huitième dans le « Plan reconstruction de la RDA », a coûté dix milliards d’euros (37 ponts et 27 tunnels neufs).
L’ouverture commerciale, le 10 décembre, va bouleverser le trafic entre la capitale fédérale et la capitale bavaroise. Les compagnies aériennes s’attendent notamment à une forte baisse du nombre de passagers d’environ 25 %. La durée du voyage en train, centre à centre, rend le train très avantageux par rapport à l’avion (actuellement 500 000 passagers par an). Selon les experts, la part de marché de la compagnie ferroviaire allemande, Deutsche Bahn, devrait passer de 15 à 40 % sur le Berlin – Munich et même à 70 % sur l’axe Berlin – Nuremberg, où les lignes aériennes pourraient être fermées. La ligne a été également aménagée pour accueillir le trafic marchandises.
Les prix vont augmenter de 132 à 150 euros pour le tarif classique (+13,6 %), ce qui a valu à la DB des reproches de la part des associations d’usagers. Selon la DB, cette augmentation est entièrement justifiée. « Les investissements ont été énormes sur cette ligne et l’offre s’est considérablement améliorée », rétorque un porte-parole.
Christophe Bourdeoiseau,
à Berlin
A Noisy-le-Sec, le T1 trouve sa voie et attend les fonds
Enfin le dénouement ? Le mardi 28 novembre, Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, s’est rendue à Noisy-le-Sec, où le tram T1 est arrivé en 2003. Et n’a depuis pas progressé. Le prolongement est prévu de longue date… et de longue date il est bloqué. Au-delà de la gare du RER E, rue Jean-Jaurès, on ne passe pas.
Valérie Pécresse en 2015 avait soutenu la position de Laurent Rivoire, le maire UDI, qui voulait éviter cette rue étroite et encombrée. Mais les alternatives étudiées n’ont pas convaincu tous les partenaires, et Ile-de-France Mobilités s’est rallié à une solution étudiée par Egis. Passage du tram dans les deux sens dans la rue longue de près d’un kilomètre, qui sera interdite aux voitures sauf celles des riverains. Référence : Brest, où le tram a réussi à passer ainsi dans une rue un peu plus étroite que la rue Jean-Jaurès. Le maire n’en fait pas mystère, il penchait plutôt pour d’autres solutions, mais il fallait bien trouver un accord. Alors, plans en mains, Laurent Rivoire et Valérie Pécresse, accompagnés de Stéphane Beaudet, vice-président Transports, et de Laurent Probst, DG d’Ile-de-France Mobilités, ont parcouru la rue Jean-Jaurès pour se faire une idée des futurs aménagements et répondre aux questions des habitants croisés en chemin ou des commerçants sur la pas de la porte.
Si le tracé est trouvé, reste à régler des questions d’indemnisation pour le temps des travaux, à peu près trois ans. Le maire a mis en place une commission ad hoc. Il faut aussi commencer à compenser quelque 150 places de parkings qui vont disparaître dans l’opération. On attendra la résolution de toutes les questions pratiques avant de crier victoire pour le prolongement du tram jusqu’à Val-de-Fontenay. On attendra surtout que le financement soit résolu.
Le prolongement coûtera plus de 450 millions. Principaux financeurs,la Région apporte 57 % du montant, l’Etat 30 %, la Seine-Saint-Denis 10 %. La visite de Valérie Pécresse avait aussi pour but de montrer que, si le tram n’avance pas alors que la région finance sa part et trouve des solutions, c’est la faute à l’Etat — qui pourrait, s’inquiète selon la présidente du Conseil régional, repousser les échéances vers 2022 où 2023.
FDPhoto : Laurent Rivoire, Valérie Pécresse, Stéphane Beaudet et Laurent Probst rue Jean-Jaurès, à Noisy-le-Sec

Des panneaux photovoltaïques sur les dépôts des tramways de Strasbourg
La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) va installer 15 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques sur les toits de ses unités de production de Cronenbourg et de la Kibitzenau. Les équipements permettront de produire 2,87 mégawatts-crête (MWc), soit l’équivalent de la consommation électrique moyenne de 340 foyers.
