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  • « Nous ne pouvons pas fonctionner avec des stop-and-go »

    « Nous ne pouvons pas fonctionner avec des stop-and-go »

    Entretien avec Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau.

    Cinq mois après son arrivée à la tête de SNCF Réseau, Patrick Jeantet livre ses priorités. Cet ingénieur polytechnicien de 56 ans fait siennes les priorités de son prédécesseur, Jacques Rapoport :  modernisation du réseau, industrialisation de la maintenance, développement de la maintenance prédictive, et bien sûr sécurité avant tout. Il s’apprête à signer avec le gouvernement un contrat de performance qui définira une trajectoire sur les dix ans à venir.

      Ville Rail & Transports. Quels constats faites-vous cinq mois après votre arrivée à la tête de SNCF Réseau ?
    Patrick Jeantet. Les équipes sont compétentes et engagées. Il y a un engagement fort, non seulement physique sur le terrain en cette période intense – les cheminots ne comptent pas leurs heures – mais aussi dans l’attachement à l’entreprise.
    Nous menons de nombreux chantiers sous exploitation. Les mesures de sécurité sont importantes. Nous réalisons 1 500 chantiers par an, dont les deux tiers se font la nuit.
    Je fais aussi le constat que les coûts de maintenance sont élevés car le réseau est ancien. Aujourd’hui, sur les 50 000 kilomètres de voies circulées du réseau, on compte 5 000 km où les vitesses sont limitées, en augmentation de 600 km/an. Il faut inverser cette tendance. Pour remettre le réseau en état, à la cadence actuelle, il faudra – au moins pour la partie voies –, dix à 15 ans.
    En ce qui concerne la signalisation, dont l’âge moyen atteint 24 ans, nous sommes écartelés entre des technologies de différentes périodes, allant de 1930 à 2016. Des équipements qui datent du début du XXe siècle coexistent avec les dernières technologies informatiques ce qui implique d’avoir des agents ayant des connaissances et des savoir-faire multiples. C’est une gestion compliquée car cela touche à la formation et à la transmission de ces savoirs qu’il ne faut pas perdre au sein de l’entreprise.

    VR&T. Votre stratégie s’inscrit-elle dans le droit fil de celle déjà définie par votre prédécesseur, Jacques Rapoport ?
    P. J. La priorité numéro un aujourd’hui est de maintenir et rénover le système ferroviaire. Cette année, nous allons investir 2,6 milliards d’euros en régénération sur le réseau. Cet effort représentera trois milliards en 2020. Il devrait être inscrit dans le contrat de performance que nous signerons avec l’Etat avant la fin de l’année.
    La sécurité demeure bien évidemment le fondement de nos actions.

    VR&T. Quelles sont vos autres priorités ?
    P. J. Dans le domaine de la signalisation, nous avons deux grands projets d’ERTMS, un sur la ligne Paris – Lyon, qui nous fera gagner en capacité et un autre sur l’axe Marseille – Vintimille.
    En Ile-de-France, Nexteo est un projet majeur. C’est un système similaire à celui utilisé dans le métro. Il va être adapté au ferroviaire lourd. Cette innovation est une étape qui nous permettra d’arriver au train automatique. On peut penser que les premiers trains autonomes circuleront en banlieue dans 10 à 15 ans. C’est stratégiquement important pour la SNCF et son positionnement à l’international.
    Un autre grand sujet concerne l’industrialisation de la maintenance. Il y a quelques années, nous avions un train-usine, ou « suite rapide ». Maintenant, nous en avons trois et nous allons en avoir un quatrième pour la zone dense en Ile-de-France. Un train-usine offre une productivité entre trois à cinq fois supérieure aux méthodes classiques de renouvellement. Nous voulons aussi accélérer le développement des nouvelles technologies pour la maintenance prédictive. 20 000 capteurs équipent aujourd’hui le réseau. Nous allons désormais entrer dans la phase de l’exploitation des données. A partir des analyses, nous pourrons anticiper les opérations à mener grâce à la maintenance prédictive. Notre objectif est d’avoir des petits capteurs robustes et bon marché. Nous travaillons beaucoup avec des start-up dans le cadre de nos « Fab Lab », les 574, qui sont notamment situés à Toulouse, Nantes et Paris. Nous en ouvrirons bientôt un à Lyon. Nous réalisons chaque année 460 000 km d’inspection visuelle à pied et 100 000 km d’inspections vidéo et numérique. Nous pourrons en faire beaucoup plus en démultipliant ces nouvelles technologies.

    VR&T. Où en est le contrat de performance que vous devez signer avec l’Etat ?
    P. J. Nous sommes en train de finaliser les discussions avec l’Etat. Nous devrons soumettre le contrat pour avis à l’Arafer. Le texte fixe une trajectoire financière à SNCF Réseau, dans le droit fil des annonces faites en juin par Manuel Valls en matière d’investissement et de renouvellement du réseau. En contrepartie, l’Etat nous demande des indicateurs de qualité et de performance et des indications sur la politique ferroviaire de SNCF Réseau.

    VR&T. La dette de SNCF Réseau est-elle tenable ?
    P. J. Le récent rapport du gouvernement explique que SNCF Réseau va conserver son endettement et que celui-ci sera revu dans trois ans. C’est vrai qu’actuellement, nous empruntons à des taux extrêmement intéressants. Nous venons même d’emprunter à un taux négatif. Mais à terme, cela posera question. Nous payons en effet 1,5 milliard d’euros de frais financiers annuels.
    Aujourd’hui, ce qui m’importe c’est d’avoir une trajectoire d’investissements dans le temps. Nous signons des contrats avec des entrepreneurs pour lesquels il est fondamental d’avoir de la visibilité. Nous avons allongé la durée des contrats pour les suites rapides qui sont maintenant de huit ans. Ainsi, nous pouvons fiabiliser nos engagements pour développer une réelle politique industrielle.
    C’est la même chose du point de vue des effectifs. On ne peut pas fonctionner avec des « stop and go ». Nous devons pouvoir faire des prévisions d’effectifs. Un contrat de performance sur dix ans, avec une revoyure trois ans après, répond à cette nécessité.

    VR&T. Au moment de la présentation de la réforme ferroviaire, la direction de SNCF Réseau s’était engagée à réaliser 500 millions d’euros d’économies en cinq ans. Deux ans après, où en est cet objectif ?
    P. J. Il est un peu tôt pour faire un bilan. Mais nous allons parvenir à économiser les 500 millions annoncés. Près des deux-tiers seront réalisés sur les achats. Nous profitons par ailleurs d’un contexte concurrentiel favorable.

    VR&T. Et comment réaliser le programme d’économies récemment annoncé par Guillaume Pepy et baptisé 4X5 ?
    P. J. Ces économies porteront essentiellement sur des frais de structure. Cela passera par une analyse détaillée de chaque process. Mais les nombreux travaux de développement du réseau nécessitent plus de moyens humains.
    Nous manquons d’agents sur le terrain. La réalisation des LGV a absorbé énormément de ressources propres à SNCF Réseau. Une fois ces lignes terminées, ces ressources seront redéployées. Par ailleurs, je suis en train de renégocier avec l’Etat pour augmenter nos effectifs pour les nouveaux projets de développement.