La mise en œuvre des installations et leur exploitation seront confiées à Quadran, entreprise française spécialisée dans la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. L’opérateur régional Electricité de Strasbourg s’est engagé à racheter l’énergie produite pendant 20 ans. Le montant de l’investissement (trois millions d’euros) restera à charge de Quadran, avec une fin de chantier prévue en juin 2019.
Sur le dépôt (bus et trams) de Cronenbourg, les panneaux photovoltaïques remplaceront les couvertures existantes en toile de tente, posées il y a 25 ans et arrivées en fin de vie. Sur l’autre site de la CTS dans le quartier de la Kibitzenau, les panneaux couvriront une aire de stationnement des bus et le parking des salariés. « Ce projet contribue à la rénovation de sites que la CTS aurait dû renouveler elle-même », résume son président Alain Fontanel. Pour Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole en charge de l’Environnement, il s’agit avant tout de « promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables dans l’agglomération ». Les panneaux photovoltaïques de la CTS constituent un bond en avant : ils représenteront à eux seuls un tiers des équipements en place à Strasbourg.Olivier Mirguet

Poma réalisera la nouvelle ligne du Metrocable de Medellín
Le maire de Medellín, Federico Gutierrez, a annoncé, le 20 novembre dernier, que le contrat pour la construction et l’installation des équipements de la 6e ligne (« P ») du système de télécabines de Medellín (Metrocable) a été adjugé le 17 novembre au français Poma. Le projet, d’une valeur de 298 000 milliards pesos colombiens (84 millions d’euros au taux de change actuel), bénéficie du soutien financier de la municipalité, de l’Etat et, pour la première fois, du département d’Antioquia dont Medellín est la capitale. Le maître d’ouvrage est l’ETMVA, l’entreprise qui exploite l’ensemble des réseaux de transports urbains de la ville.
Cette ligne, dite « Picacho », aura une longueur de 2,7 km (quatre stations) et sera située dans le nord-ouest de la ville de Medellín, complétant ainsi le premier réseau urbain de télécabines d’Amérique latine. La durée du trajet sera réduite de 40 à 11 minutes et le projet aura un impact environnemental substantiel (congestion, émissions de CO2, etc.). La nouvelle ligne sera connectée au métro dont la capacité est en cours d’augmentation de capacité : le maire a annoncé que 18 des 22 nouvelles rames prévues du constructeur espagnol CAF ont été livrées à ce jour. Les travaux de génie civil doivent démarrer pendant le premier trimestre 2018 pour une finalisation prévue en 2019.
Pour la société de Grenoble c’est une belle victoire. Après avoir obtenu les contrats des cinq autres lignes, dont la « K », la première ligne de transport urbain de masse dans le monde, Poma renforce sa présence en Colombie et se trouve en position de force pour d’autres contrats dans le pays, alors que son concurrent, Doppelmayr, a obtenu le premier contrat de télécabine dans la capitale, Bogota. Poma a fait de sa filiale colombienne, qui emploie 35 salariés, sa base d’opérations en Amérique du Sud. Elle est complétée par une succursale au Pérou (dix salariés).
Daniel Solano

Les conclusions à charge de l’Arafer sur le transport ferroviaire
Après un an de travail à collecter des données auprès des entreprises ferroviaires, l’Arafer (Autorité des régulations des activités ferroviaires et routières) vient de publier son premier bilan sur le transport ferré de voyageurs en France. « La part modale du ferroviaire a progressé de 7 à 10 % entre 1995 et 2011. Mais depuis, la tendance s’est inversée et cette part s’établie à 9 % en 2016 alors que la mobilité continue globalement d’augmenter », a indiqué Bernard Roman, le président de l’Arafer, en présentant le 16 novembre le document. Selon lui, le train est devenu moins attractif. « Ce n’est pas une fatalité. Car ailleurs, dans les principaux pays européens, la part du train augmente », ajoute-t-il.