    VR&T. Allez-vous contester le redressement fiscal dont SNCF Réseau fait l’objet ?
    P. J. Oui. Nous le contestons auprès de l’administration.

    VR&T. Comment va se boucler le montage pour réaliser CDG Express ?
    P. J. Le montage de CDG Express est concessif. Il sera financé par du capital apporté par ADP, SNCF Réseau et de la dette. Ce financement de projet ne doit pas être consolidé dans les comptes d’ADP ou de SNCF Réseau. Nous pourrions d’ailleurs voir notre quote-part baisser si un autre investisseur public, comme la Caisse des dépôts, entre au tour de table. Le remboursement de la dette et la rémunération du capital se feront par les tarifs payés par les passagers du train et une taxe payée par les passagers aériens (à l’exclusion de ceux en transit). L’avant-projet doit se terminer en mars. Nous avons mené beaucoup d’études d’exploitation qui ont permis d’affiner notre investissement. Nos scénarii permettent de rendre le système plus robuste, y compris pour le RER B.
        Propos recueillis par
        Marie-Hélène POINGT
        et François DUMONT

  • Wauquiez programme le sauvetage des petites lignes

    En Auvergne-Rhône-Alpes, 1 050 kilomètres de lignes sont menacés de fermeture. 830 km seront sauvés. La région a mobilisé ses partenaires pour trouver 264 millions d’euros. « Avec ses petites lignes dans un état apocalyptique, Auvergne-Rhône-Alpes était la région de France la plus menacée par l’importance des fermetures », assène un Laurent Wauquiez, président de région, dramatisant à l’extrême : un « état scandaleux » du réseau auquel la collectivité va remédier grâce à son « plan de sauvetage considérable » qui permet d’éviter « la fermeture catastrophique de lignes, véritable bombe à retardement » héritée de l’exécutif précédent.

    Ce dernier, d’ailleurs conscient de la situation de vétusté, avait demandé à la SNCF un rapport, publié au printemps dernier, qui a servi de base de travail pour le plan de sauvetage présenté par Laurent Wauquiez le 3 novembre dernier. Le bilan : 1 050 kilomètres de lignes, soit 25 % du réseau, étaient condamnés à court et moyen terme sur les deux territoires rhônalpin et auvergnat. Le plan permettra d’en sauver 830 km grâce à un effort financier partagé par différents partenaires.

    Ainsi, le plan prévoit un investissement total de 264 millions d’euros qui s’inscrit dans l’actuel Contrat de Plan Etat-région (CPER) 2016-2020. « C’est pratiquement le double de ce qu’avait prévu la précédente majorité avec 140 millions, l’effort régional a fait effet de levier », commente Patrick Mignola, vice-président aux Transports. Dans le détail, la région apporte 111 millions d’euros (contre 86 millions initialement), l’Etat 50 millions (contre 40 millions) et SNCF Réseau, 38 millions (au lieu de 13). Le solde (65 millions) de l’enveloppe devrait être bouclé lors d’une deuxième clause de revoyure du CPER en 2017 et grâce à l’apport des collectivités partenaires, communes, conseils généraux et… régions voisines concernées par les lignes interrégionales. Par exemple avec Paca pour l’axe Grenoble – Gap, le Centre-Val de Loire à partir de Montluçon ou l’Occitanie pour les lignes Clermont-Ferrand – Nîmes et Béziers.

    « L’infrastructure et l’interrégional, ce n’est pas notre job, on veut que l’Etat nous aide aussi sur ces dessertes comme il le fait pour les rares TET sauvés avec Paris – Briançon, le Cévenol ou l’Aubrac », plaide Laurent Wauquiez. Et d’ajouter : « Contrairement à la précédente région qui en parlait beaucoup, nous agissons pour la défense du service public et une vraie politique de développement durable et d’aménagement du territoire. » De quoi ravir les syndicats de la SNCF, moins sa direction et l’Etat qui sont prévenus pour les négociations de la future clause de revoyure.

    Ces choix d’aménagement – et de revitalisation – du territoire expliquent que le sauvetage ne porte pas seulement sur « les lignes les plus menacées et les plus fréquentées ». Lyon – Bourg-en-Bresse (3 950 voyageurs/jour) ou Valence – Die (600 voyageurs/j) sont maintenues, mais aussi la ligne Issoire – Brioude (250 voyageurs/j). « Fermer, c’était condamner les territoires », insiste Patrick Mignola. En revanche, deux lignes ne seront pas sauvées : Boën – Thiers (qui nécessitait un investissement de 40 millions d’euros pour 30 voyageurs/j !) et Oyonnax – Saint-Claude (huit millions pour 30 voyageurs/j), tandis que deux lignes vont rouvrir : Montbrison – Boën (en 2018) et Volvic – Mont-Dore pour le fret des eaux minérales.    

    Claude Ferrero

  • Les chemins de fer de la Corse affichent 50 % de hausse de fréquentation

    C’est la seule région de France dont les trains ne sont pas exploités par la SNCF. La Corse a pour habitude de se distinguer et depuis le 1er janvier 2012, ce n’est plus la compagnie ferroviaire historique mais une SEM détenue à 55 % par la collectivité territoriale de Corse (CTC) qui exploite les 232 km de voie métrique. Certes il s’agit d’un réseau secondaire qui est la propriété de la CTC. Mais ses performances étaient si peu reluisantes il y a cinq ans, alors que la SNCF y faisait rouler des autorails, que son nouvel exploitant, à mi-parcours de la DSP (2012-2021) juge aujourd’hui bon de faire le point. Et surtout de préciser que le trafic ne cesse de croître et que le train remplace peu à peu la voiture pour les Corses…

    « Sur les derniers mois nous enregistrons encore des hausses de fréquentation de 5 ou 10 % par rapport à 2015 et pour la deuxième année consécutive, nous dépassons le million de voyages annuels », souligne Baptiste Bartoli, directeur général de la SEM des Chemins de fer de la Corse (CFC). « Pour les touristes comme pour les pendulaires et les quelque 2 000 scolaires, le train devient une alternative à la voiture individuelle », estime-t-il. C’est principalement sur le périurbain de Bastia, sur les 22 km de ligne jusqu’à Casamozza que le trafic explose. La voie disposant de la commande centralisée, les 46 circulations quotidiennes du lundi au samedi constituent une offre réellement attractive avec grosso modo un train toutes les demi-heures. Aux 35 circulations périurbaines s’ajoutent en effet les 11 trains de la « grande ligne » Ajaccio – Bastia.