Un jugement sévère car le président de l’Arafer aurait pu rappeler que depuis le début de l’année, on constate une inversion de tendance : depuis janvier, les TER ont vu leur trafic croître de 4,8 % tandis que la fréquentation des TGV augmentait de 8,4 % sur le premier semestre.
L’observatoire de l’Arafer s’est en effet concentré sur les données 2016 et il est vrai que l’année dernière a été particulièrement marquée par des mouvements sociaux, avec les discussions autour du cadre social dans le ferroviaire et avec celles sur la loi Travail. L’Arafer pointe d’ailleurs « l’ampleur » des « déprogrammations » de train. C’est-à-dire ceux pour lesquels la décision de suppression est prise la veille de leur circulation avant 16h, alors que les « suppressions » de trains sont ceux pour lesquels cette même décision est prise après 16h. L’année dernière, 115 000 trains de voyageurs n’ont pas circulé. Sur ce total, 31 000 seulement ont été supprimés. Le reste, 84 000, a été déprogrammé la veille avant 16h. Quasiment tous pendant des jours de grève. L’année dernière, l’utilisation du réseau ferré national, mesurée en trains.kilomètres.voyageurs et en trains.kilomètres.fret a donc reculé de 5,8 % comparé à 2015, relève l’Arafer.
A côté de ce recul conjoncturel, une remarque structurelle de l’Arafer : les circulations sont concentrées sur quelques lignes : 80 % des circulations des trains de voyageurs se font sur le quart du réseau (c’est-à-dire sur 8 000 km de ligne), tandis que le tiers du réseau ne voit passer que 1 % des trains. Si on en prend en compte le nombre de voyageurs, 74 % sont des utilisateurs de Transilien, 14 % des TER et 8 % du TGV. « Il faut continuer à porter l’effort sur l’entretien du réseau et la qualité de service car l’immense majorité des utilisateurs du chemin de fer (90 %) sont des voyageurs du quotidien », commente Bernard Roman.
Le régulateur s’est aussi intéressé aux concours publics. En moyenne, les revenus du TER proviennent à 75 % du concours des régions. Mais il y a de fortes disparités d’un territoire à l’autre. Cette moyenne fluctue de 65 % en Alsace, à 90 % dans le Limousin (et 70 % en Ile-de-France). De même, le prix payé par le passager, qui s’établit en moyenne à 17,7 centimes par kilomètre-passager, représente 13 centimes pour un voyageur de Transilien, contre 14,8 centimes en Alsace… et 78 centimes dans le Limousin. Il faut lier ces données à la fréquentation des TER : le taux d’occupation est de 15 % dans les TER limousins, mais il peut monter jusqu’à 31 % en Midi-Pyrénées. Globalement, l’occupation des trains est de 43 % en France. Ce taux n’est que de 25 % à 28 % dans les TER et dans le Transilien, et de 67 % dans les TGV. Ce ne sont bien sûr que des moyennes, les taux de remplissage sont très élevés aux heures de pointe en Ile-de-France.
Enfin, l’année dernière, 11,2 % des trains sont arrivés avec un retard de moins de six minutes à leur terminus. Six minutes et non pas cinq comme l’indique la SNCF, précise l’Arafer qui a décidé de demander à la Société nationale de comptabiliser, à partir de l’année prochaine, tous les retards de trains qui dépassent les cinq minutes et pas uniquement ceux qui dépassent cinq minutes et 59 secondes comme elle a pris l’habitude de le faire.
M.-H. P

Les navettes autonomes s’essaient au « platooning » dans le bois de Vincennes
Le platooning ? Ce terme tiré de l’anglais platoon, peloton, désigne la capacité à faire circuler en convoi des véhicules, à coutre distance les uns des autres. C’est ce mode d’exploitation qui est en vigueur sur la nouvelle navette autonome lancée par la RATP, Ile-de-France Mobilités et la Ville de Paris pour un an d’essais entre la station de métro Château-de-Vincennes et un carrefour à l’orée du bois de Vincennes. Soit un parcours de 500 m entre le terminus de la ligne 1, avec gare routière, et le voisinage du Parc Floral de Paris, qui accueille plus d’un million de visiteurs par an lors des congrès et salons. Proposé du vendredi au dimanche, de 10h à 20h, la recharge électrique des véhicules se faisant de nuit, ce service gratuit a été inauguré le 17 novembre en présence de Catherine Guillouard, PDG du groupe RATP, Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, et Anne Hidalgo, maire de Paris.