    Chaque jour ce sont quelque 3 000 à 4 000 personnes qui empruntent les autorails des CFC, et au total depuis 2011, la fréquentation enregistre 55 % de hausse, les recettes étant à +28 % par rapport à 2012. Bien sûr, l’offre est également supérieure de 40 % environ, les infrastructures sont dans un très bon état, la CTC ayant au préalable financé de grosses opérations de RVB dans les années 2000 et les 12 autorails récents AMG 800 des CFD de Bagnères-de-Bigorre (aujourd’hui Caf) ne tombent plus en panne…

    Mais la compagnie a réalisé un chiffre d’affaires de 5,1 millions d’euros en 2015 tout en maîtrisant le montant de la contribution forfaitaire de la collectivité autour de 20 millions d’euros par an. Une somme ridicule au regard des 48 millions par an qu’avait demandés la SNCF en 2011. Une somme qu’elle justifiait par la difficulté de supporter seule les risques financiers et sociaux inhérents au franchissement du seuil d’industrialisation nécessaire au renouveau du service. C’est ce montant qui avait poussé la CTC à créer une SEM, structure jugée la plus adaptée au vu des garanties qu’elle présente en matière de transparence. SEM dans laquelle SNCF Participations détient tout de même 15 %, en raison de sa compétence technique. Par ailleurs, depuis l’été 2013, SNCF Partenariat détient un contrat d’assistance technique de trois ans renouvelable une fois.

    La gamme tarifaire a enfin été revue en 2015 afin d’être plus incitative. Avec un abonnement mensuel coûtant de 30 à 86 euros selon les zones, des réductions pour les jeunes, les seniors, etc., les tarifs sont en effet raisonnables. Par ailleurs, la ponctualité des 72 trains en circulation chaque jour « avoisine les 90 % », poursuit Baptiste Bartoli. Les CFC utilisent 18 trains et desservent 16 gares et 60 haltes.

    Il s’agit maintenant de passer à la vitesse supérieure. Chantier le plus important qui doit s’achever à la fin 2021, la commande centralisée pour l’ensemble du réseau. « Le marché notifié le 24 octobre a retenu Systra pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage, précise le directeur. La commande centralisée permettra de doubler les dessertes dans le périurbain d’Ajaccio et de faire passer de cinq à huit le nombre d’allers-retours quotidiens sur la ligne Ajaccio – Bastia, ou encore de doubler les circulation entre l’Ile-Rousse et Calvi de mai à septembre… »

    Pour cela il faudra du matériel supplémentaire et un cahier des charges doit prochainement être détaillé pour acquérir huit trains, probablement de type tram-train afin d’être adapté à une desserte urbaine. « Notre logique est de faire en sorte que le réseau ferroviaire devienne l’armature du transport public sur l’île », poursuit-il. La CTC et sa SEM travaillent actuellement à un schéma directeur des transports. « Nous comptons profiter de la loi Notre pour mieux coordonner les services avec les cars interurbains et favoriser les complémentarités. »

    Pour l’heure, un accord de partenariat a été signé en début d’année avec la communauté d’agglomération du Pays ajaccien (Capa), qui permet une utilisation réciproque des réseaux par les abonnés et a mené à la création d’un grand parc-relais à Mezzana. L’an prochain, un accord tarifaire du même genre devrait aboutir avec le secteur de Bastia. « Nous espérons encore accroître le trafic, affirme le directeur général. Mais ne faisons pas de triomphalisme car nous sommes partis de tellement loin… » L’expérience peut donner à réfléchir à l’aube de l’ouverture à la concurrence des trains régionaux…

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  • La bataille du véhicule autonome

    La bataille du véhicule autonome

    Les véhicules autonomes font leur percée dans tous les domaines. Après la Google car
    et autres voitures autonomes, c’est au tour des transports collectifs de multiplier les expérimentations. Le transport public pourrait être un des premiers secteurs où les véhicules autonomes se développeront à l’avenir. Avantages : ils peuvent circuler sur des axes bien balisés et compléter utilement les autres modes sur les parcours du dernier kilomètre.

    Coup d’accélérateur pour les véhicules autonomes. Trois ans après la commercialisation aux Etats-Unis de la Tesla Model S, berline électrique dotée du mode de conduite semi-autonome Autopilot, les véhicules autonomes se montrent partout. Au Salon de l’automobile, qui s’est tenu du 1er au 16 octobre à Paris, entre la Trezor, concept car de Renault, et l’ID, celui de Volkswagen, ils tenaient la vedette, au côté des voitures électriques.
    C’était aussi le cas lors du Salon des transports publics, qui a eu lieu à l’automne 2015 et mis sur le devant de la scène les navettes autonomes. Depuis, les annonces d’expérimentations se multiplient et chaque opérateur de transport public, Transdev, Keolis, RATP et autres CarPostal, présente la sienne. Enfin, et c’est une première, depuis septembre, un « vrai » autobus de 12 mètres circule de façon autonome aux Pays-Bas sur un tronçon de 20 km en site propre entre à Amsterdam et Haarlem.
    Pourtant, le sujet n’est pas si nouveau. « Il y a 15 ans, la France était leader mondial dans le domaine des véhicules autonomes publics urbains. Mais sous la pression des constructeurs automobiles, le gouvernement a stoppé son soutien », raconte Arnaud de la Fortelle, directeur du Centre de robotique Mines ParisTech. Reste que cette avance se fait encore sentir puisque les navettes mises en place notamment en France et en Suisse sont fabriquées par les sociétés françaises Navya et EasyMile.
    Désormais, le marché est en pleine effervescence et l’engouement est mondial. « Mercedes y a mis beaucoup d’argent. Les constructeurs de camions comme Volvo Scania s’y intéressent aussi. Aujourd’hui PSA et Renault s’y mettent et sont dans la course », assure Arnaud de la Fortelle.
    « Les constructeurs français avaient pris du retard par rapport à leurs concurrents américains ou japonais », souligne Abdelmename Hedhli, chargé de mission sur le transport intelligent à l’Ifsttar. « Mais ils se sont mobilisés. Et le fait que le véhicule autonome fasse l’objet d’un plan dans la Nouvelle France Industrielle, (ce qui a conduit à la création de l’institut Vedecom) est une bonne nouvelle », ajoute-t-il. Le responsable de l’Ifsttar rappelle que « PSA annonce qu’il aura son véhicule full autonome en 2020. Renault aussi. Quant aux équipementiers, comme Valeo, ils occupent une place prédominante ». Et il note que de nombreux brevets sont déposés par les constructeurs dans ce domaine.
    Mais les constructeurs classiques ne sont pas les seuls sur le créneau. Les géants du Net y voient un nouvel eldorado à conquérir. Uber a signé un partenariat avec Volvo et compte investir plus de 300 millions de dollars (275 millions d’euros) pour développer des véhicules totalement autonomes d’ici à 2021. Fin août, la société américaine a lancé son service de voitures autonomes dans la ville de Pittsburgh aux Etats-Unis. Une ville où elle a ouvert un centre de recherches dédié à ce thème.
    De son côté, Google s’est lancé dans l’expérimentation il y a plus de sept ans. La firme américaine a d’abord utilisé des Toyota et des Lexus, équipés de radars et de caméras permettant de cartographier et de détecter son environnement (autres voitures, piétons, passages cloutés…), avant de lancer sa propre voiture autonome, la Google Car. Pour respecter la législation, un chauffeur est à bord, pouvant reprendre à tout moment le contrôle du véhicule. Pour de nombreux experts, l’expertise de Google dans le domaine de la high-tech et du partage de données peut lui donner un vrai avantage dans la compétition.
    Mais le chemin à parcourir s’annonce encore long et sinueux. L’accident mortel en mai dernier, impliquant une Tesla a provoqué un choc. D’autres incidents plus mineurs sont aussi enregistrés. Google a récemment reconnu une douzaine d’accrochages lors de ses expérimentations. Citons encore un accrochage à Sion, ou encore la collision toute récente avec un camion d’un taxi sans chauffeur roulant à Singapour où la start-up nuTonomy a déployé une flotte.
    « Il faut expérimenter davantage. Il faut confronter les véhicules aux situations les plus complexes, notamment celles dont la probabilité d’occurrence bien que faible pourrait conduire à des accidents graves. Il y aura un long apprentissage pour progresser », estime Abdelmename Hedhli.
    Reste un travers possible : l’excès de prudence peut aussi mener à des situations inextricables. « Aujourd’hui, le véhicule autonome opte pour la solution la plus prudente. Or, on a vu des Google Car rester bloquées car elles n’arrivaient pas à s’insérer dans la circulation parce qu’elles respectaient trop les règles », poursuit l’expert.
    Le développement du véhicule autonome devrait probablement se faire par étape. « Les constructeurs vont d’abord travailler sur le système d’aide à la conduite, puis progressivement vont arriver à l’automatisation de la conduite », estime Arnaud de la Fortelle.
    Le transport public devrait être l’un des premiers utilisateurs à grande échelle. « Avec le transport public, on peut baliser le terrain. Comme on a des couloirs de bus, on peut demain créer des couloirs spécifiques pour ces navettes. Cela facilitera le développement car on est dans un environnement maîtrisé », estime-t-il.
    Autre évolution, des constructeurs classiques commencent à s’intéresser au concept du service rendu par le véhicule et font alliance avec des start-up. « On passe de la propriété à l’usage, le constructeur devient fournisseur de services de mobilité », commente Arnaud de la Fontelle. Selon lui, « il faut mettre en service les véhicules autonomes en ville, là où il y a du monde. Et regarder à qui ça sert ».
    La voiture prend la voie de l’Uberisation, selon  Arnaud de la Fortelle, qui poursuit : « Tout le monde peut y trouver un intérêt. Ainsi, à San Francisco, les chauffeurs de taxi ont perdu 20 % de parts de marché du fait du développement d’Uber. Mais en même temps, le nombre de courses a été multiplié par 3. Donc les taxis ne sont pas morts. On peut envisager la voiture comme un élément de mobilité. Je peux prendre ma voiture, puis les transports publics, puis un vélo. »
    Avant de conclure : « Ce qui est important, c’est d’avoir une bonne intelligence du mode de déplacement. Et de disposer de modes de transport offrant de la souplesse. »
    Marie-Hélène Poingt

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  • Les prix de l’ingénierie distinguent le transport urbain

    Les prix de l’ingénierie distinguent le transport urbain

    Le syndicat professionnel Syntec Ingénierie a décerné pour la dixième année les prix
    de l’ingénierie. Ils ont distingué, d’une part un banc d’essais dynamiques à poste fixe conçu par Artelia pour le métro de Lille, d’autre part un pont, conçu par Egis et destiné au tramway de Strasbourg, combinant arc supérieur rectiligne et tablier courbe. Des solutions élégantes et innovantes répondant à des problèmes complexes.

    Cette année, dixième édition des prix décernés par Syntec Ingénierie, syndicat professionnel, présidé par Nicolas Jachiet, ce sont deux projets de transport urbain qui ont reçu, le 20 octobre, des mains de Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, à l’hôtel de Roquelaure, l’un le Prix de l’industrie et l’autre le Grand prix national de l’ingénierie.
    Le Prix de l’industrie est allé au banc de test dynamique mis au point par Artelia pour la Métropole européenne de Lille (MEL). Les deux métros automatiques de Lille voient passer sur leurs 45 km 345 000 voyageurs par jour. Et le trafic croît. La capacité de transport doit elle aussi croître, de plus de 30 %, grâce à de nouveaux matériels et une meilleure rotation des rames. Ce qui suppose aussi une reconfiguration des garages-ateliers de la ligne 2. Pas si simple. D’une part il n’est pas question d’interrompre l’exploitation. D’autre part, la métropole ne dispose pas de réserve foncière permettant d’agrandir les sites. Aussi la métropole a-t-elle demandé à Artelia, maître d’œuvre pour la création d’un centre de maintenance sur le site de Grand But, de pallier l’absence de voie d’essai, selon une solution applicable aussi au site de maintenance de Dron.
    D’où une innovation présentée comme une première mondiale. Ce qui est effectivement le cas pour un matériel automatique sur pneus. A l’issue de la phase d’étude, précise Luc Tabary, directeur de projet pour Artelia, « notre solution présentée et retenue par la MEL correspond à la mise en œuvre d'un banc de tests dynamiques permettant de reproduire la marche d'une rame de métro de type VAL à poste fixe dans l'atelier de Grand But. Les fonctionnalités de ce banc de tests dynamiques permettent, en particulier, de reproduire l'ensemble des tests normalement effectués en voie d'essai ».
    Au lieu que ce soit la rame qui procède aux essais sur des centaines de mètres, voire des kilomètres de voie d’essai, c’est la voie qui défile sous la rame. Celle-ci est placée sur un tapis de roulement. L’innovation trouvée pour le métro léger pourrait s’appliquer à n’importe quel type de matériel roulant, et pour tous les types d’essais ferroviaires. D’où une clause permettant, avec l’accord de la métropole de Lille, une large commercialisation du système, moyennant une licence d’exploitation. L’innovation, en cours de développement depuis juillet 2015, doit être finalisée l’an prochain.

    C’est d’autre part une équipe d’Egis qui a remporté le Grand prix national de l’ingénierie, pour le pont Citadelle à Strasbourg. Un pont construit dans le cadre du prolongement de la ligne D jusqu’à la ville allemande de Kehl. Et qui pour cela franchit le bassin Vauban, sans engager le gabarit navigable. L’ouvrage était particulièrement difficile à dessiner et calculer. L’équipe d’Egis – réunissant notamment l’ingénieure Claude Le Quéré et l’architecte Bernard Nappi – a conçu une solution élégante : un pont métallique à arc supérieur supportant un tablier suspendu courbe, d’une portée de 163 mètres.
    « L’ouvrage est le fruit d’une conception très intégrée entre architecte et ingénieurs », souligne Claude Le Quéré, ingénieure Ouvrage d’Art à Egis, en charge de la conception. Tandis que Jean-Bernard Nappi, architecte DPLG interne à Egis, responsable du traitement architectural de l’ouvrage, souligne : « Toute l’innovation du pont réside dans la recherche d’une géométrie optimale du point de vue de l’équilibre des efforts. »
    Le pont Citadelle a été entièrement conçu en maquette numérique, ce qui a permis de trouver à la fois la bonne géométrie et la bonne esthétique.
    Il a été réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), par le groupement GTM Hallé/Eiffage Construction Métallique. Il a été livré à la fin de l’été, et sa mise en service prévue en avril 2017. Il doit permettre au tramway et aux modes doux d’irriguer la future ZAC Deux Rives qui se dressera sur les anciennes parcelles du Port autonome de Strasbourg, et dont le programme d’aménagement est actuellement à l’étude.    