Officiellement, c’est pour répondre aux pics d’affluence, que les deux navettes autonomes Easymile EZ10 de six places assises (en nouvelle livrée Ile-de-France Mobilités) pratiqueront le platooning, l’objectif à terme étant de « pouvoir opérer un nombre de navettes autonomes adapté à l’affluence de passagers ». Mais ce nouveau mode d’exploitation a aussi été retenu pour des raisons pratiques : comme les essais précédents en Ile-de-France (Pont Charles-de-Gaulle par la RATP avec véhicule Easymile et esplanade de La Défense par Keolis avec Navya), l’expérimentation de Vincennes doit se faire en milieu « fermé ». Ce qui a été réalisé ici en isolant physiquement une file du cours des Maréchaux, sur laquelle les croisements ne sont pas envisageables. Toutefois, un pas a été franchi par cette expérimentation vers l’évolution de véhicules autonomes dans des milieux plus « ouverts ». « Pour la première fois, on franchit à Paris un feu rouge », annonce Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris et maire du XIIe arrondissement, où se déroule l’essai. Mais cette « première insertion urbaine », comme la qualifie Catherine Guillouard, est assez timide : le seul trafic automobile que croisent les nouvelles navettes est celui qui entre et sort du Fort Neuf de Vincennes. Un domaine militaire aux portes duquel les navettes marquent un arrêt intermédiaire, à mi-course environ.
Outre le transport des « visiteurs fatigués ou avec des paquets », pour reprendre les termes de Valérie Pécresse, ces navettes permettront de recueillir les retours des voyageurs autour du service (assuré avec un agent RATP à bord, qui ferme les portes), mais aussi de tester « l’acceptabilité des véhicules autonomes par les joggers du bois de Vincennes », ajoute Stéphane Beaudet, vice-président de la région chargé des Transports.
De plus, la desserte lancée en novembre est appelée à être rallongée, selon Catherine Guillouard : « A terme, le parcours fera 4 km, du Château de Vincennes à la Cartoucherie ». En attendant, « dans les semaines à venir », le groupe RATP a annoncé qu’il lancerait également une desserte interne du site du CEA sur le plateau de Saclay avec deux autres navettes autonomes. Et les demandes de dessertes de sites ne manquent pas dans la région, assure Valérie Pécresse.
Pour la RATP, la conduite autonome ne se limite pas aux navettes pour les territoires peu denses, à faibles flux, ou les premiers et derniers kilomètres… Catherine Guillouard a en effet profité de l’inauguration des navettes de Vincennes pour rappeler le concept de « garage intelligent » sur lequel travaille son groupe. On connaissait depuis le printemps les tramways de la ligne T7 qui « se garent tous seuls » dans leur site de maintenance et de remisage ; c’est maintenant au tour des autobus de le faire, dans le centre-bus de Lagny. Avec dans ce dernier cas pour objectifs annoncés d’optimiser la place disponible et de gagner du temps. Même si l’on reste ici hors de la voirie publique, on peut bien commencer à se demander si le bus de demain aura encore un chauffeur.
P. L.
« Une série d’erreurs » à l’origine de l’inondation du RER A
Si les circonstances de l’incident du 30 octobre sur le chantier Eole à la Porte Maillot, qui a obligé la RATP à interrompre le trafic sur le RER A jusqu’au 1er novembre, sont connues (perforation accidentelle du tunnel lors d’un forage d’essai), restait à en énoncer les causes. C’est à cette fin qu’un premier rapport avait été demandé à SNCF Réseau par Elisabeth Borne, avec « pour objectif à la fois de déterminer les raisons de cet incident et d’en tirer toutes les conséquences afin d’éviter qu’il ne puisse se reproduire, dans une zone essentielle pour le bon fonctionnement des transports publics ». En vue de la rédaction de ce rapport, Patrick Jeantet a constitué une commission de trois experts indépendants, Gilles Cartier, Francis Guittonneau et Marc Panet. Outre ce rapport, le président de SNCF Réseau a également transmis le rapport de la maîtrise d’œuvre assurée par Egis (au sein du groupement formé avec Setec et l’agence Duthilleul), ainsi que celui du groupement d’entreprises Bouygues TP (mandataire), DTP Terrassement, Eiffage TP, Eiffage TP Fondation, Razel Bec et Sefi Intrafor.