    F. D.

  • Transports en Ile-de-France : c’est déjà demain

    Transports en Ile-de-France : c’est déjà demain

    Le bus, le train, le tram, le RER sont les transports en commun d’aujourd’hui en Ile-de-France, mais quels seront ceux que nous utiliserons dans le futur ? C’est la question que nous avons posée à trois grands témoins, avant de laisser la parole à ceux qui dès à présent y travaillent. « Imaginer le transport de demain est complexe tant il existe de diversité, d’intervenants et de réseaux », a introduit Bernard Gauducheau, maire de Vanves, président de la commission Transport de la région Ile-de-France et administrateur du Syndicat des transports d’Ile-de-France. « On constate aujourd’hui un décloisonnement : il y a de plus en plus d’interelations entre les modes de transport. Il est devenu nécessaire que les acteurs travaillent ensemble pour rattraper le retard pris dans ce domaine. Mais attention à prendre en compte la réalité sociologique », prévient-il en illustrant son propos avec deux exemples. Celui d’André Santini qui avait essayé d’installer un téléphérique à Issy-les-Moulineaux et avait vu son projet capoter parce que les habitants de sa municipalité n’étaient pas prêts. Plus récemment, Bernard Gauducheau a lui aussi vécu le même genre de mésaventure dans sa ville de Vanves. « Je voulais installer une station GNV pour contribuer à l’expansion des véhicules verts. Je croyais avoir une idée géniale, pensant que mes administrés me soutiendraient. Mais, contre toute attente, je me suis heurté à une levée de boucliers. Les habitants ont eu peur de l’inconnu. » Il en tire la leçon suivante : « Au-delà des innovations, il faut un maximum de pédagogie. Expliquer les problématiques pour que l’on prenne conscience des efforts à faire en matière d’environnement et de sécurité. » Car il faut aller de l’avant dans une région où l’on a pris des décennies de retard. « Le Grand Paris Express est une réponse qui permettra de doubler le réseau de transport en commun dans les 20 prochaines années avec des investissements très lourds. Mais il faut changer de vision, cesser de réagir et de colmater les brèches pour agir. C’est un énorme défi à relever et cela va nous demander de faire preuve d’innovation et d’imagination. »
    Faire émerger les transports de demain, c’est ce que Laurent Probst, directeur général du Stif veut contribuer à faire. « Dans le ferroviaire ou les bus, il y a des opérateurs qui innovent sur les matériels roulants », rappelle-t-il. Les opérateurs font des efforts pour aller vers de nouvelles technologies. C’est notamment le cas de Keolis avec ses bus à recharge par induction. « Nous sommes là pour les soutenir. Le Stif a poussé les bus électriques, mais il y a aussi des secteurs qui ne sont pas couverts et sur lesquels on se doit d’aller et d’être innovant. » C’était le cas du téléphérique. Un premier projet verra le jour en Val-de-Marne. Il assurera un transport sur 4,5 km pour un montant de 120 millions d’euros. Ce sera le deuxième téléphérique hors zone de montagne en France, après celui de Brest et le premier en Ile-de-France. « Notre rôle est d’aller vers de nouvelles formes de transport et nous ferons sortir d’autres projets de câbles s’ils sont pertinents », assure le directeur du Stif qui veut aussi contribuer à développer le covoiturage. Car s’il y a beaucoup d’acteurs sur ce secteur, un modèle économique sur la courte distance peine à émerger. « Nous aiderons les initiatives. » Le développement de l’usage du vélo est aussi une piste. « Il y a le Vélib’, mais nous voulons étendre l’usage de la bicyclette en grande couronne en travaillant à l’accueil des vélos près des gares avec Véligo, et réfléchissons à développer l’usage du deux roues avec des vélos électriques. » Autre piste de travail : l’innovation numérique. « Le Stif a un rôle majeur à jouer. Les opérateurs sont force de proposition, mais nous devons coordonner pour que tous les opérateurs puissent contribuer. Nous avons adopté une stratégie numérique avec un calendrier, de l’open data, de la billettique numérique. Comme la multimodalité va être de plus en plus importante, nous avons besoin du numérique. » Et pour avancer vers le transport de demain, le Stif a choisi sa méthode : aller dans toutes les directions. « Pour la billettique numérique, par exemple, on travaille sur la carte bleue sans contact, le smartphone et le post-paiement. Nous allons aider toutes les méthodes à avancer et on verra si certaines tombent d’elles-mêmes, ou si plusieurs cohabitent en trouvant leur public. Pour le bus électrique, il faut explorer toutes les techniques, mais on aura gagné le jour où le coût global d’un véhicule électrique sera identique à celui du diesel. Parce qu’aujourd’hui les constructeurs nous disent que sur leur durée de vie les bus électriques ne reviennent pas plus chers que le diesel, mais à l’achat ils coûtent encore près du double. Notre rôle est de pousser à travailler le modèle économique pour qu’in fine ces solutions innovantes aient un coût global identique aux solutions actuelles pour pouvoir être déployées rapidement. »
    Gabriel Plassat, ingénieur Energies et Prospectives, Transports et Mobilité à l’Ademe tient un blog sur les transports du futur depuis 2009. Il constate que « nous sommes en train de passer d’une industrie centrée sur l’objet à une industrie centrée sur le service, avec un rôle clé du numérique dans cette transition ». Selon lui la tendance est à la dépossession de la voiture. « On se sépare de sa deuxième voiture, voire de sa voiture, ce qui permet de devenir multimodal et plus intelligent. Car lorsqu’on a une clé dans la poche, pour chaque déplacement on prend son véhicule, tandis que si on n’en a plus, on choisit la meilleure solution pour chaque trajet. La clé est remplacée par l’assistant personnel de mobilité qu’est le téléphone. » Pour lui le véhicule va devenir un robot de luxe au service des utilisateurs, à la demande. Et on va arriver à une mobilité robotisée. « Il existe déjà des taxis robots sans conducteur à Singapour. La notion de transport public et privé tend à disparaître, les voyageurs sont à la recherche d’un siège pour voyager. Et ils ont besoin d’une bourse en temps réel des sièges disponibles. Peu importe qu’il y ait un conducteur ou pas. » Pour Gabriel Plassat, « les champs des investigations pour imaginer les transports de demain se trouvent dans le numérique, la mutualisation des expériences et en faisant des territoires un laboratoire d’innovation et d’expérimentation. Mais in fine, c’est le citoyen qui décide ce qu’il adoptera ».

    Des exemples de contribution au transport de demain
    Suite à l’introduction des grands témoins, six intervenants ont expliqué en quoi ils pouvaient contribuer aux transports du futur. Christian Bouvier, directeur Commercial du groupe Poma a évoqué les possibilités offertes par le téléphérique. Un mode de transport datant de 1936 qui est resté en France cantonné à un usage dans les stations de ski, jusque récemment. Car la première télécabine française hors zone de montagne sera mise en service en novembre à Brest. Elle permettra de relier les deux rives de la ville. D’autres pays ont depuis longtemps adopté ce type de transport. L’Algérie est le pays le plus équipé au monde, et Poma a aussi installé des câbles, airway, téléporté ou landway, utilisés notamment comme navettes aéroportuaires, en Europe, en Asie, en Amérique du nord et en Amérique du Sud. Les téléphériques contribuent à la multimodalité en s’interconnectant avec les réseaux de bus et les métros. C’est le cas à Saint-Domingue ou à Medellín en Colombie, où le Metrocable complète le métro. « Il n’est pas question de prétendre remplacer tramways ou métros mais pour de faibles distances avec des débits peu élevés, le transport par câble a des avantages. Il permet de gravir des pentes, traverser des fleuves, de passer au-dessus du trafic, de libérer de l’espace au sol, de survoler de l’habitat, d’être rapide à construire, tout en étant écoresponsable, puisqu’il s’agit d’une technologie verte, confortable offrant des amplitudes horaires correspondant aux attentes. »
    La route de la cinquième génération est en préparation à l’Institut des sciences et technologies des transports de l’aménagement et des réseaux. Jean Bernard Kovarik, directeur adjoint de l’Ifsttar, raconte : « Nous sommes en train de vivre une période de transformation. Nous avons encore une vision ambiguë de la route, vécue à la fois comme un service et une source d’accidents et de pollution. Les technologies d’informations routières sont anciennes, notamment en ce qui concerne les panneaux de signalisation. Nous voulons aller vers une route plus intelligente, qui rende service et réponde à des enjeux de notre temps. Une route avec des écomatériaux qui utilise une énergie positive et qui soit connectée. » Pour cela, les moyens d’essai traditionnels ne suffisent plus, « il faut aller vers des laboratoires hors les murs, des démonstrateurs sur les territoires et tester les diverses briques de la route de la cinquième génération, tout en travaillant à l’acceptabilité de ces nouveautés ». Jean-Bernard Kovarik voudrait pouvoir bénéficier d’un terrain d’expérimentation à Marne-la-Vallée : « La RD 199, est une ancienne autoroute urbaine qui n’a jamais été raccordée et débouche sur des voiries urbaines classiques. Nous voulons la transformer en boulevard urbain pour reconnecter les deux parties de la commune et profiter de l’opportunité de cette reconstruction pour effectuer des tests en vue de concevoir la route de cinquième génération. » Un projet est à l’étude avec l’Ademe et Eiffage. S’il était accepté, les travaux pourraient débuter en 2017 pour une durée de trois ans. « Cela permettrait de tester des matériaux, dont un bitume réalisé à partir de micro-algues qui ont l’avantage de présenter une substitution au pétrole, les algues étant une ressource naturelle, sans nuire à la durabilité des routes. » Ce bitume a des vertus autoréparatrices, grâce à une bactérie qui, en se libérant, recoudrait les chaînes hydrocarbonées que le vieillissement aurait fractionnées. « Nous pourrions également implanter des capteurs afin de prévenir de l’état du vieillissement des chaussées. Ce qui permettrait de passer d’une maintenance réparatrice à une maintenance prédictive et de faire des économies. Installer des plots lumineux insérés dans la chaussée, pour délimiter des voies variables en fonction des accidents, des congestions ou des incidents pour recanaliser la circulation ou pour donner des informations sur la conduite, s’adapter aux parkings, aux heures de pointe, préserver la sécurité au moment des allées et venues notamment devant les écoles. Travailler sur le volet énergétique en proposant une route solaire, dont les calories seraient restituées à la ville, pour la chauffer par le biais du chauffage urbain, ou à la route elle-même en condition hivernale pour la dégivrer. Nous avons la volonté de tester beaucoup de choses, d’assembler beaucoup de briques, tout en tenant compte des nouveaux risques que cette route nouvelle génération pourrait amener, notamment en terme de droit à la déconnexion ou de cybersécurité. » Quant au coût de cette route du futur, « l’objectif de l’Ifsttar est d’arriver à le faire baisser afin que le retour sur investissement soit limité à quatre ou cinq ans pour les gestionnaires de voirie ».
    Créé en octobre 2015, Scortex est une start-up qui développe une puce électronique facilitant la reconnaissance d’images par les machines.
    Christophe Raix cofondateur de Scortex, explique que son entreprise propose un service clé en main de vision intelligente au service de la qualité et de la sécurité. Une solution qui peut servir à la maintenance des routes, en contribuant à faire baisser les coûts d’entretien. « Nous nous appuyons sur une plateforme logicielle et matérielle pour analyser les images des défauts des routes et avec un algorithme, on crée de l’intelligence. Il suffit d’équiper les véhicules de voiries de caméras capables de convertir les images en données utiles avec horodatage et géolocalisation pour suivre l’état des routes et pouvoir intervenir là où c’est nécessaire. Ce procédé convertit les images provenant d’une caméra en données utiles. Scortex peut également être utilisé pour la surveillance des infrastructures, des rails… »
    Autre start-up cherchant à inventer le transport de demain, Uber France. Grégoire Kopp, directeur de la Communication explique le concept d’UberPool. « Nous sommes partis du constat que le milliard de voitures dans le monde ne sont utilisées que 4 % du temps, mais occupent 15 % de l’espace public et que trois quarts des trajets sont réalisés avec un seul passager. En Ile-de-France 11 millions de trajets sont effectués chaque jour en transport en commun, mais 15 millions le sont encore en automobile et avec cinq millions de voitures individuelles, il y a beaucoup de bouchons. UberPool propose de partager les véhicules. Le passager commande un véhicule et l’on vient le chercher, mais si un autre passager va dans la même direction, le chauffeur le prend en route. Pour les passagers, c’est moins cher et pour le chauffeur, il a moins d’attente entre deux courses et plus de temps d’approche. La généralisation d’UberPool pourrait permettre d’éliminer des véhicules, car pour deux voyages il n’y a plus besoin de deux voitures qui transportent deux personnes. Cela permet de limiter les trajets. A Paris, un trajet sur trois via Uber se fait déjà avec UberPool, qui coûte moins cher et offre un meilleur taux de remplissage au conducteur. En banlieue, beaucoup de jeunes l’utilisent parce que c’est moins cher. Ce sont des voitures partagées qui, si en plus elles sont propres, hybrides ou électriques, et à terme autonomes, contribueront à réduire le trafic et la pollution. »