D’emblée, il ressort du premier rapport que le forage d’essai a été décidé « par le seul groupement d’entreprises, sans information préalable et donc, a fortiori, sans approbation du maître d’œuvre ». Le groupement d’entreprises a réalisé ce forage sur le site d’un contre-rideau à construire au sud de la station de métro Porte Maillot et du tunnel du RER A (alors que la gare Eole se situera au nord de ces ouvrages). Ce contre-rideau doit assurer, au moyen de tirants le reliant à la paroi sud de la future gare, un ancrage de cette paroi lors des terrassements.
Si le lieu du forage d’octobre était connu depuis une campagne de reconnaissance en juillet dernier, le rapport des experts souligne la nécessité d’accompagner une telle opération de « précautions particulières puisque l’immédiate proximité en plan du tube du RER A était connue et que les forages se situaient seulement à un mètre du piédroit du tunnel, ce qui constitue une distance de sécurité vraiment très faible ». « On assiste alors à une série d’erreurs puisque, d’une part, le sondage a été implanté sans recours à un contrôle topographique pouvant repérer l’aplomb du tunnel et, d’autre part, il a été décalé de 1,30 m vers le nord par rapport à la position des sondages de juillet, ce qui ne lui permet pas d’éviter la voûte du tunnel [du RER A], même sans déviation d’outil » poursuit le rapport. De plus, « le choix de la profondeur de ce forage d’essai peut interpeller ». En effet, pourquoi avoir choisi un site « en directe interférence avec le tunnel du RER A », « où les parois moulées à réaliser sont limitées à une quinzaine de mètres de profondeur », pour forer à 30 mètres sous la surface ? Une telle « erreur d’implantation » s’explique par « l’absence d’intervention d’un géomètre » selon la commission. Cette dernière note également « une grande réactivité de l’ensemble des acteurs pour réaliser la réparation dans les meilleures conditions ». Selon les trois experts, « l’opération technique est satisfaisante et les délais de réparation sont apparus tout à fait raisonnables ».
Trois recommandations figurent dans le communiqué du ministère des Transports. D’une part, le renforcement de la chaîne de contrôle interne au groupement en charge des travaux et une surveillance renforcée par le maître d’œuvre. D’autre part, la prise en compte des recommandations techniques des experts afin de déterminer la nécessité ou non de traiter préalablement les terrains accueillant la paroi de la future gare Porte Maillot. Enfin, la constitution par une commission d’experts d’une mission d’appui permanent à la maîtrise d’ouvrage du projet Eole afin de renforcer l’analyse et la maîtrise des risques liés aux travaux souterrains pendant la réalisation du projet.
En complément, « compte tenu des nombreux chantiers souterrains amenés à se dérouler en Ile-de-France », Elisabeth Borne a confié une mission d’audit aux services de son ministère afin d’évaluer l’organisation de ces chantiers et les éventuelles améliorations nécessaires pour en maîtriser les risques.
Patrick LAVAL

Nouvelle-Zélande. CAF conclut une nouvelle livraison de rames à Auckland
Pour un montant de 100 millions d’euros, le constructeur ibérique CAF va construire 15 trains électriques pour la banlieue de Auckland, soit des rames de trois voitures et d’une capacité de 380 voyageurs. Ce contrat prolonge celui obtenu en 2011 par CAF, portant alors sur 57 trains électriques à ce jour en service dans cette agglomération de l’île du nord de la Nouvelle-Zélande. Le nouvel accord inclut huit années de maintenance et envisage l’équipement ultérieur des trains avec des batteries afin de desservir des tronçons non encore électrifiés.
M. G.