    Les navettes autonomes sont également une piste pour le transport du futur. Et certaines sont déjà une réalité. La navette Navly de la société française Navya a été inaugurée à Lyon. Une autre a été présentée aux Parisiens fin septembre. Youenn Dupuis de Keolis a rappelé qu’à Lyon le partenariat avec Navya avait débuté en mars 2016. Six mois après, le premier service commercial régulier de navette autonome au monde a été mis en place. La phase d’expérimentation va durer un an. Elle engage deux navettes autonomes de 15 places circulant à 20 km/h desservant la darse de la Confluence jusqu’à la pointe de la Presqu’île. Les navettes qui desservent cinq arrêts répartis sur 1,35 km, fonctionnent de 7h30 à 19h à raison d’un passage toutes les dix minutes et rencontrent un grand succès populaire. « L’objectif est d’avoir un retour d’expérience pour convaincre les ministères de poursuivre et pérenniser ce type de navettes qui répond à la problématique du premier et dernier kilomètre. En Ile-de-France, ce type de navettes autonomes pourrait s’adapter à des services à la demande ou des services privés d’entreprises. »
    Mathieu Dunant, directeur général adjoint France et Innovation de Systra, la filiale ingénierie de la RATP et de la SNCF, a fait un saut encore plus loin dans le futur en évoquant Hyperloop, avec qui la société d’ingénierie a un partenariat. Hyperloop est un projet de navettes voyageant dans un tube à basse pression. Les capsules étant propulsées par un champ électromagnétique généré par des moteurs à induction. « Notre métier nous impose de nous intéresser à tous les sujets innovants. On est très présents sur le câble, dans le domaine des véhicules autonomes et ce qui nous a intéressés dans Hyperloop, c’est le saut conceptuel. Mais nous ne sommes ni dupes, ni naïfs, nous savons qu’il faudra du temps pour qu’un tel type de transport voie le jour. Cela marchera sans doute, car il ne faut pas sous-estimer la capacité d’innovation des Américains et il y aura des produits qui en sortiront. Il est probable qu’Hyperloop transportera d’abord du fret. Chacune des technologies nécessaires au fonctionnement d’Hyperloop est maîtrisée, il faut maintenant les assembler selon une équation économique qui doit être à la fois concurrentielle et sûre. C’est pour nous un challenge sur lequel on doit investiguer », explique Mathieu Dunant qui veut « contribuer au projet en réfléchissant aux problématiques des aiguillages et aux gares pour dispatcher les capsules. Chez Systra nous sommes neutres technologiquement, et nous réaliserons des études d’opportunités pour aller plus loin ». Mathieu Dunant estime probable que les premiers projets verront le jour au Moyen-Orient. « Parce que les zones géographiques y sont plus propices et que la volonté des autorités peut aller plus vite en s’affranchissant parfois de règles jugées essentielles dans les pays occidentaux. » Hyperloop mettrait Dubai à dix minutes d’Abu Dhabi, deux villes distantes de plus de 150 km. « Le déplacement sera très rapide, mais il faudra aussi des temps de transition », nuance-t-il. Il espère pouvoir accompagner ce genre de projet de transport plus rapide que l’avion en France.
    Qu’ont pensé les grands témoins de ces présentations ? « Hyperloop m’intéresse car cela questionne la capacité à innover et constituer des équipes qui innovent », a réagi Gabriel Plassat. Pour le développement d'Hyperloop, l'aspect open source et collaboratif est privilégié, il n’y a volontairement pas de brevet déposé et « une partie des équipes travaillant sur ce projet travaille à la Nasa ou chez Boeing et font cela en dehors de leur travail salarié, a rappelé Gabriel Plassat. Je regarde comment nous allons être capables de travailler ensemble sur ces innovations, y compris numériques et expérimenter dans des territoires réels. Du câble, je retiens la plasticité qui lui permet de s’adapter plus vite par rapport à d’autres dispositifs de transport, ce qui correspond aux besoins des territoires à se transformer. Quant à la solution d’UberPool, cela permet de mutualiser les moyens. Mais tout cela pose aussi la question du versement transport demain. »
    « Les présentations faites démontrent que pour inventer le futur nous avons les idées et les équipes pour les mener à bien, se félicite Laurent Probst. Mais est-ce que lorsqu’on est une grande structure qui a son domaine d’activité, on est capable d’innover ? On a là des exemples de petites structures qui innovent et on voit qu’il y a des émulations de projets. L’enquête globale transport de 2010 a démontré que 40 % des déplacements en Ile-de-France concernaient les études ou le travail, 60 % les loisirs. Cela pose la question de comment moduler les transports pour le loisir et le travail. Dans l’avenir, il est probable que le télétravail va se développer et qu’on va davantage voyager pour les loisirs. En IDF, la part de la voiture est stable. Elle diminue à Paris et en petite couronne, mais augmente en grande couronne. Les sociologues pensent que c’est dû aux baby-boomers qui s’installent en grande banlieue et se déplacent pour les loisirs. A l’avenir, il n’y a aura peut-être pas moins de transports mais des transports à des horaires différents. Le smartphone et la billettique intelligente vont nous aider à voyager différemment. Le post-paiement pourrait être un outil très fort de régulation des flux car on pourra faire des tarifications différentes suivant les horaires et les usages. »
    « Le transport du futur est un sujet en constante évolution, observe Bernard Gauducheau. Nous sommes dans un cycle, à une charnière. Avant le transport était physique, mécanique. Il y a eu le cheval, puis l’énergie, le charbon, l’électricité, aujourd’hui on va alimenter le déplacement avec le numérique, les  nouvelles formes d’énergie… Et ce n’est pas fini, car tout va très vite. Il y a 25 ans naissait l’ordinateur, aujourd’hui on ne peut plus s’en passer. L’argentique a disparu très rapidement au profit du numérique. On a changé d’époque. Dostoïevski écrivait : “les premiers à devoir quitter la scène du monde sont les derniers à s’en apercevoir.” N’est-ce pas ce qui risque d’arriver aux taxis ? Nous sommes entrés dans la culture de l’algorithme. Il faut vivre avec son temps et préparer les défis de demain. Car comme disait Woody Allen : “L'avenir contient de grandes occasions. Il révèle aussi des pièges. Le problème sera d'éviter les pièges, de saisir les occasions et de rentrer chez soi pour six heures.” »

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • La RATP en mauvaise posture pour le tram de Manchester

    RATP Dev devrait perdre le contrat d’opérateur du tramway de Manchester. Le groupe français exploite depuis 2011 le réseau Metrolink, d'une quarantaine de kilomètres. Le groupe avait alors acheté auprès de Stagecoach la société chargée d'exploiter et de maintenir le réseau Metrolink, à partir de 2007 et jusqu'en 2017. L'an dernier, Transport for Greater Manchester (TfGM), l'autorité organisatrice, avait « short-listé » parmi les candidats au futur contrat (2017-2027), RATP Dev, ainsi que KeolisAmey, National Express et Transdev. Un nouveau match mettant aux prises les trois mousquetaires français du transport public, sans oublier un quatrième, le britannique National Express. Cependant, un rapport de la chambre de commerce de Manchester, publié vendredi 28 octobre, a indiqué que RATP Dev n’était « plus preferred bidder ». Le processus de désignation du preferred bidder est aujourd’hui en cours, a précisé un porte-parole de TfGM au Manchester Evening News. Mais aucune décision n’a encore été arrêtée.

    La RATP, que nous avons contactée, confirme que « RATP Dev n’a pas été retenue comme soumissionnaire privilégié ("preferred bidder") pour l’exploitation du réseau Metrolink de Manchester ». Et précise : « Nous sommes bien évidemment très déçus par cette décision qui intervient alors que le savoir-faire de nos équipes sur place a été de nouveau récompensé par le titre d'“Opérateur de l’année” au Global Light Rail Awards en octobre 2016, et ce pour la deuxième fois en trois ans. Opérateur de Metrolink depuis août 2011, RATP Dev a triplé le réseau, modernisé la flotte de tramway et fait croître fortement la fréquentation et satisfaction des voyageurs. Aujourd’hui nous étudions les raisons qui ont pu motiver cette décision et nous évaluons en parallèle les différentes options qui s’ouvrent à nous. »
    F. D.

     

  • A Turin, 70 Bluetorino sont opérationnelles

    Le service d’autopartage électrique du groupe Bolloré, avait été inauguré le 18 mars à Turin, à l’occasion de l’événement « The Future of Sustainable Mobility ». Après une phase de test, Bluetorino est officiellement disponible depuis le 24 octobre avec 100 bornes de charge et 70 Bluecar. Le service continuera progressivement à se développer. Le même système est déjà présent à Paris (Autolib’), Lyon et Bordeaux, mais aussi aux Etats-Unis (Indianapolis) et bientôt en Asie (Singapour). A Turin, les abonnés bénéficient du stationnement gratuit et de l’accès libre à la ZTL, la zone de circulation limitée dans le centre historique. Un déploiement symbolique, puisque c’est à quelques kilomètres de Turin, qu’ont été conçues les premières voitures électriques Bluecar aux côtés de Pininfarina.

  • Grenoble deuxième ville à mettre en oeuvre les vignettes antipollution

    Paris avait été la première ville à annoncer sa mise en œuvre au 1er juillet, c’est cette fois la métropole grenobloise, qui rappelons-le a mis les voitures à 30 km/h sur 80 % de sa voirie qui a signé le protocole le 19 octobre pour utiliser le dispositif de vignettes Crit’Air mis en place par Ségolène Royal, dès le 1er novembre. Cependant Grenoble n’a pas choisi d’utiliser ces pastilles « certificats de qualité de l’air » pour des restrictions de circulation permanentes, mais pour mettre en œuvre une gestion plus fine des pics de pollution atmosphérique et un contrôle plus aisé des véhicules en circulation, la classification allant de 0 à 5 selon l’ancienneté du véhicule et sa motorisation (soit 6 pastilles et 7 catégories avec les véhicules qui n’en ont aucune). Elle est la première de France à la faire. Le dispositif gouvernemental prévoit notamment la possibilité de réduire la vitesse de 20 km/h dès le deuxième jour du pic.

    « Il s’agit d’un dispositif progressif dans sa mise en œuvre, ambitieux dans ses effets et partenarial dans ses acteurs. Il touche la moitié du département de l’Isère », résume Yann Mongaburu, vice-président délégué aux Déplacements de la métro et président du SMTC. La démarche grenobloise remonte en effet de février 2014 date de l’arrêté préfectoral entérinant le plan de protection de l’atmosphère, qui prévoyait « une limitation de la circulation en fonction des émissions polluantes de véhicules plutôt qu’une circulation alternée au moment des pics », rappelle-t-il. L’agglomération a par ailleurs œuvré, aux côtés d’autres collectivités locales et du Gart pour convaincre le ministère de l’Environnement de revenir à sept catégories (il avait un temps été imaginé d’en compter quatre) et de ne pas s’arrêter aux voitures particulières mais d’inclure utilitaires, poids lourds et deux-roues motorisés.

    Le protocole signé la semaine dernière engage de très nombreux partenaires : Etat, trois EPCI (métropole grenobloise, Grésivaudan et communauté du Pays voironnais), Air Rhône-Alpes, le rectorat, les chambres consulaires, les médias locaux… C’est l’une des recettes de son acceptation. « Grenoble, située dans une cuvette est particulièrement sensible aux aléas climatiques et à la pollution, rappelle Yann Mongaburu. Ici personne n’accepte l’inaction des pouvoirs publics en cas de pics de pollution, même si nous prenons des mesures sanitaires comme l’interdiction faites aux élèves de sortir dans la cour de récréation durant les pics, elles doivent s’accompagner de décisions permettant de diminuer la pollution. »

    A Grenoble, à partir du cinquième jour consécutif de dépassement d’un seuil, seuls les véhicules munis d’un Crit’Air auront le droit de circuler dans les 49 communes de la métropole ainsi que sur les accès autoroutiers à la métropole. Cela exclut donc les voitures à essence ou diesel mises en circulation avant janvier 1997, soit environ 8 % du parc. Les automobilistes pourront alors se procurer un ticket journée pour les 3 réseaux de transports en commun, les parkings-relais ou les Métrovélos à tarif spécial au prix du ticket 1 voyage. A partir du septième jour, les véhicules les plus polluants (Crit’Air 4 et 5), correspondant à 25 du parc, seront bannis et les TC (TAG, Grésivaudan et Voironnais) et vélos seront alors gratuits pour tous.

    « D’après les simulations et modélisation à partir des cinq dernières années, on estime que le seuil 1 pourrait s’appliquer trois à quatre jours par an et le deuxième seuil, un jour par an », explique l’élu, qui insiste sur le fait qu’il s’agit du seuil d’information et non d’alerte. « Avec des effets importants puisque la pollution baisserait de 10 % avec la première limitation et de 36 % avec la seconde. » La métropole s’engage parallèlement sur des mesures de logistique urbaine ambitieuses puisque les véhicules non dotés de certificat Crit’Air ne pourront plus livrer qui que ce soit dans le centre-ville de Grenoble.

    La capitale avait précisé que les pastilles deviendraient obligatoires au 1er janvier 2017. Grenoble, qui s’était évidemment immédiatement porté volontaire pour expérimenter cette mesure nationale il y a un an, a choisi la même date puisque la verbalisation n’interviendra qu’à partir du 1er janvier. Strasbourg, qui était également l’une des 25 retenues par le ministère de l’Ecologie lors de l’appel à projets « Villes respirables en cinq ans » doit également expérimenter la mesure très prochainement. Grenoble innove aussi une fois de plus en proposant aux automobilistes qui se procurent le macaron coloré sur le site du gouvernement avant le 31 décembre de leur rembourser son prix (4,18 euros) en tickets de tram…

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    C’est le pourcentage d’appels d’offres dans les réseaux de transports urbains ayant donné lieu à des changements d’opérateurs durant les dix dernières années, selon le dernier recensement annuel de l’UTP sur la concurrence. La statistique est issue de l’analyse de 169 appels d’offres entre 2005 et 2015, parmi lesquels 46 réseaux, toutes tailles d’agglomérations confondues, ont changé d’exploitant. L’UTP relève par ailleurs que 13 réseaux adhérents ont changé de mode de gestion sur la même période, 12 passant de la DSP à un mode de gestion directe, et Saint-Malo faisant le chemin inverse. En 2015, on dénombre sept procédures d’appel d’offres qui ont donné lieu à un seul changement d’opérateur, à Sète.